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 LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'

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MessageSujet: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mar 1 Déc - 12:36

un des sujets les plus importants et alimenté  a regrettablement fait les frais de l'incendie du 29 novembre

CLASSES, 'RACES', FEMMES aux USA... Luttes, émeutes... Ferguson, Baltimore...

je crains de ne pouvoir le reconstruire même réduit aux matériaux et textes essentiels depuis les émeutes de Ferguson... Comme j'ai pas mal de plats sur le  feu, on verra



Dernière édition par Admin le Ven 26 Aoû - 9:34, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mar 1 Déc - 12:36



« Grand meeting pour une politique de paix, de justice et de dignité »30 Novembre 2015, Rédigé par Repères anti-racistes






Dans une tribune unitaire, un collectif d’associations et de personnalités lancent un appel. Contre les dérives racistes et islamophobes de l’état d’urgence, la politique guerrière de la France, le tout sécuritaire et l’état d’exception liberticide, ils en appellent à la paix, la justice et la dignité lors d’un Grand meeting le vendredi 11 décembre 2015 à 18h30 à la Bourse du Travail de Saint-Denis


Citation :
Moins d’un an après les massacres de janvier, les attentats sanglants qui viennent de frapper l’Île-de-France nous ont laissés dans l’horreur.

Elle est d’une ampleur et d’une intensité inédite : l’organisation État islamique a perpétré des attentats à l’aveugle. La terreur a cédé le pas à la tristesse, l’angoisse, la sidération. Il nous faut dépasser l’hébétude pour saisir les causes profondes qui ont mené à inscrire de tels crimes dans notre quotidien, et pour construire un avenir qui ne cède rien au pire.

Au sommet de l’État, en lieu et place de ce nécessaire travail, les partis de gouvernement ont préféré la fuite en avant, entraînant avec eux nos vies, nos destins, nos libertés et ceux de peuples qui auront à souffrir la vengeance d’un crime dont ils ne sont pas les auteurs. Ils disposent pour cela du soutien du Front National.

L’état d’urgence a été décrété et prolongé pour trois mois. Nos dirigeants frappent par ailleurs la Syrie de plus belle, dans un esprit de revanche. Ils bombardent une cible opaque, en grande partie insaisissable, et frappent, encore et encore, des civils.

L’exception devient la règle, et la figure guerrière s’impose comme ligne de conduite pour l’État. Cette montée en puissance n’est pas fortuite : le militarisme est central dans la stratégie du gouvernement français. Depuis la crise de 2008, pour compenser ses faiblesses industrielles et commerciales, la France joue la carte du militarisme auprès de ses « partenaires » européens. Sous Hollande, cette dynamique s’est emballée. Les interventions militaires se sont multipliées (Mali, Centrafrique, Irak, Syrie, etc.) Les ventes d’armes françaises n’ont jamais été aussi florissantes – faisant grossir les colonnes de réfugiés.

Ce militarisme n’est pas sans lien avec la progression du « djihadisme » : les frappes françaises sont autant d’arguments pour recruter de nouveaux combattants, certains pays du Golfe alimentent les organisations djihadistes et sont la source de leur idéologie.

On nous propose d’accepter cette logique mortifère, d’en faire un étendard. On nous somme de consentir à l’esprit de revanche. On nous demande d’accepter que l’état de guerre devienne un principe de gouvernement.

Les conséquences de cette incorporation collective dans la guerre sont déjà là. Grèves, rassemblements et manifestations sont suspendus. L’état d’urgence banalise la fermeture des frontières, les contrôles au faciès, les assignations à résidence, le fichage généralisé, les perquisitions musclées dans les lieux de vie ou de culte, la déchéance de nationalité (en y soumettant des binationaux nés en France).

Nos dirigeants vont jusqu’à envisager de modifier la Constitution, d’élaborer de nouvelles prérogatives de l’état d’exception, dont les dispositions sont encore floues mais inquiétantes.

Le racisme et l’islamophobie, prenant le prétexte des attentats, redoublent de virulence, et s’exercent en toute impunité. Des mosquées vandalisées aux lynchages de personnes désignées comme musulmanes, ces violences s’exercent sans susciter l’indignation unanime de ces mêmes dirigeants qui prétendent pourtant assurer la sécurité de tous.

Dans cette situation, seule une politique de paix est en mesure d’apporter une réponse à la hauteur des événements. Nous avons besoin d’une idée neuve de la paix, pas seulement d’un retour au statu quo. Cette idée de paix, elle doit être active dans notre opposition aux guerres menées par nos gouvernements. Cette politique de paix doit s’inventer au cœur de nos solidarités avec le peuple syrien, qui subit la concurrence mortifère de deux contre-révolutions, celle de Bachar al-Assad et celle des groupes « djihadistes », ainsi que les bombardements de la coalition occidentale.

Cette paix, elle doit se faire également au sein même du territoire français, mais à la seule condition de lutter contre le racisme, l’islamophobie, les discriminations – qui peuvent aussi faire naître le désespoir et conduire à la fascination pour des idéologies mortifères et la folie meurtrière. Cette idée de la paix doit donc s’incarner dans une lutte pour plus d’égalité sociale, s’incarner en un mouvement à même de réunir tous ceux et toutes celles pour qui l’union n’est pas une doctrine militaire.

Ici comme ailleurs, la paix est sous condition de justice et de dignité. C’est par cette politique que nous pourrons infléchir la folle fuite en avant de nos dirigeants, pour contrer ce climat de guerre, cette spirale meurtrière et liberticide.

Premiers signataires :

Bruxelles Panthères, Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Émergence, association citoyenne de Carrières-sous-Poissy, Femmes plurielles, Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), La Voix des Rroms, Liste des Sans-voix, Mwasi-Collectif Afroféministe , Parti des Indigènes de la République, Respaix Conscience Musulmane, Union Juive Française pour la Paix (UJFP).

Noel Mamère (Député, maire de Bègles), Sergio Coronado (Député), Bernard Friot (Économiste et sociologue), Alain Gresh (journaliste), Sihame Assbague (activiste), Imhotep (au nom du groupe IAM), Tariq Ramadan (universitaire), Kristin Ross (Professeure, New York University), Raphael Liogier (Sociologue, philosophe), Said Bouamama (Sociologue), Françoise Vergès (Politologue), Gilles Manceron (Historien), Christine Delphy (Féministe), Madjid Messaoudene (Élu à Saint-Denis), Olivier Lecour-Grandmaison (Historien), François Burgat (Politologue, directeur de recherces à l’IREMAM), Jacques Bidet (Philosophe), Cédric Durand (Économiste), Océanerosemarie (Auteure et comédienne), Grégoire Chamayou (Chercheur en philosophie au CNRS / ENS LSH), Razmig Keucheyan (Enseignant-chercheur en sociologie), Gilles Manceron (Historien), François Gèze (Éditeur), Farid Bennai (Militant associatif), Ugo Palheta (Sociologue), Laurent Cauwet (Éditeur), Jim Cohen (Revue Mouvements), Saimire Mile (Président de La voix des Rroms), Mohammed Ben Yakhlef (Élu à Villeneuve Saint Georges), Dominique Vidal (Journaliste, essayiste), Jules Falquet (Sociologue), Maxime Cervulle (Maître de conférences, Paris Cool, Emmanuel Riondé (Journaliste), Laurent Lévy (Essayiste, militant d’Ensemble !-Front de Gauche), Stella Magliani-Belkacem (Éditrice-La fabrique éditions), Zakia Meziani (Association pour la reconnaissance des droits et libertés aux femmes musulmanes), Maximilien Sanchez (Conseiller municipal de Gentilly), Emir Cherdouh (Journaliste), René Monzat (Congrès Marx), Félix Boggio Éwanjé-Épée (revue Période), Sébastien Fontenelle (Journaliste), Elisabeth Longuenesse (Sociologue), Omar Benderra (Écrivain, militant droits humains), Fania Noel (Activiste), Catherine Samary (Altermondialiste).

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mer 2 Déc - 2:04


mise au poing

à propos de cet appel, et suite à quelques agressions "islamophobes" chez Médiapart, où j'ai relayé cette information, mise au point :

Patlotch a écrit:
s'appuyer sur ceux qui défendent l'islam modéré n'est pas mon truc, que ce soit Tarik Ramadan ou Edwy Plenel, voire Olivier Roy, Alain Gresh et toute la bande des démocrates de la gauche du PS aux gauchistes du NPA (même si c'est toujours mieux que LO et autres fossiles "marxistes") : je ne partage pas leurs analyses, leur défense de la laïcité et des valeurs républicaines comme rempart, parce que ce n'est qu'une illusion dans l'idéologie française 3

par conséquent, je conçois très bien, je l'ai fait aussi pour la Marche de la dignité (en gros les mêmes qui ont signé l'appel : moi non !), de critiquer de ce point de vue ce genre d'intitiative, mais dans le contexte actuel de l'état d'urgence et du fait que sont en premières lignes les populations des banlieues - où vit la grande majorité des musulmans de couches populaires -, c'est le moins qu'on puisse attendre :

à deux cent mètres de chez moi, des dizaines de flics descendent à 1 heure du mat' et font sortir toute la famille, du gamin de trois ans au pépé de 85 ans ! Tout ça pour récupérer quelques paquets de poudre et quelques milliers d'euros, dont ils retiennent la moitié au passage

par conséquent, je ne me sens nullement concerné par toute tentative d'amalgame partant du nom de Ramadan ou d'autres

qui relève, dans l'appel (sélection perso) :  Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), La Voix des Rroms, Liste des Sans-voix... Union Juive Française pour la Paix (UJFP) ?

Bernard Friot (Économiste et sociologue), Kristin Ross (Professeure, New York University), Raphael Liogier (Sociologue, philosophe), Said Bouamama (Sociologue), Françoise Vergès (Politologue), Gilles Manceron (Historien), Christine Delphy (Féministe), Olivier Lecour-Grandmaison (Historien), Jacques Bidet (Philosophe), Gilles Manceron (Historien), François Gèze (Éditeur), Jules Falquet (Sociologue), Maxime Cervulle (Maître de conférences, Paris VIII, Laurent Lévy (Essayiste, militant d’Ensemble !-Front de Gauche), René Monzat (Congrès Marx), Félix Boggio Éwanjé-Épée (revue Période), Omar Benderra (Écrivain, militant droits humains), Catherine Samary (Altermondialiste).

alors ce n'est pas quelques youtube, toujours des mêmes supplétifs de l'Etat Français, comme au bon temps des colonies et de l'état d'urgence en Algérie française, qui vont m'impressionner

la manif du 17 octobre 1961 3, où la police française conduite par Papon a jeté quelques centaines d'Algériens à la Seine a été préparée chez un ami à moi, alors étudiant communiste, qui a reçu en cadeau... une bombe chez sa mère où il habitait



j'ai choisi mon camp il y a 45 ans, et je n'en changerai pas pour quelques obsédés "islamophobes" qui n'ont, soit rien compris au film, soit manipulent à qui mieux mieux chez Médiapart : moi, je ne suis pas manipulable

qu'on s'attaque à plus solide, on verra dans quel camp sont les manipulateurs du forum, entre supposée gauche radicale et Front national de souche, dont féministes des beaux quartiers


dis-moi qui te finance, je te dirai qui tu es
L’Etat islamique, cancer du capitalisme moderne Nafeez Ahmed 27 mars 2015

PS : je n'ai pas l'intention de me rendre à ce Meeting. Les quartiers populaires n'y seront d'ailleurs pas, sauf les voisins et membres d'associations, et ce n'est pas moi qui leur donnerais des leçons. Ma tâche est ailleurs plus utile que de les embarquer dans une nième aventure politique de la "vraie gauche", dont ils n'ont rien à espérer

un Meeting c'est fait pour informer qui ne l'est pas et convaincre les gens de participer à quelque chose : quoi ? Venant d'eux, pas un scoop... Je sais déjà pour l'essentiel ce qui se dira de la tribune, et mieux encore, qu'ils ne veulent pas savoir. Je n'ai rien à leur dire qu'ils ne puissent apprendre par eux-mêmes, d'autant que la salle n'aura pas la parole

la Bourse du travail à Saint-Denis, c'est quoi ? 1000 personnes... quand c'est plein !

ceux qui mèneront dans les mois et années qui viennent les combats qui compteront dans ce pays n'y seront pas, et je sais pourquoi

voilà, on dira que je casse le truc-même pour lequel je fais de la pub... Tant pis pour ma cote, je ne suis d'aucune coterie : seule la vérité m'importe pour la dire quand je l'ai comprise par moi-même

la propagande, je laisse ça aux valeureux militants de toutes causes... et causeries


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 4 Déc - 21:38



The Battle Against Bullfights in Ecuador: A Decolonial Frontier

Équateur


There is a term adopted from the Quechua language often used in Ecuador to refer to the aftereffects of drunkenness: chuchaqui. It’s a word that has also become used to describe the contradictory state between colonialism and independence that is so ubiquitous in Quito, the city capital

“This is a movement against all kinds of violence against Mother Earth. Neither cows in the arenas, nor cows on our plates.”

Citation :
Ecuador’s colonial chuchaqui is evidenced in how Quito’s liberation struggle against Spanish domination can be a national holiday on Aug. 10 even as the colonial “foundation” of the city is celebrated—with Spanish colonial traditions—on Dec. 6.

Bullfighting is one of the Spanish customs that celebrates the colonial conquest of Quito. Abolishing the custom is not only an issue for animal rights activists, then, but also part of a historical battle to uproot Ecuador’s colonial legacy.

“It is a colonial tradition that started as a ‘civilizational’ project,” Felipe Herrera, a 21-year-old animal rights activist, told teleSUR English. “To continue it is to accept the colonization of Indigenous people and the imposition of another culture.”

Herrera is one of the more than 100 animal rights activists who chanted “We are Mestizos, not Spanish! We are Indigenous, not torturers!” on the streets of Quito this week to protest the annual bullfighting ritual.

The animal rights liberation movement was larger before 2011, activists say. That year a popular referendum to end bullfighting in Quito won the support of the majority, giving the illusion that activists had won the war. While one large bullring was shut down and bulls could technically no longer be killed in the arena, the municipality responded to the initiative with reforms, not what activists actually want: outright abolition.


Activists believe the decision to violate the spirit of the referendum on bullfighting—and, they say, the will of the people—shows the powerful desire to want to maintain their economic interests and a “social elitist culture” tied to Spanish colonial tradition.

“They say they want to keep it because of tradition and culture,” one protester told teleSUR English. “But it all boils down to economics. It’s not convenient for them to abolish it.”

Having failed to achieve what they wanted at the ballot box, animal rights activists have continued fighting for abolition with direct actions and boycott campaigns against private businesses that sponsor bullfights in Quito, including Ecuador’s largest bank, Banco de Pichincha, and the right-wing newspaper El Comercio.

“The legal route has proven to be mediocre. We are playing a very perverse game. We have nowhere to go and no one to rely on but ourselves,” said the protester, who asked that teleSUR not publish her name given the nature of some protests. At a direct action against Banco de Pichinca office branch in Quito last week, the activist said she was beaten and harassed by police.


[b]“Banco Pichincha sponsors torture at the bullpit Belmonte.”[/b

As the fight against bullfighting drags on, the issue has become a way for activists to highlight how the logic that drives violence against bulls is the same that legitimizes the mass exploitation of animal life, as well as the ongoing extraction of natural resources on Indigenous lands.

“We want to deepen the conversation. We don’t want an imposed tradition that condones violence, which necessarily generates more violence in society and against nature,”
one animal rights activist told teleSUR. “We are against all forms of violence and want to keep our own ancestral traditions to live in harmony with nature.”

Expanding on the idea of a “return to Indigenous roots,” the independent Ecuadorean news site GKillyCity has provoked its readership by asking: “Why does there need to be a fight between Man and Animal?”

The site’s staff writer, Abel Ochoa, said the dichotomy between human and animal can be traced back to Spanish colonial conquest, when Christian missionaries imposed a dualism between humanity and nature, with the former’s domination of the latter understood as part of a divine plan. This Christian logic directly opposed Indigenous ways of living in the world, which conceived of human beings as part of and in coexistence with nature.


Tuesday’s march arrive at the bullfight pit in Quito’s colonial historic center.

In this sense, the gradual killing of the bull by the matador is a manifestation of humanity’s triumphant domination over nature. That the trophy for the victorious bullfighter in Quito continues to be a small Christ statue, Ochoa argues, points to the ongoing legacy of the Catholic Church in maintaining this narrative of domination.

Unlike the movement to abolish bullfighting in Spain, the battle in Ecuador is about much more than the rights of the animal. Here it is a battle that activists see as posing an existential threat to the country’s elite, who seek to maintain a colonial European culture.

“This is a movement against all kinds of violence against Mother Earth,” one animal rights activist said at the protest in Quito this week, casting her veganism as a means of returning to an Andean way of life that predates Spanish colonialism.

“Neither bulls in the arenas,” she said, “nor cows on our plates.”


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 4 Déc - 21:46


The Weekender Berkeley's News | The Daily Californian
December 4, 2015

In Oakland, a community center fights pentification Hannah Raslan 2 décembre 2015




Citation :
As commercial bulldozers and bougie coffee shops invade West Oakland, on the corner of San Pablo and West Grand avenues, there remains a plot of land embodying the fight against gentrification: Qilombo.

A radical community social center that offers a space for meetings, gatherings, educational workshops and classes, and celebrations for its surrounding community, Qilombo’s website states that it “provides public space to all peoples during these times of intensive gentrification, systemic oppression, and displacement, while also striving to empower those whose political and economic voices have been marginalized.”

The space did exactly this in early November when it threw “Afrikatown Presents: An Anti-Gentrification Block Party.” Afrikatown, a community garden tangential to the Qilombo space, provides free vegetables and community meals to locals. It been threatened with eviction notices and developers in the past because the owners of the land plot wanted to sell the property to luxury condominium developers. But, thanks to Qilombo and other active voices, the garden has managed to keep thriving and providing goods to the community.


The block party, held at the Qilombo center and Afrikatown, embodied a “decolonial storytelling space.” Through music, poetry and dialogue, the group that gathered touched on a myriad of issues — from the struggles of fighting against gentrification and police brutality, to discrimination black people face everyday in America as well as beautiful lyrical tributes to Africa.


During the event, an Afrikan mural was painted facing San Pablo Avenue to symbolize that this is community that won’t be leaving.


“It really was to combat contemporary colonization,” said Emani Dawan, activist and Qilombo organizer, referring to the block party. “In Oakland, what’s going on right now is cultural genocide and it’s really fucked up. A lot of people are getting displaced. A lot of people can’t afford to live here anymore. A lot of people who were born and raised here are struggling to stay here.”







Dawan is correct — Oakland is being transformed at the expense of working-class underrepresented minorities. According to PBS’ definition, “Gentrification is a general term for the arrival of wealthier people in an existing urban district, a related increase in rents and property values, and changes in the district’s character and culture.”

In Oakland, many people point to the last decade’s wave of new residents as positive — crime rates are decreasing and the economy is being stimulated by new, high-brow businesses and skyrocketing rent prices. But this phenomenon looks completely different for a long-time working-class Oakland resident. It manifests as a whitewashed new community that is leaving underrepresented minorities homeless. Oakland has seen a decrease in local businesses, a loss of jobs for the working class, and impossibly expensive new apartment buildings built on the water of Lake Merritt–a space that was once filled with underrepresented minorities, but now, after its renovation, has noise and gathering restrictions so that it can no longer be a community space for traditional Oaklanders.

Alameda County of Public Health Department analysts took census results from 1990 and analyzed them against 2011 census data. In just 21 years, Oakland’s African American population declined from 43 percent in 1990 to 26 percent in 2011. In North Oakland specifically, 50 percent of homeowners were African American in 1990. By 2011, this number dropped to just 25 percent.

This harsh war on culture and underrepresented minorities is deeply correlated to rising rents. This same report concludes that between 1998 and 2002, rent in Oakland doubled. The rate of no-fault evictions in the city tripled. A no-fault eviction is when the tenant’s lease is terminated because the landlord decides not to renew it, as opposed to termination by a lease breach. Landlords continue to not renew leases in Oakland because they see the opportunity to raise rent.

Gentrification is a harsh reality that is only becoming more prevalent. According to research conducted by UC Berkeley, gentrification rates are increasing in Oakland; the displacement of low-income underrepresented minorities is going to occur even more rapidly in coming years.

But, voices of resistance, such as Qilombo, refuse to silently let this occur. Qilombo is African- and indigenous-led and made up mostly of Oakland natives, according to Dawan. Many cannot watch developers wage cultural genocide on a community that once felt so diverse. As an organization founded to support and sustain movements and build resistance, they continue to be a leading voice in Oakland’s fight against gentrification.


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 5 Déc - 11:35

VIEWPOINT MAGAZINE

désolé, certaines images sont trop large pour être importées et j'ai la flemme de les recalibrer. Il faut sur l'original, cliquer sur les "Read more" pour déplier les commentaires de ce passionnant tour d'horizon

Black Liberation on Campus, 2015? by Oyinkan Muraina and James Cersonsky


This roundtable is apart of our evolving “Movement Inquiry” feature, which opened with an investigation of housing struggles in the US. If you would like to get involved, email us at roundtables@viewpointmag.com.

Citation :
On February 8, 1968, police opened fire on students at South Carolina State University in the city of Orangeburg, murdering Samuel Hammond, Henry Smith, and Delano Middleton and injuring thirty others. Hammond, Smith, and Middleton were shot in the back, and all officers were acquitted – an echo of the racial order that the students had been protesting. Four years after the Civil Rights Act, public and private institutions continued to refuse service to Black people.

Two months later, Martin Luther King, Jr., was killed, setting campuses and, literally, neighborhoods on fire. For Black students, the “Orangeburg Massacre” set the stage. Leaders from sixteen colleges in North Carolina met in Durham, avowing “creative demonstrations.” Greensboro hosted a mock funeral, one of the largest actions in the city’s history. Across the country, students held commemorations and protests.

At the same time that it blew open Black student organizing, Orangeburg receded in public memory. It was lost to MLK and Black Power. It came after the Student Nonviolent Coordinating Committee and before the formalization of Black feminist studies. It was a flashpoint for Black student power, the iceberg of what government officials called “campus unrest.” As Martha Biondi writes in The Black Revolution on Campus, “the most prevalent demand in the hundreds of campus protests in 1968-1989 was African American inclusion, not opposition to the Vietnam War. The centrality of race… has been forgotten.”

The recent, high-profile murder of Black people – and the failure to prosecute white vigilantes and police officers – has, similarly, propelled campus activism across the country. Students have rushed to express not only their outrage at the wanton loss of life, but also their collective disillusionment with a system indifferent to the concerns of students of color – from Berkeley High School to the University of Missouri to Yale. In doing so, they have disrupted the flow of American education and contested the meaning of studenthood.

As the contributors’ essays in this series illustrate, these interventions have taken myriad forms – from perennial die-ins and walkouts to a campaign for a Level 1 Trauma Center. Still, what many share is a rejection of the mythos of “Black progress.” What they embrace, in turn, is that the enduring condition of Blacks in the United States is one of struggle, necessitating agitation for the re-imagination of equity in an equally enduring white-supremacist order.

It is with this understanding that Samuel Northup could be born a free man in 1808 and enslaved in 1849, that the Voting Rights Act could pass in 1965 only to be gutted in 2013, and that calls by Black youth for Palestinian solidarity and against U.S. imperialism remain to be acknowledged a generation later.

In this series, it is with a similar understanding that students at the University of Michigan have campaigned over the span of over forty years to increase Black student representation, only to see their numbers drop from 9% in 1996 to 6.8% in 2007 to just under 5% since 2010. Likewise, though the Civil War ended in 1865, students at Middle Tennessee State University must continue fighting to remove monuments to the Confederacy. This understanding frames the opening of the Africa Center at the University of Pennsylvania in 1993 and its closure one generation later. South Carolina State is itself facing financial straits and threatened closure, reflecting the under-resourcing of Historically Black Colleges and Universities nationwide.  

The experiences and struggles of the present moment underpin the title of this roundtable, “Black Liberation on Campus, 2015?” This frame posits an active struggle, constantly remaking itself from one national groundswell to the next – and from long-gone, if long-lost, designs. Where do we go from here? While history is quick to cite Huey P. Newton and Stokely Carmichael, the personae and words of Angela Davis, Assata Shakur, and Audre Lorde loom large in these essays and in youth organizing nationwide. What does a Black liberation movement that centers the death and life of women and girls, from Aiyana Stanley Jones to Rekia Boyd to Miriam Carey, look like? What will it take to advance movements free from patriarchy, gender conformity, heterosexism, and ableism? Moreover, many of the struggles in this series began in city streets before radiating across campuses. What is liberation within and beyond the relative privilege of university spaces? How can the struggles of students resonate with the neighborhoods and workplaces of those who’ve never been enrolled? By leveraging studenthood, what can these writers teach us about national and, maybe, transnational struggle?

Viewpoint envisions this roundtable as a beginning, not an end. We welcome your ideas, feedback, critiques, as well as your support in sharing this resource with friends and neighbors, in dormitories and classrooms, at rallies and direct actions. We are eager to work with organizers to collectively create future roundtables on the struggles unfolding today – Black and Brown liberation, climate change, education, feminism, queer power, youth-led migrant struggles, and in transportation, logistics, and the workplaces of retail and service workers, to name just a few. To get involved, please email us at roundtables@viewpointmag.com.


#WALKOUTWEDNESDAY, Berkeley High School By Kadijah Means

The turnout for these actions gave my comrades and me something we had not had for months: hope, moving us to organize something bigger. Desperate for a taste of victory, in a war that is seemingly never-ending, Damani McNeil, Lucy Rosenthal, Finn Collom, and I organized a 1,500 person strong walkout, rally, and die-in on Wednesday December 10th, 2014 – #WalkoutWednesday.”

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THE UNITED COALITION FOR RACIAL JUSTICE AND THE “SPEAK OUT,” University of Michigan By Garrett Felber and Austin McCoy


“The goal of the Speak Out reflected many of the aims of the original Teach In: to raise visibility and educate students regarding these issues, facilitate coalitions across various organizations, and to put pressure on the administration. The event was designed as a 12-hour takeover of Shapiro undergraduate library in three parts – Demonstration, Political Education, and Strategy. We hoped to combine the testimonial power of the open-mic “speak out” with the historical resonance of the ‘sit in.'”

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CHANGE THE NAME OF NATHAN BEDFORD FORREST HALL, Middle Tennessee State University By André Cantyphoto“When Bree

Newsome cut the Confederate Flag from the South Carolina state capitol, we all saw ourselves up there. We were tired of waiting – and hearing the ‘heritage’ debate. A simple conversation among friends online led to our most recent campaign. Considerate it ‘Round 3.'”

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PRESERVE AN INDEPENDENT AFRICA CENTER, University of Pennsylvania By Oyinkan Muraina


12187767_1073583039328338_6775796335016582572_n“When Charity Migwi and I called our classmates together to discuss the fate of the Africa Center the night before, I never imagined we would be protesting less than twenty-four hours later. But this was, and is, the reality of a university in the post-Mike Brown era. The campus that once hosted a “Top One Percent Party” in an ode to the Occupy Movement now accommodated regular protests, with participation not only from Penn students but also from neighboring schools and the Philadelphia community.”

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#CANYOUHEARUSNOW, Colgate University By Kristi Carey, Melissa Meléndez, Kori Storther, and Natasha Torres


“Visibility is fatal in a world of popular opinion. As I reflect on the sit-in that my friends and I lead almost a year ago, those words are clear in my head. I hear constant echoes of the cries from my peers: “Can you hear us now. Can you hear us now. Can you hear us now.” For 101 hours, we occupied the Colgate Admission office and begged for visibility. We demanded to be heard. However, as I look back on those days, I almost wish we never brought ourselves into the light.”

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DIE-IN, #SHUTITDOWN, University of Texas By Tyler English-Beckwith


2014-12-05_Garner_Protest_Marshall.Tidrick51177“Just hours after we lay on the asphalt for Eric Garner, I got word of the murder of Rumain Brisbon in Arizona. As I read the article about yet another unarmed Black person shot down by a cop, a professor approached me to share her thoughts on the protest. She described the Die-In as peaceful and applauded my ‘dignity’ and ‘respect.’ She said that she had heard from a campus police officer that the protest went off without a hitch and that she didn’t expect anything less from UT students. I quickly made an excuse to leave the conversation.”

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PRISON DIVEST, City University of New York By Leon Campbell


Black lives still matter after the car door slams and after the cell door bolts shut. Black and Brown people are being funneled into prisons where they are not surviving and where they are exploited as slaves, producing for the prison and profit. Right here in New York City, the prison system’s inhumanity is apparent on a daily basis. The case of Bronx Community College student Kalief Browder, who was held at Riker’s Island for three years with no charges, serves as a reminder that the prison system affects CUNY students directly.

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THE TRAUMA CENTER CAMPAIGN, Chicago By Michael McCown and Gabrielle Newell


In moments when the Left is in retreat, there is a tendency among activists to conceptualize politics as a “psychotherapeutic activity.” If an action helps to tap into the rage of the participants, it was powerful, even if it does not advance concrete demands. But there can be a strategic and politically essential role for emotion as well. I have been reflecting on this since the news that a Trauma Center will be opened on the South Side

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Lun 7 Déc - 17:13


le PIR ajuste son tir


quelques réponses de Louisa Yousfi à des critiques et questions posées par la politique du PIR. Des mises au point bienvenues et des remarques intéressantes, d'autres ambigües du moins pour moi peu compréhensibles, et l'impression générale d'un débat "interne" mais je ne saisis pas toujours à quoi ou qui il répond :

- aux partis et militants de l'extrême-gauche "blanche", car là il y a manifestement des désaccords ?

- à une dérive universitaire intersectionnaliste puriste (sic, car c'est une gageure) ?

- à la montée d'un discours "décolonial" à forte teneur théorique sans implication politique (multiplication des colloques et études...) ?

en tout cas pas à ce qu'il en est dit ici - la question ne sera pas posée et peu importe - ni à mon sens à la nécessité d'une théorie plus solide que celle du « champ blanc » de Sadri Khiari (SK), référence théorique centrale de ce texte et structurant l'analyse du PIR, avec quelques aléas sur le terrain social d'un transclassisme dont ce texte témoigne aussi

c'est au fond le sens de "politique" qui n'est pas vraiment clair, car même s'il est bon d'entendre qu'il ne s'agit pas d'un parti-guide, tout semble rapporté au « champ politique », autrement dit à une conception de l'idéologie qui largement l'impasse sur la critique de l'économie politique, qu'elle soit théorique ou dans les luttes, qui n'ont effectivement pas à se dire "décoloniales" voire être « portées par des acteurs décoloniaux conscients », puisque seule compte la « dynamique » concrète dans sa multiplicité d'apparitions, dont l'existence du PIR est un symptôme parmi d'autres

au demeurant, ce texte ne se caractérise pas vraiment par une critique concrète de la situation concrète, c'est dire qu'il s'adresse à des militants, dans la controverse d'un concurrence sur le terrain des idées, et je ne sais pas à quel genre d'indigènes cela peut donner envie de « faire de la politique » : quelle politique ? Celle d'une « structure organisationnelle » posée comme la question essentielle ?


Le PIR veut-il (vraiment) le pouvoir ? 7 décembre 2015 par Louisa Yousfi, militante du PIR



Tandis qu’autour de lui, le PIR s’échine à poser un à un les pavés d’un territoire politique encore inexploré, il est encore de bonnes âmes pour n’en apercevoir qu’un faux-fuyant. Gringalet à la vue hypertrophiée, le PIR s’accommoderait de n’avoir à porter sur ses frêles épaules que de colossales « idées ». Bluffant ses prétentions décoloniales, il ne se ferait pas vraiment d’illusions, et apaiserait finalement sa faim au seul pouvoir « d’influencer » le débat public, les partis politiques et les organisations des quartiers. « Nous voulons le pouvoir ! », asséné mille fois, ne rencontre que peu oreilles qui veuillent bien lui accorder quelque crédibilité. Or, oui, le PIR veut le pouvoir
.


Louisa Yousfi a écrit:
« Comment on fait pour vous soutenir si on ne peut pas voter pour vous ? », interroge l’indigène citoyen. Mille et un arguments se bousculeraient à dresser la brillante démonstration du raccourci erroné d’une identification de la politique au seul jeu électoral. Que nos lecteurs se rassurent, nous nous abstiendrons ici de l’exposer. Pas seulement parce que nous sommes convaincus qu’il n’est jamais seulement question « d’éduquer » le peuple indigène mais parce que nous savons entendre ce que les idées révèlent de la réalité. Dès lors, l’indigène qui peine à nous appréhender comme un parti tant que nous ne présentons pas de candidat à des élections n’a pas simplement tort. Il pointe du doigt les nœuds stratégiques qui méritaient éclairage.

Les paradoxes de l’autonomie indigène

« 0n ne peut pas penser notre propre autonomie politique, comme population issue des anciennes et actuelles colonies, sans penser la non-autonomie » (SK)

Commençons par le commencement. Les sujets postcoloniaux, dont il est question de défendre les intérêts, ne sont pas « libres ». La réalité de leur dépendance vis-à-vis des forces politiques blanches est telle que nous ne nous paierons pas la naïveté d’en faire l’abstraite économie. Comment s’opère concrètement le sabotage méthodique des compétences organisationnelles de la puissance indigène ? L’apport théorique du PIR et notamment de Sadri Khiari a permit de développer le concept de « pouvoir blanc » pour désigner le processus qui garantit la production et la reproduction des races sociales. Quant il ne se limite pas à déployer des moyens « physiques », « administratifs », « juridiques », « policiers » ou « militaires » de coercition et de répression de la résistance indigène, le pouvoir blanc œuvre également à un niveau « idéologique ». Au-delà du seul maintien d’un système d’idées et de représentations qui légitimeraient le recours à la violence physique de l’État, la matérialité idéologique s’inscrit dans les pratiques sociales, culturelles, politiques et économiques d’une société. Ainsi, l’idéologie nationale-républicaine dont l’une des fonctions est d’empêcher l’autonomie politique des populations issues de l’immigration postcoloniale en l’accusant d’être la ruse d’un communautarisme identitaire traverse tout le champ social. Nul ne devra donc s’étonner d’entendre au détour d’un colloque sur les luttes de l’immigration des universitaires indigènes sermonnaient contre les risques de « l’essentialisme inversé » ou de « l’indigénisme », sans que personne ne trouve rien à redire à cette intériorisation d’une bien fameuse rhétorique : celle du « racisme inversé », plus connu sous le nom de « racisme anti-blancs ».

« Que faire ? », interroge l’indigène léniniste. Marteler que les enfants de l’immigration doivent se libérer du champ politique blanc en tambourinant des slogans décoloniaux qui gonflent le torse selon leur degré de radicalité n’est pas un projet politique. D’ailleurs, la question de l’autonomie convainc beaucoup plus qu’il n’en paraît. Le fameux « Il nous faut une force politique ! », lâché régulièrement lors de réunions de militants de l’immigration procède d’une amère ironie.
« Vous voulez une force politique ? Vous voulez de l’autonomie ? Ouvrez les yeux : le PIR existe depuis 10 ans ! », pourrions-nous rétorquer, médusés. Pourquoi donc tous les militants convaincus de la persistance du continuum colonial en France, ne se précipitent-ils pas en masse aux portes du seul parti politique explicitement décolonial ? Si le terme d’autonomie a fait mouche au sein des quartiers et des militants non-blancs, c’est qu’il est apparu spontanément comme le seul remède efficace pour neutraliser le spectre de la « récupération » et résister à la satellisation des réseaux clientélistes des partis politiques. Il n’a pas tardé malheureusement à devenir une bannière derrière laquelle une forme de « purisme » militant s’est réfugié dans le « confort des marges ». Évidemment, cette radicalité n’a pas de réelle portée politique puisqu’elle cantonne les mouvements qui s’en réclament à demeurer à la périphérie du champ politique, sans jamais pouvoir y influer.

Venue d’en bas, la puissance indigène ne s’oppose pas au Pouvoir blanc, venu d’en haut

Les indigènes ne sont pas un bloc homogène et figé aux intérêts mécaniquement communs. S’ils subissent le même traitement raciste et colonial de l’État français, ils développent selon leur environnement, leur classe sociale, leur appartenance géographique, culturelle et communautaires, des stratégies de résistances qui peuvent différer et faire naître des intérêts relativement propres à la forme particulière et vécue de leur indigénat. Cette particularisation de l’indigénat et de ses intérêts est le contrepoids de la multiplicité des rapports de force qui font et défont les rapports sociaux. Puisque tout rapport de domination implique une tension relative à une force résistante, cette dernière n’est jamais située à l’extérieur du pouvoir. Résister suppose nécessairement d’agir au sein du tissu social qui entremêle les luttes de l’immigration avec les différentes formes de la matrice coloniale. Nommé ainsi par aisance, « le Pouvoir blanc » n’est pas un monstre irrationnel qui nous menacerait de l’extérieur. Il n’est pas seulement « l’État », réifié, désincarné, envisagé comme le producteur des dominations, qui, surplombant la société, en décréterait le fonctionnement. Celui qui permet de dire « les Français ne sont pas racistes. C’est l’État français qui l’est. »

Il aura fallu maintes déroutes de l’antiracisme français avant qu’il ne parvienne peu à peu à se dépêtrer de son écrin moraliste. « Politiser l’antiracisme », récent mot d’ordre des nouveaux chantres de l’anti-républicanisme républicain, se résume à faire porter à « l’État » l’entière responsabilité du fonctionnement raciste de la société, exactement dans le même geste qui consiste à dépolitiser cet « État ». La lutte contre le « racisme d’État », hallalisée en ce qu’elle permet un rapprochement inter-racial avec la gauche radicale toujours prompte à pointer du doigt « ce pouvoir » fétichisé qu’elle n’aurait jamais eu et dont elle ne participerait donc en rien, est neutralisée au profit d’une dénonciation antisécuritaire de « toutes les formes » de coercition et de violences institutionnelles.

Le « racisme d’État », dont nous parlons au PIR, déborde l’État lui-même. Si l’État est raciste, c’est qu’il s’adresse aux différents éléments de la race sociale dominante, et agit réciproquement sur eux. L’État n’est pas seulement situé dans ses « appareils » nationaux au sein du gouvernement en place, ni internationaux, – au sein de institutions internationales politiques, militaires, culturelles que sont l’ONU, l’OTAN, le FMI, l’UNESCO… Il traverse aussi les partis politiques (qu’ils aient déjà exercé le pouvoir ou non), les syndicats, les médias publics comme privés, les écoles et les universités, les finances publiques, le mariage…

À l’inverse de cette vision étatiste du racisme structurel s’oppose une autre erronée : considérer l’État comme un fantôme sans corps, pur fait social réticulaire qui s’insinuerait mystiquement dans tous les replis de l’existence, tenant nécessairement en échec toute résistance. Contrairement à ce peuvent penser certaines nouvelles franges du militantisme radicalo-indigène, il n’y a pas « que du social » dans l’État.

Persuadés que le « pouvoir est partout », ces nouveaux militants talonnent et inspectent inlassablement les rapports « microphysiques » de dominations de classe, de genre, de sexe comme le lieu essentiel de production de cette domination. Dans cette perspective, la lutte antiraciste se cantonne à dénoncer les faits sociaux comme… des faits sociaux, c’est-à-dire comme « construits », sans jamais s’attaquer directement au principe organisateur qui rend possible une telle construction. La « déconstruction » geste critique fondamental et maître mot de cette entreprise « des marges », disqualifiant l’idée d’une lutte centrale et unifiée, prend le parti de la « multitude » des foyers et des motifs de résistances. La multiplication de « nouvelles luttes » contre l’exclusion et « l’invisibilisation », pour reprendre la terminologie en vogue, s’inscrit dans une déclinaison inépuisable des discriminations, articulées comme autant de fragments d’une société où la fragilité et la vulnérabilité sont les leitmotiv de la lutte légitime. Un antiracisme qui ne prendrait pas en charge les luttes d’affirmations des subjectivités marginales, qui n’intégrerait pas la logique prolifique d’insurrections permanentes contre le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie… est désormais jugé totalisant et réactionnaire. Le mille-feuilles intersectionnel s’essouffle dans la quête vaine d’un sujet révolutionnaire aux mille stigmates sociaux. Au détriment des « racisés ordinaires », pourtant les plus à même de présenter un intérêt objectif à un changement de système qui ne s’inscrive pas uniquement dans le cadre individualiste d’une sacralisation des vécus subjectifs et d’une affirmation existentielle de soi des marges avant-gardistes. Contraints par une réalité matérielle et symbolique à ne pas se sentir « concernés » par des luttes de surplomb qui leur sont imposées par une élite, ces « racisés » ordinaires sont les grands laissés-pour-compte de l’antiracisme articulatoire.

Désormais, on reprochera à l’homme noir ou arabe de ne pas faire sienne l’articulation sophistiquée des différentes strates de l’oppression, ainsi juxtaposées pour les besoins de l’analyse théorique. La sur-représentation des indigènes articulateurs dans les milieux universitaires n’est évidemment pas innocente et sert, malgré eux, l’hégémonie blanche, grande victorieuse de cette bataille inter-indigénale.

Nous pourrions admettre sans mal que « toutes les batailles méritent d’être menées » dans l’espoir que la somme des petites victoires finissent par faire basculer l’organisation entière de la société en faveur des opprimés. Que ne pouvant nous attaquer directement « au gâteau tout entier », on doive procéder part par part jusqu’à finir par l’engloutir. Qu’il y ait réellement un sens à lutter contre un pouvoir « quasi-métaphysique ». Un « sens » qui ne suffira cependant jamais à recouvrir un véritable enjeu révolutionnaire, à partir duquel on ne peut omettre l’essentiel : la nécessité d’une organisation politique comme champ stratégique global capable de rivaliser avec les instances organisationnelles du pouvoir blanc.

Résumons : si le Pouvoir blanc n’est ni seulement le produit des rapports sociaux ni seulement une instance extérieure à la société, qu’est-il ? Il est la forme rationnelle et objective que revêt l’état des rapports de forces en cours au sein duquel les foyers de résistance défigurent, affaiblissent, détruisent, alimentent ou renforcent les formes diverses du pouvoir. Venue d’en bas, la puissance indigène ne s’oppose pas frontalement au Pouvoir blanc, venu d’en haut. Elle n’est pas non plus simplement « éclatée » en une multitude des petits foyers de résistances, embarqués dans des batailles indépendantes les unes des autres. Ni David face à Goliath, ni monades qui s’affrontent, les rapports de force entre indigènes et pouvoir blanc sont pris dans les filets d’une immense toile d’araignée dont la structuration globale dépend de processus de normalisation et d’homogénéisation de la domination blanche, elle-même garantie et protégée par les institutions et les appareils étatiques. Quant aux résistances issues de l’immigration, – fluctuantes, précaires, protéiformes –, elles créent des divisions ou des ralliements à l’origine de restructurations sociales et idéologiques qui ne peuvent simplement être analysées comme des « récupérations » par un pouvoir blanc omnivore. Elles ne sont pas non plus des « luttes définitivement gagnées», imperméables au pouvoir, dont il s’agit d’attendre qu’elles se relient spontanément les unes aux autres.

Le renversement révolutionnaire réside dans la capacité stratégique à faire entrer en écho ces différents foyers par le biais d’une véritable organisation politique, de sorte que le lainage du pouvoir blanc soit déchiré de toutes parts par le lainage stratégique des résistances indigènes.

La Puissance indigène n’a pas besoin de se déclarer « décoloniale » pour lancer une dynamique qui le soit

« Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que le sillon que nous avons tracé ne s’effacera pas. Avec ou sans nous. » (SK)

Le PIR poursuit un horizon politique bien trop ambitieux pour prétendre le porter à lui tout seul. Habitués au chantage idéologique auquel nous sommes régulièrement soumis par les organisations blanches : « prouvez-nous que vous êtes féministes, gayfriendly, pas antisémites, anticapitalistes… », – ce quoi à Sadri Khiari répondait « Barrez-vous ! » – nous aurions pu savourer l’ironie d’exiger des nôtres : « Prouvez-nous que vous êtes explicitement décolonial ! ». Il n’en est rien. Alors quoi ? Sommes-nous en train de renoncer au projet décolonial ? C’est l’inverse.

Les associations et les collectifs de l’immigration avec lesquels nous travaillons n’ont pas à se déclarer ni même à se penser « décoloniaux » pour que la dynamique que cette solidarité renforcera soit en elle-même décoloniale.

La décolonisation n’a nul besoin d’être portée par des acteurs décoloniaux conscients

Répondons donc à l’interrogation : pourquoi le PIR ne se rue-t-il pas vers les prochaines régionales ?

Constitué sur une base programmatique ferme et radicale, le PIR n’a jamais exclu l’idée de participer à des élections. Mais encore ?

Se lancer dans des élections, c’est prétendre proposer des outils qui répondent concrètement aux intérêts et besoins des populations issues de l’immigration dans un contexte précis. Mais cela ressemble à quoi la gestion décoloniale d’une municipalité, d’un arrondissement, d’un village, d’un pays ? Comment une ambition telle que la décolonisation du système français peut-elle s’incarner dans une loi, un amendement, des mesures prises grâce à un budget alloué par l’État français tel qu’il est aujourd’hui ? S’agirait-il finalement de dénouer trame par trame la somme des discriminations accumulées historiquement par l’ordre racial blanc afin de le voir progressivement s’anéantir de lui-même ?

Évidemment, les mesures à prendre ne manqueraient pas pour changer radicalement la donne : le droit de vote des étrangers, l’abrogation de la loi anti-voile 2004, l’interdiction des contrôles d’identité « de routine », le démantèlement de la BAC, la suppression de la procédure de comparution immédiate, la régularisation de tous les sans-papiers, la fermeture des centres de rétention, le retour du droit du sol, le démantèlement des bases militaires en Afrique, la levée des sanctions prises contre le gouvernement palestinien… Qui oserait n’y voir que des « ajustements » secondaires pêcherait par orgueil. Néanmoins, si nous sommes capables de proposer un programme de mesures concrètes qui s’inscrivent dans la réalité française et non seulement dans le « Ciel des Idées décoloniales », c’est que nous pensons l’application de ce programme comme une étape intermédiaire. Nous irons plus loin.

Le continuum colonial n’est pas qu’une affaire de textes de lois. Qu’une multitude de procès pour discriminations raciales soient gagnés, que des amendements favorisant le respect du culte musulman soient votés, que des Noirs puissent imposer la mémoire de la traite négrière et de l’esclavage dans les programmes de l’Éducation nationale, seraient autant de victoires dont nous aurions tort de ne pas nous féliciter. Dans le même moment, il faudra admettre qu’elles n’auront jamais que pris la forme d’une « intégration » des revendications des sujets postocoloniaux par le système français néocolonial. Les grandes colonnes de l’édifice républicain préservées, les damnés de la République auront gagné le droit d’être des « Français comme les autres ». « Nouveaux Français » à la boussole normative à jamais tournée vers le référent occidental blanc.

Gagner à être « reconnus » de la République ne signifie, hélas, pas autre chose qu’obtenir le droit de bénéficier de « valeurs » au nom desquelles l’Occident exerce une hégémonie totale à l’échelle mondiale, et contre lesquelles l’histoire de nos pays, de nos familles, de nous-mêmes avons eu à nous battre. De la même façon que « devenir riche » n’est pas une revendication anticapitaliste, jouir des privilèges de la domination blanche dans le cadre moderne des États-Nation fondés sur la subalternisation d’une catégorie de population, n’est pas un projet décolonial. Alors que l’égalité citoyenne a été le fer de lance de la mobilisation de la Marche de 1983, les nouveaux territoires de l’antiracisme participent d’un soubresaut historique qualitativement supérieur : snober la main tendue républicaine. À cette égalité aux bénéfices si prometteurs, qui sanctionnerait la fin historique de notre bizutage racial, le début de notre parfaite acceptation dans le monde privilégié de la civilisation moderne, l’indigène répondrait désormais, le front levé : « Non, merci, j’ai ma Dignité ». La Marche de la Dignité 2015, 32 ans après la première, 10 ans après les émeutes des quartiers, s’arc-boute à la face blafarde de la République. « Vous ne vouliez pas de nous quand on le demandait ? Désormais, c’est nous qui ne voulons plus de vous. » Pourri jusqu’à la moelle, ce système maintenu péniblement, nous le soulagerons de sa propre mort. Puisse-t-il hanter la mémoire nostalgique de la dynastie des colons qui l’auront cuirassé jusqu’à nos jours.

La vitalité indigène coule désormais dans les veines d’une civilisation nouvelle. Il nous faudra la bâtir non comme la promesse d’un lendemain qui chante mais comme l’exhalation de millions et de millions de voix humiliées à l’honneur enfin restauré. Manifeste d’un antiracisme radical qui assume une charge non plus seulement protestataire, la Marche de la Dignité s’est imposé comme l’un des ferments historiques d’un front de l’immigration voué à porter l’avant-garde d’un nouveau projet de société : « Allons frères, nous avons beaucoup trop de travail pour nous amuser des jeux d’arrière-garde. L’Europe a fait ce qu’elle devait faire et somme toute elle l’a bien fait. […] Le tiers monde est aujourd’hui en face de l’Europe comme une masse colossale dont le projet doit être d’essayer de résoudre les problèmes auxquels cette Europe n’a pas su apporter de solutions. », disait Frantz Fanon.

Le PIR ne prétend pas guider le peuple indigène vers son émancipation

Qu’on ne s’y trompe pas. Imposer l’option décoloniale dans le champ du réel n’est pas la formulation rusée d’une ambition électoraliste du PIR qui voudrait « récupérer » les voix de l’immigration. D’ailleurs nous n’échappons pas aux « traumatismes de la récupération » des organisations de l’immigration. Celles-là, dont les pieds et les mains sont bien souvent liés aux partis politiques, expriment parfois la crainte d’une « récupération intérieure » du PIR. Alors qu’ils s’illustrent quotidiennement à l’exercice de la politique avec le champ politique blanc, les voilà qu’ils éprouvent un blocage ou une méfiance plus grande quand il s’agit de s’allier avec un parti politique de l’immigration. Deux hypothèses :

– Soit la perspective d’être instrumentalisés par des Blancs, à force de banalité, est plus acceptable que celle de l’être par des frères et sœurs de race.

–  Soit la récupération blanche présente quelque bénéfice à court terme, avec lequel le PIR n’a pas les moyens de rivaliser. Cette seconde approche présente une aporie pour le moins cocasse : on craint une éventuelle récupération du PIR… précisément parce qu’il n’en aurait pas vraiment les moyens.

Il reste que Le PIR ne prétend pas guider, en héros, le peuple indigène vers son émancipation. Il ne prétend pas non plus qu’il sait mieux ce qui est préférable pour lui. D’abord parce que le PIR est irrigué depuis sa fondation par l’héritage des luttes de l’immigration qui lui pré-existent, et desquelles il tire sa force et à sa maturité. Ensuite parce qu’il reconnaît l’ensemble des fronts de résistances, des collectifs et organisations qui luttent, selon leurs propres enjeux et objectifs, contre les crimes policiers, l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie, les discriminations dans les banlieues, la lutte pour les réparations, la colonisation en Palestine, la Françafrique, etc…

Le PIR ne s’est ni fabriqué tout seul, ni n’a créé ses propres conditions d’existence. Symptomatique d’une « nécessité politique », son existence et sa longévité sert des besoins relatifs à des rapports de forces en cours.

La Puissance indigène n’a pas besoin d’être homogène pour être organisée

Quel visage aura la forme victorieuse de la puissance indigène ? Celui du PIR ou d’une autre organisation alliée ? Dieu seul le sait. La priorité est de construire des liens de confiance et d’alliances avec les autres fronts de lutte de l’immigration. D’ailleurs, cette fameuse « Puissance indigène » n’a aucune raison d’être homogène. Ce qui est certain c’est qu’elle devra être organisée, c’est-à-dire qu’elle aura besoin d’un instrument politique qui cicatrise les points de suture des foyers indigènes. Nul doute qu’elle est et sera composée de différents courants, aux intérêts qui seront parfois divergents. Les forces politiques indigènes développeront des alliances à l’intérieur desquelles d’autres enjeux auront cours, donnant lieu à de multiples recompositions, ajustements, en fonctions des diverses stratégies adoptées par les différents courants. Mais pour mettre en place ce plan de bataille, il nous faudra construire une structure organisationnelle qui ne se limite pas à prendre la forme de fronts unitaires de l’immigration, spontanément mis en place en fonction des contextes politiques et des mobilisations à mener. Il nous faut une organisation politique qui sanctionne la stabilité du front de l’immigration et permette l’émergence d’une stratégie commune à moyen et long terme.

Autrement dit, les indigènes, eux aussi, feront de la politique.


Louisa Yousfi, militante du PIR


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mar 8 Déc - 1:07



Les femmes afro-latinoaméricaines utilisent les réseaux pour célébrer plus de dix ans de luttes Traduction publiée le 7 Août 2015 14:33 GMT
   

Dignité, reconnaissance, savoirs, saveurs”. Affiche de la célébration du 25 juillet
à Medeline en Colombie. Image tirée du blog planeta-afro.org.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages web en espagnol]

Citation :
Les mois de juin et juillet se sont distingués comme étant les plus importants dans la lutte pour les droits des afro-latinoaméricaines et afro-caribéennes, autour du 25 juillet, jour qui rend hommage à ces femmes en Amérique Latine. L'importance de ce jour de célébration repose sur le besoin d'obtenir la reconnaissance des combats auxquels les femmes afrodescendantes ont fait face au cours de l'Histoire. Il s'agit aussi de souligner le fait que ces oppressions sont vécues de manières différentes par les femmes et les hommes ; la combinaison du genre, de la race et de l'ethnie ainsi que la classe sociale aggrave la relation de subordination. Le blog Makungu en parle de cette manière:

Citation :
Cette journée […] nous amène à réfléchir sur la nécessité de reconnaître le concours des femmes afrodescendantes dans la construction de notre nation au niveau social, culturel, économique et politique ainsi que dans la lutte pour l'indépendance des pays d'Amérique Latine.

De même, il est nécessaire de voir la situation des femmes afrodescendantes comme une situation particulière car dans leur contexte et leur vie quotidienne s'ajoute le facteur du sexe qui peut aggraver leur situation de vulnérabilité et d'exclusion. Ce qui a également incité les femmes afrodescendantes à considérer les particularités de leur situation et à générer des idées revendicatrices.

Dés lors, les recherches pour améliorer les conditions de vie des femmes afrodescendantes dans cette région ont été discutées dans d'autres forums internationaux comme lors de la Réunion régionale des Amériques tenue à Santiago du Chili en 2000, en préparation de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée. A cette occasion, l'évènement fut, par ailleurs, important et historique pour la reconnaissance de l'existence d'un racisme structurel dans la région.

La déclaration de ce forum a permis de démontrer comment le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie se manifestent de manière différente envers les femmes, aggravant leur situation d'inégalité sociale, économique et culturelle. L'importance de ces moments de réflexion est soulignée dans le blog Feminismo Afrodiaspórico:

Citation :
… les organisations de femmes afrodescendantes profitent du mois de juillet pour sensibiliser et communiquer sur les diverses formes d'oppression sexuelle et ethnique que subissent des millions de femmes dans cette région.

Un des exemples illustrés dans ce post est la lutte pour la dignité et la défense des droits des travailleurs domestiques qui s'est servie de cette journée de commémoration en 2012 pour annoncer ses objectifs:

Citation :
Cette année s'appuie sur la campagne mondiale lancée par la Confédération Syndicale Internationale (CSI) “12 ratifications en 2012″ selon laquelle 12 pays devront avoir ratifié fin 2012, la Convention 189, adoptée par l'Organisation Internationale du Travail (OIT) sur les travailleuses et travailleurs domestiques. […] Des millions de personnes dans le monde, et particulièrement des femmes, travaillent comme travailleur domestique. Ces emplois sont mal rémunérés et très mal reconnus en tant que profession. Dans beaucoup de parties du monde le travail domestique n'est pas apprécié à sa juste valeur au regard de la contribution de ces travailleurs au développement des familles et des enfants.



Vers un rôle politique reconnu

Ces mouvements mènent à un autre élément important qui doit naître de la célébration du 25 juillet : la reconnaissance des femmes afrodescendantes en tant qu'actrices et composantes des politiques et des engagements gouvernementaux. Ce forum international, favorisé par les Nations Unies, pourrait même permettre d'identifier les peuples afrodescendants, notamment les femmes, comme un groupe prioritaire dans la lutte contre le racisme, la xénophobie et toutes formes d'intolérance analogues.

En Amérique Latine, l'exclusion des femmes afrodescendantes est palpable et se manifeste dans différents domaines de la vie quotidienne. Les femmes sont absentes de la sphère politique et du pouvoir économique mais sont par ailleurs surreprésentées dans les couches les plus pauvres de la société. La norme est à la pauvreté et la condition qui domine les peuples et les communautés afrodescentantes se fait encore plus pesante dans la vie des femmes.


Ainsi, la célébration du 25 juillet représente une opportunité d'internationaliser le débat sur la situation des femmes noires, de mondialiser le mouvement et d'établir des programmes pour collaborer à la création de fronts communs dans la lutte contre la discrimination et l'exclusion. D'autres y voit également l'internationalisation du féminisme noir en ravivant la lutte des femmes de la diaspora comme l'indique Lucieane Reis dans le blog Blogueiras Negras [PT]:


Citation :
Le 25 juillet internationalise le féminisme noir grâce au renforcement de l'union entre les femmes noires où qu'elles vivent, surtout en ce qui concerne l'oppression de genre et ethno-raciale. Cette date propage et renforce les organisations et l'identité des femmes noires qui se sont consacrées à la construction de stratégies dans la lutte contre le racisme et le sexisme. Ce n'est pas n'importe quelle date pour nous les femmes noires: elle représente la rupture avec un féminisme qui ne nous a jamais prises en compte et elle rappelle la lutte des femmes noires de la diaspora, qui a également commencé à la fin des années 70 avec les féministes noires dans différentes parties de la diaspora.


De même, les organisations de femmes afrodescendantes de cette région créent des évènements et activent leurs réseaux plus particulièrement à cette époque pour éviter que des cas d'urgence passent inaperçus. Le 25 juillet 2014, par exemple, le blog Desacato Feminista avait participé à une campagne qui exigeait justice pour [url=les femmes afrodescendentes assassin%C3%A9es %C3%A0 Buenaventura]les femmes afrodescendentes assassinées à Buenaventura[/url] en Colombie:


“Aujourd'hui pas de célébration mais des accusations!” Image de la campagne de Desacato Feminista en défense des femmes victimes de violence à Buenaventura en Colombie. Cette campagne fut lancée à l'occasion de la Journée internationale des Afrodescendants et des Afrocaribéens.


Dans le cadre de cette même commémoration, se déroula fin juin, le premier Sommet des Femmes Leaders Afrodescendantes des Amériques dans la capitale du Nicaragua. Le résultat de cet évènement fut la création d'une plateforme politique qui, en lien avec la Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine, propose la construction d'un plan d'émancipation des femmes afrodescendantes ayant pour but de surpasser la discrimination, d'exiger l'application des traités internationaux et, enfin, de faire reconnaître cette plateforme au niveau mondial.

Le Réseau des Femmes Afrolatinoaméricaines et Afrocaribéennes quant à lui, né le 25 juillet 1992, continue sa lutte pour l'amélioration des conditions de millions de femmes noires en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Aussi, des dizaines d'organisations dans chaque pays de cette région du monde œuvrent pleinement pour acquérir plus d'influence en politique et une participation équitable dans le développement des sociétés latinoaméricaines.

La situation des afrodescendants en Amérique Latine et dans les Caraïbes n'a cependant pas fait preuve de changements décisifs. On espère que l'organisation sociale et l'internationalisation du mouvement afro stimulent les transformations structurelles pour cette population.

Une partie des débats et des réflexions menées le 25 juillet de cette année peut être visionnée sur YouTube grâce au travail de l'association de femmes afrodescendantes en Argentine, Teatro en Sepia, qui a présenté son œuvre “Afrolatinoamericanas…” après un débat que vous pouvez voir ci-dessous:


Les discussions, informations et débats en ligne (qui suivent et vont même au delà des célébrations du mois de juillet) peuvent être suivis sur Twitter #Afrocaribeñas y #Afrolatinas.


Ecrit par Shirley Campbell
Traduit par Fanny Garreau


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 19 Déc - 14:54


Intervention Cissoko pour les sans papiers, au meeting contre l'état d'urgence le 17 décembre



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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Sam 19 Déc - 15:40


Ras l'Front en Isère a utilisé quelques-unes de mes photos à la Marche de la Dignité pour sa communication des prochaines "Rencontres départementales des luttes et résistance" et une affiche...


Hanane Karimi, porte-parole du MAFED

Flyer




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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Dim 20 Déc - 12:31


L'islamophobie comme forme actuelle du racisme





Citation :
Que l’on regarde ce qui se dit sur la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, dans toutes ces situations, on assiste à la construction d’un nouvel ennemi, d’une nouvelle frontière, une frontière religieuse. A cet effet, on va interpréter de manière religieuse des conflits qui sont avant tout économiques, politiques, sociaux, territoriaux (...) cette nouvelle frontière religieuse a une double fonction : celle d’homogénéiser et celle de distinguer à l’intérieur de chacun des peuples ici et là-bas. Ici, homogénéiser l’essentiel de la population française face à un danger supposé et ce danger, c’est le musulman qui remplace la figure du dangereux communiste.

Said Bouamama, "L'islam comme nouvel ennemi". Débat Je suis ou je ne suis pas Charlie, Roubaix, 27 mai 2015. (Première partie)


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mar 22 Déc - 12:11


Discours d'Omar Slaouti lors du Meeting "Pour une politique de paix, de justice et de dignité"

11 décembre Saint-Denis




Contre l'état d'urgence, l'islamophobie et la poursuite de la guerre

« Grand meeting pour une politique de paix, de justice et de dignité »


Publié le 30 novembre 2015 par Collectif

Dans une tribune unitaire, un collectif d’associations et de personnalités lancent un appel. Contre les dérives racistes et islamophobes de l’état d’urgence, la politique guerrière de la France, le tout sécuritaire et l’état d’exception liberticide, ils en appellent à la paix, la justice et la dignité lors d’un Grand meeting le vendredi 11 décembre 2015 à 18h30 à la Bourse du Travail de Saint-Denis

Citation :
Moins d’un an après les massacres de janvier, les attentats sanglants qui viennent de frapper l’Île-de-France nous ont laissés dans l’horreur.

Elle est d’une ampleur et d’une intensité inédite : l’organisation État islamique a perpétré des attentats à l’aveugle. La terreur a cédé le pas à la tristesse, l’angoisse, la sidération. Il nous faut dépasser l’hébétude pour saisir les causes profondes qui ont mené à inscrire de tels crimes dans notre quotidien, et pour construire un avenir qui ne cède rien au pire.

Au sommet de l’État, en lieu et place de ce nécessaire travail, les partis de gouvernement ont préféré la fuite en avant, entraînant avec eux nos vies, nos destins, nos libertés et ceux de peuples qui auront à souffrir la vengeance d’un crime dont ils ne sont pas les auteurs. Ils disposent pour cela du soutien du Front National.

L’état d’urgence a été décrété et prolongé pour trois mois. Nos dirigeants frappent par ailleurs la Syrie de plus belle, dans un esprit de revanche. Ils bombardent une cible opaque, en grande partie insaisissable, et frappent, encore et encore, des civils.

L’exception devient la règle, et la figure guerrière s’impose comme ligne de conduite pour l’État. Cette montée en puissance n’est pas fortuite : le militarisme est central dans la stratégie du gouvernement français. Depuis la crise de 2008, pour compenser ses faiblesses industrielles et commerciales, la France joue la carte du militarisme auprès de ses « partenaires » européens. Sous Hollande, cette dynamique s’est emballée. Les interventions militaires se sont multipliées (Mali, Centrafrique, Irak, Syrie, etc.) Les ventes d’armes françaises n’ont jamais été aussi florissantes – faisant grossir les colonnes de réfugiés.

Ce militarisme n’est pas sans lien avec la progression du « djihadisme » : les frappes françaises sont autant d’arguments pour recruter de nouveaux combattants, certains pays du Golfe alimentent les organisations djihadistes et sont la source de leur idéologie.

On nous propose d’accepter cette logique mortifère, d’en faire un étendard. On nous somme de consentir à l’esprit de revanche. On nous demande d’accepter que l’état de guerre devienne un principe de gouvernement.

Les conséquences de cette incorporation collective dans la guerre sont déjà là. Grèves, rassemblements et manifestations sont suspendus. L’état d’urgence banalise la fermeture des frontières, les contrôles au faciès, les assignations à résidence, le fichage généralisé, les perquisitions musclées dans les lieux de vie ou de culte, la déchéance de nationalité (en y soumettant des binationaux nés en France).

Nos dirigeants vont jusqu’à envisager de modifier la Constitution, d’élaborer de nouvelles prérogatives de l’état d’exception, dont les dispositions sont encore floues mais inquiétantes.

Le racisme et l’islamophobie, prenant le prétexte des attentats, redoublent de virulence, et s’exercent en toute impunité. Des mosquées vandalisées aux lynchages de personnes désignées comme musulmanes, ces violences s’exercent sans susciter l’indignation unanime de ces mêmes dirigeants qui prétendent pourtant assurer la sécurité de tous.

Dans cette situation, seule une politique de paix est en mesure d’apporter une réponse à la hauteur des événements. Nous avons besoin d’une idée neuve de la paix, pas seulement d’un retour au statu quo. Cette idée de paix, elle doit être active dans notre opposition aux guerres menées par nos gouvernements. Cette politique de paix doit s’inventer au cœur de nos solidarités avec le peuple syrien, qui subit la concurrence mortifère de deux contre-révolutions, celle de Bachar al-Assad et celle des groupes « djihadistes », ainsi que les bombardements de la coalition occidentale.

Cette paix, elle doit se faire également au sein même du territoire français, mais à la seule condition de lutter contre le racisme, l’islamophobie, les discriminations – qui peuvent aussi faire naître le désespoir et conduire à la fascination pour des idéologies mortifères et la folie meurtrière. Cette idée de la paix doit donc s’incarner dans une lutte pour plus d’égalité sociale, s’incarner en un mouvement à même de réunir tous ceux et toutes celles pour qui l’union n’est pas une doctrine militaire.

Ici comme ailleurs, la paix est sous condition de justice et de dignité. C’est par cette politique que nous pourrons infléchir la folle fuite en avant de nos dirigeants, pour contrer ce climat de guerre, cette spirale meurtrière et liberticide.


Vendredi 11 Décembre à 18h30

à la Bourse du Travail de St-Denis Métro Portes de Paris

Premiers signataires :
Citation :

Bruxelles Panthères, Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Émergence, association citoyenne de Carrières-sous-Poissy, Femmes plurielles, Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), La Voix des Rroms, Liste des Sans-voix, Mwasi-Collectif Afroféministe , Parti des Indigènes de la République, Respaix Conscience Musulmane, Union Juive Française pour la Paix (UJFP).

Noel Mamère (Député, maire de Bègles), Sergio Coronado (Député), Bernard Friot (Économiste et sociologue), Alain Gresh (journaliste), Sihame Assbague (activiste), Imhotep (au nom du groupe IAM), Tariq Ramadan (universitaire), Kristin Ross (Professeure, New York University), Raphael Liogier (Sociologue, philosophe), Said Bouamama (Sociologue), Françoise Vergès (Politologue), Gilles Manceron (Historien), Christine Delphy (Féministe), Madjid Messaoudene (Élu à Saint-Denis), Olivier Lecour-Grandmaison (Historien), François Burgat (Politologue, directeur de recherces à l’IREMAM), Jacques Bidet (Philosophe), Cédric Durand (Économiste), Océanerosemarie (Auteure et comédienne), Grégoire Chamayou (Chercheur en philosophie au CNRS / ENS LSH), Razmig Keucheyan (Enseignant-chercheur en sociologie), Gilles Manceron (Historien), François Gèze (Éditeur), Farid Bennai (Militant associatif), Ugo Palheta (Sociologue), Laurent Cauwet (Éditeur), Jim Cohen (Revue Mouvements), Saimire Mile (Président de La voix des Rroms), Mohammed Ben Yakhlef (Élu à Villeneuve Saint Georges), Dominique Vidal (Journaliste, essayiste), Jules Falquet (Sociologue), Maxime Cervulle (Maître de conférences, Paris Cool, Emmanuel Riondé (Journaliste), Laurent Lévy (Essayiste, militant d’Ensemble !-Front de Gauche), Stella Magliani-Belkacem (Éditrice-La fabrique éditions), Zakia Meziani (Association pour la reconnaissance des droits et libertés aux femmes musulmanes), Maximilien Sanchez (Conseiller municipal de Gentilly), Emir Cherdouh (Journaliste), René Monzat (Congrès Marx), Félix Boggio Éwanjé-Épée (revue Période), Sébastien Fontenelle (Journaliste), Elisabeth Longuenesse (Sociologue), Omar Benderra (Écrivain, militant droits humains), Fania Noel (Activiste), Catherine Samary (Altermondialiste).



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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 25 Déc - 12:53

Parti des Indigènes de la République.

Appropriation culturelle : j’ai tout compris !

Publié le 16 décembre 2015 par Malika Salaün, membre du PIR


Citation :

« De tous les crimes du colonialisme, aucun n’est pire que la tentative de nous faire croire que nous n’avions pas de culture propre ; ou que celle que nous avions n’avait pas de valeur. »

Julius K. Nyerere

Rachel Dolezal est une femme blanche américaine qui a usurpé l’identité Noire pour se bâtir une carrière d’experte sur les questions de racisme aux Etats-Unis. Elle a fait la une de l’actualité courant 2015, lorsque sa supercherie a été dévoilée. Monter une telle mystification au pays de la One-drop rule[1] et des lois Jim Crow est particulièrement cynique. Pire, en réaction aux critiques formulées par de nombreux Noirs-Américains, la femme a persévéré, se prétendant transraciale et revendiquant la liberté de s’identifier comme elle le souhaitait. Les médias ont pris fait et cause pour elle, lui donnant la parole et la traitant avec empathie.

Certains, bénéficiant du racisme ici, ont regardé l’affaire l’air d’avoir tout compris. Or, prendre position en tant que Blanc sur des questions u.s. ne relève pas de l’engagement ou de l’antiracisme : c’est au mieux de la conversation[2]. Traditionnellement, en France, les voix Noires-Américaines sont utilisées pour réduire au silence la parole antiraciste. Cela permet à ceux qui tirent avantage du racisme ici d’embrasser des questions qui les placent du côté du Bien. Et d’éluder, par la même occasion, la question du pouvoir ici.


Non, le seul intérêt de cette sordide affaire américaine, c’est d’offrir l’opportunité de discuter de l’appropriation culturelle en pays assimilationniste et de préparer son éradication. Car c’est principalement d’appropriation qu’il s’agit dans l’affaire Dolezal : une appropriation culturelle, donc identitaire et politique. Chalise Saunder[3] définit l’appropriation culturelle ainsi : « les membres d’un groupe relativement privilégié opèrent un raid sur la culture de groupes marginalisés ou ayant moins de pouvoir, et extraient des pratiques culturelles ou des artefacts de contextes historiquement ou culturellement spécifiques ».

L’Europe a marqué durablement l’histoire du monde. Son palmarès en matière d’extermination et d’exploitation de peuples demeure inégalé. L’ampleur de la traite et de l’esclavage trans-atlantiques et de la mise en esclavage des Africains et de leurs descendants par les Européens en fait un crime unique dans l’histoire de l’Humanité. Le colonialisme européen fut d’une envergure telle que la structure des institutions économiques, politiques, culturelles construites pour supporter cette expansion perdure jusqu’à aujourd’hui. Cela a eu pour conséquence la disparition ou la neutralisation de patrimoines scientifiques, linguistiques, agricoles, spirituels, vestimentaires, architecturaux, etc. Dans le cas de l’esclavage transatlantique, l’entreprise de destruction et d’effacement des cultures des Africains déportés et mis en esclavage dans l’univers concentrationnaire des Amériques fut d’une perversité, d’une ampleur et d’une sophistication insensées. L’empreinte de l’Europe sur le monde est bien celle de la dépossession[4].

Pour nous, indigènes, vivant en France aujourd’hui, la suprématie blanche s’applique à nier et dissimuler nos cultures. Face à cette négation, il faut déployer des efforts gigantesques pour aimer, pratiquer, défendre et donner vie à des cultures que la France persiste à nier. Transmettre dans des conditions si oppressives est un combat quotidien et collectif contre l’effacement ; chaque jour, les indigènes réalisent ce tour de force. Car pour nous, nos cultures, ici dominées, sont nos poumons, indispensables à notre survie et indissociables de nos luttes. Ici, en pays assimilationniste, faire vivre les cultures dont nous avons hérité ou que nous venons d’inventer, est un acte de résistance.

Le pouvoir blanc nous dépeint comme dépourvus de culture. Sauf en deux occasions :

– pour expliquer défavorablement nos comportements ;

– pour l’agrément des Blancs.

Car nous sommes représentés, nous apparaissons, même si nous ne sommes pas présents. L’industrie culturelle est même l’un des champs où nous sommes surexposés. Cette présence/absence se réalise grâce à un procédé de substitution. A nos cultures réelles se substitue un double déprécié : le succédané. Il s’agit d’une production de la culture suprématiste blanche comportant des éléments de nos cultures et constituant le savoir de base sur les indigènes. Afin de masquer son caractère raciste, ce savoir de base est régulièrement actualisé par l’introduction d’extraits récemment prélevés. Le succédané se substitue pour inférioriser, moquer, caricaturer, émasculer, ridiculiser, chosifier. Sa structure n’a pas évolué depuis la période coloniale : sa forme s’est adaptée, il est dynamique.

Les Blancs, eux, sont dépeints comme étant les héritiers de La culture occidentale, ici LA culture française. Celle-ci serait prestigieuse : des penseurs, des philosophes, des héros, des résistants, une Histoire de luttes et de résistances courageuses, une littérature, une production cinématographique, une gastronomie riche et sophistiquée, une langue parmi les plus belles au monde. Le souchien en serait l’héritier : légitime, donc, qu’il ait plus de pouvoir dans ce pays. Un bon indigène, bien assimilé, a le devoir d’accepter cette asymétrie arbitraire et de perdre sa vie à la réduire. Si entre Blancs  la culture est mobilisée pour le classement social, vis-à-vis des Indigènes elle signe la vie ou la mort sociale. On a vu pendant la période post-Charlie combien l’idée selon laquelle les indigènes ne seraient bons/humains qu’à condition d’avoir été civilisés par la république est prégnante. Ne pas vouloir ou ne pas pouvoir mobiliser la culture dominante – donc blanche – justifie la disqualification sociale. Face à cela, nous, indigènes négocions, formons des stratégies, résistons et puisons énergie, force et courage dans nos cultures.

Autant l’oppression culturelle peut réduire les cultures des indigènes en des objets descriptibles, autant la culture dominante essaie d’échapper à la prise. C’est pourtant nécessaire de la décrire car la culture blanche est moins belle qu’elle ne se rêve. Tout comme elle s’obstine à nous dépeindre nettement moins beaux que nous ne le sommes en réalité, elle entretient la confusion avec son double sublimé, quitte à se duper elle-même. Ce double, c’est la culture suprématiste blanche. Celle qui nous inonde malgré notre volonté. C’est l’étalon mobilisé pour mesurer-déclasser les autres cultures. C’est le savoir de base sur les Blancs, que tous devons déconstruire mais que tous ne gagnons pas à déconstruire. La culture dominante consacre l’expérience blanche en l’érigeant en standard. Et a le pouvoir d’imposer cela par la violence. En retour, tout individu embrassant la culture blanche peut bénéficier des effets de cette violence tout en cultivant le luxe de ne pas y prendre part individuellement. Ainsi, la blanchitude se définit comme non-violente et qualifie de violence la résistance de ceux que le racisme d’État cible. La culture blanche assure la permanence des institutions générant cette violence par la reconnaissance, la valorisation et la légitimation de celles-ci génération après génération. L’identité blanche puise sa force dans le pouvoir auquel elle s’adosse. Le privilège blanc est par conséquent indissociable de la culture blanche, et des institutions construites par et pour les Blancs.

La culture blanche, c’est ce que partagent les bénéficiaires de la suprématie blanche. Elle assure la perpétuation et la légitimation du racisme. Elle évolue, dans ses détails, mais sa structure profonde ne change pas. Qu’est-ce qui la caractérise ? La domination, le contrôle, la standardisation, la hiérarchisation, la verticalité, l’inhumanité, la contradiction. C’est toute l’histoire de l’Occident : critérier, modéliser, démanteler, catégoriser. Même la beauté est modélisée. L’idéal de beauté blanc est un standard physique qui peut être décrit précisément : la taille d’un nez, l’épaisseur d’une cheville, la carnation de l’épiderme,… En conséquence, les sociétés blanches se caractérisent par une criminalité perverse centrée sur le pouvoir et le contrôle. Ces deux notions constituent le fondement de la culture blanche.

C’est pourquoi l’assimilation nous fait courir un danger : celui de délaisser nos richesses au profit de la verticalité, des hiérarchies, de la rivalité, la compétition, l’individualisme, et l’obsession pour la propriété.

La blanchité prétend aller irrémédiablement vers le mieux, être le progrès ; dans son escalade, elle a besoin de nous pour échapper à ses contradictions. Ainsi, elle fixe des standards spirituels, moraux, éducatifs, intellectuels inatteignables aux indigènes, postulant qu’ils sont atteints par tout Blanc, et exhibe notre incapacité de les atteindre en exultant. Ne nous leurrons pas : le dénigrement de Nabila, F. Ribéry, K. Benzéma, ou F. Pellerin est en réalité un discours sur les indigènes dans leur ensemble.

Quel rapport avec l’appropriation culturelle ? La culture blanche est une culture rigide, qui recherche la permanence et standardise la vie pour mieux la contrôler. Une culture de la répétition qui rabâche à l’infini une image d’elle-même sublimée et qui aborde l’avenir avec terreur. Une culture obsédée par sa splendeur : sa culture historique glorifie des crimes objectifs. Une culture individualiste et sèche incapable de se renouveler. Elle abhorre la faiblesse et rit de ceux qu’elle oppresse et violente. Trop occupée à se mirer dans un passé glorifié, elle répète, à l’identique, et meurt à petit feu de trop de confort. Audre Lorde parlait de haine de la différence. La culture blanche ne reconnaît que ce qui vient flatter son savoir, et ce qu’elle ne sait pas n’existe pas. Ce rapport au monde vicié entraîne un appauvrissement qui la conduit à sa perte. Où trouver de l’illusion de fraîcheur et de nouveauté ? Eh bien, dans nos cultures. Nous avons des cultures qui accueillent la vie, cultivent leur longévité sans être dans la répétition de l’identique, qui protègent leur mémoire et leurs racines avec plasticité. Il s’en dégage une force toujours impressionnante. Cette vitalité attise la convoitise et déclenche la rage blanche[5].


Voici une typologie du regard blanc posé sur nos cultures (ou ce qui en fait figure) : d’abord les indifférents, majoritaires, dont le seul contact avec les indigènes est le succédané. Une frange d’entre eux s’intéresse mais confond les succédanés avec la réalité : d’une part, les indigénophiles, qui vont en général se pencher exclusivement sur les formes culturelles valorisées dans les hiérarchies blanches. C’est à ceux-là que s’adressent les figures d’autorité blanches expertes en formes culturelles dominées. Le produit « Blanc qui surpasse les indigènes dans leur propre culture » s’adresse aussi à eux ; d’autre part, les indigénophobes. Eux, vont moquer le succédané pour flatter leur supériorité supposée[6]. Puis il y a ceux qui s’intéressent car ils connaissent ou envisagent la valeur de nos cultures. Dans cette catégorie, on va rencontrer : les chasseurs de fétiche et ceux qui viennent chercher une position d’autorité.

L’assimilation forcée et notre incapacité toujours pointée de maîtriser complètement la culture blanche, est à mettre en regard avec la liberté de tout Blanc de prétendre connaître/maîtriser nos cultures. C’est ce regard appuyé que se jettent des Blancs en notre présence pour moquer notre supposée méconnaissance de pratiques culturelles blanches érigées en normes. C’est l’indignation de Blancs lorsqu’en leur présence nous parlons une langue qu’ils ne comprennent pas.

Les rares formes culturelles indigènes reconnues par la culture dominante sont minorisées : les Blancs excellent dans les formes majeures, supérieures et concèdent notre compétence uniquement dans les formes mineures. Cette infériorisation constitue l’étape préalable à l’appropriation et masque une convoitise : une fois que notre culture est bien mimisée, le pilleur peut la faire prospérer. C’est là qu’intervient le défricheur, qui « découvre » un élément de culture indigène, comme les Européens « découvraient » des terres habitées. Le processus s’enclenche : de l’invisibilisation on passe à l’intérêt puis vient la décontextualisation, la dépolitisation, la fragmentation, la marchandisation, la polarisation/racialisation. La chose est vidée de sa substance et de sa force, n’en reste plus que l’enveloppe : l’esthétique.

Comme la racialisation introduit une hiérarchisation, l’esthétique devient signe de coolitude portée par un Blanc tout en étant proscrite chez les indigènes, car signe de médiocrité et d’incapacité. Nos cultures réduites à des fétiches : traquées, menacées, tuées, dépecées, démembrées. Le plaisir étant dans l’exercice du pouvoir, le fétiche vient réactiver le plaisir sadique. Ainsi, le moment où les discriminations islamophobes s’étendent et se normalisent coïncide avec celui où la barbe longue devient à la mode dans la culture blanche. Dans les mains des pilleurs, le Gwo-ka devient une gymnastique exotique, chanter le gospel devient une technique vocale, le dancehall devient une danse lascive, le Keffiyeh FABRIQUÉ EN CHINE un accessoire de mode qui promeut la paix entre occupant et occupé[7]. Et tout se mélange, tout s’homogénéise. Le fétiche, une fois sorti de son contexte, coupé de la culture qui l’anime et privé de la vie que lui insufflent ses acteurs, ne représente plus autant d’intérêt. Devenu un produit, il a un temps de vie limité : vient le temps où tout le monde le connaît, il est démodé, il ne vaut plus rien.

Un élément central de nos cultures est passé à la trappe par les pilleurs : les violences. Celles qui accablent simplement d’être dites. Celles qui se perpétuent génération après génération. Nos cultures sont belles parce qu’elles sont résilientes et cela n’est ni réifiable, ni critériable, ni descriptible. Elles n’opposent pas le passé et le présent, elles assimilent toute matière nouvelle sans perdre leur essence. C’est la permanence sans la rigidité : elles célèbrent la vie en en acceptant la fragilité. Cette souplesse vient de ce qu’elles ont appris à se dégager de la prise, en se réinventant pour échapper à la captation.

L’appropriation culturelle et politique, c’est la prétention individuelle à l’universalisme. « Je » – la marque de la blanchité – peut tout faire. Cette démarche-là participe de l’effacement de nos cultures. Les pilleurs de fétiches veulent nos richesses, pas notre condition. D’ailleurs, dès lors qu’ils deviennent représentants d’un genre ou d’une question politique, les pilleurs sont souvent les plus prompts à nier ou minorer le racisme. Ainsi, les amateurs d’esthétique radicale ou féline et de coupe afro sont souvent, sur le terrain, les adversaires les plus féroces et déloyaux des indigènes. L’appropriation culturelle et politique va au-delà de la seule consommation d’esthétique : elle participe du maintien de l’ordre racial en réaffirmant une inégalité de droit. D’une part ceux qui disposent de droits illimités et maîtrisent l’objet, jusqu’à définir les conditions de son existence. De l’autre, ceux constamment jugés dans la maîtrise imparfaite, entre trop peu et trop.

Ainsi fonctionne l’appropriation politique :

1 S’identifier moralement au combat de racisés en lutte contre le colonialisme / le racisme / l’impérialisme ailleurs dans le monde ;
2 Adopter l’esthétique de leur lutte et la plaquer en contexte français, au mépris des luttes existantes de dominés sur le même thème
3 Du fait de la distribution raciale du pouvoir, acquérir une position dominante dans le champs des luttes ;
4 Blanchiser, c’est-à-dire gommer l’impact de la race dans les violences sur lesquelles se focalisent ces luttes, pour y maintenir une position dominante ;
5 Accuser les indigènes qui dénoncent cette blanchisation de racialiser et, par là, les marginaliser.

On peut donc se prétendre anti-colonial, scander « police assassin » ou « Palestine vaincra » tout en défendant ardemment la suprématie blanche. Puisqu’encore une fois, le racisme n’est ni un sentiment, ni une posture, ni un discours, ni une colère mal placée : c’est une question de pouvoir. L’appropriation reflète une culture coloniale[8].


Toulouse, Octobre 2014 : Manifestation contre les violences policières SUITEà la mort de Rémi Fraisse. Des manifestants s’approprient le geste de Hands Up Don’t Shoot, geste de lutte adopté aux USA en août 2014, suite à l’assassinat de Michael Brown à Ferguson.

Dans une société où les droits sont distribués inégalement entre différentes catégories de populations définies racialement et critériées – et ce n’est pas le dominé qui a accès aux critères, lui il met en place des stratégies pour y échapper – à place différente, droits différents. En effet, dans de nombreux contextes, le face à face interracial est marqué par l’asymétrie de pouvoir : il est souvent tentant de cultiver l’insouciance et de s’attacher à la surface des choses. Cette irresponsabilité est un luxe. Nous, nous sommes scrutés en permanence par des gardiens de l’ordre racial désireux de détecter en nous la raison de notre infériorisation. Nous ne décidons pas de quels aspects de nos cultures nous pouvons nous exprimer librement dans des espaces institutionnels. Lorsqu’un Blanc s’approprie un objet de culture dominée, Il jouit de son privilège sans scrupules, au nez et à la barbe de l’indigène qui :

– soit porte aussi cet objet, pour le sens, pour ce qu’il représente pour lui et ses pairs, et malgré les mesures de rétorsion, il continue de le faire par dignité, fierté et détermination.

– soit y a renoncé parce que, quand on n’a qu’une vie et beaucoup de combats à mener chaque jour pour sa vie et la vie des siens, il faut renoncer à certaines batailles. Ca s’appelle la survie.

Le contact avec nos cultures en vie, c’est le moment où les Blancs sont confrontés à la réalité : lorsque nous sommes libres, nous n’avons pas besoin d’eux et nous sommes libres de ne pas feindre reconnaître leur autorité. Ils ne dominent plus, ils ne sont plus le phare de l’humanité. Ils n’existent plus. Dans leur blanchité. Le contact avec nos cultures en vie est aussi l’instant où le fantasme d’universalisme s’effondre, le moment où une limite se pose. Mais les Blancs, tellement habitués à ce que tout leur soit dû, tellement habitués à être au centre de toutes choses au détriment des indigènes, s’attendent à bénéficier du même traitement dans ces espaces. Et ce sont les seuls espaces où nous pouvons le refuser sans encourir des sanctions. Le mépris manifesté à nos cultures est donc un mépris feint qui masque jalousie et envie. L’appropriation – et le discours de disqualification qu’elle contient – est une stratégie pour dégrader une chose à laquelle il serait possible d’accéder par des rapports égalitaires. Mais ça, c’est trop dur, des rapports égalitaires. Apprendre une culture en faisant preuve de curiosité, de patience, et d’humilité – comme quand ils apprennent la culture britannique –, c’est trop dur. Alors on fait payer les indigènes pour ce désarroi douloureux.

L’appropriation, c’est aussi la décontextualisation et le détournement. Il n’est pas possible de donner individuellement un sens à un objet appartenant à une culture qui ne nous appartient pas. Le pillage de fétiche est aussi une stratégie pour se placer coûte que coûte au centre des choses. Un vieux réflexe inspiré par le roman d’aventures. Quand le héros va dans le village indigène, « la masse indigène » l’accueille comme un roi, il est un demi-dieu et en tire une gratification sociale et sexuelle. Cette figure de la littérature coloniale habite encore les fantasmes Blancs. Exceller dans les cultures d’indigènes permet aussi de nier le caractère structurel du racisme : cela dit, en filigrane, « voyez, nous sommes BIEN les meilleurs en tout ». Qui a besoin de l’autre ? C’est important de se le rappeler, pour ne pas, par crédulité, croire que le summum de la réalisation de soi, c’est quand les Blancs découvrent nos cultures et les reprennent. La dépendance n’est pas celle qu’on croit : la blanchitude dépend de nous. Nous sommes l’instrument qui valide sa supériorité car, encore une fois, l’identité blanche est relative.

L’appropriation culturelle est une violence symbolique et matérielle qui doit être éradiquée. Ce n’est ni un hommage, ni un clin d’œil, c’est un accaparement. Porter comme un accessoire un objet qui appartient à une culture oppressée, ce n’est pas un échange, ce n’est pas une valorisation, c’est s’inscrire dans le prolongement de l’effacement. C’est le prolongement du pouvoir sur une catégorie d’être humains : cela vise à perpétuer une relation de soumission.



Malika Salaün, membre du PIR


Principales sources :

– This is white culture
– Dr. Marimba Ani : Cleansing ourselves of european concepts

Notes

[1] La règle d’une seule goutte : était considéré comme Noire toute personne ayant au moins un ascendant Noir, par opposition à un sang de race blanche pure.

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Art_de_la_conversation

[3] The Bastardization of Black Culture (In America)

[4] Carte des pays qui ont été sous contrôle Européen

[5] Rage blanche : afflux de colère et d’indignation déclenché par nos transgressions de l’ordre racial

[6] C’est l’identité relative : on ne sait pas ce qu’on est, mais on sait qu’on est plus qu’un moricaud

[7] When the keffiyeh turned couture

[8] Udoka OKAFOR : Cultural Appropriation: The Act of Stealing and Corrupting
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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Jeu 14 Jan - 15:06



Affronter le racisme anti-noir dans le monde arabe Susan Abulhawa23 juin 2015


Citation :
En réponse à un article que j’ai écrit récemment sur la « noirceur [blackness] essentielle » de la lutte palestinienne, j’ai reçu, entre autres, cette réaction : « Qu’en est-il du racisme arabe anti-noir ? Ou de la traite négrière arabe ? »

La traite arabe est un fait de l’histoire et le racisme anti-noir est un fait de la réalité actuelle, une chose honteuse qui doit être affrontée dans les sociétés arabes. Bien que je ne prétende pas à l’expertise sur le sujet, je pense que l’application de la notion de racisme, telle qu’elle existe aux États-Unis, empêche une véritable compréhension du sujet dans le monde arabe.

J’ai passé la plus grande partie de ma jeunesse dans le monde arabe, et je ne me souviens pas avoir eu conscience de la race jusqu’à ce que je vienne aux Etats-Unis, à l’âge de 13 ans. Ma connaissance du racisme anti-noir arabe vient principalement des Arabes-Américain-e-s. Comme d’autres communautés d’immigrants, ils adoptent les sentiments racistes dominants de la structure de pouvoir aux États-Unis, qui tient vraiment les Afro-Américain-e-s dans le mépris.

Cette attitude est également devenue de plus en plus répandue dans les pays arabes, pour diverses raisons, mais surtout parce que les gouvernements arabes, en particulier ceux qui importent de la main-d’œuvre étrangère en provenance d’Afrique et d’Asie du sud-est, n’ont pas réussi à mettre en œuvre ou à appliquer des lois anti-discriminatoires et anti-exploitation.

Dans de nombreuses nations arabes, y compris le Koweït où je suis née, les travailleurs-ses sont attiré-e-s dans des emplois subalternes, où leurs passeports sont confisqués dès leur arrivée, et sont contraint-e-s à des conditions de travail humiliantes et souvent inhumaines. Elles et ils ont peu ou pas de protection en vertu de la loi, et sont particulièrement vulnérables à l’exploitation, y compris aux heures de travail extraordinairement longues, à la retenue des salaires, aux abus sexuels, mentaux et physiques, et aux refus de les laisser partir.

Le cas récent d’Alem Dechesa a mis en lumière les horreurs rencontrées par les travailleurs-ses migrant-e-s au Liban. Dechesa, une travailleuse domestique d’Ethiopie, s’est suicidée après avoir subi des violences physiques et mentales terribles aux mains de ses employeurs libanais, dont son tabassage sauvage en face du Consulat éthiopien l’année dernière.


Définir la beauté


Un prolongement au racisme arabe anti-noir, est une aspiration à tout ce que nos anciens – et actuels – colonisateurs possèdent. Les individus aspirent à ce qui est puissant et riche, et les images de ce pouvoir et de cette richesse ont la peau claire, des cheveux raides, de petits nez, des joues rouges et des corps grands et maigres. Cette image rejette les peaux riches en mélanine, les cheveux frisés, les nez larges ou pointus, les petites tailles, les hanches larges et les grandes jambes. Alors nous aussi, nous rejetons ces caractéristiques, les méprisons chez les autres et en nous-mêmes comme des symboles d’infériorité, de paresse et de pauvreté. C’est pourquoi les industries occidentalisantes de blanchiment de la peau et de défrisage sont si rentables.

Et pourtant, quand la Palestine est allée aux Nations unies pour la reconnaissance de son statut d’État, la grande majorité des pays qui ont voté oui étaient des pays du Sud. La même chose est vraie lorsque la Palestine a demandé l’admission à l’UNESCO. En fait, quand les Etats-Unis ont coupé le versement de fonds à l’UNESCO en réponse à un vote démocratique de ses membres d’admettre la Palestine, c’est la nation africaine du Gabon qui a immédiatement augmenté sa contribution, grâce à un don de 2 millions de dollars à l’UNESCO, pour aider à compenser la perte de revenu.

Ce n’était pas l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, le Liban, la Suède ou la France. C’était le Gabon. Combien de Palestinien-ne-s le savent, et combien ont exprimé leur gratitude pour cela ?

Combien les Palestinien-ne-s sont inquiet-e-s de ce que l’Union européenne et les États-Unis pensent de nous. Combien sommes-nous absorbé-e-s à ramper pour leurs faveurs et leurs subventions, alors qu’ils soutiennent un système de suprématie juive qui pousse notre société antique à l’extinction. Nous dansons comme des clowns à chaque fois qu’un leader européen nous accorde une pensée. N’avons-nous pas le sens de l’histoire ? Aucun sentiment de fierté ? Aucune compréhension de qui se tient vraiment debout avec nous, et de qui nous sabote ?

Dans un ordre mondial qui colporte des notions qui considèrent des continents ou de régions entiers comme étant d’irréductibles monolithes, la conversation entre Arabes devient un dichotomique « Arabe » contre « Africain », ignorant les millénaires d’histoires partagées, allant de vastes échanges et du commerce, aux horreurs de la traite arabe des esclaves ; de la solidarité de l’unité anticoloniale afro-arabe, à l’état actuel d’ignorance qui ne connait pas l’histoire et ne peut relier les points quand il s’agit de luttes de libération nationale.

La traite négrière arabe

Lorsque je faisais des recherches sur le sujet de la traite arabe d’esclaves, je suis tombée sur un véritable trésor de site web, établi par La Société de l’Holocauste Africain, ou Mafaa [« holocauste », en swahili], une organisation à but non lucratif d’intellectuel-le-s, artistes, cinéastes, universitaires et militant-e-s, dévoué-e-s à récupérer les récits d’histoires, cultures et identités africaines. Incluse dans ce grand corpus d’ouvrages savants, une section complète sur la traite négrière arabe, ainsi que le commerce juif d’esclaves, les relations afro-arabes au cours des siècles, et d’avantage de choses, par Owen Alik Shahadah, un militant, universitaire et cinéaste.

African HolocaustA la lecture de cette partie de notre histoire commune, nous pouvons voir comment une grande partie des Arabes, y compris celles et ceux d’entre nous qui nourrissent le racisme anti-noir, sont les fils et les filles de femmes africaines, qui ont été enlevées de nations d’Afrique de l’est, comme esclaves sexuelles.

Contrairement à la traite européenne, la traite arabe n’était pas une caractéristique importante des économies arabes, et était principalement ciblée sur les femmes, qui sont devenues membres de harems et dont les enfants étaient héritiers complets sur les noms, les héritages et la fortune de leurs pères, sans égard à leurs caractéristiques physiques. Les esclaves n’ont pas été acheté-e-s et vendu-e-s comme du bétail, à la façon dont nous comprenons le commerce des esclaves ici, mais ont été capturé-e-s dans la guerre, ou carrément enlevé-e-s et transporté-e-s à travers le Sahara.

La race n’était pas une ligne de démarcation et les personnes asservies n’étaient pas enfermées dans une seule destinée, mais avaient la possibilité d’une mobilité ascendante par divers moyens, y compris par le fait de mettre au monde des enfants, ou en se convertissant à l’islam. Personne ne sait le nombre exact de femmes africaines qui ont été réduites en esclavage par les Arabes, mais il suffit de nous regarder pour voir l’ombre de ces mères africaines qui nous ont donné-e-s naissance et ont perdu leurs identités africaines.

Mais alors que les chercheurs africains de la Société Mafaa font des distinctions importantes entre les traites négrières arabes et européennes, l’asservissement d’êtres humains est une horreur d’une incompréhensible proportion, par aucune norme, et c’est ce qu’il était dans le monde arabe, et l’était – ou l’est – partout . Il y a ceux qui soutiennent que les négriers arabes étaient eux-mêmes impossibles à distinguer de ceux qu’ils mettaient en esclavage, parce que le mot « arabe » a une pertinence culturelle, et non raciale.

Voie à sens unique


Cet argument va main dans la main avec l’excuse discréditée selon laquelle les Africains eux-mêmes ont été impliqués dans la traite des esclaves, avec des tribus en guerre se capturant et se vendant les unes les autres. Mais peu importe la manière dont vous la regardez, la traite des esclaves était une voie à sens unique, avec des Africain-e-s victimes constantes de l’esclavage. Je ne connais aucune tribu africaine qui ait kidnappé des Européen-ne-s et les ait mis en esclavage pendant des générations, ni aucune tribu africaine qui ait capturé des femmes arabes depuis des siècles et les ait rendues esclaves sexuelles.

Je pense que l’humanité n’a jamais vraiment connu un holocauste de plus grande ampleur, sauvagerie, ou longévité que celui perpétré contre les peuples d’Afrique. Cette Mafaa n’a jamais été pleinement reconnue, et certainement jamais expiée – autant que les blessures ou les legs durables de transformation d’êtres humains en biens meubles durant des siècles puissent être jamais pleinement compris ou expiés. Mais il faut essayer, parce que tout comme nous héritons de privilèges de la part de nos ancêtres, nous héritons aussi de leurs péchés et de la responsabilité de ces péchés.

Esclaves d'Afrique sub-saharienne : Le rôle de Kadhafi

A la fin de son règne, le colonel Mouammar Kadhafi a compris cela et a utilisé son pouvoir et sa richesse pour tenter de racheter notre histoire commune. Il est le premier dirigeant arabe à s’être excusé auprès de nos frères et sœurs africain-e-s, au nom des peuples arabes, pour la traite arabe et le rôle des Arabes dans la traite européenne d’esclaves.

Il a injecté de l’argent dans l’Union africaine et utilisé les richesses de la Libye pour autonomiser [empower] le continent africain et promouvoir le panafricanisme. Il était une force de réconciliation, de socialisme et d’autonomisation des peuples africains et arabes. Les actions de Kadhafi ont menacé de renouveler la réconciliation et les alliances afro-arabes, similaires à celles qui se sont produites à l’apogée du Mouvement des non-alignés, pendant les présidences de Gamal Abdel Nasser d’Egypte, et de Kwame Nkrumah du Ghana.

Ainsi, l’urgence de l’OTAN à empêcher les « massacres » en Libye, a été fabriquée et vendue en masse. La crainte de la solidarité afro-arabe peut être vue dans la manière dont les insurgés libyens soutenus par les Etats-Unis ont répandu des rumeurs selon lesquelles des mercenaires « Noirs africains » ont commis des atrocités contre des Libyens. Kadhafi est devenu une menace encore plus grande quand un accord a été conclu avec la grande force anti-impérialiste en Amérique du Sud, Hugo Chavez, de servir d’intermédiaire pour une solution à l’insurrection en Libye.

Maintenant, ces deux champions de leurs peuples ont disparu, et les soi-disant révolutionnaires libyens exécutent des « Africain-e-s noir-e-s » dans tout le pays. Disparue, aussi, l’inquiétude de l’OTAN au sujet de massacres en Libye, et un autre pays arabe de haut-niveau se trouve en ruines, à l’abandon et en proie à la guerre civile – phénomènes amorcés pour le rampant pillage économique.

J’ai écrit précédemment que la lutte palestinienne contre l’effacement de notre existence, histoire et identité, était spirituellement et politiquement noire [black] par nature. De même que d’autres luttes, comme celle des travailleurs-ses migrant-e-s dans de nombreux pays arabes. Ce sont nos camarades. Ils et elles sont les damné-e-s, exploité-e-s, volé-e-s, et / ou, enfin, libéré-e-s.

Je me réfère à Noir comme à un terme politique, pas nécessairement comme un descripteur racial ou ethnique. Selon les termes d’Owen Alik Shehadah :

Citation :
« Le Peuple Noir est une construction qui articule une récente réalité sociale et politique de personnes de couleur (personnes pigmentées). Noir n’est pas une famille raciale, un groupe ethnique ou un groupe super-ethnique. La Noirceur Politique [Political Blackness] n’est donc pas une identité, mais surtout une conséquence socio-politique d’un monde qui, après le colonialisme et l’esclavage, existait en ces termes de couleurs. Le mot « Noir » n’a aucun lien historique ou culturel, c’était un nom créé lorsque les Africain-e-s ont été réduit-e-s en unités de travail transférables, et transporté-e-s comme du bétail vers les Amériques. »

Mais ce mot a été récupéré, redéfini, et injecté avec toute la puissance, l’amour, le défi, et la beauté de l’Afrique. Pour le reste d’entre nous, et sans s’approprier le mot, « Noir » est un phénomène de résistance, de fermeté – ce que nous les Palestinien-ne-s appelons sumud – et la beauté de la culture qui renaît de l’esclavage et de l’oppression.


Le droit de regarder dans l’autre direction

Pour finir, la solidarité provenant des Africain-e-s n’est pas équivalente à celle qui vient de nos camarades européen-ne-s, dont les gouvernements sont responsables de l’effacement permanent de la Palestine. Les peuples africains ont toutes les raisons de regarder dans l’autre direction. Les Ethiopien-ne-s ont toutes les raisons de dire : « Vous méritez ce que vous avez pour les siècles d’esclavage et d’industrie néo-esclavagiste par vos voisins arabes. » Les Afro-Américain-ne-s ont toutes les raisons de dire : « Pourquoi devrais-je montrer de la solidarité avec des Arabes qui viennent ici pour nous traiter comme les personnes blanches le font, et parfois pire ? »

Malcolm X a dit une fois :

« Si je l’étais [anti-américain], j’aurais le droit de l’être – après ce que l’Amérique nous a faits. Ce gouvernement devrait se sentir chanceux que notre peuple ne soit pas anti-américain. »

Nous pouvons remplacer le mot « Arabe » par « Américain » dans cette phrase, et ce serait une déclaration valable. Et pourtant, l’Afrique est là avec nous. Les intellectuel-le-s afro-américain-e-s sont les plus grand-e-s champion-ne-s de notre lutte aux États-Unis. L’impact de la solidarité de quatre personnes en particulier – Desmond Tutu, Alice Walker, Angela Davis et Cynthia McKinney – ne peut jamais être surestimé.

Le mois dernier, l’ancien ambassadeur d’Afrique du Sud en Israël a refusé un « certificat » d’Israël confirmant la plantation d’arbres en son nom. Dans sa lettre, il a qualifié Israël d’État raciste d’apartheid, et a déclaré que le don était une « offense à ma dignité et à mon intégrité ». Il a ajouté : « Je n’étais pas partie prenante, et ne le serai jamais, à la plantation de « 18 arbres » en mon « honneur », sur des terres expropriées et volées. »

Je voudrais que mes compatriotes réfléchissent longuement et sérieusement à cela, jusqu’à ce qu’elles et ils comprennent vraiment la beauté humble de cette solidarité, de la part de personnes qui ont toutes les raisons d’être anti-arabe. Je souhaite que mes compatriotes puissent regarder à travers mes yeux. Elles et ils pourraient voir que le noir est profondément beau. Elles et ils pourraient voir que l’Afrique coule dans nos veines, aussi. Nos aïeules africaines réduites en esclavage méritent d’être honorées et aimées par leurs enfants arabes. Et c’est à nous de racheter leurs douleurs avec la reconnaissance et l’expiation dues de longue date.

Arriver à cette compréhension est un bon point de départ pour la solidarité réciproque avec les nations et les peuples qui sont debout avec nous, dans le cœur et dans l’action.


Notes

Source : www.aljazeera.com.
Traduit de l’anglais par RC, pour Etat d’Exception.
Photo de couverture : AssociatedPress.
Première publication sur Etat d’Exception : 23 juillet 2013.


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Jeu 25 Fév - 10:22



Afrique du Sud, interview. Retour sur la révolte étudiante.

Partie 1 : Le mouvement #RhodesMustFall et l’émergence d’une nouvelle génération politique 14 décembre 2015


Le texte qui suit constitue le premier extrait d’un entretien avec le militant Sud-africain Niall Reddy, étudiant de l’Université du Cap et membre de la coalition de gauche radicale 'Democratic Left Front'. Au cours de cette interview, Niall revient sur le grand mouvement étudiant qui a eu lieu cet automne sur la plupart des campus du pays, ses racines profondes, et sa portée dans une société sud-africaine en pleine ébullition, alors que se fissurent les équilibres de l’ère post-apartheid. Un mouvement qui, depuis, a encouragé et inspiré plusieurs mobilisations étudiantes en Inde, au Pakistan, ou encore en Grande-Bretagne. Cette première partie revient sur le mouvement #RhodesMustFall, qui a vu émerger une nouvelle génération militante sur les campus ainsi qu’une repolitisation radicale de la question raciale, autour de la problématique de la décolonisation.

Entretien avec Niall Reddy, propos recueillis par Guillaume Loic

Citation :
G. L. : Comment tu caractériserais ce qui s’est passé cet automne en Afrique du Sud ?

N. R. : C’est simple, on a assisté au premier mouvement étudiant d’ampleur nationale depuis la fin de l’apartheid. Tout a commencé avec l’annonce, par le gouvernement, d’une hausse de 10% en moyenne des frais de scolarité universitaires. L’Afrique du Sud est un pays où il n’y a jamais eu d’éducation publique gratuite et universelle, et les frais d’inscriptions sont déjà en moyenne supérieurs à une année de salaire médian. On a très peu de bourses. Et tout cela dans un pays où quarante pour cent de la population vit sous le seuil de pauvreté.

G. L. : Cette attaque, c’était une surprise pour les militant-e-s étudiant-e-s comme toi ?

N. R. : Non, en réalité il ne s’agit que de la nouvelle étape d’un long processus de retrait des fonds publics du système d’éducation. Cela fait des années que les gouvernements qui se succèdent, toujours sous cette alliance entre l’ANC et le Parti communiste sud africain, soumettent les universités à une logique managériale, diminuent les crédits alloués aux sciences sociales, transfèrent les salarié-e-s de l’enseignement supérieur vers la sous traitance ou encore diminuent les services dédiés aux étudiant-e-s, notamment en matière de santé. Mais la particularité, de cette dernière attaque, c’est qu’elle a été défaite.

G. L. : C’est donc l’ampleur de la résistance qui a étonné tout le monde ?

N. R. : En quelques sortes oui, mais pas tout à fait non plus. Dans les dix dernières années, il y a eu en Afrique du Sud de nombreuses luttes étudiantes, essentiellement dans les universités les plus populaires comme Wits ou Johanesbourg. Ces luttes étaient menées par des organisations étudiantes liées à l’ANC, et elles n’ont jamais réussi à se généraliser comme vient de le faire le dernier mouvement. Dans le même temps, on constatait une très faible participation étudiante à la politique nationale, et cela y compris malgré le début de la crise, et malgré Marikana. L’ANC est très forte sur les facs, et ce rôle de contention a été son principal apport à la stabilité du régime post-apartheid – cette même stabilité qui est aujourd’hui remise en cause.

G. L. : Quelles sont les forces qui animent le mouvement étudiant Sud-Africain ?

N. R. : Il y a d’abord un grand syndicat, qui s’appelle le congrès des étudiants sud-africains, SASCO. Il est regroupé avec la ligue des jeunesses communistes (YCO) et la ligue des jeunesses de l’ANC (ANCYL) dans l’Alliance des jeunesses progressistes (PYA). C’est ce front, qui correspond à l’alliance gouvernementale qui prévaut entre le PCAS et l’ANC, qui a dominé la politique étudiante depuis la fin de l’apartheid, et en particulier en ce qui concerne les étudiant-e-s noir-e-s. Dans les universités d’élite, où la majorité des étudiant-e-s sont blanc-he-s, il existe des organisations liées au parti libéral. L’extrême gauche vient, elle, d’une période où elle est restée très faible sur les universités.

G. L. : Mais cette configuration a commencé à changer depuis le printemps dernier, c’est ça ?

N. R : Oui effectivement, de nouvelles tendances travaillent le mouvement étudiant depuis plusieurs mois, en lien avec l’évolution de la société sud-africaine. Le mouvement #RhodesMustFall, qui a commencé à l’université du Cap (UCT) en février 2015, a ainsi été le premier à réussir à échapper au contrôle de la PYA à l’échelle nationale. Il s’agissait d’une lutte pour le déboulonnement de la statue de Cecil Rhodes, ce bâtard colonialiste, sur le campus de l’université. Cela s’inscrit dans l’émergence plus large de mobilisations qui prônent la « décolonisation », et témoigne du renforcement d’un nouveau mouvement noir en Afrique du Sud. Et le mouvement était d’autant plus exemplaire que l’université du Cap est l’une de ces institutions d’élite dont le libéralisme blanc a pu faire un de ses bastions, au travers duquel il a assuré sa reproduction idéologique. Pour te donner un exemple, il y a six profs noirs dans toute la fac, et parmi eux aucune femme. L’UCT est donc un lieu de domination culturelle blanche, les langues africaines n’y sont pas représentées dans l’enseignement, et le contenu de ce dernier ressort exclusivement des auteurs occidentaux. La recherche y est encadrée, maintenue dans les limites de l’idéologie libérale. C’est une université où les étudiant-e-s noir-e-s ont la vie dure, il y a extrêmement peu de bourses, les gens s’endettent énormément, etc.

G. L. : Ce mouvement pour la décolonisation, il est fort à l’Université du Cap ?

N. R. : Comme je te disais, l’UCT est un endroit où la question raciale est très tendue. En février, un groupe d’étudiant-e-s a monté une action pour jeter des excréments sur la statue de Cécil Rhodes. Ça peut paraître improbable qu’un tel personnage ait toujours sa statue en Afrique du Sud, mais c’est la réalité et ça témoigne bien des contradictions du pays. En l’occurrence, les étudiant-e-s s’en sont donc pris à ce monument réactionnaire en important une technique qui vient des luttes pour l’amélioration du réseau d’eau et de sanitaires dans les quartiers populaires. Des collectifs d’habitants de ces secteurs ont en effet organisé à plusieurs reprises le déversement d’excréments dans les quartiers riches, pour démontrer l’existence de leur monde malgré la ségrégation sociale et spatiale qui le camoufle. C’est donc une pratique qui appartient au registre du mouvement décolonial plus en général.

G. L. : La politisation s’est donc importée à l’université...

N. R. : Oui c’est ça, alors même que le campus de l’UCT est traditionnellement le moins politique du pays, le plus exempt de mobilisations. Et là, on a assisté à un vrai mouvement de masse, avec des milliers d’étudiants, avec des occupations. Les revendications allaient au delà du déboulonnement de la statue, pour atteindre un programme plus large, de décolonisation de toute l’université : les étudiant-e-s réclamaient la fin des contraintes dans l’élaboration des cursus, le recrutement d’enseignant-e-s et de chercheur-se-s noir-e-s, l’abolition des frais d’inscription, l’ouverture de la fac aux enfants des familles ouvrières et pauvres, et enfin la fin de la sous-traitance des travailleur-se-s de l’université.

G. L : Et le mouvement a rapidement dépassé l’Université du Cap ?

N. R. : Oui, on a assisté à une explosion de la mobilisation à travers les réseaux sociaux, vers d’autres campus, en l’espace de quelques jours seulement. Et en particulier vers les établissements d’élite où la question raciale est posée avec beaucoup d’acuité, comme à l’université de Rhodes ou à celle de Stellenbosch. Finalement, l’administration a été obligée de reculer et de déboulonner la statue le jeudi 9 avril.

G. L. : C’est l’émergence de quelque chose de nouveau d’un point de vue politique ?

N. R. : On a assisté en tous cas à la radicalisation d’un large secteur d’étudiant-e-s. Sur les campus, toute une discussion sur la conscience noire, sur le panafricanisme, s’est rouverte à ce moment là. La question raciale, la question nationale sont des débats à l’échelle de tout le pays, avec un questionnement sur la continuité dans la ségrégation depuis les années 1980 malgré la victoire contre l’apartheid. Sur les facs, tout ce mouvement a pris la forme d’occupation de bâtiments, de changements de noms de salles pour faire exister la mémoire nationale, de groupes de lectures, de conférences, etc. Et tout cela, il faut le noter, en dehors du contrôle de l’ANC. On pourrait dire qu’il y a une nouvelle génération militante, une avant-garde large, plus radicale et plus indépendante. Et sa particularité est de trouver beaucoup d’échos dans la population, et donc d’avoir accès aux médias.


(à suivre ci-dessous)

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Jeu 25 Fév - 10:26


(suite)


Partie 2 : #FeesMustFall, entre lutte des classes et décolonisation, une défaite historique pour le gouvernement 18 décembre 2015

Entretien avec Niall Reddy, propos recueillis par Guillaume Loïc

Nous publions ici la deuxième et avant-dernière partie de l’interview de Niall Reddy, militant sud africain du Democratic Left Front et étudiant de l’Université du Cap. Dans l’extrait précédent, Niall revenait sur le mouvement #RhodesMustFall, qui, au printemps dernier, avait vu s’éveiller un nouveau militantisme étudiant en Afrique du Sud, au croisement du réveil de la question noire dans le régime post-apartheid et d’une participation renouvelée à la lutte des classes. Ici, il poursuit la réflexion autour de la grande mobilisation qui s’est développée à partir de la mi-octobre contre la hausse des frais d’inscription. Un combat qui en cristallisait d’autres à l’échelle de la société sud-africaine, et s’est soldé par une première grande défaite pour le gouvernement.


Citation :
G. L. : Ce nouvel acteur politique dont tu parlais la dernière fois, ces étudiant-e-s qui, en faisant déboulonner la statue de Cecil Rhodes, se battaient pour une université décolonisée et au service des travailleur-se-s, c’est lui qui a lancé quelques mois plus tard le mouvement #FeesMustFall, n’est-ce pas ?

N. R. : Oui, à ceci près que cette deuxième mobilisation a pris une ampleur jusque-là inégalée, et notamment en s’étendant à toutes les universités populaires du pays, ce qui n’était pas le cas de #RhodesMustFall. Dans ces dernières, l’ANC (ndlr : Congrès National Africain, parti historique de Nelson Mandela au pouvoir en Afrique du Sud) était jusque-là restée bien plus forte, si bien que c’était un nouveau verrou qui sautait. Cette fois par exemple, c’est le campus de Wits qui a été au cœur du mouvement. Son « conseil représentatif étudiant », l’instance officielle de délégation étudiante, pourtant composé d’une majorité d’élu-e-s ANC, a animé le mouvement, rompant objectivement avec le gouvernement.

G. L. : Tu dirais qu’il y a une rupture du mouvement étudiant avec l’ANC ?

N. R. : C’est un peu plus compliqué que ça, et pour le comprendre il faut avoir en tête le positionnement bien particulier qui est celui du principal parti de gouvernement depuis la chute de l’apartheid. Sur le terrain, dans les mouvements sociaux, l’ANC continue à se présenter comme le parti de la libération, alors que dans le même temps l’ANC est l’Etat. La force de ce pouvoir, sa capacité à contenir la contestation, vient de cette ambiguïté. Et c’est aussi grâce à elle qu’il a été possible pour le conseil étudiant de Wits de lancer un appel à la mobilisation nationale. Il faut savoir que l’Afrique du Sud possède le plus fort taux de confluctualité sociale au monde, nous sommes un pays en lutte permanente. Et la majorité de ces conflits sont animés par l’ANC ! Cela n’implique donc en aucun cas de rupture avec la direction de ce parti. Et c’est dans ce cadre qu’a agi l’alliance des jeunesses progressistes (PYA) en l’occurrence...avant de se faire déborder.

G. L. : Comment s’est développée la mobilisation après cet appel ?

N. R. : Au départ, le mouvement été très dirigé vers l’administration universitaire. Mais il y a eu un tournant avec le délogement des bâtiments occupés de l’Université du Cap (UCT), avec matraquages et gaz lacrymogènes. La répression a joué un rôle de radicalisation. Tout de suite, les étudiant-e-s ont répondu par des manifestations vers les commissariats. Au Cap en particulier, des milliers d’entre elles et eux ont marché vers le Parlement. La police était surprise, et de manière incroyable les manifestant-e-s ont été capables d’entrer et de se retrouver aux portes même du bâtiment ! C’était du jamais vu, et à nouveau on a assisté aux attaques de la police, aux coups de matraque, au gaz, tout cela sous les caméras. A partir de là, la mobilisation étudiante est devenue une question nationale. Quelques jours après, une nouvelle manifestation s’est dirigée vers les bâtiments du gouvernement, et notamment celui du Ministre de l’éducation nationale, qui n’est autre que le Secrétaire général du Parti communiste ! Les étudiant-e-s interpellaient directement Zuma, qui a dû répondre.

G. L. : Qui sont ces étudiant-e-s, quel est le visage de cette révolte qui en catalyse plusieurs au sein de la société sud-africaine contemporaine ?

N. R. : A l’UCT l’ANC a toujours été plus faible que dans les autres facs, et en général les représentant-e-s étudiant-e-s sont issus de la mouvance libérale blanche. Mais il y a aussi toujours eu un petit groupe de marxistes. Dans les dernières années, ce secteur a commencé à avoir une politique très pro-ouvrière, en lien avec ce qui se passait dans le pays, et en s’impliquant notamment dans d’importantes luttes contre la sous-traitance sur le campus, aux côtés des travailleur-se-s qui la subissent. Ils organisaient la solidarité étudiante avec ces conflits, et ont gagné une petite audience, sans s’impliquer encore, à ce moment-là, dans les questions qui touchent directement les étudiant-e-s. Avec d’autres, ce nouveau milieu a lancé en 2013 le Forum des étudiant-e-s de gauche, qui est un syndicat étudiant de gauche assez large.

G. L. : Est-ce qu’il y a d’autres secteurs qui sont à l’origine de ce réveil politique ?

N. R. : Oui, en effet, il faut aussi mentionner les militant-e-s de la conscience noire et du panafricanisme, qui étaient au départ un petit contingent à l’UCT et qui ont joué un rôle important, notamment avec la montée en puisse du mouvement de décolonisation. Parmi eux, on trouve des tenants de l’essentialisme noir, qui affirment que la contradiction principale de notre société est entre Noirs et Blancs, et que la lutte des classes est une donnée soit secondaire, soit inexistante. Ils et elles prônent donc une réappropriation collective de la conscience noire, pour un empowerment collectif, mais sans analyser ce qu’est le système capitaliste et ses conséquences sur les luttes de libération. Ce courant a développé une forte hostilité contre ce qu’ils appellent « la gauche blanche », en y incluant le marxisme. Mais le réveil de la question raciale va bien au-delà de ce secteur, et le concept de décolonisation qui a émergé est porté par toute une nouvelle génération militante, qui n’est pas liée à l’ANC – et c’est une grande nouveauté – mais ne l’est pas non plus à la gauche marxiste. C’est cette génération qui a été aux avant-postes de #RhodesMustFall, et qui a été le point de départ d’une certaine réunification du milieu militant radical sur la fac, avec par exemple une implication croissante du Forum des étudiant-e-s de gauche dans les luttes de décolonisation, et une prise en considération plus grande des questions de lutte des classe chez les militant-e-s de la conscience noire.

G. L. : Tu veux dire qu’il y a une certaine homogénéisation dans les objectifs, dans le programme de ce mouvement étudiant ?

N. R. : C’est vrai en général, et cela se fait dans le sens d’une radicalisation. Mais dans le même temps le mouvement est marqué par le fort turn-over qui y règne. Certain-e-s militant-e-s plus ancien-ne-s sont là mais il y a aussi un grand renouvellement en permanence, et cela tend à rendre instable l’idéologie et le programme de cette nouvelle avant-garde. Certain-e-s sont pour le socialisme, d’autres veulent s’appuyer sur l’Etat actuel et promeuvent des nationalisations, d’autre encore mettent en avant la priorité de la réforme agraire. Mais beaucoup en tous cas voient la race comme la contradiction principale aujourd’hui. Ils et elles pointent la continuité dans la direction blanche de l’économie. Bien sûr il y a une élite noire, mais ce n’est pas elle qui est le cœur du pouvoir économique, et la grande majorité des Noir-e-s restent écarté-e-s et exploité-e-s.


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Jeu 12 Mai - 17:09


L'antiracisme politique face aux inquisiteurs

Repères anti-racistes 12 Mai 2016

Plusieurs organisations appellent à un meeting unitaire le 25 mai 2016 à Saint-Denis. Cette rencontre, qui prendra la forme d’un procès public, réunira les militant-e-s de l’antiracisme politique et leurs allié-e-s ; tous ceux qui, particulièrement depuis quelques mois, subissent des campagnes de dénigrement et d’attaques frontales. Nous publions ici l’appel à cet événement.


Citation :
Accusés, levez-vous !

Nous serons nombreux le 25 mai prochain sur le banc des accusés à plaider coupables.

Coupables de résister, coupables de revendiquer notre autonomie, coupables de ne pas rester à notre place, coupables de ne pas subordonner notre agenda à celui des forces politiques existantes, coupables de donner un nom à notre lutte : l’antiracisme politique.

Nous venons de subir quatre années de gouvernement socialiste : quatre années d’humiliation, de fuite en avant sécuritaire, militariste, raciste et ultralibérale. Dernier exemple en date : le recours à l’article 49-3 de la Constitution pour passer en force sur la loi Travail.

Nous redoutons ce gouvernement comme nous redoutons la dernière année qu’il nous reste avant les présidentielles.

À la veille de Nuit debout, Hollande et Valls prolongeaient encore l’état d’urgence. Voilà un an que l’escalade islamophobe et liberticide se poursuit, avec son attirail de mesures autoritaires destinées en premier lieu aux quartiers et en particulier aux populations noires, arabes, musulmanes et rroms : déchéance de nationalité, perquisitions arbitraires, loi Urvoas, etc.

Cette offensive s’est accompagnée d’une campagne de dénigrement de toutes les initiatives de résistance menées par les luttes de l’immigration et des quartiers  – que ce soit dans la sphère médiatique (contre la Marche de la dignité, la Brigade anti-négrophobie, le Parti des indigènes de la république, le Collectif Contre l’Islamophobie en France...), mais aussi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale (contre le Camp d’été décolonial notamment), et jusque dans les cours de justice (condamnations pénales contre la campagne du boycott d’Israël - BDS).

L’autoritarisme de l’exécutif et la virulence policière ont eu tout le temps de gagner en puissance aux marges du périphérique et dans les camps de Calais : c’est cet adversaire solide auquel s’affronte désormais le mouvement social dans son opposition à la loi travail.

Pourquoi cette offensive contre la résistance antiraciste a-t-elle lieu maintenant ?

Pourquoi s’accélère-t-elle au point où des ministres (Laurence Rossignol, Najat Vallaud-Belkacem...) et des commis de l’État (Gilles Clavreul) s’en prennent directement à des forces de l’immigration et des quartiers ?

La réponse est simple : face à chaque tournant autoritaire de Valls et Hollande, des meetings et manifestations ont eu lieu, pour clamer notre rejet des guerres impérialistes, des politiques liberticides, des violences racistes et policières.

Cette progression a mis en déroute l’antiracisme moral et institutionnel de SOS Racisme ou encore de la LICRA. De notre côté, nous n’avons cessé d’être toujours plus unitaires bien que déployés sur plusieurs fronts (comités vérité et justice contre l’impunité policière, soutien à la résistance palestinienne, luttes contre la négrophobie, l’islamophobie ou encore la rromophobie, etc.). Nous n’avons eu de cesse de dégager une clarté politique toujours plus grande et de ne pas céder sur les priorités qui sont les nôtres.

Dans cette séquence, plusieurs observateurs ont déjà noté qu’au sein des commissions et AG tenues depuis fin mars à Nuit Debout, les thématiques propres aux luttes de l’immigration et des quartiers reçoivent un accueil plutôt favorable. Par ailleurs, l’ampleur de la répression policière se révèle considérable – y compris à l’occasion du défilé canonique du 1er mai. Cette violente répression a au moins pour vertu de rapprocher le mouvement social dans son ensemble de certaines de nos préoccupations.

Enfin, la recomposition en cours à gauche de la gauche permet aujourd’hui à des positions d’être entendues par-delà les vieilles rengaines républicaines et d’être saisies par de nouvelles générations militantes.

Il y a là une occasion à saisir, redoutée par le pouvoir : celle d’une politique d’alliance, entre l’antiracisme politique et autonome d’un côté, et un mouvement social que nous souhaitons le plus pugnace possible.

Cette alliance est souvent invoquée, réclamée, dans les rangs qui agitent Nuit debout. Mais cette incantation – « la banlieue, avec nous » – sert avant tout la volonté de se donner bonne conscience, à défaut de s’envisager comme une volonté politique. Il ne suffit pas de se gargariser d’exigences abstraites, de compter les têtes crépues qui émergent des rangs. D’une part, la jeunesse des cités n’a pas attendu son carton d’invitation : à Bergson comme ailleurs, dans la confrontation avec la police ou dans les blocus de lycées, elle participe pleinement de la révolte lycéenne, autonome et vigoureuse, que l’on a pu notamment voir à l’œuvre dans le cadre du mouvement de solidarité avec Léonarda.

Mais surtout : une « jonction » ne se décrète pas. La « convergence » n’est pas le lieu où se retrouvent les intérêts des uns et des autres, où s’additionnent sans stratégie ni conscience tactique les revendications. Si elle suppose avant tout des partenaires qui négocient d’égal à égal, c’est aussi parce qu’ils doivent savoir se heurter, négocier des priorités, etc. Les classes subalternes blanches et descendantes de colonisés partagent, certes, des tas de problèmes qui dessinent un espace politique commun, mais les unes et les autres ne vivent pas sous les mêmes régimes d’exception, dans les mêmes imaginaires, avec la même mémoire des luttes, avec les mêmes clivages, les mêmes trahisons ni les mêmes victoires. Ces différends ne sont pas à mettre de côté, ils sont à mettre sur la table - des négociations.

C’est à cette condition que nous ferons bloc.

Pour l’heure, le mouvement décolonial dans son ensemble est sévèrement pointé du doigt dans l’indifférence générale. Ensemble nous sommes accusés. Ensemble, plaidons coupables. C’est ainsi que nous vous invitons à rencontrer les luttes de l’antiracisme radical face aux inquisiteurs et aux côtés de leurs alliés le mercredi 25 mai 2016 à 18h30 à la Bourse du travail de Saint-Denis (9-11 rue Génin, 93200 Saint Denis, Métro Porte de Paris)

Avec la participation de : Collectif Ali Ziri, Urgence Notre Police Assassine (UNPA), Les Indivisibles, le Front Uni de l’Immigration et des quartiers populaires (FUIQP), la Brigade Anti-Négrophobie (BAN), la Voix des Rroms, le Parti des Indigènes de la République (PIR), les Marcheuses de la Dignité, les organisatrices du Camp d’été Décolonial, le Labo décolonial, la Commission non-mixte racisée de Paris 8, le site Contre-Attaque(s)...


on dira ce qu'on voudra, mais qui aurait pu parier, il y a seulement quelques mois, à l'occasion de la Marche de la dignité, que nous arriverions à un telle expression commune de clarté et de lucidité, pour une activité au présent, et non des rêves couchés de révolution future selon la norme des uns ou des autres ? Qui, moi, je l'annonçait comme allant progresser dans les mois et années à venir, en percevant une dynamique décoloniale comme moment de la lutte de classe. Nous y voilà, prêts à faire commune, à Baltimore comme en France

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Jeu 19 Mai - 14:28


importé de NUIT DEBOUT...


voiture de police brûlée, Urgence notre police assassine...

retour sur une "jonction" produite

vu l'objectivité de la presse dont une part fait l'amalgame entre le Collectif "Urgence notre police assassine" et ceux qui ont attaqué la voiture de police, quelques éléments de contextes et clarification


Le rassemblement contre la haine anti-flic à Paris tourne court itélé 18 mai

Récit d'une matinée aux côtés de manifestants dénonçant les violences policières. Avant que des casseurs ne se mêlent aux protestations et ne mettent le feu à une voiture de police qu'ils croisent sur leur route.

Citation :
"C’est du foutage de gueule". La phrase d’Amal Bentounsi résumera à elle seule les événements qui ont marqué ce 18 mai 2016. Tout commençait pourtant bien. Dans le "calme". A 10h, les haut-parleurs du métro annonçaient: "Mesdames et messieurs, la station République est fermée au public en raison d’une manifestation". Il fallait s’y attendre, mesures de sécurité incontournables en cette semaine de mobilisation. A tel point qu’à chaque rue menant à la place de la République, il valait mieux montrer patte blanche. Fouille, ouverture des sacs, fouler les pavés symboliques des "Nuit debout" se mérite.


un important dispositif de sécurité est présent sur chaque rue menant à la place de la République

Une poignée de manifestants est déjà sur place, une heure et demie avant le début "officiel" de la manifestation des policiers contre la "haine anti-flics". Devant ces premiers badauds qui pourraient éventuellement menacer le bon déroulement de cette manifestation à coup de slogans, les forces de sécurité choisissent de faire évacuer la place de la République. La circulation est bloquée, les klaxons des voitures retentissent, les CRS s’alignent.


Une date "pas anodine"

Après quelques détours par les petites rues adjacentes, nous retrouvons Amal Bentounsi à la terrasse du café "L’évidence". La fondatrice du collectif "Urgence Notre Police Assassine" avait décidé, avec le soutien de plusieurs associations, notamment NPA, Saint-Denis Nuit Debout, Nuit Debout ou encore le Collectif Stop le contrôle au faciès, d’organiser un rassemblement une heure avant le début de la manifestation du syndicat Alliance Police Nationale. Amal Bentounsi nous raconte pourquoi elle a tenu à être présente ce 18 mai. Une date qui selon elle, n’est "pas anodine".



Le 18 mai 2015, la justice relaxait les policiers mis en cause dans la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré en 2005

En effet, aujourd’hui se tient un débat en commission sur une proposition de loi du groupe communiste, républicain et citoyen (CRC), qui vise à diminuer les contrôles au faciès, en établissant clairement les conditions qui justifieraient ceux-ci. Le 18 mai 2015, soit il y a un an jour pour jour les deux policiers poursuivis dans l’affaire de la mort de Zyed et Bouna, étaient relaxés. Pour rappel, les deux adolescents avaient péri sur un site EDF à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis à l’automne 2005, alors qu’ils fuyaient un contrôle de police.

"L'incompréhension totale"


Coïncidence ou non, pour Amal Bentounsi, la "haine anti-flic est un prétexte". Elle ajoute:


Amal Bentounsi a écrit:
J’ai la haine de l’injustice et l’impunité policière. Les violences policières existent depuis des années et pourtant l’institution ne s’est jamais remise en question. L’impunité perdure. Les quartiers ont servi de laboratoire. Les familles doivent se battre pour obtenir justice

Nous sommes rapidement interrompus par un gendarme qui interpelle Amal, lui demande de se lever et ne lui laisse d’autre choix que de signer un arrêté préfectoral interdisant toute manifestation dans un "périmètre autour de la place de la République". En effet, ce matin, la préfecture de police a interdit via un communiqué la contre-manifestation du collectif "Urgence, notre police assassine", par peur d’un rassemblement du mouvement qui pourrait "susciter de vives tensions et des risques importants de troubles graves à l'ordre public".

Amal Bentounsi se dit dans "l’incompréhension totale". Elle tente de prévenir les personnes venues soutenir son collectif et qui sont encore bloquées aux différents coins de la place de la République. Tout juste notifiée, Amal est elle aussi, bloquée.



@amalbentounsi du collectif @UNPA75 forcée à signer un arrêté interdisant une contre-manifestation

A quelques mètres de la terrasse de "L’évidence", les tensions s’exacerbent sur la place de la République. Les manifestants, désormais plus nombreux, refusent de retourner sur la route, et souhaitent occuper la place. Un rapport de force s’engage entre eux et les CRS toujours aussi bien alignés pour protéger leurs syndicats, qui s’installent à quelques mètres de là, près de la statue. Les huées et les chants des protestataires se font plus pressant. "Tout le monde déteste la police, tout le monde déteste la police", hurlent-ils en cœur.

Soudain, les chants cessent, le blocage rompt, les yeux brûlent, la gorge pique, les gens pleurent. Sous la pression, les forces de l’ordre ont dégainé les gaz lacrymogènes. Les manifestants sortent leurs meilleurs alliés, le sérum physiologique. Parmi eux, un homme brûle du journal. La fumée permettrait de disperser les effets du gaz. Il a connu ça en Iran dans d’autres manifs, raconte-t-il à une jeune femme aux joues recouvertes de larmes. Ils marchent parmi la foule, dissipant les derniers effets autour des plus touchés. Les street-médics sont également là.



12h30, les CRS ont changé de tactique. Voulant éviter une nouvelle poussée vers le centre de la place, ils encerclent le groupe de manifestants, et les journalistes présents sur place avec. Nous nous retournons vers la terrasse de "L’évidence", Amal Bentounsi a disparu. La terrasse a été vidée des tables et des chaises où nous avions échangé quelques mots. [...]

Le cercle qui nous entoure s’ouvre à nouveau pour permettre l’évacuation loin de la place de la République.

Un groupe de policiers est pris à partie rue Beaurepaire. La foule se disperse. Des manifestants courent en direction du Canal Saint-Martin. Dans l’incompréhension générale, des casseurs sont venus en découdre. Ils fuient vers les quais du Canal, jetant au passage tout ce qui leur passe sous la main. Les CRS marchent, toujours aussi bien alignés. Certains d’entre eux brisent la chaîne pour détruire les bouteilles en verres qui n’ont pas encore été jetées dans leur direction.

Véritable scène de guérilla urbaine

Quelques mètres plus loin, quai de Valmy, nous nous retrouvons devant une véritable scène de guérilla urbaine. Une voiture de police a été incendiée. Les gendarmes mobiles sont derrière nous. Ils ne sont pas encore conscients de l’ampleur du passage des casseurs. Ceux-ci s’en sont pris à deux policiers qui revenaient d’intervention et roulaient quai de Valmy, dans le 10ème arrondissement. Après plusieurs coups de barres de fer, ce qui pourrait être un fumigène est jeté à l’intérieur par la vitre arrière.

Extraits à temps, l’homme et la femme fonctionnaires présents dans le véhicule s’en tirent miraculeusement. Les casseurs ont pris la fuite en direction de la station de métro Stalingrad à la limite du 19 ème arrondissement. Les pompiers sont dépêchés sur place et éteignent l’incendie rapidement. Devant l’épave de la voiture, des jeunes déposent un bout de carton sur lequel ils viennent d’écrire : "poulets rôtis, prix libre". Le calme revient quai de Valmy, des experts viennent constater les dégâts. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour tentative d'homicide volontaire.

A quelques mètres de là, les manifestants restés près de la place de la République ont eux aussi retrouvé en partie leur calme, invectivant le Front National et certains de ses membres, venus soutenir les policiers. Le rassemblement de ce 18 mai aura donc vite dégénéré, à cause d’une poignée de casseurs, qui ressemblent à ceux que l’on a vus hier et que l’on verra demain, habillés de couleurs aussi ternes que leurs idées.

A 22 heures, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'est rendu au chevet du policier légèrement blessé. Il a évoqué des actes "inqualifiables" commis par des "individus d'une extrême violence", et a annoncé que 4 interpellations avaient eu lieu.

Article et photos: Tristan Lochon (@TristanLochon)


Amal Bentounsi, Meeting à Saint-Denis et Marche de la Dignité, 9 et 31 octobre 2016
photos Patlotch


avec Saïd Bouamama et Hanane Karimi




Meeting fin de marche, place de la Bastille

Amine Bentounsi, tué d’une balle dans le dos


source Paris-Luttes-Infos

Citation :
Pour la quarantenaire, les combats militants n’ont pas toujours été un temps plein. A l’époque, elle avait monté son business : une sandwicherie. Si elle est devenue entrepreneuse, c’est qu’elle a connu les galères d’avoir « un nom maghrébin » dans le monde du travail. Amal a grandi à Meaux, dans une famille de 6 enfants.

C’est la mort de son frère, Amine Bentoussi, qui change sa vie en 2012. Il est tué par un policier d’une balle dans le dos après avoir refusé de se soumettre à un contrôle de police. Amine n’était pas rentré en prison après une permission. Le policier a d’abord été mis en examen pour « homicide volontaire » avant que les faits ne soient requalifiés. Le procès aura lieu en janvier prochain à Bobigny.

C’est Amal qui s’occupait d’Amine à la maison. Elle décrit un parcours chaotique : « Il a pris six mois ferme à 13 ans pour avoir foutu le feu dans une poubelle. Il a été incarcéré à Fleury-Mérogis. Comment un juge peut mettre un enfant de 13 ans en prison ? J’ai retrouvé une lettre que j’avais écrite à la juge. Je lui disais : “Vous êtes en train de détruire un enfant”.»

source : Bentounsi, la militante à l’origine de la marche de la dignité

le Collectif 'Urgence notre police assassine' ne s'est pas exprimé sur ces événements, et hormis la présence d'Amal Bentoussi, je ne sais pas s'il a maintenu son appel, le délai étant très court après l'interdiction. Il est évident que font partie de ce Collectif, par définition, des proches des émeutiers de novembre 2005 poursuivis en justice, blessés ou morts sous les coups de la police, et qui brûlaient aussi des voitures

je ne reconnais pas sur les photos et vidéos ceux qui participent habituellement aux manifestations auxquelles appelle ce Collectif avec les associations décoloniales en France, et compte tenu de son démocratisme pacifiste ("notre police"...), je ne vois pas clairement le lien avec les attaquants de la voiture de police. Maintenant, la colère et les procès de policiers aboutissant à des non-lieux...

c'est avec un rien d'ironie que je parlais plus haut de "la véritable jonction", qui ne s'est pas produite ici comme le souhaitaient les partisans de "la convergence"

ce qui est clair, c'est que le pouvoir politique tente l'amalgame, comme il l'a fait (Rossignol, Vallaud-Belkacem...) avec l'initiative du Camp décolonial jugée porteuse d'un "racisme anti-blanc", (certains tweets repris par la presse en émanent, voir ICI). Petit problème, le policier dans la voiture est "noir"... « Affecté à la "brigade du périphérique", il revenait d'une intervention sur le boulevard qui entoure Paris, avec sa coéquipière, quand son véhicule a été pris pour cible mercredi... »

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Jeu 19 Mai - 15:34


quand on parle du loup, l'autre de la France, Charlie revient...

Voiture brûlée et casseurs : quand un policier sauve l'esprit du 11 janvier

Bruno Roger-Petit Challenges 19-05-2016 à 13h28

« L’image de cette voiture de policiers brûlée, ce n’est qu’une étape dans une stratégie de communication politique qui vise à générer le chaos, suprême objectif des casseurs.[...]

« des militants politiques, actifs sur les réseaux sociaux, se sont chargés de relayer pour eux ce message politique, à commencer par les animateurs et militants du compte Twitter du "Camp d’été décolonial", qui paraissent ignorer que la guerre d’Algérie n’est plus depuis 1962, "Tout le monde déteste la police" disent-ils *. A ce niveau d’irresponsabilité politique, l’idiot utile devient le malfaisant utile. »

* Sihame Assbague précise qu'il y a des guillemets, en réponse à Eugénie Bastié, de Causeur.fr...


Deux policiers ont été agressés et leur voiture brûlée, Quai de Valmy à Paris
Cyrielle Sicard/Afp

L'image du policier courageux, faisant face à des casseurs ayant incendié une voiture de police à Paris, a détruit l'opération de communication anti-police que ses agresseurs entendaient produire. Décryptage.

Citation :
Le policier qui a encaissé les coups des casseurs, aux côtés de sa voiture en flamme est plus qu’un professionnel. Ce qui s’est passé ce mercredi, quai de Valmy, à Paris, autour de l’attaque d’un véhicule de police par des casseurs est d’abord et avant tout une bataille de communication. Bataille perdue par les casseurs, mis en déroute par le comportement héroïque d’un policier anonyme.

Commençons par rappeler l’essentiel : avant d’être information, toute image portée dans la sphère publique est émotion, donc affaire de communication politique. Créer une image, conforme à ses objectifs, c’est faire de la politique. Les casseurs d’aujourd’hui, plus que leurs prédécesseurs des années 70 et suivantes, sont aussi des spin-doctors. Des Karl Rove de la destruction. Des Jacques Pilhan de la haine. Des Jacques Séguéla de la casse. Dans cette optique, à l’ère du triomphe du tout image et des réseaux sociaux, attaquer une voiture de police, et ses occupants avec, de la manière la plus brutale, la plus déterminée, c’est d’abord et avant tout créer une image destinée à satisfaire les exigences de sa communication politique.

Les images de l’agression des policiers, quai de Valmy à Paris, montrent que les casseurs, à aucun moment, en aucune façon, ne s’en prennent aux journalistes ou amateurs qui filment ou photographient l’événement. Au sein de cet espace de violence, ceux qui saisissent l’image sont à leurs yeux comme des objets neutres. Et pour cause, ce sont eux qui vont populariser l’évènement, lui conférer sa dimension politique, par sa diffusion, sur les réseaux sociaux, puis sur les chaines info, puis dans les 20h des grandes chaines historiques, puis dans la presse quotidienne du lendemain, nationale ou régionale.

A la fin du cycle, tous les Français, toutes générations confondues, auront vu l’image en question. Auront été confrontés à la manifestation de la plus extrême brutalité. La violence. La haine. La peur. Le tout dans le dessein d’opposer, cliver, fracturer… Que naisse et s’épanouisse dans le pays une haine par rétorsion, autorisant une répression qui elle-même appellera encore davantage de violence, suscitant ici et là, auprès des esprits faibles, de nouvelles vocations de casseurs, générant un engrenage porteur de tous les dangers.

L’image de cette voiture de policiers brûlée, ce n’est qu’une étape dans une stratégie de communication politique qui vise à générer le chaos, suprême objectif des casseurs.

Cette image est vraie. Mais elle est aussi une illusion. Combien, parmi les 65 millions de Français, s’identifient à ces casseurs ? Quelques centaines de personnes, tout au plus. Et si l’on veut bien ne pas céder à la seule émotion, piège tendu par l’invention de cette image, on peut alors ramener l’événement à sa dimension politique réelle : certes, attaquer une voiture de police dans le but de s’en prendre à l’intégrité de ses occupants est un acte grave. Mais ce fait a été commis par les éléments les plus extrémistes d’une extrême minorité. La réalité d’une image ne dispense pas de réfléchir quant à la réalité politique qu’elle porte. Les casseurs voulaient montrer que la haine de la police conduit désormais à des situations de troubles insupportables.

Et force est de constater que des militants politiques, actifs sur les réseaux sociaux, se sont chargés de relayer pour eux ce message politique, à commencer, entre mille exemples, par les animateurs et militants du compte Twitter du "Camp d’été décolonial", qui paraissent ignorer que la guerre d’Algérie n’est plus depuis 1962, "Tout le monde déteste la police" disent-ils. A ce niveau d’irresponsabilité politique, l’idiot utile devient le malfaisant utile.

L'image du policier vaillant et flegmatique efface celle de la voiture en flammes

Dès lors, la question se pose : comment casser la communication des casseurs ? Comment empêcher que le mensonge politique d’une image, inventée par des manipulateurs experts en communication, ne finisse par devenir vérité ?

C’est ici que les casseurs du quai Valmy ont raté leur coup. Que leur opération de communication s’est retournée contre eux. Pourquoi ? Parce que l’image du policier vaillant, sortant du véhicule en feu, portant la main à son arme de service avant de décider de ne pas la sortir de son étui, parant les coups de matraque élastique qui lui étaient portés, affichant un sang-froid extraordinaire, refusant de céder au piège qui lui était tendu, cette image-là, celle du courage indomptable, a effacé l’image de la voiture en flammes.

Il n’est pas inintéressant de noter la chronologie de l’histoire de l’attaque à travers l’apparition des images. Des premières photos apparues sur le réseau social Twitter, montrant une voiture de police en feu, puis celle des casseurs saisie de folie furieuse, à celle du policier opposant un flegme inébranlable à ses agresseurs. A la première communication, qui faisait l’affaire des casseurs, en a succédé une autre, qui a effacé la première. Les casseurs, et leurs supporters plus ou moins revendiqués, entendaient montrer que la police est le problème, pas la solution, et voilà qu’un policier, à lui-seul, est venu démontrer le contraire, à force de sang-froid et de maitrise. D’où le succès de l’image de ce policier, colossal et marmoréen, rassurant et apaisant, encaissant sans broncher les coups les plus sauvages, image partagée depuis quelques heures à l’infini sur les réseaux sociaux.

Présente sur place, une journaliste du Monde raconte qu'un homme (se présentant comme ex-secouriste Nuit debout) ayant estimé qu’il était de son devoir de porter secours à l’un des policiers blessés dans l’incident, a été à son tour victime de la violence des casseurs, ces derniers le frappant en lui disant "Tu aurais dû le laisser crever". C’est qu’en portant secours à la victime, manifestant de l’empathie envers un policier, ce jeune homme ruinait aussi, de fait, la communication des casseurs. Porter secours à un policier, c’est reconnaitre son humanité, ce que nie les casseurs, qui entendaient que les journalistes et autres témoins de la scène se contentent de la répercuter à l’infini.

Il est heureux que ce soit ce policier-là, avec ce caractère-là, à cet instant-là, qui se soit trouvé dans cette voiture attaquée. Cette incarnation d’héroïsme républicain, indomptable et indestructible, a détruit l’image de toute-puissance qu’entendait imposer les casseurs. Une émotion, positive, en a chassé une autre, négative. C’est la non-violence du policier qui a triomphé, là où la police est accusée depuis des semaines d’être synonyme de violence. Au final, c’est ici que se mesure la défaite des casseurs. Des millions de Français s’identifient désormais au policier inflexible et ils n'ont pas envie de rompre le lien noué lors des événements de l'an passé. Les casseurs ont perdu plus qu’une bataille de communication. C’est une défaire morale définitive. Et une nouvelle victoire de l’esprit du 11 janvier.


on dira que Challenges n'est pas le summum de la pensée de gauche, mais :

l'amalgame est quasi-officiel : gouvernemental


Gilles Clavreul : délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme

mais au fait, qu'en pensent les "camarades" pour qui le moment colonial est tellement passé qu'il vaut mieux ne point parler de ses traces, au présent... ?

vous avez dit "idéologie française ?"

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mer 1 Juin - 12:12


antiracisme démocrate radical ?

Procès de l'antiracisme politique: face aux inquisiteurs


Citation :
Le 25 mai dernier, c'est tenu à la Bourse du Travail de Saint Denis, une parodie de procès de l'anti- racisme : Eric Fassin, Stathis Kouvélakis , Houria Bouteldja (Indigènes de la République) étaient présents. Ecoutons les chefs d'accusations et leurs défenses !

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Dim 5 Juin - 18:01


je ne sais pas où caser Ali, qui n'était pas un Oncle Tom. RIP...


Mohammed Ali a écrit:
Pourquoi devraient-ils me demander de mettre un uniforme et d’aller à 15 000 km de chez moi larguer des bombes et des balles sur des basané-e-s au Vietnam, alors que les Noir-e-s à Louisville sont traité-e-s comme des chiens et privé-e-s de leurs droits humains les plus basiques ? Non, je ne vais pas à 15 000 km de chez moi pour aider à assassiner et brûler une autre nation pauvre juste pour poursuivre la domination des maîtres d’esclaves blancs sur les peuples basanés du monde entier. Ceci est le jour où ces maux doivent cesser. On m’a averti que le fait de prendre une telle position me coûterait des millions de dollars. Mais je l’ai dit une fois et vais le dire à nouveau. Le véritable ennemi de mon peuple est ici. Je ne vais pas déshonorer ma religion, mon peuple ou moi-même en devenant un outil pour asservir ceux qui se battent pour leur propre justice, la liberté et l’égalité. […] Si je pensais que la guerre allait apporter la liberté et l’égalité aux 22 millions des miens, ils n’auraient pas à me convoquer, je m’enrôlerai dès le lendemain. Je n’ai rien à perdre en défendant mes convictions. J’irai donc en prison ? Et alors ? Nous avons été en prison pendant 400 ans.


Mohamed Ali quitte le centre d'enrôlement de l'armée de l'air avec son entourage à Houston, Texas,
le 28 avril 1967
. Photo AP


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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mar 7 Juin - 17:22



Après la diffusion d’une enquête diffamatoire publiée par le Figaro Magazine sur la ville de Saint-Denis et en solidarité avec celles et ceux qui sont chaque jour un peu plus stigmatisés et discriminés, plusieurs associations appellent à Ftour Debout ce samedi 11 juin 2016 à partir de 20h.

Ftour = Iftar
Citation :
L'iftar (en arabe : إفطار) est le repas qui est pris chaque soir par les musulmans au coucher du soleil pendant le jeûne du mois de ramadan. Le terme iftar est à rapprocher de fitr (dans Aïd el-Fitr, la fête qui marque la fin du mois de ramadan), avec le sens de « rupture du jeûne ». En dehors de ce contexte, le terme désigne le petit déjeuner.
L'iftar peut être un repas pris en famille, ou un banquet se déroulant dans une mosquée ou un autre lieu public.
Il est également appelé ftour ou ftor dans les dialectes maghrébins.
source


Citation :
La « discrimination au code postal » est une vielle pratique du racisme en France. La ségrégation urbaine a, depuis au moins les années 1960, dessiné la carte des territoires non pas « perdus » mais abandonnés par la République.

Pourtant, une récente publication du Figaro Magazine a réveillé la colère des résidents de Saint-Denis et au-delà. Elle ne se contentait pas de jeter l’opprobre sur une ville et ses habitants ; elle établissait un lien entre tous les stigmates que l’on associe aux quartiers populaires (« communautarisme », « islamisation », « trafics »)  et le terrorisme qui a récemment frappé en Île-de-France. Par cette manœuvre, Saint-Denis était mise en accusation, alors qu’elle est victime, par deux fois : en l’occurrence, d’abord victime des attentats du Stade de France, puis victime de l’opération antiterroriste qui s’est déroulée au centre ville.





En effet, les habitants de l’immeuble où résidaient Abaaoud et ses complices ont non seulement reçu une pluie de 5 000 munitions de la part des forces de police des heures durant, mais ont été de surcroît délogés sans offre de relogement ; certains ont été arbitrairement blessés par les balles du Raid, d’autres ont reçu, à la suite des opérations, des obligations de quitter le territoire français (OQTF), etc.

Plus largement, l’opération consiste à faire endosser aux Noirs, aux Arabes, aux Rroms et à tous les habitants des quartiers populaires la responsabilité de la catastrophe sociale qui les accable au travers des taux de chômage, du mal-logement, des violences policières, de l’islamophobie et de tous les régimes d’exception dont ils sont véritablement victimes.

Cela dépasse la stigmatisation d’une ville – que ce soit Saint-Denis ou Molenbeek. Ce sont des populations, notamment la communauté musulmane, qui sont visées de manière si systématique qu’il est temps de parler de persécution.

On ne peut plus se contenter d’affirmer notre volonté d’appartenir à « une ville plurielle », ou notre attachement à la « mixité sociale » et à la « diversité ».

Si Saint-Denis doit aujourd’hui incarner quelque chose, c’est bien la résistance : les luttes de l’immigration et des quartiers qui trouvent souvent abri dans sa Bourse du travail ne s’y trompent pas et ce n’est pas pour rien qu’on y fête l’insurrection gitane.

Plus que notre fierté de vivre à Saint-Denis ou à Molenbeek, d’être du 93, ou encore d’être de ceux et de celles (de plus en plus nombreux) que les médias diffament, que la police maltraite, que le champ politique conspue, nous venons clamer notre dignité, la poser comme une exigence.

L’actuelle virulence du bloc au pouvoir fait que cette exigence nous pouvons la mettre en partage avec tous ceux et celles qui aujourd’hui se mettent debout.

Nous vous invitons à concrétiser ce partage autour d’une rupture du jeûne en ce mois de Ramadan, le 11 juin 2016 sur l’esplanade de la Basilique de Saint-Denis.

Rejoignez-nous à partir de 20h, avec de quoi manger et se désaltérer, autour des organisations qui forment aujourd’hui les luttes de l’antiracisme politique ; nous entamerons notre repas à la tombée de la nuit.

Marhaba à St Denis le 11 juin, 20h

AVEC LA PARTICIPATION DE :

La Ville de Saint-Denis
Urgence Notre Police Assassine (UNPA),
Les Indivisibles,
Front Uni de l’Immigration et des quartiers populaires (FUIQP),
Brigade Anti-Négrophobie (BAN),
La Voix des Rroms,
Parti des Indigènes de la République (PIR),
Les Marcheuses de la Dignité,
Les organisatrices du Camp d’été Décolonial,
Labo décolonial,
Commission non-mixte racisée de Paris 8,
Fondation Frantz Fanon,
Union Juive Française pour la Paix (UJFP),
Le site Contre-Attaque(s),

etc.



voir les explications dans ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 22 Mai - 12:25




Ftour

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 10 Juin - 11:00


Le Figaro à Saint-Denis : Désinformation-sur-Seine

Sihame Assbague, Widad Kefti, Acrimed 10 juin 2016

Suite à la parution, dans Le Figaro Magazine du samedi 21 mai 2016, d’une « enquête » consacrée à « l’islamisme » dans la ville de Saint-Denis, et sobrement titrée « Molenbeek-sur-Seine », Sihame Assbague (journaliste par obligation) et Widad Ketfi (journaliste indépendante) ont entrepris de mener une « contre-enquête ».

Une fois leur travail achevé, elles ont proposé à Acrimed de le publier. Ce que nous avons accepté avec enthousiasme, même si l’article qui suit est d’un genre – et d’un format – différents de ceux que nous proposons habituellement.

Il s’agit en effet d’un travail de journalisme de terrain, s’appuyant sur de nombreux témoignages, qui propose une critique des médias « en actes » : démontrer que non seulement le « reportage » du Figaro Magazine concentre nombre de biais et de travers journalistiques qu’Acrimed a coutume de critiquer, mais aussi qu’il aurait été possible de faire un autre reportage. En somme, une démonstration de ce que d’aucuns semblent avoir oublié : un autre journalisme est possible
.[/size]

Citation :
« Molenbeek-sur-Seine »

Samedi 21 mai 2016, Le Figaro Magazine publiait l’enquête de Nadjet Cherigui sur la ville de Saint-Denis renommée pour l’occasion « Molenbeek-sur-Seine ». À la demande de plusieurs dionysiens et internautes effarés par l’angle choisi et les « insinuations abjectes », nous avons donc remis nos trenchs d’enquêtrices pour aller démêler le vrai du faux. Après deux semaines de rencontres, de présence sur place et d’entretiens, notamment avec les personnes citées, nos doutes quant à l’utilisation de procédés journalistiques équivoques et de simplifications outrancières ont été confirmés. Manipulation, déformation, falsification de plusieurs citations, informations non vérifiées devenues assertions, occultation délibérée de propos pouvant nuancer l’enquête : le résultat est pour le moins accablant. Ce que Le Figaro a présenté comme une enquête de trois mois, puis d’un mois et demi, n’est en fait qu’une succession de biais réducteurs et de témoignages peu fiables. Décryptage, point par point, ligne par ligne, d’un dossier désormais emblématique de la désinformation-sur-Seine.

C’est par la « Une » de l’édition – c’est souvent le cas – que la polémique est arrivée. Pour Madjid Messaoudene, élu à la ville de Saint-Denis :


Citation :
C’est pas la comparaison avec Molenbeek qui nous a agacés mais les sous-entendus qu’il y a derrière. Nous assumons entièrement notre identité de ville ouvrière, terre d’immigrations et sommes solidaires de Molenbeek et de toutes les villes populaires mises à l’index mais de là à faire croire que nous sommes une fabrique à terroristes... c’est du journalisme de caniveau.




Il faut dire qu’en plus d’un titrage racoleur, l’iconographie choisie a de quoi laisser perplexe. La symbolique peut paraître anodine mais elle ne l’est pas : deux jeunes femmes voilées, aux visages floutés et tenues sombres, se tiennent debout devant la basilique de Saint-Denis. Avec cette annonce lapidaire : « À Saint-Denis, l’islamisme au quotidien ». Il y a là, de toute évidence, une confusion délibérément entretenue entre l’imaginaire auquel renvoie le terme « islamisme » et la figure de la femme voilée. Une confusion, des amalgames, des analyses réductrices que l’on retrouvera tout au long de l’enquête. Et puis évidemment, en trame de fond, l’idée qu’une menace plane, celle du... « grand remplacement » et de son acolyte le « choc des civilisations ».

Les premières lignes de l’article confirment la tendance : « Mosquée Tawhid. Nous sommes à moins de 200 mètres de la nécropole royale de Saint-Denis, aux portes de Paris et à quelques stations de métro de l’avenue des Champs-Elysées et de l’arc de Triomphe. » Les lieux n’ont pas été choisis au hasard. La journaliste aurait pu signaler que le centre Tawhid se situe à quelques mètres du meilleur grec du 93, du théâtre Gérard Philippe, du Stade de France, du périphérique, de la gare Saint-Lazare mais ça fait tout de suite moins Huntington. Non, ce qui semble important c’est de préciser qu’une mosquée se dresse, plutôt fière et pleine, à quelques mètres de lieux symboliques de l’Histoire de France. Bon. Avançons.

Premières lignes, premiers mythos


Citation :
La tension monte, les échanges se font virulents, des insultes fusent. Quelques responsables de la mosquée sont obligés d’intervenir pour séparer deux hommes prêts à en découdre. Karim, chechia beige sur la tête et djellaba assortie, fait partie des cadres de la mosquée Tawhid. Il ne cache pas la proximité de cette salle de prière avec les frères musulmans et la présence d’un bureau alloué à Tariq Ramadan au sein des locaux. Mais Karim se dit complètement débordé : « Notre ville va devenir Molenbeek, nous sommes cernés par les intégristes. Daesh est aux portes de notre mosquée qu’ils veulent forcer pour imposer leurs lois obscurantistes.


Nous sommes au tout début de l’article et déjà apparaissent les premiers arrangements avec la vérité. En lisant ce passage, difficile de ne pas penser que les tensions auxquelles il est fait allusion sont le fruit de rapports tendus avec les « frères musulmans » et/ou « les intégristes ». Seulement voilà, dans les faits, c’est la présence de la journaliste à proximité de la mosquée qui est à l’origine du trouble. Las du traitement médiatique réservé aux musulmans en général et gêné par l’insistance de la journaliste, un fidèle a voulu signaler sa désapprobation. Au moins quatre témoins directs nous le confirmeront. Pour Loïc, l’un des « témoins » cités dans Le Figaro (et que nous retrouverons plus tard), il n’y a pas eu « d’échanges virulents ni d’insultes » mais seulement « un homme qui refusait de répondre à la journaliste ». Nadjet Cherigui étant directement concernée, elle ne peut pas ne pas savoir qu’elle est la cause de cet emportement. Non, elle le sait pertinemment mais elle va subtilement passer cela sous silence et en profiter pour distiller de dangereux amalgames. Une introduction sur la défiance de certaines franges de la population envers les journalistes aurait sans doute été moins vendeuse qu’un paragraphe réussissant à mettre à la suite tous les mots-clé du moment, à savoir « chechia », « djellaba », « Tawhid », « Tariq Ramadan », « Molenbeek » et (bien sûr) « Daesh ».

Autre problème avec ce passage : la fiabilité du témoignage. Karim est le personnage clé de l’enquête du Figaro. Il est le premier cité dans l’article et c’est de son propos, du moins d’après l’explication de Nadjet Cherigui, que sera extrait le titre polémique « Molenbeek-sur-Seine ». Problème, après vérification auprès de la mosquée, le seul « cadre » se prénommant ainsi est Karim Azouz, le président de l’association Tawhid et... il n’a jamais été interrogé par Le Figaro. « Aucune demande officielle n’a été formulée auprès de la mosquée pour faire une interview. Je n’ai aucun problème avec les journalistes, je réponds à leurs sollicitations s’ils en formulent mais là nous n’avons rien reçu. Par ailleurs, nous n’avons pas réussi à retrouver quel est le cadre de la mosquée qui lui aurait répondu... » précise M. Azouz qui est également l’ancien Consul général de la Tunisie en France. Plutôt embêtant, d’autant que le « Karim » interrogé par le magazine porte des accusations très graves contre la mosquée. Le président du centre Tawhid pointe un « manque de professionnalisme » de la part de la journaliste qui, malgré « les horreurs qu’elle prétend avoir entendues » n’a pas daigné contacté la (vraie) direction de la mosquée pour les alerter et leur demander « s’ils sont courant, s’ils condamnent, comment ils luttent contre ça, etc... ».

Même son de cloche du côté de Daoud, l’ancien président de la mosquée Tawhid, qui émet de très forts doutes sur la crédibilité du témoignage de « Karim » : « On n’arrive pas à retracer qui a répondu à cette journaliste. Ce qui est sûr c’est que les propos ne sont pas tenus par un cadre de l’association... À la limite, un ennemi de l’association pourrait dire ça en disant “je m’appelle Karim et je fais porter le chapeau à untel” mais pas quelqu’un qui est dans le bureau. Faut arrêter, ce n’est pas crédible. » Non, effectivement et ça l’est d’autant moins que certaines des citations attribuées à ce personnage correspondent aux poncifs journalistiques utilisés ici et là par Nadjet Cherigui. Ainsi, il aurait déclaré : « notre mosquée est toute proche de la basilique de Saint-Denis. Nous sommes à deux pas des sépultures des Rois de France et de Charles Martel qui a arrêté l’invasion des musulmans en 732 le symbole est fort pour cette poignée de fous d’Allah. » Vraiment ? Ça ne vous rappelle rien ? On est d’accord. De deux choses l’une : ou ce « Karim » a très très fortement inspiré l’article et mériterait donc des remerciements conséquents (il a tout de même donné le titre, les premières lignes et l’essentiel de la ligne directrice) ou c’est l’inverse. Eu égard aux informations dont nous disposons, nous privilégions la seconde hypothèse. En effet, à ce jour, « Karim » n’a toujours pas été retrouvé et surtout, d’autres personnes citées dans l’article se sont plaintes de la déformation de leurs propos.

Où t’es Loïc ? Où t’es ?

C’est le cas de Loïc, ce jeune converti dont la tenue et les propos ont suscité de nombreuses interrogations sur les réseaux sociaux. Il mettra quelques heures avant d’accepter de nous répondre craignant de se « faire encore avoir » par des journalistes. Il faut dire que Nadjet Cherigui n’a pas toujours été claire dans son approche. À certains, elle explique qu’elle travaille sur le manque de places à la mosquée pour un blog indépendant, à d’autres - comme Loïc - qu’elle veut « casser les préjugés sur la communauté ». Seuls les non-musulmans auraient eu le droit à la version complète avec mention du Figaro Magazine et des objectifs réels de l’enquête. Loïc nous l’assure, s’il avait su, il n’aurait pas répondu. Il voulait simplement donner une « autre image de la ville et des musulmans » et s’est retrouvé pris dans une polémique le dépassant.

Quand nous lui montrons la photo choisie par le magazine pour le représenter, et sur lequel on le voit poser avec son qamis blanc, un keffieh rouge maladroitement enroulé sur la tête et des lunettes de soleil, Loïc sourit, entre gêne et amusement. Si la tenue n’a, en soi, absolument rien de dérangeant, nous y avons décelé un manque flagrant de naturel. Il nous explique que c’est sa « tenue du vendredi » agrémenté d’accessoires « pour le fun ». En somme, un « petit délire » avec le photographe. Il ne s’attendait pas vraiment à se retrouver dans Le Figaro avec cette photo. Quand il l’a su, quelques heures avant la publication, il a demandé à ce que la photo ne soit pas publiée. En vain. Pourtant, le photographe avait pris une autre photo : on le voit dans ses vêtements de tous les jours, serrant la main du rabbin de la synagogue se situant à quelques mètres de la mosquée Tawhid. Moins vendeur, n’est-ce pas ?




Sur les propos que la journaliste lui attribue , il est formel : « j’ai jamais dit ça ! » Si nous ne pouvons l’attester, pour avoir longuement échangé avec lui, de vive voix et par textos, nous nous étonnons de la différence de langage entre les propos qui lui sont prêtés et ceux que nous avons entendus. À cette remarque, il sourit puis répond : « oui bon, je peux faire des belles phrases et tout mais là, c’est pas moi... en fait, les questions qu’elles m’a posées elle les a mises directement en réponse... c’est ça qui m’a étonné. » Pour Daoud, l’ancien président de l’association Tawhid qui le connaît bien, une autre hypothèse est possible : « Loïc est jeune, c’est la première fois qu’il répondait à un média. Il n’a pas forcément le recul nécessaire pour parler à une journaliste... il s’est fait avoir, on l’a orienté dans un discours et il a répondu à ce discours-là. C’est toujours pareil avec les médias, on prend quelqu’un, on lui fait dire ce qu’on veut, on sort la citation du contexte on écrit, et voilà. »

Quoi qu’il en soit, Loïc nous précise n’avoir jamais été approché par des recruteurs pour la Syrie et avoir été « déboussolé » en lisant l’article. Comme nombre des personnes que nous avons interrogées, il ne nie pas l’influence que peuvent avoir certains groupuscules extrémistes sur « deux ou trois gars » mais récuse les amalgames véhiculés par l’article. Alors qu’il s’apprête à nous quitter, Loïc nous confie qu’à la veille de la publication, Nadjet Cherigui lui a envoyé un message lui conseillant de ne pas se rendre à la mosquée les prochains jours de crainte que ce soit « tendu » pour lui. « En fait, elle pensait que les gens allaient m’en vouloir pour l’article mais c’est pas du tout ce qu’il s’est passé... ils me connaissent, ils savent que je n’aurais pas dit ça. Ils m’ont juste conseillé de me méfier des journalistes » précise-t-il. Et Daoud de confirmer : « elle lui a fait peur alors que nous on le connaît très bien. On l’aime beaucoup et on le soutient. »

Bien que cet épisode l’ait affecté, Loïc ne portera pas plainte, il préfère tourner la page.

Fanta, la mère de Mohamed, le jeune homme décrit comme « élégant, courtois, mais [qui ne] veille à ne croiser aucun regard féminin », envisage quant à elle de poursuivre la journaliste en justice. Elle s’est dite « extrêmement choquée » par les propos attribués à son fils, mineur ; des propos qui ne refléteraient en rien sa réalité. Ce dernier aurait déclaré : « un homme ne doit pas serrer la main d’une femme. C’est une question de pudeur. Si ces propos choquent les gens en France alors disons les choses autrement : les femmes sont libres de refuser de serrer la main des hommes pour préserver leur pudeur. » D’après Fanta, Mohamed n’a jamais tenu ces propos. Son fils lui aurait expliqué avoir été abordé aux abords de la mosquée alors qu’il sortait de la prière. « Elle [Nadjet Cherigui] leur a dit qu’elle était journaliste indépendante et qu’elle faisait un article sur la ville de Saint-Denis. Mon fils est investi dans la ville donc il a répondu à ses questions sur la vie locale mais à aucun moment ils ont abordé ces sujets. Tout est faux dans ce qu’elle a écrit ! » certifie la mère du jeune homme. « En plus, il a des photos de filles dans son portable et il en fréquente ! » tient-elle à préciser. En colère, la dyonisienne a contacté la municipalité pour se renseigner sur les modalités d’un dépôt de plainte contre le magazine et la journaliste.

« Ça veut dire quoi “salafistes”, d’abord ? »


Après quelques jours de réflexion, le maire qui, le 20 mai dernier, déplorait déjà «  la volonté de ce magazine d’alimenter les polémiques et les clivages extrémistes pour doper ses ventes » a également décidé de porter plainte. Dans un communiqué en date du 3 juin 2016, il fustige un « article [qui] porte non seulement atteinte à l’image de Saint-Denis mais [qui] est en plus un tissu d’inexactitudes ». Didier Paillard en sait quelque chose puisque la journaliste du Figaro lui a prêté des propos sur « d’éventuelles suspicions de radicalisation de la part d’agents municipaux » qu’il affirme n’avoir jamais tenus. « Nous sommes d’autant plus étonnés par cette citation que ce n’est même pas un sujet évoqué en interne. Nous n’avons, à aucun moment, eu une quelconque suspicion sur des agents municipaux, nous n’avons jamais reçu aucune remontée, aucun échange sur cette question-là » précise le cabinet du maire. Là encore, il se pourrait que la journaliste ait pris ses questions pour des réponses.

Par ailleurs, dans un droit de réponse adressé au Figaro, Didier Paillard s’interroge sur le manque de précision de l’article qui ne s’appuie sur aucune donnée fiable ni aucune analyse sérieuse : « L’article n’est étayé par aucun chiffre précis. Pourtant, le nombre d’assignations à résidence suite aux attentats de novembre 2015, à savoir zéro, aurait pu aisément démontrer que les rues de Saint-Denis ne sont pas “investies ouvertement par les islamistes les plus radicaux”. » Des insuffisances que l’on retrouve dans le choix des mots et la confusion des concepts : « intégrisme », « salafisme », « islamisme », « terrorisme », « musulmans radicaux ». La majorité des personnes que nous avons rencontrées ont pointé du doigt cette tendance aux raccourcis et aux amalgames qui a de terribles conséquences sur leur quotidien. Sur l’utilisation du terme « salafiste » par exemple, qui n’est jamais précisément défini dans l’« enquête », Zoubair, le bénévole du centre Tawhid, précise : « Oui, il y a des salafistes à Saint-Denis, mais ça veut dire quoi “salafistes” d’abord ? Les salafistes, c’est les prédécesseurs, ceux qui ont suivi le Prophète et les compagnons. Ils veulent être dans l’excellence de la pratique. C’est ça le mot, ils veulent se rapprocher de la pratique religieuse du Prophète... Donc salafistes et terroristes, c’est l’opposé, ça n’a rien à voir... C’est comme l’eau et le feu. » Un tel point de vue n’aurait-il pas mérité de figurer dans une « enquête » prétendant traiter de « l’islamisme » à Saint-Denis ? De toute évidence, pour Le Figaro, c’est non : quand on parle d’Islam, pas question de s’encombrer de nuances.

Philippe Galli, préfet de la Seine-Saint-Denis, est lui aussi moins caricatural. L’énarque, nommé dans le 93 en 2013, a longuement été interviewé par Nadjet Cherigui. Il ne voulait pas « entretenir la polémique » car conscient que quand il parle « aux journalistes ils peuvent en faire une transcription extrêmement partiale ». Il a donc pris le soin de recontextualiser un certain nombre de choses et de ne pas céder à l’analyse simpliste qui lui était proposée, notamment sur la comparaison avec Molenbeek : « J’ai essayé de lui expliquer que le parallèle qu’elle essayait de faire entre Saint-Denis et Molenbeek était erroné. Qu’est-ce que ça veut dire Molenbeek déjà ? Si Molenbeek est une ville avec une population issue de l’immigration, oui, vous en avez plusieurs comme ça. Si Molenbeek est une ville où vivent des musulmans pratiquants, oui, vous en avez plusieurs comme ça. Mais entre pratiquer un islam rigoriste et le fait de devenir terroriste, il y a une nuance. » C’est le cas de le dire. Philippe Galli nous indiquera que si quelques dionysiens ont « fort probablement » été placés sous surveillance, il n’y a, à ce jour, « aucune procédure civile en cours » à Saint-Denis et « deux individus assignés à résidence dans tout le département. »

Contrairement à ce qu’a laissé entendre la journaliste, toujours en filigrane, le président du centre Tawhid nous a expliqué entretenir de bonnes relations avec la préfecture. Des propos confirmés par Philippe Galli : « Nous entretenons des relations avec l’ensemble des centres cultuels du département. Je n’ai pas de contentieux particulier avec cette mosquée, et ils disent vrai quand ils affirment que nous entretenons de bonnes relations, on se voit régulièrement notamment concernant la prévention de la radicalisation. » Ou bien le préfet tient un double discours (peut-être est-il sous l’influence de la mosquée Tawhid qui serait elle-même sous celle de Tariq Ramadan ?) ou bien Nadjet Cherigui est passée maître(sse) en termes de petits arrangements avec l’honnêteté intellectuelle. La deuxième option nous semble bien plus plausible. Ici, pas de falsification des citations mais un agencement fallacieux qui cache l’essentiel. « Ce journalisme militant ne rend service à personne, ni au journalisme, ni à la cause qu’elle défend » résume le préfet.

C’est pas halal tout ça, c’est pas halal

Et ce n’est pas Jean Courtaudière, prêtre officiant à la basilique de Saint-Denis, qui va le contredire. Lui aussi a été interviewé par Le Figaro Magazine et lui aussi se dit « déçu » du résultat. Une phrase qui lui est attribuée nous a particulièrement intéressées : « Aujourd’hui à Saint-Denis, je ne peux plus, hélas, me fournir en viande non halal que chez Carrefour ou les jours de marché. » Interrogé sur ces propos, Jean nous précisera qu’il ne faisait que relayer les plaintes de certains de ses coreligionnaires : « j’ai un peu été le porte-parole de ce que certains me disent ou de ce que j’entends. Oui, parfois on me dit “on n’est plus chez nous” et sur le halal, j’ai expliqué à la journaliste que c’étaient des choses que j’avais déjà entendues, oui. » Sur la forme, la journaliste aurait donc dû, a minima, stipuler qu’il s’agissait de discours rapportés et non d’une citation directe du prêtre. Sur le fond, il est étonnant que Nadjet Cherigui, qui prétend avoir passé 45 jours sur place, n’ait pas penser à vérifier cette assertion. Elle aurait pu profiter de ses visites du vendredi devant le centre Tawhid pour faire le tour non pas du quartier mais tout simplement du pâté (sans jeu de mots) de maison ! Là, à quelques pas de la rue du Jambon (c’est son vrai nom), elle serait tombée sur la charcuterie que tiennent Carlos et José depuis plus de 11 ans déjà. En se renseignant, auprès des dionysiens ou de Google, elle aurait trouvé au moins deux autres boucheries vendant de la « viande non halal », un peu plus loin dans la ville.

Au-delà de ces faits, il aurait été intéressant que la journaliste démonte les fantasmes liés au « halal » en expliquant, à l’aide de sociologues, d’économistes, d’élus ou autres, pourquoi certains commerces se déplacent au profit d’autres. Elle en aurait sans doute conclu que ce qui ce « cache » derrière le marché du halal, ce n’est pas la main invisible du « grand remplacement islamique » mais celle de... l’offre et de la demande mue par des dynamiques de peuplement s’expliquant, elles-mêmes, par des facteurs historiques, sociaux et politiques. Une pratique plus rigoureuse et honnête qui lui aurait également permis de mettre en perspective le concept d’« islamisation » de la ville. En apportant de la nuance, elle aurait obtenu de la nuance et c’est ça qui est intéressant.

Pour Jean Courtaudière, par exemple, « le problème c’est que les pouvoirs publics n’ont, depuis des années, pas fait attention à la non-mixité de cette ville. Il y a une accumulation des pauvretés dans tous les domaines... Je ne fais pas l’amalgame musulmans et pauvreté, mais je constate la politique d’urbanisme des dernières années. » Mêmes réflexions chez Daoud, l’ancien président de la mosquée Tawhid : « C’est sûr que la population est plus diversifiée à Saint-Denis que dans le 16ème. Mais ça c’est l’héritage de la politique migratoire qu’on a eue en France et les cités d’urgence. On n’a pas mis les immigrés dans le 16ème arrondissement, on les a bien mis dans des bidonvilles notamment à Nanterre ou dans des cités en Seine-Saint-Denis. Donc il ne faut pas s’étonner qu’on les retrouve en banlieue. » Oui, c’est clair, ça fait tout de suite moins sensationnel. Sur ce point, le prêtre n’est d’ailleurs pas dupe : « J’ai refusé de faire les photos [pour l’article du Figaro] et j’ai bien fait ! Quand je vois les photos, le titre, accrocheur, racoleur, commercial, ce n’est pas normal de stigmatiser les gens comme ça. » Et de conclure : « Elle avait un angle, elle a choisi ce qu’elle avait envie de choisir. J’aurais peut-être mieux fait de refuser de lui répondre... À quoi ça sert ? À qui ça rend service ? À personne. Ah si, peut-être au Front national... »

Les mots sont importants

En relisant de plus près les parties de l’enquête du Figaro consacrées à l’église, par le biais de l’interview de Jean Courtaudière et à la mosquée Tawhid (et plus généralement aux musulmans), nous avons été frappées par le contraste des champs lexicaux utilisés. D’un côté, un vocabulaire très apaisant : le prêtre est amené à « tendre la main », « discuter » et il est associé au « dialogue », à la « conviction », la « foi », le « partage » et l’« échange ». De l’autre côté, c’est le champ lexical de la « tension » qui est privilégié : aux abords de la mosquée, par exemple, les gens se « toisent », « la tension monte », les propos sont « virulents », les « insultes fusent » et les fidèles sont « prêts à en découdre », le tout sur un fond de « colère », « crainte », « violence » et « intimidations ».

Le choix des mots ainsi que l’agencement de certaines remarques et citations contribuent à nourrir une charge assez virulente contre le centre Tawhid. Implicite, souvent, mais suffisamment acerbe pour laisser croire que cette mosquée serait la succursale du terrorisme made in 9-3. Nadjet Cherigui n’est pas la première journaliste à cibler ce centre cultuel. Ils sont régulièrement contactés par une presse en quête de reportages sur les mosquées de la Seine-Saint-Denis. Pour beaucoup, c’est la présence du bureau de Tariq Ramadan au sein des locaux de l’association Tawhid qui attire les projecteurs. Daoud précise que ce bureau était loué au théologien bien avant la création du centre culturel. Pour lui, ce qui gêne vraiment est que le philosophe suisse soit « un homme instruit, cultivé, qui parle bien et maîtrise les stratégies de communication... c’est ça qui dérange les politiques. Il a démonté encore et encore les diffamations le concernant mais un mensonge répété mille fois devient une vérité. » C’est à peu près la même chose que l’on nous rétorquera au sujet de la mosquée Tawhid. « Le truc avec Tawhid c’est que c’est pas les papas arabophones que l’on a l’habitude de voir dans les mosquées...sans stigmatisation, on se comprend. La majorité a grandi ici ; ils sont diplômés, conscients, bien organisés et ça, généralement, on n’aime pas trop » explique Najim, un dionysien fréquentant le lieu de culte depuis plusieurs années.

Comme lui, beaucoup de fidèles ont apporté leur soutien à la mosquée après la parution du dossier du Figaro. Pour Daoud, c’est le signe qu’ils font du bon travail. « Raconter des conneries sur l’islam, on a l’habitude. Mais là, c’est de la diffamation... ce sont des accusations graves. [...] Il y a sans doute des gens fichés, des gens surveillés, des gens à problèmes dans le département. S’il y des gens qui recrutent, c’est pas dans les mosquées qu’il faut les chercher mais sur les réseaux sociaux. Moi je mets au défi, qu’on nous montre qui, dans notre mosquée, fait ça. Ça voudrait dire qu’on est passé nous-mêmes à coté d’un truc et ça, c’est pas possible parce qu’on se réunit souvent, qu’il y a une vraie communication et que les gens font très attention. C’est comme les colis suspect dans les transports, les gens sont très sensibles à ça ! On est une mosquée plus qu’ouverte et le soutien des gens l’a montré. On n’a rien à cacher... c’est pour ça que je le dis en souriant : elle s’est vraiment plantée de mosquée. »

Même amusement pour Mohamed, un dionysien que l’on rencontrera plus tard et qui, bien que lassé, moque gentiment les amalgames que font certains medias entre pratique de l’islam et terrorisme. Il a été approché par la journaliste un vendredi soir, lors d’une soirée spirituelle organisée par le centre Tawhid : « la journaliste m’a demandé s’il y avait des jeunes radicalisés dans la mosquée. Je lui ai répondu qu’elle ne risquait pas de les trouver ici. Je lui ai dit “si vous cherchez des jeunes radicalisés, ils sont dans les dancing, dans les bars à chichi, pas ici” » explique-t-il en se référant aux profils des auteurs des récents attentats en France et en Belgique.

« Donner la parole à ces femmes et cesser de parler à leur place »

Ces choix sémantiques nous les retrouvons dans la partie évoquant le port du voile. Les femmes qui ne le portent pas ou plus : portent « fièrement une cascade de boucle méchée de blond » ou redécouvrent « le plaisir de se promener […] cheveux au vent. » La fraîcheur, les teintures, la liberté... face à un voile présenté unilatéralement comme un « symbole de soumission » enfermant les femmes « dans un monde de plus en plus restreint ». La caricature est poussée à l’extrême et servie par des choix iconographiques douteux et une répartition de la parole plus que pernicieuse. De fait, la quasi totalité des femmes qui apparaissent sur les photos présentées par Le Figaro Magazine  portent soit le jilbeb soit le niqab. La seule femme à ne pas le porter (et à avoir eu le droit à sa photo posée) est Sarah Oussekine, la « farouche militante laïque » qui « s’inquiète de voir de plus en plus de jeunes se tourner vers la religion » et le voile.

Avec Sara et Nadia, toutes deux étudiantes à Paris 8, et Élisabeth qui a retiré sa fille des cours d’arabe dispensés au sein du centre Tawhid parce qu’elle avait été « affublée d’un voile sur la tête » et qu’on lui aurait expliqué que « les jupes trop courtes étaient indécentes », Sarah Oussekine fait partie des seules femmes à être citées dans l’article. Un choix loin d’être anodin puisque les quatre « témoins » se prononcent ouvertement contre le voile, sont dans des processus de dévoilement ou dénoncent des pressions de la communauté. Il est bien question d’une femme qui a fait le choix de se voiler et qui semble l’assumer mais bizarrement, elle n’a pas le droit à la parole. Étrange procédé pour une journaliste qui explique à qui veut l’entendre que l’enquête n’avait « pas pour objet de caricaturer ». Ça semble évident, non ?

Souad et Raoudha, toutes deux dinoysiennes depuis des années, ne se sont pas reconnues dans ce dossier du Figaro Magazine et sa manière de présenter les femmes voilées. Pour Souad, qui gère l’entreprise familiale avec son mari, « certains sont obsédés par le voile des femmes musulmanes et leur obsession cache mal leur islamophobie. Le voile dérange car il devient visible et celles qui le portent n’occupent plus des postes de femmes de ménage mais des bancs de l’université. » Comme d’autres, elle dénonce des choix éditoriaux qui rompent avec la réalité de la ville : « Il y a des femmes voilées comme des femmes non voilées. Affirmer qu’il n’y a que des femmes voilées est faux. Et puis après tout ce sont des femmes et des citoyennes avant tout. Leur voile ne fait pas d’elles des extrémistes ou des dangereuses. » Elle-même porte le voile depuis son adolescence. À l’instar de plusieurs femmes que nous avons rencontrées ces dernières années, elle nous explique avoir pris cette décision « contre la volonté même de [sa] famille ».

Raoudha enchaîne, elle qui est également voilée, nous explique que c’était « une volonté de m’accomplir spirituellement. J’approche la quarantaine et à aucun moment, je ne me suis senti oppressée si ce n’est par la société qui ne cesse de me pointer du doigt. Ceci est le cas de la majorité de mes coreligionnaires. Ce n’est pas parce qu’une infime minorité vit sous la pression qu’il faut en faire une généralité. C’est aussi absurde que de penser que les pères catholiques sont tous pédophiles... » Des points de vue, là encore, qui auraient mérité de figurer dans une « enquête » digne ce nom… Souad et Raoudha regrettent que la journaliste, qui accorde visiblement – et à juste titre – une place importante aux combats féministes n’ait pas évoqué les pressions et la stigmatisation subies par... les femmes voilées. « Il y a des femmes aujourd’hui qui ont dû renoncer à leurs études et à leur travail car on leur a mis des bâtons dans les roues et ce ne sont pas leurs époux ni leurs pères les responsables mais leur propre pays ! » précise Souad avant de conclure « il serait plus judicieux de la part de ces pseudo-journalistes de donner la parole à ces femmes et de cesser de parler à leur place. » À bon entendeur.

Je ne suis pas raciste, j’ai moi-même...

Dans l’article du Figaro, la partie sur les femmes voilées est suivie du témoignage d’un certain « Abdallah » qui peste contre les « jeunes filles drapées de noir en jilbeb ». Si nous n’avons pas été en mesure de le retrouver, quelques éléments de sa description nous ont interpellées. Il est, par exemple, introduit comme « français d’origine tunisienne ». Notons que c’est, avec les deux étudiantes de Paris 8, l’un des rares protagonistes dont l’origine est précisée. Il est, surtout, décrit comme un « entrepreneur propriétaire d’un restaurant » et « musulman très pratiquant ». Sa pratique religieuse le pousserait même à fermer son établissement la journée pendant le ramadan. En outre, on apprend qu’il fait ses cinq prières quotidiennes et qu’il fera bientôt le pèlerinage à la Mecque. Eu égard à toutes ces informations, il nous est donc permis de penser que son restaurant propose certainement de la viande halal. Or, fait assez paradoxal, le personnage est utilisé pour critiquer la présence de magasins « communautaires » et de restaurants halal. « Les magasins deviennent communautaires » dit-il, « on trouve de plus en plus de boutiques de vêtements islamiques, des restaurants halal ou des librairies religieuses. » Hum... Quel genre de propriétaire, entrepreneur, critiquerait de manière aussi virulente un commerce dont il est lui-même partie prenante ?

Parmi les personnes que nous n’avons pas été en mesure de retrouver, enfin, le lycéen en terminale S rêvant de devenir journaliste. Au sujet des attentats de 2015, Hassan aurait tenu les propos suivants : « Beaucoup se sont réjouis, évoquant l’argument du blasphème. Aucun ne voulait entendre parler de liberté d’expression. Les attentats suivants ont tout changé. Ça a été un choc pour toute la communauté musulmane. […] Les jeunes sont plus dans le shit et le rap que dans la kalachnivov et le Coran […] » Il est présenté comme un «  fervent musulman » fréquentant « assidûment la mosquée Tawhid ». Problème, aucun des cadres, bénévoles ou fidèles que nous avons rencontrés ne l’a identifié. Ils avaient pourtant réussi à reconnaître Loïc et Mohamed sans problème...

Au fil de nos déambulations à Saint-Denis – et grâce à des relais solides – nous avons, en revanche, pu discuter avec quelques personnes dont les interviews n’ont pas été conservées par la journaliste du Figaro. Pour Houari, approché un vendredi alors qu’il sortait de la prière collective, cela ne fait aucun doute : « elle n’a gardé que les interviews qui allaient dans le sens de ce qu’elle voulait montrer, le reste elle l’a passé à la trappe. » Il est vrai que le discours de ce trentenaire très actif dans la ville va à contre-courant de ce que Nadjet Cherigui a décrit. Même constat pour Céline et Stanislas, deux « blancs habillés plutôt bourgeoisement », abordés alors qu’ils sortaient d’un concert d’orgue donné à la Basilique de Saint-Denis.


Citation :
Après avoir demandé si nous habitions à Saint-Denis, la journaliste, plutôt que de nous poser une question neutre sur la réalité de notre vie dans la ville, nous a posé d’emblée une question orientée, en nous demandant si nous avions remarqué des changements à Saint-Denis depuis notre arrivée, et en particulier une hausse du communautarisme. Dès cette première question, le manque d’intégration de la communauté musulmane était présenté comme l’opinion majoritaire, qu’elle nous demandait simplement de confirmer.


Le couple ne se laisse pas orienter, répond que la ville « accueille beaucoup de migrants et sans doute moins d’ouvriers blancs que dans le passé » mais que «  les gens cohabitent très bien ». La journaliste persiste et signe, rétorque que ce témoignage ne correspond pas aux autres (ceux qu’elle a conservés ou tous les autres ?) et en remet une couche sur les « problèmes d’intégration de la communauté musulmane ». Las, Stanislas lui suggère d’aller enquêter sur les communautés du sud-ouest parisien « parce qu’il n’y a pas moins de raisons qu’il y ait du communautarisme dans le 16e que dans une ville comme Saint-Denis ». Visiblement vexée, la journaliste fera allusion à ses origines maghrébines et à sa culture religieuse pour se défendre de toute approche malveillante à l’égard des personnes d’origine étrangère. C’est un « argument » qu’elle semble avoir utilisé à plusieurs reprises, avec Loïc, le prêtre et d’autres. Comme si nos origines nous prémunissaient de biais réducteurs et racistes.


***

Cas d’école de la malhonnêteté intellectuelle, du manque de rigueur et surtout d’un journalisme militant obsédé par l’islam et les musulmans, ce dossier du Figaro Magazine aura fait couler beaucoup d’encre et de salive. Premiers sur le front : les dionysiens qui ont initié des dizaines d’actions pour dénoncer les manipulations du journal. Outre les procédures judiciaires, les pétitions et les rassemblements, plusieurs jeunes se sont rendus au siège du Figaro afin d’obtenir des explications. Pour Mehdi Messai, l’un des organisateurs de cette visite, l’idée était de dénoncer des « allégations mensongères qui ne reflètent en rien la réalité de notre ville ». Comme nombre de ses voisins, il aurait souhaité que les journalistes viennent parler « des vrais problèmes » à savoir : « le chômage, le logement, les discriminations... ».

C’est, en substance, ce qui ressortait de la réunion publique organisée par la municipalité ce mardi 7 juin 2016. Une cinquantaine d’habitants étaient venus témoigner et proposer des réponses face à ce qu’ils ont qualifié de « violence médiatique ». Nombre d’entre eux ont ainsi expliqué à quel point ils s’étaient sentis « humiliés » par cet article « diffamatoire », « mensonger », « irresponsable », « stigmatisant ». Certains, comme Jérôme, n’ont pas hésité à pointer du doigt « l’absence de condamnation de la part d’autres journalistes » qui auraient dû, selon lui, s’indigner face à une « telle pratique de leur profession ». Un #NotInMyName aurait été plus que bienvenu.

D’autres, comme Adjera, étaient venus exprimer leur colère : « J’entends beaucoup de féministes tenir des discours sur la laïcité, mais je n’en vois pas beaucoup venir dans les quartiers… Nous on débat sur tous les sujets, on a organisé un débat sur la laïcité mais ces féministes on ne les a pas vues » raconte cette membre de l’Association des Femmes du Franc-Moisin, qui nous avouera avoir refusé de répondre au Figaro. « En réalité, ce qui ressort de nos débats ce n’est pas la religion…qu’ils soient athés, musulmans, peu importe, ce qui intéresse les gens dans cette ville c’est la propreté, la sécurité, l’emploi… » Sûrement, avec ceux cités par Mehdi Messai, les problèmes les plus prioritaires à Saint-Denis et dans plusieurs villes de France et de Belgique d’ailleurs. Des sujets dont Le Figaro aurait pu s’emparer si l’objectif réel était de rendre compte des « inquiétudes des musulmans », de raconter des faits et d’exposer des réalités bien plus explicatives que des citations remixées.

En attendant, la seule réalité à avoir été exposée là, c’est la médiocrité du Figaro. Mais bon, ce n’est pas un scoop, n’est-ce pas ?

Widad Ketfi et Sihame Assbague

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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Ven 10 Juin - 16:01


vous avez dit "jonction" ?

Appel à un cortège en commun pour dire Stop aux violences et à l’impunité policière
 
Paris-Luttes Infos 31 mai 2016  

Appel à un cortège commun pour dire Stop aux violences et à l’impunité policière lors de la manifestation contre la loi Travail du 14 juin.

Citation :
Ces dernières semaines, comme les précédentes, ont été marquées par une escalade des violences policières à l’encontre du mouvement social. Coups de matraques, ciblage de journalistes citoyens avec des grenades de désencerclement, blessures, insultes : à chaque manifestation l’usage disproportionné de la force policière semble se décupler.

Cette répression ne concerne plus seulement les quartiers, qui ont servi de laboratoire aux pratiques policières les plus dangereuses, mais l’ensemble des mouvements contestataires.

Au lieu de s’interroger sur les conséquences de cette violence institutionnelle, nombre de médias et responsable politiques essayent de décrédibiliser ces révoltes légitimes.

Ainsi, ceux qu’on appelait autrefois émeutiers se retrouvent aujourd’hui désignés sous le nom de "casseurs".

Les contextes et historiques ont beau être différents, le processus est le même : invoquer la "raison d’État" et la "légitime défense" pour justifier les actes de violences contre une population qui résiste face à un système de domination.

Cette violence illégitime est de plus en plus pointée du doigt et nous nous en réjouissons. Nous invitons l’ensemble des organisations syndicales et associatives à dépasser le cadre de la répression du mouvement social contre la loi travail pour condamner d’une même pierre les violences policières qui continuent, parallèlement, de rythmer la vie des quartiers.

C’est notre seule chance de mettre un terme à l’impunité policière et de mettre à genoux la violence d’État.

C’est en ce sens que nous appelons à être nombreux et nombreuses jeudi prochain derrière une banderole commune "Stop aux violences policières" et "Stop a l’impunité policière". En réalité, il y a un lien profond entre l’État policier que nous subissons à des degrés différents et l’État ultra-libéral que l’on nous impose chaque jour un peu plus.

Combattons ces logiques ensemble.

Collectif des familles de victimes

Signataires :
Femmes en Lutte 93
Nacira Guenif sociologue
Eric Fassin sociologue
Groupe Lesbiennes of Color (LOCs)
Françoise Vergès politologue
Madjid Messaoudene
BAN (Brigade Anti-Negrophobie)
Dip Ksocial
MAFED




les gnafrons du refus
ou l'anarchisme en version Valls "antiracisme pour Blancs universels"


Lettre ouverte à ceux qui ne voient pas de problème à marcher derrière les racialistes
dans le mouvement en cours

« Tariq Ramadan, quelles que soient les critiques que nous puissions lui faire, fait partie de l'anti-racisme politique, pour son combat contre l'islamophobie et la Palestine [...] [Tariq Ramadan est] un intellectuel musulman auquel s'identifie une grande partie des classes populaires non-blanches » Houria Bouteldja, porte-parole du PIR

« La seule haine que nous avons c'est la haine de l'injustice, c'est la haine de l'impunité policière. Je ne laisserai plus rien passer, je deviendrai comme un poison, je serai derrière eux, quel que soit le prix à payer. »
Amal Bentounsi, porte parole d’Urgence Notre Police Assassine

« Madame la juge, vous aimez citer le code pénal par ci et là, à mon tour de citer un article du nôtre, article 25, chapitre le combat continue : vous me trouverez en face de ceux qui pissent sur la justice. » Sihame Assbague, auto-porte-parole du swag

Série de propos tenus lors du « Procès de l’antiracisme politique », mauvais spectacle de stand up en forme d’éloge de la forme tribunal, à la Bourse du Travail de Saint-Denis le 25 mai 2016

« Nous allons continuer à distiller des idées progressistes, à travailler aux marges et dans les interstices, envahir le langage courant, imposer nos thèmes et nos concepts dans le débat universitaire et public. » Françoise Vergès et Gerty Dambury, Halte à la misogynie raciste !, 12 juin 2015

Contribution à la critique nécessaire de l’Appel à un cortège en commun contre les violences et l’impunité policière lors de la manifestation du 14 Juin 2016 contre la loi Travail, proposé et signé par divers militants du racialisme

le gras est dans le texte... et l'intertexte
Citation :
Un petit cénacle racialiste en pleine ascension sociale et politique cherche à imposer une hégémonie politique et culturelle, et à coloniser les représentations par un discours fondé sur la notion de « race », à travers l'assignation de tous, dans le présent, le passé et le futur, à des catégories qui varient au gré des accommodements en cours, toujours guidé par la soif de pouvoir. Toujours fondées sur le revival de la « race », qu'on reconstruit politiquement plus que socialement grâce à ses avatars « racisés », « racisation », « blancs », « non-blancs », ces catégories infâmes sont des outils idéaux pour faire oublier ce qu'on fait au nom de ce qu'on prétend être, culpabiliser, faire la leçon et s'imposer par le chantage à la légitimité victimaire et identitaire en exigeant d'être vus comme l'incarnation de la banlieue, du Sud, du prolétariat, des quartiers, des victimes des violences policières, etc. selon les lieux, et les publics. Après l'échec évident de la « Marche de la dignité » en octobre dernier, qui est loin d'avoir rallié « les jeunes des quartiers populaires » ou « les prolétaires de banlieue », après le repli sur la défense du religieux et la dénonciation de « l'islamophobie », c'est maintenant au cœur du mouvement social qu'ils cherchent à normaliser leur présence et même, comme ils l'énoncent ouvertement, à prendre le « leadership » de la contestation. Cette fois, l'opération prend place dans le moment le plus public, rejoignable et conflictuel du mouvement en cours : la manifestation, via la proposition de la constitution d'un cortège lors de celle du 14 juin, et c'est autour de la très consensuelle question des « violences policières » que la proposition se formule. Par un texte assez creux, un certain nombre de signataires dont la plupart sont universitaires, habitués des plateaux télé et racialistes, appellent à « un cortège en commun pour dire Stop aux violences et à l’impunité policière. »

D'abord, ce sont les signataires de cette initiative aux allures de radicalité qui doivent nous poser question : outre divers acteurs très institutionnels avec lesquels on aimerait ne pas partager de cortège, qu'il soit de tête ou de queue, on se retrouve en bonne compagnie avec le Parti des Indigènes de la République et ses compagnons de route, les sociologues officiels Nacira Guénif et Eric Fassin, Majid Messaoudène, élu front de gauche à la mairie de Saint Denis, la MAFED, qui regroupe, depuis que le PIR l'a constituée lors de ses dix ans pour organiser la Marche de la Dignité 1, tout ce que le petit milieu racialiste compte d'égéries « racisées » et éventuellement islamistes, la Brigade Anti-Négrophobie et le Dip Social Club, qui suivent et relaient toutes les initiatives de ce petit monde. On doit aussi supporter des entrepreneurs de banlieue qui réclament leur part du gâteau, les Pas Sans Nous, et le FUIQP dont le chef de file Saïd Bouamama, en plus d'être racialiste, collabore régulièrement avec le confusionniste actif philo-négationniste Michel Collon. Tous parlent de « race » à longueur de temps et prônent un interclassisme ségrégationniste qui sépare « blancs » et « non-blancs », à travers des pratiques scandaleuses et inacceptables comme par exemple l'organisation en non-mixité « raciale » (pour leur « camps d'été décolonial » par exemple).

Et, tant qu'on y est, pourquoi pas Eric Hazan, qui voudrait que tout le monde aime un peu certains flics, éditeur du pamphlet antisémite et philo-négationniste de Houria Bouteldja ?

Pour mémoire, même si tout le monde semble convenir du caractère infâme des positions du PIR, il faut peut-être rappeler son antisémitisme, sa misogynie, sa haine des homosexuels et du métissage, son racisme structurant, qui, si on s'y penche avec un peu de conséquence, devraient empêcher non seulement sa fréquentation, mais aussi celle de ses amis et alliés, même par pétition interposée. La moue dégoûtée que beaucoup prennent tout en signant et en côtoyant semble une réaction bien légère, si l'on prend au sérieux la nature des problèmes en question...

D'autre part, alors que la violence exercée par la police est structurelle, on peut se demander ce qu'on a à gagner à séparer des pratiques policières « violentes » d'autres, « normales », qui ne le seraient pas, comme le fait la notion de « violences policières » auxquelles il s'agirait de s'opposer. Cela a-t-il vraiment un sens d'exiger que cette police qui serait la « nôtre » cesse d'« assassiner » ? Ce dont on peut être sûr, c'est que lutter pour la punition de la police n'est en aucun cas une manière de lutter contre sa force réelle et effective ni de s'organiser contre la répression qui consolide le monde de la loi travail, et plus largement contre le rôle et la fonction de la police qui est au service du même État que la justice qu'on invoque ?

S'organiser en tant que victime, peut aussi poser question, surtout quand, en fait, il s'agit plutôt de se présenter comme victime potentielle, ou qu'on est en fait « famille de victime », catégorie la plus dépolitisée qui soit, dont la valorisation fait écho à un maoïsme français éculé, datant de l'époque où certains, sur la route de la « vérité » et de la « justice », ont aussi cherché des relais de légitimité normative et familialiste.

Enfin dénoncer « l'impunité policière », c'est toujours s'inscrire dans un champ absolument judiciariste et punitif qui impliquerait que la justice réelle, convoquée par la notion « d'impunité », soit l'horizon indépassable, et se retrouver à se plaindre radicalement du fait qu'elle fonctionne décidément mal en exigeant que les coupables soient punis plus sévèrement. Que gagne-t-on à constater que la justice ne punit pas sa police, et à revendiquer plus de punition et plus de prison ? Ne s'éloigne t-on pas ainsi absolument de la perspective de « l'impunité » pour les luttes et leurs participants ?

Des conférences de presse contre l’État d'Urgence, à Nuit Debout, en passant par des pétitions dans les journaux (avec la prétention à déterminer qui serait « casseur » ou « émeutier »), des colloques comme « paroles non-blanches » dans le bâtiment occupé de la fac de Saint-Denis, la propagande de Lundi matin, pléthore de réunions publiques, meetings, interviews et autres interventions télévisuelles, pastiches ratés de procès stupides, etc., les racialistes militent pour infuser la contestation avec leur lecture en terme de « race », donc raciste, et militent toujours aussi pour eux-mêmes, afin de prendre le pouvoir dans les luttes et de s'en servir pour acquérir du pouvoir, au-delà.

Nous sommes déjà nombreux à refuser ces catégories qui contredisent toute perspective émancipatrice et révolutionnaire, à penser que lutter contre la police, en tant que telle, ce n'est pas déplorer qu'elle ne soit pas punie, à refuser ce paternalisme qui consiste à favoriser l'organisation en tant que « famille de victime » ou sous des formes communautaures et identitaires en allant jusqu'à vanter la soumission religieuse des autres, bref à refuser de se soumettre au chantage de ces quelques bourgeois « racisés » qui voudraient se faire passer pour « les jeunes des quartiers populaires » alors qu'ils en ont très visiblement passé l'âge.

Nous ne les avons pas attendu d'ailleurs pour refuser le racisme, pour nous battre ensemble, immigrés ou pas, sans ou avec papiers, chômeurs, précaires ou salarisés, en tentant de dépasser ces catégories, seul moyen de se retrouver pour en finir avec ce monde, son capitalisme et sa police.


En cortège et ailleurs, refusons de marcher derrière les racialistes !
Poursuivons la mobilisation,
les luttes contre la loi travail, bientôt contre l'été
et son odeur de fin de mouvement !
Quoiqu'il en soit, le mouvement n'a pas à être dirigé, et certainement pas par les porteurs de cette proposition.
Pour des perspectives révolutionnaires


[/size]
Les chemins se séparent...
pour cela faudrait-il qu'ils aient été communs...
avec ces stirnériens de pacotille aux banderilles virtuelles

crossroads@riseup.net


précédent du 21 octobre 2015 : Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-de-la-dignité-contre-le-racisme-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème

étonnant, non, que leurs "racialistes" soient si coloré.e.s... l'auteur se sent-il menacé par le racisme anti-Blanc ou par l'"homophobie" des Lesbiennes Of Color signataires ?

étonnant qu'ainsi soit épinglé le Collectif "Urgence notre police assassine", , à l'origine de cet appel du même "Collectif des familles de victimes" et à l'origine de la contre-manif interdite à République, lors de laquelle fut brûlée une voiture de police, au point qu'on ne sait plus où l'auteur (ce grand "cenacle") veut en venir, et avec qui il peut bien manifester, devant ou derrière, puisqu'il n'épargne ailleurs aucun des organisateurs du 14 juin ?

pour ce qui est des bribes de ce texte que je partagerais en cohérence avec les positions de ce forum, elles ne sauraient en changer l'essentiel, la main à plume de haine et d'amalgames mensongers qui l'a produit... Il est bien sûr relayé par non-Fides, donc Yves Coleman, Ni-Dieu-ni Maître en T-shirt, etc.

Non-Fides indique l'avoir "repris d'Indy Nantes"... qui l'a refusé


modo a écrit:
> Article refusé. le vendredi 10 juin 2016 à 14:38 par modo  

Mettre dans le même panier un ensemble de gens qui veulent combattre le racisme, en focalisant sur la position d'une des composantes (le PIR) est assez malhonnète. Reconnaître l'existence du concept de "race" chez une partie de la population qui l'emploi dans un but de domination et d'exploitation ne veut pas forcément dire qu'on valide l'existence ce concept. L'argument de l'interclassisme est une des grands classiques lorsqu'on parle des tentatives d'organisation en non-mixité, les féministes l'ont déjà bien entendu de la part des parternalistes. Enfin, parler de "colonisation" des représentations, c'est plutôt dégueulasse.

ça bouge...

les anarchistes conséquents ne veulent plus être pris pour des cons par des cons' pir...


des réponses appropriées ont été apportées ici et dans les commentaires

Citation :
Nous sommes à un moment d’offensive sans précédent de l’Etat et des différentes formes de pouvoir pour faire taire toute pensée différente et toute contestation de l’ordre établi, du capital et de la pensée dominante. Déchaînement islamophobe, criminalisation du BDS et de toute critique d’Israël, extrême droite qui se permet tout, retour aux valeurs sexistes et racistes de mixité forcée et d’assimilation au modèle occidental…

Ce qui est remarquable, c’est le renfort inespéré apporté à cette campagne haineuse par des personnes qui n’ont visiblement rien d’autre à faire que retourner à leurs fantasmes paranoïaques contre les ennemis du Monde libre et républicain. Si l’esprit Charlie commence à s’estomper dans la population, il est de plus en plus vivace dans une frange « radicale » qui supporte de moins en moins qu’on puisse se révolter sans passer par leurs critères idéologiques incontournables.

On en a soupé des Mondialisme.org, non-fides, discordia et autres complotistes obsessionnels qui ne semblent pas avoir d’autre passion dans la vie. Si les personnes qu’ils ne supportent pas sont acceptées dans des manifestations ou des marches, ça ne regarde que les intéressé-e-s et sûrement pas des donneurs de leçons professionnels qu’on ne voit que dans la critique, et jamais dans l’action.

Ce n’est pas nouveau, et on remarquera que comme par hasard c’est à ces moments de répression intense qu’interviennent nos « super-radicalistes » pour achever le boulot du pouvoir !
[...]
Pour enfoncer le clou, les « super-radicalistes » se devaient d’apporter leur note personnelle allant encore plus loin que ce que se permettent les médias du pouvoir. Sur Indymedia, bien sûr, car qui d’autre se compromettrait à laisser passer des propos aussi haineux et insultants ?

On ne saura jamais quel horrible malheur a pu frapper ces pauvres gens pour qu’ils accumulent autant de haine en si peu de lignes contre celles et ceux qui ont le malheur de ne pas penser comme eux.

« Racialistes, soif de pouvoir, « leadership » de la contestation, égéries «racisées», islamistes, confusionnistes, philo-négationnistes, interclassisme ségrégationniste, non-mixité, antisémite, caractère infâme, misogynie, racisme structurant, légitimité normative et familialiste…

Si on enlève tout ça, il n’y aura plus que vous, et personne pour vous contredire. Il vaut donc mieux que vous fassiez comme d’habitude : vous ne venez pas et vous ne manquerez à personne.

Une chose doit être claire : une critique de n’importe quelle action ou position politique est parfaitement justifiée, mais quand elle commence par désigner ses ennemis comme « racialistes » et celles et ceux qui ne les excluent pas comme « islamo-gauchistes », ce n’est même plus la peine de discuter : vous êtes nos ennemis au même titre que l’Etat et sa politique discriminatoire envers les minorités.

Vous devriez vous appliquer ce que vous préconisez pour les autres : « le mouvement n'a pas à être dirigé », et certainement pas par des « radicalistes » professionnels.

Comme vous le dites si bien : « Les chemins se séparent... » Au plaisir de ne pas vous voir dans nos luttes !



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MessageSujet: Re: LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'   Mer 13 Juil - 19:32






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LUTTES DÉCOLONIALES, FÉMINISTES et 'ANTIRACISTES'
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