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 LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 15 Juil - 10:47

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 16 Juil - 15:47




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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Lun 18 Juil - 15:22

à propos de


Citation :
Avril 1992 : Los Angeles connait des émeutes d’une ampleur inégalée, après l’acquittement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King. Vingt ans plus tard l’Amérique fait l’expérience de nouveaux soulèvements, à Ferguson et Baltimore, contre les violences policières, le racisme et l’injustice. Ces protestations ne sont pas les seules réactions des fractions dominées de la population étasunienne. À Los Angeles notamment, des associations ont su rassembler celles et ceux qui voulaient améliorer les conditions d’habitat, de travail, d’existence des résidents des quartiers populaires. Ces organisations donnent à voir comment déployer le pouvoir d’agir des dominés pour améliorer leur quotidien et œuvrer au changement social. Elles incarnent des contre-pouvoirs autonomes qui rappellent les élus à leurs promesses et promeuvent des politiques progressistes. À partir du cas étasunien et des essais d’acclimatation du community organizing en France, l’auteur identifie des pistes pour renouveler le militantisme dans les quartiers populaires.

Les luttes de quartiers à Los Angeles

Zones subversives 18 Juillet 2016

Les quartiers populaires et les précaires restent peu politisés. Mais, à Los Angeles, de nouvelles formes d'organisation permettent aux classes populaires de construire des luttes offensives.


Citation :
Des émeutes urbaines éclatent souvent aux Etats-Unis. A Los Angeles, ce sont les mouvements sociaux qui prennent le relais et offrent des perspectives. De manière plus pacifique, des associations permettent l’organisation des classes populaires. Dans les quartiers, le Community organizing peut impulser des luttes locales. Julien Talpin présente ces pratiques lutte originales dans le livre Community organizing. De l’émeute à l’alliance des classes populaires aux Etats-Unis.

Les inégalités sociales se révèlent particulièrement importantes aux Etats-Unis. Les Noirs et les Latinos subissent également des inégalités raciales. Ils subissent davantage le chômage, la misère et la prison. L’Amérique incarne le modèle du capitalisme néolibéral. Ainsi, se pencher sur les formes de résistances qui existent dans ce pays peut aussi permettre de renouveler les pratiques de lutte contre ce modèle de société.

Le community organizing permet de créer un collectif sur une base qui semble communautaire mais qui reste fondée sur une dimension de classe. Cette méthode est inspirée par la démarche de Saul Alinsky. Les organisations communautaires ne s’implantent pas dans les entreprises mais luttent dans les quartiers, au plus près du quotidien des classes populaires. « Le community organizing s’appuie sur les liens forts qui structurent la vie quotidienne : les relations de voisinage, la fréquentation d’une église ou les modes de sociabilité communs liés à une culture partagée », présente Julien Talpin. Les collectifs défendent des intérêts de classe et non pas une identité qui serait menacée.

En France, l’intérêt pour le community organizing relève en partie de la mode, liée au parcours du président Obama. Mais l’effondrement des vieilles organisations du mouvement ouvrier, avec les syndicats et le Parti communiste, laisse un champ de ruine. La mobilisation des chômeurs, des précaires et des quartiers populaires demeurent un enjeu central qui n’est pas pris en compte par les syndicats. La politisation et l’autonomie des classes populaires doit passer par de nouvelles formes de lutte. Le community organizing peut permettre de sortir de l’isolement, de la séparation et de la résignation. Entre organisation et spontanéité, le community organizing propose de nouvelles pistes. Mais, si l’auto-émancipation des classes populaires reste l’objectif, des formes de bureaucratisation restent inévitables.

Origines et diversité du community organizing

C’est à Los Angeles que le community organizing semble le plus développé et implanté. La faiblesse du Parti démocrate et de son clientélisme explique l’émergence de ces pratiques de lutte. Des luttes locales victorieuses alimentent cette dynamique. En 1992, Rodney King est tabassé par la police. Des émeutes embrasent Los Angeles. Pourtant, cette révolte ne débouche aucune transformation sociale. Les pouvoirs publics ne font que renforcer la répression et la criminalisation des classes populaires.

Pourtant, en 1993, des associations sont créées pour donner la voix aux quartiers populaires. Ces collectifs tentent de créer des liens entre eux et de l’entraide plutôt que de se concurrencer pour grappiller les miettes subventionnées de l’Etat social. Les associations communautaires s’organisent également avec les syndicats. Des luttes de femmes de ménage dans les hôtels se révèlent victorieuses. Les immigrés et les travailleurs précaires rejoignent les syndicats. De nombreuses associations sont subventionnées pour assurer la pacification des quartiers. Mais la création d’un réseau d’activistes à Los Angeles et des luttes victorieuses favorisent une approche plus conflictuelle.

Le terme de community organizing regroupe des pratiques diverses. Aux Etats-Unis, la politique s’appuie sur la société civile. Des associations caritatives sont subventionnées par l’Etat. Au contraire, le community organizing entretien un rapport critique avec le pouvoir local et les institutions. Cette démarche « cherche l’organisation collective et autonome des habitants afin de créer un rapport de force avec les institutions », décrit Julien Talpin. Pourtant, les pratiques sociales restent diverses.

LA Voice semble particulièrement modérée et s’appuie sur les congrégations religieuses. Cette association insiste sur la « dignité » et s’ouvre largement aux classes moyennes. Community Coalition (CoCo) cherche à mobiliser directement les habitants pour leur permettre de résoudre leurs problèmes. CoCo lutte notamment contre la violence des gangs et pour la réinsertion des détenus, mais reste ancrée à l’échelle locale. Cette association assume également des choix politiques au moment des élections.

Le Bus Riders Union (BRU) semble davantage marxisant et radical. Cette association considère le bus comme un espace de concentration des classes populaires. Elle insiste sur l’importance d’une stratégie de transformation sociale. Elle s’inscrit dans l’héritage du mouvement ouvrier et dans la lignée des grands mouvements sociaux. Les revendications concrètes s’articulent avec des perspectives plus larges. Le BRU mène des luttes victorieuses qui permettent la diminution des tarifs de bus. Le BRU rejette toute forme de politique électorale, perçue comme une compromission. Seul le rapport de force peut permettre des améliorations du quotidien.



Mobilisation des classes populaires

Le community organizing vise à favoriser l’auto-organisation des classes populaires. Le porte-à-porte, les réunions en appartement et les coups de téléphone et les rencontres individuelles doivent permettre de construire des organisations puissantes et pérennes.

Ces associations parviennent à fortement mobiliser les classes populaires. Surtout, elles combattent la guerre que se mènent les pauvres entre eux. Les salariés plus intégrés et les plus précaires s’unissent autour de revendications communes. Les problèmes de délinquance sont ramenés à leurs causes sociales. Une analyse radicale permet de s’attaquer aux institutions plutôt qu’à une autre fraction des classes populaires. Des différences raciales sont également combattues à travers la défense d’un intérêt de classe.

Ces organisations de masse parviennent à mobiliser de nombreuses personnes. Leur méthode de recrutement semble plus efficace que les traditionnels tracts, affiches ou tables sur les marchés. LA Voice s’appuie sur les réseaux religieux. Comunity Coalition (CoCo) privilégie le porte-à-porte avec une approche individuelle. Une discussion s’engage avec chaque personne. Des questions personnelles et le parcours de vie de chaque personne sont évoqués. CoCo tente d’entretenir une relation personnelle avec chaque habitant. Ensuite, une réunion dans un appartement doit permettre de créer un groupe. Mais les nombreuses injonctions à participer révèlent les faiblesses de l’auto-organisation.

Le BRU privilégie les conversations directes avec les passagers du bus. Les membres du BRU questionnent les passagers sur les conditions de transports et des problèmes remontent rapidement : bus bondés, temps d’attente interminables, prix élevés. Au cours de la discussion, les membres du BRU doivent politiser la discussion et monter en généralité. Ensuite, des réunions conviviales doivent permettre de créer une sociabilité.

Le community organizing révèle un certain paternalisme à travers les injonctions à la participation. Mais les révoltes spontanées restent éphémères tandis que les associations veulent perdurer. « Contrairement à la tradition léniniste du mouvement ouvrier, il ne s’agit pas de faire émerger une avant-garde éclairée (que serait les organisateurs et quelques leaders) mais de permettre une mobilisation en masse », précise Julien Talpin. Néanmoins, une forme de bureaucratie se développe.

Le community organizing vise à former des leaders communautaires. Cette forme d’éducation populaire doit permettre d’éveiller la conscience critique et de favoriser les capacités d’action collective. Une association de jeunesse comme Sycea vise à diffuser une conscience de classe à travers les méthodes de l’éducation populaire et du théâtre forum. Les jeunes débattent du capitalisme, de l’imposture de la méritocratie et des inégalités structurelles. Mais d’autres associations favorisent au contraire un endoctrinement citoyen à travers la politisation pour se satisfaire de l’ordre existant. Mais, même à la Sycea, l’éducation populaire attend des « bonnes réponses » et rectifie les propos jugés hors cadre.

La politisation passe également par l’évocation de récits personnels. Les difficultés dans un parcours de vie débouchent vers une critique sociale. Les religieux valorisent particulièrement les témoignages larmoyants et chargés en émotion. Ce méthode du storytelling inspire la campagne de Barak Obama. « La mise en scène de la souffrance personnelle doit inciter à l’action et au changement social », observe Julien Talpin. La formation doit permettre la prise de parole, l’animation de réunions et diffuser le sens de l’organisation. Les leaders doivent également savoir mobiliser pour les actions collectives.

La politisation et la conscience de classe découlent d’une formation politique. Mais c’est surtout l’implication dans les luttes collectives qui façonnent les militants. « Il ne s’agit pas de réformer les pauvres pour qu’ils cessent de poser problème, mais de les politiser pour qu’ils puissent devenir de réels acteurs du changement social », analyse Julien Talpin. Mais cette politisation passe par une participation intense et répétée.



Institutionnalisation et bureaucratie

Le community organizing s’appuie sur des luttes concrètes à l’échelle du quartier. Mais les perspectives de transformation sociale peuvent être délaissées par cet activisme. Les associations peuvent également contribuer à la pacification sociale, sans chercher à changer la société mais à rendre plus vivable la misère.

Les associations communautaires ne sont pas toujours autonomes à l’égard des élus. Ces organisations appellent à la mobilisation électorale. Elles peuvent même participer à un système clientéliste. Les associations appellent alors à voter pour les élus qui les subventionnent. D’autres associations conservent une méfiance à l’égard des institutions, mais tentent malgré tout de faire pression sur les élus.

Les associations communautaires parviennent à remporter des luttes locales. Mais elles ne parviennent pas à combattre le capitalisme néolibéral et les inégalités sociales qui ne cessent de se creuser.

Le community organizing valorise la participation des classes populaires. Mais les pratiques d’auto-organisation ne sont pas toujours présentes. Le souci d’efficacité débouche vers des structures verticales et hiérarchisées. Une véritable bureaucratie semble même se développer.

Les associations ne bénéficient plus du financement de l’Etat social. Elles dépendent alors de fondations privées et des limites de la philanthropie. La professionnalisation débouche également vers la bureaucratie. De nombreux salariés s’occupent de tâches administratives. Ensuite, un bureau d’études quantitatives est chargé d’évaluer l’efficacité des associations. Ce sont ces critères de rationalité qui permettent d’obtenir des financements. Les fondations encouragent le recours au droit au détriment des actions protestataires.

Les associations comme CoCo restent contrôlées par les salariés et la direction. Même si l’objectif reste la mobilisation des habitants, CoCo décide seule des campagnes à lancer. Les simples bénévoles restent marginalisés par rapport aux salariés. « Devenir simple membre de l’organisation suppose d’accepter de n’être que le réceptacle passif d’injonctions issues de professionnels », observe Julien Talpin. Les salariés agissent à la place des gens plutôt qu’avec eux. Surtout, la professionnalisation ne s’appuie plus sur la sociabilité et les rencontres entre les habitants. Ces associations restent peu influencées par les mouvements Occupy. Pourtant, la démocratie interne reste une condition indispensable pour faire perdurer une organisation.

Le modèle du community organizing ne parvient pas à se développer en France. La place de l’Etat reste centrale, au détriment des potentiels contre-pouvoirs. Dans les quartiers populaires, le clientélisme permet de soumettre les associations. Les réseaux communistes s’effondrent. La montée du chômage et de la précarité favorise l’isolement plutôt qu’une unification des conditions de travail.

La coordination Pas sans nous reste soumise à l’Etat. Elle se contente de vouloir influencer les politiques publiques mais se révèle incapable d’impulser la moindre lutte. Stop le contrôle au faciès se contente d’un lobbying auprès de l’Etat et incite les habitants à voter. Cette association semble donc particulièrement soumise à l’Etat et à l’arrivisme.

Le mouvement ouvrier s’appuie sur l’auto-organisation et les luttes des classes populaires. Même la bureaucratie communiste, malgré toutes ses limites, a promu des ouvriers à sa direction. Le mouvement ouvrier permet la formation de militants issus des classes populaires. L’implantation dans les quartiers a permis le développement du Parti communiste.



Les limites d’une expérience

Le community organizing apparaît comme une manière de renouveler les pratiques de lutte. Le livre de Julien Talpin permet de présenter cette démarche originale. Il présente ses atouts, avec l’auto-organisation des classes populaires à travers des luttes concrètes. Mais il présente aussi les limites de la bureaucratisation et du rapport ambigu aux institutions.

Le community organizing s’appuie sur des aspects sympathiques. Contre les folklores idéologiques, la démarche pragmatique permet de s’appuyer sur des luttes concrètes. Le community organizing permet de lutter contre les problèmes de la vie quotidienne. Ce sont les habitants eux-mêmes qui décident des luttes à mener. Cette démarche peut s’apparenter aux enquêtes ouvrières du mouvement opéraïste. Ces pratiques permettent de sortir d’un discours sociologique qui insiste sur le déterminisme surplombant. Le community organizing montre que les classes populaires ne sont pas condamnées à la passivité et à la dépolitisation. Au contraire, les luttes sociales permettent de développer une véritable conscience de classe.

Il faut revenir sur des aspects gênants du community organizing. Malgré sa valorisation de l’auto-organisation, des pratiques clairement autoritaires perdurent. Ces associations s’appuient sur des leaders et même sur des religieux. Il semble pourtant difficile de s’appuyer sur la soumission à une personnalité ou à une religion pour développer des pratiques émancipatrices. De la même manière, la mobilisation passe beaucoup par des injonctions, un encadrement, une culpabilisation et une infantilisation. Les bureaucrates obligent les habitants à lutter. Ils peuvent alors créer des mouvements artificiels, sans réel désir de lutte. Surtout, ils jouent un rôle d’encadrement qui s’oppose aux principes de l’auto-organisation. Une bureaucratie perdure avec une hiérarchie dirigée par des salariés et des leaders.

Enfin, le community organizing conserve des perspectives limitées. Comme des syndicats combatifs, ces associations permettent une auto-défense de classe. Mais la perspective d’un renversement de l’ordre existant n’est jamais évoquée. La lutte quotidienne et l’activisme restent le seul horizon. Dès lors, la seule perspective reste l’interpellation des institutions. Le contre-pouvoir doit se contenter de jouer le rôle d’aiguillon du véritable pouvoir. Le community organizing tente d’influencer les politiques publiques mais refuse tout dépassement de l’Etat. Cette démarche reste fondamentalement réformiste. L’aménagement de la misère prime sur sa suppression.

Les associations s’enferment alors dans une routine qui les empêche de saisir l'évènement. Leur attitude pendant des émeutes risque de se révèler limitée. Loin d’offrir des perspectives de rupture avec le capitalisme, les associations risquent d’orienter les émeutiers vers le vote et le lobbying. Le community organizing peut alors imposer une forme de pacification sociale, contre la conflictualité politique.

La lutte sociale, bien qu’indispensable, ne suffit pas. Les luttes concrètes doivent s’articuler avec une perspective de rupture avec le capitalisme pour ne pas sombrer dans la récupération politicienne. Les luttes au quotidien permettent de diffuser des pratiques politiques. Mais seuls des mouvements de révolte spontanée et généralisée peuvent permettre de changer la société.


Source : Julien Talpin, Community organizing. De l’émeute à l’alliance des classes populaires aux Etats-Unis, Raisons s’agir, 2016

Articles liés :

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CLR James, un marxiste noir

The Wire, divertissement et critique sociale


Séries américaines et question raciale

Le cinéma hip hop de Spike Lee

Pour aller plus loin :

Vidéo : Conférence de Julien Talpin

Vidéo : Le community organizing: développer le pouvoir des citoyens ?, conférence mise en ligne sur le site des Archives Audiovisuelles de la recherche

Vidéo : Classes populaires et organisations militantes : transformations sociopolitiques et recompositions des liens avec le monde associatif et politique

Vidéo : Community organizing : le pouvoir du collectif, débat diffusé sur Public Sénat le 9 avril 2016

Vidéo : Question raciale et participation politique - Le déni des discriminations. Comment l’évitement de la question raciale démobilise les quartiers populaires français

Vidéo : Nicolas Duvoux, L’empowerment, de la théorie à la pratique. Entretien avec Marie-Hélène Bacqué, publié sur le site La Vie des idées le 10 mai 2013

Radio : Los Angeles, laboratoire d’une renaissance politique, émission La Suite dans les idées diffusée sur France Culture le 7 mai 2016

Julien Talpin, Mobiliser les quartiers populaires. Vertus et ambiguïtés du community organizing vu de France, publié sur le site La Vie des idées le 26 novembre 2013

Clément Petitjean, Compte rendu du livre de Julien Talpin, 2016, mis en ligne sur le site Liens socio le 08 juin 2016

Julien Talpin, Community organizing : le pragmatisme d’outre-Atlantique, publié dans le journal Alternative Libertaire n°252 de juillet-août 2015

Tudy et Guillaume, États-Unis : des hobos aux organizers, publié dans le journal Alternative Libertaire n°252 de juillet-août 2015

Adeline DL, Le « community organizing » décortiqué, publié dans le journal Alternative Libertaire n°258 de février 2016

Adeline DL, Community organizing : Libertaire ou néolibéral ?, publié dans le journal Alternative Libertaire de juin 2016

Adeline DL, États-Unis : Organiser les précaires, publié dans le journal Alternative Libertaire de juin 2016

Donatien Huet, Dans les banlieues françaises, "tout est fait pour que les habitants ne puissent pas s’organiser", publié sur le site d'Arte le 27 octobre 2015

Made in America : Community Organizing, publié sur le site Quartiers Libres le 14 mai 2016

Laure de Buyer, Le community organizing aux Etats-Unis. Le secteur associatif américain est-il "à louer" ?, Observatoire du Management Alternatif, HEC Paris, 2013

Articles de Julien Talpin publiés sur le Portail Cairn

Articles de Julien Talpin publiés dans le journal Libération

Alban de Montigny, « Nuit debout vit un moment décisif », publié dans le journal La Croix le 29 avril 2016

Julien Talpin, Bloquer les routes. Originalités et limites des piqueteros argentins, publié dans la revue Vacarme n°26, hiver 2004


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 5 Aoû - 16:54




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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 26 Aoû - 9:27


c'est maintenant ou en podcast, et ça décape !


Grande traversée : Women's power, les nouveaux féminismes

"Quand c'est non, c'est non !"

Les violences faites aux femmes


France Culture 24.08.2016  1H 48 min


Laisse traîner ta fille Crédits : Atelier La Rage.org

« Il y a une femme toutes les sept minutes en France qui est violée mais par contre, il n'y a jamais de violeurs. »

Marcia

AVEC :

Citation :
- Marcia
- Léo, Laura et Johanna, de la compagnie Les Cents Culottes
- Christelle Hamel, sociologue, coordinatrice de l'enquête VIRAGE qui vise à produire des statistiques sur les violences contre les femmes et contre les hommes.
- Clémentine Autain, militante au front de gauche et militante féministe
- Anaïs, du tumblr contre le harcèlement de rue "Paye ta shnek"
- Suzy Rojtman, secrétaire du CNDF, Collectif national pour les droits des femmes,
- Nacira Guénif Souleyma, sociologue et anthropologue.
- Le collectif Féministes contre le cyberharcèlement (sur Twitter @VsCyberH)

Texte d'introduction : Anaïs Bourdet J'en ai marre d'être femme





Dans la jungle des rues on rugit ! Crédits : Atelier La Rage.org

LIENS :

http://www.stopharcelementderue.org/
http://www.associationfit.org/
http://www.dialem.fr/
https://www.cfcv.asso.fr/
http://www.avft.org/
http://stopaudeni.com/
http://fondationdesfemmes.org/
http://www.voixdellesrebelles.fr/
Site internet du gouvernement d'aide et de prévention contre les violences faites aux femmes

BIBLIOGRAPHIE :


- Les violences contre les femmes
Maryse Jaspard Repères La découverte


- Un beau jour, combattre le viol
Clémentine Autain Broché

- Les féministes et le garçon arabe
Nacira Guénif Souleyma , Eric Macé
Broché

- Elles se manifestent - Viol, 100 femmes témoignent

Clémentine Autain Don Quichotte éditions 2013

- Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce
Lola Lafon Babel

- King Kong Theorie
Virginie Despentes Grasset

Illustrations : La Rage

POUR PROLONGER L'ECOUTE :

Nasawiyat 2015 :

Rencontre avec Diata, 31 ans :

Écouter

Rencontre avec Diata

Rencontre avec Dounia et Anissa :


Écouter

Rencontre avec Dounia et Anissa

Rencontre avec Maud et Mad qui animent un atelier d'auto-défense féministe :


Écouter

Rencontre avec Maud et Mad


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 26 Aoû - 9:49


émission d'aujourd'hui ci-dessus à suivre le 26 août avec


Grande traversée : Women's power, les nouveaux féminismes
Charlotte Bienaimé, France Culture

"Ne nous libérez pas, on s'en charge."

Vers un féminisme post-colonial


Crédits : Favianna RODRIGUEZ

« Mon voile est éminemment féministe. »

Nargesse

« Etre afroféministe c'est dire que je n'ai pas à choisir entre mes différentes identités. »

Amandine

Citation :
Conceptualisée en 1989 par l'universitaire féministe américaine Kimberlé Crenshaw, l'intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination dans les liens qui se nouent entre elles. Kimberlé Crenshaw a entamé cette réflexion dans la lignée du courant du black feminism aux Etats Unis qui définit la domination de genre sans jamais l'isoler des autres rapports de pouvoir à commencer par le racisme ou le rapport de classe. Les féministes noires, dans les années soixante-dix, contestaient déjà publiquement le féminisme du mouvement de libération des femmes comme issu des classes moyennes supérieures, basé sur des privilèges de race et de classe. Elles les accusaient de parler pour les autres, et en leur nom.

En France, aujourd'hui, cette question fait débat entre féministes universalistes et féministes post-coloniales. Les unes défendent l'unité du féminisme, les autres la nécessité de prendre en compte la diversité des expériences face au sexisme.

En effet, depuis quelques années, une forte communauté de jeunes féministes afrodescendantes, noires ou maghrébines, s'est constitué sur Tweeter et Facebook. La plupart d'entres-elles créent aussi des collectifs, sont présentes dans les manifestations, se rencontrent, s'organisent. Toutes prônent un féminisme intersectionnel, interrogent le féminisme majoritaire et réinventent une lutte à leur image.

Alors, faut-il repenser le « Nous », de « nous les femmes » ? Quel serait le visage d'un féminisme intersectionnel, post-colonial en France ?


Citation :
AVEC :

- Amandine, Many et Sharone, afroféministes
- Nargesse et Hawa, féministes musulmanes
- Le collectif Féministes contre le cyberharcèlement (sur Twitter @VsCyberH)
- Maboula Soumahoro,maître de conférence à l'université de Tours. Initiatrice du Black History Month en France.
- Caroline De Haas, militante féministe
- Christine le Doaré, juriste et militante féministe, ancienne présidente du centre LGBT Paris IDF et d'SOS Homophobie.
- Christine Delphy, sociologue, chercheuse au CNRS, cofondatrice de la revue Nouvelle Question Féministes.
- Hanane Karimi, sociologue,doctorante, enseignante à l'université de Strasbourg. Fondatrice du collectif Femmes dans la mosquée

Texte d'introduction : Audre Lorde Sister Outsider, 1984

MUSIQUE :

- Slams d’Awa N'dongo

- Ain’t got no, I got life Rosemary Standley / Album Queen of hearts



Crédits : Mélanie CERVANTES


BIBLIOGRAPHIE :

- Sister Outsider Audrey Lorde Editions Mamamélis

- Ne suis-je pas une femme ? Bell Hooks Cambourakis

- Classer, dominer Qui sont les autres ? Christine Delphy La Fabrique

- Femmes, race et classe Angela Davis Des femmes

- Black Feminism Elsa Dorlin Bibliothèque du féminisme

- La matrice de la race Elsa Dorlin La découverte

- Un universalisme si particulier Christine Delphy Syllepses

- Discriminations classe/genre/race Fatima Ouassak IFAR

LIENS :

- Le collectif afroféministe Mwassi
- Vidéo de la table ronde au CNRS, « Féminismes et critique post-coloniales »
- Les vigilantes
- Le collectif féministe pour l'égalité
- Femmes en lutte 93
- 8 mars pour toutes

Illustrations : La Rage

POUR PROLONGER L'ECOUTE :

Sur les docks - Les féministes islamiques

Rencontre avec Shayma et Fatima, deux militantes féministes bien différentes

Première rencontre avec le collectif féministe de Seine Saint Denis, "Femmes en lutte 93"

- Nasawiyat 2014 :

Maroc : témoigner

Bibliographie

Ne suis-je pas une femme ? : Femmes noires et féminisme
Cambourakis , 2015
Bell Hooks  
 
Classer, dominer - Qui sont les autres ?
La Fabrique, 2008
Christine Delphy  

ça voir plus (j'y reviendrai)

Sister outsider : essais et propos d'Audre Lorde : sur la poesie, l'erotisme, le racisme, le sexisme
Mamamelis , 2003
Audre Lorde


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 27 Aoû - 14:28


auto-organisation non mixte





Photo : Page Facebook de Mais Amor Entre Nós

Citation :
Si le Brésil connaît déjà les moyens d’entr'aide alternatifs et non monétaires, le pays nous a montré qu'il y avait de la place pour de nouvelles initiatives sociales avec l'arrivée, il y a quelques années, de banques de temps et maintenant d'une campagne populaire transformée en une plate-forme ,”Mais Amor Entre Nós".

Le projet, qui signifie ”Plus d'amour entre nous”, a débuté en mars 2016 sous la forme d'un hashtag sur Facebook lancé par Sueide Kintê, une journaliste originaire de l'Etat brésilien de Bahia, et a donné au concept de l'économie du don une toute autre dimension, celle d'être exclusivement réservée aux femmes.



carte ajoutée


Lancée au cœur de la culture afro-brésilienne du Brésil, la ville de Salvador, l'idée a grandi au sein d'un groupe de femmes noires brésiliennes s'entraidant les unes les autres par le don d'une heure de leur temps. Les membres offrent des services variés tels que de l'aide au montage vidéo, la couture, le ménage, la cuisine végétarienne, des discussions autour de sujets tels que l'estime de soi, la politique, les origines ethniques et le genre.

C'est ouvert non seulement à toutes les femmes, mais aussi à celles de tout le Brésil et maintenant de plusieurs autres pays.

Comme il a été mentionné en mai 2016 dans un article du magazine brésilien TPM, le raisonnement de Sueide Kintê derrière cette décision est simple (même si la cause sous-jacente est complexe) :


Citation :
Ce n'est que pour les femmes parce que nous sommes un sujet ”marchandisé”, s'il y a un groupe de personnes au sein de la société brésilienne qui est le plus vulnérable, ce sont les femmes, et plus particulièrement les femmes noires.

La  publication Facebook ci-dessous, où a été introduit le hastag, n'était qu'un simple message que Sueide posta sur son compte personnel. Ce fut assez pour lancer tout le mouvement :

Citation :
Si vous êtes une femme et que vous avez besoin d'aide pour les choses listées ci-dessous, je le ferai gratuitement pour vous, les filles ! Je suis disponible une heure par jour. Retrouvez moi sur WhatsApp ou [envoyez moi un message] sur ma boite.

Je peux prendre soin de votre enfant afin que vous puissiez vaquer à vos occupations, je peux vous apprendre à nager, à faire du vélo, à concevoir votre site internet personnel, éditer un communiqué de presse pour vous ou votre travail, tresser vos cheveux, faire vos dreadlocks avec une aiguille de crochet, méditer avec vous, pratiquer votre danse avec vous, cuisiner des spaghettis avec des sauces délicieuses et inattendues, rédiger des demandes de subvention pour vos projets culturels, vous aider à mettre vos idées sur papier (je suis forte pour ça !), ou tout simplement je peux vous écouter.

Demandez-moi [sur ma boîte mail] et je vous enverrai mon WhatsApp

#morelovebetweenus

Comme la publication le montre, les types de don qui sont échangés dépendent totalement de ce que propose la communauté, qui est actuellement plus active sur Facebook que sur le site web officiel du projet. Les offres moins courantes sont les soins personnels pour les femmes contaminées par le virus Zika ou encore les conseils sur la façon d'assumer publiquement sa propre sexualité. En complément, le site internet et la communauté Facebook dispose d'une boutique en ligne, où les membres sont invitées à désencombrer leurs placards et à offrir gratuitement à d'autres membres les pièces dont elles n'ont plus l'utilité.


Capture d'écran du site web de Mais Amor Entre Nós

Suedei et son équipe sont actuellement entrain de travailler sur une application mobile du site internet pour améliorer les interactions entre les membres et faciliter la participation au réseau lui-même. 22 500 personnes ont rejoint la page Facebook officielle en seulement cinq mois. Grâce à une idée solide qui continue de gagner du terrain (même à l'étranger), une application en cours de développement et un public intéressé, il semblerait que Sueide, un peu comme quelqu'un qui trouve une bonne idée et la réalise, pourrait se retrouver trop occupée pour prendre part à sa propre création. Mais heureusement pour elle, elle a plus de 20 000 femmes prêtes et disposées à la soutenir.


Creative Commons License

Ecrit par Adam Lee
Traduit par Cécile Paulhiac


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 9 Sep - 1:55





Grande traversée : Women's power, les nouveaux féminismes


Charlotte Bienaimé France Culture RSS du 22 au 26 août,
à réécouter en Podcast / iTunes /

Une cartographie des luttes et des pensées féministes, sur le terrain, dans les universités, en politique et sur internet,
pour comprendre les acquis et le enjeux d'avenir d'un mouvement, pluriel, vivant et métissé,
situé au cœur des transformations sociales que nous vivons.


26.08.2016 
"Ne nous libérez pas, on s'en charge"
Vers un féminisme post-colonial.




25.08.2016
"Nos désirs font désordre"
Sexe, genre et sexualités.




24.08.2016 
"Quand c'est non, c'est non !"
Les violences faites aux femmes.




23.08.2016
"Nos corps, nos choix"
IVG et maternités.




22.08.2016
"Et qui va faire la vaisselle, on fait des manifestations"
Travail salarié, travail domestique.




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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Dim 11 Sep - 18:37


In documentary ‘Mulheres Negras: Projeto de Mundo (Black Women: World Projects)  ,
9 black women share survival experiences framed in race, gender & class



Note from BW of Brazil: Black women doing for themselves, telling their stories and bringing color and consciousness to the narrative. We’ve sad it time and time again here on the blog, if they were to wait on Brazil’s mainstream media to tell their story, they’ll either continue waiting or continue accepting the image of black women as available bodies only useful for work or sexual gratification.  Realistically, if Brazil’s media were interested in telling the stories of this parcel of the population, they wouldn’t represent only 4% of protagonists in films, seeing a black woman as a talk show host wouldn’t be difficult to find and they wouldn’t represent only 1% of the leading roles in television commercials.

Citation :
Fortunately, just since the appearance of this blog we’ve seen major strides in Afro-Brazilian women taking the lead in their productions which have lead to exposure at the Cannes Film Festival, the rise of black female YouTubers, powerful web series presenting diverse representations of black women and a critically acclaimed short film. In fact, with the rise of the so-called ‘Cinema Negro’ (Black Cinema), black women of Brazil are leading the charge for bringing the black perspective to the big screen. An upcoming documentary featuring the voices and images of nine powerful black women continues this rising tide. Learn more below.

Documentary ‘Mulheres Negras: Projetos de Mundo (Black Women: World Projects) reveals black feminine look




With release scheduled for September 12th at 7pm at the Olido Gallery Cultural Center, the film brings together testimonies of black women

There are few things as powerful and transformative in the world than the bond between women. When dealing with black women, the collective experiences have governed trajectories since the forced coming to Brazil; resistance and struggle for freedom, and when free, still suffering from persistent racism in Brazilian society.



“When you recognize the structure and importance of being a black woman,
you look at the world again and treat it in a different way. This is very important
.”


Ana Paula Santana Correia is black feminist, a Master in Social Sciences from the Federal University of São Paulo (UNIFESP) and the coordinator of the Centro de Defesa e Convivência da Mulher Casa Anastácia (Center of Advocacy and Coexistence of the Woman House Anastácia).

In the documentary Mulheres Negras: Projeto de Mundo (Black Women: World Projects, nine black female voices are presented in a smooth and powerful way. In their statements, each woman speaks of her survival experience paved in race, gender, class and uncovering what it means to dwell in pele negra (black skin).

Directed by black feminist, Day Rodrigues in partnership with Lucas Ogasawara, the documentary features testimonials from Djamila Ribeiro, Ana Paula Correia, Aldenir Dida Dias, Preta Rara(meaning ‘rare black woman’) and Nenesurreal, Francinete Loiola, Luana Hansen, Monique Evelle and Andreia Alves.



“Whoever is in the privileged group has great difficulty of hearing. In order for the dialogue to be possible,
these persons need to put themselves in the place of listening. And they don’t want to put themselves in this place.”


Djamila Ribeiro, a Master in Political Philosophy, writer, black feminist and Adjunct Secretary of the Municipal Secretariat for Human Rights and Citizenship of São Paulo, is one of nine women present in the documentary Mulheres Negras: Projetos de Mundo – Filme.

The documentary includes contributions on black feminism and its importance. “There are world narratives and projects. Black feminism is a great theoretical power for black researchers, through the academic route and other constructions in other areas and this can be seen in the words of the interviewees,” says Days Rodrigues.

The narrative line of the film reverberates women’s voices that present their world project that, in the end, projects the redeeming of a humanity historically denied.



“Awakening consciousness of what we bring in the body cultural powers that make themselves present
even before our birth is having the opportunity of encounters with our ancestors. And this is what I do dancing.”


A body that resists and that expresses its ancestry: this is Andreia Alves, one of nine black women present in the documentary Mulheres Negras: Projetos de Mundo – Filme. Andreia is a dancer and post-grad in Dança e Consciência Corporal (Dance and Body Awareness). She’s been a part of the group Ilú Oba De Min since 2006.

The release takes place on September 12th at 7pm at the Olido Gallery Cultural Center, in downtown São Paulo.

Info

Mulheres Negras: Projetos de Mundo – O Filme (25 min.)
Day: September 12, 7pm
Location: Olido Gallery – 473 Avenida São João
Free
Facebook: /mulheresnegrasprojetosdemundo
Film credits
Direction: Day Rodrigues and Lucas Ogasawara
Argument, interviews, script and production: Day Rodrigues
Script, photography and editing: Lucas Ogasawara
Music: Sandro Bueno and Mauro Marianno
Color grading: Maísa Joanni
Mixing: Laurent Mis
Makeup: Gabriela Souza
Layout: Tatiana Cardoso

About direction
Day Rodrigues is a cultural producer, writer and black feminist. She has a degree in Philosophy, and specialization in Cultural Management, from the Center for Research and Training at SESC. In audiovisual, she produced and wrote the documentary Ouro Verde: a Roda de Samba do Marapé and the short film Pontal Final (based on her short poetic-story “Decupagem”).

Lucas Ogasawara is a director and film editor trained in Medialogy at UNICAMP. With the short A Despedida (The Farewell) he circulated through the best festivals in the country, such as the Festival Internacional de Curtas de São Paulo, Festival do Rio, Mostra Internacional de Tiradentes, Festival Guarnicê de Cinema do Maranhão, and many others, as well as international exhibitions such as In The Palace (Bulgaria) and Fester (Los Angeles, USA). Outside of cinema, he has carried out research of format and directed content for various media, for companies such as Folha, Vogue, Abril, Globo, SESC, in addition to working as an editor for cable channels such as Discovery Channel and Combat (UFC).

Source: Instituto Patrícia Galvão


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mar 13 Sep - 15:08


un identité se dépasse-t-elle en se célébrant ?

Mwasi-Collectif a écrit:
@MwasiCollectif  

Suivez @_atoubaa ici et aussi sur Facebook. Leur site est génial #BlackGirlsFly #Laflamboyance http://www.atoubaa.com

sur twitter, Atoubaa @_atoubaa se définit comme « Un espace dédié aux femmes qui célèbrent une identité commune et des histoires multiples.»

nonobstant tout l'intérêt que je porte à ces "histoires multiples", et le site atoubaa regorge d'informations, cela rejoint les questions posées à propos de la revendication d'une "essence" par le PIR (Norma Ajari), et le fait que cela ne dépasse pas le moment de la Négritude et du Black is Beautiful

cf 7 septembre : une réponse de Norman Ajari. Quelques remarques et questions


Norman Ajari a écrit:
@normanajari 6 septembre

J'appelle "essence" la part d'une identité historiquement construite dont, politiquement, nous refusons la déconstruction.


Patlotch a écrit:
1. merci pour cette formule dense qui appelle quelques remarques. Il me faudrait relire votre texte...

2. j'essaye de dépasser mon désaccord sur l'emploi ici du concept d'essence en un sens qui ne serait pas essentialiste...

3. voir 5 sept : "essence" et "racialisation" : une régression théorique du PIR contre l'essence même de la pensée décoloniale

4. mes remarques étaient ici, dernier commentaire (ci-dessus)

5. pour vous, il y aurait nécessité "politique" de revendiquer cette essence dans le moteur d'un combat dé-racialisateur

6. si "refuser la déconstruction" = partir de ce qu'on est en tant que "racisé" comme (une) base de ce combat, pas de problème

7. le risque : figer ce moment politique en revendication de rester ce à quoi l'on est assigné (Négritude, Black is Beautiful)

8. pour moi "politique" est un 1er temps nécessaire pour dépasser (dialectique) cette identité "colonisée" : Fanon... Mbembe

9. Comment voyez-vous le dépassement de ce moment politique dans une visée de créolisation (Glissant) révolutionnaire ?

10. et, selon, quelles implications stratégiques de cette visée révolutionnaire dans la construction actuelle d'un en-commun ?

11. cf mon texte du 18 juin 2014 : abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus (en bas de page)

12. et concernant ce que j'entends en théorie par dépassement dialectique à produire par les luttes : DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mar 13 Sep - 22:15


je le mets là, c'est une femme, elle est poète





« Aucune langue n’est intrinsèquement coloniale ou anticolonialiste »

pour cet extrait
Citation :
I’ve been very critical of cultural nationalism, but I’m not interested in some of the neoliberal alternatives that have been offered by many of its critics. I become infuriated when English is championed as the language of business that students must learn to speak if they are to compete in a capitalist market, or when writers and linguists argue that one day we will all speak a universal language. Statements like this are reminiscent of colonial processes through which entire languages have been wiped out to make room for a new world order. These aren’t universal categories. No language is intrinsically colonial or anti-colonial. You have to look at linguistic relations in their context. I take issue with is the imposition of a language, whether that imposition be state-sponsored or ruled by the free market.

J’ai été très critique du nationalisme culturel, mais je ne suis pas intéressé par certaines des alternatives néolibérales qui ont été proposées par un grand nombre de ses détracteurs. Je deviens furieuse quand on affirme que l’anglais est la langue des affaires que les élèves doivent apprendre à parler s’ils veulent soutenir la concurrence dans un marché capitaliste, ou lorsque les écrivains et linguistes soutiennent qu’un jour nous parleront tous un langage universel. Des déclarations comme cela font penser aux processus coloniaux par lesquels tant de langues ont déjà disparus pour faire place à un nouvel ordre mondial. Ce ne sont pas des catégories universelles. Aucune langue n’est intrinsèquement coloniale ou anticolonialiste. Vous devez regarder les relations linguistiques dans leur contexte. Je suis en désaccord avec est l’imposition d’une langue, que cette institution soit parrainé par l’État ou gouvernée par l’économie de marché.



quelle voix, quel chant, quel rythme !

autres poèmes

repéré par Sarah Brouillette @brouillettese : "poem after poem about what it means to lose and keep losing in ways that seem unquantifiable"

on peut la "suivre" ici : Raquel Salas-Rivera @rugamarspr




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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 24 Sep - 9:19



sept. 2016

Citation :
Connexions investigates the ways in which race and sex intersect, overlap, and inform each other in United States history. An expert team of editors curates thought-provoking articles that explore how to view the American past through the lens of race and sexuality studies. Chapters range from the prerevolutionary era to today to grapple with an array of captivating issues: how descriptions of bodies shaped colonial Americans' understandings of race and sex; same-sex sexual desire and violence within slavery; whiteness in gay and lesbian history; college women's agitation against heterosexual norms in the 1940s and 1950s; the ways society used sexualized bodies to sculpt ideas of race and racial beauty; how Mexican silent film icon Ramon Navarro masked his homosexuality with his racial identity; and sexual representation in mid-twentieth-century black print pop culture. The result is both an enlightening foray into ignored areas and an elucidation of new perspectives that challenge us to reevaluate what we "know" of our own history.

Contributors: Sharon Block, Susan K. Cahn, Stephanie M. H. Camp, J. B. Carter, Ernesto Chávez, Brian Connolly, Jim Downs, Marisa J. Fuentes, Leisa D. Meyer, Wanda S. Pillow, Marc Stein, and Deborah Gray White.


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 24 Sep - 9:25




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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 8 Oct - 10:14


l'antiracisme sur le terrain de la démocratie politique :
des questions qui ne peuvent être posées

Antiracisme politique : convergences et divergences

2e Forum Reprenons l’initiative contre les politiques de racialisation

Le 08 octobre 2016 à la Bourse du Travail de Saint-Denis – 9H30-18H

« Il est important de nous parler pour éviter certains malentendus, mais aussi pour prendre acte de certains désaccords ; c’est la condition d’alliances sur des combats partagés...

... mieux connaître nos convergences, mais aussi nos divergences. Par exemple, renversant le primat de la classe, doit-on accepter qu’il y aurait une question principale, en l’occurrence le racisme, et d’autres secondaires, ou bien au contraire faut-il revendiquer de mener de front tous les combats, en dépit de l’aveuglement aux questions raciales encore répandu dans les mouvements sociaux, et malgré le risque d’instrumentalisation raciste des revendications féministes et homosexuelles ? »


Citation :
POURQUOI CET APPEL ?

Nous revendiquons un antiracisme politique : pour nous, le problème, ce ne sont pas seulement les personnes, les partis ou les idéologies ouvertement racistes ; c’est aussi et surtout un racisme structurel qu’alimentent les politiques de racialisation conduites, sous les gouvernements successifs, par l’État, et reconduites par des collectivités locales – qu’elles visent les Roms ou les musulmans, les enfants de l’immigration ou les populations noires, etc.

Aujourd’hui, l’état d’urgence permanent, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, ne fait qu’aggraver la situation des quartiers populaires. Dans le même temps, les réformes néolibérales et les mesures d’austérité ne cessent de creuser les inégalités économiques. La répression policière qui frappait déjà quotidiennement les minorités raciales touche désormais régulièrement les mobilisations sociales qui se dressent contre une politique imposée à marche forcée.

La question des droits se pose donc plus que jamais dans une société de moins en moins démocratique. Or il devient de plus en plus difficile de faire entendre notre propre discours dans l’espace public – et nous savons déjà que la campagne présidentielle contribuera aussi à étouffer nos voix. Tout se passe comme si, pour la plupart, les instances politiques, au mieux, ignoraient cette réalité, et au pire, s’employaient à l’empirer.

Ce constat est largement partagé. Mais nous ne voulons pas nous contenter de dénoncer la dérive politique qui s’accélère sans cesse : nous voulons reprendre l’initiative. C’est pourquoi notre réseau organise un deuxième Forum national contre les politiques de racialisation, qui aura lieu à la Bourse du Travail de Saint-Denis le samedi 8 octobre toute la journée. Largement ouvert aux personnes et aux associations qui ne se résignent pas à la France telle qu’elle va aujourd’hui, il a pour but de partager nos outils d’analyse et de lutte.

Cela passe par des discussions qui permettront de mieux connaître nos convergences, mais aussi nos divergences. Par exemple, renversant le primat de la classe, doit-on accepter qu’il y aurait une question principale, en l’occurrence le racisme, et d’autres secondaires, ou bien au contraire faut-il revendiquer de mener de front tous les combats, en dépit de l’aveuglement aux questions raciales encore répandu dans les mouvements sociaux, et malgré le risque d’instrumentalisation raciste des revendications féministes et homosexuelles ?

Au-delà d’un état des lieux, nous débattrons des sujets qui nous importent, qui nous unissent et nous divisent tout à la fois. Après une présentation du Forum et de son contexte, à 9h30, par le groupe d’animation de Reprenons l’initiative, quatre tables rondes se succéderont.

1. Nous militons dans ce pays. Mais l’actualité du terrorisme et de l’état d’urgence nous oblige à élargir la perspective : comment penser ensemble, sans pour autant les confondre, le contexte national et la situation internationale – depuis les politiques européennes d’immigration jusqu’aux conflits militaires ?

10h-11h30 : Table ronde animée par Saïd Bouamama (FUIQP), avec Ludivine Bantigny (Ni guerres ni état de guerre), Houria Bouteldja (PIR), Alain Gresh (Contre-Attaque(s).

2. Un racisme, des racismes ? Comment articuler les différents racismes, qu’il s’agisse de négrophobie, d’islamophobie, d’antitsiganisme, mais aussi d’antisémitisme et de racisme anti-asiatique ? Et à l’inverse comment distinguer ces logiques sans les opposer ?

11h30-13h : Table ronde animée par Esther Benbassa (sénatrice EELV du Val-de-Marne / professeure d’histoire des religions, Sorbonne), avec Sonia Fayman (UJFP), Franco Lollia (BAN), Sacha Lin-Jung (AJCF), Saimir Mile (Voix des Rroms).

3. La racialisation de l’antiracisme : on voit se dessiner aujourd’hui un clivage entre des associations qui se veulent universalistes, et qui sont surtout blanches, et des associations qui revendiquent de représenter les racisé-e-s, au risque d’être taxées de communautarisme. Comment travailler ensemble pour ne pas faire le jeu du racisme ?

14h30-16h : Table ronde animée par Éric Fassin (Université Paris-8 ), avec Youcef Brakni (collectif contre l’expulsion des Nubiens de Bagnolet), Anina Ciuciu (Mouvement du 16 mai), Michel Tubiana (LDH).

4. Mouvements sociaux et quartiers populaires : on a beaucoup parlé, autour de Nuit Debout, d’une coupure entre la mobilisation contre la loi Travail et les minorités raciales. Comment faire converger des luttes qui sont certes bien distinctes, mais qui pour autant ne sont pas sans rapport ?

16h-17h30 : Table ronde animée par Alima Boumediene-Thiery (Femmes plurielles), avec Souad Frikech (AMF Saint-Denis), M’hamed Kaki (Oranges de Nanterre), Almamy Kanouté (Émergence), Hassiba et Lamia (ALCIR).

La séance de conclusion (17h30-18h) donnera la parole à Hawa Traoré, sœur d’Adama Traoré (Justice et vérité pour Adama) et Guillaume Vadot (Université Paris-1) pour parler des violences policières, ainsi qu’à Nacira Guénif-Souïlamas (Université Paris-8 ), pour échanger sur les suites à donner à notre action.

Cette journée de discussion vise en effet à préparer l’avenir – l’année des élections présidentielles, mais aussi les suivantes, qui s’annoncent tout aussi difficiles. Il est important de nous parler pour éviter certains malentendus, mais aussi pour prendre acte de certains désaccords ; c’est la condition d’alliances sur des combats partagés. Il faut aussi nous faire entendre au-delà de nos cercles militants. C’est pourquoi la journée s’achèvera sur une discussion des formes d’action : pour reprendre l’initiative, il sera nécessaire d’imposer nos questions et notre vocabulaire. Nous continuerons d’y travailler ensemble après le 8 octobre.



le primat des luttes n'est pas celui de la politique

sans en faire un problème de personnes, il est bien évident que, réunissant des personnalités telles qu'Alain Gresh du Monde Diplo, Esther Benbassa sénatrice des Verts, le sociologue Eric Fassin... et les leaders des associations décoloniales françaises, les désaccords seront facilement trouvés, mais sur le terrain commun où sont posées la question du racisme et celle de "l'antiracisme politique". Autrement dit, la question « renversant le primat de la classe, doit-on accepter qu’il y aurait une question principale, en l’occurrence le racisme, et d’autres secondaires... » ne trouvera une reconnaissance des divergences que dans ce cadre, pour y trouver une « convergence des luttes » réduite à celles des organisations et personnalités. Cela n'enlève rien à la nécessité de « combats partagés » mais interdit de le « faire entendre delà de [leurs] cercles militants ». C'est en ceci que les limites de cette initiative lui sont intrinsèques

pour saisir la raison de ces questions qui ne peuvent être posées, voir limites en miroir des critiques marxistes et décoloniales dans le champ théorique (livres, colloques) comme dans le champ politique (PIR...)

PS : et puisque les organisateurs m'ont adressé l'invitation sur une liste à laquelle je ne me suis pas inscrit, je leur est adressé ces commentaires, en ajoutant : « ne souhaitant pas troubler votre initiative par ces questions hors champ, je n'y participerai pas, mais volontiers à certains "combats partagés"»


la place des intellectuels

dans le Club Médiapart où Éric Fassin diffuse ce texte sur son blog, ce commentaire :

David L. a écrit:
Mis à part des intérêts éditoriaux, je ne vois pas vraiment à quoi sert ce grand fourre-tout, encadré de près par une frange de la petite bourgeoisie intellectuelle à la recherche de débouchés universitaires sur un créneau "innovant".

bien vu quant au « fourre-tout, encadré de près par une frange de la petite bourgeoisie intellectuelle », mais sévère voire injuste quant à la suite, puisqu'après tout, on n'a pas à douter de leur sincérité, et c'est bien plutôt le problème

le risque d'un enfermement universitaire de la critique décoloniale me semble moins grand que celui du genre ou de l'intersectionnalité, dans la mesure où elle participe d'une dynamique de luttes dans la double crise de l'Occident et du capital. C'est l'évolution de ces luttes qui permettra, ou non, de l'éviter. Posant la tâche des communistes comme tisser des liens organiques entre les luttes et leur théorisation (tweet théorie, hier), il n'y a pas à rejeter de façon mesquine la nécessaire participation d'universitaires ou travailleurs intellectuels à cette dynamique. Je relève au demeurant que les plus féconds de ces intellectuels dans le champ d'un marxisme décolonial (Matthieu Renaud, Maxime Cervulle...) ne participent pas à ce type d'initiatives politiques

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Dim 9 Oct - 12:02



Des étudiants manifestent à Johannesburg pour une éducations gratuite et "décolonisée",
le 7 octobre 2016

"
Citation :
Nous voulons une éducation gratuite et décolonisée".

La contestation qui agite les campus sud-africains autour des droits de scolarité prend un tour de plus en plus politique pour les étudiants noirs, qui en profitent pour dénoncer la persistance des inégalités raciales vingt-deux ans après la fin de l'apartheid.

"On est avides de restaurer la dignité des enfants noirs (...), nous ne sommes pas égaux dans cette université", lance dans un tonnerre d'applaudissements Mcebo Dlamini, l'un des meneurs de la révolte à l'université du Witwatersrand (Wits), à Johannesburg.

Face à lui, une foule d'un millier d'étudiants où les Blancs se comptent sur les doigts d'une main.

Depuis trois semaines, la prestigieuse fac de Wits, comme celles d'autres grandes villes du pays, vit sous haute tension. Les échauffourées, souvent violentes, entre élèves et forces de sécurité ont contraint les autorités à suspendre les cours.

A l'origine de ce malaise, il y a la décision du gouvernement d'autoriser pour 2017 une hausse des frais de scolarité jusqu'à 8%. L'an dernier, ce sujet avait déjà mis le feu aux poudres dans les facultés, avant que les autorités ne fassent marche arrière.

A Wits comme ailleurs, "l'éducation gratuite" s'est imposée comme la principale revendication.



Une universitaire participe à une manifestation de soutien aux étudiants noirs qui veulent décoloniser la fac
le 7 octobre 2016 à Johannesburg © MUJAHID SAFODIEN AFP/Archives


"C'est un moyen de parvenir à l'égalité, de réparer ce que les gens ont dû endurer dans le passé", explique un étudiant gréviste, Tauriq, en référence aux décennies de domination blanche sur le pays.

Si vous êtes Blancs, "vous ne pouvez pas vous identifier aux problèmes" des étudiants de couleur, poursuit ce métis en troisième année d'ingénierie. "Les Blancs ne comprennent pas ce que c'est de se lever à 5h pour arriver à l'heure en cours. Ils ne savent pas ce qu'un Noir peut ressentir dans un centre commercial: dans les yeux des gens, il lit leur peur d'être volés."

Le mouvement étudiant vise à "remettre en cause ce que les gens trouvent normal", résume Tauriq.

En 2014, 27,5% des Blancs ont décroché un diplôme universitaire, contre seulement 5,3% des Noirs, selon l'Institut sud-africain des relations raciales (IRR).

Malgré l'émergence d'une classe moyenne noire depuis deux décennies, les inégalités économiques restent aussi criantes: 41,9% des Noirs vivent dans la pauvreté, contre 0,8% des Blancs.

La mère de Tauriq gagne 400 euros par mois et élève seule ses quatre enfants. Sans sa bourse d'Etat qui couvre ses 4.000 euros de frais universitaires annuels, Tauriq n'aurait jamais pu étudier à Wits. Mais tous n'ont pas sa chance.

- 'Suprématie blanche' -

L'appel à la décolonisation est "sans surprise dans une société où tout a été fait pour légitimer la suprématie blanche" pendant des décennies, explique Mcebisi Ndletyana, professeur en sciences politiques à l'université de Johannesburg.

Des progrès ont cependant été enregistrés depuis l'avènement de la démocratie en 1994. Aujourd'hui, "plus de la moitié des étudiants de Wits sont Noirs, mais il y a encore un long chemin à parcourir", constate Noor Nieftagodien, professeur d'histoire.

La "décolonisation" passe par la gratuité de l'enseignement supérieur, mais pas seulement pour les grévistes.



Manifestation contre les inégalités raciales dans l'éducation à Johannesburg,
le 7 octobre 2016 © MUJAHID SAFODIEN AFP/Archives


Wits ne reflète pas la diversité démographique du pays. "Il n'y a pas de bâtiment baptisé Winnie Mandela", dénonce le leader étudiant Vuyani Pambo, en référence à l'ex-épouse du premier président noir sud-africain Nelson Mandela.

Sur le campus aux jacarandas en fleurs, les bibliothèques portent les noms de Jan Smuts et William Cullen: un homme politique afrikaner et un médecin britannique.

"L'approche de l'enseignement est très européenne",
regrette aussi Dumisa, un étudiant qui plaide pour l'introduction de la médecine traditionnelle dans le curriculum de médecine.

Devant la paralysie de Wits, des dizaines de jeunes, principalement Blancs, ont lancé le mouvement "Take Wits Back" (Reprendre Wits). "Tout ce que nous réclamons, c'est la reprise de l'année universitaire 2016", explique Stuart Young.

Cette initiative "est ridicule", assène Chris, l'un des très rares étudiants Blancs présents à l'assemblée générale vendredi. "Quand des étudiants se voient refuser l'accès à la fac (pour des raisons financières), eux s'indignent de ne pas avoir cours".

Devant cette profonde crise, le gouvernement, issu du Congrès national africain (ANC) de feu Mandela, a mis en place en janvier 2016 une commission sur l'enseignement supérieur. Son rapport est attendu courant 2017, bien trop tard pour les grévistes.

Mpho Tutu van Furth, la fille du très respecté prix Nobel de la paix et ex-archevêque Desmond Tutu, a prévenu vendredi le pouvoir: "Il n'y aura pas de paix dans les universités sans démocratie".

09/10/2016 11:29:26 - Johannesburg (AFP) - © 2016 AFP



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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Dim 9 Oct - 14:35


naissance d'une idéologie antiraciste démocrate a-classiste

une démonstration presque caricaturale des contradictions que je soulignais. Dans ce compte-rendu pas une seule fois le mot capitalisme n'est prononcé, ni l'antagonisme de classe évoqué, mais bien entendu, cette critique serait reçue comme niant le facteur de race dans les rapports sociaux, et mettant la classe au centre de tout. Oui et non, mais quand elle n'est plus nulle part, au nom du "communisme révolutionnaire", c'est se foutre du monde


RévolutionPermanente
Site d'information du Courant communiste révolutionnaire du NPA

Quelque chose est né ce jeudi 6 à octobre à Paris 1

600 personnes à Tolbiac : un succès pour unifier la lutte contre la répression et le racisme d’Etat

NPA Révolution Permanente 7 octobre 2016


Crédit photo : Sofigael SG

Près de 600 personnes au meeting contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie. Une première ce jeudi soir à l’université Paris 1-Tolbiac. Après les matraques du printemps qui se sont abattues sur les manifestants mobilisés contre la loi Travail, la mort d’Adama qui s’ajoute à une longue liste de décès dans les mains des gendarmes, l’escalade dans la criminalisation des luttes syndicales comme dans le racisme d’Etat, la répression permanente, l’humiliation et la stigmatisation quotidiennes dont souffrent les populations des quartiers populaires, ce meeting constitue une première réponse unitaire, de secteurs qui habituellement ne se mobilisent pas ensemble, en particulier du fait de la politique des directions syndicales, face à la répression. A la tribune Assa Traoré, Amal Bentounsi, Guillaume Vadot, Sihame Assbague, la CGT infoCom et le Collectif Liberté pour Abdoulaye, étaient présents pour constituer ce premier front. Dans l’amphi, étudiants, jeunes et moins jeunes des quartiers populaires, cheminots, professeurs, salariés et militants, étaient présents en nombre, bien déterminés à "Faire Front" contre les violences policières et le racisme d’Etat.

Citation :
Il est 18h30. L’amphithéâtre I de l’université Paris 1-Tolbiac commence à gronder. L’effervescence est palpable, les étudiants nombreux sont prêts à dégainer les slogans chantés pendant la mobilisation contre la loi Travail pour riposter à répression policière. « Ca va péter, ça va péter » scandent-ils. La tribune est presque au complet lorsqu’un frisson envahit soudainement la salle. Assa Traoré, sœur d’Adama tué par les gendarmes, a pris place à la tribune. Les applaudissements fusent, l’ambiance est électrique, car le symbole est énorme dans cette université que les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de rendre plus sélective, plus repliée sur elle-même. A l’entrée, les T-shirt Adama se vendent comme des petits pains tandis que sont distribués les tracts pour préparer la principale échéance à venir contre la répression, à Amiens les 19 et 20 octobre en soutien aux Goodyear.

Violences policières, racisme et islamophobie, répression, à la même tribune

19h. Les escaliers de l’amphi I étaient noirs de monde et comme souvent à l’université, les places assises ont manqué. A la tribune, aux côtés de figures des luttes contre les violences policières, Assa Traoré et Amal Bentounsi, se trouve Sihame Assbague militante de l’antiracisme politique et organisatrice du camp décolonial. A leur droite est présent Guillaume Vadot, doctorant, victime de violences policières après avoir filmé l’interpellation brutale d’une femme noire. Connu notamment après la polémique visant des affiches de dénonciation des violences policières, Romain Altmann représente, lui, la CGT Info Com. A sa droite se tient Abdoul du Collectif Liberté pour Abdoulaye, étudiant guinéen de l’université Paris 1 menacé d’expulsion. Pour compléter la tribune et animer les débats, Thabitha, étudiante en Sciences Sociales, représente le comité de mobilisation des étudiants de Paris 1.

Thabitha. « Pourquoi un meeting à l’Université Paris 1 ? »

Pourquoi ce meeting à l’université Paris 1 ? C’est à cette question que Thabitha, mobilisée contre la loi travail répond dans son intervention. Partant des limites de la mobilisation contre la loi Travail qui, par ses objectifs et ses méthodes, ne s’est pas étendue aux secteurs opprimés, précaires, ciblés par le racisme, elle constate que le meurtre d’Adama pourrait bien « briser les murs » que le gouvernement cherche à nous « imposer ». L’offensive autour du burkini vise à « diviser notre camp » et impose une réponse collective, affirme-t-elle. Les acteurs des luttes réunis aujourd’hui autour « d’une même tribune » constituent un premier pas pour construire un front pour lutter pour « nos droits démocratiques les plus élémentaires ». Ce meeting à l’université Paris 1 doit être « un premier pas en ce sens », conclue-t-elle.

Amal Bentounsi. « La peine de mort est abolie, pas la mise à mort »

« Il est important que la jeunesse soit préoccupée par les crimes policiers », c’est par ces mots qu’Amal Bentounsi, sœur d’Amine tué d’une balle dans le dos par la police, débute son intervention. Elle insiste sur le fait que la « violence d’Etat » est liée à un « racisme structurel ». Ce qui est arrivé à son frère, c’est « l’histoire de beaucoup de jeunes, qu’on a parqués dans des ghettos » puis qu’on a « tué socialement », « par l’humiliation », la « stigmatisation », jusqu’à les « tuer physiquement ». L’émotion est palpable. Après un temps de pause pour reprendre son souffle, elle ajoute que bien que la « peine de mort est abolie », la « mise à mort » ne l’est pas. C’est un combat de longue haleine pour « obtenir justice », ou « au moins la vérité » face à la « culture de l’impunité policière ». Un tonnerre d’applaudissements clôture son intervention.

Assa Traoré, un combat : « Il ne doit plus y avoir de morts dans les mains de la police »

« Pas de justice pas de paix » chantent des étudiants. Dans une ambiance extraordinaire, c’est au tour d’Assa Traoré de prendre la suite. Un silence suit. « Impressionnée », Assa Traoré, remercie le « soutien énorme qui donne beaucoup de force », puis rappelle les « conditions atroces » de la mort d’Adama. « Seul comme un chien, dans les locaux de la gendarmerie. » Que la justice ne fasse rien, c’est « donner une autorisation à tuer ». Pour qu’il n’y ait pas d’autres morts, seule une mobilisation le permettra, ajoute-t-elle. « Pour faire plier la France, la République », les quartiers ne suffiront pas, il faudra être « tous ensemble » comme pendant la « révolution en France, tout le monde s’est levé » explique-t-elle sous un tonnerre d’applaudissement. « Ils ont tué Adama, Zyed et Bouna, à bas, à bas la violence d’Etat » continuent en chantant les étudiants.

Guillaume Vadot. « Discuter des violences policières, libérer la parole »

Toute la salle est en tension. Victime de violences policières pour avoir filmé une femme noire violemment interpellée par la police, Guillaume Vadot, professeur à Paris 1, prend la parole. Cette agression est « banale et quotidienne » pour les populations racisées, affirme-t-il. Ce qui l’est moins, c’est que ce soit arrivé à un enseignant, blanc. Ainsi, il s’agit à partir de son cas de discuter des « violences policières » et « de libérer la parole ». Les quartiers sont des lieux d’expérimentation « des techniques de répression », dans la continuité de l’époque coloniale, où s’est inventée le « maintien de l’ordre » sous forme de « guerre psychologique » contre des populations désignées comme des masses à contenir. La « nouveauté », c’est « l’extension de ces méthodes à d’autres sphères sociales » avec l’état d’urgence permanent. Il insiste ensuite sur la nécessité de faire de ce meeting « un jalon pour un premier front commun ». Il s’agit de « pérenniser un arc de force » pour « lutter contre la violence policière, le racisme et la répression ».

Siham Assbague. « La question raciale est indispensable à prendre en compte »

Siham Assbague, militante anti-raciste, prend ensuite la parole. « Toutes les révoltes urbaines » ont fait suite à des crimes policiers, des contrôles d’identités ou des violences policières. Ces violences policières sont dans la « continuité » de « l’histoire esclavagiste et colonialiste de l’Etat Français ». Les quartiers populaires ont été le « laboratoire des techniques policières » pour le « contrôle des « indésirables et des pauvres racisés ». Suite à la répression de la mobilisation contre la loi Travail, elle insiste sur le fait que les violences policières sur les manifestants, sont « subies quotidiennement par les personnes racisées pour ce qu’elles sont, et pas pour ce qu’elles font ». Applaudissement dans la salle. « La question raciale » est « indispensable » à prendre en compte, ajoute-t-elle. Pour conclure, c’est la question du burkini, que la militante aborde. Cette politique est loin d’être une « diversion », elle se place dans la continuité de la politique coloniale de l’Etat français à l’égard des femmes musulmanes. Une politique qui vise à « détruire musulmans et racisé-e-s ».

Abdoul. « Un comité de mobilisation pour exiger la régularisation immédiate » d’Abdoulaye

« Etat policier, Etat criminel assez d’impunité », scandent les 600 personnes présentes dans l’amphithéâtre. Abdoul prend ensuite la parole. Il est membre du collectif de Soutien à Abdoulaye, étudiant guinéen, menacé d’expulsion, et militant politique dans son pays d’origine. De ce fait, il risque la « peine de mort et l’emprisonnement ». Le « seul pays » ou Abdoulaye a « espéré trouver refuge, avoir une meilleur vie », c’est la France, explique-t-il. « Malheureusement arrivé en France, il a été accueilli à la Française ». « Fouille systématique, contrôle interminable, Centre de Rétention Administrative surpeuplé, des conditions de détention inhumaines », ajoute-t-il. Alors que la préfecture a décidé son expulsion en Espagne, Abdoul explique que la seule chose qui peut empêcher cela sera la mobilisation pendant qu’il sera auditionné samedi ou lundi au tribunal. Un cas loin d’être isolé, il s’agit bien d’exiger la « régularisation de tous les étudiants sans papier ». « De l’air de l’air ouvrez les frontières », chante avec entrain l’amphithéâtre en ébullition.

Romain Altmann. Un meeting qui « marque un tournant pour ceux qui subissent les violences policières »

Pour la dernière intervention, Romain Altmann a tenu à exprimer ses remerciements au « comité de mobilisation de paris 1 », pour « leur initiative qui « marque un tournant de tous ceux qui subissent violences policières, associations, quartiers populaires, et syndicalistes ». « On a aussi besoin d’aller plus loin », ajoute-t-il. Face à la répression qui a pris une nouvelle ampleur, il s’agit de répondre à la question : « comment on travaille ensemble ? ». Un combat qui concerne aussi les atteintes aux libertés, avec le « tournant scandaleux », de devoir aujourd’hui être « parqués dans un zoo pour manifester ». Cela constitue une « remise en cause de nos droits », s’en suivent des applaudissements. « Au-delà du meeting, ce soir, c’est la jonction entre le monde syndical, les quartiers populaires, les étudiants et des militants politiques qui donne espoir », ajoute-t-il. Il s’agit donc désormais de « faire ensemble » et appeler à se joindre à une manifestation le « 15 octobre, à Paris de tous ceux qui luttent contre les violences policières » ou encore au rendez-vous des 19 et 20 octobre à Amiens, en soutien aux 8 de Goodyear.

Mickael Wamen, CGT Goodyear : « faire front tous ensemble »

Pris par un empêchement de dernière minute que l’on ne peut que vivement regretter, Mickael Wamen, de la CGT Goodyear, n’a pu se joindre à la tribune. Mais le cœur y était : dans le message de soutien rédigé par ses soins lu en tout début de meeting, il invite à dénoncer « les violences policières dans nos quartiers », et précise la nécessité de « faire front tous ensemble ». Et dans cette optique, il ré-invite à la prochaine échéance cruciale des rassemblements à Amiens les 19 et 20 octobre, en soutien aux 8 salariés condamnés à 9 mois de prison ferme.

« Gardons des liens entre nous pour préparer les prochaines échéances » !

« Et tout le monde déteste la police et tout le monde déteste la police », ont scandé en cœur les 600 personnes présentes lors du meeting. Le débat a ensuite été ouvert, avec de nombreuses interventions, de collectifs ou de syndiqués réprimés durement après la loi Travail. Se sont succédés entre-autres, Arnaud et Anasse, tous deux, syndiqués sud rail, la Compagnie Jolie môme, le Collectif anti guerre, la Coordination anti-répression, le Collectif des expulsés du 168 Saint-Denis, ou encore Maurice Makwala, agressé par la police le 22 septembre, les Réfugiés de la chapelle, le Collectif 8 juillet, etc. Suite à « ce regroupement de forces inédit », Guillaume Vadot a insisté, sur la nécessité de « garder des liens entre nous tous », les collectifs, associations, organisation pour préparer les prochaines échéances, et définir un calendrier, mais aussi établir « un lien plus organique entre toutes et tous ».

Comme l’ont exprimé les intervenants, ce meeting a permis d’effectuer un premier pas vers la construction d’un front commun contre les violences policières, le racisme, l’islamophobie et la répression. Face à ce gouvernement et tous les partis du régime de la Vème République, qui attaque sans cesse nos droits démocratiques, réprime le mouvement social, l’accentuant dans les quartiers, ce front pourrait jeter les bases d’un vaste mouvement organisant des forces en capacité de faire reculer l’Etat d’urgence, la police, ses brutalités, son arbitraire et son impunité, en résumé le tournant bonapartiste du gouvernement et la violence structurelle, quotidienne, qui sévit dans les quartiers populaires. Ce serait un sérieux premier coup contre ce gouvernement, son ministre de l’Intérieur et son Premier ministre, et ceux qui les suivront. Pour se défendre aujourd’hui et préparer la riposte demain, il nous faut faire front.


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 29 Oct - 13:45


pour informer les "anarchistes" de non-fides ("mystification des quartiers populaires")
et de Théorie Communiste ("le PIR - comprendre les décoloniaux - racialisateur antifémiste"

"citoyenniste" ? ben oui
mais toujours mieux que du Clavreul d'ultragauche


féminisme décolonial, médias et banlieue, violences policières

Démosphère Forum engagé, conférences débats
5 novembre

Citation :
13h30 Le féminisme en 2016 « Ne nous libérez pas on s'en charge»

Avec
•Hanane Karimi (doctorante en sociologie),
•Couna Sidibe (présidente de l'association Arc-en-ciel) et
•Madjid Messaoudene (conseiller municipal délégué à l'égalité femme-homme, Ville de Saint Denis)

16h Medias « La banlieue du 20h »

Avec
•Nora Hamadi (journaliste à Fumigène, média citoyen de réflexions et Public-Sénat),
•Jérôme Berthaut (sociologue),
•Deniz Cumendur (militant politique),
•Amadou Ka (président de l'association les Indivisibles) et
•Julien Salingue (docteur en science politique - sous réserve)

18h30 « Rapports Police/population, comment en finir avec les contrôles abusifs ? »

Avec
•Laurence Cohen (Sénatrice du Val-de-Marne),
•Mélissandre Mallee (coordinatrice du Mouvement des jeunes communistes du Val-de-Marne),
•Amal Bentounsi (Présidente du collectif Urgence notre police assassine) et
•Lanna Hollo (Open Society Justice Initiative)


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 27 Jan - 13:08


Parce qu’à Washington, ce week-end, il n’y avait pas que Madonna pour regretter la défaite du Bien lors des dernières élections ; parce qu’il ne faut pas laisser la politique identitaire de Clinton et de la fausse gauche corrompre les luttes justes et nécessaires ; parce que le combat pour la justice sociale passe aussi par la résistance au racisme, à la misogynie et au réchauffement climatique, nous reproduisons en intégralité le discours d’Angela Davis prononcé lors de la "Marche des Femmes" samedi à Washington. (IGA)

Angela Davis a écrit:
En ce moment décisif de notre histoire, rappelons-nous que nous, les centaines de milliers, les millions de femmes, les transgenres, les hommes et les jeunes qui sommes ici à la Marche des Femmes, nous représentons les puissantes forces du changement déterminées à empêcher les cultures agonisantes du racisme et du patriarcat hétéro de se relever.

Nous reconnaissons que nous sommes les agents collectifs de l’histoire et que l’histoire ne peut pas être supprimée comme une page Web. Nous savons que nous nous rassemblons cet après-midi sur les terres indigènes et nous suivons la voie des premiers peuples qui malgré la violence génocidaire massive, n’ont jamais renoncé à la lutte pour la terre, l’eau et la culture de leur peuple. Nous saluons particulièrement aujourd’hui les Sioux de Standing Rock.

Les luttes pour la liberté des Noirs qui ont façonné la nature de l’histoire de notre pays ne peuvent pas être balayées d’un revers de la main. Nous ne pouvons pas oublier que les vies des Noirs comptent [Black lives matter, NDT]. Ce pays est ancré dans l’esclavage et le colonialisme, ce qui veut dire que pour le meilleur et pour le pire, l’histoire même des États-Unis est une histoire d’immigration et d’esclavage. Propager la xénophobie, vociférer des accusations de meurtres et de viols et construire des murs ne va pas effacer l’histoire.

Aucun être humain n’est illégal.

La lutte pour sauver la planète, pour arrêter le changement climatique, pour garantir l’accès à l’eau, des terres des Sioux de Standing Rock à Flint en passant par le Michigan, la Cisjordanie et Gaza. Le combat pour sauver la flore et la faune, pour préserver l’air… C’est le Ground Zero de notre lutte pour la justice sociale.

C’est une marche des femmes, et cette marche des femmes représente la promesse d’un féminisme contre les pouvoirs pernicieux de la violence étatique, un féminisme inclusif et intersectionnel qui nous invite tous à adhérer à la résistance au racisme, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, à la misogynie et à l’exploitation capitaliste.

Oui, nous saluons le mouvement « Fight for 15″. Nous nous consacrons à la résistance collective, la résistance aux milliardaires qui profitent des prêts hypothécaires et de la gentrification. Nous nous consacrons à la résistance aux corsaires des soins de santé. La résistance aux attaques contre les musulmans et les immigrés. La résistance aux attaques contre les personnes handicapées. La résistance à la violence de l’État perpétrée par la police et par l’entremise de l’industrie carcérale. La résistance à la violence institutionnelle et personnelle de genre, en particulier contre les femmes transgenres de couleur.

Les droits des femmes sont des droits humains partout dans le monde. C’est pourquoi nous disons liberté et justice pour la Palestine. Nous célébrons les libérations imminentes de Chelsea Manning et d’Oscar López Rivera. Mais nous disons aussi liberté pour Leonard Peltier. Liberté pour Assata Shakur.

Au cours des prochains mois et des prochaines années, nous serons appelés à intensifier nos revendications de justice sociale pour devenir plus militants dans notre défense des populations vulnérables. Ceux qui défendent encore la suprématie du patriarcat hétéro blanc masculin n’ont qu’à bien se tenir.

Les prochains 1.459 jours du gouvernement Trump seront 1.459 jours de résistance: résistance sur le terrain, résistance dans les salles de classe, résistance au travail, résistance dans notre art et dans notre musique.

Ce n’est que le début. Et pour reprendre les mots de l’inimitable Ella Baker: « Nous qui croyons en la liberté, nous ne pouvons pas nous reposer jusqu’à ce qu’elle arrive. » Je vous remercie.

Traduit de l’anglais par Investig’Action



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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Lun 30 Jan - 12:38

Citation :
Au XVI et XVII siècles, dans différents pays d’Europe, l’État lança une campagne de « chasse aux sorcières » qui visait à criminaliser un large panel de comportements qui contrastaient avec l’émergence du développement capitaliste.

Vers la moitié du XVIII, quand le capitalisme se fut établi, en ayant réussi à vaincre ses ennemis en Europe, et en généralisant sa domination coloniale à l’étranger, la chasse cessa.

Bien qu’on ne brûla plus de femmes dans les bûchers, la chasse aux sorcières laissa derrière elle une machinerie inquisitrice et idéologique qui assurait que les mêmes procédés seraient utilisés contre ceux et celles que l’État et la classe capitaliste déciderai d’annihiler.

C’est ce qui arriva dans les années cinquante aux USA avec le maccarthysme, véritable campagne de terreur contre les membres du parti communiste, et quiconque avait été ne serait-ce qu’en contact avec eux, les décrivant comme des êtres maléfiques, ennemis de la société que tous devaient éviter.

Aujourd’hui, avec différentes modalités, le gouvernement de Correa a lancé une nouvelle chasse aux sorcières via le ministère de l’Intérieur, afin de tenter de dissoudre Accion Ecologica (AE) une organisation internationalement connue et respectée qui depuis des années s’organise inlassablement en défense de la lutte que les autochtones sont en train de mener contre les activités destructrices des entreprise pétrolières. De fait, l’attaque de Correa contre la AE vient de sa volonté d’octroyer aux compagnies minières et pétrolières les terres des communautés indigènes qu’il a vilipendé de manière répétée comme étant des gens en retard et qui freinent le progrès de la société.

Cet attaque, fut spécialement dirigé contre les femmes, vu qu’elles sont les plus mobilisées et actives dans la défense de la terre, l’eau, les forets, car elles savent qu’avec leur destruction non seulement cela compromet la subsistance de leurs communautés, mais aussi leur histoire, leur culture, leurs espoirs… mujeres-territorioLes femmes autochtones d’Amazonie ont marché vers Quito et elles ont dit au gouvernement que son modèle de développement est destructeur pour leurs communautés, que les activités des compagnies pétrolières détruisent leurs moyens de production, obligeant les jeunes à émigrer tout en exacerbant chez les hommes la violence envers les femmes.

Mais le président Correa refuse de les recevoir, quand bien même ces femmes sont celles qui comprennent mieux que personne les conséquences de l’industrie minière et de l’extractivisme pétrolier, car ce sont elles qui prennent en charge les malades, qui doivent doubler d’efforts et travailler d’avantage pour cuisiner, laver, boire, car l’eau environnante est désormais contaminée, et les plantes, animaux et foret meurent progressivement.

Clairement AE est pourchassée car organisée et déterminée à mobiliser l’opinion publique contre la destruction écologique et sociale qui affecte non seulement les communautés en Amazonie, mais sur toute la surface du globe.

Ce qui est en jeu c’est une nouvelle chasse aux sorcières, car comme dans les persécutions dans le passé, le gouvernement ne peut imputer aucun crime commis par AE. Son crime est de défendre le véritable droit de vivre, sans être déplacé des terres sur lesquelles les communautés vivent depuis des siècles, et posséder une conception non-mercenaire de ce qu’est la Vie, la véritable richesse que nous devons accumuler. C’est parce qu’elles affirment ces valeurs là que les femmes de AE _ comme toutes les femmes, indigènes ou urbaines qui ont pris la même position en défense de la nature et la vie humaine _ sont aujourd’hui traitées comme des sorcières pour être publiquement blâmées.

Le président Correa veut invisibiliser les nombreux morts de cancer, par déplacent et expropriation, et la misère infinie que son développement propose. Mais la AE refuse d’être silenciée et continue la lutte, affirmant son opposition à un plan économique dont ne bénéficie qu’une élite, ainsi que sa solidarité avec les communautés autochtones et paysannes en lutte pour ne pas laisser en héritage à leurs enfants une terre contaminée.

Nous applaudissons le Ministère de l’Environnement qui a reconnu ce que de nombreuses organisations internationales ont affirmé, en solidarité avec AE. L’action de AE doit être encouragée et non condamnée. Elle s’ajuste au principe social le plus basique, qui est le droit des personnes à l’autodétermination, résultat logique de la Constitution Équatorienne, car si la Nature a des droits, ceux-ci doivent s’appliquer aussi à ceux et celles qui la défendent.

14 janvier 2017

Silvia Federicci

Professeur Émérite de l’université Hofstra, et autrice de « Caliban et la sorcière : femmes, corps et accumulation primitive »


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Lun 6 Fév - 11:07


l'enlisement électoral d'une militante afro-féministe

« QUAND ON EST RACISÉ ET QU’ON EN EST CONSCIENT, ON EST OBLIGÉ D’ÊTRE MILITANT »

Claire Corrion Street Press 1 Février 2017

Voile à l'école, lettre ouverte à Laurence Rossignol... Ndella Paye est l'une des figures du mouvement afro-féministe en France. Avant d'entrer à l'assemblée sous l'étiquette EELV ? « Ce qui m'intéresse, c'est de créer le débat. »


Sage comme une image / Crédits : Claire Corrion

Citation :
En mars 2016 dernier, au micro de Bourdin (link is external), Laurence Rossignol compare les femmes qui portent le voile aux « nègres américains qui étaient pour l’esclavage ».

« Je me suis sentie attaquée. J’étais triplement touchée en tant que femme, noire et musulmane portant le foulard » explique Ndella Paye, militante afro-féministe et anti-raciste. Elle lui répond dans une lettre ouverte intitulée « La négresse musulmane et voilée que je suis vous emmerde (link is external) ».

Elle y explique qu’« aucun-e noir-e ne pouvait être pour ces crimes contre l’humanité ». Avant de conclure en citant Kery James :

« C’est vous qui avez décidé de mêler votre histoire à la nôtre. Nous devons vivre ou mourir ensemble ».

Les islamophobes de Riposte Laïque crient au scandale. Pas d’état d’âme pour Ndella :

« Quand ces gens m’attaquent je me dis que je suis sur la bonne voie et qu’en fait, ils ont peur. »

En France, elle est présentée comme l’une des figures de l’afroféminisme. Récemment, elle apparaît dans le film d’Amandine Gay, Ouvrir la Voix.

MILITANTE DEPUIS 2004

En terrasse d’un café parisien, Ndella Paye revient sur son parcours. C’est en 2004, avec la promulgation d’une loi qui interdit le voile à l’école que Ndella commence à militer :

« Pour moi c’était inadmissible de voir des filles se faire exclure de l’école. Au contraire, si on veut les libérer, il faut les laisser étudier ».

Dans la foulée, Ndella participe à la création du Collectif des Féministes Pour l’Egalité qu’elle quitte en 2012 suite à une violente altercation avec le mari d’une membre du collectif. Un an plus tôt, avec d’autres mères voilées exclues de sorties scolaires, Ndella crée le collectif Mamans Toutes Egales.

Femme, noire, musulmane et portant le voile…. Pas facile pourtant pour Ndella de trouver sa place dans le spectre féministe. D’abord engagée dans des mouvements mixtes, elle ne s’y retrouve pas :

« Des blancs viennent nous expliquer ce qu’est le féminisme. Mais les discriminations que subissent les femmes blanches ne sont pas les mêmes que celles que je subis. »

Les tensions se cristallisent également sur la question du voile. Ndella s’en agace. « On nous sort toujours la même rengaine: “Le voile c’est une soumission…” On se permet de t’interroger sur tes choix vestimentaires. Moi je n’interroge pas leurs vêtements. »

Aujourd’hui, Ndella milite aussi bien dans des espaces mixtes que non-mixtes. Elle justifie sa participation au camp d’été décolonial en août dernier :

« Nous qui subissons le racisme et les discriminations, nous avons besoin de ces espaces pour nous renforcer et avoir de la force dans les espaces mixtes ».

AFRO-FÉMINISME

Ndella est de toutes les luttes. Mais l’afro-féminisme reste son combat le plus personnel :

« J’ai 3 filles noires. Il faut veiller à leur éducation, leur donner confiance en elles, leur expliquer que la peau noire et les cheveux afro sont jolis ».

Si elle admire Thomas Sankara, père de la révolution burkinabé ou Angela Davis, féministe intersectionnelle, son premier modèle reste sa mère. Infirmière, syndicaliste, elle s’est battue pour prendre la pilule malgré le désaccord de son mari :

« Je l’ai vu se battre, divorcer de mon père, reprendre des études, passer un concours, s’en sortir tout en galérant. »

Avec ses lunettes sur le nez, Ndella passerait presque pour une étudiante. Il y a quelques années elle a repris des études en arabe et en théologie musulmane pour se détacher des interprétation masculines du Coran :

« Ça m’a donné encore plus d’indépendance et de liberté ».

Dans le temps proche de l’association confessionnelle Participation et Spiritualité Musulmane (PSM), Ndella a depuis pris ses distances. La jeune femme était notamment en désaccord des prises de positions de l’organisation contre le mariage pour tous :
« Jamais, je ne m’opposerais aux droits des minorités ».

LONDON CALLING

Aujourd’hui, Ndella vit seule à Londres. Après avoir demandé le divorce, elle a laissé la garde de ses enfants à son ancien conjoint. « Je les ai élevés quand ils étaient petits. J’estimais que c’était à leur père de prendre le relais ». Cette décision n’a pas été un choix facile :

« On me l’a reproché. Comme si les femmes étaient nées avec l’habilité à s’occuper d’enfants, faire à manger, gérer une maison…»

Cigarette à la main et sourire aux lèvres, Ndella raconte ses journées londoniennes. Là-bas, elle prend des cours d’anglais et bosse comme auxiliaire de vie :

« La personne qui nous formait était voilée, un truc impossible en France »

Mais Ndella ne délaisse pas son activité militante. Au côté de Stand Up To Racism, une ONG britannique, elle défend les réfugiés tout en continuant d’intervenir sur le thème de l’islamophobie lors de conférences :

« Quand on est racisé et qu’on en est conscient, on est obligé d’être militant. Notre vie est résistance ».


Ndella Paye meeting Ndella, poing levé,
lors d'un meeting de Stand Up To Racism en Angleterre
/ Crédits : DR

CANDIDATE AUX LÉGISLATIVES POUR LES VERTS

Et si Ndella débarquait à l’Hémicycle ? Pas impossible. Il y a quelques mois, des militants d’Europe Ecologie Les Verts l’ont convaincu de déposer sa candidature en interne pour les législatives :

« Je ne sais pas si ma candidature va être retenue. Ce qui m’intéresse c’est de permettre le débat en interne. »


Non encartée, Ndella tient à sa liberté de parole. A propos de la montée du FN, la jeune femme finit par lâcher :

« Quand le FN sera là, ça va être pire. Mais nous on n’a pas peur du pire, ce qu’on vit est tellement horrible. Peut-être que cela créera un soulèvement. Moi je n’attends plus qu’une chose, que ça pète ».

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