PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
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 THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Dim 25 Sep - 16:55


suite de la discussion du texte de Bruno Astarian, " Solitude de la théorie communiste ", en forme de réponse à Corinne Cerise


Corinne Cerise a écrit:
Je trouve pour ma part que vous êtes un peu sévère avec Astarian dans votre formulation finale :

Patlotch a écrit:
il n'est donc pas surprenant que ce texte pose si peu de problématiques actuelles, venant alimenter la sanction de Nesic quant à la "stérilité" auto-produite par ce courant théorique concernant la période présente.

Mais peut-être ai-je mal compris votre propos ?

Qu'en pensez-vous ?


une théorie communiste auto-produit sa solitude seule en se révélant fausse

concernant ma "sévérité", il faut comprendre comment je conçois l'intellectuel collectif en théorisation communiste, et la batterie de concepts que j'ai élaborés en reprenant de façon critique quelques-uns de la théorie de la communisation, ou à d'autres théoricien.ne.s (Stuart Hall, Raymond Williams, Henri Meschonnic, Althusser, Edouard Glissant, Gayatri Spivak, les décoloniaux, Ana C. Dinerstein, etc.) :

problème de méthodologie et de dialectique

Astarian a, RS le disait déjà, un problème de méthodologie, et j'ajoute de dialectique. S'il est aussi "limpide", un peu comme Dauvé dont l'écriture ne laisse pas moins "sous le charme", c'est qu'ils ont en commun une faiblesse tenant à leur formulation un peu trop littéraire et qualitative des choses (fort peu de chiffres dans leurs textes), qui reste au niveau de généralités quasi abstraites comme le disait Nesic et comme vous l'avez relevé dans ce texte. Leur charme tient à ce que ces généralités ne peuvent pas être fausses*, tout en ne servant à rien, comme le reconnaît Astarian : imaginerait-on Marx dire que Le Capital ne sert à rien, lui qui en parlait comme du « plus terrible missile qui ait encore jamais été lancé à la face des bourgeois» (Lettre à J. Ph. Becker, 17 avril 1867) ?

* théorie qui ne peut pas être fausse : RS le disait de Théorie communiste et Astarian le rejoint en définissant « La théorie communiste [comme] la conscience de soi du rapport insurrectionnel en tant qu’il contient la possibilité de passer du capitalisme au communisme. » Tout tient, je persiste, à ce que pour eux, la théorie communiste a pour objet d'observer le présent sur le critère de la communisation qu'ils projettent dans le futur, ce qui est en soit déterministe, eschatologique et plus près de l'Aufhebung de Hegel que de la dialectique à l'œuvre chez Marx. J'en ai fait litière en renversant le concept de dépassement produit en dépassement à produire, ce qui « pose des problèmes redoutables », comme me l'écrivait Roland Simon en novembre 2015. Ces problèmes, qui les soulève et s'y confronte ?


les états d'âme d'une posture individualiste

on observe alors les contorsions de ce texte pour montrer que la théorie ne sert à rien et qu'elle ne serait qu'un choix d'individus qui ne peuvent s'en passer : « il y a des individus qui ne peuvent pas s’empêcher de réfléchir aux conditions du dépassement du MPC [mode de production capitaliste] ». Paradoxalement, Astarian ne croit pas si bien dire, car c'est bien cela qu'ils ont fait de leur théorie, au point qu'elle tourne à vide et ne produit plus que sa dogmatisation sans prise sur le réel présent, ce qui vaut son pesant de cacahuètes pour des héritiers de Marx

quel dialogue entre théories ?

critiquer une texte ou un corpus théorique suppose de le faire :

1) en interne dans son langage, son contexte, sa cohérence logique
2) en externe dans on rapport avec le réel et sur la base de sa propre théorisation
3) dans le rapport entre interne et externe, car comme je l'ai montré avec TC, la cohérence interne d'une théorie tient souvent à ce qui lui manque. Le théoricisme tient ici au caractère auto-référenciel, soit du corpus avec lui-même (TC) soit au sein de la théorie de la communisation, et comme il n'en existerait aucune autre, la boucle est bouclée


l'eurocentrisme des communisateurs signe la fin de leur pertinence théorique

c'est donc depuis ma conceptualisation que je me permets d'être aussi "sévère" et d'affirmer ce qui est globalement faux dans la théorie classique de la communisation. Un seul exemple : le concept d'Occident n'existe pas chez Astarian, donc celui de sa crise non plus, et ce n'est pas de glisser le mot "race" dans une phrase qui permet de combler ce vide, qui confine ici à un déni même de l'histoire comme non réductible à celle de la lutte de classes au sens strict, ce que Marx lui-même, au-delà de sa formule dans le Manifeste, se gardait bien de faire. Le lien est direct entre l'absence de ce concept d'Occident et le déni eurocentriste de tous les marxismes non européens, qui confine, ai-je dit, à une supériorité raciste : c'est comme ça, et dans la crise de l'Occident et des marxismes européens, c'est fini, leur théorie ne fut qu'un moment et il est dépassé malgré qu'il se donne encore pour en avance dans une parfaite fausse modestie

un gruyère théorique qui se prend pour critique de la totalité

il faut quand même prendre la mesure, relativement à l'amplitude des questions abordées par Marx, de l'étroitesse et de la fermeture d'esprit des théoriciens de la communisation. Au regard de celle des thèmes de ce forum, la conception de la totalité d'Astarian et TC n'est qu'une accumulation de trous (Dauvé est plus conséquent, crise de civilisation, etc.)

un sectarisme narcissique, aveugle et sourd

un théoricien qui ne reconnaît pas l'existence d'autres approches pourtant aussi radicales que la sienne, et ne s'y confronte pas sérieusement ne peut participer à cet intellectuel collectif, il s'isole et finit, avec l'âge et l'arrêt d'une production critique et conceptuelle vivante, par prendre sa solitude pour celle de toute la théorie communiste. Voilà ce qui est arrivé à Bruno Astarian, ce qui n'enlève rien à la pertinence de certaines remarques ni à l'intérêt de certains textes, sur la valeur, la production communiste sans productivité, les bidonvilles...

dans ce "milieu radical", du haut de sa tour d'ivoire, on fait mine de croire que ce dont on ne parle pas n'existe pas, que ce soit dans le réel ou en théorie. Ainsi, on ne peut qu'être assuré de ses propres certitudes


assumer l'intellectuel collectif dans le mouvement communiste

personnellement quand j'affirme être des autres, théoriser avec les autres, je n'en exclue pas les Astarian et Simon sous prétextes de désaccords pourtant essentiels, je reconnais ce que je leur dois, je suis avec leurs textes dans un dialogue indirect permanent, et c'est pourquoi en théorie je ne suis jamais seul, car je pense celle du communisme féministe et décolonial en prise sur le moment présent de la double crise de l'Occident et du capital

il me faudrait encore revenir sur cet intellectuel collectif, la création de liens organiques avec les luttes auto-théorisantes, la subjectivation révolutionnaire de masse, etc.


PS : il faut savoir que j'ai connu personnellement ce "milieu radical" de l'intérieur, comme le soulignait Christian Charrier, de La Matérielle . J'ai donc une petit idée de la psychologie de ses théoriciens, et de la suffisance de certains. Bruno Astarian n'ayant pas de blog (c'était avant qu'il ne crée Hic Salta), s'était réjoui en 2007 que je recopie des pages entières de ses textes dans mes Ressources classées sur la communisation, mais il n'attendait qu'une chose, et me l'a demandée : « j'ai besoin que des personnes comme toi me soutiennent », face aux autres, notamment Théorie communiste. C'était avouer que mes propres idées, il s'en tapait, et ne s'intéressait qu'à ce bras de fer entre "amis de trente ans" comme enjeu de la théorie communiste, la leur. Je lui ai signifié que je n'avais à soutenir personne contre personne, mais à faire travailler ensemble les idées des uns et des autres avec les miennes. Et depuis, Astarian me fait la gueule...


Dernière édition par Admin le Lun 26 Sep - 15:09, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Dim 25 Sep - 16:55


la distanciation et l'auto-analyse nécessaires

une théorie ne s'exprime jamais qu'individuellement
et la mesure doit être prise des conséquences sur son contenu

au plus fort de mes controverses avec/contre Roland Simon et Théorie Communiste, j'ai fait ressortir qu'il ne savait pas d'où il parle, voulant ignorer le poids de sa propre individualité, de ses origines et de sa situation sociale, sur la teneur de ses considérations théoriques exposées de façon impersonnelle prise pour modeste, puisque refoulant son être-même et sa part d'inconscient, refoulé jusqu'à cette affirmation frappée d'idéalisme : « les auteur(e)s ne sont que des accidents de la pensée », fièrement affichée par Pepe@dndf dans son Dazibao d'aphorismes de pacotille

il se produit la même chose avec Astarian. Je n'aime pas le dire comme ça, mais ce dont ils auraient eu besoin depuis longtemps, c'est d'une bonne auto-analyse, pour prendre la distance avec eux-mêmes, introduire cette "distanciation brechtienne" dans leurs écrits, et se prendre ainsi un peu moins au sérieux (pas un poil d'auto-dérision dans leurs textes)

toute leur prétention à partir des luttes s'effondre, dès lors que leur posture surplombante, soit leur fait dire ce qu'elles ne font pas (TC), soit en tient une bonne part dans un mépris que les dénégations d'Astarian ont du mal à cacher. Mais cette tension entre le caractère non révolutionnaire, ou contre-révolutionnaire, du présent, et la quête ou l'attente d'une fenêtre révolutionnaire, est la raison même de ce grand écart permanent

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Dim 25 Sep - 18:06


conscience immédiate et abstraite,
subjectivité et subjectivation révolutionnaire,
des utopies abstraites à l'utopie concrète

je vais maintenant reprendre quelques passages du texte d'Astarian, et voir comment ils fonctionnent, ou non, relativement à mon approche

Citation :
2 – Conscience immédiate, conscience abstraite

Dans toute l’histoire des sociétés de classes, on peut distinguer entre la conscience immédiate et la conscience abstraite. La première accompagne normalement toutes les activités humaines. Aucune activité, dans aucune classe sociale, ne peut se dérouler sans un processus conscient qu’on appellera donc immédiat. Qu’il s’agisse de l’opération de travail la plus simple ou de l’organisation complexe d’une entreprise, le processus conscient qui accompagne l’opération est dit immédiat au sens où il est directement adapté et lié à l’activité en cause et ne cherche pas plus loin.

La conscience abstraite ne se situe pas au même niveau. Elle est la conscience de soi du rapport social qui structure la société. Ce rapport social définit la subjectivité humaine, c’est-à-dire le processus par lequel l’homme, se rapportant à lui-même comme à son propre objet, se produit comme histoire, comme devenir. Des origines à nos jours, le processus d’autoproduction des hommes a été structuré par le travail et son exploitation, par le rapport contradictoire entre les classes, fussent-elles embryonnaires. On peut donc dire que la conscience abstraite est la conscience de soi du sujet contradictoire. Prenant la forme de la religion, de la philosophie ou de la théorie communiste, la conscience abstraite rend compte de la contradiction sociale et en projette la résolution. Le péché originel qui chasse Adam et Eve du paradis, avec la promesse d’y retourner après la mort (dans certaines conditions!) est un exemple de cette appréhension par la pensée de la contradiction sociale. D’une façon ou d’une autre, toutes les sociétés produisent une conscience abstraite qui explique la nature contradictoire de la société et projette son dépassement. De plus, la nature contradictoire de la société fait que sa reproduction, son évolution ne répond pas directement à l’action consciente des hommes, mais résulte du jeu de l’affrontement des classes. Par exemple : dans la société féodale les seigneurs se comportent conformément à leur situation de classe, et les serfs font de même. Chaque classe veut pour elle la plus grande partie possible du surproduit. La contradiction que cela met en mouvement va engendrer le capitalisme, qui fait disparaître seigneurs et serfs – ce qui évidemment ne correspond pas à leur intention initiale. En d’autres termes, les hommes ont été impuissants à faire évoluer la société selon leur volonté ou leur conscience, immédiate ou abstraite. De façon générale, la conscience abstraite enregistre cette situation d’aliénation en plaçant dans les cieux le pouvoir suprême sur la vie des hommes.


ce qu'Astarian nomme "conscience immédiate" renvoie à un échange que nous avions eu, Corinne, pendant Nuit Debout, dont j'avais dit que c'était « un mouvement qui ne s'auto-comprenait pas au-delà de ses limites », ouvrant une question à la notion de luttes auto-théorisantes, puisqu'elles peuvent l'être sans théoriser leur dépassement, c'est-à-dire avoir la conscience de ces limites. Astarian « processus immédiat au sens où il est directement adapté et lié à l’activité en cause et ne cherche pas plus loin. »

quant au deuxième paragraphe, relevons d'abord cette ineptie « Des origines à nos jours, le processus d’autoproduction des hommes a été structuré par le travail et son exploitation, par le rapport contradictoire entre les classes, fussent-elles embryonnaires. », du même tonneau que la vulgate marxiste « toute l'histoire de l'humanité depuis les origines n'est que l'histoire de la lutte des classes », alors que Marx l'a écrit pour l'histoire des sociétés


Marx a écrit:
L'histoire de toute société* jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes

note d'Engels pour l'édition anglaise de 1888 : « Ou plus exactement l'histoire écrite. En 1847, l'histoire de l'organisation sociale qui a précédé toute l'histoire écrite, la préhistoire, était à peu près inconnue.... »

Le manifeste du Parti communiste, I. Bourgeois et prolétaires , 1847

ce que Marx et Engels ignoraient en 1847 étaient connu avant la fin du 19ème siècle, mais cela n'a pas effleuré l'homme du XXIè qu'est Bruno Astarian. Il me semble que dans son livre sur Le travail et son dépassement, il était un peu plus rigoureux, mais du coup je n'en jurerais pas

plus intéressante est l'affirmation : « D’une façon ou d’une autre, toutes les sociétés produisent une conscience abstraite qui explique la nature contradictoire de la société et projette son dépassement. », puisqu'on la retrouve dans les religions, et les utopies de toutes sortes jusqu'aux utopies anarchistes et communistes, avant et après Marx, paradis sur terre ou dans les cieux

ce pourrait être au fond une matrice des idéologies révolutionnaires qui prennent leurs désirs pour la réalité, ce à quoi n'a pas échappé Théorie Communiste avec Sic et sa théorie de l'écart, comme l'a reconnu RS en 2012, et ainsi que le reprend en mai 2016 la 4ème de couverture de TC25


Citation :
Nous sommes actuellement loin de la visibilité croissante et immédiate des contradictions de classe et de genre et de leur liaison avec la révolution et le communisme, le devenir idéologique de la théorie de la communisation plane sur nos têtes fragiles.

sur le "dialogue" entre ce point de vue et "l'utopie concrète" qui le renverse au présent des luttes, je renvoie au sujet MARXISME FÉMINISTE et DÉCOLONIAL avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'...

on trouve bien dans ce passage la « subjectivité humaine », mais pas vraiment les conditions de la subjectivation révolutionnaire, hormis dans « la nature contradictoire de la société fait que sa reproduction, son évolution ne répond pas directement à l’action consciente des hommes, mais résulte du jeu de l’affrontement des classes.», généralité qui ne mange pas de pain tant qu'on ne se penche pas sur les conjonctures de production de dépassements des stades antérieurs de la "conscience immédiate"


comment les luttes pourraient-elles produire leur dépassement sans exister telles qu'elles ?

le problème est dans la compréhension théorique qu'on en a

dans la suite du texte, et les sous-titres sont frappants à cet égard, rien qui ne s'ouvre, ou puisse s'ouvrir. Le ton de l'ensemble est d'une morbidité à désespérer tout.e prolo.te de se battre, sous peine de se voir taxé.e, par Astarian ou Dauvé, soit de contre-révolutionnaire, soit d'immédiatiste

morbidité qui me fait reprendre la citation que j'avais placée au début de ce sujet


James Sallis a écrit:
« Et pourtant un si grand nombre d'entre vous ne vivent pas dans ce monde. Vous vous contentez de lui rendre visite et vous choisissez, à la place, de vivre dans un monde de mots, de théories. Vous êtes coincés, prisonniers de votre langage, otages de votre obsession de comprendre. Les théories mènent votre monde, et elles vont le détruire.»

James Sallis, 'Le tueur se meurt', Rivages/Thriller 2013 p.192


et effectivement Astarian, dans sa solitude auto-produite, ne risque que de s'auto-détruire dans ce qui prend l'apparence d'un suicide théorique en forme de testament, comme en ont produit, en attendant leur fin, Dauvé et Nesic

beaucoup moins impersonnelles qu'elle ne se pensent, ces considérations sentent le théoricien du quatrième âge, ce qui justifiait le titre TROPLOIN... ou TROP VIEUX ?

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Dim 25 Sep - 18:34


pour info, au cul du texte de Bruno Astarian sur son blog, "en attente de modération"


Citation :
bonjour,

texte intéressant et symptomatique. Transmis aux revues Viewpoint, Période, Historical Materialism et à Ana Cecilia Dinerstein, avec lesquels j’entretiens quelques relations ouvertes et fécondes, loin du so called « milieu radical » franco-français qui n’en finit pas de se regarder le nombril

ma critique en cours ici, derniers commentaires
THÉORICISME, THÉORIE, LUTTES et THÉORISATION : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer

bonne continuation,

Jean-Paul

ps : nous deux, c’est un gâchis, mais je ne m’en tiens pas pour responsable, et au fond ne t’en tiens pas rigueur non plus, j’espère que tu vas bien


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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Dim 25 Sep - 20:08


en version courte dans TWEET THÉORIE du communisme féministe et décolonial (reformulations pour tous et toutes ;-)



théorie communiste ?

"l'humanité ne se pose que les problèmes qu'elle peut résoudre"(Marx),
certains théoriciens communistes ceux leur assurant bonne réputation

les conditions sociales individuelles de production de la théorie communiste expliquent ses contenus
on y verrait à tort stérile polémique

les professeurs de révolution tendent à cacher leurs origines de classe
quand leur crédibilité tient à leur objectivisme militant

les professeurs de révolution entretiennent la séparation du travail intellectuel et des luttes :
en dépend leur fonds de commerce

et la bonne image qu'ils se donnent d'eux-mêmes
dans le miroir de la séparation sociale
réaliser la théorie dérange leur carrière

en relation, à propos d'un texte de Bruno Astarian, "la solitude de la théorie communiste"

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Lun 26 Sep - 0:12


Oh solitude Oh désespoir

une théorie de la communisation qui ne dit pas ce qu'est notre époque,
mais pourquoi elle n'est pas révolutionnaire, n'intéresse personne

ne pouvant désespérer un prolétariat qui ne veut ni ne peut faire la révolution,
utopie abstraite et négative,
elle ne peut plus désespérer que ses seuls théoriciens



« Solitude : douce absence de regards. »

Milan Kundera L'immortalité 1990



antidote : organiser l'espoir, utopie concrète, avec Ana Cecilia Dinerstein

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Lun 26 Sep - 12:27


théorie de la révolution ou théorie communiste ?

du rapport entre théorie et mouvement présent

évidemment bien sûr, tout ce qu'écrit Bruno Astarian sur le rapport entre théorie communiste et mouvement du communisme (la lutte des classes) s'applique à celui entre "marxisme décolonial" comme théorie, et "communisme féministe et décolonial" comme mouvement, entre autre dans 1 – La théorie communiste et la lutte de classes

Astarian a écrit:
La théorie communiste doit être comprise par rapport à son ancrage dans la lutte des classes, car c’est là que se trouve la possibilité du dépassement.

je pourrais encore être d'accord avec lui pour considérer que notre époque n'est pas révolutionnaire*

* Dauvé et Nesic distinguaient les époques selon qu'elles le sont ou non et se posaient la question « Que faire en période non révolutionnaire ? » dans Le Tout sur le tout, troploin 2010. Voir le sujet en annexe

le problème se corse parce que si l'on regarde l'histoire du communisme de lutte, celle du mouvement ouvrier, toutes les révolutions qu'il a entreprises ont échoué, si bien que l'on peut rétrospectivement se demander si les époques dans lesquelles il les a faites étaient ou non révolutionnaires : 1848, 1871, 1917, 1936, 1968...

si ces moments révolutionnaires n'ont pas produit un dépassement du capital, on ne peut pas affirmer qu'ils portaient des révolutions communistes, y compris en replaçant l'idée d'une telle révolution dans l'époque du programmatisme, avec l'objectif de prendre le pouvoir d'État (dictature du prolétariat ou variante socialiste)

à l'inverse on ne peut pas prétendre qu'ils n'ont pas produit des changements décisifs dans l'histoire réciproque du capital et du mouvement communiste, c'est-à-dire dans le cours de la lutte de classe, changements rien moins que révolutionnaires. Pour s'en tenir à la période qui s'ouvre en 1968, elle accouche de la restructuration globale du capitalisme en même temps que de l'effondrement des organisations du mouvement communiste international et de son idéologie communiste du programmatisme prolétarien

hé bien, pourquoi ne pas considérer notre époque comme porteuse de changements historiques d'une même ampleur, au moins ?

les crises du capital et de l'Occident croisées sont grosses de changements dont il est probable qu'ils ne produiront pas une révolution communiste, mais aboutiront à une restructuration du capital et à une nouvelle donne de la luttes de classes : c'est selon moi ce qui 's'annonce' aujourd'hui, bien plus qu'une communisation en fin de ce cycle de lutte (TC) ou qu'une caractérisation de notre époque comme "ère des émeutes" (Woland/Blaumachen, Bertho/Le Temps des émeutes, Joshua Clover/Riot-Strike-Riot) annonçant une révolution communiste

aucune des révolutions évoquées, des 19ème et 20ème siècles, ne s'est produite dans une crise de civilisation telle que le monde en traverse une aujourd'hui, et il faudrait encore que les théoriciens communistes regardent leur nombril du haut de leur douce solitude ?


retour à Marx, encore...

quelque chose ne tourne pas rond dans cette façon de comprendre le rapport entre la théorie communiste et le communisme comme « mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses.»* Si « Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement »*, il est pour moi patent que nous avons sous les yeux ces prémisses et que la seule question qui se pose est de savoir de quels dépassements ils sont gros, étant donné que ce ne suarait être d'une abolition du capital

* L'Idéologie allemande, Marx et Engels, 1845

autrement dit je ne souscris pas à la définition d'Astarian, « La théorie communiste est la conscience de soi du rapport insurrectionnel en tant qu’il contient la possibilité de passer du capitalisme au communisme.», tout bonnement parce qu'elle contient sa propre inutilité dans son rapport au « mouvement qui abolit l'état actuel des choses »

et je ne plaisantais pas du tout en affirmant qu'Astarian et les théoriciens de la communisation ont auto-produit la solitude de leur théorie, qui est sans doute une théorie de la révolution, une théorie de la communisation, mais pas une théorie communiste au sens que j'en ai et je pense qu'en avait Marx, du fait même qu'il envisageait des étapes qu'il considérait pourtant comme révolutionnaires, ce qu'en un sens elles furent bien


théorie communiste, révolution, et temporalité

en d'autres termes on en revient à la différence de temporalité entre la théorie communiste (féministe et décoloniale) et la théorie de la communisation (texte du 21 juillet dans une controverse avec Ross Wolfe parlant concernant mes thèses de Decolonial Communization, un parfait contre-sens)

à cet égard on relèvera que les deux livres qui scandent le début et l'apogée de la théorie de la communisation parlent bien de théorie de la révolution, et non de théorie communiste, qui est, nuance de taille, le nom du groupe de Roland Simon qui les a produit



2004


2001

source
Senonevero

toute révolution passée fut révolution du rapport de classes dans le capital
la communisation est suppression de ce rapport et des classes


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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Lun 26 Sep - 12:46


théorie de la communisation contre théorie communiste ?

la théorie communiste n'est pas une "boîte à outil" pour la "pratique"
soit
mais faut-il qu'elle devienne justification de l'inaction
quand les activités du prolétariat ne sont pas révolutionnaires ?

or que trouve-t-on dans la théorie de la communisation
qui soit théorie d'un combat communiste au présent ?
rien


une théorie de la révolution contre-révolutionnaire ?

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Lun 26 Sep - 14:58


renverser la théorie de la communisation en théorie communiste

la théorie de la communisation n'a été jusqu'ici
qu'une théorie des pures conditions d'une révolution communiste,
une théorie de l'annonce et de l'attente d'une conjoncture révolutionnaire

une théorie séparée de l'activité du prolétariat,
mesurant ce qu'elle est à l'aulne de ce qu'elle devrait être,
qu'elle ne peut ni être, ni annonciatrice d'une révolution communiste

renversée au présent des luttes telles qu'elles sont
la théorie de la communisation peut devenir une théorie communiste
en phase avec le communisme comme mouvement actuel… (Marx, IE)

la « révolution » qui vient n'est pas abolition du capital
mais restructuration de l'économie politique et des rapports entre classes
c'est une révolution de civilisation, pas nécessairement communiste

les activités communistes au présent sont néanmoins indispensables
mais à redéfinir dans les termes actuels de l'implication réciproque capital/prolétariat

il ne faut pas demander à son époque plus qu'elle ne peut produire
au risque d'être déçu et de ne pas y intervenir en communiste conséquent

« l'humanité ne se pose que les problèmes qu'elle peut résoudre,
car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit
que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà
ou du moins sont en voie de devenir.… »

Marx, Critique de l'économie politique, Préface 1845

il s'agit de renverser l'utopie abstraite de la "théorie de la communisation"
en utopie concrète*, "théorie communiste" au présent



* MARXISME FÉMINISTE et DÉCOLONIAL avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'...

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Lun 26 Sep - 16:58


quelles causes à la solitude de la théorie de la communisation ?

j'en ai déjà cerné quelques-unes, et fort de ces premiers "résultats", je poursuis la lecture critique du texte de Bruno Astarian "Solitude de la théorie communiste par le paragraphe 2.1 – Le cas particulier de la théorie communiste

la question ne se réduit pas à la phrase dont j'ai discuté la pertinence, du fait qu'Astarian la fait ressortir en italique. Elle est suivie d'une "précision" :

Astarian a écrit:
La théorie communiste est la conscience de soi du rapport insurrectionnel en tant qu’il contient la possibilité de passer du capitalisme au communisme. Avec cette précision que, comme toutes les tentatives révolutionnaires jusqu’à aujourd’hui ont échoué, il faut définir la théorie communiste, telle qu’elle s’est constituée au fil des générations, comme le fruit de l’échec de toutes les tentatives précédentes.

on retrouve donc ce dont j'ai pris acte plus haut : toutes les révolutions ont échoué, mais n'en ont pas moins été des moments révolutionnaires, qui ont abouti à des changements dans le rapport réciproque capital/prolétariat de la lutte de classe, que la théorie se donne pour objet de comprendre

Astarian a écrit:
Presque par essence, la théorie communiste se développe post festum, et donc dans la séparation d’avec le rapport social qui est sa source. Si la révolution avait réussi, la théorie aurait disparu dans le dépassement de la séparation entre conscience immédiate et conscience abstraite, dans la production d’une forme de conscience de soi réconciliée avec l’immédiateté de la vie sociale. Mais les révolutions ont échoué, et la théorie communiste doit rendre compte de ces échecs.

le problème que (me) pose ce paragraphe est que toute la théorie communiste de la révolution est réduite à une théorie de l'insurrection du prolétariat...

Astarian a écrit:
C’est dans l’insurrection prolétarienne que la contradiction des classes éclate ouvertement et appelle à son dépassement pratique, car dans cet éclatement la société dans son ensemble se bloque.

... évidemment inséparable du mouvement du capital comme économie politique :

Astarian a écrit:
[La théorie communiste] analyse de façon critique les options qu[e les insurgés] ont suivies et pose à nouveau le problème pour la prochaine fois. Encore faut-il prouver qu’il y en aura une (critique de l’économie politique, théorie des crises) et définir, de façon critique par rapport aux tentatives précédentes, aussi bien le but communiste que la méthode, politique ou non, organisationnelle ou non, d’y parvenir.

suivent la critique du programmatisme, que je partage...

Astarian a écrit:
Forte de ces analyses et critiques, la théorie a longtemps pensé être en état de connaître les conditions qui feront réussir la révolution lors du prochain soulèvement prolétarien. Et elle s’est préparée à y intervenir en s’attribuant, implicitement ou explicitement, un rôle de guide, ainbsi qu’en écrivant pour le prolétariat le programme (politique, économique) de la révolution à venir.

... et l'idée que la théorie peut devenir idéologie

Astarian a écrit:
On peut douter qu[e la théorie communiste] ait jamais assumé ce rôle sans perdre sa nature révolutionnaire. Au moment de s’investir dans la pratique, elle est devenue une idéologie politique s’adaptant aux circonstances.

cela rejoint la formule de Roland Simon : « le devenir idéologique de la théorie de la communisation plane sur nos têtes fragiles » (RS 2012 repris dans TC25)

mais force est de constater que Bruno Astarian, peut-être moins encore que RS/TC, ne s'interroge pas sur le possible devenir idéologique de la théorie de la communisation. J'entends en considérant que cela ne toucherait pas seulement ses déformations à usage activiste et immédiatiste, à propos desquels tous ses théoriciens ont fait des mises au point, par exemple Gilles Dauvé dans C’est déjà beaucoup (mise au point sur la communisation) DDT21 25 juin 2014

Astarian poursuit...


Astarian a écrit:
Pour faire vivre son programme dans le prolétariat (non insurgé), la théorie s’est adaptée aux circonstances. Elle a voulu parler le langage de la conscience immédiate, et ce d’autant plus qu’elle projetait un communisme ouvrier et travailleur comportant la plupart des catégories du capital. De plus, ses anticipations se sont régulièrement révélées inadaptées dans la mesure où la théorie communiste de chaque époque repose fondamentalement sur des problématiques devenues caduques – celles de l’insurrection précédente. Ce problème se présente de façon aigüe dans la période actuelle.

nous verrons en 2.2 – Éloignement de la dernière phase « révolutionnaire » les explications qu'il donne, mais à ce stade réapparaît le problème : d'une part et bien que ce soit le cas de celle de la communisation, il est faux d'affirmer que toute théorie communiste procède de la sorte; d'autre part la théorie de la communisation ne veut pas connaître ses apories, ses défauts majeurs tenant à sa rétro-projection d'un modèle futur de révolution pour juger du présent; par exemple elle n'interroge pas son rapport au monde actuel sous tous les angles de la double crise Occident/Capital

or si des problèmes « se présente[nt] de façon aigüe dans la période actuelle », c'est bien autant ceux que je pointe que celui que décrit Astarian comme extérieur à sa théorie et à celle de la communisation, vierge sinon de difficultés, du moins de défauts repérés et corrigés


une théorie qui ne s'interroge pas sur ses propres présupposés,
sa méthodologie, ne reconnaît ni ses manques ni ses erreurs,
se condamne à la sclérose dans un devenir idéologie : dogmatisme

PS : on retrouve ici certains des problèmes que Christian Charrier avait déjà posés dans ses controverses avec Théorie Communiste avant de cesser en 2006 toute production théorique sur son blog La Matérielle. Problèmes qu'il ne pouvait résoudre sur le terrain où il se situait d'une même théorie de la communisation

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Lun 26 Sep - 17:30


mes diagnostics précédent sont confirmés par les explications d'Astarian dans 2.2 – Éloignement de la dernière phase « révolutionnaire »


du présent faire table rase ?

s'appuyant sur le problème qu'il a cerné précédemment : « la théorie communiste de chaque époque repose fondamentalement sur des problématiques devenues caduques – celles de l’insurrection précédente », il explique tranquillement que la dernière phase révolutionnaire remonte à 1968, avec cette limite de n'avoir pas été insurrectionnelle

Astarian a écrit:
En effet, dans sa forme actuelle, la théorie communiste trouve son ancrage dans la phase de crise des années 60-70. Cette période est la dernière à avoir connu une série de mouvements prolétariens suffisamment puissants pour faire apparaître une nouvelle forme de la subjectivité révolutionnaire du prolétariat. Cette phase de luttes intenses n’a cependant pas atteint le degré insurrectionnel.

pratiquement toute la post-ultragauche ayant vécu ses 20 ans autour de 1968, des théoriciens de la communisation aux Jacques de Temps Critiques, tend parfois à confondre son histoire et l'histoire de la lutte de classes : c'est de bonne guerre pour qui attend la fin du capital avant la sienne, il lui faut absolument espérer avec la foi du croyant, comme BL annonçant la communisation pour 2020

au demeurant, prise au passé, cette affirmation n'est pas fausse. Son inconvénient, qu'on retrouve, est de réduire la théorie communiste à une théorie de la révolution, théorie des révolutions échouées du passé à la projection sur le présent des conditions d'une révolution réussie à l'avenir : rien, disais-je, d'une théorie d'un combat communiste

dans une telle approche, le présent n'existe plus, et pour tout dire on a franchement quitté la méthodologie de Marx, ce que ni l'effondrement du programmatisme comme le creux de la vague révolutionnaire* n'expliquent à eux seuls

* Endnotes#4 va jusqu'à parler d'une Pétrification partielle de la lutte des classes. Si l'on comprend ce qu'ils veulent dire, cela n'a aucun sens théorique une fois la lutte de classe définie comme implication réciproque entre capital et exploitation : cela signifierait qu'il n'y a plus exploitation, ni baisse tendancielle du taux de profit...

les explications suivantes ne (me) posent pas de problème majeur. Elle n'ont d'ailleurs rien d'originales, puisque devenues classiques chez ces théoriciens. Disons qu'elles sont exposées ici de façon particulièrement claire. N'y manque que (sic) le ratage, dès 1975, de ce qui s'annonçait déjà, et pour le coup sans être voyant, comme la plus grande crise de civilisation qu'ait jamais connue l'humanité depuis le chute de l'Empire romain, les "invasions barbares", ou la colonisation puis l'installation du mode de production capitaliste. Rien que ça...

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Lun 26 Sep - 17:59


le chapitre suivant, 2.3 – Quel rapport aux luttes actuelles ?, semble aborder enfin la question du rapport entre théorie communiste et mouvement du communisme au présent, comme lutte de classes telle qu'elle est. Aussi n'aurais-je rien à redire à ceci...


un auto-aveuglement persistant

Astarian a écrit:
Pour les théoriciens de la communisation, la question n’est pas de soutenir ou de dédaigner les luttes de ce type. Elles existent. Elles ne sont rien d’autre que la mécanique même de la reproduction de la contradiction entre travail nécessaire et surtravail.

et Astarian expose ensuite ce qui est proche de la théorie de "l'écart" chez Théorie communiste), ce qui montre, Astarian l'avait dit à TC dans "Où va Théorie communiste ?", que, sous réserve de s'écouter, ils n'étaient pas aussi éloignés que Roland Simon voulait bien le dire, au prix d'une malhonnêteté intellectuelle dont tous ses "plus proches" ont pu faire les frais. Tout le problème est ici dans le «type de luttes» dont il est question

ce "type" de luttes étant sélectionné sur le critère de la fin révolutionnaire, avec une focale mondiale extrêmement réduite, peu précise en termes quantitatifs et très philosophante en termes qualitatifs, toutes choses que j'avais déjà fait remarquer à RS/TC dès mon arrivée dans ce "milieu radical", en 2005, ce raisonnement frise la tautologie, en recherchant la quadrature du cercle théorique où elle ne saurait se situer

tout le passage suivant est un classique, on dirait du Dauvé. Je souligne et commente


Astarian a écrit:
Bien qu’ayant une conscience aigüe des limites de la combativité du prolétariat à notre époque [désolé, non, conscience limitée], la théorie communiste affirme que la période est grosse d’une crise majeure et d’un soulèvement massif et profond (mais à quel terme ?) [de même, il n'en existe aucune preuve dans la dérive populiste du prolétariat, et raciste du prolétariat blanc].

Cela résulte de l’analyse de la crise de l’accumulation du capital (qu’il n’a pas été possible de développer ici) et des indications que donnent les luttes partielles actuelles, montrant que la vieille taupe creuse dans le même sens que dans les années 68, celui de l’anti-travail. [ça ne mange pas de pain depuis Marx, et alimente toutes les religions marxistes...]

Le rôle de la théorie n’est pas de commenter le quotidien de la lutte des classes, mais d’y déceler les pointes avancées qui font sens dans le chaos de la dépression longue que nous connaissons actuellement. Toute lutte du prolétariat n’est pas significative de ce point de vue. Si la théorie communiste peut faire le tri et dissiper des illusions, c’est déjà bien
.

pour dissiper les illusions des autres, encore faut-il ne pas en entretenir soi-même

j'affirme, pour toutes les raisons exposées précédemment, que cette théorie se met le doigt dans l'œil au point de ne pas même voir qu'elle ne voit pas ce qui est, donc ce qui vient, un peu comme Pierre Legendre écrivait "Ce que l'Occident ne voit pas de l'Occident". Alors certes, la théorie de la communisation n'a rien de toxique, puisque tout le monde s'en fout, mais elle est vraiment occidée

allez savoir, avec ça, pourquoi leur fille est sourde ?

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Lun 26 Sep - 18:24


une théorie fausse au présent, peut-être juste à la fin,
donc inutile et le justifiant parce qu'elle ignore pourquoi

Bruno Astarian conclue par 3 – Problèmes d’une expression communiste aujourd’hui, et comme dans quelques passages qui précèdent, Corinne Cerise l'a remarqué aussi, c'est un peu comme s'il prenait en compte certaines de mes considérations, en faisant mine de leur répondre, puisque répétant inlassablement, comme disait Nesic, les mêmes généralités, mais en se gardant bien de toute confrontation avec mes (hypo)thèses depuis 10 ans

Karl Nesic a écrit:
Vouloir prendre à bras le corps la compréhension réelle de ce monde, ou au moins s’y essayer en évitant par exemple de répéter les mêmes généralités entendus depuis des années et déjà fausses en 1975, conduirait obligatoirement à la mise en cause de quelques certitudes, et je ne pense pas les communisateurs capables de cet exercice.

Et maintenant ? 2012


je n'ai d'ailleurs vu, depuis 2012, aucune réponse ou prise en compte de cette critique de Karl Nesic, que les blogs dndf & Cie se sont contentés de 'retwitter'...

je m'étais bien gardé jusque-là de m'en prendre frontalement à Bruno Astarian, dans la mesure où il abordait assez peu des problématiques actuelles, et pour le reste j'apprécie ses textes sur la valeur, la sortie de crise, les bidonvilles..., qui ne sont pas loin de faire l'unanimité dans le milieu de la communisation

je n'y suis venu que parce qu'il le fait dans ce texte. Sans partager, j'ai dit pourquoi, tout le diagnostic de Karl Nesic (délicatement voilé depuis par Dauvé jusque dans son hommage à sa disparition), je constate qu'effectivement Bruno Astarian est incapable de cet exercice parce qu'il se refuse à le remise en cause de ses certitudes

j'avais commencé mes remarques à propos de cette conclusion, et je n'ai pas à y revenir, puisque toute mon analyse du corps de texte confirme l'impression qu'elle m'avait faite

je dois simplement dire que je suis très déçu du peu de capacité de Bruno Astarian à ces remises en cause, et plus encore à débattre sainement. Il n'a pas publié plus que Dauvé le petit mot que j'avais mis au cul de son texte sur son blog, et je serais fort surpris qu'il le fasse. Tout est dit

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Mar 27 Sep - 6:33


via @Kommunisierung pour info au so called "milieu radical" de la communisation, qui pourra continuer à faire comme si cela n'existait pas... À défaut de commentaires sur cette critique, on attendra ceux sur le texte d'Astarian : diffusion pour approbation ? Contemplation ? ... ?


Patlotch a écrit:
aujourd'hui 06:22

@Kommunisierung  ma critique du texte de Bruno Astarian, cette page et précédente en bas

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Mer 28 Sep - 13:21


« Tout vient à poinct, qui peult attendre »

Rabelais Pantagruel Livre IV chapitre 48

au temps pour moi d'avoir écrit le 25 septembre : « Bruno Astarian n'a pas publié le petit mot que j'avais mis au cul de son texte sur son blog , et je serais fort surpris qu'il le fasse. Tout est dit. » Il l'a fait. Tout n'est pas dit, donc...

Citation :
bonjour,

texte intéressant et symptomatique. Transmis aux revues Viewpoint, Période, Historical Materialism et à Ana Cecilia Dinerstein, avec lesquels j’entretiens quelques relations ouvertes et fécondes, loin du so called « milieu radical » franco-français qui n’en finit pas de se regarder le nombril

ma critique en cours ici, derniers commentaires
THÉORICISME, THÉORIE, LUTTES et THÉORISATION : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer

bonne continuation,

Jean-Paul


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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Mer 28 Sep - 17:22


pour résumer autrement encore mon point de vue :

la théorie de la communisation a formulé dès les années 70 et précisé depuis les conditions* d'une sortie du capitalisme, une nouvelle théorie de la révolution

* Théorie communiste n'aime guère ce mot, pris dans le sens objectiviste de conditions à réaliser : « Une seule solution, la révolution ! », mais Marx l'utilisait, dans le sens de circonstances, c'est-à-dire de conjoncture...

depuis, elle s'est efforcée, soit d'observer le présent à l'aulne de ces critères révolutionnaires (l'écart de TC), soit de montrer qu'ils n'apparaissent pas (Dauvé@Nesic, troploin, et dans une moindre mesure Astarian, Hic Salta)

utopie négative et romantisme révolutionnaire à un bout, utopie abstraite à l'autre pour mesurer le réel concret actuel

l'inutilité et la "solitude" de la théorie communiste reconnues à l'excès par ses théoriciens sont intrinsèques à leur théorie, à leur méthodologie, et à leur pratique théorique sectaire

il n'est pas du tout inutile d'avoir posé ces "conditions" d'une révolution communiste, mais vain d'en chercher "l'annonce" aujourd'hui. C'est « se tromper d'époque » (Nesic), etc.

il fallait renverser tout ça pour recréer un lien entre théorie communiste au présent et luttes dans la crise dans une perspective communisatrice

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Mer 28 Sep - 22:18


place au langage poétique

sauf ingrédient nouveau à mettre sur le feu, je vais marquer une double pause, et dans la veille sur l'actualité, et dans mes considérations explicitement théoriques

je passe le relai au poète en moi, dont je n'ai pas le sentiment qu'il dise autre chose

j'ai écrit quelques poèmes sortis de mon tonneau théoricien dans les années 2000, et repris là une série à forme sonnet : COMME..., QUAND..., COMMENT... dans lesquels je reprends, en langage poétique, l'essence subjective de ce que mon autre a exprimé en théorie

qui sait lire la/ma poésie devrait y trouver un autre éclairage et pourquoi pas source de re-théorisation

j'ai écrit 42 sonnets en 3 jours, et peu à peu je retrouve une main que je ne voudrais pas laisser s'engourdir



Dernière édition par Admin le Jeu 6 Oct - 12:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Jeu 6 Oct - 12:31


la théorisation qui vient

il faut s'attendre, disais-je, à ce que les orphelins d'une théorie communiste transposable en pratique, serait-ce par quelques déformations comme on l'a vu à l'heure du succès de TC, se tournent vers la théorisation de Joshua Clover, de souche marxienne, le temps d'une pénétration en France. Voir le symposium de Viewpoint autour de so livre Riot -Strike -Riot, et particulièrement la conclusion par son auteur, ainsi que sa récente venue à Paris


aucun doute que l'ami américain des appellistes et du Comité invisible de Coupat, par son ancrage marxien et ses réflexions sur le concept de "circulation" chez Marx, fournit les éléments d'une théorie adéquate à une pratique sur le même terrain que les controverses entre appellistes, communisateurs à la Léon de Mattis, et théoriciens de la communisation

on notera que la nouvelle barbe de Clover est un élément visiblement déterminant de sa filiation à Marx et Engels

cf en relation ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Jeu 6 Oct - 13:05


comme en écho à la désespérance quasi narcissique du milieu de la communisation. Une approche un peu atypique bien que classique de Temps Critiques (Révolution du capital, Etat réseau...). A ce stade je ne sais que trop retenir du dessein d'ensemble, mais des remarques me semblent intéressantes que je souligne en gras


Les nouveaux rapports à l’État

Blog de Temps Critiques

Le texte qui suit est à l’origine un courrier à un camarade belge répondant à ses questions sur l’État et ses transformations dans la société capitalisée. Il se retrouvera sous une forme retravaillée dans le numéro 18 de la revue à paraître cet automne 2016.

Citation :
La théorie et l’oubli de la question de l’État

Le capitalisme n’est pas un « système » avec des lois qui régiraient strictement la marche du monde surtout aujourd’hui que ce monde semble en voie d’unification. C’est pour cette raison que les positions les plus courantes perçoivent cette marche du monde (« tel qu’il va » disent certains) comme une catastrophe ou une fatalité. À l’exception des rares qui voudraient refonder une théorie communiste (Théorie Communiste) ou qui maintiennent plus modestement une position de théorie critique (cf. les revues Temps critiques ou encore Krisis-Exit), l’impression générale est celle d’un manque théorique. Il n’apparaît plus de point de vue ou de perspective qui permettrait, dans sa généralité, de dégager une autre vision du monde et ses voies d’accès.

Ce qui domine, ce sont différentes formes d’immédiatisme qui se posent en recours contre l’impression de chaos. Il y a eu « l’insurrection qui vient » il y a maintenant des appels à prendre des mesures révolutionnaires comme si quelques ZAD pouvaient transformer le rapport de force général qui nous est éminemment défavorable. Le même constat d’ un immédiatisme satisfait et velléitaire* transparaît à la lecture des expériences retranscrites dans le succès de librairie (bientôt 20000 exemplaires) Constellations : Trajectoires révolutionnaires du jeune XXIème siècle (L’Éclat, 2014). Il s’agit avant tout d’y affirmer des pratiques en les auto-qualifiant de révolutionnaires. L’aporie historique des deux siècles précédents sur les rapports dialectiques entre théorie et pratique est résolue d’un coup de chapeau de magicien. La pensée devient affirmative ; il s’agit avant tout de positiver et non pas de critiquer. Voilà un nouveau credo.

* qu'on pense ici au texte Où t’es, TC où t’es ? plus haut

Devant l’obsolescence des théories du prolétariat, le manque de substance et de crédibilité de nouveaux sujets (telle la « multitude ») conçus sur le même mode que l’ancien sujet de classe, cet immédiatisme trouve de la vigueur parce qu’il réactive des lignes de fracture qui permettraient d’y voir clair et donc de trancher dans le vif. Au niveau le plus basique, cela veut dire que face à un grand projet on ne peut qu’être pour ou contre, face à une réforme ou à une nouvelle loi il en sera de même. Il n’y a plus rien de discutable au sens fort. À un niveau plus réfléchi (l’immédiatisme érigé en système peut être dotée d’une stratégie) [même remarque], il s’agit de recréer des lignes de fracture ennemis/amis qui étaient celles aussi bien des fascismes (cf. les thèses de Schmitt) que du socialisme (les « frontières de classes ») mais qui se sont grandement estompées avec la moyennisation des sociétés et la transformation de l’ancien antagonisme historique de classes en diverses pratiques de ressentiment qui ont eu pour effet de faire baisser le niveau de conflictualité centralement représenté jusqu’à présent par les luttes sur le lieu de travail.

Il ne s’agit pas de les juger a priori mais de les caractériser et éventuellement de leur renvoyer une autre image que celle sous lesquelles elles se présentent. Il faut reconnaître qu’elles constituent une réaction à une société capitalisée dont les lignes de fracture semblent s’effacer. Il y a alors un besoin soit de minimiser l’ennemi (simple parasite exploitant le general intellect pour les néo-opéraïstes tenants de la multitude, colosse aux pieds d’argile pour les insurrectionnistes), soit de le surdimensionner ou surreprésenter sous formes de forces obscures qui domineraient le monde (finance, FMN, impérialisme américain, sionisme) comme le font souvent les courants altermondialistes ou encore sous forme d’une structure abstraite de domination : le capital fait système.

Tout cela n’est pas inventé ; il y a bien une difficulté à articuler l’aspect de plus en plus abstrait revêtu par le capital et sa société. D’où les analyses en termes de « capital automate » (la revue allemande Krisis, des auteurs comme Postone et Jappe) ou encore le retour en grâce d’Althusser1 à travers les notions d’instances et de surdétermination reprises, par exemple, par la revue Théorie Communiste. Dans cette perspective, il y a séparation entre ce qui serait de l’ordre d’un « système », d’une structure et ce qui serait de l’ordre de l’État. La critique ou même la simple préoccupation de ce qu’est cet État aujourd’hui et de ce que cela implique au niveau des pratiques politiques font défaut. Cet oubli ou en tout cas cette secondarisation de l’État reste toutefois une position peu courante d’autant qu’elle repose en général sur un socle théorique affirmé, par exemple celui qui a pour perspective « la communisation » (la revue Théorie Communiste et ses épigones) et une diffusion limitée de ces thèses. Ce qui domine plutôt et s’étend jusqu’à certaines sphères médiatiques de second rang comme Le Monde diplomatique et la revue Alternatives économiques, ce sont les positions qui cherchent à percer ce qui se cachent derrière la nébuleuse financière et l’apparente impersonnalité de la domination bureaucratique et technologique ou derrière la mondialisation (cf. les discours explicatifs en termes de complot et aussi parfois les discours « alter » ou écologistes). Ces positions secondarisent elles aussi l’État, du moins dans sa dimension nationale dans la mesure ou toutes font état d’une perte de souveraineté nationale justement par rapport au processus de globalisation/mondialisation.

Les nouvelles articulations de la puissance 2

Dans cette perspective, l’État national au sein du capitalisme mondialisé est perçu comme écartelé entre d’un côté la nécessité de rendre compatible les intérêts de son économie nationale alors que la concurrence économique internationale, et de l’autre la nécessité de sa survie conçue en termes sécuritaires avec l’idée d’un État réduit au ministère de l’Intérieur dans une « société carcérale 3» (Police partout, justice nulle part) dans laquelle règne la vidéo-surveillance et le fichage généralisé. Là encore, rien d’inventé. Un discours et des mesures sont effectivement mises en place afin d’une part, de restituer la figure d’un ennemi de l’intérieur (le plus souvent imaginé : « l’anarcho-autonome ») quand celle de l’ennemi traditionnel de classe a disparu au profit de contestations diffuses et de « trajectoires révolutionnaires » innovantes ; et d’autre part de répondre au caractère diffus des guerres asymétriques que livrent des organisations terroristes internationales dont on ne sait plus si elles méritent le nom d’ennemi extérieur ou d’ennemi intérieur.

Le renforcement des moyens de contrôle de l’État par l’intermédiaire des nouvelles technologiques (contrôle des communications, vidéo-surveillance, relevés d’ADN, bracelets électroniques)) et une tendance à la criminalisation des luttes à travers une politique répressive, sont censés répondre au développement général d’un sentiment d’insécurité diffus et élargi. Il parait lié non seulement aux peurs de « possédants » de plus en plus nombreux, de plus en plus variés parce que de plus en plus « petits » (propriétaire de son logement jusqu’à sa voiture en passant par son portable), mais aussi aux caractéristiques d’une société capitalisée dans laquelle la « liberté » croissante liée à un processus d’individualisation toujours plus poussé, se paie d’une flexibilité et d’une précarité elles aussi croissantes. Le capital produit du risque et de l’insécurité. Le résultat c’est une menace diffuse qui pousse plus au retrait des individus qu’à leur intervention sociale-politique. Face à cela l’État, lui, peut se présenter comme celui qui a tous les droits puisqu’il est le responsable de la conservation et de la reproduction du rapport social d’ensemble. Il n’est pas tenu par un pacte social comme le croît la pensée de gauche, puisqu’il n’en est plus seulement le sujet comme à l’apogée de l’État-providence mais aujourd’hui plutôt la conséquence comme si, en apparence nous étions revenus à l’État-minimum de l’époque de Hobbes.

C’est le temps de la « démocratie absolue 4» qui interdit de plus en plus des comportements jugés à risque tout en « libérant » de plus en plus les mœurs. Le nouveau sens civique c’est celui de la responsabilité avec inversion de principe. Ce qui est jugé de l’ordre de la délation et de la collaboration sous les fascismes devient une simple vigilance dans la démocratie absolue qui permet d’en appeler à la dénonciation des sans papiers. Contrairement à ce que disent certains 5, l’initiative de ces politiques n’est pas le fait unilatéral de l’État puisque justement les individus-démocratiques et leurs nouveaux types d’associations vont au devant des demandes de civisme de l’État [l'idéologie populiste n'est pas d'abord le produit de leaders populistes] en transformant eux-mêmes leurs réactions immédiates et personnelles en demandes de droit ou en dépôts de plaintes comme le montrent aussi bien des habitants de quartiers qui ne supportent plus les « nuisances » dues aux pauvres ou aux personnes déplacées ou encore le traitement de la question du harcèlement. Par exemple, sur la question du fichage, que ce soit par l’intermédiaire de cartes d’identité nouvelle formule, des cartes vitales, des cartes bancaires ou des multiples cartes de consommateurs ou que ce soit par l’utilisation de des courriers électroniques ou des téléphones, le fichage est généralisé … et accepté dans le cadre d’un donnant-donnant. C’est ça le principe du « capitalisme et de la démocratie comme moins mauvais des systèmes ». Chaque individu-démocratique tient les comptes et sa balance qui établit un ratio avantages / inconvénients. Cela rend toute lutte un peu vaine ou alors juste pour le principe. Il en fut ainsi de la lutte contre le fichage des enfants à l’école primaire dans la réforme de 2008.

C’est pourquoi il faut replacer l’ensemble de ces mesures, de cette politique, dans le cadre des nouvelles articulations de la société capitalisée et non pas faire d’une tendance, par exemple celle qui verrait se développer une « société carcérale », une tendance dominante ou même unique. Ce qu’il faut mettre à jour, c’est cette articulation entre la politique, le social et le juridique avec très souvent une réduction du politique au juridique que ce soit dans le cadre de l’état d’exception comme dans l’Italie des « années de plomb » ou dans le cadre du libéralisme qui réduit la lutte pour l’égalité à des luttes contre les discriminations et pour l’équité. Articulation aussi entre socialisation, reproduction, domination et soumission. Articulation enfin entre le local et le global puisque l’État n’est pas vu comme l’instrument de cette dernière articulation quand il s’exprime et intervient sous sa forme réseau. Le global n’étant plus que partiellement médié par les anciennes institutions (crise de l’État dans sa forme d’État-nation), ce global apparaît comme un Léviathan qui nous serait extérieur. Il nous ferait face comme si nous ne participions pas à sa reproduction alors que raisonnent de toute part des appels à l’État qui ne remplirait plus son rôle protecteur ou des appels à des comportements citoyens qui visent à recomposer une société civile pour éviter le face à face dont nous venons de parler. Aujourd’hui, l’informatisation du social implique une dialectique croissante entre les formes contemporaines de contrôle d’un État qui utilise largement les moyens technologiques et l’auto-contrôle des individus-démocratiques fixes et reconnus qui soudaient la communauté ouvrière. Il lui oppose le temps d’aujourd’hui, celui de l’individualisation des rapports sociaux, de la crise du travail et de la famille et du sentiment d’insécurité qui en découle.

Les phénomènes de groupes, y compris dans les révoltes de banlieues ne se comprennent plus en termes de luttes de classes mais en termes de bandes y compris quand il s’agit d’affronter une police qui se comporte elle-même parfois comme une bande. Le développement au grand jour des activités religieuses parce qu’encouragées par l’État et les institutions religieuses officielles, ainsi que le développement d’activités illégales parallèles, largement tolérées par cette même police parce que largement tolérées par l’État, vont dans le sens d’une stabilisation même si tout n’est pas « sécurisé ». Jusqu’à un certain point, activités sociales légales et activités illégales compensent en partie le manque d’activité-travail traditionnel.

Des manques théoriques aux dérives pratiques

L’État n ‘est pas perçu comme un concentré de la société et comme en inhérence avec le capital dont essaie de rendre compte notre concept de société capitalisée. Il en résulte un retour à l’idée de société civile en décalage avec l’État, la politique et les politiciens corrompus. Ce manque d’acuité critique produit une augmentation de ce qu’on pourrait appeler le taux de compensation avec le développement de positions principalement « anti » ; anti Berlusconi ou anti-Sarkozy, anti-capitaliste sans plus de précision, anti-américaine, antisioniste et anti-fasciste. Toute perspective révolutionnaire apparaissant utopique, on assiste à un repli désabusé ou au contraire frénétique sur des petits communs dénominateurs. Les communautarismes remplacent l’internationalisme, le ressentiment remplace la conscience de classe, la suspicion complotiste remplace la réflexion. [relevons que ce communautarisme n'est pas moins celui des divers activismes pratiques ou théoriques]

Ce manque théorique s’accompagne d’une dérive pratique quand des mouvements comme ceux anti-TAV du Val de Suze ou anti nouvel aéroport de NDDL ou encore contre le gaz de schiste ont tendance à jouer le local contre le global, c’est-à-dire concrètement le pouvoir municipal contre l’État comme si ces pouvoirs locaux ne constituaient pas des segments du réseau global, le paradoxe étant que ce sont souvent les mêmes qui critiquaient le « citoyennisme » hier qui en revêtent les oripeaux aujourd’hui. Pourtant, si l’idéologie ne nous obscurcit pas la vue, il faut bien reconnaître que ce qu’il y avait de vivant dans le local tend de plus en plus à disparaître sous le coup des transformations du rurbain et ce qui surgit n’est souvent qu’un local recrée, artificiel dans son opposition au global. Cette reterritorialisation s’effectue sur une déterritorialisation déjà bien avancée.

Aujourd’hui, c’est l’État dans sa forme réseau qui se fait le dépositaire du multiple… comme nouvelle forme de l’Un. L’action contre l’État aujourd’hui revêt alors la forme d’une critique et éventuellement d’une lutte contre les anciennes médiations institutionnelles qui apparaissent comme les représentantes d’une norme universelle qui a perdu tout sens progressiste ou émancipateur. C’est l’immédiateté produite par le processus de globalisation qui tend à assurer l’équivalence entre ce qui est de l’ordre de l’individualité et ce qui est de l’ordre de l’universalité à travers le triomphe du relativisme culturel et idéologique.

Là encore la révolution du capital a frappé et nous ne sommes pas loin de « l’individu immédiatement social » souhaité par Marx, mais sans perspective communiste.

Comme l’État-nation a pu être un État-stratège (et l’être puissamment), l’État-réseau peut aussi être un État-stratège. Mais il l’est à sa manière, c’est-à-dire en créant ou en activant des groupes et des organisations qui seront les opérateurs d’une action politique et idéologique particulière. Son action passe beaucoup moins par les médiations institutionnelles du système éducatif (inspections, rectorats, directions des établissements, formation des maîtres, administration des carrières, évaluations, etc.) bien qu’elle ne s’y oppose pas mais cherche plutôt à la déborder. En effet, elle passe davantage par la mobilisation de réseaux ad hoc, de groupes et d’individus-relais. Il s’agit d’une stratégie de type campagne politique et morale, une action de néo agit-prop en quelques sorte (En 1954, Mendès-France avait anticipé avec sa campagne sur « un verre de lait pour tous les élèves, le matin, à l’école »). Ainsi, la campagne ABCD a été préparée par une fraction minoritaire de l’appareil d’État (Ministère du Droit des femmes) avec des experts qui associés aux lobbies (ici les lobbies genristes) et à certaines associations « citoyennes » vont ensuite la programmer dans l’organisation de l’école, dans son emploi du temps, dans ses méthodes pédagogiques, etc. La position du Ministère de l’Éducation Nationale, qui a ici une fonction de régulation et de contrôle de la stratégie, a peut être induit des conflits d’intérêt politique dans la gouvernance étatique du pouvoir socialiste.

Un État moderne aujourd’hui c’est un État qui se fait concentré de société de la même façon qu’il exprime son inhérence au capital 6. Mais le procès de totalisation ne prend pas la figure d’un nouveau Léviathan ou de Big brother.

Il y a totalisation en réseaux dans laquelle les forces de pouvoir diffusent de manière centrifuge alors qu’elles accumulaient et centralisaient de façon traditionnellement centripète. La question écologique est révélatrice des logiques nouvelles des États.

Quelles que soient les différences entre États nationaux, ces derniers, quand ils comptent encore en termes de puissance, affirment leur souveraineté et leur pouvoir par le contrôle des politiques énergétiques, environnementales et ne l’oublions pas, alimentaires. En France la compétence technique est concentrée dans l’État (la forme État-nation y perdure plus qu’ailleurs suite aux caractères particuliers de la révolution française) [c'est un aspect que j'ai relevé de L'idéologie française] à travers quelques institutions à forte autorité ou dans des entreprises satellites comme EDF ou des instituts comme l’INRA. En Allemagne il se produit un jeu complexe entre Länders, Parlement fédéral, Communes et tribunaux administratifs. Le passage à l’État-réseau y est plus avancé puisque cette complexité des liens a pour fonction de recueillir, confronter et synthétiser les différents intérêts. Mais dans ces deux cas pourtant différents on assiste à un accroissement du pouvoir des administrations et de leurs experts donc beaucoup travaillent en lien avec les grandes entreprises ou des institutions financières. Il n’en est pas de même dans les pays anglo-saxons de tradition libérale qui ont poussé loin les déréglementations. L’État doit aussi y être très présent mais pas pour les mêmes raisons. Il ne doit pas ralentir les choses pour prendre de la hauteur car son but est d’accélérer les processus de capitalisation y compris en dehors de toute procédure démocratique.

Des rapports paradoxaux à l’État

Paradoxalement, les interventionnistes et les non interventionnistes se retrouvent sur la nécessité du poids de l’État, mais d’un État transformé. Il n’est plus question « d’autonomie » de l’État ou à l’inverse d’un État de classe. Et pas plus de l’autonomie d’une société civile qui est aussi morte que la société politique. La lutte pour les droits de l’homme qui était censée produire de l’écart à l’État, de la contestation de l’arbitraire quand il se pose comme dépositaire de l’Un et du changement social produit aujourd’hui l’individu du marché et du libéralisme avec ses multiples particularismes. Le moindre des paradoxes n’est pas celui qui voit aujourd’hui des « indignés » demander la « démocratie réelle », c’est-à-dire le rétablissement de la société civile alors que cette demande ne peut justement pas être faite à un État qui s’est fait le dépositaire du multiple.

Le consensus autour de nouveaux droits fait que le sujet de droit (ce dernier bien souvent entendu comme droit naturel pré-révolutionnaire) remplace le citoyen (au sens de 1789) même si le discours étatiste se fait contorsionniste afin de rendre les deux compatibles.

L’État retrouve une légitimité autoritaire dans la mesure où il est chargé de faire tenir ensemble ces éléments du multiple quand il ne semble plus possible de trancher entre d’un côté des droits fondamentaux apposés aux institutions traditionnelles qui forment les bases de la souveraineté ; et de l’autre des nouveaux droits qui remettent en question les normes anciennes de l’institué.

Le passage de l’État-nation à l’État-réseau est donc tout sauf un long fleuve tranquille parce que comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, nous n’avons pas affaire à un « système » même si le terme est difficile à éviter ne serait-ce que pour des raisons de facilité de langage. Ainsi, la forme État-nation et la forme démocratique ont-t-elles largement contribué à encadrer et contrôler les transformations conduisant de la domination formelle à la domination réelle du capital, même s’il a fallu en passer par deux guerres mondiales et des destructions massives de population et de biens. Or aujourd’hui, la forme État-réseau ne semble pas avancer du même pas. Les transformations continuent certes mais sans que des médiations jouent encore leur rôle de ciment sur lequel puisse prendre pied et se développer une nouvelle dynamique. Le contrat social global qui unissait les classes au-delà même de leur antagonisme au sein de la nation disparaît dans la forme réseau pour laisser place à une contractualisation généralisée mais particularisée quasiment au cas par cas et souvent délocalisée et décentralisée.

Cette absence palpable d’antagonisme et de luttes frontales est anxiogène pour des pouvoirs en place (quels qu’ils soient) puisque leur pouvoir n’apparaît plus guère légitime : l’image des « patrons-voyous » et des politiciens « tous pourris » nous le rappelle. Ce n’est que leur puissance qui est respectée et pour nous qui concevons encore la lutte comme ayant vocation à devenir un mouvement de subversion de ce monde, c’est l’image de notre impuissance qui prédomine et décourage : c’est l’insurrection qui (ne) vient (pas).


1. Toute reprise est l’objet d’une rénovation et d’un tri pour dégager le bon grain de l’ivraie. Il est évident, aujourd’hui, que ce n’est pas l’Althusser des « appareils idéologiques d’État » qui est revivifié puisque ces derniers sont justement en crise. Ce qui est mis en avant c’est que que l’infrastructure règne maintenant en maître, sans voir que ce qu’il faut dépasser, c’est une analyse en termes de séparation entre infrastructure et superstructure pour comprendre les transformations récentes du rapport social capitaliste. [↩]

2. Un texte plus conséquent est consacré à cette question paraîtra cet automne dans le n°18 de la revue. [↩]

3. Un « État pénal » comme l’appellent certains gauchistes (en Italie surtout) ou le sociologue bourdieusien Loïc Wacquant dans ses études sur la répression de la délinquance aux États-Unis. Il ne serait nullement antagonique avec un État social comme le montre l’exemple historique de l’Allemagne de Bismarck. À l’inverse, la IIIème République française nous offre l’image d’un État démocratique sans assistance sociale ni loi sur les pauvres. [↩]

4. Cette notion est avancée par Claudio Ielmini dans Le léviathan et le terrorisme (Mille et une nuits). [↩]

5. Par exemple Anselm Jappe dans son article « la violence mais pour quoi faire » (Lignes, n°25, mai 2009). [↩]

6. Et toute affaire y devient une affaire d’État. [↩]


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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Jeu 6 Oct - 13:45


importé du fil sur la méthodologie, DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE



suite sur la dialectique qualités/quantités dans la théorie communiste

une des plus grandes difficultés de la théorie dialectique du communisme réside dans le bonne appréciation des rapports entre qualités et quantités dans la dynamique et les limites de (im)possibles dépassements

il faut bien reconnaître que dans cette période de basses eaux de la lutte de classe posant l'abolition du capital comme perspective, nous sommes livrés à des conjectures marquées par le subjectivisme et l'objectivisme militants, y compris au sein d'une théorie consciente de leur nuisance, car nous n'échappons pas à la foi du croyant, c'est-à-dire au désir de révolution, et la bouteille pessimisme vs optimisme se remplit et se vide selon les besoins psychologiques de chacun face à l'impossible objectivité de la théorie en tant qu'elle est communiste, donc engagement participant des luttes, dont elle ne saurait se retirer sans perdre son sens

ainsi, il n'y a que l'épaisseur d'un papier à cigarette entre activistes supposés immédiatistes et théoriciens de la "médiation temporelle" incontournable, pour autant que ceux-ci produisent encore de la théorie en s'arrachant à leur splendide solitude

comme me l'écrivait Adé, nous sommes ainsi tous activistes, y compris « théoriciens qui continuent à s'activer (tous activistes) ». Mais au fond, pourquoi pas ? Avec cette question :


Adé a écrit:
Tout cela a-t-il, in fine d'autre intérêt que celui de faire exister les auteurs, les groupes ou les individus, une démarche de recherche de sa propre existence, une façon de se considérer.

Les polémiques sont le pain quotidien des groupes et tendances révolutionnaires, c'est ce qu'il reste à faire quand rien de positif n'émerge, un succédané à l'espoir créateur, aux luttes créatrices.


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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Mar 11 Oct - 20:53


avec Corinne Cerise, ce jour


à propos de « C'est au présent que nous parlons de communisation »

Théorie Communiste coincé sur sa propre base


Corinne Cerise a écrit:
J'ai vu que vous enfonciez le clou sur le texte "Où t'es ? TC où t'es". J'avoue ne pas y comprendre grand chose n'ayant pas lu TC 25. Néanmoins je trouve ce texte assez peu convaincant. J'ai l'impression que chacun dans le milieu souhaite se montrer, voire désire simplement exister. Je ne sais pas ce que vous en pensez.

Patlotch a écrit:
1) votre sentiment rejoint l'appréciation de adé

Adé a écrit:
Tout cela a-t-il, in fine d'autre intérêt que celui de faire exister les auteurs, les groupes ou les individus, une démarche de recherche de sa propre existence, une façon de se considérer.

Les polémiques sont le pain quotidien des groupes et tendances révolutionnaires, c'est ce qu'il reste à faire quand rien de positif n'émerge, un succédané à l'espoir créateur, aux luttes créatrices
.


2) si j'enfonce le clou, c'est en marge de l'essentiel de ma réflexion théorique, parce que ce milieu me semble s'être mis lui-même en marge des réalités, fermé à lui-même dans ses contradictions, variantes et oppositions. Pas un hasard que ce texte sorte au même moment que celui d'Astarian, mais qu'il ne s'adresse qu'à TC leur pourvoyeur en théorie pour la pratique, dont les auteurs sont les enfants déçus après l'échec de Sic et de la théorie de l'écart. Ils se situent entre les "immédiatistes activistes" (L'appel, Comité invisible) et les thèses de TC mal digérées, disons le milieu plus jeune dont Léon de Mattis est un peu le "leader objectif"

le contenu est faible, contradictoire. TC ne dit rien, mais c'est habituel. Que pourrait-il répondre, au delà des bribes de BL qui passe à côté de façon caricaturale ? TC a entretenu l'activité de ses adeptes par un ambiguïté calculée ("c'est au présent que nous parlons de communisation" ouvrant la porte à "communisons nos vies" pour se plaindre ensuite d'être incompris). Il lui faudrait donc faire une autocritique sérieuse pour pouvoir (en) répondre. Alors comme d'hab' (cf dndf), on a des morceaux de discussion qu'on peine à recoller, chacun assénant, sans écouter l'autre, plus de certitudes que posant à nouveaux frais des questionnements : experts en avortements de tout débat engagé

je ne suis pas loin de considérer qu'il y a là une pathologie qui doit plus à des personnalités et des caractères, qu'à des positions claires, tellement elles sont hors-sol par rapport au moment actuel au niveau mondial

le texte d'Astarian, qui est loin de ce commérage, permettait je pense de cerner mieux les raisons de l'auto-isolement des théoriciens, Dauvé et TC compris

je n'ai pas lu TC25 non plus, que je me procurerai à l'occasion, mais je crois que le texte vise toute l'histoire de TC depuis leur "assemblage" cad les années 2000, donc TC 18 ou 19, Meeting et Sic


dit autrement :

il a toujours été pour moi évident que cette formule, encore citée en exergue de dndf, était idéale pour tout à la fois :

- poser la communisation comme problème à penser dès maintenant, par une théorie mettant en perspective la révolution, ce qui n'est pas critiquable

- le faire dans la confrontation avec les "activistes immédiatistes" pour sortir de sa marginalité et assurer la diffusion de TC au-delà de son lectorat habituel avant 2000, tout en les critiquant (RS vs Léon de Mattis comme raison d'être et colonne vertébrale de Meeting). Ici, Astarian et Dauvé sont hors de cause, TC porte seul l'entière responsabilité de cette fuite en avant

la "théorie de l'écart" le permettait, puisqu'elle voyait dans les luttes d'alors s'annoncer des dépassements, dont ces "activistes" auraient été ici ou là partie prenante (notamment pendant le CPE où quelques camarades de Meeting ont joué un rôle dans les blocages lycéens et étudiants)

mais la 'théorie de l'écart' s'est avérée fausse, ou du moins prématurée, car sans preuve empirique concrète, seulement des projections fantasmatiques surinterprétant de rares luttes et généralisant cette observation trop partielle. Du reste, RS l'a reconnu : "le cœur est allé plus vite que la tête... trop vite en besogne", mais sans pouvoir en tirer les conséquences pour sa pratique théorique, puisque sa théorie est intrinsèquement théorie d'une future révolution dont elle cherche l'annonce aujourd'hui :

j'affirme depuis des années, et je l'ai démontré, que Théorie Communiste est coincé sur sa propre base. Il ne s'agit donc plus d'une polémique entre eux et moi, mais de leur problème propre, qui explique leur crise actuelle et leur impossibilité de productions théoriques fécondes depuis un certain temps, dont la responsabilité serait le blocage de la lutte des classes : encore cette conviction d'avoir raison contre le réel, qui se trompe... Qui explique aussi pourquoi TC, ainsi auto-coincé, ne peut rien dire de mes propositions théoriques, et se comporte du coup comme si elles n'existaient pas : ce qui est réel est rationnel, surtout chez d'indécrottables hégéliens

devant le vide théorique (du moins dans l'inintérêt pour mes thèses) cette alliance opportuniste s'effondre par son maillon faible, des "partisans de la communisation" qui n'y trouvent plus de quoi conforter leurs engagements, ceux-ci n'ayant d'ailleurs rien d'original dans l'idéologie des "cortèges de tête"

TC ne s'est jamais autocritiqué de cette instrumentalisation/manipulation de ses "partisans" douteux, et a ensuite usé du même draguage des féministes radicales avec sa théorie genre/classe : on ne pouvait littéralement pas émettre des réserves sans se faire déglinguer chez Pepe@dndf. Non seulement c'est raté, mais ils ont eux-mêmes raté le clivage essentiel des féministes aujourd'hui, qui passe par la question raciale et les luttes féministes décoloniales, et tout ce milieu prend des positions interlopes jouant gravement avec l'idéologie française du "communautarisme" des luttes décoloniales. Ça n'a pas échappé à tout le monde, cf dernier commentaire chez dndf :


Temps perdu a écrit:
le texte ici présent sous-entend juste que communautarisme et racisme sont immédiatement la même chose. Le besoin de faire communauté, le profit qu’en tire la classe capitaliste, et le racisme en tant que tel, et surtout comme mesures concrètes (histoire, lois + exemples etc.), n’y sont pas traités. Ça sent simplement le sous-entendu douteux.

Est-ce parce qu’ils sont trop communautaristes que les prolétaires sont sujets à subir le racisme ?


le texte 'Où est TC...' est la déception de ces adeptes qui avaient enfourché ce cheval técéiste. Ils sont tombés de cheval et reprochent aujourd'hui à TC d'avoir abandonné cette ligne, mais tout ce rapport entre eux est un gruyère dont ni les uns ni les autres n'expliquent ou ne veulent voir que les trous sont plus importants que la pâte

des malades d'eux-mêmes qui ne veulent pas se soigner. On leur souhaite de guérir

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Jeu 13 Oct - 10:32


le texte Où t’es, TC où t’es ? diffusé par dndf 3 octobre, ses commentaires et les miens ont été déplacés dans un sujet en annexe/archives





les enfants de TC tuent le père



vu l'intérêt décroissant et leur peu de sérieux, je le retire de ce sujet. Je perdrai moi-même toute crédibilité théorique en poursuivant mes commentaires dans le cadre de ce qui avait encore un enjeu avant de discerner théorie de la révolution (au futur) et théorie communiste (au présent), quitte à les articuler comme je le fais en héritier de Marx

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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Mar 25 Oct - 15:22


migère de la philosophie

Interpréter le monde prête à le gérer
Transformer le monde invite à le gerber


« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières,
ce qui importe c'est de le transformer.»


Marx Thèses sur Feuerbach XI


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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Mar 25 Oct - 17:52


poétique de la révolution

la poétique de la révolution n'est pas une "poétique révolutionnaire"
mais révolutionnante, le poétique dans la révolution
le poétique de la révolution même

la poétique de la révolution réalisera la théorie en la supprimant
au sens de Marx, faire la révolution réalise la philosophie en la supprimant



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MessageSujet: Re: THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"   Mar 25 Oct - 18:30


théorie de problèmes

la théorie communiste, celle de la révolution surtout,
à la différence des autres théories sans doute,
pose plus de questions qu'elle n'en résoud (ne peut en résoudre), par définition

c'est une des raisons qui rend stupide l'idée militante
de considérer la théorie comme guide pour la pratique,
ce serait plutôt l'inverse


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THÉORICISME : on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer / THÉORIE COMMUNISTE et/ou THÉORIE de la RÉVOLUTION ? Sur la théorie de la communisation et sa "solitude"
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