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 des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...

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MessageSujet: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Dim 29 Nov - 23:36

sujets détruits, à reconstruire...
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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Mar 1 Déc - 14:10

à signaler en attendant de reprendre (on verra...) ma veille, quelques blogs d'information :

dans le monde une classe en lutte tour d'horizon mensuel d'Échanges et mouvements


Henri Simon

. . anthropologie du présent . . les émeutes dans le monde Alain Bertho


Solidarité Ouvrière, site d'infos du groupe Initiative Communiste Ouvrière
le marxisme "orthodoxe" ça existe, demandez le programme.. Mais informations suivies sur des luttes, grèves en France



nouvelles d'opposition en novembre 2015 infos quotidiennes, plutôt orientées "affrontements avec la police", par SamFanto



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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Dim 6 Déc - 0:28



Grève reconduite contre l’avis des syndicats

Fonction publique Les fonctionnaires ont plébiscité le débrayage malgré la baisse du nombre de grévistes dans certains secteurs Aurélie Toninato



600 fonctionnaires étaient réunis au Palladium ce mercredi après-midi

Et de six! Près de 600 fonctionnaires réunis au Palladium ce mercredi ont voté la reconduction de la grève pour jeudi. Ce sera le sixième jour de débrayage. La décision n’a toutefois pas fait l’unanimité: 91 «contre» et 92 abstentions. Et elle va à l’encontre de la position du Comité de lutte des services publics

Citation :
Pourtant lors de l’assemblée, ce dernier a tenté d’éviter une nouvelle grève. En ouverture, le président du Cartel intersyndical, Marc Simeth, explique: «Nous constatons un léger affaiblissement de la participation à la grève. Le comité a donc décidé à l’unanimité que la reconduire n’apporterait rien de plus.»

Si la mobilisation était au rendez-vous mardi soir pour le rassemblement à la place Neuve – 7500 personnes –, elle était en revanche plus faible hier matin pour le cortège entre l’Hôpital et l’Hôtel de Ville – près de 2000 personnes. Mais c’est surtout sur le front de la grève que la mobilisation fléchit. Par exemple, environ 50% des enseignants du Cycle étaient en grève hier, contre 60 à 65% mardi.

Davide Di Filippo, du syndicat SIT, confirme: «On constate différents rythmes de mobilisation selon les secteurs. Les enseignants ont démarré très fort puis le mouvement s’est un peu affaibli; le social est parti plus difficilement mais il monte en puissance.» A la place d’une reconduction, le comité propose donc une assemblée mardi, après sa rencontre avec le Conseil d’Etat, et le dépôt d’un préavis de grève pour un jour de la semaine du 14 décembre, lors du vote du budget. «Notre but est de maintenir la lutte sur la durée! martèle Davide Di Filippo. C’est lors de la semaine du vote du budget qu’il faut porter l’estocade au Conseil d’Etat. Entre-temps, nous devons faire en sorte que le mouvement se renforce.»

Dans l’assemblée, les avis sont partagés. Un enseignant du Collège relève: «Une sixième grève et une retenue de salaire, ça ne va pas motiver les gens. Il vaut mieux faire une grosse manifestation sans débrayage.» Un autre propose des actions ciblées: «Inondons les secrétariats des conseillers d’Etat d’appels et de mails!» D’autres disent qu’il faut «maintenir la pression et faire grève pour entretenir la dynamique». Des employées de la santé prennent aussi la parole. «On reste mobilisés mais ce n’est pas facile dans notre secteur… On a besoin de votre soutien!» Concert d’applaudissements, la foule galvanisée se lève et scande d’une même voix: «Tous ensemble!»

A l’heure du vote, la reconduction du débrayage, l’assemblée du personnel et le préavis de grève sont acceptés. «Je n’étais pas convaincu par la grève mais j’ai fini par suivre le mouvement, on doit lutter», confie un maître de musique. Lutter, mais être prêt à faire des concessions sur les mesures annoncées par le Conseil d’Etat? «J’accepterai qu’on facilite les licenciements, ça se fait partout ailleurs, répond sa collègue. Mais je ne suis pas sûre que ça permette de réaliser des économies… Quant à travailler 42h, on le fait déjà!»

Aujourd’hui, l’assemblée du personnel a lieu aux Asters à 13 h 30. Un cortège démarrera à 15 h 30, passera par le pont du Mont-Blanc pour finir à l’Hôtel de Ville, où siège le Grand Conseil. (TDG)
(Créé: 02.12.2015, 19h55)


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Dim 6 Déc - 0:31



A Etampes, 50e jour de grève pour les agents du service colis de la Poste Cécile Chevallier 03 Déc. 2015


Etampes, le 1er décembre. Refusant leur transfert vers le centre de La Norville,
les six agents du service colis sont en grève depuis bientôt deux mois. (LP/Cécile Chevallier.)

Citation :
Chaque matin, leur réveil sonne à l’aube. Mais depuis mi-octobre, les six agents du service colis du centre de distribution de la Poste d’Etampes ne se lèvent pas pour prendre leur service, mais pour poursuivre leur piquet de grève. Ce vendredi, ils entament leur 50e jour de mobilisation.

Deux mois bientôt qu’ils refusent leur délocalisation vers La Norville. Une protestation qui commence à leur coûter cher, puisqu’ils ne touchent pratiquement aucun salaire. « C’est un sacrifice, reconnaissent Loïc, Eric, Christophe, Paulo, Julien et Arnaud. Mais on n’a pas le choix. Si on renonce, la direction estimera qu’elle a réussi à nous faire plier. On restera donc mobilisé le temps qu’il faudra. Même si c’est dur. »

Ce matin-là, on les retrouve devant les grilles du centre d’Etampes, avenue de Coquerive. Ils sont regroupés derrière des voitures dont les coffres sont transformés en petite cuisine : thermos de café, gobelets, sodas et quelques gâteaux secs. De quoi passer le temps et se réchauffer. Car s’ils n’ont pas distribué un seul colis à Etampes et dans le sud Essonne depuis la mi-octobre, ils sont présents tous les jours.

Des intérimaires embauchés par la direction

« C’est compliqué, car la direction a embauché des intérimaires pour distribuer les colis à notre place, confient les grévistes. La direction clame donc que notre mouvement n’a pas d’impact. Et nous sommes peu nombreux. Mais même si nous ne sommes que six, nous représentons 100 % du service messagerie d’Etampes. La population nous soutient : nous avons collecté 600 signatures. La mairie d’Etampes également, ainsi que le Front de gauche et le syndicat Sud Poste 91. »

Depuis 50 jours, ils tentent de faire « revenir la direction à la raison ». « C’est une question de bon sens, plaident les grévistes. La direction veut nous muter vers La Norville. Cela nous rajouterait 40 km supplémentaires par jour. Nous demandons l’annulation de ce projet et le réaménagement du site d’Etampes. »

La direction de la Poste estime que « le transfert d’activité n’est qu’une adaptation d’organisation sans conséquence sur le régime de travail des agents concernés ». Le bras de fer risque de durer encore longtemps.


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Dim 6 Déc - 0:36



Chamalières : grève massive des employés municipaux

La vénérable cité de Chamalières est secouée par un conflit social. Les employés municipaux se sont mis massivement en grève jeudi, reprochant au maire Louis Giscard d'Estaing (UDI) son manque de présence, son manque d'écoute et une gestion approximative du personnel



240 employés municipaux ont défilé jeudi matin dans les rues de Chamalières

Citation :
De mémoire de Chamaliérois, on n'avait jamais vu ça : 240 employés municipaux ont manifesté bruyamment dans les rue de la ville jeudi matin. Deux-cent quarante personnes, c'est plus de la moitié des effectifs. Leurs principales revendications ? Ils reprochent au maire, Louis Giscard d'Estaing (UDI), un manque de respect et une mauvaise gestion des services.

Les grévistes se rebellent aussi contre le régime indemnitaire, c'est-à-dire celui des primes, qu'ils trouvent confus. Louis Giscard D'Estaing assure pourtant maintenir un dialogue social permanent en recevant régulièrement les responsables syndicaux.

Quelle est donc l'origine du problème ? Il s'agirait surtout, selon Louis Giscard d'Estaing, de la baisse des dotations de l'Etat. "Comme tous les maires de France, je suis confronté à la difficulté de conserver un service de qualité et de gérer une ville en faisant attention à ce que les dérives budgétaires n'entraînent pas une conséquence qui serait, par exemple, ce que nous avons toujours refusé ici, une augmentation fiscale."

Louis Giscard d'Estaing est-il un mauvais maire ? Il s'en défend en mettant en avant la baisse de 30 % de l'endettement de la ville sans augmentation des impôts.

Finalement, la grève s'est terminée en milieu de journée. Les employés municipaux ont en effet eu l'assurance de la mise en place d'un calendrier de réunions pour le CHSCT et de la refonte du régime indemnitaire.




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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Dim 6 Déc - 18:48



En Chine, vaste offensive contre les militants défendant les droits des travailleurs  AFP  06/12/2015


Des policiers chinois patrouillant à Shanghai (Chine), le 14 mai 2014
hors article. WENG LEI / IMAGINECHINA / AFP

Citation :
Pékin - La police chinoise a arrêté au moins trois éminents militants des droits des travailleurs, dans le cadre d'une campagne répressive menée dans le sud du pays, où l'interdiction de toute activité syndicale indépendante et le ralentissement économique exacerbent les tensions sociales.

Zeng Feiyang, directeur d'un centre d'aide aux travailleurs migrants, et Zhu Xiaomei, une activiste de longue date, ont été déclarés vendredi en état d'arrestation par la police de Canton, a indiqué China Labour Bulletin, une ONG basée à Hong Kong.


manifestation à Hong Kong. Hors article. AFP/aaron tam. 2014

Ces deux figures reconnues se battent activement pour aider des ouvriers --notamment des migrants venus des zones rurales-- à obtenir de leurs employeurs le versement de salaires impayés, de primes ou cotisations sociales garanties par le droit chinois.

Par peur de voir émerger un mouvement ouvrier indépendant, le Parti communiste chinois n'autorise qu'un syndicat unique officiel et ses émanations, que les autorités contrôlent très étroitement et qui se range quasi-exclusivement du côté des dirigeants d'entreprise.

M. Zeng et Mme Zhu sont accusés d'avoir "rassemblé des foules" illégalement et d'avoir "perturbé l'ordre social", précisait l'ONG chinoise Weiquanwang ("Rights Defense Network"), un chef d'accusation passible de trois à sept ans de prison et souvent invoqué contre des manifestants critiques du régime.

Weiquanwang confirmait également l'arrestation de He Xiaobo, responsable d'une association (Nanfeiyan) aidant les victimes de blessures professionnelles à Foshan (sud), non loin de Canton.

Il a été accusé de "détournement (de fonds) dans le cadre de ses fonctions", rapportait le magazine chinois Caijing, dans un article posté dimanche en ligne mais rapidement censuré.

En fait, la province méridionale du Guangdong, dont Canton est la capitale, est le cadre ces derniers jours d'une vaste offensive contre les activistes défendant les droits des travailleurs.

Une quinzaine d'entre eux ont été interpellés jeudi par la police, selon Caijing et une ONG. Si certains ont été libérés après quelques heures d'interrogatoire, le sort de plusieurs autres restait incertain.

Contacté dimanche par l'AFP sur son téléphone portable, Chen Huihai, avocat animant un réseau de soutien juridique aux travailleurs, a confirmé avoir été emmené par les forces de l'ordre mais s'est refusé à tout autre commentaire, expliquant qu'"il restait sous contrôle judiciaire".

Avec des objectifs affichés d'intimidation, "cette campagne d'arrestations dans le Guangdong est d'une ampleur sans précédent, c'est un signal extrêmement inquiétant", a indiqué à l'AFP Geoffrey Crothall, porte-parole de China Labour Bulletin.

C'est un net durcissement des autorités, même si les pressions s'accroissaient déjà depuis un an. En décembre 2014, M. Zeng avait été passé à tabac par quatre hommes dont l'identité n'avait pu être établie, rappelait Weiquanwang.

- Montée des conflits sociaux -

Le Guangdong, province surnommée "l'atelier du monde", est le principal foyer de la production manufacturière chinoise --du textile aux smartphones, des pièces mécaniques à l'électroménager.

Or, confrontées au vif ralentissement de l'économie chinoise, "les usines ferment ou sont relocalisées ailleurs", comme en Asie du sud-est où les coûts du travail sont moins élevés, "et les ouvriers sont laissés sur la touche, avec des mois de salaires impayés, sans aucune indemnité", explique China Labour Bulletin.

Les débrayages ont plus que triplé en trois ans en Chine pour atteindre 1.379 grèves l'an dernier. Dans le Guangdong, la tendance s'accélère encore: l'ONG y a recensé en novembre 56 épisodes de grèves et de manifestations, contre 23 en juillet.

Zhu Xiaomei s'était notamment distinguée au printemps en aidant les milliers de salariés de l'usine de chaussures Lide, dans la ville de Panyu, à organiser une grève géante pour réclamer leurs rémunérations.

Si, la plupart du temps, le syndicat officiel n'intervient pas, les milieux associatifs au contraire jouent un rôle décisif pour aider les employés à négocier collectivement avec leurs patrons et trouver une solution.

"Du coup, les autorités ne vont résoudre aucun problème en mettant les militants en prison. Cela ne servira qu'à aggraver la détresse et le mécontentement des travailleurs et à intensifier les tensions sociales", a insisté M. Crothall.

Depuis l'arrivée à la tête de l'Etat-Parti chinois du président Xi Jinping, Pékin durcit sa répression des voix critiques émanant de la société civile --juristes, militants et universitaires--. Plusieurs dizaines d'avocats défenseurs des droits de l'Homme avaient été arrêtés en juillet dernier à travers tout le pays.





Jeux olympiques : La police des villes où les épreuves se déroulaient avait été équipée d’une centaine de « Segway »
pour lutter contre les possibles attaques terroristes



Ces engins  peuvent aller jusqu’à près de 20 Km/h, et permettent également aux forces spéciales
ci-dessus d’avoir les mains libres, de quoi neutraliser rapidement toute menace



source : La police chinoise et les nouvelles technologies Olivier 27 octobre 2014









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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Mar 8 Déc - 1:30



Les protestations contre le projet minier de Las Bambas au Pérou font quatre morts et plusieurs blessés Traduction publiée le 6 Octobre 2015
     

Las Bambas - Perú. Manifestation contre le projet cuprifère de Las Bambas.
Image de l'Observatoire des Conflits Miniers au Pérou (OCM)

[Tous les liens de l'article mènent vers des pages en Espagnol ES]

Article publié sur le blog Globalizado de Juan Arellano

Les habitants des provinces de Cotabambas et Grau dans la région d'Apurímac ont entamé le 25 septembre dernier une grève de protestation contre le projet de mine de cuivre de Las Bambas. Ces protestations ont tourné à l'affrontement avec la police et, le 29 septembre, ont causé quatre morts et plusieurs blessés chez les manifestants. En conséquences, le même jour, l'état d'urgence fut déclaré dans les provinces de Cotabambas, Grau, Andahuaylas et Chincheros.

Citation :
Le projet minier a été cédé en avril dernier par l'entreprise Glencore Xstrata à un consortium contrôlé par MMG Ltd, filiale Dexter de China Minmetals Corporation pour un montant approximatif de 5850 millions de dollars américains. Si le projet a une grande importance économique pour Apurímac, il fut calculé que la région recevrait quelques 300 millions de soles par an (93 millions de dollars approximativement) de la redevance minière une fois entré en opération, il a néanmoins généré de sérieuses inquiétudes dans la population locale au sujet de la pollution environnementale qu'il produira.


Les principales oppositions au projets sont liée à l'Étude d'Impact Environnemental (EIE) qui, argumentent-ils, a été inconsidérément modifiée, et la méconnaissance de la part des nouveaux administrateurs des engagements pris par Glencore Xstrata. Pour cela et pour d'autres raison, les manifestants exigent la démolition du niveau de Molybdène, du niveau des Filtres et de l'entrepôt des Concentrés, car ils sont contaminants et parce que la proposition initiale prévoyait leur construction dans une autre zone. Ils demandent également la démission et le renvoi des agents du projet MMG Las Bambas pour avoir corrompu les dirigeant communaux au profit de l'entreprise, et la présence de hauts responsables de la société minière et des représentants du gouvernement pour la négociation de leurs revendications.

Apurímac : on signale deux morts et 15 blessés par le projet minier de Las Bambas

L'affrontement entre les manifestants et la police le mardi 29 septembre a début à 15h00 quand un groupe important d'habitants a réalisé une marche aux abords du champ minier. Une partie d'entre eux a tenté de pénétrer de force dans le champ principal de l'entreprise MMG. La police a répondu par des bombes lacrymogènes. Cela a suscité des scènes de violence entre les dix mille militants et trois mille militaires et policiers (estimation) présents. Plus tard, on apprendrait que le nombre de morts serait porté à quatre que huit policiers furent blessés.

La réponse du gouvernement à cette violence fut de décréter l'état d'urgence, tandis que le ministère de l'Énergie et des Mines annonçait que les changements dans l'EIE n'étaient pas substantiels et qu'ils avaient été négociés à la connaissance des autorités locales, en conformité avec les règles. Le premier Ministre Pedro Cateriano, de son côté, a déclaré que le projet minier de Las Bambas ne serait pas stoppé.

Las Bambas : l'état d'urgence est déclaré dans les provinces d'Apurímac et Cuzco

Le lendemain, 30 septembre, le mouvement fut suspendu pour 48 heures en attente du début du dialogue avec le gouvernement. Suite à cela, le 1er octobre à Lima, des représentants du gouvernement et des élus locaux de la province de Cotabambas, s'accordèrent sur l'ouverture du dialogue. Ainsi, le lundi 5 une équipe technique voyagea à Cotabambas, suivie le 6 octobre par la Commission de Haut Niveau des Ministres.

Malgré ce dénouement plus ou moins rapide, l'impression persiste que le gouvernement n'agisse qu'à la suite de débordements de violence.Sur le blog Emancipación, d'Escuela Permanente, on considère que :

Citation :
Le gouvernement considère les revendications de la population et la demande de dialogue exprimée depuis maintenant six mois ? Non. Face à ce scénario, et regroupée au sein du Front de Défense de Cotabambas, la population a opté pour la manifestation et la réaction fut une répression particulièrement violente […] Récemment, il devient évident que les gouvernements nationaux successifs ne cherchent pas à écouter la population. Au contraire, ils la nie. Le tout puissant investissement privé s'impose toujours à ceux qui ont l'audace de le remettre en question. Pour les entrepreneurs : protection policière inconditionnelle. Pour ceux qui protestent suite à ces exactions : les balles de cette même police.


Le journaliste Carlos Noriega retranscrit sur son blog une partie de la conversation téléphonique qu'il eu avec Rodolfo Abarca, dirigeant du Front de Défense de Cotabambas :

Citation :
« Nous ne sommes pas anti mines, nous sommes en faveur de la poursuite du projet minier de Las Bambas, mais nous exigeons que le projet initial soit maintenu. Nous refusons les changements pour lesquels nous n'avons pas été consultés et qui nous porteront préjudice […] (Le niveau du molybdène) affectera notre accès à l'eau et dé plus, il contaminera l'air. Nous refusons ces modifications et c'est pour cela que nous protestons. »

Autre point de vue : Juan Mendoza, invité sur le blog « Économie appliquée » du quotidien Gestión, considère que tout le problème est dû aux anti mines qui enflamment la population désinformée et que les protestations visent à faire pression sur les entreprises pour en tirer des bénéfices économiques. Il considère également que la réponse du gouvernement actuel est bien faible et lui propose pour l'année prochaine de :

Citation :
revoir le processus de décentralisation avec l'objectif d'éviter que la redevance minière continue à être un butin à s'accaparer. En particulier, nous devons envisager de redessiner les institutions et mécanismes pour qu'un plus grand nombre de personnes bénéficient plus rapidement de l'exploitation minière. Ce nouveau schéma doit chercher à ce que les personnes comprennent de façon claire quel est l'apport de l'activité minière dans l'accroissement de leur bien-être. Je suggère également, que ce schéma considère et renforce les expériences positives, bien que limitées, des contributions volontaires et du programme de travaux par les impôts.


Finalement sur le blog de NoticiasSer, l'anthropologue Fabiola Yeckting fait un récit complet de l'histoire du projet minier, concluant que tout au long de ce dernier « les demandes sociales sont constantes : on demande de prendre des ressources naturelles, l'accès aux sources d'eau et d'éviter la contamination ». Elle ajoute :

Citation :
cette histoire apporte quelques leçons qui peuvent être comparées avec celles d'autres conflits dans le pays : le manque d'institutionnalisation de la gestion des ressources, la flexibilité dans la réalisation des démarches, les différents moments au cours desquels la prise de décision est faite sans les populations affectées par les projets, qui s'organisent pour protester. […] La promesse de ce gouvernement, largement tardive pour Cotabambas, de retrouver son autorité, oubliée depuis des années sur ses territoires, doit être accomplie.


Creative Commons License
Photo de Juan Arellano
Ecrit par Juan Arellano





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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Ven 11 Déc - 8:25




un parfum d'ultragauche fait de l'entrisme dans la 4ème Internationale trotskiste ?

ne perdons pas la tête, car les objectifs de sortent pas d'un caractère revendicatif


Secteur public québécois: travailleurs en colère, syndicats prêts à capituler Laurent Lafrance WSWS 11 décembre 2015

La grande majorité des 500.000 travailleurs du secteur public québécois ont tenu une journée de grève le 9 décembre dernier, au cours de laquelle des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à travers la province pour dénoncer les coupures sauvages du gouvernement libéral de Philippe Couillard.

Citation :
Alors que les chefs syndicaux n'ont aucune intention d'en faire un tremplin pour une véritable contre-offensive ouvrière (il n'y a même pas eu de discours à la fin de la manifestation à Montréal), la forte participation souligne la détermination des travailleurs ordinaires à résister au programme d’austérité de l’élite dirigeante.


Des dizaines de milliers de travailleurs ont déferlé dans les rues de Montréal et de Québec

Au cours des derniers jours, l'opposition aux coupes budgétaires et aux mesures anti-démocratiques du gouvernement Couillard a gagné de nombreux groupes de travailleurs.

Les 8000 cols blancs de Montréal, qui sont sans contrat de travail depuis 2012, tenaient aussi une journée de grève le 9 décembre.

La veille, des milliers de cols bleus de Montréal ont tenu une assemblée générale pendant les heures de travail, défiant ainsi une ordonnance de la Commission des relations du travail et les menaces de représailles du maire Denis Coderre.

Les travailleurs municipaux voulaient entre autres dénoncer la loi 15, qui impose de sévères coupures dans les retraites, ainsi que le «pacte fiscal» du gouvernement libéral prévu pour 2016, qui permettra aux municipalités de décréter les conditions de travail de leurs employés. Coderre a annoncé qu’il imposera de sévères amendes au syndicat et aux employés pour avoir débrayé.

Les étudiants employés de l'Université du Québec à Montréal, qui sont sans contrat de travail depuis près de deux ans, ont déclenché une grève illimitée ce lundi. Le lendemain, alors que les professeurs honoraient les piquets de grève des étudiants, la direction a obtenue une injonction de la Cour supérieure du Québec pour leur interdire de bloquer les entrées de l’établissement, minant ainsi leur mouvement de grève.

Au même moment, de récents sondages ont montré qu’il existe une importante opposition dans la population aux mesures d’austérité et un fort appui pour les travailleurs du secteur public, qui sont une cible centrale de l’assaut gouvernemental.

En dépit de cet appui populaire et de la colère montante parmi les travailleurs, tant le Front commun du secteur public que les syndicats municipaux font tout pour empêcher une mobilisation de l’ensemble des travailleurs et des étudiants dans une lutte commune contre l’austérité, à travers la province et partout au Canada.

Depuis le début du conflit de travail, les dirigeants du Front commun gardent les travailleurs du secteur public enfermés dans le cadre de négociations bidon, où les paramètres budgétaires et les exigences du gouvernement sont fixés d'avance et seuls des ajustements mineurs sont possibles. Devant l'offensive tous azimuts des libéraux pour démanteler les services publics et ramener les conditions de travail des décennies en arrière, les syndicats font tout pour étouffer la colère de leurs membres et éviter une confrontation avec le gouvernement Couillard.

Les quelques journées dispersées de grève organisées par le Front commun et d'autres syndicats non-affiliés n’ont rien à voir avec le type de mobilisation militante et politique que requiert une véritable lutte pour la défense des services publics et des emplois. Les syndicats ont toujours maintenu que la grève ne servait qu’à faire pression sur le gouvernement pour une entente «négociée» – c’est-à-dire l’imposition des coupures avec la collaboration des dirigeants syndicaux.

Ces derniers ont démontré leur «bonne foi» au gouvernement en annulant de manière arbitraire les trois journées de grève à l'échelle provinciale qui étaient initialement prévues du 1er au 3 décembre. Et bien que certains syndicats ont commencé à évoquer la possibilité d’une loi spéciale, les dirigeants du Front commun gardent un silence coupable depuis des mois sur cette menace omniprésente parce qu’ils espèrent l’utiliser pour acculer leurs membres au pied du mur et les forcer à accepter une entente pourrie.

Au même moment, la bureaucratie syndicale sème la division parmi les travailleurs. La FAE (Fédération autonome de l'enseignement) et la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé) n'ont pas rejoint le Front commun et recherchent une entente séparée avec le gouvernement. Au sein du Front commun, chaque syndicat demande que son propre secteur soit épargné des coupes budgétaires sans remettre en question l'ensemble du programme d'austérité appliqué par les libéraux de Couillard, les autres paliers de gouvernement au Canada, et les dirigeants politiques à travers le monde.


Des travailleurs du Front commun et de la Fédération autonome de l’enseignement
ont convergé en masse au Centre-ville de Montréal

Les chefs syndicaux sèment surtout le poison du nationalisme en présentant la guerre de classe menée par l'élite dirigeante québécoise et canadienne comme une attaque sur le «modèle québécois». Le modèle en question est la collaboration intime entre gouvernement, patronat et syndicats qui sert à étrangler les luttes ouvrière et sociales afin d'enrichir une petite élite économique en condamnant le plus grand nombre au chômage, à la précarité et à la pauvreté.

Des sympathisants du World Socialist Web Site sont intervenus au cours des dernières journées de grève pour recueillir des entrevues auprès des travailleurs et fournir une nouvelle perspective politique à leur lutte. Ils ont distribué des centaines de copies d’un pamphlet qui expliquait entre autres les causes objectives de la capitulation des syndicats. En voici un passage:

Citation :
«Le rôle traître des chefs syndicaux est le fruit d’une orientation nationaliste et pro-capitaliste qu’ils maintiennent depuis des décennies et sur la base de laquelle ils ont saboté une lutte ouvrière après l’autre, au nom de la "paix sociale".

«Leur hostilité à un véritable mouvement anti-austérité a été démontrée lors de la grève étudiante de 2012 lorsqu'ils ont isolé les étudiants grévistes pour ensuite détourner leur lutte derrière l'élection du Parti québécois qui, une fois au pouvoir, a poursuivi les mesures d'austérité et attisé le chauvinisme anti-musulman.

«Les bureaucrates syndicaux sont grassement récompensés pour ces services rendus à la classe dirigeante. Ils siègent sur des comités tripartites (syndicat-gouvernement-patronat) et contrôlent de riches fonds d’investissement et de capital de risque, tels que le Fonds de solidarité de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ)».


Deux enseignants de Montréal, qui ont voulu demeurer anonymes, ont expliqué ce qui les amenait à manifester:

Citation :
«Nos conditions se détériorent d’année en année. On veut nous imposer de plus grosses classes, moins de services aux élèves, plus d’enfants en difficulté dans les classes. Au niveau des salaires, ça fait des années qu’on a pas eu d’augmentation. On s’appauvrit sans cesse, ce qui n’est pas logique dans une société où le coût de la vie augmente.»


Ils ont ensuite indiqué qu’il y a une tentative de réduire les services scolaires pour les transférer au secteur privé: «Le gouvernement veut privatiser l’aide aux enfants en difficulté. C’est comme les soins de santé, si tu as de l’argent tu auras le droit d’avoir des services».

Après que les reporters du WSWS ont souligné que les six plus grandes banques canadiennes ont fait des profits de 35 milliards l’an dernier, les enseignants se sont indignés : «On sait qu’il y a de l’argent quelque part, c’est inacceptable que le gouvernement veuille couper en éducation et dans la jeunesse».

David, un enseignant du primaire et son collègue ont aussi donné leur impression des mesures qui prennent place. «Le gouvernement veut couper l’avenir aux enfants. La privatisation est son but ultime. Il dit on va couper dans les dépenses, on va privatiser, les services vont se donner quand même mais ça ne sera pas à la charge du gouvernement». Il a ajouté que «le gouvernement vient appauvrir la classe ouvrière et favorise les plus nantis. Les PDG des grandes entreprises et les ministres, qui se votent des augmentations de salaires, eux s’en mettent plein les poches. Ils n’ont que faire de l’école publique, ils envoient leurs enfants dans les écoles privées qui sont subventionnées massivement. Ça démontre toute cette ironie, c’est le monde à l’envers».


David, à droite, et son collègue

Nicolas un enseignant d’histoire à temps partiel s’est aussi entretenu avec le WSWS. «Les compressions vont toucher non seulement les employés de l’État, mais l’ensemble des citoyens, y compris les enfants de la population. On ne peut plus tolérer qu’on fasse des économies sur le dos des prochaines générations.

Citation :
«L’impact des compressions va augmenter la précarité d’emploi qui est déjà très importante. On dresse souvent le portrait des enseignants qui sont permanents avec 2 mois de vacances par année. Ça fait 2 ans et demi que je travaille à temps partiel. Avant ça j’ai fait 4 stages non rémunérés, et comme plusieurs autres enseignants précaires, j’ai un autre emploi et je travaille 7 jours semaine. Mon deuxième emploi de plongeur me permet d’exercer ma passion, qui est celle d’enseigner. Mais soyons honnêtes, ma demi-tâche d’enseignement me donne 222 dollars nets par semaine. J’adore mon métier, toutefois le gouvernement fait en sorte qu’il est de plus en plus difficile de s’accrocher à ce métier».


Questionné sur les implications de défier un décret, Nicolas a affirmé: «Je pense que la lutte devrait être élargie pour que tous les citoyens soient impliqués».

Julie, Catherine, Mylène, et Nawal, des enseignantes du primaire ont exprimé leur colère face aux coupures libérales. Julie a dit que «l’argument du gouvernement c’est qu’il n’y a pas d’argent, mais comme on le voit avec Bombardier [qui a reçu une subvention de $1,3 milliard ], il y en a, de l’argent. C’est une question de priorité».

Catherine voyait de son côté que l’austérité n’était pas limitée à la province de Québec: «Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable, on n’est pas les seuls à faire face à l’austérité quand on regarde partout dans le monde».

Questionnée sur la possibilité d’une loi spéciale, Nawal a répondu que «si on se fie par le passé, oui c’est possible. Des lois spéciales ont déjà été mises en place justement pour provoquer l’arrêt des mouvements de grève. En 1982, le gouvernement Lévesque a renvoyé tous les enseignants au travail avec une coupure salariale de 20%. Si on est préparé à défier les lois, non, on subit, on suit le mouvement. Ça impliquerait des grands sacrifices, mais surtout une grande solidarité.»

Lorsque les reporters ont mentionné que la stratégie de compromis des syndicats était liée à leur intégration dans le système capitaliste, Catherine a dit avec aplomb: «le syndicat c’est un business».


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Ven 11 Déc - 10:09






Anti-austerity protesters occupy Bank of Ireland on College Green in Dublin

Citation :
Parts of the city have also been closed off

Anti-austerity protests have taken place in Dublin City centre this afternoon with Dame Street, College Green, Molesworth Street and Kildare Street all closed off due as marchers taking part in the National Demonstration Against Austerity.

From the horde of original protesters,  a small group of about seven to ten protesters managed to enter the premises in Bank of Ireland before Gardaí from the Public Order Unit arrived on scene to escort them away.

Here they are entering the building.





It's believed that the 100 or so protesters on Dame Street were chanting "banks got bailed out, we got sold out! Developers got bailed out...." Here's some images of the protesters inside the building.

As you can see below, there was a considerable Gardai presence on the scene to escort them away.


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Sam 12 Déc - 9:31


classe ouvrière : revendiquer sans incendier...

ceux d'en-bas...



La grève partie pour durer à Latécoère 12/12/2015


Marc Berger, à droite, explique les raisons du mécontentement
des salariés de Latécoère Gimont. Photo DDM Nedir Debbiche  

L'usine Latécoère de Gimont a suivi celle de Toulouse dans la grève. Les salaires, mais aussi la levée des inquiétudes sur l'avenir du site, font partie des revendications.

Le site de Latécoère à Gimont est en grève, comme celui de Toulouse, et le mouvement est parti pour durer au minimum jusqu'à lundi. Selon les grévistes, entre 60 et 70 % des lignes de production sont stoppées. En bleu de travail, groupés devant l'entrée du site, des dizaines de salariés et pas une pancarte.

Citation :
Marc Berger, un élu de la CGT à Latécoère Toulouse, insiste : «Ce n'est pas un mouvement lancé par la CGT. Nous sommes là à la demande des salariés, pour les encadrer. Aucun autre syndicat ne leur a répondu oui.» Approbation unanime. Latécoère n'est pas souvent touché par une telle grève. «Mais là, y en a ras-le-bol. Latécoère a connu voilà quelques années de sérieuses difficultés financières, suite à des décisions prises par les directions précédentes. Aujourd'hui, la situation s'est assainie. Des fonds d'investissement sont arrivés.»

Les grévistes pointent du doigt les augmentations que se seraient octroyés les nouveaux membres de la direction… alors que les salaires 2015 ont été gelés ! «La direction avait décidé le gel des salaires en 2015, à un moment où nous étions dans le rouge, s'exclame un gréviste. Sitôt que ça va bien, ils se sucrent ! Trente ans qu'on travaille ici, pour certains, et des types à peine arrivés se servent ! Ce n'est plus une société d'aéronautique, c'est une société bancaire…»

Les salaires ne sont que la partie la plus visible du malaise. L'absence d'information sur les projets industriels de Latécoère inquiète aussi. «Les investisseurs qui sont entrés (à Latécoère, NDLR) ont sûrement des projets. Lesquels ? C'est stressant pour les ouvriers, mais aussi les cols blancs à qui on parle de sur effectif dans les bureaux d'études.» Les salariés mécontents se plaignent aussi de la fuite des personnels qualifiés vers d'autres entreprises. «Ils y trouvent des CDI directement et une reconnaissance qui est absente ici», assure un gréviste. Et ceux qui restent se font du souci : «Quel avenir a encore le site de Gimont, alors que les départs des chantiers vers des pays low cost se multiplient ? On délocalise l'activité en Tunisie, au Maroc, au Mexique, en Tchéquie…»

Le tout dans un climat social qui s'est durci. A la gestion de proximité, à l'ancienne, s'est substitué un système de sanctions allant jusqu'au licenciement. «Sans parler des hausses de cas de burn-out», précise un salarié.

Face aux grévistes, pas de réaction. Reçus jeudi 3 décembre, après un débrayage de 2 heures, puis mardi 8, les salariés n'obtiennent ni rendez-vous ni réponse. Contacté, le directeur du site n'a pas souhaité commenter ce mouvement. Lundi, une assemblée générale devrait décider de la poursuite de la grève.


Le chiffre : 50

euros > Revendications. C'est l'augmentation générale demandée comme base des négociations par les grévistes.


Première grève chez l'équipementier aéronautique Latécoère depuis 43 ans FR3 Midi-Pyrénées


Toulouse: Une grève illimitée des salariés à Latécoère, la première depuis 1972 20minutes

Les salariés toulousains de l’équipementier aéronautique critiquent les décisions des nouveaux actionnaires…


Entree des salaries. Logo Latecoere. Marque. Sous traitant Airbus. Avionneur.
Fabricant aeronautique aviation. - A.GELEBART/20 MINUTES



Toulouse - Latécoère en grève illimitée - Communiqué de la CGT 10 décembre 2015  

Nous relayons ci-dessous le communiqué de la CGT Latécoère publié ce matin. Implantée à Toulouse depuis 1917, Latécoère est une entreprise historique de la construction aéronautique française.

Citation :
Pour la 1ère fois depuis 40 ans, une grève dure chez Latécoère

Pour la 1ère fois depuis 1972, Latécoère est en grève pour une durée illimitée depuis ce mercredi matin. Le feu couvait depuis des années ; il vient de prendre.

Les 1ères décisions de nos tout nouveaux actionnaires – au 1er rang desquels les fonds d’investissement anglo-saxons Apollo et Monarch – ne sont pas étrangères à cet embrasement : augmentation substantielle de la rémunération des membres du conseil d’administration (dont M. Gadonneix est le président et un des heureux bénéficiaires desdites augmentations) et attribution d’actions gratuites au management du groupe pour un montant total, au cours actuel de l’action, voisin de 10 millions d’euros.

Ces décisions calamiteuses ont été prises alors que les salaires ont été gelés cette année ; alors que tous les objectifs industriels ont été atteints ; alors que la direction n’a de cesse de louer les efforts et la performance des salariés et alors que la situation financière du groupe est assainie.

Il n’en fallait pas autant pour enflammer notre vieille et belle usine. Elle est en danger ; nous la défendons.

Nos revendications : respect de la négociation collective et augmentation générale des salaires

Sans aucun égard pour les organisations syndicales et pour la négociation collective, la direction a imposé cette année aux partenaires sociaux sa décision unilatérale de gel des salaires et des carrières. Il n’y eut qu’une parodie de négociation ce que nous, syndicat CGT Latécoère, avons contesté tout au long de l’année. Ce que nous revendiquions, revendiquons et avons revendiqué est pourtant fort raisonnable : rouvrir ces négociations sur la base d’une augmentation générale de 50 €.

Les racines de la grève

Elles sont nombreuses et anciennes :

- Les salaires d’abord. Chez Latécoère un ouvrier qualifié avec 10 ans d’ancienneté gagne péniblement 1400 € nets par mois ; c’est indécent. Fin de la politique d’alignement salarial sur Airbus, 2 gels des salaires en 5 ans, pas de prime de participation depuis Mathusalem, peu de promotions : nous sommes au pain sec.

- L’emploi ensuite. Depuis longtemps déjà nos ateliers se vident de leurs ouvriers : 176 fin 2009, 127 au 30/09/2015. Dans le même temps, l’activité et le chiffre d’affaires (650 M€ pour le groupe en 2015) ont explosé, mais c’est désormais aux 4 coins du tiers monde – au Mexique depuis peu, au Maroc bientôt, en Moldavie peut-être – que cette activité se fait. Fait nouveau, les bureaux aussi se vident et les cols blancs aussi s’inquiètent. Le ralentissement brutal et durable des activités d’étude – pas de nouvel avion à développer avant 10 ou 15 ans – ne manque pas d’interroger cruellement nos collègues ingénieurs et techniciens de bureau d’étude quant à leur avenir.

- Nuit et brouillard. Anxiogène hier quand l’endettement du groupe était colossal, la situation ne l’est pas moins aujourd’hui. En effet nos nouveaux actionnaires, s’ils ont effectivement apuré la dette et apporté de l’argent frais, ont aussi acquis une sorte de créance sur Latécoère dont aucun salarié ne doute qu’ils sont très pressés de la recouvrer. A ceci s’ajoute le fait qu’à ce jour la direction n’a présenté aux salariés aucun projet industriel précis ; nous ne savons pas où nous allons.

- Durcissement des relations sociales.   Dialogue social bafoué, multiplication des sanctions disciplinaires, management par objectifs déshumanisant, incitations appuyées à la « mobilité » : le vieux modèle paternaliste – qui n’était pas tendre et pour lequel nous n’avons aucune nostalgie – a été bousculé dans le sens du pire.

Vendredi 11 décembre à 10 h devant le siège de Latécoère au 135 rue Périole : grand rassemblement des salariés et de représentants de toute la métallurgie CGT du département ; conférence de presse.





et pendant ce temps là...



Aéronautique : le groupe français Latécoère s’implante au Maroc 07 décembre 2015


Latécoère employait 4 815 personnes dans 10 pays différents fin 2014. © DR

Citation :
La filiale LaTelec du groupe, spécialisé dans la sous-traitante aéronautique, ouvre une unité de fabrication dans la banlieue de Casablanca. Sa première au Maroc. Elle emploiera 300 personnes en 2018. Montant de l'investissement annoncé : 10 millions d'euros sur 5 ans.


Latécoère s'implante à son tour au Maroc avec un site de production
de 6 000 m2 dédié à des équipements Airbus A320 et A350. © LATECOERE

Après la Tunisie, le Maroc. Latécoère, sous-traitant de l’aviation, y ouvre une nouvelle unité de fabrication en banlieue de Casablanca, a-t-il indiqué le 03 décembre. D’ici 2018, ce sont 300 personnes qui y seront employées par LaTelec, sa filiale spécialisée dans la fabrication de harnais électriques et de bancs de tests.

Le nouveau site marocain, d’une superficie de 6 000 mètres carrés, y construira les meubles avioniques qui équipent les Airbus A350 et A320. Un investissement de 10 millions d’euros sur 5 ans est anticipé.

« Best cost »

« Après la Tunisie et le Mexique, cette implantation, qui s’inscrit dans le cadre de la politique globale du groupe de double sourcing [double approvisionnement] des produits, permet à LATelec d’augmenter sa capacité de production en zone best cost [faibles coûts, Ndlr] », écrit le groupe français dans son communiqué.

Plusieurs entreprises du secteur aéronautiques sont déjà présentes au Maroc, notamment des géants tels que le français Safran et le canadien Bombardier, mais également des sous-traitants à l’image de Stelia (qui a pris la succession d’Aerolia) et de Figéac Aéro.


... et ceux d'en-haut



Organigramme : les artisans du nouveau plan de vol de Latécoère  Valérie Landrieu 09/11/2015

L'équipe de direction de l'équipementier aéronautique met la dernière main à la transformation opérationnelle et se penche sur le volet stratégique


Valérie Landrieu a écrit:
L'équipe de direction de l'équipementier aéronautique met la dernière main à la transformation opérationnelle et se penche sur le volet stratégique.

Comment, sur un marché en croissance, avec un outil industriel qui nécessiterait des investissements, mais continue de tourner, une entreprise peut-elle se retrouver dans une situation financière dramatique, à « brûler » du cash ? Elle qui pourtant a des savoir-faire et des carnets de commandes pleins pour quatre ans... Frédéric Michelland (IEP, Insead) s'est rapidement posé la question en prenant les commandes de Latécoère à la fin de l'année 2013. Deux ans plus tard, l'équipementier aéronautique, notamment fournisseur d'Airbus, est adossé à deux actionnaires de référence, les fonds Monarch et Apollo. Il a changé sa gouvernance, passant d'un conseil de surveillance avec directoire à un conseil d'administration assorti d'une direction générale, et a assaini ses comptes.

L'assemblée générale a entériné la restructuration de la dette en mai dernier ; cela faisait dix-huit mois que le dirigeant et le directeur financier, Olivier Régnard (Essec), devenu directeur général délégué, planchaient sur le dossier.


Déplacer le centre du pouvoir

Face au constat qu'il dresse lors de sa prise de poste - « des stocks énormes mais des délais non respectés, et des coûts non maîtrisés » -, Frédéric Michelland décide de « déplacer le centre de pouvoir ». Et de faire en sorte que « tous les flux de l'entreprise soient tirés par la production ». Tout ancien trader de JP Morgan qu'il est, le nouveau directeur général, qui est passé par le commandement d'une business unit chez Nexans, a une vision industrielle de la situation. « La priorité de toutes les fonctions support doit être de faciliter le travail des ateliers et de faire en sorte que  les délais soient respectés », indique-t-il alors aux équipes.

Le DRH, Hervé Blanchard (Celsa RH), arrivé de chez Darty avant l'été 2014, en sera quitte pour appliquer le nouveau modèle des augmentations de salaire : elles seront désormais soumises à des objectifs de résultats. « J 'ai fixé le nombre de pièces de fuselage et de portes que nous devions avoir livré à fin 2014 pour déclencher les augmentations de salaires », précise Frédéric Michelland. Mais c'est sur une série de mesures proposées par tous les échelons de l'entreprise que la remise en ordre de bataille opérationnelle va bientôt reposer. Au comité exécutif, chacun des dirigeants prend la responsabilité d'une petite équipe transversale de huit ou neuf collaborateurs, d'échelons hiérarchiques divers, opérateurs compris. Charge à ces « task forces » de trouver des solutions à la centaine de problèmes opérationnels identifiés par l'ensemble des salariés.


Priorité à l'innovation

Aujourd'hui, dix-huit mois après le lancement de l'initiative, le taux d'avancement des « travaux » atteint 85 %. « On ne peut jamais garantir les résultats d'une démarche bottom-up (ascendante, en français), analyse l'experte en transformation des organisations Christine Greiner. Mais dans une situation de déficit opérationnel, donner la main à l'interne peut se révéler très efficace ; le niveau d'engagement est plus fort lorsque les collaborateurs sont à l'origine des mesures. » Alors que depuis plusieurs années, aucun plan de redressement n'était parvenu à passer l'étape de la mise en oeuvre, il était surtout urgent, déchiffre la consultante, de « redonner confiance à l'organisation sur sa capacité à délivrer des résultats ».

Indispensable, la performance opérationnelle ne suffit pas. « L'enjeu consiste maintenant pour Latécoère à aller sur des sujets plus structurants pour l'avenir du groupe, annonce Frédéric Michelland. Le rôle de l'équipe de direction générale est clef : nous allons entrer dans une phase plus stratégique et conduire un certain nombre de projets qui impacteront les trois métiers : équipements et systèmes d'interconnexion, services et aérostructures. » Le patron a pris sous son aile cette dernière division, qui réalise 60 % du chiffre d'affaires avec des éléments de fuselage et des portes d'avion, et en a déjà réorganisé la gouvernance. Avec Thierry Mootz, spécialiste de la transformation recruté l'été dernier comme vice-président Performance, et les directeurs industriels des branches, il veut revoir le fonctionnement interne des métiers.

En attendant, rejoindront bientôt au comex, une direction commerciale renforcée et une direction de la R&D, jusqu'à présent enfouie dans les bureaux d'études. Il s'agit pour Frédéric Michellan de « faire figurer l'innovation au plus haut niveau des priorités de la société et se réapproprier une partie de la valeur ajoutée de ses produits et solutions ». En clair, de changer de business model pour passer d'un rang « d'assemblier » à celui de sous-systémier.


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Crédit photo © ©Rémy Gabalda_Latécoère


Crash of a Latécoère 26.2R in Porto Alegre 1927

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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Sam 12 Déc - 9:53



Gennevilliers, jeudi 10 décembre.
Les grévistes de la société de transports réclament notamment des augmentations de salaire.
(LP/A/D.)

Geodis, transporteur et logisticien rattaché à la SNCF...



Soupçon de dumping social : les salariés de Geodis en grève


Le logo de Geodis © MaxPPP - 2015

Plusieurs dépôts du premier transporteur routier français Géodis, sont en grève jeudi, à l'appel de la CFDT. C’est déjà le cas depuis plusieurs jours à Nantes et les appels à cesser le travail chez cette filiale de la SNCF commencent, ce matin, à Clermont-Ferrand, à Lillebonne dans le nord et à Oissel en Haute-Normandie. Les salariés dénoncent la multiplication des licenciements.



7 décembre. Depuis ce matin, des salariés de Geodis BM sont en grève.
Ils soutiennent Jérémi Aoustin, victime d’un licenciement qu’ils jugent abusif,
et s’inquiètent de leurs propres conditions de travail.© Julie Durand

Citation :
L’erreur d’un chauffeur, à Nantes

Le mouvement démarre à Nantes avec l'erreur d'un chauffeur. Le 15 octobre, il livre la mauvaise remorque à un magasin de bricolage de Niort. Le temps de rectifier, le bon chargement arrive avec 5 heures de retard. La suite c'est lui, Jérémi Aoustin qui la raconte à Marion L’hour, journaliste au service Economie de France Inter :

Citation :
Il y a trois semaines, j’ai reçu une lettre recommandée. C’est-à-dire on m’a appris le vendredi, verbalement, ‘vous êtes licencié ‘, je reçois la lettre recommandée le samedi matin. J’ai été surpris de cette sanction, pour moi démesurée, puisque en huit ans dans l’entreprise, je n’ai jamais eu de blâme (…) ».


Pour ce salarié et la Cfdt, cette sanction serait en fait le fruit du dumping social européen. De quoi mettre les salariés de Géodis en grève dans plusieurs dépôts en France.

La lettre de licenciement reçu par le salarié de Géodis © Radio France - 2015


Une stratégie pour faire partir les « vieux » salariés

Selon le délégué Cfdt à Nantes, la direction pousserait les anciens au départ, pour les remplacer par des travailleurs à bas coût :

Denis Chotard a écrit:
Là, en ce moment, il y a des licenciements économiques dans l’entreprise. On va se séparer de quatre chauffeurs, par exemple. Et on a rembauché dernièrement un sous-traitant tchèque. Donc on se débarrasse d’un côté et on met des gens avec des contrats beaucoup plus précaires. Ils travaillent dans des conditions catastrophiques. Ils peuvent être bloqués trois ou quatre jours dans un endroit, sans eau, sans rien »


Le transporteur Géodis dément toute stratégie et évoque la mauvaise conjoncture. Mais le manque de régulation sociale dans les transports est un vrai problème. Il sera d'ailleurs ce jeudi au menu du conseil des ministres à Bruxelles.




Geodis rachète OHL et prend du poids en logistique

Geodis a finalisé l'acquisition du logisticien américain OHL. Cette opération permet à la filiale de SNCF Logistics de développer ses positions aux États-Unis et de se renforcer dans la logistique. Avec le rachat, cette activité frôlera chez Geodis les 2 milliards d'euros.  

Citation :
Guillaume Pepy, président du directoire de SNCF, avait déclaré lors d’une audition devant la Commission du développement et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale le 8 juillet 2015, que le développement du groupe devait "s’accélérer dans le transport de marchandises et la logistique" et qu'il entendait "aider Geodis à renforcer sa présence mondiale, notamment aux États-Unis". C’est chose faite depuis le 3 novembre 2015. Date à laquelle Geodis a annoncé l’acquisition définitive du 3 PL américain OHL (Ozburn-Hessey Logistics).


120 centres de distribution en Amérique du Nord

Le groupe, dont le siège social est basé à Nashville, Tennessee, se présente comme "un des trois plus grands opérateurs logistiques d’Amérique du Nord". Il réalise un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros, emploie plus de 8 000 personnes dans le monde et opère, en Amérique du Nord, 3,4 millions de mètres carrés de surfaces logistiques au travers de 120 centres de distribution.

L'entreprise compte parmi ses clients des multinationales comme Apple, HP, Mattel, Nestlé, H&M, Walmart, Amazon, Ikea, Starbucks…

Le Français Geodis, qui réalisait encore, avant l’acquisition, 77 % de son chiffre d’affaires dans la zone EMEA, va donc s’appuyer sur les bases développées par OHL depuis sa création en 1951 pour développer ses parts de marché aux États-Unis et, plus largement, sur le territoire américain. "Cette acquisition représente une étape importante pour l’atteinte de notre objectif stratégique "Ambition 2018" (…). Elle va nous permettre de proposer une offre inégalée au niveau mondial, avec une expertise accrue à chaque étape de la supply chain", a indiqué Marie-Christine Lombard, présidente du directoire de Geodis, dans le communiqué de presse annonçant le rachat.


Bon calcul sur le plan financier

Complémentaires sur le plan géographique, les deux entreprises le sont aussi en termes de métiers. Tandis qu’à l’échelle mondiale, Geodis est davantage spécialisé dans le freight forwarding et le transport (ces deux activités générant plus des deux tiers du chiffre d’affaires du groupe), OHL se positionne davantage comme un logisticien (la logistique contractuelle représentant 55 % de ses activités).

L’intégration d’OHL permet donc à Geodis de renforcer le poids de la logistique contractuelle dans son portefeuille. Avec 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, cette activité représente désormais le quart des revenus du groupe, contre seulement 17 % avant l’acquisition. Selon Geodis, ce rééquilibrage constitue un bon calcul sur le plan financier. "La logistique est un métier plus rentable aux États-Unis qu’en Europe. La marge opérationnelle moyenne du secteur est d’environ 7 %. En Europe, ce chiffre varie de d’un pays à l’autre, mais il se situe globalement aux alentours de 5 %.

Et Geodis d'ajouter : "OHL est rentable et l'acquisition sera relutive dès la première année".



Thomas Kraus, Directeur Marketing du groupe GEODIS

et vogue la galère



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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Sam 12 Déc - 10:23


revendiquer sans incendier





Le nombre de mouvements de grève en Chine a explosé en 2015  Damien Durand 09/12/2015


Les mouvements de grève, avec opposition face à la police
(ici à Kunshan, dans l'est du pays), ne cessent de se multiplier depuis 2010

Citation :
La colère ne cesse de grimper chez les travailleurs chinois, malgré les hausses de salaires. Un problème de plus à gérer pour les autorités, dans un contexte économique inquiétant.

La fièvre sociale monte dans le monde du travail en Chine. C'est en tout cas les conclusions des données fournies par le China Labour Bulletin, une ONG en faveur de la défense des travailleurs chinois et basée à Hong Kong, Selon cet organisme, de janvier à novembre 2015, 2354 grèves et mouvements sociaux ont été recensés en Chine. C'est pratiquement 1000 de plus qu'en 2014 (1379), signe d'une flambée contestataire dans le pays au cours d'une année particulièrement difficile sur le plan économique.

Grève en hausse, économie en berne

Les entreprises chinoises avaient connu une première vague de mouvements sociaux dans les années 2010 et 2011. Minés par des conditions de travail particulièrement rudes, et face à une vague de suicides d'employés, les salariés de Foxconn Technology, société taïwanaise parmi les principaux sous-traitants d'Apple pour la fabrication de l'iPhone, s'étaient notamment soulevés. Ils étaient parvenus à obtenir de substantielles augmentations, qui ont fait école en Chine. Le nombre de mouvements de grèves recensé à l'époque n'avait alors été que de… 185.

S'il est en pleine explosion, le mouvement social chinois est également très divers selon les régions et les secteurs d'activité. Ainsi, toujours selon les données de l'ONG, la région du Guangdong (sud-est du pays), l'un des cœurs industriels du pays, cumule deux fois plus de grèves et de vagues de contestations sociales que les autres provinces. De fait, c'est le secteur secondaire qui continue d'alimenter très largement la contestation, et plus particulièrement les secteurs du bâtiment, des produits manufacturés et des mines. Soit, logiquement, trois des secteurs qui souffrent du brutal ralentissement de l'activité chinoise, de la baisse des exportations (-3,7% sur le seul mois de novembre), et de la chute de la demande en matières premières, les autorités ayant officiellement annoncé la fermeture en 2015 de 1254 mines de charbon.

Principale revendication: les arriérés de salaires

Pour les observateurs des mouvements sociaux, la hausse du nombre de grèves est principalement motivée par un même facteur: le non paiement de salaires. «Les grandes banques chinoises prêtent surtout aux grandes entreprises. Les petites entreprises, elles, doivent recourir au «shadow banking», c'est à dire emprunter auprès d'acteurs non bancaires. Or, cette source de crédit étant évidemment instable, elle peut disparaître et l'entreprise se retrouve incapable de payer les salaires», explique au Figaro Jean-François Di Meglio, président de l'institut de recherche Asia Centre. Il rappelle aussi que le contexte chinois n'aide pas à apurer de la situation:

Citation :
«En Chine, à la fois pour des raisons culturelles et juridiques, il est rare qu'une entreprise puisse légalement faire faillite. Les entreprises qui ne paient pas continuent donc à exister. Nous regardons avec attention si le pouvoir chinois va se lancer dans un processus de normalisation de cette situation, qui entraînerait pourtant à court terme la fermeture de nombreuses entreprises».


«Pas de nature à remettre en cause le régime de Pékin» Jean-François Di Meglio, président de l'Asia Centre

D'autant que les autorités chinoises, malgré la croissance exponentielle du chiffre des grèves, parviennent à s'accommoder - pour l'instant - de la situation.

Citation :
«Malgré certaines mises en garde, je ne pense pas que la croissance du nombre de mouvements sociaux soit de nature à remettre en cause le régime de Pékin. Car finalement, les actions sont très diluées, il n'y a pas de grandes manifestations de masse. C'est d'ailleurs une des clés de la stabilité chinoise: même avec l'extension d'internet et le développement des prises de conscience, les différents mouvements ne parviennent pas à se mettre en réseau».





un exemple


Chine: grève massive d'ouvriers qui travaillent pour Nike et Timberland 12/03/2015 à 16:37  

Ils travaillent pour Nike, Timberland, Clarks ou Reebok. 5000 ouvriers de l'usine Stella Shoe, dans le sud de la Chine, sont en grève pour réclamer le paiement d'une allocation logement promise par le gouvernement.

Citation :
En Chine, la lutte des classes est bien vivante. Les ouvriers de l'usine Stella Shoe Co, située à Dongguan dans le sud du pays, sont en grève depuis dimanche pour exiger le paiement d'une allocation logement que leur employeur leur doit, mais qu'il rechigne à verser. La grève, massive, rassemble 5000 ouvriers de deux sites différents, et elle retient l'attention des médias anglo-saxons, puisque Stella fabrique des chaussures pour des marques occidentales bien connues comme Nike, Timberland, Clarks, Reebok ou Rockport.

Dongguan Stella Footwear factory strike 10 Mar 2015
via @YouTube — Snufkin (@Anon_Snufkin)



La situation sur place, face aux forces de l'ordre, est tendue, selon l'International Business Times, le gouvernement local voulant mettre fin au mouvement social. C'est pourtant en vertu d'une loi locale que ces travailleurs migrants ont droit, de la part de leur employeur, à une allocation logement. Celle-ci ne leur serait plus payée depuis plusieurs mois, explique à l'IBT un membre de China Labor Watch, une ONG qui mène des enquêtes sur les conditions de travail en Chine. L'allocation représente tout de même de 5% à 20% du salaire, rappelle China Labor Watch.

L'année dernière, une grève géante dans l'usine de chaussures Yue Yuen de Dongguan avait permis aux salariés de recevoir plusieurs millions de dollars en allocation logement et versements sociaux. Chez Stella Shoe, c'est un nouvel épisode de l'irréversible remontée des salaires chinois qui commence.



certes, rien que de revendicatif, mais quant à s'interroger, comme Endnotes traduit pas dndf, sur « une « pétrification partielle de la lutte des classes », cela doit être le privilège d'une avant-garde théorique de voyants extralucides



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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Sam 12 Déc - 10:44






Intense class struggle in South Korea - General strike called for next week Rasmus Jeppesen 11 December 2015

In the past month South Korea has been the scene of a bitter struggle between one of the main unions in the country, Korean Confederation of Trade Unions (KCTU), and the right-wing government led by president Park Geun-hye.

Citation :
On 14 November, the KCTU called for strikes and demonstrations throughout South Korea after the Park government announced a wave of labour reforms to make the labour market more ”flexible”. This included making it easier for employers to lay off workers, introduce performance-based wages and other attacks on working conditions.

Already on 6 November, some 200 police officers attempted to raid a union which is involved in a current strike and is affiliated to the KCTU. This was clearly a move from the government’s side to try to suppress the 14 November demonstration before it took off.

The demonstration on 14 November was the biggest movement in South Korea for the past seven years. More than 130,000 people participated. It was not only the labour reforms that sparked anger but also President Park, who is the daughter of the former military dictator Park Chung-hee, and her decision to try to rewrite educational history books – a clear attempt to try to whitewash over her father’s dark past.

Park Geun-hyeThe police violently attacked the demonstration, arresting 51 and leaving around 100 protesters injured, including a 69-year old man in a critical state. They also attempted to arrest the President of KCTU, Han Sang-gyun (the police even announced that the officer who arrested him would get a promotion), but were stopped by union members. After Han organized protest rallies in April and May, there was a warrant put out for his arrest. This has meant that he has been forced to hide in the union buildings.

Since the latest protest, the government has used every dirty trick in the book to try to smash the movement. President Park even went as far as to compare the protesters to the Islamic State:

“Given that the extremists of the Islamic State (IS) group hide their faces, we should ban demonstrators from wearing masks in the future,” Park is reported to have told a Cabinet meeting.

Alluding to the recent terrorist attacks in Paris, Park warned of the risk of protests being infiltrated by “terrorist elements”, according to the AFP.

These steps have been a part of an increasing crackdown on the unions. On 21 November, the police raided the head offices of the KCTU and several affiliated unions offices, and some raids and arrests have followed against union activists and union headquarters. The police tried to ban a second rally on 5 December, but the ban was lifted by the courts and as 30,000 took to the streets to protest against the crackdown.

Then, yesterday, President Han of the KCTU, who was hiding in the Joggye Buddhist Temple, gave himself up to the police after days being besieged by more than 2000 police officers. The police had called off an operation to storm the temple after the intervention of the leadership of its monks.

Call for general strike

However, this arrest is not the end of it. The leadership of the KCTU has called a general strike 16 December to continue the struggle against the government’s reforms. President Park is beginning to walk in her father’s footsteps with more repressive and authoritarian measures. This is preparing a period of intense class struggle.

This is a reflection of the crisis of South Korean capitalism. Until recently the South Korean economy was kept afloat by Chinese growth, but with the impending crisis in China, South Korea is being hit hard. In September it was announced that there had been a decline of 14.7 percent in exports from a year before. These are signs of the beginning of a crisis in which the South Korean ruling class will attempt to protect their profits by increasing the exploitation of the working class. Thus, it is clear that this will not be the last attack on the workers by this government, who will not shy away from using any method as it tries force austerity and cuts upon them.

But this doesn’t mean that the South Korean workers are going to accept what the ruling class is offering. The labour movement in South Korea has a very militant past and the South Korean working class is very powerful. It is necessary to take the best traditions from this past, radicalise the struggle and link it together with the struggle for a society where it is the working masses who run the economy.





Korean railroad workers strike against privatization Libcom décembre 2013



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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Lun 14 Déc - 9:34



Grèves et conflits du travail en France : un état des lieux (1)

Les conflits sont-ils devenus plus rares et plus violents ?  3 novembre 2015

La sur-médiatisation du conflit social à Air France illustre ce qui semble être désormais un discours convenu : la grève serait un archaïsme du syndicalisme français, d’autant plus illégitime qu’elle renvoie l’image d’une action « violente » qui ne concernerait plus que les salariés « protégés » du secteur public ou des transports, abusant de leur pouvoir de blocage de l’économie. Comme l’avait fait en son temps Nicolas Sarkozy en déclarant qu’on « ne voyait plus les grèves en France », Manuel Valls a défendu l’idée que le conflit d’Air France faisait exception. Partout ailleurs, dans le secteur privé en particulier, « le dialogue social » fonctionnerait bien. La « preuve » : d’après les statistiques publiques, le niveau des grèves n’aurait jamais été aussi bas en France.

En conclure que les grèves ont disparu et que les relations entre patrons et salariés se sont apaisées dans les entreprises du secteur privé relève pourtant d’une interprétation hautement contestable de ces données statistiques. Où en sont les conflits du travail en France ? Comment ont-ils évolué dans leurs formes et leur intensité ces dernières décennies ? Réponse en 5 épisodes.

Episode 1 : Les conflits sont-ils devenus plus rares et plus violents ?


Citation :
De la difficulté à interpréter les données statistiques des grèves

Il est vrai que les données de l’enquête annuelle du ministère du Travail (appelée ACEMO), construite à partir d’un échantillon représentatif d’entreprises du secteur marchand, indiquent, depuis 2011, un recul de la part des établissements touchés par un mouvement de grève : alors que 2,7% des entreprises de plus de 10 salariés avaient connu une grève en 2005 (année de lancement de l’enquête), et que cette proportion avait atteint 3,3% en 2010, il n’y a plus que 1,3% des entreprises qui déclarent avoir connu au moins une grève en 2012. Le nombre de Journées individuelles non travaillées (JINT) pour fait de grève, qui permettent de mesurer l’intensité des conflits, enregistre un recul comparable. Le niveau des JINT pour 1000 salariés était de 61 en 2012 contre 165 en 2005, avec un rebond important en 2010 (318 JINT pour 1000 salariés au moment des grèves contre la réforme des retraites)[1]. Les résultats de l’enquête ACEMO semblent ainsi, de prime abord, confirmer la tendance à la baisse des JINT qui étaient enregistrées avant 2005 par l’inspection du travail : de 3 millions dans les années 1970 hors fonction publique, leur nombre a considérablement reculé dans les années 1990, pour osciller entre 250 000 et 500 000. Depuis cette période, on serait ainsi passé à moins de 80 jours de grève pour 1000 salariés dans le secteur privé, en dehors des pics de grève de 1995 et de 2010.

Toutefois, la fiabilité des JINT mesurées avant 2005 a été contestée. L’immense majorité des grèves localisées échappaient au signalement des inspecteurs du travail[2]. Dans un contexte où les grèves deviennent plus souvent locales que nationales, l’évolution enregistrée par ces données statistiques reflète sans doute autant une difficulté à mesurer les grèves qu’un déclin de ces dernières[3]. Certes, le dispositif ACEMO est plus fiable mais l’interprétation des résultats de cette enquête implique aussi beaucoup de prudence. D’abord, elle n’existe que depuis 2005. Elle ne donne donc qu’un aperçu ponctuel de l’évolution des grèves, qui n’a d’ailleurs rien de linéaire. Surtout, rien n’indique que cette évolution conjoncturelle soit le signe d’une évolution nécessairement stable à plus long terme. En outre, ce dispositif d’enquête ne s’intéresse qu’aux grèves. Or, pour mesurer les évolutions des conflits au travail, il est nécessaire de prendre en compte toutes les formes de conflits : la grève classique (d’un à plusieurs jours), mais aussi les débrayages ponctuels, les manifestations, les pétitions, les grèves du zèle, etc.



Des conflits collectifs plus fréquents dans les années 2000 que dans les années 1990

Les résultats d’une autre enquête du ministère du Travail (appelée REPONSE, cf. encadré) invalident l’idée d’un déclin des conflits au travail et d’une disparition des grèves dans les entreprises du privé. Alors que, pour beaucoup de militants, le milieu des années 1990 constitue un moment fort des luttes sociales avec le mouvement social de 1995, celles-ci atteignent en réalité un niveau plus élevé dans les années 2000 qu’à la fin des années 1990 : 16 % des établissements du secteur privé entre 2008-2010 et 15% en 2002-2004 ont connu au moins un arrêt de travail, contre 13% en 1996-1998. L’augmentation est même plus nette pour les conflits sans arrêt de travail (cf. graphique). Au final, environ 30% des établissements du secteur privé ont connu au moins un conflit dans les années 2000. Et comme les grèves sont beaucoup plus fréquentes dans les grands établissements que dans les petits, il en résulte que 45% des salariés enquêtés ont déclaré un arrêt de travail dans leur établissement entre 2008 et 2010, 15% reconnaissant y avoir participé[4].



Champ : établissements de plus de 20 salariés
Lecture : en 2010, 16% des établissements de plus de 20 salariés ont connu au moins un conflit avec un arrêt de travail contre 13% des établissements en 1998.
Source : Enquêtes REPONSE 1998, 2004, 2011. Volet RD – DARES


Qu’est-ce que ces chiffres signifient ? Tout simplement que le déclin tendanciel des JINT indique surtout une baisse de l’intensité des grèves depuis les années 1980. Cela tient en particulier à ce que les grèves massives, déclenchées dans les grands établissements industriels et dans le cadre de journées d’action nationales, ont fortement reculé. Ne serait-ce qu’en raison de la disparition de nombreux « bastions » industriels du syndicalisme. Cela n’implique pas pour autant que les grèves et les conflits collectifs aient disparu du secteur privé. Simplement, leur forme dominante s’est transformée : il s’agit à présent le plus souvent de grèves très localisées, circonscrites à l’échelle d’une entreprise, voire d’un établissement[5]. Si les grèves sont devenues plus petites dans les années 2000, en revanche le nombre de conflits est plus élevé qu’à la fin des années 1990 et ces conflits prennent des formes diversifiées (du débrayage à la manifestation).


Champ : établissement de plus de 20 salariés
Lecture : en 2010, 7% des établissements de plus de 20 salariés ont connu un conflit sous forme de manifestation contre 5% en 1998.
Source : Enquête REPONSE, 1998, 2004, 2011. Volet RD – DARES


Autre enseignement notable de l’enquête REPONSE, qui contraste avec la baisse conjoncturelle des grèves enregistrées par l’enquête ACEMO depuis 2011 : le niveau des conflits collectifs à la fin des années 2000 reste à un niveau comparable à celui du début de la décennie. Alors que le retour de la croissance avait été évoqué comme une raison de la recrudescence des conflits dans les entreprises au début des années 2000, on ne constate pas d’effet inverse quand la conjoncture économique se dégrade de nouveau, du moins à court terme (lire le prochain épisode). On constate même que, à conflictualité globalement stable, les mouvements sociaux tendent plutôt à se durcir avec une augmentation continue des établissements concernés par des conflits avec arrêts de travail entre 1998 et 2011, tandis que le nombre d’établissements concernés par des conflits uniquement sans arrêt de travail a diminué sur la dernière période.


Plus de conflits là où il y a déjà du conflit

Cette tendance à l’intensification et au « durcissement » des conflits là où ils se produisent est confirmée par la concentration des conflits. Par rapport à 2004, le nombre d’établissements déclarant l’existence de trois formes de conflits ou plus augmente (+ 2 pts) par rapport à la part des établissements touchés par deux ou une seule forme de conflit.


Champ : établissement de plus de 20 salariés.
Lecture : parmi les établissements ayant déclaré au moins un conflit, 22% ont connu trois formes de conflits en 2004 contre 24% en 2010.
Source : Enquêtes REPONSE 2004, 2011. Volet RD – DARES


De même, la part d’établissements déclarant n’avoir connu qu’une ou deux actions de grèves est en baisse (-1,5) alors que la part de ceux ayant connu plus de trois débrayages a quasiment doublé.


Champ : établissement de plus de 20 salariés.
Lecture : parmi les établissements ayant déclaré une grève de moins de deux jours, 1,5% ont connu ce type de grève plus de 5 fois en 2004 contre 3% en 2010.
Source : Enquêtes REPONSE 1998, 2004, 2011. Volet RD – DARES



Des conflits durs qui restent rares

Ce durcissement des conflits reste toutefois limité car on raisonne ici sur de petits effectifs d’établissements. De plus, les conflits ayant occasionné la séquestration de dirigeants ou des menaces sur l’environnement sont rares puisque ces modalités d’action sont mentionnées dans moins de 1% des conflits déclarés[6]. Surtout, la fréquence des grèves de plus de deux jours continue de baisser légèrement et, à l’inverse, celle des établissements ayant connu des grèves plus courtes est, elle, globalement en augmentation.


Champ : établissement de plus de 20 salariés.
Lecture : en 2010, 0,1% des établissements de plus de 20 salariés ont déclaré un conflit avec séquestration.
Source : Enquêtes 2011. Volet RD – DARES


Enfin, l’intensité comme les formes de conflits collectifs déclarés continuent de varier très sensiblement en fonction de la taille des établissements et des secteurs d’activité. En l’occurrence, le recours à la grève reste beaucoup plus rare dans les petits établissements et dans les secteurs de faible tradition syndicale (commerce, services, etc.). Dans ces contextes organisationnels, les conflits se limitent plus souvent qu’ailleurs à des mobilisations sans arrêt de travail.


Lecture : 4% des établissements de 11 à 19 salariés ont connu un conflit avec arrêt de travail en 2010 contre 27,5 % des établissements de 50 salariés et plus.
Source : REPONSE 2011, base RD, DARES


La confrontation des données statistiques invalide l’hypothèse d’une pacification des relations entre salariés et patrons. Les conflits collectifs dans le cadre des rapports salariaux restent au contraire diffus dans le secteur privé à la fin des années 2000. Et le recours à la grève demeure une modalité centrale du rapport de force collectif et syndical, qui va même en s’intensifiant dans les entreprises qui connaissent des conflits collectifs. Il s’agit cependant le plus souvent de courts arrêts de travail qui dépassent rarement les limites de l’entreprise, et la propension des salariés à se saisir de ce mode d’action reste très inégale. Même si les données les plus récentes s’arrêtent au début des années 2010, rien ne laisse penser que cette situation se soit modifiée en profondeur depuis.

Les grèves et les conflits du travail ont donc surtout disparu des radars médiatiques pour n’apparaître que lorsqu’ils se manifestent de façon violente. C’est un enjeu pour les forces syndicales de redonner une visibilité à ces conflits du travail devenus sous-terrain faute de relais. De plus, notre analyse pointe une double difficulté du mouvement syndical qui constitue autant de défis à relever. D’abord, dans sa capacité et sa volonté à fédérer les luttes d’entreprise qui existent mais restent morcelées et segmentées. Ensuite, dans la mise en place de stratégies d’organisation et de mobilisation des salariés dans les très petites et moyennes entreprises, dont la proportion augmente.

Baptiste Giraud et Etienne Penissat

Une source originale : l’enquête REPONSE

Citation :
L’enquête REPONSE de la DARES sonde une sélection d’établissements – à ne pas confondre avec une entreprise, qui peut-être composée de plusieurs établissements, comme La Poste ou McDonald’s – et interroge les représentants de la direction (DRH, etc.), le représentant du personnel de la liste majoritaire et des salariés tirés au sort. L’enquête a lieu tous les 6 ans : 1992, 1998, 2005, 2011. Par rapport à l’enquête ACEMO, l’enquête REPONSE offre un triple intérêt. D’abord, elle permet plus facilement de comparer dans le temps l’évolution de la conflictualité, puisque ACEMO n’a été mise en place qu’en 2005. Ensuite, REPONSE interroge les directions d’entreprise et les représentants du personnel sur les conflits qu’ils ont connus au cours des trois années précédant la passation du questionnaire, ce qui est important quand on sait que la dynamique des grèves a toujours été variable dans le temps. Enfin, REPONSE appréhende les conflits collectifs au travail dans leur diversité. Elle permet non seulement de distinguer différentes modalités d’action de grève (+ de 2 jours, – de 2 jours, débrayages, etc.), mais aussi de mesurer la part des établissements concernés par d’autres formes de conflits collectifs, sans arrêt de travail (manifestation, rassemblements, pétitions, refus des heures supplémentaires), ou par des tensions s’exprimant de façon plus individuelle.


Pour aller plus loin, lire le rapport coordonné par Jérome Pélisse, Baptiste Giraud et Etienne Penissat

[1] Guillaume Desage, Elodie Rosankis, « Négociation collective et grève en 2012 », DARES Analyses, novembre 2014, n° 089

[2] Sophie Camard, « Comment interpréter les statistiques des grèves ? », Genèses, 47, 2002, p. 117-121 ; Delphine Brochard, « Evaluation des statistiques administratives sur les conflits du travail », Documents d’Etudes de la DARES, n° 79, 2003

[3] Alexandre Carlier, « Mesurer les grèves dans les entreprises : des données administratives aux données d’enquête », Document d’Etudes de la DARES, n° 139, 2008.

[4] Maria-Teresa Pignoni et Emilie Raynaud, « Les relations professionnelles au début des années 2010 : entre changements institutionnels, crise et évolutions sectorielles », DARES-Analyses, n°26, Avril 2013.

[5] Sophie Béroud et alii., La lutte continue ? Les conflits du travail dans la France contemporaine, Editions du Croquant, 2008.

[6] Jérôme Pélisse, « De la grève au flashmob : des conflits sociaux moins violents ? », Les Cahiers français, n° 376, 2013




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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Lun 14 Déc - 9:42


Grèves et conflits du travail en France, un état des lieux (épisode 2)

La crise économique a-t-elle démobilisé les salariés ?  20 novembre 2015

Les situations de crise économique contribuent-elles à rendre les conflits du travail plus difficiles mais également plus radicaux ? Auprès des militants s’impose souvent l’idée que, dans ce type de contexte économique, les salariés sont tenus par la peur de perdre leur emploi et qu’ils ne se mobilisent que lorsqu’ils sont dos au mur, menacés de licenciement. Cette menace et la constitution d’une « armée de réserve » de chômeurs auraient un double effet : les risques perçus à faire grève augmentent, et il devient plus difficile pour les salariés de croire qu’il est possible d’obtenir satisfaction sur leurs revendications, quand leurs direction font tout pour réduire leurs coûts de production. De nombreuses recherches se sont penchées sur les effets de la conjoncture économique sur le mouvement des grèves. Leurs résultats divergent[1]. Qu’en est-il des effets de la crise ouverte en 2007 sur les conflits du travail ?

Les données de l’enquête REPONSE (ministère du Travail) ne montrent pas avec évidence un recul des conflits du travail du fait de la crise économique. Au contraire, on l’a évoqué précédemment (épisode 1) : au début de la crise, entre 2008 et 2010, la part des établissements concernés par une grève a légèrement augmenté par rapport à la période 2002-2004.


Citation :
Plus de conflits dans les établissements touchés par la crise

Mais une fois ce constat général établi, dans quel contexte ces conflits ont-ils émergé ? Il semble d’abord que les établissements impactés par la crise avec des baisses d’activités ont connu un niveau de conflit légèrement plus élevés qu’ailleurs. Certes, dans cette catégorie d’établissements, c’est la part des établissements qui déclarent avoir connu des conflits sans arrêt de travail qui augmente. Néanmoins, on peut y voir le signe que les situations de déclin de l’activité économique, loin de provoquer nécessairement l’apathie des salariés, peuvent aussi être propices au développement des conflits, du fait des tensions qu’impliquent les politiques patronales de « gestion de la crise » (changements d’organisation du travail, ajustement des effectifs, etc.). Même si ces tensions ne se traduisent pas nécessairement par des grèves.


Champ : ensemble des établissements du secteur marchand non agricole de 11 salariés et plus
Lecture : 16% des établissements dont l’activité économique a baissé entre 2008 et 2010 ont connu au moins un conflit collectif sans arrêt de travail contre 11% des établissements dont l’activité a augmenté
Source : Enquêtes REPONSE, 2011. Volet RD - DARES


Ce premier constat semble d’ailleurs conforté par un second : dans les établissements qui déclarent des baisses d’effectifs de salariés (donc potentiellement des licenciements voire des plans sociaux), la présence de grèves ou de conflits sans arrêt de travail est plus importante que dans les établissements où les effectifs ont stagné ou augmenté. Il semble que donc que loin de se laisser faire, les salariés des établissements ayant connu une dégradation économique se sont mobilisés pour défendre leurs emplois. En revanche, il faut souligner les difficultés des organisations syndicales, notamment de la CGT dont les sections étaient souvent en première ligne dans ces établissements, à donner une visibilité et des mots d’ordre globaux à ces conflits réels mais dispersés et isolés.


Champ : ensemble des établissements du secteur marchand non agricole de 11 salariés et plus
Lecture : 28% des établissements dont les effectifs ont baissé entre 2008 et 2010 ont connu au moins un conflit collectif avec arrêt de travail contre 12% des établissements dont les effectifs ont augmenté
Source : Enquêtes REPONSE, 2011. Volet RD – DARES



Les salariés se battent d’abord pour les salaires et les conditions de travail… avant l’emploi

Il ne s’agit pas pour autant d’en conclure que, dans une période de crise économique et sociale, le maintien de conflits collectif dans les entreprises s’expliquerait uniquement par le développement de luttes pour la défense de l’emploi. Lesquelles focalisent volontiers l’attention des médias, qui y voient des symboles des effets de la crise. Or, l’évolution des thèmes de conflits déclarés entre 2002-2004 et 2008-2010 infirme cette hypothèse. Certes, les données semblent conforter l’idée selon laquelle, en période de crise, il devient plus difficile de mobiliser les salariés sur des questions salariales : la part des conflits dans lesquels la thématique des salaires est mentionnée diminue effectivement de manière importante (- 10 points). Le thème des salaires n’en demeure pas moins le premier motif de conflit déclaré. Surtout, le thème de l’emploi n’est pas, comme on aurait pu s’y attendre, évoqué plus fréquemment qu’au cours de la période précédente. En revanche, le thème des conditions de travail est, lui, beaucoup plus souvent cité (+9 points). Entre 2008 et 2010, il constitue le 2e thème de conflit le plus souvent évoqué, après les salaires, et devant la défense de l’emploi. Cette évolution est à mettre en perspective avec les conflits que peut générer l’intensification et la pénibilité accrue du travail des salariés[2], en raison de notamment l’introduction massive du lean-management[3]. Or, le contexte de crise économique a largement été utilisé par le patronat pour procéder à de nouvelles restructurations visant à améliorer la productivité[4]. Ces changements organisationnels ont autant contribué à la multiplication des procédures de licenciements qu’à dégrader davantage encore les conditions de travail de ceux qui y ont échappé. Ils ont de ce fait renforcé les conflits portant sur la défense des conditions de travail.


Champ : établissements de 20 salariés et plus du secteur marchand non agricole
Lecture : parmi les établissements ayant déclaré un conflit collectif du travail, 40% ont déclaré que le thème des salaires était un motif du conflit en 2010, contre 50% en 2005.
Source : Enquêtes REPONSE 2004, 2011. Volet RD – DARES


Loin d’empêcher l’expression des antagonismes, les politiques patronales mises en œuvre en conjoncture de crise économique contribuent au contraire à aiguiser les tensions susceptibles d’alimenter les conflits du travail. Reste qu’il ne s’agit évidemment pas d’en conclure, a contrario, que la crise économique ne crée pas d’obstacle à la mobilisation des salariés. Rappelons d’abord que la capacité des salariés à résister collectivement aux conséquences de la crise reste très inégale. Elle varie notamment en fonction de la taille des entreprises (épisode 1) et de la présence syndicale (épisode 3 à suivre). C’est précisément ce qui explique que la fréquence des conflits collectifs tend d’abord à se renforcer là où il y a du conflit. Et si l’on entend souvent parler des plans sociaux dans les entreprises où des organisations syndicales sont en capacité à organiser la protestation, combien de plans sociaux se font sans mobilisation collective, et dans un parfait silence politique et médiatique ?

En outre, la dynamique des conflits est en partie dépendante de la conjoncture politique et sociale à l’échelle nationale. De ce point de vue, le niveau des conflits locaux enregistré entre 2008 et 2010 est inséparable de la multiplication des journées d’action interprofessionnelles lancées à l’appel de 8 organisations syndicales, et qui ont connu un certain succès[5]. Si la majorité des conflits déclarés en entreprise sont attribués à des motifs internes à l’entreprise, près de 22% des établissements ayant connu au moins un conflit collectif déclarent qu’il est lié à des mots d’ordre de mobilisation interprofessionnelle. Même si l’impact des appels confédéraux à la mobilisation reste plus faible dans le privé que dans le public, les journées d’action ont incontestablement contribué à faciliter le déclenchement de mobilisations syndicales, en particulier dans les entreprises en proie à des restructurations. A l’inverse, l’éclatement du front syndical au terme de cette période a autant contribué à ralentir le rythme et la puissance des mobilisations interprofessionnelles qu’à altérer la dynamique locale des mobilisations syndicales. En outre, ces divisions syndicales entravent d’autant plus la capacité à unifier les résistances locales aux politiques patronales de mise en crise du travail.

Enfin, si elle n’induit pas un effet mécanique de démobilisation des salariés dans l’immédiat, la crise de l’économie française contraint, en revanche, sur la durée, les syndicalistes à adapter leurs stratégies d’action. Le développement de la précarité est par exemple l’un des éléments qui explique que les syndicalistes privilégient le recours à de courts mouvements de grève ou à des formes de protestation sans arrêt de travail. En outre, les stratégies de lutte des syndicats sont aussi puissamment contrariées par la répétition des plans de restructuration. Alors que dans beaucoup d’établissements industriels, les premières mesures de licenciements collectifs avaient provoqué de longs conflits, les plans sociaux plus récents suscitent des conflits beaucoup plus limités, souvent centrés sur la demande de meilleures indemnités de départ. De fait, la répétition sans fin des plans de restructuration finit par faire vaciller la croyance des salariés et de leurs syndicats dans leur capacité à enrayer ce processus. Avec la financiarisation de l’économie, qui rend le pouvoir patronal insaisissable et place une partie croissante du salariat sous la menace d’une fermeture de leur entreprise, c’est là une transformation profonde du contexte économique qui rend l’action syndicale plus difficile à organiser.

Baptiste Giraud et Etienne Penissat

[1] Baptiste Giraud, « Des conflits du travail à la sociologie des mobilisations : les apports d’un décloisonnement empirique et théorique », Politix, n° 68, 2009

[2] « Les changements de conditions de travail au fil des vies professionnelles : plus fréquents, moins favorables », Connaissance de l’emploi, n° 124, Centre d’Etude et de l’Emploi.

[3] Danièle Linhardt, La comédie humaine du travail, De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale, Erès, Paris, 2015.

[4] Coralie Perez, Nadine Thévenot (dir.), Modes d’ajustement à la crise : des relations professionnelles sous tensions, Rapport final Post-enquête à l’enquête REPONSES 2010-2011.

[5] Karel Yon et Sophie Béroud, « Automne 2010 : anatomie d’un grand mouvement social », Contretemps web.


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Mar 22 Déc - 16:37



Depuis 2008, les grèves sont plus rares, mais plus intenses
LEXPRESS.fr   22/12/2015


Depuis la crise économique de 2008, le nombre d'entreprises touchées par des mouvements sociaux
n'a jamais été aussi faible. La rémunération et l'emploi restent les principales motivations des grévistes.
AFP PHOTO / BORIS HORVAT

En 2013, 1,2% des entreprises du secteur privé de plus de 10 salariés ont connu au moins une grève ou un débrayage. C'est 0,1 point de moins que l'année précédente. La rémunération et l'emploi restent les principaux motifs de mobilisation

Citation :
Si les mouvements sociaux sont plus rares, ils n'en sont pas pour autant moins violents. Le nombre d'entreprises touchées par une grève a atteint, en 2013, son plus bas niveau depuis 2008. En revanche, les arrêts de travail ont été plus longs, ou concernaient davantage de salariés, selon des données du ministère du Travail publiées ce mardi.  

En 2013, 1,2% des entreprises du secteur privé de plus de 10 salariés ont connu au moins une grève ou un débrayage, tous secteurs confondus, relève le service des statistiques du ministère. L'année précédente la proportion était de 1,3%.

Des grèves plus intenses

En 2010, année de la réforme des retraites, le nombre d'entreprises touchées était monté à 3,3%. Le taux de grèves atteint "son niveau le plus faible depuis le début de la dégradation du contexte économique de 2008", souligne l'étude. Si les données antérieures à 2008, c'est-à-dire depuis 1975, ne sont pas strictement comparables, elles montrent au fil des ans une décrue du nombre de journées de grèves, accentuée depuis 2002.

En revanche, les grèves ont été "plus intenses" en moyenne en 2013 qu'en 2012. Ainsi, le nombre de journées de grèves pour 1000 salariés est passé de 60 à 79. Rapporté aux seules entreprises ayant connu au moins une grève, il passe de 250 à 322 jours. Cet indicateur est le signe que les grèves ont été "plus longues et/ou ont concerné plus de salariés".

Rémunérations et emplois pour motifs

Les secteurs les plus marqués par les grèves en 2013 ont été l'industrie et les transports, avec un taux similaire de 2,9% d'entreprises concernées, en progression de +0,3 point par rapport à 2012. Les entreprises industrielles de fabrication de matériels de transport, notamment automobiles, où le taux de grèves avait décru en 2012, restent de loin en 2013 celles qui ont connu le plus de grèves: 13,7%. Dans les services, la proportion baisse au contraire nettement, de 1,8% à 1,2%.

Les rémunérations demeurent la cause la plus récurrente de grève mais le motif emploi, en deuxième position, progresse dans tous les secteurs, souligne la Dares. Près de la moitié des entreprises concernées par des grèves l'ont été dans le cadre de conflits nationaux et interprofessionnels, selon l'étude, qui rappelle que la CGT, FO, Solidaires et FSU avaient appelé début 2013 à trois journées d'actions contre l'Accord national sur la sécurisation de l'emploi signé par le patronat et trois autres syndicats la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC.


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Ven 19 Fév - 14:28


à lire avec des lunettes en appréciant le titre du blog : qu'est-ce qu'une économie non capitaliste ?




JR: Ajoutons que l’attaque sans précédent contre les salariés, avec la casse du droit du travail, va exiger d’utiliser tous les moyens qui seront nécessaires pour faire plier ou éjecter ce gouvernement de casseurs du MEDEF, y compris la grève  

Jacques Chastaing a écrit:
J’ai compté 1383 grèves et luttes en France pour la dernière quinzaine, du 4 février au 17 février 2016, soit à peine plus que la quinzaine précédente ( 1371 du 19.01 au 3.02). La tendance à la hausse se confirme donc toujours, avec en environ un mois, plus du double du nombre de luttes qu’aux mois de septembre ou d’octobre et le quadruple du mois de juin.

Ce qui est le plus notable pour ce dernier mois de luttes, c’est d’une part l’augmentation significative du nombre de conflits de longues durées autres que des conflits contre des fermetures d’entreprises, et, d’autre part – ce qui va avec – l’inflation de l’utilisation de la formule « grève illimitée » pour qualifier les mouvements à leur lancements. Toutes ces luttes, sont loin d’être illimitées, loin s’en faut, mais l’utilisation de ce vocabulaire en même temps que l’augmentation réelle des durées, témoigne d’une détermination à la lutte en train de grandir.

Cela témoigne de la moins grande pression du chômage sur les salariés et la pression quasi nulle de l’état d’urgence ou de la répression syndicale.

Les grèves et luttes sur les salaires commencent à apparaître dans le privé avec toujours l’argument des profits considérables opposé au blocage des salaires. Leur nombre pour le moment encore modeste devrait augmenter fin février et au mois mars avec l’annonce des NAO dans les plus gros groupes. La question des salaires va être aussi à nouveau ré-ouverte dans la fonction publique avec les NAO. Après la réussite de la journée du 26 Janvier, on verra la suite d’ici peu.

Globalement, au vu des grèves annoncées pour les prochains jours et semaines, le plus probable est que le niveau actuel de luttes devrait se maintenir sinon vraisemblablement encore augmenter entre mi février et mi mars/fin mars, au point où la question sociale pourrait bien finir par sortir au grand jour, monter sur la scène publique et s’imposer comme le problème politique majeur du moment malgré tout ce qui est fait pour occulter cette question ainsi que le mouvement des grèves qui va avec.

Le mouvement des agriculteurs en a peut-être donné un avant-goût.



article à rapprocher de la réflexion sur « l’illégitimité des revendications salariales » en Chine texte dans lequel

Chuang a écrit:
l’«illégitimité» des revendications salarialesne signifie pas que les revendications salariales n’existent pas ou ne sont pas communes. Nous empruntons le terme à un groupe français, Théorie Communiste, et ce n’est certes pas le meilleur terme (ils sont assez friands de prose ésotérique). Fondamentalement, la revendication salariale devenue « illégitime » signifie que, au niveau mondial, la rentabilité est si limitée que le capital ne peut se permettre une augmentation du plancher global des salaires. C’est une simplification excessive...

Patlotch a écrit:
* précisons que les réflexions sur « l’«illégitimité» des revendications salariales » remontent à l'époque où TC théorisait l'écart dans la perspective de voir s'annoncer des « dépassements produits » sur le modèle de la communisation engagée dans une crise finale ouvrant la voie à l'abolition du salariat, théorie reposant sur une interprétation fausse des "luttes suicidaires", et anticipation renvoyant au déterminisme de Théorie Communiste (TC), dont on sait, comme dit l'auteur, comme ses raffinements dialectiques finissent toujours par aboutir à des résultats simplistes à partir d'événements excessivement partiels supposés caractériser la période. On a rencontré nombres d'exemples du type relevé en Chine dans d'autres parties du monde, et même en France

on ne sait pas ce que TC en pense aujourd'hui... R.S écrivait il y a peu,

R.S a écrit:
Pour l’heure, la crise est une crise du rapport salarial et c’est sur les modalités de l’achat-vente de la force de travail qui impliquent, au niveau mondial, celle de sa mobilisation, de sa segmentation et de sa reproduction que devrait se jouer la guerre de classes à venir dont nous vivons les escarmouches.

même concernant la crise du capital comme économie politique, c'est encore « une simplification excessive », ou du moins, si ce n'est pas faux, on ne voit pas trop l'intérêt de cette définition globale, si ce n'est son inscription dans l'attente d'une révolution mondiale, encore une projection à rebours des thèses idéalistes sur la communisation... Quant à réduire la crise du capital à celle de son économie politique, même si elle mène la danse, je n'y reviens pas : réductionnisme, économisme, "marxisme orthodoxe", etc.

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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Mar 8 Mar - 1:17


la question que pose ce dessin de Placide est-elle juste. Qui n'y a pas pensé, avec les cortèges étudiants se joignant à ceux des syndicats, le million de signatures au bas d'une pétition... Moi aussi, mais quelque chose me gêne dans cette volonté de voir une répétition, et à vrai dire, je ne crois pas que les conditions en soient réunies. En tout cas, si ce devait être le cas, ce serait sans doute beaucoup plus chaud, et se poserait alors la question de savoir jusqu'où, quelles limites seraient affrontées, que rien n'indique dans les mots d'ordre sur le retrait de cette loi, plus défensifs même des « acquis sociaux » que revendicatifs... Je ne pense pas non plus qu'on verrait des descentes de sous-prolos plus ou moins racialisés des "quartiers populaires", l'état d'urgence ce n'est pas du pipeau. Mais je peux me tromper




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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Jeu 17 Mar - 9:24

WSWS
Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)


Le PS remanie la loi du Travail pour que les syndicats puissent tenter de l'imposer Par Anthony Torres 17 mars 2016

Face à l’opposition des étudiants et des travailleurs au projet de réforme du code du travail, le premier ministre Manuel Valls a présenté aux syndicats et au patronat la loi El Khomri remaniée, afin d’obtenir de leur part un soutien plus appuyé au gouvernement.


Citation :
Manuel Valls a assuré devant le patronat et les syndicats vouloir privilégier « le dialogue social » : « Beaucoup a été fait avant sur le compte personnel d'activité, les droits des salariés, les grands principes. Il y a eu des ratés, je les assume » et a ajouté « il y a eu un moment où nous n'avons pas trouvé le temps, le moment, de présenter comme nous le faisons depuis quelques jours. Il fallait prendre quinze jours supplémentaires pour écouter, entendre ».

En annonçant le remaniement, Valls espère par une manœuvre cynique calmer l’hostilité des travailleurs et des jeunes envers ce projet de loi réactionnaire. Les modifications très superficielles ne changent rien de fondamental à la loi. L'élément central, la permission aux syndicats de négocier des accords avec le patronat qui violeraient les dispositions du Code du Travail, n'a jamais été remis en question tout au long des négociations.

Les indemnités prud’homales plafonnées à titre indicatif seront fixées par décret et devront être identiques à celles de l’avant-projet de loi, qui prévoit des plafonds de 3 à 15 mois de salaire selon l’ancienneté du travailleur.

Le gouvernement refuse de corriger les nouveaux critères permettant d'assouplir les conditions d'un licenciement économique. La seule modification est qu’un juge pourra contrôler les décisions d'une multinationale, afin qu'elle n’organise pas artificiellement ses difficultés économiques sur le sol français. Toutefois, les travailleurs savent par expérience qu’ils ne pourront pas compter sur la justice pour les défendre. Celle-ci s’est à maintes reprises prononcée pour les licenciements ou pour des peines d’emprisonnement à l’encontre de travailleurs défendant leur emploi.

Enfin l’accompagnement des jeunes sans formation ni emploi ou le compte personnel augmenté ne sont que de l’enfumage pour obtenir un soutien de la part des syndicats étudiants et imposer la réforme du travail.

D’ailleurs Valls s’est félicité que le « texte [ait] été salué aussi par la deuxième grande organisation étudiante (FAGE) ». Au sortir de la réunion de Matignon, Laurent Berger, secrétaire de la CFDT, a estimé que le projet de loi modifié était « potentiellement porteur de progrès pour les jeunes et les salariés ». La CGT, FO et l’UNEF ont appelé à « continuer la mobilisation ».

Que les bureaucraties syndicales soient opposées à la réforme du gouvernement est une contre-vérité. Les appels à des mobilisations de la part de la CGT et de l’UNEF entre autres ne sont que des manœuvres d’appareil visant à canaliser la colère des travailleurs et des étudiants contre le projet de loi avec l’aval du PS.

La CGT et les autres bureaucraties syndicales y compris étudiantes ont démontré durant le quinquennat de Hollande qu’elles étaient ses principales alliées.

La bureaucratie syndicale a contrôlé l’hostilité des travailleurs à l’encontre du gouvernement le plus impopulaire de la Ve République, qui a soutenu les licenciements de masse et mené une politique d’austérité et de guerre. Pendant quatre ans les organisations syndicales n’ont pas organisé de manifestations significatives comme par le passé parce qu’elles avaient peur de ne pas pouvoir contenir la colère des travailleurs et de se voir débordées sur leur gauche.

Le duo Hollande-Valls a décidé de revoir le texte de loi Travail craignant que les organisations syndicales et politiques discréditées ne puissent contrôler un mouvement large des travailleurs et des étudiants.

Pendant la manifestation du 9 mars à Lyon, plusieurs lycées ont été bloqués et des affrontements ont éclaté lorsque la police, profitant des pouvoirs conférés par l’état d’urgence, a essayé de bloquer le chemin de la manifestation. Au moins deux manifestants ont été hospitalisés après que la police anti-émeute a tiré des flashballs et ouvert le crâne d'un manifestant avec une matraque.

Comme nous l’indiquions dans le tract diffusé lors de la manifestation du 9 mars,
Citation :
« Toute opposition réelle dirigée contre les mesures réactionnaires du PS est la bienvenue. Toutefois, ce serait une erreur fatale pour ce mouvement naissant de se limiter à un cadre national, pour exiger une réécriture ou le retrait de la loi El Khomri négocié par les syndicats. Les négociations entre ces appareils illégitimes et discrédités et le PS, sous la botte de l'état d'urgence et avec la menace permanente d'une escalade militaire de l'OTAN contre la Russie en Syrie et en Europe, ne produiront que de nouveaux reculs. Surtout, elles ne feront rien contre les dangers de guerre et de dictature qui pèsent sur les travailleurs en France et à travers le monde. »

Le tract ajoutait :
Citation :
« La lutte contre la loi El Khomri doit s'élargir en une lutte politique contre la poussée internationale des puissances de l'OTAN vers une guerre, notamment contre la Russie en Europe et en Syrie, et contre l'état d'urgence liberticide décrété après les attentats du 13 novembre. Cette lutte doit être une lutte pour le socialisme, basée sur la classe ouvrière. Les alliés des travailleurs et des jeunes français sont les travailleurs à travers l'Europe et le monde, tous menacés par la guerre et par les atteintes aux droits démocratiques ».

Les travailleurs et les étudiants ne peuvent rien attendre des mobilisations organisées par les appareils liés au gouvernement PS. Ils doivent s’organiser indépendamment des syndicats et des organisations de la pseudo-gauche qui bloquent l’émergence d’une opposition politiquement consciente de la classe ouvrière


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Jeu 17 Mar - 15:17




on retrouve aujourd'hui ce slogan à la porte de La Sorbonne


il y a une trentaine d'année, dans l'ascenseur conduisant aux bureaux, je proposais l'adhésion à mon association :

commencer à 20 ans par 40 ans de retraite, et faire travailler les vieux

mais les lutteurs ont-ils autant d'imagination que les poètes ?

pourtant, cela marcherait bien, économiquement, du point de vue démographique, non ?

scratch

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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Ven 8 Avr - 9:44


" Nous n’avons rien à défendre "

mercredi 6 avril 2016

Citation :
Ni des lois supposées nous garantir, ni un quelconque travail supposé nous permettre de nous « réaliser ». Le travail n’est rien d’autre qu’exploitation, fatigue, ennui, humiliation. Toute loi n’est que l’expression de la domination de certaines couches sociales sur d’autres, qui constituent la majorité de la population. Nos fameux « droits » ne sont que le paravent du marchandage entre notre docilité et l’expropriation de nos vies.

Nous sommes nombreux à descendre dans les rue, ces jours-ci. Journalistes, syndicalistes et politiciens (même « alternatifs ») voudraient nous enrégimenter derrière le simple refus de la loi Travail. Mais, en fait, on s’en fout de cette énième reforme d’un code du Travail qui est là pour nous atteler au turbin. On crache sur l’esclavage à vie du CDI comme sur la galère quotidienne de la précarité. Ce qui remplit les rues ces jours-ci, c’est le ras-le-bol envers ce monde de plus en plus invivable. Ce qui apparaît là, c’est un refus du travail, la conscience peut-être encore imprécise mais bien présente que toute loi est une chaîne. Il y a ici et là quelques petites secousses dans la normalité de cette société : des frémissements dans lesquels nous pouvons voir un refus de la soumission et de l’impuissance quotidiennes, une mise en cause de la résignation généralisée.

Ce monde est invivable. D’un côté un État de plus en plus répressif – la carotte de l’État social étant en fin de course (pas pour toutes les catégories, bien sûr : le vieux précepte de diviser pour mieux régner est toujours efficace), il ne reste que le bâton. De l’autre côté, des prétendues alternatives qui ne représentent que la volonté de faire gérer cette même société par des syndicats et des partis de gauche, qui n’ont même plus d’illusions à vendre. Ou bien de sinistres cauchemars qui donnent une couleur encore plus morbide à l’autorité : replis communautaires, retour du religieux et de l’oppression morale.

Dans ce panorama sombre, s’attacher à un coin de territoire ou à une situation sociale donnée, revient à jouer sur la défensive, à renoncer à l’audace des rêves. Mais ni une quelconque zone à défendre dans un monde englouti par des nuisances, ni une Justice qui est là pour sanctionner l’inégalité et la privation de liberté, ni quelques droits à se faire exploiter tout le long de la vie, ne pourraient jamais nous suffire.

Cette petite fissure dans la normalité que ce sont les mobilisations avec l’excuse de l’énième modification du code du Travail, nous voulons l’agrandir, pour qu’elle devienne une brèche, d’où atteindre la fin de l’exploitation. Faisons en sorte que le vase qui commence à déborder se casse. Ne nous contentons pas des promesses politiciennes, chassons les médiateurs sociaux (comme les syndicats), déchaînons notre rage contre cette société qui nous vole, jour après jour, nos vies. Attaquons-nous aux bases morales et sociales de l’autorité. Et aussi à ses structures matérielles : magasins, lieu de productions, bâtiments publics, véhicules, moyens de transport de personnes, de marchandises et d’énergie… Attaquons-nous aux hommes et femmes qui l’incarnent : flics, patrons, juges, chefs de toute sorte, bureaucrates, vigiles, politiciens, matons… A nombreux, en petits groupes ou seuls, le jour comme la nuit, quand et où le pouvoir ne nous attend pas.

Un graffiti récent, souvent repris, dit : « le monde ou rien ». Mais nous n’avons rien à défendre dans ce monde qui ne nous appartient en rien, et auquel nous n’appartenons pas. Un monde qu’on veut détruire.

La fête ne nous attend pas que sur ses décombres, mais déjà dans la révolte, ici et maintenant. Il n’y a pas de retour en arrière.

Contre toute loi, contre le travail. Contre ce monde d’enfermement et d’exploitation.

Pour la liberté !

[Repris d’Indy Nantes.]

Contact : comitedesfetesdegouliaipolie [at] riseup.net


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Dim 10 Avr - 7:41

ma compréhension du mouvement #Nuit Debout fait l'objet de commentaires ICI

un témoignage intéressant sur la journée d'hier

Yves Tripon a écrit:
L'objectif était clair : séparer les jeunes du reste du cortège. À la Nation, l'idée était d'empêcher la CGT d'arriver sur la place, où les CRS n'ont eu de cesse de grenader et charger les jeunes pour les provoquer, ce qui ne manquait pas de se faire. En fait, il y avait plus que les jeunes. Tous les âges étaient représentés. En cela, ça a échoué.

Par contre le SO CGT a été lamentable. Il a détourné le cortège pour "éviter des incidents", alors que les incidents étaient en cours. Ce qui nous séparait de la Nation, c'était cinq ou six véhicules de la gendarmerie mobile et le cordon qui nous tenait éloignés était composé de six ou sept gendarmes. Quand on a demandé au responsable du SO d'exiger des gendarmes qu'il laisse la manifestation autorisée suivre son cours, il nous a répondu : "On n'est pas là pour s'affronter aux flics. Dans le cortège CGT, il y a aussi des gens qui sont venus avec leurs enfants." Comme si sur la place de la Nation, il n'y avait pas non plus des gens venus manifester en famille... Quand on le lui a dit, sa réponse a été : "Moi, je m'occupe de la CGT. Ils avaient qu'à être dans notre cortège." Et il a ajouté : "Si vous voulez y aller, allez-y."

Quand on s'est retourné vers les gendarmes, on s'est aperçu qu'on était de nombreux cégétistes à réclamer le départ des gendarmes, particulièrement des cheminots, qui ont commencé à repousser les collègues de l'assassin de Rémi Fraisse. Ces derniers ont commencé à paniquer et on s'est mis à former une chaîne et à les repousser. Du coup des centaines de personnes sont venues donner un coup de main, tandis que le SO CGT s'efforçait de les en empêcher. C'était peine perdue.

Le responsable SO a donc laissé une partie du cortège se faire gazer et matraquer plutôt que déroger à des consignes stupides, qui lui étaient indubitablement venues de la confédé. Il aurait dû intervenir auprès de l'officier de gendarmerie pour lui demander de laisser le passage, car il était clair que les flics avaient pour consigne, eux, d'éviter tout incident avec la CGT.

La manœuvre du gouvernement identitaire-socialiste était clairement de faire croire aux jeunes qu'on les laissait tomber. Les responsables confédéraux présents ce jour-là à Montreuil soit n'ont rien compris à ce qui se passait soit ont décidé de se replier frileusement, quitte à laisser tomber une jeunesse tous les jours harcelée par les voyous en bleu et, surtout, en civil. Si c'est la deuxième solution, ça augure mal de l'avenir de la mobilisation.

Aux yeux des jeunes, qui nous ont vus réagir, en tout cas, ils ont bien reçu le message que, du côté des militants, on était solidaires.

Une chose est sure et que ne rapportent pas les journalistes de Mediapart, c'est que là où il n'y avait pas de police, il n'y a eu aucun incident. Toutes les violences sont venues d'elle, à commencer par la prise de force du kiosque à musique à l'entrée de la place de la Nation, qui a entraîné une réaction violente de la foule, qui leur a lancé tous les objets que les gens avaient à portée de main. Sous le déluge, les CRS ont dû reculer et se positionner dans la rue Dorian, d'où, par la suite, ils n'ont eu de cesse de harceler les jeunes particulièrement remontés contre eux à coups de charges et de grenadages.

Une chose qui nous a bien fait rire, c'est quand, alors qu'ils cherchaient à vider la place. des CRS ont grenadé contre le vent. Masochisme ou stupidité ? Ou les deux ? En tout cas, après toutes les saloperies qu'ils ont faites, les voir pleurer et partir en toussant et crachant tous leurs poumons nous a fait penser que la justice n'était pas encore complètement morte en France.


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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Dim 24 Avr - 12:02


samedis debout chez dndf

Du nouveau sur dndf 23/04/2016

Nous créons une nouvelle page sur dndf, titrée « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce ».

Citation :
Il s’agit d’une chronique subjective, sélective et régulière, d’une veille, d’une recension des nouvelles du front, des fronts, un peu partout dans le monde… qui paraîtra tous les samedis.

Cette chronique est tenue, mise à jour et expédiée régulièrement par un des camarades soutiers de dndf.

On peut y accéder directement ci dessus, après le DAZIBAO.

Le lien direct est : http://dndf.org/?page_id=14917



une excellente initiative, "on" se sent moins seul scratch

.
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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Jeu 28 Avr - 12:50


non ce n'est pas dans le moment actuel du capital et des luttes, mais ce passé l'éclaire. Article trouvé via Tweets du PIR


prolos et immigrés, il y a trente ans
que vient faire la dignité dans tout ça ?

Des grèves de la dignité aux luttes contre les licenciements : les travailleurs immigrés de Citroën et Talbot, 1982-1984

Alors que continue la grève des travailleurs/ses de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois, qui se battent depuis plusieurs mois contre la fermeture du site mais aussi contre la répression patronale, nous publions cet article de Vincent Gay, qui revient en détail sur les luttes menées au début des années 1980 par les OS immigrés des usines Citroën et Talbot, respectivement à Aulnay-sous-Bois et Poissy.

Citation :
Le début des années 1980 est une période de mutations profondes, à l'échelle internationale comme en France. Les élections respectives de Ronald Reagan et Margaret Thatcher annoncent le vaste tournant politique qui est alors en train de s'opérer, qui va faire de la décennie le grand cauchemar que décrit François Cusset1 à propos du cas français. Ce grand cauchemar se caractérise entre autres par la mise à l'index des utopies soixante-huitardes, le reclassement d'une partie des élites issues de l'extrême-gauche, et plus largement par le déploiement d'un consensus entre les principales forces politiques autour de la nécessité d'un programme économique néo-libéral.

Si ce regard a posteriori est pleinement justifié, il ne saurait masquer un certain nombre de questions que des luttes sociales mettent au grand jour au début de la décennie. Parmi celles-ci, l'immigration, et plus particulièrement le devenir des populations immigrées ou héritières de l'immigration, est l'enjeu de nombreux conflits et mobilisations. Or, si la marche pour l'égalité et contre le racisme en décembre 1983 est demeurée dans les mémoires, faisant du beur de deuxième génération une figure médiatique, les grèves menées par les ouvriers immigrés de l’automobile de la région parisienne posent la question du devenir d'un salariat particulièrement dominé et exploité, dans une industrie en constante restructuration.

A partir de l'étude des conflits dans deux usines, Citroën à Aulnay-sous-Bois, et Talbot à Poissy, entre 1982 et 1984, nous étudierons comment à cette période se dessinent les enjeux quant à la place de ces travailleurs dans la société française, et de quelle manière peut-on lire, à partir des conflits du travail, les tensions qui traversent les choix gouvernementaux quant au devenir de l'immigration.


Les OS et la restructuration de l'automobile

La fin des années 1970 voit le début d'un processus de restructuration profond de l'industrie automobile au niveau international, qui tend à une spécialisation des usines et à une diminution de leur taille. Il faut alors en finir avec les grandes concentrations ouvrières où les automobiles étaient construites de A à Z. Certaines usines ferment, des rachats et fusions d'entreprise ont lieu, en particulier au sein de Peugeot qui rachète Citroën puis Chrysler France (ex-Simca).

Du coté des salariés, outre la multiplication des jours de chômage technique, on assiste à l'arrêt des embauches, puis aux premiers licenciements collectifs, à une dégradation des conditions de travail, une lutte contre l'absentéisme, bref, un durcissement des rapports sociaux au sein des entreprises. Les changements auxquels doivent faire face les salariés sont très rapides, ce qu'on peut expliquer par les choix opérés par le patronat à la fin des années 1960. Alors que l'automobile connaît une période d'expansion, les constructeurs ne procèdent pas à une modernisation de leurs installations, mais font le choix d'embaucher massivement une main-d’œuvre immigrée, ce qui va notamment permettre de repousser à plus tard la modernisation.

Dans les projets patronaux, formation et promotion des ouvriers spécialisés (OS) ne sont ni possibles ni nécessaires.En 1971, le Conseil National du Patronat Français (CNPF) publie une étude consacrée aux OS où il explique que « s’il s’agit de main-d’œuvre étrangère comprenant mal le français, la spécialisation devra rester la règle, une main d’œuvre trop fruste ne pouvant s’y adapter [à la modernisation]. […] Un grand nombre resteront OS. La promotion et la formation ne sont applicables qu’à un nombre restreint d’OS. Beaucoup n’auront pas les capacités, ou la volonté, d’y recourir, ou les événements leur seront hostiles, ou l’usine ne pourra pas leur offrir de telles possibilités de formation et de promotion »2.

Refusant donc par avance toute possibilité de promotion dans les usines, le patronat condamne les OS immigrés à n'occuper qu'une fonction temporaire en maintenant bas salaires et conditions de travail pénibles, d'autant plus qu'opérer des changements dans l'organisation du travail juste après les grèves de 1968 pouvait constituer un risque certain pour les employeurs. Ces choix industriels contribuent à modifier fortement la sociologie des usines, particulièrement dans celles étudiées où arrivent des travailleurs issus de migrations récentes, Marocains en majorité, Turcs, Yougoslaves notamment.


La question immigrée dans les années 1970

Parallèlement aux embauches massives et à la mise au travail dans des positions très subordonnées des immigrés, l'immigration est l'objet d'une forte politisation dans les années 1970, tant à travers la place que prennent les immigrés dans les luttes sociales que du fait des mesures prises à leur encontre par les gouvernements successifs.

Différents types de luttes mettent en lumière les problèmes auxquels sont confrontés les immigrés. Il s'agit tout d'abord de luttes ouvrières, c'est-à-dire mettant en cause la condition ouvrière proprement dite, les cadences infernales, les bas salaires des OS et l'arbitraire des classifications. Ainsi, en 1972, dans l'usine Pennaroya de Lyon, une grève de trois semaines permet aux ouvriers immigrés d'obtenir des augmentations salariales, la reconnaissance de l'ancienneté, des contrôles sur les produits toxiques et la construction d'un foyer neuf3. Quelques mois plus tard, en mars 1973, les ouvriers des presses de Renault-Billancourt obtiennent après trois semaines de grève la garantie d'un coefficient identique à tous les travailleurs, ce qui permet une progression de carrière égalitaire. Cette grève illustre par ailleurs la capacité d'auto-organisation de ces travailleurs et certaines différences avec des luttes syndicales plus classiques4.

Mais les luttes immigrées ne se cantonnent pas au lieu de travail, et la question du logement va mobiliser les énergies entre 1973 et 1979 lors de la longue grève des loyers dans les foyers SONACOTRA où sont entassés les immigrés5. Travail et logement sont donc au cœur de la condition sociale immigrée, mais les luttes se déploient également sur d'autres terrains, en particulier celui du racisme quotidien et de la xénophobie d'Etat. Des grèves de la faim contre les expulsions en 1972 aux mobilisations de la fin de la décennie contre les lois Bonnet-Stoléru visant à limiter la présence immigrée en France, en passant par la grève contre les actes racistes déclenchée par le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) en septembre 19736, ces années voient l'éclosion d'une multitude de mouvements, associations, publications, transformant l'image du travailleur immigré, qui, de catégorie sociologique passe à celle d'acteur politique dans la société française. Cette figure n’est plus seulement celle de la victime, passive et transparente, mais celle d’un groupe qui gagne en visibilité et qui percute ainsi les conceptions sur la place de l’étranger au sein de la nation.

L'autre pan de la politisation de la question immigrée se joue au sein de l’État et des gouvernements qui se succèdent dans les années 1970. Un arsenal législatif est adopté tout au long de la décennie, en même temps que la haute fonction publique produit un nouveau discours sur l'immigration7. Discours étatique et législation visent dans une certaine mesure à répondre à la diffusion d'un sentiment antiraciste lié aux mobilisations des immigrés et de leurs soutiens, d'où l'adoption de la loi contre le racisme en 1972. Mais surtout, les mesures se succèdent pour limiter les flux migratoires et afficher un contrôle de l'immigration par l’État. Dès 1972 les circulaires Marcellin-Fontanet conditionnent l'attribution de cartes de séjour à la possession de contrats de travail d'un an et d'un logement décent, ce qui provoque la grève de la faim d'immigrés menacés d'expulsion. En 1974, l'immigration de travail est suspendue provisoirement, puis durablement, tout comme, pendant une courte période, l'immigration familiale.

La décennie voit également s'accentuer les différenciations entre migrants puisque si la construction européenne autorise la libre circulation au sein de la CEE, ce sont les migrations issues des anciennes colonies qui connaissent le plus de restrictions. Ces restrictions s'accentuent à la fin de la décennie, lorsque, face à la croissance du chômage qui dépasse un million de personnes en 1976, le gouvernement cherche à remplacer les travailleurs immigrés par des travailleurs français dans certains secteurs industriels, faisant la promotion d'un travail manuel qui ne serait pas destiné aux étrangers. Les aides au retour de 10 000 francs instaurées en 1977 par Lionel Stoléru, secrétaire d'Etat en charge des travailleurs immigrés et des travailleurs manuels, puis les lois Bonnet-Stoléru de 1979-80 visant à limiter le renouvellement des titres de séjour et à faciliter les expulsions sont l'objet de vives critiques de la gauche politique, des syndicats et des associations immigrées.

Si ce durcissement des politiques d'immigration reste le trait marquant de la décennie, en particulier dans sa seconde moitié, on assiste cependant dans le même temps à l'ouverture de nouveaux droits pour les travailleurs immigrés dans les entreprises : droit d’éligibilité aux comités d'entreprise en 1972, mais conditionné à la maîtrise du français oral et écrit ; suppression de l'obligation de maîtrise de l'écrit du français en 1975 et droit d'occuper des responsabilités syndicales ; cependant des discriminations subsistent qui différencient étrangers européens et non européens.


Citroën et Talbot, les usines de la peur 8

Aussi important soit-il, le cadre législatif a des effets différenciés selon les entreprises. Celles-ci peuvent constituer des systèmes sociaux particuliers, qui renvoient tant à leurs caractéristiques sociologiques propres qu'à leurs histoires respectives. Les usines Citroën et Simca-Talbot9 représentent des caractéristiques atypiques, mais d'une certaine façon se rapprochent d'un idéal-type de mise au travail d'une main-d’œuvre immigrée dans une entreprise fordiste. Ce qui distingue ces usines du reste de l'industrie automobile, c'est la place qu'occupe le syndicalisme indépendant dans le système de relations sociales.

Peu connu, aujourd’hui quasiment disparu, ce syndicalisme bien particulier est né au lendemain de la deuxième guerre mondiale de différents réseaux de droite et d’extrême-droite collaborationniste. Sous le nom de Confédération Française du Travail (CFT) puis Confédération des Syndicats Libres (CSL), il s'implante durablement d’abord à l’usine de Poissy (Simca) dès les années 195010, puis dans les usines Citroën après 1968. La CFT est un outil d'élimination rapide de la CGT à la fin des années 1950 à Simca, mais au-delà, elle participe à une forme très poussée de paternalisme coercitif qui repose sur deux piliers, la direction de l'entreprise et le syndicat indépendant11. Par un quadrillage permanent de l’entreprise, la CFT-CSL gère de fait les ressources humaines, attribuant primes, avantages, cadeaux, mais aussi sanctions et punitions, selon le degré d’allégeance dont font preuve les salariés. Ainsi, plusieurs centaines de collecteurs, conseillers d’ateliers, agents de secteurs, interprètes sont rémunérés uniquement pour entretenir le système, veiller sur les salariés et les surveiller, dans l’usine comme en dehors. Le syndicalisme indépendant constitue donc une véritable hiérarchie parallèle.

Pour les immigrés qui arrivent, souvent recrutés collectivement dans leurs pays d’origine, la carte du syndicat indépendant, désignée comme « la petite carte de la tranquillité » est distribuée lors de l’embauche avec les autres papiers, et l’argent de la cotisation est déduit de la première somme versée par l’entreprise. Les collecteurs du syndicat harcèlent bien souvent les salariés pour les faire adhérer. Ceux qui refusent sont souvent ostracisés et voient leurs carrières bloquées. Quant à adhérer à un autre syndicat, c'est quasiment impossible, sauf à être élu délégué du personnel ce qui assure une protection légale, mais n'est pas possible avant 1972 pour les immigrés. La CGT se construit donc clandestinement dans ces usines, ses membres ne se connaissent pas ou peu les uns les autres, et les violences et sanctions dont ils sont victimes les découragent bien souvent. Pendant de nombreuses années, ce système n'est pas contesté, du fait bien sûr de la répression syndicale, mais aussi à cause des bénéfices qu'il apporte aux salariés, en particulier les Français qui font de longues carrières dans ces usines. Les OS immigrés d'un coté, les Français syndicalistes de l'autre bénéficient beaucoup moins de ces avantages, ce qui va, un temps au moins, faciliter la rencontre et une compréhension commune des systèmes sociaux de ces usines.

Ces systèmes sociaux, particulièrement au moment où la hausse de la production nécessite des embauches massives, ne pourraient fonctionner aussi bien sans l’utilisation de la main-d’œuvre immigrée. Représentant entre 50 et 75 % des salariés des usines Citroën et Talbot en région parisienne12, et bien plus dans certains ateliers, les immigrés sont dès leur embauche placés dans une situation extrêmement subordonnée, inscrits dans un destin « d'OS à vie ». La différenciation professionnelle au cœur de cet enfermement dans la condition d'OS est en effet redoublée par une différenciation ethnique. Si dès l'embauche la majorité des immigrées est affectée aux tâches subalternes les plus dures et les moins bien rémunérées, les discriminations qu'ils subissent augmentent au cours de la carrière, notamment du fait de l'inégale répartition des formations internes dont les trois quarts sont destinés aux ouvriers qualifiés, le plus souvent français. Les formations destinées aux OS sont limitées à certaines tâches et ne visent pas l'acquisition de compétences permettant de faire évoluer sa carrière. On a là des effets cumulés qui renforcent l'assignation ethnicisée à certains postes, d'autant plus que la composition de l'encadrement renforce le dualisme ethnique13.


Le printemps des OS immigrés

Les années 1970 aux usines Citroën et Simca-Talbot sont marquées par un calme apparent. Nulle contestation visible ne semble entraver le dynamisme industriel des deux constructeurs, et les velléités de révoltes sont tuées dans l’œuf. Pourtant, les débuts de la crise que connaît le secteur automobile à la fin de la décennie et la difficulté pour les entreprises à assurer un niveau de redistribution suffisant pour légitimer leur système changent le climat. Par ailleurs, l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et les projets de droits nouveaux pour les salariés (lois Auroux) modifient l’état d’esprit des salariés et des syndicalistes, ce qui se manifeste dès le début de l’année 1982 par la présentation d’une trentaine de personnes sur une liste de la CGT à Aulnay, et une progression de ce même syndicat à Poissy (30,5 %), ce qui est complètement inédit dans des usines où la CGT n'avait pas le droit de cité.

Cependant ce qui va se passer à partir de la fin avril est largement inattendu. A Citroën-Aulnay d’abord où, le 22 avril, l’équipe du soir décide de débrayer, alors qu’il n’y a pas eu d’appel syndical à la grève. La grève s’élargit et la production est complètement arrêtée à partir du 26 avril. Le mouvement va durer cinq semaines, entrainant dans le mouvement les usines de Levallois, Asnières et Saint-Ouen. Cinq semaines d’occupation des parkings de l’usine, de manifestations en Seine-Saint-Denis ou à Paris, de contre-manifestations de la direction Citroën…. qui se terminent par une victoire éclatante des ouvriers et la nomination d’un médiateur, Jean-Jacques Dupeyroux, professeur de droit et fondateur de la revue Droit Social, dont les recommandations doivent mettre fin au système Citroën. La reprise du travail le 1er juin est suivie par le début de la grève à l’usine de Poissy dès le lendemain, la première depuis 28 ans, avec occupation du principal atelier et batailles rangées dans l’usine où pour la première fois les salariés répliquent physiquement à la hiérarchie et au syndicat indépendant et prennent le dessus. Le même médiateur qu’à Citroën soumet des propositions, qui mettent fin au conflit et permettent la reprise du travail le 5 juillet.

Compte tenu de l'affaiblissement de la conflictualité sociale dans cette période, ces grèves constituent un phénomène relativement exceptionnel14 tant par leur durée que par le fait qu'elles s'étendent à différentes usines d'un groupe, puis se propagent d'une marque à une autre, de Citroën à Talbot15. Mais ce sont également les questions portées par les grévistes et les discours qu'ils construisent alors qui constituent leur caractère exceptionnel. Particulièrement à l'usine d'Aulnay-sous-Bois où ils occupent les parkings, les OS immigrés font de ces cinq semaines de grève un moment de libération d'une parole longtemps muselée, et témoignent, auprès des journalistes ou dans le mégaphone de la CGT, de ce qu'ils ont vécu jusqu'ici.

Au-delà des revendications syndicales (salaires, évolutions de carrière, conditions de travail, libertés syndicales, revendications spécifiques aux travailleurs immigrés), la question de la dignité est omniprésente dans les paroles des OS, qui renvoie tant à la dignité en tant que salariés vis-à-vis de l’entreprise, qu'en tant qu’immigrés vis-à-vis de la France. Le Manifeste des OS d'Aulnay, rédigé par des syndicalistes CGT sur la base de ces témoignages synthétise cette aspiration à mettre fin à un système identifié comme tel, et à entrer dans le droit commun [voir encadré].


Manifeste des OS de Citroën-Aulnay (extraits)


Citation :
Nous sommes OS à l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois. Nous y subissons depuis des années le poids d’une véritable chape de plomb.

L’usine d’Aulnay, c’est l’usine de la peur. […]

Aujourd’hui, forts de notre grève, nous proclamons :

Le système de répression Citroën : c’est fini.

La terreur : c’est fini.

Les barrières entre travailleurs : c’est fini.

- Fini le quadrillage de l’usine par les mouchards pour mieux réprimer les travailleurs, et pour faire passer la politique de la direction ;

- Fini la hiérarchie parallèle, doublant la maîtrise et les techniciens (affectation à des postes productifs) ;

- Fini les agents de secteurs qui balancent avertissements et lettres à domicile, sans motifs valables ;

- Fini les cadeaux au "chef-interprète", fini le pastis au chef… pour obtenir ainsi : une promotion, un congé pour enfant malade, etc. ;

- Fini les insultes racistes ;

- Fini la médecine maison, les pressions par les agents de secteurs, pour reprise du travail avant guérison – ou pour décider à la place de la médecine du Travail de la gravité d’un accident, ou pour nous garder plusieurs jours à l’infirmerie.

Nous ne supporterons plus d’être traités en esclaves.

Nous voulons tout simplement avoir les mêmes droits que tous les travailleurs :

- le respect de la dignité ;

- la liberté de parler avec qui nous voulons ;

- de prendre la carte du syndicat de notre choix ;

- de voter librement.

Nous voulons

- choisir l’interprète de notre choix […] ;

- qu’on nous reconnaissance le droit de pensée et de religion différentes […] ;

- des élections libres […] ;

- voter comme tous les autres travailleurs de ce pays […]

Chez Citroën, la liberté et les droits de l’homme doivent triompher.


Alors que pour certains historiens, la décennie d'insubordination ouvrière s'est close en 197916, les OS immigrés prolongent donc d'une certaine façon le cycle des luttes ouvrières qui a suivi mai 68, dans un contexte cependant très différent. Par ailleurs, il ne s'agit pas là d'un brusque éclat, aussi violent que soudain, mais bien d'une mise en mouvement durable. Si on ne doit pas négliger le rôle des syndicalistes français, le plus souvent ouvriers professionnels, dans les usines ou à l’extérieur, le fait exceptionnel et nouveau, c’est que le régime de subordination des OS immigrés n’a pas produit une apathie mais bien au contraire une révolte latente qui surgit brusquement au printemps 1982 et continue à s’exprimer dans les mois suivants. Alors qu’ils sont cantonnés à une position dominée dans le travail, leur participation aux grèves, puis leur intégration dans les équipes syndicales modifient leur position, les faisant accéder à un statut d’acteurs politiques, de sujets capables de prendre leurs affaires en mains. Deux faits attestent particulièrement de ce phénomène.

Se syndiquer et devenir un délégué de chaîne

En quelques jours, la CGT de Talbot-Poissy devient le plus gros syndicat d’entreprise d’Ile-de-France (environ 4000 adhésions), et dans les usines Citroën, le taux de syndicalisation est de même importance ; 1500 adhésions à la CGT et 350 à la CFDT à Aulnay sont réalisées pendant la grève.

Mais cela pose la question du décalage entre cette syndicalisation massive et rapide, et la structurelle institutionnelle de représentation des salariés qui ne correspond plus aux nouveaux rapports de force. La réponse pragmatique choisie par les ouvriers et les syndicats est de créer une structure d’organisation à coté des formes classiques de représentation : les délégués de chaîne, à propos desquels France Soir parle de soviétisation de la chaîne. Chaque chaîne de montage désigne des délégués chargés de la représenter et de régler rapidement les problèmes qui se posent aux ouvriers, notamment dans leurs relations avec les contremaîtres. Symboles des changements de position et d'attitude vis-à-vis de la hiérarchie, les délégués de chaîne sont aussi une forme de médiation entre OS et maîtrise, limitant autant que faire se peut les réactions violentes et les actes vengeurs contre les contremaîtres. Surtout, cette nouvelle situation constitue pour les directions un sapement de l’ordre interne, non seulement parce qu’elle ronge l’influence de la CSL mais aussi parce qu’elle institue un auto-pouvoir en dehors des canaux institutionnels dont elle maîtrise les codes. Là est peut-être la plus grande violence du point de vue patronal, ce qu'exprime ainsi un conseiller des cadres de Talbot : « la tentative de création de délégués de chaînes est une invention diabolique révolutionnaire. Elle est un acte de violence pseudo-juridique destiné à accentuer le phénomène de terreur par son caractère unilatéral, comme si le droit social n’existait pas, et surtout comme si Peugeot n’existait plus. »


Produire sans patron

Alors que les idéaux autogestionnaires cristallisés autour de LIP se sont en ce début des années 1980 peu à peu évanouis, une expérience inédite, mais cependant très furtive, voit le jour dans l'usine de Poissy et met en lumière le contre-pouvoir initié par les OS immigrés. Face aux baisses de production du début de l'année 1983, la direction de l'usine Talbot décide de recourir au chômage technique. Pour les équipes syndicales, la grève ne semble pas être le moyen le plus efficace pour résister. Leur perspective est de montrer qu'il est toujours possible de produire, et que les ouvriers ont toutes les capacités de le faire, si besoin sans l'aval de leur hiérarchie, à un moment où la modernisation de l'usine et l'arrivée des robots menace de chômage les ouvriers sans formation. Ainsi, pendant plusieurs jours, les délégués de chaîne, les militants, les simples ouvriers décident de faire tourner l'usine sans patron. Ils remettent en route la production et réalisent toutes les opérations nécessaires à la fabrication des voitures. L'objectif n'est pas tant de s'approprier la production sur un mode autogestionnaire et pour une longue durée, que de faire une démonstration politique : démonstration d'un savoir-faire ouvrier, démonstration d'une prise en charge collective de son sort, et démonstration de la possibilité de produire quand la direction de l'entreprise souhaite ralentir cette production. Plusieurs centaines de voitures sont ainsi produites par les ouvriers, permettant une alliance conjoncturelle avec d'autres secteurs professionnels, chefs d'équipes et ingénieurs, et illustrant un certain attachement à l'usine en tant que lieu de travail et source d'emploi. Réponse pragmatique à une situation donnée, cette remise en route de la production sous contrôle ouvrier vise aussi à réfuter le discours patronal selon lequel c'est la mobilisation des ouvriers qui cause la ruine de l'entreprise. On retrouve ici certaines des caractéristiques des grèves productives des années 1970 : partage des savoirs-faire, appropriation des lieux et des outils, émulation et fierté collective. C'est donc un nouveau rapport à la production qui se dessine pendant quelques jours, rendu possible par les nouvelles positions symboliques conquises par les luttes des mois précédents, grâce auxquelles les ouvriers immigrés peuvent sortir partiellement de leur position subordonnée et réinvestir ce changement de position dans leur rapport au travail.


La gauche de gouvernement et l'immigration

Les événements qui secouent Talbot et Citroën, mais aussi dans une moindre mesure d'autres usines automobiles, sont concomitants à des redéfinitions des orientations gouvernementales quant aux politiques d'immigration. Lors des conflits de 1982, qui se déroulaient au moment des négociations sur les droits nouveaux des salariés (lois Auroux), les OS immigrés avaient pu compter sur le soutien des partis de gouvernement. En 1983 d'une part s'amorce une nouvelle réflexion sur l'immigration, d'autre part de nouvelles attitudes vis-à-vis des travailleurs immigrés se font jour. Le gouvernement d'union de la gauche tire en effet un premier bilan de sa politique d'immigration. Celle-ci est tiraillée entre des logiques contradictoires, en particulier celle du ministre de l'Intérieur et celle du secrétariat d’État aux immigrés. De plus des sondages indiquent que c'est sur cette question-là que le gouvernement est l'objet des plus vives critiques de la part de son électorat. Enfin, les premiers succès électoraux du Front National lors des élections municipales de mars 1983 semblent valider l'hypothèse d'une France de plus en plus raciste.

Ces différents éléments conduisent le gouvernement à réorienter sa politique d'immigration, et Georgina Dufoix, nommée secrétaire d'État à la Famille, à la Population et aux Travailleurs immigrés en mars 1983, synthétise ces nouvelles orientations en août de la même année. Il s'agit à la fois de faire face aux risques d'augmentation de la population immigrée, de rassurer les Français inquiets, sans pour autant susciter l'ire des immigrés et leurs soutiens, autrement dit, selon les termes de la secrétaire d’État, « équilibrer départs et arrivées et parvenir à un excédent des départs sur les arrivées ; assurer la reconnaissance, en contrepartie de mesures restrictives, de la présence durable, et le plus souvent définitive, des communautés d’origine étrangère, cela afin d’apaiser l’inquiétude des communautés et d’inciter l’opinion française à accepter leur insertion ».

Mais cette position d'équilibre visant à répondre aux attentes contradictoires censées traverser la société française peut aussi être éclairée par l'émergence de la question de l'Islam dans l'espace public. Or cette question est étroitement corrélée aux grèves des travailleurs immigrés de l'automobile. Si humoristes et dessinateurs de la presse de droite construisent l'image de l'ouvrier immigré-musulman-gréviste, ce sont surtout des déclarations de plusieurs ministres qui donnent crédit à une telle construction.Pierre Mauroy, Premier ministre, et Gaston Deferre, expliquent ainsi les grèves par la présence d'intégristes parmi les ouvriers ; Jean Auroux, ministre du Travail, multiplie les propos à ce sujet : « S’il est prouvé que des influences extérieures d’inspiration religieuse ou politique ont pesé sur le comportement des immigrés en grève […] alors le gouvernement prendra ses responsabilités et en premier lieu le ministère du travail. Nous ne tolérerons pas que ces attitudes compromettent la réussite des entreprises en agissant contre l’intérêt national »17. « Il y a, à l’évidence une donnée religieuse et intégriste dans les conflits que nous avons rencontrés, ce qui leur donne une tournure qui n’est pas exclusivement syndicale »18. « Lorsque des ouvriers prêtent serment sur le Coran dans un mouvement syndical, il y a des données qui sont extra-syndicales […] Un certain nombre de gens sont intéressés à la déstabilisation politique ou sociale de notre pays parce que nous représentons trop de choses en matière de liberté et de pluralisme »19.

Après le soutien des partis d'union de la gauche lors des grèves de 1982, le changement d'état d'esprit au sein du gouvernement est patent, ce qui ne peut qu'avoir des conséquences lors des événements ultérieurs.


Face aux licenciements

Arguant de sa mauvaise santé financière et de la baisse de ses ventes, le groupe Peugeot souhaite procéder à un vaste plan de suppressions d'emplois et ainsi opérer une restructuration de ses usines. En juillet 1983, il annonce ce plan qui menace 4140 emplois à Talbot, 4000 pour la marque Peugeot et 4500 pour Citroën. L'usine de Poissy est particulièrement concernée puisque, outre les préretraites, 2905 licenciements sont prévus, qui doivent toucher essentiellement les ouvriers sur chaîne, immigrés pour la plupart.

Premiers concernés, les ouvriers de Talbot se mobilisent dès l'été puis entament une grève avec occupation de l'usine le 7 décembre 1983. Des négociations entre le groupe Peugeot et le gouvernement aboutissent à baisser le nombre de licenciements à 1905 et à enrichir le plan social de nouvelles clauses. Si le début du mouvement avait montré une forte unité parmi les salariés et une mise entre parenthèses des divisions syndicales entre la CGT et la CFDT, les nouvelles propositions de la direction de l'entreprise créent le trouble. Alors que le gouvernement semble se satisfaire de ces décisions, la fédération de la métallurgie CGT parle d'une « première avancée constructive », tandis que la section CGT de l'usine appelle à poursuivre le conflit pour l'ouverture de négociations. L'ambivalence de la position de la CGT mine la confiance des ouvriers, et lorsqu'arrivent les lettres de licenciement, se confirme le caractère ethnicisé des suppressions d'emplois, puisque parmi les licenciés 80 % sont étrangers et parmi les 20 % restant, une majorité est originaire des DOM-TOM. Les licenciements touchent également fortement les équipes syndicales, cinquante délégués de chaînes CGT et quinze de la CFDT étant licenciés.

Si le conflit se poursuit tout au long du mois de décembre, la désunion syndicale est de plus en plus forte, le nombre d'occupants de l'usine de moins en moins important, et la fin du conflit est particulièrement violente. Entre le 3 et le 5 janvier 1984, les grévistes sont attaqués par les militants de la CSL, secondés par un groupuscule d'extrême-droite20, mais aussi par d'autres travailleurs non syndiqués. La violence physique de ces affrontements, qui font plusieurs blessés, obligent les syndicats à faire appel aux forces de l'ordre pour évacuer les grévistes qui sortent sous les huées, les cris et les slogans « les Arabes au four », « les Noirs à la mer ». Quelques mois plus tard, Citroën connait un scénario semblable, moins violent cependant. Face aux licenciements, des grèves et des occupations d’usines ont lieu à Aulnay, Levallois, Nanterre et Asnières en mai 1984, et le gouvernement semble refuser dans un premier temps les 2417 licenciements demandés par Citroën. Mais pendant l’été, il donne son aval à 1909 licenciements, contre des modifications partielles du plan social. Les tentatives syndicales pour relancer la lutte contre les licenciements à la rentrée restent vaines. Comme à Poissy, une large majorité des licenciés sont immigrés, et parmi eux, beaucoup sont syndiqués à la CGT.

Si l'émoi est fort au sein des usines, au gouvernement, ce n’est pas nécessairement le pessimisme qui règne, certains conseillers voyant dans le cas de Talbot « un point de référence pour les conversions industrielles à venir ». Les événements que constituent ces licenciements et ces grèves sont une occasion pour le gouvernement de légitimer un nouvel axe de sa politique d'immigration, ou plutôt la remise au goût du jour d'une mesure instaurée par le gouvernement de droite précédent, à savoir les aides au retour. Rebaptisée aide à la réinsertion, ce « terme-alibi acceptable par tous »21, l'aide au retour est intégrée à la nouvelle loi sur l’immigration adoptée le 17 juillet 1984 et votée par tous les groupes parlementaires. Pour ne pas reproduire cependant la politique du gouvernement précédent, le gouvernement de gauche souhaite inscrire les aides à la réinsertion dans une politique de coopération avec les pays d’émigration, mais peu de pays répondent favorablement à un retour massif de leurs ressortissants. L’aide à la réinsertion prend alors plus une dimension symbolique, à la fois à destination des Français supposés désirer un renvoi d'une partie des immigrés dans leur pays d'origine, et à destination des immigrés eux-mêmes, comme un « rappel de leur vérité essentielle et, au fond, une invite à partir »22.

Faire l'histoire des conflits dans les usines Citroën et Talbot entre 1982 et 1984 permet donc de poser la question du devenir des travailleurs immigrés dans une période de profonds changements, tant politiques qu'économiques et industriels. Il ne s’agit pas de dire que ces événements provoquent un brusque virage de la situation politique et sociale. Mais en eux se concentrent différents phénomènes qui se conjuguent dans la France du début des années 1980. Transformations de l’appareil productif et introduction de nouvelles organisations du travail, chômage de plus en plus menaçant, décollectivisation de la société et « effritement de la condition salariale »23 dans le sens qu'en donne Robert Castel, menacent la stabilité des collectifs de travail. Phénomènes également politiques, avec l’émergence du Front National et l’adaptation du Parti Socialiste au monde tel qu’il est, symbolisé par le tournant de la rigueur en 1983. Et bien entendu, comme on l’a déjà évoqué, modifications qui touchent l’immigration, tant du point de vue des politiques menées que des représentations qui se forgent alors.

On peut donc souligner deux phénomènes concomitants et fortement corrélés. D'une part, l'occultation progressive de la figure du travailleur immigré, prélude à l'effacement de la figure de l'ouvrier, ou de la classe ouvrière, en tant que groupe mobilisé. D'autre part la réactivation du clivage national/racial. En 1995, Jacques Rancière notait qu'« il y a vingt ans, nous n’avions pas beaucoup moins d’immigrés. Mais ils portaient un autre nom : ils s’appelaient travailleurs immigrés, ou simplement ouvriers. L’immigré d’aujourd’hui, c’est d’abord un ouvrier qui a perdu son second nom, qui a perdu la forme politique de son identité et de son altérité, la forme d’une subjectivation politique du compte des incomptés. Il ne lui reste alors qu’une identité sociologique, laquelle bascule alors dans la nudité anthropologique d’une race ou d’une peau différentes »24. Les discours publics sur l'immigration, les réactions gouvernementales à partir de 1983 participent de la modification des perceptions du monde social. Les lectures classistes de la société perdent de leur vigueur pour une série de raisons au cours des années 1980 et touchent en premier lieu les ouvriers immigrés. Si ceux-ci ne peuvent être désignés par une approche classiste, et ne peuvent donc se reconnaître collectivement ainsi, d'autres modes de représentation doivent émerger qui ignorent la question du travail et la place des immigrés dans les rapports de production ; d'autres dimensions, d'autres modes d'assignation identitaire s'imposent alors, ouvrant la voie à une approche culturaliste, à laquelle participe la référence au religieux sans pour autant s'y réduire. Le clivage national/ étranger, s'il n'a bien entendu jamais disparu, se réactualise à partir des événements qui touchent le monde du travail, le racisme devenant « un facteur déterminant du consensus qui relativise les clivages de classes »25.

La circulation des phénomènes dans les usines et dans le champ politique permet de montrer comment à un moment de profondes restructurations industrielles, un consensus peut naître tant au sein des entreprises que parmi la gauche gouvernementale, qui s'accorde là avec la droite, quant au caractère surnuméraire des travailleurs immigrés. Cependant les grèves de 1982 montrent que d'autres trajectoires collectives sont possibles pour ces derniers, fut-ce furtivement, durant un moment où l'apprentissage et la conscience d'un soi collectif révèlent des capacités insoupçonnées sans doute par les acteurs eux-mêmes.


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1. François Cusset, La décennie : Le grand cauchemar des années 1980, Paris, La Découverte Poche, 2008, 371 p.
2. CNPF, Groupe d'Etudes Patronales, Le problème des OS, 1971.
3. Laure Pitti, « "Travailleurs de France, voilà notre nom" : les mobilisations des ouvriers étrangers dans les usines et les foyers durant les années 1970 », in Ahmed Boubeker, Abdellali Hajjat, Histoire politique des immigrations (post)coloniales : France, 1920-2008, Paris, Editions Amsterdam, 2008, p. 95-111.
4. Laure Pitti, « Grèves ouvrières versus luttes de l’immigration : une controverse entre historiens », Ethnologie française, 2001/2, Tome XXXVII, p. 465-476.
5. Choukri Hmed, « "Sonacotra cédera !" La construction collective d'une identité collective à l'occasion de la grève des loyers dans les foyers de travailleurs migrants (1973-1981) », Agone. Histoire, politique et sociologie, Agone, n°40, 2008, Marseille, p. 81-94.
6. Abdellali Hajjat, « Des comités Palestine au mouvement des travailleurs arabes (1970-1976) », in Ahmed Boubeker, Abdellali Hajjat, Histoire politique des immigrations (post)coloniales : France, 1920-2008, op. Cit. p. 145-156.
7. Sylvain Laurens, Une politisation feutrée : les hauts fonctionnaires et l’immigration en France, Belin, Paris, 2009, 352 p.
8. La reprise de cette dénomination par de nombreux syndicalistes de Citroën fait référence au livre de Daniel Bouvet et Jean-Paul Desgoutte, L'usine de la peur, Paris, Stock, 1975.
9. La principale usine de la marque Simca, celle que nous évoquons, est située à Poissy dans les Yvelines. Suite à des rachats, elle a changé plusieurs fois de nom pendant les années 1960-70 : Simca, puis Chrysler-France en 1970 puis Talbot en 1978, marque appartenant au groupe Peugeot. Citroën qui ne change pas de nom est également rachetée par Peugeot en 1975. Voir Jean-Louis Loubet et Nicolas Hatzfeld, Les sept vies de Poissy : une aventure industrielle, Paris, ETAI, 2001, 357 p.
10. Jean-Louis Loubet et Nicolas Hatzfeld, « Poissy : de la CGT à la CFT : Histoire d'une usine atypique », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2002/1 n° 73, p. 67-81.
11. Pour une histoire « compréhensive » du syndicalisme indépendant depuis ses origines, voir Didier Favre, Ni rouges ni jaunes : de la CGSI à la CSL, l’expérience du syndicalisme indépendant, Paris, Éditions Midi moins le Quart, 1998, 299 p. Pour un point de vue plus critique, voir les enquêtes de la CGT menées par Marcel Caille, Les Truands du patronat, Paris, Éditions Sociales, 1977, 305 p. et L’assassin était chez Citroën, Paris, Éditions Sociales, 1978, 255 p.
12. On retrouve les mêmes caractéristiques sociologiques dans d'autres usines automobiles de la région parisienne, notamment à Renault-Flins, et à Billancourt dans une moindre mesure, alors que les usines de province font moins appel à l'immigration (Peugeot à Sochaux- Montbéliard), voire pas du tout (Citroën à Rennes).
13. En 1982, alors que les immigrés sont très largement majoritaires sur les chaînes de l'usine de Poissy, sur 467 agents de maîtrise, on ne compte que 11 étrangers parmi lesquels 9 Européens.
14. Phénomène qu'il faut inscrire dans le cycle de grèves que connaît le secteur automobile à partir de mai 1981.
15. Si Citroën et Talbot appartiennent toutes deux au groupe Peugeot, elles bénéficient d'une large autonomie de fonctionnement et d'histoires sociales propres.
16. Xavier Vigna, L’insubordination ouvrière dans les années 68 : essai d’histoire politique des usines, Rennes, PUR, 2007, 378 p.
17. Paris-Match, 2 février 1983.
18. L'Alsace, 10 février 1983.
19. France-Inter, 10 février 1983. Précisons qu'en février 1983 l'usine d'Aulnay connaît un conflit très violent, avec menaces de licenciements des principaux militants marocains de la CGT, et qu'une grève a lieu à l'usine de Flins, usine où la proportion d'ouvriers immigrés est aussi très forte.
20. Il s'agit du Parti des Forces Nouvelles (PFN), concurrent à l'époque du Front National.
21. Abdelmalek Sayad, « Le retour, élément constitutif de la condition de l’immigré », in L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, tome 1 : L’illusion du provisoire, Paris, Ed. Raisons d’agir, p. 179.
22. Idem.
23. Robert Castel, Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, Paris, Gallimard, 2002 [1ère ed. 1995], p. 621.
24. Jacques Rancière, La Mésentente, Paris, Galilée, 1995, p. 161.
25. Etienne Balibar, « Racisme et crise », in Race, nation, classe : les identités ambiguës, Paris, La Découverte, 1997 [1ère ed. 1988], p. 293.

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MessageSujet: Re: des LUTTES dans la CRISE : GRÈVES, OCCUPATIONS, BLOCAGES, MANIFESTATIONS...   Jeu 28 Avr - 16:11


d'un ami de la plume

Le droit à la Presse

L'Épistoléro 28 avr. 2016

Le Droit à la paresse perd son A : le Droit à la presse

Le citoyen veut user de son droit à la Presse. Il fait des efforts pour s’informer, s’ouvrir l’esprit au risque de tacher ses doigts d’encre.

Citation :
Mais, en ce 28 avril, jour de grève à l’appel du Syndicat du livre contre la loi El Khomri, le mouvement social fait son Laforgue.

Assez d’ « un travail sans trêve », assez de ceux qui ont « sacro-sanctifié le travail ». « Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique. »

Le mouvement social se forge dans l’atelier de lecture de Laforgue et de son droit à la paresse.

Ce jeudi, le syndicat du Livre appelle à la grève.

Même la presse citron nationale ne paraît pas. Celle où on dit que la grève est un droit dont il ne faut pas abuser. Notre Presse qui être odieuse…

T’as vu ton droit quand t’abuses ?

Presse aussitôt parue, aussitôt vendue. Tous les kiosques ne protègent pas de la fracture du crâne, la pire ennemie de l'ouverture d'esprit. La prudence est de mise quand on achète le journal.

Le travailleur manifeste donc pour un quotidien qui ne parait pas dans tous les journaux nationaux : un quotidien de 24 h, fait d’un sang d’encre, son quotidien. Celui du management brutal, du licenciement abusif, de l’inégalité homme-femme, du chômage consommateur de précarité, du burn-out, des délocalisations, des actionnaires enrichis au détriment des salariés…

Le projet de loi El Khomri est conspué et son Monde ne parait pas. Désolé, 2 euros de moins dans les caisses du patronat.
C’est une petite victoire pour l’homme pressé, pressuré, sous pression : les moins féroces contre cette loi sont réduits au silence, ne sont pas mis sous presse.

Dans son kiosque à journaux, le citoyen a beau faire preuve de souplesse, vouloir son plein quotidien, son bread à read, il doit faire ceinture. Pour garder sa ligne éditoriale, il peut lire les journaux sur le net. Un jour de grève, la presse nationale est gratuite. Ça change des 2 euros environ qu’elle coûte chaque matin (sauf, de justesse, L'Huma et La Croix, merci !).

Sinon, on peut toujours acheter la PQR ou des magazines. Ouf, le citoyen a encore son droit à la presse un jour de grève nationale.



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