PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 12 Sep - 16:46


une nouvelle présentation de l'ouvrage de Joshua Clover


JOSHUA CLOVER, 'EMEUTE/GRÈVE: THE LANGUAGE OF RIOT'

Joshua Clover explores the language of the Riot


September 15, 2016 The American University of Paris

Citation :
You are invited to an event, co-sponsored by the Department of Comparative Literature and English at AUP, the Center for Critical Democracy Studies at AUP, and the ‘Politics of Translation’ Seminar (AUP,  U Kent Paris, and the University of London Institute in Paris)

Joshua Clover (UC Davis), ‘Emeute/Grève: The Language of Riot’

Thursday 15 September, 18:30-20:30, in Combes C104

while strike and riot are often set in opposition, the return of the riot can only be understood in its historical entanglement with the strike; we’ll start with the words, and end with some doubts about the role of language in struggle and the limits of “reading the riot act.”

alors que la grève et les émeutes sont souvent opposées, le retour de l’émeute peut être seulement compris dans son intrication historique avec la grève ; nous allons commencer par les mots et terminer par quelques doutes sur le rôle du langage dans la lutte et les limites de « lire le riot act. »

Refreshments will be served. External guests are very welcome, but they must contact Geoff Gilbert in advance (ggilbert@aup.edu) to have their names included on the guest list, and should expect to have their ID checked at the door.

Joshua Clover is Professor at University of California at Davis. He is the author of the recent Riot. Strike. Riot: The New Era of Uprisings (Verso, 2016), the argument of which his presentation at AUP will address. He is a great critic of contemporary music and film (he has written very regularly for The Nation, and wrote a brilliant tweet-based very short novel about resigning from Spin), as instanced in an extraordinary work of historical materialist music criticism, 1989: Bob Dylan Didn’t Have this to Sing about (U California Press, 2009) and The Matrix (British Film Institute, 2005), and has made a range of key recent interventions in Marxist theory and practice. His poetry is amazing too – his most recent book is Red Epic (Commune Press, 2015), and his earlier books of poems, Madonna Anno Domini (1998) and The Totality for Kids (2006) were widely praised and prized. He is also editor, with Jasper Bernes and Juliana Spahr, of Commune Editions, which publishes ‘poetry and other antagonisms’


comme présentation sur twitter, Joshua Clover n'y va pas par quatre chemins : « it's not just a twitter handle it's a whole damn book. / Ce n’est pas qu'une poignée de tweet, c’est tout un putain de un livre. »

riot.strike.riot @bookofriot


si j'ai bien compris, Clover va venir à Paris, espérons que l'Institut de l'Université de Londres ne sera pas en grève et que ça déclenchera une émeute sur l'Esplanade des Invalides

 affraid

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 12 Sep - 19:02


quand le débat "théorique" sur les émeutes faisait fureur, j'avais remarqué que l'on tendait à mélanger des choux et des carottes, concernant les facteurs déclencheurs notamment. La plupart des graphiques et courbes qui circulaient dans le "milieu" n'étaient que quantitatifs, et sans distinction de nature

voici, sans prétention à l théorie communiste, mais pour sortir de tout subjectivisme révolutionnaire objectivant des événements somme toute épars et divers, le texte en PDF d'une thèse sur le sujet


Macro-analyse quantitative des facteurs d’émergence des émeutes :

Une nouvelle approche de compréhension mondiale des violences collectives :


Jean-Charles Gris, École de Criminologie, Université de Montréal 2012

Résumé
Citation :
Suite aux émeutes du Printemps Arabe de 2011 et l’incapacité avouée à prévoir ce genre d’évènements à l’échelle mondiale, nous nous sommes intéressés à une nouvelle approche macroscopique quantitative qui doit permettre de mieux comprendre cette problématique dans son ensemble. Après avoir considéré, au travers des connaissances existantes, la conception d’un cadre théorique éclectique considérant l’émergence des émeutes, nous avons procédé à une analyse par recension de leurs facteurs regroupés en sphères politiques, économiques, sociales et technologiques. De ces analyses nous avons tiré trois grandes catégories d’émeutes, à savoir, les émeutes ethniques-religieuses, les émeutes socio-économiques, et les émeutes de masse-politiques.

Dans la deuxième partie de notre recherche, nous avons abordé la problématique sous l’angle quantitatif. Tout d’abord, nous avons effectué des analyses bivariées entre les différentes catégories d’émeutes et les différentes sphères de variables. Nous avons ainsi remarqué que les émeutes de masse-politiques sont principalement sensibles aux facteurs politiques des pays. Les émeutes socio-économiques de notre échantillon sont quant-à-elles fortement liées aux variables des sphères sociales et économiques. Enfin, les émeutes de type ethniques-religieuses sont liées à la fois à la sphère sociale, et plus particulièrement à l’aspect d’hétérogénéité ethno-religieuse, et également aux variables de la sphère économique. Si ces constatations peuvent sembler tautologiques, en fait il n’en est rien. Ce que nous avons identifié ici est le fait que les différentes typologies d’émeutes, comme nous les avons établies, ont un lien direct avec les sphères de variables concordantes, répondant ainsi à une logique quantitative.

Ensuite, nous avons établi des modèles statistiques par le biais de régressions linaires multiples. Plusieurs modèles ont été créés pour répondre aux différentes typologies d’émeutes. On retrouve ainsi un modèle global visant à comprendre les émeutes dans leur ensemble, et également des modèles spécifiques créés pour analyser les sous-catégories d’émeutes. Deuxième point important de notre étude : il est possible d’établir des modèles statistiques fiables pour analyser les émeutes de manière macroscopique et ces derniers varient en fonction des catégories d’émeutes. Ainsi, notre modèle multivarié principal explique 50% de la variance du taux global d’émeutes.


Table des matières
Citation :
Résumé ............................................................................................................................... iii
Abstract .............................................................................................................................. iv
Liste des tableaux .............................................................................................................. vii
Liste des figures ............................................................................................................... viii
Introduction ..................................................................................................................... 1

1 Recension des écrits ...................................................................................5
1.1 Les émeutes à travers le monde........................................................................ 5
1.1.1 Historique .................................................................................................... 5
1.1.2 État des connaissances générales ................................................................ 6
1.2 Outils d’évaluation du risque d’émeutes ........................................................ 10
1.3 Facteur d’émergence par matrice PEST ......................................................... 19
1.3.1 Sphère politique.............................................................................................. 20
1.3.1.1 Contexte ................................................................................................ 20
1.3.1.2 La Police................................................................................................ 22
1.3.2 Sphère économique ........................................................................................ 27
1.3.2.1 Économie locale .................................................................................... 27
1.3.2.2 Économie globale .................................................................................. 29
1.3.3 Sphère sociale ................................................................................................. 30
1.3.4 Sphère technologique ..................................................................................... 36
1.3.4.1 Médias ................................................................................................... 36
1.3.4.2 Réseaux sociaux .................................................................................... 39
1.4 Cadre Théorique ............................................................................................. 42
1.4.1 Les 3 phases de l’émeute ................................................................................ 43
1.4.1.1 Un contexte favorable ........................................................................... 43
1.4.1.2 Le basculement...................................................................................... 46
1.4.1.3 La contagion .......................................................................................... 48
1.4.2 Synthèse ......................................................................................................... 50
1.4.3 Inventaire général des facteurs ....................................................................... 52

1.5 Objectifs de recherche .................................................................................... 53

2 Méthodologie .............................................................................................. 55
2.1 Recension des émeutes ................................................................................... 56
2.1.1 Contrôle de la représentation des émeutes ..................................................... 57
2.1.1.1 Degré de liberté de presse ..................................................................... 57
2.1.1.2 Proportion de population ....................................................................... 58
2.2 Catégorisation des émeutes ............................................................................ 63
2.2.1 Émeutes ethniques-religieuses .................................................................. 64
2.2.2 Émeutes socio-économiques ..................................................................... 66
2.2.3 Émeutes de masse ..................................................................................... 67
2.2.4 Émeutes hors étude ................................................................................... 69

3 Analyses ................................................................................................ 70
3.1 Analyses bivariées .......................................................................................... 70
3.1.1 Sphère politique.............................................................................................. 71
3.1.2 Sphère économique ........................................................................................ 76
3.1.3 Sphère sociale ................................................................................................. 82
3.1.4 Sphère technologique ..................................................................................... 86
3.2 Modélisation - Régressions linéaires multiples .............................................. 89
3.3 Applications pratiques .................................................................................... 95

4 Conclusion ................................................................................................ 100
4.1 Limites .......................................................................................................... 103
4.2 Synthèse et apports ....................................................................................... 105
4.3 Perspectives .................................................................................................. 107

Bibliographie ................................................................................................................... 110

Liste des tableaux
Tableau 1. Inventaire général des facteurs d'influence des émeutes au travers de la littérature ................................................................................................................... 53
Tableau 2. Répartition du Taux d'émeutes 2000-2010 en fonction de la classification de l’ONU ........................................................................................................................ 62
Tableau 3. Taux d'émeutes ethniques-religieuses ............................................................. 65
Tableau 4. Taux d'émeutes socio-économiques ............................................................... 66
Tableau 5. Taux d'émeutes de masse-politiques ............................................................... 68
Tableau 6. Corrélations ou êta entre les variables de la sphère politique et la base logarithmique naturelle des taux d'émeutes .............................................................. 72
Tableau 7. Corrélations entre les variables de la sphère économique et la base logarithmique naturelle des taux d'émeutes .............................................................. 78
Tableau 8. Corrélations entre les variables de la sphère sociale et la base logarithmique naturelle des taux d'émeutes ...................................................................................... 83
Tableau 9. Corrélations entre les variables de la sphère technologique et la base logarithmique naturelle des taux d'émeutes .............................................................. 87
Tableau 10. Analyses de régression multiple des bases logarithmiques naturelles des taux d'émeutes pour 80 pays entre 2000 et 2010 .............................................................. 91
Tableau 11. Les pays qui montrent les écarts les plus importants entre la valeur prédite et la valeur observée ...................................................................................................... 96
Tableau 12. Écarts entre les valeurs observées et les valeurs prédites pour les pays de notre échantillon touchés par le Printemps Arabe de 2011 ....................................... 97
Tableau 13. Analyses de régressions multiples des bases logarithmiques naturelles des taux d'émeutes pour 80 pays entre 2000 et 2010 en accord avec the shoe trower’s index de The Economist. ........................................................................................... 99

Liste des figures
Figure 1. Social Unrest and Risks - Renn et coll. (2011) .................................................... 2
Figure 2. Échelle Bui-Trong ............................................................................................. 12
Figure 3. Faits enregistrés par les services de police et de gendarmerie au premier semestre 2006 sur l’ensemble du territoire national français .................................... 14
Figure 4. Risk of social unrest in 2010 - Global Interbox (source: The Economist) ........ 16
Figure 5. Shoe thrower’s index (Source : The Economist) ............................................... 17
Figure 6. Arab League Index of Unrest ............................................................................ 18
Figure 7. Ladder of social unrest – Renn et coll. (2011)................................................... 51
Figure 8. Distribution du taux total d'émeutes de 80 pays 2000-10 et la base logarithmique naturelle du taux total d’émeutes ....................................................... 59
Figure 9. Répartition du taux d'émeutes 2000-2010 ......................................................... 61
Figure 10. Diagramme de dispersion entre la base logarithmique naturelle du PIB per capita et la base logarithmique naturelle du taux d'émeutes .................................... 77


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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 12 Sep - 19:47


toujours sans philosophie...


quelques données globales sur les émeutes dans le monde

Émeutes et affrontements dans le monde
Alain Bertho



statistiques sur les émeutes et les affrontements liés à des mobilisations dans le monde,
établies par l’auteur à partir du la veille quotidienne en ligne sur le site « Anthropologie du présent »
(http://berthoalain.com)

émeutes en Angleterre 2011
The Guardian décembre 2011




émeutes et pauvreté : Manchester


émeutes et réseaux sociaux





autres


source Géopolitique de l’effervescence Michael T. Klare décembre 2009


Citation :
Pretty simple. Black dots are the food prices, red lines are the riots. In other words, whenever the UN’s food price index, which measures the monthly change in the price of a basket of food commodities, climbs above 210, the conditions ripen for social unrest around the world. CSI doesn’t claim that any breach of 210 immediately leads to riots, obviously; just that the probability that riots will erupt grows much greater. For billions of people around the world, food comprises up to 80% of routine expenses (for rich-world people like you and I, it’s like 15%). When prices jump, people can’t afford anything else; or even food itself. And if you can’t eat—or worse, your family can’t eat—you fight.

très simple. Les points noirs sont le prix des denrées alimentaires, les lignes rouges les émeutes. En d’autres termes, chaque fois que l’indice des prix alimentaires de l’ONU, qui mesure la variation mensuelle du prix d’un panier de denrées alimentaires, grimpe au-dessus de 210, les conditions mûrissent de troubles sociaux dans le monde entier. CSI ne prétend pas que tout manquement à 210 immédiatement conduit à des émeutes, évidemment ; juste que la probabilité que des émeutes éclatent est beaucoup plus grande. Des milliards de personnes dans le monde, dont la nourriture représente jusqu'à 80 % des dépenses courantes (pour le monde riche, des gens comme vous et moi, c’est environ 15 %). Lorsque les prix grimpent, les gens ne peuvent se permettre quoi que ce soit d’autre ; ou même la nourriture elle-même. Et si vous ne pouvez pas manger — ou pire, si votre famille ne peut pas manger, vous vous battez.

source 2012

cela ne donne évidemment aux émeutes de la faim aucun caractère de dépassement en soi, de type écart annonçant une insurrection révolutionnaire...

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 13 Sep - 18:54


complété de 11:12


Clover : "Althusser is a cop / Althusser est un flic"

Clover a écrit:
riot.strike.riot @bookofriot

Althusser is a cop / Althusser est un flic


Patlotch a écrit:
@patlotch

@bookofriot
and you a buffoon / et vous un bouffon


le bouffon Clover : un flic ?

quelques minutes plus tard :
Citation :
Vous avez été bloqué, vous ne pouvez ni suivre @bookofriot, ni voir les Tweets de @bookofriot

ce qui renvoie à ma 'pensée' du 7 septembre :

toute propagande qui ne supporte pas la controverse,
ou de simples commentaires, aura le succès qu'elle mérite : un flop magistral
Pourquoi ?

préférer parler tout seul, en étant sûr de son public parce qu'on s'est fait un petit nom,
relève d'une posture de maître/esclave

et annonce le succès de Joshua Clover dans la famille post-ultragauche théorico-activiste, dont ce procédé est devenu coutumier : en miroir des méthodes dites staliniennes ?

relevons que dans l'histoire de la théorie révolutionnaire, les grands théoriciens et leaders communistes ou anarchistes qui restent ne furent ni universitaires ni poètes d'État : Clover sera-t-il l'exception d'État qui confirme la règle ?

PS : Althusser fut certes longtemps un universitaire d'État, dans une période où le marxisme se disputait entre programmatistes, des staliniens à l'ultragauche. Mais il ne fut pas que ça, et lui acceptait et nourrissait les controverses, il ne fuyait pas par une posture dans les médias. Ce qui précède ne vaut pas approbation de tout d'Althusser, mais moi, il m'aide encore à penser

toute la question devient :


pourquoi ce livre de Clover maintenant, comme nouvelle idéologie révolutionnaire des émeutes ?


idéologie des émeutes, théorie adéquate à l'époque

à la question "pourquoi ce livre de Clover maintenant, comme nouvelle idéologie révolutionnaire des émeutes ?", je répondrai non sans ironie par allusion à ce que disait Christian Charrier (La Matérielle) de/à Théorie Communiste (TC) se pensant « la théorie adéquate à l'époque »*

autre ironie du sort, la formule est dans un texte de Christian Charrier de septembre 2005 (peu avant les émeutes dans les banlieues françaises) : À propos de la périodisation du mode de production capitaliste, portant sur le débat entre TC et la revue anglaise Haufheben, dont est issu Endnotes

Joshua Clover est certes loin d'avoir la cohérence interne du corpus de TC, qui a longtemps fait son irréfutabilité à ses propres yeux et ceux de ses adeptes aujourd'hui orphelins, et lui-même émet des doutes, bien que douteux puisque l'ensemble, comme le met en évidence Alberto Toscano, n'en ressort pas moins comme une claire prise de parti soutenant la perspective révolutionnaire à partir des émeutes actuelles comme déterminant notre époque, à la suite de la "période" historique des grèves ouvrières

c'est justement en ceci, comme théorie de l'idéologie des émeutes, que la thèse de Clover est adéquate à l'époque. Si, même au plus fort de la "théorie de l'écart" (~2010), Théorie Communiste, était beaucoup plus prudent, et quoi qu'il en fut bien plus malheureux médiatiquement parlant, c'est sans aucun doute par que le genre "L'insurrection qui vient" avait des "qualités" plus visibles que le comité marseillais de Roland Simon, et que Clover n'a pas besoin de se cacher, puisqu'il trône à l'Université, grassement appointé par l'État (on a glosé sur Woland et Syrisa, mais Clover est plus malin, il joint l'utile à l'agréable)


l'avenir dure longtemps, et les faits le diront

il est une façon d'être politicien et démagogue qui se passe fort bien de faire de la politique sur le terrain institutionnel et démocratique, tout en usant des mêmes ressorts, puisqu'ils ne semblent pas déplaire à la jeunesse enthousiaste des "cortèges de tête" (« nous sommes l'avant-scène » a de relents de petit Spectacle, comme dirait l'autre)

mais notre lectorate sait bien qu'ici l'on ne confond pas cette qualité révolutionnaire de la jeunesse, que soulignait déjà Lénine*, avec le prurit adolescent, surtout quand il dure aussi longtemps que chez Clover, et bien plus que chez Althusser*

* cf Lénine, Textes sur la jeunesse, PDF

** L'avenir dure longtemps (sic) est l'autobiographie de Louis Althusser, parue en 1993, trois après sa disparition


tweet poème en 140 caractères, à Jacques Prévert

PUITS SEC

il ne fait pas un temps
à tomber de la dernière pluie
on serait sec depuis
épuisé du puisard
suant et puis tuant
maquisard ?


FoSoBo 13 septembre 16:00




Dernière édition par Admin le Mer 11 Oct - 4:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 13 Sep - 23:42


ce que j'ignorais, tiré d'un interview de Clover, sans quoi je n'en aurais pas fait tout un plat


Clover : « Mes plus proches amis français... le Comité Invisible...»

Citation :
My closest French friends now live in Rouen and in Tarnac where the ‘Tarnac Nine’ are from, the young people who were accused of sabotaging the train line some four years ago. This was in the wake of this quite well known publication called The Coming Insurrection (L’insurrection qui vient) by the Invisible Committee, a group of radical young French thinkers, some of them students of Giorgio Agamben. They in turn are descended from Tiqqun. I like them a lot, their thought, but at a bit of a remove. They’re in fact not Marxists [sic]. Agamben’s way of thinking – which comes down from Heidegger and Foucault – is not mine. Regardless, my friends there are remarkable. I must say that when I stay with them I feel happy. They have figured out something about living collectively that doesn’t seem desperate, it doesn’t seem fake or intentionally stupid.

chacun son train et son mode de vie, mais entre deux émeutes et émotions, pour les vacances, je les comprends... Moi je ne supporte pas les petits bourgeois donneurs de leçons révolutionnaires. N'en étant pas, je n'ai pas lu « À nos amis »

source :
Transitzone / On poetry, politics, a palindrome and perfection Joshua Clover, Sarah Posman 2/02/2012
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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mer 14 Sep - 11:21

retour sur le fond théorique d'un désaccord essentiel avec les thèses de Joshua Clover, au-delà de la polémique sur ses petites manières petites

Clover : des erreurs théoriques à la manipulation idéologique des faits


circulation des marchandises ou du capital ?

le poète-théoricien californien prolonge les désaccords que j'ai avec ses « meilleurs amis français, du Comité invisible », dont il reconnaît qu'« ils ne sont pas marxistes », mais lui ? Comme souligné par plusieurs des textes diffusés par Viewpoint, il y a de gros problèmes avec la construction théorique de Clover articulant émeutes et blocages avec la circulation des transports plutôt que du capital

cette grossière confusion relève soit d'une bien mauvaise lecture de Marx, soit d'une farouche volonté de tordre la critique de l'économie politique du Capital, qui considère essentiellement l'antagonisme de classe dans la production de plus-value au sein du procès de production, le transport des marchandises intervenant avant leur vente et donc la réalisation de la valeur. Il n'en demeure pas moins que pour Marx, les ouvriers des transports appartiennent au prolétariat productif de plus-value. C'est encore plus vrai aujourd'hui, du moins dans nos pays développés, puisque les conducteurs de camions et autres manutentionnaires sont encore plus nombreux en proportion qu'à l'époque de Marx


blocage interne par la grève vs blocage externe par interventions ?

cela ne doit pas conduire à confondre une grève des camionneurs bloquant leur propre activité productrice, avec des blocages, complémentaires ou non, par des interventions de personnes extérieures à ses entreprises, et si les syndicats font la différence, les raisons n'en sont pas toutes parce qu'ils "trahissent", car ce type de jonction n'est malheureusement pas toujours bien vu par "la base". Si l'on peut souhaiter une complémentarité, cela signifie clairement que les blocages extérieurs n'ont pas pris le pas sur les blocages intérieurs par la grève

le glissement idéologique de Clover

par conséquent Clover procède à dessein à un glissement, un déplacement de la centralité de l'exploitation dans le capitalisme vers un flou de la circulation qui lui permet de mettre en avant comme un nouveau sujet révolutionnaire annoncé, qui ne serait pas la classe ouvrière productrice de plus-value comme partie du prolétariat salarié, précaire ou chômeur

la ficelle théorique a la grosseur d'un cable idéologique, mais à la différence du Comité invisible, Clover tient à raccrocher ses thèses à Marx. Ce serait tout à son honneur s'il le faisait avec rigueur, et là, nous avons davantage à faire aux débats internes mêmes aux partisans de la communisation, tels qu'ils ont émergé sur cette question des blocages il y a une dizaine d'années (printemps 2006 CPE) et ont abouti à des textes tels que grève versus blocage, de Léon de Mattis en 2011


un débat actuel ou réchauffé ?

j'ignore si Clover y fait référence dans son livre, mais il me semblait que Théorie Communiste notamment avait réglé cette question en des termes portant sur l'essentialité et la centralité de l'exploitation dans le moment de la production. À cet égard, la traduction de la présentation par Clover de son livre par l'équipe dndf/TC n'a fait l'objet d'aucun commentaire ni de leur part, ni d'autres sur le blog à Pepe. Il serait inconvenant d'y voir une « approbation », comme disait RS de la publication sans commentaire de « Premières mesures révolutionnaires » d'Hazan, alors que celle de « L'insurrection qui vient » méritait mieux pour lui

RS/TC a écrit:
dndf 20/01/2014 #15

La seule question que pose ce texte est celle de son existence, qu’est-ce que ça exprime, qu’est-ce que cela signifie maintenant ? La question ne se posait pas pour « L’insurrection qui vient » quoi qu’on pense du texte. Une reconstruction et extrapolation idéologiques du « mouvement des indignés » ? ?

Pourquoi est-ce que la question ne se posait pas pour l’IQV ? Merci d’éclairer ma lanterne.


personne n'a éclairé la lanterne de RS... De même étrangement, je n'ai vu aucune recension française de ce livre, du moins dans le "milieu théorique"

Citation :
À l’occasion de sa venue en France comme professeur invité au LARCA, Paris-Diderot
et dans le cadre d’une histoire collective de la poésie américaine (http://www.poetscritics.org/)

Double Change et la Fondation des États-Unis vous invitent mardi 27 septembre 2016

à une conférence de Joshua CLOVER à 18h30 « Riot.Strike.Poetry: The Balance of Forces in 1967 »

suivie d’une lecture bilingue à 19h30 (environ)de Joshua CLOVER et Jean-Marie GLEIZE

Fondation des États-Unis 15 Boulevard Jourdan, 75014 Paris (RER Cité Université / Tram Cité Universitaire)

source double change


cette venue prochaine de Clover à Paris réchauffera-t-elle le débat français en le réimportant des États-Unis, rendant la politesse aux amis invisibles ? On verra, mais il me semble que pour les théoriciens de la communisation, l'affaire est réglée... en théorie

peut-être qu'en titrant "un débat important", à propos de la diffusion de textes critiques par Viewpoint, j'en ai surestimé les enjeux, mais est-il impossible qu'à la faveur de quelque reprise des hostilités "dans la rue", cette venue et la traduction probable du livre de Clover relancent plus largement cette danse macabre entre théorie communiste et idéologie des émeutes ?

PS : je précise que pour moi, parler de poétique de la révolution n'est pas affaire (que) de poètes, et que la conception que j'en ai est à cent lieues de la posture artiste révolutionnaire dans laquelle se complaît Joshua Clover. Au moins sommes-nous tous deux cohérents dans nos pratiques théoriques et poétiques, mais incompatibles en ce point aussi. Voilà qui est plutôt rassurant


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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 16 Sep - 13:50


mieux que Debord !
Coupat de son vivant canonisé par l'Université d'État




SocioSauvage a écrit:
@sociosauvage 15 septembre  

Choqué et déçu que personne n'ait relayé cet événement scientifique majeur !

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 16 Sep - 20:07


contrepoint, à toutes fins utiles



extrait
Citation :
Cajo Brendel : la différence entre le « vieux » et le « nouveau » mouvement ouvrier - toutes conceptions politiques et théoriques mises à part - réside en ce que le « vieux » mouvement ouvrier est un mouvement pour les ouvriers (dirigé par des politiciens ou des savants) tandis que le « nouveau » mouvement ouvrier (encore à peine sorti de ses langes) est un mouvement des ouvriers, c’est-à-dire des ouvriers eux-mêmes. Je ne pense pas que l’on puisse se réclamer des traditions. Je vois les signes (et j’insiste sur ce mot « signes ») d’un nouveau mouvement ouvrier là où les travailleurs se mettent en grève « sauvage » (comme on dit) absolument sans conscience préconçue de son sens et de sa signification [ cela me semble exagérer la non conscience ou l'absence d'objectifs de ceux qui luttent pour promouvoir une sorte de spontanéisme...], sans le soutien d’aucun parti ni syndicat quels qu’ils soient. Et on pourrait sans doute trouver des signes de même nature dans d’autres actions des ouvriers.[...]

un mouvement de masses est autonome s’il n’est convoqué par aucune individualité ni organisation. Il surgit spontanément des rapports sociaux ou politiques.

il est important de participer aux luttes. MAIS... les interventions des différents groupes d’avant-garde n’ont aucun sens. Au contraire. Je suis d’avis, depuis ma jeunesse, que l’on n’a rien à enseigner à la classe ouvrière, mais tout à apprendre d’elle.

Comment ensuite se servir de ce que l’on a appris ? J’ai toujours agi dans ce cas conformément à une phrase de Marx extraite d’un de ses premiers textes, la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, où il écrit : « On doit contraindre à danser ces rapports pétrifiés en leur chantant leur propre mélodie ! ». Je n’ai jamais dit à des grévistes : « Vous devriez plutôt faire comme ci ou comme ça. » J’ai simplement cherché à chaque fois à discuter le sens de leurs actions. Ce n’est pas un comportement passif.

Red Devil : comment vois-tu les perspectives de la gauche à la fin du XXe siècle ? Les communistes de conseils sont-ils intéressés à collaborer avec d’autres groupes ? Si oui, dans quels domaines et sous quelles conditions ?

C. B. : la réponse dépend naturellement de ce que l’on entend par « gauche » ? Si l’on entend par là tous ces groupes qui se considèrent comme l’avant-garde du prolétariat et se prennent pour ses éducateurs, la réponse est simple : il n’y a aucune perspective ! Pour la classe ouvrière, au contraire, il y a une perspective, que l’on en ait ou non une notion claire : c’est la révolution, que le capitalisme engendre inévitablement. En ce qui concerne les avant-gardistes, je ne vois pas l’utilité de collaborer avec eux.

R. D. : qu’entends-tu par « action directe » ?

C. B. : à vrai dire je n’utilise jamais cette expression. Je parle plutôt d’actes spontanés ou de ce qu’on appelle actions « sauvages » ou grève « sauvage ».

R. D. : que recommanderais-tu à des lecteurs ou des lectrices convaincus par tes explications ?

C. B. : tout ce que je pourrais leur dire, c’est : « Laisse tomber toute illusion. Garde-toi de tout mythe. » C’est le fil rouge de ma pensée.


Cet entretien du groupe allemand Revolution Times avec Cajo Brendel, réalisé en décembre 1999, a été publié en janvier 2001 dans la brochure : Red Devil, Die Kronstadt-Rebellion. Alle Macht den Sowjets, nicht den Parteien ! (La révolte de Cronstadt. Tout le pouvoir aux soviets, pas aux partis !), Bibliothek des Widerstandes (Bibliothèque de la résistance), janvier 2001, p. 21-27. Il a été ensuite traduit en français pour la revue Échanges et mouvement n° 111 (hiver 2004-2005).



Dernière édition par Patlotch le Ven 16 Sep - 20:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 16 Sep - 20:45


une série de textes en forme de table ronde. Cela ne concerne pas strictement des "émeutes", mais il me semble difficile de les shunter de leur contexte, des autres formes de luttes qui les accompagnent, et même des formes d'organisations qui font qu'elles ne sont pas que spontanées (j'espère que Cajo Brendel m'entend du ciel de l'ultragauche)



Les onze groupes présentés ci-dessous font partie de ce que peut être un pôle radical émergent dans la lutte de libération noire. Même dans leurs divergences analytiques et leur hétérogénéité organisationnelle, ils donnent les grandes lignes d’une unité révolutionnaire, opposé au séparatisme, dont les ambitions dépassent celles du misleadership nouveau et ancien.

Introduction
Citation :
This roundtable is a part of our evolving “Movement Inquiry” feature [en référence à "l'enquête ouvrière", un des fondements de Viewpoint], which opened with an investigations of housing struggles in the US and Black Liberation in higher education. If you would like to get involved, email us at roundtables@viewpointmag.com.

Ferguson’s August uprising wasn’t the first to follow a police murder, not even in recent memory. But unlike the 2009 Oscar Grant rebellion, or the actions in Flatbush after the murder of Kimani Gray in 2013, the street militancy exhibited by that small suburb of St. Louis endured long enough to inspire a national movement for black lives and liberation. We should pause to reflect on the tremendous ground that’s been covered in these first seventeen months. How distant do the denunciations of Al Sharpton and Jesse Jackson now seem? Or the simultaneous outpouring of hundreds of thousands of people into the streets and highways of every major American city? Those earliest debates establishing black leadership and the urgent defenses of rioting now carry an air of inevitability to them, but just over a year ago, they remained open questions.

That the movement has developed at such a breakneck speed has posed unique challenges for our inquiry. Trying to keep pace has often a been dizzying task, as new questions and conjectures arise with startling quickness. Celebrity activists and NGO luminaries are designated and in due time discredited, as battles over scarce seats at the table carry on when the mass mobilizations begin to recede. The cycles of co-optation and repression can move many of us to cynicism, but neither has proved capable of exhausting the dynamism of the grassroots. For every Teach for America operation, there’s a Twin Cities’ riot.

With equal difficulty, we have had to confront the incredible political diversity of this moment, which has included everyone from the Nation of Islam, nonprofit executives, and unaffiliated liberals, to afropessimists, oath keepers, and yes, revolutionary communists. And while the political composition of many participants stretches across those camps, it is hard not to sense that the movement is entering a new juncture in which the lines of demarcation are being drawn a little more clearly. With each day the gap between those who frequent the executive offices of Silicon Valley, and those who maintain fealty to the black radical tradition, grows.

The eleven groups featured below constitute part of what may be an emerging radical pole in the struggle for black liberation. Even in their analytical divergence and organizational heterogeneity, they yield the outlines of a revolutionary unity, opposed to separatism, whose ambitions exceed that of the misleadership both new and old.

We hope that this roundtable on “Strategy after Ferguson” is an opening to further dialogue and debate. We welcome your ideas, feedback, critiques, as well as your support in sharing this resource – with friends and comrades, in workplaces and organizing meetings, at rallies and direct actions, and beyond. To get involved, please email us at roundtables@viewpointmag.com.

– Ben Mabie


les textes (liens dans l'original)
Citation :
- Unity & Struggle

- Ann Arbor Alliance for Black Lives

- Baltimore BLOC

- Chicago Alliance Against Racist and Political Repression

- Cooperation Jackson

- #ItsBiggerThanYou

- Organization for Black Struggle

- Qilombo

- Trayvon Martin Organizing Committee / Action Against Black Genocide

- Wyldfire! Collective

- Advance the Struggle


note : un problème des théoriciens d'avant-garde, ou de leurs adeptes, avec l'auto-organisation, c'est que là où elle se manifeste, il leur faudrait y intervenir en activistes de l'extérieur, puisqu'ils ne sont généralement pas à l'origine de telles émeutes quand elles ont un caractère de masse, que je confonds pas avec les "têtes de cortèges» de l'avant scène spectaculaire anti-loi travail

c'est un point que je partage avec l'ultragauche ouvrière historique (cf Cajo Brendel commentaire précédent) mais l'on voit ici que l'auto-organisation peut passer par des organisations préalables, contrairement à l'affirmation de l'Adresse de Meeting : « la constatation que toute organisation de classe permanente, préalable aux luttes ou persistant au-delà, est aujourd’hui confrontée à son échec.»

ce que j'ai constaté, c'est que les signataires de cette Adresse ne se privent pas de postures de "leaders objectifs" et de pratiques manipulatrices contredisant leur credo spontanéïste. Quant à Coupat et Clover, c'est le pompon de la mise en scène médiatique

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Sam 17 Sep - 20:55


médiation temporelle

la révolution devra attendre la restructuration du capital mondial dans la crise de l'Occident :
pas de quoi séduire les "têtes de cortège"

ni les idéologues des émeutes (Coupat, Clover...) et leurs adeptes
des couches moyennes prolétarisées ou menacées de l'être...
et du néant



extrait de TWEET THÉORIE du communisme féministe et décolonial (reformulations pour tous et toutes ;-)

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Dim 18 Sep - 18:01

Une réponse au débat US ,made in Us ?

Can we stop police terror by going on strike? #StrAPT says yes.

http://aworldwithoutpolice.org/2016/09/14/can-we-stop-police-terror-by-going-on-strike-strapt-says-yes/
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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 20 Sep - 10:16

commentaire du 18 septembre mis à jour

traduction en bas du texte signalé par vlad2 (merci)




Can we stop police terror by going on strike? #StrAPT says yes

A World Without Police September 14, 2016


Citation :
The Black Lives Matter movement has met police violence with rallies and street protest, but what other options do we have to shake the foundations of this racist system? Strike Against Police Terror (StrAPT), a new website launched this month, aims to popularize a key weapon that can be used by anyone who has to work to survive: the strike.

One often thinks of strikes, slowdowns and pickets as workplace actions that aim to wring concessions from bosses, and little else. But in many parts of the world, workers withdraw their labor to signal their positions on a range of issues beyond the workplace, and force political crises that have the potential to create change. Trade unionists in Argentina, for example, launched a general strike in 2010 after police and and local gun-thugs murdered a young worker named Mariano Ferreyra. StrAPT insists something similar could happen here.

“By shutting down the economy through strikes, we can build groundwork for a combative worker and oppressed people’s movement for collective liberation.”

Labor insurgency in the U.S. has been subdued ever since the wildcat strike wave of the 1970s receded. But there are signs that the kind of anti-police brutality strikes StrAPT imagines could be on the horizon. Already in 2014, workers at a UPS warehouse in Minneapolis waged a “Hands Up Don’t Ship” action, refusing to transport tear gas munitions to police in Ferguson as authorities struggled to repress the protests there. StrAPT’s editors argue that halting the production and circulation of goods in this way can grind the racist policing regime to a halt, linking our power in the workplace to the struggle against police violence.

“By shutting down the economy through strikes,” the StrAPT editors write, “we can build groundwork for a combative worker and oppressed people’s movement for collective liberation from capitalism, imperialism, and colonization. When the state’s agents of repression kill—whether they’re border patrol, ICE, police, or sheriffs—we can raise the call to take the streets, block roads, halt production, and shut it down.“


Citation :
Black Live Matter a rencontré question de la violence policière dans les rassemblements et protestations de rue, mais quelles autres options avons-nous pour ébranler les fondements de ce système raciste ? Strike Against Police Terror (StrAPT), un nouveau site Web lancé ce mois-ci, a pour but de vulgariser une arme clé qui peut être utilisée par n’importe qui devant travailler pour survivre : la grève.

On pense souvent aux grèves, ralentissements et piquets en tant qu’actions de milieu de travail visant à extorquer des concessions aux patrons, et de petites choses. Mais dans de nombreuses régions du monde, les travailleurs se retirent de leur travail pour signaler leurs positions sur un éventail de questions autres que le lieu de travail, pour forcer les crises politiques qui ont un potentiel de créer le changement. Des syndicalistes en Argentine, par exemple, ont lancé une grève générale en 2010 suite à l'assassinat par la police et des gangsters locaux d'un jeune travailleur nommé Mariano Ferreyra. StrAPT insiste sur le fait que quelque chose de semblable pourrait arriver chez nous.

« En arrêtant l’économie par le biais de grèves, nous pouvons construire les bases d'un mouvement combatif des ouvriers et des opprimés, pour leur libération collective. »

L'insurrection du monde du travail aux Etats-Unis s'est modérée depuis le retrait de la vague de grèves sauvages des années 1970. Mais il y a des signes que le genre de brutalités contre la police que StrAPT imagine puisse se profiler à l’horizon. Déjà en 2014, les travailleurs d'un entrepôt UPS de Minneapolis ont mené une action "“Hands Up Don’t Ship" (? nous ne nous livrerons pas les mains en l'air ?), refusant de transporter les munitions de gaz lacrymogènes à la police à Ferguson, et les autorités ont eu du mal à réprimer les manifestations. Les éditeurs de StrAPT soutiennent que mettre un terme à la production et la circulation des marchandises est un bon moyen pour stopper le régime policier raciste, et relier notre pouvoir sur le lieu de travail à la lutte contre les violences policières.

« En arrêtant l’économie par le biais des grèves », écrit StrAPT, « nous pouvons construire les bases d'un mouvement combatif des ouvriers et des opprimés, pour leur libération collective du capitalisme, de l’impérialisme et de la colonisation. Lorsque les agents de l’état de répression tuent — qu'ils soient patrouille frontalière, ICE*, police ou shérifs — nous pouvons faire monter l’appel à prendre les rues, bloquer les routes, arrêter la production et les abattre. »


* ICE : Immigration and Customs Enforcement, agence fédérale de police des frontières aux États-Unis

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mer 21 Sep - 18:41


comme quoi il y a des contradictions mais pas de rupture de continuité entre Black Live Matter et émeutes



Un calme précaire régnait mercredi à Charlotte, au sud-est des Etats-Unis, après de violents affrontement entre forces de l'ordre et manifestants qui protestaient contre la mort d'un homme noir abattu par un policier noir.


Des policiers encerclent des manifestants à Chartlotte en Caroline du Nord,
le 20 septembre 2016
(AFP/Adam RHEW)

Citation :
Seize membres des forces de l'ordre ont été blessés, a indiqué le chef de la police lors d'une conférence de presse, ainsi qu'un nombre indéterminé de manifestants selon la presse locale.

Les manifestants s'étaient rassemblés mardi soir après le décès de Keith Lamont Scott, 43 ans, près du lieu où il a été abattu en brandissant des pancartes affirmant "les vies des Noirs comptent" et scandant le slogan "Pas de justice, pas de paix", selon une chaîne de télévision locale.

Mais la manifestation d'abord pacifique a pris un tour "plus agressif" avec "des agitateurs", qui ont commencé par "endommager des voitures de police et lancer des pierres sur des agents", a rapporté le chef de la police de Charlotte-Mecklenburg, Kerr Putney.
La police, en tenue anti-émeute, a fait usage de gaz lacrymogène.

Un hypermarché Wal-Mart a également été pillé au milieu de la nuit, selon le quotidien local Charlotte Observer.

- Une 'arme à la main' -

Brentley Vinson, le policier qui a abattu la victime, a été suspendu en attendant les résultats d'une enquête administrative.
Il faisait partie d'un groupe de policiers mandatés pour arrêter un suspect.

Keith Lamont Scott, qui n'était pas la personne recherchée, était dans une voiture sur un parking d'immeuble et en possession d'une arme à feu, mais il n'a pas obtempéré quand les agents lui ont ordonné à plusieurs reprises de lâcher son arme, selon la police.

"En dépit de ces sommations orales, il est sorti de son véhicule une arme à la main. Et quand les policiers ont continué à hurler pour lui demander de la lâcher, il est sorti, représentant une menace pour les policiers", a relaté le chef de la police.

La famille conteste cette version des faits et affirme que la victime avait seulement un livre à la main. Selon sa fille, Keith Scott Lamont attendait son fils.

La maire de Charlotte, Jennifer Roberts, a appelé les habitants de la ville au calme. Cette affaire "mérite des réponses et une enquête complète va être menée", a-t-elle promis.

- Abattu mains en l'air -

Les tensions raciales ont été ravivées aux Etats-Unis depuis deux ans par une succession de bavures et violences policières, souvent envers des hommes noirs non armés.

Mardi encore, la justice américaine a ouvert une enquête après qu'un Noir non armé a été abattu par une policière blanche dans l'Oklahoma (sud), sous l'oeil des caméras de police.

Sur les vidéos, rendues publiques, on peut très distinctement voir un homme, Terence Crutcher, tenu en joue par les policiers, marcher jusqu'à son véhicule alors qu'il garde les mains en l'air.

M. Crutcher, qualifié de "sale type" par un policier à bord de l'hélicoptère, semble approcher ses mains de sa voiture. Il est alors abattu.

Chuck Jordan, le chef de la police de Tulsa, a reconnu que les images étaient "troublantes". Aucune arme n'a été retrouvée ni sur Crutcher, ni dans sa voiture, a-t-il précisé.

Cette bavure n'est que la dernière d'une longue série, qui a mobilisé la communauté noire et provoqué des manifestations - voire de violentes émeutes - dans plusieurs villes des Etats-Unis depuis l'été 2014.

L'omniprésence de caméras vidéo - de la police ou du public - ont aussi permis à l'ensemble de l'Amérique de découvrir ces excès.
Ce sont ces bavures qui ont été invoquées par deux hommes qui ont ciblé et tué des policiers cet été. Cinq agents ont été abattus à Dallas, au Texas, le 7 juillet et trois autres ont été tués 10 jours plus tard par un autre homme en Louisiane, à Bâton Rouge.

Ces violences sont "dramatiques" a tweeté mercredi le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump, promettant de "faire à nouveau de l'Amérique un pays sûr". "Encore un Noir non armé tué dans une intervention de la police. Cela ne devrait pas être toléré. Il y a tellement de travail à effectuer", avait réagi mardi la démocrate Hillary Clinton.


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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mer 21 Sep - 19:16

un échange tweeté

George Ciccariello-Maher a écrit:
@ciccmaher  

Riots Work / les émeutes marchent

DogGone a écrit:
‏@HardlyApathetic

to do what / pour faire quoi

T IVett Carnes/W. a écrit:
@ORRCHIDRAIN

Not really. They hurt the message and people in our neighborhoods. They don't stop the hateful killings by cops or bring peace.

Pas vraiment. Pas vraiment. Le message passe mal pour les gens dans nos quartiers. Cela n'arrête pas les meurtres odieux par les flics, ni n'apporte la paix.


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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 30 Sep - 20:25


voici la conclusion du "symposium" de Viewpoint autour du livre de Joshua Clover Riot-Strike-Riot, par lui-même




Final Remarks

Joshua Clover



Mark Brad­ford “Unti­tled” 2006

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 9 Jan - 12:18


L’émeute est rarement prise au sérieux comme lutte politique à part entière. Généralement considérée avec mépris par les marxistes, elle est accusée d’apolitisme et associée à l’instant pur, à un spontanéisme dépourvu d’objectifs tactiques et stratégiques. Pour Joshua Clover, auteur de Riot, Strike, Riot, il ne s’agit pas de faire l’éloge de l’émeute, mais de la théoriser et, plus généralement, de saisir les formes de contestation dans la longue durée des cycles d’accumulation. Selon Clover, à l’époque du capitalisme naissant, l’émeute est la forme de lutte dominante, qui vise à perturber la circulation des marchandises. Puis, au moment de la révolution industrielle et jusqu’à l’immédiate après-guerre, c’est la grève qui lui succède, en s’appliquant cette fois à la sphère de la production. Depuis les années 1960-70, dans une période marquée, en Occident, par la désindustrialisation, le chômage de masse et le ralentissement de l’accumulation, l’émeute redevient la forme de contestation par excellence.

Citation :
Tu es poète et professeur de littérature ; comment en es-tu venu à écrire un livre sur les émeutes et l’économie ?

Il y a plusieurs réponses à cela. D’abord le fait qu’aux États-Unis – j’ignore comment ça se passe en France –, personne n’enseigne purement la littérature. J’ai toujours enseigné la littérature et l’économie et je me suis spécialisé en littérature et en théorie des crises. J’ai donc beaucoup écrit sur les crises économiques, la financiarisation et les transformations du système-monde après 1973. Les émeutes sont entrées dans ce cadre intellectuel par la bande, en quelque sorte, parce que, comme j’ai une autre vie de militant politique, j’ai vu des émeutes, participé à des émeutes, je trouve qu’il s’agit d’un intéressant phénomène humain et elles me paraissent avoir une place de plus en plus grande dans les endroits du monde que je connais, en particulier aux États-Unis et en Angleterre. Je me suis donc mis à réfléchir à ces deux choses conjointement, pour tenter de comprendre – en prenant bien soin d’éviter tout jugement moral – la place de plus en plus centrale de l’émeute comme forme de lutte politique.

Tu as été très impliqué dans le mouvement Occupy Oakland.

Personne ne dirait avoir été très impliqué. Moi j’y étais le premier jour. Le phénomène Occupy a bénéficié d’une grande visibilité aux États-Unis mais on oublie souvent qu’il s’agissait d’un résultat plutôt que d’un commencement. Dans la baie de San Francisco, où je vis, Occupy a été le produit de deux types de luttes : les luttes dans l’université, qui ont débuté en 2009, en l’honneur ou dans la tradition de ce qui se passait déjà en Grèce, à Vienne, dans d’autres endroits d’Europe et à New York. Mais outre les luttes universitaires, qui ont rassemblé un certain groupe de militants, il y a eu une série d’émeutes après qu’un jeune Noir, Oscar Grant, a été tué par la police, en 2009, et ces émeutes ont aussi réuni tout un ensemble de militants. Ces deux groupes se sont en partie rejoints, et c’est de là qu’est parti Occupy Oakland, qui a ensuite développé une existence propre.

Donc ton livre tente de clarifier ta propre pratique politique sur un plan théorique et historique ?

Dans une certaine mesure, c’est sans doute le cas de tous les livres. Pour ma part, je ne sais pas si c’était aussi conscient. Les émeutes sont, affectivement, des expériences fortes pour les individus et elles l’ont clairement été pour moi. Mais en écrivant le livre, je voulais les mettre à distance et, plutôt que faire un récit à la première personne du genre « J’étais là, les vitres brisées, les poubelles en feu », essayer de les théoriser à partir de l’économie politique. Mais quoi qu’il en soit, oui, c’est mon parcours qui a fait des émeutes un problème à élucider.

Des années 1980 au début des années 2000, il y avait un divorce entre théorie et pratique politique, en particulier aux États-Unis, avec ce paradoxe que d’une certaine façon la radicalité politique a survécu dans les départements de littérature et de sciences sociales plutôt que dans les rues : par conséquent, et même si tout livre peut être une tentative de comprendre sa propre pratique, ton livre fait aussi partie de ceux qui tentent de combler ce fossé auquel nous nous étions habitués.

C’est vrai, et à mon avis, il faut se rappeler que la période de la disparition du bloc soviétique a aussi marqué la fin d’une volonté révolutionnaire de dépasser le capitalisme libéral-démocrate. Durant cette période de mise en cause de la plausibilité de certains types de lutte et de pratique politique, ce sont des théoriciens, des philosophes, parfois dans des départements de littérature, qui ont tenté de conserver la flamme du communisme ou de maintenir l’horizon communiste. C’était assez frustrant car tous ces discours semblaient idéalisés, abstraits ou détachés des luttes, mais on n’avait pas le choix. On n’avait pas de lutte à laquelle rattacher la théorie, et c’est cela qui a commencé à changer dans les années 2000, en particulier après la crise de 2008. Il est amusant de noter au passage que l’un des derniers moments de cette période correspond à l’un des fameux colloques organisés par Verso, « L’idée du communisme », où des intellectuels (dont Alain Badiou) donnent des analyses très classiques, très formelles, tandis que des émeutes éclatent en quelque sorte au bout de la rue. Mais théoriciens et « praticiens » se rejoignent de plus en plus, et de toute façon, comme je l’explique au début de mon livre, la théorie naît de la pratique – proche ou lointaine – et je voulais faire de mon mieux pour suivre cette séquence.

Après 68, à partir de la fin des années 1970, on a assisté au retour d’une forme plus traditionnelle de philosophie politique et de débats sur les concepts de démocratie, de justice, de politique, etc. La publication d’Empire de Hardt et Negri (2000) et le renouveau des débats sur le communisme ont d’une certaine façon changé la donne, mais il s’agissait encore de catégories abstraites ou générales. Ce qui me paraît intéressant dans ton livre, c’est qu’il traite moins de concepts que de formes et de moments de lutte : la grève, l’émeute.

Ce résumé me semble tout à fait juste. Tu évoques Empire : ce livre a été galvanisant et en même temps c’était en effet une analyse abstraite du politique, pas une abstraction réelle (je tiens beaucoup à cette expression) mais une abstraction légitime. Il se confrontait à une énigme pratique, comprendre le sujet politique mais aussi la possibilité d’une nouvelle collectivité politique pour des sujets qui n’étaient plus réunis dans l’usine, comme dans le grand modèle marxien du Capital, mais se rassemblaient sur internet de plein d’autres façons. Il s’agissait de voir si ces sujets pouvaient constituer une force d’opposition similaire à celle qu’avait été la classe ouvrière. Empire s’intéressait à l’abstraction d’internet, à l’abstraction de la vie quotidienne, toutes choses qui ont une réalité, et c’est pourquoi l’abstraction du livre avait une légitimité. Cela dit, la thèse ne m’a pas convaincu et je crois que des objets concrets, tactiques et stratégiques, ou des événements, comme les émeutes, n’ont jamais disparu. Ils ont connu des périodes de flux et de reflux, mais ils n’ont jamais disparu.

À mes yeux, l’un des problèmes était l’association entre ces activités ou événements et des polarisations idéologiques. Par exemple, l’émeute s’intégrait à la catégorie abstraite d’anarchisme, pour laquelle j’ai une certaine sympathie quoique je ne croie pas être anarchiste, tandis que l’activité concrète de la grève était associée à l’idéologie du communisme. Cela m’apparaissait comme une forme de réification inadéquate aux transformations historiques qui étaient en train de s’accomplir. Donc le but du livre est en partie de rouvrir ces catégories et de les rendre à nouveau pensables, de les considérer d’un regard neuf, au lieu de penser que l’on sait ce qu’est une grève, ce que les gens font pendant une grève, que l’on sait ce qu’est une émeute et quel type de personnes y prennent part, etc.

Ton livre se présente en effet comme une tentative de réconcilier deux traditions, le marxisme et l’anarchisme, et de dépasser les oppositions traditionnelles entre spontanéité et organisation ou entre moment présent et orientation vers l’avenir. C’est pourquoi tu construis un récit historique très particulier, articulé sur une séquence en trois temps : l’émeute, la grève et ce que tu appelles « émeute’ [prime] ». À te suivre, l’émeute est la forme de lutte des débuts du capitalisme, la grève la forme de lutte qui domine à partir de la révolution industrielle, et l’émeute’ cette forme de lutte encore assez indéterminée et difficile à définir qui marque la période contemporaine depuis les années 1960. De quelle façon l’émeute diffère-t-elle de l’émeute’ ? Et l’émeute’ inclut-elle ou subsume-t-elle le stade antérieur de la grève ?


Le livre est lui-même une simplification, une schématisation ou une modélisation. Et bien sûr cela implique de laisser de côté un grand nombre de choses. La question pour moi n’est pas de savoir ce qu’on perd à modéliser mais au contraire ce qu’on peut y gagner. Je soulignerai que dans la séquence émeute-grève-émeute’, aucun des termes n’est indépendant des autres, chacun naît des autres : j’ai tenté d’expliquer comment la grève naît de l’espace de l’émeute, qui est celui de la circulation. C’est l’une des catégories maîtresses du livre. Dans la critique marxienne de l’économie politique, la circulation et la production impliquent des activités concrètes et pratiques, mais il existe aussi des agencements sociaux orientés vers la production ou la circulation (le marché, l’échange, la consommation, etc.).

Ma thèse est que le principal antagoniste du capitalisme naissant vient de l’espace de la circulation. Le capital est unité de la circulation et de la production : or l’antagoniste fondamental est interne au capital mais extérieur à la production – c’est l’époque des émeutes. Le développement de la révolution industrielle parviendra à intégrer cet antagoniste dans la production. Puis, avec la désindustrialisation des principaux pays industriels, celui-ci sera de nouveau extériorisé : il restera dans le capital tout en étant exclu de la production. C’est là que se trouve le lien entre les deux périodes des émeutes, « émeute » et « émeute’ ».

Le livre montre comment la grève naît de l’émeute : c’est une lutte interne à la sphère de la production, mais au départ elle se développe dans le secteur des transports et les ports avant de s’implanter dans l’usine. Et de la même façon, la grève commence à disparaître parce que la productivité industrielle exclut la force de travail du procès de production ; un nombre grandissant de personnes dépend du marché sans avoir directement accès au salaire, et c’est là que l’on revient à l’émeute. Il existe une continuité historique entre A, B et C, ainsi qu’un lien entre A et C. Les différences tiennent en grande partie à la nature des sujets qui sont exclus de la production. Comme cela varie d’un pays à l’autre, je ne veux pas trop simplifier. Mais aux États-Unis il existe un lien fort entre les personnes externalisées – la « surpopulation » au sens de Marx – et les communautés non blanches, en particulier les Noirs. Dans les pays scandinaves et en France, il s’agit souvent des populations immigrées. Donc la principale différence entre la période « émeute’ » et la période initiale des émeutes réside dans la dimension raciale.

Tu associes la séquence émeute-grève-émeute’ à différents stades du développement capitaliste, en t’appuyant principalement sur la périodisation proposée par Giovanni Arrighi dans The Long Twentieth Century. Pourrais-tu expliciter la relation entre ces phénomènes sociopolitiques et les cycles économiques ? Y vois-tu une forme de causalité expressive, et serais-tu, en un sens, un marxiste « mécaniste » ?


La médiation fait partie des catégories que je ne crois pas assez bien comprendre pour avoir une position à leur sujet. Selon Arrighi, tout régime d’accumulation capitaliste comporte trois phases, qui semblent toutes suivre le même schéma, allant du capital commercial au capital industriel et enfin au capital financier, fondamentalement lié au capital bancaire. Les Provinces-Unies, le Royaume-Uni et les États-Unis ont chacun dominé un cycle d’accumulation. L’ambition (peut-être excessive) du livre consiste à projeter ces trois périodes de luttes sur des périodes du capital. Il faudrait un livre entier pour étayer cette thèse économico-politique de manière convaincante. La question est donc la suivante : si l’on accepte ma proposition, du moins à titre d’expérience de pensée, quelle serait la causalité ? Je n’ai pas du tout peur des positions causalistes, même si les communistes orthodoxes me disent souvent que je suis un anarchiste parce que mon analyse du politique leur semble inadéquate ; et à l’inverse, les anarchistes diront que mon approche est trop déterministe, voire qu’elle relève de la causalité expressive.

Or je crois, comme Marx, aux lois du mouvement de l’histoire : on construit des modèles précisément pour montrer qu’une causalité est à l’œuvre. Ceux qui ne recherchent pas des causes ne m’intéressent pas : je trouve que cela n’a aucun intérêt de regarder les étoiles en se contentant d’énumérer leurs noms et que l’on doit s’efforcer de comprendre les causes de leurs mouvements et de les prédire, même si cela ne reste qu’une approximation. Je tiens donc à l’approche causale.

En revanche, je ne comprends pas vraiment la médiation, en fait je crois que personne n’en a une compréhension réelle. Cela dit, le pur économique, le pur politique n’existent pas, la nature du capital fait que ces domaines ont perdu leur autonomie pour devenir une unité. C’est lorsqu’on les sépare que l’on commet des erreurs. J’ignore ce qui se passe dans la conscience des sujets, comment la grande transformation de la composition de classe est éprouvée consciemment, inconsciemment, comment elle fait son chemin en moi de sorte qu’un jour, en entendant un grand bruit dans la rue, je me mette à penser : « Il faut que j’y aille et je n’hésiterai pas à m’en prendre aux flics. » La médiation est une boîte noire, et c’est pourquoi le livre l’évite soigneusement.

Mais quoi qu’il en soit des médiations, je crois que l’on peut tout de même parler de tendances : on constate que des tendances se dégagent, que certaines choses se produisent plus souvent que d’autres, et on cherche à les expliquer. Par exemple, ma thèse relative à la circulation est très simple. Au niveau le plus élémentaire, elle est que l’on ne peut pas faire grève si l’on n’a pas de salaire. On se trouve dans l’espace social et conceptuel de la circulation, même si l’on n’est pas sur le marché, dans une relation d’échange, dans la production. Quand on n’a pas de travail et que la possibilité de la grève est exclue, on va se battre d’autres manières : dans les rues, sur le marché – et c’est ce qui sera appelé « émeute ». Ma seule thèse est qu’il est sensé de dire que le passage de l’économie à la circulation entraîne un passage politique à ce que j’appelle des luttes au sein de la circulation.

On pourrait aussi évoquer un phénomène contemporain qui se rattache à ta distinction entre production et circulation : le fait que les individus sont en quelque sort scindés, dans la mesure où leurs intérêts de travailleurs (obtenir de meilleurs salaires et conditions de travail, lorsqu’ils ont du travail) s’opposent à leurs intérêts de consommateurs (acheter des marchandises au prix le plus bas).

D’une certaine façon, tu nommes là l’une des contradictions fondamentales du capital, que l’on peut rattacher à la contradiction entre valeur d’usage et valeur d’échange. Sur le marché, en tant que consommateur, on a seulement affaire à la catégorie de prix, tandis qu’en tant que travailleur, ce qui nous intéresse, même si l’on n’en a pas conscience, c’est la catégorie de valeur, puisque c’est la valeur qui détermine le temps de travail socialement nécessaire, ou inversement le temps de travail socialement nécessaire qui détermine la valeur, la base du salaire. Mais évidemment, le temps de travail n’est pas payé en valeur, mais en prix. Dans la sphère de la production, on est marié à l’idée de valeur, alors que dans la sphère de la circulation, on se situe au niveau du prix. C’est là une contradiction profonde, qui est la source même des crises : le fait que le capital tente toujours de générer des profits (mesurés en prix) mine sa capacité à générer de la plus-value. Il tente de réduire les coûts de production et de circulation, notamment en expulsant la force de travail qui constitue la source de la valeur, de sorte que la quête de profit met en péril sa capacité à accumuler de la valeur.

Quant à la contradiction entre notre être de producteur et notre être de consommateur, nous tentons en tant que consommateurs de racheter une part de ce que nous avons produit. Mais cela revient à laisser intacte la contradiction entre prix et valeur. Dans le livre, qui envisage le capitalisme sur une longue période, je parle souvent d’une courbe de l’accumulation : le capitalisme naissant croît assez vite et possède un grand dynamisme et une forte capacité d’expansion, il génère énormément de plus-value, l’accumulation est rapide, puis arrive un moment où il atteint un pic (plusieurs en fait, comme Henryk Grossmann l’a très bien montré), il expulse une trop grande quantité de force de travail, l’accumulation commence alors à décliner et le capital continue de faire des profits mais sans accumulation. Dans la périodisation que je propose, le début de la courbe de l’accumulation correspond à l’émeute, son moment ascendant correspond à la grève, puis quand la courbe décroît, on revient à l’émeute. Ces différentes périodes sont donc très étroitement liées à l’expression concrète de la contradiction entre valeur d’usage et valeur d’échange, entre valeur et prix.

Ton articulation des luttes et des cycles économiques pourrait aussi être interprétée comme une manière d’articuler différentes échelles, de relier la lutte la plus locale au capital compris à la fois comme processus global et comme abstraction. Et du même coup, se pose la question de l’articulation entre le concret et l’abstrait, par exemple celle du corps, de l’implication de corps physiques dans un espace physique, où la police en tant qu’agent physique constitue l’incarnation de l’abstraction que constitue le capital.

Mon propos se veut plus humble : je voudrais seulement que l’on envisage autrement les émeutes et les possibilités qu’elles offrent. Malgré ce que m’ont dit de nombreux lecteurs, mon livre n’est pas une défense et illustration de l’émeute, et je ne crois pas que l’émeute soit la voie royale vers la révolution. Je voulais m’élever contre le rejet et le mépris dont l’émeute fait l’objet au sein de ce que j’appelle « la gauche du Parti de l’ordre [the Left Party of Order] », donc proposer un rééquilibrage. Mais les gens ont tendance à concevoir l’émeute comme un phénomène excessivement local, à l’associer au spontanéisme, à la réduire à un événement bref, qui disparaît aussi vite qu’il est survenu. Il y a là une part de vérité, même si, pour prendre un exemple récent, la première émeute de Ferguson a duré plus de deux semaines, soit plus longtemps que la majeure partie des grèves. L’une des ambitions du livre, c’est d’envisager l’extension des émeutes, dans l’espace et dans le temps. En effet, dès que l’on considère l’émeute comme l’expression concrète d’une situation abstraite – les transformations des classes, du capital, de la production –, on commence à percevoir une unité sous-jacente entre les multiples émeutes. L’émeute est donc pour moi une série d’expressions locales d’un phénomène global, mais inégalement global. Et bien que ma thèse se limite aux premiers pays industrialisés, je pense qu’il existe ailleurs des trajectoires similaires, réparties inégalement au cours des vingt dernières années. Penser l’émeute politiquement, ce n’est donc pas s’intéresser aux désirs de ses sujets, même s’ils sont importants, mais la concevoir comme l’expression sur le plan politique d’une économie politique sous-jacente. En ce sens, les émeutes entretiennent entre elles une complicité secrète, qui devient de plus en plus visible au fil du temps ; et plus concrètement, on peut imaginer qu’à un moment, deux foyers d’émeute seront suffisamment rapprochés pour se rencontrer et n’en faire plus qu’un – alors on se demandera si l’on ne peut pas parler de révolution. Je ne pense pas que l’émeute puisse se généraliser : l’émeute telle que je la définis est limitée à un certain rapport au marché qui disparaîtra à un moment. Pour moi, il y a des luttes après l’émeute mais pour l’heure, il est capital de comprendre chaque émeute comme une extension, sur le plan concret, dans un moment et un lieu déterminés, de la substance de la politique (« substance », au sens spinozien du mot).

Tu disais que la race était un élément central des émeutes contemporaines. Pourrais-tu développer ce point ? Par exemple, tu rappelles dans le livre qu’aux États-Unis dans les années 1960, le Black Power avait coutume d’opposer sa lutte à celle des travailleurs blancs.

À mon sens, la relation entre émeute et race se décline sur deux axes. L’histoire et les dynamiques sociales de la race aux États-Unis sont connues dans le monde entier, et en même temps elles sont très spécifiques, c’est pourquoi je ne veux pas trop généraliser. Donc, s’agissant du premier axe : le processus de production d’une population excédentaire. L’industrialisation entraîne un immense transfert de la force de travail, qui passe de l’agriculture à l’industrie. Le plus grand transfert de force de travail de l’histoire de l’humanité est en grande partie un transfert des communautés rurales aux communautés urbaines. Le secteur agricole, qui connaît une hausse considérable de sa productivité à la fin du XIXe et au début du XXe, met au chômage un grand nombre de travailleurs. Le secteur des services ne peut absorber cette force de travail dans sa totalité, et la population excédentaire venue du secteur agricole est en grande partie constituée de travailleurs noirs, qui, après la fin de la guerre civile et l’abolition de l’esclavage, migrent du Sud vers les villes industrielles du Nord, et du Midwest vers l’Ouest. C’est ce qu’on appelle les première et deuxième grandes migrations. Cette population arrive dans le secteur industriel relativement tard, et pendant longtemps, les syndicats tentent de la tenir à l’écart, dans le style bien raciste des institutions états-uniennes. Elle arrive tard, et elle est aussi la première à se faire licencier. Voilà pour le premier axe : lorsqu’une surpopulation est produite dans le secteur industriel, elle est composée majoritairement (mais pas exclusivement) de Noirs.

Le second axe concerne le rapport de l’émeute à la racialisation. Aux États-Unis, l’émeute est socialement codée comme le recours « quasi politique » des populations pauvres, historiquement assimilées aux Noirs. Les Noirs font des émeutes et les Blancs font la grève. Ce n’est évidemment pas vrai : les travailleurs noirs se sont souvent et fortement mobilisés, notamment à Detroit dans le secteur automobile, et il en va de même des ouvriers latinos. Et les Blancs font tout le temps des émeutes, même si bizarrement, aux États-Unis, on ne parle pas d’émeutes dans ce genre de cas. Par conséquent, cette dichotomie est fausse mais idéologiquement codée. Et cette idéologie se combine à une thèse historique relative à la structure du prolétariat : il existe une aristocratie ouvrière composée de travailleurs blancs et mâles, qui occupent des emplois privilégiés et des positions syndicales au détriment des peones que sont les femmes, les Noirs et les autres populations non blanches. Cette division interne au prolétariat se rejoue donc dans la distinction idéologique entre l’émeute et la grève. Par conséquent, une fois que ce type d’idéologie s’est formalisé et solidifié, sa direction s’inverse : participer à une émeute, c’est par transitivité devenir noir. Cela ne veut pas dire que si je suis blanc, j’ai plus de chances de me faire tirer dessus par la police. Je veux juste souligner comment fonctionne la racialisation aux États-Unis et sans doute ailleurs. Enfin, si l’émeute est un phénomène racial, c’est aussi un phénomène de classe, produit des transformations du capital. Le livre tente de mobiliser les deux éléments, la production d’une surpopulation et la racialisation, pour comprendre la co-articulation de la race et de la classe. C’est toujours un défi pour les marxistes, ça ne marche jamais parfaitement, mais ça me semble absolument nécessaire.

La race est aussi mobilisée pour discréditer l’émeute et en faire une forme de lutte « proto-politique ».

Absolument. Beaucoup d’idéologies sont associées aux émeutes : l’anarchisme, la noirceur, l’illégitimité. Elles ne peuvent être vraiment politiques parce qu’elles ne sont pas vraiment discursives. On n’est vraiment dans la sphère de la politique que si l’on reconnaît le monopole de la violence par l’État et si l’on accorde un primat à la négociation. Or, comme les émeutes ne veulent rien négocier, qu’elles ne formulent pas de revendications (hormis une revendication assez abstraite : « Il faut en finir ») et qu’elles ne reconnaissent pas le monopole étatique de la violence, elles ne peuvent être tenues pour politiques. Elles sont exclues de la vraie sphère de la politique et codées comme noires. Et, comme par magie, être noir, c’est être exclu de la sphère de la vraie politique. Ce transfert est central dans l’histoire politique états-unienne.

Le dernier chapitre du livre porte sur l’émeute contemporaine et la commune. Considères-tu qu’il existent une continuité entre la première et la seconde ? Par ailleurs, tu ne parles jamais de l’État, tu ne dis jamais comment la commune se rapporte à l’État, qui, à te lire, apparaît comme un appareil purement répressif, non comme une entité complexe, traversée de contradictions et, à bien des égards, constitutive de la vie quotidienne et de la subjectivité.

Comme je viens d’Oakland, pour moi l’État n’est rien d’autre que la police ! Je sais bien que l’État est un être complexe, doté d’une histoire complexe, mais je pense qu’il faut cesser de s’y intéresser. Depuis plusieurs décennies, si ce n’est un siècle, le problème est que les luttes politiques se sont beaucoup trop attachées à l’État. Il est très rare aujourd’hui qu’elles s’attaquent directement à l’économie ; il s’agit en règle générale de combattre l’État, ou du moins son appareil répressif, de s’emparer de l’État, de l’organiser, de le réorganiser, d’en prendre le contrôle… L’idée qu’il faut se confronter à la question de l’État est absurde : il faut au contraire nous détourner de cette question qui a presque entièrement monopolisé notre attention.

Quant au mot « commune », j’en fais un usage très particulier. Malgré les nombreuses tentatives de définir la commune comme phénomène historique éphémère, pour moi il ne s’agit pas immédiatement d’une forme politique ou sociale. Elle le deviendra inévitablement, mais dans la mesure où elle naît de la grève et de l’émeute, elle est d’abord un ensemble de problématiques, de stratégies et de tactiques liées à des situations particulières. En effet, les stratégies et les tactiques qui s’offrent à nous ne sont pas les mêmes selon que l’on dépend du marché et du salaire ou que l’on dépend du marché mais pas du salaire. Quoi qu’il en soit, même si l’émeute parvient à s’attaquer à l’économie (plutôt qu’à l’État), elle ne pourra pas résoudre les problèmes fondamentaux. Je ne crois pas qu’il soit encore possible de s’emparer du marché, de la boulangerie, de la cordonnerie, etc., pour résoudre ses problèmes de subsistance, du fait de l’expansion et de l’aérosolisation du marché et de la production.

La grève a épuisé ses possibilités, l’émeute est en plein essor mais elle finira par atteindre ses limites, et alors se posera une troisième question : comment reproduire notre existence indépendamment du salaire et du marché ? Pour moi, c’est là la question de la commune. La réponse peut prendre de multiples formes, et les diverses communes que l’on a connues à travers l’histoire ont été, dans leurs tentatives, imparfaites mais remarquables, de s’émanciper de la logique du salaire et de la logique du marché capitaliste, une anticipation de que sera à l’avenir la lutte communiste. Et la question de la reproduction implique de traiter celle du genre, de qui effectue le travail reproductif – sur ce point, il est essentiel de puiser dans les féminismes marxistes et matérialistes. Voilà pourquoi la commune est une tactique, mais une tactique qui produira forcément une forme de vie. Historiquement, la commune, la forme de vie que cette lutte a produite, a eu tendance à se détacher non seulement des catégories économiques mais aussi de l’État. En fait, je ne pense pas qu’il soit possible de faire l’un sans l’autre. L’idée contraire correspond au rêve communiste du XXe siècle. Ou pour reformuler, je ne crois pas que l’on puisse résoudre le problème de la reproduction collective en s’émancipant du salaire et du marché mais pas de l’État, du moins sous les formes que nous lui connaissons.

Je voudrais préciser un peu ma pensée pour éviter des malentendus. D’abord je ne crois absolument pas que cette prise de distance avec l’État, le marché, le salaire peut prendre la forme passive du retrait : « On deviendra des hippies, on ira vivre à la campagne, on fera pousser des courgettes, et voilà, le communisme sera réalisé. » Il faudra en passer par un conflit frontal, notamment parce que même si le capital a beaucoup automatisé, et même s’il a de moins en moins besoin de nous en tant que travailleurs, il a toujours besoin de notre participation, au moins en tant que consommateurs. Toute tentative de détachement passif serait immédiatement bloquée par l’État en tant que représentant du capital, qui commencerait par prendre des dispositions juridiques avant d’opter pour des solutions plus brutales. Le détachement ou la déconnexion n’a rien de facile et implique une confrontation violente. Ensuite, quand je dis qu’il faut se détacher de l’État, du marché et du salaire, je ne prône pas une joyeuse absence d’organisation. Si je ne crois pas que la forme État et le communisme d’État soient une solution, je ne m’oppose absolument pas à l’idée que l’on se rassemble et que l’on discute de mesures politiques, d’idées, de projets d’organisation. Tout ce que je refuse, c’est que la catégorie d’organisation ou de coordination soit automatiquement associée à quelque chose comme le parti et la forme État. C’est ce que l’on a connu au cours du siècle passé, mais il n’en va pas nécessairement ainsi. C’est même une maladie dont il semble que nous sommes en train de guérir.

Entretien réalisé le 30 septembre 2016. Mené, édité et traduit par Nicolas Vieillescazes


« Je n’ai pas du tout peur des positions causalistes, même si les communistes orthodoxes me disent souvent que je suis un anarchiste parce que mon analyse du politique leur semble inadéquate ; et à l’inverse, les anarchistes diront que mon approche est trop déterministe, voire qu’elle relève de la causalité expressive.»

alors ma critique est anarchiste   Shocked

mais je dois reconnaître que ces propos sont plus équilibrés que ce que j'avais compris de certains passages en anglais, ou de formules à l'emporte-pièce sur le compte tweeter de Clover. Déjà dans sa conclusion au symposium de Viewpoint (ci-dessus), il me semblait après les critiques mettre de l'eau dans son vin. Les considérations sur la race me paraissent assez dialectiques, plus en tout cas que celles qu'on trouve en France sur le rapport classes-races : « Mais aux États-Unis il existe un lien fort entre les personnes externalisées – la « surpopulation » au sens de Marx – et les communautés non blanches, en particulier les Noirs. Dans les pays scandinaves et en France, il s’agit souvent des populations immigrées. Donc la principale différence entre la période « émeute’ » et la période initiale des émeutes réside dans la dimension raciale.»

« Et bien que ma thèse se limite aux premiers pays industrialisés, je pense qu’il existe ailleurs des trajectoires similaires, réparties inégalement au cours des vingt dernières années.»

c'est une des plus grandes faiblesses de cette thèse, que Clover semble reconnaître, du moins reste-t-il prudent : « Les Provinces-Unies, le Royaume-Uni et les États-Unis ont chacun dominé un cycle d’accumulation. L’ambition (peut-être excessive) du livre consiste à projeter ces trois périodes de luttes sur des périodes du capital. Il faudrait un livre entier pour étayer cette thèse économico-politique de manière convaincante.»

à mon sens, il n'est plus possible de penser le monde d'une manière aussi occidentalo-centrée. On ne sait pas ce qui va sortir de la crise de restructuration actuelle à partir de l'effondrement de la suprématie occidentale dans le capitalisme mondial. On ne tient pas assez compte des évolutions démographiques et des phénomènes migratoires (voir POPULATIONS : DÉMOGRAPHIE et MOUVEMENTS MIGRATOIRES). À partir de là, oui, je pense que Clover est encore prisonnier d'un marxisme étroit et d'une conception dépassée de la surpopulation "au sens de Marx", dit-il

cela dit, existe-t-il meilleure analyse du phénomène des émeutes ? Cette tentative de le relier au mouvement historique du capital comme économie politique est me semble-t-il assez unique en son genre

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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 9 Jan - 15:10


importé de 'LES' COMMUNISMES, UNE IDÉE NEUVE DANS LA CIVILISATION


Tristan Vacances a écrit:
puisque vous parlez des totos et des émeutes, j'ai retenu ce passage de Clover:

Joshua Clover a écrit:
Les émeutes sont entrées dans ce cadre intellectuel par la bande, en quelque sorte, parce que, comme j’ai une autre vie de militant politique, j’ai vu des émeutes, participé à des émeutes, je trouve qu’il s’agit d’un intéressant phénomène humain et elles me paraissent avoir une place de plus en plus grande dans les endroits du monde que je connais, en particulier aux États-Unis et en Angleterre. Je me suis donc mis à réfléchir à ces deux choses conjointement, pour tenter de comprendre – en prenant bien soin d’éviter tout jugement moral – la place de plus en plus centrale de l’émeute comme forme de lutte politique.

Tu as été très impliqué dans le mouvement Occupy Oakland.

Personne ne dirait avoir été très impliqué. Moi j’y étais le premier jour. Le phénomène Occupy a bénéficié d’une grande visibilité aux États-Unis mais on oublie souvent qu’il s’agissait d’un résultat plutôt que d’un commencement. Dans la baie de San Francisco, où je vis, Occupy a été le produit de deux types de luttes : les luttes dans l’université, qui ont débuté en 2009, en l’honneur ou dans la tradition de ce qui se passait déjà en Grèce, à Vienne, dans d’autres endroits d’Europe et à New York. Mais outre les luttes universitaires, qui ont rassemblé un certain groupe de militants, il y a eu une série d’émeutes après qu’un jeune Noir, Oscar Grant, a été tué par la police, en 2009, et ces émeutes ont aussi réuni tout un ensemble de militants. Ces deux groupes se sont en partie rejoints, et c’est de là qu’est parti Occupy Oakland, qui a ensuite développé une existence propre.


je m'interroge sur la signification de cette "jonction". Les totos m'apparaissent comme des "émeutiers professionnels", bien qu'ils ne soient nulle part capables de déclencher seuls une émeute, ni sur la base de ce qu'ils sont généralement, socialement. Or Clover y voit une « unité sous-jacente » qui ferait époque et prendrait un sens, un peu comme l'a fait Woland pour Blaumachen et Sic (L'ère des émeutes)

Clover a écrit:
L’une des ambitions du livre, c’est d’envisager l’extension des émeutes, dans l’espace et dans le temps. En effet, dès que l’on considère l’émeute comme l’expression concrète d’une situation abstraite – les transformations des classes, du capital, de la production –, on commence à percevoir une unité sous-jacente entre les multiples émeutes. L’émeute est donc pour moi une série d’expressions locales d’un phénomène global, mais inégalement global.

je pense qu'il y a dans toutes les émeutes, même hors des pays développés, des leaders, des activistes, des militants, mais qu'ils sont généralement du même milieu social que les émeutiers. Aux États-Unis je ne sais pas, mais en France, peut-on rapprocher les actions des totos, même élargies aux têtes et sorties de cortèges syndicaux, des émeutes de banlieue en 2005, dont ils étaient absents ?

En somme, on n'aurait pas chez nous ce que Clover décrit aux USA:

Clover a écrit:
participer à une émeute, c’est par transitivité devenir noir. Cela ne veut pas dire que si je suis blanc, j’ai plus de chances de me faire tirer dessus par la police. Je veux juste souligner comment fonctionne la racialisation aux États-Unis et sans doute ailleurs. Enfin, si l’émeute est un phénomène racial, c’est aussi un phénomène de classe, produit des transformations du capital. Le livre tente de mobiliser les deux éléments, la production d’une surpopulation et la racialisation, pour comprendre la co-articulation de la race et de la classe. C’est toujours un défi pour les marxistes, ça ne marche jamais parfaitement, mais ça me semble absolument nécessaire.


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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 9 Jan - 15:25


Clover reste prudent quant à l'exportation du modèle d'articulation classes-races tel qu'il peut se concevoir aux USA, ce qui n'est pas sans rappeler les réticences de TC, dès sa lecture de Black Feminism

voir mes copies de Théorie Communiste n°24 sur le Black Feminism, à partir du livre éponyme d'Elsa Dorlin, Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, le 11 avril 2015 dans Black Feminism et d'autres non "blanches"





mais TC semble avoir tranché depuis, et pris un tout autre chemin que Clover, en stygmatisant "les entrepreneurs en racialisation" comme si, via le PIR, cette seule frange militante recouvrait tout le phénomène en France. Autrement dit, TC poursuit sur sa conviction déjà dans Sic après les émeutes de novembre : elle n'auraient aucun caractère racial !

sur l'articulation totos-émeutes, je ne connais pas assez ce milieu, notamment sa composition sociale actuelle, pour être aussi affirmatif que vous en les caractérisant d'émeutiers professionnels, vu ce qui s'est passé depuis, soit dans les "cortèges de tête", soit surtout dans les émeutes de migrants à Calais

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Florage



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 13 Jan - 18:45

c'est pas du moment actuel, mais ça revient

Emeute de femmes en 1771
à Rambervillers contre le prix excessif du blé


(D’après « Bulletin de la Société philomatique vosgienne » paru en 1879)
Publié / Mis à jour le MARDI 9 AOÛT 2011, france-pittoresque.com

La question des grains fut la grande préoccupation du XVIIIe siècle. Bien avant que le roi Louis XV ne fût suspecté d’être un « monopoleur », on chercha à remédier ou du moins à atténuer les désastres causés par de trop fréquentes famines.

Citation :
Dès 1754, on décrète la liberté entière du commerce de grain dans l’intérieur du royaume ; plus tard (1758) on encourage les défrichements, on autorise la formation (1763) de magasins de blé ; enfin, le célèbre édit de 1764 accorde la pleine liberté d’exportation des grains par navires français et l’importation par tous navires ; à la sortie le blé payait un demi pour cent de droit, et un pour cent à l’entrée.

La liberté d’exportation était suspendue sur tout point du territoire où le blé atteignait 12 livres le resal (un resal correspondait à 117,2 l).


La Halle aux blés à Paris, à la fin du XIXe siècle

Ces excellentes mesures donnèrent dès le début de bons résultats, mais les mauvaises récoltes des années 1767, 1768, provoquèrent une hausse considérable ; le peuple s’en prit à l’exportation. Des désordres eurent lieu dans toute la France ; les parlements appuyèrent les réclamations populaires, et le 14 juillet 1770, l’exportation fut interdite. Il ne s’agissait bien entendu que de l’exportation à l’étranger, l’exportation de province à province étant permise, cependant que le gouvernement ne se gênait pas pour l’entraver.

Le prix du blé ne diminua pas. La population affamée s’en prit alors aux « monopoleurs ». Cette fois elle n’avait pas tous les torts. Tout le monde tonnait le triste rôle du roi Louis XV dans ce qu’on a appelé le « pacte de famine », expression postérieure aux événements et destinée à accréditer la thèse d’une conspiration liant le monarque aux spéculateurs ; principal intéressé dans la trop célèbre Société Malisset, le roi permettait tout aux représentants de cette Société : le blé était-il abondant dans une province (Languedoc) ? Vite on en interdisait l’exportation dans les provinces voisines, et le grain acheté à vil prix par les agents de la Société Malisset attendait dans des magasins la hausse qui ne tardait pas à se produire ; ou bien, l’interdiction d’exportation était levée, et le blé, transporté dans une province affamée, était vendu à gros bénéfice !

Le roi suivait avec le plus grand intérêt les variations du prix des grains ; et plus d’une fois, les courtisans eux-mêmes baissèrent les yeux en voyant sur le secrétaire du roi des carnets où étaient inscrits jour par jour les prix du blé dans les divers marchés du royaume. Bien plus, enchanté des énormes bénéfices réalisés, Louis XV ne craignit pas de créer « l’office de Trésorier des grains au compte de Sa Majesté ».


Les femmes se concertent

On comprend l’émotion populaire à la divulgation de tels faits ; on s’expliquera la fréquence, la violence des émeutes : à Rambervillers, comme en mille autres endroits, la faim fit insurger la population. Le 15 juin 1771 était jour de marché en cette ville. Comme d’habitude, nombre de cultivateurs, de marchands des localités voisines étaient venus installer leurs voitures chargées de grains dans les rues réservées au marché.
La quantité de blé qui, toutes les semaines, arrivait, était suffisante à la consommation de la ville, mais ce blé était acheté par des spéculateurs étrangers, si bien que le prix s’en maintenait toujours très élevé. Ce jour-là, le vendeur élevait le prix du resal à 40 livres. Depuis longtemps, de sourdes rumeurs couraient dans la population, on criait au monopole, à l’accaparement ; les acheteurs étrangers qui venaient sur le marché pour lever des grains et les conduire dans les lieux de leur demeure, étaient surtout l’objet de la haine de la population.

Ce qui, cette fois, mit le comble à la fureur populaire, c’est que le bruit se répandit qu’à Paris, Nancy, Lunéville, etc., le blé se vendait à un prix fort au-dessous de celui qu’on proposait... Au moment où les acheteurs allaient prendre livraison du blé, trois cents femmes, arrivant de divers côtés, suivies et secondées par leurs hommes envahirent le marché au grain, en chassèrent les acheteurs ; ceux-ci voulurent résister. Mal leur en prit, les maris accoururent au secours de leurs femmes, et « les leveurs étrangers », fort maltraités, durent au plus vite prendre la fuite...


Après la saisie du blé par les femmes, le marché reprend son cours

Maîtresses de la place, les femmes entourent les vendeurs, s’emparent de leurs blés, et le vendent à raison de 25 livres le resal, sans s’embarrasser du prix de 35 à 40 livres qu’en voulaient avoir les vendeurs, qui touchèrent le prix réduit. Plus de 300 reseaux furent vendus ainsi. Ce cours forcé établi, on voulut obliger les boulangers à proportionner le prix du pain au nouveau cours de 25 livres. On tenta même de faire main basse chez tous les marchands de blés bourgeois de cette ville et d’en enlever les grains au prix qu’ils jugeront à propos d’y mettre.

La municipalité, aidée de quelques hommes de la maréchaussée, essaya de résister ; mais en vain. Elle n’avait d’autre arme à opposer que la voie de remontrance ; pourtant elle parvint à empêcher la saisie du blé des négociants de la ville, et à sauver les boulangers d’une perte assurée en faisant sentir aux mutinés que dans ce désordre les boulangers n’avaient pu s’approvisionner au prix de 25 livres.

Elle rédigea sur le champ un procès-verbal des désordres qui venaient d’éclater : « Ces voies de fait, concluaient les édiles d’alors, contraires au bien public, capables d’éloigner tous marchands de grains des marchés de cette ville et d’en empêcher l’approvisionnement, d’autoriser le peuple en toute autre circonstance à se mutiner et à mépriser toutes les règles, ne paraissent pas aux soussignés de nature à être oubliées, et les laissent dans l’embarras de trouver le moyen d’y remédier et d’en prévenir les suites, pourquoi ils en ont dressé le présent procès-verbal pour servir ce que doit... »

La Cour souveraine de Lorraine et de Barrois s’empressa de prévenir le retour de tels désordres ; le 18 juin, un détachement de cavalerie commandé par Nicolas Valdajol, vint occuper la ville et sans doute aider à la répression ; pourtant les archives sont muettes à cet égard et nous ne savons si celle-ci fut sévère, comme dans bien d’autres endroits
.
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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Sam 21 Jan - 17:44

série d'articles dans lundi matin

À PROPOS DES ÉMEUTES QUI FRAPPENT LE MEXIQUE

Depuis le Nouvel An, le Mexique connaît une vague d’émeutes, de blocages et de pillages sans précédent. Quand l’étincelle qui embrase la plaine est l’augmentation du prix de l’essence, les choses avancent plus vite que d’habitude. Un envoyé spécial de lundimatin nous livre les dernières nouvelles.

PREMIÈRE PARTIE : CHRONIQUE GÉNÉRALE 11 janvier 2017

DEUXIÈME PARTIE : MEXIQUE : ÉMEUTES, BLOCAGES ET PILLAGES CONTRE L’AUGMENTATION DU PRIX DE L’ESSENCE 16 janvier

- LES JOURS DE L’AN PÉTARADANTS
- L’ACCALMIE OU LE CALME AVANT LA TEMPÊTE

- CONCLUSION INTEMPESTIVE

Citation :
La scène de clôture du premier Terminator (1984) est prise, précisément, dans une station essence de la Pemex.


Sarah Connor est enceinte jusqu’aux yeux et s’est enfin débarrassée du cyborg-Schwarzenegger ; elle poursuit sa cavale maintenant solitaire sur les routes sableuses et ventées du Mexique. L’Américaine a encore les sous pour faire le plein et, tandis que dans sa Jeep elle attend harassée la fin de la coulée, un gamin mexicain crie dans son dos : « ¡Mira, mira ! Allá viene una tormenta ». Sarah, qui a besoin de son guide de conversation pour demander un plein d’essence, ne comprend pas l’avertissement. « He said that they’re is a storm coming in » lui explique le vieux tenancier mexicain. « I know. »

La tempête qu’elle peut prévoir et craindre, c’est la guerre déclarée entre intelligence humaine et intelligence artificielle aux alentours de 2029, au cours de laquelle son fils livrera bataille. Nous n’avons pas d’enfants dans le ventre capables, en s’infiltrant de retour dans l’époque contemporaine, de veiller sur nous et de nous prémunir contre les apocalypses. Ce dont nous disposons, ce sont de signes avant-coureurs : un panonceau publicitaire qui commande aux Mexicains « Bois Coca-Cola », entrevu une fraction de seconde ; les piñatas qui se balancent au vent, car c’est la saison ; l’enseigne Pemex qui domine la scène, et le prix de l’essence. 40,3 pesos le litre en 1984. Mexicains, tremblez qu’elle n’atteigne ces prix-là cette année.

Tapage, saccages, manifs pas sages ? Passé le chaud des premiers saqueos, on continue à lire les nouvelles ; ça semble retomber, se sectionner, l’enthousiasme se perd. On s’est peut-être emballés ? Heureusement, en se baladant un soir de la semaine dans un quartier chic de la capitale, on surprend une conversation entre deux portiers d’un immeuble de luxe. L’un conclut : « Ce qu’il faudrait, là, c’est une révolution. »

Alors, parions : que vienne la tempête en 2017
.


Question grammaticale, un pari n'est pas un souhait, et parier n'appelle pas le subjonctif mais le futur proche : il va pleuvoir. Tout le monde n'est pas Rimbaud. Quant à l'optimisme même retenu de lundimatin, il fait ici des émeutes, en les reliant directement à une révolution quasi immédiate, une idéologie.

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Mar 31 Jan - 21:48


Baroud d’aéroport

Joshua Clover / 29 janvier 2017

Joshua Clover, universitaire et poète américain, nous livre une réaction à chaud sur les récentes manifestations dans les aéroports américains, à la suite du décret signé par le président Trump qui interdit l’accès au territoire des Etats-Unis à des ressortissants de 7 pays « musulmans » pour une période provisoire de 3 mois (la mesure a été diversement combattue sur le plan juridique aussi, jusque dans les rangs de l’administration fédérale où circulent des appels à ne pas la mettre en œuvre). Il inscrit son analyse de ce moment de lutte spontanée dans la continuité de son ouvrage Riot.Strike.Riot à paraître chez Senonevero au début de l’année prochaine, dans lequel il s’essaye à une relecture de la séquence historique de la crise de 1973 à nos jours, en l’inscrivant sous le double signe de l’émeute [Riot] et de la grève [Strike] en s’interrogeant sur le contenu de ces formes de lutte et la façon dont elle déterminent les affrontements actuels.


Traduction Julien Guazzini

Citation :
Drôle de chose qu’un aéroport, qui vous ouvre l’accès à d’autres lieux sans être lui-même vraiment un lieu. Sa nature profonde a pourtant changé radicalement au cours des dernières décennies. Si l’on perçoit encore ce glamour et cet espoir que suscitent l’évasion ou l’embarquement pour une vie nouvelle, l’aéroport est devenu un point nodal de la circulation quotidienne des marchandises au niveau mondial.

Ceci s’est avéré particulièrement vrai depuis la récession mondiale de l’industrie des années 70. En avril 1973, Federal Express livrait son premier colis ; quarante ans plus tard, FedEx possède la quatrième plus grande flotte existante ; en volume de fret, elle est la première compagnie aérienne du monde. A Oakland International, l’aéroport près de chez moi, le hangar FeDex est un béhémoth doté de la gravité d’une planète, tapi à l’écart des deux modestes terminaux de passagers. C’est leur monde : nous ne faisons qu’y habiter.

Cette transformation est survenue dans le dos de la conscience, et en grande partie au-delà de nos descriptions de la situation politique. Il serait difficile de dire que cela a joué un rôle dans les manifestations de samedi soir [28 janvier]. Les drames des aéroports, depuis le scénario de The Terminal, mettant en scène un Tom Hank apatride coincé dans JFK airport, jusqu’à la fuite d’Edward Snowden, tournent autour de ceux qui ne peuvent pas partir ou pas arriver, et qui finissent donc bloqués dans ce méta-lieu, séparés de la vie. Ce peut être amusant, étrange ou excitant, sauf bien sûr qu’au-delà, se faire attraper par des brutes en uniformes, être jeté dans une pièce à la merci non du destin mais de l’arbitraire légal et du pouvoir d’état doit certainement être terrifiant.

C’est pour des gens détenus dans de telles pièces que de grandes manifestations ont éclaté dans des aéroports à travers tous les Etats-Unis : 10 000 personnes à Seattle et des chiffres comparables à San Francisco et Chicago. L’épicentre se trouvait pourtant à l’aéroport JFK de New York, où la contestation a démarré. Deux réfugiés irakiens, au moins, étaient détenus pour avoir tenté d’entrer sur le sol américain, en vertu de « l’interdiction de voyager » de la veille : un décret présidentiel [executive order — ordre émis par le président à destination de la branche exécutive de l’appareil fédéral] stoppant toute immigration en provenance des sept pays qui sont à l’origine, suivant les délires enflammés du plus puissant débile de la planète, de la menace islamique. Le décret bloquait en outre le retour des détenteurs d’une carte verte [titre de séjour permanent] sur le sol américain, au cas où ceux-ci s’aventureraient à partir. Les frontières furent fermées d’un coup. Les manifestants occupèrent avec une remarquable rapidité le terminal 4, puis la route d’accès, le garage en silo, l’accès vers le AirTrain [la navette automatique]. Les chauffeurs de taxi de l’aéroport appelèrent à un débrayage. La police tenta en vain d’empêcher les manifestants d’entrer dans le terminal, de prendre le AirTrain, de venir depuis Howard Beach en métro. Finalement une juge de Brooklyn et un autre à Chicago statuèrent contre l’application totale du décret, autorisant certaines entrées : les gens déjà en transit ne pouvaient pas être renvoyés. Certaines personnes détenues furent libérées (au moment où j’écris ces lignes on ne sait toujours pas exactement qui est encore détenu). Il y avait de la jubilation pour chaque entrée accordée, pour chaque personne relâchée, de la part de la foule quelque peu surprise de constater sa propre étendue. Un ami me dit par SMS qu’ils étaient au bord des larmes. Ce qui ressort de cette petite victoire d’une importante réaction militante principalement spontanée est d’avoir saisi la vitesse inattendue à laquelle Trump déroule ses ambitions à la préférence nationale. Samedi a vu naître un espoir de réaction politique aussi grand que pouvait l’être la peur fin janvier.

Il faut remarquer que les politiques sur l’immigration et vis-à-vis des musulmans du gouvernement précédent étaient moins que louables. L’époque était à l’expulsion de masse et aux assassinats extra-judiciaires. Il est difficile d’analyser les manifestations dans la mesure où elles se sont réorientées en faveur d’un retour en force du parti démocrate. Contre toute évidence, de nombreuses pancartes dans les aéroports proclamaient que le décret était anti-américain (ou non-américain). Il est impossible de vouloir en même temps refaire l’élection et vouloir que les musulmans, comme bien d’autres, ne soient pas à la merci d’une expulsion, d’arrestations arbitraires et de la mort qui tombe du ciel. De plus, un élan nationaliste revient à faire une distinction entre « bons musulmans », qui sont disposés à assimiler le mode de vie américain et les « mauvais », qui ne le veulent pas. Il s’agit là d’une conception redoutable, qui pose certains en cibles désignées afin que d’autres soient autorisés à passer la frontière. Le patriotisme fait mauvais mariage avec la liberté de mouvement. Cette contradiction parmi les forces anti-Trump va probablement s’accroitre davantage.

Il n’est pas inutile de s’arrêter un moment sur cette évidence : Trump innove peu sur le thème de la fermeture des frontières et sur la mise en œuvre, pourtant exemplaire de son projet politique. Il apparaît de plus en plus comme le problème politique fondamental du xxie siècle, autour duquel s’est articulé le Brexit. Il a aussi été l’objet de tractations complexes en Europe, au nombre desquelles l’accord particulièrement révélateur stipulant que les réfugiés arrivant en Grèce ou en Italie seraient renvoyés en Turquie en échange d’un plus grand contrôle de Bruxelles sur ses frontières. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne : tous restreignent l’immigration. La raison principalement invoquée est le terrorisme, de concert avec une préoccupation vaguement malthusienne. On peut percevoir une certaine lassitude à se devoir se plier à des directives mondiales d’origine apparemment étrangère ; la xénophobie laisse entendre son ronron permanent, que chaque élection et chaque changement politique vise à renforcer. Il est impossible d’échapper aux données économiques. Prise en tenaille entre productivité élevée et faible profitabilité, la capacité d’absorption du travail des économies centrales n’est plus ce qu’elle était. Ce qui nous ramène à FedEx et aux réfugiés, et au rapport qu’ils entretiennent.

L’essor de FedEx coïncide presque exactement avec le déclin de la manufacture et de l’industrie dans les économies les plus importantes : la faiblesse qui s’est développée durant les années 60 connaît une chute brutale en 1973. Le capital déplace de plus en plus sa recherche de profits dans le domaine de la circulation, de la finance, du transport. Les travailleurs s’y déplacent s’ils parviennent à prendre pied au sein de la nouvelle économie. On assiste à une production naissante de non-production — de surcapacité et de surpopulation, qui ne peuvent être associées et utilisées de façon productive. D’un côté, de plus en plus de ce qui est débité par le capital repose sur la portée mondiale et la rapidité de la circulation ; de l’autre, de plus en plus de gens dépendent du marché sans la triste possibilité de dépendre d’un salaire. Eux aussi sont jetés dans la circulation.

Il s’agit là plus ou moins du sujet de l’ouvrage Émeute—Grève—Émeute [Riot. Strike. Riot, à paraître aux éditions Senonevero] : les émeutes, mais, ce qui ressort davantage, la montée des « luttes sur la circulation ». Ce sont les différentes sortes de conflits sociaux qui apparaissent quand les luttes sur la production, prédominantes à l’époque du mouvement ouvrier, disparaissent. La puissance de la grève traditionnelle, privant le patron de ses profits, a été globalement un corollaire du capitalisme expansionniste. Quand l’économie devient à somme nulle ou commence à se contracter, la pression se porte ailleurs et c’est ailleurs que les conflits sociaux se manifestent.

Les travailleurs n’ont pas cessé de lutter pour eux-mêmes ou de prendre part aux luttes des autres. Les reconfigurations du marché du travail ont modifié la façon dont cela apparaît. Les luttes prennent toujours davantage la forme de luttes sur la circulation, se déroulant dans le secteur des transports, se mettant en scène dans les rues plutôt que dans l’usine, souvent en collaboration avec des non-travailleurs. La participation la nuit dernière de l’Alliance des travailleurs des taxis newyorkais [New York Taxi Workers Alliance] en est une parfaite illustration. C’est un syndicat important et qui a du poids, mais il s’agit du secteur de la circulation, conceptuellement et littéralement. Les taxis et les véhicules sont opérés par des chauffeurs indépendants qui payent les coûts et les charges, conservant une partie de leurs gains comme revenu, plutôt que de percevoir un salaire versé par un propriétaire dont la productivité dépend de leurs courses. S’ils se sont mis en grève la nuit dernière, c’était contre eux-mêmes. Ou plutôt, la grève visait les consommateurs, pas les producteurs. Du côté du marché, en termes techniques. Si c’était contre une grande machine, c’était contre la machine de la ville, contre l’opération sans heurts qui déplace les choses d’un point à un autre. Plutôt une émeute, en fait. Dans cette mesure, cela s’inscrivait non seulement dans l’esprit mais dans la logique des blocages d’aéroport.

Il ne s’agit pas ici de dire qu’on se réveille un beau matin pour se dire « quelle bonne journée pour une lutte sur la circulation ! ». Cela signifie que les réorganisations des institutions, des économies et des cadres politiques déplacent plus fortement les confrontations vers certains lieux et certaines situations que vers d’autres. On peut penser à ceux qui bloquèrent des autoroutes à travers les Etats-Unis en 2014, en opposition à une politique d’État qui tuait de jeunes noirs quand elle ne les jetait pas en prison — une façon de gérer une population déjà racialisée, rendue excédentaire principalement sous l’action de la désindustrialisation. Une reconnaissance mutuelle avec le Mexique a certainement eu lieu le mois dernier, lorsque la privatisation des ressources pétrolières nationales et les hausses des tarifs correspondantes ont déclenché el Gasolinazo, reposant sur une généralisation des blocages de routes. Aucun des deux mouvements n’a inventée cette tactique, très populaire au Moyen-Âge et au début de l’époque moderne quand le marché mondial était en train de s’ouvrir. Elle hante le monde, à n’en pas douter. La semaine dernière une proposition de loi en Indiana stipulait que les pouvoirs publics devraient être contraints « d’ordonner à toutes les forces de l’ordre […] d’employer tous les moyens nécessaires pour dégager les routes des personnes bloquant illégalement le trafic. » Ceci est indissociable de la situation des réfugiés, des immigrants, des voyageurs ; pour toute sa puissance éthique, c’est aussi une histoire de surplus. Des luttes qu’on rangerait sous le vague intitulé de « droits de l’homme » et celles relevant du combat économique apparaissent de plus en plus comme identiques. Les réfugiés qui fuient la Syrie, par exemple, sont poussés par la guerre civile, la destruction des maisons, la pénurie, l’effondrement social ; une économie européenne incapable d’intégrer plus de travailleurs implique des réfugiés laissés en transit et en public, cantonnés sur les places et à l’extérieur des villes, cherchant à se rendre ailleurs. La circulation mondiale des marchandises est liée à ce flux de corps. La question des frontières se pose de plus en plus comme contradiction entre libre circulation du capital et limitations brutales imposées aux hommes. Les points chauds sont des lieux de transit. Le camp de Calais, la côte méditerranéenne. Les frontières, les gares routières ou ferroviaires, les ports, les aéroports. Le décret de Trump prend son sens autant par la montée de la préférence nationale et la haine raciale qui l’accompagne que de cette évolution politico-économique. Ils forment un seul et même poing, dégoulinant de sang.

Il est certain que tout ceci continuera à constituer le nœud de confrontations à venir. L’événement le plus marquant du mouvement Occupy aux Etats-Unis a été le blocage du port d’Oakland, avec près de 25 000 participants. Deux mois plus tard, en prévision d’une autre manifestation, l’aéroport d’Oakland était menacé de blocage. Le centre FedEx était de toutes les discussions. On s’accordait à penser, à l’intérieur comme à l’extérieur du mouvement, que c’était un suicide, au sens figuré si ce n’est littéralement, que personne n’approuverait, que les flics de la Sécurité intérieure tireraient pour tuer si une infrastructure essentielle à la circulation était menacée. On célébrait hier le cinquième anniversaire de cette manifestation, comme me le rappelait un ami. Les aéroports sont à présent le lieu de confrontations ouvertes, une évolution que laissait entrevoir les manifestations du mouvement Black Lives Matter [les vies des Noirs comptent] à l’aéroport de Londres et d’autres l’année passée. Les perspectives de lutte évoluent. Des idées de réplique se développent en parallèle aux transformations du monde.

On ne peut cependant pas réduire la question politique à la tactique. D’un certain côté, il s’agit de trouver une unité. Il est indéniable que les voyageurs détenus hier soir, trainés dans quelque terrifiante et sordide arrière-salle à la suite d’un ordre grotesque émis par le Matraqueur en Chef, étaient des prisonniers politiques. Il faut y voir la confirmation que l’incarcération à outrance sur des bases raciales aux Etats-Unis a produit des prisonniers politiques par millions. Les prisons sont l’autre des aéroports, le non-lieu qui interdit l’accès à tous les lieux. Les manifestations de la nuit dernière devraient aussi se consacrer à ce combat, plutôt qu’à la restauration patriotique du régime progressiste qui a contribué à concevoir ces mêmes prisons.

De fait, s’il est un trait marquant du champ politique que les événements d’hier soir sont venus souligner, c’est que la possibilité d’explicitation selon le schéma droite-gauche disparait. Le vote en faveur du Brexit ou l’alignement contraint de SYRIZA sur les banques européennes ont mis en évidence la faiblesse de cette carte politique. Dorénavant, droite et gauche représentent en grande partie des approches différentes de gestion de la crise ; aucune ne marche, d’où le désarroi. Au lieu de quoi la dynamique visible est entre les inclus et les exclus : ceux qui peuvent être intégrés tout à la logique du capital que de l’État et ceux qui ne le peuvent pas. La frontière, le mur, constituent à la fois la réalité et la représentation de ce réarrangement, même si elles ne sont pas moins perceptibles dans les banlieues lyonnaises ou les bidonvilles de Sao Paulo. Ce n’est pas une question de choix mais de nécessité. Ces zones d’exclusions seront la base d’une lutte d’émancipation, si lutte il doit y avoir.


en relation sur le même thème, des réactions de Shuja Heider, de Viewpoint, particulièrement concerné en tant que citoyen américain d'origine pakistanaise : https://twitter.com/shujaxhaider



qui plus est fin guitariste jazz-funk-blues, comme le camarade Paul Gliroy...

on apprend à cette occasion que Senonevero, alias Théorie Communiste & Cie, va traduire Riot-Strike-Riot de Clover, ce qui n'a rien pour surprendre (voir plus haut)...

Julien Guazzini avait déjà auto-organisé la traduction de Caliban et la sorcière, de Silvia Federici

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Florage



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 3 Fév - 2:30


Des quotas pour les femmes provoquent des émeutes en Inde

VOV 3 février


Un combattant du Conseil national socialiste à Viswema,
dans l'Etat de Nagaland, en Inde, le 5 mai 2010.

Citation :
Des émeutes ont éclaté pour le troisième jour consécutif dans le Nord-Est de l'Inde, où les protestataires refusent l'instauration de quotas de sièges réservés aux femmes dans les instances locales.

Entre 10.000 et 15.000 manifestants se sont rassemblés dans les rues de Kohima, la capitale du Nagaland, et se sont livrés à des saccages, a déclaré la police de cet Etat frontalier de la Birmanie, ajoutant qu’ils ont mis le feu à un bâtiment municipal.

Ces émeutes font suite à deux journées de violences au cours desquelles des affrontements avec la police ont fait deux morts.

Les protestataires exigent l'abrogation de quotas de sièges réservés aux femmes qu'a instaurés le gouvernement régional. Lors des prochaines élections aux instances locales du Nagaland, 33% des sièges leur seront réservés.

Les manifestants sont majoritairement issus de groupes tribaux qui estiment que cette nouvelle règle viole les droits que leur garantit la Constitution indienne, selon l'agence Press Trust of India.

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Patlotch



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Ven 15 Sep - 12:35

17 août


Cinquante ans après les terribles émeutes de la ville de Détroit, il est impossible d’oublier la tragédie qu’ont pu connaître la population afro-américaine, ainsi que l’infrastructure de la capitale de l’industrie automobile. Le nouveau film « Detroit » de Kathryn Bigelow retrace cet effroyable été 1967, mettant en scène une lutte acharnée des Noirs contre les autorités policières. Sorti au cinéma le 11 octobre 2017 !


Citation :
Dans la ville de Détroit, connue comme étant la capitale de l’industrie automobile, le racisme est un problème fondamental dans les années 1960. Mauvaise rémunération de l’emploi, chômage, logements insalubres, violence… Beaucoup d’éléments mettent en œuvre la discrimination à laquelle la population noire doit être confrontée. Les inégalités sociales entre Noirs et Blancs sont en effet majeures, ce qui provoquera le soulèvement de la population afro-américaine lors de l’été 1967.

Du 23 au 28 juillet 1967

Dans la matinée du 23 juillet 1967, la grande ville du Michigan est plongée dans une triste désillusion, prête à vivre l’une des émeutes les plus ravageuses de l’histoire des Etats-Unis. Le drame débute au sein de la 12th Street, lorsqu’une rébellion d’un groupe d’afro-américains éclate après une intervention policière dans un bar clandestin. Les émeutes durent jusqu’au 28 juillet, laissant derrière elles un sombre bilan : 43 morts, dont une dizaine d’individus blancs ; 2000 personnes blessées ; 7000 personnes arrêtées ; 2000 bâtiments détruits ; ainsi que des dégâts évalués à 7 milliards de dollars.

Frissons garantis

Emmené par les acteurs John Boyega (Star Wars – Le réveil de la force), Anthony Mackie (8 Mile), Will Poulter (The Revenant) et Jack Reynor (Transformers : L’Âge de l’extinction), le film « Detroit » nous propulse au cœur d’un événement historique. Une histoire à couper le souffle.

vu comme ça, que reste-t-il de "l'événement historique" ?

pendant ce temps-là, à La Réunion...


"Une fois de plus, le Chaudron est le théâtre de scènes de violences intolérables. Pas une semaine ne se passe, à La Réunion, sans que les policiers ne se fassent agresser" écrit le syndicat Unité-SGP-Police FO dans un communiqué dont nous publions l'intégralité ci-après.


Citation :
Hier (dimanche 13 août 2017 - ndlr) en fin d'après midi, une fois encore, nos collègues ont été pris à partie
par une centaine d'individus regroupés au Chaudron. Lors de ces violences urbaines les collègues ont été la cible de jets de galets, les obligeant à riposter par l'emploi des moyens lacrymogènes.

Lors de cette intervention, plusieurs collègues ont été blessés et des véhicules de police dégradés. Unité SGP Police déplore et dénonce ces violences et souligne le professionnalisme et le sang froid des policiers.

Unité SGP Police apporte tout son soutien à l'ensemble des collègues et souhaite un prompt rétablissement aux policiers blessés. Unité SGP Police ne tolérera pas l'installation de "zone de non droit" sur le département !

Unité SGP Police exige des moyens humains et matériels adaptés ainsi que la protection des fonctionnaires de police.

et si ce n'était pas que du cinéma...

Kathryn Bigelow au cœur des émeutes raciales

Le Monde | 15.09.2017 | Samuel Blumenfeld

Après « Démineurs » et « Zero Dark Thirty », la réalisatrice américaine poursuit sa plongée dans les heures sombres de l’histoire des Etats-Unis. Son nouveau film, « Detroit », sera présenté en avant-première au Monde Festival, le 24 septembre, à 20 h 30, au Gaumont-Opéra.


La réalisatrice s’est penchée sur un fait divers, celui de l’Algiers Motel où trois Noirs furent abattus.
Les policiers alors incriminés ont été innocentés deux ans plus tard.
WILL POULTER

Citation :
La carrière de Kathryn Bigelow ressemble à une course à handicap. Longtemps, ce handicap s’est résumé à son appartenance générique. En effet, quand la cinéaste est apparue dans les années 1980 avec une série de films de genre et d’action, Near Dark (1987), Blue Steel (1989) et Point Break (1991), s’est immédiatement posée la question d’une réalisatrice œuvrant dans un genre réputé masculin. « Je ne faisais pas ce que l’on attendait de moi, se souvient-elle. C’est tout de même étrange. On a des attentes spécifiques sur ce que doit réaliser une femme, de ce que devrait être son cinéma et, surtout, de ce qu’il ne peut pas devenir. Pour un homme, en revanche, le champ des possibles reste ouvert. Je ne comprends pas. »

L’étonnante polémique déclenchée, aux Etats-Unis, au moment de la sortie – début août – de Detroit (le 11 octobre en France) l’a encore plus estomaquée. Comme ­­si, dans le domaine de la bêtise et des idées reçues, il n’existait aucune limite. Ici, dans cette reconstitution des émeutes de Detroit où, à partir du 23 juillet 1967, après un raid de la police contre un bar clandestin d’un quartier noir, s’ensuivirent cinq jours d’émeutes, de pillages et d’incendies, c’est la couleur de peau, blanche, de la cinéaste qui posait problème. Plusieurs articles et tribunes publiés dans la presse américaine estimaient que seul un réalisateur ou une réalisatrice noire saurait raconter cette histoire avec pertinence.

La force de l’évidence


Lors des émeutes de Detroit, Kathryn Bigelow avait 15 ans. Celles-ci faisaient suite à celles de Chicago, de Watts, à Los Angeles, et de Baltimore. Les images avaient frappé la jeune fille, même si à San Carlos, dans le nord de la Californie, où elle a grandi, cette guerre civile qui agitait les Etats-Unis restait lointaine. « Les images apparaissaient à la télévision. Elles sont restées dans ma tête », raconte aujourd’hui la cinéaste.

Depuis la fin des années 1960, d’autres émeutes se sont produites. D’autres victimes ont fait la « une » des journaux. La cinéaste en tient l’exacte comptabilité : Philando Castile, tué par un policier le 6 juillet 2016 à Saint Paul, dans le Minnesota – le policier a été acquitté ; Michael Brown, non armé au moment des faits, abattu par un policier le 9 août 2014 à Ferguson, dans le Missouri ; Trayvon Martin, non armé également, tué le 26 février 2012 par le coordinateur de la surveillance du voisinage ; Eric Garner, père de six enfants, étranglé le 17 juillet 2014 lors d’un contrôle de police à New York, une pratique pourtant interdite par l’Etat de New York. Il décédera plus tard à l’hôpital des suites de cette strangulation.

Quatre hommes donc. Quatre Noirs. Kathryn Bigelow cite l’écrivain James Baldwin : « Rien ne peut changer si l’on n’affronte pas le problème. » Avant d’ajouter : « En Amérique, il existe un désir intense d’éviter de regarder en face les questions raciales. Du coup, les émeutes à Detroit, ou ailleurs, deviennent une tragédie condamnée à se reproduire. Detroit était notre passé. C’est devenu notre présent. »

Les manifestations racistes de Charlottesville en août se sont produites une semaine après la sortie américaine de Detroit, le 4 août. Elles ont donné au film de Kathryn Bigelow la force de l’évidence. Cette dernière aurait d’ailleurs souhaité que le président Trump regarde son film pour connaître ses réactions. Selon Kathryn ­Bigelow, Charlottesville n’était pas un accident dans l’histoire des Etats-Unis, mais au contraire le signe d’un état de fait. « Espérons, dit-elle, que ce drame contribue à ouvrir les yeux des Américains. »

Après Démineurs (2009) et Zero Dark Thirty (2012), Detroit est le troisième film de Kathryn Bigelow écrit par Mark Boal, un journaliste d’investigation devenu le scénariste attitré de la réalisatrice. Oscar du meilleur film en 2010, Démineurs était adapté d’un reportage de Boal, publié dans Playboy en 2004, sur une équipe de déminage de l’armée américaine. Pour le journaliste scénariste, l’invasion en Irak était devenue une guerre d’explosifs où ceux qui les posent restent invisibles. Zero Dark Thirty mettait en scène la longue traque menée par la CIA à partir du 11 septembre 2001 pour retrouver le leader d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden, des souterrains de Tora Bora, en Afghanistan, jusqu’à son élimination, le 1er mai 2011, au Pakistan, dans sa résidence fortifiée d’Abbottabad.


« DETROIT ÉTAIT NOTRE PASSÉ. C’EST DEVENU NOTRE PRÉSENT. »

Detroit s’appuie une fois encore sur un long travail d’investigation. D’une dizaine d’interviews avec des témoins de l’époque et d’une enquête qui l’a amenée à se concentrer sur un fait divers, celui de l’Algiers Motel où trois Noirs se trouvèrent supposément abattus par les forces de l’ordre – les policiers incriminés ont été innocentés deux ans plus tard –, Kathryn Bigelow a retenu un destin individuel : celui de Larry Reed, 18 ans en 1967, chanteur du groupe de musique soul, The Dramatics, qui venait de signer avec le prestigieux label Motown.

Larry Reed était présent à l’Algiers Motel. Avec neuf autres hommes et deux femmes, il y fut brutalisé dans des conditions épouvantables avec les séquelles physiques et psychologiques que l’on imagine. De ce jour, ou plutôt de cette nuit, il ne voulut plus chanter avec The Dramatics et renonça à mener une carrière artistique. Dorénavant, il ne chanterait plus que dans l’enceinte d’une église. « Mon idée, rappelle la réalisatrice, est de partir de la grande histoire pour montrer un destin individuel : un démineur et une agente de la CIA dans Démineurs et Zero Dark Thirty, et ici un chanteur. »

Detroit est l’inverse d’un film à dossier. Même s’il vise l’authenticité, et fournit les bases d’un nouveau réalisme au cinéma, il satisfait d’abord l’ambition plastique d’une réalisatrice qui a commencé par étudier la peinture. Les paysages désertiques de Démineurs et de Zero Dark Thirty hier ; le hall de ­l’Algiers Motel aujourd’hui, à l’intérieur duquel des quasi-otages attendent de connaître leur sort face à des policiers déchaînés : autant de toiles sur lesquelles la plus grande réalisatrice américaine revisite l’histoire de son pays tout en accomplissant son exigence d’artiste.
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Patlotch



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 18 Sep - 19:29


document


« Riot ! » New York racontée par ses différentes émeutes historiques
 
blog Les Inrocks 16 décembre 2016


Citation :
Salut les dudes ! En ces temps fébriles pour le pays de l’Oncle Sam en général et New York City en particulier, la ville qui a engendré notre président-élu, et en repensant aux manifestations anti président-élu qui se sont succédées tout le mois de novembre, je vous ai préparé un rappel historique, pour relativiser, des plus importantes émeutes de l’histoire de la Grosse Pomme. C’est en général un cocktail de trois ingrédients : inégalités sociales, magouilles immobilières et racisme, qui déclenche la vengeance populaire, quel que soit le siècle où elles ont lieu… Au moins, on sait où on va.

Draft Riots, 1863


On commence par la pire. Ces émeutes, qui ont duré trois jours d’été en pleine guerre de Sécession, ont été les plus meurtrières de l’histoire de New York : une sorte de guerre civile dans la guerre civile. La toile de fond des émeutes, c’est la colère des classes ouvrières face à la possibilité pour les riches d’échapper à la conscription. Mais ce n’est pas les riches qui seront finalement pris pour cibles. L’allumette qui a tout déclenché, c’est l’embauche de Noirs sur les docks. La foule – ouvriers irlandais, allemands – lynche onze Noirs, brûle un orphelinat pour Noirs, des magasins et des maisons qui font commerce ou abritent des Noirs ; une sorte de nuit de cristal avant l’heure. Des commissariats sont aussi brûlés. Au bout du troisième jour, l’armée rétablit l’ordre. On compte 120 morts. Les émeutes auront entre autres pour conséquence une exode de la population noire vers Brooklyn.


Stonewall Riot, 1969

Dans les années cinquante et soixante, l’homosexualité était toujours considérée comme une maladie mentale, les descentes de police dans les bars gays éteint fréquentes, et les clients interpellés avaient leur nom placardé dans le New York Times du lendemain. Jusqu’au soir du 28 juin 1969, où un raid de police au Stonewall Inn, un bar gay de Greewich Village tenu par la mafia, dégénère en résistance violente puis en émeute. C’est un moment séminal dans l’histoire des revendications LGBT. En souvenir de cet épisode, la Gay Pride a lieu chaque 28 juin depuis 1970. Le Stonewall Inn est toujours ouvert aujourd’hui, vous pouvez aller y boire une mousse et assister à des shows LGBT. Par contre, je ne sais pas s’il appartient toujours à la mafia.


Blackout Riots, 1977

Ça, c’est l’émeute du New York de la fin des 70’s : un New York au bout du rouleau, couvert de croûtes et drogué jusqu’à l’os, qui paraît si lointain et irréel pour les moins de cinquante ans, qui ne peuvent n’en deviner l’odeur qu’en regardant Taxi Driver, des documentaires sur le Bronx en feu, ou plus récemment la série The Get Down sur Netflix, où le « blackout » est un élément principal de l’intrigue.
Un contexte morbide auquel s’ajoute, cet été-là, un serial killer on the loose qui fout la trouille à toute la ville, une nuit d’été étouffante, et c’est là qu’arrive le blackout : les infrastructures lâchent, panne de courant générale. La ville est plongée dans les ténèbres. Plus de métro, plus d’éclairage dans les rues, plus de télé dans les appartements, plus de ventilation. Ce soir New York est une cocotte minute remplie de pauvres au couvercle scellé. Dans les quartiers délaissés (le South Bronx, Bushwick, Harlem, Jamaica Queens), les habitants pètent un câble, dévalisent les épiceries, brûlent les immeubles. Crown Heights à Brooklyn fut le quartier le plus dévasté avec 75 magasins pillés sur cinq blocs d’immeubles.  En tout, 4500 arrestations, 550 policiers blessés.


Tompkins Square Police Riot, 1988

L’émeute qui annonce la gentrification. A l’époque East Village était encore un supermarché d’héroïne à ciel ouvert où les immeubles ne valaient rien. L’été, les crusties – SDF itinérants, lointains ancêtres des teufeurs – investissaient Tompkins square Park, un carré de pelouse bien glauque à l’époque. La nuit du 6 août, la police charge à pied et à cheval, suite à des « plaintes du voisinage ». La confrontation, violente, alimente encore les conversations aujourd’hui dans les bars de Saint Marks Place. Juste après arrivera ce refrain désormais connu à New York et ailleurs : blocs d’immeubles rachetés, vaguement ripolinés, puis revendus trois fois leur prix à des nouveaux arrivants aux attentes plus bourgeoises.


Occupy Wall Street Police Riot, 2011

La plus proche de nous, le symptôme d’une époque : le nettoyage de Zuccotti Park, à l’aube du 15 novembre 2011, par les forces de l’ordre, après deux mois de campement anticapitaliste au coeur de Wall Street, parmi les gratte-ciel aux parois de verre. Le mouvement avait soufflé un bref vent contraire dans cette partie de la ville dédiée à la haute finance. La descente de police ordonnée par le maire Michael Bloomberg, alors que la justice municipale n’avait pas donné le feu vert, entraîne 200 arrestations. Cinq ans après, la gauche américaine n’a pas commémoré l’éviction : pas la tête à ça, probablement, avec l’élection une semaine plus tôt du 45e président des Etats-Unis.


Pour en savoir plus, procurez-vous l’excellent Atlas de New York « Nonstop Metropolis », coordonné par Rebecca Solnit et Joshua Jelly-Schapiro, qui revisite avec inventivité l’histoire de la ville (University of California Press, non traduit, mais en vente en France à la non moins excellente librairie anglophone Shakespeare & Company, Paris 5e.)

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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie   Lun 18 Sep - 20:57


et les émeutes, dans tout ça ?

Tristan Vacances : - Vu concernant la Critique de la valeur et son abandon de la lutte des classes, mais pourquoi n'avez-vous pas intégré à votre théorisation la question des émeutes, telle que vous la trouviez importante dans ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important avec la sortie du livre de Joshua Clover ?


mai 2016 ça voir plus

Patlotch : - les débats qui ont suivi, sur la périodisation de l'histoire du capitalisme par les luttes, leurs formes et contenus, sont intéressants, mais comme disent les théoriciens de la communisation, qu'il n'y a pas de transcroissance entre luttes revendicatives et luttes révolutionnaires, de même il n'y selon moi

pas de transcroissance entre émeutes et insurrection générale révolutionnaire

or comme dit la présentation de l'éditeur Verso.Book, c'est le sens de la théorisation de l'émeute par Clover : « Award-winning poet Joshua Clover theorizes the riot as the form of the coming insurrection »

il n'y a pas de forme sans contenu et tout changement de contenu appelle une autre forme. L'émeute ne peut pas poser la question de la forme révolutionnaire plus que les "écarts" vus par Théorie Communiste dans les "luttes suicidaires"

Tristan Vacances : - Vous n'aimez pas Clover...

Patlotch : - il me déplaît souverainement, sa poésie, bof... ses poses et sa posture, à gerber selon moi, avec ses "amis" du Comité invisible, mais là n'est pas la question

Tristan Vacances : - Ça ne fait pas un débat...

Patlotch : - effectivement, mais Joshua Clover m'a bloqué sur son compte tweeter, parce que je l'avais qualifié de "bouffon" à la suite d'une sortie d'un souverain mépris et d'une suffisance incroyable chez cet appointé du système universitaire américain. S'il y a une race que je déteste, c'est celle des professeurs en révolution qui s'arrangent si bien qu'ils deviennent des vedettes du spectacle. Mais c'est en phase avec son idéologie des émeutes et ces gens-là détestent qu'on les place face à leurs contradictions



Conférence et lecture de Joshua Clover, Fondation des Etats-Unis Paris 2016
Président d’Honneur du Conseil d'administration : Ambassadeur des Etats-Unis en France

Marx fut poursuivi par toutes les polices d'Europe et vécut dans la pauvreté, et l'on voudrait nous faire croire aujourd'hui que produire une théorie de la révolution qui menace un tant soit peu le capitalisme ne se payerait pas de sa personne ?

Tristan Vacances : - La vôtre menace-t-elle le capitalisme ? Êtes-vous poursuivi par la police ?

Patlotch : - rien ne menace aujourd'hui le capitalisme, et sûrement pas un livre, un livre lu par 100 à 200 personnes et dans lequel on peut lire qu'il ne changera pas ce qui doit se passer ou non. Les émeutes ne menacent pas non plus le capitalisme, et Clover pas plus que moi, mais lui est une vedette en son pays : Joshua Clover, 156.000 entrées Google, qui dit mieux dans le milieu radical ? Communisation, 46.000. Patlotch, 5.600. Cherchez l'erreur

Tristan Vacances : - Mais vous disiez que ce n'est pas la question...

Patlotch : - Clover explique à la revue Période la thèse centrale de son livre :
Émeute, grève, émeute : entretien avec Joshua Clover,  30 septembre 2016
Joshua Clover a écrit:
j’ai tenté d’expliquer comment la grève naît de l’espace de l’émeute, qui est celui de la circulation. C’est l’une des catégories maîtresses du livre. Dans la critique marxienne de l’économie politique, la circulation et la production impliquent des activités concrètes et pratiques, mais il existe aussi des agencements sociaux orientés vers la production ou la circulation (le marché, l’échange, la consommation, etc.).

Ma thèse est que le principal antagoniste du capitalisme naissant vient de l’espace de la circulation. Le capital est unité de la circulation et de la production : or l’antagoniste fondamental est interne au capital mais extérieur à la production – c’est l’époque des émeutes. Le développement de la révolution industrielle parviendra à intégrer cet antagoniste dans la production. Puis, avec la désindustrialisation des principaux pays industriels, celui-ci sera de nouveau extériorisé : il restera dans le capital tout en étant exclu de la production. C’est là que se trouve le lien entre les deux périodes des émeutes, « émeute » et « émeute’ ».

pour moi, cette thèse, qui justifiait aussi l'idéologie du blocage chez les activistes, pendant la lutte contre le CPE, cette thèse est fausse, et elle est toujours produite par des intellectuels de classes moyennes qui ne savent pas ce qu'est la production ni son importance pour le capital, alors ils favorisent ce qui leur apparaît, redoublant l'idéologie qui consiste à cacher ce qui se passe dans l'usine. Les prolétaires ne sont dignes de leur intérêt qu'en émeutiers

Tristan Vacances : - Et les femmes quand elles lavent leurs chaussettes ?

Patlotch : - il est vrai que cette attrait pour l'émeute a quelque chose de viriliste  scratch

Tristan Vacances : - Vous rejetez aussi bien chez TC que chez Clover que nous serions dans un ultime cycle de luttes avant la révolution

Patlotch : - je n'avais pas fait le rapprochement. L'idée d'une périodisation par les luttes n'est pas plus stupide que par l'économie et ses crises. Croiser les deux est difficile, mais si crise il y a actuellement, ce n'est pas une crise de reproduction globale du capital - seulement une période de récession -, mais de restructuration géo-économique. On y verra plus clair quand elle sera sinon achevée du moins plus avancée

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ÉMEUTES, typologie formes/contenus : des réalités à l'idéologie
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