PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...

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MessageSujet: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Lun 30 Nov - 0:10

sujet à reprendre et construire...


Dernière édition par Admin le Lun 28 Nov - 22:03, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Lun 7 Déc - 11:21



En Russie, nombre des manifestations en hausse, selon une étude Traduction publiée le 9 Novembre 2015


Des manifestants arrêtés à Saint Saint-Pétersbourg, en Février 2014, lors d'un rassemblement en soutien aux prisonniers de Bolotnaya Photo de Yury Goldenshtein pour Demotix

Les Russes élèvent la voix dans leur critique des autorités, selon les résultats d'une étude de suivi effectuée par le Comité des initiatives civiques. Pendant la première moitié de l'année 2015 (du 1er janvier au 30 juin), l'activité protestataire enregistrée par les spécialistes en Russie a augmenté de 15 % par rapport à la première moitié de 2014.

Citation :
Le Comité des initiatives civiques répertorie les tensions socio-économiques et politiques dans chaque région de Russie et utilise les articles publiés sur les manifestations publiques dans le médias et les agences de presse pour évaluer le niveau de la contestation. A côté des manifestations, les sociologues, les chercheurs en sciences politiques et les économistes du comité classent également les régions en fonction de leur statut économique (salaires, bénéfices, aide sociale) et du contexte politique interne (système politique local et événements).

Les actions enregistrées comptent les “manifestations politiques” mais aussi les questions sociales, le droit du travail, les transports et autres questions urbaines ainsi que les questions environnementales. Les chercheurs notent que les sujets politiques l'ont emporté sur les sujets extérieurs ou de politique internationale en 2015 (y compris le conflit ukrainien), tandis que les questions sociales sont demeurées aussi importantes pour les Russes en 2015 qu'elles l'étaient il y a un an.

Alexey Titkov, un chercheur de la haute école d'économie et l'un des auteurs de ce rapport a dit à l'agence d'information RBC que l'augmentation de 15 % était un chiffre relatif. “Ce n'est pas comme si nous avions compté le nombre de personnes participant à chaque manifestation,” a dit Titkov, “l'augmentation du volume de manifestations signifie simplement que cette année, les régions ont vu une augmentation du nombre de leurs manifestations et que les gens montrent leur désaccord sur certaines questions plus fréquemment et se font entendre plus. Ces deux indicateurs ont été ajoutés à notre analyse.”


Probabilité de manifestations par régions en Russie”
Infographie de l'agence d'information RBC.

Ce tableau réalisé par RBC présente les humeurs contestataires et les activités par région et montre où les manifestations sont supposées se produire durant telle période. Les zones inscrites en rouge sombre – les régions de Moscou, Saint Saint-Pétersbourg, la région de Novossibirsk et celle de Zabayakalsky – sont en tête sur la liste des régions les plus susceptibles de voir des manifestations.

Dans de nombreuses régions russes, il n'y a pas de tradition de réaction à des politiques sociales insatisfaisantes par des manifestations, a dit le politologue Alexandre Kynev, un des co-auteurs de cette étude. Au contraire, a-t-il expliqué à RBC, les réactions prenaient plus la forme de vote de protestation, quand les citoyens vont aux urnes pour y montrer leur insatisfaction à travers leur vote. Le rapport conclut que la montée générale du sentiment de protestation conduira aussi à une augmentation des votes-sanction dans les 38 régions où vont se tenir des élections en décembre 2016. Et, si les administrations locales tentent d'exercer des pressions administratives pour étouffer la contestation au sein de électeurs, ceci pourrait entraîner les protestations à se répandre dans les rues.

En dépit de l'accroissement des réactions de protestation en Russie, les experts du Comité des initiatives civiques ne discernent pas encore de prétexte à des manifestations de masse comme celles qui eurent lieu en 2011 après les élections à la Douma d'Etat. Bien que l'étude n'ait pas tenté d'établir des prévisions sur les probabilités de manifestations socio-économiques de masse, Titkov explique que les groupes de protestataires en région en raison de l'insatisfaction quant à leur statut socio-économique, et les groupes qui ont manifesté lors de l'Hiver du Mécontentement en 2011 et 2012 ne se recouvrent pas vraiment, et qu'il est donc improbable que des manifestations de masse de même ampleur puissent se produire pour des raisons économiques.

Le Comité pour les initiatives civiques est une organisation bénévole russe qui se décrit elle-même comme “une union non-politique de professionnels de l'économie, des sciences, de l'éducation, de la santé de la culture et d'autres sphères de la vie” travaillant pour le développement de la Russie. Elle a été fondée en 2012 par Alexeï Koudrine, ancien ministre russe des finances de 2000 à 2012, et un certain nombre d'autres personnalités du monde politique et de la société civile.


Photo de Tetyana Lokot

Ecrit par Tetyana Lokot Traduit par Elisabeth Guerrier


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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Mer 9 Déc - 14:01

(Maroc)

Une récession sans chômage, paradoxe de la crise en Russie  09/12/15


Un monument de Vladimir Lénine au centre de Pikaliovo, en Russie,
le 22 septembre 2015 © AFP/Archives OLGA MALTSEVA

C’est un paradoxe: un an après l’éclatement de la crise monétaire, devenue économique, la Russie a échappé à une hausse du chômage. Mais derrière les statistiques flatteuses se cachent une réalité douloureuse pour les employés russes et un manque de main d’oeuvre inquiétant à long terme.


Citation :
A 5,5% de la population active en octobre (soit 4,3 millions de Russes), le taux de chômage se situe au même niveau qu’au début de l’année et correspond quasiment à une situation de plein emploi.

Pourtant l’activité économique a décroché après l’effondrement du rouble fin 2014 sur fond de sanctions occidentales en lien avec la crise ukrainienne et de dégringolade des cours du pétrole. La contraction du produit intérieur brut devrait approcher 4% sur l’année.

En comparaison, lors de la précédente récession traversée par la Russie en 2009, le chômage avait dépassé 9%.

Ces derniers mois, des coupes d’effectifs se sont multipliées dans les secteurs les plus touchés comme l’automobile ou la banque, tandis que l’Etat a réduit drastiquement le nombre de fonctionnaires dans la santé, la police ou l’administration.

Le constructeur automobile américain General Motors a fermé en juillet son usine de Saint-Pétersbourg et licencié ses 600 employés. Depuis Roman Kossenkov, 30 ans, n’a toujours pas retrouvé d’emploi.

A près de 50.000 roubles par mois (675 euros), « notre salaire était plutôt élevé pour Saint-Pétersbourg et j’ai du mal à trouver quelque chose d’aussi bien », regrette ce père de famille. « Je me suis adressé à Toyota mais ils n’aiment pas les anciens de GM. Cela coûte plus cher de nous prendre que d’engager des nouveaux », poursuit-il.

Selon une étude récente de l’institut russe Romir, 39% des entreprises déclarent avoir réduit leurs effectifs, du jamais vu.

– Manque de main d’oeuvre –

Pour les experts, le faible niveau du chômage s’explique traditionnellement par le grand nombre d’emplois peu qualifiés disponibles et surtout par la chute de la natalité qui a suivi l’éclatement de l’URSS. La Russie a perdu près de cinq millions d’habitants depuis 1991.

Si le déclin démographique général semble enrayé, l’économiste Oleg Kouzmine, du cabinet Renaissance Capital, estime que la population active recule néanmoins d’un million de personnes par an depuis 2009 et ne devrait pas remonter avant huit ans.

« La faiblesse du chômage ne s’explique pas par la force de l’économie russe mais par ses problèmes à long terme », explique l’expert à l’AFP. « Si le manque de main d’oeuvre va limiter la croissance à moyen terme, il constitue un bon moyen d’amortir les effets des crises: le chômage reste faible, les gens peuvent retrouver un emploi s’ils sont licenciés et maintenir une consommation de base », reconnaît-il.

Cela ne veut pas dire que le marché du travail ne subit pas les effets de la crise. Mais l’ajustement passe « surtout par une baisse des salaires », selon M. Kouzmine.

Les revenus réels des Russes ont baissé en un an de plus de 10% selon les statistiques officielles, qui montrent que les employeurs ont très peu augmenté les salaires en dépit d’une inflation galopante. Certains ont aussi multiplié les périodes de chômage techniques voire accumulé les arriérés de salaires, en forte hausse.

Le nombre de Russes vivant sous le seuil de pauvreté a dépassé 15% de la population et représente désormais 21 millions de personnes.

– Pression du pouvoir –

Au delà du facteur démographique, le cabinet londonien Capital Economics expliquait récemment la faiblesse du chômage par des « pressions politiques » sur les grandes entreprises pour garder leurs employés.

« D’une part, il y a une pression d’en haut sur les gouverneurs pour qu’ils ne permettent pas l’apparition d’un chômage de masse dans leur région, et par ailleurs les employeurs restent assez paternalistes » et préfèrent garder les salariés quitte à moins les payer en attendant des jours meilleurs, confirme Evguéni Gontmakher, professeur à l’Académie russe des Sciences et ancien ministre de la Protection sociale.

« Cela arrange tout le monde: le pouvoir, les employés et les employeurs », juge l’expert, qui craint cependant une « dégradation » du marché du travail à terme car cette situation n’encourage ni la mobilité du travail ni les reconversions.

Le patron de la puissante holding publique Rostec, Sergueï Tchemezov, a récemment vertement critiqué le directeur général du constructeur des voitures Lada, Bo Andersson, un Suédois venu de General Motors qui a procédé à des suppressions massives de postes.

« Il s’agit probablement d’une pratique courante en Europe mais nous pensons qu’il ne faut pas agir de la sorte », a-t-il déclaré, Rostec étant actionnaire du constructeur.

Depuis, le constructeur a annoncé qu’il donnerait la priorité, pour réduire ses coûts, aux départs volontaires à la retraite et au recours à des semaines de quatre jours.

LNT avec Afp


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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Ven 11 Déc - 6:04



La crise en Ukraine

Margaux Schmit, le 10 novembre 2015  

Margaux Schmit est étudiante en Sciences Politiques à Paris II Panthéon Assas après l’obtention d’une Licence de Droit franco-allemand de l’université du même nom.

Alors que la Russie fait tout pour faire passer l’Ukraine au deuxième plan - en intervenant militairement en Syrie - il importe de ne pas perdre de vue ce conflit qui reste majeur pour l’Europe. Cette fiche présente la naissance du conflit, les parties directes au conflit et les acteurs extérieurs. Puis elle ouvre sur les perspectives de résolution. Avec une carte inédite sous deux formats, JPEG et PDF.



Citation :
LA NAISSANCE DU CONFLIT

A propos de l’embrasement de l’Ukraine à partir de novembre 2013, l’ancien ambassadeur de France à Kiev, Philippe de Suremain, confiait le 5 juin 2014 à l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN) : « on n’avait rien vu venir ». [1]


CHRONOLOGIE


21/11/2013
Le gouvernement ukrainien annonce qu’il ne signera pas l’accord d’association avec l’UE. Début des manifestations pro-européennes du mouvement Maïdan qui regroupent notamment 300 000 personnes à Kiev trois jours seulement après ledit refus du gouvernement.

22/02/2014
Le Président V. Ianoukovitch, destitué par le parlement ukrainien, prend la fuite.

28/02/2014
Début d’une opération des forces spéciales russes pour prendre le contrôle de la Crimée, rattachée à l’Ukraine.

16/03/2014
Selon les chiffres russes, la Crimée se prononce à 97% en faveur du rattachement à la Russie.

1/04/2014
L’OTAN décide de suspendre sa coopération civile et militaire avec la Russie.

27/04/2014
L’Assemblée générale de l’ONU adopte une résolution non contraignante dénonçant le rattachement de la Crimée à la Russie.

12/02/2015
Accords Minsk 2 entre P. Porochenko, F. Hollande et V. Poutine qui réaffirment la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine sur les Oblasts de Donetsk et Lougansk.


La crise en Ukraine. La carte du conflit ukrainien
Conception : L. Chamontin, M. Schmit. Réalisation : C. Bezamat-Mantes, M. Schmit pour Diploweb.com

A. Contexte de la région

En vertu du Droit international, l’Ukraine n’a connu l’indépendance que deux fois, de 1918 à 1920 et de 1991 à aujourd’hui. Anciennement République Socialiste Soviétique (RSS) d’Ukraine annexée en 1945 par Joseph Staline, le pays regroupe plusieurs régions dont la Crimée qui lui a été rattachée en 1954 par Nikita Khrouchtchev, d’origine ukrainienne. Sur le plan linguistique, la langue ukrainienne n’est donc la langue maternelle que de 68,5 % de la population : un nombre important de personnes se déclarant de nationalité ukrainienne se considère de langue maternelle russe. Plus encore, la situation géographique de la région en fait un enjeu entre les Eglises chrétiennes orthodoxe et catholique. Parvenir à l’unité de régions historiquement aussi diverses s’annonce donc complexe. [2]

Vue de Russie, l’Ukraine présente quatre enjeux :

. elle donne une profondeur stratégique grâce à laquelle la Russie s’est historiquement défendue des invasions ;

. l’Ukraine joue un rôle d’intermédiaire culturel comme économique entre la Russie, riche en gaz, et l’Union européenne, consommatrice d’énergie [3] ;

. le contrôle du territoire ukrainien est celui d’un accès supplémentaire aux mers chaudes ;

. également un enjeu d’une bataille mémorielle [4].

B. Le conflit en 2014-2015 : le recours aux urnes comme aux armes

Le point de départ du conflit prend ses racines lors de la volte face du président ukrainien fin 2013. Un accord d’association devait signer un rapprochement avec l’Union européenne mais Viktor Ianoukovitch, habituellement proche du pouvoir russe suspend les négociations avec Bruxelles. De Kiev, le mouvement « Euromaïdan » se propage à l’ouest où la population est largement pro-européenne. En février 2014, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre à Kiev font une centaine de morts. Rapidement, des tensions se développent également à l’est du pays, dans les provinces de Donetsk et de Lougansk, ainsi qu’en Crimée.

Devant l’embrasement, plusieurs partenaires occidentaux se rendent sur place et négocient une élection présidentielle anticipée mais la fuite du Président V. Ianoukovitch précipite les choses. Un gouvernement d’intérim se met en place, et annonce fort maladroitement l’abrogation de la loi sur les langues qui réinstaure l’ukrainien comme seule langue d’État. Vladimir Poutine dénonce un coup d’Etat et déclare le 4 mars 2014 que « la Russie se réserve le droit de recourir à toutes les options disponibles, y compris la force en dernier ressort ». Avec sa base navale et ses deux aéroports militaires, la Crimée représente un territoire stratégique. A la suite d’une opération militaire et d’un référendum d’auto-détermination organisé précipitamment en Crimée le 16 mars 2014, la Russie a repris le contrôle de ce territoire et des bases militaires ukrainiennes, et ce malgré la résolution votée le 27 mars 2014 par l’Assemblée des Nations unies déclarant ledit référendum comme n’ayant « aucune validité ». Les administrations locales des régions frontalières de Donetsk et de Lougansk sont prises d’assaut par des « séparatistes » et passent sous leur contrôle : des élections sont organisées et le 11 mai 2014, la victoire du « oui séparatiste » est écrasante pour ces régions à la frontière orientale annonçant vouloir s’émanciper de l’Ukraine et s’aligner sur la politique russe. Kiev redoute une invasion russe. Le 25 mai 2014, l’Ukraine élit un nouveau président, Petro Porochenko qui refuse que l’est du pays connaisse le même sort que la Crimée. Les combats meurtriers se multiplient. Dans le même temps, l’armée russe se déploie tout autour de l’Ukraine.

Le 17 juillet 2014, le vol MH17 de la Malaysia Airlines est abattu alors qu’il survolait l’est de l’Ukraine et fait 298 morts : Kiev accuse les « rebelles pro-russes ». Cet événement donne une nouvelle dimension au conflit. Une nouvelle série de sanctions est alors mise en place contre la Russie par les Occidentaux qui, en parallèle, redoublent d’effort pour trouver un terrain d’entente. Le 5 septembre 2014, l’Ukraine et les « rebelles pro-russes » signent une trêve à Minsk mais les combats se poursuivent. Le 26 octobre 2014, les partis pro-européens remportent haut la main les élections législatives ukrainiennes. Mais le 23 janvier 2015, Alexandre Zakhartchenko, dirigeant de la République autoproclamée de Donetsk, déclare qu’il ne s’estimait plus lié par les accords de Minsk et qu’il entamait des opérations offensives jusqu’à ce que ses forces aient atteint les frontières administratives de Donetsk. C’est dont l’échec de Minsk 1. S’ensuit la signature de l’accord Minsk 2 [5] le 12 février 2015, avantageant la Russie et profitant largement aux forces « séparatistes » du Donbass. Le nouveau texte élargit la zone tampon sur le territoire ukrainien et prévoit notamment la « décentralisation » des régions de Donetsk et de Lougansk. Pour V. Poutine, l’accord éloigne un prochain train de sanctions et lui permet de se présenter en faiseur de paix.


L’Ukraine en chiffres : quand le terme « séparatiste » révèle sa vraie nature

Résultats de sondages menés courant 2014 en Ukraine, commentés par V. Paniotto et V. Khmelko de l’Institut International de Sociologie de Kiev [6] :

. 77% des Ukrainiens de l’est sont opposés à l’occupation armée des bâtiments administratifs, et 70% à l’annexion de la Crimée ; 10% environ soutiennent les « séparatistes ».

. Crimée : 18% voulaient le rattachement à la Russie il y a un an, la propagande de V. Yanoukovitch a fait monter ce taux à 40% en février 2014 ; ensuite la télévision ukrainienne a été bloquée, le pourcentage a dû monter à 65% sous l’effet de la propagande russe, ce qui correspond sans doute aussi au chiffre non falsifié du référendum.

. L’Ukraine dans son ensemble est pour le rapprochement avec l’UE, sauf la région de Donetsk qui privilégie l’Union douanière avec la Russie (72,5% à Donetsk même).

Ces chiffres ne permettent pas de conclure à un mouvement séparatiste massif comme c’est le cas en Catalogne : en Ukraine, Ukrainiens ukrainophones et Ukrainiens russophones vivent dans une culture d’intercompréhension. Le terme de « séparatiste » est donc à utiliser avec précaution car il s’agit très probablement d’un acte politique issu de la propagande du Kremlin pour instrumentaliser ce multi-linguisme et donner l’impression d’un clivage ethnique.

De plus le mouvement Leninopad commencé en 2013 comptait le démontage de statues de Lénine dans 90 villes réparties sur l’ensemble du territoire ukrainien en 2014. Plus révélateur encore de la popularité du mouvement Maïdan, plusieurs monuments de Lénine ont été déboulonnés le 17 avril 2015 dans la ville de Kharkiv (Kharkiv), Kramatorsk (Donetsk), et à Stanitsa Louganska (Lougansk) trois Oblasts de l’Est russophone du pays.

Au delà de la propagande médiatique, aucun élément solide ne montre l’implantation durable et étendue d’un mouvement « séparatiste » avant l’intervention officieuse du FSB en mai 2014 : si l’Ukraine est toujours debout, c’est très probablement que le pari russe sur l’existence dudit clivage est en train d’échouer.


II. LES PARTIES DIRECTES AU CONFLIT


Réalisation : M. Schmit pour Diploweb.com

. Rapport de forces armées : Les forces ukrainiennes comptent environ 130 000 hommes en service actif et un million de réservistes contre environ 845 000 soldats russes.

. Nombre de civils tués et réfugiés  : Selon les chiffres publiés le 8 septembre 2015 par les Nations unies, au total, 7 962 personnes ont été tuées et 17 811 ont été blessées depuis le début du conflit dans l’Est du pays en avril 2014. Dans le rapport établi par la Commission européenne basé sur des chiffres du MoSP et de l’OCHA (le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU) de 29 juin 2015, il y aurait plus d’1,3 millions de déplacés internes et plus de 860 000 réfugiés dans les pays voisins.


III. LES ACTEURS EXTÉRIEURS

A. Poids de l’ONU et du Droit international

En vertu de l’article 2 §4 de la Charte des Nations unies, le Droit international reconnaît les principes de l’inviolabilité des frontières, du respect de l’intégrité territoriale des Etats et de l’interdiction du recours à la force. En annexant la Crimée le 21 mars 2014, V. Poutine a ainsi violé :

. les textes fondamentaux des Nations unies,

. les statuts du Conseil de l’Europe – dont est membre la Fédération de Russie,

. deux traités régionaux organisant la paix en Europe [7],

. deux traités bilatéraux signés avec l’Ukraine [8],

. les constitutions d’Ukraine et de Crimée.

De lege lata, aucun argument ne saurait justifier une telle transgression. Pourtant, V. Poutine ne considère pas qu’il s’agisse d’une « ingérence » dans un Etat souverain. Par ailleurs, lors d’une interview avec des citoyens russes et des experts donnée en avril 2014, V. Poutine a déclaré qu’il espèrait ne jamais utiliser son droit à l’envoi de l’armée russe en Ukraine : pour lui, la guerre n’a pas eu lieu.


Le Conseil de sécurité de l’ONU a appelé dans une déclaration unanime, le 17 février 2015, les belligérants dans l’Est de l’Ukraine « à cesser immédiatement les hostilités ». La résolution reconnaît la souveraineté de l’Ukraine et son intégrité territoriale mais ne fait cependant pas référence au sort de la Crimée passée sous giron russe. [9]


B. Poids de l’Union européenne et des Etats-Unis

Selon José Manuel García Margallo, les sanctions économiques prises par l’UE à l’encontre de la Russie de juillet 2014 à l’été 2015, ont entrainé un manque à gagner de 21 milliards d’euros pour les exportations européennes. Réunis en urgence à Bruxelles en janvier 2015, les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont accordés pour que l’UE rajoute, début février 2015, de nouveaux noms à sa liste noire de personnes sanctionnées pour leur implication dans le conflit. Si l’UE traite du conflit, certains Etats-membres développent également des actions indépendamment de la politique européenne. La démarche conjointe et inédite de François Hollande et d’Angela Merkel de se rendre ensemble à Kiev puis à Moscou en février 2015 souligne l’implication franco-allemande plus qu’européenne dans le conflit, déjà visible lors du « Format Normandie », réunion semi-officielle du 6 juin 2014 destinée à trouver une solution au conflit. Dans une nécessité de crédibilité et de responsabilité à l’égard des partenaires européens, le Parlement français a approuvé en septembre 2015 l’annulation de la vente de deux navires de guerre « Mistral » à la Russie.

De son côté, la Pologne, avec ses 526 km de frontières communes avec l’Ukraine, reste un acteur majeur diplomatique du conflit autour duquel s’est progressivement développée une politique étrangère défendant les intérêts des Etats-membres de l’Est. La Sous-secrétaire d’Etat polonaise chargée des Affaires européennes, Henryka Moscicka Dendys, a par ailleurs fait état de ses craintes concernant la politique de conquête russe en janvier 2015, rappelant le proverbe russe « le poulet n’est pas un oiseau, la Pologne n’est pas un pays étranger » et la phrase de V. Poutine prononcée à l’occasion d’un discours à la Nation en 2005 « la chute de l’URSS a été la pire catastrophe géopolitique du XXe siècle ». A cet effet, Varsovie qui affirme que la Russie pourrait présenter un danger pour la sécurité en Europe a appelé l’OTAN à maintes reprises à renforcer les activités militaires dans la région.

Saluant les décisions de l’UE, les Etats-Unis ont eux aussi sanctionné la Russie, recentrant partiellement l’attention américaine sur la Russie malgré une politique voulue de « pivot vers l’Asie ». En se rendant en Estonie à la veille de l’ouverture du sommet de l’OTAN, le 4 septembre 2014 au Pays de Galles, Barack Obama a lancé une sévère mise en garde à la Russie, l’accusant de menacer la « liberté » et la « paix » en Europe par la poursuite de son « agression contre l’Ukraine ».


IV. VERS UNE RÉSOLUTION ?

Alors qu’au début des évènements les Européens ont imposé leur opération d’association avec l’Ukraine en laissant maladroitement la Russie hors de la table des négociations, la situation semble s’être totalement inversée en 2015. Comme l’a relevé Alexandre Mercouris, l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE ne prévoyait pas d’être un simple accord de libre-échange. En réalité c’était un dispositif pour faire de l’Ukraine une partie de l’Espace économique européen et du Marché unique, soumis à la réglementation de la bureaucratie européenne et à la Cour de Justice de l’Union européenne. En clair, un traité visant à séparer pour de bon Ukraine et Russie. En se positionnant ainsi face à la Russie, l’UE a réveillé le legs du passé d’une confrontation Est-Ouest, semblable à une guerre d’usure que reconnaît implicitement la France en annulant la vente de « Mistral » passée avec la Russie. Pourtant, la question militaire ne saurait être résolue sans trouver une solution diplomatique durable répondant aux intérêts russes.

Si le conflit s’étend, il peut continuer à affaiblir le pouvoir central et contribuer à approfondir la récession : Marioupol abrite plusieurs grandes entreprises industrielles avec d’importants contrats à l’exportation, Kharkiv est au centre du complexe militaro-industriel, et l’Est du pays dans son ensemble joue un rôle crucial dans l’économie ukrainienne. Mais si la guerre a affaibli l’Etat, elle a aussi donné la possibilité d’une impulsion pour une reconversion à l’image des économies centre européennes à la fin des années 1980 telle que la Pologne.

Pratiquement, trois questions clés dessinent les contours d’une guerre d’usure : la Russie parviendra-t-elle à mettre en place une stratégie tournant le dos à l’UE malgré les sanctions ? L’Ukraine dépassera-t-elle son statut actuel d’Etat faible économiquement et dépendant de la Russie ? Les Occidentaux trouveront-ils des ressources financières et une politique commune pour soutenir efficacement l’Ukraine ? En attendant, le Tribunal international de Stockholm saisi par Kiev et Moscou devra se prononcer sur le conflit fin 2016.

Copyright Novembre 2015-Schmit/Diploweb.com


La carte du conflit ukrainien en haute qualité au format pdf
PDF - 599.4 koCarte. Le conflit ukrainienConception : L. Chamontin, M. Schmit. Réalisation : C. Bezamat-Mantes, M. Schmit pour Diploweb.com

Sources

. « Le conflit ukrainien, des enjeux géopolitiques et géoéconomiques » de Pascal Marchand – http://echogeo.revues.org/

. La crise ukrainienne : une prise de risque calculée pour Vladimir Poutine » de Thomas Flichy de La Neuvillle – Revue Conflits #2.

. « Retour en Ukraine » de Pascal Gauchon – Revue Conflits #2.

. « De la crise à la guerre : un an de conflit en Ukraine en 5 minutes » par Anna Moreau – LeMonde.fr

. « Les conséquences stratégiques de l’accord de Minsk 2 pour l’Ukraine » de Mathieu Boulègue – http://www.euractiv.fr

. « Les accords de Minsk sur l’Ukraine sont ils voués à l’échec ? » de Tatiana Kastoueva-Jean (IFRI), dans La Croix, propos recueillis par François d’Alançon.

. « Ukraine : le détail des principaux points de l’accord de paix Minsk 2 », source AFP – LePoint.fr

. « Ukraine : comment concilier défense territoriale et réforme de l’Etat » d’Annie Daubenton – Revue Diplomatie n°74.

. « Selon l’ONU, le conflit dans l’est de l’Ukraine a fait près de huit mille morts », LeMonde.fr avec AFP.

. Fiche-info echo de la direction de l’Aide humanitaire et protection civile de la Commission européenne.

. « Conflit en Ukraine : la Pologne en 1ère ligne » de Véronique Auger, Geopolis (02/02/2015).

. « Les députés disent oui à l’accord franco-russe sur les Mistral » de Marianne Davril, Boursier.com.


[1] La rédaction remercie Laurent Chamontin pour ses remarques aussi bien pour le texte que pour la carte.

[2] Pour aller plus loin, visitez les pages Diploweb http://www.diploweb.com/Les-incerti... et http://www.diploweb.com/L-Ukraine-u... ainsi que la carte http://www.diploweb.com/IMG/jpg/car...

[3] Pour aller plus loin, visitez la page Diploweb http://www.diploweb.com/Russie-et-E...

[4] Cf. H. Blanc, "Goodbye Poutine !", éd. Magna Europa, 2014. Voir le chapitre de Daniel Beauvois et le chapitre de Wladimir Kosyk. Ce livre a été réédité chez Ginkgo en 2015

[5] Pour aller plus loin, visitez la page Diploweb http://www.diploweb.com/2-2015-Actu...

[6] « Восток Украины. Социология страхов » http://www.svoboda.org/content/tran...

[7] L’acte final de la Conférence d’Helsinki du 1er août 1975 http://www.osce.org/fr/mc/39502?dow... et l’Acte constitutif de la Communauté des Etats indépendants du 8 décmebre 1991 (Traité de Minsk) http://www.operationspaix.net/DATA/...

[8] L’accord d’amitié du 31 mai 1997 et l’accord sur la présence de la flotte russe du 28 mai 1997

[9] Pour aller plus loin, visitez la page Diploweb http://www.diploweb.com/L-OSCE-et-l...


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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Mer 16 Déc - 6:14


en raison de la séparation de ce sujet d'avec EUROPE "de l'OUEST" : Grèce, Espagne, Italie, Portugal, Irlande... Quel paradigme pour une crise de la politique ? , je place ici cet article et cette carte dans les deux sujets

Carte. L’Europe géographique face au monde : unie ou divisée ? Charlotte Bezamat-Mantes et Pierre Verluise

est Doctorante à l’Institut Français de Géopolitique (Université Paris Cool et Rédactrice-Cartographe pour Diploweb.com. Pierre Verluise, Docteur en Géopolitique, Directeur du Diploweb.com, co-auteur de Géopolitique de l’Europe. De l’Atlantique à l’Oural, Presses Universitaires de France.

Citation :
Par convention l’Europe géographique s’étend jusqu’à l’Oural, incluant donc une partie de la Russie, elle même divisée entre l’Europe géographique et l’Asie. Cependant l’autorité politique de Moscou s’étend sur l’ensemble de son territoire. L’Union européenne s’étend sur la partie occidentale du continent. Les alliances et les politiques des uns et des autres dessinent leurs relations avec leur voisinage comme avec d’autres parties du monde.

Un quart de siècle après la fin de la Guerre froide, l’Europe géographique est-elle unie ou divisée face au monde ? Toute l’ambiguité du mot "Europe" [1] éclate au grand jour au vu de la carte jointe. Divisée à l’époque de la Guerre froide (I), l’Europe géographique post-Guerre froide reste polarisée... (II) et divisée sur bien des dossiers (III).

Conception : P. Verluise. Réalisation : C. Bezamat-Mantes pour Diploweb.com




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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Mer 16 Déc - 8:33

(Suisse)

Chape de plomb sur les grèves et les conflits sociaux en Russie

La crise économique conduit à des conflits sociaux à travers le pays. Mais ni la télévision russe, ni les syndicats, ni les partis politiques ne souhaitent relayer un problème devenu tabou

Citation :
Russie Les médias, les partis et les syndicats restent muets

Les premières turbulences sociales apparaissent en Russie, un an après l’entrée du pays en récession. Des dizaines de milliers d’employés se plaignent de retards de salaire, de baisses de salaire et de mises en congé forcées qui entraînent la chute de leur niveau de vie. Des mouvements sociaux font irruption à travers tout le pays, mais sont systématiquement ignorés par les chaînes de télévision fédérales, contrôlées par le Kremlin. L’information circule principalement à travers les réseaux sociaux et les médias en ligne.

Les Russes bien informés ont découvert avec stupéfaction la réapparition d’une pratique honnie associée aux «années de misère» de la décennie 1990. Incapable de verser les salaires depuis plusieurs mois, la direction d’une grosse usine de briques de la région de Toula (200 km au sud de Moscou) a réglé ses 186 salariés… en briques. A Nijni Taguil, dans l’Oural, des centaines d’employés de l’usine d’armement la plus célèbre du pays (UVZ) ont perturbé la semaine dernière une foire internationale d’armement, protestant contre le fait de n’avoir pas été payés depuis le début de l’été. Selon Oleg Kosykh, syndicaliste dans l’entreprise, les salaires chez UVZ ont chuté de 20% et la moyenne est tombée à 216 francs. La direction n’a pas même payé les 280 employés qui reçoivent un salaire inférieur au seuil de pauvreté. UVZ est pourtant louée dans les médias pour avoir conçu une nouvelle génération de tanks, et reçoit régulièrement la visite du président Poutine.

Ni les médias, ni les syndicats, ni les partis politiques ne souhaitent relayer la détresse des dizaines de milliers de salariés ne recevant plus de salaire. «Le rôle des médias est de diffuser la propagande, pas l’information, estime Piotr Zolotariev, dirigeant du syndicat indépendant Edintsvo (Union). Les conflits sociaux sont devenus un thème tabou. Les syndicats officiels jouent le même rôle qu’à l’époque soviétique, c’est-à-dire de dissuader les travailleurs de toute revendication. Ils refusent d’organiser des manifestations et intimident les véritables syndicalistes. Ce sont des simulacres de syndicats, qui défendent en fait les intérêts des patrons et de l’Etat. Quant aux partis politiques, il n’en existe pas un seul qui défende les droits des travailleurs.»

20 millions de pauvres

La crise traversée par l’économie russe résulte d’une absence de réformes qui a conduit à une désindustrialisation. Le pays vit depuis quinze ans sur les rentes créées par les exportations de matières premières (principalement de l’énergie), ce qui rend l’économie russe très vulnérable à la chute des cours du pétrole. La détérioration des relations avec les pays occidentaux, qui se traduit par des sanctions réciproques, n’a rien arrangé. Cette année 3 millions de Russes sont tombés sous le seuil de pauvreté défini par le gouvernement (revenu mensuel de 120 francs), portant le total à 20 millions de personnes.

Les salariés du secteur privé ne sont pas les seuls à souffrir. A Tchita, en Sibérie orientale, des centaines de médecins menacent de démissionner en masse si leurs salaires du mois d’août ne sont pas versés. Dans cette région très pauvre, les employés de la fonction publique n’ont pas été payés depuis le 15 août. «Cette situation est à mettre sur le compte du non-professionnalisme des autorités locales», juge Vladimir Bourmatov, un député du parlement qui a réclamé une enquête sur les retards de salaire. «D’ailleurs, le gouverneur [régional] et son équipe ont été payés en temps et en heure.»

Une dizaine de régions russes frôlent la faillite à cause du surendettement et de la chute des recettes fiscales. Le centre fédéral a considérablement baissé son aide cette année, obligeant les gouverneurs à se tourner vers les crédits commerciaux. Résultat, dans les régions les plus problématiques, les taux d’intérêt dévorent jusqu’à un tiers des dépenses budgétaires, note Vassili Koltachov, économiste à l’institut de globalisation et des mouvements sociaux. Mais les chaînes télévisées fédérales ont pour instruction de porter l’attention des Russes sur «l’ef­fondrement imminent de l’Union européenne rongée par la dette grecque», plutôt que sur leurs propres régions asphyxiées par la crise.


Les électeurs russes étaient appelés dimanche à élire leurs représentants régionaux dans le cadre d’un scrutin qui devrait confirmer l’emprise du parti pro-Kremlin Russie unie. Le parti du principal opposant Alexeï Navalny a été quasiment exclu des élections. (AFP)


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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Mer 16 Déc - 8:42




Le chemin de fer russe contournant l'Ukraine est prêt à 30% Sputnik Alexander Kryazhev 11 01 2015

Les troupes ferroviaires russes construisent depuis janvier 2015 un chemin de fer contournant l'Ukraine, qui sera mis en service d'ici 2017

Citation :
La Russie a construit un tiers du chemin de fer contournant l'Ukraine, a annoncé vendredi à Moscou Dmitri Boulgakov, vice-ministre russe de la Défense, lors d'une réunion du ministère avec la participation du président Vladimir Poutine.

"Les Troupes ferroviaires ont terminé les travaux de terrassement sur le premier tronçon du chemin de fer (du 11e au 31e kilomètres). Nous envisageons d'achever la construction du deuxième tronçon (du 31e au 57e kilomètre) d'ici le 1er juillet 2016. Les travaux sur le troisième tronçon seront aussi probablement confiés à nos spécialistes", a indiqué M.Boulgakov.

Longue de 140 km, la nouvelle voie reliant les régions de Voronej et de Rostov-sur-le Don permettra aux trains russes à destination du sud de la Russie de ne pas franchir la frontière ukrainienne. Elle sera beaucoup plus longue que le tronçon ukrainien de 26 km notamment en raison des particularités de relief.

Vladimir Iakounine, à l'époque PDG des Chemins de fer, a annoncé au début de 2015 que ce projet dont le coût atteint 55 milliards de roubles (environ 713 M EUR) figurait depuis longtemps dans le programme russe de développement des chemins de fer. Mais les discussions sur sa réalisation ont repris suite à l'aggravation de la crise en Ukraine en 2014.


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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Sam 19 Déc - 15:24



Vie politique roumaine, l’analyse

Par Catherine DURANDIN, le 19 décembre 2015 Imprimer l'article lecture optimisée Télécharger l'article au format PDF

Citation :

Professeur des Universités, historienne, ancien élève de l’ENS, ancienne auditrice de l’IHEDN. Ex - consultante à la DAS, ministère de la Défense, C. Durandin a publié un grand nombre d’articles et d’ouvrages consacrés à la Roumanie et aux équilibres géopolitiques du monde contemporain, parmi lesquels : OTAN, histoire et fin ? Diploweb éditions. Membre du Conseil scientifique du Centre géopolitique auquel est adossé le Diploweb.com


Voici un tableau très clair de la scène politique roumaine et de ses interactions avec l’OTAN, l’UE et son voisinage oriental. Un document de référence pour comprendre ce pays de 20 millions d’habitants membre de l’UE depuis le 1er janvier 2007... mais encore trop peu connu

Citation :
LE 18 novembre 2015, la formation d’un gouvernement technocrate est annoncée à Bucarest. La nouvelle soulage. La Roumanie semble, en effet, sortir d’une crise politique ouverte mi juillet du fait de la mise en examen par le parquet anti corruption du premier ministre Victor Ponta : il est accusé de faux en écriture, de complicité d’évasion fiscale et de blanchiment. Le 4 novembre seulement, le Premier ministre socialiste s’est résolu à la démission.

Le président Klaus Iohannis, centre droit, élu en novembre 2014 nomme un ex commissaire européen, expert en questions agricoles, né en 1969, au poste de Premier ministre. Le 17 novembre 2015, le Parlement par 389 voix contre 115 approuve la composition du gouvernement. Quelques journées de consultation auront été nécessaires à Klaus Iohannis pour mettre en place l’équipe de sortie de crise [1].


Sortie de crise, sans nul doute, mais de quelle crise ?

Le malaise, la désillusion, le désenchantement à l’adresse des politiciens en place, quelle que soit leur appartenance, à l’égard de l’UE dont la Roumanie est membre depuis 2007, couvaient lourdement et ouvertement depuis l’été 2012. A cette date, la cohabitation entre le président libéral de droite Traian Basescu et le premier ministre socialiste Victor Ponta, jeune héritier des nomenclatures proches de l’ex président Ion Iliescu ne fonctionnait pas. Une alliance hybride s’était formée autour de libéraux tel que Crin Antonescu qui caressait des ambitions de futur président et de Victor Ponta. Le pays, traversant des semaines de grandes violences verbales, a frôlé le coup d’état fin juillet 2012. Traian Basescu survécut tandis que se poursuivaient des luttes intestines féroces. Le Monde du 17 juillet 2012 traçait un bilan catastrophe : « M. Ponta a été entendu les 11 et 12 juillet à Bruxelles par les plus hauts responsables de l’UE. Ils ont fait part de leur « profonde préoccupation ». Ils estiment que M. Ponta a « intrumentalisé les institutions » pour faire un coup de force [2]. »


Face à Victor Ponta, son opposant aux présidentielles, Iohannis a bénéficié d’un fort soutien de l’électorat jeune qui lui a assuré la victoire

Avec l’élection inattendue de Klaus Iohannis aux présidentielles de novembre 2014, sans que les conséquences n’aient alors vraiment été mesurées, quelque chose a véritablement bougé en Roumanie.

Klaus Iohannis n’appartient pas au monde des héritiers nomenclaturistes. Né en 1959, il vient d’une famille de la minorité allemande de Transylvanie, il s’est engagé en politique en 1990 dans le cadre du Forum Démocratique des Allemands de Roumanie. Elu maire de Sibiu en 2000, il a pris des initiatives qui intégraient « sa ville » dans le registre du tourisme européen. Face à Victor Ponta, son opposant aux présidentielles, au deuxième tour, Iohannis a bénéficié d’un fort soutien de l’électorat jeune qui lui a assuré la victoire, avec 54, 43% des suffrages exprimés. Surprise supplémentaire, Iohannis n’est pas de confession orthodoxe dans une Roumanie à l’orthodoxie majoritaire conservatrice, mais luthérien. Calme, peu loquace, on lui sait gré, tout en s’interrogant durant quelques mois sur ses compétences, de mettre un terme au grand spectacle gesticulatoire des mises en scène respectives de Traian Basescu et de Victor Ponta.


La présidence de Iohannis, un simple changement de style ? Nullement

Iohannis témoigne de la venue à la direction des affaires d’équipes rajeunies, formées en Europe et aux Etats-Unis, exigeant le respect de contrats et de codes de conduite qui sauvegardent les structures d’une société.

Depuis quelques années, la Direction nationale anti corruption (DNA) traque les « affaires » à l’échelle des vedettes politiques tout comme au niveau des instances locales [3]. Cette dynamique d’une justice fermement indépendante est nouvelle. Adrian Nastase, ex premier ministre de Ion Iliescu et ex candidat à la présidence de la République en 2004, a été arrêté, après de nombreuses péripéties, condamné en janvier 2014 à quatre ans de prison. Très proche de l’ex président Basescu, ex ministre elle-même Elena Udrea est poursuivie. La liste est longue. La justice frappe à gauche tout comme à droite. La liste des condamnations, l’objet de la sanction, la durée de la peine sont consultables sur le site de la DNA ouvert à tous. Les hauts dirigeants sont touchés, juge de la cour d’appel, directeur des douanes, les cadres moyens ne sont pas épargnés, avocat au barreau etc.…


Soudain, l’opinion se soulève contre l’incompétence

De manière synchronique, soutenant ces aspirations au respect de la loi, la société civile s’organise autour de groupes de réflexions, de clubs et de blogs. Les intellectuels des années 1990 qui ont porté la chasse aux sorcières anti communiste n’apparaissent plus en première ligne. Ce sont des architectes, des médecins, des avocats, des sociologues, des militants écologistes, nombre de mathématiciens et d’informaticiens qui s’emploient à une réflexion alternative attachée à une connaissance des institutions. Les fondamentaux nationalistes considérés comme intouchables sont devenus la cible de questionnements et de critiques. C’est le cas de la Patriarchie et de l’église orthodoxe mise en accusation pour son indifférence à l’égard des souffrances de la société. L’attention portée au patrimoine architectural, au parc naturel du Danube est nouvelle [4]…

Il a donc suffi, en ce contexte de mutation des mentalités de la génération des quarantenaires, qu’un accident, incendie soudain et violent dans une discothèque, lors d’un concert de rock à Bucarest, le 30 octobre 2015, dû au non respect flagrant des règles de sécurité fasse plus de 60 morts et des dizaines de blessés graves, pour que l’opinion se soulève contre la corruption, contre l’incompétence.


Alexandru Gabor, professeur de philosophie écrit : « Nous sommes de nouveau citoyens au plein sens du terme, prêts à une transformation radicale des règles. Assez ! »

Les manifestations qui se succèdent à Bucarest principalement, début novembre 2015, sont accompagnées de slogans radicaux. Les principaux médias adoptent des prises de positions romantiques. Le sentiment se fait jour d’avoir perdu vingt ans post communistes et plus encore, de s’être vu voler les espoirs ou les illusions des manifestants de la place de l’Université à Bucarest, au printemps 1990. Le 4 novembre 2015, Alexandru Gabor, professeur de philosophie écrivait : « Nous sommes de nouveau citoyens au plein sens du terme, prêts à une transformation radicale des règles. Assez ! »

L’intelligence politique de Klaus Iohannis a été de se présenter place de l’université au milieu des manifestants le 7 novembre 2015 et de recevoir en consultation au palais présidentiel des personnalités de la société civile avant de faire appel à Dacian Ciolos qui constitue une équipe de ministres sans affiliation politique.

De cette crise et de son dénouement dont le succès dépend largement de la capacité de tous les partis politiques à se refonder autour des programmes et des valeurs de la société civile, l’on peut tirer quatre constats, éléments de réflexion pour le futur roumain et pour d’autres pays de l’Est européen sortis du communisme.

. 1. La Roumanie est membre de l’OTAN depuis 2004, sa candidature a été reçue lors du sommet de Prague en 2002 après une première demande datant de 1997 lors du sommet de Madrid. Le pays est intégré dans le dispositif anti missile balistique des Etats-Unis. La Roumanie fait figure d’allié tout à fait acquis à Washington depuis la première élection de Traian Basescu en 2004. Les Etats-Unis soutiennent ouvertement la lutte anti corruption menée par la DNA par la voix de leur ambassade à Bucarest. Nommée en 2013 procureur chef de la Direction Nationale Anti Corruption, Codruta Kovesi a reçu du Département d’Etat le prix décerné aux femmes courageuses du monde entier pour son rôle crucial dans la réforme de la justice. Cette intégration et cet encadrement expliquent sans doute que la société civile a eu l’audace de revendications radicales de changement des règles du jeu en novembre 2015, ne redoutant pas une éventuelle récupération de la crise par Moscou, étant donnée la visibilité de l’engagement des Etat-Unis.

. 2. L’effet présence de l’UE, contacts, formation et expertise est palpable. Il suffit de prendre en compte les curriculums du Premier ministre Ciolos et de quelques uns des membres de son cabinet. Dacian Ciolos a été formé comme agronome en Roumanie, il a complété son cursus par trois ans de spécialisation à l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie de Rennes puis de Montpellier (1995-1998). Jeune stagiaire auprès de la Commission européenne, ministre de l’agriculture en 2007, Ciolos a passé quatre ans à Bruxelles entre 2010 et 2014 comme Commissaire à l’agriculture et au développement rural. Notons que le ministre de la culture a été formé à l’Ecole des Hautes Etudes en France, que le ministre des Affaires étrangères a exercé plus de dix ans les fonctions de chef de la représentation roumaine auprès de l’UE et de l’OTAN.

. 3. L’évolution de la crise ukrainienne, les incertitudes politiques et économiques quant à l’avenir (Ukraine fédérée ? Qu’en sera-t-il des relations respectives avec l’UE et la Russie ? Endettement et dépendance énergétique) font figure de contre modèle pour la Roumanie qui, en dépit de ses malaises passés dans la relation avec la minorité hongroise [5], n’a pas été et n’est pas un terrain de luttes inter communautaires depuis 1989/1991.

. 4. Enfin, la dérive moldave, l’incapacité de Chisinau à former une alliance de gouvernement, à poursuivre efficacement la lutte contre la corruption qui se joue par à coups, posent peut-être pour l’opinion roumaine une sorte de garde fou face à des dérives anarchisantes, déstabilisatrices – du moins. De leur côté quelques personnalités du Parti Libéral Démocrate Moldave à Chisinau appellent à constituer un gouvernement de technocrates, suivant le modèle roumain.

*

Sur le court terme de la crise et de son issue, l’on peut, à juste titre, estimer de manière positive le rôle d’élites éclairées et expérimentées dans cadre d’institutions européennes et de sécurité otanienne. En arrière fond, le besoin de radicalité épuratrice et romantique des manifestations [sic, mais est-ce si faux, quel que soit le point de vue adopté ?], besoin également énoncé par les manifestants de Chisinau depuis le début de l’automne 2015, témoigne du décalage entre le Politique et la société. Comme si, mise à part la Justice ressentie comme Grand Tribunal tranchant entre le noir et le blanc, les bons et les méchants, les politiques traditionnels sauf à être experts en tel et tel domaine, avaient perdu toute capacité d’enchantement. La Roumanie reste un pays à suivre.


Copyright Décembre 2015-Durandin/Diploweb.com


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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Sam 2 Jan - 11:50



La Russie a-t-elle les moyens économiques de ses ambitions géopolitiques ?

Par Cyrille BRET, Michaël BEGORRE- BRET, le 2 janvier 2016
Enseignent à Sciences-Po et co-dirigent le site EurAsia Prospective https://eurasiaprospective.wordpress.com. Cyrille Bret anime le compte twitter @cy_bret.


Les faiblesses structurelles de l’économie russe conjuguées aux sanctions européennes et à la division par trois des cours des hydrocarbures depuis 2014 entravent à moyen terme l’action extérieure du pays. Comme l’URSS, la Fédération de Russie a des ambitions géopolitiques au-dessus de ses moyens économiques. Apparemment forte, l’économie russe est en fait dépourvue de modèle de développement économique non dépendant des hydrocarbures, de monnaie solide et d’une industrie nationale diversifiée capable de résister aux chocs exogènes. Les annonces optimistes du président Poutine lors de sa conférence de presse internationale du 17 décembre 2015 sont en grande partie des vœux pieux : 2016 sera très probablement une nouvelle année de récession pour la Russie.


Citation :
DANS SA CONFERENCE de presse du 17 décembre 2015, le président de la Fédération de Russie, a repris l’antienne qu’il avait entonnée lors de l’édition 2014 de cet événement médiatique et politique de la fin d’année : “le pire de la crise est derrière nous”. Il y a un an, le 19 décembre 2014 [1], Vladimir Poutine avait en effet annoncé que la crise monétaire, le cours des hydrocarbures et la crise économique trouveraient leur point bas en 2015 et prendrait une orientation favorable pour 2016. Qu’en est-il ? La crise économique russe est-elle en passe de s’achever ? La Fédération de Russie a-t-elle l’appareil productif et les finances publiques nécessaires pour servir son action extérieure particulièrement ambitieuse, en Ukraine et en Syrie évidemment, mais également d’Arctique et en Afrique, dans la Baltique et en Extrême-Orient ?

Moins médiatisées, les données de la Banque mondiale et du FMI ont été publiée presque en même temps que la conférence de presse présidentielle. Elles font état d’une réalité économique moins favorable. Les annonces de Vladimir Poutine sont en grande partie un village Potemkine.

Si la position géopolitique de la Russie a profondément changé en 2015, sa situation économique a, quant à elle, stagné. La Fédération est passée du statut de rival de l’OTAN en Europe orientale à celui d’allié de la France pour lutter contre Daech en Syrie. L’opération militaire russe en Syrie, lancée le 28 septembre 2015 par le président russe du haut de la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU n’a pourtant pas modifié les déterminants fondamentaux de l’économie russe.

Depuis 2009, la Russie consacre une part croissante de ses ressources à la défense : son effort de défense représente plus de 4% de son PIB et plus de 800 000 personnes sont actives sous les drapeaux, avec plus de deux millions de réservistes (le Royaume-Uni, “champion” de l’UE, consacre 2,5% de son PIB). Mais la Russie a-t-elle l’infrastructure financière, budgétaire et économique nécessaire pour porter ses ambitions internationales sur le long terme ? Ou bien est-elle, comme en son temps, l’URSS, un géant géopolitique aux pieds d’argile en matière économique ?


Pour trancher, il est nécessaire :

1. D’abord de rappeler les grands déterminants structurels de l’économie russe des années 2000 et 2010 : c’est une économie de rente, favorisée un temps par les marchés financiers mais à la merci des retournements de la conjoncture mondiale ;

2. Ensuite de faire état des tendances récentes et des prévisions de court terme : la dégradation de la conjoncture en 2014 et 2015 risque fort de se prolonger en 2016 en raison du maintien prévisible de cours bas pour les hydrocarbures, des probables sanctions financières de la part des Occidentaux et de son incapacité à générer une activité économique équilibrée.

Tant que les cours des hydrocarbures resteront bas, que les sanctions européennes, renouvelées le 21 décembre 2015, resteront en place, et que l’appareil productif russe n’aura pas connu une profonde mutation, la Russie subira la même malédiction que l’URSS : elle aura des ambitions géopolitiques supérieures à ses capacités économiques, réelles mais déséquilibrées.


1. Une économie de rente basée sur l’exportation de ressources naturelles, qui ne trouve pas d’autre moteur de croissance

Les déterminants structurels de l’économie russe lui assurent une rente et une taille enviables, mais ces atouts n’ont pas été mis à profit pour lui assurer un second souffle.


1.1. La décennie Poutine des années 2000 est une période de croissance par les exportations : armes et hydrocarbures

La Russie est un pays en transition qui se remet encore des crises récentes qu’elle a traversée. Sa taille la hisse au 9e rang mondial : son PIB représente environ deux tiers du PIB français (2000 Mds US$ en 2014, contre 2 800 Mds US$ pour la France). Sa croissance, constamment autour de 7 % par an entre 1999 et 2008, a depuis flanché. Après l’effondrement de l’économie entre 1990 et 1998, la Russie a bénéficié d’une croissance de rattrapage : le PIB n’est revenu à son niveau absolu de 1990 qu’en 2005.

Bien vue des marchés, la Russie a alors bénéficié d’apports de capitaux (Goldman Sachs invente en 2001 le groupe des BRICS promis à devenir les géants de demain) mais n’a pas saisi l’occasion de ces investissements pour relancer et diversifier son appareil industriel. La crise la fait entrer en récession en 2009, puis après une faible croissance, stagne en 2014 (0.6%) et se contracte à nouveau en 2015 d’environ 4%.

L’euphorie des années 2000 a conforté le pouvoir du président Poutine à l’intérieur mais n’a pas conduit à des réformes de fond : l’économie russe pâtit de faiblesses structurelles révélées au tournant de 2010.

La prospérité apparente repose sur un modèle économique déséquilibré : c’est une économie de rente basée sur l’exportation d’armes et surtout de matières premières (énergétiques et minières) dont elle détient 30% des réserves totales. Sa dépendance aux exportations de produits pétroliers et gaziers est avérée. En 2012, celles-ci représentaient : 16% du PIB, 52% des recettes du budget fédéral, 70% de la valeur des exportations. Le secteur de l’armement est dynamique : la Russie est le deuxième exportateur d’armes au monde en 2015, derrière les Etats-Unis.

La population générale perdu 800 000 personnes par an de 1990 à 2008 pour atteindre le point bas de 142 millions et repartir légèrement à la hausse depuis lors à 146 millions (Crimée comprise [2]) en 2015. Dans le classement de l’ONU des Etats par l’indice de développement humain (IDH, indice synthétique basé sur l’espérance de vie à la naissance, le revenu par habitant et le niveau d’éducation), la Russie se situe dans un groupe intermédiaire en dessous des grands pays de l’OCDE, avec le Venezuela, la Turquie et l’Iran. Avec un indice de 0,798, elle est au 50ème rang alors que la France, avec 0,888 est au 22ème rang.


1.2. L’économie russe est entravée par plusieurs facteurs structurels qui n’ont fait l’objet d’aucune politique publique efficace

La sur-dépendance aux hydrocarbures l’expose à des chocs exogènes : volatilité des cours et retournements de conjoncture mondiale. Ainsi, la crise mondiale de 2008 a réduit la demande et entraîné une contraction du PIB de près de 8% en Russie. De plus, cette dépendance l’expose aux risques de transit notamment via le corridor ukrainien comme en attestent les crises récurrentes (2009, 2014). Enfin, combinée à un appareil économique et administratif opaque, cette dépendance alimente les inégalités et la corruption en raison du poids des oligarques.

La corruption, traditionnelle dans l’économie tsariste puis soviétique (cf. Le Révizor de Nicolas Gogol et Les 12 chaises de Ilf et Pétrov), tient à la place de l’Etat et de l’entourage du Kremlin dans l’économie. La Russie est classée au 136ème rang (sur 174) du classement de Transparency international en 2015. Conjuguée à l’insécurité juridique sur la propriété privée, cela décourage les investissements étrangers et encourage à la fuite des capitaux vers les places financières étrangères (Londres, Dubaï). La Russie a un sous-investissement chronique.

Le sous-développement de son infrastructure bancaire : les systèmes de paiement et d’épargne domestique sont dépendantes des grandes banques étrangères et sont souvent adossés à des groupes énergétiques.

Si la balance commerciale est excédentaire (en moyenne de 8,4% du PIB de 1990 à 2013) grâce aux exportations énergétiques, minières et d’armement, le poids des importations de biens de consommation courante (aliments, meubles) expose la Russie à des dépendances importantes comme en attestent les difficultés d’approvisionnement consécutives aux embargos décrétés sur certaines denrées européennes. En 2013, la Russie a par exemple importé pour 300 Mds US$ de produits alimentaires et de biens manufacturés.

La pauvreté et les inégalités dues à la concentration des revenus et des patrimoines dans les mains des oligarques. Ainsi, de 2014 à 1015, le nombre de Russes sous le seuil de pauvreté est passé de 15 à 23 millions de personnes. Le poids des oligarques est démesuré dans l’économie et la politique russe. Les 100 premiers oligarques concentreraient plus de 30% des richesses du pays.

L’inflation : galopante durant les années 1900 (90% en 1999), elle est restée vigoureuse durant la décennie 2000 en raison de l’afflux de devises issues des exportations : elle s’est maintenue à 10% en moyenne sur la période.


La force apparente du régime Poutine est minée par l’absence de réformes structurelles : la Russie est, en 2015 comme en 1998 et en 2008, à la merci des retournements des cours de matières premières et de la contraction de la demande globale.


1.3. Les finances publiques russes reflètent les déterminants structurels de cette économie.

La dette et le déficit public russes ont été contenus. Ainsi, durant les années 2000, la Fédération a dégagé des excédents budgétaires importants (9% du PIB en 2006 au pic) et a contenu, même en 2014 et 2015 le déficit en dessous de 3% du PIB. De même, la dette de la Fédération de Russie a été réduite de 99% du PIB en 1998, année de crise aiguë, à 22% du PIB en 2015. Pour mémoire, la dette publique, en France, s’élève à 96% du PIB et le déficit à 3,8% du PIB.

Grâce à la manne des hydrocarbures, la Fédération de Russie a constitué des réserves de change importantes : 540 Mds US$ à son pic en 2012, à comparer aux 4 000 MdsUS$ de la République Populaire de Chine. C’est ce qui sert à la Russie pour amortir le choc des sanctions, de la baisse du prix des hydrocarbures et des dépenses sociales.

En particulier, depuis 2009, les dépenses militaires ont crû, tant en matière d’équipements qu’en matière de personnels. De 2010 à 2014, le budget de la défense a doublé. En 2015, l’effort de défense russe rapporté au PIB représente plus de 4% de la richesse nationale. Pour mémoire, il est d’environ 2 % en France. En 2015, les effectifs militaires russes ont atteint 850 000 personnes.

Toutefois, l’extrême dépendance des recettes fiscales à l’égard des exportations d’hydrocarbures et la mobilisation des réserves de change pour maintenir le cours du rouble face aux attaques répétées contre la devise russe mettent les finances publiques russes à l’épreuve. Ainsi, le déficit public aurait été en moyenne de 10% par an sans les hydrocarbures.

En somme, la Russie n’est pas un pays (ré)émergent comme l’Inde et la Chine qui croissent en développant de nouveaux secteurs économiques. C’est une économie rentière, comme l’Arabie Saoudite ou le Venezuela, qui jouit d’une croissance sans développement. Ses perspectives de croissance endogènes sont limitées et précaires. C’est une économie à la merci des retournements des cours des matières premières et des contractions de demande internationale.


2. Les tendances récentes : la dégradation de la conjoncture en 2014-2015 risque de se prolonger en 2016 faute de réformes structurelles


2.1. En 2014 et 2015, la conjoncture économique russe s’est dégradée

Le PIB a stagné en 2014 (+0,6%) et s’est contracté de -3,8% en 2015. Après avoir été difficilement jugulée durant les années 2000, l’inflation est repartie à la hausse en 2014 (+7,8%) et 2015 (15,8%). De même, le taux de chômage est reparti à la hausse et a crû à plus de 8% en 2015. Le rouble s’est déprécié et a fait l’objet d’attaque répétées en raison de la fuite des capitaux depuis 2014 (128 Mds US$ ont quitté le pays en 2014). En particulier, le 16 décembre 2014, le rouble a perdu 20% face au dollar et la bourse de Moscou a subi un mini-krach en perdant 17% de sa capitalisation en un jour. La banque centrale relève alors ses taux directeurs mais décourage ainsi l’investissement domestique. Elle ne peut mener de front trois objectifs : défendre le rouble pour soulager le poids des dettes libellées en devises, juguler l’inflation et favoriser l’investissement.

Les causes de cette dégradation sont de plusieurs ordres.

La baisse des cours des hydrocarbures d’abord : suite aux décisions de l’OPEP, les cours du pétrole ont été divisés par 3 de 2014 à 2015 : mi 2014, le baril de brent était à 120 US$ ; fin 2015, il est à 40 US$. Or budget et perspectives de croissance pour 2015 et 2016 étaient bâties sur un cours à 100 US$ le baril comme l’a rappelé le président Poutine le 17 décembre 2015 lors de sa conférence de presse internationale.

Le cycle des sanctions et contre-sanctions européennes et russes ensuite : les sanctions européennes privent la Russie d’afflux de capitaux dont le pays a un besoin vital ; les contre-sanctions ou embargo suscitent une reprise de l’inflation.

Enfin, les fuites de capitaux privent l’économie d’investissements et affaiblissent la devise nationale en dégradant la balance des paiements courants.

Les conséquences sur les finances publiques russes sont sensibles. Le déficit public s’est creusé en 2015 de -4,5% après des années d’excédent ou de stabilité. Certes, la dette publique est restée contenue mais les dépenses sociales sont dynamiques. Si l’état central souffre encore peu des déficits récents, les collectivités locales ont le plus grand mal à se financer en raison d’un effet de ciseau entre, d’une part, l’augmentation des dépenses sociales et, d’autre part, le renchérissement du crédit. La conjoncture récente (2014-2015) n’a pas entraîné la ruine de l’économie russe. Mais elle a souligné de nouveau (après 1998 et 2009) les fragilités structurelles de l’économie : dépendance à l’égard des exportations énergétiques, non reconversion de son appareil industriel et agricole, instabilité monétaire, inflation endémique, fuite des capitaux, sous-développement financier.


2.2. Perspectives négatives pour 2016 : récession, inflation et baisse de niveau de vie

Lors de sa conférence de presse internationale annuelle du 17 décembre 2015, le président Poutine a annoncé un retour de la croissance pour 2016 grâce au retour des investissements pour retrouver une croissance positive en 2016. Mais ce n’est probablement qu’un voeu, déjà formulé lors de la conférence de presse annuelle du 19 décembre 2014.

Plusieurs éléments assombrissent les perspectives de croissance du PIB et des recettes fiscales pour 2016.

Le PIB devrait se contracter de 0,5% en 2016. La Russie resterait en récession pour une année au moins. La production industrielle est en contraction depuis la fin de 2014 et le restera.

Le rouble reste à la moitié de son cours d’avant la crise ukrainienne et les taux restent élevés. L’instabilité monétaire persistera ainsi que la raréfaction du crédit.

La demande intérieure continue de se contracter (-4 % par an). Il n’y aura pas de relai de croissance par la demande intérieure en raison de l’incapacité de la production nationale à remplacer les importations européennes.

Si la contraction de la demande soulage l’inflation en général, les produits de première nécessité voient eux leur prix continuer à s’envole, pénalisant toujours plus le pouvoir d’achat des Russes : l’inflation des produits alimentaire atteint 17% au mois de décembre 2015.

Les cours des hydrocarbures sont pour l’instant sous les 40 US$. Leur remontée reste conditionnée à un éventuel changement de stratégie saoudienne, regain d’activité mondiale ou une modification profonde de la dynamique aux États-Unis.

Loin de s’alléger, le poids des sanctions est renforcé par les sanctions à l’égard de la Turquie.

Pour 2016, les causes de la récession économique russe (faible prix des hydrocarbures et faiblesse des productions nationales hors énergie) ne varieront pas. Les perspectives de court et moyen terme sont négatives pour l’économie russe : à politique étrangère inchangée et en l’absence de réformes structurelles pour l’économie domestique, la Russie de Poutine sera condamnée à en rabattre sur ses prétentions géopolitiques.

Manuscrit clos le 23 décembre 2015
Copyright Janvier 2016-Bret-Bret/Diploweb.com


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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Mer 28 Sep - 16:59


d'une série intéressante. Je donne le lien sans importer le texte, seulement le chapeau et les cartes. Je précise que Diplo-Web n'a rien à voir avec Le Monde diplo...


3 - L’Ukraine : émergence d’un nouvel État-nation

Laurent Chamontin Diplo-Web le 28 septembre 2016

Citation :
L’Ukraine est un jeune État-nation, auquel l’Empire russe et l’URSS ont légué une forme étatique surplombant la société et peinant à se reconnaître une responsabilité vis-à-vis d’elle. Elle est par ailleurs marquée de plusieurs contrastes qui différencient nettement l’est de l’ouest du pays. Ce contexte a sans doute été pour une bonne part dans le caractère hésitant de la politique étrangère ukrainienne – du moins jusqu’à ce que la dénonciation de l’accord d’association avec l’UE par Viktor Yanoukovitch déclenche la réaction que l’on sait en novembre 2013.

Le Diploweb.com publie un nouveau livre géopolitique signé Laurent Chamontin, Ukraine et Russie : pour comprendre. Retour de Marioupol, éd. Diploweb 2016, ISBN : 979-10-92676-08-2.

L’Ukraine, partie du monde russe ?


Scores de démocratie selon l’ONG américaine  Freedom House  (2015, extrait)


Le clivage Est–Ouest : une réalité


Malgré les oscillations, la progression vers l’Europe

Position des Ukrainiens vis-à-vis de l’Union Européenne et de l’Union Douanière
extrait d’un sondage réalisé par l’Institut International de Sociologie de Kiev en septembre 2013



Position des Ukrainiens vis-à-vis de la Russie
extrait d’un sondage réalisé par l’Institut International de Sociologie de Kiev en février 2014



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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Lun 28 Nov - 20:10


Absent du marché mondial il y a encore quelques années, le pays est aujourd'hui le premier exportateur de blé.

Citation :
Pour la troisième année d'affilée, ses terres donneront plus de 100 millions de tonnes de céréales. Ce n'était jamais arrivé en Russie Grâce à des récoltes abondantes - cette année devrait être la plus importante depuis quarante ans -, le pays est devenu l'an passé le premier exportateur mondial de blé, devant l'Union européenne et les Etats-Unis. Un leadership qui devrait se maintenir très probablement cette saison. Il y a encore peu, la Russie n'était pourtant qu'un acteur parmi d'autres sur le marché international des grains. Il y a quelques jours, lors d'un forum céréalier à Sotchi, le Premier ministre, Dimitri Medvedev, s'en est félicité : « La Russie est redevenue un acteur majeur sur le marché mondial de l'alimentation, comme elle l'était il y a cent ans. » Avant d'ajouter qu'une hausse de la production de céréales « à 130 millions de tonnes par an dans les prochaines années » était un objectif « réalisable ».

Le pays entend jouer un rôle de « stabilisation » à l'échelle planétaire. A l'heure où les terres arables se font plus rares alors que la demande céréalière augmente avec la croissance de la population, Moscou affiche son potentiel.

Une centaine de pays clients de Moscou

« De nombreux marchés émergents, en particulier en Afrique et en Asie, sont en attente des fournisseurs russes », assurait le ministre de l'Agriculture, Alexandre Tkachev, lors du même forum. Le Nigeria, qui sera, d'ici à 2050, le quatrième pays le plus peuplé au monde, aurait ainsi proposé à Moscou de venir cultiver ses propres terres. La Russie dit fournir plus d'une centaine de pays, et souligne que son blé est désormais la base de l'approvisionnement alimentaire de l'Egypte ou de la Turquie.

Son ascension et son ambition préoccupent ses concurrents. D'autant qu'elle peut encore améliorer nettement sa productivité, contrairement à d'autres. Sans compter que la chute du rouble, l'une des conséquences des sanctions imposées par l'Occident, a rendu le blé russe plus compétitif à l'international. Les exportateurs australiens se sont aussi émus de voir la Russie profiter de taux de fret bas, qui permettent aux navires de la mer Noire d'atteindre à peu de frais l'Asie (Vietnam, Indonésie...) jusqu'au Japon.

Les Etats-Unis voient, de leur côté, des pays d'Amérique latine se tourner vers les céréales russes, car la hausse du dollar a renchéri le blé « made in USA ». Le Mexique, qui a vu sa devise plonger face au billet vert depuis l'élection de Trump, cherche ainsi à s'alimenter ailleurs, et la Russie ferait partie des fournisseurs potentiels. Et cette dernière vise d'autres nouveaux marchés comme le Brésil et le Venezuela.

Reste que l'infrastructure logistique russe a du mal à répondre à l'envolée des exportations. Pour l'instant. Car les plus grands négociants de produits agricoles sont tous présents en Russie et ils y investissent à tour de bras.


en relation


Chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Il a publié à l’été 2015 Géopolitique du blé. Un produit vital pour la sécurité mondiale (IRIS Editions/Armand Colin) et à l’automne 2016, avec Mohammed Sadiki, Agriculture et climat. Du blé par tous les temps (IRIS Editions/Max Milo).

Citation :
Le blé est omniprésent dans notre quotidien mais nous n’avons pas suffisamment conscience de son caractère précieux et stratégique. Si son accès est facile dans les pays développés, il reste convoité dans de nombreux territoires qui souffrent d’un déficit structurel à son égard. Le blé est donc à la fois une question géopolitique ancienne, contemporaine et peut-être encore plus problématique à l’avenir, argumente S. Abis dans cet article inédit pour Diploweb.com.

[...]


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MessageSujet: Re: EUROPE Centrale, du Nord et de l'Est : RUSSIE, Ukraine, Crimée, Suède...   Dim 15 Oct - 0:22


Mathieu Boulègue. Analyste spécialisé sur l’espace post-soviétique. Research Fellow pour le programme Russie et Eurasie de Chatham House. Responsable du programme Sogdiane sur l’Eurasie pour le think-tank CapEurope.

Voici une étude époustouflante de maîtrise. Research Fellow de Chatham House, Mathieu Boulègue démontre pourquoi la Russie se retrouve aujourd’hui face à un dilemme pour l’instant insoluble entre coopération et compétition avec LA grande stratégie chinoise de ce début de siècle. Un texte de référence pour comprendre les relations Russie-Chine et les perspectives de chacun de ces acteurs géopolitiques.

Citation :
DEBUT juillet 2017, les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping se rencontraient à Moscou dans le cadre d’une visite officielle de la Chine afin d’approfondir la coopération stratégique entre les deux États. Si, depuis 2015, Beijing et Moscou ont opéré un rapprochement bilatéral d’ampleur, peut-on réellement qualifier leurs relations de « partenariat stratégique » ? En effet, l’exemple des divergences grandissantes entre l’Union Economique Eurasienne [1] (UEE), pilotée par Moscou d’une part, et la Belt & Road Initiative [2] (BRI), gérée par Beijing d’autre part, permet de remettre en question l’aboutissement d’une collaboration réellement « stratégique » sur le long terme. Ainsi, l’apparente « lune de miel » caractérisant en 2017 les relations sino-russes ne saurait cacher les tensions persistantes entre les deux puissances, dont l’exemple le plus probant est en 2017 le caractère a priori irréconciliable de l’interaction entre l’UEE et la BRI.

La première partie de l’article s’attache à démasquer les zones d’ombres de cette « lune de miel » bilatérale afin d’en identifier les principaux points de divergence. La seconde partie rend compte des tensions entre Moscou et Beijing dans le contexte de la recherche d’un couplage entre l’Union Eurasienne et les « Nouvelles Routes de la Soie ».



Source : beltandroad.hktdc.com/en/belt-and-road-basics

I. Des relations bilatérales réellement stratégiques ?

La crise économique et financière qui affecte la Russie depuis 2008 et les conséquences des sanctions internationales contre Moscou marquent l’ouverture d’un réel « tournant » asiatique de la Russie en direction de la Chine – un tournant qui avait été toutefois initié avant 2008 mais qui a été accéléré depuis 2014 [3] et renforcé par la visite d’État du président Poutine en Chine en mai 2014. C’est sur cette nouvelle base qu’il convient d’appréhender la relation bilatérale.

Les relations bilatérales ont également été positivement impactées par l’arrivée au pouvoir du président Xi en 2012, qui semble avoir développé une affinité personnelle notable avec Vladimir Poutine. Le président Xi a d’ailleurs effectué sa première visite officielle en tant que président de la République populaire de Chine (RPC) à Moscou en mars 2013.

A. D’indéniables points de convergence…

Moscou et Pékin convergent globalement sur le sens à donner à leur diplomatie et leurs intentions stratégiques l’une vis-à-vis de l’autre. Ainsi, les relations bilatérales sont officiellement fondées sur les principes d’égalité et de non-ingérence – deux leitmotiv fondamentaux qui tiennent à cœur à la Russie.

La non-ingérence revêt une importance particulière au regard des « points chauds » du moment – entre autres, Ukraine pour la Russie et Vietnam et mer de Chine Méridionale pour la Chine. Sur ces dossiers, les deux États se soutiennent mutuellement et évitent toute critique dans des affaires jugées comme « intérieures ». La non-ingérence dans les affaires internes et externes des États a d’ailleurs fait l’objet d’une caractérisation officielle entre la Russie et la Chine dans le cadre de la Joint Declaration on Promotion and Principles of International Law datant de juin 2016 [4].

La relation sino-russe est également fondée sur un « axe de convenance » [5] basé sur la stabilité stratégique que la Chine insiste pour qualifier de « mutuellement avantageuses ».

Les deux puissances disposent de visions du monde relativement alignées et font part d’un diagnostic du système international concordant : rejet des valeurs libérales et de la démocratie occidentale (et notamment américaine [6]), utilisation de la force ou de la menace de la force pour défendre les intérêts nationaux, etc. Les fondamentaux de leur politique étrangère, à différents degrés, sont par conséquent relativement proches.

La vision commune du système international s’illustre par exemple au travers de la réaction chinoise à l’intervention militaire russe en Syrie depuis septembre 2015 : Beijing a, en effet, largement insisté sur les « bénéfices » liés à l’intervention russe en Syrie dans le cadre de la lutte contre le terrorisme international et le maintien de la stabilité régionale, tout en argumentant – dans le sens de Moscou – que les opérations militaires russes étaient synonyme de l’échec de la politique occidentale au Moyen-Orient [7].

La relation sino-russe est donc « stratégique » au sens premier du terme. Elle est également pragmatique car les deux puissances font en sorte que la coopération ne soit pas affectée par de simples anicroches.

Les deux puissances s’accordent également sur le fait qu’une relation bilatérale bancale vaut mieux qu’une forte présence américaine dans la région, donnant par conséquent un certain vernis (quoique non pleinement assumé) anti-américain et anti-unipolaire à la coopération sino-russe [8]. A titre d’exemple, les deux États ont une concordance de vue sur la question du déploiement du système de défense américain THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) en Corée du Sud.

En ce sens, la relation sino-russe est donc « stratégique » au sens premier du terme. Elle est également pragmatique car les deux puissances font en sorte que la coopération ne soit pas affectée par de simples anicroches ou des tensions non-résorbées [9].

B. … mais également de divergence

Les intérêts nationaux de long terme entre la Russie et la Chine semblent toutefois diverger sur la coloration à donner au « nouveau ordre mondial » [10]. Là où Moscou conçoit les évolutions stratégiques futures dans un monde tripolaire avec la Chine et les États-Unis, Beijing perçoit le système international comme fondamentalement bipolaire avec Washington [11]. En ce sens, la Russie peut être un partenaire de la Chine mais pas LE partenaire privilégié, et encore moins son égal. Cette équation demande par conséquent à Beijing de ménager les susceptibilités russes quant à la réelle « égalité » des relations bilatérales, évitant ainsi d’abuser de sa position dominante grandissante.

La place des États-Unis et de l’Occident dans le système international n’est également pas la même : alors que la Russie cherche clairement à faire contrepoids au monde unipolaire et proposer une vision alternative du système international, la Chine cherche seulement à contrebalancer la puissance occidentale au profit de Beijing, sans toutefois la remettre en question ou la menacer directement, du moins pour l’instant.

Fort est de constater que Moscou semble avoir aujourd’hui plus besoin de la Chine que l’inverse, aussi bien sur le plan économique qu’en matière de recherche de contrepoids diplomatique. En effet, toute vision alternative à l’ordre international tel que voulue par la Russie ne pourra se faire sans l’appui économique et financier de la Chine. En ce sens, Beijing n’a pas d’intérêt réel à former une alliance stratégique formelle avec la Russie [12], au risque de s’aliéner les intérêts américains et multilatéraux ainsi que de mettre en péril sa stratégie de développement par le biais de la Belt & Road Initiative (BRI). Beijing a également été quelque peu refroidi par ce qui est perçu comme l’imprévisibilité de la politique étrangère russe, comme en témoigne son action en Géorgie en 2008 et en Ukraine en 2014.

Au mieux – et faute d’animer une réelle coopération stratégique formelle – les deux puissances forment aujourd’hui une sorte d’entre-deux caractérisé par une « alliance molle » (soft alliance) [13] fondée sur le partage d’intérêts stratégiques communs sur le moyen terme mais sur des visions potentiellement adverses du système international sur le long terme.

C. Les perceptions russes vis-à-vis de la Chine


Face aux points de divergence mentionnés, la Russie conserve vis-à-vis de Beijing une approche pragmatique de la montée en puissance chinoise dans l’espace post-soviétique. En réalité, en matière de perception en politique étrangère, les élites russes parlent de manière croissante de la « menace chinoise » et ont pleine conscience du différentiel de puissance entre les deux États, ce au détriment de la Russie. Moscou estime, officieusement, que « l’axe de commodité mutuel » [14] au niveau économique entre la Russie et la Chine risque de transformer le pays en simple pourvoyeur de matières premières vers la Chine et en simple pays de transit pour les infrastructures ferroviaires de la Belt & Road Initiative.

A grand renfort de média d’État, les élites russes font régulièrement passer le message que la Russie pourrait, à terme, potentiellement perdre une partie de ses territoires dans le Grand Est et en Sibérie, tombés sous le joug d’une hypothétique domination économique puis territoriale chinoise dans une logique « néocoloniale ». La peur de « l’invasion chinoise » dans le Grand Est russe n’est toutefois pas encore confirmée, ni au niveau des investissements chinois dans la région, ni au niveau de l’afflux de travailleurs chinois [15]. Ainsi, cette peur de la prise de contrôle chinoise est employée sciemment par Moscou dans le but de renforcer un imaginaire collectif sinophobe auprès de la population russe, et ce faisant tenter d’opérer une forme de contrepoids idéologique.

L’asymétrie sino-russe au niveau économique, au bénéfice de la Chine, s’est considérablement renforcée avec le « pivot asiatique » russe et la signature de nombreux contrats dans des secteurs clés (énergie, finance, défense, etc.).


A tel point que Moscou doit désormais accepter de manière résignée – mais non sans protestation – d’être le « partenaire junior » [16] d’une Chine économiquement et financièrement dominante dans la région. En effet, à mesure que la Russie effectue elle aussi un « pivot asiatique », elle renforce de facto l’asymétrie de la relation bilatérale au profit de Beijing. Un dilemme aujourd’hui insoluble pour Moscou, faute d’accepter de se retrouver le vassal de la Chine dans son propre « étranger proche » post-soviétique.

L’asymétrie sino-russe au niveau économique, au bénéfice de la Chine, s’est considérablement renforcée avec le « pivot asiatique » russe et la signature de nombreux contrats dans des secteurs clés (énergie, finance, défense, etc.). Depuis fin 2009, la Chine est désormais le premier partenaire commercial de la Russie (10% des échanges) – alors que la Russie n’était que le 16e partenaire de la Chine en 2016 (environ 3% des échanges). Ce faisant, la Russie reste un « petit » partenaire commercial pour la Chine, représentant par là-même un déséquilibre considérable dans les termes de l’échange. A noter que la Chine est également le premier investisseur étranger en Russie, et présente dans toutes les régions russes au travers de participations d’entreprises et de prêts syndiqués de l’Exim Bank et la China Development Bank.

La coopération économique bilatérale vise l’objectif de 200 milliards de dollars d’échange annuels d’ici 2020 – un chiffre qui sera compliqué à tenir : les échanges commerciaux sont passés de 95 milliards de dollars en 2014 à 60 milliards en 2016, corollaire de la baisse de la demande intérieure russe et de la chute du prix des hydrocarbures.

Les divergences mentionnées se retrouvent en 2017 de manière relativement visible dans le cadre de la recherche d’interactions entre l’Union Economique Eurasienne (UEE), portée par Moscou, et la Belt & Road Initiative (les « Nouvelles Route de la Soie ») soutenue par la Chine.

II. L’Union Economique Eurasienne russe et la « Belt & Road Initiative » chinoise : deux projets en inadéquation totale de moyens et d’ambitions

En bien des points, l’année 2015 a été marquée par des événements majeurs dans le cadre du développement des relations sino-russes : entrée en vigueur de l’Union Economique Eurasienne (UEE) le 1er janvier 2015, mise en place des premiers projets de la Belt & Road Initiative (BRI, à l’époque appelée One Belt-One Road) et signature, le 8 mai 2015, d’une déclaration d’intégration de l’UEE et de la Silk Road Economic Belt (voie terrestre de la BRI) par les présents Xi et Poutine.

Malgré les effets d’annonce sur une potentielle coopération (voire intégration) entre les deux projets quasi-messianiques des présidences Xi et Poutine, la réalité est plus complexe et incarne aujourd’hui les points de divergences grandissants entre les deux États.

A. Des finalités et des objectifs fondamentalement opposés


En matière de finalités et de représentations, l’UEE et la BRI n’ont strictement rien de comparable. La liste des divergences est longue mais se résume aisément de manière schématique.


Tableau comparatif de l’UEE et de la BRI : objet, nature, finalités, projection

En résumé, là où l’UEE est une réinterprétation protectionniste de l’Eurasie post-soviétique, la BRI représente une réinvention de la projection de puissance chinoise dans le monde. Là où l’UEE est un vecteur russe avant tout géopolitique mais dont le bras armé géoéconomique est vacillant, la BRI propose une approche fonctionnaliste du régionalisme de manière avant tout géoéconomique.

Au-delà des finalités, les moyens investis et l’impact économique des deux projets sont difficilement comparables. D’un part, l’UEE est probablement à l’heure actuelle la seule union douanière dans le monde dont le commerce intra-zone soit déficitaire, synonyme évident d’un affaiblissement considérable du marché intérieur. En effet, la balance commerciale intra-UEE s’élevait à -11% en 2015 et -25% en 2015 [17]. L’UEE est également indexée à la santé économique de la Russie, Moscou représentant près de 90% du PIB cumulé de l’Union et plus de 60% des exportations intra-zone.

Face à cette asymétrie grandissante, tant au niveau économique que politique, l’un des points de friction potentiels entre la Russie et la Chine pourrait se concentrer dans les années à venir sur la façon de réconcilier l’UEE et la BRI et de les faire interagir.

La plupart des projets d’intégration plus poussés au sein de l’UEE (marché commun de l’énergie, monnaie commune, etc.) sont pour l’instant retardés et Moscou n’hésite pas à utiliser l’Union comme une arme de pression politique contre ses membres. Croulant sous le poids de problèmes structurels non-résolus (« guerre douanière » entre la Russie et le Kazakhstan sur fond de droits de douanes de l’Union, moratoire sur les droits de douane pour le Kirghizstan, tensions intra-UEE, désaccords politiques, etc.), l’Union Eurasienne pourrait rapidement devenir le cinquième projet d’intégration régionale post-soviétique mort-né…

D’autre part, la Belt & Road Initiative (BRI) – et notamment son volet terrestre de la Silk Road Economic Belt – représente un potentiel total d’investissements estimé, du moins sur le papier, à plus de 21 000 milliards de dollars, soit environ la moitié du PIB mondial actuel. En ce sens, la BRI sert réellement à ventiler l’importante hyper-accumulation d’excédents financiers chinois, représentant par là-même un projet fondamentalement géoéconomique. Toujours est-il que le commerce entre la Chine et l’espace post-soviétique a été multiplié par 10 en moins de 10 ans, passant de 5 milliards de dollars en 2005 à plus de 50 milliards en 2014.

Au-delà du commerce pur, la BRI dispose d’armes financières telles que la China Development Bank (jusqu’à 900 milliards de dollars investis dans 65 pays jusqu’en 2049), le Silk Road Fund créé en novembre 2014 (40 milliards de dollars d’investissements pour promouvoir les investissements privés le long du tracé de la Silk Road Belt) ou encore la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), créée en octobre 2014 et disposant d’environ 50 milliards de dollars de capitalisation pour les projets labélisés Routes de la Soie.

Face à cette asymétrie grandissante, tant au niveau économique que politique, l’un des points de friction potentiels entre la Russie et la Chine pourrait se concentrer dans les années à venir sur la façon de réconcilier l’UEE et la BRI et de les faire interagir.

B. Une logique d’interaction complexe à mettre en œuvre…

Le 9 mai 2015, la Russie et la Chine signaient un accord de coopération portant sur la coordination du développement des relations entre l’UEE et la BRI, prévoyant même de mettre en place une future zone de libre-échange (ZLE) commune avec la Chine. La volonté d’interaction entre les deux projets a depuis été confirmée en juin 2016 par le président Vladimir Poutine, appelant de son souhait la création d’un « grand partenariat eurasiatique » [18], puis en août 2016 lors de la signature d’un Comprehensive Eurasian Partnership, scellant la collaboration officielle entre l’UEE et la BRI sur la base de la connectivité et la recherche de projets communs considérés comme mutuellement bénéfiques [19]. De manière relativement schématique, la Russie a besoin des infrastructures de transport pour développer l’UEE, les pays récipiendaires (et plus particulièrement la région centrasiatique) ont besoin des investissements BRI et la Chine a besoin des débouchés pour ses excédents financiers.

Marqué par une froideur initiale en 2013 quant à toute forme d’interaction avec le projet BRI, Moscou a depuis opéré un volte-face relativement spectaculaire, prenant même les devants de la coopération dès 2015. Entre temps, la Russie a probablement compris que les bénéfices réels de l’interaction avec le projet chinois dépassaient les risques. De plus, le Kremlin a probablement intégré que la meilleure façon de conserver son influence en Eurasie serait de rééquilibrer son rôle dans la région tout en s’accommodant (et en accommodant) les ambitions chinoises.

Malgré la volonté officiellement assumée de faire interagir les deux projets, la logique de couplage ne semble pas fondée sur les mêmes intentions. En effet, les réticences mutuelles sont nombreuses à collaborer sur une base plus approfondie. Les suspicions mutuelles se ressentent, côté russe, quant aux intentions chinoises avec les projets BRI et côté chinois quant à la rationalité économique (si ce n’est la viabilité à long terme) de l’UEE.

Pour la Chine, le territoire russe n’est qu’un incrément et un vecteur logistique parmi tant d’autres (...)


De manière plus concrète, l’hyper-régulation normative imposée par l’UEE s’accommode mal avec la souplesse des projets Routes de la Soie proposés par la Chine. La BRI ne représente en cela qu’une « agence de régulation » financière et n’existe pas comme entité supranationale – contrairement à l’Union Eurasiatique. Aussi, la politique de régulation extrême de l’UEE représente autant de blocage pour la BRI : existence de quotas en matière de politique commerciale, régulations techniques complexes, politique anti-trust et anti-dumping, etc. De plus, le protectionnisme commercial inhérent à l’UEE empêchera, sur le long terme, la mise en place d’une zone de libre-échange avec la Chine.

Pour la Chine, le territoire russe n’est qu’un incrément et un vecteur logistique parmi tant d’autres, d’autant plus que la Russie n’est pas une finalité en soi mais un pays de transit vers les marchés de consommation européens. Au final, la Russie a conscience qu’elle a plus besoin de la BRI que l’inverse n’est vrai. A Moscou de réaliser son propre « lobbying » pour que le territoire russe ne soit pas le grand absent des tracés ferroviaires de la Silk Road Economic Belt et pour que la Russie reste malgré tout un pays de transit continental entre la Chine et les espaces de consommation européens.

Beijing préfère évoluer dans un cadre strictement bilatéral plutôt que de passer par une structure supranationale institutionnalisée. Face à l’UEE, la Chine avance des accords bilatéraux avec ses États membres (notamment centrasiatiques) plutôt que d’utiliser l’Union comme une plateforme de négociation régionale. Autant de « portes de sortie » et d’échappatoires pour les États membres de l’UEE face à la Russie. Au final, les deux projets semblent pour l’instant « incompatibles conceptuellement  » [20].

C. … et des perspectives de couplage de plus en plus limitées

Au regard de la complexe interaction entre l’UEE et la BRI, la Russie craint que son projet multilatéral ne se retrouve, à terme, « noyé » au sein des projets Routes de la Soie. En 2017, le Kremlin fait par conséquent face à un dilemme encore non résolu entre coopération et compétition plus poussées avec la BRI dans le sens où trop de compétition pourrait pousser la Chine a complètement ignorer la Russie dans les tracés des corridors terrestres de la BRI alors que trop de coopération impliquerait un démantèlement des barrières douanières protectionnistes qui permettent pour l’instant à l’UEE d’exister face au commerce chinois.

Plutôt que de se retrouver ceinturée (le jeu de mot est facile…) par la Chine, la Russie pourrait tenter de faire contrepoids aux avancées des projets BRI dans son « étranger proche » post-soviétique par différents moyens de pression.


Moscou doit toutefois se résigner face à l’idée que la Russie n’est plus en mesure d’enrayer la montée de l’influence chinoise dans la région face à une Union Eurasienne en berne. En effet, il convient de rappeler que la Russie reste, au mieux, un client et un utilisateur de la Silk Road Economic Belt parmi d’autres et non pas un prescripteur de son évolution. La Chine dispose par conséquent, jusqu’à preuve du contraire, de la capacité de faire participer ou à l’inverse d’ignorer le territoire russe en matière de développement logistique des Routes de la Soie. L’inverse n’est pas vrai, la Chine réalisant déjà des projets labélisés BRI dans les États membres de l’UEE.

Plutôt que de se retrouver ceinturée (le jeu de mot est facile…) par la Chine, la Russie pourrait tenter de faire contrepoids aux avancées des projets BRI dans son « étranger proche » post-soviétique par différents moyens de pression. En premier lieu, Moscou se sert de la plateforme de l’Organisation de Coopération de Shanghai [21] (OCS) pour tenter d’opérer un balancier multilatéral. C’est en partie le sens à donner à l’élargissement de l’OCS à l’Inde et au Pakistan en 2015. Le problème est que le statut exact de l’OCS dans l’architecture UEE/BRI n’est pas encore réglé.

En deuxième lieu, la Russie pourrait tenter de bloquer certaines initiatives chinoises sous label BRI dans les pays de l’Union Eurasienne en insistant pour que les projets chinois adoptent les régulations et standards de l’UEE au préalable de toute coopération. L’Union Eurasienne pourrait donc potentiellement devenir une sorte d’arme de chantage géoéconomique permettant de contenir les avancées chinoises dans « l’étranger proche » russe.

Face à ces problèmes d’interaction, Moscou fait son possible pour (littéralement) éviter de rater le train en marche et de se rassurer quant aux intentions chinoises de faire coopérer l’UEE et la BRI.

En troisième et dernier lieu, Moscou compte probablement de servir des avancées chinoises dans la région afin que les États post-soviétiques opèrent une forme de balancier au profit de la Russie dans le but de limiter l’influence chinoise. Il en va ici de la « question chinoise » en Asie centrale, dans le Caucase et en Europe de l’Est, corollaire de la dichotomie entre sinophobie culturelle et « sino-optimisme » économique.

Face à ces problèmes d’interaction, Moscou fait son possible pour (littéralement) éviter de rater le train en marche et de se rassurer quant aux intentions chinoises de faire coopérer l’UEE et la BRI. Si l’acceptation de l’UEE par la Chine est primordiale pour Moscou, et Beijing l’a bien compris, l’inverse n’est pas vrai : la Chine n’a pas fondamentalement besoin du territoire russe pour pérenniser les tracés des Routes de la Soie.

Beijing utilise pour l’instant la rhétorique de la connectivité et du couplage entre les deux projets ainsi que les bénéfices économiques mutuels, ne serait-ce que pour ne pas froisser la sensibilité russe et rassurer le Kremlin que les deux puissances jouent bien sur un pied d’égalité. La question est de savoir pour combien de temps encore [22]. En effet, l’acceptation, purement symbolique, de la place de l’UEE dans l’écosystème BRI pourrait être renversée sur décision chinoise.

La Chine se garde également de devenir un acteur sécuritaire trop présent, notamment en Asie centrale, afin de ne pas empiéter de manière visible sur le « partage des tâches » implicite entre les deux États dans la région centrasiatique. A moins que Beijing ne soit un jour obligé d’intervenir militairement afin de protéger ses investissements et sécuriser ses infrastructures Routes de la Soie en cas d’impact sécuritaire majeur en Asie centrale. La question finira peut-être par se poser un jour…

Conclusion

Il est encore trop tôt, fin 2017, pour affirmer que les « Nouvelles Routes de la Soie » seront le fossoyeur de l’Union Eurasienne, destinée à être progressivement « absorbée » dans un carcan collaboratif « à la chinoise ». Il est également encore trop tôt dans la genèse des deux projets phares russe et chinois du XXIe siècle quelle forme exacte prendra leur inévitable intrication. Toujours est-il que la Russie se retrouve aujourd’hui face à un dilemme pour l’instant insoluble entre coopération et compétition avec LA grande stratégie chinoise de ce début de siècle. Au mieux, Moscou pourra compter sur une « interdépendance asymétrique » [23] vis-à-vis de la Chine mais aura de plus en plus de mal à faire valoir ses intérêts dans la région couverte par la Silk Road Belt – au risque d’accélérer sa vassalisation économique puis stratégique, corollaire de l’apparition de considérations sécuritaires déjà palpables.

Les tensions grandissantes dans la relation bilatérale pourraient s’incarner, dans les mois à venir, en contrepoint de la difficile interaction entre l’Union Eurasienne et la Belt & Road Initiative. Des axes de coopération possibles demeurent et pourraient être exploités dans les années à venir à mesure que la coopération entre l’UEE et la BRI devient une question critique. On peut par exemple citer la possibilité d’inscrire les deux projets au-delà d’une logique commerciale pure afin de les faire interagir du point de vue du marché du travail, des investissements croisés, des coopérations industrielles, etc. Aussi, Moscou et Beijing pourraient faire interagir leurs projets respectifs afin de réaliser un contrepoids aux divers projets américains et tenter de réorienter les termes de l’échange mondiaux à leur avantage.

Comme souvent, les relations interétatiques ne sont que le reflet des perceptions que les États ont d’eux-mêmes et de leur marge de manœuvre sur l’échiquier mondial. De ces perceptions entre la Russie et la Chine dépendra en grande partie la nature de l’équilibre stratégique mondial à venir.

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