PATLOTCH / COMMUNISME / un ART de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES, ÉCOLOGISTES... et POÉTIQUES !
 
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 ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie

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Patlotch



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Dim 28 Jan - 5:24


Les images de consommateurs prêts à en venir aux mains pour de la pâte à tartiner ont provoqué de nombreux commentaires. Que doit-on en conclure?

Citation :
Jeudi 25 janvier, l’enseigne Intermarché propose une promotion sur les pots de la célèbre pâte à tartiner Nutella: -70% sur le prix habituel. Dès l’annonce, c'est la ruée dans les magasins. Des centaines de clients, intéressés par cette ristourne spectaculaire, se jettent sur le produit en tentant d'en acheter le plus possible.

Des dizaines de magasins, dans le Nord, le Pas-de-Calais, mais aussi le Rhône, la Loire ou le sud de la France, furent le théâtre de véritables émeutes. Des bagarres telles que plusieurs fois, les gendarmes durent intervenir. Alors que les étals se vidaient en quelques minutes, certains en sont même venus aux mains.


•KENNY LE BON•
@kennyLebon
Serieux ??!! Tout ça pour du Nutella ?! #Emeute #Nutella


Selon le récit du quotidien régional Le Progrès, le premier à avoir fait état de ces accidents, les clients «se sont acharnés comme des animaux. Une femme s’est fait tirer les cheveux, une dame âgée a pris un carton sur la tête, une autre avait la main en sang. C’était horrible».

D’autres, ensuite, passé la consternation et l’étonnement (on parle quand même de bagarres pour de la pâte à tartiner), ont cherché à expliquer ces événements, à comprendre comment nous avions pu en arriver-là, en 2018. Sur Twitter, certains ont regardé les taux de chômage des villes autours des Intermarché incriminés et en sont arrivés à la conclusion suivante : ces rixes sont l'expression d'une détresse sociale.


@objectifocean
Au dela de "Ouh, les cassos, ils se battent pour un pot de #Nutella..."
Regardez le taux de chômage autour des #intermarché en question.
Ostricourt 20%
Roubaix 30%
Wingles 20%
Marles-les-Mines 27%
Saint-chamond 20%
Saint-Cyprien 25%
Rive-de-Gier 20%
Voilà...
(source Insee 2014)


Le chômage, la précarité, la pauvreté seraient-elles donc la cause principale ? Le Nutella, produit de consommation courante, est largement acheté par les franges populaires de la population. Il se pourrait qu’il ait été victime de son succès dans les territoires les plus populaires.

D’après Benoît Heilbrunn, professeur de marketing à l’ESCP Europe, la pâte à tartiner italienne fait partie de ces produits industriels connus ayant réussi à «créer des référentiels culturels qui fonctionnent comme des points d’ancrage».

«Les produits industriels touchent davantage des milieux défavorisés qui, du fait d’un niveau d‘éducation souvent plus faible que les milieux aisés, ont plus de mal à se déprendre de la rhétorique des marques sur le goût, le plaisir, la forme, etc. Ainsi, les produits industriels parviennent plus facilement à toucher les individus défavorisés économiquement alors que l’on va trouver davantage de produits frais dans les milieux aisés.»

Les émeutes auraient donc eu lieu parce que sévit la pauvreté et la précarité. Les taux de chômage, largement supérieurs à la moyenne nationale, seraient un indicateur du niveau de confiance et de solidarité entre les individus. Le renforcement du sentiment d’individualisme et d’égoïsme, couplé à la détresse sociale, seraient-ils l’explication de cette «guerre du Nutella» ?

Des études contradictoires

Si cela est avéré, c’est très inquiétant. Qu’en 2018, nous puissions être témoins de bagarres pour de simples pots de pâte à tartiner à 1,41 euro, en dirait long sur l’état de notre économie et de notre cohésion sociale.

La cause serait la montée des inégalités, de la pauvreté et du sentiment de déclassement. Un récent rapport de l’ONG Oxfam surfe sur cette vague de dénonciation et montre comment, depuis une vingtaine d’années, les pays occidentaux ont renoncé à la redistribution et au partage des richesses. Pour l’économiste David Cayla, responsable de la rédaction de l’étude d’Oxfam, «la fortune totale des dix plus grandes fortunes françaises a été multipliée par 12 pendant que le nombre de pauvres augmentait de 1,2 million de personnes. Résultat : en 2017, seuls 32 milliardaires français possèdent autant que les 40% les plus pauvres de la population française.»

La France serait de plus en plus inégalitaire et sa situation expliquerait le délitement de la société et de ses membres. Est-ce la seule explication aux «émeutes Nutella» ?

Slate avait montré, dans un article de 2016, les limites méthodologiques de l’étude d’Oxfam. Malgré les conclusions alarmantes, il existait des biais dans l’analyse et, dans la construction, des chiffres qui ne permettaient pas de conclure objectivement à une montée claire des inégalités. [c'est pourtant ce qui semble ressortir ces derniers temps...]

D’autres études, mieux référencées et plus étayées, font état d’une baisse des inégalités et d’une amélioration du niveau de vie. L’Insee, notamment, a montré que, depuis 2014, le revenu annuel moyen en France atteint des niveaux supérieurs à ceux d’avant la crise économique de 2008.

En novembre 2016, dans son «Portrait social de la France», l’institut de statistique prouvait déjà «une hausse du niveau de vie de 0.5% en moyenne par an pour les ménages les plus modestes depuis 2013» et une réduction de l’écart de rémunération entre les plus riches et les plus pauvres, un rapport passant de 4.16 à 4.12. Quant à l’indice de Gini, indicateur de référence sur les inégalités, il connaissait une baisse historique, atteignant le seuil de 0.285, synonyme de société particulièrement redistributrice.

Des constats qui rejoignent un rapport de l’OFCE, le laboratoire de recherche de Sciences-Po Paris, paru en 2012. D’après ce dernier, intitulé «Inégalités de salaires et de revenus, la stabilité dans l’hétérogénéité», les écarts de niveau de vie n’ont cessé de diminuer, malgré un sentiment constant d’inégalité et d’injustice:

«Depuis les années 1980, le sentiment d’inégalité semble contredit par la hausse relative des bas salaires et la stabilisation des écarts de niveau de vie entre les salaires élevés, le salaire médian et les bas salaires.»

Un sentiment d'insécurité qui persiste

Ce ne sont donc pas les inégalités ou la grande précarité qui expliquent les heurts violents, la destruction de la solidarité et la fragilisation de la cohésion sociale, puisque ces causes semblent disparaître depuis une trentaine d’année. Le problème est plus complexe : c’est le sentiment d’insécurité économique, la peur du déclassement et la croissance de la méfiance collective qui semblent expliquer ces comportements.

Nous en venons à nous jeter sur les promotions pas forcément parce que nous sommes pauvres mais parce que nous avons le sentiment que cela pourrait nous arriver. Le sociologue Eric Maurin expliquait déjà ce phénomène dans son livre La peur du déclassement, en 2009 :

«Cette angoisse sourde, qui taraude un nombre croissant de Français, repose sur la conviction que personne n’est "à l’abri", que tout un chacun risque à tout moment de perdre son emploi, son salaire, ses prérogatives, en un mot son statut. En rendant la menace plus tangible, les crises portent cette anxiété à son paroxysme. Source de concurrence généralisée et de frustrations, la peur du déclassement est en train de devenir l’énergie négative de notre société.»

Et aucune action politique ou économique ne pourra changer ce constat. Nous avons peur, même si les risques de chute sont quasiment inexistants, même si les initiatives sociales nous protègent contre toute forme de risque, nous persistons dans un sentiment de crainte et d’anxiété. Et certains en viennent alors à se battre pour du Nutella …

sentiments mêlés à la lecture de cet article. Il me semble qu'il y a effectivement de l'angoisse sociale, mais sur fond de montée d'inégalités. Quoi qu'il en soit, au niveau de la pauvreté, ce n'est pas l'inégalité qui compte, mais la situation vécue, la réalité du "pouvoir d'achat", ou plutôt de l'impuissance d'achat. C'est pourquoi ces "émeutes" ne s'en prennent pas aux riches ou aux symboles de la richesse, ni ne pillent les magasins, mais font leurs courses dans la concurrence entre consommateurs, en miroir de la concurrence entre marchands

même écho chez Révolution permanente, du NPA

PRÉCARITÉ ET MÉPRIS DE CLASSE
Emeutes pour du Nutella en promo : ce que cela révèle de notre société
Cléo Rivierre NPA.RP 26 janvier

Suite à une promotion de 70% sur le pot de Nutella chez Intermarché, de nombreux accrochages entre clients, parfois violents, se sont produits dans ces magasins. Provoquant beaucoup de réactions dans les grands médias et sur les réseaux sociaux, cet événement révèle la précarité croissante de la société actuelle et ses conséquences.


Citation :
Jeudi 25 janvier était organisée une promotion de 70% sur le pot de 950g de Nutella dans de nombreux magasins Intermarché, faisant passer le pot de 4,50€ à 1,41€. Cette promotion exceptionnelle organisée par l’enseigne de supermarchés a provoqué de nombreux embouteillages, bousculades, voire « émeutes » dans certains magasins, allant jusqu’à des interventions de la gendarmerie suite à des coups échangés entre clients.

Dans les médias dominants et sur les réseaux sociaux, on a pu voir un profond mépris de classe dans le traitement de cet évènement : les personnes qui se seraient jetées sur le Nutella seraient en effet « pathétiques » ou ridicules, des « animaux », des « moutons », etc. Certains insistent également sur le fait que cette pâte à tartiner est particulièrement nocive pour l’environnement dans sa production (huile de palme) et nocive pour la santé. Par conséquent, les personnes qui se sont jetées sur le Nutella seraient irresponsables, à la fois vis-à-vis de l’environnement mais aussi de leur propre santé.

En effet, le Nutella est un produit très addictif, bourré de sucres et de graisses, le rendant très addictif, et ce au mépris de la santé des consommateurs et des conséquences de sa production sur l’environnement. Cependant, ce sont les entreprises, dans ce cas-ci Ferrero, qui produisent et vendent ces produits qui sont responsables de ses effets néfastes, tant sur le plan environnemental que sur celui de la santé des clients. Des entreprises qui sont prêtes à tout pour vendre leurs produits nuisibles, au mépris de la santé des individus, ici en l’occurrence des effets néfastes de l’huile de palme. Il est de ce fait scandaleux que dans les médias dominants la responsabilité de cette multinationale ne soit jamais pointée, au profit d’une stigmatisation des clients.

De plus, cette promotion a été décidée par Intermarché, sans aucune considération pour les conditions de travail des employés, dont certains ont déclaré avoir été totalement dépassés par les bousculades, avoir été harcelés au téléphone, etc. « J’ai eu tellement peur que je me suis réfugiée dans la réserve », raconte une employée au Progrès.

Cependant, ces « émeutes » pour du Nutella témoignent de quelque chose. Ces événements démontrent en effet que pour beaucoup de familles, une baisse de trois euros sur un produit permet de réaliser des économies importantes, justifiant de bousculer pour faire partie de ceux qui profiteront de la promotion. Dans une société où la précarité va croissante, pour beaucoup de personnes, trois euros représente une somme importante, et c’est cela qui doit nous indigner.

Cela pose ainsi la question de la société néolibérale dans laquelle nous vivons. Ces événements sont les symptômes d’une société de misère sociale et d’individualisme, créant des comportements compulsifs (addictions, violence) chez les plus fragilisés par la précarité.

"mépris de classe", je ne sais pas, car il n'y a pas de quoi être fier de ces pauvres d'esprit et de corps, mais très certainement ignorance de ce que représentent 3€ pour certaines familles. Faisant depuis des années mes courses quotidiennes dans une supérette Super-U du haut-Montreuil, je vois "les gens" compter leurs sous à la caisse, et quelquefois rendre un produit parce que ça fait trop cher. "Les gens" ? Cela va des jeunes de la cité aux petites vieilles du quartier, pour le chariot plein de la semaine ou un panier de pas grand-chose. Des Mange-pas-cher, comme dirait Thomas Bernhard

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mer 7 Mar - 17:24


De nouvelles émeutes entre bouddhistes et musulmans ont éclaté dans la région centrale de Kandy, foyer de violences interreligieuses où deux personnes ont été tuées et des centaines d’habitations détruites.


Des soldats sri-lankais montent la garde devant une maison incendiée à Kandy, au Sri Lanka, le 6 mars 2018.
Gayan Sameera/Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP

Citation :
« Le gouvernement sri-lankais a coupé tous les réseaux sociaux, Facebook, Viber et WathsApp pour éviter un embrasement sur tous ses sites et pour faire baisser la tension entre la majorité bouddhiste et la minorité musulmane du pays. Surtout pour éviter les messages de haine qui attiseraient encore plus la violence. » Éditorialiste du grand quotidien Daily Mirror à Colombo la capitale du pays, Kelum Bandara confirme que l’état d’urgence est toujours maintenu sur l’ensemble du pays « mais le couvre-feu ne s’applique que dans la région de Kandy au centre de l’île, ici à Colombo les gens peuvent vivre normalement ». De nouvelles émeutes ont éclaté mercredi 7 mars à Menikhinna, dans la région touristique et multi-ethnique de Kandy, malgré l’état d’urgence instauré la veille et pour 10 jours en raison d’une vague de violence contre la minorité musulmane.

Les musulmans ne représentent que 10% des 21 millions de Sri-Lankais


Les violences ont éclaté le week-end dernier à la suite du décès d’un Cinghalais bouddhiste battu par une foule de musulmans. « L’origine réelle de cette altercation reste floue, assure ce journaliste sri-lankais du Daily Mirror, mais ces montées de fièvre deviennent un peu plus fréquentes avec la montée d’un radicalisme musulman dans le pays ». Les Cinghalais, majoritairement bouddhistes, constituent les trois quarts des 21 millions d’habitants de l’île. Les musulmans en majorité sunnite, qui sont installés au Sri Lanka depuis des décennies du temps de la colonisation, ne représentent que 10% de la population et les Tamouls, majoritairement hindous environ 18%. Les catholiques représentent près de 7% de la population.

Le Sri Lanka connaît une montée de l’extrémisme bouddhiste depuis plusieurs années, attisé par des moines radicaux au sein du Bodu Bala Sena (BBS), « Force du pouvoir bouddhiste », organisation bouddhiste, nationaliste, extrémiste, islamophobe et antichrétienne, active depuis 2012. Cette organisation cherche à imposer la prééminence du bouddhisme au Sri Lanka et a organisé plusieurs campagnes contre les minorités ethniques et religieuses du pays.

L’organisation bouddhiste radicale Bodu Bala Sena prône la prééminence du bouddhisme


« Le gouvernement surveille leurs activités mais n’a pas fait de déclaration ouverte contre cette organisation », explique encore Kelum Bandara qui ne souhaite toutefois pas comparer la situation de son pays avec celle de la Birmanie où l’armée a été accusée d’épuration ethnique contre la minorité musulmane des Rohingyas.

La violence dans la région de Kandy, une région de collines verdoyantes habituellement fréquentée par les touristes et les pèlerins, menace d’attiser les tensions qui ont suscité de récents épisodes de violences dans d’autres régions. C’est la première fois depuis 2011 que l’état d’urgence est proclamé. Ce pays insulaire avait été placé sous le régime de l’état d’urgence durant près de trois décennies avant la proclamation en 2009 par le gouvernement de sa victoire militaire contre la rébellion tamoule au nord de l’île.

Éviter l’embrasement inter-communautaire

Selon le gouvernement, les violences se concentrent à Kandy, mais il a souligné la nécessité d’empêcher que « la situation se développe en embrasement inter-communautaire ». Les musulmans sont dispersés un peu partout dans l’île, explique Kelum Bandara, « il n’y a pas de région musulmane et le gouvernement ne veut pas prendre de risque dans des tensions qui ont des fondements à la fois religieux mais aussi politiques et économiques ». « La radicalisation des musulmans se ressent depuis plusieurs années, poursuit-il, on voit beaucoup plus de femmes voilées, des mosquées nouvelles inaugurées… cela ne plaît pas à tout le monde car leur influence locale peut jouer dans les équilibres politiques. »

La situation au Sri Lanka est différente de celle vécue en Birmanie avec les Rohingyas

La semaine dernière, des foules avaient incendié des commerces appartenant à des musulmans et attaqué une mosquée dans l’est du pays, après des accusations selon lesquelles des contraceptifs auraient été introduits dans de la nourriture vendue à des Cinghalais. Le gouvernement a dénoncé des accusations sans fondement et ordonné l’arrestation de ceux qui les propageaient. « Il y a toujours eu des tensions plus ou moins violentes, assure Kelum Bandara, et le gouvernement veut ménager toutes les minorités du pays en leur assurant une sécurité. ». Le Parlement sri-lankais a formulé des excuses avant-hier à l’égard de la minorité musulmane. En attendant, des militaires et des forces spéciales de la police lourdement armées restent déployées dans la région de Kandy.

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 16 Mar - 12:27


mis à jour avec l'article très documenté de Kosenlared que nous envoie Adé, en espagnol



La mort d'un Sénégalais de 35 ans qui séjournait illégalement en Espagne depuis 14 ans a entraîné de violentes émeutes dans la capitale espagnole Madrid.


KEYSTONE/EPA EFE/JAVIER LIZON

Citation :
Selon un porte-parole de la police de Madrid, cet homme de 35 ans est mort d'un arrêt cardiaque alors qu'il fuyait la police. Selon le journal El Pais, une vingtaine de personnes ont été blessées dans les émeutes qui ont suivi, et parmi eux, 15 sont des agents de police. L'homme aurait vécu en Espagne pendant environ quatorze ans mais il n'avait jamais obtenu de papiers de résidence.

Des centaines de manifestants ont incendié des poubelles en plastique, bloqué des rues et détruit des abribus. Les forces de police ont réagi lourdement pour mettre un terme aux émeutes. La police anti-émeute a été bombardée de pierres. Un incendie a également éclaté dans une banque. Les troubles ont démarré vers la fin de l'après-midi et se sont poursuivis pendant la nuit.

La maire Manuela Carmena a annoncé sur Twitter qu'elle regrettait la mort de l'homme. Elle veut que l'affaire soit réglée rapidement et sérieusement.


Dicen parada cardíaca. Seguramente eso figure en el atestado del Samur, pero a  Mmame Mbage oriundo de Senegal lo mató la xenofobia y el racismo policial e institucional.


PS de Adé à toussétoutes : kaos en la red a besoin d'argent, à vot' bon cœur comrads !

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 20 Mar - 10:11



RT via @larueourien1

cité par Lola Missieroff, Voyage en outre-gauche p. 135
Citation :
« C'était l'idée que la révolution ne vient pas de la lutte contre l'exploitation, pas dans la sphère de la production mais dans celle de la circulation, le problème est là. On peut faire toutes les émeutes du monde, c'est sympathique, mais la révolution ne peut venir que des luttes du prolétariat sur les lieux de production. »

cette idée est au centre du livre de Joshua Clover, Riot. Strike. Riot, prochainement traduit chez Senonevero, et nous avons rencontré cette critique plus haut

pour notre part, si les luttes du prolétariat sur les lieux de production sont nécessaires, elles ne sauraient être suffisantes

l'émeutisme sans émeutes d'aujourd'hui nous rappelle le conseillisme sans conseils ouvriers de 68, une solution fantasmée ignorant ses limites

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 17 Avr - 10:36


16 avril, modifié

à paraître 25 mai 2018. Tournée avec l’auteur en juin. Pour la critique, voire les pages précédentes à propos de l'édition américaine Riot Strike Riot. Nous y reviendrons, mais notons déjà que le choix du titre français, comme la quatrième de couverture, se démarquent d'une traduction neutre

à l'occasion de cette traduction Senonevero (by Théorie Communiste) intègre les éditions Entremonde comme collection. Voir le catalogue ici



Citation :
éditions entremonde Premier ouvrage de la nouvelle collection "senonevero" :

"La collection Senonevero est dédiée à la publication d’une théorie critique du capitalisme, c’est-à-dire une théorie de son abolition. Une époque est révolue, celle de la libération du travail, celle du prolétariat s’affirmant comme le pôle absolu de la société.

La révolution sera l’abolition du mode de production capitaliste et de ses classes – le prolétariat comme la bourgeoisie – et la communisation des rapports sociaux. En deçà, il n’y a aujourd’hui que la promotion de la démocratie, l’apologie de l’alternative. Ces pratiques et ces théories n’ont d’autre horizon que le capitalisme.

De la période actuelle à la révolution, nul ne connaît le chemin à parcourir : il est à faire, donc à comprendre, par des analyses et des critiques diversifiées. Nous en appelons l’élaboration. Lutte contre le capital, lutte à l’intérieur de la classe elle-même, la lutte de classe du prolétariat n’est pas le fait de muets et de décérébrés : elle est théoricienne – ni par automatisme, ni par choix. Comme la production théorique en général, nos publications sont activités. Leur nécessité est leur utilité."

http://entremonde.net/senonevero

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 17 Avr - 14:09


16 avril, complété


loin d'autres conflits somme toute tempérés
chaud devant à Toulouse


tous les articles (Google...)

Toulouse : Jets de pierre, feux volontaires...
Violents heurts entre jeunes et policiers durant la nuit au Mirail

Beatrice Colin 20minutes 16/04/18

Une centaine de jeunes a déclenché des feux et jeté des projectiles contre les forces de l’ordre durant la soirée de dimanche, à Toulouse…


Citation :
Onze voitures ont été brûlées et des feux ont été déclenchés sur la chaussée et dans des halls d’immeubles rue de Kiev à la Reynerie, mais aussi à Bellefontaine, empêchant l’intervention des secours. Des échauffourées ont eu lieu entre une centaine de jeunes habitants de cette cité sensible et les forces de l’ordre.

Pour contenir les débordements, des moyens importants ont été déployés sur place et l’hélicoptère de la gendarmerie a survolé durant plus de deux heures ce quartier en zone urbaine sensible.

Aucun blessé, ni interpellation
« Ils ont caillassé les collègues et ils ont même visé le commissariat de Bellefontaine. Il n’y avait aucun motif à ces débordements, c’est rare d’avoir une telle violence. Tout le personnel de jour est resté pour intervenir et il n’y a eu heureusement aucun blessé grâce aux policiers qui ont fait preuve de sang-froid, le bilan aurait pu être pire », assure Didier Martinez, délégué régional du syndicat Unité SGP.

Tout serait parti du décès d’un détenu de la maison d’arrêt de Seysses, dans la nuit de samedi à dimanche selon La Dépêche du Midi [« Un autre fait, intervenu dimanche en fin de journée, aurait pu aussi mettre le feu aux poudres : le contrôle d'identité par des policiers d'une femme voilée. »]. Ce trentenaire, dont on ne connaît pas l’origine de la mort, était originaire du quartier.

Au cours de la semaine dernière, plusieurs incidents ont déjà émaillé le quartier. Mardi des violences avaient eu lieu après l’interpellation d’un dealer à Bellefontaine et jeudi une équipe de la brigade anticriminalité (BAC) avait à nouveau été prise pour cible cheminement Goya.


Dimanche après-midi, des policiers qui avaient entrepris de contrôler une femme portant un voile intégral ont été pris pour cible par une trentaine de personnes et ont dû faire usage de leurs armes pour se dégager. Quelques heures avant des violences urbaines qui ont émaillé la soirée au Mirail.


Citation :
Un équipage de police du commissariat du Mirail a été pris à partie dimanche, allée André Maurois, dans le quartier de Bellefontaine, après avoir contrôlé l'identité d'une femme en niqab, a-t-on appris de plusieurs sources policières.

Un peu après 17 heures, les policiers ont vu une femme en voile intégral qui utilisait des équipement sportifs sur place. Ils ont procédé à son contrôle d'identité : mais la personne concernée n'a présenté qu'une photocopie de mauvaise qualité de sa carte nationale d'identité et a refusé de retirer son voile pour montrer son visage aux policiers qui la contrôlaient.

Devant l'insistance des policiers, la femme se serait mise à crier. Elle a alors été interpellée et placée dans la véhicule de police. C'est à ce moment qu'une trentaine de personnes s'en sont prises aux policiers, notamment en leur jetant des projectiles. Un policier a d'ailleurs étaient légèrement blessé à la jambe.

Pour se dégager, les policiers ont été contraints de faire usage de leurs armes à 18 reprises selon nos informations, notamment de Flashball et de lance-grenades lacrymogènes.

Pour rappel, le port du niqab (voile intégral) et de la Burqa sont interdits dans l'espace public en France, la loi prévoyant que tout individu doit avoir le visage dégagé.

Selon plusieurs sources policières, il pourrait y avoir un lien entre ces événements et les violences urbaines qui ont eu lieu quelques heures plus tard dans les quartiers de la Reynerie et de Bellefontaine au cours desquels 11 véhicules ont été incendiés et qui ont opposé une centaine de personnes aux policiers et gendarmes pendant plusieurs heures.

Des sources faisaient aussi, lundi matin, un lien entre le décès d'un détenu à la prison de Seysses près de Toulouse et ces événements. Mais l'administration pénitentiaire n'avait toujours pas communiqué à ce sujet lundi en fin de matinée.

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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mer 25 Avr - 17:59


à signaler, ces sont des émeutes, non des grèves, qui ont fait reculer le pouvoir au Nicaragua


Au Nicaragua, la réforme des retraites abandonnée face aux émeutes

mais

Poursuite des manifestations au Nicaragua malgré le retrait de la réforme des retraites

Les manifestations se sont poursuivies lundi au Nicaragua pour dénoncer la violente répression des protestations, qui a fait 27 morts. Le projet de réforme des retraites incriminé a été retiré par le président Ortega.


©️ Inti Ocon, AFP | Des manifestants défilent à Managua, le 23 avril 2018

Citation :
Au départ, c'était un projet de réforme des retraites contesté dans la rue. Puis, 27 personnes sont mortes lors de manifestations durement réprimées. Depuis, la colère gronde au Nicaragua.

Des dizaines de milliers de Nicaraguayens ont de nouveau manifesté, lundi 23 avril, brandissant des milliers de drapeaux blancs et bleus, les couleurs du pays. Salariés, étudiants, paysans et entrepreneurs ont participé à une "Marche pour la paix et le dialogue" dans les rues de la capitale, Managua, et dans d'autres villes du pays, comme Esteli et Matagalpa, dans le nord.

L'appel à manifester de l'organisation patronale COSEP - pourtant alliée du président Daniel Ortega - avait été maintenu, bien que le chef de l'État eût annoncé dimanche 22 avril qu'il retirait sa réforme des retraites. Celle-ci prévoyait d'augmenter les contributions sociales des salariés et des employeurs afin de réduire le déficit de la Sécurité sociale, et d'autre part de réduire de 5 % le montant des pensions, sur recommandation du Fonds monétaire international (FMI).

Mécontentement général

Signe du mécontentement général, l’Église a jugé bon d'intervenir. L'archevêque de Managua Leopoldo Brenes a demandé la libération des manifestants arrêtés ces derniers jours, et devrait l’obtenir "afin d'établir les bases du dialogue", selon la vice-présidente et épouse du président, Rosario Murillo.

"Il faut arrêter la répression, libérer les jeunes incarcérés, rétablir la transmission du Canal 100 % Noticias (actuellement censuré, ndlr) et discuter de la démocratisation du pays avec tous les secteurs", a ajouté sur Twitter l’évêque adjoint de la capitale, Silvio Baez.

La population de ce pays d'Amérique centrale est excédée par la détérioration de ses conditions de vie et par un gouvernement accusé de corruption. Pour Clifford Ramirez, étudiant en sciences politiques parmi les premiers à manifester, il n'y a plus de retour en arrière possible : "Nous ne pouvons plus accepter ce gouvernement, nous manifestons pour que le couple Ortega-Murillo quitte le pouvoir".

Rétablir le "dialogue"

Daniel Ortega, le "Comandante" âgé de 72 ans - l'un des chefs de la guérilla ayant mené la révolution sandiniste en 1979 - en est déjà à son quatrième mandat, au côté de sa femme, poétesse excentrique de 66 ans. Il a dénoncé la violence des manifestants, les comparant à des gangs criminels.

Mais les États-Unis, l'Union européenne et le pape François, rejoints par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), ont surtout critiqué la force excessive utilisée par la police.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé lundi 23 avril les autorités de Managua "à assurer la protection des droits de l'Homme pour tous les citoyens, notamment ceux de pouvoir se rassembler pacifiquement et de la liberté d'expression", assurant de son "soutien aux appels au dialogue".

Avec AFP

« Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde
qu'il est temps de n'en plus avoir, du tout !
»


Gustave Flaubert, Correspondance, à George Sand, 5 juillet 1869


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PEUTÊTRE



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Sam 5 Mai - 13:09


émeutes ou activités émeutières ? à propos des Black Blocs

il va sans dire que les événements de ce printemps, particulièrement les interventions du so called Black Bloc, vont donner à la sortie du livre de Joshua Clover sous le titre français L'émeute prime un retentissement certain dans le milieu radical


nous avons vu dans ce qui se passe un clivage qui se creuse dans les formes, contenus et objectifs de luttes*, qu'il serait intéressant d'analyser en terme d'activités émeutières en relation avec le débat théorique actuel sur les émeutes

* 2018, LA VÉRITABLE CONVERGENCE des LUTTES, cas torse du printemps dix-huit, chronique et théorie, en remontant, 5 mai

cela ne réduit pas la pertinence de nos critiques quant au montage théorique de Clover. Il se peut que Théorie Communiste, via Senonevero/Entremonde, ait joué un bon coup en retissant le lien avec les activistes plus ou moins immédiatistes qu'il critiquait dans Meeting et Sic, mais comme avec la lecture de Federici, Caliban et la sorcière, autre chose pourrait être l'usage qui en sera fait. Le titre français L'émeute prime, pour Riot-Strike-Riot, tend les bras à l'immédiatisme qui ne manquera pas d'être critiqué par ses auteurs

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Patlotch



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 29 Mai - 23:47


dndf a écrit:
vendredi 8 juin 2018

20H00 La Parole errante / café librairie Michèle Firk, 9, rue François Debergue, Montreuil

etc. [...]


commentaire proposé aux modérateurs de dndf

il est assuré que la parole de Clover est faite pour errer entre plus d'un entre-deux (ex : ses fondements marxiens discutables en termes de critique de l'économie politique dans la production), dont ce fumeux "poète" américain, fils de diplomate aligné, est paradigmatique, en termes de classes, de positions typiques des véritables "petits-bourgeois" occidentaux d'aujourd'hui, et pour ces raisons mêmes, ça plaira dans le milieu dit radical in Europe

la décision de Senonevero/TC, de le traduire, et le choix du titre français (qui n'a pas le même sens que le titre anglais mais traduit bien au premier degré la thèse de fond) sont des symptômes de l'entre-deux que traverse actuellement 'Théorie Communiste', comme par ailleurs la sortie concomitante du n°26, sur la question raciale dans celle du prolétariat 'sujet révolutionnaire', qui passait il y a peu encore pour évacuable à peu de frais théoriques

preuve que ça bouge chez TC, sans qu'il renonce (question d'équilibre interne et générationnel ?) à des compromis un rien opportunistes avec ce qu'il critique même. C'est pas nouveau, n'est-il pas, Roland Simon ?

allez, bon vent dans vos voiles, camarades, puisque vous préférez sortir couverts

je ne saurai, ni théoriquement ni pratiquement, me satisfaire de vos abris, et vous avez l'esprit, sinon le corps, plus que moi militant, au mauvais sens que vous lui donnez

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Patlotch



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Sam 2 Juin - 11:10


du 1er juin, complété



par-delà le handicap, la critique

Patlotch a écrit:
dndf 29/05/2018 à 23:16 | #1
il est assuré que la parole de Clover est faite pour errer entre plus d’un entre-deux dont il est paradigmatique en terme de classe, et ça plaira dans le milieu. La décision, de Senonevero/TC, de le traduire, et le choix du titre français sont des symptômes de l’entre-deux que traverse actuellement ‘Théorie Communiste’, comme par ailleurs la sortie concomitante du n°26, sur la question raciale dans celle du prolétariat ‘sujet révolutionnaire’, qui passait il y a peu encore pour évacuable à peu de frais théoriques

preuve que ça bouge chez TC, sans renoncer (question d’équilibre interne et générationnel ?) à des compromis un rien opportunistes avec ce qu’on critique même. C’est pas nouveau, n’est-il pas, Roland ?

allez, bon vent dans vos voiles, puisque vous préférez sortir couverts ;-)

AS a écrit:
01/06/2018 à 05:40 | #2

Avec une telle critique pour sûr qu’on vient de faire un grand pas dans la compréhension de la théorie révolutionnaire… c’est dommage que je sois en chaise roulante!

Définitivement internet a réussi à ruiner les facultés à débattre sans se cracher dessus…

Patlotch a écrit:
01/06/2018 10:04

ici personne ne "crache" sur personne et ces critiques sont adressées à qui les comprend (il y en a ;-)

ces remarques sont de l'ordre de l'évidence, pour qui compare les thèses de Clover et celles de TC, notamment sur ce qui définit le mode de PRODUCTION capitaliste : l'émeute prime en donnant le primat à la reproduction du capital dans la circulation. Ces points ont fait l'objet de débats et de textes diffusés par la revue Viewpoint en 2016 : The Crisis and the Rift: A Symposium on Joshua Clover’s Riot.Strike.Riot Viewpoint Magazine September 6, 2016 https://www.viewpointmag.com/2016/09/06/periodization-and-proletarian-self-activity-a-symposium-on-joshua-clovers-riot-strike-riot/

bonne continuation dans LA compréhension de LA théorie révolutionnaire : celle qui ignorerait les autres ?

PS : il est de (petite) notoriété publique que des choix de traduction des éditions Senonevero font l'objet de débats (comme pour Michael Seidman ou Silvia Federici) et que celui de Joshua Clover ne pouvait passer comme une lettre à la poste, précisément en raison des désaccords évidents de son analyse avec celle de Théorie communiste, désaccords qui prolongent ceux autour des émeutes à l'époque de Sic et de Woland : L'ère des émeutes Blaumachen juin 2013, Sic n°2 janvier 2014

mais tous ces éléments de débats figurent dans ce sujet, puisque chez nous, elle se fait comme ça, "la compréhension de la théorie révolutionnaire"


AS a écrit:
01/06/2018 à 18:06 | #4

Merci pour les références et désolé si je ne fait pas partie du cercle privilégié qui pouvait comprendre… Je ne suis probablement pas le seul !

Patlotch a écrit:
en attente

il ne faut pas juger trop vite, ni désespérer des potentialités d'Internet, ni se décourager - c'est un travail, du temps et des efforts. TC l'a fait, moi aussi. La théorie, c'est comme ils disent un chantier permanent. On ne s'épargne pas les coups, mais au fond reste le respect entre les plus sérieux, parce qu'on n'avance que par la critique sans concession

Senonevero a bien fait de traduire et publier Clover, ce qui ne m'empêche pas de considérer comme un sale con imbu ce copain à Coupat. Il m'a bloqué sur tweeter parce que je l'avais ramassé suite à son "Althusser, a Cop !" (Althusser, un flic), à quoi j'avais répondu : "Si c'est le cas, Clover est un bouffon !" Voilà, le mec, comme la plupart, adore balancer son génie dans les tuyaux, mais pour en placer une...

bon vent, et grandes marées à toussétoutes, laissons les cages aux marécageux ;-)

Arrow

AS a écrit:
dndf 02/06/2018 à 04:42 | #6
Bien d’accord pour ne pas juger trop vite… mais disons que c’est devenu une habitude sur internet de couper court aux discussions approfondies et respectueuses… Ça finit souvent dans une dynamique de qui cassera l’autre par une réplique cinglante!

Ceci dit si tu as le temps j’aimerais bien que tu approfondisses ta critique sur le point du « primat de la reproduction » autant chez Clover que chez TC… cela m’intéresse et va m’aider dans ma lecture du prochain TC… surtout que je ne suis pas convaincu que les analyses de la reproduction sociale du capitalisme au travers la question de la race et du genre par TC en vienne vraiment à abandonner le fondement centrale de la production quant à l’abolition du capitalisme.

Encore quelques efforts et j’en viendrai bien par comprendre le syndrome de l’entre-deux!

Patlotch a écrit:
dndf 2 juin 10:58

Clover distingue trois périodes du capitalisme, ce que dit le titre anglais "émeute-grève-émeute", l'émeute « s'attaquant à la circulation des marchandises [...] la grève lui suc­cède, avec cette fois la sphère de la pro­duc­tion en ligne de mire » (quatrième de couverture)

[je dis "primat de la reproduction-circulation" pour reprendre le titre français "l'émeute prime"]

Entretien avec Période, 5 décembre 2016 http://revueperiode.net/4342-2/ :
« Ma thèse est que le principal antagoniste du capitalisme naissant vient de l’espace de la circulation. Le capital est unité de la circulation et de la production : or l’antagoniste fondamental est interne au capital mais extérieur à la production – c’est l’époque des émeutes. Le développement de la révolution industrielle parviendra à intégrer cet antagoniste dans la production. Puis, avec la désindustrialisation des principaux pays industriels, celui-ci sera de nouveau extériorisé : il restera dans le capital tout en étant exclu de la production. C’est là que se trouve le lien entre les deux périodes des émeutes, « émeute » et « émeute’ ».
[...]
Dans la périodisation que je propose, le début de la courbe de l’accumulation correspond à l’émeute, son moment ascendant correspond à la grève, puis quand la courbe décroît, on revient à l’émeute. »


on ne trouve pas ça chez TC, pour qui « Dans le capitalisme restructuré, la reproduction de la force de travail a été l’objet d’une double déconnexion. D’une part déconnexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail, d’autre part, déconnexion entre la consommation et le salaire comme revenu. [...] la relation réciproque de stricte équivalence entre production de masse et modalités de la reproduction de la force de travail, qui définissait le fordisme, a disparu »

« La crise de la création monétaire, crise de la monnaie comme forme autonomisée de la valeur, n’est pas seulement une crise de la circulation, une crise des échanges, mais une crise de l’échange de marchandises en tant que ces marchandises sont capital, c’est-à-dire sont porteuses de plus-value, de temps de travail excédentaire. »
(TC, Le moment actuel, 2010 http://sicjournal.org/le-moment-actuel/)

il y a chez TC une dialectique d'articulation production-reproduction qu'on ne trouve pas chez Clover, ni la remise en cause par le prolétariat de son appartenance de classe comme une contrainte extérieure, appartenance de classe qui trouve son origine - et donc sa possible défaisance-, dans le moment de la production.

que « TC n'abandonne pas le fondement central de la production... » c'est justement ce que je pense aussi ; je crois plutôt que tu m'as lu à l'envers. Le primat de la reproduction-circulation, il est chez Clover, pas chez TC.

il y a un schématisme chez Clover comme chez tous ceux qui mettent en avant "l'ère des émeutes" qui laisse entendre qu'elle caractériserait un dernier cycle de luttes avant la révolution, sans parler de l'amalgame facile entre émeutes de la classe, actions de masse spontanées, et activisme peu ou prou violent qui assimile le genre Black bloc à des émeutiers. C'est pourquoi je disais "ça va plaire dans le milieu (activiste)", parce que ça flatte leur identité révolutionnaire. Tout ça est bien sûr en lien avec l'idéologie des blocages (de la reproduction-circulation), controverse que l'on trouvait dans 'Meeting' à l'époque du CPE (2006)

je dis "entre-deux" du point de vue de l'évolution théorique, particulièrement sur le rapport "classe-race", où les remarques de Clover sont intéressantes (c'est un Américain...), mais je me réserve de lire TC26 pour mesurer comment TC s'en est sorti, dans sa cohérence... Une bonne partie du problème tourne autour de la définition du prolétariat comme sujet révolutionnaire, et/ou la constitution en classe au-delà de ses frontières définies dans la production, justement (cf la question du sous-prolétariat, de la population excédentaire, des "expulsés" hors du champ de l'exploitation par le travail salarié)

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Sam 2 Juin - 19:33


"émeutes" : une catégorie critique pertinente ?

désolé d'interrompre cet échange passionnant qui fait revivre dndf comme au bon vieux temps. Voici un article de Christophe Bouseiller du Monde, auteur qui passe pour une spécialiste de l'«ultragauche» mais dont les analyses sont consternantes de vide théorique, comme celle-ci. Factuellement, pas grand chose à redire, c'est bien assez pour cet "expert"

ce qui est intéressant ici, c'est le titre qui prend au pied de la lettre l'idée que les actions des Black Blocs relèveraient de l'émeute, ce que dément le fait même qu'elles soient revendiquées comme "symboliques". Une émeute symbolique, ça n'existe pas, c'est une contradiction dans les termes, mais cela suffit pour que ces activistes se prennent pour des émeutiers, et cet article leur renvoie un miroir complaisant dans lequel ils peuvent s'admirer en révolutionnaires (ce n'est pas l'article qui est complaisant, mais la lecture qui ne peut qu'en être faite par les dits "émeutiers", ainsi labellisés, reconnus comme tel, même à titre symbolique))

retour donc à la case départ, le commentaire précédent à propos de l'amalgame activisme-émeutes sur lequel surfe Joshua Clover, et que j'avais souligné l'an dernier en posant la question : pourquoi ce livre de Clover maintenant, comme nouvelle idéologie révolutionnaire des émeutes ?

non seulement l'émeute n'est qu'une forme pouvant porter plusieurs contenus, mais à défaut de typologie, n'importe quoi peut être nommé émeute, comme brûler deux voitures et casser dix vitrines, symboliquement. À ce compte, l'émeute ne saurait être une catégorie théorique pertinente

à moins qu'une préface ne le fasse, il est regrettable que TC/Senonevero ne dise pas clairement pourquoi ils ont publié ce livre malgré les différends théoriques, ce qui lèverait les incompréhensions qui s'expriment dans le débat de dndf



Dans un entretien au « Monde », le comédien, journaliste et essayiste Christophe Bourseiller établit la généalogie intellectuelle de la mouvance insurrectionnelle.

Citation :
Comédien dans les films d’Yves Robert (La Guerre des boutons, Un éléphant ça trompe énormément ou Nous irons tous au paradis) et de Jean-Luc Godard (Une femme mariée, Deux ou trois choses que je sais d’elle), journaliste, écrivain, auteur de Mémoires d’un inclassable (Albin Michel, 2017) et essayiste spécialisé dans l’étude des extrémismes politiques (Histoire générale de l’ultra-gauche, Denoël, 2003 ; L’Extrémisme : une grande peur contemporaine, CNRS Editions, 2012), Christophe Bourseiller analyse la galaxie post-anarchiste que l’on retrouve notamment parmi les black blocs.

Le phénomène dit des « blacks blocs » est-il nouveau ?

Nous parlons d’une mouvance qui refuse par définition toute forme d’étiquetage. Certains acceptent de se désigner comme anarchistes, dans la mesure où ils rejettent toute forme d’autorité et se relient à l’héritage politico-culturel de ce courant de pensée. D’autres s’affirment autonomes, parce qu’ils prônent justement l’autonomie par rapport aux organisations constituées et aux idéologies officielles de l’extrême gauche. On peut ainsi éventuellement les désigner comme « post-anarchistes », puisqu’ils défendent des valeurs communistes et libertaires sans pour autant vouloir être classifiés. On a coutume aujourd’hui de les appeler « black blocs ». Il s’agit d’une appellation fallacieuse qui ne signifie rien et dont ils se moquent eux-mêmes. L’idée d’une organisation internationale et structurée nommée le « Black bloc », c’est-à-dire le Bloc noir, ne tient pas la route. Elle relève d’une logique complotiste, déjà à l’œuvre en 2009 quand le Comité invisible, simple formulation visant à signifier une signature collective au bas de différents textes, était devenu dans la bouche de nombreux journalistes la « Cellule invisible », ce qui instillait une notion de complot, voire de complot terroriste.

Quelle est la généalogie de ce « post-anarchisme » ?

Dans les premiers rassemblements internationaux de la mouvance altermondialiste, dans les années 1990, on voit surgir en tête de cortège un halo d’individus qui s’assemblent à la vue d’un drapeau noir anarchiste. Ils sont eux-mêmes vêtus de noir, et sont venus pour la castagne, ainsi qu’en témoigne leur panoplie. C’est cette bande informelle que l’on désigne comme Bloc noir, en faisant référence à un terme qui provient des autonomes berlinois. On est donc face, non à un mouvement politique organisé mais à l’organisation spontanée d’une émeute. Ceux qui agissent ont généralement participé la veille à une assemblée générale, durant laquelle ils ont voté des slogans, préparé des banderoles, fourbi leurs armes et songé à une tactique. La seule organisation est ainsi cette réunion informelle et préparatoire qui confronte des groupes, des clans divers.

Si maintenant nous prenons un peu de recul, on observe un coup d’envoi du phénomène dès 1971, quand une bande informelle et sans étiquette s’adonne « sans raison » au « pillage du Quartier latin ». A partir de cette date, on voit se constituer en tête de cortège un halo informel d’individus plus ou moins masqués, plus ou moins reconnaissables, qui s’en prend au service d’ordre de la manifestation, aux policiers, aux commerçants, parfois aux journalistes. Le rituel de 2018 n’a fondamentalement pas varié depuis 1971. Qui sont à l’époque ceux que l’on désigne déjà comme les « casseurs » et qui vont entraîner à l’époque, sous les auspices du ministre de l’intérieur Raymond Marcellin, une « loi anti-casseurs » ?

Ce sont des activistes hors-normes, généralement issus de l’anarchisme, ou du vieux courant « ultragauche », c’est-à-dire marxiste mais antiléniniste. Les casseurs des années 1970 sont ainsi des gens cultivés, qui s’inscrivent dans un riche héritage. A partir de 1975 et sous la double influence de l’Italie et de l’Allemagne, ils prennent le nom d’autonomes. Longue est alors l’histoire de l’autonomie, sur laquelle nous reviendrons.

Avec les mouvements antifascistes, la vague altermondialiste, puis la multiplication des fronts écologistes, on observe de nos jours un renouvellement générationnel. Les quelque mille émeutiers du 1er mai 2018 sont majoritairement des gens jeunes, désireux de s’inscrire dans un héritage révolutionnaire dont ils sont conscients.

D’où provient l’apparent regain de cette ultra-gauche ?

Cette mouvance n’a d’abord jamais cessé d’exister. Si les premiers « provocateurs » surgissent peu après 1968, l’autonomie apparait en 1975. Les autonomes s’assemblent alors autour d’initiatives telles que les squats et la récupération des maisons vides. Ils affirment la « dialectique du P38 », du nom d’un pistolet semi-automatique utilisé en Italie. On les voit fortement à l’œuvre dans le quartier de l’Opéra à Paris en 1979, lors d’émeutes liées au conflit social de la sidérurgie : ils débordent les syndicats, attaquent les policiers, pillent les magasins de luxe.

A partir de 1984, ils se regroupent principalement dans la mouvance des sections carrément anti-Le Pen (Scalp) et prônent un antifascisme radical, qui vire immédiatement à l’anticapitalisme et s’inscrit dans la mouvance contre-culturelle du punk et de la new wave. Par la suite, au tout début des années 1990, c’est l’altermondialisme qui leur donne un nouveau souffle, en leur permettant de se regrouper en black blocs dans les grands rassemblements de Seattle [1999], ou Gênes [2001].

L’écologisme radical devient dans les années 2000 un ciment solide. Les activistes que l’on voyait en marge des défilés étudiants ou syndicaux, ceux qui s’impliquaient dans les squats et l’antifascisme radical, deviennent la pointe extrême des mouvements écologistes.

Comment est-elle structurée ? Les ZAD, les communautés de vie, les communes éphémères dessinent-elles une nouvelle forme de vivre son militantisme ?

Nous ne saurions ici parler de « militantisme », car il s’agit aux yeux des autonomes du « stade suprême de l’aliénation ». Nous parlons en effet d’une mouvance libertaire, composée de libres individus provisoirement associés par choix. Mais il nous faut ici évoquer principalement l’influence américaine. Peter Lamborn Wilson, qui se fait appeler Hakim Bey, publie en 1991 chez Autonomedia un texte important : ZAT – zone autonome temporaire [traduction française parue en 1997 aux éditions de l’Eclat]. Il s’agit pour Hakim Bey de théoriser les reconquêtes géographiques. Une zone d’autonomie temporaire (ZAT), c’est au départ un espace urbain, provisoirement dérobé à l’autorité, le temps d’une émeute, d’un saccage ou d’un pillage. Mais certains prolongent cette vision jusqu’à édifier en dehors des villes des zones d’autonomie, qui prennent l’allure de communautés rurales expérimentant un mode de vie communiste. C’est ainsi que démarrent les ZAD dans les années 2000. L’acronyme prête à de multiples interprétations : zone d’autonomie défensive, zone d’autonomie durable, zone d’autonomie définitive, zone à défendre. De Bure à Sivens en passant par Notre-Dame-des-Landes, les ZAD ont connu un franc succès, car elles s’inscrivent dans un contexte écologiste de retour à la terre, d’agriculture bio, et de protection de l’environnement.

Dès lors, les autonomes ne se relient pas à des organisations politiques structurées, mais à des communautés, des lieux de vie, des ZAD qui leur servent de bases arrière. Lors de l’émeute du 1er mai, les Parisiens ont reçu l’aide de Rennais et de Nantais, proches de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Dans les ZAD, dans les communautés, s’élaborent en théorie de nouveaux rapports humains. Concrètement, il s’agit, non d’organisations politiques structurées, mais de clans affinitaires, souvent renfermés sur eux-mêmes et méfiants à l’égard de l’intrus.

Quelle est l’idéologie de cette jeunesse insurrectionnelle ?

Par-delà les différents courants politiques qui la composent, l’extrême gauche révolutionnaire se divise globalement en deux grands continents : un continent léniniste qui tient pour essentielle la construction d’un parti communiste révolutionnaire dirigeant l’insurrection et prenant le pouvoir (trotskistes, maoïstes, staliniens, bordiguistes, etc.) ; et un continent non-léniniste, antiautoritaire. Ce deuxième continent est celui qui nous intéresse. Il se constitue historiquement de deux grands ensembles : l’anarchisme et l’ultragauche. L’anarchisme est un courant pluriel qui apparaît au XIXe siècle, le terme lui-même étant inventé par Proudhon. Il y a une imprécision sémantique de l’anarchisme, qui mène à l’éclosion de sensibilités très divergentes, de l’individualisme égoïste au communisme libertaire. Le second ensemble est l’ultragauche. Le terme désigne les gauches communistes qui se constituent en Russie, en Allemagne ou en Hollande après la Révolution d’octobre 1917. Ces gauches critiquent la vision autoritaire du léninisme tout en s’appuyant sur le marxisme. La plupart des ultragauches refusent en réalité toute forme d’étiquette. Si les anarchistes sont généralement plutôt enclins à l’activisme, les « ultragauches » se contentent d’éditer de complexes revues théoriques. Les activistes d’aujourd’hui sont ainsi les héritiers de l’anarchisme et de l’ultragauche.

Guy Debord et les situationnistes incarnent une forme de modèle. Intellectuel brillant, Debord refuse les honneurs. Critique de la gauche et de l’extrême gauche, il apparaît comme l’ennemi ultime de son temps. Il ne se fait aucune illusion et persifle l’hypocrisie moralisatrice. Lorsque l’Internationale situationniste se fait connaître après Mai 68 et génère un flot d’articles, il la dissout pour ne pas incarner « le spectacle de la contestation ». Dans un texte important, « Thèses sur l’Internationale situationniste et son temps », qui date de 1972, il désigne en outre « les nuisances » comme le nouveau symbole d’une époque déplorable. « Les nuisances », c’est-à-dire la pollution. La cause environnementale lui semble alors devenir primordiale. Lui-même s’installe dans un village d’Auvergne, loin de tout, loin du monde. Il fuit la ville. Enfin, il se suicide le 30 novembre 1994. Bien des activistes lui emboîtent le pas en peuplant ou repeuplant différents villages. C’est ainsi que la cause de l’écologisme radical se trouve au cœur de la démarche autonome.

Guy Debord apparaît en tout cas comme la figure théorique qui fait l’unanimité. Les autonomes sont en effet divisés sur de nombreux points. Le débat fait notamment rage depuis longtemps entre les primitivistes, qui luttent pour un monde débarrassé de la technologie, et ceux qui veulent continuer à user des machines. Mais sur la question de Debord et des situationnistes, tout le monde s’accorde. Il y a du reste un visible désir d’héritage. Les émeutes d’aujourd’hui s’accompagnent de slogans qui s’inscrivent dans la poétique de mai 1968. A l’époque, deux situationnistes, René Viénet et Christian Sebastiani sont les auteurs des plus beaux graffitis : « Je prends mes désirs pour la réalité car je crois en la réalité de mes désirs », « Comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ? », « Godard : le plus con des Suisses prochinois », « Consommez plus, vous vivrez moins », ou « Jouissez sans entraves ». De nos jours, sur les murs de Paris, on lit : « Agir en primitif, penser en stratège », « Lapidons la police », « Mai ta capuche », « Nos désirs font désordre », ou « Le monde est à moi »…

On peut dire en résumé que ceux dont nous parlons sont fondamentalement libertaires et antiautoritaires. Ils luttent pour la révolution communiste, marquée par l’abolition du salariat. A la différence des léninistes, qui inscrivent la violence dans une stratégie de pouvoir, ils considèrent l’émeute, le saccage, le pillage et le sabotage comme des actes symboliques. Observez les « cortèges de tête ». Ils ne cassent pas tous les magasins. Ils choisissent les enseignes qui leur semblent, à tort ou à raison, symboliser la richesse, le luxe ou le capitalisme. Il s’agit de donner sens à la déprédation, même si pour le quidam, la destruction d’une voiture ne peut guère symboliser la lutte contre le capital.

Les syndicats semblent être soit dépassés, soit séduits par cette mouvance radicale qu’ils ne parviennent plus à juguler. Pour quelles raisons ?

Le rapport entre les autonomes et les organisations politiques s’avère ambivalent. Certains activistes sont en effet proches de groupes anarchistes structurés, tels la Confédération nationale du travail (CNT) de France, la Coordination des groupes anarchistes, l’Organisation anarchiste, voire Alternative libertaire. Il est vrai qu’une partie de l’extrême gauche traditionnelle observe les jeunes émeutiers avec mansuétude. C’est le cas du Nouveau parti anticapitaliste. Le service d’ordre du NPA refuse de contrer les émeutiers. Il se contente de les observer placidement, tout en dénonçant principalement la police.

Quant aux syndicats, leur attitude a fortement changé depuis les années 1980. La CGT était connue jusqu’à la chute du mur de Berlin pour son service d’ordre redoutablement efficace, qui « nettoyait » les têtes de cortège et remettait les casseurs à la police. Aujourd’hui, la CGT s’est affaiblie. Elle n’a plus son service d’ordre d’antan. En outre, elle n’est plus le partenaire privilégié du Parti communiste, mais se trouve investie par de nombreux militants d’extrême gauche. Dès lors, elle fait montre à l’égard des autonomes d’une certaine indifférence, alors même que les activistes sont des adversaires du syndicalisme. Pour les autonomes, les syndicats ne visent en effet qu’à encadrer la classe ouvrière. Les autonomes prônent la grève sauvage, antisyndicale.

La police est l’objet d’une détestation toute particulière de la part de ces mouvements. Pourquoi « ACAB » (« All cops are bastards », soit « Tous les flics sont des salauds ») est-il devenu le mot d’ordre de cette « internationale insurrectionnaliste » ?

Cette mouvance internationale est avant tout anarchiste. Or, la haine du flic est dans l’ADN de l’anarchisme depuis son émergence au XIXe siècle. Il n’y a donc ici rien de nouveau. Le petit jeu du chat et de la souris, la guéguerre en bordure des manifs… Ce rituel perdure depuis au moins cinquante ans.

Quelle est selon vous la signification de cette montée des extrêmes qui caractérise aussi bien l’ultragauche que la droite identitaire ?

Les extrémistes sont et seront toujours minoritaires. Mais ils l’ont compris et s’emploient à peser sur un monde qu’ils ne peuvent révolutionner. Dès lors, on assiste à une certaine « extrémisation » de la société, qui voit s’accumuler les colères. Du « Jour de colère » de l’extrême droite [en 2014] à la « convergence des luttes » de l’extrême gauche en passant par la « fête à Macron », il s’agit encore et toujours de fédérer toutes les colères pour les fondre en une seule et unique rage révolutionnaire. On assiste ainsi à la « radicalisation » de gens qui, au départ, ne sont mus que par un sentiment d’injustice sociale, sans pour autant lutter pour « la fin du vieux monde ».

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Sam 2 Juin - 21:00


du 1er juin, complété



par-delà le handicap, la critique

Patlotch a écrit:
dndf 29/05/2018 à 23:16 | #1
il est assuré que la parole de Clover est faite pour errer entre plus d’un entre-deux dont il est paradigmatique en terme de classe, et ça plaira dans le milieu. La décision, de Senonevero/TC, de le traduire, et le choix du titre français sont des symptômes de l’entre-deux que traverse actuellement ‘Théorie Communiste’, comme par ailleurs la sortie concomitante du n°26, sur la question raciale dans celle du prolétariat ‘sujet révolutionnaire’, qui passait il y a peu encore pour évacuable à peu de frais théoriques

preuve que ça bouge chez TC, sans renoncer (question d’équilibre interne et générationnel ?) à des compromis un rien opportunistes avec ce qu’on critique même. C’est pas nouveau, n’est-il pas, Roland ?

allez, bon vent dans vos voiles, puisque vous préférez sortir couverts ;-)

AS a écrit:
01/06/2018 à 05:40 | #2

Avec une telle critique pour sûr qu’on vient de faire un grand pas dans la compréhension de la théorie révolutionnaire… c’est dommage que je sois en chaise roulante!

Définitivement internet a réussi à ruiner les facultés à débattre sans se cracher dessus…

Patlotch a écrit:
01/06/2018 10:04

ici personne ne "crache" sur personne et ces critiques sont adressées à qui les comprend (il y en a ;-)

ces remarques sont de l'ordre de l'évidence, pour qui compare les thèses de Clover et celles de TC, notamment sur ce qui définit le mode de PRODUCTION capitaliste : l'émeute prime en donnant le primat à la reproduction du capital dans la circulation. Ces points ont fait l'objet de débats et de textes diffusés par la revue Viewpoint en 2016 : The Crisis and the Rift: A Symposium on Joshua Clover’s Riot.Strike.Riot Viewpoint Magazine September 6, 2016 https://www.viewpointmag.com/2016/09/06/periodization-and-proletarian-self-activity-a-symposium-on-joshua-clovers-riot-strike-riot/

bonne continuation dans LA compréhension de LA théorie révolutionnaire : celle qui ignorerait les autres ?

PS : il est de (petite) notoriété publique que des choix de traduction des éditions Senonevero font l'objet de débats (comme pour Michael Seidman ou Silvia Federici) et que celui de Joshua Clover ne pouvait passer comme une lettre à la poste, précisément en raison des désaccords évidents de son analyse avec celle de Théorie communiste, désaccords qui prolongent ceux autour des émeutes à l'époque de Sic et de Woland : L'ère des émeutes Blaumachen juin 2013, Sic n°2 janvier 2014

mais tous ces éléments de débats figurent dans ce sujet, puisque chez nous, elle se fait comme ça, "la compréhension de la théorie révolutionnaire"


AS a écrit:
01/06/2018 à 18:06 | #4

Merci pour les références et désolé si je ne fait pas partie du cercle privilégié qui pouvait comprendre… Je ne suis probablement pas le seul !

Patlotch a écrit:
en attente

il ne faut pas juger trop vite, ni désespérer des potentialités d'Internet, ni se décourager - c'est un travail, du temps et des efforts. TC l'a fait, moi aussi. La théorie, c'est comme ils disent un chantier permanent. On ne s'épargne pas les coups, mais au fond reste le respect entre les plus sérieux, parce qu'on n'avance que par la critique sans concession

Senonevero a bien fait de traduire et publier Clover, ce qui ne m'empêche pas de considérer comme un sale con imbu ce copain à Coupat. Il m'a bloqué sur tweeter parce que je l'avais ramassé suite à son "Althusser, a Cop !" (Althusser, un flic), à quoi j'avais répondu : "Si c'est le cas, Clover est un bouffon !" Voilà, le mec, comme la plupart, adore balancer son génie dans les tuyaux, mais pour en placer une...

bon vent, et grandes marées à toussétoutes, laissons les cages aux marécageux ;-)

Arrow

AS a écrit:
dndf 02/06/2018 à 04:42 | #6
Bien d’accord pour ne pas juger trop vite… mais disons que c’est devenu une habitude sur internet de couper court aux discussions approfondies et respectueuses… Ça finit souvent dans une dynamique de qui cassera l’autre par une réplique cinglante!

Ceci dit si tu as le temps j’aimerais bien que tu approfondisses ta critique sur le point du « primat de la reproduction » autant chez Clover que chez TC… cela m’intéresse et va m’aider dans ma lecture du prochain TC… surtout que je ne suis pas convaincu que les analyses de la reproduction sociale du capitalisme au travers la question de la race et du genre par TC en vienne vraiment à abandonner le fondement centrale de la production quant à l’abolition du capitalisme.

Encore quelques efforts et j’en viendrai bien par comprendre le syndrome de l’entre-deux!

Patlotch a écrit:
dndf 2 juin 10:58

Clover distingue trois périodes du capitalisme, ce que dit le titre anglais "émeute-grève-émeute", l'émeute « s'attaquant à la circulation des marchandises [...] la grève lui suc­cède, avec cette fois la sphère de la pro­duc­tion en ligne de mire » (quatrième de couverture)

[je dis "primat de la reproduction-circulation" pour reprendre le titre français "l'émeute prime"]

Entretien avec Période, 5 décembre 2016 http://revueperiode.net/4342-2/ :
« Ma thèse est que le principal antagoniste du capitalisme naissant vient de l’espace de la circulation. Le capital est unité de la circulation et de la production : or l’antagoniste fondamental est interne au capital mais extérieur à la production – c’est l’époque des émeutes. Le développement de la révolution industrielle parviendra à intégrer cet antagoniste dans la production. Puis, avec la désindustrialisation des principaux pays industriels, celui-ci sera de nouveau extériorisé : il restera dans le capital tout en étant exclu de la production. C’est là que se trouve le lien entre les deux périodes des émeutes, « émeute » et « émeute’ ».
[...]
Dans la périodisation que je propose, le début de la courbe de l’accumulation correspond à l’émeute, son moment ascendant correspond à la grève, puis quand la courbe décroît, on revient à l’émeute. »


on ne trouve pas ça chez TC, pour qui « Dans le capitalisme restructuré, la reproduction de la force de travail a été l’objet d’une double déconnexion. D’une part déconnexion entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail, d’autre part, déconnexion entre la consommation et le salaire comme revenu. [...] la relation réciproque de stricte équivalence entre production de masse et modalités de la reproduction de la force de travail, qui définissait le fordisme, a disparu »

« La crise de la création monétaire, crise de la monnaie comme forme autonomisée de la valeur, n’est pas seulement une crise de la circulation, une crise des échanges, mais une crise de l’échange de marchandises en tant que ces marchandises sont capital, c’est-à-dire sont porteuses de plus-value, de temps de travail excédentaire. »
(TC, Le moment actuel, 2010 http://sicjournal.org/le-moment-actuel/)

il y a chez TC une dialectique d'articulation production-reproduction qu'on ne trouve pas chez Clover, ni la remise en cause par le prolétariat de son appartenance de classe comme une contrainte extérieure, appartenance de classe qui trouve son origine - et donc sa possible défaisance-, dans le moment de la production.

que « TC n'abandonne pas le fondement central de la production... » c'est justement ce que je pense aussi ; je crois plutôt que tu m'as lu à l'envers. Le primat de la reproduction-circulation, il est chez Clover, pas chez TC.

il y a un schématisme chez Clover comme chez tous ceux qui mettent en avant "l'ère des émeutes" qui laisse entendre qu'elle caractériserait un dernier cycle de luttes avant la révolution, sans parler de l'amalgame facile entre émeutes de la classe, actions de masse spontanées, et activisme peu ou prou violent qui assimile le genre Black bloc à des émeutiers. C'est pourquoi je disais "ça va plaire dans le milieu (activiste)", parce que ça flatte leur identité révolutionnaire. Tout ça est bien sûr en lien avec l'idéologie des blocages (de la reproduction-circulation), controverse que l'on trouvait dans 'Meeting' à l'époque du CPE (2006)

je dis "entre-deux" du point de vue de l'évolution théorique, particulièrement sur le rapport "classe-race", où les remarques de Clover sont intéressantes (c'est un Américain...), mais je me réserve de lire TC26 pour mesurer comment TC s'en est sorti, dans sa cohérence... Une bonne partie du problème tourne autour de la définition du prolétariat comme sujet révolutionnaire, et/ou la constitution en classe au-delà de ses frontières définies dans la production, justement (cf la question du sous-prolétariat, de la population excédentaire, des "expulsés" hors du champ de l'exploitation par le travail salarié)

Patlotch a écrit:
2 juin 20:59

sans vouloir monopoliser la visionneuse dndf, il y a un problème avec la périodisation "par les luttes" telle que la formule Clover, mais aussi TC. On l'a vu dans un 'Communisation Meeting" quand il s'agissait d'articuler ses "cycles de luttes" avec les diverses conceptions marxistes des cycles économiques du capital

rien ne colle vraiment, mais une chose est sûre, c'est l'implication réciproque entre concurrence inter-capitaliste et luttes de classes prolétariennes, avec l'établissement d'un compromis historique tel qu'en a trouvé le Welfare (État-providence) sur la base du keynésianisme, et peut-être tel que le cherche (à l'aveugle) le système capitaliste considéré dans sa globalité face à la perte de suprématie du capitalisme occidental (sans parler du "marxisme" de Xi Jinping repris pas Samir Amin...). La possibilité d'un nouveau compromis historique n'est pas à écarter, qui ne serait pas le produit de divergences politico-théoriques, mais du mouvement des contradictions du capital comme tout

ce que je vois sortir, à plus ou moins long terme, de la période actuelle, est une restructuration au moins géo-économique du capitalisme mondial, un mouvement dans lequel il s'agit d'apprécier ce qu'on appelle la pensée et les luttes décoloniales

c'est pourquoi je trouve prématuré de faire des plans sur la comète révolutionnaire dans un cycle de lutte dont on maîtriserait les tenants et aboutissants, d'autant que la Théorie de la communisation n'a pas fini de critiquer le programmatisme du prolétariat universel révolutionnaire, ce que TC avait reconnu concernant la contradiction de genre, et l'on n'est pas au bout de nos peines (cf le pb écologique)

en résumé, les considérations à vertu théorique sur les émeutes me semblent un peu fumeuses dans ce contexte, et je pense que Clover s'écarte franchement des thèses marxiennes sur le Mode de production capitaliste, dans sa définition et son invariance (économie politique). La catégorie "émeutes" n'est pas concrètement fouillée dans la typologie du rapport formes-contenus, d'où la pente qui peut satisfaire les activistes, puisqu'ils trouveraient chez Clover la théorie adéquate à leurs activités, alors qu'ils l'ont perdue avec les théoriciens de la communisation. TC a certainement choisi de provoquer et assumer ce débat, je comprends ainsi le choix de cette publication

il y a un entre-deux théorique comme un entre-deux historique que ne peut éclaircir qu'un fort soubresaut de la crise économique, voire la guerre qu'elle causera...

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Dim 3 Juin - 10:06


l'émeute entre à l'université...
comme concept

nous nous demandions hier si l'émeute est une catégorie critique pertinente. D'aucuns n'ont pas hésité à franchir le pas d'en faire un concept, et pour bien faire il sera interrogé dans la trilogie intersectionnelle "capitalist exploitation, racial domination, and sexual oppression."

Riot as a Global Political Concept
Maura Brighenti Connections 1er juin 2018

Citation :
PlaceBuenos Aires
Host/Organizer Maura Brighenti (Instituto de Altos Estudios Sociales, Universidad Nacional de San Martín), Lucía Cavallero (Universidad de Buenos Aires), Eleonora Cappuccilli (Edith Saurer Foundation, Austria), Niccolò Cuppini (SUPSI), Mithilesh Kumar (Tata Institute of Social Sciences, Patna), Alejo Stark (University of Michigan)
Date 25.10.2018 - 26.10.2018
Deadline08.06.2018
Url http://aghct.org/riot-global-political-concept

It is often said that we live in a new age of riots. However, despite the pervasive use of “riot” as a way to name heterogeneous phenomena, we sense a certain lack of conceptual clarity around what precisely the "riot" implies. A theoretical and conceptual deficiency first of all, which seems mimetic to the riot’s very definition as something with neither roots nor explanations, neither past nor future, something constitutively “spontaneous” and immune to political organization. In short, theorists and philosophers of riots need to show that these unbridled “spontaneous” expressions of “force” have emerged as a form through which emancipatory demands are made and as part of a broader “repertoire” of class struggle.

To that end, this conference aims to think the concept of the “riot” on a global scale. Ports, as transnational places par excellence, are among the sites where the apparition of the riot first appeared. Against this background we propose to develop a genealogical approach that could show the multiple emergences and historical paths of the riot, thereby grappling its continuities without constructing an all-encompassing sociological study.

Secondly, we aim to analyse the riot beyond its conceptual “isolation.” The riot will be inscribed along a conceptual constellation that includes, though not exclusively, “revolution”, “strike”, “rebellion”, “revolt”, and “commune” with the aim of illuminating the riot both as a concept and as a performance.

Thirdly, we aim to grapple with the problem related to the processes of subjectivation in relation to this constellation. In this sense, we consider how, in the context of the riot, contradictions may become apparent as they concern specific power relationships, in particular between: capitalist exploitation, racial domination, and sexual oppression.

We invite scholars and militants to present papers that broadly engage the following themes:
- Riot and Revolution
- Riot and Strike
- Riot and Property
- Riot and the Commune-form
- The times and spaces of Riots
- Riot and Race
- Riot and Feminist Struggle

The conference will consist of four workshops related to the themes. As such, we ask you to specify which of the six themes you intend to intervene in. Please submit a title and abstract (max. 500 words) of your intended participation as well as a short CV to workshopriot2018@unsam.edu.ar

Abstracts may be submitted in English and Spanish. Translation will be available. Participation is free but registration is required. Limited grants are available to cover your stay. In your e-mail to us, please indicate if you want your application to be considered for a grant and if your attendance depends on it.

Programm
Preliminary program
Thursday, October 25, 2018

9.00 – Registration and Opening Remarks
10.00 – Workshop 1: The Feminist Tide and the Strike
15.00 – Workshop 2: Riot, Property, Commune
19.00 – Keynote lecture: Verónica Gago and Raquel Gutiérrez Aguilar

Friday, October 26, 2018

10.00 – Workshop 3: Times and places of the riot
15.00 – Workshop 4: Riot and Revolution
19.00 – Keynote lecture: Joshua Clover

Kontakt
Maura Brighenti
workshopriot2018@unsam.edu.ar

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 4 Juin - 15:20


des contorsions de Clover à celles de Temps Critiques

dans cette discussion, le point de vue de Jacques Guigou, de Temps Critiques, qui recoupe en partie le nôtre. On notera que Temps Critiques, qui a bazardé l'essentiel des thèses marxiennes, y a toutefois recours chaque fois que sa "tension individu-communauté" s'avère un peu courte pour une critique de classe. Avec cette base, il met le doigt sur la non séparation de la production et de la circulation, qui est le fond (marxien) à partir duquel on peut critiquer Clover, pas sur le fait qu'il « reste classiste » (tout dépend de quelle classe il s'agit, affaire de constitution vue par ailleurs)

Guigou sans surprise se débarrasse en une ligne de la segmentation raciale de la classe ouvrière, avec l'amalgame désormais classique des 'anti-racialisateurs' entre « convictions des racialistes et autre décoloniaux » (dont Temps Critiques n'a produit aucune critique sérieuse)

je ne suis pas certain qu'il ait bien compris ce que Clover dit de "la commune" quand il prétend que « pour lui la question de l’État ne se pose pas », même s'il a raison de parler du « vide politique de la pensée anarchiste sur l’État aujourd’hui. » Il faudrait peut-être chercher du côté de l'idéologie des "Communs", et de sa réhabilitation de Proudhon contre Marx, effectivement en liaison avec mes mouvement Occupy

si Guigou n'a pas tort de distinguer l'émeute de l'insurrection, il est discutable d'affirmer que « dans l’émeute, l’individu est enfermé dans son individualité, dans sa subjectivité d’émeutier, cherchant à tirer de son action le meilleur profit pour lui-même ; aucune solidarité, d’aucune sorte, ne peut se manifester », mais évidemment, c'est nécessaire à Guigou pour lui opposer « le pôle communauté humaine du rapport individu/communauté » qui est la nouvelle « tension » (et non contradiction) au centre de sa thèse

cependant, affirmer que « l’émeute est immédiatiste » tend à en faire un concept (voir plus haut), et supposer que sa forme porterait toujours le même contenu, ce qui est discutable. De ce point de vue, y aurait-il une véritable rupture entre émeute et insurrection ? C'est à notre sens s'enfermer dans des mots-concepts sans les avoir (re)définis puisqu'ils évoluent historiquement. Articuler émeute et insurrection est plutôt un chantier à ouvrir

quant à la chute, nous y souscrivons puisque nous l'avons perçu dès la publication de la version originale en 2016 en en prévisant les effets en France* : « Nul doute que les idéologues-activistes de l’émeute vont faire de ce livre un de leurs évangiles préférés. On comprend dès lors pourquoi après la traduction française de son livre, la tournée de Clover en France le conduira à Montreuil et… à Normale Sup ; deux lieux vénérés du culte insurrectionniste et (désormais) émeutiste. »
*

Patlotch a écrit:
@patlotch 05:29 - 13 sept. 2016

ni universitaires ni poètes d'État : Joshua Clover sera-t-il l'exception qui confirme la règle ? Succès post-ultragauche garanti

il ne reste plus qu'à attendre les critiques de Théorie Communiste, qui a pris la responsabilité de cette traduction assurée par un de ses membres, et fait d'une pierre deux coups, un théorique et un éditorial, en se repositionnant dans le débat puisque même sans Senonevero, nouvelle collection d'Entremonde, le livre aurait été traduit

Une thèse émeutiste
Jacques Guigou Temps Critiques 3 juin 2018

JG a écrit:
L’insurrection qui vient tardant à se manifester, il fallait réactiver la prophétie de l’émeute et signifier qu’elle est désormais primordiale. La prophétie, qui arrive cette fois de Californie, est énoncée par un universitaire doublé d’un militant des actions Occupy : Joshua Clover. Si l’on en croit un entretien avec l’auteur de L’émeute prime (Entremonde, 2018) lisible en ligne, Clover cherche à réhabiliter les émeutes comme forme de lutte politique à part entière. Les réhabiliter dit-il, car les marxistes les ont traitées par le mépris, eux qui ne voient en elles que spontanéisme et aveuglement stratégique.

Clover conçoit trois cycles de luttes qu’il périodise selon trois phases du capitalisme : (1) les émeutes dans la période commerciale et manufacturière, car liées au procès de circulation du capital ; (2) les grèves dans la période industrielle et usinière, car liées au procès de production et enfin (3) à nouveau les émeutes mais « émeutes prime » (selon l’écriture mathématique émeute’ *) dans le capitalisme financier contemporain, car liées à nouveau à la circulation. Cette modélisation s’accompagne d’une référence à la théorie marxiste (pas marxienne) de la valeur-travail et de la distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange.

* En mathématiques, le signe prime « ′ » exprime la dérivée d’une fonction (ici les émeutes d'avant la période grève), le double prime « ″ » et le triple prime « ‴ » indiquant respectivement les dérivées seconde et troisième. Cette remarque un tantinet cuistre est-elle bien utile ? Il suffit de comprendre que pour Clover l'émeute prime sur la grève. Les traducteurs ont préféré faire ressortir sa thèse essentielle pour aujourd'hui, plutôt que de reprendre le titre original émeute-grève-émeute qui renvoie davantage à la périodisation

Bien que cohérent et séduisant en apparence, ce modèle théorique et historique n’est pas probant car il contient un présupposé erroné : la séparation entre circulation et production dans le procès total de valorisation/réalisation du capital. Or ces deux procès, s’ils ont été deux moments distincts dans la phase industrielle du capital, ne sont plus aujourd’hui autonomisables, ils sont nécessairement combinés pour ne former qu’un seul et même procès que nous avons nommé procès de totalisation de la capitalisation de toutes les activités humaines (cf. http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article206). Pour les besoins de son modèle, Clover se fait contorsionniste ; il donne une version fictionnelle de la dynamique effective du capital au cours de son histoire.

De la même manière, il cherche à fonder sa thèse en opposant la grève et l’émeute. Alors que la grève, était selon lui, l’acte des salariés et donc des productifs, les émeutiers (prime) contemporains sont des hors travail, des surnuméraires qui ne sont reliés à l’économie que par la consommation et l’espace urbain. Avec ce tour de passe-passe, il laisse à l’écart (ou ignore) les nombreuses grèves émeutières (cf. Fourmi 1er mai 1891, etc.) et les non moins nombreuses émeutes-grèves (Le Havre 1922, etc.) dans l’histoire du mouvement ouvrier.

Dans cet ouvrage, on lit aussi des développements sur la segmentation de la classe ouvrière (Clover reste classiste) notamment celle liée à la race (il intègre les convictions des racialistes et autre décoloniaux).

Notons surtout que pour lui la question de l’État ne se pose pas car elle aurait polarisé en vain toutes les tentatives révolutionnaires du mouvement ouvrier. Il ne s’agit pas de prendre le pouvoir d’État ; il faut donc… le laisser tranquille et s’occuper de « la commune » comme forme collective à venir… Voilà qui confirme — s’il fallait le faire — le vide politique de la pensée anarchiste sur l’État aujourd’hui.

Tout cela débouche sur des propos révolutionnaristes qu’on pourrait qualifier de modérément relativisés car Clover prétend ne pas faire une simple défense et illustration de l’émeute, mais il cherche à réhabiliter sa portée politique et théorique… sans percevoir que l’augmentation et l’intensification des émeutes ne sont pas les signes d’un déclin ou d’un affaiblissement du capitalisme mais qu’elles accompagnent sa dynamique chaotique et nihiliste.

Contrairement à l’insurrection (qu’on nommait jadis une « émotion sociale ») qui peut, dans certaines conjectures historiques être annonciatrice de bouleversements politiques et sociaux, l’émeute est immédiatiste ; elle n’est pas porteuse d’un horizon, d’une visée, d’une autre voie pour les émeutiers et les autres humains. L’acte émeutier contient son commencement et sa fin ; il est clos sur lui-même. Expression d’une révolte instantanée et momentanée, l’émeute ne contient pas de médiation autre que sa propre immédiateté. En ce sens, le sous-titre du livre de Clover : « Une nouvelle ère des soulèvements » n’est pas approprié à son objet car au-delà de leurs particularités conjoncturelles, les émeutes comportent une dimension d’invariance historique, de répétition, qui ne permet pas, en tant qu’émeutes, de définir une période historique.

Cette répétitivité historique de l’émeute et la nécessité de la distinguer des manifestations et des insurrections de type ouvrier à conduit les anarchistes des années 1910 à parler de « jacqueries » pour distinguer ces deux formes de soulèvements. (Cf. Anne Steiner, Le Goût de l’émeute. Manifestations et violences de rue dans Paris et sa banlieue à la « Belle époque ». L’échappée, 2012).

Malgré ses efforts de périodisation, la tentative de Clover pour réhabiliter politiquement les émeutes, n’est finalement qu’un coup d’épée dans l’eau ; une vaine rhétorique émeutiste. Les émeutes sont politiques non pas en vertu de l’ancien slogan gauchiste « tout est politique » mais parce que, au-delà de leurs diversités, elles ont toutes une dimension existentielle fondamentale. Cette dimension, ignorée par Clover, que Marx avait bien mise en évidence lorsqu’il écrivait à propos de la révolte émeutière des tisserands de Silésie (1844) : « Mais toutes les émeutes, sans exception, n’éclatent-elles pas dans la séparation funeste des hommes de la communauté humaine ? Toute émeute ne présuppose-t-elle pas cette séparation ? » (Gloses critiques à l’article « Le roi de Prusse et la réforme sociale par un Prussien »). Rappelons que pour Marx, à cette période de son œuvre, « l’être humain est la véritable communauté des hommes » ; pour lui, l’individu n’est donc pas séparable de la communauté humaine (Gemeinwesen). Or, dans l’émeute, l’individu est enfermé dans son individualité, dans sa subjectivité d’émeutier, cherchant à tirer de son action le meilleur profit pour lui-même ; aucune solidarité, d’aucune sorte, ne peut se manifester. Dans l’émeute, le pôle communauté humaine du rapport individu/communauté est absent. L’acte émeutier est un acte nihiliste sui generis. Clover partage-t-il ce constat ? Emporté par la dynamique émeutiste de son modèle, il ne semble pas se poser ce type de question…

Nul doute que les idéologues-activistes de l’émeute vont faire de ce livre un de leurs évangiles préférés. On comprend dès lors pourquoi après la traduction française de son livre, la tournée de Clover en France le conduira à Montreuil et… à Normale Sup ; deux lieux vénérés du culte insurrectionniste et (désormais) émeutiste.

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 12 Juin - 11:02


pour info, puisque c'est dans l'air. Nous ne voyons pas de réel intérêt à cette critique de Badiou par Clover et Jasper Bernes (Endnotes...). Que Badiou soit un philosophe idéaliste à ce titre quasi pré-marxien n'est plus à démontrer. Que Clover le soit en raison même de sa théorie émeutiste le sera par les faits, les ruptures historiques qui viendront troubler ce "cycle de luttes". Mais il faut bien dis-courir aux universités. Quant aux véritables motivations de cette traduction par un membre de Théorie Communiste, l'opportuniste continue. Pour dndf qui le diffuse, comme disait RS, il arrive un moment où le faire sans commentaires revient à l'approuver...


De l’émeute : l’Histoire et son Sphinx
Joshua Clover et Jasper Bernes, 10 Juin 2018 pour la traduction

A l'occasion de la sortie de "L'émeute prime" de Joshua Clover aux éditions entremonde, une critique par l'auteur même et Jasper Bernes du livre d'Alain Badiou, "Le réveil de l'histoire", et de sa conception du cours actuel de la lutte des classes, de l'organisation et des émeutes.


relevons la chute, qui a dû plaire à Théorie Communiste (selon son concept de "luttes théoriciennes")

Citation :
Plutôt que de voir la théorie comme une leçon que nous devons enseigner aux participants des soulèvements d'aujourd'hui, nous pourrions la comprendre comme une chose immanente à leur pratique. Nous pourrions adopter une posture d'écoute du monde dans lequel nous vivons.

il arrive que même en écoutant l'on ait des voix et que le théoricien fasse dire aux luttes ce qu'elles ne font pas. Nous ne lisons pas le moment actuel du capitalisme comme une "ère des émeutes", et même si elles sont en recrudescence, aucune pas son contenu ne porte la lutte des classes aux limites telles qu'elles pourraient annoncer une insurrection communiste. Bref, Clover se trompe d'époque, comme Théorie Communiste il y a dix ans, avant d'en revenir, ou d'y revenir, va savoir...

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   

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ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie
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