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 EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...

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MessageSujet: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Lun 30 Nov - 0:07

sujet détruit, à reprendre...


Dernière édition par Admin le Sam 12 Nov - 17:36, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Jeu 3 Déc - 12:17



La Grèce au ralenti pour une deuxième grève générale en un mois 03/12/2015 AFP


Une gare vide à Athènes lors d'une grève le 3 décembre 2015
© AFP - LOUISA GOULIAMAKI

Transports et services publics perturbés, manifestations dans les grands centres urbains: le gouvernement grec de gauche affrontait jeudi une deuxième grève générale en un mois contre une vaste réforme des retraites qu'il s'est engagée à mener auprès des créanciers du pays, UE et FMI

Citation :
Dans le centre d'Athènes, des drapeaux rouges flottaient en début de matinée pour le premier rassemblement, organisé par le Pame, le front syndical communiste. Une deuxième manifestation doit suivre à midi, à l'appel des deux grandes centrales syndicales du pays, la GSEE pour le secteur privé et l'Adedy pour la fonction publique.

Le mouvement de grève affecte surtout le secteur public, administrations, hôpitaux et écoles, tandis que tous les ferries desservant les îles sont restés ancrés au port, et que les transports urbains sont affectés par des arrêts de travail.

Les syndicats ont appelé à cette grève générale pour protester contre une vaste refonte du système des retraites à laquelle le gouvernement d'Alexis Tsipras doit s'atteler d'ici début 2016 pour respecter ses engagements pris envers les créanciers du pays en juillet en contrepartie d'un nouveau plan de sauvetage financier du pays surendetté.

M. Tsipras a promis samedi que cette réforme sera menée "sans nouvelles douloureuses coupes dans les pensions", mais son gouvernement peine jusque là à en présenter les grandes lignes.

La mobilisation constitue aussi une riposte au vote prévu dans la nuit de samedi à dimanche du budget, marqué du sceau de l'austérité comme tous ceux adoptés depuis 2011 par les gouvernements de droite ou socialiste.


Une femme marche devant une banque fermée
3 décembre 2015 © LOUISA GOULIAMAKI AFP

Le Premier ministre avait déjà essuyé une première grève générale le 12 novembre, la première depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2015, contre un premier train de mesures de rigueur prévu par l'accord de juillet, ouvrant notamment la voie à plus de saisies immobilières des ménages endettés.

Le vote de cette loi au parlement a coûté trois sièges au gouvernement, alliant la gauche du Syriza au petit parti de droite souverainiste d'Anel, dont la majorité a été ramenée à 153 députés sur 300 sièges. Le pays a en échange été maintenu sous perfusion financière, avec le versement de 12 milliards d'euros sur le total des 86 sur trois ans prévus par l'accord du 13 juillet.

Pour élargir son assise, M. Tspras à tenté samedi de rallier son opposition sur la réforme des retraites, mais s'est heurté au refus de la droite et des socialistes de le soutenir, même si ces derniers avaient approuvé le plan de sauvetage international du 13 juillet.

03/12/2015 10:18:12 - Athènes (AFP) - © 2015 AFP


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Ven 4 Déc - 14:10

toujours la chute en yaka le grand parti... à part ça toujours bon à lire

Corbyn s'en va-t-en guerre, en coulisses et démocratie


Corbyn ouvre la porte à un soutien des travaillistes au bombardement de la Syrie Chris Marsden WSWS 2 décembre 2015

La décision du leader travailliste Jeremy Corbyn de permettre un vote libre sur la participation du Royaume-Uni à des missions de bombardement en Syrie est une capitulation totale devant l'aile droite et les forces pro-guerre de son parti

Chris Marsden a écrit:
Corbyn a tout fait pour l’obtention d’un vote favorable mercredi, vu que le premier ministre conservateur David Cameron n'avait pas de majorité sans le soutien de députés travaillistes et avait dit qu'il n’y aurait de vote que s'il y avait «consensus ». Au moins 15 députés conservateurs seraient opposés à l'extension des bombardements à la Syrie sous prétexte de battre l’État islamique (EI).

Maintenant Corbyn a offert à Cameron un «consensus» sur un plateau. Si le leader travailliste avait imposé la discipline de parti, ceux votant pour les bombardements auraient dû le faire contre leur parti. Au lieu de cela, Corbyn a donné le feu vert pour que plus de députés travaillistes, libres de censure, soutiennent la politique de Cameron. Les conservateurs se vantent de ce que jusqu'à 100 députés travaillistes voteront avec eux.

En septembre, Corbyn a été élu par une majorité écrasante à la tête du parti sur la base de sa position anti-austérité et anti-guerre déclarée. Trois cent mille personnes se seront inscrites au parti pour le soutenir. Pourtant, à chaque tournant majeur, Corbyn a trahi son mandat au nom du maintien de l'unité avec la cabale militariste, pro-patronale et anti-ouvrière qui domine le Parti travailliste au parlement et dans son appareil des gouvernements locaux.

De toutes les retraites ignominieuses qu'il a faites sous le feu, celle-ci est la plus importante.

Des millions de travailleurs et de jeunes sont opposés à une action militaire en Syrie, et la conférence annuelle du Parti travailliste a décidé que le parti ne soutiendrait l’appuierait pas sans soutien « clair et sans ambiguïté » des Nations Unies.

Avant lundi Corbyn disait que Cameron n'avait pas démontré suffisamment que l'ONU soutenait les bombardements, de sorte qu'il était contre un vote libre permettant aux députés de s'opposer à la politique du parti. Il a déclaré à la télévision dimanche « c'est le chef qui décide », ce qui implique qu'il envisageait une stricte discipline de parti demandant aux députés de voter contre le bombardement de la Syrie.

Il a ensuite organisé un sondage auprès de plus de 100.000 membres et partisans du parti montrant que 75 pour cent des sondés étaient contre et 13 pour cent seulement pour des frappes aériennes. Corbyn aurait, selon le Guardian, dit à ses alliés qu'il croyait avoir un appui suffisant chez les députés et ses partisans de la base pour tenter d'«arrêter la guerre».

Len McCluskey, chef du syndicat Unite, le plus grand soutien financier du Parti travailliste, a averti les membres du cabinet fantôme que «Unite et, je crois la plupart des membres du parti et des syndicats affiliés, s’opposeraient par tous les moyens à toute tentative de forcer par un coup d'état de palais à Westminster le chef de file du parti à la démission ».

Tout cela n'était qu’une façade. Dans les coulisses, Corbyn était déjà en discussions secrètes avec le chef adjoint du parti Tom Watson et le ministre des Affaires étrangères du gouvernement fantôme Hilary Benn, faisant tous deux partie de l'écrasante majorité de son cabinet fantôme favorable aux bombardements. Il a accepté un vote libre en échange d'une déclaration non contraignante et sans conséquence que «la politique du parti » était de s'opposer aux bombardements.

Corbyn s’est couché devant un parti travailliste croupion, sanguinaire et politiquement discrédité, sans soutien populaire en dehors des médias pro-patronaux du Royaume-Uni. Et il l'a fait tout en évoquant, comme son ministre des Finances fantôme, John McDonnell, la «démocratie» et la liberté des députés de voter « selon leur conscience ». McDonnell a dit qu’un vote libre signifierait que « les gens resteraient unis ».

«Démocratie» signifie maintenant le droit de défier les membres de son parti, de défier les voeux de l'électorat, d’agir ouvertement de concert avec les conservateurs, et de menacer d’une action en justice pour renverser un dirigeant élu. «Voter selon votre conscience» signifie ne pas en avoir.

A la réunion du cabinet fantôme lundi on a vu cette couche vénale avoir le vent en poupe, criant sur Corbyn que sa position, à savoir que la politique du parti était de s'opposer au bombardement, était «absurde». La réunion le soir du groupe parlementaire travailliste rassemblé, était peu différente.

Corbyn n’a pas trouvé mieux que d'écrire une lettre à Cameron exhortant à un débat de deux jours avant le vote. Ce que Cameron a rejeté dans les heures suivantes, répliquant que le débat de mercredi serait juste prolongé de quelques heures. On a accordé à Hilary Benn le droit de clore le débat pour les travaillistes.

Une fois de plus, les événements ont fourni une réfutation dévastatrice de l’affirmation par Corbyn que lui et ses partisans pourraient remodeler le Parti travailliste et en faire un instrument d’opposition à l'austérité et à la guerre en donnant la parole aux membres et en insistant sur ​​une «nouvelle politique» du débat démocratique. Ceci pouvait selon lui apporter un changement sans menacer la politique travailliste du « ratisser large ».

Au lieu de cela, le Parti travailliste continue d’être un parti d'austérité et de guerre. Son soutien à Cameron signifie que les bombes qui pleuvront sur ​​la Syrie, comme les centaines larguées par la Royal Air Force en Irak depuis septembre 2014, seront les bombes du Parti travailliste. La Syrie sera la guerre des travaillistes comme l'a été celle d’Irak en 2003.

Le caractère politique et de classe des travaillistes ne peut être changé par l'installation d'un nouveau leader. Il est déterminé par le programme pro-capitaliste du parti et une histoire de plus d'un siècle de défense des intérêts fondamentaux de l'impérialisme britannique, non seulement contre ses rivaux capitalistes étrangers, mais contre le danger d'en bas posé par la classe ouvrière.

La rhétorique réformiste mielleuse de Corbyn n'a jamais été une alternative politique au contrôle du parti par l’aile droite. Au contraire, son rôle a été d'empêcher l'hostilité à l'austérité, au militarisme et à la guerre qui l'a conduit à la tête du parti, de prendre la forme d'une rébellion politique contre la direction méprisée du parti. En effet, sans sa défense de leur position dans le parti, allant jusqu’à les inclure dans son cabinet fantôme, beaucoup auraient déjà été évincés par leurs sections locales.

Le fait que Corbyn jette le masque est une condamnation dévastatrice des groupes de la pseudo-gauche britannique qui ont tous proclamé que son arrivée à la tête du parti était un tournant fondamental dans la destinée du Parti travailliste. Il y a une semaine, Left Unity (Unité de la gauche), lancé il y a deux ans comme alternative supposée au Parti travailliste, a déclaré à sa conférence qu’il ne présenterait plus de candidats contre le parti dirigé par Jeremy Corbyn. Samedi, la Stop the War Coalition (Coalition Halte à la guerre) a organisé une protestation contre le bombardement de la Syrie: le message principal de son président Andrew Murray fut d'inciter les députés travaillistes à «se tenir derrière Jeremy Corbyn ».

Toutes ces tendances sont coupables de désarmer la classe ouvrière et d’ouvrir la voie à la guerre.

La lutte contre la guerre ne peut ni passer par le Parti travailliste et ni se faire sous la direction de Corbyn. Il ne prendra pas de mesures contre son aile droite parce qu'il partage son programme pro-capitaliste. Il appelle la classe dirigeante à un changement de politique sur l’austérité et la guerre alors qu’elles sont le produit inévitable du système capitaliste à cette époque de crise aiguë.

La bourgeoisie a besoin de l'austérité parce que le maintien de sa richesse obscène demande une accélération de l'exploitation de la classe ouvrière et la destruction des infrastructures sociales dont dépendent des millions de gens. La guerre est le produit de la campagne menée par les puissances impérialistes pour prendre le contrôle du pétrole et d'autres ressources précieuses et essentielles au nom des super-riches.

Ce qui est nécessaire est la construction d'un nouveau mouvement de masse anti-guerre qui vise à mobiliser la classe ouvrière en Grande-Bretagne et ailleurs contre le système capitaliste et pour le socialisme. Il faut pour mener cette lutte construire le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste).

(Article paru en anglais le 1 décembre 2015)


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MessageSujet: Portugal   Lun 7 Déc - 7:20



Portugal : Le Bloc de gauche appuie le gouvernement pro-austérité du Parti socialiste Paul Mitchell 7 décembre 2015

Jeudi dernier, les votes du Bloc de gauche (BE), du Parti communiste (PCP), et du Parti vert (PEV) ont assuré le passage du programme pro-austérité et pro-Union européenne du nouveau gouvernement minoritaire du Parti socialiste (PS) à l'Assemblée nationale du Portugal


Citation :
Lors de la campagne pour les élections du 4 octobre, le Bloc de gauche s'est présenté comme une alternative à l'austérité. À présent, il est intervenu pour défendre le capitalisme portugais et européen contre la classe ouvrière. Il tente de sauver le PS, qui est discrédité pour son imposition de mesures d'austérité lorsqu'il était au pouvoir entre 2005 et 2011, et vient à la rescousse l'élite dirigeante portugaise.

Le 4 octobre, la coalition de droite du Parti social-démocrate (PSD) et du Centre démocratique et social – Parti populaire (CDS-PP) a perdu sa majorité parlementaire, passant de 50,4 pour cent de votes en 2011 à seulement 38,6 pour cent. Avec un taux de participation électorale ayant atteint un plancher record de 57 pour cent, le PS n'a pas réussi à obtenir la majorité: son vote n'augmentant que de 4 pour cent pour atteindre 32,3 pour cent. La Coalition démocratique unitaire du PCP et PEV n'a pas non plus été capable de faire grossir sa part du vote, qui a augmenté de moins d'un demi-pour cent pour atteindre 8,3 pour cent.

À l'opposé, le vote du BE a doublé et atteint 10,2 pour cent en conséquence du mécontentement de masse envers les partis officiellement associés à l'austérité.

Le président Aníbal Cavaco Silva a été incapable de former une grande coalition entre le PS et le PSD/CDS-PP. Le gouvernement minoritaire du PSD/CDS-PP n'a pas été en mesure de se maintenir au pouvoir et s'est effondré après 12 jours à la suite d'une motion de censure au parlement et de menaces de grève.

Le BE a réagi en offrant ses services au PS, doublant ses appels au dirigeant du parti Antònio Costa pour former un «gouvernement de gauche». Costa aurait menacé de quitter son poste en tant que dirigeant du PS pour permettre au PSD/CDS-PP de rester au pouvoir à condition que le BE et le PCP «s'entendent pour former une majorité sur la base du propre programme pro-UE des socialistes».

Pour qu'il y ait une entente, il fallait que le BE et le PCP acceptent d'appuyer l'austérité du PS. Le vice-président du groupe parlementaire du PS, Joao Galamba, a dit que son parti «dit clairement que les autres devraient accepter de travailler en dehors du plan budgétaire des socialistes».

Le BE a dûment suivi les directives. Ses promesses électorales de «restructuration de la dette», d'opposition aux politiques financières de l'UE et de retrait de la zone euro et de l'OTAN ont été promptement abandonnées.

De même, les critiques de la dirigeante du BE Catarina Martins selon laquelle le PS n'était «pas en faveur de la fin de l'austérité ni d'autres avancées dont dépend le pays» ont été abandonnées. Après avoir proclamé, «nous ne capitulerons pas devant la doctrine du “moindre mal”, pour devenir une parure sur la boutonnière du PS», c'est précisément ce que Martins a fait.

La semaine dernière, elle a visité le Palais présidentiel, disant aux journalistes qu'elle avait poussé le président à sélectionner Costa en tant que premier ministre parce qu’« il y a une solution stable et durable au parlement » et que « le pays ne devrait pas demeurer dans une situation d'instabilité et d'incapacité de gouverner ».

Abandonnant 40 ans de refus de collaboration avec le PS, le secrétaire général du PCP Jeronimo de Sousa a fait de même.

Dopé par ces gestes d'appui, Costa n'a pas hésité à rassurer Cavaco Silva qu'il allait accepter les six préalables du président pour être nommé premier ministre. Celles-ci incluent le maintien de la stabilité du système financier, une adhésion continue à la discipline fiscale de la zone euro, la présentation d'un budget d'État pour 2016 et le maintien de la participation dans l'OTAN.

L'élite dirigeante a signalé son accord. Le commissaire des affaires économiques de l'UE Pierre Moscovici a dit qu'il était «rassuré».

Le dirigeant de la Banque d'investissement portugaise Fernando Ulrich est sorti d'une rencontre de banquiers importants pour déclarer son appui à un gouvernement «de gauche» pour garantir la stabilité financière. Le Trésor portugais a pu vendre pour 1,5 milliard d'euros en obligations, ce qui a été décrit comme étant la vente la plus réussie de l'histoire du pays.

Dans son discours inaugural le 26 novembre, Costa a encore soutenu que son nouveau gouvernement serait «modéré» et qu'il respecterait les obligations du Portugal à l'égard de l'Europe et du monde. Il a déclaré, «nous avons eu la chance de faire part au président de la République que le résultat du cadre des ententes entre le Parti socialiste, le Bloc de gauche, et le Parti communiste et les Verts, garantit l'existence d'un gouvernement PS avec un appui majoritaire au parlement et les conditions pour gouverner avec son programme» [c'est nous qui soulignons]. Il a remercié ses nouveaux partenaires pour des négociations menées dans un «esprit constructif, loyal, sérieux et responsable».

Le jour suivant, le nouveau ministre des Finances Mário Centeno, un conseiller spécial de la Banque centrale portugaise, a démenti la promesse de Costa selon laquelle ils allaient respecter «la volonté de la majorité des Portugais de tourner la page sur l'austérité».

Centeno a souligné que le but principal de la nouvelle administration PS est de réduire le déficit budgétaire et la dette publique encore plus que le demande la Commission européenne. Il a déclaré que le déficit budgétaire de 3 pour cent attendu cette année serait réduit à 1,5 pour cent du PIB en 2019, comparé à la cible de la commission de 2 pour cent. La dette publique serait réduite d'environ 124 pour cent du PIB en 2016 à 112 pour cent en 2019, comparé à la cible de 117 pour cent de la commission.

Le directeur de la société de gestion d'actifs Schroder, Alan Cauberghs, a dit à Reuters qu'il était peu probable que le gouvernement PS puisse réduire le déficit budgétaire et augmenter les dépenses publiques, affirmant que «les deux sont mutuellement exclusifs».

En s'alliant au PS, le BE trahit consciemment les travailleurs et les jeunes du Portugal, spécialement ceux qui y voyaient un moyen de s'opposer à l'austérité. Ainsi, il ne fait qu'imiter ses homologues grecs dans Syriza, qui se sont également présentés comme des adversaires de l'austérité pour ensuite imposer des mesures d'austérité pires encore que celles de ses prédécesseurs. Cette fois-ci, le BE, en appuyant le PS, s'est rangé derrière l'austérité sans la moindre apparence de lutte.

La capitulation abjecte du BE est entièrement appuyée par le Secrétariat unifié pabliste, qui a aidé a créer le bloc en 1999, et dont les membres remplissent les hautes fonctions au sein de l'organisation. Dans International Viewpoint, Catherine Samary s'indigne devant des remarques de Stathis Kouvelakis, un dirigeant de la Plateforme de gauche de Syriza, maintenant Unité populaire.

Kouvelakis, qui partage la pleine responsabilité politique pour la trahison de Syriza, a néanmoins décidé d'offrir les «conseils d'un camarade aux camarades de la gauche radicale portugaise».

Il a déclaré que les actions du BE étaient suicidaires, et qu'«il est complètement fou d'imaginer même pendant une seconde» que le PS puisse suive une voie anti-austérité. «L'expérience grecque a également démontré qu'il n'existe pas de voie intermédiaire entre une confrontation totale et la capitulation», a-t-il ajouté cyniquement.

Samary a agressivement défendu l'orientation du BE envers un gouvernement PS pro-austérité, protestant: «On ne peut pas faire face à ces dilemmes difficiles avec les recettes d'hier.» Les ententes du BE avec le PS étaient des «promesses de réelles ruptures avec les politiques en cours au Portugal, ouvrant de nouvelles possibilités», a soutenu Samary.

Les seules nouvelles possibilités ouvertes sont pour l'avancement personnel de la pseudo-gauche aux dépens de la classe ouvrière. Ils utilisent simplement les apparences «de gauche» et «anti-austérité» qui leur restent pour les mettre au service de la bourgeoisie portugaise et défendre les intérêts des sections privilégiées des universitaires, des bureaucrates syndicaux, des parlementaires et professionnels «de gauche» auxquels ils appartiennent également.

(Article paru d'abord en anglais le 5 décembre 2015)


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Ven 11 Déc - 5:43



Grèce. Aube dorée : de l’ombre à la lumière

L’ascension d’un parti nazi dans l’Europe contemporaine

Par Anaïs VOY-GILLIS , le 28 novembre 2015  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Doctorante à l’Institut Français de Géopolitique (IFG, Université Paris VIII) et membre de l’Observatoire Européen des Extrêmes. Consultante M&A. Ses recherches portent sur les populismes et les extrêmes droites en Europe ainsi que sur les enjeux de la réindustrialisation de la France.

La progression d’Aube dorée s’explique-t-elle uniquement par le contexte de crise unique que connaît la Grèce ? A. Voy-Gillis met en perspective son parcours, du nazisme au nationalisme, de la théorie à l’action ; puis de la rue aux urnes, de la situation de gang à celle de troisième force politique grecque. Illustré d’une carte et d’un graphique. Un document de référence.

Citation :
EN 2012, le parti d’inspiration national-socialiste, Aube dorée [1], entrait pour la première fois au Parlement grec [2]. Aube dorée a su s’ancrer dans le paysage politique grec et ce malgré la mise en accusation depuis septembre 2013 de plusieurs de ses membres pour meurtre, violences physiques et blanchiment d’argent.

L’assassinat du rappeur antifasciste Pávlos Fýssas a provoqué une réaction inédite des autorités grecques [3] qui étaient restées jusqu’alors mutiques à l’égard de ces agissements. L’absence de poursuites contre l’organisation jusqu’à cette date serait due à la connivence entre des membres des forces de l’ordre et Aube dorée.

La progression d’Aube dorée s’explique-t-elle uniquement par le contexte de crise unique que connaît la Grèce ?


Son ascension n’est pas seulement celle d’un parti, elle est également celle d’hommes, en particulier de son leader Nikólaos Michaloliákos, qui œuvrent depuis plus de 30 ans à la diffusion de leurs idées et au contrôle physique d’un territoire, celui du centre d’Athènes. Aube dorée a fait évoluer son discours et ses pratiques. Mettons en perspective son parcours, du nazisme au nationalisme, de la théorie à l’action (I) ; puis de la rue aux urnes, de la situation de gang à celle de troisième force politique grecque (II).


I - Du nazisme au nationalisme, de la théorie à l’action

Aube dorée, avant de devenir un parti politique, a préexisté sous la forme d’une revue nationale-socialiste et s’est largement inspiré de l’héritage du nazisme et fascisme pour alimenter son discours et conduire ses actions sur le terrain.

La revue Chryssi Avgi, précurseur du parti Aube dorée

Si le parti Aube dorée a été créé en 1993, il est l’émanation d’une structure plus ancienne, la revue Chryssi Avgi, dont il traduit politiquement les idées. Cette revue a été fondée en 1980 par Nikólaos Michaloliákos [4]. Dès le début, elle ne cache pas son attachement au national-socialisme (croix gammées, glorification d’Hitler et du nazisme, etc). Les collaborateurs de cette revue sont aujourd’hui encore des cadres dirigeants d’Aube dorée comme Christos Pappas [5]. Elle assure une activité de propagande, publie des ouvrages et organise des formations sur des thèmes laissant peu de doutes sur son orientation idéologique : « Objectifs, visées et idéologie d’Aube dorée », « Adolf Hitler, le symbole du siècle », « le cours historique des théories raciales et l’importance du racialisme pour la vision nationale-socialiste du monde », « le danger sioniste », etc. [6]

Dès le début, les rédacteurs de Chryssi Avgi recherchent des liens internationaux en opérant un rapprochement avec différents groupes européens et internationaux dont le groupe néonazi Círculo Español de Amigos de Europa [7] (Cedade). Ce dernier a tenté depuis sa création de devenir l’épicentre des organisations néofascistes européennes [8] et a organisé en 1969, à Barcelone, les rencontres annuelles du Nouvel Ordre européen [9]. Des membres d’Aube dorée collaboreront pendant plusieurs années avec Léon Degrelle et avec d’autres organisations européennes [10]. Ils ont été également présents au stand du Front National de la Jeunesse (FNJ) à l’occasion de l’Université d’été du Front National [11] au milieu des années 1990. Cette stratégie d’internationalisation est commune à de nombreux partis de la droite radicale.

En avril 1984, la revue cesse brusquement de paraître tandis que Nikólaos Michaloliákos est nommé, en septembre 1984, par Geórgios Papadópoulos, chef de l’organisation de jeunesse de son parti, l’Union Politique Nationale (EPEN, Ethiki Politiki Enosi). Il en démissionne en janvier 1985 [12]. Cet arrêt de publication de la revue coïncide également avec une période juridique tumultueuse pour certains membres de l’organisation.

Chryssi Avgi refait son apparition en 1987 et inaugure un local en plein centre d’Athènes. Les nouveaux statuts donnent une organisation en deux branches : l’une consacrée « à l’élaboration, la recherche et les perspectives de la production culturelle européenne [...] selon la vision de la biothéorie du national-socialisme [13] » et l’autre, la Ligue populaire comme expression politique de l’organisation qui « agit concrètement dans le but d’éclairer idéologiquement et de structurer politiquement la société grecque selon les principes du national-socialisme, tout en assumant la tâche de mener le combat politique adéquat [14] ». Ils donnent également une place prépondérante au chef comme dirigeant, uniquement révocable à la suite d’une décision unanime du Comité central qu’il dirige, sans en être, et dont il nomme quatre membres sur sept.


La fondation du parti Aube dorée sur fond de crise des Balkans

En 1992, la Grèce connaît une vague nationaliste et xénophobe en raison des conflits dans les Balkans et de la dislocation de la Macédoine. L’effondrement du régime albanais entraîne des flux migratoires aux frontières nord de la Grèce. L’ambiance de peur et d’insécurité à laquelle se mêle le spectre de la menace nationale incarnée par la Macédoine, crée une fièvre nationaliste qui offre un terreau fertile à Aube dorée pour développer ses activités. Les rédacteurs de Chryssi Avgi décident de passer de la théorie à l’action en fondant officiellement leur parti l’année suivante.

Dans ce contexte, Aube dorée fait évoluer certaines de ses positions. Si sa première déclaration, écrite dans les années 1980, faisait référence dans le texte à la symbolique du national-socialisme, cela n’a pas été le cas dans la seconde en 1992. Cette deuxième déclaration correspond également à une période où l’organisation s’ouvre. Elle cessera de faire référence de manière explicite aux termes de « national-socialisme » et « national-socialiste » et utilisera le terme « nationaliste » qui lui semble plus pertinent et permet d’éviter une stigmatisation de l’opinion publique [15].

Néanmoins, si officiellement elle est prête à défendre la liberté et à reconnaître la démocratie parlementaire, en interne le discours est tout autre. Le parti souhaite à la fois répondre aux attentes de l’opinion publique et satisfaire sa base militante. En outre, les membres d’Aube dorée font référence de manière récurrente à la Grèce antique à travers le prisme des auteurs « philohellène » de l’Allemagne nazie. L’organisation fait également référence à la cryptie [16] qui est mentionnée par plusieurs auteurs de l’Antiquité comme une coutume selon laquelle les jeunes spartiates devaient assassiner pendant la nuit autant d’Hilotes que possible tout en bénéficiant de l’impunité. Un comportement qui n’est pas sans rappeler les actions conduites par les membres d’Aube dorée la nuit. A travers la cryptie, Aube dorée célèbre également la Sparte raciale et son roi Leonidas (célébré chaque année aux Thermopyles). Nous retrouvons de nombreuses références à Sparte dans l’Allemagne nazie et notamment chez Hitler, ce qui fait dire à Johann Chapoutot que « La référence d’Hitler à Sparte, ville « nordique » par excellence, sert de justification d’un imaginaire criminel et d’une extermination politique au nom de l’eugénisme de tout être inférieur [17]. »
Les théories d’Aube dorée sont fondées sur un racisme biologique, bien que l’organisation le remplace parfois par l’ethno-différentialisme d’Alain de Benoist.


Une symbolique héritée du nazisme et du fascisme

Les couleurs du drapeau d’Aube dorée sont celles du 3ème Reich : rouge, blanc et noir. Dans les premiers numéros de Chryssi Agvi, il y a une utilisation récurrente de la croix gammée. Par la suite, il est également utilisé le crochet de loup, un symbole de l’alphabet runique, la Wolfsangel, puis l’organisation utilisera le méandre qu’elle lie au svastika.

La devise « Sang, Honneur et Aube Dorée » rappelle le slogan « Blut und Ehre » des jeunesses hitlériennes. L’autre slogan récurrent est « Canailles, Traîtres et Politiciens » qui a eu une résonnance particulière pendant les périodes de crise. Egalement « La Grèce aux Grecs ! », slogan courant dans les milieux d’extrême droite et qui rappelle le « La France aux Français » de Jean-Marie Le Pen.

La stratégie politique d’Aube dorée rappelle la stratégie de la tension (strategia delle tensione) mise en place par l’extrême droite italienne dans les années 1970. Elle visait à provoquer des affrontements entre les forces politiques dans la rue et un climat de violence politique afin de déclarer l’état d’urgence et d’instaurer un régime autoritaire. Dans ce contexte, Aube dorée aspire à la naissance d’un Etat national racial (völkisch). L’organisation souhaite une prise de pouvoir à la suite d’une révolution.

En outre, la méthode des agressions rappellent celle des squadristi [18] : opérations éclairs, attaques au couteau, à la matraque ou à la barre de fer, passage à tabac et fuite directe des agresseurs. Aube dorée adopte toujours la position de victime en état de légitime défense.


II - De la rue aux urnes, de la situation de gang à celle de troisième force politique grecque

Aube dorée a mis 20 ans pour acquérir sa position de 3ème force politique. Un long travail auprès des populations ainsi qu’un contexte économique et social peuvent expliquer cette situation.

La montée de l’extrême droite en Grèce s’explique plus par le sentiment que le système politique a trahi le pays et par la crise économique et financière que par les flux migratoires clandestins et la criminalité. Malgré ce constat, les partis politiques traditionnels et notamment le parti Nouvelle Démocratie ont fortement axé leurs discours sur la question migratoire.


Premiers résultats électoraux et échec de l’union des extrêmes-droites

Aube dorée a longtemps refusé de participer aux élections souhaitant que les citoyens ne se rendent pas aux urnes afin de désapprouver les partis politiques traditionnels. Elle constitue une liste pour la première fois aux élections européennes de 1994. Son projet se voulait à la fois en rupture avec le système politique et garant de l’ordre et de la loi. La formation réunit 7 242 voix (0,11% des suffrages) quand l’EPEN en réunit 50 372 voix (0,78%). Elle explique ses résultats par une conspiration médiatique et un manque de moyens financiers.

La formation ne fait pas de meilleurs résultats aux élections législatives de 1996 [19] en réunissant 4 487 voix (0,07%). Aux élections européennes de 1999, le parti collabore avec Kostas Plevris dans une formation appelée Première Ligne (Proti Grammi) et avec deux autres qui sont le Front Grec (Elliniko Métopo [20]) de Makis Voridis et le Parti de l’hellénisme (Komma Ellinismou) de Sotiris Sofianopoulos. Aube dorée rassemble 48 532 voix (0,75%). Cette coalition fait ses meilleurs scores dans les centres urbains d’Athènes et de Thessalonique ainsi qu’en Laconie (Péloponnèse) et dans les régions de Pieria et Florina (Grèce du Nord). Le vote est principalement masculin et plutôt dans les quartiers bourgeois. Par la suite, K. Plevris se retira de la coalition ce qui a été à la fois une douche froide pour Aube dorée et un nouvel échec de l’union des extrêmes droites grecques.

Aube dorée a attendu les élections municipales de 2002 pour se présenter à nouveau à des élections où elle soutiendra la liste Alliance patriotique conduite par Giorgos Karatzaferis [21] dans la région d’Athènes. L’extrême droite connaîtra un véritable succès avec 223 531 voix (13,60%). Les résultats ne sont pas aussi bons dans les zones où Aube dorée a soutenu ses propres candidats.

Le 21 avril 2004 [22], Aube dorée participe à l’Alliance patriotique (Patriotiki Symmachia) dont le leader est Dimitrios Zafiropoulos, éditeur du journal pro-putschiste Monde Libre (Eleftheros Kosmos). Cette coalition rassemble également l’EPEN et quelques figures de l’extrême droite. Les résultats sont très faibles tant aux élections européennes de 2004 (0,17% - 1687 voix) qu’aux élections municipales à Athènes de 2006 (1,34% - 3 705 voix).

A chaque fois que les résultats électoraux n’ont pas été à la hauteur de ses espérances, Aube dorée affirme qu’elle était placée à l’écart des médias. Son exclusion a été son argument de campagne en mai et juin 2012. Néanmoins, il semble difficilement recevable quand on observe la place accordée par les médias à l’organisation par rapport aux autres formations politiques. Il y a une médiatisation importante d’Aube dorée par rapport à son poids politique réel. Avant son arrivée au Parlement, la formation politique était régulièrement conviée à s’exprimer sur différents sujets. Ces interventions ont souvent donné lieu à des échauffourées qui montrent le symptôme d’une télévision spectacle qui s’intéresse plus à la forme qu’au fond des prises de position. Elles sont également le symptôme d’un contexte ambiant où les idées d’Aube Dorée ont de plus en plus prise. Aube Dorée se focalise durant ses apparitions sur des thématiques qui font partie du débat public. Par ailleurs si les médias n’ouvrent pas leurs portes à Aube dorée, elle les force [23].



Grèce. Aube dorée : de l'ombre à la lumièreGrèce. Résultats Aube dorée, 1994-2015
Cliquer sur la vignette pour agrandir le graphique. Réalisation A. Voy-Gillis pour Diploweb.com

Les résultats d’Aube dorée seront stagnants jusqu’aux élections municipales de 2010 où le leader de l’organisation est élu au conseil municipal d’Athènes avec 10 222 voix (5,29%). Son influence est visible dans les quartiers sensibles d’Athènes (8,38% dans le 6ème arrondissement d’Athènes, 6,94% dans le 4ème). Les bons résultats de l’organisation s’expliquent également par l’absence du LAOS à ces élections car il soutenait Nikítas Kaklamánis, tête de liste de Nouvelle Démocratie.


2012 : Ancrage durable dans le paysage politique et entrée au Parlement

Les législatives de mai 2012 sont une consécration pour Aube dorée qui entre pour la première fois au Parlement avec 441 018 voix (6,97%) et 21 députés. Le LAOS s’effondre à ces élections en obtenant uniquement 198 467 voix (2,90%). Les meilleurs résultats d’Aube dorée sont dans les régions de Corinthe (11,98%), de Laconie (10,19%), d’Argolis (9,90%), dans l’Attique (9,70%), dans la 2ème circonscription du Pirée (9,49%). A contrario, l’organisation obtient des résultats faibles dans les régions d’Iraklion (2,63%), de Lassithi (2,68%), de Réthymnon (2,98%), de Rhodope (3,74%) et de Chios (4,19%).

Aux élections de juin 2012, le parti perd 3 sièges et des voix (425 990 voix et 6,92%) mais se maintient à un niveau élevé tandis que le LAOS continue de perdre du terrain (1,58%). L’abstention a également été plus forte à ces élections qu’aux précédentes.


PDF - 211.3 koCarte. Grèce, élections législatives 2012-2015 Réalisation : A. Voys-Gillis pour Diploweb.com
Copyright Novembre 2015-Voy-Gillis/Diploweb.com

Aux élections de janvier 2015, Aube dorée réunit 388 447 voix (6,3%) et perd un siège de député. Elle reste tout de même la 3ème force politique du pays. Elle confirme cette position aux élections de septembre 2015 où elle regagne un siège (379 581 voix – 7%).


Des explications potentielles à ces succès électoraux récents

L’organisation a longtemps préféré les combats de rue aux urnes. La crise économique et sociale qui touche la Grèce depuis 2011 a été un facteur favorisant sa progression électorale.

Le vote pour Aube dorée apparaît en premier lieu comme un vote de protestation, d’indignation et de punition à l’égard de la classe politique. La seconde raison est un soutien aux positions d’Aube dorée sur l’immigration et la fermeture des frontières et de manière plus générale une adhésion au programme politique du parti pour son profil patriote.

Le vote en faveur d’Aube dorée a également évolué. S’il reste plutôt masculin et jeune, c’est un vote équilibré entre les grandes villes, les villes moyennes et la province. Aube dorée attire essentiellement les ouvriers et les travailleurs précaires qui sont les premières victimes de la crise économique grecque. Le vote des classes populaires en sa faveur différencie l’organisation du LAOS qui avait un soutien plus diversifié et venant essentiellement des quartiers aux revenus moyens-supérieurs.

L’organisation insiste sur la question de l’immigration avec une propagande anti-immigration et des actions violentes contre les immigrés clandestins. Si l’on observe les zones de vote en faveur d’Aube dorée, force est de constater que ses résultats sont homogènes, y compris dans les régions où les immigrés sont peu présents. Elle considère que l’immigration n’est pas un problème social mais un problème racial. Par conséquent, elle propose d’adopter une législation de xénélasie [24]. La stigmatisation des immigrés permet la distinction entre Grecs et étrangers. Elle est la matière première de la construction d’une identité collective imaginaire par Aube dorée : celle des Grecs de souche comme remède à la « décadence nationale » provoquée par les étrangers.

L’autre explication de la victoire d’Aube dorée est que l’organisation a gagné la confiance des citoyens grâce à son implantation dans les quartiers sensibles d’Athènes où elle a joué un rôle de milice. Elle s’est également implantée en province où elle s’est substituée à l’Etat en soutenant les résidents grecs contre les immigrés.

Les actions d’Aube dorée en faveur de la population grecque rappellent celles conduites par le mouvement CasPound en Italie ou par le Bloc Identitaire en France. Le quartier d’Agios Panteleïmonas [25] est perçu par de nombreux chercheurs comme la clé de la transformation d’une organisation marginale en acteur politique majeur du pays. La tactique d’Aube dorée est simple, elle consiste en une occupation de certains espaces (investissement et contrôle du territoire), la proximité et la protection au quotidien des citoyens. Aube dorée substitue aux paroles les actes. Elle mène des actions concrètes de soutien au Peuple : distribution de nourriture [26] aux plus démunis, service de protection aux personnes âgées et en difficulté. Elle souhaite développer une action sociale mais uniquement pour les nationaux.

Le contexte de crise inédit a également participé à son émergence, tout comme le mépris des citoyens à l’égard des partis traditionnels et l’impuissance de ces derniers à élaborer un projet politique alternatif. Comme de nombreux partis d’extrême droite, Aube dorée apporte des réponses simples à des maux complexes. Son arrivée au centre de la scène médiatique se fait au moment des mobilisations populaires contre l’austérité et le mémorandum. Elle a pu s’appuyer sur le désarroi populaire et la dénonciation des élites.

Enfin d’autres éléments ont permis son émergence comme l’auto-élimination du LAOS par sa participation au gouvernement pro-mémorandum. Il n’y a pas de « cordon sanitaire » en Grèce contre l’extrême droite, ainsi l’organisation n’a jamais été mise au ban de la société et elle s’est chargée de rappeler régulièrement le passé collaborationniste de certains membres de la droite. Sa proximité avec certains membres des forces de police et de sécurité lui ont permis d’éviter des poursuites pendant plusieurs années malgré les délits commis. Ses violences à l’encontre des immigrés trouvent un écho dans la société grecque où plusieurs actions de soutien à des personnes ayant commis des actes de violences contre les immigrés ont eu lieu. Après sa victoire en 2012, l’organisation a organisé des pogroms. Il y a eu des arrestations mais pas ou peu de condamnations.

Malgré les prédictions de nombreux chercheurs et personnalités politiques, Aube dorée reste 3 ans après son entrée au Parlement la troisième force politique de Grèce et ce malgré un procès en cours pour meurtre. Rien ne laisse présager une baisse de ses résultats dans les années qui viennent.

Néanmoins, si le parti nazi semble avoir stabilisé son électorat entre 6 et 7% des suffrages, il peine à progresser et élargir sa base électorale contrairement à d’autres organisations d’extrême droite en Europe.


[1] Le nom complet de l’organisation est « Association populaire – Aube dorée » et en grec Chryssi Avgi. Etant donné que la revue du même nom est née avant l’organisation politique, nous utiliserons dans le texte « Aube dorée » pour le parti et Chryssi Avgi pour parler de la revue. Pour tous les mots grecs, nous utilisons une traduction littérale.

[2] Nos remerciements à A. Petridis qui nous a d’une part offert l’accès à certains documents sur Aube dorée et aux anciens numéros de Chryssi Avgi, ; d’autre part, d’avoir réalisé la traduction intégrale ou partielle de ces documents nous donnant ainsi accès à une information de qualité.

[3] Les membres de l’organisation sont jugés pour « appartenance à une organisation criminelle ». Outre l’accusation de meurtre, les chefs d’accusation de « violences physiques » et « blanchiment d’argent » ont été retenus. Malgré ces accusations graves, Aube dorée maintient ses scores dans les urnes et dans les sondages.

[4] Nikólaos Michaloliákos a fait ses débuts politiques dans les milieux d’extrême droite dans les années 1970 au moment du metapolítefsi. Le metapolítefsi renvoie à la période de changement de régime politique survenue après la dictature. Il désigne plus particulièrement la transition démocratique qui a permis le passage du régime des Colonels (1967 – 1974) à la République parlementaire. Parmi les mesures phares de cette période figure la légalisation du Parti communiste grec et des autres partis de gauche, l’abolition de la monarchie, l’arrestation et la condamnation des anciens dictateurs et la promulgation d’une nouvelle constitution.

[5] Tête de liste aux élections législatives de mai et juin 2012, élu député en 2012 et réélu en 2015. En 1983, il avait écrit un hymne à Hitler qui a été publié dans la revue Chryssi Avgi (« Révolution et vérité », Chryssi Avgi, n°12, décembre 1983). Son père, Ilias Pappas, était un proche du dictateur Geórgios Papadópoulos.

[6] On peut trouver la liste des formations proposées dans le numéro 8 de la revue, publié en 1983, à la page 30.

[7] Fondé en 1966 à Barcelone et dissous en 1993, le CEDADE était notamment proche du lieutenant-colonel SS Otto Skorzeny et de l’officier des Waffen SS Léon Degrelle.

[8] Xavier Casals, « Le national-populisme en Espagne : les raisons d’une absence », dans Pascal Perrineau, Les croisés de la société fermée : L’Europe des extrêmes droites, La Tour d’Aigues, L’Aube, 2001, p.331

[9] Coalition européenne d’organisations fascistes et néonazies auxquelles une délégation d’Aube Dorée a pris part en 1981.

[10] Deux membres d’Aube dorée (Christos Pappas et Dimitris Zoumpoulis) sont également recrutés par Léon Degrelle pour participer à une organisation internationale du fascisme. En outre, on retrouve dans ce groupe Stefano delle Chiaie (ex-MSI, militant fasciste international) ou Michael Kühnen.

[11] Jean-Yves Camus, "Les relations internationales du Front National", Centre de recherche d’information et de documentation antifasciste, Rapport 98, Paris 1998, p. 240

[12] La direction de l’EPEN sera alors confiée à Makis Voridis qui fondera plus tard le Front Grec inspiré du Front National de Jean-Marie Le Pen. En 2005 il passera avec ses proches au LAOS et en 2012 il rejoindra Nouvelle Démocratie.

[13] Dimitris Psarras, Aube dorée : Le livre noir du parti nazi grec, Paris, Editions Syllepse, 2014

[14] Ibid

[15] Voir à ce sujet, Piero Ignazi, Extreme Right Parties in Western Europe, New-York, Oxford University Press, 2003, p. 31

[16] Sur la cryptie voir Plutarque, « Vie de Lycurgue », Les vies des hommes illustres, Paris, Charpentier Librairie-Editeur, Tome 3ème, 1853, p.90. Ouvrage consulté en ligne le 1 octobre 2015 à l’adresse suivante : http://remacle.org/bloodwolf/histor...

[17] Johann Chapoutot, Le national-socialisme et l’Antiquité, Paris, PUF, 2008 p. 320

[18] Les squadristi sont les faisceaux de combat créés par Mussolini.

[19] N. Michaloliákos réunira 222 voix dans la 2ème circonscription d’Athènes et A. Androutsopoulos 140 voix dans la 1ère circonscription d’Athènes.

[20] Ce parti avait reçu le soutien de Jean-Marie Le Pen. Le parti est en rupture avec les références idéologiques d’Aube dorée.

[21] Ancien député de Néa Dimokratía (Nouvelle Démocratie), il fonde à la fin des années 1990 un regroupement politique au nom de Nea Elpida (Nouvel Espoir). Il fondera en 2000 le Laïkos Orthodoxos Synagermos (LAOS – Alerte Populaire Orthodoxe) à la suite de son exclusion de Nouvelle Démocratie. Le LAOS obtiendra 10 députés en 2007 et 15 en 2009. Néanmoins, sa participation avec le PASOK et Nouvelle Démocratie au gouvernement de coalition de Papadímos lui feront perdre tous ses députés et tout le crédit dont il bénéficiait au sein de la société grecque.

[22] La date est symbolique puisqu’il s’agit de la date d’anniversaire du putsch des colonels.

[23] Le 17 juin 2006, une cinquantaine de militants d’Aube dorée ont envahi le plateau de la chaîne publique ET3 à Salonique au nom de la liberté d’expression.

[24] Il s’agit à nouveau d’une référence à Sparte où la xénélasie désignait la pratique systématique d’expulsions et de déportations violentes des étrangers.

[25] Quartier du centre de la capitale grecque

[26] Cette distribution de nourriture est réservée uniquement aux citoyens grecs avec un contrôle d’identité des personnes.




Dernière édition par Admin le Mer 6 Juil - 18:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Ven 11 Déc - 10:10






Anti-austerity protesters occupy Bank of Ireland on College Green in Dublin

Citation :
Parts of the city have also been closed off

Anti-austerity protests have taken place in Dublin City centre this afternoon with Dame Street, College Green, Molesworth Street and Kildare Street all closed off due as marchers taking part in the National Demonstration Against Austerity.

From the horde of original protesters, a small group of about seven to ten protesters managed to enter the premises in Bank of Ireland before Gardaí from the Public Order Unit arrived on scene to escort them away.

Here they are entering the building.





It's believed that the 100 or so protesters on Dame Street were chanting "banks got bailed out, we got sold out! Developers got bailed out...." Here's some images of the protesters inside the building.

As you can see below, there was a considerable Gardai presence on the scene to escort them away.


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Dim 13 Déc - 13:55





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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Lun 14 Déc - 10:15



La vie sous l’austérité


Entretien avec une employée de fast-food grecque 14 septembre 2015

Comment un secteur déjà connu pour ses jobs sous-payés et ses conditions de travail déplorables traite-t-il ses salariés quand vient s’ajouter la pression de l’austérité mémorandaire ? Dans la lignée de précédents textes consacrés à la condition des travailleurs de la restauration rapide en France et à l’étranger, cet entretien nous décrit le quotidien des employés de fast-food en Grèce. Au-delà, il livre un témoignage vivant et nuancé des souffrances et des résistances du peuple grec, peu avant le référendum du 5 juillet qui l’a vu se dresser contre les diktats de la troïka.

Eleni Eleftherios travaille dans un restaurant à Thessalonique, en Grèce. Elle est membre du Syndicat des serveurs et des cuisiniers de Thessalonique et de Macédoine. Erik Forman, l’intervieweur, a activement participé aux campagnes de syndicalisation dans le secteur des fast-foods en tant que membre du syndicat Industrial Workers of the World (IWW).

Citation :
Comment est-ce que tu t’es retrouvée à travailler dans un fast-food ?

Depuis que je suis étudiante, je travaille dans des fast-foods chaque été. Avant, je travaillais seulement quelques mois par an parce que mes parents pouvaient me donner un peu d’argent. Mon père est ouvrier d’usine depuis trente-cinq ans et ma mère est employée civile sur une base militaire. Mais depuis trois ans, ils ne peuvent plus me donner d’argent. Mon père est parti à la retraite parce que le gouvernement va sans doute diminuer la retraite de ceux qui partent plus tard. J’ai donc dû trouver un boulot. (…)

Depuis que j’ai mon diplôme en électrotechnique, j’ai envoyé plus d’une centaine de CV, mais personne ne m’a répondu. Il y a cinq ans, tout le monde s’intéressait à l’énergie photovoltaïque. Si tu avais un petit bout de terrain, tu pouvais installer des panneaux solaires et gagner quelques milliers d’euros par an. En réalité, c’était une bulle. Et elle a explosé. Le gouvernement a baissé les prix d’achat et aujourd’hui, à cause de la crise, les gens n’ont plus assez d’argent pour installer des panneaux solaires. Depuis l’année dernière, la moitié des boîtes que j’ai contactées ont fermé.

Baisse des salaires, destruction des services publics et de la sécurité sociale

Que s’est-il passé quand la crise a commencé ?


Les premières conséquences des mesures d’austérité imposées par l’Union européenne et Nouvelle Démocratie, on les a vues en 2010. D’abord, ils se sont attaqués aux salaires et aux retraites dans le public, qu’ils ont diminués quasiment de moitié. Le gouvernement acceptait tout ce que disait la troïka. Avant, le salaire minimum était autour de 700 euros ; ils l’ont baissé à 500. Il y a eu beaucoup de licenciements, le chômage a explosé.

Ensuite, ça a été le tour du système de santé publique. Avant, tout le monde était couvert, soit par l’employeur, soit directement par l’État pour les chômeurs. On pouvait consulter le docteur gratuitement à l’hôpital, mais il fallait payer les médicaments et les traitements. Le dernier gouvernement a décidé qu’il fallait payer une franchise de 5 euros pour consulter un médecin. Ça a l’air d’être peu, mais beaucoup de gens ne pouvaient pas payer et ont arrêté d’aller chez le docteur. Maintenant, énormément de gens n’ont pas du tout d’assurance maladie et ne peuvent pas se payer de médicaments.

Quelles conséquences la crise a-t-elle eu pour les salarié-e-s des fast-foods ?


Prenons l’assurance maladie. En Grèce, pour qu’un employé du privé soit couvert, il faut que son patron informe le gouvernement qu’il travaille tant d’heures pour tel salaire. Le gouvernement lui donne ensuite des « bons de cotisation » qui lui permettent d’être couvert et qui comptent pour la retraite. Tous les trois mois, l’entreprise doit envoyer un formulaire au gouvernement pour déclarer le nombre d’employé-e-s et leur temps de travail. Les salarié-e-s reçoivent un « bon » pour chaque tranche de quatre heures travaillées minimum.

Avant la crise, avec cent bons, on avait droit aux indemnités, mais la majorité des employeurs ont commencé à mentir dans les formulaires. Ils ne déclarent pas toutes les heures et donc les employé-e-s ne reçoivent pas leurs bons. Ils le font parce qu’ils doivent payer des cotisations sociales d’environ 200 euros par mois par employé-e pour qu’ils soient couverts. Si tu n’as pas assez de bons, ton patron n’a pas besoin de cotiser.

Le gouvernement Nouvelle Démocratie a fait voter une loi pour empêcher les patrons de sous-déclarer le nombre d’heures travaillées. Les patrons qui ne payaient pas les bons obligatoires pouvaient recevoir une amende de 10 000 euros. Pour les salarié-e-s, c’était un outil de pression : certains ont réussi à s’en servir pour récupérer leurs bon et avoir droit aux indemnités, mais ça reste un énorme problème. (…)

Je connais beaucoup d’autres salarié-e-s qui ont demandé à leurs patrons de leur donner leurs bons et qui se sont fait virer. Heureusement pour moi, mon patron n’est pas très agressif. Enfin il ne déclare quand même que quatre des huit heures que je travaille. Ça veut dire que j’ai une couverture sociale mais que mes bons de cotisation ne comptent pas pour la retraite.

Travailler plus pour gagner moins

Combien est-ce que vous gagnez dans le secteur des fast-foods ?


Depuis que le salaire minimum a été abaissé à 500 euros après le début de la crise, la majorité des salarié-e-s gagnent environ 500 euros par mois et environ 3 euros de l’heure. Bien sûr, si le patron le souhaite, il peut payer plus. Mais la majorité des patrons signent des contrats pour des salaires plus faibles.

Moi, je gagne 4 euros de l’heure. Je connais quelqu’un qui gagne 5 euros de l’heure. La majorité des salarié-e-s sont à 3, 3,50. Pour un boulot qui consiste à faire des cafés toute la journée, à faire cuire des pizzas par 40 degrés ou à les livrer en moto.

Quels sont vos horaires ? Comment ça s’organise ?

Ça dépend. Dans un café, il peut y avoir des gens qui travaillent de 10 heures à 3 heures du matin. Dans les cafés qui sont ouverts 24h/24, il y a deux ou trois équipes. Les salarié-e-s travaillent environ douze heures par jour. Depuis deux ans, je ne travaille que la nuit, et encore, ça dépend des jours et du planning du restau. Les horaires changent toutes les semaines. Parfois, je travaille jusqu’à dix heures le week-end, de 20h à 6h du matin.

Comment les salarié-e-s des fast-foods font-ils/elles pour survivre ?

C’est très difficile. Les loyers ont baissé depuis cinq ans, donc tu peux trouver un logement pour 150-200 euros. Ça ne sera pas top, mais au moins t’as un toit au-dessus de la tête. Pour les autres factures, gaz, eau, électricité, il faut compter 250 euros. Si tu gagnes 500 euros, c’est-à-dire le salaire minimum, il te reste entre 50 et 100 euros pour tout le mois. Si tu n’as pas de famille, tu peux à peine survivre, mais tu peux y arriver. Quand t’as des gamins, c’est bien pire.

Sur mes quatre collègues, la plupart ont des gamins et ils sont les seuls de leur famille à bosser, parce que leur mari ou leur femme s’est fait virer pendant la crise. Ils bossent douze à quatorze heures par jour, ils ne voient jamais leurs gamins. C’est illégal, mais ils ne peuvent pas faire autrement.

En fait, c’est comme si t’avais deux boulots. Tu bosses deux fois plus qu’une semaine normale : entre soixante et quatre-vingts heures par semaine. À 4 euros de l’heure, ça fait 1 000 euros à la fin du mois. Si tu es payé 3 euros de l’heure, c’est bien pire.

Il y a aussi des salarié-e-s qui sont payés un salaire fixe par jour. 30 euros c’est le maximum. Si tu bosses en général huit heures par jour, ça fait un peu plus de 3 euros de l’heure. Mais si tu passes deux heures de plus à nettoyer le restau parce que y’a eu beaucoup de monde, tu n’as pas d’heures sup’ et donc tu tombes en-dessous de 3 euros de l’heure.

Combien coûte un souvlaki[1] ? Est-ce que les patrons continuent à faire du profit ?

Bonne question ! En cinq ans de crise, j’ai eu mon doctorat en souvlaki ! Là où je bosse, où on est payés 4 euros de l’heure, un souvlaki coûte environ 3 euros. En bas de la rue, il coûte 1,50 euros. J’ai vu des endroits où la part de pizza était à 80 centimes. Je te laisse imaginer à quel point les salaires doivent être bas pour que le patron puisse dégager du profit.

En Grèce, il n’y a presque pas d’usines. La plupart ont fermé au cours de ces dernières années à cause de la crise ou ont délocalisé en Bulgarie, où les salaires sont plus bas. Alors les fast-foods, c’est probablement le secteur en Grèce où il y a le plus d’employé-e-s. Les snacks, les bars, les cafés, les fast-foods… Ce sont surtout des petits commerces avec un ou deux patrons et entre cinq et douze employé-e-s. Mais la plupart de ces commerces ont fermé, eux aussi. Quand il y en a qui sont ouverts, c’est parce qu’ils sont rentables. Ils ne dégagent pas beaucoup d’argent, mais suffisamment. Et les conditions de travail sont très mauvaises.

Là où je bosse, comme on compte la caisse, on connaît les coûts et les recettes et on peut estimer que le patron fait environ 3 000 euros de profit par mois. Il pourrait multiplier nos salaires par deux. Au lieu de ça, il y a quatre patrons qui sont payés pour rester assis à boire des bières et six salarié-e-s qui gagnent 4 euros de l’heure.

Peux-tu décrire la situation dans le secteur de la restauration rapide avant la crise ?

Ça allait mieux. On était payés l’équivalent de 6 ou 7 euros de l’heure. La plupart des patrons se pliaient au code du travail. Par exemple, si on travaillait de nuit, on était payés plus. Le dimanche, le salaire était majoré de 75%. Si on travaillait pendant les vacances, le salaire était doublé. Plus aucune de ces règles n’est appliquée. C’est devenu normal de travailler sans assurance, sans qu’on nous paie les heures supplémentaires ou les congés. C’est ça le plus triste. Les travailleurs ont fini par accepter cette situation.

Protesters clash with riot police during a demonstration in Athens, Greece, 1 May 2010. The Greek government is implementing austerity measures, amidst protests, that envision a major overhaul of the taxation and social security/pension systems. Greece has vowed to tackle the debt crisis that has shaken the entire European Union and put the euro currency under pressure. EPA/ORESTIS PANAGIOTOU


Entre souffrances et résistances

Comment les gens ont-ils réagi à la crise ?


Au cours des cinq dernières années, la plupart de mes ami-e-s de lycée ont quitté le pays pour chercher du travail dans les pays d’Europe du Nord. Certains de mes amis ingénieurs ont trouvé du boulot dans leur secteur. D’autres travaillent dans la restauration. Par exemple, si tu as fait des études de philosophie, il n’y a pas de travail pour toi, ni ici, ni en Allemagne, alors tu te retrouves dans la restauration.

En Grèce, dans les grandes villes, les conséquences de la crise sont devenues de plus en plus visibles depuis 2010. Ça va des gens qui font les poubelles pour trouver de quoi manger aux gens qui s’énervent pour un rien. Toute cette pression qu’on a en nous, on doit l’évacuer d’une manière ou d’une autre, et parfois ça se manifeste par des comportements antisociaux, comme les bagarres.

Il y a eu beaucoup de suicides. Ça fait peur. Mais maintenant, la plupart des gens s’y sont habitués. C’est terrifiant. Un jour, en allant au boulot, je suis tombée sur une foule d’environ cinquante personnes, amassées au pied d’un immeuble. Il y avait un mec sur le toit qui voulait sauter parce qu’il était endetté. Une autre fois, une de mes amies était au travail et elle a vu un vieil homme s’asperger d’essence. Heureusement, un de mes amis a pu l’empêcher de sortir son briquet et de s’immoler. C’est le genre de choses qui arrive tout le temps.

Est-ce que tu peux parler de la mobilisation dans le secteur de la restauration rapide ?

Ces dernières années, il y a eu pas mal de luttes dans de petites entreprises, avec le soutien du Syndicat des serveurs et des cuisiniers. Dans ma ville, il y a un salon de thé appelé Blé, où la plupart des employés n’ont pas été payés pendant des mois. L’entreprise n’arrêtait pas de leur répéter qu’ils seraient payés plus tard. Mais certains d’entre eux ont décidé de réclamer leur salaire. Le syndicat, avec d’autres groupes de soutien, les a aidés à être payés. (…)

Mais je connais encore beaucoup de magasins dans le coin où ce type de situation est monnaie courante. Quand on te demande si tu travailles et que tu réponds oui, on te dit : « Waouh, tu as du boulot ? » Les gens sont ébahis. La question suivante est invariablement la même : « Et tu es payée ? » Et si tu réponds à nouveau oui, les gens te disent : « Waouh ! En plus tu es payée ! Tu devrais déjà t’estimer heureuse d’avoir du boulot. »

À cause de ça, c’est parfois difficile de convaincre les travailleurs d’entrer en lutte. La vérité, c’est que beaucoup d’entre eux ne sont pas payés, ou seulement 100 ou 200 euros par mois. Le patron leur dit : « C’est la crise, je peux pas te donner plus. Tu prends ? » Mais c’est absurde parce qu’on voit bien que la boîte tourne normalement : on tient la caisse ! Les patrons profitent du taux de chômage élevé pour baisser les salaires, ou pour ne pas verser de salaire du tout.

Est-ce que la mobilisation a touché d’autres secteurs ?

Beaucoup. Par exemple, quand la chaîne de restaurants Applebee a décidé de fermer son antenne à Thessalonique, des travailleurs l’ont occupée. Le propriétaire du bâtiment a finalement fait appel à la police pour les expulser mais ça a donné des idées à d’autres travailleurs, notamment ceux de l’usine de biodétergents Vio.Me. En 2012, quand les dirigeants ont annoncé la fermeture de l’usine, les travailleurs ont décidé de la faire tourner eux-mêmes.

Ils voulaient que le ministre du travail fasse voter une loi pour ce type de situations. À l’époque, ils ont bénéficié du soutien de Syriza. C’était avant leur arrivée au pouvoir. Mais Syriza n’a toujours pas respecté ses engagements et maintenant l’usine Vio.me est menacée de fermeture par décision de justice. Pourtant, la production continue – au début dans l’illégalité et maintenant au sein d’une entreprise coopérative sociale que les travailleurs ont formée pour pouvoir vendre légalement leurs produits sur le marché. C’est la première fois que ce type d’expérience d’autogestion a lieu en Grèce, et c’est une véritable source d’inspiration, y compris à l’étranger.

Mais pour les travailleurs grecs, c’est l’expérience d’autogestion des employés de l’organisme d’audiovisuel public grec ERT qui est la plus emblématique. Les travailleurs ont pris le pouvoir quand Nouvelle Démocratie a décidé de fermer ERT pour ouvrir un nouveau réseau d’audiovisuel public (NERIT), destiné à faire la propagande du parti. De nombreux employés licenciés ont mis ERT sous contrôle ouvrier. Ils ont occupé la station et l’ont fait tourner bénévolement et illégalement pendant deux ans. Au début, ils ont été un peu inquiétés par la police mais la lutte a pris tellement d’ampleur – des gens de tout le pays les soutenaient – que Nouvelle Démocratie a eu peur de s’en prendre à eux. Comme les élections approchaient, ça aurait vraiment fait mauvaise impression.

Les travailleurs se sont radicalisés progressivement : au début, ils se contentaient de participer aux manifestations, d’établir des contacts avec différents mouvements sociaux. Pour la première fois, ERT était la télévision du peuple et pas la télévision d’Etat.

Est-ce que l’élection de Syriza a changé quelque chose pour tous ces travailleurs ?

Syriza a fermé NERIT et a réouvert ERT, avec les travailleurs qui avaient été licenciés et avaient continué le travail. Ça a été une grande victoire. Syriza a aussi fait passer une loi pour naturaliser les enfants d’immigrés nés en Grèce. Pour de nombreux immigrés, c’est un bon début. Mais pour la plupart des travailleurs, on ne peut pas dire que la situation a vraiment changé. Syriza avait promis d’augmenter les salaires pour atteindre 600 euros, puis 700 euros un an plus tard. Ils n’ont rien fait de tout ça.

Au cours des cinq derniers mois de négociations avec Bruxelles, ils ont réussi à diminuer de cent à cinquante le nombre de bons de cotisation nécessaires pour avoir droit à la sécurité sociale. Ils ont aboli la franchise de 5 euros à l’hôpital, mais il faut toujours payer les médicaments. Avec l’assurance, le gouvernement en rembourse une partie. Sans, il faut tout payer.

Ce qui a changé immédiatement après les élections, c’est que les violences policières ont radicalement diminué. Quand Nouvelle Démocratie était au pouvoir et qu’on allait à une manif, il fallait apporter un casque et des masques pour se protéger des gaz lacrymogènes. De l’extérieur, ça donnait l’impression que les manifestants étaient des terroristes. À Thessalonique, les manifs étaient encadrées par la police. Maintenant, on peut aller manifester en sandalettes. (…)

Les fondements au « Non » du référendum

Qu’est-ce que tes collègues pensent du référendum ?

J’étais au boulot quand j’ai entendu la nouvelle du référendum. La ville s’est immédiatement vidée, comme si une guerre se préparait. Il y avait une trentaine de personnes qui faisaient la queue devant chaque distributeur. C’était la panique.

Puis l’agitation est un peu retombée. Les clients venaient au restaurant comme d’habitude. Ils parlaient du référendum. Ils se demandaient qui allait l’emporter, du oui ou du non. Ça a duré toute la semaine.

Au boulot, on va tous voter non : moi, mes collègues, mes patrons. Dans la restauration rapide, la plupart des employeurs vont voter non, parce que l’Union Européenne veut les taxer davantage et que Syriza s’est opposé à cette mesure.

Il y a beaucoup de petits patrons au sein de Syriza et sans doute qu’ils ne paient pas le salaire légal. Syriza veut protéger les travailleurs et les retraités mais il faut qu’ils protègent les intérêts des différents segments de leur électorat – les patrons, les ouvriers, les soldats, les policiers, les retraités, tout le monde. C’est normal. À cause de ça, c’est difficile pour eux de prendre des mesures vraiment radicales.

C’est bizarre de parler de Syriza avec mon patron et qu’on soit d’accord. Mais c’est comme ça. Cette semaine, c’est Syriza et nous tous contre les mesures imposées par l’Union Européenne. Bien sûr qu’il y a des divergences entre travailleurs et patrons mais pour l’instant, on est tous unis pour le référendum.

En Grèce, dans la restauration, on trouve des patrons de tous bords : des patrons de gauche, des patrons de droite, des patrons qui traitent vraiment mal leurs employés, des patrons qui votent pour Syriza, d’autres qui sont membres du Parti Communiste. Eux aussi ont été durement touchés par la crise.

Qu’est-ce que le non veut dire pour les Grecs ? Est-ce que les travailleurs l’interprètent comme un retour à la drachme ?

Pour moi, le non, ça veut dire que je ne veux pas d’une nouvelle baisse des salaires et des retraites. Je refuse toutes les mesures d’austérité que les Européens veulent imposer aux Grecs. Mais ça veut surtout dire qu’on ne veut pas que notre qualité de vie, que notre dignité souffrent davantage. On a déjà des salaires de misère.

En même temps, je ne suis pas sûre que les gens comme moi, les employés de la restauration, comprennent ce que veut dire le non. Personne n’a essayé de leur expliquer ce qui se passerait si on sortait de l’euro. C’est un sujet tabou au sein de Syriza. Je pense que Syriza ne veut pas sortir de l’euro, ou peut-être qu’ils n’arrivent pas à savoir ce qui se passerait en cas de sortie. La plupart de mes collègues ont en tête ce qui s’est passé au cours des dernières années. On ne peut plus supporter cette situation. Même si c’est dur pendant quelques années, on peut faire face, si on a des conditions de vie plus décentes et qu’on retrouve notre dignité.

Mais j’ai peur de ce que va donner le référendum. L’ancien gouvernement, le Pasok, Nouvelle Démocratie, les Européens, les médias, ils ont tous dit que si le non l’emportait, la Grèce sortirait de l’Europe et qu’ensuite notre système économique s’effondrerait, que l’Etat ne verserait plus les salaires pendant des mois, que les importations cesseraient ou deviendraient très chères, qu’il n’y aurait plus de médicaments, que ce serait l’apocalypse, que nous serions un peuple de perdants, etc.

Certains de ceux qui vont voter oui ont profité de la crise – les gros patrons, les hommes d’affaires, les gens qui n’ont pas vu leur train de vie changer. Mais certains voteront oui parce qu’ils ont peur et qu’ils pensent qu’il n’y a pas d’autre choix.

Toute personne normalement constituée qui voit ce que les travailleurs et les retraités ont subi au cours de ces cinq dernières années comprend que l’enjeu du référendum, c’est de dire non à cette politique, refuser de vivre en esclavage. Je ne crois pas que Syriza puisse résoudre tous les problèmes d’un coup. Mais ce serait un bon début de dire haut et fort qu’on ne veut plus vivre ainsi.

De toute façon, avec l’euro, je suis pauvre. Je le resterai avec la drachme mais au moins, avec le non, on aurait la tête haute. Ce serait un bon début. On nous a pris notre dignité. Mais quoi qu’il se passe le 5 juillet, les différences de classes existeront toujours : je resterai une travailleuse, mes patrons resteront des patrons – et la lutte continuera.

Traduit de l’anglais par Claire-Lucie Polès et Terrains de luttes.

Cet entretien est initialement paru sur le site de Jacobin.

[1] Le souvlaki est une petite brochette de viande et de légumes grillés, c’est le plat principal qui est servi dans les fast-foods grecs (NdT).


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Mar 15 Déc - 12:50



Espagne: Podemos tente de démobiliser l'opposition populaire à la guerre Alejandro Lopez et Paul Mitchell 15 décembre 2015

Suite aux attentats terroristes de Paris du 13 novembre, une soixantaine de partis staliniens et de la pseudo-gauche, des syndicats, et 102 personnes ont publié un manifeste intitulé «Pas en notre nom».

Citation :
La plupart des signataires sont membres de Podemos, le parti de la pseudo-gauche mené par Pablo Iglesias, même si ce n'est pas indiqué dans le manifeste. Le parti n'a pas signé le document en son propre nom afin de ne pas compromettre ses relations avec la politique officielle espagnole et sa relation avec le Parti socialiste (PSOE) qui est pro-impérialiste et proguerre. Podemos pourrait se trouver dans un gouvernement de coalition avec le PSOE après les élections générales qui auront lieu le 20 décembre.

Le manifeste faisait appel à la population espagnole pour qu'elle se rassemble le 28 novembre à Madrid et dans d'autres villes et «condamner les attentats terroristes à Paris et au Liban et rejeter les bombardements contre la population civile en Syrie et les atteintes à la démocratie inefficaces au nom de la sécurité, ainsi que la politique étrangère militariste initiée par Bush, Blair et Aznar [les anciens chefs d'État des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'Espagne]».

Le manifeste n'a aucun rapport à la lutte contre la guerre, et encore moins au «début d'un mouvement possible contre les interventions impérialistes et les guerres, dans les rues et dans les milieux de travail», comme le déclare le groupe de la pseudo-gauche Clase contra Clase.

Le manifeste omet toute mention de la politique étrangère impérialiste du gouvernement actuel du Parti populaire (PP) et des appels à la guerre du PSOE. Il ignore les véritables origines de l'État islamique (EI) provenant de l'appui de groupes islamistes par les États-Unis et ses alliés pour renverser le régime syrien. Il légitime le discours de la «guerre contre le terrorisme», affirmant que «Si la réponse à une telle barbarie entraîne la suspension des droits, le recul des libertés, et nous enfermer dans nos maisons, la victoire du terrorisme sera complète.»

Dans les faits, les attaques islamistes en Europe et aux États-Unis ont offert un prétexte pour la gigantesque escalade des pouvoirs d'État policiers au pays, qui vise non pas le terrorisme, mais la menace posée par les travailleurs, appauvris par les mesures d'austérité.

Le manifeste ne fait aucune mention du pacte anti-djihadiste que le PP et le PSOE ont signé à la suite des attaques contre Charlie Hebdo à Paris en janvier dernier, auquel s'est ensuite joint le nouveau Parti des citoyens. Le pacte a été suivi d'atteintes additionnelles aux droits démocratiques, incluant le renforcement du Code pénal, des lois d'état d'urgence et encore plus de mesures de surveillance.

La faillite de la perspective des organisateurs et leur incapacité de mobiliser leurs propres membres (le syndicat CCOO a plus d'un million de membres, et Podemos en a 385.000) ont fait que seulement quelques milliers de manifestants ont participé dans la capitale, et quelques centaines ailleurs.

Le faible taux de participation aux manifestations ne reflète pas une diminution de l'opposition à la guerre parmi les travailleurs et les jeunes. La campagne de guerre n'est aucunement populaire. Le dernier sondage du journal El Mundo indique que malgré la propagande incessante et l'atmosphère hystérique attisée par les médias, 53 pour cent de la population sont hostiles à une attaque en Syrie alors que seulement 35 pour cent l'appuient.

Ce qui a pris place est la démobilisation intentionnelle des millions de personnes qui avaient participé au mouvement «Non à la guerre» de 2003 pour manifester contre la guerre en Irak menée par les États-Unis et appuyée par le gouvernement PP de José Maria Aznar. Plus de 90 pour cent de la population sont opposés à la guerre et des millions de personnes ont manifesté dans la rue.

En mars 2004, Aznar a perdu l'élection générale trois jours après que des terroristes d'Al-Qaïda ont tué 191 personnes dans une série d'attentats à la bombe dans des trains. Le PSOE, qui s'était opposé à la guerre, reflétant les critiques de la subordination d'Aznar aux États-Unis de la part de sections de la classe dirigeante espagnole, fut le bénéficiaire accidentel des sentiments antiguerres et remporta l'élection.

Une fois au gouvernement, le PSOE s'est retiré d'Irak, mais a rapidement augmenté le nombre de troupes en Afghanistan, envoyé plus de troupes dans des missions en Afrique et au Moyen-Orient et en 2011 a participé à la guerre en Libye. La majorité des partis de la pseudo-gauche qui s'opposaient à la guerre en Irak ont emboîté le pas et sont devenus une nouvelle base sociale pour l'impérialisme et la promotion d'interventions sous la bannière cynique des «droits de l'homme».

En Libye, ces partis, et beaucoup d'entre ceux qui ont signé le manifeste, comme le «juge et activiste des droits de l'homme» Gerardo Pisarello (en réalité, le maire adjoint de Barcelone dans Plateforme commune, qui inclut Podemos), a défendu et encouragé la campagne de bombardement de l'OTAN et qualifié les forces interposées de l'OTAN de «révolutionnaires». La Libye a souffert 30.000 morts, une destruction généralisée et une guerre civile qui continue.

Aujourd'hui, l'élite dirigeante de l'Espagne est déterminée à ne pas être exclue de la division et de la nouvelle colonisation du monde qui prend place. Elle tente en particulier de renforcer son influence et protéger ses intérêts dans ses anciennes possessions coloniales, incluant en Amérique latine et en Afrique, où elle effectue un «pivot vers le sud» agressif. Des soldats espagnols participent présentement à 10 missions aériennes, terrestres, et navales sur le sol africain.

Une des principales inquiétudes de l'élite dirigeante en Espagne, ainsi que de ses rivaux impérialistes, est comment contrer l'opposition à la guerre et au militarisme. C'est là le rôle critique que joue Podemos. Il demande à l'Espagne de demeurer à l'intérieur de l'OTAN et a récemment recruté le chef d'état-major de la Défense Julio Rodriguez Fernandez pour qu'il se présente aux élections du 20 décembre au nom du parti. Podemos décrit Rodriguez, qui a mené les forces espagnoles en Libye, en Afghanistan et au Liban, comme un «défenseur de la démocratie au sein de l'armée» et un défenseur du principe selon lequel «les armes devraient être un dernier recours».

Cette semaine, le porte-parole de Podemos pour les Affaires étrangères, Pablo Bustinduy, critiquait l'absence de l'Espagne dans les nouveaux développements en Amérique latine, incluant les négociations de paix avec les guérillas FARC en Colombie et la «normalisation» des discussions entre Cuba et les États-Unis. Bustinduy a déclaré que l'Espagne avait une «position privilégiée» et une «capacité d'interlocuteur», alors «pourquoi ne jouons-nous pas un rôle plus actif dans les pourparlers et la collaboration avec eux?»

Cela est un phénomène international. Des tendances similaires tentent d'utiliser leurs apparences de «gauche», «anti-austérité» et «antiguerre et les mettre au service de la bourgeoisie pour promouvoir les intérêts de sections privilégiées d'universitaires «de gauche», de fonctionnaires syndicaux, de parlementaires et professionnels auxquelles ils appartiennent.


(Article paru d'abord en anglais le 12 décembre 2015)


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Mer 16 Déc - 6:12


en raison de la séparation de ce sujet d'avec EUROPE du Nord et de l'EST : Russie, Ukraine, Crimée, Suède..., je place ici cet article et cette carte dans les deux sujets

Carte. L’Europe géographique face au monde : unie ou divisée ? Charlotte Bezamat-Mantes et Pierre Verluise

est Doctorante à l’Institut Français de Géopolitique (Université Paris Cool et Rédactrice-Cartographe pour Diploweb.com. Pierre Verluise, Docteur en Géopolitique, Directeur du Diploweb.com, co-auteur de Géopolitique de l’Europe. De l’Atlantique à l’Oural, Presses Universitaires de France.

Citation :
Par convention l’Europe géographique s’étend jusqu’à l’Oural, incluant donc une partie de la Russie, elle même divisée entre l’Europe géographique et l’Asie. Cependant l’autorité politique de Moscou s’étend sur l’ensemble de son territoire. L’Union européenne s’étend sur la partie occidentale du continent. Les alliances et les politiques des uns et des autres dessinent leurs relations avec leur voisinage comme avec d’autres parties du monde.

Un quart de siècle après la fin de la Guerre froide, l’Europe géographique est-elle unie ou divisée face au monde ? Toute l’ambiguité du mot "Europe" [1] éclate au grand jour au vu de la carte jointe. Divisée à l’époque de la Guerre froide (I), l’Europe géographique post-Guerre froide reste polarisée... (II) et divisée sur bien des dossiers (III).

Conception : P. Verluise. Réalisation : C. Bezamat-Mantes pour Diploweb.com




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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Dim 20 Déc - 8:12


paradigme et tic en Europe

Grèce, Espagne, France...

le mariage annoncé du démocratisme "radical" et du populisme



juillet 2015, blog de J-L Mélenchon

Législatives en Espagne: comment Ciudadanos et Podemos changent la donne  Pauline Verduzier 19/12/2015

Le parti Ciudadanos, emmené par Albert Rivera, talonne les partis traditionnels, au coude-à-coude avec Podemos


Les chefs de Ciudadanos, Albert Rivera (gauche), du PSOE, Pedro Sanchez (centre) et de Podemos, Pablo Iglesias (droite), lors d'un débat à Boadilla del Monte (Espagne), le 30 novembre 2015. (JAVIER SORIANO / AFP)

Quelques 36 millions d'Espagnols sont appelés aux urnes ce dimanche 20 décembre pour les législatives espagnoles. Les partis traditionnels, comme le Parti populaire et les socialistes, sont confrontés à l'émergence des partis alternatifs que sont Podemos et Ciudadanos


Citation :
A la veille des législatives en Espagne, rien est encore gagné. Le scrutin se joue désormais à quatre et non plus à deux. Les grands partis traditionnels, le Parti populaire (PP, droite) de Mariano Rajoy et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), devront probablement s'allier avec l'un des nouveaux challengers du bipartisme espagnol, Podemos ou Ciudadanos s'il veulent espérer gouverner.  

Un Parti populaire ne dépassant pas les 30%

Si la formation du chef du gouvernement sortant Mariano Rajoy arrive en tête des derniers sondages, le PP pourrait ne pas dépasser les 30% de voix et être contraint de gouverner en minorité. Or aucun parti ne semble pour le moment prêt à s'allier avec lui. Pedro Sanchez, le chef de file du PSOE a même qualifié Mariano Rajoy de "personne indécente" lors d'un débat en face à face à la télévision.  

Car malgré la reprise économique, une prévision de 3,3% de croissance du PIB en 2015 et une relative baisse du taux de chômage, la côte de popularité de Rajoy -qui s'est vu asséner cette semaine un coup de poing spectaculaire par un jeune de 17 ans- a été sérieusement entamée. En cause, les mesures d'austérité prises par son gouvernement pendant la crise, la précarisation de l'emploi et, surtout les affaires de corruption qui minent son parti, amplement dénoncés par ses concurrents.  


"On peut dire que le PP n'a pas beaucoup d'alliés potentiels. Ce scrutin va être très aléatoire",
confirme la politologue et spécialiste de l'Espagne Barbara Loyer à L'Express. "On pourra se retrouver avec un Premier ministre qui n'est pas issu du premier parti représenté. Et on a encore 20% des électeurs qui sont indécis", rappelle-t-elle.  

L'alternative Ciudadanos

Derrière le PP, les estimations sont serrées entre le PSOE, Podemos et Ciudadanos. Le parti de Pedro Sanchez, crédité de la deuxième place, pourrait se voir devancer par ces deux nouveaux "challengers" du bipartisme traditionnel espagnol. Si les socialisent entendent gouverner, ils devront tout du moins faire alliance avec l'un d'eux, ce qui semble plus envisageable que pour le Parti populaire et rend plus crédible la possibilité d'une coalition de gauche. "Les socialistes ont une marge de manoeuvre plus grande en matière d'alliance", confirme Barbara Loyer.

Ciudadanos, parti de centre-droit, venu de Catalogne, emmené par Albert Rivera et apprécié des jeunes cadres pour ses propositions libérales et sa promotion de l'esprit d'entreprise, talonnerait le PSOE. Son leader, un avocat de 36 ans, "participe, lui aussi, au renouvellement d'une classe politique jugée corrompue et responsable du chômage", selon l'historien Christophe Barret, interrogé par Atlantico. Et ce, "tout en rassurant ceux qui voient déjà comme un bon pas les résultats de Mariano Rajoy en matière de politique macro-économique".  

Podemos pourrait créer la surprise

A gauche, c'est Podemos qui est au coude à coude avec Ciudadanos. Selon les derniers sondages, le parti de gauche radicale du charismatique Pablo Iglesias, allié de Syriza en Grèce, soutenu par la maire de Barcelone Ada Colau (Podemos soutient la mise en place d'un référendum sur l'autodétermination de la Catalogne), pourrait créer la surprise et arriver deuxième en nombre de voix, doublant le PSOE.  

"Les indécis ont l'air de se diriger vers Podemos qui tente de se montrer plus 'raisonnable' et plus 'professionnel' avec des promesses de création d'emplois grâce au développement des énergies renouvelables, ou en revoyant ses propositions sur le salaire minimum à la baisse, analyse Barbara Loyer. Iglesias a changé de style et réussi à rassurer une partie de l'électorat et à remobiliser par le biais de grands meetings."  

Dans ces conditions, qu'elle vienne de l'extrême gauche ou du centre droit, Mariano Rajoy semble bien parti pour prendre, dimanche, sa seconde claque de la semaine.






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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Dim 20 Déc - 18:14


ceux-ci ne votent pas



Espagne : des migrants réduits à l'état d'esclaves dans des serres agricoles

Les immigrés clandestins étaient employés "dans des conditions proches de l'esclavage" dans des serres agricoles de la région de Murcie (sud-est). Neuf personnes ont été arrêtées



Citation :
La police espagnole a annoncé l'interpellation de neuf personnes accusées d'avoir employé des immigrés clandestins "dans des conditions proches de l'esclavage" dans des serres agricoles de la région de Murcie (sud-est).

"Absence de scrupules" des responsable interpellés

La direction générale de la police nationale a souligné, dans un communiqué, "l'absence de scrupules" des responsables interpellés, en évoquant notamment "des traitements insecticides pratiqués en pleine journée de travail". "Les produits phytosanitaires retombaient sur les travailleurs, dont plusieurs femmes enceintes".


Cinq responsables d'une société d'intérim et quatre dirigeants d'une société agricole, âgés de 24 à 50 ans, ont été arrêtés sur le territoire des municipalités de Lorca (90.000 habitants) et Mazarrón (35.000 habitants), selon la police. Ces zones sont réputées notamment pour la production d'artichauts, de brocolis, de poivrons de de laitues.


Ces employeurs sont soupçonnés d'avoir soumis des travailleurs étrangers clandestins à "des conditions de travail abusives et proches de l'esclavage", a souligné la police, sans préciser la nationalité des ouvriers.

Une unité de la police de la région de Murcie, spécialisée dans la lutte contre les réseaux d'immigration clandestine, avait eu connaissance dès le mois de mai d'irrégularités commises par une société d'intérim, qui employait des clandestins en usurpant les identités d'autres étrangers disposant d'un permis de travail.

A peine 15 minutes de repos

L'enquête a permis de découvrir l'ampleur de leur exploitation: dépourvus de contrat de travail, les travailleurs agricoles étaient payés en dessous du salaire minimum (à 756 euros en Espagne), a rapporté la police.

"Leur temps de repos arrivait à peine à 15 minutes qu'ils devaient récupérer en prolongeant leur journée de travail, "leurs frais de déplacement étaient décomptés" de leur rétribution et "tout type de communication leur était interdit", a ajouté la police nationale.


Les personnes interpellées seront poursuivies pour atteinte aux droits des travailleurs, incitation à l'immigration illégale, atteinte à la santé publique et appartenance à un groupe criminel, selon la même source.

L'exploitation criminelle de main d'oeuvre étrangère - notamment dans l'agriculture - est "endémique" dans l'Union européenne, avait dénoncé en juin l'Agence des droits fondamentaux de l'UE.


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Lun 21 Déc - 6:35


Espagne, législatives, résultats officiels à 2h30 :


participation : 24,9 millions, soit 73,21% de l'électorat




vu du Québec



Ambiguïtés espagnoles François Brousseau 21 décembre 2015  

Le contraste est saisissant avec les élections de la semaine précédente dans le pays d’à côté, la France. Lors des élections générales d’hier en Espagne, l’extrême droite est restée totalement absente, insignifiante, inexistante.
 
Dans ce pays éprouvé par une austérité autrement plus cruelle qu’en France, et par d’énormes scandales de corruption, la percée des forces politiques nouvelles s’est faite entièrement au centre et à gauche
.
 
Percée significative, mais non décisive : deux partis virtuellement inexistants en 2011 (Podemos, cousin espagnol du grec Syriza, et Ciudadanos, parti centriste anticorruption, né en Catalogne) sont allés chercher près d’un tiers des sièges
.

 
Citation :
Avec pour résultat un Parlement fragmenté, sans majorité évidente… surtout pas celle du Parti populaire de Mariano Rajoy, qui a fondu comme neige au soleil, passant de 53 % des sièges (et 45 % des voix) en 2011, à 35 % des sièges (et 28 % des voix) aux élections d’hier.
 
Résultat ambigu, et pour plusieurs raisons. Le Parti socialiste (PSOE), longtemps au gouvernement, se voit presque rattrapé par Podemos, formation issue des manifestations anti-austérité des Indignados en 2011 et 2012.
 
Mais même réunis, ces deux-là n’atteignent pas la majorité aux Cortès. Donc, pas de net « vent de gauche » en Espagne
 
Ambiguïté également au centre et à droite où, malgré son recul évident, le PP reste premier parti d’Espagne, tandis que Ciudadanos, que certains oracles voyaient comme nouveau pivot de la politique espagnole — avec un jeune charismatique, ancien champion de natation, Catalan antinationaliste nommé Albert Rivera —, déçoit avec la quatrième place et 11 % des sièges.
 
Donc pas de renversement automatique des conservateurs, même si les jours au pouvoir de Mariano Rajoy sont sans doute comptés. Issu du scrutin proportionnel, ce nouveau Parlement éclaté tire dans toutes les directions. Il lui sera difficile d’accoucher d’une claire majorité de gouvernement.



Ambiguë est également la situation économique de l’Espagne, avec des chiffres officiels encourageants — « reprise » économique de 1% ou 2 % par an depuis 2013, boom du tourisme, taux de chômage tombé de 27 % à 21 % —, mais une réalité quotidienne dure, voire décourageante pour un grand nombre d’Espagnols, qui ont connu un spectaculaire déclassement social au cours des six dernières années.
 
Depuis 2009, le revenu réel moyen par personne a baissé de 25 % (compte tenu des salaires, mais également des transferts sociaux qui se sont effondrés) ; la mendicité est désormais très visible dans Madrid ; les nouveaux emplois qui améliorent les chiffres officiels sont souvent précaires et au salaire minimum (1125 $ canadiens bruts par mois, au taux d’aujourd’hui !).
 
La droite souligne bien entendu les progrès (relatifs) enregistrés depuis 24 mois, tandis que la gauche dite radicale [sic] de Podemos — assagie et recentrée après la désastreuse expérience de Syriza en Grèce — promet de s’en prendre à l’austérité et la pauvreté… mais tout en douceur, sans attaquer de front le système. Et bien entendu, en s’alliant à d’autres forces, à sa droite.


Et sur le front des nationalités ? Où en sont les formations autonomistes ou indépendantistes, au Pays basque et en Catalogne ? Là aussi, l’ambiguïté !
 
Dans la portion catalane de ce scrutin espagnol, on a vu hier la formation du président Artur Mas, à Barcelone, subir un net recul, tandis que les indépendantistes de la Gauche républicaine se maintenaient difficilement. Mais la nouvelle voix catalane qui porte, c’est une coalition de « Podemos » locaux et d’autonomistes favorables au « droit à décider » pour les Catalans (comme la mairesse de Barcelone Ada Colau), même s’ils ne sont pas forcément indépendantistes.
 
Car si l’extrême droite (celle qui s’affiche) n’existe pas dans l’Espagne électorale de 2015, le prurit autoritaire et centralisateur, intolérant face aux différences, existe toujours à Madrid.
 
Il s’exerce à l’encontre, justement, de cette « différence intérieure » comme celle qui s’exprime depuis quelques années à Barcelone. Il se terre dans des institutions comme le Parti populaire post-franquiste, totalement intransigeant sur cette question depuis 2011, mais aussi au Tribunal constitutionnel et même dans une formation « nouvelle » comme Ciudadanos (« Citadans » en catalan), qui ne reconnaît pas aux Catalans le droit d’organiser un référendum, comme l’ont fait les Québécois et les Écossais.
 
C’est d’abord sur la reprise économique — la vraie — qu’on attendra le futur gouvernement de Madrid. Mais aussi, sur sa capacité à reconnaître et à écouter les « voix » nationales différentes au sein de l’Espagne moderne.



Dernière édition par Admin le Lun 21 Déc - 18:19, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Lun 21 Déc - 9:35

repris et complété, de 8h10

quel paradigme en Europe ?

populisme et démocratisme bien tempéré,
fin du clivage droite-gauche,
instabilité politique annoncée dans la crise

je reviens avec cette expression, dont je rappelle qu'elle m'avait été inspirée par un chapeau de dndf en mars dernier :

dndf a écrit:
Questions pour les partisans de la communisation 18 mars 2015

Le retour aujourd’hui à Francfort du couple Black Block / démocratisme radical est-il le symptôme de l’enlisement actuel des luttes et de l’incapacité conjointe du capital à se restructurer, situation dont la Grèce serait le paradigme ?

Ou juste une occasion de se fendre la gueule ?

Vous avez tout le temps que vous voudrez pour répondre, personne ne ramasse les copies.



LA théorie se ramasse une gamelle paradigmatique

dndf est accoutumé à se ramasser des gamelles plutôt que des copies, 9 mois ayant passé sans accoucher d'aucune. J'avais rendu la mienne sans attendre : voir « un retour du couple Black Bloc/démocratisme radical » à partir de quelques centaines d'énervés à Francfort me paraissait stupide et, au demeurant, pas compatible du tout avec les analyses de Théorie Communiste dont dndf est pourtant "très proche"


le véritable paradigme idéologico-politique

personne ne s'est intéressé, comme ici, au mariage d'un démocratisme tempéré à un populisme souverainiste traversant les clivages droite-gauche, dont la situation commune à la Grèce, à la France et à l'Espagne, serait "le paradigme"

si l'on y revient à la lumière des élections en France et en Espagne, on peut faire un constat :

ce qui concernant l'Espagne est nommé "rejet du bipartisme", hier confirmé par le vote Podemos 20% + Ciudadanos 15 % = 35%, n'est-il pas comparable au vote Le Pen à 40 %, après des années de rejet du système UPMS puis LRPS ?

comparable à un large front « Qu'ils partent ! », dans la foulée du « Tout sauf Sarkozy » dont le PS a encore pu bénéficier en 2012, et dont Hollande pourrait faire les frais en 2017, d'où la nécessité d'accélérer les ambitions d'un Valls, homme politique relativement neuf au regard de son peu d'ancrage à gauche et de son attrait à droite, ressemblant, par le style générationnel, davantage à Sarkozy qu'à Juppé ?

ce qui à première vue serait dissemblable, c'est à quoi Le Devoir s'arrête dans l'article ci-dessus, « Le contraste est saisissant avec les élections de la semaine précédente dans le pays d’à côté, la France. Lors des élections générales d’hier en Espagne, l’extrême droite est restée totalement absente, insignifiante, inexistante. », ne me paraît pas l'essentiel

certes, on assiste, en France, aux grands manœuvres de recomposition politique droite-gauche en vue de parer à la menace lepeniste pour les Présidentielles, à grand renfort de surenchère "républicaine" et "populaire" visant le bricolage d'« alliances » par l'ensemble plupart des leaders politiques (Cambadélis, Mélenchon, Valls et Raffarin, Hollande et Bertrand...), y compris par une gauche de la gauche décousue de fils rouge et vert, alliances cousues de fil blanc

l'Espagne institutionnelle ne nous offrira-t-elle pas, dans les jours qui viennent, le même spectacle pour la composition d'un gouvernement dans la décomposition du jeu politique qui traduisait jusque-là, par l'alternance PP-PSOE, la stabilité politique même qui est en passe de disparaître partout en Europe



le temps des gamelles vides

à l'instabilité économique et sociale annoncée par le FMI jusqu'en 2020 * correspond une instabilité politique qui appelle les "peuples" à se ramasser les gamelles vides du populisme démocratiste qu'ils appelleront de leur vœux votes

* temps difficiles pour les années à venir, l'instabilité sera la nouvelle normalité / 2010-2020, décennie d'ajustement : revue des tendances à l'austérité dans 187 pays / IMF projections : hard times for years to come, instability will be the new normal

mais comme disait Marx,


pas de recette pour les marmites de l'avenir

* beaucoup le citent comme de Marx refusant de "faire bouillir les marmites de l'avenir", mais je ne connais que cette occurrence, ou rien ne boue :

Marx a écrit:
« La méthode employée dans le Capital a été peu comprise, à en juger par les notions contradictoires qu'on s'en est faites. Ainsi, la Revue positive de Paris me reproche à la fois d'avoir fait de l'économie politique, métaphysique et - devinez quoi ? - de m'être borné à une simple analyse critique des éléments donnés, au lieu de formuler des recettes (comtistes ?) pour les marmites de l'avenir » Marx Le Capital, Livre premier, postface de la seconde édition allemande, 1867


« comtiste » renvoie à Auguste Comte, donc au "positivisme", soit un "objectivisme" courant chez les so called marxistes mais bien étranger à Marx lui-même



les gamelles se ramassent à l'appel...



Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi


que fera le prolétariat ?



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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Lun 21 Déc - 18:44


Espagne, législatives, résultats officiels, j'ai changé les données chiffrées par un graphique :


participation : 24,9 millions, soit 73,21% de l'électorat





remarque plus classique que celle sur le "populo-démocratisme tempéré" : même en classant le PSOE et Podemos "à gauche" (de quoi, vu la teneur des réformes qu'ils proposent ?), cela fait une "gauche" minoritaire, ce qui correspond à une "glissement à droite" aussi certain qu'en France

vu qu'à Podemos, en dehors des fondateurs ayant l'air nouveaux, encore qu'Iglesias fut d'abord membre du PSOE, je suppose que nombre de militants proviennent d'anciens partis ou groupuscules de gauche ou d'extrême-gauche, et donc que la "poussée" de Podemos, mordant sérieusement sur le PSOE, est en partie non négligeable un transfert de voix des moins jeunes, c'est-à-dire une simple modification du paysage apparent, pas grand chose de nouveau sous le soleil d'Espagne, à part une crise de la représentation politique qui suppose comme partout de coller de nouvelles étiquettes sur de nouveaux flacons

voilà selon Wikipédia le programme de Podemos, d'une indigence et d'une démagogie achevées :


Citation :
Podemos a publié un document de 36 pages exposant sa ligne politique, « Podemos, document final du programme collaboratif », sur Podemos.info dans lequel les titres des six sections se terminent tous par Construire la démocratie.

1. Redresser l'économie en renforçant le contrôle public, en réduisant la pauvreté et en instaurant la dignité sociale via un revenu de base pour tous. Cela comprend le contrôle des lobbys et de l'évasion fiscale des grandes entreprises et multinationales, ainsi que le soutien aux petites entreprises.

2. 3. 4. Promouvoir la liberté, l'égalité et la fraternité en abattant les barrières à travers l'Europe et en permettant la coopération entre les personnes sans collecte de renseignements ou inhibitions sociales, qui sont selon Podemos des formes d'antiterrorisme.

5. Redéfinir la souveraineté en révoquant ou en troquant le Traité de Lisbonne, en abandonnant les mémorandums d'entente, en retirant l'Espagne de certaines zones de libre-échange et en promouvant le référendum pour toutes les réformes constitutionnelles majeures.

6. Récupérer la terre en réduisant la consommation de combustibles fossiles, en promouvant les transports en commun et les Énergies renouvelables, en réduisant les cultures de rente industrielles et en stimulant la production agricole locale par de petites et moyennes entreprises.


c'est moins "radical" encore que Syrisa, mais c'est peut-être dû à moindre présence et influence des trotskistes, bien connus pour leur capacité à faire prendre des vessies pour des lanternes *

* Deux étymologies ont été proposées :
- Avant le Moyen Âge, on utilisait des vessies de porcs mâles (car les vessies des femelles étaient bien trop fines et donc cassantes) comme contenants (outres…) pour ses qualités d’étanchéité et de praticité. Dans l’ancienne langue française, la lanterne était une histoire inventée, creuse et vide comme la vessie. La comparaison entre ces deux mots a donné cette expression.
- La seconde se réfère au sens « baliverne » du mot « lanterne », et au fait qu’une vessie ne contient que de l’air, c’est-à-dire rien du tout.




à propos d'un référendum, le 24 janvier 2010,
sur l'autonomie des départements français d'Outre-Mer...


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Lun 21 Déc - 22:31

Admin a écrit:

* Deux étymologies ont été proposées :
- Avant le Moyen Âge, on utilisait des vessies de porcs mâles (car les vessies des femelles étaient bien trop fines et donc cassantes) comme contenants (outres…) pour ses qualités d’étanchéité et de praticité. Dans l’ancienne langue française, la lanterne était une histoire inventée, creuse et vide comme la vessie. La comparaison entre ces deux mots a donné cette expression.
- La seconde se réfère au sens « baliverne » du mot « lanterne », et au fait qu’une vessie ne contient que de l’air, c’est-à-dire rien du tout.
[/color]

C'est sûrement aussi à l'origine de l'expression "faire lanterner quelqu'un", spécialité du "DRP" (*) ;-)

(*) DRP : Démocratisme Républicano-populiste, à ne pas confondre avec "Disaster Recovery Plan" qui est un plan de contre-mesures des risques d'infrastructures informatiques. Et la différence est qu'il n'y a plus que du "Disaster Recovery sans Plan" chez les Démocratistes Radicaux.
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Mer 23 Déc - 9:35


je redonne cet article de janvier, qui n'est pas sans intérêt rétrospectif après les élections régionales en France et législatives en Espagne




L’attirance de Marine Le Pen pour Syriza et Podemos est-elle en train de la transformer en gauchiste ?  19 Janvier 2015



Face à une probable victoire du parti de gauche radicale Syriza en Grèce,
Marine Le Pen s’est félicitée de la "victoire du peuple".  Crédit Reuters

Citation :
Atlantico : Face à une probable victoire du parti de gauche radicale Syriza en Grèce, Marine Le Pen s’est félicitée de la "victoire du peuple". Peut-on aujourd'hui penser que la présidente du FN vire à gauche ? Pourquoi ?

Philippe Braud : Son appréciation positive du parti Syriza, classé en Grèce à gauche de la gauche, est tactiquement très habile. Marine Le Pen cherche ainsi à faire bouger les lignes en France, en se retrouvant du côté de Jean Luc Mélenchon qui partage le même jugement favorable. C’est là une façon de tenter une sortie du ghetto de l’extrême droite, un label qui, jusqu’ici, lui a interdit de nouer d’indispensables alliances électorales pour se rapprocher du pouvoir. Son soutien est aussi une façon de consolider la migration d’anciens électeurs communistes vers le Front National, un glissement qui a tant contribué au décollage de ce parti dans les années 80 du XXe siècle.


Les ouvriers et les petites gens qui votent maintenant FN se sentent forcément mieux légitimés dans leur choix, par le soutien de Marine Le Pen à un parti classé très à gauche.

Quelles sont les revendications que le FN a en commun avec Syriza ou Podemos en Espagne ? Quels sont leurs intérêts communs ? Y a-t-il une certaine convergence entre les différentes formations dites "populistes", notamment dans leur rapport à l'UE ? Peut-on imaginer une alliance entre ces partis au niveau européen ?

Les thèmes saillants de ces partis grecs n’ont rien pour effrayer la dirigeante du FN, ni la majorité de ses troupes. Ils ont en commun une dénonciation sans merci des turpitudes (réelles ou supposées) de la classe politique, un refus bruyant des politiques d’austérité, une méfiance viscérale à l’égard de L’Union européenne, la croyance (un peu naïve) que leurs pays (la Grèce ou la France) se tireraient mieux d’affaires s’ils étaient davantage souverains. Cependant, Siryza est arrivé si près du pouvoir qu’il a éprouvé le besoin de limiter sa rhétorique anti-européenne : il n’est plus question de vouloir quitter l’euro et s’il parle encore avec beaucoup d’assurance d’une re-négociation de la dette publique grecque, il faudra en attendre les résultats avant de pouvoir juger la crédibilité de cette posture politique ; ceux-ci qui pourraient se révéler décevants. En fait, ces deux partis (FN et Syriza) sont à la fois très proches, (ils sont aussi populistes l’un que l’autre), et très éloignés par leur histoire et leur positionnement sur l’échiquier politique. Ce qui rend une alliance explicite de ces deux partis impossible au niveau européen même si l’on pourra détecter une "alliance objective" comme on dit, lorsque les votes convergent sur nombre de questions. L’Histoire a fréquemment montré que les extrêmes peuvent être très proches.


Pourquoi ces formations rencontrent-elles un tel succès aujourd'hui ? Partagent-elles le même type d'électorat ?

Avec la construction européenne (et la globalisation mondiale) nous vivons dans un système politique où la prise de décision est particulièrement complexe. Elle s’est éloignée de l’emprise des citoyens ordinaires, et s’appuie plus que jamais sur des analyses économiques, financières ou techniques relativement sophistiquées. Les partis populistes axent leurs argumentations non pas sur des données établies ou sur des analyses techniquement crédibles, mais sur les aspirations les plus immédiates des populations à la fois les plus touchées par la dureté des temps et les plus dépourvues du bagage nécessaire pour en comprendre les causes. Ces partis populistes trouvent naturellement un écho aussi bien dans les couches sociales traditionnelles qui subissent un déclin marqué de leur standing social ou matériel, que dans les couches sociales prolétariennes ou prolétarisées. Les premières constituent le cœur de cible des partis d’extrême droite, les secondes celui des partis situés à gauche de la gauche. J’oserais dire : à chacun sa clientèle ! Mais il est vrai qu’aujourd’hui, l’extrême droite en France est en passe de capter une assez large fraction des parts de marché de ses plus chers ennemis, tandis qu’en Grèce c’est plutôt le processus inverse qui fonctionne.


Quelles sont les divergences et les fractures difficilement dépassables ? Ces différentes formations partagent-elles réellement les mêmes objectifs et la même vision du monde ?

Le populisme est une posture d’opposition ; il ne résiste pas longtemps à l’exercice effectif du pouvoir. Tant que ces formations demeurent des forces de contestation de l’establishment économique et politique en place, leur combat peut emprunter bien des voies parallèles ; et donner l’illusion de convergences décisives débouchant sur de possibles alliances. En réalité, au pied du mur, resurgiront en force les antagonismes sociologiques et idéologiques. Ici on est viscéralement attaché à la liberté du petit patron et l’on fait l’éloge du marché tandis qu’en face on préconise étatisme et nationalisations. Le FN défend la souveraineté nationale par principe, comme un objectif en soi ; Syriza l’instrumentalise pour promouvoir avant tout "une autre politique sociale". Enfin le combat contre l’immigration "incontrôlée" n’est pas nourri des mêmes arrière-pensées identitaires aux deux extrêmes opposés de l’échiquier politique.


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Mer 30 Déc - 18:32



comme souvent avec WSWS, une analyse intéressante mais un point de vue prgrammatiste et politiciste aboutissant à une chute normative


Les questions politiques dans la crise électorale espagnole Alex Lantier 24 décembre 2015

L'émergence d'un parlement sans majorité suite aux élections générales de dimanche en Espagne marque une nouvelle étape dans la désintégration de l’ordre politique bourgeois en Europe, qui s’accélère depuis l'éruption de la crise économique mondiale il y a sept ans.


Citation :
L'année 2015 a commencé avec l'effondrement du parti social-démocrate PASOK de la Grèce et l'arrivée au pouvoir du gouvernement Syriza (Coalition de la gauche radicale), qui a répudié rapidement sa plate-forme anti-austérité et a imposé des dizaines de milliards d'euros de nouvelles coupes sociales. L'année se termine avec un effondrement semblable des vieux partis de gouvernement au pouvoir depuis des décennies, cette fois en Espagne.

Après la Grèce, l'Espagne est le pays d'Europe occidentale où la crise financière et les politiques d'austérité ont créé la plus grande dévastation. Malgré une légère reprise économique basée sur les salaires les plus bas, le capitalisme espagnol est moribond. Après de fortes réductions dans les budgets de l'Etat et des programmes sociaux, le chômage est de plus de 20 pour cent, la moitié des jeunes travailleurs se retrouvant sans emploi. Il y a de la colère sociale explosive contre l'austérité et l'élite dirigeante.

Le vote de dimanche a produit un désaveu des deux partis, le Parti conservateur populaire (PP) au pouvoir et le Parti socialiste (PSOE), qui ont gouverné l'Espagne depuis la chute de la dictature fasciste de Franco en 1977. Ces deux partis ont imposé des mesures d'austérité brutales depuis 2008. Dans l'élection de dimanche, le vote combiné des deux partis représentait à peine la moitié des voix. Le vote restant a été réparti entre Podemos, le Parti des citoyens de droite, et des groupes plus petits, dont les partis nationalistes basque et catalan.

Comme aucun parti, ou aucune potentielle coalition de partis, n’est capable de rassembler une majorité parlementaire, une crise longue et sans précédent a commencé: les différents partis essaient désespérément de former un nouveau gouvernement ou de se positionner au cas où un nouveau tour électoral est organisé.

La question centrale posée à la classe ouvrière dans cette situation de crise n’est pas celle des tactiques électorales des partis bourgeois, mais comment intervenir de façon indépendante pour faire valoir ses propres intérêts. Le défi qu'elle doit relever est que les partis de «gauche» de la classe moyenne comme Podemos et Syriza, qui se présentent au-devant de la scène pour combler le vide laissé par l'effondrement des anciens partis sociaux-démocrates, sont en réalité des partis pro-austérité.

Podemos et son allié Syriza soutiennent que l'effondrement du système bipartite PSOE-PP et la création d'un système instable de quatre partis en Espagne ouvriront la voie à une nouvelle ère dans laquelle l'establishment politique va soudainement se montrer sensible aux exigences des électeurs. Le Premier ministre grec et leader de Syriza, Alexis Tsipras, a affiché un message de soutien à Podemos sur Twitter où l’on pouvait lire: «L'austérité a maintenant été également vaincue politiquement en Espagne [comme en Grèce] ».

Le dirigeant de Podemos Pablo Iglesias a dit: «Une nouvelle Espagne est née», avant de faire porter la responsabilité des mesures d'austérité imposées par le PP et le PSOE sur l'Allemagne et l'Union européenne. «Notre message à l'Europe est claire», a-t-il proclamé, «l'Espagne ne sera plus jamais la périphérie de l'Allemagne. Nous nous efforcerons de rétablir le sens du mot souveraineté à notre pays.»

C’est de la démagogie nationaliste cynique destinée à endormir la classe ouvrière.

Syriza impose l'austérité en Grèce, pas le contraire. Podemos, qui a soutenu Syriza dans ses campagnes électorales et a défendu ses mesures d'austérité en Grèce en disant que Syriza n’avait pas le choix, ne sera pas différent. Dans la mesure où il réussit à bloquer une lutte de la classe ouvrière contre l'austérité, il donne le temps à la bourgeoisie de se regrouper et de préparer une nouvelle offensive, dans laquelle Podemos lui-même jouera un rôle majeur.

Le principal défi auquel font face les travailleurs et les jeunes est de tirer les leçons politiques et stratégiques de l'arrivée au pouvoir de Syriza, le parti qui a servi de modèle pour la formation de Podemos au début de l'année dernière. Les promesses de Syriza pour mener à bien une politique de «gauche» contre l'austérité se sont avérées être des mensonges, servant seulement à conquérir le pouvoir. Une fois aux manettes, ses politiques furent conformes aux intérêts des couches de la classe moyenne aisée qu'il représente, y compris les vestiges bureaucratiques staliniens d’«Eurocommunistes» et les éléments petits-bourgeois grecs du mouvement étudiant qui émergèrent après l'effondrement en 1974 de la junte militaire grecque.

Syriza ne fit aucun effort pour rechercher le soutien de la classe ouvrière européenne contre les exigences de l'UE en matière d'austérité. Au contraire, après quelques semaines de négociations avec l'UE, elle signa un engagement à respecter le Mémorandum d'austérité. Lorsque l'UE exigea de nouvelles coupes sociales en été, Tsipras organisa un référendum sur l'austérité de l'UE qu'il espérait perdre de manière à trouver un prétexte pour démissionner et permettre à un gouvernement de droite de prendre le pouvoir et d'imposer les exigences de l'UE.

Lorsque la classe ouvrière défia les menaces de l'UE et les grands médias grecs et vota «non» à l'austérité de l'UE, Tsipras répudia le vote. Pour empêcher Berlin d'expulser la Grèce de la zone euro, il accepta un nouveau plan, très dur, d'austérité.

Plus tard, lors d'une visite à Wall Street et devant la Clinton Global Initiative, Tsipras s’est vanté de ses politiques pro-investisseurs et a promis que «dans quelques années, la Grèce deviendra une destination de choix pour l’investissement étranger», c’est-à-dire que les banquiers seront attirés par la main-d’œuvre grecque super-exploitée, le résultat de ses politiques.

Tirant les leçons de l'expérience Syriza, le Comité international de la Quatrième Internationale a écrit dans sa déclaration du 13 novembre 2015: «La seule voie vers l'avant, en Grèce et à l'échelle internationale, c'est une politique véritablement révolutionnaire qui mobilise la classe ouvrière dans la lutte. Cela exige un assaut direct contre la classe capitaliste, la confiscation de ses biens, la saisie des grandes banques et forces productives afin de les placer sous le contrôle démocratique des travailleurs, et la création d'États ouvriers à travers l'Europe et partout dans le monde. De telles luttes requièrent la construction de partis marxistes offrant une direction révolutionnaire à la classe ouvrière, dans une lutte sans merci contre des partis comme Syriza.»

Un parti luttant pour les travailleurs ordinaires en Espagne ne peut émerger que dans une lutte sans merci contre Podemos. Formé par un groupe de professeurs staliniens de l'Université Complutense de Madrid, avec l’aide des groupes de pseudo-gauche telle la Gauche anti-capitaliste qui avait soutenu Syriza, Podemos a combiné des slogans populistes contre la «caste» dirigeante à des appels au patriotisme espagnol, à l'armée et au libre marché.

L'an dernier, dans une interview à la chaîne financière CNBC lors d'une visite à New York, le dirigeant de Podemos, Iglesias, a proclamé que son parti pourrait travailler soit avec le PSOE ou le PP, et a déclaré que le marché libre était une «réalité». Après le lancement d'une campagne de recrutement dans l'armée cette année, Podemos a fièrement annoncé qu'il allait présenter le général Julio Rodríguez Fernández, celui qui avait dirigé le contingent espagnol pendant la guerre de l'OTAN de 2011 en Libye, en tant que candidat dans la province de Saragosse.

Podemos, pas moins que Syriza, se montrera un opposant impitoyable à la lutte pour unifier la classe ouvrière européenne contre la guerre, l’austérité et l’Union européenne.


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Ven 1 Jan - 16:17



Podemos sévit en Espagne comme Syriza en Grèce 1er janvier 2016 actualites des 7, R. Bibeau
 
Titre original : « Pablo Iglesias à la conquête du pouvoir. Partie 1 : l’Europe », par Bruno Adrie


Alexis Tsipras and Pablo Iglesias

Citation :
« L’Europe » – Partie 1 par Bruno Adrie.

Dans Le Monde diplomatique de juillet 2015, Pablo Iglesias (PODEMOS) signait un article faisant le point sur la situation de la gauche en Europe et sur les forces et faiblesses du mouvement Podemos en Espagne. Revenant brièvement sur les négociations qui opposaient la Grèce et l’Allemagne depuis le mois de janvier, Pablo Iglesias jugeait que la fermeté allemande vis-à-vis de la Grèce devait s’interpréter comme un avertissement adressé à tous ceux qui oseraient se dresser contre la dictature de l’euro et en particulier à Podemos : « Nos adversaires craignent en effet que toute victoire enregistrée par Syriza [ne] dope nos propres résultats. » écrivait-il.

Il pensait alors que Tsipras avait réussi à « générer des contradictions au sein du bloc hégémonique de l’Eurogroupe (…) par de timides critiques de la manière dont l’Allemagne gérait la crise européenne ». Jugement étonnant. Pourquoi par de timides critiques ? a-t-on envie de demander. Parce qu’elles sont plus efficaces pour refaçonner les choix européens ? Pablo Iglesias croit sans doute que Phidias taillait le marbre avec un pinceau.

Après avoir fait l’apologie de la politique de Tsipras, Pablo Iglesias (PODEMOS) décrivait sa propre stratégie. S’appuyant sur le fait que l’Espagne est plus forte que la Grèce car représentant plus de 10% du PIB total de l’Union européenne (contre moins de 2% pour la Grèce), il affichait la certitude de «disposer d’une marge de manœuvre plus importante» dans les négociations avec les créanciers de l’Espagne. Il était convaincu qu’il pourrait ainsi obtenir une réforme des traités budgétaires, ce qui permettrait, par la suite, un accroissement des dépenses publiques, le développement de politiques sociales, puis l’arrêt de la baisse des salaires afin de relancer la consommation.

En envisageant la fondation d’ «un autre paradigme que les politiques d’austérité» dans un cadre européen, Pablo Iglesias montrait qu’il faisait partie de ceux qui veulent réformer l’Europe de l’intérieur. Comme Tsipras, il n’a aucun projet de sortie et réclame seulement la modification des traités budgétaires afin de revoir les déséquilibres en Europe. «Une fois ces réformes acquises» écrivait-il, il poserait «la question de la dette au niveau européen, dans le cadre d’une restructuration visant à lier les remboursements à la croissance économique, par exemple».

Que comprend-on ici ? Que, pour Pablo Iglesias, restructurer la dette revient d’abord, puisque c’est le premier exemple qui lui vient à l’esprit, à «lier les remboursements à la croissance économique». Donc, apparemment, pour Pablo Iglesias, la dette est légitime et il va falloir la payer. Approche assez surprenante de la part d’un leader anti système, dressé contre la «caste», quand on sait que la dette résulte généralement – c’est vrai pour la France comme pour la Grèce – d’un cumul de deux facteurs : les taux excessifs pratiqués par les organismes prêteurs et les cadeaux fiscaux offerts aux classes dominantes c’est-à-dire à la «caste».


(Ce qui est faux. L’auteur de l’article, monsieur Bruno Adrie, adopte la position gauchiste anti-marxiste et contre scientifique en prétendant que la dette est la résultante de prêts usuraires combinés aux cadeaux fiscaux offerts aux classes dominantes. Ces prétentions de M. Adrie reviennent à affirmer que la crise économique systémique du capitalisme aurait pu être évité et pourrait être surmontée en réduisant les taux d’intérêts consentis aux États (via la dette souveraine) et en taxant les riches (la classe dominante). Ce qui est faux, totalement faux. De telles mesures ne règleront nullement la crise systémique du capitalisme pas davantage que les cadeaux fiscaux et les taux d’intérêts élevés sur les emprunts souverains n’ont stoppé la crise. Et aucune autre mesure – pas davantage celles proposées par IGLESIAS ne peut ni ne pourra stopper la crise systémique du capitalisme.  Robert Bibeau. Directeur. Les7duQuébe.com).

Dans des travaux publiés sur le site du CADTM, Eric Toussaint a expliqué que l’effet cumulé de ces deux facteurs peut faire varier la dette de plusieurs dizaines de points de PIB (voir notre article sur ce sujet : « La Grèce, « sa dette », Shäuble et les Crassus d’aujourd’hui ») . Cet économiste a montré, par exemple, que si, dans les années 90, la Grèce avait contracté des prêts à des taux normaux et n’avait pas fait de cadeaux fiscaux à son oligarchie après 2001, alors son endettement aurait été de seulement 40% et non de 100% du PIB en 2009, ce qui aurait eu pour conséquence de ne pas déclencher de panique bancaire, de ne pas baisser sa notation et de ne pas provoquer la plongée subséquente du PIB, entraînant par là même un accroissement du ratio dette/PIB et la nécessité des plans de sauvetage qui ne sauvent rien puisque l’endettement de la Grèce n’a pas varié et tourne autour de 310 milliards d’euros.

(Les élucubrations mathématiques de l’économiste Toussaint, se fonde sur l’hypothèse que sans la hausse du taux d’intérêt sur les emprunts de la Grèce ce pays aurait quand même obtenu des prêts bancaires (!) C’est oublier de quelle façon le système financier impérialiste fonctionne. Les spéculations fiscales de l’économiste Toussaint se fonde également sur l’hypothèse que l’État grec pourrait avoir l’autonomie de taxer les riches et que, de plus, les riches surtaxés resteraient prisonniers en Grêce, sans capacité de déplacer leur fortune vers d’autres pays européens, hypothèse farfelue de monsieur Toussaint. Robert Bibeau. Directeur.  Les7duQuébec.con)

Mais Pablo Iglesias ne semble pas vouloir aller jusqu’à une telle analyse et sa révolution va se contenter de demander, «par exemple», des échéances proportionnées à la croissance du PIB, lançant ainsi un message très clair aux créanciers de son pays : «Ne vous inquiétez pas, nous paierons». Comme Tsipras et Varoufakis, il se montre raisonnable, fait preuve de docilité, lève la main avant de s’exprimer et parle seulement pour demander une faveur mesurée. Quant on pense que le journaliste très droitiste et très satisfait Eduardo Inda l’a traité de staliniste… Le voilà complice dans la propagande (voir le débat en espagnol).

Mais rien n’arrête les convictions de Pablo Iglesias, qui dans le même article affirme que la Grèce a réussi à secouer le continent. Quant on sait où se trouve la Grèce aujourd’hui, où l’ont conduite les rebelles Tsipras et Varoufakis – ce dernier avait prévu de saper les bases sur lesquelles l’oligarchie grecque appuyait sa domination. S’il avait su que Tsipras avait choisi la voie du référendum non pas pour contrer les exigences de l’Eurogroupe comme nous étions nombreux à l’avoir cru alors, mais pour arracher un «oui» au peuple grec afin de se dédouaner à l’heure de prendre des mesures allant à l’encontre des promesses qui avaient porté sa coalition au pouvoir et se faire l’exécutant des basses œuvres des créanciers. Et s’il avait su alors que Tsipras, après avoir trahi tous ses engagements, se serait maintenu au pouvoir dans un pays encore plus noyé par l’endettement et dépecé à coups de becs et ongles par les vautours qui récupèrent à bas prix les biens que l’État possède encore. S’il avait su… Mais peut-être savait-il.

On ne peut qu’être surpris par le manque de clairvoyance de ce leader politique porteur de promesses irréalisables dans le cadre contraignant dans lequel il souhaite les tenir. Il doit bien savoir qu’il n’obtiendra jamais une réforme de l’Europe et de ses traités.

Alors, Pablo Iglesias est-il rêveur ou menteur ? Est-ce parce qu’il ne porte pas de cravate et qu’il exhibe une barbiche adolescente qu’il doit passer pour quelqu’un de naïf et victime de ses propres illusions ? Il semble accorder une grande importance à sa tenue négligée, en témoigne sa remarque concernant son attitude vis-à-vis du roi. Lors de la visite du roi d’Espagne au Parlement européen, Pablo Iglesias s’est trouvé devant un dilemme. En effet, étant antimonarchiste, la logique aurait voulu qu’il n’aille pas le saluer. Cependant, et ne voulait pas rester «[coincé] dans la grille d’analyse traditionnelle de l’extrême gauche, qui offre très peu de possibilités d’action», et perdre automatiquement une partie de l’électorat visé par son parti et qui respecte la figure du roi – ne pas y aller, «cela nous aliène instantanément de larges couches de la population qui éprouvent de la sympathie pour le nouveau roi», écrit-il –, il a décidé de s’y rendre tout en manifestant son désaccord en ne changeant rien «à [sa] façon de [se] présenter, avec [ses] vêtements de tous les jours, en ignorant le protocole».

Comme si les tenues casual ou bourgeoises-négligées trahissaient le fond d’une politique. On a bien vu le coup de la cravate avec Varoufakis. Pas de cravate égale cool, égale proche du peuple, égale changement.

Non, ce n’est certainement pas en rêvant que Pablo Iglesias est devenu le chef de Podemos. Et il est certainement suffisamment intelligent pour savoir qu’il vend de fausses promesses à ses électeurs. Car il a le sens pratique Pablo Iglesias, il pense électoralement, ne veut pas trop faire gauche, il veut juste faire cool et ratisser large, ceux d’en bas contre ceux d’en haut (chez lui le schéma vertical haut/bas remplace le schéma traditionnel droite/gauche, une sacrée innovation conceptuelle en politique !).

Or en ratissant large, il trahit forcément sa vraie base, celle des Indignados, qui attend des solutions radicales. Non, Pablo Iglesias veut autre chose, il vise la Moncloa et veut être le premier président de gouvernement sans costume ni cravate. Que fera-t-il alors ? Que sera-t-il capable de faire ? Que le laissera-t-on faire ? Nul ne le sait.

Peut-être que dans quelques années, Iglesias aura réussi à trouver une place confortable dans le jeu trompeur des alternances toujours prometteuses mais qui n’aboutissent jamais qu’au maintien du statu quo, parce que changer demande trop de force, trop de volonté, trop de créativité et trop de sacrifice de soi ; et il est si facile et tellement moins dangereux de d’apprendre à mentir – la nécessité faisant loi – pour mieux s’endormir dans les plaisirs de Capoue.

Dans sa tombe, Allende, qui est mort en action et pour une idée, sourira alors dans son costume et derrière sa cravate.

Bruno Adrie | 22 décembre, 2015

Photographie: Luigi Mistrulli/Sipa/Rex pour The Guardian


avec mes meilleurs vœux à notre lectorate québecquoise !

- Dis maman, c'est loin le Québec libre ?

- Tais-toi et nage, mon ange



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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Sam 2 Jan - 16:13



Migrants : Frontex monte en puissance en Grèce Les Echos 29/12


Contrôle des migrants aux frontières de l'Union européenne :
Frontex a lancé, lundi, l'opération « Poseidon Rapid ». - Santi Palacios/AP/SIPA

L’agence européenne de surveillance des frontières de l’Union européenne a annoncé, mardi, le déploiement de gardes-frontières dans les îles grecques

Citation :
La Grèce a senti le vent du boulet européen sur l’ultra-sensible question du contrôle déficient de ses frontières. Et finalement accepté l’aide de l’Union européenne afin de mieux encadrer le transit des migrants par son territoire.

Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières de l’UE, a ainsi annoncé, mardi, le déploiement de 293 garde-frontières et de 15 bateaux dans les îles grecques. Sur la demande d’Athènes et à l’issue d’un mois de décembre riche en réunions des ministres de l’Intérieur et en conseils européens consacrés à l’afflux des réfugiés et à la sécurité des frontières de l’Europe à la suite des attentats de Daech à Paris . Signe d’une pression maximale , on avait alors évoqué très ouvertement à Bruxelles la menace d’une procédure d’exclusion de la zone Schengen visant la Grèce, pour cause de mauvaise gestion des frontières extérieures de l’Union européenne ...

Forces techniques supplémentaires

Frontex a donc lancé, lundi, une nouvelle opération, Poseidon Rapid -qui remplace Poseidon lancée en mer Egée en 2014 et essentiellement chargée de secourir les migrants en mer-, avec des forces techniques supplémentaires chargées d’aider la Grèce à identifier les migrants arrivant sur son territoire et à relever leurs empreintes digitales, assistés d’interprètes et de spécialistes en expertise de documents. L’objectif est d’augmenter le nombre de patrouilles aussi bien en mer que sur terre. Cette opération est en ligne avec le souhait de la Commission européenne de renforcer les prérogatives de Frontex en matière de gestion des migrants, en augmentant notamment ses budgets (qui pourraient être triplés d’ici 2020, à 322 millions d’euros) et en créant un corps de gardes-frontières européens capable d’intervenir dans n’importe quel pays de l’Union en cas de crise aigüe, même lorsqu’il n’est pas consentant.

« Le nombre de garde-frontières déployés sera progressivement augmenté à plus de 400, ainsi que le nombre de bateaux, de véhicules et d’autres équipement techniques, pour aider les autorités nationales à gérer la pression migratoire sans précédent aux frontière extérieures de la Grèce »,
a indiqué l’agence européenne, qui a son siège à Varsovie.

La Grèce en première ligne

La Grèce est en première ligne sur la la frontière sud-est de l’espace Schengen, où elle peine à gérer les arrivées massives de migrants et de réfugiés vers l’Europe : la très grande majorité d’entre eux en 2015 est passée par son territoire en 2015 -plus de 821.000 sur un million d’entrées-, dont 816.000 arrivés par la mer.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 3.700 migrants, pour la plupart fuyant les conflits en Syrie et ailleurs, sont morts ou portés disparus cette année en mer : environ 700 en tentant de traverser la mer Egée pour rejoindre la Grèce, et près de 3.000 en Méditerranée en direction de l’Italie.

D. B.


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Sam 2 Jan - 16:21




bonjour l'austérité... bye-bye le bipartisme" ?

Grèce, Portugal, Espagne : l’austérité est-elle en train d’avoir la peau du bipartisme à la papa ? Atlantico 23 Décembre 2015

Après la Grèce en janvier, puis le Portugal, c'est au tour de l'Espagne de voir son gouvernement perdre sa majorité, dans un climat de fin du bipartisme. Les politiques d'austérité européennes s'avèrent être une arme redoutable au service de la refondation de l'offre politique


Citation :
Atlantico : Après la Grèce en janvier, puis le Portugal, c'est au tour de l'Espagne de voir son gouvernement perdre sa majorité. Est-il déjà possible de conclure que les politiques de restriction budgétaire mises en place par ces trois exécutifs ont mis hors-jeu les anciens bipartismes en vigueur ? Pour quelles raisons ?

Christophe Bouillaud : En fait, il faut prendre en compte deux éléments supplémentaires en plus des politiques de restriction budgétaire et leurs effets sur la société concernée : le mode de scrutin et le niveau perçu par les électeurs de corruption de leur classe politique. En effet, en fonction du mode de scrutin, le même résultat en % des suffrages exprimés peut signifier des résultats politiques très différents. Le PP de M. Rajoy opérerait-il dans le cadre du scrutin uninominal à un tour britannique, il serait probablement le net vainqueur de l’élection de dimanche dernier.

On a pu faire la même remarque avec l’application du mode de scrutin grec à l’Espagne. Bien sûr, les résultats de ces hypothèses sont des fictions, puisque les électeurs espagnols voteraient autrement avec un autre mode de scrutin, mais ces résultats hypothétiques donnent une idée plus exacte de la réalité des rapports de force dans tel ou tel pays. Par ailleurs, la mise en cause des partis en place est d’autant plus forte qu’ils apparaissent par ailleurs comme corrompus, c’est ce qui s’est passé en Grèce. En dehors de leur échec économique, Nouvelle Démocratie et surtout le PASOK ont aussi souffert de leur image de vieux partis clientélistes aux politiciens très corrompus. C’est aussi dans une certaine mesure ce qu’on observe en Espagne, ou ce qu’on vu en Italie en 2013.

En dehors de ces deux aspects (mode de scrutin et niveau de corruption perçu), il est difficile de ne pas voir que la crise économique lorsqu’elle a débouché sur la mise en œuvre de plans d’austérité drastique a mis en mouvement l’électorat. Tous les pays sous mémorandum (Grèce, Espagne, Irlande, Portugal) ou sous un équivalent auto-administré (Italie) ont vu l’électorat se détacher de ses anciennes allégeances. De fait, ce n’est pas seulement la question de la mise en question d’anciens bipartismes, mais plus généralement de l’ébranlement des bases des partis politiques qui avaient géré les pays européens depuis des décennies. On observe presque partout ce phénomène quand la crise économique s’aggrave trop. Il est particulièrement prononcé en Grèce bien sûr.

Il s’explique par le fait qu’au-delà d’un certain degré d’austérité et d’échec perçu des forces politiques en place depuis des décennies, de vastes masses d’électeurs se décident enfin à changer leurs allégeances historiques à un parti ou bien parce que de nouveaux électeurs (jeunes ou abstentionnistes) se décident à opter pour la nouveauté offerte par des challengers. Dans ces évolutions, il y a souvent en arrière-plan un conflit vieux électeurs/jeunes électeurs. En Espagne, c’est caricatural : deux partis de la jeunesse mobilisée (les moins de 40 ans), Podemos à gauche et Ciudadanos à droite, s’opposent aux « vieux partis des vieux », le PP et le PSOE en particulier. Il faut dire que, globalement, depuis 2008, au moins à l’ouest de l’Europe, tous les partis de gouvernement ont décidé d’honorer la dette envers les anciennes générations sous forme de retraites qui restent versées rubis sur l’ongle (même si on les parfois baissées nettement) et sous forme de titres de dettes publiques qui restent valables (sauf en Grèce), tout en laissant filer à des niveaux inédits le chômage des jeunes et en encourageant de fait la précarisation et l’appauvrissement de la jeunesse salariée ou aspirant à l’être pour rétablir la compétitivité.


Nicolas Goetzmann : Lors de l’épisode de crise relatif à la dette des pays périphériques, Italie, Grèce, Espagne, et Portugal se sont retrouvés au pied du mur. Les taux d’intérêts naviguaient à des niveaux intenables sur le long terme et les capacités de négociation de ces états étaient réduites à peau de chagrin. La peur du vide n’a pas été favorable à la réflexion et les grands partis de gouvernement, de droite comme de gauche se sont rapidement inclinés face aux programmes d’austérité proposés à l’échelon européen. Cette situation exceptionnelle a tout simplement provoqué une sorte d’unanimité de ces partis sur ce qu’il y avait à faire, c’est-à-dire tout tenter pour rester européen à travers la consolidation fiscale.

Dans une telle configuration, le traditionnel jeu d’opposition entre des partis pro-européens devient alors inaudible. Il n’existe plus de réelle différence. Et cette absence de diversité de l’offre politique a pu favoriser l’émergence des nouveaux partis, et ce, en parfaite corrélation avec le désastre provoqué par la mise en place des mesures d’austérité. En appliquant ces programmes tête baissée, sans discernement, les grands partis de gouvernement sont totalement passés à côté de l’enjeu réel, qui était de déterminer si ces mesures n’étaient pas contreproductives pour leurs économies, et donc de s’opposer, par simple bon sens, aux prescriptions de la commission européenne. Cependant, il n’est pas facile de s’opposer avec un couteau sous la gorge, ce qui était le cas en 2012.


Le précédent de la disparition du Pasok en Grèce est-il de nature à pousser ces partis affaiblis à faire des alliances à priori contre-nature ?


Christophe Bouillaud : Si vous pensez à une possible alliance entre le PP et le PSOE à la suite du résultat des élections de ce dimanche, le précédent grec aura vraiment de quoi faire réfléchir le parti socialiste espagnol. On peut d’ailleurs citer d’autres exemples, comme les cas hollandais et allemand. Etre le partenaire junior de gauche d’une grande coalition dominée par la droite conservatrice n’est pas une très bonne affaire électorale pour un parti socialiste : en effet, à force de souscrire entièrement à l’austérité voulue par la droite, les socialistes y perdent ce qui leur reste de leur base électorale. Personne ne vote en effet « socialiste » pour souscrire à la disparition pure et simple des acquis sociaux obtenus depuis 1890. Donc, s’il n’est pas suicidaire, le PSOE va se méfier, et éviter de gouverner avec le PP. Inversement, le PP, pour rester au pouvoir, a vraiment besoin du PSOE et sera bien content de lui donner le baiser de la mort…


Pourtant, dans le cas de l'Espagne, ces politiques d'austérité sont réputées avoir eu un effet positif sur la croissance des années 2014 et 2015, ce qui explique en partie le fait que Mariano Rajoy est en tête des élections. Ces gouvernements ne payent-ils pas injustement une facture à court terme ?

Christophe Bouillaud : J’aurais tendance à dire que les électeurs ont toujours raison. Si le PP a nettement reculé, c’est tout de même que les électeurs espagnols ne sont pas aussi contents qu’ils devraient l’être à en croire la propagande du PP. Par ailleurs, en dehors du chiffre encore très élevé du chômage, celui des jeunes en particulier, il faudrait voir à quelles conditions ces nouveaux emplois ont été créés : très mal payés, précaires, sans intérêt intrinsèque et sans possibilité d’évolution professionnelle. Dans une société développée comme l’Espagne, pour la plupart des gens, il ne suffit pas d’avoir un emploi qui leur permettra simplement de manger et de ne pas être à la rue, mais il faut aussi que cet emploi permette de faire des projets personnels sur la durée. C’est en fait une problématique que l’Italie a découverte dès les années 1990 : un emploi oui, mais un « emploi de qualité », pour reprendre un slogan électoral de S. Berlusconi en 2001.

Aujourd’hui, la plupart des pays occidentaux sont confrontés à cette réalité : on sait à coup de flexibilisation du marché du travail encore créer des mauvais jobs (par exemple de serveurs de restaurant ou d’aides à domicile), mais on ne sait pas créer en masse des jobs qui vous portent vers l’avenir. Par ailleurs, on devrait aussi se demander à qui profite la croissance. La répartition de ces richesses nouvelles est rarement favorable aux plus démunis. Enfin, il faut bien rappeler que l’austérité budgétaire signifie en pratique sacrifier l’avenir au présent : avec moins de dépenses de santé, il y a des gens supplémentaires qui vont mourir ; avec moins de policiers, des gens seront agressés et en souffriront psychiquement pendant des années ; avec moins de dépenses d’éducation et de recherche, les nouvelles générations seront moins bien éduquées et les chercheurs mèneront à moins d’innovations, etc.. Avec les politiques d’austérité, on est obnubilé par la dette publique, et on oublie presque complètement que la dépense publique pour sa plus grande part constitue de l’investissement social en savoir, connaissance, sécurité, infrastructure, etc. Les gouvernements pro-austérité payent aussi le fait d’avoir préféré assurer la richesse financière des vieux ménages (retraités ou rentiers) contre les espérances des jeunes générations (salariés ou indépendants).


Nicolas Goetzmann
: Le programme d’austérité n’est pour rien dans le retour de la croissance espagnole. C’est justement l’arrêt progressif de la restriction budgétaire qui a desserré l’étau qui empêchait le développement économique du pays. Le gouvernement de Mariano Rajoy est d’ailleurs sous surveillance de la commission européenne qui lui reproche de ne pas avoir respecté ses engagements pour cette année 2015, ce qui devrait encore être le cas pour l’année 2016. Le retour de la croissance en Espagne a ainsi pris naissance dans la perte d’intensité de l’austérité, et celle-ci s’est accélérée sous l’effet de deux autres facteurs : la politique menée par la BCE et la baisse du prix du pétrole.

Les taux d’intérêts espagnols ont baissé considérablement lors de ces deux dernières années, ils ont été divisés par deux, passant de 4% à la fin de l’année 2013 à 1,70% à ce jour, ce qui a permis un net retour de l’investissement et de la consommation dans le pays. Non pas sous l’effet direct du plan d’assouplissement quantitatif, qui a plutôt tendance à provoquer une hausse des taux, mais plutôt par un effet indirect. Dès que Mario Draghi a indiqué qu’il ferait tout pour sauver l’euro, le degré de risque associé à l’Espagne s’est considérablement réduit, ce qui a permis aux taux d’intérêts de baisser à un niveau plus proche du pays de référence, c’est-à-dire l’Allemagne. Il est donc clair que l’austérité a été le mal, et en aucun cas le remède.

Concernant l’idée de la facture à court terme, il semble que cela soit plutôt l’inverse. Les politiques d’austérité vont laisser des traces profondes et durables dans la structure économique du pays. Selon le FMI, le taux de chômage structurel du pays atteint désormais 16,5%, ce qui signifie qu’il est peu probable que le taux de chômage réel puisse passer en deçà de ce niveau avant de nombreuses années. Mariano Rajoy a simplement eu la chance de voir la BCE agir, ce qui lui a permis de revendiquer la paternité du retour de la croissance auprès de son électorat. Même si ce n’est pas la réalité.


Ce phénomène est-il encore appelé à se propager au sein des pays membres de la zone euro ? Timo Soini, ministre finlandais des Affaires étrangères a pu indiquer que son pays n'aurait jamais dû rejoindre la zone euro. Comment expliquer que malgré le ralentissement des politiques d’austérité au sein de la zone euro, et un retour de la croissance, la contestation continue de progresser ?

Christophe Bouillaud : La situation de la Finlande est particulièrement intéressante. Le ministre dont vous parlez est le leader du parti des « Vrais finlandais », un parti eurosceptique qui a progressé au fil de la crise et qui a fini par entrer au gouvernement en 2015. Il n’y a pas que dans le sud de l’Europe que l’ordre électoral est bousculé. La Finlande représente l’idéal de ce que devrait être une économie européenne au début du XXIème siècle selon la Commission européenne : un vrai rêve éveillé selon les critères de Lisbonne (2000), la population est très éduquée, les femmes participent massivement au marché du travail, l’Etat est efficace, les politiciens pas corrompus, l’économie très ouverte, l’innovation est privilégiée, etc. C’est, du point de vue des médias internationaux, l’anti-Grèce, peuplé de gens honnêtes, travailleurs, bien formés, et bien sûr dirigé par des libéraux de bon aloi. Certes nul n’est parfait, les Finlandais sont encore syndiqués, mais c’est bien là le seul défaut de ce beau pays nordique où le business est roi. Or ce pays de Cocagne va de plus en plus mal depuis deux ans : il applique les recettes austéritaires avec une rigueur toute nordique, mais rien n’y fait. Il est bien évident que c’est le taux de change fixe lié à l’Eurozone qui empêche d’absorber le choc lié à la déconfiture de Nokia et de l’industrie de la pâte à papier et d’attendre que ces déboires soient absorbés par l’économie. Le cas finlandais est donc une autre preuve à porter au dossier contre l’austérité, mais, pour l’instant, le gouvernement finlandais continue imperturbable sur la mauvaise voie de l’austérité, alors même que les « Vrais Finlandais » sont au gouvernement et critiquent la ligne suivie.

Plus généralement, même s’il existe de la contestation de l’austérité, à la fois au sein du monde politique et au sein du monde des économistes, et une moindre mise en œuvre de ses recettes (encore que cela ne vaut pas pour tous les pays),  les dirigeants qui ont mis en place cette austérité restent en place : A. Merkel et W. Schauble sont toujours au pouvoir en Allemagne, tout comme leurs principaux alliés. Or ces dirigeants n’admettront jamais qu’ils ont entièrement fait fausse route. Ils le pourront d’autant moins que des économistes accumulent des preuves que l’austérité a plombé la reprise européenne après 2011. Quand on se trompe à ce point-là de diagnostic, et que cela a eu de telles conséquences, il faut surtout ne pas bouger, ne rien concéder, et ne céder que sous la forte pression d’autrui. Dans ce cas-là, on dira que les autres vous obligent à faire des erreurs (la fin de l’austérité) que vous n’avez pas voulues, mais vous vous ne vous êtes jamais trompés, votre prestige restera donc sauf auprès de vos partisans.

A cela, il faut ajouter le fait que le « policy mix » de la zone Euro n’est pas décidé par un gouvernement et une banque centrale comme aux Etats-Unis, au Japon ou au Royaume-Uni, mais par une banque centrale, par un gouvernement fédéral sans moyens financiers propres, et par 18 gouvernements nationaux dont certains sont vraiment « plus égaux que d’autres ». Le mouvement d’ensemble est donc bien plus difficile à organiser qu’ailleurs. Vu de l’extérieur, cela confine à la folie, mais l’abime économique n’a pas été assez également profond et simultané pour tous les pays de l’Eurozone pour qu’ils se décident à agir vraiment de concert. Ceci explique que l’on bouge à petite vitesse, mais le mal est fait, la zone Euro a plombé sa croissance pour une décennie au moins, et, de ce fait, les contestataires de toute nature ont un boulevard devant eux.

Nicolas Goetzmann : Parce que l’idéologie de l’austérité persiste et signe en Europe. Si les mécanismes de consolidation fiscale les plus destructeurs ont été stoppés en partie, sauf en Grèce, la stratégie économique européenne emprunte la même trajectoire qu’auparavant. Il n’y a que la BCE qui fait véritablement un effort aujourd’hui, et cela reste insuffisant.  Le phénomène d’explosion politique, constaté également en France, n’est donc pas endigué. D’autant plus que la gestion européenne de la crise migratoire participe désormais au mouvement. Il s’agit donc d’un problème de rigidité de l’offre politique face à la demande des électeurs qui créé ce phénomène d’affaiblissement du bipartisme traditionnel. De plus, la prolongation dans le temps de cette incapacité des partis de gouvernement à répondre à cette nouvelle demande produit un effet d’authentification de ces partis à la crise, ce qui signifie que plus le phénomène perdure, plus leur faiblesse électorale deviendra structurelle et irréversible. En l’absence de refonte idéologique, ces partis de centre droit et de centre gauche seront peut être amenés à se lier afin de partager un électorat de plus en plus réduit. Mais une stratégie de renouvellement de l’offre politique, interne à chaque parti, paraît être une réponse plus adaptée à la situation actuelle.


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Jeu 7 Jan - 17:01



À Cologne, des agressions sexuelles ravivent le discours anti-migrants Salen Hema  7 janvier

Salen Hema est une étudiante allemande, membre d’une association d’aide aux jeunes à Cologne. Mardi soir, elle a pris part à une manifestation pour dénoncer les violences faites aux femmes. Au total, plus d’une centaine de personnes y ont participé.


Selon notre Observateur à Cologne, le sentiment anti-migrants s’est accentué après que des agressions sexuelles le soir du Nouvel An menées par des groupes d’hommes "d’origine arabe ou nord-africaine" ont été signalées à la police

Citation :
Pour l’heure, aucune arrestation n’a eu lieu dans la ville. La maire a d’ailleurs souligné qu’aucune preuve ne permettait de dire si les agresseurs étaient des migrants. Pourtant, l’hypothèse a très vite été mise en avant par certains médias ainsi que par des personnalités politiques, qui utilisent cet incident pour dénoncer la politique d’accueil des refugiés menée par le gouvernement allemand alors que 10 000 réfugiés ont été accueillis à Cologne l’an dernier.

Selon le récit de la police, près d’un millier d’hommes se sont rassemblés en face de la gare de Cologne dans la nuit de la Saint-Sylvestre et ont tiré des feux d’artifice, certains dirigés contre la foule. Plusieurs groupes d’hommes auraient ensuite harcelé, sexuellement agressé et volé des femmes. Près de 106 plaintes ont été déposées depuis la semaine dernière à Cologne. Environ trois-quarts concernent des agressions à caractère sexuel et deux concernent des viols.

Les forces de l’ordre sont sous le feu des critiques pour ne pas avoir su empêcher la série d’agressions dans le centre-ville. La police avait d’abord indiqué une nuit "globalement calme "avant de reconnaître une erreur de jugement quand, dans les jours qui ont suivi, de nombreuses plaintes ont été déposées. Mercredi, elle a annoncé avoir identifié trois suspects, sans donner plus de détails.

La presse commence à publier de nombreux témoignages de victimes entraînant une vague d’hostilité envers les réfugiés. Le parti populiste de droite Alternative pour l'Allemagne a de son côté dénoncé la politique migratoire de la chancelière Angela Merkel. Et la récupération ne s’est pas arrêtée aux frontières de l’Allemagne. En France, le Front national s’est empressé d’emboîter le pas à l’extrême droite allemande et un journal britannique a titré mercredi "Le choc après des crimes sexuels perpétrés par des migrants ".

Sur la défensive, Angela Merkel a dû affronter, en Bavière, les critiques de la branche locale de sa famille politique, la CSU.

(vidéo)

Salen Hema a écrit:
Nous avons organisé cette manifestation avec plusieurs associations de défense des droits des femmes puis nous l’avons annoncé sur Internet. Nous avions pour slogan "Le silence cache la violence". Les violences faites aux femmes sont un problème quotidien dans notre pays, mais on en parle très peu.

Notre but était également de porter un message anti-raciste parce que ces incidents concernent toute notre société et pas seulement les réfugiés. Ces derniers jours, le discours se concentre sur la question des migrants et plusieurs voix s’élèvent pour demander de renvoyer les agresseurs dans leur pays d’origine. Nous ne voulons pas que les racistes faussent le débat : lors de notre rassemblement mardi, il y avait aussi des réfugiés, hommes et femmes, mobilisés pour dénoncer les violences sexuelles.



Renvoyer les migrants chez eux ne sera pas une solution. Le soir du Nouvel An, j’étais dans une autre partie de la ville et plusieurs hommes éméchés, des allemands blancs, ont tenté de s’en prendre à moi. Plusieurs femmes présentes à la manifestation ou en face de la gare le 31 décembre au soir racontent également qu’elles ont vu des hommes blancs tripoter des filles.

Le problème des agressions sur les femmes est récurrent et il existe lors de toutes grandes célébrations dans les rues de Cologne. C’est souvent le cas lors du carnaval [en février], mais on en parle très peu dans les médias.


Mardi soir, la manifestation a rassemblé une centaine de personnes

“Les statistiques de la police ne montrent pas d’augmentation de la criminalité depuis leur arrivée ”

Thomas Zitmann est le directeur du Conseil des réfugiés à Cologne, une association qui aide les réfugiés dans leurs démarches administratives et dans l’apprentissage de l’allemand.

Thomas Zitmann a écrit:
La police n’a jamais dit qu’elle suspectait des demandeurs d’asile. Mais la rumeur d’une "bande de migrants" a été très relayée par la droite et par une partie des médias. Ce n’est pas très surprenant. On avait aussi déjà entendu : "ils veulent nous voler nos femmes allemandes, ce sont des criminels qui détruisent notre pays, etc." Pourtant, les statistiques de la police ne montrent pas d’augmentation de la criminalité depuis leur arrivée.

Personnellement, je n’exclus pas la possibilité que des migrants aient fait partie des agresseurs la nuit du Nouvel An. Dans les camps surpeuplés et mal surveillés de Cologne, des violences ont été signalées. Mais même si certains réfugiés sont responsables des attaques, ces individus ne reflètent en aucun cas une généralité.


Jeudi, c’est la maire de Cologne qui a lancé une nouvelle polémique en conseillant aux femmes d’adapter leur comportement pour que ces incidents ne se reproduisent plus.


La maire de Cologne irrite les féministes  Nathalie Versieux, Libération, Berlin, de notre correspondante, 7 janvier 2016


La maire de Cologne, Henriette Reker, en conférence de presse le 5 janvier.
Photo Wolfgang Rattay. Reuters

Le conseil donné par l'édile suscite au mieux l'ironie, tandis que la polémique enfle en Allemagne après la vague d'agressions subies par des femmes lors de la nuit de la Saint-Sylvestre

Citation :
Henriette Reker est devenue la risée des féministes allemandes. Moins d’une semaine après les agressions sexuelles perpétrées dans sa ville dans la nuit de la Saint-Sylvestre, la nouvelle maire de Cologne vient de recommander aux femmes de «conserver un bras de distance avec tout inconnu» pour se protéger et de se déplacer en groupes. Eviter les foules lorsqu’on est une jeune femme ? A quelques semaines du carnaval de Cologne, le conseil a déchaîné les réseaux sociaux.
[...]


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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Mar 12 Jan - 11:05


plus dure s'annonce la chute


Podemos envisage de former un gouvernement avec les sociaux-démocrates espagnols WSWS James Lerner et Alejandro López 12 janvier 2016

Dans la crise politique profonde suscitée en Espagne par l'élection d'un parlement sans majorité le 20 décembre, Podemos signale qu'il envisagerait de former un gouvernement avec le Parti socialiste (PSOE). Le but d'un tel gouvernement ne pourrait être que d'imposer des mesures d'austérité impopulaires supplémentaires aux travailleurs et à l'ensemble de la population espagnole.


Citation :
Podemos, indépendamment de son discours, ne vise pas à mener une politique radicale ou d’alternative. Il vise au contraire, comme Syriza son allié grec, à donner un lifting à un establishment politique discrédité. Il le fait dans ce cas en collaboration avec le PSOE, qui a mené des guerres impérialistes et appliqué des mesures d'austérité brutales contre le peuple espagnol.

Après l’élection législative de décembre, le Secrétaire Général de Podemos Pablo Iglesias avait rapidement indiqué qu'il était prêt à négocier avec le PSOE si celui-ci acceptait un référendum sur l'indépendance de la Catalogne. Après que le PSOE a rejeté cette demande, Podemos a fait de nouvelles démarches pour faciliter un pacte Podemos-PSOE. Il a récemment minimisé l'importance du référendum catalan.

Iglesias a demandé aux secteurs «raisonnables» du PSOE de le soutenir, dans un effort pour empêcher le PSOE d'entrer dans un «gouvernement de grande coalition» avec le Parti populaire (PP) de droite.

Cet appel est en train de gagner du soutien à l'intérieur du PSOE. La semaine dernière, le secrétaire général du PSOE Pedro Sánchez s'est rendu à Lisbonne pour y rencontrer le nouveau premier ministre du Portugal, Antonio Costa. Le Parti socialiste (PS) de Costa, à la tête d'un gouvernement minoritaire, a le soutien tacite des équivalents portugais de Podemos, le Bloc de gauche et le Parti communiste portugais. Ceux-ci ne posent aucun défi à l'ordre social; l'un des premiers actes officiels de Costa fut d’initier un plan de sauvetage par l'Etat de la Banque Banif, à hauteur de €2,2 milliards.

Après la réunion, Sánchez a appelé à une «large coalition de gouvernement avec les forces progressistes », similaire à celle du Portugal.

Initialement Podemos a réagi assez froidement à la proposition de Sánchez, se plaignant de ce que le PSOE n'avait encore rien mis sur la table pour négocier; il avait « le sentiment » que le PSOE s'était engagé à une coalition PSOE-PP. Podemos a ensuite fait au PSOE une vague contre-proposition de programme de «mesures sociales» d'urgence indéfinies et de reconnaissance des alliés régionaux de Podemos comme groupes parlementaires distincts. Cela augmenterait les ressources financières totales disponibles pour Podemos au parlement.

Il y a cependant dans des secteurs de la classe dirigeante un sentiment croissant en faveur d’une coalition Podemos-PSOE; les commentateurs signalent de plus en plus les points communs entre Podemos et le PSOE. Dans un article intitulé « 23 points communs dans les programmes du PSOE et de Podemos, » Infolibre écrit, « au-delà de leurs désaccords et de leur opposition dialectique sur cette question [le référendum catalan], le PSOE et Podemos défendent des mesures sociales et institutionnelles semblables ».

C’est là le résultat de deux ans de travail intensif de Podemos pour convaincre la bourgeoisie espagnole et le capital financier international qu'on pouvait lui faire confiance au gouvernement. Il a fait appel à l'armée et inscrit un ancien chef d'état-major sur ses listes électorales et a loué le pape.

En 2014, Iglesias avait, à l'hôtel Ritz de Madrid, appelé une assemblée de banquiers et d’hommes d'affaires à soutenir le « programme de salut national » de Podemos. En tournée aux États-Unis, il a défendu le libre marché comme le seul système économique viable dans une interview avec la chaîne d'actualités financières CNBC. Il a aussi soutenu les mesures d'austérité de Syriza en Grèce.

Sans surprise, la grande entreprise ne perçoit pas un gouvernement PSOE-Podemos comme une menace. Javier González de Lara, chef de la Confédération des entreprises en Andalousie, a déclaré que celles-ci « n'avaient pas peur d'un accord entre la gauche », mais plutôt de « l'instabilité et de nouvelles élections ».

Quant au PSOE, il est actuellement paralysé, ne pouvant se décider entre les offres d'alliance de Podemos et du PP. Le PP appelle à la formation d'un gouvernement d'alliance entre le PP, le PSOE et le parti de droite Citoyens. Il a appelé les secteurs «raisonnables» du PSOE à ne pas s'allier à des «radicaux» comme Podemos.

Le PSOE craint qu’en soutenant un gouvernement conduit par le PP, il ne se discrédite plus encore et n'entraîne une hausse de soutien à Podemos. Toutefois, jusqu'à présent, il a refusé de former une alliance de «gauche» avec celui-ci, car il s'oppose à la tenue d'un référendum sur la sécession de la Catalogne.

De plus, le secrétaire général du PSOE Pedro Sanchez est confronté à un défi de leadership de la part de la dirigeante du gouvernement régional d'Andalousie, Susana Diaz. Diaz veut convoquer un congrès du parti pour remplacer Sanchez et a réussi à faire adopter à l'exécutif du PSOE une résolution exigeant que Podemos et d'autres renoncent à un référendum comme préalable à des négociations.

L'influent quotidien pro-PSOE El País a publié un éditorial exhortant le PSOE à choisir sans délai un cours d'action afin de maintenir la stabilité politique. Il fait remarquer qu’«une lutte interne a éclaté au PSOE », avertissant que cela pouvait « remettre en cause la survie d'un parti ayant plus de 100 ans d'histoire et … [pouvait] finir par nuire aux intérêts de tous ».

« Si le parti pense qu'il [Sanchez] n'est plus la bonne personne pour le poste et qu'un changement est nécessaire ... les mécanismes d'une telle décision doivent être activés et on devrait avancer, » écrit-il.

Podemos tente de consolider le PSOE, instrument clé de la domination capitaliste en Espagne, dans sa crise la plus importante depuis des décennies. Le PSOE a gouverné l'Espagne 25 ans sur les 38 écoulés depuis la fin de la dictature fasciste de Franco. Il a imposé des coupes claires dans les dépenses publiques, des «réformes» du code du travail et des retraites et des réductions de salaires; il a soutenu la guerre contre la Libye en 2011 et l'occupation américaine de l'Afghanistan.

Le PSOE a aussi modifié l'article 135 de la Constitution pour affirmer le concept de « stabilité budgétaire » et introduit la priorité absolue du remboursement de la dette et des intérêts, ouvrant ainsi la voie à la poursuite de l'austérité par le Parti Populaire.

Un gouvernement PSOE-Podemos serait implacablement hostile aux intérêts de la classe ouvrière, et reviendrait sur toute promesse «progressiste» faite, une fois qu'il aurait pris ses fonctions, tout comme Syriza en Grèce.

L'amère expérience de la classe ouvrière en Grèce, où le parti frère de Podemos, Syriza, a décidé d'imposer à la classe ouvrière une austérité encore plus brutale que celle des gouvernements précédents, est un avertissement. La volonté de Podemos de conclure des accords avec le PSOE montre qu'il suit les traces de Syriza; il se prépare à abandonner toute mesure «progressiste» dans son programme et à imposer une politique impitoyable et réactionnaire.

(Article paru en anglais le 11 janvier 2016)



Du Capital à la tentation du Capitole... L’économiste vedette a toujours eu une approche sociologique de l’économie, remettant au goût du jour « l’économie politique ». Et s’il franchissait le Rubicon et se lançait à l’assaut du pouvoir ? [...]
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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Mar 19 Jan - 19:19

Va paraitre en avril aux éditions Senonevero (info dndf)

« La Cigarette sans cravate » Theo Cosme


Syriza, la dette, le boutiquier et les luttes de classes en Grèce

Citation :
Au cours des émeutes de 2008, les deux fractions de la petite bourgeoisie, la moderne et la traditionnelle, étaient unies derrière la police contre les pratiques du prolétariat des chômeurs, des précaires, des travailleurs immigrés du secteur informel, ne leur manifestant qu’une sympathie idéale. En 2011, la « crise de la dette » si savamment construite par les grandes familles bourgeoises grecques avait assommé toute la société, les classes moyennes « indignées » rejoignirent le prolétariat sur les places, mais déjà elles avaient pris l’ascendant sur lui : il ne s’agissait plus que de peuple, d’injustice, de distribution, de crédits et de revenus. La crise était devenue celle de l’oppression étrangère, de la légitimité de l’Etat, elle était devenue une affaire nationale.

En février et juillet 2012, tandis que les émeutes prolétariennes brillaient de leurs derniers feux, sous le nom de Syriza prenait corps une perspective et une alternative politique qui retravaillait dans ses termes propres toutes les caractéristiques de la crise en cours. La succession des défaites auxquelles avaient contribué Syriza fut alors la condition de son irrésistible ascension électorale par le ralliement de la boutique et de la parcelle paysanne.

Dans les nuits d’émeutes de 2008, c’est la lutte de classe dans toute sa radicalité actuelle qui fait de l’appartenance de classe sa propre limite qui a été repoussée et écrasée, mais elle hante, telle un spectre, les actes suivants du drame. La gauche réaliste et responsable, celle qui a comme programme impossible la reconnexion de la valorisation du capital avec la reproduction de la force de travail, s’annonce quant à elle dans les grands rassemblements de 2011 et le ralliement de l’entrepreneur et du boutiquier. La première semaine de juillet 2015, avec la fermeture des banques, elle s’est évanouie.

Chaque fois le prolétariat était présent, chaque fois il fut vaincu, d’abord en son nom propre, puis au nom de toutes les couches qui s’élèvent au-dessus de lui.


Ni Dieu Ni Maitre

La cigarette sans cravate

Qu'on fume à l'aube démocrate
Et le remords des cous-de-jatte
Avec la peur qui tend la patte
Le ministère de ce prêtre
Et la pitié à la fenêtre
Et le client qui n'a peut-être
Ni Dieu ni maître

[...]




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MessageSujet: Re: EUROPE (et au-delà) : paradigme d'un DÉMOCRATISME POPULISTE ? POPULISME RADICAL ? Brexit, classes, immigration et racisme, Trump...   Lun 25 Jan - 13:20


La Tribune


Allemagne : le climat des affaires se dégrade notablement Romaric Godin 25/01/2016


Les patrons allemands sont moins optimistes
Crédits : © Kai Pfaffenbach / Reuters

L'indice Ifo du climat des affaires a nettement reculé en janvier, revenant sous son niveau de mars dernier. Les chefs d'entreprises se montrent préoccupés par l'avenir, principalement.

Citation :
Jusqu'à présent, les enquêtes allemandes de conjoncture, auprès des chefs d'entreprises, semblait devoir démentir les données statistiques « dures » qui montraient une certaine résistance à la première économie européenne au ralentissement des émergents. Ce paradoxe est peut-être terminé en janvier. L'indice IFO du climat des affaires en Allemagne pour le mois de janvier - rendu public le 26 janvier - a ainsi brutalement chuté de 1,3 point à 107,3 contre 108,6 en décembre.

Baisse marquée des anticipations

Cette deuxième baisse consécutive de l'indice ramène ce dernier sous son niveau de juin dernier. L'estimation de la situation actuelle recule de 0,3 point seulement, à 112,5, son plus bas depuis avril, tandis que l'indice des anticipations, lui, accuse un recul de 2,2 points, passant en un mois de 104,6 à 102,4, revenant sous son niveau d'août dernier. C'est donc bien principalement le futur qui commence fortement à inquiéter les chefs d'entreprise outre-Rhin, même si la situation actuelle commence à se dégrader légèrement.

Coup d'arrêt dans le secteur industriel

En termes sectoriels, c'est principalement le secteur manufacturier qui voit son climat des affaires se dégrader le plus notablement, atteignant son plus bas point depuis un an. La baisse des anticipations dans ce secteur, très sensible aux exportations, est particulièrement marquée. Il en va de même dans la construction, où les anticipations des acteurs économiques repassent dans le rouge, autrement dit ceux qui attendent une dégradation de la situation sont plus nombreux que ceux qui envisagent une amélioration. Le secteur de la vente au détail résiste mieux, notamment en raison d'une modeste amélioration des anticipations, mais la situation actuelle se dégrade notablement.

Ralentissement dans les services

Le peu de dynamisme de ce secteur de la vente au détail est, du reste, inquiétant, car on sait que l'économie allemande dépend largement à présent de la consommation des ménages. C'est elle qui a permis à la croissance allemande d'atteindre 1,7 % en 2015 et c'est elle qui parvient à effacer la modeste contribution de la demande extérieure et de l'investissement. Or, elle semble perdre en dynamisme. Voilà qui est préoccupant alors même que le secteur des services connaît aussi un coût d'arrêt en janvier, même s'il reste en meilleure forme que celui de l'industrie. L'indice du climat des affaires dans ce secteur passe ainsi de 33,8 à 27,9, un plus-bas depuis juillet. Le sous-indice des anticipations recule de 24,9 à 19,1. Voilà qui pose problème, car si la croissance des services et de la vente au détail ralentit, la croissance allemande risque de s'essouffler.


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