PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Lun 27 Mar - 13:58


piqûre de rappel



Elle a théorisé le «populisme de gauche»: qui est-elle et quelle est aujourd’hui son influence sur la politique française?


Chantal Mouffe en 2013  via Wikipedia, License CC

Citation :
Chantal Mouffe en France, au printemps prochain, un livre d’entretiens avec Inigo Errejon, cofondateur de PODEMOS, intitulé Construire un peuple. Mais c'est l'année 2016 qui l'a révélée au public français: le 31 mars dernier paraissait en France L’illusion du consensus, publié au Royaume-Uni plus d'une décennie plus tôt; le même jour –hasard du calendrier– naissait Place de la République Nuit Debout, mouvement de contestation né de la loi travail et embrassant une vaste gamme de demandes sociales et démocratiques.

Depuis longtemps théoricienne renommée sur le plan international, publiée dans différents pays et appartenant au cénacle de ces penseurs critiques lus par les gauches de plusieurs continents, suscitant ou irrigant de nombreux débats internationaux, Chantal Mouffe inspire désormais tant PODEMOS que «La France insoumise» de Jean-Luc Mélenchon. Ses travaux ont également nourri de nombreux débats depuis les années 1980.  

Née à Charleroi en Belgique (ville dont le bourgmestre socialiste Paul Magnette lui remettait une décoration il y a quelques semaines), Chantal Mouffe appartient à une génération qui grandit pendant la Guerre Froide et chercha à pallier les insuffisances de la reconstruction d’après-guerre, perçue comme inachevée moralement et politiquement.

Une pensée et une action internationales

Très tôt, Chantal Mouffe a plongé dans le bain des réseaux internationaux d’une gauche internationaliste et anticolonialiste et séduite par Marx. Solidarité avec le FLN pendant la guerre d’Algérie, combat pour l’émancipation des autres peuples colonisés et tiers-mondisme militant marquent une génération pour laquelle les décennies de la reconstruction et de l’après-guerre ont échoué à faire progresser l’émancipation de l’humanité. C’est l’époque où Régis Debray part à Cuba puis en Bolivie, où les jeunes de l’Union des Etudiants Communistes pratiquent la pêche sous-marine avec Fidel Castro et où Chantal Mouffe, quant à elle, part en Colombie. Les mouvements socialistes révolutionnaires, souvent liés au castrisme, se développent dans les pays latino-américains. Chantal Mouffe rencontre son futur mari, Ernesto Laclau, un intellectuel argentin, au début des années 1970. Ensemble, côte à côte, ils vont travailler à un renouvellement théorique substantiel.

Gramsci et Carl Schmitt pour inspiration

Chantal Mouffe et Ernesto Laclau font très vite partie, avec Stuart Hall et Nicos Poulantzas, des intellectuels qui ont renouvelé et prolongé le cadre théorique issu des Cahiers de Prison d’Antonio Gramsci. Grâce à eux, des continents encore largement inexplorés vont livrer quelques uns de leurs secrets: ceux de la superstructure, de l’hégémonie, et de la «guerre de position».

- La superstructure, dans la pensée marxiste, c’est le domaine des représentations, de la vision du monde, de la philosophie de chacun.

- L’hégémonie est pensée chez Gramsci comme le stade où, par le consentent et par la coercition, une vision du monde s’impose. Un groupe social est hégémonique lorsqu’il est dirigeant (qu’il entraine d’autres groupes) et qu’il est dominant (il peut alors contraindre parce qu’il détient le pouvoir). L’hégémonie repose sur la réponse à deux grandes questions: l’une matérielle, l’autre existentielle.

- La guerre de position consiste en la conquête progressive au sein de la société civile,
par un groupe social et ses «intellectuels organiques», des positions assurant la diffusion de la vision du monde qu’il entend promouvoir.

Chantal Mouffe utilise aussi les outils conceptuels de Carl Schmitt, théoricien du droit, dont la proximité personnelle avec le mouvement nazi dans l’Allemagne des années 1930 et 1940 constitue autant une tache morale que ses travaux théoriques constituent un matériau d’un intérêt majeur pour la vie des idées et la compréhension des dynamiques antagonistiques amis/ennemis.

L’illusion du consensus permet de comprendre comment les travaux de Schmitt sont intégrés à la pensée de Chantal Mouffe qui donne naissance à la relation agonistique nous/eux. Dans cette dernière relation, l’antagonisme est civilisé. Il vit au travers d’une frontière politique, définit un «nous» et un «eux». Il n’y a pas d’ennemi mais des adversaires. La politique vit par l’agonisme et ne succombe pas à l’injonction au consensus.

Réflexions post-marxistes

Ces réflexions très actuelles de Chantal Mouffe sur la revitalisation de la démocratie, le consensus analysé comme un puissant anesthésiant de celle-ci et la conceptualisation d’un «populisme de gauche», puisent leur source dans une œuvre riche de plus de trois décennies de réflexions. Chantal Mouffe et Ernesto Laclau élaborent ensemble un ouvrage paru en 1985 –Hegemony and socialist strategy– qui suscite immédiatement de vifs débats dans les milieux intellectuels de la gauche radicale alors que triomphe partout le néolibéralisme porté par Reagan et Thatcher. «Post-marxiste», le livre répond alors en effet à un déficit théorique de la pensée critique au cœur des années 1980.


Tout le travail d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe est orienté vers ce moteur de l’histoire humaine
qu’est la superstructure et les conditions de sa formation


Laclau et Mouffe connaissent impeccablement l’œuvre de Marx et se font continuateurs des travaux d’Antonio Gramsci. S’ils ne nient nullement l’identifiant de la classe sociale, ils le relativisent et, en s’intéressant à la production discursive des identités politiques, donnent quelques clés qui permettent d’analyser comment le bloc historique néolibéral s’impose et comment les forces progressistes peuvent développer des stratégies contre-hégémoniques. À une «révolution», produit direct d’une lutte des classes, ils préfèrent donc une démocratie radicale fondée sur une articulation de demandes diverses. Tout le travail d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe est orienté vers ce moteur de l’histoire humaine qu’est la superstructure et les conditions de sa formation.

Des demandes diverses existent en effet dans la société. La classe sociale ou les intérêts matériels ne sont pas les seuls éléments entrant en jeu dans le combat politique et dans la construction d’une volonté collective. La vision du monde est aussi forgée par d’autres combats, d’autres luttes, d’autres éléments présents dans la société. Ainsi Ernesto Laclau et Chantal Mouffe considèrent que des luttes comme les combats féministes, les luttes indigénistes (en Amérique latine), les luttes environnementales/ écologistes, les combats LGBT étant le produit d’un processus discursif, l’identité est construite, le «nous» est construit, et son essentialisation est impossible.  

La pensée de Chantal Mouffe est imprégnée de considérations, d’analyses et d’expériences puisées dans de nombreux pays d’Europe ou d’Amérique latine. Passionnée par l’Autriche, pays où elle a enseigné, familière de sa capitale Vienne, elle fait ainsi partie des meilleurs analystes de l’évolution politique de ce pays et du populisme de droite incarné successivement par Jorg Haider et Heinz-Christian Strache. A quelques égards, le «populisme de gauche» de Chantal Mouffe n’est pas si éloigné de ce que fut le socialisme autrichien du Chancelier Bruno Kreisky dans les années 1970 et dont l’effacement correspondit à l’essor rapide du parti de Haider. Kreisky, plusieurs fois vainqueur à la majorité absolue des élections nationales autrichiennes, fut à la fois le modernisateur du pays, l’artisan d’une identité politique autrichienne forte (qui s’opposait à l’identité essentialisée promue longtemps par les pangermanistes) et un socialiste exigeant. Après Kreisky et l’expérience qu’il incarna, le FPÖ de Haider donna une autre articulation discursive et finit par acquérir une centralité dans la vie politique autrichienne. Le populisme de droite de Haider se nourrit ainsi de l’affaiblissement du «kreiskysme». Cas d’école fondamental pour qui veut comprendre la pensée de Chantal Mouffe.

Tout est question d’articulation. Désarticuler et articuler sont des mots qui reviennent fréquemment dans les travaux de Chantal Mouffe.

Le «populisme de gauche» comme voie modérée

Les détracteurs des thèses de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau leur reprochent à la fois de promouvoir la figure du leader et d’être une voie vers la modération. Cela peut sembler paradoxal mais constitue le socle d’une batterie de critiques émanant le plus souvent de l’encadrement des partis de la «gauche d’avant». Les thèses de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau n’ont pourtant pas vocation qu’à reconfigurer la gauche radicale. Une social-démocratie soucieuse de refondation pourrait les embrasser et l’écologie politique pourrait à l’instar d’Equo, le parti écologiste espagnol, être le foyer d’un renouveau «post-marxiste» et d’une promotion d’un «populisme écologiste» (Equo est en alliance avec PODEMOS et Izquierda Unida). Bien au-delà c’est néanmoins la réflexion sur ce que peut être une volonté collective à l’heure de la globalisation et de la mondialisation qui forme le cœur de la pensée de Chantal Mouffe.

C’est ainsi qu’articulant horizontalité et verticalité, par extention «rue» et «institutions», cette pensée s’oppose à des pensées comme celle de Toni Negri mais aussi de John Holloway qui a théorisé l’anti pouvoir et la possibilité de «changer le monde sans prendre le pouvoir» ainsi qu’à des thèses comme les thèses antipolitiques défendues, par exemple, par les Partis Pirates…. Désormais découverte par le public français, nul doute que ses prochains écrits vont encore nourrir notre débat public hexagonal.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Ven 31 Mar - 14:19


fin de la fin de l'identité ouvrière de classe

la CFDT devant la CGT aux élections professionnelles du privé, divers articles

dans la mesure où la CGT symbolisait encore le syndicalisme ouvrier, sa perte d'influence, bien que relative dans certains secteurs et pour certaines luttes, traduit l'achèvement de la perte de l'identité ouvrière de classe, après la disparition, à partir des années 70, de sa représentation politique par les partis communistes du programmatisme ouvrier

ce mouvement est synchrone avec la montée du populisme, c'est-à-dire la référence au peuple en lieu et place du prolétariat

cela ne signifie pas que la CFDT serait plus populiste que la CGT, seulement qu'elle commence à mordre sur des catégories sociales où elle avait moins d'influence

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Dim 24 Sep - 19:07


les héritiers d'Hitler élus du peuple allemand

sans surprise, les (prévisions de) résultats des législatives en Allemagne. L'extrême-droite raciste et xénophobe à 13%, devant la Die Linke à 9%, rien de très réjouissant, même pour qui de celle-ci n'attend rien de bon

La CDU de Merkel remporte les législatives en Allemagne

L'Express.fr avec AFP,  24 septembre 2017


La chancelière et son parti conservateur ont remporté les législatives de ce dimanche.
REUTERS/Fabrizio Bensch



Citation :
Angela Merkel rempile pour un quatrième mandat à la chancellerie. Le camp conservateur CDU-CSU de la chancelière a remporté ce dimanche les élections législatives allemandes, engrangeant 32,5 à 33,5% des voix, selon les estimations des chaînes publiques. Le scrutin est aussi marqué par l'entrée l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) au Bundestag, la chambre des députés allemands, avec 13% des suffrages, un score sans précédent pour une telle formation depuis 1945.

Les sociaux-démocrates du SPD de Martin Schulz arrivent deuxièmes avec 20 à 21 % des suffrages. Ils essuient ainsi une quatrième défaite d'affilée et pour n'avoir pas su incarner le changement, et alors qu'ils gouvernait avec Angela Merkel depuis 2013. Leur appel à plus de justice sociale n'a guère trouvé d'écho dans un pays en pleine croissance avec un chômage au plus bas. Le parti a annoncé ne plus vouloir continuer à gouverner avec la CDU.

L'AfD troisième force politique

L'AfD, mouvement anti-islam, anti-élite, anti-euro qui se classe donc troisième, n'a cessé de radicaliser son discours durant la campagne, allant jusqu'à appeler à être fiers des actes des soldats allemands durant la Deuxième guerre mondiale.

La gauche radicale Die Linke engrange quant à elle 9% des suffrages.  

La chancelière a, elle, fait campagne pour la continuité d'une Allemagne prospère, un message destiné à rassurer face à des électeurs déstabilisés par les crises du monde et les succès de Donald Trump et du Brexit.

Le défi de la future majorité de gouvernement

Outre l'impact de l'AfD sur les futurs débats parlementaires, son entrée au Bundestag promet de compliquer les calculs d'Angela Merkel pour former une majorité de gouvernement.

Les couleurs de la prochaine coalition auront une importance capitale pour une série de sujets brûlants comme les réformes de la zone euro, la négociation du Brexit, l'avenir de la relation transatlantique sous la présidence Trump ou encore la question des sanctions imposées à la Russie.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Lun 2 Oct - 19:09

Catalogne :
populisme, démocratie et autonomie
et stratégies politiques alternatives

tout-à-fait intéressant de confronter, à propos du référendum d'hier en Catalogne, deux positions diamétralement opposés, la première d'un trotskiste, aile gauche de Podemos, et la seconde dessous, d'un anarchiste catalan, plus celui d'un "communisateur" français, et le mien

un texte gauchiste de
Citation :
J, professeur de sociologie à l’université autonome de Barcelone et l’un des principaux dirigeants d’Anticapitalistas, la force motrice de l’aile gauche de Podemos

]osep Maria Antentas a dialogué avec George Souvlis pour 'Jacobin', abordant ses racines : le mouvement du 15M, la trajectoire douteuse de 'Podemos' depuis 2014 et la question ouverte de l’indépendance catalane.

L’instant de vérité pour le mouvement indépendantiste catalan

Josep Maria Antentas Contretemps 1 octobre 2017, Traduit par Niels Laloë

Questions de Jacobin et conclusion
Citation :
Ce dimanche 1er octobre a eu lieu un référendum portant sur l’indépendance de la Catalogne, appelé conjointement par le Parlement et le gouvernement catalan. Interdit par le gouvernement espagnol et la Cour constitutionnelle d’Espagne, ce référendum constitue l’acmé d’une confrontation sans précédent entre les institutions catalanes et espagnoles, et ce cinq ans après l’immense manifestation du 11 septembre 2012 (fête nationale catalane), qui avait marqué le point de départ du processus d’indépendance. Depuis lors, ce mouvement politique et social s’est inscrit dans la durée en étant capable d’organiser des manifestations tout aussi massives chaque 11 septembre.

Ce 1er octobre, véritable instant de vérité, est l’occasion de réaliser une évaluation globale, sous le prisme politique, du mouvement indépendantiste catalan, de ses possibilités stratégiques, mais aussi de ses limites.

Le début du processus d’indépendance

En guise d’introduction, quelles expériences vous ont fortement influencé, politiquement et académiquement ?

Parlez-moi des origines du mouvement 15-M et de ses effets sur la politique espagnole. Comment le mouvement a-t-il influencé l’ascension de Podemos ?

Le mouvement en faveur de l’indépendance en Catalogne a posé un défi à Podemos. Qu’est-ce qui est en jeu dans le débat autour de la dite « question nationale », à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du parti ?

Erreurs stratégiques et potentiel démocratique du mouvement indépendantiste

Base sociale et composition de classe

La première phase : la lutte pour un référendum (2012-2014)

La deuxième phase : feuille de route illusoire et retour à la case départ (2014-2016)

La gauche contre l’indépendance en Catalogne

La gauche catalane anticapitaliste et pour l’indépendance

Bifurcation stratégique et horizons politiques

La Gauche espagnole et l’indépendance catalane : un rendez-vous manqué

Le régime de 1978 et la dialectique centro-périphérique

Les défis du 1er Octobre


On ne peut pas rester neutre face au combat entre l’Etat espagnol et le gouvernement catalan. D’un côté se trouve une approche réactionnaire et antidémocratique qui nie le droit à l’auto-détermination ainsi que la revendication démocratique essentielle qu’est la demande d’un référendum. De l’autre côté, on trouve une revendication démocratique qui exprime un inconfort longtemps ressenti vis-à-vis de l’État espagnol.

Les mesures répressives mises en place par le gouvernement espagnol et les appareils étatiques qui ont été employés afin de paralyser l’organisation du référendum sont d’une intensité et d’une richesse de signification politique sans précédent. La Cour Constitutionnelle espagnole a invalidé l’acte portant sur le référendum voté par le Parlement catalan le 6 septembre. Ce vote avait annoncé le début d’un combat de légitimités ainsi que de légalités entre la Catalogne et l’Espagne – une situation de double pouvoir institutionnel fortement déséquilibrée.

Suite à la décision de la cour constitutionnelle, toutes les activités en lien avec le référendum ont été déclarées illégales. La Garde Civile (l’une des forces de police espagnoles) a perquisitionné plusieurs imprimeries, cherchant du matériel de campagne pour le référendum ainsi que des bulletins de vote. Ils fouillèrent ainsi les sièges de plusieurs médias. Le procureur général espagnol avait appelé au jugement de 712 maires catalans (sur 947), pour avoir officiellement exprimé leur soutien au gouvernement catalan sur la question du référendum et leur volonté de participer à son organisation.

Le 20 septembre, après avoir parcouru les registres de certains des quartiers généraux officiels du gouvernement catalan, la police espagnole arrêta des individus impliqués dans la mise en place pratique du référendum. De plus, les comptes bancaires du gouvernement catalan furent bloqués. Hors de Catalogne, tout action de solidarité envers le référendum fut sévèrement réprimée : l’exemple le plus connu est celui de ce juge qui avait interdit la tenue d’une réunion en faveur du référendum, qui devait avoir lieu dans un bâtiment du conseil municipal de Madrid, et qui fut finalement déplacé dans un théâtre privé.

Tout cela montre clairement que ce qui est en jeu avec le 1er octobre, ce n’est pas uniquement la possibilité pour les Catalans de faire entendre leur opinion sur l’indépendance de la Catalogne, mais bien une lutte démocratique plus large concernant le devenir des structures institutionnelles créées en 1978, qui pourraient se renforcer ou au contraire être affaiblies selon l’issue.

La tâche principale de la gauche espagnole est maintenant de manifester sa solidarité avec le peuple catalan concernant leur droit légitime à la tenue de ce référendum. Pour la gauche catalane, ce défi comporte trois dimensions.

Premièrement, il s’agit d’aider à défaire la répression exercée par l’État espagnol afin de pouvoir maintenir la tenue du référendum le premier octobre. Deuxièmement, il s’agit de mobiliser le plus de participants possibles. La grande majorité des opposants à l’indépendance ne reconnait pas de légitimité à ce référendum, et appelle à son boycott, à l’exception notable de la branche catalane de Podemos, donc le secrétaire général défend à la fois le référendum et le non à celui-ci, et aussi Catalunya en Comu, dont les principaux leaders ont annoncé leur intention d’aller voter, mais pas le contenu dudit vote.

La troisième dimension de ce défi est sans aucun doute de défendre le « oui » comme étant l’option stratégiquement la plus pertinente. Une réponse positive au référendum ne constitue pas seulement la seule option logique pour les indépendantistes, elle devrait aussi être celle de ceux qui défendent le choix d’une coexistence fédérale volontaire entre les peuples catalans et espagnols – un horizon fédéral qui ne peut qu’être fondé sur une base existante de souveraineté catalane.

C’est ce « oui » stratégique qui pourrait porter un coup important au régime de 1978 et libérer le potentiel démocratique de la Catalogne de construction de meilleures structures politiques et sociales – même s’il n’est pas certain que ce potentiel sera exploité pleinement. C’est précisément le défi stratégique pour l’avenir.

Référendum du 1er octobre en Catalogne : les Communs et leur dilemme

Josep Maria Antentas Contretemps 22 septembre 2017
article publié le 11 septembre 2017 par la revue Viento Sur

Citation :
Les Communs est le nom courant de Catalogne en Commun [Catalunya en Comú] qui s’est créé l’an dernier, à l’échelle de la Catalogne sud, comme prolongement de l’action menée par le groupe politique Barcelone en Commun [Barcelona en Comú] et ayant culminé avec la conquête, sans majorité absolue, de la mairie de Barcelone en 2015. Sa principale figure est Ada Colau, devenue maire de la ville et qui s’était fait connaître à la tête de la très remuante PAH, la Plateforme des Personnes touchées par la crise des Hypothèques, principalement orientée à mobiliser contre les expulsions de logements générées par cette crise.

Les Communs se sont constitués comme une coalition qui inclut, outre Barcelone en Commun, deux groupes catalans proche, pour l’un, issu, pour l’autre, de Gauche Unie [Izquierda Unida (IU), sorte de Front de gauche espagnol], et des militants du parti écologiste Equo et de Podem Catalogne [Podem Catalunya]. Celui-ci, la déclinaison catalane de Podemos, a refusé d’intégrer Catalogne en Commun, en tant que parti, ce qui participe d’une grave crise dans ses relations avec la direction générale de Podemos.

Ayant inclus la revendication d’un référendum « souverainiste » mais négocié avec l’Etat espagnol dans la perspective de la reconnaissance de la plurinationalité de celui-ci, les Communs affirment légitime, en tant qu’acte de mobilisation, la consultation du 1er octobre sur la revendication d’indépendance ratifiée par le Parlement catalan mais ne la considèrent pas comme un référendum avec les effets politiques induits pouvant déboucher sur une proclamation d‘indépendance. Les militant.e.s de Catalogne en Commun ont approuvé, dans la consultation interne organisée entre le 12 et le 14 septembre, à près de 60%, la position de leur direction de participer au vote le 1er octobre mais seulement en tant que « mobilisation ».

autres textes de Josep Maria Antentas, trotskiste inspiré, dit-il, par Daniel Bensaïd, Walter Benjamin et Gramsci

dans le premier texte, au paragraphe La Gauche espagnole et l’indépendance catalane : un rendez-vous manqué, Josep Maria Antentas cite « Joaquin Maurin, principal théoricien de l’hétérodoxe Partido Obrero de Unificacion Marxista (POUM, parti ouvrier d’unification marxiste) : « la République n’était pas fédérale mais intégrale, un euphémisme d’unitaire ». Ce qui ne voulait pas uniquement dire qu’elle n’était pas capable de répondre par l’affirmative aux revendications catalanes, mais aussi qu’elle avait affaibli la République elle-même dans sa capacité à marquer une rupture avec l’ancien État monarchique, puis :
Citation :
La République devait être l’antithèse de la monarchie. De ce fait sa mission était d’être en rupture permanente avec ce centralisme bureaucratique étouffant, cette carapace moisie que représentait l’ancien régime. La monarchie était centraliste ? Alors la République se devait d’être fédérale […]. Faire une république fédérale ou unitaire changeait absolument tout. Une structure fédérale aurait des conséquences positives d’importance : elle détruirait l’ancien appareil étatique, le déchirant en morceaux, le forçant à disparaitre. C’était une mesure plus révolutionnaire que la proclamation de la République elle-même.

dans le texte ci-dessous, je cite un extrait signifiant une stratégie complètement inverse, pas un scoop vu le rapport à l'État quel qu'il soit, entre anarchistes et trotskistes :

CATALOGNE : PRENDRE PARTI DANS UNE SITUATION ÉTRANGE
Santiago López Petit lundimatin#116 1er octobre 2017

Santigo López Petit est catalan, chimiste et philosophe libertaire. Merci à Alèssi Dell’Umbria pour la traduction.

gras dans le texte, italique de moi
Citation :
Cependant, la situation se trouve complètement ouverte. Quand les rues se remplissent de gens et que devant se dresse un État arrogant, incapable d’autocritique et qui méconnaît une quelconque forme de médiation, n’importe quoi peut arriver [commenté ci-dessous par AC/Carbure]. Et c’est réellement ainsi. Personne ne sait ce qui va se passer parce qu’une situation inédite s’est produite : voter s’est converti en un défi à l’État. Pour beaucoup d’entre nous, le vote n’a jamais été porteur de changements réels. Malgré cela, maintenant, le simple acte de vouloir voter a un petit quelque chose de radical et transgresseur. C’est étrange ce qui est en train de se passer. Certes beaucoup de gens s’émeuvent et se rassemblent sous le drapeau indépendantiste. Mais aussi nous sommes nombreux ceux qui maintenant allons nous plonger dans la tourmente. Malgré le fait que nous n’ayons aucun drapeau, nous savons qu’il faut être là. Nous aussi n’avons pas peur, mais il nous en coûte d’oublier. Il nous coûte de faire confiance à des dirigeants politiques qui ont brutalement délogé une place Catalunya occupée, et qui ont été les premiers à appliquer des mesures néo-libérales. L’année 2011 nous avons encerclé le Parlement précisément pour l’empêcher. Et maintenant nous devrions nous laisser aller à les embrasser ?

Quand Felipe Gonzalez affirme que ’la situation en Catalogne est ce qui m’a le plus causé de souci en quarante ans’ voilà un bon signal. Les forces politiques indépendantistes ont été capables d’inquiéter un pouvoir centraliste et répressif qui a des siècles d’expérience. Ce n’est pas facile de le déraciner et sa réaction défensive le prouve. Il faut reconnaître, pour autant, la force de ce mouvement politique, sa capacité d’organisation et de mobilisation. Mais l’État espagnol ne concédera jamais l’indépendance de la Catalogne. Pour y parvenir, il faut d’abord le briser, et pour avancer dans ce processus de libération l’indépendantisme catalan a besoin de beaucoup plus de soutiens. En définitive, s’opposer à l’État espagnol à partir de la volonté d’être un autre État, non seulement n’est guère intéressant, mais c’est carrément perdant. Par contre, imaginer une Catalogne qui demeure infatigable en tant qu’anomalie, peut effectivement miner la légalité néo-franquiste, et se constituer à l’avancée de quelque chose d’imprévisible en Europe. Si nous voulons que le droit à décider ne demeure pas une consigne vide, et que le premier octobre ne soit pas un point final mais un commencement, il faut en finir définitivement avec la division nous/eux définie exclusivement en termes nationalistes. La Catalogne seule ne pourra jamais se retrouver. La république catalane peut naître seulement fraternisant avec les républiques des autres peuples qui vivent dans cette péninsule.

AC de Carbure, commente sur sa page Facebook :
Citation :
C’est ce « n’importe quoi peut arriver » avec lequel nous ne serons jamais d’accord. Dans une situation, aussi confuse soit-elle, il peut arriver beaucoup de choses, et même des choses imprévisibles, mais jamais « n’importe quoi », ou alors on se met à croire aux miracles. En l’occurrence, ce qui se produit en Catalogne produira peut-être rien, peut-être un tournant autoritaire en Espagne, peut-être un État catalan libéral qui comprendra peut-être, à la faveur des recompositions politiques à l’œuvre, un volet « social », mais sûrement pas, dans l’état actuel des choses, une mouvement tendant à abolir les rapports sociaux capitalistes.

Ça n’est tout simplement pas ce qui est en jeu, car ce qui est en jeu, c’est bel et bien l’indépendance de la Catalogne, et les espoirs et les oppositions qu’elle suscite. Que cette indépendance ait des contenus divers selon les acteurs, c’est-à-dire qu’elle reflète les luttes de classes en Espagne et en Catalogne, c’est évident. Mais on ne peut pas, à la faveur d’une sorte de « matérialisme aléatoire » venu de nulle part, se noyer dans un supposé infini des possibles. On peut descendre dans la rue si on considère que là est notre place, mais ça n’implique pas forcément de se bercer d’illusions (surtout dès lors que l’on sait que » le plus probable est que chaque opposant réalise ce qu’on attend de lui »), et encore moins de considérer que par magie, le vote en faveur d’un État puisse aboutir à autre chose qu’un État. Prendre les luttes au sérieux, c’est aussi éviter de leur faire dire ce qu’elles ne disent pas. La bourgeoisie fournit assez d’idéologues dont c’est le métier de faire mourir les révoltes dans les urnes pour venir y ajouter des contributions bénévoles.

je ne suis pas anarchiste catalan, donc je ne sais pas ce que j'aurais fait ou ferais, mais vu de loin, je partage le point de vue d'AC. Ce référendum n'est pas important pour ce résultat (90% pour l'indépendance dans les conditions qu'on sait), mais par la situation créée, et ce n'est pas même quelques pourcents de voix anarchistes en plus qui l'aurait modifiée. Le vote ne fait qu'entériner ce que tout le monde savait déjà, mais il le montre dans et face à la démocratie politique, et ça, ça passe ou ça casse

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Lun 2 Oct - 19:21


Catalogne suite, avec ce morceau incontournable de nos gauchistes à nous, acoquinés avec quelques leaders Catalans et Grecs des gauches de Podemos et Syrisa, dont je donne un extrait



Citation :
La journée du 1er  octobre en Catalogne a été la plus grande mobilisation de désobéissance civile et institutionnelle non-violente qu'ont connue la Catalogne, l'Etat espagnol et l’Europe au cours de son histoire contemporaine. En dépit de l'extraordinaire déploiement répressif des forces policières et de la Guardia civil [17 000 unités, 844 civils ont été blessés] par l'Etat espagnol, 2 262 424 personnes sont parvenues à exercer leur droit de vote. Elles ont exprimé de manière admirable, pacifique et festive leur volonté de se diriger vers une république catalane et en direction de l'ouverture d'un processus constituant participatif [2 020 144 oui, 176 566 non, 40 585 blancs, 20 159 nuls; 400 locaux de vote fermés par la police et 770 000 personnes qui n'ont pas pu voter].

L'Etat espagnol a perdu définitivement sa légitimité en Catalogne [...] nous faisons appel à la solidarité internationaliste des travailleurs et des travailleuses, ainsi que des peuples face à celle du grand capital et des grandes puissances avec le régime issu de la transition de 1978. [...]

Nous sommes convaincus que la rupture démocratique, qui a déjà commencé en Catalogne, contribuera sans aucun doute se poursuivre sur le chemin de la rupture avec ce régime ainsi qu'à l'ouverture de processus constituants sur la base de l'action des peuples dans tout l'Etat espagnol. Car, comme on a pu l'entendre lors des manifestations de ces derniers jours lorsqu'était entonnée l'une des chansons symboles de la lutte contre la dictature franquiste, L'Estaca [Le Pieu] de Lluís Llach, «Si estirem tots, ella caurá/ i molt de temps no pot durar,/segur que tomba, tomba, tomba/i ens podemos alliberar» [Si nous tirons tous, il tombera/Cela ne peut durer plus longtemps/C'est sûr il tombera, tombera, tombera/Bien vermoulu il doit être déjà./ Si tu le tires fort par ici/Et que je le tire fort par là/C'est sûr, il tombera, tombera, tombera/Et nous pourrons nous libérer.]

Barcelone, Madrid, Athènes, Paris, 2 octobre 2017.

Les signatures

Sonia Farré –Anticapitalistas –Élue au Parlement Espagnol
Miguel Urbán – Anticapitalistas- Élu au Parlement Européen
Jaime Pastor – Anticapitalistas
Olivier Besancenot – porte-parole NPA
Christine Poupin – porte-parole NPA
Philippe Poutou – porte-parole NPA
Antonis Ntavanellos – Fondation La commune et porte-parole de DEA
Maria Bolari – ex-députée de Syriza et membre de DEA

chez Médiapart, j'ai relevé sous ce texte ces commentaires :

Citation :
Quand les gens mettront autant d'énergie à abattre le capitalisme (qui nous mène droit dans le mur) qu'à se distinguer du voisin (jugé forcément inférieur), on aura beaucoup progressé.

Vive les Andalous et les Aragonais !

En effet, je ne vois pas bien en quoi la nouvelle idyllique République catalane serait différente des autres républiques (y compris la française). Ni pourquoi, soudain, le prolétaire catalan serait moins exploité par son patron catalan. Ou alors quelque chose m'a échappé.

Besancenot : explique-moi !!

Citation :
Le NPA défend les indépendantistes catalans sans savoir combien lesdits indépendantistes, qui en ont simplement marre de payer, selon eux, plus que leur part de contribution au budget espagnol, se foutent pas mal de l'idéologie "anti-capitaliste" du NPA et des autres rigolos de cette espèce.

Quant au texte appelant à manifester devant l'ambassade d'Espagne, on ne peut qu'être abasourdi par tant de stupidité et de lieux communs d'un autre âge. On se demande dans quel monde vit le NPA et autres groupuscules semblables, un monde d'il y a un siècle.

Citation :
Il faut vraiment ne rien savoir du franquisme et de l'Espagne franquiste pour prétendre que le gouvernement central espagnol actuel (si stupide soit-il) ne fait que recycler le franquisme, sa politique et ses pratiques. C'en est même insultant pour les victimes réelles du franquisme réel.

Néanmoins, puisqu'il se trouve de rigolos internationalistes pour soutenir le nationalisme catalan, je suppose que c'est une excellente nouvelle pour les nationalistes de la Ligue du Nord en Italie ou ceux du Vlaams Belang que de savoir qu'ils peuvent compter sur le soutien des internationalistes en peau de lapin.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mar 3 Oct - 23:51


Catalogne suite

avec la manifestation monstre d'aujourd'hui, on ne peut pas dire que "le peuple catalan" n'est pas dans la rue, mais pour quoi d'autre qu'une indépendance qui ne remettra en cause que l'État espagnol, voire sa bêtise politique avec l'interdiction du référendum et la répression policière des citoyens voteurs

pour détourner le concept fumeux de Christian Delarue, ce n'est pas un "peuple-classe" des 99% vs 1% contre le capital, mais un peuple transclassiste qui vire au populisme nationaliste dans un mélange de droite et de gauche tout-à-fait de saison

la Catalogne entière se sent "riche" et veut en profiter, mais sur le dos de qui et qui en profitera in fine ?

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Jeu 5 Oct - 10:52


Catalogne, référendum et grève générale :
un point de vue anarchiste


Quelques certitudes

Tomás Ibáñez, Barcelone, 3 octobre 2017
traduction par Floréal

Floréal : Le texte ci-dessous a été rédigé par Tomás Ibáñez, militant libertaire de longue date, et a paru sur le site espagnol « Kaosenlared ». Il exprime un point de vue sur la récente actualité catalane que je partage pour l’essentiel. [dans ces circonstances, moi aussi]

Citation :
La sauvage agression policière perpétrée le 1er octobre contre une partie de la population catalane nous rappelle, si c’était nécessaire, que l’usage de la force entre dans la définition même de l’Etat. L’action de l’Etat espagnol le reflète parfaitement, en montrant clairement ce que tous les Etats dissimulent derrière une façade aimable et protectrice. La répression ne doit jamais rester sans réponse, et il est évident que les anarchistes doivent la dénoncer et y faire face.
Cependant, du fait même que l’usage de la force est une « prérogative légale » de tout Etat, nous ne pouvons nous montrer naïfs face aux stratégies élaborées par l’indépendantisme catalan pour forger un nouvel Etat qui aura nécessairement les mêmes prérogatives. Il est clair que le bras de fer entre le gouvernement espagnol et le gouvernement catalan est terriblement inégal. Les instruments de pouvoir se concentrent aux mains du gouvernement central et, par là même, il est indispensable que le gouvernement catalan puisse lui opposer la seule arme pouvant lui fournir quelque avantage : l’ampleur du soutien populaire à ses intentions.



Tomás Ibáñez

Lutter contre la répression est une chose, donner un coup de main aux stratégies du gouvernement catalan et se laisser utiliser pour servir ses intentions, en grossissant les rangs de ceux qui lui servent de matelas populaire contre le gouvernement espagnol, en est une autre.
En ce sens, l’appel à la grève générale lancé en Catalogne par la CGT et d’autres syndicats deux jours précisément après le référendum d’autodétermination, c’est-à-dire le 3 octobre, ne peut être séparé, en aucune manière, du scénario établi à travers la convocation à une consultation qui prétend ouvrir la voie à la création d’un nouvel Etat sous la forme d’une république catalane. Comme on ne peut faire abstraction du contexte pour comprendre la signification des faits et les évaluer, cette convocation ne pouvait que me causer une certaine perplexité.
Qu’on puisse préférer un Etat catalan sous forme de république à un Etat espagnol sous forme de monarchie me paraît compréhensible, et j’entends qu’on puisse lutter pour cela, qu’on soit anarchiste (personne n’est uniquement « anarchiste ») ou nationaliste endurci. Il me semble plus difficile de comprendre qu’on entraîne dans cette lutte des organisations à caractère libertaire ou qu’on justifie la participation à cette lutte avec des arguments anarchistes. L’implication dans la lutte pour un nouvel Etat catalan n’a rien à voir avec les anarchismes et répond à d’autres considérations.
Le contexte spécifique dans lequel s’inscrit l’appel à la grève du 3 octobre, après l’appel à un « arrêt national » lancé par d’autres entités, accroît la perplexité à laquelle je faisais référence. J’étais habitué à ce que le patronat et les autorités agissent contre les grèves, les empêchent, les freinent et dénigrent les raisons de leur déclenchement. Cette fois, il se passe tout le contraire. Une partie du patronat appuie la paralisation du pays, et le gouvernement catalan non seulement concède une journée libre aux travailleurs de la Generalitat, mais leur assure le paiement de cette journée. C’est comme si se décrétait un lockout patronal, mais sans perte de salaire. L’ambiguïté se maintient donc quant à la nature de l’action lancée pour paralyser le pays. La « table ronde pour la démocratie », constituée par les principales entités indépendantistes, par les centrales syndicales majoritaires, et par les organisations patronales, entre autres, ne parle d’ailleurs pas de grève générale, et nie même qu’il s’agisse d’une grève, utilisant l’expression d’« arrêt national » ou « arrêt civique ».
J’écris ce texte alors que la journée du 3 octobre est toujours en cours, mais il est déjà évident que cet « arrêt national » connaîtra un succès écrasant et amoindrira, sans l’annuler totalement, la portée de la grève générale convoquée par les organisations anarcho-syndicalistes jointes à d’autres syndicats.
J’avais manifesté publiquement ma divergence quant à l’opportunité pour les organisations anarcho-syndicalistes d’appeler à une grève générale deux jours après le référendum. Ces divergences étaient les mêmes que celles que j’avais avancées contre la participation, ou collaboration, au référendum impulsé par les nationalistes. Je maintiens ces divergences, et ma décision de ne pas participer aux mobilisations était prise.
Cependant, je me rendrai aujourd’hui, de façon critique, à la manifestation convoquée par la CGT et la CNT, parmi d’autres. Ce qui a fait varier ma décision est la « déclaration (abusivement qualifiée d’« unitaire ») du mouvement libertaire », dont je partage le contenu pour l’essentiel.
L’emphase qui entoure cette déclaration dans sa dénonciation du gouvernement catalan et de ses forces de répression atténue partiellement la contribution que l’appel à la grève apporte à la stratégie indépendantiste gouvernementale et extra-gouvernementale en vue de la création d’un nouvel Etat. Cependant, le titre de cette déclaration ne me paraît pas recevable : « Nous avons choisi de lutter ». Il est évident que le choix pour les anarchistes ne se pose pas en termes de lutter ou de ne pas lutter, tout simplement parce que cesser de lutter est incompatible avec l’anarchisme. Ce choix se pose en termes assez différents sur lesquels je ne vais pas insister ici.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Ven 6 Oct - 23:23


l'Europe n'a pas qu'un Ouest, un Nord et un Sud


"décommunisation"

Pologne. La chasse aux symboles communistes

Courrier international 06/10/2017

De Lénine à Karl Marx, le parti conservateur au pouvoir ratisse large dans sa volonté d’éradiquer les signes d’un passé honni.


Illustration d’Ale + Ale, Italie, pour Courrier international

Citation :
En vertu d’une loi votée au printemps 2016, les villes polonaises avaient jusqu’au 2 septembre de cette année pour rebaptiser les rues et tous bâtiments ou lieux publics qui “célèbrent des personnes, des organisations, des événements ou des dates en lien avec le communisme ou avec un autre régime totalitaire”.

Cette loi s’insère dans la politique historique du parti ultraconservateur Droit et Justice (PiS), au pouvoir en Pologne depuis près de deux ans et déterminé à parachever la révolution de 1989. Selon le PiS, les négociations qui avaient alors conduit à une transition pacifique entre dictature communiste et démocratie ont eu pour défaut de n’avoir pas marqué de rupture nette avec l’ancien système et d’avoir tu la responsabilité de personnes coupables de crimes.

Si la Pologne avait dès le début des années 1990 éliminé de son espace public les références aux personnages les plus controversés comme Lénine et Staline, le site de journalisme d’investigation OKO.press recense d’autres noms qui, tout en étant liés au communisme, ne méritent pas nécessairement l’opprobre : Karl Marx, les défenseurs de Stalingrad ou encore les volontaires polonais venus combattre les franquistes en Espagne dans les années 1930.

Le quotidien d’opposition Gazeta Wyborcza relève quant à lui les stratégies adoptées par certaines villes pour contourner la loi. À Varsovie, où les libéraux disposent de la majorité au conseil municipal, “six rues vont changer de patron. Les nouveaux ont le même nom de famille mais diffèrent par leur prénom et leur biographie”.

Municipalités récalcitrantes

Le maire de Gdańsk, aussi de tendance libérale, refuse carrément d’appliquer la loi, à la fois “absurde et contraire au principe d’autonomie locale […] comme à la volonté des citoyens.”

Les municipalités récalcitrantes vont devoir affronter les préfets de région, tous nommés par le PiS dès son arrivée au gouvernement fin 2015. La loi leur donne en effet le pouvoir de rebaptiser de force les lieux publics après avis de l’Institut de la mémoire nationale. Au risque d’avoir des rues à deux noms ?

L’hebdomadaire nationaliste Gazeta Polska loue néanmoins le “modèle” polonais en matière de décommunisation et explique “comment la Pologne devrait décommuniser l’Europe orientale”, en particulier l’Ukraine, les pays Baltes et la Moldavie.

est-ce bien grave ? Ça dépend, car franchement que leur ont apporté ces "symboles" qu'illustrer de ce que vivait leurs anciens ? S'il n'y avait que ça qu'ils veuillent éradiquer, après tout, pourquoi pas tourner la page et passer à autre chose ? Mais, d'où viennent ces décisions et par qui elles sont mises en œuvre, qu'attendre sinon le pire ?

PS : décommunisation n'est pas le contraire de communisation au sens de cette théorie, mais de la communisation comme transformation dite communiste des pays concernés, terme utilisé par les historiens depuis les années 30, donc bien avant ses prétendus inventeurs, Dauvé & Cie :

Citation :
Communisation : soumettre un pays, une société à l'influence des idées communistes, donner un régime communiste à un pays. Communiser un pays, des populations (Larousse de la langue française).

toutefois, à la recherche par les moteurs, un tiers de "communisation" renvoie à cette décommunisation-là, hélas : "communisation" n'a guère que cinq fois plus d'entrées-Google que "Patlotch" dix fois plus lu en un mois que dndf en dix ans, c'est dire, pour une théorie mondiale impersonnelle par la grâce d'un gourou français, mâle blanc de souche moyenne

si donc les "communisateurs" ne veulent pas de statues, tant mieux, mais c'est aussi qu'ils (n')ont (pas) fait leur temps, moins encore que les conseillistes d'ultra-gauche, qui n'ont de statues nulle part à détruire, sans parler de Debord, auto-pétrifié de son vivant

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Dim 8 Oct - 17:14


drapeaux aux goûts et couleurs de l'Espagne

si l'on observe les foules massives, ou masses foulant le pavé, qui défilent à Madrid et Barcelone ces jours-ci, on ne peut pas dire qu'en Espagne et en Catalogne, l'expression de la société civile, par ses manifestations pour ou contre l'indépendance de la Catalogne, ou la "neutralité" des drapeaux blancs, exprime autre chose qu'un désir d'État, ou plutôt à l'inverse tel que le gouvernement catalan veut l'indépendance, et le pouvoir espagnol lui refuse, en envoyant sa police nationale









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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Mer 11 Oct - 2:34


bras de fer politicien entre la Catalogne et l'Espagne

alors que sur le front des manifs tricolores indépendandistes, nationalistes et neutralistes, la "grève générale" ne pouvait que faire un flop, et que la population catalane reprend ses esprits en se demandant à quoi la mènerait l'indépendance, au niveau des États, on joue les prolongations à la mi-temps. L'expérience du Brexit a montré que le chemin vers le séparatisme est pavé d'embûches et d'effets rétroactifs...


Plus d’une semaine après le référendum sur l’autodétermination de la Catalogne, le président de la région a opté pour une voie médiane, mardi soir.

Citation :
La déclaration est symbolique, mais de plus en plus concrète. Le Parlement catalan a signé, dans la soirée de mardi 10 octobre, la proclamation d’indépendance de République de Catalogne. Une déclaration dont la mise en œuvre a toutefois été suspendue dans l’immédiat par le président catalan, Carles Puidgemont, afin de privilégier le dialogue avec Madrid.

Pressé de toutes parts, l’homme fort de Barcelone a finalement choisi la voie médiane. Dans un discours très attendu devant le Parlement catalan, mardi soir, le président de la région a promis que « la Catalogne sera[it] un Etat indépendant sous la forme d’une république », conformément au résultat du référendum du 1er octobre. Mais, dans le même temps, le président catalan a suspendu la déclaration officielle d’indépendance pour laisser la possibilité d’un dialogue avec Madrid.

« La Catalogne a gagné le droit d’être un Etat indépendant », a estimé M. Puigdemont, qui a présenté ce « moment exceptionnel et historique » comme « la conséquence politique » du vote du 1er octobre. Le référendum d’autodétermination, organisé ce jour-là et jugé illégal par Madrid, avait donné le oui gagnant à 90 %.

Mais « le gouvernement catalan et moi-même proposons que le Parlement suspende les effets d’une déclaration d’indépendance afin de pouvoir entreprendre dans les prochains jours un dialogue », a déclaré le président catalan. Le gouvernement de la Catalogne fait ainsi « un geste de responsabilité et de générosité », a-t-il expliqué.

Déclaration « pas admissible »

Ce geste n’a visiblement pas été apprécié par Madrid. Une heure après le discours de Carles Puigdemont, le gouvernement conservateur espagnol a retoqué la stratégie du président séparatiste catalan. « Une déclaration implicite d’indépendance, suivie ensuite d’une suspension explicite (…), n’est pas admissible », a martelé le porte-parole du gouvernement.

La numéro deux du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, a annoncé un conseil des ministres extraordinaire mercredi à 9 h. « C’est le discours d’un quelqu’un qui ne sait pas où il est, ni où il va, ni où il veut aller », a déclaré à la presse Soraya Saenz de Santamaria en évoquant le texte de Carles Puigdemont.

Elle a souligné que le référendum du 1er octobre sur lequel s’appuie le gouvernement séparatiste pour déclarer l’indépendance était « un acte illégal, entaché de fraude et sans les moindres garanties » de démocratie. La justice espagnole avait interdit ce référendum considéré comme anti-constitutionnel par la majorité des partis d’Espagne.

Et Mme Saenz de Santamaria a rejeté les appels du président catalan à une médiation avec Madrid. « Ni M. Puigdemont, ni personne ne peut prétendre imposer une médiation sans être revenu à la légalité et la démocratie », a-t-elle dit. « Le dialogue entre démocrates se fait dans le respect de la loi ».


Déception indépendantiste


Avec ce discours ambigu, le président catalan s’est en outre attiré les foudres de son propre camp. Alors que les militants indépendantistes attendaient une proclamation d’indépendance ferme, M. Puigdemont n’a pas convaincu en optant pour le compromis.

La CUP a regretté « une occasion perdue de proclamer solennellement la république catalane ». Un désaveu qui pourrait augurer des complications à venir au sein de la coalition indépendantiste. Dans une série de tweets, la section des jeunes de la CUP a même qualifié de « trahison » le discours de Carles Puigdemont.

A Barcelone, beaucoup de partisans de l’indépendance, rassemblés par milliers devant un écran géant, ne cachaient d’ailleurs pas leur déception. « C’est vrai, je suis un peu déçu », reconnaissait ainsi Siltu Solana, un petit entrepreneur de Barcelone « mais c’est la meilleure solution pour renouer le dialogue. On ne pouvait pas prendre un décision unilatérale dans l’immédiat ». Il pense que le gouvernement espagnol « ne peut plus nous ignorer, il faudrait négocier un referendum où nous pourrions tous nous exprimer ». A court terme, le but reste le même : déclarer l’indépendance.

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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Dim 29 Oct - 12:05

impressions étranges sur la Catalogne : beaucoup de bruit pour rien ? J'y reviendrai
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Ven 10 Nov - 18:55


Gaël Brustier est un "politologue" qui a un peu de flair et plus qu'un vernis de connaissances théoriques. Le lire n'est jamais inintéressant


Macron est un joueur de flute – Entretien avec Gaël Brustier

par Ulysse Guttmann-Faure Le vent se lève 5 novembre 2017

Gaël Brustier est conseiller politique, essayiste et politologue. Il est notamment l’auteur de "Le Mai 68 conservateur : que restera-t-il de la Manif pour tous ?" paru en 2014 aux éditions du Cerf et de "A demain Gramsci", paru en 2015 chez les mêmes éditions.

Citation :
LVSL : Vous évoquez dans la première partie de votre ouvrage la « fascination de l’extrême-droite pour Gramsci ». Dans quelle mesure la référence à Gramsci a-t-elle joué dans l’élaboration de leurs stratégies ?

D’abord la fascination de l’extrême droite pour Gramsci est ancienne. Franco Lo Piparo dit qu’il est très probable que le premier lecteur des Cahiers de Prison ait été Mussolini. De manière plus significative, en Italie, Ordine Nuovo et une partie du MSI, les camps Hobbits dans les années 1970, se sont réclamés de Gramsci. La fille de Pino Rauti dit de lui qu’il était un intellectuel gramscien. En Italie, et en France dans les années 1970, avec la Nouvelle droite autour d’Alain de Benoist, il y a l’idée d’un gramscisme de droite. Il y a bien sûr des angles morts dans le gramscisme de droite. Jean-Yves Le Gallou l’a reconnu devant Nicolas Lebourg : il n’y a pas de prise en compte du bloc historique. Pour eux, le combat culturel se résume à imposer des mots. La conception que se font les droites italienne et française de Gramsci est assez simpliste.

Ensuite, l’extrême droite a toujours un complexe d’infériorité par rapport à la gauche. Les gens de droite sont fascinés par ce qu’ils estiment être le pouvoir culturel de la gauche. Dès qu’on interroge un militant d’extrême droite, qu’il soit païen ou ultra-catholique, il est béat d’admiration devant les marxistes, devant le PCF, etc. Le Printemps français, par exemple, puise son iconographie dans le PCF des années 1950, la Manif Pour Tous allait puiser ses identifiants et ses symboles dans l’histoire de la gauche et de Mai 68. Le complexe d’infériorité par rapport à la gauche est donc pour beaucoup dans cet usage de Gramsci.

C’est une utilisation de Gramsci très hémiplégique, résumée à l’idée du combat culturel pour imposer une vision du monde. On ne retrouve pas l’idée que l’hégémonie commence à l’usine, qu’il existe une pluralité de fronts : le front social, le front culturel, le front économique, qu’il faut mener en même temps. La droite française est rétive à l’idéologie et est fascinée par les gens qui organisent leur pensée. Ils sont persuadés que les socialistes ont une idéologie, un projet, c’est vous dire…

LVSL : Comment expliquez-vous le succès de l’extrême droite nationale-populiste ? A travers notamment la réappropriation des signifiants liberté, démocratie, etc.

A partir de 2011 et jusqu’à maintenant, on observe un cycle de cinq années au cours desquelles ces droites ont été extrêmement dynamiques. Ce cycle correspond aux suites de la crise. Dans ce dernier cycle, on remarque une prise en compte des mutations des sociétés occidentales et des préoccupations liées aux libertés individuelles. Il y a une demande d’Etat social paradoxalement combinée à une méfiance à l’égard de l’Etat concernant les libertés individuelles jugées menacées. C’est Andreas Mölzer, du FPÖ autrichien, qui misait sur les questions de libertés numériques par exemple. Ils tentent de conquérir un électorat qui jusque-là leur échappait. Par exemple, les femmes et les homosexuels, à qui ils expliquent que les musulmans sont leurs ennemis mais aussi les diplômés. Il y a donc une mutation des droites national-populistes à partir de la crise à la fois sur la relative prise en compte de l’individu autonome, et sur la question démocratique car ils se posent comme les principaux contestataires des malfaçons démocratiques et comme les défenseurs d’une démocratie idéale. Ils prennent en considération un certain libéralisme culturel, paradoxalement combiné au conservatisme qui a pour clé de voûte la haine de l’islam et un occidentalisme, dont ils n’ont pas le monopole puisqu’il est partagé jusqu’au cœur de la « gauche ».

LVSL : Vous écriviez en octobre 2016 l’article « Et à la fin, c’est Wauquiez qui gagne », dans lequel vous reveniez sur l’ambition du président de la région Auvergne-Rhône Alpes de fédérer toutes les chapelles de la droite en un seul et même parti. Cette ambition vous semble-t-elle réalisable aujourd’hui, malgré l’émergence d’un pôle néolibéral représenté par La République en Marche et les vifs débats qui agitent actuellement le Front national ? L’union des droites est-elle possible ?

Oui, je le pense. Il y a un obstacle, c’est le patronyme Le Pen. Pour le reste, et Philippot l’a compris, c’est le triomphe des mégretistes : Bruno Mégret a dit récemment que dans la stratégie actuelle, ce qui manque, c’est l’union des droites. Evidemment, tout cela est bloqué par le fait que le mode d’organisation du FN ne permet pas une évolution rapide. Le FN est tout de même une affaire familiale, même sur le plan juridique. C’est assez compliqué de faire évoluer les choses rapidement. Personne ne veut tenter sa chance au Front national car il risquerait d’être viré au bout de quelques années, comme Florian Philippot.

Je pense qu’un espace se constitue à droite. Ils bâtissent une droite qui est l’antithèse totale de la droite gaulliste qui a dominé les débuts de la Ve République. C’est assez amusant de voir l’utilisation de l’Algérie pour liquider l’héritage du gaullisme. Les droites se recomposent à partir d’éléments anciens et nouveaux, et la grande victime sera De Gaulle, qui va finir déboulonné : ils diront qu’on a abandonné les harkis, mettront en avant les massacres d’Oran, parleront de crime contre l’humanité. Valeurs actuelles et Le Figaro Magazine s’en donneront à cœur joie et ce sera fini : à partir de là, il n’y aura plus de barrière idéologique entre le FN et la droite parlementaire car ils seront dans la même vision idéologique identitaire-sécuritaire. Anti-mai 68 ? Non, pro-avril 61 ! Ce qui se passe à droite c’est un Petit-Clamart qui est en passe de réussir.

LVSL : Le gaullisme existe-t-il encore aujourd’hui ?

Non, je ne pense pas. Il y a des reliquats, mais l’héritage va être liquidé. Cela a commencé avec Juppé il y a 25 ans. Il se prétend gaulliste aujourd’hui, mais il a liquidé les cadres gaullistes du RPR, impitoyablement. Dupont-Aignan qui prétendait être gaulliste a prouvé, en se ralliant à Le Pen, qu’il était étranger à la culture d’une France qui avait en mémoire le maquis. Il existe des familles, il existe une France où l’idée de voter pour le parti de Victor Barthélémy et Roland Gaucher ou de leurs séides locaux, des Sabiani aux Henriot, est impossible. Ce n’est pas massif dans le pays mais ça existe.

LVSL : Cela implique une rupture radicale avec les classes populaires, ou une tentative de les conquérir uniquement à travers le prisme identitaire ?

Oui, je ne pense pas que ce soit une option viable dans l’évolution des clivages aujourd’hui. Il y a des conséquences de la crise qui sont matérielles, et une gauche radicale qui monte. Je pense que la question identitaire est un peu derrière nous. La dernière présidentielle ne s’est pas jouée sur les propositions de droite ou d’extrême droite, aucun de leurs thèmes ne s’est imposé dans la campagne. Je pense qu’on en est à la fin de la droitisation, c’est-à-dire du processus continuel de déplacement à droite du débat public. En revanche, je ne vois pas pour l’heure de signe de « gauchisation » mais plutôt la possibilité d’activation d’autre clivages et d’articuler des demandes, des colères, d’une nouvelle façon.

C’est comme après un tremblement de terre : tout s’est écroulé. Même s’il n’y a pas de secousses à venir, le monde d’hier est révolu. On ne peut pas pointer l’arabe du coin de la rue comme fauteur de troubles dans une ville où il n’y a plus d’usines, c’est aussi une réalité. A un moment donné, les gens commencent à réagir, à réfléchir, ils subissent les conséquences des inégalités scolaires, territoriales, etc. C’est pourquoi l’hypothèse Mélenchon a pu avancer auprès d’un électorat populaire qui jusqu’ici était mu par des constructions plus identitaires. Même s’ils n’ont pas voté pour lui, l’hypothèse Mélenchon a pu s’installer. Et l’hypothèse Mélenchon ce n’est pas que la personne Mélenchon, c’est une gauche radicale de gouvernement qui s’adresse à tous.

LVSL : Comment définiriez-vous l’ « objet politique » Macron ? Certains auteurs parlent d’un populisme néolibéral, vous employez l’expression de « populisme élitaire ». Sa victoire n’est-elle pas la manifestation d’une révolution passive, sur le mode du « tout changer pour que rien ne change » ?

Emmanuel Macron, c’est l’homme qui part de 6% d’électeurs sociaux-libéraux et qui agglomère autour de lui un électorat composé des groupes sociaux les plus favorisés, et une France « optimiste » notamment ceux de l’ouest qui ressentent la situation comme meilleure qu’il y a trente ans. Il vise à adapter le pays au capitalisme californien et à une Ve République régénérée. Cela suppose de liquider le système partisan précédent pour imposer une armée de clones. Íñigo Errejón parle de populisme antipopuliste. C’est un populisme qui nie les clivages, les frontières entre les Français, qui utilise l’idéologie du rassemblement national. C’est une tentative de transformisme, un populisme des élites dans le sens où son projet va bénéficier aux groupes sociaux les plus favorisés qui essaient de reprendre le contrôle du pays. Lui, c’est le joueur de flûte qui raconte une histoire à laquelle sont supposés adhérer les Français.

LVSL : L’élection d’Emmanuel Macron en France, de Justin Trudeau au Canada, de Mauricio Macri en Argentine, ou encore l’émergence de Ciudadanos en Espagne, n’est-ce pas la preuve que le néolibéralisme est résilient, réussit à s’adapter à l’époque ?

En 1981, on élisait en France un Président socialiste quand les Etats-Unis et le Royaume-Uni choisissaient Reagan et Thatcher. Il est vrai qu’il est surprenant qu’un Président libéral soit aujourd’hui élu dans un pays qui ne l’est pas. Il ne faut pas néanmoins oublier le carambolage électoral et le score élevé de Marine Le Pen qui questionne sur le fonctionnement démocratique, le candidat « anti-Le Pen » était élu d’avance. On ne construit pas un projet durable en faisant voter une nation sur un enjeu tel que « Pour ou contre les Le Pen ». Mais je pense que le néolibéralisme est battu en brèche parce que ces évidences ne sont plus là : l’individualisme triomphant, il faut se faire de l’argent, le ruissellement, l’égalité des chances, etc. Je crois que beaucoup de gens n’y croient plus.

LVSL : Pour Emmanuel Todd, la dynamique serait à la renationalisation. Il prend Donald Trump et Theresa May comme les exemples d’un populisme conservateur, comme formes de reprise en charge de la question nationale. C’est comme si on assistait à une divergence dans le monde occidental.

Il est vrai que la critique des excès du thatchérisme et du reaganisme est aussi venue de la droite en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, alors qu’on l’attendait de la social-démocratie dans le monde occidental qui n’a pas cessé de s’aligner sur l’idée de l’expansion du marché. May est un peu inspirée par Philipp Blond. Il y a un paradoxe. Les droites radicales ont bénéficié de la colère des classes populaires, on le voit en Autriche avec le vote FPÖ ou avec la ligne Philippot en France, qui n’était d’ailleurs qu’une reprise de la ligne Martinez dans le FN de Jean-Marie Le Pen. Je pense que dans la population, l’idée qu’il faut privatiser les services publics ne prend plus. Mais il n’y a pas forcément d’appareils politiques capables d’incarner un projet alternatif qui succéderait au néolibéralisme, il n’y a pour l’instant pas d’issue à cette crise. On est dans un état transitoire, dans un interrègne qui peut durer très longtemps.

LVSL : En octobre 2016, vous parliez d’une « Ve République entrée en crise finale ». En Espagne, les gauches radicales évoquent régulièrement la « crise du régime de 1978 ». Vous reprenez cette expression à votre compte et parlez d’une « crise de régime de la Ve République ». En quoi la Ve République traverse-t-elle une crise de régime ?

Cette grille de lecture s’applique à la France mais aussi à l’Italie, assez bien à l’Autriche et à l’Union européenne plus généralement. Le régime de la Ve République a eu deux évolutions majeures : la décentralisation et l’intégration européenne. Le récit de l’intégration européenne a chuté en 2005, quant à la décentralisation on commence à s’apercevoir du fait que c’est une machine à accélérer les inégalités. Toutes les promesses de la Ve République, qui est au départ un régime modernisateur, où les élites techniques étaient censées être au dessus des clivages, de même que le Président, tout cela est aujourd’hui battu en brèche, les gens n’y croient plus. On observe une chute de la confiance dans les institutions, jusqu’aux maires d’ailleurs. C’est une vraie crise de régime : par exemple, au cours du dernier quinquennat, on a vu deux grands mouvements, la Manif pour Tous et le mouvement contre la Loi Travail, dont le leitmotiv était non seulement de contester la légitimité de la loi mais aussi la légitimité de ceux qui font la loi. C’est un fait nouveau. Il y a la défection de groupes sociaux qui étaient jusqu’alors porteurs de la Ve République. Les élections législatives ont montré un taux de participation minable. Il y a un pourcentage de votes blancs et nuls qui n’a jamais été aussi important.

LVSL : Vous revenez dans votre livre sur les caractéristiques de la déclinaison française du mouvement des places, Nuit Debout. En Espagne, le mouvement des Indignés a eu un réel impact sur les trajectoires des militants et a fortement contribué au remodelage du sens commun de l’époque. Iñigo Errejón parle à ce propos de l’émergence d’un « discours contre-hégémonique » à même de bousculer les certitudes qui ordonnaient jusqu’alors la vie politique espagnole et le bipartisme pour laisser place à des grilles de lecture du type « ceux du haut » contre « ceux d’en bas ». D’après vous, Nuit Debout et le mouvement contre la Loi Travail au printemps 2016 ont-ils eu ce type d’impact ? Si non, pourquoi ?

Nuit Debout était d’une certaine manière la rébellion des diplômés des villes qui sont aujourd’hui déclassés. Quand on observe le vote pour Benoit Hamon à la primaire socialiste, on observe la même cartographie que Nuit Debout. Cela ne signifie pas que les gens de Nuit Debout ont voté Hamon, cela signifie que les préoccupations de cette sociologie là se sont retrouvées à un moment donné dans Nuit Debout, puis dans le vote Hamon. Il y a un mouvement des diplômés vers une radicalisation : ils ont dégagé Valls, ils ont voté Hamon et Mélenchon. C’est le même mouvement qu’en Espagne, qu’au Royaume-Uni avec Corbyn. Il y a un vrai mouvement des classes moyennes éduquées qui subissent les conséquences matérielles de la crise et qui se voient privées de perspectives.

Des idées, des projets, des réseaux ont germé à Nuit Debout. Le mouvement aura des conséquences, mais pas les mêmes que les Indignés, ce n’est pas le même nombre de personnes, il y avait un poids plus important des autonomes. Il y a une question de fragmentation territoriale. Certains m’ont dit que la victoire serait acquise dès que les ouvriers investiraient la place de la République. Mais les usines de l’Oise n’ont pas débarqué en masse à Paris. C’était une illusion.

LVSL : La campagne présidentielle française a opposé, parmi les gauches, deux stratégies politiques bien distinctes. Celle de Benoît Hamon, supposée incarner une « gauche de gauche », et celle de Jean-Luc Mélenchon, se fixant pour objectif de « fédérer le peuple ». Pouvez-vous expliciter ces différends stratégiques qui sont aujourd’hui loin d’être tranchés au sein de la gauche française ?

Le deuxième a eu une logique plus transversaliste. Au PS, l’idée de la transversalité était inenvisageable. Le mot « peuple » est déjà mal perçu. Jean-Luc Mélenchon s’est donné les moyens d’élargir sa base électorale, même s’il faut relativiser, car à la fin il a bien un électorat majoritairement de gauche. C’est la même chose pour Podemos. Cependant, la subversion du clivage gauche droite a un intérêt sur un plus long terme.

Benoît Hamon a quant à lui payé l’éclatement du noyau électoral socialiste. Il a été lâché et trahi de toutes parts et n’était dès lors plus crédible pour incarner le candidat de la gauche. Ses thématiques sont des thématiques d’avenir, de même que son électorat composé de jeunes diplômés. Mais il ne mordait plus du tout sur d’autres segments électoraux, puisque l’essentiel du noyau socialiste s’est tourné vers Macron. Par ailleurs, les choses sont allées trop vite. Pour gagner en crédibilité, Benoît Hamon a technocratisé sa proposition de revenu universel au point d’en dénaturer l’idée. Puisqu’il a un peu reculé, les gens se sont dits que ce n’était pas sérieux. Il est allé trop loin dans l’utopie pour laisser des technocrates déformer sa proposition, il aurait dû poursuivre dans sa ligne de la primaire.

LVSL : Benoît Hamon n’a-t-il pas été incapable d’incarner la figure présidentielle ? N’a-t-il pas payé son inadéquation à la Ve République ?

Oui, je pense. Quand il se présente à l’élection présidentielle, il est candidat pour succéder aux rois capétiens ! On ne peut pas faire un projet participatif, horizontal, pour gouverner le pays. Quand il explique qu’il n’a pas la vérité infuse, qu’il consultera pour prendre une décision collégiale, cela passe mal. Les gens ne votent pas pour quelqu’un qui veut diminuer son propre pouvoir. C’est comme le Président normal, personne ne veut avoir son voisin comme président de la République ! Tant qu’on est dans le Vème il y a des figures imposées.

LVSL : De Podemos à la France Insoumise, la transversalité a fait du chemin. Au-delà de la construction de nouvelles lignes de fracture politiques et de l’éloignement vis-à-vis des codes des gauches radicales traditionnelles, quelle stratégie adopter pour ces mouvements désormais installés dans leurs paysages politiques respectifs ? Iñigo Errejón, par exemple, insiste sur la nécessité pour les forces progressistes de proposer un ordre alternatif et d’incarner la normalité pour obtenir la confiance de « ceux qui ne sont pas encore là »…

Cela suppose qu’une culture de gouvernement s’ancre dans les forces telles que la France Insoumise. Ce n’est pas gagné, car une grande partie de la technostructure de gauche est partie chez Macron. C’est plus rentable et c’est fait avec des bons sentiments du genre « parlons aux centristes », ce qui ne veut pas dire grand chose. Les propositions viennent après la vision du monde et la construction discursive du sujet politique, mais tout cela est bien arrimé si on a des propositions concrètes, crédibles, dont on peut imaginer la mise en œuvre par un personnel politique auquel on peut fait confiance. Je ne suis pas persuadé que les cadres de la France Insoumise inspirent aujourd’hui confiance à tous les Français.

LVSL : Cette recherche de la confiance en politique ne passe-t-elle pas par la conquête de bastions dans la société, à travers l’échelon municipal par exemple, à l’image du Parti socialiste avant la victoire de François Mitterrand en 1981 ?

Les projets municipaux originaux aujourd’hui sont difficiles à mettre en œuvre, les budgets sont de plus en plus contraints. La France Insoumise a conquis la centralité à gauche, sa responsabilité est de tendre la main. D’autant que le Parti socialiste, à défaut d’avoir une idéologie et une stratégie, n’est pas dépourvu de ressources et dispose encore de réseaux d’élus locaux de gauche.

LVSL : Y a-t-il un espace pour la social-démocratie aujourd’hui en France ?

Non, je ne pense pas, et c’est justement pour cela qu’il faut tendre la main. La radicalisation de la social-démocratie est la seule voie qu’il reste, sinon elle sombre comme le Pasok.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   Sam 16 Déc - 20:44


Autriche en gris

Accord de gouvernement entre droite et extrême-droite


Le futur chancelier autrichien, Sebastian Kurz,
et le chef de file de l’extrême droite Heinz-Christian Strache,
le 16 décembre à Vienne
. ROBERT JAEGER / AFP

Le Monde a écrit:
Qu’aurait-elle pu avoir de plus ? Alors qu’elle était arrivée en troisième position aux législatives du 15 octobre dernier, l’extrême droite a obtenu de ses alliés conservateurs plusieurs ministères stratégiques, donnant à son entrée au gouvernement des airs de grand chelem. Son leader, Heinz-Christian Strache, ne s’est pas privé de le souligner lors d’une conférence de presse organisée samedi, affirmant que l’exécutif était désormais à « 75 % FPÖ », puisque les conservateurs avaient de toute façon repris à leur compte la moitié de ses idées…

Le parti autrichien de la Liberté (FPÖ) va ainsi, pour la première fois de son histoire, pouvoir incarner les affaires étrangères et l’intérieur, mais aussi la santé et les affaires sociales ainsi que les transports. Il hérite également d’un secrétariat d’État au ministère des finances. Heinz-Christian Strache, proche des néonazis durant sa jeunesse, devient vice-chancelier. Il sera également en charge des sports et de la fonction publique.

À 31 ans, Sebastian Kurz, qui était arrivé en tête aux élections, va devenir le plus jeune chef de gouvernement au monde. Ministre des affaires étrangères du gouvernement sortant, il conserve les questions européennes sans doute pour rassurer Bruxelles et les partenaires de Vienne, alors que l’Autriche doit présider l’UE courant 2018.

Des enjeux de mémoire

Les ministres issus de son parti populaire (ÖVP) s’occuperont des finances, de l’économie, de l’éducation, de la famille, de la justice et de l’agriculture. Une secrétaire d’État ÖVP a été également nommée au ministère de l’Intérieur. Cette exigence a été, semble-t-il, dictée par le président écologiste, Alexander Van der Bellen, qui aurait souhaité ainsi devancer les critiques entourant Herbert Kickl, le nouveau « premier flic » de ce pays d’Europe centrale, en particulier sur les sensibles questions mémorielles.

Car le camp de concentration de Mauthausen, devenu un musée du souvenir des persécutions nazies, est alimenté en subventions publiques par le ministère de l’intérieur, qui nomme quatre de ses quinze administrateurs. Ce ministère est également chargé de l’entretien des lieux commémoratifs, des cimetières militaires ainsi que du dossier délicat de l’avenir que l’Autriche entend réserver à la maison natale d’Adolf Hitler, une bâtisse située dans la petite ville de Braunau et dont elle a pris possession il y a moins d’un an, pour éviter qu’elle ne devienne un lieu de pèlerinage néonazi.

Pas de référendum sur une sortie de l’UE

Côté programme, l’Autriche, qui était dotée depuis plus de dix ans d’un chancelier social-démocrate, confirme son virage à droite. Le pacte de coalition comporte 183 pages. Les conservateurs et l’extrême droite se sont mis d’accord pour réduire les allocations versées aux réfugiés, qui devront attendre dix ans avant de pouvoir réclamer la nationalité autrichienne.

Les germanophones de la région frontalière italienne du Tyrol du Sud se verront eux proposer la double nationalité. Cette politique rappelle celle mise en place par le Hongrois Viktor Orban concernant les citoyens magyarophones présents dans les pays environnants.

Le nouveau gouvernement entend par ailleurs créer des classes séparées pour les enfants issus de l’immigration dont le niveau d’allemand aura été jugé insuffisant. Il souhaite aussi un contrôle renforcé des crèches dites de « confession musulmane », même si le flou le plus complet entoure cette notion controversée.

Pour assurer la « sécurité » des Autrichiens, le nombre des policiers va augmenter et les communications sur des messageries comme WhatsApp devront pouvoir être lues ou écoutées, ce qui s’apparente à ce stade à un vœu pieux.

Les droits d’inscription à l’université vont être rétablis. Est également prévue la mise en place de la démocratie directe sur le « modèle suisse ». Si 14 % du corps électoral le réclame, un référendum sur un sujet précis devra être organisé, même si la question d’une sortie de l’Union européenne a été explicitement écartée par les conservateurs. Toutefois, une majorité des deux tiers est nécessaire au parlement pour mettre une telle réforme à son ordre du jour. Or la droite et l’extrême droite réunies n’atteignent pas ce seuil important.

M. Strache promet également « plus d’objectivité et d’indépendance » sur les antennes de la radio et de la télévision publiques. Enfin, il a obtenu que les Autrichiens, qui comptent parmi les plus gros fumeurs du continent, puissent toujours continuer à allumer leur cigarette dans les restaurants, car il en va selon lui de leur « liberté ». Prévue par une loi de 2015, l’interdiction devait initialement entrer en vigueur en mai prochain.

Sebastian Kurz a précisé que M. Van der Bellen avait confirmé les nominations. Le prochain gouvernement autrichien de coalition devrait donc prêter serment en début de semaine prochaine.

Enfin, sur le plan du symbole, la conférence de presse avait été organisée sur la colline de Kahlenberg, en bordure de Vienne. Les journalistes présents n’ont pas manqué de noter que ces lieux sont ceux d’où débuta le retrait des forces ottomanes en 1683. Un hasard, selon Sebastian Kurz, qui avait axé sa campagne sur sa volonté de limiter l’immigration.


Citation :
Marine Le Pen a applaudi samedi l'arrivée au gouvernement autrichien de dirigeants du FPÖ. Selon la frontiste, "la résistance à l'Union européenne s'organise."

"Je pense que les élections européennes peuvent apporter un véritable bouleversement de la donne politique en Europe et même permettre à ceux qui s'opposent à l'Union européenne et qui sont des défenseurs de l'Europe des nations et des libertés d'être majoritaires dans le cadre de la future assemblée", a-t-elle estimé.



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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : DÉMOCRATISME POPULISTE ? Brexit, Trump... CATALOGNE   

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