PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mer 27 Jan - 9:07



La Grèce et Israël renforcent leur coopération en matière de défense french.xinhuanet.com 2016-01-27

Citation :
ATHÈNES, 26 janvier (Xinhua) -- Le ministre de la Défense grec Panos Kammenos et son homologue israélien, Moshe Ya', en visite à Athènes, ont signé mardi une déclaration commune visant à renforcer la coopération bilatérale dans le domaine de la défense et ont exhorté les pays voisins à rejoindre ''l'axe du bien'', contre le terrorisme.

Aux termes de l'accord, les deux parties renforceront leur collaboration en échangeant du renseignement contre-terroriste et en participant à des exercices conjoints, selon un communiqué de presse publié par le ministère grec de la Défense.

Dans leurs déclarations faites devant la presse après leur réunion, les deux ministres ont appelé la Turquie, en particulier, à participer aux efforts multinationaux visant à lutter contre le fondamentalisme islamique.

"Notre objectif est de créer un axe de la sécurité qui s'étendra d'Israël à Chypre et à la Grèce et, pourquoi pas, plus au nord, jusqu'en Bulgarie, et plus au sud, vers l'Égypte et la Jordanie,'' a dit M. Kammenos, selon le communiqué de presse.

Pour sa part, M. Ya'alon a mis en garde contre les risques d'attentats terroristes en Europe susceptibles d'être perpétrés par ''un réseau complexe de terroristes, en possession d'armes légales de destruction massive.''

La réunion d'Athènes a précédé d'un jour la convention du Conseil de coopération de haut niveau Grèce-Israël qui se tiendra mercredi à Jérusalem. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras conduira les débats d'une équipe de dix ministres sur la coopération bilatérale dans plusieurs domaines.

Jeudi, M. Tsipras et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou se rendront à Chypre pour participer au nouveau sommet trilatéral avec le président chypriote Nicos Anastasiades


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Jeu 28 Jan - 12:57

après les news de la tiédeur grecque hivernale, d'autres de la douceur hispanique sans panique

de Syrisa en Podemos
et de la pulpe à l'épluchure
c'est plus cher et plus sûr !


World Socialist Web Site
Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

Espagne : Podemos fait pression sur le PSOE pour former un nouveau gouvernement par Alejandro López et Paul Mitchell
wsws 28 janvier 2016

Citation :
« Notre volonté est de ne pas entrer dans un gouvernement dirigé par le PSOE ». C’est ce qu’avait dit le chef de file de Podemos, Pablo Iglesias, après les élections régionales de mai 2015. Neuf mois après, à la suite de l’élection législative du 20 décembre, Podemos augmente sa pression sur le Parti socialiste (PSOE) pour former un gouvernement.

Un gouvernement de coalition comprenant le PSOE et Podemos est l'une des possibilités laissées par le résultat indécis de l’élection du 20 décembre qui a fait éclater un système bipartite espagnol vieux de plusieurs décennies. Celle-ci a produit un parlement sans majorité avec 123 sièges pour le Parti populaire (PP), 90 pour le PSOE, 69 pour Podemos, 40 pour le parti de droite Citoyens, deux à la Gauche unie (UI) dirigée par les staliniens, et 25 pour divers partis nationalistes régionaux.

En conséquence, aucun parti ne peut former seul un gouvernement et une crise politique s’est ouverte. Un rapport sur l'Espagne qui sera publié en février par la Commission européenne va probablement avertir qu’une incapacité durable à former un gouvernement « pourrait ralentir le programme de réformes et déclencher une perte de confiance et une dégradation du climat du marché ». Ces préoccupations ont forcé le roi Felipe VI à intervenir, à un degré sans précédent pour la monarchie des temps modernes, afin de négocier une solution et d'organiser, hier, une nouvelle série de pourparlers avec tous les chefs de parti.

Les discussions précédentes se sont terminées le 22 janvier, le premier ministre par intérim Mariano Rajoy (PP) déclinant l'offre officielle du roi de former un nouveau gouvernement: il avait été incapable d'obtenir le soutien du PSOE pour une grande coalition entre le PP, le PSOE et Citoyens. Le même jour, Iglesias disait aux journalistes à l’issue de ses entretiens avec le roi qu'il était prêt à former un « gouvernement progressiste » avec le PSOE et IU, dont Pedro Sánchez le leader du PSOE serait premier ministre et lui vice-premier ministre.

Iglesias fit suivre son offre d’un article, « Le gouvernement du changement», paru dans le quotidien pro-PSOE El País. Il y écrit, « pour la première fois, il est possible de former un gouvernement pluraliste et progressiste en Espagne, suffisamment détaché des pratiques passées pour assurer la mise en œuvre d'un programme de sauvetage social dans les 100 premiers jours de gouvernement ». Il demande au PSOE de reconnaître que « nous ne pouvons pas décevoir ces 11 millions d'électeurs qui, en aucun cas, ne veulent que le PP continue à gouverner ». Pour les électeurs du PSOE, un gouvernement PSOE-Podemos était « la meilleure garantie que leur parti ne les laisse pas tomber de nouveau ».

Pour faciliter un accord avec le PSOE, Podemos a aussi reculé par rapport à sa demande de tenue d'un référendum sur l'indépendance de la Catalogne. Le numéro deux du parti, Iñigo Errejón, a dit que le parti était toujours favorable à un référendum mais était ouvert à des alternatives. Iglesias a proposé la création d'un nouveau ministère de « la plurinationalité» dirigé par Xaiver Domenech, chef de la faction catalane de Podemos, En Comú Podem.
Malgré son intention de se subordonner au PSOE en étant vice-premier ministre, Iglesias a dit que Podemos devrait avoir la moitié des ministères dans un gouvernement de coalition. Il a également déclaré qu'il « ne croyait pas » à un soutien de Sanchez comme premier ministre « sans entrer dans le gouvernement ».

C’était là une référence au Portugal, où le Bloc de gauche (BE) de la pseudo-gauche et du Parti communiste soutiennent, de l'extérieur, un gouvernement minoritaire du Parti socialiste (PS). Le PS a fait passer en force le renflouement de la Banque en faillite Banif qui coûta €2,2 milliards à l’Etat; il a présenté pour acceptation à l'Union européenne un budget 2016 qui imposera davantage d'austérité aux travailleurs portugais.

Si Iglesias a exprimé son soutien au gouvernement PS portugais, appelant sa politique « ferme et courageuse, » son intention est clairement de ne pas laisser Podemos en dehors d'un gouvernement semblable en Espagne, qui jouerait le rôle joué par BE au Portugal. Il est prêt à occuper un poste dans un gouvernement dirigé par le PSOE et à lui fournir une couverture de «gauche» alors qu’il s’apprête à attaquer la classe ouvrière.

Après l'expérience du BE au Portugal et surtout l'imposition de l'austérité en Grèce par le gouvernement dirigé par Syriza, un allié clé de Podemos, c’est maintenant au tour de Podemos de se déclarer franchement comme défenseur de l’ordre bourgeois hostile à la classe ouvrière. Il se révèle sans le dire ouvertement comme un allié politique du PSOE, parti de longue date du capital financier qui a soutenu de nombreuses guerres de l'OTAN et des mesures d'austérité impitoyables négociées avec l'Union européenne.

Podemos tente de masquer le caractère réactionnaire de son projet d'alliance avec le PSOE derrière la feuille de vigne de quelques propositions symboliques d'en finir avec les mesures d'austérité les plus impopulaires et les plus scandaleuses. Il appelle toujours à quelques mesures limitées et ambiguës, telles que d’empêcher l’expulsion d’emprunteurs de leur domicile par les banques « sans avoir proposé une alternative d’hébergement ».

En Grèce, le gouvernement Syriza avait également proposé des mesures sociales similaires, et en a adopté quelques-unes, mais il a imposé en quelques semaines des coupes brutales dans les dépenses publiques et les retraites, les privatisations et les hausses d'impôts exigées par la troïka (UE,FMI et BCE) et continue de le faire.
Iglesias a soutenu Syriza depuis son entrée en fonction en janvier 2015, défendant ses mesures d'austérité comme «malheureusement, la seule chose qu'il pouvait faire ».

Le 24 janvier, Iglesias et Sánchez ont eu une conversation téléphonique de 20 minutes au cours de laquelle, selon El País, les deux dirigeants étaient en désaccord sur le temps qu’il fallait pour commencer des négociations. Iglesias a insisté pour qu’elles démarrent le plus tôt possible alors que Sánchez voulait attendre. Sanchez a également reproché à Iglesias son annonce du 22 janvier après sa rencontre avec le roi.

Malgré la cour agressive que Podemos fait au PSOE, il reste des obstacles majeurs à la formation d'un gouvernement PSOE-Podemos. La marge de manoeuvre de Sánchez est pratiquement nulle. La proposition d’Iglesias de devenir vice-premier ministre et que Podemos prenne la moitié des ministères est basée sur le fait que Podemos a obtenu 20,7 pour cent des voix (5.189.463) un peu moins que le PSOE (22 pour cent, 5.530.779 voix). De récents sondages montrent aussi que la majorité des partisans du PSOE préfère un pacte avec Podemos plutôt qu'avec le PP, et que Podemos battrait le PSOE si des nouvelles élections devaient avoir lieu, le PSOE rétrogradant à la troisième place.

Une faction du PSOE conduite par la dirigeante du parti en Andalousie, Susana Díaz, appelle à un gouvernement de grande coalition avec le PP. Les principaux dirigeants du PSOE, dont l'ancien Premier ministre Felipe González et l’ancien vice-premier ministre Alfredo Pérez Rubalcaba sont farouchement opposés à tout accord avec Podemos qu’ils ont traité de « menace pour l'unité espagnole ». On parle de déposer Sánchez et de scission dans le parti.

Ces factions du PSOE indiquent que si Sánchez devait accepter de former un gouvernement avec Podemos et l’UI, il manquerait toujours au PSOE 15 sièges pour une majorité absolue. Le parti des Citoyens a dit qu'il s’opposerait à tout gouvernement comprenant Podemos, ce qui signifie que le PSOE aurait besoin d’accords avec deux ou plusieurs partis nationalistes et indépendantistes de Catalogne et du Pays Basque.

Le nouveau gouvernement régional catalan fait avancer sa « feuille de route » pour une sécession d’avec l'Espagne dans les prochains 18 mois et pour la création de nouveaux organes d'Etat catalans dont un ministère fiscal et une « banque publique ». Il fait également la cour à l'Union européenne et aux institutions financières pour faire pression sur Madrid en promettant qu’une Catalogne indépendante serait mieux placée pour se conformer aux exigences de la troïka.

(Article paru en anglais le 27 janvier 2016)


moralidad : no se debe confundir Pomelo y Podemos


à chacun selon quoi ?

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Jeu 4 Fév - 23:19

Crise migratoire en Allemagne : entre manipulations et instrumentalisation‏
Asma Mechakra Investig'action 5 février 2016

Quelles sont les raisons qui ont poussé les réfugiés venant du Moyen Orient à se déplacer en masse préférentiellement vers l'Allemagne ? Est-ce qu'il y a eu instrumentalisation des violences attribuées aux migrants en Allemagne ? Selon deux études analysant le contenu du réseau social twitter, il y a eu d'une part une manipulation orchestrée depuis les Etats-Unis, l'Angleterre et d'autres pays pour inciter les réfugiés à se diriger vers l’Allemagne et d'autre part, une exploitation des violences survenues dans ce pays pour mener une campagne contre Angela Merkel.

Citation :
Vladimir Shalak est chercheur à l’académie russe des sciences. Il a voulu comprendre la raison du flux migratoire sans précédent vers l’Allemagne. Ayant développé un système d’analyse du contenu de Twitter, le chercheur a utilisé cette méthode pour collecter les tweets comportant le hashtag "réfugiés" (#Refugees). Après suppression des retweets, 19000 tweets ont été rassemblés. Ensuite, la fréquence d’association de ce mot avec les pays européens suivants : Autriche, Belgique, Bulgarie, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Roumanie, Serbie, Slovaquie, Suède et Ukraine a été étudiée. Résultat : l’Allemagne est associée à ce hashtag dans la moitié des messages.


En analysant le contenu des messages associés à l’Allemagne, la majorité des messages (93%) faisaient l’éloge de l’hospitalité du peuple allemand et de leur politique vis-à-vis des réfugiés. Quelques exemples : "Lovely people - video of Germans welcoming Syrian refugees to their community" Des gens adorables - vidéo d’Allemands accueillant les réfugiés syriens dans leur communauté

"Respect ! Football fans saying "Welcome Refugees" across stadiums in Germany" Respect ! Des fans de football affichant une banderole de "Bienvenue aux réfugiés" dans les stades allemands.

"‘We love Germany !,’ cry relieved refugees at Munich railway station" Réfugiés en pleures soulagés à la gare de Munich :‘On aime l’Allemagne’... etc. Remarquant la redondance du hashtag "Bienvenue aux réfugiés" (#RefugeesWelcome), le chercheur a analysé de nouveau le contenu de twitter pour étudier l’association entre ce message et les différents pays susmentionnés. Résultats : 5704 tweets collectés et toujours l’Allemagne en tête avec 76.8%.


La provenance des tweets contenant le hashtag #RefugeesWelcome to Germany (localisation des comptes associés lorsqu’il est possible de les identifier) a été analysée et, bizarrement, plus du tiers des tweets proviennent des Etats Unis et de leur allié de toujours, l’Angleterre. Ils souhaitent la bienvenue aux réfugiés en Allemagne plus que les Allemands eux-mêmes.


Une analyse plus poussée a permis au chercheur de déterminer si ces comptes appartiennent véritablement à des personnes ou s’ils sont gérés par des netbots (réseau de machine zombies). Par exemple, 40 netbots provenant des Etats-Unis ont été identifiés le 27 Aout 2015 : @changing_news, @changing_news1 jusqu’à @changing_news39. Ils ont posté simultanément le même tweet à 8h00m33s : « A new welcome : Activists launch home placement service for refugees in Germany and Austria #News #Change #Help » (Une nouvelle bienvenue : Les activistes lancent un service d’hébergement pour les réfugiés en Allemagne et en Autriche). Ces tweets ont ensuite simultanément disparu.

Le 1er Septembre à 22h30m37s, le même groupe de netbots publie le même tweet en ajoutant seulement des lettres majuscules : « A New Welcome : Activists Launch Home Placement Service For Refugees In Germany And Austria #News #Change #Help ».

Un autre groupe de 50 netbots, tous créés en Australie le 14 Février 2014 dans un intervalle de temps très restreint, publie le même message le 31 Août 2015 à 17h26m08s : « #hot Football Fans in Germany Unite with ‘Refugees Welcome’ Message #prebreak #best » (Le message "Bienvenue aux réfugiés" unit les supporters allemands).

Encore 95 autres netbots appartenant à un certain "Media for Social and Cultural Impact" (Texas, Dallas, Etats-Unis) ont publié le 1er Septembre 2015 à 07h29 le tweet suivant : « German Soccer Fans Welcome Refugees Amid Ongoing Crisis : As Europe faces the challenge of a wave of migration". (à l’heure où l’Europe doit relever le défi d’une vague de migration, les supporters de football allemands souhaitent la bienvenue aux réfugiés malgré la crise). Inutile de préciser que ces tweets ont été partagés de façon exponentielle sur twitter.

Dans sa seconde étude, suite aux violences attribuées aux migrants en Allemagne, Vladimir Shalak s’est intéressé à la campagne anti Merkel sur les réseaux sociaux.


Cette carte montre la relation entre les comptes ayant publié des messages contenant le hashtag #ArrestMerkel (Arrêtez Merkel) et la mention “Merkel Has To Go” (Merkel doit partir). Le hashtag provient originellement de deux comptes majeurs : @Trainspotter001 et @AmyMek. Il a par la suite été largement repris et diffusé sur twitter.


La localisation de ces comptes n’est pas indiquée mais l’analyse montre une activité minimale entre 7-15h GMT (heure moyenne de Greenwich), ce qui correspondrait aux fuseaux horaires américains du Pacifique ou à celui des Rocheuses. Le compte @Trainspotter001 a posté 27000 tweets depuis mars 2015 (88 tweets par jour en moyenne) tandis que le compte @AmyMek en a posté 27000 depuis 2012. A titre comparatif, le compte twitter de la CNN, créé en février 2007, a émis pendant ses 9 ans d’existence 74306 tweets avec une moyenne de 23 tweets par jour. Pour le chercheur il n’y a aucun doute, ces comptes sont des netbots.


Trois grands comptes visibles sur la carte ci-haut : @Genophilia (107K tweets depuis septembre 2012 soit 87 tweets par jour avec le message suivant sur son compte), @jjauthor (300 messages par jour depuis 2010) et @LadyAodh (une autre blonde dénonçant le “génocide blanc” depuis 2015) sont tous des netbots basés aux Etats-Unis.

Selon l’auteur de ces deux études : "twitter sert d’arme pour influencer. Ce réseau social a été utilisé pendant "les révolutions de couleur" ainsi que les "révolutions arabes" pour inciter les gens, surtout les jeunes, à renverser les gouvernements en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Libye... Dans ce dernier pays, twitter a également été utilisé par l’OTAN pour coordonner l’action militaire contre Kadhafi. Un certain nombre de comptes spéciaux se chargeaient d’envoyer les informations. Par exemple, un inconnu sur son chameau envoie un tweet géolocalisé après avoir vu plusieurs chars de l’armée de Kadhafi, puis rentre tranquillement chez lui. Peu après, l’OTAN lancera des missiles sur ces chars. Cette fois, twitter est utilisé comme outil pour influencer le déplacements des masses dans d’autres pays".

Derrière ces grandes campagnes psychologiques sur twitter, il y a eu indéniablement une volonté d’influencer le flux migratoire des réfugiés vers l’Allemagne et une exploitation des violences attribuées aux migrants contre Angela Merkel. Mais, existe-t-il un rapport entre les deux campagnes ? Qui est l’auteur de ces manipulations et quel agenda se cache-t-il derrière elles ? Impossible de donner une réponse définitive.

Dans l’obsession des Etats Unis de dominer le monde, cherche-t-on la déstabilisation de l’Allemagne et la soumission complète de Merkel ? C’est une hypothèse éventuelle. Même si la chancelière allemande n’est pas une grande anticapitaliste, loin s’en faut, sa relation n’a pas toujours été au beau fixe avec les Etats-Unis -du moins publiquement-, notamment après la surveillance de ses appels téléphoniques par la NSA (agence de sécurité nationale).

Par ailleurs, sur fond de réintégration de la Crimée à la Russie et sous pression étasunienne, Angela Merkel a imposé avec ses partenaires européens des sanctions contre la Russie, même si celles-ci allaient contre l’intérêt de leurs propres pays. Elle a cependant maintenu le contrat visant à construire la 2ème phase du gazoduc Nord Stream, au grand dam de certains.

Ces manœuvres sur twitter ne sont pas sans conséquences : près de 40% des Allemands souhaitent le départ d’Angela Merkel à cause de sa politique concernant la crise migratoire, après que sa popularité ait atteint des niveaux records une année plus tôt, et ce, en décalage avec la gestion réelle des vagues de demandeurs d’asile en Allemagne (accueil, logement et recensement d’environ 1,1 million de demandeurs d’asile pour la seule année 2015).

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Sam 6 Fév - 15:50


Une grève générale dégénère en incidents violents en Grèce

publié par Associated Press le jeudi 04 février 2016 à 10h31.

Une grève générale dégénère en incidents violents en Grèce


ATHÈNES, Grèce — Des dizaines de milliers de personnes ont participé à des manifestations antigouvernementales dans les rues d'Athènes, jeudi, pour dénoncer une réforme des régimes de retraite

Citation :
La police dit que quelque 40 000 personnes ont manifesté pacifiquement avant que des affrontements sporadiques entre policiers et émeutiers n'éclatent près du parlement et ailleurs au centre de la ville.

La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades de surpression pour repousser des dizaines d'émeutiers cagoulés. Des vendeurs de rue, des touristes et des badauds se sont enfuis en courant quand la violence a éclaté. Un journaliste a été hospitalisé après avoir été attaqué par des émeutiers, mais il n'aurait pas été blessé grièvement.

Des manifestations ont aussi eu lieu dans une dizaine d'autres villes du pays. Des fermiers au volant de leurs tracteurs ont notamment participé au mouvement.

Les syndicats dénoncent la réforme des régimes de retraite imposée par le troisième plan de sauvetage international accordé à la Grèce. Le gouvernement de gauche veut augmenter les contributions pour éviter de devoir réduire les montants versés, mais plusieurs estiment que certains travailleurs pourraient alors perdre les deux tiers de leurs salaires en contributions et en taxes.

L'opposition à ces réformes provient de tous les secteurs de la société et mobilise aussi bien des fermiers que des chauffeurs de taxi ou encore des ingénieurs, des avocats et des médecins.

La grève générale de jeudi est la plus importante depuis que le gouvernement de coalition du premier ministre Alexis Tsipras a été élu il y a environ un an.

Des vols ont été annulés; les services de traversiers et de transport en commun ont été paralysés; des écoles, des tribunaux et des pharmacies ont été fermés; et les hôpitaux devaient fonctionner avec des effectifs réduits au minimum.

Des fermiers ont continué à bloquer les autoroutes avec leurs tracteurs, contraignant les automobilistes à de longs détours.


Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

Grèce : grève massive de 24 heures contre les mesures d’austérité de Syriza Robert Stevens WSWS 6 février 2016

Jusqu'à 50.000 travailleurs ont défilé à Athènes jeudi lors d’une grève générale de 24 heures qui a vu l’une des plus grandes mobilisations contre l'austérité en Grèce ces derniers temps
.

Citation :
La grève témoigne de la colère explosive dans la classe ouvrière contre la politique d'austérité actuellement imposée par le gouvernement Syriza (‘Coalition de la gauche radicale’). Un an seulement après être arrivé au pouvoir avec la promesse de s'opposer aux demandes rapaces de l'UE et du FMI, le parti salué par les groupes de la pseudo-gauche partout dans le monde est un objet de haine et de mépris.

Un rassemblement a aussi eu lieu à Thessalonique, la deuxième ville de Grèce, et dans d'autres villes dont Patras, Larissa et la capitale de la Crète, Héraklion.

La grève, appelée par les fédérations syndicales du secteur privé (GSEE) et du secteur public (ADEDY), s’opposait à la diminution brutale des retraites imposée par Syriza à la demande des créanciers internationaux de la Grèce.

Syriza est résolu à sabrer dans les dépenses de retraite à hauteur d'un pour cent du PIB (1,8 milliard d’euros) cette année afin de recevoir de nouveaux prêts de sauvetage de l'UE. Il prévoit de réduire la retraite maximum de l’Etat de 2.700 euros mensuels à 2300 euros et de mettre en place une retraite minimum de base garantie de seulement € 384. Certaines retraites pourraient être réduites de jusqu'à 30 pour cent, cela alors que les gouvernements successifs ont déjà réduit les retraites onze fois depuis 2010. Syriza compte éliminer aussi progressivement le paiement d’allocations complémentaires aux retraités d’ici 2019.

Les coupes dans les retraites sont un élément central du programme d'austérité imposé par Syriza. Cette semaine, les responsables de la « troïka » (UE, BCE et FMI) sont arrivés à Athènes pour y rencontrer le ministre du Travail George Katrougalos dans un hôtel du centre, fortement protégé par la police pendant la grève, et où ils ont discuté les coupes dans les retraites.

L'appel à la grève a rencontré une réponse puissante. Les vols intérieurs ont été cloués au sol, la plupart des transports en commun d’Athènes étaient paralysés; les trains et les tramways étaient totalement arrêtés et les ferries sont restés à quai. La grève a entraîné la fermeture des écoles, des tribunaux et des pharmacies, tandis que les hôpitaux publics fonctionnaient avec le seul personnel d'urgence. Les marins du syndicat maritime PNO ont rejoint la grève et ne devaient pas reprendre le travail avant aujourd’hui. Les travailleurs indépendants, y compris les avocats, les notaires, les chauffeurs de taxi et les ingénieurs ont également fait grève.

Les journalistes avaient débrayé avant la grève, coupant toutes les émissions d’actualités audiovisuelles. Les sites web ont été privés de mise à jour d’information et la presse écrite n’est pas parue jeudi.

La colère ressentie par des millions de travailleurs, de jeunes et de retraités était palpable à la manifestation d’Athènes. Parlant de son attitude envers Syriza, le retraité Nikos Ghinis a déclaré à Reuters: « Ils devraient être pendus ici, sur la place Syntagma. Je reçois 740 euros par mois pour 40 ans de travail. ... Je suis (à la manifestation) ici pour mes enfants et petits-enfants ».

Une délégation de travailleurs de la Santé portait une grande banderole représentant une infirmière bossue avec une canne et l’inscription: «Voilà la retraite à 67 » une référence au prolongement de l'âge de départ à la retraite imposé par Syriza.

Syriza a répondu à l’opposition croissante à son programme d'austérité avec la même brutalité que les gouvernements sociaux-démocrates et conservateurs qu'il a remplacés. Alors que la manifestation s’approchait de la place Syntagma, la police anti-émeute a attaqué les manifestants avec du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes.

La grève générale est l'aboutissement de semaines de contestation durant lesquelles il y eut des grèves et des manifestations presque tous les jours. Les marins ont lancé un certain nombre de grèves reconduites. Le 28 janvier, les travailleurs des collectivités locales ont occupé les mairies pendant une grève. Au début du mois, des milliers d'avocats avaient défilé à Athènes pendant une grève illimitée contre les coupes dans les retraites.

Ces dix derniers jours, les agriculteurs ont à plusieurs reprises bloqué les principaux axes routiers ainsi que des dizaines d'autres routes dans le pays. Environ 6.000 tracteurs ont pris part aux manifestations, entraînant des bouchons massifs aux passages des frontières. Les agriculteurs se réuniront demain pour discuter de l'élargissement de leurs actions dans le but de paralyser tout le pays.

Ils demandent au gouvernement de retirer ses projets de loi sur les coupes dans le financement de la sécurité sociale et ses mesures fiscales punitives. On estime que certains agriculteurs pourraient perdre jusqu'à 80 pour cent de leur revenu. Les hausses d'impôts sont fixées afin de recueillir 350 millions d’euros pour les créanciers de la Grèce.

Malgré sa réponse massive à un appel pour s’opposer à Syriza, la classe ouvrière est toujours confrontée à d'immenses défis, surtout celui de tirer les conclusions politiques et stratégiques nécessaires de la faillite des syndicats et des partis de «gauche» existants.

Syriza est arrivé au pouvoir en promettant une fin à l'austérité sociale et des changements dans le cadre de l'Union européenne, puis il a trahi ses promesses et imposé des coupes continues malgré un « non » écrasant au référendum sur l'austérité qu'il avait lui-même organisé. Le rôle des syndicats dont les responsables sont en grande partie affiliés à Syriza, au PASOK social-démocrate ou au Parti communiste grec stalinien (KKE), n’est pas moins cynique.

ADEDY a dit des plans de Syriza que, « Le projet de loi réactionnaire peut et doit être bloqué grâce à la puissance d’un soulèvement populaire de tous les travailleurs ..."

Le GSSE a dit: «Il n'y a pas de retour en arrière dans la lutte et nos demandes ne sont pas négociables; des allocations durables de sécurité sociale, sans réductions, des emplois et des retraites pour des générations. »

Ce ne sont là que des mensonges et des fanfaronnades creuses. Le bilan des sept dernières années est la preuve irréfutable que les syndicats sont hostiles à un soulèvement de la classe ouvrière et sont prêts à négocier pratiquement toute attaque sociale exigée par l'UE et la bourgeoisie grecque.

Depuis le début de l’actuelle campagne d’austérité en Grèce, suite à l'élection en 2009 du gouvernement PASOK dirigé par George Papandreou, les syndicats ont appelé à plus de 40 grèves générales. Leur but est de dissiper la colère accumulée, tandis que la bureaucratie syndicale veille à ce que les mesures d'austérité aillent de l'avant. Le résultat a été le plus grand assaut sur ​​le niveau de vie des travailleurs en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, à part l'effondrement économique qui a suivi la dissolution de l'URSS en 1991.

Les travailleurs ont besoin de nouvelles organisations de lutte et surtout de nouveaux partis politiques en Grèce et dans le monde, qui arment la classe ouvrière d’une perspective de lutte révolutionnaire. Le point de départ nécessaire est une étude du bilan du World Socialist Web Site et du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI). La déclaration du CIQI, Les leçons politiques de la trahison de Syriza en Grèce, tire les leçons essentielles de l'expérience stratégique que la classe ouvrière grecque et internationale a traversé avec Syriza.

Mais dans la mesure où Syriza et les syndicats réussissent à bloquer l'opposition depuis la gauche à leur politique, ils ouvrent la voie à la droite politique pour qu’elle exploite le désespoir social de masse en Grèce et crée un puissant mouvement d'extrême-droite.

La Grèce reste embourbée dans la récession, le chômage est toujours à 25 pour cent et bien au-dessus chez les jeunes. La Commission européenne a été forcée de reconnaître cette semaine que l'économie grecque serait la seule de l'Union européenne à se contracter cette année.

Dans le cas des agriculteurs, la direction de la protestation est entre les mains de Kostas Alexandris, l'un des agriculteurs les plus prospères de Grèce. Un autre personnage clé de ce mouvement est Stergios Litos, le président des Agriculteurs indépendants de Visaltia et député de droite de Nouvelle Démocratie depuis janvier 2015. En août, il faisait partie d'une

délégation du Comité national des agriculteurs qui s’est entretenue avec le dirigeant fasciste d’Aube dorée Nikolaos Michloliakos dans son bureau du parlement.

(Article paru en anglais le 5 février 2016)

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mer 10 Fév - 15:12



En Allemagne, l'enfer des femmes réfugiées dans les centres d'accueil  Annabelle Georgen Slate, 09.02.2016


À Berlin, le 26 décembre 2015, Tobias Schwartz AFP

Citation :
Les témoignages alarmants se multiplient

Environ deux-tiers des réfugiés qui arrivent aujourd'hui aux portes de l'Europe sont des hommes. La part des femmes est encore plus faible parmi les réfugiés originaires des pays arabes. Une fois arrivées en Allemagne, où de nombreux centres d'accueil ont ouvert ces derniers mois à travers le pays, elles se retrouvent esseulées au milieu d'une population majoritairement masculine. La plupart d'entre elles ne se sentent pas en sécurité dans ces centres d'hébergement mixtes dans lesquels plusieurs agressions sexuelles ont déjà été rapportées.

Le quotidien Der Tagesspiegel a rencontré une réfugiée qui a été victime d'un viol dans le centre d'accueil de la ville d'Eisenhüttenstadt, dans le Brandebourg, et qui vit désormais dans une maison réservée aux femmes victimes de violences. Il y a un mois, deux hommes que Vivian Mabura (prénom et nom changés) décrit comme étant «originaires d'un pays islamique» sont entrés dans sa chambre à 4 heures du matin, lui ont plaqué la main sur la bouche pour l'empêcher de crier et l'ont violée: «Ils étaient très jeunes. Comment ont-ils pu faire ça? Je pourrais être leur mère! Dans mon pays, ce serait impensable», explique la réfugiée. Elle a tout de même attendu plusieurs heures avant de prévenir un des membres du personnel du centre d'accueil, parce qu'elle avait «honte», explique-t-elle au quotidien.

Promiscuité

Les associations allemandes qui viennent en aide aux femmes victimes de violences dénoncent depuis plusieurs mois ces agressions sexuelles dont sont victimes les réfugiées dans les centres d'accueil. La plupart d'entre elles ne portent pas plainte, parce qu'elles ont honte, craignent les représailles, sont livrées à elles-mêmes ou ne connaissent tout simplement pas leurs droits. D'après l'Office fédéral de police criminelle, seules 2% des plaintes concernant les délits qui ont été commis dans les centres d'hébergement à travers l'Allemagne se réfèrent à des agressions sexuelles.

Il y a quelques mois, l'hebdomadaire dénonçait la promiscuité dans les centres d'accueil pour réfugiés:

Citation :
Les hommes, les femmes et les enfants doivent dormir les uns à côté des autres durant des mois dans des hangars, des tentes et des couloirs. Les salles où se trouvent les douches et les toilettes sont souvent mixtes. Il manque des lieux où se retirer, des rideaux, des pièces que l'on peut fermer.

Plusieurs viols et même des cas de prostitution forcée ont été rapportés à l'automne dernier au centre d'accueil de Gießen, dans le Land de la Hesse. Plusieurs associations travaillant auprès des réfugiés avaient alors adressé une lettre ouverte aux porte-paroles sur les droits des femmes des différentes groupes politiques siégeant au Landtag de la Hesse, dans laquelle ils attirait l'attention sur les conditions effroyables dans lesquelles vivaient les réfugiées. Le Huffington Post Deutschland en rapportait un extrait:

Citation :
Les femmes rapportent qu'elles, mais aussi des enfants, ont été violés ou exposés à des agressions sexuelles. Beaucoup de femmes n'enlèvent donc pas leurs vêtements pour dormir. Les femmes rapportent souvent qu'elles ne vont pas aux toilettes la nuit parce qu'il y a eu des agressions et des viols sur le chemin menant aux toilettes et dans les toilettes. Même en journée, traverser le camp est pour beaucoup de femmes une situation anxiogène.

Le problème des dortoirs mixtes

À peine sont-elle parvenues à échapper à l'enfer de la guerre, ces femmes vivent un nouveau cauchemar. Et le personnel et les bénévoles qui encadrent ces centres d'accueil peuvent eux aussi représenter un danger. Le quotidien Die Welt rapportait il y a quelques mois l'enfer que vivait et vit peut-être toujours Jochebed, une Iranienne de confession chrétienne qui a dû fuir son pays, laissant derrière elle son job de manager, son mari et son bel appartement à Téhéran. La jeune femme résidait alors dans le centre d'accueil pour réfugiés de Luckenwalde, dans le Brandebourg, où elle était confrontée quotidiennement à des agressions sexuelles:

Citation :
Les hommes du centre d'accueil essaient de mettre la main entre ses jambes, de toucher ses cheveux. C'est pourquoi chaque matin, Jochebed attend toujours que la famille qui dort dans la chambre d'en face sorte et les suit dans le couloir. Lorsque Jochebed a parlé de ses problèmes à un des employés du centre d'accueil, il lui a promis de faire quelque chose pour elle, et lui a caressé longuement le bras. Jochebed essaie depuis de l'éviter lui aussi.

Dans une tribune publiée dans le quotidien de gauche Die Tageszeitung, la femme de théâtre égyptienne Nora Amin s'insurge contre le concept d'hébergement mixte, qu'elle estime totalement inadapté aux réfugiés de culture arabe:

Citation :
Les dortoirs mixtes sont impensables selon les représentations morales arabes. Ils sont perçus à tort comme une invitation à l'indécence. Comment une femme qui a grandi avec ces règles peut-elle se rendre dans une salle de bain où elle tombera peut-être sur un homme en train d'uriner devant elle? Est-ce que les gens qui sont responsables de l'hébergement des réfugiés ont conscience qu'ils ont à faire à une culture dans laquelle l'unique forme de sexualité autorisée entre homme et femme a lieu dans le cadre du mariage? Nous rendons-nous compte que nous faisons vraiment souffrir les femmes avec ce type d'hébergement? Et ce alors que la plupart des femmes qui arrivent ici sont déjà traumatisées.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Ven 19 Fév - 16:45


le retour du grand méchant Fakir:barouf !


détournement Patlotch

WSWS
Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)


Qu’y a-t-il derrière le mouvement « Démocratie en Europe » de Varoufakis ? Ulrich Rippert WSWS 19 février 2016

Au début de la semaine dernière, l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a accueilli avec des gestes grandiloquents et traînant dans son sillage un énorme cortège de journalistes ceux qu’il avait invités au congrès fondateur d’un nouveau mouvement européen « pour la démocratie ». Son objectif était, a-t-il dit en annonçant l’événement, « le salut de l’Europe ».

Citation :
La réunion a eu lieu dans l’historique théâtre de la Volksbühne à Berlin, situé place Rosa Luxembourg. Les billets d’entrée avaient tous été vendus des semaines à l’avance.

A une conférence de presse, le matin du 9 février, plus d’une centaine de journalistes de nombreux pays différents s’étaient entassés dans la salle. Ils ont applaudi Varoufakis à la fin de sa déclaration. Le lendemain, lors de l’émission-débat télévisée de Sandra Maischberger, l’ancien ministre des Finances a pu présenter ses points de vue à un public de plusieurs millions.

Au congrès, sur la tribune assombrie, seul un étroit faisceau de lumière éclairait Varoufakis. La substance de son discours d’ouverture était inversement proportionnelle à cette spectaculaire mise en scène. Le discours, qui dura une heure, était un ramassis de banalités.

« Soit l’Union européenne sera démocratisée, soit elle s’écroule! » s’est-il écrié en appelant à l’établissement de « réseaux pan-européens » de mouvements, d’artistes et d’intellectuels de gauche pour contrecarrer le « cauchemar » que représentaient les « bureaucrates européens incompétents, » les lobbyistes, l’Euro-groupe, les banquiers, les « magnats de la presse », les « experts » et Frontex.

Varoufakis, qui a joué un rôle clé dans le gouvernement Syriza en imposant à la population grecque les brutales mesures d’austérité de l’UE et du gouvernement allemand, une trahison politique qui cherche sa pareille, proclame maintenant son empressement à démocratiser et à humaniser les institutions de l’UE.

Pense-t-il vraiment que tout le monde a oublié ce qui s’est passé entre janvier et juillet l’an dernier? Il y a un an, il avait annoncé de manière tout aussi pompeuse que le gouvernement Syriza renégocierait tous les accords conclus avec les institutions de l’UE et qu’en aucun cas il n’accepterait les diktats de Bruxelles et de Berlin.

Ce qu’il en fut est bien connu. Syriza et Varoufakis ont réagi à toutes les exigences de Berlin et de Bruxelles par des reculades et puis en acceptant. Pour masquer sa complicité avec l’UE, il avait fait le clown durant les négociations avec l’UE. Il avait refusé de porter une cravate, de rentrer sa chemise dans le pantalon et joué dans l’ensemble le rôle du mauvais garçon.

En juillet dernier, il avait organisé, de concert avec le premier ministre Alexis Tsipras, un référendum frauduleux dans le but d’imposer les mesures d’austérité. Immédiatement après que la population eut rejeté les mesures d’austérité de l’UE par un « non » retentissant, le gouvernement Syriza a renié ses engagements et accepté d’appliquer un programme d’austérité draconien aux conséquences dévastatrices.

La démission ultérieure de Varoufakis en tant que ministre des Finances ne changea rien. Elle faisait partie de l’escroquerie et de l’assujettissement de la Grèce aux diktats de Bruxelles et de Berlin. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, et les institutions de l’UE avaient réclamé sa démission en sus de l’acceptation du programme d’austérité.

Plus tard, Varoufakis a déclaré publiquement que le référendum avait été une manœuvre cynique et que lui et Tsipras avaient escompté un faible taux de participation et un « oui » au scrutin afin de justifier leur capitulation devant l’UE.

L’évocation de la démocratie par Varoufakis mettra en colère des millions de travailleurs en Grèce et partout en Europe. Jamais auparavant, la classe ouvrière n’a été trahie par un gredin politique prétentieux de manière aussi éhontée.

Varoufakis sait très bien que l’UE est l’instrument par lequel l’aristocratie financière européenne et internationale exerce son pouvoir et sa dictature. Au même titre que les conseils d’administration de Deutsche Bank ou de la Banque centrale européenne, elle ne peut être démocratisée.

L’élément central de sa politique en Grèce était la subordination du pays à l’UE et c’est toujours le cas aujourd’hui. Son bavardage prétentieux à propos de la démocratie et des droits civiques sert uniquement de couverture à sa défense de l’UE et à son hostilité envers la classe ouvrière.

Les participants rassemblés à la Volksbühne en sont parfaitement conscients. Et pourtant, on l’a fêté et salué par de longs applaudissements. Son cynisme et son arrogance, ses courbettes vers le haut et ses coups de pied vers le bas ont bien sûr plu à ses fans.

« Sommes-nous radicaux? » a demandé Varoufakis à son auditoire. « Absolument, », a-t-il dit. « Nous sommes très radicaux. On n’est jamais trop radical quand on a raison. »

Parmi ses « propositions radicales » il y avait entre autre: pour résoudre la crise européenne un appel à la démocratisation des institutions de l’UE et à davantage de transparence; son mouvement pour la démocratie, appelé DiEM25 (Démocratie en Europe – Mouvement 2025), s’adresse à toutes les « forces progressistes », même et surtout aux libéraux, a-t-il souligné.

L’ancien ministre des Finances a ensuite exposé ses « trois étapes de la réforme de l’UE. »

La première étape immédiate était que toutes les futures réunions du Conseil européen et de l’Eurogroupe soient retransmises en direct sur Internet.

La deuxième étape était qu’en l’espace d’un an « tous les problèmes relevant de l’Etat » – la migration, la dette, le retard de l’investissement, la pauvreté et le secteur bancaire – soient « européanisés. » Lui et le DiEM25 soumettraient sous peu des propositions détaillées à ce sujet.

Troisièmement, d’ici deux ans, de nouveaux traités européens devaient être négociés lors d’une sorte d’assemblée constituante composée de délégués issus de tous les pays de l’UE. Les nouveaux traités entreraient en vigueur en 2025.

Appréciant les applaudissements comme une pop star, Varoufakis a ensuite annoncé quinze orateurs.

La première fut Katja Kipping, la présidente du parti La Gauche (Die Linke), qu’il a introduit comme étant la « fleur de la politique allemande. »

Venait ensuite, grâce à un lien vidéo, l’ancienne ministre française du Logement, Cécile Duflot. Celle-ci fut suivie par le député du parlement allemand Diether Dehm, Elsa Köster de Blockupy Allemagne, Angela Richter, la directrice du théâtre de Cologne, et une longue liste de parlementaires de l’UE. La bureaucratie syndicale était représentée par Hans-Jürgen Urban, membre du directoire d’IG Metall.

Ulrike Beate Guérot, présentée comme une politologue, fut une oratrice typique. Elle est la fondatrice et directrice du « European Democracry Lab » à Berlin et participe, selon ses propres dires, activement à l’avenir de la démocratie européenne. Il ne s’agit là que d’une des nombreuses institutions et initiatives universitaires, politiques et culturelles généreusement financées dans le cadre de l’UE ou dans la mouvance de la politique européenne.

Les orateurs et les membres de l’auditoire ont clairement indiqué quel était le véritable contenu du nouveau « mouvement pour la démocratie et pour sauver l’Europe. »

Varoufakis est le représentant d’une couche particulière de profiteurs de l’UE, qui sont depuis des années établis dans divers projets relatifs à l’UE et sont royalement rémunérés grâce à différents pots de financement de l’UE. Ce jet set communautaire à gros revenu est étroitement lié aux institutions de l’UE et aux 40.000 bureaucrates bien payés de l’UE à Bruxelles dont les décisions l’affectent.

Cette périphérie nantie de l’UE, qu’on retrouve dans les domaines politique, culturel et scientifique et qui inclut la bureaucratie syndicale et son système de comités d’entreprise, se sent menacée par la crise croissante de l’UE et est soucieuse de défendre ses privilèges.

C’est ce qui caractérise le DiEM25. Derrière la défense de l’UE se cache principalement la défense de ses propres prérogatives et privilèges. Elle considère l’éclatement de l’Union européenne et le retour aux frontières nationales comme une menace à sa position privilégiée.

« L’Europe va-t-elle éclater? » C’est la question que posait la semaine dernière le quotidien économique allemand Handelsblatt, en citant le directeur du bureau berlinois du Conseil européen des relations étrangères (ECFR) qui, au vu des profonds désaccords sur la politique des réfugiés et des crises économiques et sociales dans de nombreux pays, avait déclaré, « l’Europe est confrontée à un test crucial. »

C’est avant tout la crise sociale qui prend des formes de plus en plus dramatiques. Avec 26 millions de chômeurs officiels, une montée en flèche du chômage des jeunes et une pauvreté qui ne cesse de croître, les tensions sociales atteignent un point de rupture.

Varoufakis et son DiEM25 réagissent en défendant agressivement leur position sociale. Il est frappant qu’ils ne soulèvent pas, dans leur manifeste, la moindre revendication sociale. Au lieu de cela, ils déclarent qu’il faut de surmonter le « manque de stratégie cohérente en matière de politique étrangère et d’immigration ainsi que de lutte contre le terrorisme ».

Le Mouvement pour sauver l’UE de Varoufakis complète la politique de l’impérialisme allemand. La chancellerie allemande projette elle aussi de mobiliser les sections privilégiées de la petite bourgeoisie pour mener les attaques sociales, appliquer des mesures d’Etat policier et entreprendre le réarmement militaire au nom de la défense de l’UE.

C’est pourquoi à Berlin on a déroulé le tapis rouge pour Varoufakis et on l’a adulé dans les rédactions et les talk-show. Ce n’est pas un hasard si Gesine Schwan, qui par deux fois a brigué, comme candidate préférée du Parti social-démocrate allemand, le poste de président de la République (2004 et 2009) assistait à la cérémonie de fondation de DiEM25.

(Article original paru le 15 février 2016)


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Ven 19 Fév - 19:31


reçu d'un correspondant, qui commente en français, une vidéo d'Oviedo :


Citation :
Une rencontre avec la FADE (hé oui, car il faut se les fader : Fédération Asturienne Des Entrepreneurs) boycottée par les étudiants de la Fac d'Oviedo (Asturias) de" Stop aux Expulsions" (Stop a los desahucios) et de "Estudiantes por la justicia social".

ça fait plaisir de voir les "mafieux" de la FADE sortir le la salle sous les cris de "la mafia hors de la Fac".



Sindicatos de estudiantes y la PAH gritan “ladrones y explotadores” a representantes de la patronal en una charla en la Universidad  19 febrero 2016


Citation :
El encuentro comenzó con la presentación de los ponentes y cuando se dio el turno de palabra a Pablo Junceda, estas organizaciones empezaron a gritar y a abuchear a los miembros de la mesa y acto seguido, la organización tomó la decisión de suspender el acto.

La Plataforma de Afectados por la Hipoteca (PAH) junto a diferentes colectivos de estudiantes han suspendido este miércoles un acto celebrado en la facultad de Economía y Empresa de la Universidad de Oviedo en la que participaban el director general del banco SabadellHerrero, Pablo Junceda, el subdirector general de Banca de Empresas, Manuel Menéndez, el presidente de la Federación Asturiana de Empresarios (FADE), Pedro Luis Fernández, y el presidente del Club Asturiano de Calidad, Alberto Martínez.

El encuentro comenzó con la presentación de los ponentes y cuando se dio el turno de palabra a Pablo Junceda, estas organizaciones empezaron a gritar y a abuchear a los miembros de la mesa y acto seguido, la organización tomó la decisión de suspender el acto. Según el representante de la PAH Miguel Ángel García, esta protesta fue organizada por diferentes colectivos de estudiantes y su objetivo era “denunciar la legitimidad que da la Universidad de Oviedo a unas personas que han desahuciado a miles de familias”, además ha explicado que la FADE “colabora con la precaridad laboral y estas entidades se permiten el lujo de hablar de la crisis como que los demás somos los culpables” de la recesión. Asimismo, durante la protesta uno de los miembros de la Asamblea de Estudiantes en Lucha ha señalado que “el anterior presidente de FADE está en la cárcel” y esto hizo que el presidente de esta federación le recriminase sus palabras, según García.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mar 8 Mar - 0:00


Podemos mieux que Syrisa

Podemos cherche le grand amour Ludovic Lamant Blog Médiapart 6 mars 2016

Le socialiste espagnol Sanchez vient de perdre les deux votes sur son investiture. Podemos, qui craint d’être désigné responsable du blocage, a mis au point ces derniers jours un récit très fleur bleue qui en surprendra plus d’un, prônant un « accord du baiser »…

Citation :
A l’approche des législatives de décembre, le mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias avait déjà adouci sa manière de communiquer. Pour enclencher sa « remontada » (sa « remontée » dans les sondages), il s’était lancé dans une campagne qu’il voulait « généreuse ». Dans les débats et les meetings, Iglesias était apparu moins coupant, plus souriant, plus inclusif aussi (partageant la scène avec ses alliés régionaux). La formation née en 2014 a finalement décroché une troisième place, à quelques encablures du parti socialiste. Un succès qui semblait hors de portée encore un mois plus tôt.

Deux mois et demi après les législatives, l’Espagne n’a toujours pas de gouvernement. Et Podemos est menacé d’isolement. Comme le PP (droite), il a voté contre, à deux reprises, l’accord PSOE - Ciudadanos (le nouveau parti de centre-droit), qui devait permettre à Pedro Sanchez de prendre la tête de l’exécutif. Iglesias a tapé très dur contre le PSOE mercredi, et sa stratégie d’un accord avec Ciudadanos (plutôt qu’avec eux). Si les élections se répètent (scénario à l’heure actuelle le plus probable, mais pas encore certain), Podemos risque d’apparaître, aux yeux de quelques-uns (en particulier auprès des ex-votants socialistes qui avaient choisi Podemos en décembre dernier), comme une formation trop peu conciliante, pas assez pragmatique. Les dirigeants du PSOE vont aussi lui reprocher d’avoir maintenu le « vieux PP » au pouvoir et d'avoir empêché le « changement ».

Pour contrer ce risque, Iglesias et ses proches, qui n’en sont pas à leur première leçon de communication politique, en font des tonnes. Leur récit, ces derniers jours, consiste à mettre en scène, par-delà les critiques qu’ils lancent contre le PSOE sur le fond, un début de romance avec les socialistes… L’opération a commencé mercredi en fin de journée au Congrès des députés, avec ce qui ressemble à une vraie performance (voir la vidéo ci-dessous). Les porte-paroles des groupes se succèdent pour donner avis sur le programme de Sanchez. A l’issue de l’intervention de Xavier Domènech, son allié catalan à la tête de la « confluence » En Comú Podem 3, Iglesias se lève et, tellement enthousiaste, lui donne un baiser sur la bouche. La scène fait le tour des réseaux sociaux. Si l’on en croit 3 les deux élus, ce ne fut pas prémédité. Domenech a expliqué qu’« il n’y a pas de plus belle image pour dire leur fraternité ». Le regard mi-subjugué mi-effrayé de l’actuel ministre de l’économie PP Luis de Guindos, au second rang sur les photos, n’est pas non plus passé inaperçu.


L’acte deux se déroule le jeudi soir à la télé. El Intermedio, programme phare de La Sexta (lointain équivalent, en plus offensif, du Petit Journal de Canal Plus), pose une question futile à certains nouveaux député-e-s à la sortie de l’hémicycle: ont-ils, ou elles, croisé, parmi les 350 député-e-s, des personnes qui les attiraient? Et il se trouve que oui: la députée PP Andrea Levy 3, que l’on n’attendait pas là, reconnaît face caméra qu’elle serait bien preneuse du numéro de téléphone - ou plutôt du WhatsApp - d’un député Podemos aux cheveux longs, dont elle ne connaît pas encore le nom… Elle parle de Miguel Vila, qui se dit flatté, dans la foulée, sur Twitter.

On s’en moque totalement, certes. Sauf que Pablo Iglesias commence par s’en amuser, dans le même programme télé du jeudi soir (au passage: La Sexta, fut la première grande chaîne à inviter régulièrement Iglesias dans ses programmes, début 2014). Quand on lui rapporte l’histoire, il prévient d’abord, en rigolant, qu’il est partant pour « jouer les entremetteurs ». Toujours à l’aise avec les références venues de la culture populaire, il leur dédicace ensuite une chanson d’un groupe de rap engagé, Los Chikos del Maíz (qu’Iglesias adore: il a déjà publié un livre d’entretien 3 avec son leader, Nega, peu avant le lancement de Podemos): « Ma copine est de droite ».

Surtout, Iglesias va faire allusion à ce début d’idylle dans son intervention du lendemain, au Congrès - c’est le troisième acte de la romance (qui laisse penser que tout cela a peut-être été prémédité…). Ce jour-là, Pedro Sanchez se soumet à un deuxième vote sur son investiture, et chaque porte-parole doit, à nouveau, justifier son vote. Iglesias veut à la fois confirmer que Podemos s’opposera à un gouvernement PSOE-Ciudadanos, une fois encore, mais souhaite aussi relancer les négociations avec le PSOE dans la foulée (vidéo ci-dessous). Il revient sur l’épisode du baiser avec Domenech, qu’il qualifie de geste « perturbateur »: « Depuis, la politique espagnole est en train de se réchauffer », en référence explicité à l’affaire Levy-Vila. Iglesias se tourne enfin vers Pedro Sanchez, et lui lance cette réplique qui a fait le bonheur des JT: « Il y a de l’amour dans l’air. Pedro, il ne reste plus que toi et moi ». Et Iglesias de conclure: « Espérons qu’à partir de ce soir, nous parvenions à construire un accord qui pourrait s’appeler l’accord du baiser ».


Sur le fond, rien n’a changé. Podemos est loin d’avoir lâché sur les points durs de sont programme. Et l’accord conclu entre PSOE et Ciudadanos devrait rester le document de référence autour duquel va évoluer le débat des jours à venir, si l'on en croit InfoLibre 3 (site d'info indépendant partenaire de Mediapart en Espagne) - ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour Podemos. En attendant, Iglesias bouscule les codes au Congrès. Il semble surtout bien s’amuser. Dans un texte publié sur El Diario 3, un éditorialiste argentin fait le rapprochement entre le baiser Iglesias-Domenech et l’arrivée de Carolina Bescansa, co-fondatrice de Podemos, avec son nouveau né dans les bras, à la première séance de janvier au Congrès 3. Mais il reste sceptique sur la portée de l’épisode : « C’est ça, la nouvelle politique ? C’est neuf, oui, parce que cela reprend des codes de la télé-réalité en politique. Mais ce n’est pas de la politique », tranche-t-il. Le débat reste grand ouvert.


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Sam 12 Mar - 19:22


Europe : Tsipras sous l'orage, Laurent dans le rang

Alexis Tsipras: «Un monstre grandit en Europe»

12 mars 2016 | Par christophe Gueugneau

Le premier ministre grec est à Paris. Il devait rencontrer François Hollande samedi. Vendredi soir, à l’invitation du PCF, il a participé à une réunion avec d’autres représentants de la gauche des gauches européennes. L’occasion de dénoncer la gestion européenne d'une double crise, économique et des réfugiés.

Citation :
L’invitation est tombée tardivement. Jeudi, les journalistes étaient conviés par le PCF à assister le lendemain 11 mars à une conférence de presse commune entre le premier secrétaire Pierre Laurent, le premier ministre grec Alexis Tsipras, l’eurodéputée du Bloc de gauche portugais Marisa Matias, l’écologiste allemande Ska Keller et le coordinateur fédéral d’Izquierda Unida (le parti Gauche unie espagnol) Cayo Lara. Tsipras est à Paris pour assister – un peu malgré lui, semble-t-il – samedi à une réunion des dirigeants sociaux-démocrates européens, organisée par François Hollande à l’Élysée.

Le communiqué de l'Elysée sur la rencontre de samedi
Citation :
À l’agenda du président français, l’ordre du jour du raout élyséen est pour le moins abscons. Aucun nom précis ne vient expliciter cette « réunion des chefs d’État et de gouvernement socio-démocrates européens ». Il faudra un coup de fil puis un mail pour avoir une liste des invités. Au rang des chefs d’État et de gouvernement, on compte Alexis Tsipras donc, mais aussi Matteo Renzi (Italie), le chancelier autrichien Werner Faymann, le nouveau premier ministre portugais Antonio Costa ainsi que son homologue maltais Joseph Muscat. Sont également annoncés le vice-chancelier allemand (SPD) Sigmar Gabriel, le Belge Elio di Rupo, le commissaire européen Pierre Moscovici, la vice-présidente de la Commission Maroš Šefčovič, le président du groupe soc-dem au Parlement européen Martin Schulz, ou encore le président du parti socialiste européen, le Bulgare Sergueï Stanichev. Aucun Espagnol ni Britannique n’est annoncé et les Européens de l’est semblent avoir déserté ce sommet qui n’en est pas un. Voilà pour le « in ».

Côté « off », donc, vendredi soir, cette conférence de presse organisée par le parti communiste, où Alexis Tsipras avait plus sa place si l’on s’en tient au critère de l’affinité politique. « L’Europe doit changer », proclame le fond d’écran de la salle prêtée par l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), située dans le XIe arrondissement de Paris.

En maître de cérémonie, Pierre Laurent plante le décor, celui d’une Europe « traversée de phénomènes inquiétants ». Pour le communiste, « nous continuons de croire à la nécessité absolue d’une Europe solidaire et différente. Et il est important pour nous à l’occasion de la venue de Tsipras à Paris d’en profiter pour exprimer cette voix qui travaille à une idée de l’Europe de la solidarité ». Laurent évoque une double crise européenne : la crise sociale, illustrée en France en ce moment même par la loi sur le travail, et la crise des réfugiés, contre laquelle il n’accepte pas « que l’Europe reste aussi frileuse, repliée ».



Marisa Matias, Alexis Tsipras et Ska Keller © CG

Tsipras abonde sur cette « Europe brisée entre la rigueur et les frontières fermées ». Le premier ministre grec, qui bataille en ce moment même sur ce double front économique et humanitaire, sait de quoi il parle. Sur le plan économique d’abord, ses négociations avec les créanciers patinent toujours. La poursuite du plan de 86 milliards d’euros conclu en juillet dernier est sérieusement menacée par le FMI, qui juge insuffisante la réforme des retraites proposée par le gouvernement Tsipras. Le paquet de réformes, envoyé début janvier aux créanciers, est toujours en attente d’une position officielle de leur part. Sur le plan des réfugiés, la Grèce fait toujours face à un afflux d’entrants depuis la Turquie, alors que de l’autre côté, la route des Balkans se ferme peu à peu.

Pour lui, le lien entre la réponse européenne à la crise humanitaire et sa réponse à la crise économique est évident. « Les politiques d’austérité, de rigueur budgétaire, ont nourri un monstre qui grandit parmi nous, c’est le monstre de l’extrême droite, du fascisme. Les pays ont tellement peur de ce monstre qu’ils ont des réactions hystériques, ce qui nourrit encore plus ce monstre », tonne-t-il.

D’autant, rappelle à ses côtés Cayo Lara, coordinateur fédéral de Gauche unie (Izquierda Unida) en Espagne, que l’Europe a une responsabilité claire dans la tragédie des réfugiés, des réfugiés qui selon lui ont « moins de droits qu’une boîte de chaussures ». Une responsabilité qu’elle semble avoir vite oublié en négociant son accord avec la Turquie. Présenté le 7 mars, cet accord doit être validé à l’occasion du conseil européen des 17 et 18 mars. La Turquie a proposé de reprendre chez elle tous les migrants et réfugiés rejoignant l’UE depuis les côtes turques, interceptés au moment d’approcher les îles grecques, ou déjà présents sur le sol grec depuis quelques jours. À une condition : pour chaque Syrien figurant parmi ces réfugiés et migrants, l’UE s’engage à « réinstaller » un autre réfugié syrien présent sur le sol turc (pas forcément le même), dans un pays de l’UE (voir tous les détails de l’accord ici, dans l’article de Ludovic Lamant). Et surtout, en échange d’une enveloppe de 6 milliards d’euros.


« Une frontière claire entre la droite et la gauche »

Négocié au moment où le régime de Recep Tayyip Erdogan a lancé une vaste offensive anti-démocratique dans son pays, s’en prenant aux médias, aux Kurdes, aux opposants, l’accord passe mal, jusque dans les rangs de Syriza. D’autant que la Grèce, confrontée à un afflux toujours massif de 2 000 à 3 000 nouveaux réfugiés par jour, n’a, elle, obtenu qu’une enveloppe de 700 millions d’euros, dont 320 à dépenser cette année. À mettre en face du coût estimé de la crise pour le pays en 2015 : 600 millions.


Sur cette question turque, l’unité affichée s’est très légèrement fissurée. D’un côté, Alexis Tsipras a défendu l’accord : « Depuis le début, je pense et je continue à penser que la tentative de trouver une solution se trouve dans la coopération entre l’Europe et la Turquie. Mais justement, parce que la Turquie a des problèmes, a besoin de réformes, nous devons discuter. » Argument massue pour le premier ministre grec : rappeler que la Turquie accueille 2,5 millions de réfugiés.

Il n’empêche. Pierre Laurent reste « inquiet des bases sur lesquelles se sont engagées les négociations » et rappelle qu’Ankara « est aussi un pays acteur dans la crise actuelle, notamment avec les Kurdes, avec son rôle dans le conflit et dans la région ». La Portugaise Marisa Matias n’est pas « contre un accord avec la Turquie malgré les problèmes du pays », mais elle regrette qu’il n’y ait pas de « partage des responsabilités » avec l’Europe, alors que « nous sommes responsables ».

L’eurodéputée allemande Ska Keller est elle aussi « inquiète des questions démocratiques » laissées en suspens, bien qu’on ne puisse pas, selon elle, « laisser la Turquie seule face à ses réfugiés ». Et rejoint Marisa Matias sur la question de la responsabilité : « Nous sommes riches, nous avons 500 millions d’habitants, on ne peut pas demander à la Turquie et au Liban de prendre en charge tous les réfugiés. » Elle insiste sur le fait que le droit international doit être respecté : « Pour sortir de cette crise, on ne peut pas accepter que certains États membres tournent le dos à ces principes. L’Europe n’est pas un self-service ! »

C’est pourtant bien le tableau d’une Europe à la carte qu’ont décrit, pour le déplorer, les cinq responsables présents vendredi soir. Sur le front de la crise économique et budgétaire, un sujet particulièrement sensible pour la Grèce, l’Espagne et le Portugal, un même constat s’est imposé : le deux poids-deux mesures gagne l’Europe.

Tsipras a écrit:
« Les règles européennes ne sont pas appliquées, les États membres ne se soumettent pas aux décisions des 28, quand il s’agit des réfugiés, mais quand il s’agit d’économie, la démocratie, les pays, ne comptent plus. »

« Les règles européennes, les règles communes, je m’excuse mais ça n’existe pas »,
renchérit Marisa Matias, prenant en exemple les négociations État par État des déficits structurels, dont « la définition même finit par être en négociation ».

Pas question pour autant de quitter l’Europe. Ska Keller :

Citation :
« Je crois que tous ces problèmes peuvent être affrontés ensemble, dans l’UE, mais dans une UE différente, plus démocratique, basée sur la solidarité, portée par ces Européens qui chaque jour se battent pour eux et pour les autres : les manifestants en France contre la loi sur le travail, les pêcheurs grecs qui aident des réfugiés, des gens en Hongrie qui manifestent pour la démocratie… »

« Nous luttons à l’intérieur de l’Europe, pas en la quittant », « toute cette crise des réfugiés, toute cette crise économique, a tracé une frontière claire entre la droite et la gauche, et les sociaux-démocrates européens doivent choisir leur camp. La gauche radicale et la gauche démocratique doivent créer un front commun en Europe ».

Ce front commun a déjà trouvé à s’appliquer au Portugal, comme l’a expliqué Marisa Matias. « Pour la première fois depuis la révolution de 1974, il y a un accord pour gouverner entre le PS et les forces à la gauche du PS. Ce changement, ce n’est pas seulement un changement budgétaire et économique, mais c’est un changement du régime politique, un changement des règles mais aussi changement des pratiques politiques. On passe de la peur à l’espoir. »

Reste à savoir si Alexis Tsipras aura fait passer le message aux chefs d’État et de gouvernement sociaux-démocrates européens qu'il devait rencontrer ce samedi.


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mer 16 Mar - 15:54


un échange dans l'article de Médiapart Alexis Tsipras: «Un monstre grandit en Europe» 12 mars 2016 | Par christophe Gueugneau


ab2229 a écrit:
Populiste peut-être mais raciste et machiste cela ne m'avait pas frappée. Vous ne confondez pas avec l'Aube Dorée ?

Patlotch a écrit:
je pense qu'il ne suffit pas de voir le racisme à l'extrême-droite ou chez les fascistes, que le problème est bien plus large et profond, et qu'il est en rapport avec l'eurocentrisme de toute la pensée occidentale, n'épargnant pas la gauche et sa conception universaliste de l'antiracisme

je ne sais plus à quoi renvoyait "machiste", mais pour le racisme, non, je ne confonds pas, je pense que l'eurocentrisme envahissant les considérations politiques françaises ou européennes et occidentales est aujourd'hui à considérer comme une nouvelle forme de négationnisme des autres de l'Occident, et par conséquent une forme de racisme plus ou moins inconscient

avec les migrations internationales et les mouvements de réfugiés, cela explose et se voit en France et en Europe comme le nez au milieu de la figure, et le clivage droite-gauche en est bouleversé : ce n'est pas une question de "rouges-bruns" sur le seul terrain politique, mais un mouvement sociétal de fond, extrêmement inquiétant

je suis loin d'être le seul à faire de telles analyses, mais sur Médiapart, on ne les voit nulle part


ab2229 a écrit:
J'aimerais savoir exactement ce que vous entendez par eurocentrisme , j'ai l'impression que dans vos textes c'est équivalent d'ethnocentrisme. Je ne vois vraiment en quoi la volonté de faire l'Europe serait de l'eurocentrisme ( au sens d'ethnocentrisme). Car décider de revenir à la France n'empêche aucunement de mépriser les autres cultures. Je dirais même que c'est parmi ceux qui veulent revenir à l'état antérieur à l'Europe, que l'on trouve le plus de gens accrochés à leur identité et hostiles à ceux qui ne leur ressemblent pas.

Et en ce qui concerne le problème des migrants, qui est opposé à leur accueil ? en France, le FN et la droite de la droite et même effectivement des gens comme Valls qui se prétend de gauche. En Allemagne, Hongrie , Hollande etc .... même chose. Et les pays qui sont le plus hostiles aux migrants sont des pays comme la Pologne , la Hongrie pour qui les valeurs de l'Europe ne sont pas à l'ordre du jour.

En ce qui concerne les peuples, qui effectivement par les temps qui courent, virent à l'ostracisme à l'égard des étrangers, je vous renvoie au poème de Hugo que j'ai cité plus haut. Il est facile , quand beaucoup de choses vont mal, d'exciter la colère et le repli sur soi.

L'idée de l'Europe est une très belle idée, il est vraiment dommage que les différents pays qui la constituent , s'ils ont été favorables à l'Europe économique , ont toujours refusé , par nationalisme, d'évoluer vers une Europe politique. Et si cette Europe existait , je ne vois en quoi , elle serait , plus que la France méprisante à l'égard des autres cultures.


Patlotch a écrit:
les notions d'eurocentrisme et d'ethnocentrisme sont, concernant l'histoire réelle de l'Europe depuis 5 siècles, difficilement séparables, mais il est vrai qu'elles ne recoupent pas la même chose

les liens que j'ai donnés permettent de saisir ce que la pensée décoloniale entend par critique épistémologique de l'eurocentrisme, y compris au sein des Etudes post-coloniales avec lesquelles elle est encore confondue (exemple, les amalgames de Gille Kepel dans Libération aujourd'hui)

il y a aujoud'hui un eurocentrisme politique qui va vers des solutions européennes sans tenir compte de ce qui se passe ailleurs (l'Europe 10-12 % de la population mondiale sauf erreur, en proportion décroissante). Il est fondamentalement, culturellement, partagé par les souverainistes nationaux et les fédéralistes, et même le FN ne propose plus la sortie de l'Europe

quant au reste de vos arguments, je pense que vous parlez d'un rêve qui n'a aucune base concrète sur laquelle se réaliser, mais il est vrai qui fait le bonheur de joutes politiques sans fin : il faut quand même regarder les réalités concrètes, et ne pas confondre les discours, les promesses, les illusions, avec ce qui est possible dans le cadre de la mondialisation capitaliste

sur le plan de la ou des cultures, toutes les études montrent que l'eurocentrisme culturel domine les relations entre un "nous" occidental et les autres. Voyez les vidéos de Ramon Grosfoguel, par exemple les chiffres concernant Wikipédia et les pays qui l'alimentent, dont la population ne dépasse pas 15 à 20% de celle de la planète

voilà, désolé, dans ce cadre et hors sujet, je ne peux pas entrer dans une argumentation autre que vous suggérer d'y regarder de plus près, mais si vous préférer continuer à penser et agir avec "votre belle idée de l'Europe", ce n'est pas moi qui vous en dissuaderai. Vous verrez bien


ab2229 a écrit:
Encore une fois , qu'est-ce que le retour à l'entité France changerait au problème que vous évoquez ? Au contraire, tous ceux qui prônent le " frexit", qui le souhaitent ardemment sont des gens qui m'apparaissent repliés sur l'identité française , hostiles aux migrants par exemple et pas du tout ouverts aux autres cultures. Quitter l'europe ne changerait rien à cette mentalité , au contraire.....

Patlotch a écrit:
le "retour à l'identité France" comme les rêves de fédéralisme européen sont pour moi des variantes d'une même vision eurocentriste. La différence n'est que d'échelle de souverainisme, de gauche ou de droite

une piste est intéressante, et je ne suis pas le seul à l'avoir évoquée, au-delà d'une métaphore. C'est l'idée de concevoir certains pays européens, dont notamment la Grèce et plutôt ceux du Sud, comme néo-colonisés par les pays riches, plutôt du Nord de l'Europe : domination économique, via la dette, domination politique via l'Europe institutionnelle, domination culturelle, rapport de supériorité comparable (Allemagne mais pas seulement)

alors on change de perspective, on passe à une vision mondiale, on envisage d'autres alliances, avec des pays du "Sud" réellement sous la coupe du capitalisme occidental, ou chinois, au demeurant. La critique décoloniale prend ainsi une dimension qui dépasse le seul facteur racial


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mer 16 Mar - 17:10


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XipeTotec a écrit:
Oui, c'est la bonne approche à mon avis. Seulement, l'Europe est une religion et on ne veut pas voir qu'il s'agit d'un système de domination.

Patlotch a écrit:
oui, non seulement « l'Europe est un système de domination » en soi, qui fait religion ou religion anti-religion, mais repose sur une analyse fausse des deux côtés, parce que l'Europe, et encore moins ses nations composantes, n'ont aucune possibilité d'autonomie économique et politique dans la globalisation capitaliste

depuis quarante ans, le capital a accompli sa restructuration mondiale, et le rapport salarial qui en est une base par l'exploitation, ne se reproduisent plus sur une aire nationale, ni même par alliances régionales (Europe, diverses allainces en Asie et Asid du Sud-Est, Amérique latine...) : celles-ci portent la concurrence pour le maintien des taux de profit par zones, mais cela se croisent avec celle des capitaux trans-nationaux, les "grands groupes", "multinationales"...

les États-nations et leurs alliances ne jouent plus qu'un rôle de gendarmes de la mondialisation, à son service, naturellement en ménageant leur population tout en prenant des mesures contre elle, tant sur le plan du droit du travail (loi Macron en discussion) que sur le plan militaro-policier (état d'urgence à l'intérieur et "guerre au terrorisme" à l'extérieur)


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mer 6 Avr - 17:59

.
peut-être peut-on considérer que

le démocratisme radical s'est muté en populisme radical


j'ajoute au titre du sujet ce questionnement. Il conviendrait de voir en quoi ce populisme serait radical, c'est-à-dire à la racine du populisme en sa définition, sur quoi je reviendrai à l'occasion
wikiédia le définit ainsi :

Citation :
Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques qui fait appel aux intérêts du « peuple » (d’où son nom) et prône à son recours, tout particulièrement en opposant ses intérêts avec ceux de « l'élite », qu'il prend pour cible de ses critiques, s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique.

il y a, dans le populisme, un fonctionnement en boucle, entre propositions des partis (exemple Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon) et "désirs" exprimés par « le peuple » (exemple, la Manif pour tous)

en ceci, le populisme comme expression politique est une expression de l'idéologie comme « vie quotidienne » (Roland Simon), et aujourd'hui Structure of Feeling (Raymond Williams) de l'idéologie française

.
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Jeu 7 Avr - 9:58

Les bases objectives du populisme européen dans le capitalisme mondialisé ,conséquence du fonctionnement du dit capitalisme mondialisé ?

Alors que de plus en plus de billets de 100 et 50 € vrais faux vrais (car peut être imprimés par des Banques Nationales ? donc quasimment indetectables ?) sont en circulation, les bases objectives du populisme européen :

Pierre Sarton du Jonchay dit:

Rappelons pour les nouveaux venus sur le Blog de Paul Jorion les fondements structurants du problème mondial de la libre circulation du capital en dollar, euro, livre sterling, franc suisse…
L’outil juridique fondateur de la problématique financière et fiscale actuelle est le trust.

C’est-à-dire la « société écran », qui n’est pas en fait une société, établissant une propriété des capitaux sans qu’aucune personne publique ne soit en droit de connaître les propriétaires ou les gérants de la société ni l’usage réel qui est fait des capitaux. L’utilité du trust est double : mettre un pouvoir d’achat en monnaie à l’abri de toute loi officielle d’un État de droit et de ses magistrats ; soustraire « légalement » le capital ou les revenus du capital à toute fiscalité. Un trust ou « société » anonyme enregistrée dans un « paradis fiscal » est une structure juridique nominale dont la finalité est d’exonérer des intérêts privés de toute loi commune ainsi que des charges de financement et d’assurance des droits des gens ordinaires.
Le trust, qui sera transformé en « société anonyme » par le capitalisme financier moderne, est une invention du Moyen Age européen, adoptée sans restriction par les pays protestants ou réformés d’Europe, pour permettre à des intérêts privés d’agir hors du contrôle de l’église et des princes exposés à la morale publique commune.

Les princes y compris dans les États dits de l’Eglise ont utilisé les associations anonymes pour soustraire leurs intérêts privés à la vérification de la morale publique. La City de Londres à pris le contrôle de la finance mondiale dès le XVIIIème siècle en proposant des trusts à tous les puissants du monde,spécialement ceux de l’Europe continentale.

Le capital mobilier de la France d’ancien régime puis post-révolutionnaire a été pillée par la finance protestante à cause du principe d’incarnation personnelle des sociétés qui a dominé le droit français et plus généralement celui des nations catholiques européennes. La nécessaire incarnation des sociétés par des personnes physiques publiquement identifiées induit la responsabilité réelle des transactions commerciales et financières. Un paiement de personne morale publique ou privée y est a priori illicite sans l’engagement d’une personne physique répondant de la légalité, de la fiscalisation et de la conformité sociale et politique de l’objet transacté.

L’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté Européenne en 1972 a eu pour principale finalité implicite de libéraliser l’usage des trusts sur le continent. Autrement dit, de mettre les officiers publics, les investisseurs, les banques et les « personnes morales » agissant sur le continent à égalité d’irresponsabilité sociale et politique avec les Britanniques et les Etatsuniens. Mais les Européens continentaux sont allés au-delà des principes libéraux anglo-saxons en instaurant une monnaie unique multinationale dans un espace dépourvu de frontières douanières. L’intérêt général virtualisé désincarné a été pratiquement empêché d’agir.

Le continent européen est devenu le premier espace mondial de déconnexion totale entre la finance, auto-référentielle par le trust, et le bien commun. La réalité est absolument libre : définie et accomplie par des individus invisibles sans identité et virtuellement tout puissants.

La zone euro est le premier espace dans l’histoire de l’humanité où la personne complètement virtualisée s’exclut de la réalité sensible. Les personnes physiques ne sont plus identifiées, délimitées et solidarisées dans leurs projets et leurs actions par des personnes morales incarnées dans des sociétés réelles véritables……

http://www.pauljorion.com/blog/2016/04/06/panama-papers-ou-reconstruire-des-societes-politiques-sur-la-barbarie-liberale-par-pierre-sarton-du-jonchay/

Sachant que Panama a été absout par l'Etat français, il y a 2 mois à peine,de paradis fiscal (Canard Enchainé ce mercredi) :

Denis Robert à propos des Panama Papers : « Ne vous étonnez pas si on est debout la nuit »

par Pierrick Tillet - Les mots des autres

http://yetiblog.org/index.php?post/1725
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Jeu 7 Avr - 16:12

vlad2 a écrit:
Les bases objectives du populisme européen dans le capitalisme mondialisé ,conséquence du fonctionnement du dit capitalisme mondialisé ?

je ne vois pas en quoi le texte de Sarton établit un lien entre "populisme européen" et "capitalisme mondialisé"
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Ven 8 Avr - 20:25

Chantal Mouffe : «Il est nécessaire d’élaborer un populisme de gauche» 8 avril 2016 | Par Joseph Confavreux


Que pense de la « Nuit Debout » l'une des inspiratrices du mouvement Podemos ? Pour Chantal Mouffe, « il faut une traduction institutionnelle aux mouvements de révolte », pourbriser « l’illusion du consensus » et permettre une « démocratie radicale », horizontale et verticale.


Le travail de théorie et de philosophie politique de l'universitaire belge Chantal Mouffe, mené notamment avec Ernesto Laclau, inspire toute une partie de la gauche européenne, en particulier le mouvement espagnol Podemos avec lequel elle entretient des liens étroits. Les éditions Albin Michel traduisent aujourd’hui, sous le titre L’Illusion du consensus, un ouvrage initialement paru en 2005, On the Political, dans lequel on retrouve sa conviction que la conflictualité constitue le cœur même d’une véritable politique démocratique.

Pour elle, « le véritable défi auquel la politique démocratique est confrontée tant à l’échelle nationale qu’internationale, consiste non pas à dépasser la relation nous/eux, mais à savoir comment construire des formes de rapport nous/eux qui soient compatibles avec un ordre pluraliste ». Liant la montée en puissance des partis identitaires et xénophobes au brouillage du clivage gauche-droite et à l’incapacité des partis sociaux-démocrates à mobiliser les affects politiques aussi bien que Marine Le Pen ou Geert Wilders, elle en appelle à un « populisme de gauche », transeuropéen. Qui serait susceptible, par la construction d’identités collectives progressistes, de faire pièce aux rhétoriques d’exclusion, au moment où la dénonciation morale consistant, juge-t-elle, « à s’assurer de ses vertus en traquant les vices des autres » s’avère inefficace.  

À l’occasion de son passage à Paris, celle qui enseigne aujourd’hui la théorie politique à l’université de Westminster à Londres, livre pour Mediapart son regard sur la « Nuit Debout » et les évolutions de Podemos. Entretien.


Citation :
Quel regard portez-vous sur le mouvement « Nuit Debout » ?



Chantal Mouffe © capture d'écran Youtube

Il est réjouissant que les Français se réveillent. On se demandait tous pourquoi il n’y avait pas eu de mouvements de cette sorte dans ce pays. Je crois qu’il existait encore l’espoir de changer les choses par les moyens traditionnels de la politique. Mais l’expérience du gouvernement Hollande a fait perdre les dernières illusions.

Cela dit, même si je trouve très bien cette prise de conscience de la nécessité d’une autre politique, je ressens également une forme de confusion. J’ai entendu dire que c’était comparable à Podemos mais, pour moi, c’est différent. Podemos a donné aux Indignados une  traduction institutionnelle. Même s’il est trop tôt pour juger les formes que le mouvement « Nuit Debout » peut prendre, il me semble être davantage sur une ligne proche de celle d’Occupy, avec une attitude très horizontaliste et basiste, refusant tout leader ou tout engagement vers les institutions. Ce que je trouve problématique.

Podemos a bien expliqué qu’il n’était pas le « parti des Indignados », mais qu’il n’aurait pas été possible sans ce mouvement qui a créé un terreau favorable. Podemos est né de ce terreau, mais aussi du constat qu’après deux ans de mouvements « indignés » et de « marées » dans plusieurs villes d’Espagne, c’est le Parti populaire [PP, conservateurs – ndlr] qui l’a emporté avec une majorité absolue aux élections législatives. Il fallait donc accepter de participer aux élections et aux institutions politiques, même si certains membres des mouvements indignés n’ont pas accepté ce choix. Pour changer les choses, on ne peut se contenter soit du mouvement social, soit de la politique traditionnelle.

La « Nuit Debout » refuse cette dichotomie entre mouvement politique et social et affirme être à la fois l’un et l’autre…


Le politique et le social sont évidemment articulés mais, sans dire qu’il faudrait se plier aux institutions qui existent, je pense qu’il faut une traduction institutionnelle aux mouvements de révolte. Je ne suis pas sur une ligne purement horizontaliste, mais pour l’établissement d’une synergie entre les dimensions verticale et horizontale. Occupy a permis de mettre la question des inégalités sur l’agenda politique aux États-Unis, et le succès actuel de Sanders aurait sans doute été impossible sans cela. De même, l’accès de Corbyn à la tête du parti travailliste ne se conçoit pas sans les mouvements de jeunes qui ont, en amont, permis des prises de conscience. Mais l’occupation de places et la mise en branle des « multitudes » chères à Toni Negri et Michael Hardt ne suffisent pas, il faut aussi agir au niveau des institutions.

La quatrième de couverture de votre dernier livre paru en français vous présente comme « l’inspiratrice », avec Ernesto Laclau, du mouvement espagnol Podemos. Comment considérez-vous l’évolution de celui-ci ? Ne tend-il pas vers trop de verticalité ?  

Les membres de Podemos sont très conscients de ce risque. Pendant toute l’année dernière, ils ont été confrontés, en continu, à des élections et ont dû mettre l’accent sur la machine de guerre électorale au détriment des mouvements sociaux. Pour moi, c’était lié aux circonstances et ils réfléchissent déjà aux façons possibles de réorganiser les « cercles » pour ne pas devenir un parti politique comme un autre. Je ne pense donc pas que Podemos soit devenu trop vertical, même si toute une série de personnes l’affirment.

Quant à me définir comme « inspiratrice » de Podemos, même si je suis proche d’eux, il s’agit surtout de théorie politique. Plusieurs des initiateurs de Podemos se sont référés au livre que j’ai écrit avec Ernesto Laclau, Hégémonie et stratégie socialiste. Vers une politique démocratique radicale [traduit en français aux Solitairesintempestifs en 2009 – ndlr].


Cet ouvrage propose une approche philosophique considérant que la politique réside en priorité dans la construction d’identités, qui ne sont pas données mais construites à travers une lutte pour l’hégémonie. L’identité n’est pas essentialisée, mais relationnelle, et la condition d’existence d’une identité est l’affirmation d’une différence. Il est donc possible de créer de nouvelles formes d’identification, et la lutte électorale est une façon de transformer et de façonner des identités collectives. Il faut, pour cela, pouvoir tracer des frontières politiques, non seulement sur le mode droite/gauche, mais par exemple entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, ou entre le « peuple » et la « caste », comme l’a fait Podemos.

S’opposent aujourd’hui en France, de plus en plus, une République identitaire et une République égalitaire. La lutte contre les tendances identitaires et les partis xénophobes, à l’échelle française ou européenne, passe-t-elle par un renouveau des modes d’identification collective et, si oui, comment ? Peut-on croire à un retour vers des grands partis de masse structurés notamment par des idéaux de classe ?


Quand j’ai écrit ce livre, L’Illusion du consensus, il y a dix ans, je défendais encore la thèse qu’il fallait rétablir la frontière entre gauche et droite, face à toutes les personnes, jusqu’à Emmanuel Macron aujourd’hui, qui prétendaient vouloir « dépasser » ce clivage. J’avais alors encore l’espoir que les partis socialistes pourraient retrouver une véritable identité de gauche. Maintenant, quand je regarde le Pasok en Grèce ou le PS en France, je n’y crois plus du tout.

Ce qui m’a fait changer d’avis est la façon dont la social-démocratie s’est conduite après la crise de 2008. Les partis sociaux-démocrates auraient eu la possibilité d’intervenir, à la manière dont Roosevelt avait lancé le New Deal après la crise de 1929. Mais l’État n’est intervenu que pour sauver les banques et il est devenu flagrant qu’ils étaient les complices de l’hégémonie néolibérale. Parallèlement, il devenait aussi évident que ce n’était pas seulement la classe ouvrière qui était affectée par le capitalisme financier post-fordiste, mais des fractions toujours plus larges de la population.

Cela ouvrait une configuration nouvelle pour un projet progressiste. Podemos a très bien compris qu’il pouvait exprimer une volonté collective s’adressant à un public allant au-delà du public traditionnel de la gauche, jusqu’à certains électeurs du PP. Pour moi, il est nécessaire d’élaborer un populisme de gauche, car ce n’est pas avec le PS, même rénové, qu’on pourra prétendre arrêter Marine Le Pen.

Il est essentiel de saisir l’importance des affects en politique. Or les populistes de droite comprennent très bien cet aspect de la politique et savent mobiliser les passions. Ce n’est pas à coups de condamnations morales ou de raisonnements rationnels qu’on va lutter contre Marine Le Pen. Spinoza a exprimé quelque chose de fondamental en expliquant que, pour lutter contre une passion, il fallait développer une passion plus forte, et non pas se contenter d’argumenter. L’urgence est de créer des identifications collectives et affectives autour d’un projet progressiste.

Pour ce qui concerne la France, la seule personne qui pourrait faire cela me paraît être Jean-Luc Mélenchon, même si son républicanisme et sa vision de la France comme un pays « universel » me donnent de l’urticaire. Mais il a une vision de ce que pourrait être un populisme de gauche.

Le terme de « populisme » passe pourtant souvent mal…

C’est vrai, et c’est pour cela qu’il est urgent de le resignifier. Le parti allemand Die Linke assume aujourd’hui de se présenter comme un parti populiste de gauche. Il ne faut pas se laisser accuser d’être « populiste ». Je ne suis pas d’accord avec Pierre Rosanvallon, qui juge que le populisme est une perversion de la démocratie. Pour moi, c’est une dimension nécessaire de la démocratie, dont l’étymologie est demos cratos. Il faut donc créer un peuple. Aujourd’hui, nous avons une démocratie sans peuple, sans demos. Nous vivons dans une post-démocratie qui n’a que l’apparence des institutions démocratiques. Comme le disaient les Indignados, « on a un vote, mais on n’a pas de voix ». Les élections ne permettent guère que de « choisir » entre Coca-Cola et Pepsi-Cola.

Comme je le souligne dans Le Paradoxe démocratique [éditions des Beaux-Arts, 2016 – ndlr], il existe une tension historique entre deux traditions démocratiques. L’une insiste sur le libéralisme, le pluralisme, la représentativité, le parlementarisme, les libertés individuelles, l’équilibre des pouvoirs… L’autre a à voir avec l’égalité et la souveraineté populaire. En Europe, la tradition libérale réinterprétée par le néolibéralisme est devenue tellement dominante que les impératifs liés à la souveraineté populaire et à l’égalité se sont considérablement réduits. Il est donc nécessaire, sans remettre en question la démocratie pluraliste, de la radicaliser et de rétablir une tension pour réintroduire de l’égalité à l’intérieur du libéralisme démocratique. C’est cela que j’appelle populisme : donner sa place au peuple.


Puerta del Sol, Madrid, 2011 © Christophe Lehousse
Le « mouvement des places » réclamait, et continue de réclamer, une « démocratie réelle ». Vous parlez de « démocratie radicale ». Où se situe la différence ?

Pour moi, il ne s’agit pas d’en finir avec la démocratie pluraliste pour installer un autre type de démocratie, mais de reformuler le projet socialiste sous forme d’une radicalisation de la démocratie. Le problème, dans nos sociétés, réside moins dans les idéaux proférés que dans la façon dont ils ne sont pas mis en pratique. Radicaliser la démocratie suppose à la fois de transformer les structures de pouvoir et d’établir une autre hégémonie que celles que nous vivons.

Mais lorsque nous avons élaboré, avec Ernesto Laclau, cette notion de « démocratie radicale », il y a trente ans, l’idée était de critiquer la social-démocratie pour aller plus loin. Trente ans plus tard, l’hégémonie néolibérale a fait disparaître des éléments et des droits que la social-démocratie avait rendus évidents. On se retrouve donc dans la situation de défendre aujourd’hui des choses qu’on critiquait comme pas assez radicales il y a trente ans ! Il faut rompre avec le néolibéralisme, sans se contenter pour autant de retourner aux positions acquises il y a plusieurs décennies. Pour moi, ce projet de rupture ne peut pas ressembler à ce qu’a été la révolution bolchévique, mais doit passer par un réformisme radical que pourrait porter un populisme de gauche.

Le constat que vous faisiez, voilà dix ans, sur le chemin néolibéral pris par l’Europe, indifférent à la souveraineté de certains peuples, s’est encore durci depuis. Peut-on imaginer une véritable politique démocratique dans le cadre des traités actuels ?

Non, évidemment, on l’a bien vu avec la Grèce. Je fais toutefois encore partie des gens de gauche qui continuent à garder l’espoir d’une refondation démocratique de l’Europe, même après l’épisode grec, à condition qu’on arrive à mettre en place ce populisme de gauche à l’échelle européenne. Si la France, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Italie disposaient de tels gouvernements, ils pourraient tenir tête à l’Allemagne. Pour moi, l’Europe n’est pas intrinsèquement néolibérale et il est possible de construire un projet européen alternatif.

Par quelles voies peut-on alors retrouver de la souveraineté populaire alors qu’on vit un phénomène de dépossession massif, et sans que cette souveraineté ne se confonde alors avec un souverainisme sur lequel les partis de la droite radicale ont des longueurs d’avance ?

C’est un problème sérieux et une discussion que j’ai avec les membres de Podemos, sur la façon d’obtenir une souveraineté partagée à l’échelle européenne. Je crois possible de s’inspirer du concept proposé par une politologue d’origine grecque, Kalypso Nikolaïdis, qui parle de « démoïcratie » pour signifier qu’il faut trouver une place pour tous les peuples qui nous composent. Non pas concevoir l’Europe à la manière de Jürgen Habermas, comme un superfédéralisme construit par en haut et exigeant de tous les Européens qu’ils renoncent à leur identification nationale, mais comme le maintien de formes de souveraineté et d’identifications nationales à l’intérieur d’un projet européen partagé.

Le juriste Olivier Beaud a aussi évoqué des traditions de fédérations permettant, contrairement à ce que veut nous imposer l’Europe actuelle, de créer des formes d’unité tout en permettant la reconnaissance des différences. Plutôt que de tenter de tout homogénéiser pour le bénéfice de quelques-uns, il me paraît possible de réinvestir et de réorienter l’investissement libidinal très fort autour de l’identification nationale, ainsi que de faire place à la souveraineté populaire, à l’intérieur d’un projet européen qui permettrait de réorienter la globalisation telle que nous la connaissons, ce que la souveraineté à l’intérieur d’une seule nation risque de ne pas être capable de faire.

Vous écrivez que la démocratie nécessite un « consensus conflictuel » : cet oxymore peut-il être autre chose que rhétorique ?

Une communauté politique, qu’elle se situe au niveau national ou européen – je ne crois pas au niveau cosmopolitique, car pour moi le cosmos ne constitue pas une communauté politique –, nécessite un « consensus conflictuel », au sens où une société requiert, pour pouvoir fonctionner, un accord sur les principes éthico-politiques, c’est-à-dire les valeurs et les passions qui nous font nous mouvoir.

C’est en ce sens que je parle de la démocratie comme d’un espace agonistique, constitué par une lutte entre adversaires, qui se distingue d’un lieu antagonistique, où s’affrontent des ennemis, mais aussi d’un simple conflit entre compétiteurs dont les intérêts pourraient être traités au moyen d’une négociation, ou réconciliés à travers une délibération.

Il n’existe pas de « vérité » de la liberté et de l’égalité, mais une lutte permanente pour définir une vision du bien commun autour de ces notions, puisqu’il peut exister une interprétation social-démocrate, conservatrice, radicale-démocratique ou néolibérale de ces principes d’égalité et de liberté. On ne peut pas définir et tomber d’accord sur un bien commun raisonné et raisonnable, sur une politique citoyenne « neutre » qui satisferait tout le monde. Aujourd’hui, le « sens commun », pour parler comme Antonio Gramsci, est construit et dominé par une vision néolibérale : il faut se méfier de l’État, vivre pour consommer, être en compétition avec les autres…

Si la démocratie ne doit pas nier la conflictualité en son sein, comment des institutions peuvent-elles prendre en compte cette conflictualité, par nature instable ?

Nous possédons déjà les institutions de base. Pour moi, les partis, tout comme le parlementarisme, sont importants. C’est pour cela que j’exprime des doutes sur la démocratie « présentiste », qui prétend se situer au-delà des institutions. Il existe deux façons fondamentales de concevoir la politique. Soit une conception associative, exprimée notamment par Hannah Arendt, où l’on agit en commun et on essaye de trouver une harmonie dans nos différences. Soit une conception dissociative, qui reconnaît que la société est divisée, et où l’on trouve nécessairement du conflit. Elle a été théorisée par Hobbes, Machiavel ou Carl Schmitt. C’est dans cette tradition-là que je m’inscris.

Dans cette conception, quand on gagne une élection, cela ne signifie pas que les gagnants détiennent la vérité, mais qu’ils ont réussi à imposer leur point de vue, pour cette fois en tout cas. La grande question est de savoir si nos institutions représentatives aujourd’hui permettent ce débat agonistique nécessaire. Pour moi ce n’est pas le cas. C’est pour cela qu’on est dans une crise profonde de la représentation. À partir du moment où l'on a effacé la différence entre la gauche et la droite, il n’existe plus d’alternative susceptible d’offrir des formes différentes d’identification, alors que la politique doit nécessairement être partisane. Il faut donc à la fois redonner aux institutions représentatives le rôle de porter des projets non réconciliables et créer des institutions plus participatives.

Mais il est essentiel de retrouver cette dimension agonistique de la politique. La question se pose alors de savoir quel est le système qui convient le mieux pour un projet agonistique. J’ai eu des débats sur le sujet à Madrid avec des gens de Podemos qui se demandent si le présidentialisme, avec sa dimension d’incarnation, n’est pas mieux à même de porter cette dimension que le parlementarisme. Mais quand on regarde ce qui se passe en France, cela provoque de très sérieux doutes sur le présidentialisme.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Sam 9 Avr - 19:18



pour info, le point de vue de la 4ème Internationale trotskyste. Pas ma tasse de thé, le dogmatisme de la chute notamment, mais intéressant


WSWS


#NuitDebout : un piège petit-bourgeois tendu à l’opposition à la réforme du travail Par Alex Lantier 9 avril 2016

Après que plus d’un million de travailleurs et de jeunes se sont mobilisés la semaine dernière en France dans des grèves et des manifestations contre la réforme du travail de la ministre du Travail PS Myriam El Khomri, les médias font une forte promotion du mouvement #NuitDebout.

Citation :
Cela a commencé par quelques centaines de personnes installant des tentes sur la Place de la République à Paris pendant le week-end. Il y avait parmi eux des membres de partis depuis longtemps alliés au PS, comme le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et le Front de gauche (FG) ; des groupes d’entraide Chrétiens; et le groupe Droit au logement (DAL) de l’activiste ex-maoïste Jean-Baptiste Eyraud. Outre Eyraud, il y avait parmi les intervenants l’économiste nationaliste Frédéric Lordon, partisan de l’Unité populaire, une scission de Syriza, au pouvoir en Grèce. Des camps ‘#NuitDebout’ ont été mis en place depuis dans d’autres villes, dont Toulouse, Lyon et Nantes.

Les médias et les organisateurs de ce mouvement déclarent que #NuitDebout prend pour modèle les manifestations des « indignados » de 2011 en Espagne, où des milliers de jeunes Espagnols occupaient la place Puerta del Sol à Madrid et les places publiques de villes à travers l’Espagne. #NuitDebout a organisé une visite Place de la République par Miguel Urban, un membre dirigeant du parti Podemos en Espagne qui est sorti des protestations des Indignados.

Ces manifestations reflètent la politique de style de vie et des conceptions postmodernes et anti-marxistes populaires dans la classe moyenne aisée, venue à dominer chez les Indignados et dans des mouvements similaires en 2011: l’Aganaktismeni en Grèce et ‘Occupy Wall Street’ aux États-Unis. Les décisions sont prises par consensus, avec des signes de la main. Les membres de #NuitDebout prennent également le nom Camille, de genre neutre, donné aux filles et aux garçons en France, en parlant à la presse.

L’expérience des Indignados et l’enthousiasme de sections des médias pro-PS pour ce mouvement sont un avertissement politique pour les travailleurs et les jeunes qui luttent contre la loi El Khomri. Le mouvement #NuitDebout est une impasse et un piège politique. Son but est d’empêcher les jeunes radicalisés par la lutte contre la loi El Khomri de se tourner vers la classe ouvrière et de chercher à la mobiliser dans la lutte contre le PS et le programme d’austérité de l’UE.

Au lieu d’un tel tournant, #NuitDebout promeut aveuglément des protestations sociales d’un caractère de classe diffus, qui, en Espagne et en Grèce, non seulement n’ont pas réussi à stopper la marche vers austérité de l’UE, mais ont renforcé les partis bourgeois profondément hostiles à la classe ouvrière.

Dans la mesure où leurs appels moraux aux cercles dirigeants pour un changement de politique avaient un quelconque contenu oppositionnel, c’était de faire pression pour un changement favorisant les intérêts sociaux des couches de la classe moyenne supérieure faisant partie des 10 pour cent les plus riches de la population et ayant dominé des partis comme Podemos et SYRIZA. Ces partis se sont avérés profondément hostiles à la classe ouvrière.

Bien que des couches importantes de la jeunesse urbaine espagnole aient participé au mouvement indignados, il n’y avait ni perspective politique, ni lutte pour une conscience socialiste, ni lutte pour mobiliser le soutien des travailleurs. En conséquence, aucun mouvement de grève ou de luttes ouvrières importantes ne se sont développés dans le cadre de ce mouvement. Les forces politiques qui ont dominé — comme la Gauche Anticapitaliste (IA), la filiale espagnole du NPA — ont été en mesure d’user rapidement le mouvement et de l’achever en quelques mois.

Travaillant avec une cabale de professeurs staliniens et de commentateurs des médias tirés en grande partie de l’Université Complutense de Madrid et dirigés par la ‘vedette’ médiatique Pablo Iglesias, ils ont fini par mettre en place le parti Podemos en 2014. Il s'est avéré être un parti anti-ouvrier et réactionnaire s'appuyant fortement sur le soutien des forces armées et du monde des affaires. Il conduit à présent des négociations pour soutenir un gouvernement de coalition pro-austérité entre le Parti socialiste et le droitier Parti des Citoyens.

Quant aux manifestations Aganaktismeni sur la place Syntagma à Athènes, elles ont ouvert la voie au résultat record de Syriza aux élections grecques de 2012 qui l'ont établi comme principal parti d’opposition à Nouvelle Démocratie (ND) et l’ont mis sur la voie pour gagner les élections en janvier 2015 et accéder au pouvoir. Cela s'est avéré être une expérience encore plus cuisante avec le rôle réactionnaire de ces partis petits-bourgeois de la pseudo-gauche.

Une fois au pouvoir, Syriza a trahi sa promesse électorale de mettre fin à l’austérité. Au lieu de cela, il a étendu le Mémorandum d’austérité de l’UE quelques semaines seulement après son arrivée au pouvoir, puis a piétiné un « non » écrasant à un référendum sur l’austérité afin d’imposer un nouveau plan brutal d’austérité. SYRIZA élabore à présent des plans pour couper des milliards d’euros dans les retraites tout en soutenant la déportation massive par l’UE vers la Turquie de réfugiés du Moyen-Orient.

Alors que les journaux sont pleins de comparaisons de #NuitDebout avec les indignados, personne ne discute l’événement qui a poussé des dizaines de milliers de jeunes Espagnols à commencer à protester à la Puerta del Sol, le 15 mai 2011. Ce fut l’occupation de la place Tahrir au Caire qui a lancé des luttes révolutionnaires de masse de la classe ouvrière et fait tomber le président égyptien haï soutenu par les impérialistes, Hosni Moubarak, en février 2011.

Les raisons du silence de la presse et des groupes petits-bourgeois comme le NPA et DAL à propos de la place Tahrir ne sont pas difficiles à comprendre. Tout d’abord, le rôle du NPA en Égypte est une exposition flagrante de son rôle contre-révolutionnaire, anti-ouvrier : il a commencé par soutenir le candidat de la droite islamiste, Mohamed Mursi, dans une élection présidentielle et ensuite le mouvement Tamarod (‘Rebelle’) à travers lequel l’armée a préparé un coup d’État qui a renversé Mursi.

Ils étaient donc complices de l’arrivée au pouvoir de la dictature militaire du général Abdelfattah al-Sisi qui fut instaurée avec l’éviction de Mursi.

Mais surtout, ils sont silencieux sur les événements d'Égypte à cause de la peur croissante de la classe ouvrière en Europe. Si le NPA et les organisations pseudo de gauche similaires en France seraient désireux de participer à un certain type de regroupement petit-bourgeois réactionnaire pour créer un Syriza ou un Podemos français, ils sont terrifiés à l’idée de l’opposition dans la classe ouvrière dans le pays.

Il y a un mécontentement explosif parmi les travailleurs à l'égard des politiques d’austérité du PS, de la répression policière et de la guerre, et de l’imposture évidente et de la faillite de ses prétentions à être un parti ‘socialiste’. Le Président PS François Hollande pourrait facilement prendre le même chemin que Moubarak, s’il y avait une organisation avec un soutien important dans la classe ouvrière appelant à une lutte contre lui.

En conséquence, les médias et les alliés pseudo de gauche du PS comme le NPA cherchent à promouvoir la bannière en lambeaux d’un autre mouvement petit-bourgeois, sans aucune perspective. Ils sont heureux de promouvoir une occupation des places par les jeunes de la classe moyenne, parce qu’ils veulent à tout prix éviter l’occupation des usines par les travailleurs.

Les forces favorisant le mouvement sont conscientes de l’opposition et de la méfiance parmi les sections plus politiquement conscientes de la jeunesse à un mouvement de protestation vide et aux satellites politiques du PS. Même les partisans enthousiastes de #NuitDebout comme le quotidien Libération sont forcés de reconnaître d’emblée l’incohérence politique des revendications du mouvement, dont aucune ne concerne les intérêts sociaux de base de la classe ouvrière.

Le journal a écrit :

Citation :
« La nuit debout occupe la République comme les Indignados la Puerta del Sol. Il ‘est possible’, dit Lordon, l'Iglesias surprise de 2016, ‘qu’on soit en train de faire quelque chose’. Évidemment, il est aussi possible que non, que le mouvement tourne au 68 de pacotille, qu’à peine né il succombe sous ses évidents paradoxes (ne manifestons pas, mais prenons rendez-vous sur le bitume, nous ne voulons pas de leader, mais la dynamique du mouvement me pousse sur scène, ne revendiquons rien, mais luttons pour nos droits, etc.). Mais au point où on est, ‘ça’ se tente, non ? »

La classe ouvrière n’a pas besoin qu'un « 68 de pacotille » ou un autre parti pseudo de gauche réactionnaire comme SYRIZA poursuive l’offensive contre les droits sociaux et démocratiques des travailleurs. La jeunesse cherchant à s’opposer à l’austérité sociale et au PS en France doit rejeter le mouvement #NuitDebout comme une diversion politique et un piège tendu par des manœuvriers cyniques liés au PS. La voie à suivre est un combat pour mobiliser la classe ouvrière sur un programme socialiste dans la lutte contre l’ensemble du marais des défenseurs pseudo de gauche réactionnaires du gouvernement PS.

(Article paru d’abord en anglais le 8 avril 2016)

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Dim 10 Avr - 5:52

une intervention chez Médiapart, hier

je m'abstiendrai de reprendre ici mes commentaires dans le billet Chantal Mouffe: «Il est nécessaire d’élaborer un populisme de gauche», moins de témoignages dommage, mais plus d'analyses de fond

on dira que je joue les oiseaux de mauvaises augures, mais je ne pense pas, dans les conditions actuelles de la crise, que cela n'aille très loin : aucune grève dans les secteurs de la production, des transports, des services, ses services publics, des mots d'ordre strictement politiques et une recherche sur ce terrain d'une issue électorale :

le populisme se radicalise et s'empare des couches moyennes intellectuelles, étonnament peu portées à penser l'événement, référence à 1968 sans objet vu le cycle historique dépassé du capitalisme keynésien et son impossibilité structurelle de revenir

on n'est même pas au niveau de la mobilisation et des contradictions de classe qui ont mené Syrisa au pouvoir entre 2010 et 2015, avec la défaite du prolétariat et des "plus démunis" que l'on sait

en arrière fond, la paupérisation généralisée des populations européennes, les mesures d'exception prises par l'Etat français qui maîtrise bien mieux qu'on ne dit, et qui a de la relève sans problème (droite+gauche) et accroît le contrôle des populations par tous les moyens, jusqu'à la militarisation de la police et pas de complexe pour passer à un stade plus violent

dans ce contexte l'entrée en lutte des couches moyennes prolétarisées à la vitesse grand V, sans expériences des luttes dures et longues, et portées à sauter sur des solutions illusoires

un aspect me semble positif, c'est le refus d'un encadrement politique par des partis, dans lequel les militants cherchent à vendre leur soupe électorale : encore faut-il qu'il se nourrisse d'un contenu plus convaincant

Mélenchon gagnerait, ce qui est improbable, il ne pourrait le faire qu'avec des alliances souverainistes à droite, qui sont logiques idéologiquement, et la suite est prévisible : on en verra même pour se dire "trahis", qui ne le seront nullement, mais seulement pas assez lucides aujourd'hui

désolé pour la douche froide, mais la rue est plus chaude, c'est déjà ça alors bons courages !
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Sam 16 Avr - 7:51

dans le déluge d'interprétations des Nuits debout

Qui est derrière les actions « Nuits debout » et que cherchent ses participants ?
15 avr. 2016 Jean-Paul Baquiast

Les actions « Nuits debout » (ou Nuit debout) qui se répandent de plus en plus en France, ont tout pour attirer la sympathie de ceux qui combattent le « Système » c'est à dire l'entremêlement des représentants des 5% les plus favorisés, leurs mandataires politiques et les médias sous contrôle.

Citation :
Elles rassemblent des manifestants jeunes ou relativement jeunes, elles donnent la parole, dans certaines limites, à tous ceux qui veulent la prendre, elles ne proposent pas d'idéologies bien arrêtées jugées démodées, par exemple de type marxiste ou anarchique. Le point initial, qui avait présidé à leur naissance, visait à lutter par des mouvements de rue paisibles contre la Loi El Khomri dite loi travail. Elles abordent aujourd'hui toute une série d'autres questions politiquement importantes.

Certes dans certains ces, des casseurs qui n'ont aucun lien avec ces manifestants se joignent à eux, mais il s'agit d'une pollution inévitable dans une démocratie où la police ne contrôle pas systématiquement les mouvements de rue.

Il a cependant été remarqué que les manifestants ne rassemblent pas de représentants des classes, qui sont les plus victimes du Système, jeunes sans qualification, chômeurs, habitants des banlieues dite défavorisées ou ruraux menacés de disparition. Il faut dire aussi, comme cela avait déjà été remarquée en mai 1968, que manifester dans la rue de façon relativement disciplinée, et plus encore prendre la parole, fut-ce de façon confuse, suppose un minimum d'éducation et de pratique. Les vrais exclus ne savent évidemment pas comment s'exprimer de ces façons. Mais cette constatation ne suffit pas à déconsidérer le mouvement. Dans toutes les luttes sociales, il faut que des minorités agissantes plus favorisées socialement s'expriment et manifestent à la place de ceux qui ne peuvent pas le faire.

Au delà de la sympathie que les Nuits debout suscitent dans une partie de l'opinion, à gauche mais même aussi à droite, les critiques ne manquent pas pour faire valoir l'absence d'objectifs politiques et économiques à long terme, ainsi en conséquence que l'absence d'organisations susceptibles de mettre en œuvre ces objectifs. Là encore, dira-t-on, c'est inévitable. Pour présenter des programmes de type anti-Systéme crédibles, il faut faire la synthèse de multiples revendications et désirs de changement, en les organisant de façon viable sur le long terme. Ceci que ce soit aux trois plans de l'action économique, de l'exercice du pouvoir gouvernemental ou plus encore en matière d'action internationale. Si de telles organisations existaient, elles n'auraient pu se préparer sans de nombreuses études et discussions qui les auraient fait connaître. De plus elles s'exprimeraient d'une façon bien mieux organisées, utilisant toutes les ressources de l'action politique.

Le succès actuel des Nuits debout tient simplement sans doute à la propagation d'une action de type mimétique, dont le principe avait été longuement étudié sur ce site. Il suffit que les initiatives de quelques personnes , correspondant à une attente vague de divers milieux récepteurs potentiels, soient reprises et propagées de façon virale, notamment aujourd'hui par l'intermédiaire des réseaux multimédia, pour qu'une diffusion de grande ampleur se produise. Mais celle-ci, en absence de relais organisateurs, s'éteint le plus souvent d'elle-même. Les gardiens de l'ordre ont avantage en ce cas de ne pas la réprimer de façon plus ou moins violente, mais la laisser s'épuiser d'elle-même. Espérer en tous cas que d'un chaos sympathique puisse naitre subitement un nouvel ordre constructif relève un peu de l'illusion. Le concept d' « order from disorder » est très difficile à vérifier, même en sciences.

Ceci ne voudrait pas dire que les manifestants, se persuadant de ces difficultés, devraient renoncer à manifester et rentrer chez eux. Mais il devraient sans doute s'attendre, comme lors des mouvements précédents, Occupy Wall Street ou Podemos, à ne pas trouver de relais sérieux ou à être récupérés par des forces politiques déjà bien installées, n'ayant rien de révolutionnaire. Il n'est pas exclu cependant que, de façon indirecte, ces manifestations sans mots d'ordre ni objectifs précis, mais dynamiques, soient considérées avec faveur par une partie de l'opinion se voulant anti-système. Sans agir directement, elles pourraient faire évoluer dans le sens d'un changement plus ou moins profond diverses forces d'opposition ou même certains éléments des partis au pouvoir. Affaire donc à suivre, selon la formule.

Une hypothèse beaucoup plus inquiétante serait que les « Nuits debout » ou leurs homologues soient organisées systématiquement de façon clandestine par des pouvoirs cherchant au plan géopolitique à provoquer des changements de régime radicaux dans les démocraties européennes. Il s'agirait de mettre en difficulté devant l'opinion les gouvernements actuels, jugés trop mous dans leur engagement à l'égard de puissances mondiales en lutte pour la suprématie. Ces puissances, pour simplifier, seraient la Russie et les Etats-Unis. Du temps de l'URSS, il n'aurait pas fallu attendre longtemps pour voir les faiseurs d'opinions attribuer ces mouvements à « la main de Moscou » visant à déstabiliser les régimes dits « du monde libre » . Mais aujourd'hui l'hypothèse d'une intervention déterminée du Kremlin ou moins encore de Pékin, ne serait guère crédible.

Beaucoup plus vraisemblable serait l'intervention de services américains (la diplomatie des services secrets et du dollar) visant à déstabiliser les gouvernements européens, à l'ouest comme à l'est. Ceux-ci dira-t-on ne représentent guère de menaces pour Washington et ses politiques hégémoniques. Mais ce serait une erreur de le croire. Aussi soumise qu'elle soit aux politiques américaines, la France par exemple représente une certaine résistance potentielle à l'engagement anti-russe ou plus généralement aux entreprises des pouvoirs financiers dominant à Wall Street et à Londres. Faire peur aux classes favorisées pour contribuer à les jeter de façon plus affirmée qu'aujourd'hui dans les bras du Département d'Etat et du Pentagone ne peut pas, si l'on peut dire, faire de mal.

Pour cela les services américains ou ceux qui leur sont proches en Europe peuvent s'appuyer sur des agitateurs quasi professionnels mais discrets. Formés depuis longtemps pour provoquer des changements de régime là ou Washington peur regretter un certain manque d'enthousiasme. Ces agitateurs ne se présentent évidemment pas en ce cas comme des « agents de l'impérialisme américain », mais comme des défenseurs des droits de l'homme et autres grandes valeurs démocratiques, si souvent attribuées, évidemment à tort, à la société américaine.

Aujourd'hui le Réseau Voltaire, animé par Thierry Meyssan, voit dans un certain Gene Sharp et dans ses réseaux droit de l'hommistes l'acteur principal des actions qui ont provoqué la chute de gouvernements jugés insuffisamment collaborateurs par Washington. Nous ne prenons pas systématiquement au pied de la lettre les articles publiés sur ce site, mais nous refusons à l'inverse de les rejeter systématiquement comme « conspirationnistes ». Or un texte récent de Thierry Meyssan publié sur ce site: « Nuit debout », un mouvement à dormir debout mentionne une liste impressionnante de pays où les gouvernements, à la suite d'actions déstabilisatrice provoquées par les organisations se revendiquant de Gene Sharp, ont été renversés. Mais tout attribuer à Gene Sharp serait sans doute naïf Des organisations sur ce modèle peuvent apparaître à tous moments discrètement, en résultat de la « diplomatie des services secrets et du dollar ».

Les jeunes militants des Nuits debout en France s'indigneraient de pouvoir être soupçonnés de tels agissements. Mais évidemment, ils le seraient à « l'insu du de leur plein gré », selon la formule célèbre. Il n'est pas exclu d'ailleurs que des actions en retour se produisent, non prévues par les pouvoirs manipulateurs représentant l'Etat profond américain. Il s'agirait alors d'un retour de gifle bien mérité. On pourrait imaginer par exemple que les millions de jeunes américains s'organisant derrière les candidats « contestataires » à la Maison Blanche, que sont chacun en ce qui les concerne Donald Trump ou Jeremy Sanders, se saisissent sans même rendre compte des exemples offerts par les militants sincères des Nuits debout en France ou ailleurs en Europe. Dans ce cas, ils pourraient peut-être, sauf à être férocement réprimés, provoquer un « regime change » aux Etats-Unis eux-mêmes.

Alors leurs effectifs bien plus considérables que ceux mis en œuvre par les Nuits debout pourraient inquiéter sensiblement les défenseurs des pires aspects du pouvoir américain, dont Hillary Clinton est aujourd'hui la meilleure représentante.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mar 19 Avr - 13:39



Les ressources énergétiques des Balkans occidentaux : un enjeu eurasiatique
Par Alexis Troude, le 9 avril 2016

Chargé de cours à l’Université de Versailles-Saint Quentin, Alexis Troude est chercheur en géographie et en géopolitique. Il est également collaborateur à l’Institut du Monde Multipolaire et affilié au laboratoire Géographie-cités (UMR 8504).

Les Balkans occidentaux, engagés dans un processus d’intégration euro-atlantique, regorgent de ressources énergétiques insoupçonnées. Convoitées par les firmes multinationales et les puissances régionales et internationales, ces ressources expliquent en partie les guerres passées et les conflits à venir.


Citation :
LE KOSOVO et ses richesses en lignite, la Serbie en cuivre, le fer et charbon de Bosnie, voilà quelques exemples de ressources qui offrent aux Balkans occidentaux de réelles perspectives de développement énergétique. Le réseau électrique ainsi que tous les réseaux de distribution d’énergie, ont été construits sous la Yougoslavie titiste ; devenus obsolètes ou bien abîmés par les guerres des années 1990, leur renouvellement présente un enjeu important, à la fois pour les populations et les élites locales. Il donne lieu déjà aussi à une vraie bataille entre firmes transnationales et puissances d’Europe et d’Asie.


L’Europe du sud-est : une zone de fortes ressources du sous-sol

La Serbie est à la fois au cœur des réseaux de distribution d’hydrocarbures balkaniques et pourvoyeuse d’électricité aux pays voisins. Avec 8 centrales hydroélectriques et 9 centrales thermiques, la Serbie a une dépendance énergétique modérée (40 %). Les bombardements de l’OTAN de 1999 ont endommagé ce potentiel car de l’autosuffisance avant la guerre la Serbie est passée aujourd’hui à l’importation de 25 % de ses besoins en électricité. C’est ce qui a amené l’UE à verser des prêts importants ; la Serbie est entrée en 2005 dans l’ECSEE ce qui lui permet de bénéficier de crédits de 1 à 6 milliards d’euros. En dehors de l’augmentation des capacités de la centrale hydroélectrique de Djerdap sur le Danube, un important potentiel existe sur les rivières Ibar, Lim et Drina [1].

La Croatie est un pays de transit sur les différentes routes du gaz entre Asie et Europe et en même temps le pays des Balkans occidentaux à l’offre énergétique des plus diversifiées. Avec pas moins de 30 centrales hydroélectriques, les capacités hydrauliques sont importantes pour la production d’électricité (54%).

La Bosnie-Herzégovine a vu son réseau fortement endommagé par quatre années de guerre ; cela explique les aides importantes de la BERD et de la BEI qui ont octroyé plus de 230 millions de dollars aux trois compagnies électriques du pays. Sans hydrocarbures, les principales ressources énergétiques de la Bosnie sont donc l’hydroélectricité et le lignite. Le Monténégro, sans hydrocarbures, est placé en outre loin des grands tubes énergétiques ; Elektroprivreda Crne gore (EPCG) gère publiquement une énergie à 76% hydraulique.

Les ressources énergétiques des Balkans occidentaux : un enjeu eurasiatiqueKosovo. La mine de TrepcaCliquer sur la vignette pour agrandir l’image. Source : Wikipedia

En revanche, le Kosovo est aujourd’hui l’une des régions les plus riches en minerais d’Europe. Le site de Kopiliq possède la cinquième réserve mondiale de lignite et la mine de Trepca regorge de plomb, de zinc et de cuivre aux teneurs exceptionnelles. On trouve également au Kosovo de l’argent, de l’or, du nickel, de la bauxite et du manganèse. Selon un rapport de la Banque mondiale de novembre 2007, la valeur des richesses du sous-sol kosovar est évaluée à 13 milliards de dollars. Cette concentration de richesses sur un aussi petit territoire attise donc forcément les convoitises : Trepca, jusque là exploitée par l’ « Agence pour la Privatisation », doit passer sous contrôle du gouvernement du Kosovo [2].

Des acteurs multiples en confrontation : Etat, firmes privées et pouvoirs locaux

Dans les Balkans occidentaux, la privatisation des sociétés publiques a profité ces dernières années à des acteurs nationaux ou étrangers mais liés aux pouvoirs politiques en place. Par ailleurs, les réseaux de gazoducs et d’oléoducs sont l’objet de luttes économiques intenses mettant aux prises sociétés russes, américaines et même chinoises.

En Serbie, depuis le rachat de la société nationale NIS par le russe Gazprom, d’importants investissements ont permis d’exploiter 59 champs d’exploitation. Pour le gaz, le géant russe Gazprom, depuis le rachat de 2008 a mis sous dépendance la Serbie, mais en même temps a permis de couvrir les deux tiers de ses besoins en gaz. En effet, la Serbie est le pays à la plus grande partie du tracé sur son territoire, soit plus de 400 km sur une longueur totale d’environ 900 km, pour la partie terrestre.

Or cela pose problème en Bosnie-Herzégovine, où le raffinage du pétrole importé vient principalement de Serbie et se fait dans deux raffineries rachetées par le russe Zrubezhneft : cela place Sarajevo sous dépendance directe de la Republika srpska, en plus du lien avec la Serbie. Par ailleurs, un projet de rattachement à South stream (Bjelina-Novi Grad) aurait fourni à la Republika srpska du gaz en quantité non négligeable. Mais depuis le retournement de situation de décembre 2014, cela est resté lettre morte. Milorad Dodik, Président de la Republika Srpska, constate amèrement qu’« On a perdu, sous la pression de l’UE, South stream », or « Il ne nous reste que deux centrales thermiques ». La politique changeante de l’UE pousse ainsi Dodik à se tourner vers la Russie. [3]

L’électricité croate est contrôlée totalement par HEP (Elektroprivreda Hrvatske), la grande compagnie qui, malgré un plan de privatisation de 2004, donne à l’Etat le quasi monopole sur la production et la distribution de l’électricité croate. Pour les hydrocarbures, la privatisation a remodelé le paysage énergétique. Même s’il reste sous contrôle public, le projet d’oléoduc JANAF reliant Belgrade à Zagreb puis Rijeka met en partie la Croatie sous dépendance russe. Pour le gaz, même si la Croatie contrôle 40 % des besoins, INA a été racheté par l’italien ENI. Face aux avances de Gazprom pour relier la Croatie à South stream, les gouvernements croates successifs ont préféré réaliser un gazoduc la rattachant au réseau hongrois.

Le gouvernement monténégrin aimerait se rattacher à l’oléoduc Trans-Adriatic Pipeline (TAP) Turquie-Italie chapeauté par les Etats-unis, mais cela reste encore au niveau d’un projet. Les écologistes sont furieux du projet de barrage sur la Tara, qui bouleverserait l’écosystème au Monténégro et aurait des conséquences en Bosnie et en Serbie en aval [4].

Les Balkans occidentaux au cœur des stratégies des grandes puissances

Seize ans après les bombardements de l’OTAN sur la Serbie et le Kosovo, on parvient désormais à mieux cerner l’intérêt stratégique capital de ces hauts-plateaux du Kosovo, enclavés entre montagnes d’Albanie, du Monténégro et de Macédoine. A l’Est, dans la basse-Morava, le corridor X draine déjà entre Budapest et Salonique des flux commerciaux vitaux pour la Macédoine et la Serbie. A l’ouest, le corridor IV Trieste-Constantza aiguise les appétits des Russes. On comprend pourquoi les projets de tuyaux gaziers et pétroliers soutenus par Moscou (« South Stream ») contrecarrent au Kosovo le projet américain AMBO de faire transiter par les Balkans les sources d’approvisionnement en hydrocarbures en provenance d’Asie centrale.

L’Union européenne a investi, depuis 1997, huit milliards d’euros dans le corridor VIII (oléoduc, voie ferrée et autoroute). Pour l’instant, seuls deux tronçons d’autoroute sont achevés sur cet axe, hormis le tronçon Bulgarie- l’Albanie. Or l’UE est sur cet axe Est-Ouest en concurrence avec les Américains. L’oléoduc Trans-Balkans AMBO, se développe depuis 1997 entre Mer Noire et Mer Adriatique ; le gazoduc « Nabucco » doit relier Istanbul à Vienne par la Roumanie. Le retour des Russes dans cette course à l’énergie est saisissant. Depuis 2007, l’oléoduc Burgas (Bulgarie) /Alexandroupoli (Grèce) permet d’éviter la Turquie en passant par deux pays orthodoxes. Mais surtout le projet de gazoduc américain « Nabucco » est concurrencé par le projet russe du gazoduc « South Stream » [5].

Dans cette course aux carburants, l’indépendance du petit Monténégro a débouché sur une mainmise des capitaux russes sur l’économie du pays. Des hommes d’affaires russes investissent à tour de bras au Monténégro depuis 2006. Ainsi, le groupe Rusal d’Oleg Deripaska, qui serait proche de Vladimir Poutine, a racheté les mines de bauxite de Nikšić ainsi que le combinat d’aluminium de Podgorica KAP - première industrie du pays. En 2006, il a remporté l’appel d’offres pour la privatisation des mines de charbon et de la centrale thermique de Pljevlja. [6] Selon l’économiste Nebojsa Medojević, « la moitié de la richesse produite au Monténégro est aux mains des Russes ». Certes, c’est le groupe britannique E.F.T. qui est concessionnaire de ce site, mais le projet n’aurait pas été réactivé sans la pression d’Oleg Deripaska, qui veut agrandir le complexe d’aluminium KAP, énorme consommateur d’électricité : 1,4 milliard de kwh - soit l’équivalent du déficit énergétique du pays - pour une production passée à 120 000 tonnes d’aluminium par an [7]. Ce complexe est le plus grand pollueur du pays ; construit par Péchiney il y a un demi-siècle, il est très vétuste et est maintenant menacé de fermeture. Oleg Deripaska réclame 300 millions d’euros pour le rénover.

Passage obligé vers la Hongrie et la Roumanie, la Voïvodine est au débouché des tubes énergétiques balkaniques : les couloirs européens IV et X la traversent, ainsi que les tracés des futurs gazoducs « Stream » russe et « Nabucco » américain. C’est pourquoi les grands industriels autrichiens, hongrois et russes tentent de s’implanter en Voïvodine. L’autrichien O.M.V. s’était déjà intéressée en 2006 à l’acquisition d’une raffinerie à Novi Sad, et, au début de 2008, une alliance énergétique austro-hongroise était sur le point d’être conclue. Mais les Russes ont été plus rapides et ont acquis 51 % de Naftna Industrija Srbije (NIS), la compagnie pétrolière serbe, en décembre 2008. La Voïvodine est ainsi devenue le terrain d’une confrontation stratégique entre une Russie misant sur la Voïvodine comme couloir énergétique vers l’Europe et de contournement de l’ « ennemi » ukrainien » et des Hongrois de plus en plus présents sur leurs franges méridionales. Ce n’est pas par hasard que Gazprom a décidé d’installer le principal centre de stockage gazier russe des Balkans en Voïvodine.

Conclusion

Le retour en 2015 du « conflit est-ouest » est ici flagrant. South stream est mort par la pression exercée par l’UE sur un des pays récemment entré, la Bulgarie : celle-ci a déclaré en novembre 2014 ne plus vouloir des tubes gaziers russes. Poutine change alors son fusil d’épaule et propose le « Turkish stream » dès janvier 2015, qui passerait par la Turquie, la Grèce puis la Macédoine et la Serbie. Or l’UE exerce une pression constante sur ces pays du sud-est de l’Europe afin d’empêcher la réalisation du Turkish stream. Proposition d’un hypothétique « Anneau oriental », chantage aux crédits sur la Grèce et autres revification de projets UE-Etats-Unis des années 1990 (TAP ou TANAP) semblent pour le moment dissuader Gazprom et le gouvernement russe d’entamer des travaux d’envergure.

Le 15 janvier 2015, Vladimir Poutine annonçait tel un coup de théâtre, le changement du tracé de South stream par la Turquie : il mettait ainsi fin aux atermoiements des supposés « alliés » serbe et bulgare et, tel un joueur d’échec, répondait par un oukaze à la politique de sanctions menée durant l’année 2014 contre la Russie. Est-ce la fin annoncée du projet South stream ? Poutine teste ici les Européens, sachant que plus de 40 % de leurs livraisons de gaz proviennent d’Asie ; mais il montre aussi que l’Europe n’est plus l’avenir radieux tant espéré. La Russie se tourne de plus en plus vers l’Asie, pendant que la Chine s’installe dans les Balkans. Celle-ci a décidé de faire de la Serbie une plate-forme énergétique ; la Chine va construire deux centrales thermiques et un réseau ferré de trains rapides entre la Grèce et la Hongrie via Belgrade. Dans cette nouvelle « Question d’Orient », les Balkans sont devenus un centre européen du Grand jeu énergétique mondial.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mer 27 Avr - 14:21


et pendant ce temps-là...


Podemos pas au pouvoir que déjà décevant

Espagne : la colère des déçus de Podemos LE MONDE 27.04.2016 Par Sandrine Morel (Madrid, correspondance)


Le leader de Podemos, Pablo Iglesias, au Parlement de Madrid, le 26 avril
GÉRARD JULIEN / AFP

Les dés sont jetés. Après quatre mois de négociations avortées, de pactes stériles, de veto et l’échec de l’investiture du candidat socialiste à la présidence du gouvernement, Pedro Sanchez, le roi d’Espagne, Felipe VI, a constaté mardi 26 avril qu’il « n’existe aucun candidat qui compte les soutiens nécessaires pour que le Parlement lui donne sa confiance ».

De nouvelles élections législatives seront donc convoquées le 26 juin avec l’espoir que le résultat permette de dégager une majorité parlementaire plus claire, qu’elle soit de droite ou de gauche, afin de permettre la formation d’un gouvernement en Espagne.

Vers « une campagne moche »

L’espoir généré par l’irruption de nouvelles formations s’est en grande partie envolé


La campagne électorale n’aura pas grand-chose à voir avec celle qui a fait voler le bipartisme en éclats, le 20 décembre dernier. Dans la société espagnole, l’enthousiasme et l’espoir générés par l’irruption de nouveaux partis visant à renouveler le paysage politique, en finir avec les scandales de corruption et tourner la page de la crise et des politiques d’austérité, se sont en grande partie envolés. Le parti de la gauche radicale, Podemos, et Ciudadanos, la formation libérale et antinationaliste, n’ont pas réussi à construire avec les grands partis traditionnels, le Parti populaire (PP, droite, 123 députés) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, 90 députés), des majorités suffisantes pour obtenir la confiance d’un Parlement très fragmenté.

« La campagne va être moche, centrée sur qui est le coupable du blocage et des nouvelles élections », prédit Pablo Bustinduy, député de Podemos de 33 ans et ancien professeur de philosophie. Pour lui, il va sans dire que le « responsable » est le PSOE. « A aucun moment il n’a reconnu nos cinq millions d’électeurs et le fait que nous avions fait presque match nul, affirme-t-il. Il ne s’est pas rendu compte que la société a changé et que nous n’allions pas accepter d’avoir un rôle subalterne, sans réels pouvoirs de décision politique. »

Avant même de débuter les négociations, le chef de file de Podemos, Pablo Iglesias, avait exigé la vice-présidence et la moitié des portefeuilles ministériels d’un éventuel gouvernement de coalition. Il avait aussi réclamé la tenue d’un référendum d’autodétermination en Catalogne et mis son veto à la participation de Ciudadanos dans les discussions. Pour le PSOE, qui a refusé toutes ces conditions, c’est Podemos qui a rendu impossible un accord entre les deux formations politiques.

Montée de l’abstention à gauche

« Je suis lasse de voir que la gauche ne parvient pas à se mettre d’accord »

Chez beaucoup d’électeurs de gauche, le désenchantement s’est installé. « Je suis lasse de voir que la gauche ne parvient pas à se mettre d’accord », soupire Carmen Alonso, psychologue de 57 ans venue participer à la Fête du printemps, organisée par Podemos dimanche 24 avril dans le parc Tierno Galvan de Madrid. Arantxa Herrero, 33 ans, à la tête d’une petite entreprise, se dit à la fois déçue par « la manière de négocier de Pablo Iglesias », tout en pensant que « le PSOE n’aurait pas dû privilégier un accord avec Ciudadanos ».



Pedro Sanchez, leader du parti PSOE après sa rencontre
avec le roi Felipe d'Espagne à Madrid le 2 avril 2016. PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

Plus virulent, Juan M., monteur de 43 ans, est venu avec des amis. « Je me sens trahi, affirme-t-il. Les leaders de Podemos ont mis leur soif de pouvoir au-dessus de l’intérêt général. Ils se sont mis à dos tout l’arc parlementaire. Pablo Iglesias s’est montré immature, prétentieux et sectaire. Il aurait été plus logique qu’ils avancent petit à petit… » Il votera donc pour les écolo-communistes de la Gauche unie (Izquierda unida, IU). Une alliance entre IU, qui avait réuni près d’un million de voix en décembre, et Podemos semble désormais possible avant juin, ce qui pourrait leur permettre de devancer le parti socialiste comme deuxième force politique en Espagne, mais sans la voix de Juan : « Dans ce cas, je vais peut-être m’abstenir… »

C’est parmi les anciens électeurs du PSOE, qui s’étaient ralliés à Podemos portés par la fraîcheur de leur discours et de leurs candidats, que l’on trouve le plus de mécontents.

J’ai voté Podemos avec l’espoir de rééquilibrer la gauche, de réorienter les positions du PSOE qui allaient trop à droite à mon goût. Mais je suis terriblement déçu et démotivé, regrette Jorge Sanchez-Cabezudo, réalisateur de 44 ans. Ils se disaient sociaux-démocrates, mais ils ont montré qu’ils appartiennent à la gauche révolutionnaire et font passer leurs idéaux romantiques et leurs positions jusqu’au-boutistes avant la réalité. Je pense qu’ils n’ont jamais cherché l’accord avec le PSOE, mais simplement le moyen de le dépasser et de le détruire…

Citation :
Dès le soir du 20 décembre, je me suis rendu compte que je m’étais trompée, regrette aussi Inès V., coach de 36 ans. Au lieu de parler de tendre des ponts, d’aborder les mesures sociales pour lesquelles on les avait élus, ils ont brandi une première ligne rouge : le référendum en Catalogne, et n’ont parlé que d’eux, avec arrogance. J’ai la sensation qu’ils n’ont pas compris ce que signifie le verbe négocier…

Miroir de l’ambiance qui règne en Espagne, les sondages parus ces derniers jours signalent une montée de l’abstention chez les électeurs de gauche, qui pourrait renforcer le Parti populaire de Mariano Rajoy. Mardi, Pedro Sanchez, chef du PS espagnol, s’est cependant voulu confiant : « Le changement est repoussé de deux mois mais le changement arrivera. »

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Sam 25 Juin - 14:43


n'achetez pas l'Europe écossaise, écossez-la vous-mêmes



le Brexit, l'Écosse, et l'indépendance



« Madame : n’achetez plus de tissus écossais. Écossez-les vous-mêmes ! »

Francis Blanche

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Dim 26 Juin - 15:45


l'irrésistible séduction de l'extrême-gauche post-trotskiste par le populisme

c'est un moment "européen" intéressant, avec sa série de luttes en France et d'élections un peu partout : Grande-Bretagne (Brexit), Espagne (Podemos...), Italie (Cinq Étoiles, des femmes maires de Rome et Turin), Islande (un prof à la Présidentielle et le mouvement libertaire du Parti Pirate en passe de faire un score aux parlementaires), re-France (référendum ND des Landes aujourd'hui)...

moment intéressant pour faire le point sur la dérive populiste des partis dits de "gauche radicale", voire d'une certaine "ultragauche" (cf le pape du Prolétariat Universel, Jean-Louis Roche, sous le charme du Brexit, ICI... Il peut tempester contre  « le SWP lénino-stalino-trotsko [qui] peut « façonner » [la révolte] et la « construire » en luttant contre le racisme », il n'en est pas moins dans le même paradigme (post-)marxiste au nom de la pureté universelle de la révolution du prolétariat guidé par son avant-garde blanche et européenne)

je profite aujourd'hui d'une offre d'accès gratuit aux articles de Médiapart pour copier-coller cet entretien avec le franco-grec Stathis Kouvelakis, dirigeant de la LCR puis du NPA... et du Comité central de Syrisa avant la "trahison" de Tsipras, membre éminent de la scission 'de gauche' Unité populaire...


Stathis Kouvelakis : «L’UE n’est pas réformable»

25 juin 2016 | Par Joseph Confavreux

ils sont élus ils sont tous là


« Que ce soit Jean-Luc Mélenchon en France, Oskar Lafontaine et Sahra Wagenknecht en Allemagne, l’aile gauche de Podemos
ou ceux qui ont quitté Syriza l’an dernier : toutes ces forces anti-libérales et progressistes doivent se saisir de ce moment,
si elles ne veulent pas être gravement punies par une droite nationaliste et xénophobe qui capterait la colère populaire.»

Stathis Kouvelakis, enseignant en philosophie politique au King's College de Londres, ancien membre du comité central de Syriza, actuel membre d’Unité populaire, analyse pour Mediapart les enjeux du Brexit.

Stathis Kouvelakis était membre du comité central de Syriza lors de la victoire de ce parti en Grèce en janvier 2015. Il fit ensuite partie de ceux qui, prônant une sortie de l’euro et une rupture franche avec les institutions européennes, ont décidé de faire scission avec le premier ministre Alexis Tsipras. Enseignant et vivant à Londres, il analyse pour Mediapart les conséquences du référendum britannique.



Citation :
Mediapart : Quelle lecture faites-vous du vote en faveur du Brexit ?

Stathis Kouvelakis : Le premier constat est que l’UE perd tous les référendums qui se déroulent autour des propositions qui en émanent ou de l’appartenance à l’une de ses instances. Les défenseurs inconditionnels du projet européen devraient quand même commencer à se demander pourquoi. Mais c’est la première fois que la question du maintien ou du départ a été posée directement. Et le fait que l’un des trois grands pays européens choisisse la rupture avec l’UE signe, pour moi, la fin du projet européen actuel. Ce résultat révèle définitivement ce qu’on savait déjà, à savoir qu’il s’agissait d’un projet construit par et pour des élites, qui ne bénéficiait pas d’un soutien populaire.

Vous en réjouissez-vous ?

Oui. Certes, ce rejet légitime de l’UE risque d’être confisqué par des forces de droite et xénophobes, comme la campagne britannique l’a montré. Mais, pour moi, il peut aussi s’agir d’une opportunité pour des forces progressistes en lutte contre l’Europe néolibérale et autoritaire, c’est-à-dire l’UE telle qu’elle existe. Je pense que des forces antilibérales de gauche peuvent plus facilement s’exprimer dans d’autres pays qu’en Grande-Bretagne, où il est vrai que le « Lexit » (contraction de Left et Exit -ndlr) a été très peu audible, et a révélé une fracture entre la direction des principales forces de gauche, politiques et syndicales, et la base populaire et ouvrière, qui a dans sa grande majorité rejeté l’UE.



Jeremy Corbyn en 2013


Le parti travailliste, notamment, est fracturé entre une large partie de son électorat d’un côté et ses élus et son appareil de l’autre, avec les cadres et les militants écartelés entre les deux. De surcroît, son dirigeant actuel, Jeremy Corbyn, est en réalité très hostile à l’UE, mais il a été contraint de faire campagne pour le maintien, compte tenu du rapport de force interne à l’appareil et au groupe parlementaire.

En février 2015, lorsque je faisais encore partie du comité central de Syriza, à l’occasion d’une grande réunion qui s’était tenue à Londres, au siège de la confédération des syndicats britanniques, pour fêter la victoire de notre parti en Grèce, Jeremy Corbyn, dont personne n’envisageait alors qu’il puisse prendre la direction du parti travailliste, était venu me parler en marge de la réunion, en me disant : « Est-ce que vous avez un plan B ? Parce que l’UE va vous écraser, en commençant par attaquer votre système bancaire. »

Il m’a raconté le choc qu’il avait subi lorsqu’il était jeune militant et que le parti travailliste avait gagné les élections de 1974 sur un programme radical. Le système bancaire britannique avait immédiatement été attaqué, contraignant le Royaume-Uni à faire appel au FMI pour demander un prêt et à mettre en place des politiques austéritaires en échange. Il voulait que je le rassure sur le fait que nous avions un plan B, et moi qui appartenais à la minorité de la direction de Syriza, je ne pouvais que lui répondre qu’il fallait qu’il en parle avec Tsipras, pour tenter de le convaincre.

Cette anecdote montre qu’il ne se fait aucune illusion sur l’UE. Seulement, l’appareil  du parti travailliste et ses élus lui sont farouchement hostiles. Et on lui reproche désormais d’avoir fait un service minimum en faveur du « Remain ». Les mêmes médias, qui avaient appelé à voter « Remain », voudraient qu’il parte, alors même que le Brexit a gagné, parce qu’il n’en aurait pas fait assez…

Avez-vous été surpris de ce résultat ?



Boris Johnson en 2015

Non. Ce qui m’a frappé pendant cette campagne britannique, c’est une impression de déjà-vu. J’ai eu la chance de vivre à la fois le référendum sur la Constitution européenne de 2005 en France, celui de l’année dernière sur le plan d’austérité Juncker en Grèce, et celui de cette année en Grande-Bretagne. À chaque fois, ceux qui défendent l’UE portent de moins en moins de discours positifs et emploient essentiellement des arguments fondés sur l’intimidation et la peur, en mettant en scène tous les maux qui s’abattraient sur le Royaume-Uni si les Britanniques votaient mal.

Schaüble et Juncker se sont faits menaçants, comme à l’accoutumé, et même Obama a joué sa partition pour expliquer à quel point un Brexit serait catastrophique. En France, on a beaucoup focalisé sur le fait que la campagne pro-Brexit était animée par des personnages effectivement peu ragoûtants, de Boris Johnson à Nigel Farage. Mais les médias ont moins souligné que le « Remain » était porté par tout l’establishment content de lui-même, avec la City arrogante en première ligne, ce qui avait de quoi motiver le rejet de l’électorat populaire.

Une refondation démocratique de l’Europe, que beaucoup appellent de leurs vœux au lendemain du Brexit, vous semble-t-elle encore possible ?

De plus en plus de forces de gauche comprennent que l’UE n’est pas réformable dans un sens progressiste, avec un fonctionnement plus démocratique, parce qu’elle est conçue, dans son architecture intrinsèque, pour ne pas être réformable. Tout est verrouillé et, pour enseigner dans un département d’études européennes, je peux vous assurer que mes collègues spécialistes le savent. L’UE n’a pas été conçue pour fonctionner avec les règles de la démocratie parlementaire, dont on craint toujours la tentation « populiste ».

Le vote britannique est donc une occasion à saisir pour toutes celles et ceux qui réfléchissent à un plan B, et sont conscients que de véritables alternatives impliquent une rupture avec l’UE. Que ce soit Jean-Luc Mélenchon en France, Oskar Lafontaine et Sahra Wagenknecht en Allemagne, l’aile gauche de Podemos ou ceux qui ont quitté Syriza l’an dernier : toutes ces forces anti-libérales et progressistes doivent se saisir de ce moment, si elles ne veulent pas être gravement punies par une droite nationaliste et xénophobe qui capterait la colère populaire.

Mais, en Grèce, la gauche qui a fait scission avec Tsipras, semble pourtant plutôt atone ?

Le dernier sondage américain PEW sur l’europhilie, effectué sur un très large échantillon de populations européennes, a montré que plus de 71 % des Grecs n’acceptaient plus l’UE et qu’un bon tiers souhaitaient sortir de l’euro. Certes, le champ politique grec est bloqué et, suite à la capitulation de Tsipras l’été dernier, le sentiment de défaite et de démoralisation reste fort. Mais on commence à voir des mouvements à gauche de Syriza, que ce soit Unité populaire ou le mouvement lancé par Zoé Konstantopoúlou, gagner du terrain. Nous sommes à la veille de reclassements importants, à l’échelle de l’Europe, et face à un choix entre une radicalité qui sera soit de gauche et internationaliste, soit de droite et xénophobe. Si la gauche qui se veut hostile au néolibéralisme continue à répéter la litanie de l’« Europe sociale » et de la « réforme des institutions européennes », elle ne s’enfoncera pas simplement dans l’impuissance, elle sera tout bonnement balayée.

La manière dont la Grèce a été traitée l’été dernier a-t-elle joué dans le vote britannique ?



Nigel Farage en 2015

Nigel Farage, le dirigeant du parti nationaliste et xénophobe UKIP, avait tenu au Parlement européen des propos dans lesquels il accusait l’UE de se comporter de manière dictatoriale avec la Grèce. Il disait des choses qui auraient dû être dites par toute la gauche britannique et européenne. Le référendum britannique est juste un nouveau signe du rejet de l’UE, dont les électeurs comprennent qu’elle se situe au cœur du problème de la politique représentative actuelle, celui d’une élite européiste qui méprise les couches populaires et la notion même de souveraineté du peuple. Passivement toléré lorsque la situation économique paraissait fluide, le projet européen se délite lorsque celle-ci se dégrade et que le carcan des politiques d’austérité se durcit partout, sous l’impulsion et le contrôle tatillon des instances de l’UE.

Le découpage spatial du vote britannique est saisissant. Il y a deux pays. La bulle de la City et du Sud-Est du pays face à un autre pays, dont on ne parle jamais parce qu’on préfère évoquer le Londres branché et multi-culturel. Avant d’enseigner à Londres, j’exerçais dans une université de la banlieue de Birmingham, Wolverhampton. La différence est abyssale. Le centre-ville était en ruine. Dans cette Angleterre où la révolution industrielle a commencé, tout le monde se sent abandonné et condamné à une mort économique et sociale. Le parti travailliste a abandonné à leur sort des populations entières et laissé ainsi le champ libre à des partis comme le UKIP.

Ce qui est d’ailleurs paradoxal, parce qu’alors que le Front national a toujours su, en France, se parer d’un vocabulaire et d’atours pour « faire peuple », le UKIP incarnait, à l’origine, tout ce dont les classes populaires anglaises se sont toujours moqué : un côté vieillissant, anglican, traditionnel, classes moyennes coincées, 100 % blanches, le conservatisme de grand-papa en somme. On imagine la colère et le sentiment d’abandon qu’il a fallu pour qu’un tel parti ait pourtant réussi à capter le vote des classes populaires…

Comment vous positionnez-vous face à la perspective de nouveaux référendums sur l’appartenance à l’UE dans d’autres pays d’Europe ?

L’UE n’est pas réformable et je pense qu’il n’existe pas d’autre solution que sa dissolution. Une vraie refondation de l’Europe signifie briser la cage de fer de l’austérité perpétuelle et du néolibéralisme autoritaire, et cela passe par une rupture avec la machinerie institutionnelle de l’UE. Il faudra donc jouer le jeu des référendums, tout en empêchant les forces de la droite xénophobe et nationaliste de gagner l’hégémonie et de dévoyer la révolte populaire. La gauche de la gauche a pris beaucoup de retard, mais elle ne peut plus penser qu’elle parviendra, sans rupture avec l’UE, à changer le rapport de force à l’intérieur d’une machinerie spécialement conçue pour empêcher toute divergence, et face à un rouleau compresseur dont on a vu comment il a pu écraser la Grèce.



et voilà comment un "marxiste"* vous refourgue du populaire partout et du prolétariat nulle part..

* cf entre autres Débat avec Isabelle Garo et Stathis Kouvélakis, "Marx et la forme politique"


« Chaque fois qu'à la place de prolétariat, je lis "peuple",
je me demande quel mauvais coup on prépare contre le prolétariat.»


Gilles Dauvé, DDT21

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Lun 27 Juin - 13:20


Alors que le vote Brexit montre une résistance populaire à la migration des travailleurs vers l’Ouest, l’Union européenne s’est-elle tirée une balle dans le pied en s’étendant de manière hautaine et précipitée vers l’Europe de l’Est et ses bas salaires ?


Citation :
Bien que peu d’analystes exposent le problème sous cet angle, l’Union européenne souffre d’une crise auto-infligée de « surexpansion », ou si vous préférez, une forme de surmenage impérial. Le vote Brexit n’était que le dernier symptôme de cette catastrophe politique qui comprend également l’escalade des affrontements avec la Russie et la crise en cours en Ukraine.

Les sondages d’opinion au Royaume-Uni ont établi que l’inquiétude généralisée sur l’immigration a été le facteur le plus important conduisant les électeurs à voter pour une sortie de l’UE. Les militants pro-Brexit ont insisté sur les statistiques publiées le mois dernier. Elles montrent que le solde migratoire a atteint le tiers d’un million de personnes en 2015, doublant le taux qui prévalait trois ans plus tôt.

De tels chiffres ont nourri les préoccupations publiques quant à l’impact des immigrants sur le National Health System et les autres services sociaux du pays, ainsi que sur l’emploi. Ces chiffres ont également nourri une profonde méfiance à l’égard de la crédibilité du gouvernement.

Comme le Guardian l’a rapporté après l’étonnante victoire électorale du camp Brexit, « l’échec de David Cameron à donner une réponse convaincante à la publication des chiffres quasi records du solde migratoire lors de la première semaine de la campagne sur le référendum européen s’est révélé être un moment décisif. »

“Le chiffre de 333.000 a non seulement souligné de manière incontestable que la Grande-Bretagne était devenue un pays de migration de masse, mais il signifiait aussi que les politiciens qui ont affirmé pouvoir faire des coupes profondes dans les chiffres tout en restant au sein de l’Union européenne n’étaient pas pris au sérieux.”

L’afflux de ces nouveaux arrivants a eu un effet psychologique profond sur le public. “L’incapacité du gouvernement britannique pour contrôler la migration (intraeuropéenne) est considérée comme emblématique d’une perte plus large de contrôle”, a écrit le théoricien politique d’Oxford David Miller juste avant l’élection. “Beaucoup de Britanniques estiment qu’ils ne sont plus en charge de leur propre destin : ‘Reprenez notre pays’ est un slogan qui résonne le long du sentier de la campagne.”

L’expansion de l’UE et l’immigration

Environ la moitié des immigrants au Royaume-Uni ces dernières années sont venus d’autres pays de l’UE, profitant de l’engagement fondamental pour la libre circulation des personnes au sein de l’Union. Leur grand nombre reflète l’énorme expansion de l’UE depuis 2004 — et l’attrait de l’économie relativement riche de la Grande-Bretagne pour les travailleurs pauvres des nouveaux membres comme la Pologne et la Roumanie.

L’Union européenne — qui dispose d’un commissaire pour “l’élargissement” — s’est élargie sans relâche et sans tenir compte des préoccupations des électeurs de base de ses membres fondateurs. En 2004, l’UE a absorbé Chypre, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie — tous des pays à bas salaires avec des normes de standard de vie beaucoup plus basses qu’en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni. En 2007, l’Union a également pris la Roumanie et la Bulgarie.

Les statistiques officielles montrent que les citoyens de ces membres plus récents et plus pauvres de l’UE comptent pour près d’un tiers du solde migratoire dans le Royaume-Uni au cours des dernières années.

Bien que de nombreux économistes défendent que la libre circulation du travail est bonne pour l’économie dans son ensemble, le résultat — comme celui du libre-échange avec les pays à bas salaires — peut nuire à des travailleurs moins qualifiés.

En 2011, deux rapports inédits commandés par le ministère des Communautés et des Collectivités locales ont établi ce point.

Un haut fonctionnaire du gouvernement a prévenu que l’immigration en forte augmentation pourrait “accroître les tensions entre les travailleurs migrants et d’autres sections de la communauté” durant la récession du pays. Un autre a noté une forte augmentation des migrants établis de façon inattendue dans les zones rurales, et a conclu qu’ils avaient “un impact négatif sur les salaires des travailleurs du Royaume-Uni dans les plus bas niveaux de la distribution professionnelle.”

“Nous avons sous-estimé de manière significative le nombre de personnes qui allaient venir en Europe de l’Est”,
a concédé Ed Milliband, leader du Parti travailliste. “La migration économique et une plus grande flexibilité du marché du travail ont augmenté la pression rencontrée par les travailleurs moins qualifiés.”

Ironiquement, la plupart des localités qui ont voté le plus massivement pour le Brexit avaient des populations migrantes relativement faibles. Mais beaucoup d’entre elles souffrent encore de l’austérité économique et de fortes réductions dans le filet de sécurité sociale imposées par le gouvernement conservateur depuis 2010.

“Changer de bouc émissaire en passant du gouvernement au migrant sans visage. . . C’est plus facile quand les gens ont peur pour leur subsistance, et c’est plus commode pour les politiciens qui font campagne des deux côtés” a fait remarquer l’écrivain basé à Londres, Aube Foster.

Les électeurs ont été facilement persuadés que les “lointains” et “anonymes” bureaucrates de l’UE ne saisissaient pas leurs préoccupations. En effet, l’Union européenne reste tordue par une expansion continue. Des pourparlers sont en cours pour l’adhésion de l’Albanie, de la Macédoine, du Monténégro, de la Serbie et de la Turquie. La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont reconnus en tant que membres potentiels.

La Russie et l’Ukraine

La conduite expansionniste de l’UE a eu d’autres répercussions coûteuses tant pour la Grande-Bretagne que pour le reste de l’Europe. Sa volonté d’établir un “accord d’association” avec l’Ukraine a ainsi été une catastrophe notable. Ce traité de grande envergure comprenait non seulement des dispositions pour une étroite intégration économique, mais aussi un engagement dans le temps à se conformer à la Politique de sécurité et de défense commune de l’Union ainsi qu’aux politiques des Agences de Défense Européennes. Sur ces deux fronts, l’accord a été conçu de manière à tirer l’Ukraine de son orbite russe traditionnelle.

L’expansion de l’UE en Ukraine, comme son expansion dans le reste de l’Europe de l’Est, a été menée parallèlement à l’expansion de l’alliance militaire de l’OTAN dans les mêmes pays, contrairement aux promesses faites par les dirigeants occidentaux à leurs homologues russes en 1990. En 2008, le secrétaire général de l’OTAN — soutenu par le président George W. Bush et le candidat à la présidentielle Barack Obama — a promis que l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan serait accordée.

Inutile de dire que la Russie a mal réagi, comme elle l’a fait plus tard avec la joute de pouvoir menée par l’UE. La Russie a fait pression sur le gouvernement du président Viktor Ianoukovitch pour qu’il résiste aux sirènes de l’OTAN et de l’Union européenne. Le refus de Ianoukovitch de rompre avec la Russie a alors déclenché les manifestations du soi-disant “Euromaidan” et le putsch soutenu par l’Occident qui a renversé son gouvernement en février 2014.

En moins d’un mois, le nouveau Premier ministre pro-européen et pro-US, Arseniy Yatseniuk, avait signé les dispositions politiques de l’accord européen. Quelques mois plus tard, il déclarait qu’il chercherait également à adhérer à l’OTAN.

Le résultat a été une guerre civile sanglante dans l’Est de l’Ukraine ; des confrontations militaires dangereuses et coûteuses entre la Russie et l’OTAN ; et les sanctions économiques qui appauvrissent mutuellement la Russie et l’Union européenne.

Les futurs historiens nous aideront à comprendre les sources sous-jacentes de l’expansion autodestructrice de l’UE. Sans doute comprennent-elles un mélange de foi idéologique dans l’universalité des valeurs européennes, d’agrandissement bureaucratique, et de soumission aux élites néolibérales. Quelles que soient les causes, les conséquences menacent aujourd’hui l’ensemble du projet européen.

L’avenir de l’Union européenne exigera une sérieuse remise en question sur bien des fronts, mais plus particulièrement sur celui des grandioses ambitions d’expansion.


Article publié sur Consortium News sous le titre European Union’s Imperial Reach

Traduit de l’anglais par Investig’Action


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Lun 27 Juin - 13:34


au sens où nous parlons de communisme, il est certain que nous ne sommes pas nostalgiques du soviétisme, mais au point où la "dé-communisation" en arrive en Pologne et dans les ex-"pays de l'Est", s'agit-il bien condamner le stalinisme ou le "capitalisme d'État" ?



« Désormais, afficher un drapeau rouge floqué de la faucille et du marteau
ou arborer un tee-shirt à l’effigie de Che Guevara sont passibles de deux ans d’emprisonnement »

Dans un climat lourd de menaces de guerre, la « Justice » polonaise vient de condamner quatre militants communistes polonais à des peines de prison et d’amendes… En France, des initiatives de solidarité voient le jour.


Citation :
8 juin 2010. L’entrée en vigueur d’un amendement à l’article 256 du Code pénal en vigueur en Pologne, provoque un tollé dans les milieux progressistes. Il prévoit de punir « quiconque qui, dans un but de propagande, produit, importe, achète, stocke, offre, transporte ou envoie des objets contenant des symboles (…) ou comportant des symboles communistes ».

Désormais, afficher un drapeau rouge floqué de la faucille et du marteau ou arborer un tee-shirt à l’effigie de Che Guevara sur les rives de la Vistule sont passibles de deux ans d’emprisonnement. Les droites tant libérales (Donald Tusk) qu’euro-sceptiques (les frères Kaczynski) se retrouvent alors dans un même élan anticommuniste.

Une posture répressive confortée par le chômage des plus jeunes (obligés de s’exiler en Grande-Bretagne notamment pour satisfaire leurs besoins vitaux), la dégradation des conditions sanitaires et de logements, l’accroissement des inégalités… Autant de reculs sociaux provoqués par vingt ans de restauration capitaliste. Le 19 juillet 2011, le Tribunal constitutionnel rejette toutefois cette disposition spécifique comme contraire à la liberté d’expression.

Délit d’opinion

L’alinéa 1 de cet article 256 du Code pénal reste cependant en vigueur. Aujourd’hui, il est ainsi toujours susceptible d’entraîner la condamnation de toute personne faisant « publiquement la propagande pour un système fasciste ou autre totalitaire et appelle à la haine du fait de différences nationales, ethniques, raciales ou liées à la religion ». Le cas échéant, elle pourrait être « punie d’une amende, de limitation ou de privation de liberté jusqu’à 2 ans ».

C’est en vertu de cette loi qu’en première instance, le tribunal de Dabrowa Gornicza (1) a condamné le 31 mars dernier, quatre militants du KPP (Komunistyczna Partia polski / Parti communiste polonais) à neuf mois de prison ou des travaux d’intérêt général ainsi qu’à de fortes amendes. Une peine prononcée sans procès, sur la seule base de l’acte d’accusation, comme l’autorise la législation.

En 2013, une plainte avait été déposée par un député conservateur du PIS (Prawo i Sprawiedliwość / Droit et Justice), Bartosz Kownacki. Toutefois, « le procureur avait refusé de la traiter », souligne le KPP. La procédure a été réactivée suite à l’arrivée au pouvoir des conservateurs nationaux-catholiques à l’automne dernier (2).

Il est ainsi reproché aux membres du comité de rédaction de Brzask (Aube), le périodique du KPP, d’avoir « publié des contenus liées directement aux idées communistes, marxistes et léninistes, publications qui sont accessibles sur le site internet www.kompol.org ; ce qui dans le contexte des expériences historiques est contraire aux valeurs démocratiques… ».

« Nous sommes reconnus coupables d’avoir promu des idées totalitaires », s’indigne Beata Karon, l’une des dirigeantes du KPP, qui ne pourrait par exemple plus célébrer la Révolution d’Octobre 1917 ou vanter les mérites de la Pologne populaire (1944 – 1989) ! Des interdits contraires à l’esprit de la Constitution polonaise qui reconnaît le droit à la liberté de conscience, d’expression et d’opinion. D’autant que le KPP d’inspiration marxiste-léniniste est un parti légal dûment enregistré depuis 2002.

Campagne antisoviétique

Une décision qui s’inscrit outre-Oder (comme dans d’autres pays d’Europe centrale, en Ukraine ou en Macédoine) dans le cadre d’une vaste campagne anticommuniste et antisoviétique ; les parlementaires polonais ayant, en avril dernier, adopté une loi visant à « interdire la promotion du communisme ». Ainsi, « l’Institut de la Mémoire nationale (3) a créé un registre et exige des autorités locales qu’elles liquident les monuments en l’honneur des soldats soviétiques et d’autres liés au communisme », selon le KPP.

Une mesure qui résonne comme une insulte à l’endroit de ces combattants qui se sont sacrifiés afin d’éviter aux Polonais – considérés par Hitler comme des sous-hommes – de devenir les esclaves des nazis ! 600.000 soldats de l’Armée rouge sont en effet tombés pour la libération de la Pologne occupée par l’Allemagne nazie dès septembre 1939.

« Museler toute opposition à la guerre ! »

Exilée politique en France depuis le début des années 1990 après avoir été empêchée d’étudier à l’université de Varsovie en raison de ses convictions anticapitalistes et féministes, Monika Karbowska resitue ces attaques dans le cadre « de la préparation d’une guerre contre la Russie », envisagée par les États-Unis et l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) (4), leur bras armé en Europe.

Selon elle, ces pratiques liberticides viseraient à « museler toute opposition en terrorisant la population ». Monika Karbowska en veut aussi pour preuve l’arrestation le 16 mai dernier de Mateusz Piskorski. A la tête de l’organisation Zmiana (Changement), celui-ci s’oppose à la présence de l’OTAN et milite pour l’union des peuples slaves et l’établissement de liens d’amitiés avec la Russie.

Sous le fallacieux prétexte d’espionnage au profit de cette dernière, ce dirigeant souverainiste a été « jeté en prison. Il a été gardé au secret pendant un mois. Sa famille n’a pas eu de nouvelles de lui pendant trois semaines. Aujourd’hui, il demeure en détention administrative, sans avoir été jugé. Il est privé d’avocat. Ce sont quand même les standards des droits de l’homme qui sont ici violés », s’insurge Monika Karbowska. Syndicalistes, militants progressistes et autres altermondialistes sont tout autant ciblés.

Ainsi « les organisateurs du Forum social de Wroclaw de mars dernier, ont à l’époque reçu des coups de fil menaçant de la police politique. C’est parfaitement illégal. Si la police a des choses à nous reprocher, qu’elle nous convoque et nous les expose. Là, on nous menaçait de finir en prison si on invitait des militants du Donbass  ! Il y a vingt-cinq ans, on a ouvert le cycle de la répression. Il a conduit à l’ultralibéralisation et l’américanisation de la Pologne. Aujourd’hui, on revient à la répression car l’Amérique veut la guerre. La boucle est bouclée », poursuit-elle.

Appel à la solidarité

Parmi les quatre condamnés, « trois sont membres du comité de rédaction de Brzask et le dernier gestionnaire de notre site internet », souligne Beata Karon. Ils revendiquent le droit d’être entendus « dans le cadre d’une procédure classique » et ont bien sûr fait appel de la décision. Il sera examiné par la cour régionale de Katowice en Haute-Silésie à une date qui n’a pas encore été déterminée. Dans cette perspective, le KPP invite à multiplier les manifestations de solidarité devant les représentations diplomatiques de la Pologne à l’étranger.

Manifestation à Lens

Le 31 mai dernier, une délégation composée de militants du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), du Comité internationaliste pour la solidarité de classe (CISC), de la Coordination communiste du Nord et de l’association des Amis d’Edward Gierek, a ainsi été reçue par Henri Dudzinski, le consul honoraire de la République de Pologne pour le Nord de la France.

« Alors que dans toute l’Union européenne (UE) criminalisation du communisme rime avec réhabilitation du fascisme, alors qu’en France certains voudraient briser les syndicats de lutte et le droit de grève, la défense des communistes polonais relève à la fois de la solidarité internationale, de l’antifascisme et de la défense de nos libertés », proclament ces organisations à l’initiative d’un rassemblement le mercredi 22 juin 2016 devant la gare de Lens au cœur de l’ex-Bassin minier du Pas-de-Calais, terre de labeur et d’exploitation de milliers de travailleurs polonais (mineurs de charbon pour la plupart) dans l’entre-deux-guerres.

« Cette criminalisation galopante du communisme (…) est d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’une réhabilitation de moins en moins rampante des fascistes, des nazis et des racistes. Pour ne prendre qu’un exemple, il n’est que de voir comment l’UE-OTAN continue de soutenir le pouvoir de Kiev qui vient d’interdire le PC ukrainien, qui a massacré des syndicalistes à Odessa et qui vient de promouvoir au poste de président du Parlement le fondateur du Parti national-socialiste ukrainien », soulignent-elles dans l’appel commun qu’elles ont rendu public (5).



Notes :

1.Il s’agit de la ville de Silésie où le KPP et son organe Brzask sont enregistrés.

2.Le PIS après avoir remporté l’élection présidentielle en mai 2015, s’est adjugé les élections législatives en octobre de la même année.

3.Cette commission (Instytut Pamięci Narodowej / IPN) composée de neuf membres élus par le président de la République, la Diète (Assemblée nationale) et le Sénat, a été créée en 1998 pour enquêter sur les « crimes » de l’ère nazie et de la période socialiste, et afin de poursuivre leurs auteurs. En fait, il lui est principalement confié la tâche de réécrire l’histoire de la Pologne dans un sens anticommuniste et antisoviétique.

4.En dépit des promesses formulées lors de la réunification de l’Allemagne, la Pologne a rejoint l’OTAN en 1999. Celle-ci tiendra son sommet à Varsovie les 8 et 9 juillet prochains, après avoir déployé, en juin, en Pologne son plus imposant dispositif militaire aux portes de la Russie, depuis la dislocation de l’URSS dans le cadre de l’opération « Anaconda » (30.000 militaires / 24 pays).

5.Le texte est disponible sur : http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/liberte-communistes-polonais/



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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Lun 27 Juin - 15:26


Les classes moyennes supérieures dans la tourmente ?

La chute de la livre sterling, conséquence du Brexit, fait vaciller les marchés financiers

Brexit : les banques s'effondrent en Bourse La Tribune


Citation :
C'est surtout l'impact de la chute de la livre sterling sur les bilans des banques qui inquiète les investisseurs.

En effet, selon le dernier rapport de la Banque des règlements internationaux (BRI), les dérivés de taux d'intérêts en livre sterling représentaient une valeur notionnelle (sous-jacente) de 38.127 milliards de dollars fin 2015, soit près de 10 % de l'ensemble du marché mondial. La valeur notionnelle des dérivés de change en livre s'élève à 9.113 milliards de dollars, soit 13 % du marché mondial.

Or, les banques françaises et allemandes sont particulièrement exposées au marché des dérivés. La Deutsche Bank, par exemple, la première banque allemande, dont la solvabilité est régulièrement mise en doute par les marchés, affiche plus de 500 milliards d'euros de produits dérivés dans son bilan, soit près d'1/3 du total.

Compte tenu de l'importance des notionnels, l'effet d'une crise de la livre sera immédiatement transmis à cette banque, maillon faible du secteur bancaire allemand et européen. En cas de crise financière plus large, la Deutsche Bank sera menacée et ceci pourrait avoir un impact sur l'ensemble du secteur bancaire.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/banque/brexit-les-banques-s-effondrent-en-bourse-581877.html

POURQUOI LES BANQUES BAISSENT-ELLES AUTANT ? 27/06/2016
https://brunobertez.com/2016/06/27/pourquoi-les-banques-baissent-elles-autant/

Depuis le vote sur le Brexit, les marchés financiers sont en chute. La chute s’effectue sous la conduite des banques et des marchés des changes. Les emprunts d’état considérés comme sûrs sont recherchés; l’or est demandé, les matières premières résistent et les valeurs défensives sont accumulées.

Citation :
Les banques plongent, c’est le cas de le dire avec des chiffres impressionnants. Lundi elles ont été réservés à la baisse sur le marché Londonnier ; les écarts supérieurs à 10% ne sont pas rares. On  a perdu plus de 20% en moyenne en deux séances de Bourse.

La baisse se déroule sous la conduite de Barclays qui abandonne plus de 12% encore ce matin,  RBS plonge de 15%, Deutsche Bank recule de 7,5%, BNP perd 5%,  Sté Générale chute de 6% . Unicredit ajoute 7% à ses pertes .On peut dire que le secteur est entrainé vers le sud par Barclays, Deutsche Bank et les Banques Italiennes, ce qui correspond à de la fragilité réelle et pas seulement à de la psychologie.

La première raison qui explique et cause la baisse des banques, c’est le fait, qu’elles baissaient depuis de nombreux mois , la tendance était à la baisse  et dans  beaucoup de cas on était sur des records de plus bas historiques. Les écarts étaient spectaculaires  et ils n’ont jamais été vraiment expliqués. On sait qu’en Bourse, la baisse appelle la baisse.
La seconde raison est que les spécialistes ont le sentiment que la politique monétaire des Banques Centrales est très défavorable aux banques car elle détruit , par les taux ultra-bas et les taux négatifs, les « business model » bancaires. Les taux négatifs sont une taxe et un renchérissement des coûts bancaires alors que les marges sont laminées.
La troisème est que les commentateurs et les économistes doutent maintenant du pouvoir réel des Banques Cenrtales à stopper les crises, la crédibilité s’est érodée, les politiques sont contradictoires, les résulats sont maigres, le « facteur risque » devient de plus en plus important, tant la fragilité est devenue grande. Beaucoup ne se cachent pas pour proclamer que nous sommes, que les Banques centrales sont dans un « corner ».

La quatrième est que beaucoup de banques sont en mauvais état et que les collègues le savent, c’est la dissymétrie de l’information , le public ne connait pas la réalité, mais les confrères des banquiers eux, la connaissent. L’ignorance fait vendre.

La cinquième est que depuis mars 2009 ( régles FASB) tout le monde parmi les professionnels sait que les comptabilités ne rendent pas vraiemnt compte de la  solvabilité et de la valeur des postes du bilan, tant les tolérances ont été et sont encore grandes.

On parle d’un plan de sauvetage des banques italiennes. Tout le monde sait que les derniers sauvetages opérés par les autorités italiennes n’ont aucune crédibilité et que la BCE n’était pas tout à fait d’accord. Les banques Italiennes sont dans le PONZI avec l’accord de leur gouvernement. C’est un problème politique.

La chute des banques , encore en baisse de 5% ce jour en Europe, a pour causes :

– le fait que les taux vont rester bas plus longtemps ce qui va les pénaliser

- l’opacité , on ne sait pas quels sont leurs engagements directs ou indirects sur les actifs financiers et les changes

- le ralentissement prévu de l’activité, voire la  récession, va hausser les sinistres

- la chute de la valeur de leurs actifs est considérable ;  elles  sont en genéral  engagées  sur les marchés et le risk-on. Les pertes boursières depuis le Brexit sont évaluées à plus de 2,5 trillions

- la dislocation de leur activité au plan géographique, perturbe les personnels et les apporteurs d’affaires.

Globalement les banques sont le vecteur et le symbole de la mondialisation, de la globalisation et de l’ouverture.  La rupture du Brexit fait une brêche dans l’ordre mondial dont les banques sont les symboles. Tout cela va pénaliser les inventaires, réduire l’appétit pour le risque et rendre plus délicat le financement des bilans et des engagements sur le marché de gros du dollar funding. Le dollar funding est en difficulté, le dollar est trop rare, malgré les promesses de Swap par les autorités américaines.

La Livre continue d’être punie elle perd 3%. Le problème, c’est : quelle est la valeur de la Livre ?  Va -t-on vers un plan coordonné de stabilisation de la devise Britannique ? Or la City est la cheville ouvrière du recyclage mondial des déficits, la cheville ouvrière du funding non seulement des transactions, du commerce extérieur, mais surtout maintenant, des investissements  et des spéculations.



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