PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie

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Patlotch



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Jeu 21 Sep - 17:54

EMEUTES DANS LE SUD-OUEST ALGÉRIEN
DU GOURDIN ET DU GAZ LACRYMOGÈNE POUR MATER UNE JEUNESSE DÉSOEUVRÉE


M'Hamed Hamrouch  21/09/2017

De violents affrontements ont opposé, mercredi 20 septembre à Reggane, sud-ouest algérien, les forces anti-émeutes et de jeunes habitants revendiquant leur droit à l'emploi. La manifestation a été violemment réprimée par les Robocops de la police algérienne.

Citation :
Le climat est extrêmement tendu à Reggane, ville de la région d'Adrar, sud-ouest algérien, au lendemain de l'intervention violente, mercredi 20 septembre, des forces anti-émeutes contre un rassemblement de jeunes manifestants sans emploi. Sous le titre "Des jeunes réclament des postes de travail : Emeutes à Reggane (Adrar)", le site d'information pro-gouvernemental, Algérie1, indique que les forces anti-émeutes "sont intervenues en fin d'après-midi pour disperser un rassemblement de jeunes devant l'agence locale de l'emploi, et ce après l'avoir fermée, réclamant des postes d'emploi".

Après la Kabylie, les émeutes s'étendent à l'ouest de l'Algérie

"Les forces antiémeute ont été contraintes d'utiliser du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui avaient dans la matinée fermé les locaux de l'agence locale de l'emploi", rapporte la même source.

Les revendications formulées par les jeunes manifestants se résumaient au départ du responsable de l'agence locale de l'ANEM, l'inspectrice du travail et le recrutement d'agents de sécurité sans condition de niveau scolaire et autres, ajoute la même source.

Il n'en a pas fallu plus pour que les forces de sécurité procèdent à des interpellations dans les rangs des manifestations,  dont l'arrestation de certains d'entre eux a irrité les protestataires à la faveur d'échauffourrées qui ont fini par dégénérer en violents affrontements avec les forces anti-émeutes.

Face à cette situation, il a été procédé à l'usage de gourdins et de gaz lacrymogènes pour disperser les jeunes venus nombreux revendiquer leur droit à l'emploi.

Rien que ça ?

Reggane, connue pour sa chaleur torride pendant l'été (l'une des plus fortes au monde avec des températures supérieures à 50° C à l'ombre), est aussi l'une des régions les plus affectées par le cancer. C'est dans cette région que l'armée française réalisa en 1960 les premiers essais nucléaires.

Il en ressort que la population de Reggane pâtit à la fois des séquelles des essais nucléaires français et de l'incurie d'un régime algérien qui continue de livrer sa jeunesse en pâture au chômage (25%). Et ce n'est pas demain la veille que la situation se rétablira, l'Etat algérien, ou ce qu'il en reste, étant confronté actuellement à l'une des pires crises financières de son histoire.

contre Joshua Clover qui « théorise l'émeute comme une forme de l'insurrection qui vient », j'écrivais le 18 septembre qu'il n'y a pas de forme sans contenu et que tout changement de contenu appelle une autre forme

cet article nous dit que « Les revendications formulées par les jeunes manifestants se résumaient au départ du responsable de l'agence locale de l'ANEM, l'inspectrice du travail et le recrutement d'agents de sécurité sans condition de niveau scolaire et autres, [...] les jeunes venus nombreux revendiquer leur droit à l'emploi.»

contenu revendicatif et colère face à l'envoi de la police par l'État algérien, un contenu qui n'annonce rien, ou, si c'est affaire de mots, seulement des insurrections de contenu identique. Et s'il n'y a pas de transcroissance entre luttes revendicatives et luttes révolutionnaires, de même il n'y en aura pas non plus de l'émeute à l'insurrection générale révolutionnaire

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 25 Sep - 17:47


"ère des émeutes" : quelles émeutes, de qui pour quoi ?

une approche quantitative des émeutes. Dans ces diagrammes, on ne sait pas quels sont les motivations et contenus de ces émeutes. Il est probable qu'ils sont différents selon les continents. Cela explique-t-il les disparités dans l'évolution : relative montée des émeutes en Europe et en Asie, baisse en Afrique. Pour les Amériques, il est possible de constater une remontée en 2017

de plus, je suppose qu'il s'agit de nombre d'émeutes et non de participants. On regrettera également que les courbes ne remontent pas aux années 1960... C'est quand même de l'anthropologie vue d'un bureau, celle que détestait Godelier lui reprochant certaines pratiques courantes en sociologie (enquêtes de terrain = questionnaires remplis par des stagiaires...)





source : anthropologie du présent, Alain Bertho
ethnologie appliquée, recherches, enseignement, publications, séminaires

pour une typologie critique des émeutes et luttes violentes

si l'on veut faire un travail sérieux d'analyse et compréhension des émeutes d'un point de vue communiste (car différent d'une enquête de sociologues ou de police), il conviendrait de se doter d'une typologie croisant situations économique, politique et sociale de départ, motivations et déclenchement, catégories sociales engagées, nombre et puissance, revendications et demande à l'État ou non et de quoi (faim, salaires, violence policière, changement politique, violence anticapitaliste symbolique...), etc.

tout autre point de vue est soit de défense de l'ordre (stratégie policière d'Etat), soit de défense démocratique (peur du chaos, Bertho et ses courbes "ouh la la ça monte"), ou relève d'une idéologie "révolutionnaire" des émeutes typique de couches moyennes n'appartenant pas à la production (Comité invisible, Joshua Clover... Action directe symbolique, "cortège de tête" et amateurs-imitateurs des Blacks blocs)

pour commencer : crise du capitalisme et crise alimentaire mondiale, émeutes de la faim en 2007-2008

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 26 Sep - 8:44


émeutes en Chine et en Europe, différences...
problème de la constitution en classe plutôt que de composition de classe

je signale avec retard la traduction en français d'un texte de Chuang du 21 décembre 2015



No Way Forward, No Way Back

China in the Era of Riots

Ni marche en avant, ni marche arrière
La Chine à l'ère des émeutes
Traduit par Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

significatif relativement aux "débats" concernant le contenu des émeutes comme le problème posé par mon livre. Voir la discussion avec ce texte dans UNE CLASSE POUR LA RÉVOLUTION sujet révolutionnaire, composition vs constitution

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 29 Sep - 2:08


Depuis dimanche, des tensions perturbent la ville d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Plusieurs véhicules ont été brûlés et deux écoles ont été prises pour cible par une vingtaine d’incendiaires. Un contexte crispé né après qu’un jeune habitant du quartier de Savigny a été retrouvé mort, succombant à une overdose selon le parquet. Ses proches doutent de cette hypothèse et réclament une nouvelle autopsie.


AlbanElkaim a écrit:
Le calme n’est toujours pas revenu à Aulnay-sous-Bois. Le quartier de Savigny vient de vivre sa troisième nuit d’échauffourées ce mardi soir. Ces violences ont opposé une poignée d’habitants à la police. Deux jours plus tôt, une vingtaine d’incendiaires ont brûlé au moins six véhicules et s’en sont pris à deux écoles de la ville. Au sein de la maternelle du groupe scolaire Savigny 1, rue des Lilas, “une salle de bibliothèque a été complètement incendiée et le bureau du directeur a été partiellement brûlé“, a indiqué la mairie de la ville dans un communiqué. À l’école primaire, une fenêtre de salle de classe a été brisée pour propager du liquide inflammable. Ce dernier n’a pas pris feu.

Bruno Beschizza, maire Les Républicains, n’a pas tardé à condamner “ces actes de nature criminelle avec la plus grande fermeté” et a adressé “une pensée pour les élèves qui sont les premières victimes de cet acte stupide et inadmissible“. Et d’ajouter : “Lorsque l’on touche à une école, on s’attaque à la jeunesse et à son avenir. C’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit d’une école dans un quartier populaire“.



Groupe scolaire Savigny, rue des Lilas, à Aulnay-sous-Bois.

À l’origine de ces tensions, le décès de Yacine, 24 ans. Il a été retrouvé sans vie le 14 septembre dans la cave de son immeuble situé dans le quartier Savigny dans des circonstances troubles : face contre terre, le pantalon baissé et une barre de fer sous son corps. Dans un communiqué de presse publié le 15 septembre, le parquet de Bobigny indique que l’autopsie n’a “pas révélé de traces de coups susceptibles d’entraîner le décès et conduit à écarter l’hypothèse d’une mort violente”. Le lendemain, il a fait savoir que l’analyse toxicologique a “révélé la présence de cocaïne à un taux très élevé compatible avec un décès par surdose”.

Les proches de Yacine soulignent plusieurs zones d’ombre dans cette version officielle et réclament une nouvelle autopsie. Ils relèvent notamment des hématomes sur le visage qui ressemblent à des marques de coups. “Quand on nous ment ouvertement, on nous dit qu’il a juste une trace sur le front et ensuite quand vous voyez son visage… ça n’est pas normal. On n’accuse personne. On voudrait juste pouvoir faire la contre-autopsie, pour que tout le monde connaisse la vérité et que ma mère puisse faire son deuil”, demande Billel, le grand frère de Yacine.

“La manière dont l’enquête a été menée me dérange, poursuit le trentenaire. Les enquêteurs concluent tout de suite à l’overdose. Ils font une perquisition chez nous. La scène de crime a été laissée ouverte et sans surveillance, ce qui n’a pas permis de préserver les indices éventuels”. Pour déposer une plainte pour “homicide volontaire contre X”, “ça a été le parcours du combattant”, témoigne Billel. On m’a envoyé de commissariat en commissariat : Bobigny, Aulnay, Montreuil, Sevran, Aulnay à nouveau où j’ai enfin pu enfin déposer plainte”, raconte-t-il, d’une voix fatiguée, le ton usé. “Je travaille, je paie des impôts… La police n’est pas là que pour nous verbaliser. Elle est aussi là pour nous protéger et nous aider. Ils doivent jouer leur rôle quand on a besoin d’eux”.

La famille de Yacine lance un appel au calme



Le quartier Savigny d’Aulnay-sous-Bois.

Dès le début de l’affaire, des rumeurs courent sur l’implication de la police dans cette mort suspecte. “Il y a eu l’histoire de Théo en février dernier, rappelle Hadama Traoré, et depuis des scènes de violence incroyables. C’est normal qu’il y ait des suspicions”. Militant associatif très actif, il est cofondateur du mouvement La Révolution est en marche, et se bat pour essayer de retisser le lien entre forces de l’ordre et population, distendu dans la commune. “Ce n’est pas normal qu’il y ait deux types de Français, reprend-il. D’un côté, ceux qui connaissent les bonnes personnes et bénéficient d’une vraie investigation, de l’autre les Français issus des quartiers à qui on accorde moins d’importance”.

L’attente de la nouvelle autopsie et l’absence d’explications ne font qu’empirer les choses. “Les mecs du quartier sont pressés. Ils veulent connaître la vérité, explique Billel. Depuis le début, je leur dis qu’il faut attendre l’information judiciaire, mais là, je ne peux plus les contenir”. L’Aulnaysien condamne fermement les violences qui ont agité sa ville ces derniers jours. “Je peux comprendre cette colère. Mais ça n’est pas la solution. Ça va être repris contre nous, contre Yacine”.

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Dim 1 Oct - 13:31


le poète prophète de la bourgeoise d'État américaine a encore frappé...
sur son clavier


Paladin, planche 8, Spirou n°2492 14 janvier 1986

Brésil : « la vie quotidienne prend les contours de la guerre asymétrique »
Joshua Clover Los Angeles Review of Book September 23 2017 extrait


video

Joshua Clover a écrit:
So let us assume there will be a revolution, an emancipatory one, not the kind mentioned often enough by Elon Musk or the Marinho brothers of Grupo Globo. Where might it begin? This is not an easy question, and not one to which we need know the answer in advance. If I had to guess, I would look at places where social antagonism is pitched so high as a practical fact, as a consequence of extreme polarization, that it is already beginning to exceed state management, where the rich are rich enough to hire shooters, and to need them. This is just a guess, one way among many to think about this, but it’s a start. Once it pops off, a series of problems will present themselves, not the least of which is how the revolution will sustain itself, cut off from market goods. Brazil, with its prodigious agricultural productivity, offers real possibilities — even if, once the semi-temperate southlands are seized, capitalist organization of production is broken immediately, as one hopes. These are factors we might look for, then: dramatic and increasing use of private security, and ready arable land that can serve as what a friend calls the “belly of the revolution” against the closure of the world market. These are only two coordinates. It unfolds according to many. Neither you nor I will tell it how to unfold. Once begun it will have to spread, of course. Or not spread, exactly, but erupt elsewhere. People will start the day organizing their lives around the free sharing of communal goods, and end the day defending this. Whether people will seize Daslu for a well-fortified outpost or loot it and light it, its fate is sealed.

traduction dndf
Supposons donc qu’il y ait une révolution, une émancipation, pas celle du genre mentionné assez souvent par Elon Musk ou les frères Marinho du Grupo Globo. D’où cela pourrait-il commencer ? Ce n’est pas une question facile, et pour laquelle nous avons la réponse. Si je devais deviner, je me tournerai vers les endroits où l’antagonisme social est élevé comme un fait pratique, en raison de la polarisation extrême, qu’il commence déjà à dépasser la gestion de l’État, où les riches sont assez riches pour embaucher des tireurs, et en avoir besoin. C’est juste une supposition, une façon parmi d’autres d’y penser, mais c’est un début. Une fois qu’elle se déclenchera, une série de problèmes se présenteront, et ce ne sera pas le moindre que la façon dont la révolution se maintiendra, coupée des biens marchands. Le Brésil, avec sa prodigieuse productivité agricole, offre des possibilités réelles – même si, une fois que les états semi-tempérés du Sud seront touchés, l’organisation capitaliste de la production sera interrompue immédiatement, comme on l’espère. Ce sont des facteurs que nous devrons envisager, et ensuite : l’utilisation dramatique et croissante de la sécurité privée, et les terres arables prêtes qui peuvent servir d’appui, comme «ventre de la révolution» contre la fermeture du marché mondial. Ce ne sont que deux aspects. Il y en aura beaucoup. Ni vous ni moi ne vous savons comment cela se déroulera [si si, tu sais mieux que moi]. Une fois commencée, il faudra la répandre, bien sûr. Ou ne pas la propager, exactement, mais la faire éclater ailleurs. Les gens commenceront la journée à organiser leur vie autour du partage gratuit des biens communaux et la termineront en les défendant. Que les gens saisissent Daslu pour un avant-poste bien fortifié ou le fouillent et l’éclairent et leur destin est scellé.

Joshua Clover, né en 1962, est le fils du sociologue Samuel Kaplan, enseignant à Berkeley et Boston, fondateur en 1978 d'un cabinet juridique de transactions à Minneapolis, puis ambassadeur d'Obama au Maroc de 2009 à 2013. Il appartient comme son père à la bourgeoisie de l'État américain, présentant son livre Riot Strike Riot en 2016 à la Fondation des Etats-Unis à Paris, dont le Président d’Honneur du Conseil d'administration est l'ambassadeur des Etats-Unis en France

dndf fréquente du beau linge, après Woland théoricien pilier de Sic revue pour la communisation, haut-fonctionnaire grec puis sous-ministre dans le gouvernement de Syrisa. Marx aussi était fils d'un bourgeois, mais quand il est devenu communiste, il a vécu dans la misère. Mais il est vrai que ces gens-là pensent qu'en attendant la révolution, on ne peut que vivre normalement...

oui, je sais, ce n'est pas une appréciation très théorique, mais j'ai réglé ça plus haut et j'y reviendrai, mais je déteste les bourgeois, plus encore quand, restant de leur classe, ils se prétendent communistes

il ne fait aucun doute que la théorie communiste a une dimension prospective, mais cette fureur à lire dans le marc de café brésilien me semble aussi vaine et peu fondée que d'annoncer la révolution par "l'ère des émeutes"



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Patlotch



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 2 Oct - 11:38


Plusieurs véhicules ont été incendiés à Aulnay-sous-Bois, rappelant des incidents similaires survenus une semaine plus tôt. Ces violences seraient liées à la mort d'un jeune homme, ses proches contestant la version donnée par la police.


Voiture incendiée à Vaulx-en-Velin en 2006 (image d'illustration)
Philippe Merle Source: AFP

voir les vidéos dans l'original
Citation :
Une nouvelle nuit de violences a secoué la ville d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, au cours de laquelle plusieurs voitures ont été incendiées.

Des vidéos de ces scènes d'émeutes ont été diffusées sur les réseaux sociaux. On y voit notamment des jeunes lancer des projectiles sur des Autolib et y mettre le feu.

Sur Twitter, les comptes Blocus Infos – groupe qui se présente comme un collectif de reporters indépendants – et La Police Assassine – un collectif dénonçant les bavures policières – affirment que ces violences seraient une réponse au décès d'un certain Yacine [sic incertain], dont les proches contestent la version officielle donnée par la police après autopsie ayant conclu à une overdose.

Le 14 septembre dernier, le corps de Yacine B., 24 ans, avait été découvert dans une cave de la cité où il vivait. L'analyse toxicologique avait conclu à une overdose de cocaïne mais la famille du jeune homme assure qu'il ne touchait pas à cette drogue et réclame une nouvelle autopsie, qui lui est refusée.

Des graffitis réclamant la justice «pour Yacine» sont apparus à Aulnay-sous-Bois dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, inscrits sur des murs ou sur le capot d'une voiture calcinée.



Une vingtaine d'individus avait déjà incendié plusieurs véhicules ainsi qu'une école maternelle à Aulnay-sous-Bois dans la nuit du 24 au 25 septembre, avant de s'en prendre aux forces de l'ordre. Là encore, plusieurs comptes sur les réseaux sociaux liaient ces violences avec l'affaire Yacine.

 


une chose est sûre, les cortègeux de tête, plus ou moins amateurs d'émeutes, n'y sont pour rien, et d'ailleurs n'en parlent pas encore, peut-être en attendant d'aller y promouvoir la convergence des luths. Pour d'autres, l'émeute serait-elle plus belle sur papier glacé dans une revue américaine ? Va savoir

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 2 Oct - 18:11

intermède littéraire

Dostoïevski, la revendication ouvrière, les activistes,
et l'émeute incendière



Netchaiev, Bakounine, Dostoievski

Dostoïevski Les démons (Les possédés), 1871, deuxième partie, chapitre X, Trad. Markowicz, Babel p. 391-394


Citation :
L'aventure qui nous arriva en chemin fut, elle aussi, quelque peu surprenante. Mais il faut tout raconter dans l'odre. Une heure avant que Stéphane Trofimovitch et moi, nous ne sortions, il y avait une foule de gens, qui traversait la ville et ne passait pas inaperçue - des ouvriers des Chpigouline, environ soixante-dix personnes, peut-être plus. On affirma plus tard que ces soixante-dix étaient des représentant élus par tous les ouvriers, qui étaient près de neuf cents chez les Chpigouline, représentants qui devaient aller trouver le gouverneur, et, vu l'absence de leurs patrons, chercher justice auprès de lui contre le gérant de l'usine, lequel, en fermant l'usine et en licenciant les ouvriers, les pillait tous impudemment - un fait qui, aujourd'hui, ne souffre aucune contestation. D'autres réfutent jusqu'à présent cette idée d'élection, affirmant que, soixante-dix personnes, c'était trop pour des représentants, que, tout simplement, la foule était composée des gens les plus pillés, et qu'ils ne venaient donc parler que pour eux-mêmes, en sorte que la "révolte" générale de l'usine, dont on nous a tellement rebattu les oreilles, en fit, elle n'a tout simplement pas existé.

D'autres encore affirment avec passion que ces soixante-dix hommes n'étaient pas de simples révoltés, mais, sans l'ombre d'un doute, des révoltés politiques, c'est-à-dire que, faisant déjà partie des plus violents, ils avaient été excités, en outre, par rien moins que des appels à la révolte. Bref, y avait-il là l'influence de quelqu'un, ou une incitation - jusque-là on ne le sait pas trop. Mon avis personnel, c'est que les ouvriers n'avaient pas lu du tout les appels à la révolte, et que, quand bien même ils les auraient lus, ils n'y auraient pas compris un mot, ne serait-ce que parce que les auteurs de ce genre d'écrits, malgré toute leur violence, ont un style très confus. Mais comme, réellement, les ouvriers vivaient très mal - et que la police, à laquelle ils s'étaient adressés, ne voulait pas écouter leurs plaintes, qu'y aurait-il eu de plus naturel de se rendre tous, en foule, chez "le général lui-même", si cela pouvait se faire, leurs doléances bien en vue, de se disposer bien respectueusement devant son perron, et, sitôt qu'il paraîtrait, de se jeter à genoux, tous ensemble, pour en appeler à lui comme à la providence incarnée ? A mon avis, il n'y a pas à chercher de révolte, ni même de représentants, parce que c'est là un procédé ancien, historique : le peuple russe a toujours aimé parler avec "le général en personne", en fait, déjà pour le plaisir en soi, et quelle que soit l'issue de l'entretien.

C'est pourquoi je suis entièrement persuadé que, même si Piotr Stépanovitch, Lipoutine, et peut-être encore quelqu'un, même, je parie, Fédka, tournoyaient à l'avance parmi les ouvriers (puisqu'il existe réellement des indices assez fiables de cette circonstance), ils n'ont parlé qu'avec deux, trois, pas plus - disons, cinq personnes, et juste pour voir, et cette conversation n'a rien donné. Quant à la révolte, même si les ouvriers ont compris quelque chose à toute leur propagande, ils ont sans doute tout de suite arrêté d'écouter, comme s'il y avait là quelque chose de stupide et hors de propos. Fédka, c'était autre chose; lui, semble-t-il il réussit mieux que Piotr Stépanovitch. Dans l'incendie de la ville qui suivit trois jours plus tard, il s'avère à présent, et sans l'ombre d'un doute, que, de fait, deux ouvriers y ont pris part avec Fédka, sans compter qu'un mois plus tard, on arrêta trois autres anciens ouvriers dans le district, eux aussi pour incendie et pour pillage. Mais, même si Fédka eut bien le temps de les faire tomber dans l'action immédiate et directe, là encore, il ne s'agissait que de cinq hommes, pas plus, car nul ne peut rien dire de semblable au sujet des autres.

Quoi qu'il en soit, les ouvriers finirent par déboucher sur la petite place devant l'hôtel du gouverneur, et ils se disposèrent en ordre et en silence. Puis ils restèrent bouche bée à regarder le perron, et ils attendirent. On me rapporte que, dit-on, ils se découvrirent aussitôt, c'est-à-dire une bonne demi-heure avant l'apparition du patron de la province, lequel, comme par un fait exprès, était absent à ce moment-là. La police se montra tout de suite, d'abord par groupes isolés, puis avec la brigade au grand complet, par un ordre de dispersion. Mais les ouvriers ne bougèrent pas d'un pouce, comme un troupeau de béliers devant une barrière, et répondirent laconiquement qu'ils venaient voir "le général en personne"; on voyait qu'ils étaient fermement décidés. Les cris inhabituels cessèrent; ils furent vite remplacés par une réflexion, par des dispositions secrètes prises en chuchotant, une agitation sévère et soucieuse qui faisait froncer les sourcils de la hiérarchie. Le chef de la police préféra attendre l'arrivée de von Lembke lui-même [...]

[Dans les journaux] La variante la plus probable, je suppose, consitait en ceci que la foule avait été encerclée par tous les policiers disponibles [...]

Mais, je l'avoue, il y a quand même un problème que je n'arrive pas à résoudre : de quelle façon une foule toute bête - je veux dire ordinaire - de porteurs de doléances - certes, de soixante-dix personnes - fut-elle, dès le premier instant, au premier mot, présentée comme une foule en révolte menaçant de renverser l'ordre établi ?

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 3 Oct - 7:46


Clover : un déterminisme révolutionnaire
fondé sur une analyse du capital partielle et à moitié-fausse

de Joshua Clover j'ai déjà discuté son marxisme donnant le primat à la circulation sur la production dans le capitalisme contemporain, et justifiant l'idéologie des émeutes, des blocages, etc. Il s'y greffe un autre aspect, la définition d'un sujet révolutionnaire chez les plus paupérisés, quelle que soient leur place dans les rapports de production

reprenons sa dernière intervention sur papier glacé, évoquée plus haut dans ce qui « n'était pas une appréciation très théorique » J'y reviens donc :


Brésil : « la vie quotidienne prend les contours de la guerre asymétrique »
Citation :
Supposons donc qu’il y ait une révolution, une émancipation[...] D’où cela pourrait-il commencer ? Ce n’est pas une question facile, et pour laquelle nous avons la réponse. Si je devais deviner, je me tournerai vers les endroits où l’antagonisme social est élevé comme un fait pratique, en raison de la polarisation extrême, qu’il commence déjà à dépasser la gestion de l’État, où les riches sont assez riches pour embaucher des tireurs, et en avoir besoin. C’est juste une supposition, une façon parmi d’autres d’y penser, mais c’est un début. Une fois qu’elle se déclenchera, une série de problèmes se présenteront, et ce ne sera pas le moindre que la façon dont la révolution se maintiendra, coupée des biens marchands. Le Brésil, avec sa prodigieuse productivité agricole, offre des possibilités réelles – même si, une fois que les états semi-tempérés du Sud seront touchés, l’organisation capitaliste de la production sera interrompue immédiatement, comme on l’espère. Ce sont des facteurs que nous devrons envisager, et ensuite : l’utilisation dramatique et croissante de la sécurité privée, et les terres arables prêtes qui peuvent servir d’appui, comme «ventre de la révolution» contre la fermeture du marché mondial. Ce ne sont que deux aspects. Il y en aura beaucoup. Ni vous ni moi ne vous savons comment cela se déroulera. Une fois commencée, il faudra la répandre, bien sûr. Ou ne pas la propager, exactement, mais la faire éclater ailleurs. Les gens commenceront la journée à organiser leur vie autour du partage gratuit des biens communaux et la termineront en les défendant. Que les gens saisissent Daslu pour un avant-poste bien fortifié ou le fouillent et l’éclairent et leur destin est scellé.

Clover passe directement d'une « supposition », le déclenchement d'une révolution, au fait que ce serait dans « les endroits où l’antagonisme social [...] commence déjà à dépasser la gestion de l’État, où les riches sont assez riches pour embaucher des tireurs, et en avoir besoin ». Mais depuis quand « l'antagonisme social », dans le capitalisme, réside-t-il dans l'opposition entre « riches » et pauvres, et le dépassement du capital contenu dans celui de l'État ?

Clover poursuit, du conditionnel au futur simpliste : « Une fois qu’elle se déclenchera », la révolution... et puis c'est le récit, la fiction, le fantasme, la projection d'un désir de révolution sur la détermination de son devenir

la difficulté de la critique, c'est que le constat, « un fait pratique, [...] la polarisation extrême », est irréfutable, et c'est pourquoi ce genre de thèse a du succès, cela nourrit l'espoir, non des populations concernées, qui ne lisent pas Clover (voir Dostoïevski : « quand bien même ils les auraient lus, ils n'y auraient pas compris un mot, ne serait-ce que parce que les auteurs de ce genre d'écrits, malgré toute leur violence, ont un style très confus. »), mais de ceux qui sont peu ou prou du même milieu socio-culturel, de couches moyennes déclassées ou non (lui ne l'est pas du tout, voire plus haut)

le problème est double :

- ce constat est partiel mais sert de filtre de lecture au tout du capitalisme actuel, qui précisément met en avant le rapport à l'État et masque la production derrière la circulation (voir la critique de Clover par Toscano, les travaux de Théorie Communiste, et mes considérations sur le rapport production/circulation, la composition de classe vs la constitution en classe)

- comme dit Astarian (Bidonvilles), « Du point de vue de la subjectivité révolutionnaire, le prolétariat est la classe de ceux qui sont sans réserve face aux capitalistes, et qui ne peuvent se reproduire qu’en vendant leur force de travail. », ce qui donne un autre sujet révolutionnaire que le prolétariat industriel de Marx, qui détermine la production de plus-value : « sans toi aucun rouage ne tourne »

aucun chômeur ou expulsé n'empêchant les rouages de tourner, il faut donc tabler sur leur révolte (les émeutes), et leur capacité à bloquer l'économie de l'extérieur à la production (thèse de nos activistes y compris "communisateurs"). Conscient du problème, Clover écrit : « une fois que les États semi-tempérés du Sud seront touchés, l’organisation capitaliste de la production sera interrompue immédiatement, comme on l’espère ». Il y a belle lurette que les États du Sud, tempérés ou pas, n'ont jamais enrayé le moins du monde global la production. Supposition, espérance, vision partielle et analyse du capital à moitié fausse...

cependant, disais-je, le constat s'il est partiel n'est pas faux, et pourrait même alimenter « la guerre asymétrique » du titre de Clover, mais que je retiens moi dans l'hypothèse d'un chaos ouvrant un moyen-âge de barbarie dans/contre le capital sans contenu communiste. Voir 2. 'barbarie ou capitalisme ?' ou 'communisme ou barbarie ?' (2 octobre)

symptômatique, ce genre d'analyse est porté par des intellectuels de couches moyennes, qui savent fort bien qu'une révolution ne viendrait pas de leur classe sociale, qui en l'attendant vivent "normalement" et mieux encore, et, comme culpabilisés, confient encore à d'autres la mission révolutionnaire : du prolétariat industriel de Marx au sous-prolétariat actuel, ils ont franchi le pas... de l'extérieur, par une production théorique adéquate à leur situation comme à leurs fantasmes : objectivisme et subjectivisme comme deux faces d'une même monnaie de songes

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mer 4 Oct - 15:43


le concept de nature ne coule pas de source
mais la sécheresse met le feu

je poursuis, dans le sujet ÉMEUTES, typologie formes/contenus..., l'alternance d'informations proprement dites, de théorisations et débats. Entre les deux, des études, comme celle-ci. Pas de quoi faire une typologie systématique des émeutes, mais assez pour en constater des circonstances de déclenchement et noter qu'elles concernent des situations où sont menacées en proportions variables la vie humaine et celle de son environnement, la "nature"

lier "ère des émeutes", comme vision partielle, et écologie, n'avait rien d'évident, la sécheresse le fait


LA SÉCHERESSE EST BEL ET BIEN SOURCE D'ÉMEUTES
Yves Sciama Sciences et vie  03 oct 2017

Pour la première fois, une étude établit un lien statistique entre les conditions météorologiques et les troubles sociaux en Afrique. De quoi espérer un jour, mieux anticiper les conflits.


Sécheresse ©️ Markus Spiske/Flickr/CC-BY-2.0

Citation :
Guerre en Syrie, au Soudan, Printemps arabe.... le lien entre sécheresse et troubles politiques avait déjà été fait par des analystes. Mais jusqu'ici, ce constat était uniquement empirique. Pour la première fois, une étude vient d'établir un lien statistique fort entre données météorologiques et conflits sociaux.

Une équipe, dirigée par le chercheur français Jeremy Lucchetti, de l'Université de Genève, a eu l'idée de croiser la base de données SCAD (qui recense avec précision la date et la localisation de 1800 troubles sociaux en Afrique), avec un indice de sécheresse mensuel, le SPEI (qui fait la différence entre les précipitations et l'évaporation sur des carrés de 50 km de côté).

Un mois de sécheresse augmente de 10% la probabilité d'émeute


Le résultat est remarquablement net : un mois de sécheresse suffit à augmenter de 10% la probabilité d'émeute. Si l'on ajoute certains facteurs aggravants comme la densité de la population, l'absence de réserve d'eau (lac ou fleuve), et la coexistence d'ethnies, la probabilité s'accroît de 50%. Et dans les régions les plus agricoles, la probabilité est carrément... triplée (+ 300%).

Mieux identifier les périodes et les zones à risque

« Le fait d'utiliser des bases de données que l'on puisse soumettre à des tests statistiques nous a été utile pour convaincre l'ONU, plutôt sceptique au départ, de la véracité de ce lien, commente Jérémy Lucchetti. Cette recherche a une utilité pratique - elle permet d'identifier des périodes et des zones à risque, et donc des priorités d'action. »

Ces travaux mêlant météorologie et sciences sociales ouvrent de nombreuses pistes de recherches complémentaires. Par exemple, ils pourraient révéler quelles pratiques ou réponses permettent d'éviter des troubles en dépit de mauvais indicateurs de sécheresse.

Les chercheurs, qui ont d'abord testé leur démarche sur l'Afrique subsaharienne, parce que c'est une région agricole dotée de structures étatiques fragiles, veulent désormais voir dans quelle mesure cette corrélation tient dans des régions plus développées. Ils démarrent une étude en Inde, où les structures sociales sont plus contrastées.

en somme, c'est encore un champ où plusieurs facteurs sont liés sans qu'on puisse les présenter comme une "dialectique" de circonstances séparées dans la réalité, que la théorie devrait "articuler". Ici l'on vérifie que « la nature n'existe pas » en dehors du rapport activité humaine-nature biologique, qu'elle n'est qu'une production sociale historique

ailleurs on vérifiait qu'il est impossible, si l'on prend en compte le facteur quantitatif, de séparer critique du genre (domination masculine structurelle et sociétale), critique décoloniale et rapports sociaux capitalistes, tout simplement parce qu'aucune lutte réelle massive et durable ne le fait, si l'on en sort celles qui n'ont qu'un caractère militant et intermittent qui en sont un reflet politique assez réducteur

ici, le lien d'une situation et d'un contexte particulier au capital ne produit pas une lutte prolétarienne - peut-on dire sous-prolétarienne ? -, mais qui met néanmoins en jeu la totalité de ce mode de production en tant qu'il détruit le vivant, lutte qui porte donc une dimension immédiatement universelle (voir pour un UNIVERSALISME PLURIVERSEL, le communisme universel !)

le tissage de ces luttes particulières ne se fait pas en descendant de l'idée d'un communisme universel, mais à partir de leurs contextes mêmes. C'est en ceci qu'elles produisent leur propre théorie générale, et contiennent la possibilité de l'émergence d'une classe révolutionnaire globale

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Jeu 5 Oct - 20:47


ALGÉRIE : DEUX MORTS TRAGIQUES DANS DES ÉMEUTES

M'Hamed Hamrouch le360 05/10/2017


Photo de l'émeute qui a éclaté, hier mercredi, à Aïn Beïda, en protestation
contre le décès tragique d'un jeune homme de 19 ans dans les locaux de la police.

©️ Copyright : dr

Citation :
Une violente émeute a éclaté, mercredi soir, dans la ville d'Aïn Beïda, dans la wilaya d'Oum El Bouaghi, dans l'est de l'Algérie, suite à la mort d'un jeune homme de 19 ans, tué dans les locaux de la police. Un autre jeune de 25 ans a trouvé la mort dans une intervention de la police anti-émeute.

La population d'Aïn Beïda, ville de la wilaya d'Oum El Bouaghi, dans l'est algérien, a vécu une nuit d'enfer mercredi 4 octobre. Une violente émeute a éclaté suite au décès tragique d'un jeune homme de 19 ans, après avoir été férocement brutalisé dans les locaux de la police, rapportent nos confrères algériens.

Le décès de la victime, à la force de l'âge, a provoqué "une nuit d'émeute d'une violence inouïe", indique la même source, qui déplore aussi le décès d'un jeune émeutier de 25 ans, suite à une intervention policière "musclée" contre des jeunes sans défense en rajoutant ainsi au calvaire d'une jeunesse livrée aux gémonies par le régime répressif de Bouteflika.

Outre les deux décès tragiques enregistrés, plusieurs dizaines d'émeutiers ont été blessés à Aïn Beïda, commune la plus peuplée de la wilaya d'Oum El Bouaghi, située dans la région des Aurès.

Ce développement dangereux intervient alors que la ville de Béjaïa vit une tension extrême, après l'interdiction, à Béjaïa, en Kabylie, de "l'université annuelle" de la Ligue algérienne des droits de l'Homme (LADDH). Une éventuelle déflagration dans cette région rebelle est redoutée par le régime autoritaire voisin.

L'Algérie est toujours sous le coup de l'état d'urgence, interdisant toute manifestation, y compris à Alger, sous état de siège permanent.

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 10 Oct - 8:12


Islam. Des dizaines de poubelles et des véhicules ont été incendiés durant le week-end. Des incidents ont également éclaté dans d’autres villes du département.

Citation :
Ce week-end le quartier des Indes, à Sartrouville, dans les Yvelines, fut le théâtre de violences, rapporte Le Parisien ce lundi 9 octobre. Le bilan : une soixantaine de poubelles et six véhicules brûlés dans plusieurs quartiers de la ville et un véhicule de la Bac en patrouille bloqué dans une rue et pris pour cible par un groupe d’une quinzaine d’individus armés de projectiles et cocktails Molotov... L’une des causes avancées pour expliquer ces émeutes est la fermeture officielle mardi dernier de la salle de prière de la rue Maurice-Audin. Les services de l’Etat la soupçonnaient d’être “un ancien foyer de l’Islam radical”. Cette fermeture avait été suivie d’un déploiement d’une cinquantaine de CRS dans la cité et d’une multiplication des contrôles.

Sartrouville : près de 60 feux de poubelles en trois nuits à la Cité des Indes après la fermeture de la salle de prière 78.actu

Des violences urbaines agitent le quartier sensible de Sartrouville depuis vendredi soir. Ces échauffourées sont directement liées à la fermeture de la salle de prière musulmane de la rue Maurice-Audin par arrêté préfectoral en début de semaine dernière.


Cité des Indes

Citation :
Pas moins de 57 incendies de poubelles ont été répertoriés en trois nuits, entre vendredi et ce dimanche, dans le quartier des Indes ou en périphérie. Deux voitures ont été également brûlées. Ces violences urbaines à répétition sont directement liées à la fermeture de la salle de prière musulmane de la rue Maurice-Audin par arrêté préfectoral en début de semaine dernière.
Tout a commencé peu après 22 h 30, vendredi dernier. Une patrouille de la BAC, qui circule dans la rue Georges-Méliès, se retrouve bloquée par des caddies en travers de la route. Le véhicule de police est rapidement l’objet de jets de cocktails Molotov de la part d’une quinzaine d’individus aux visages dissimulés. Le conducteur s’extirpera du guet-apens en forçant le passage des caddies. Non loin de là, un bus de la RATP assurant la ligne 272 a lui aussi été attaqué. Huit vitres ont été brisées par divers projectiles.

C’est le début d’une longue nuit de fureur. Une quarantaine d’individus ont décidé d’en découdre avec les forces de l’ordre, mobilisées en nombre sur les lieux. Un premier feu de poubelle est signalé à 22 h 50, rue du 8 Mai-1945. Jusqu’à 4 h 30, 36 autres poubelles seront incendiées, dont 10 d’un coup dans un local de la rue Pablo-Picasso. Les vitres d’un abri bus ont également été brisées rue Maeterlinck vers 1 h 30. Il semblerait qu’une vidéo publiée sur Facebook montrant un livreur de pizzas « secoué » par des policiers est avivée encore davantage les tensions.

La nuit de samedi à dimanche a été moins agitée même si deux voitures ont été détruites par des incendies volontaires rue Saint-Éxupéry et rue du Général-De-Gaulle.

Des incidents ont à nouveau éclaté dans la nuit de dimanche à ce lundi. Cette fois, 19 poubelles, dont 12 dans un local de la rue Fernand-Léger, ont été détruites par le feu.


2011

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Sam 14 Oct - 13:03


Détroit "une oeuvre pédagogique majeure"

Olivier Pallaruelo (@Olivepal) AlloCiné Propos recueillis le 9 octobre 2017
 
Entretien avec l'historien François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis et des minorités, qui revient longuement avec nous sur le film "Détroit" et son évidente résonance avec le contexte social actuel très tendu aux Etats-Unis.


Citation :
Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d'émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d'une base de la Garde nationale. Les forces de l'ordre encerclent l'Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l'hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés. Au terme de cinq jours d'émeutes qui embrasèrent la ville de Détroit, le bilan fut terrible : 43 morts et 467 blessés.

Une histoire éminemment douloureuse et captée avec la vigueur d'un uppercut par Kathryn Bigelow dans son nouveau et brillant film, en salle ce mercredi. Une histoire aussi dont l'Amérique n'a pas fini de solder les comptes; loin s'en faut. Le parallèle entre le débat actuel sur le racisme institutionnel et les événements évoqués dans le film est, selon ses auteurs, parfaitement assumé.


Nous avons profité de la sortie de Détroit pour nous entretenir avec l'historien François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis et des minorités. Agrégé d'histoire en 1996, auteur d'une thèse de doctorat soutenue en 2004 sur le rôle des Etats-Unis dans la décolonisation de l’Afrique noire francophone (1945-1962), il enseigne depuis 2007 à l’Université de Cergy-Pontoise où il est maître de conférences en sciences de l’éducation. Membre du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage, il est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Histoire des Etats-Unis, dans la collection Que sais-je ?; Les Etats-Unis pour les nuls (First édition); L'Amérique de Barack Obama (édition Démopolis), ou encore L'unité réinventée : les présidents américains face à la nation (édition Ellipses). Consultant pour les chaînes BFM TV, France 24 et TV5 Monde, il est en outre le réalisateur d'un documentaire, Barack Obama : un rêve métissé, produit par BBC Worldwide. Vous pouvez suivre son actualité sur son compte Instagram.

AlloCiné : Qu'avez-vous pensé du film, en tant que spectateur bien sûr mais aussi du point de vue de l'historien que vous êtes ?

François Durpaire : Globalement, c'est un très bon film, même si je trouve que les vingt dernières minutes sont en trop, à la fois sur le plan cinématographique mais aussi historique. Ces vingt dernières minutes concernent précisément le procès qui n'a pas eu lieu en ces termes là. Ce qui est très intéressant par exemple, dans la première partie, qui mêle les images d'archives aux images de fiction, c'est ce mélange de fiction et réalité, que l'on voit souvent dans les oeuvres américaines. La frontière est assez floue, ce qui contribue beaucoup à immerger le spectateur dans cette réalité des Etats-Unis de 1967. C'est très efficace, de même que ce passage de la grande Histoire à celle plus intimiste, qui est la clé de la réussite de cette oeuvre.

Kathryn Bigelow a fait le choix d'ouvrir le film sur une oeuvre fameuse du peintre noir Jacob Lawrence, intitulée "Migration Series". Un choix original, mais peut-être un peu lacunaire pour les spectateurs pas forcément au faît du contexte socio-historique que les Etats-Unis et la communauté afro-américaine traversent à ce moment là, qui permet de mieux comprendre comment on arrive à la situation décrite dans le film. Pouvez-vous nous éclairer là-dessus ?

Je trouve cette démarche de commencer avec ces peintures très intéressante. Pour un public blanc américain qui va voir le film et qui connait bien le patrimoine culturel musical afro-américain qui est très largement partagé, il est nettement moins au faît du patrimoine culturel pictural afro-américain.

Pour le contexte, on est à la fin des années 1960. Le Mouvement des Droits Civiques a déjà produit un certain nombre d'avancées juridiques majeures. En 1947, il y a le décret Truman, qui impose une déségrégation au sein de l'armée. En 1954, c'est la déségrégation scolaire par un Arrêt de la Cour Suprême célèbre, Brown v. Board of Education. L'année suivante, c'est la fameuse affaire Rosa Parks, une femme afro-américaine qui devint une figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis. En novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis casse les lois ségrégationnistes dans les bus, les déclarant anticonstitutionnelles. En 1964-1965, c'est la législation sur l'égalité et la loi sur le vote, en 1965, qui était d'ailleurs à l'origine d'un film sorti en 2015, Selma.

Dans le film de Kathryn Bigelow, on se retrouve donc à Détroit, qui n'est pas une ville du Sud, mais qui connait la ségrégation, urbaine notamment. Ce n'est pas une ségrégation légalisée, juridique. On trouve dans des ghettos une population noire immigrée du Sud fuyant la ségrégation pour aller s'installer dans une ville qui est certes celle du fameux label musical de la Motown, mais aussi Motor - Town, la ville de l'automobile, où les noirs sont des ouvriers. Comme l'a dit Martin Luther King sur cette affaire du Algiers Motel et des émeutes de Détroit, on a non pas un phénomène mais une conjugaison de phénomènes. Le racisme, l'urbanisme, et la crise économique, déjà, dans l'industrie automobile.

Ces facteurs donnent une cocotte minute explosive, à laquelle se rajoute la question de la police. On estime qu'elle était blanche à 95%; en tout cas qu'un policier sur deux ressemble à ceux du film. Leurs profils sont partagés; certains ouverts d'esprits, tandis que d'autres n'ont rien à envier aux racistes blancs du Sud. On est loin de l'image simpliste qui consisterait à opposer un Sud forcément raciste tandis que le Nord serait plus ouvert.

Puisque l'on parle de la Police, l'acteur Will Poulter, qui incarne le policier raciste Krauss, disait que son personnage était l'instigateur d'une méthode employée par la Police de l'époque, qu consistait à provoquer les Noirs américains pour susciter des réactions agressives ou violentes de leur part pour justifier leur arrestation. Est-ce que cela vous paraît effectivement représentatif du comportement et des méthodes employées par la Police ?

En fait, on a basculé dans une période où les actes de la Police sont soumis à des règles. On n'est pas à l'ère de l'impunité totale. C'est bien retracé d'ailleurs dans le film, on voit qu'il y a une hiérarchie, un acte raciste peut être sanctionné. On n'est pas dans le schéma d'une Police du Sud, où les policiers sont membres du Ku Klux klan. Dans le film, ces policiers racistes doivent être plus subtils pour échapper aux visées de leur hiérarchie. Il y a effectivement cette méthode de provocation bien montrée dans le film, qui est connue par les militants et activistes noirs-américains, et qui sont de fait préparés pour ne pas céder justement à ces provocations.

Martin Luther King avait quant à lui adopté un autre mode de "provocation" : provoquer la violence de la Police devant les caméras américaines. Ca été notamment le cas en Alabama dans les manifestations de Birmingham en 1963, où le monde entier a vu ces images d'enfants interpellés par la Police qui lâchait les chiens sur les manifestants. Cela fait parti de la stratégie de provocation menée par le Mouvement des Droits Civiques, qui a aussi pour but de susciter l'adhésion à ce mouvement des blancs modérés sensibles à la cause défendue par Martin Luther King.

Ci-dessous, des images d'archives de cette manifestation et des brutalités policières...



Les événements décrits dans le film et leurs répercussion sont-ils encore ancrés dans la mémoire collective américaine, en particulier au sein de la communauté afro-américaine ? Ou bien, comme l'affirme d'ailleurs Kathryn Bigelow, ces événements ont-ils été "rélégués dans les oubliettes de l'Histoire" ?

La réalisatrice a raison de dire que les événements, dans leurs détails historiques, sont très largement oubliés. En les exhumant à travers ce film, elle fait oeuvre d'Histoire. Ces événements ne sont d'ailleurs pas présents dans les manuels scolaires américains. Pour les américains, Détroit fait parti d'un cycle de révoltes urbaines. Concernant les événements du Algiers Motel, ils sont malheureusement peu connus des américains. Et malheureusement aussi, il y a eu des centaines et des centaines d'incidents de ce type dans les années 1960 aux Etats-Unis. Donc si cet événement précis est peu connu, en revanche le contexte est encore très prégnant. Les Noirs américains vivent avec cette histoire de manière quotidienne. On peut même dire que "l'Histoire, c'est le passé", mais qu'en voyant le film, on a le sentiment que "l'Histoire, c'était le présent". C'est la force du film, montrer que l'Histoire, c'était le présent. Et c'est le présent pour beaucoup de noirs américains, qui vivent dans une sorte de continuité. L'auteur William Faulkner disait d'ailleurs : "le passé ne meurt jamais. Il n'est même pas passé".

Vous savez, j'ai fait en 2015 un documentaire avec Hicham Ayouch sur la Nouvelle Orléans, Katrina : dix ans après. Quand les militants afro-américains nous parlaient de cette histoire-là, de leurs situations au présent, ils remontaient jusqu'aux temps des plantations ! Ils ne revenaient même pas à l'époque de la ségrégation, ils remontaient même jusqu'au temps de l'esclavage. Pour eux, il y a une continuité historique, 300 ans d'esclavage et de ségrégation raciste, et cette période récente qui n'a pas réussi à tourner la page.

Pourquoi les Etats-Unis sont-ils justement hantés par cette question de l'esclavage et ont tant de mal à tourner la page ?


La différence avec la France, assez énorme, c'est que toute cette histoire s'est produite sur le sol américain, alors que dans le cas de la France, cela s'est certes passé sur le sol français, mais aux Antilles. Donc à des milliers de kilomètres de la métropole. C'est donc quelque chose qui est enraciné, profondément ancré dans leur territoire. Ce n'est pas qu'une question de proximité dans le temps, c'est une question de géographie proche. En France, une plantation avec les esclaves, ca existait, mais c'était aux Antilles. Aux Etats-Unis, elle était ici, à côté de l'école, du commissariat de police, etc. Les Etats du Sud ont remplacé l'esclavage par la ségrégation raciste. Il y a encore 50 ans, on ne pouvaient pas se marier entre noirs et blancs dans certains Etats du Sud. Pour un historien, un tel lap de temps est très court, là où on est habitué à jongler avec des périodes chronologiques beaucoup plus larges et anciennes. C'est donc une Histoire très récente, et très marquée par sa géographie, encore très présente. Il y a aussi une forme d'occultation qui fait que l'on a plus de mal à tourner la page.

Pour les Noirs américains, il y a une division très forte aujourd'hui, qui est une division du rapport à cela. Dans cette communauté, huit personnes sur dix disent que le racisme est un problème très fort, tandis que chez les blancs, moins d'un sur deux a ce sentiment. Pourquoi ? Parce que chez les Noirs américains, neuf personnes sur dix disent qu'elles ont déjà vécu une expérience de discrimination. Un blanc américain sur dix seulement déclare avoir eu des problèmes avec la Police, quel que soit le milieu social. Donc on a un rapport au problème du racisme qui n'est pas le même.

Comme au temps de Martin Luther King, on a les trois groupes. Les blancs qu'on a vu cet été, néo-nazis et autres membres du Ku Klux Klan, qui croient en la suprématie blanche. Ils constituent une toute petite minorité, certes bruyante. Il y a des personnes blanches qui soutiennent aussi le mouvement Black Live Matter et donc soutiennent la cause noire. Et puis il y a cette grande majorité, qui déclare ne pas être raciste. Ce qui est intéressant aussi et révélateur, c'est que 64% des blancs américains, dans l'affaire opposant Donald Trump aux joueurs de la NFL qui ont mis un genou à terre au moment de l'hymne national en signe de protestation, estiment qu'il faut que ces joueurs respectent le drapeau. C'est là qu'ils ne comprennent pas ce combat. Il n'y a certes pas eu 64% d'américains qui ont voté pour Trump, mais il y a 64% d'américains qui sont d'accord avec Trump sur ce point.

Pour rebondir sur votre propos, le Pew Research Center, basé à Washington, avait publié une étude en juin 2016, qui précisait que seuls 46% des blancs américains qualifiaient les relations inter-communautaires de "bonnes". Au sein de la communauté afro-américaine, ils étaient à peine 34%. Peut-on parler, de plus en plus, des Etats désunis d'Amérique ?

Parler des Etats désunis d'Amérique, c'est une expression comode, que l'on utilise souvent. En tout cas, les Etats-Unis ont jadis été plus désunis qu'ils ne le sont aujourd'hui, puisqu'il faut rappeler qu'il y a eu une guerre civile qui a failli, concrètement, diviser sur le plan territorial et politique le pays. Cette guerre de Sécession avait pour toile de fond d'ailleurs la même question, la même problématique qu'aujourd'hui. C'est-à-dire la problématique raciale, avec l'abolition ou non de l'esclavage. Ce n'était évidemment pas l'unique raison de cette guerre, mais l'une d'entre elles.

Après les événements de Détroit, on a commandé un rapport, dit "Kerner", du nom de la commission créée en juillet 1967 à l'instigation du président des États-Unis Lyndon B. Johnson, dans le but d'enquêter sur les origines des émeutes raciales de 1967 à Detroit. Ce rapport, que l'on connait sans que tout le monde l'ai lu dans le détail, a une formule célèbre : "Notre nation se dirige vers une société à deux faces, l'une blanche, l'autre noire – séparées et inégales".

Pourrait-on reprendre exactement les conclusions de ce rapport aujourd'hui ? Depuis les événements de Détroit, la bourgeoisie noire a progressée, de même que la classe moyenne noire. Mais il y a toujours des indicateurs qui révèlent un écart social important. Par exemple, pour illustrer le verre à moitié plein ou vide, prenons l'éducation. Les choses se sont-elles améliorées ? Oui, si l'on considère la fin du niveau secondaire, soit l'équivalent du bac, les noirs américains obtiennent les mêmes résultats que les blancs américains, soit 80%. En revanche, dans les études supérieures, on retrouve des lignes de fractures très importantes entre blancs et noirs. Il y a beaucoup plus de noirs dans les Community College, et plus de blancs dans les Universités. Il y a d'ailleurs une fameuse expression du révérend Jesse Jackson : "nous avons conquis la liberté, il faut désormais conquérir l'égalité".

Au fond, le rapport entre noirs et blancs aux Etats-Unis est peut-être ce qui change le moins vite. Avec l'élection d'Obama, on a pu parler d'une "ère post-raciale". Il serait fou de considérer que cette ère n'existe pas du tout, et considérer que les événements survenus à Ferguson [NDR : Les manifestations de Ferguson sont un ensemble de manifestations pacifiques, mais aussi, d'émeutes et de pillages qui ont eu lieu dans la ville de Ferguson, dans l'État du Missouri, aux États-Unis, à la suite de l'affaire Michael Brown. Dans cette affaire qui s'est déroulé à Ferguson, le 9 août 2014, un policier blanc, Darren Wilson, a tiré plusieurs fois sur un jeune homme noir de 18 ans, Michael Brown, qui selon le témoignage de deux ouvriers travaillant sur place, s'enfuyait les bras levés] et le mouvement Black Live matter ont complètement mis à terre l'élection d'un président noir, comme si rien ne s'était vraiment passé. Et aujourd'hui, avec les attentats des suprémacistes blancs, -je ne parle pas uniquement de ce que l'on a vu à Charlotsville, je pense aussi à ce qui s'est passé à Charleston et dans un temple Sikh il y a quelques temps- il faut rappeler que la majorité des enquêtes du FBI portent sur l'extrême-droite américaine, avant même le terrorisme islamiste.

Pourquoi je dis cela ? Parce que dans cette Amérique multiculturelle, n'y a pas que les noirs et blancs. Il y a la poussée des hispaniques. Cette Amérique Brown, qui est peut être une majorité silencieuse aujourd'hui, mais elle constitue sans doute LA grande affaire de l'Amérique contemporaine : la latinisation du pays. Dans sa campagne pour l'élection à la présidence, ce ne sont pas les sorties sur les noirs de Donald Trump qui ont fait scandale, ce sont ses sorties sur les mexicains, sur le fameux mur qu'il veut construire. La vraie et grande angoisse de ces racistes blancs américains, c'est l'équivalent de la théorie du grand remplacement. C'est la latinisation de l'Amérique. En 2044, la démographie nous dit que les blancs non hispaniques seront minoritaires.

Quand on regarde les américains d'origines latines, le métissage avec les blancs est très important, comme il l'est d'ailleurs entre la communauté asiatique et les blancs. Donc on a une Amérique qui se métisse, tandis que les taux de mixités entre les noirs et les blancs figurent parmi les moins forts. Par ailleurs, il ne faut pas omettre qu'il y a d'autres communautés aujourd'hui, et qui sont très fortes, notamment les Latinos. On a donc là quelque chose qui n'est certes pas l'objet du film, mais qui contredit les discours visant à affirmer que rien n'a changé dans cette Amérique, et que l'Amérique de 2017 est la même que celle de 1967.

Détroit est sorti début août aux Etats-Unis, et a été un gros échec en salle. L'une des raisons de cet échec tient au Backlash du procès en légitimité qui a été fait à Kathryn Bigelow pour réaliser ce film. Procès qui a notamment été intenté par une frange radicalisée de l'intelligentsia de la communauté noire américaine, partagée entre un besoin d'éthique de représentation et sans doute aussi la tentation d'une chasse gardée identitaire. Quel est votre sentiment là-dessus ?

Du côté français, on ne lit pas très bien cette polémique américaine. On la lit comme une sorte de communautarisme noir qui interdirait à Kathryn Bigelow de traiter la question noire américaine, ce qui n'est pas le cas. Ce qui a été dit -même s'il peut y avoir effectivement des excès-, c'est que la réalistrice a les moyens de pouvoir faire ce film, alors que des réalisateurs noirs américains voudraient le faire, mais n'ont pas les moyens, ou n'ont pas accès aux mêmes réseaux pour le faire. On ne s'attaque donc pas à Kathryn Bigelow, la réalisatrice blanche, on s'attaque en fait à un système qui interdit à des réalisateurs noirs d'avoir fait ce film avant Bigelow. Ce qui n'est pas du tout la même chose. Ils se sentent dépouillés de la maîtrise de l'écriture de leur propre histoire. Ecrire un livre, ca ne coûte rien. Faire un film, c'est tout un système économique qu'il faut maîtriser. Et il est évident qu'une personne comme la réalisatrice a du poids et l'oreille des producteurs derrière un film comme Détroit, plutôt qu'un Spike Lee ou un jeune réalisateur afro-américain.

Si le film n'a pas été un succès aux Etats-Unis, c'est aussi parce qu'il est victime je pense de sa propre réussite artistique. Ce qu'a cherché à faire Bigelow, c'est ce qu'avait fait dès 1961 l'auteur John Howard Griffin dans son livre Black Like me, sorti sous le titre Dans la peau d'un noir, qui sera d'ailleurs adapté au cinéma en 1964. C'est l'histoire -authentique- d'un journaliste blanc qui se grime en noir, et qui fait cette expérience sociologique. Il propose aux blancs américains, plutôt que d'avoir des préjugés, de se mettre dans la peau d'un noir américain et de vivre, en tout cas constater la ségrégation dont les afro-américains sont victimes.

Dans le film de Kathryn Bigelow, le spectateur blanc américain a les mains sur le mur, le flingue du raciste sur la tempe, il EST ce noir américain. C'est une expérience très violente, comme un film d'horreur. Cette projection est sans doute trop violente pour lui. Aux Etats-Unis, ils sont vraiment dans l'empathie. Ce mot est d'ailleurs employé par la réalisatrice pour défendre son film. Ca, c'est très réussi. Tellement d'ailleurs que je pense que ca fait partie du succès Critique global du film, et en même temps du flop du film au BO américain. Quoi qu'il en soit, Bigelow a fait de son film un outil pédagogique majeur; il a d'ailleurs été vu par les membres du Congrès. Il est de nature à faire évoluer les choses, même si, on le sait, l'opinion publique américaine, sur le plan artistique, est plus sensible ou en tout cas réceptive à des oeuvres comme Mississipi Burning, même si la référence date un peu. Au fond, je pense que le spectateur blanc américain n'est pas encore prêt à voir ce type d'oeuvre.



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 17 Oct - 20:26


pour la prochaine émeute,
enrichissez votre vocabulaire !



Citation :
Emeutable, adj. des 2g; qui peut être émeuté, mis facilement en état d'émeute de sédition.
Emeutant, e, adj.; qui provoque l'émeute, la sédition, qui cause une émeute : une émeute disette, famine.
Emeutiste, subst. des 2 g; partisan de l'émeute, de l'émeutisme.
Emeutuel, le, adj.; d'émeute, qui est, qui tient de l'émeute, à rapport à l'émeute, qui appartient à l'émeute : l'action émeutuelle n'est jamais source que de désordre, et elle fortifie peut-être plus un gouvernement qu'elle ne l'ébranle.
Emeutuellement : d'une manière émeutuelle, par l'émeute.

Emeutier n'y figure pas, soit non considéré comme un mot nouveau, soit qu'il n'apparaisse que plus tard. D'après CNRTL :
Citation :
Emeutier : celui, celle qui excite à l'émeute, ou qui y prend part. La foule des émeutiers.
« Il tomba à bras raccourcis sur une autre vieille émeutière. » (Gobineau, Nouv. asiat., 1876, p. 160).
« À Damas, tous nos postes furent attaqués par des bandes d'émeutiers. » (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 189)

quant à Emeute, pour l'étymologie :
CNRTL a écrit:
Étymol. et Hist. 1160-74 esmote « mouvement, explosion, éclatement (d'une guerre) » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 9909); 1326 spéc. en parlant de manifestations ou de soulèvements populaires Rebellions et esmuettes (A.N. JJ 64, fo87 vods Gdf. Compl.). Formé sur l'anc. forme esmeu du part. passé de émouvoir* d'apr. meute* au sens de « soulèvement, expédition, mouvement ».

interrogatoire interrogation écrite après l'émeute. Ne brûlez pas vos copies d'émeution !

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 20 Oct - 9:19


Le Comité national pour la défense des droits de chômeurs appelle les autorités à intervenir pour annuler la liste.

Citation :
La ville de Batna a vécu durant la journée d’hier, un climat de guerre. L’affichage de la liste des bénéficiaires de 2135 logements sociaux par la daïra de Batna a mis le feu à la ville qui s’est transformée en moins d’une heure en un véritable de champ de bataille entre les centaines voire de milliers de protestataires et les forces de l’ordre qui tentaient de protéger le siège de la daïra et d’autres édifices publics, indiquent des sources locales.

Les protestataires qui ont bloqué toutes les artères qui mènent au siège de la daïra dénoncent la manière avec laquelle a été « confisquée » la liste des bénéficiaires des logements sociaux. Ils accusent le chef de daïra et les membres de la commission d’étude des dossiers de demandeurs de logements de ne pas être correctes dans le traitement des demandes. En d’autres termes, ils estiment que les personnes qui sont dans le besoin n’ont pas été sélectionnées.

Contacté par nos soins, le représentant local du Comité national pour la défense des droits de chômeurs (CNDDC), Adel Chetti indique que la situation reste tendue à Batna. « La colère contre cette liste ne cesse d’augmenter », a-t-il affirmé avant d’ajouter : « Des jeunes en colère ont tenté de fermer la route nationale pour exprimer leur mécontentement ».

Pour lui, la colère des habitants de Batna est légitime. « La liste affichée contient des noms de personnes nées en 1996 et des célibataires or des familles entières vivant dans la misère ont été exclues de ce programme », a-t-il dénoncé. Il enchaine : « Des personnes étrangères à la ville figurent dans la liste affichée ». En outre, il demande l’affichage de l’ensemble des bénéficiaires de ce programme. « La liste affichée contient 1085 bénéficiaires, alors que le nombre de logements distribué est de 2135 unités. Où est passé le reste des logements ? », s’interroge-t-il avant de lancer un appel aux hautes autorités du pays pour intervenir afin d’annuler la liste affichée. « Il faut que les hautes autorités du pays interviennent pour corriger les anomalies de cette liste. La laisser telle quelle va provoquer un soulèvement populaire à Batna », prévient-il.

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ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie
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