PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...

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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 5:51





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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 5:52






Une patrouille de police à Clichy-sous-Bois, le 31 octobre 2005
. Crédits photo : STEPHANE DE SAKUTIN/AFP



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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 6:10








Les Tarterêts, Corbeil-Essonne

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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 6:21


"Le PIR, un parti décolonial des quartiers populaires"

avril 2010

Le document qui suit fait partie d’une série de textes en préparation destinés à présenter d’une manière claire et accessible certaines prises de position adoptées à notre Congrès constitutif. En effet, formulées souvent de manière très concentrée, celles-ci nous ont semblé parfois mériter d’être explicitées plus précisément à l’intention notamment des sympathisants les moins expérimentés.

Citation :
On nous demande parfois de préciser quel est le rapport entre le Parti des indigènes et les quartiers populaires. La réponse est simple : un parti des indigènes doit être un parti des quartiers populaires et un parti des quartiers populaires doit être un parti des indigènes.

Mais voyons cela plus précisément car il y a beaucoup de confusion sur la signification de l’expression « parti des quartiers populaires » ou « des banlieues ». Demain, en effet, d’autres organisations peuvent se réclamer des cités ou s’autoproclamer parti des quartiers, sans avoir pour autant une politique qui s’appuie sur les intérêts fondamentaux des habitants des quartiers.

1°) Un parti des indigènes n’existe pas en dehors des quartiers

En effet, la grande majorité des indigènes vit et lutte dans les quartiers. On peut même ajouter que de nombreux Blancs qui vivent dans les cités populaires sont traités comme des indigènes et sont, en quelque sorte, indigénisés. Par conséquent, un parti qui aspire à devenir un instrument de lutte des indigènes, qui voudrait les organiser, les unir, et les représenter sur le plan politique, doit nécessairement s’enraciner dans les quartiers.

Certains partis disent vouloir représenter les habitants des quartiers, ils considèrent la population des quartiers populaires comme un simple réservoir de voix, ils sont incapables d’avoir un discours qui prend en compte leurs considérations profondes d’un réel changement dans ces quartiers. Par ailleurs ces partis envoient leurs militants y diffuser des tracts ou y faire des meetings. Mais cela n’a aucun sens car un vrai parti des quartiers doit être le produit des résistances de ceux qui y vivent. C’est bien sûr le cas du PIR dont la majeure partie des adhérents vivent et agissent dans des quartiers. Leur légitimité politique, ils la tirent pour commencer de leur vécu et de leur action quotidienne sociale, culturelle ou politique dans les quartiers.

Le PIR est le seul parti politique en France qui permet aux habitants des quartiers de s’organiser dans le parti à partir de leurs propres références spirituelles et culturelles ; pour la première fois en France on peut adhérer à un parti sans abandonner sa culture ou sa religion comme c’est souvent le cas pour les partis politiques français.

2°) La ségrégation urbaine est l’une des formes principales de la ségrégation raciale

La ségrégation urbaine n’est pas seulement la conséquence des inégalités économiques. Il est vrai que depuis longtemps les pauvres sont relégués à la périphérie des villes. Mais à ce phénomène s’ajoute aussi la relégation dans les banlieues des populations issues de l’immigration et de la colonisation. Ce n’est pas par choix que les travailleurs immigrés venus du Maghreb ou d’Afrique ont vécu dans des bidonvilles puis dans des « cités de transit » puis dans les HLM les plus pourris. Ce n’est pas par choix que leurs enfants et petits-enfants continuent de vivre dans des quartiers où ils y a peu d’emplois, où les transports sont particulièrement difficiles, ou l’enseignement est déplorable, où les loisirs sont souvent absents et où ils sont confrontés à une surveillance constante et aux violences policières. Si les populations d’origine coloniales sont concentrées dans ces quartiers, c’est en premier lieu le résultat d’une politique de discriminations raciales, de même que, dans les colonies, on séparait dans les villes, les quartiers des colons et les quartiers des colonisés. C’est pourquoi nous disons que la ségrégation urbaine est une forme de la ségrégation raciale/coloniale et que la lutte politique dans les quartiers est, fondamentalement, une lutte décoloniale qui ne concerne pas que les habitants des cités populaires.

Prenons deux exemples :

l’islamophobie. Les campagnes islamophobes visent à stigmatiser les banlieues, par conséquent un parti qui ne se bat pas de toutes ses forces contre l’islamophobie ne peut être considéré comme un parti des banlieues. Cependant, l’islamophobie ne concerne pas que les banlieues. Elle concerne aussi les musulmans qui ne vivent pas dans les cités et, plus largement encore, elle concerne le modèle de société et la nature du pouvoir en France. En effet, l’islamophobie est un racisme qui s’enracine dans le colonialisme mais aussi dans l’offensive impérialiste mondiale pour soumettre les pays du sud. Le combat contre l’islamophobie est donc un enjeu national et international. On peut, certes, atténuer l’islamophobie en France par l’action associative mais on ne peut pas s’attaquer à ses fondements sans un projet politique global qui soit vraiment capable de remettre en cause la ségrégation sociale et raciale, de promouvoir nos histoires, nos cultures et nos religions. C’est-à-dire, pour le répéter une fois de plus, la lutte contre l’islamophobie est vouée à l’échec si elle ne s’intègre pas dans une politique décoloniale globale.

La lutte pour les « réparations » relatives à la déportation des Africains en Amérique et leur réduction en esclavage. Cette question concerne au premier chef les descendants des Africains déportés, comme les Antillais. Mais elle concerne aussi tous les Africains dont les sociétés ont été en grande partie détruites par le caractère massif de la traite négrière transatlantique. Elle concerne également tous ceux dont les peuples ont été colonisés puisque la question des « réparations » soulève le problème de la reconnaissance officielle des crimes de la colonisation. Enfin, la déportation des Africains et l’esclavage de type américain ont inauguré la mise en place à l’échelle mondiale d’une société caractérisée par la hiérarchie raciale : les Blancs en haut de la pyramide et les autres aux étages inférieurs. On voit bien, ici, que le combat pour les « réparations » est un combat global qui dépasse le cadre des banlieues mais, comment ne pas voir qu’il est central dans ces banlieues où les inégalités raciales sont massives et où les descendants de colonisés sont si nombreux ?

3°) Un parti des quartiers n’est ni une association ni un syndicat des quartiers

Cette affirmation peut paraître étrange. Pourtant, beaucoup conçoivent l’action politique dans les quartiers comme une activité associative ou syndicale. Pour eux, il s’agit seulement de défendre au jour le jour les revendications les plus urgentes des habitants des cités. Ces formes de résistance sont indispensables et tout parti des quartiers digne de ce nom doit s’y impliquer, mais elles ne suffisent pas. Les résistances dans l’urgence, quartier par quartier, sont fondamentales, mais, si elles ne s’intègrent pas dans une stratégie politique globale, elles risquent de favoriser l’émiettement et la dispersion : chacun agit dans son quartier et néglige les autres quartiers, alors que seule la coordination entre toutes les résistances peut changer les rapports de forces. Surtout, l’action qui se préoccupe seulement des problèmes les plus immédiats ne peut pas remettre en cause les raisons profondes du traitement colonial et racial des banlieues ; elle soigne les symptômes mais ne guérit pas la maladie ; elle ne peut pas agir là où se décident et se mettent en œuvre les politiques : le pouvoir de l’Etat. Or, pour décoloniser la société française, c’est bien les institutions de l’Etat (communes, assemblée nationale, gouvernement, etc.) dont il faut changer la composition et la politique.

De plus, il est temps de sortir du modèle associatif dans lequel les quartiers populaires sont enfermés depuis trop longtemps. Quand il s’agit de la représentation politique des quartiers il est toujours question d’association, qui au final ne parviennent pas à changer réellement la situation de leurs quartiers. Pour les municipalités cela permet de garder une emprise dans les quartiers par le biais du jeu des subventions. Trop souvent, la recherche des subventions prend en effet le dessus sur le projet politique et favorise le clientélisme dans les quartiers.

C’est pourquoi, dans l’autonomie politique, organisationnelle, financière, le PIR a pour objectif d’unifier les luttes locales au sein d’un combat politique national et autour d’un programme décolonial. Notre but n’est pas seulement défensif ; nous voulons aussi que les indigènes soient le fer de lance de la constitution d’une nouvelle majorité politique qui change radicalement la politique française.

4°) Une politique des quartiers est forcément décoloniale et anti-impérialiste

De manière générale, le racisme, les inégalités et le traitement particulier que subissent les banlieues sont dans une très large mesure d’origine coloniale. Le caractère colonial de la situation que l’on vit dans nos quartiers n’est pas toujours évident, pourtant dès que l’on replace cette situation dans la perspective de la domination coloniale, on comprend beaucoup mieux sa logique même s’il ne s’agit pas de l’assimiler à l’oppression coloniale telle qu’elle existait au Maghreb et en Afrique noire. Ainsi, si on prend un cas concret comme la B.A.C (Brigade anti-criminalité) et qu’on en retrace l’histoire, on découvre que son origine provient d’une brigade chargée de contrôler les quartiers indigènes durant la colonisation française en Algérie. Ce n’est qu’un exemple, mais nous pourrions en donner quantité d’autres.

On ne peut d’ailleurs pas séparer les inégalités raciales et la politique impérialiste française (françafrique, soutien à Israël, intervention en Afghanistan, etc…), la politique coloniale outre-mer et la politique vis-à-vis de l’immigration. Dans tous ces cas, il s’agit de préserver la domination du Nord sur le Sud. Les indigènes en France sont considérés comme les représentants du Sud à l’intérieur même du territoire français. C’est pourquoi, du reste, on en parle souvent comme d’une « Cinquième colonne ». Par conséquent, un parti des quartiers ne peut être préoccupé que par les questions qui concernent exclusivement les quartiers ; il doit avoir une perspective politique anticolonialiste et anti-impérialiste.

C’est ce que disait Malcolm X, dans un discours prononcé en 1963 :


Malcolm X a écrit:
Ceux qui viennent (m’écouter) le font car il leur paraît important de comprendre non seulement les problèmes locaux mais aussi les questions internationales, et la manière dont notre peuple, les Afro-américains, s’inscrit dans cet ordre international. (…) Au bout de cinq minutes de conversation, vous avez repéré si votre interlocuteur a l’esprit étroit ou non, si son intérêt se porte sur son quartier ou sur le monde. Avec leurs connaissances limitées, les gens étroits d’esprit pensent qu’ils ne sont affectés que par la vie du quartier. Au contraire, celui qui se tient au courant de la politique internationale sait que les événements qui se déroulent au Sud-Vietnam peuvent rejaillir sur sa vie à St-Nicholas Avenue, ou que ceux qui se passent au Congo peuvent se répercuter sur sa situation sur la Huitième, la Septième ou la Lenox Avenue. Quiconque réalise l’impact du moindre événement dans le monde sur son quartier, son salaire, son acceptation ou non par la société, s’intéresse d’emblée aux affaires internationales. Par contre, une personne qui estime que seul ce qui se passe de l’autre côté de la rue ou en ville la concerne ne s’intéressera à rien d’autre.


Malcolm X avait parfaitement raison et c’est pourquoi nous avons donné son nom au Congrès de fondation de notre parti.

5°) Le Congrès « Malcolm X » du PIR

Les 27 et 28 février 2010, nous avons constitué le PIR. A cette occasion, pour clarifier notre projet, nous avons discuté et adopté un texte qui précise quelle sera a politique du PIR en tant que parti des quartiers et n parti décolonial.

Ce texte a pour titre : « Principes politiques généraux ». Le PIR y est défini comme :

1) un parti autonome de tous ceux qui sont traités comme des indigènes, pour que ceux-ci soient enfin représentés sur la scène politique,

2) un parti de résistances et de luttes quotidienne contre le mépris, la misère et la ségrégation raciale et culturelle,

3) Un parti décolonial qui agit pour transformer en profondeur la société et l’Etat français afin que puissent être réalisées la justice, l’égalité et la dignité de tous, indépendamment de leurs cultures, de leurs couleurs et de leurs religions,

4) un parti solidaire des luttes anti-impérialistes et anticolonialistes en Afrique, dans les territoires d’Outre-mer, en Palestine et ailleurs.

Ces 4 points constituent la base nécessaire d’un véritable parti des quartiers populaires. Ils sont au cœur de la politique du PIR.



en relation, revue Période
Qui s’intéresse encore à l’impérialisme français ? Entretien avec Claude Serfati
.
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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 6:36




Citation :
« Qui se souvient des émeutes de 2005 ? » demandait, bravache, Manuel Valls le 20 janvier 2015. Le souvenir des trois semaines de révolte demeure pourtant bien présent dans les quartiers populaires et dans l’imaginaire collectif. S’il n’a pas provoqué les réponses politiques à la hauteur de la crise sociale, urbaine et démocratique qu’il révélait, l’événement a marqué une génération, suscitant des initiatives multiples et des formes diverses de politisation « à bas bruit ».

Dix ans après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, ce numéro vise moins à faire le bilan des « émeutes de 2005 » que de la décennie qui a suivi cette révolte des quartiers populaires, pour tenter de dégager des perspectives politiques dont l’absence a été crûment mise à jour par les débats publics du mois de janvier 2015.




La librairie Le Genre Urbain, rue de Belleville à Paris, recevait ce jeudi 24 septembre au soir la revue Mouvements (éditions La Découverte) à l’occasion de son dernier numéro : Ma cité a craqué, dix ans après les révoltes urbaines de 2005. On y était.


Citation :
Une librairie pleine à craquer. Une surprise de taille pour Marie-Hélène Bacqué (professeure d’études urbaines) et Renaud Epstein (docteur en sociologie), qui ont contribué à la rédaction de ce numéro. Ils étaient là, micro en mains.

Ce soir, guidés par le libraire qui répartit la parole, ils vont tenter de donner la température des dix dernières années qui ont succédé ces émeutes urbaines, nommées et renommées tant de fois par des synonymes qui essayaient de rendre compte d’une détresse, d’une colère, d’une injustice profonde, qu’on ne sait plus finalement comment appeler.

Ce numéro de la revue Mouvements veut observer et interroger les résultats de ces révoltes par un bilan, il interroge indirectement l’efficacité de cette crise. « 2005 n’a rien changé » déclare Renaud Epstein. « Trois semaines, deux morts ». Comparaison avec les émeutes de Los Angeles, en 1965 : en une semaine,  elles avaient fait trente-quatre morts.

J’ai alors cru à une sorte de mise en scène triviale qui jugerait cette crise des banlieues par le prisme du chiffre, du rendement. Ces 9 000 voitures brûlées, ces 200 millions euros de dégât, ces 3 000 personnes en garde-à-vue. Ces morts.

Mais rapidement, et bien heureusement, je comprends qu’il ne s’agira pas de faire quelque inventaire, mais bien d’évoquer les actions, les changements de cette « France qui flambe ». Ce soir, après leurs recherches de terrain et la rédaction de leurs articles, les intervenants sont fâchés, lassés face à cette question qui est grande, délicate et qui s’exprime grossièrement : à quoi a servi ce craquage des banlieues ? « À rien ». Silence dans le public, désespoir.

Mais tout dépend de quel côté l’on se place. « À rien », disent-ils, si l’on se place du côté des politiques, de l’Etat. « Ceux qui ont réussi en 2005, c’est la police. Elle a maintenu l’ordre, a protégé l’Etat, pas les gens. C’est elle qui a réussi. » Ainsi ce soir, deux forces se dessinent et vont se faire face. Deux forces qui reflètent la fracture de notre société : celle de la politique, du politique, de l’Etat français avec un grand « e », et celle des gens, la population, les citoyens, les associations. Les grands contre les petits en somme.

Pour Marie-Hélène Bacqué, « depuis 2005, ils ont fait du cosmétique, de la politique du cosmétique. » Pour la chercheuse, il n’y a pas eu d’actions menées en profondeur, l’Etat s’est attaqué à un symptôme, mais pas au fond. La politique du cosmétique, c’est celle qui consiste à maquiller la réalité. Par la rénovation urbaine par exemple. « Avant c’était moche, c’était craignos, maintenant c’est beau ». On pense à la nouvelle gare des Beaudottes, on pense à Clichy-sous-Bois, décrite par les média comme un « laboratoire urbain ». Les tours en béton ont été rasées, remplacées par de petites résidences modernes, et les habitants ont retrouvé les boîtes aux lettres qui avaient été démolies.

Les comparaisons avec les autres pays fusent, et un « c’est mieux ailleurs » est vite pensé. Aux émeutes de Los Angeles, ou à celles des quartiers anglais des années 1980, ont suivi de réelles réformes, comme une réforme radicale de la police anglaise visant à retrouver la confiance du public.




Par ailleurs, les intervenants sont outrés : aucun document officiel, aucune enquête n’a été commandée et établie par l’Etat, pour tenter de déterminer un programme concret sur l’après 2005. « C’est un cas unique » assure Renaud Epstein. On n’en a plus reparlé, ça n’avait jamais existé : ces trois semaines sont parties en fumées.

Au fil des ses rencontres avec des ministres de la ville, la chercheuse dit n’avoir jamais entendu parlé de mesures concrètes prises après ces émeutes. Comme s’il n’en avait rien été. « On fait face à un mur d’incompréhension ». Un tel bilan fait froid dans le dos. La population qui, entre octobre et novembre 2005, a choisi la révolte pour s’exprimer, parce qu’exclue de tout débat public, aurait été vaine ?

Le débat tourne, et voilà que l’on se place de l’autre côté : du côté des petits. Là, le bilan est nettement plus encourageant. Les révoltes ont fait réagir, les révoltes ont engagé. Le milieu associatif de certains quartiers devient un réel levier d’action, un réel lieu de dialogue, de lien social. Ainsi, le collectif ACLEFEU s’est donné comme objectif, au lendemain de ces révoltes, de faire remonter la parole des quartiers jusqu’aux institutions. ACLEFEU mettait en place, après un tour de France, un « cahier de doléances » qui donneraient les priorités : 11 thèmes se dessinèrent, dont l’emploi, les discriminations, le logement, la justice et la police.

Les chercheurs comptent sur ces associations, ces collectifs pour transformer durablement et non en surface. Afin de lutter contre les mises à l’écart des quartiers. Un processus important d’engagement, d’apprentissage est en cours depuis ces révoltes, grâce aux réseaux sociaux, et à ces structures qui n’attendent plus l’Etat au tournant.

La comparaison avec les pays anglophones revient, et l’on se demande pourquoi la France rame-t-elle autant en matière de social. En France, c’est l’Etat qui a « l’empowerment », le pouvoir. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les structures ont plus d’influence car il y a bien longtemps que l’Etat a délaissé la sphère publique. Voilà que l’Etat social français, si cher à l’Etat dit providence, deviendrait un frein à l’action sociale…

Le débat touche à sa fin, et des termes importants que l’on n’a plus l’habitude d’entendre font surface.
Un jeune homme au fond prend la parole : Puisque l’approche réformiste ne convint pas nos dirigeants, il souhaiterait mettre au centre l’histoire de la France. « Afin de confronter, plutôt que d’essayer de négocier ». « La lutte de nos grands-parents » dit-il, la bête noire coloniale, pèse encore dans les foyers et dans certains quartiers. Voilà un thème qui a effectivement bien disparu du débat public.

Une autre question, celle de la discrimination au travail vient alors que l’on évoque le bassin d’emploi qui se créé à la Plaine-Saint-Denis. Le développement qui est à l’oeuvre dans ces régions ne concerne pas les locaux. Une femme prend la parole. Ancienne élue d’Aubervilliers, elle a rendu sa carte au PS. Pour elle, bien plus que d’immobilisme social, de discrimination, il s’agit, encore et toujours, de lutte des classes. Un thème que la gauche a délaissé depuis bien longtemps. Un terme qui a disparu du débat public.

« La gauche n’est plus nulle part, ni hier en 2005, ni aujourd’hui avec les agriculteurs… ni demain ».

Alice Babin


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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 6:48


et pendant ce temps las





Citation :
Où ? 69 - Rhône (Rhône-Alpes)  Quoi ? Au sein d'une équipe de bénévoles très dynamiques, le jeune volontaire apprendra le fonctionnement d'une association en participant aux réunions, aux montages des projets, aux réalisations des activités et aux réalisations des rapports. Le volontaire sera souvent sur terrain pour coller des affiches, pour distribuer des flyers, pour tenir des stands, pour échanger avec les populations des quartiers populaires de Rillieux-la-Pape. Le jeune montera des projets citoyens avec les habitants. La réalisation des actions solidaires constituera les tâches régulières. Par exemple, le cas de la tenue d'une soirée solidaire pour le vivre ensemble des communautés : installation de la salle, accueil des habitants, service de repas, partage avec les habitants, rangement de la salle, mise en état des lieux... Le jeune travaillera sur le développement de son autonomie. Quand ?À partir du 1 juin 2016 (6 mois, 24 h/semaine) Quelle thématique ? Solidarité Combien de postes ? Quel organisme ? Auprès des jeunes démunis

Contact Morrel Mokosso T : 06 65 72 15 64

Adresse 884, rue des Mercières. BP 36 69140 Rillieux-la-Pape

Site internet http://www.jeunesdemunis.com

Activités : "Auprès Des Jeunes Démunis" est une association de solidarité internationale. Son siège est à Rillieux-la-Pape (agglomération lyonnaise). Elle aide les jeunes défavorisés dans les pays en développement à l'insertion par le sport, la culture et l'éducation. La structure réalise également des actions de solidarité en France. Le projet qui est à l'ordre du jour, est la construction d'un complexe sportif en République centrafricaine pour l'insertion des enfants de la rue. L'association met également en avant l'échange entre les jeunes du Nord et ceux du Sud. Nous participons également à plusieurs activités associatives qui se déroulent sur notre commune.





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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 6:57


Une association vient d’être créée au sein du PS pour plaider la cause des quartiers populaires auprès du gouvernement…


François Lamy ancien ministre de la Ville et député de l'Essonne

Citation :
Une quinzaine d’élus venus de Toulouse, Marseille, Saint Nazaire ou Bron ont décidé au sein du Parti socialiste de lancer une association baptisée « Socialistes pour les quartiers populaires ». Parmi ces politiques qui connaissent bien les problématiques de ces habitants, Samia Ghali sénatrice des Bouches du Rhône, Stéphane Troussel, président de la Seine-Saint-Denis, Annie Guillemot, sénatrice-maire de Bron. Autour de François Lamy, ancien ministre de la Politique de la ville, ils ont dévoilé mardi après-midi à Solferino les pistes pour relancer la confiance entre quartiers populaires et gouvernement mise à mal. Le constat est sanglant et unanime: la gauche a perdu le lien avec les quartiers populaires.

«Il reste encore deux ans et demi… au minimum!»

« On ne peut pas laisser les quartiers populaires aux fondamentalistes ou au Front national», tranche François Pupponi, député-maire de Sarcelles. Pour eux, la partie n’est pas encore perdue. «Il reste encore deux ans et demi… au minimum ! », sourit François Lamy. Voilà pourquoi ces politiques voient comme une urgence la création d’un « lobby des quartiers» au sein du PS. « La situation difficile des quartiers populaires a disparu des radars politiques et médiatiques, on a eu envie de braquer les projos sur ces questions, résume François Lamy. On a besoin d’avoir un lieu de réflexion et d’aboutir à des propositions pour le gouvernement. » Ces élus ont déjà esquissé trois priorités et exigences:

Pour les associations. Malgré les baisses de dotations, le gouvernement a sanctuarisé les crédits d’intervention du Ministère de la Ville depuis 2012. Un pas dans le bon sens, mais insuffisant, plaident ces élus de terrain. Qui demandent 150 millions d’euros en plus pour faire renaître la vie associative de proximité. Et pour donner la parole aux habitants, ils souhaitent que les conseils citoyens voient leur indépendance garantie.

Pour la sécurité. Evitant tout angélisme, les élus évoquent la question des trafics et des relations tendues entre populations et policiers. Tout en esquivant le débat sur les récépissés de contrôle pour éviter le délit de faciès, cette ébauche de discussion promeut le retour d’une police de proximité. Et la généralisation de rencontres publiques autour du compte-rendu d’activités des policiers, qui peuvent lors de ces rendez-vous être interpellées par les populations. L’association souhaite l’instauration d’une cellule de travail englobant ministre de la Ville et de l’Intérieur pour évaluer les résultats des ZSP quartier par quartier.

Pour les jeunes. La jeunesse, priorité affichée de François Hollande pendant sa campagne, est encore plus touchée par le chômage dans les quartiers populaires. Pour aider les décrocheurs, ceux qui sont trop éloignés de l’emploi, le document de travail estime qu’il faut un plan sur plusieurs mois afin de proposer une solution individuelle à ces jeunes au travers des écoles de la deuxième chance, d’un service civique, de l’apprentissage… Plus novateur, l’association veut s’inspirer du service militaire adapté, qui existe aujourd’hui en outremer, pour que quelques milliers de jeunes puissent pendant six mois se former et passer leur permis de conduire par exemple.



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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 7:05




Gendarmes déployés le 5 juin 2015 dans le quartier de la Bourgogne à Tourcoing
afp.com/PHILIPPE HUGUEN

Accalmie à Tourcoing après quatre nuits de violences LEXPRESS.fr avec AFP 06/06/2015

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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 7:11


À chaque nouvel homicide, de nouveaux fonctionnaires de police sont envoyés en renfort dans la cité phocéenne. Mais ce n'est pas ce que réclament les habitants des quartiers sensibles.


Plusieurs centaines de personnes, principalement des habitants des quartiers nord,
marchent contre la violence et les inégalités à l'appel du Collectif du 1er juin, le 1er juin 2013 à Marseille.

(MAXPPP)





Première scission au sein du Collectif du 1er juin
20 minutes 29.08.2013


Le Collectif du 1er juin a été créé pour lutter contre " toutes les violences "
P. Magnien / 20 Minutes

Citation :
Une partie des membres du Collectif du 1er juin, créé par des habitants et des militants associatifs et politiques en réaction aux règlements de comptes, vient de faire scission.

«On s'est rendu compte que nous apparaissions de plus en plus comme le collectif des mères de famille, explique Salim Grabsi, un des »sécessionnistes«. C'était devenu une marque. Du coup, le message de l'urgence sociale avait complètement disparu.»


Salim Grabsi reconnaît également que le risque de «récupération politique» était de plus en plus présent. Avec d'autres militants, il vient de créer une autre structure : le Collectif des quartiers populaires de Marseille et ses environs pour «continuer d'interpeller les pouvoirs publics».



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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 8 Mai - 17:15


« Les femmes trinquent en silence » dans les quartiers

Willy Le Devin Libération 21 avril 2014


Dans le quartier Mont-Mesly, à Créteil (Val-de-Marne), Najia, qui touche une pension d'invalidité, et Mounia, mère célibataire de quatre enfants
Photo Louise Oligny
 
La précarité touche de manière croissante les habitantes des zones sensibles, comme en témoigne à Créteil l’Association d’animation Saint-Michel.

Citation :
Il y a cette maman burkinabée qui ne sort jamais sans son fils de 9 ans, «son protecteur», car il parle le français et pas elle. Il y a cette étudiante joviale, titulaire d’une licence d’histoire-géo, qui affirme avoir envoyé 332 curriculum vitæ le mois dernier pour 17 réponses, toutes négatives. Il y a cette Iranienne, journaliste reconnue dans son pays, contrainte à l’exil, et allocataire du revenu de solidarité active (RSA) depuis trois ans. Il y a cette «femme de ménage», le terme ne la «dérange pas», qui traverse l’agglomération parisienne d’est en ouest trois fois par semaine pour deux heures de ménage à 8 euros net. Enfin, il y a cette petite dame marocaine, analphabète et triste, qui n’a pas ouvert son courrier pendant plus de six mois parce que «l’administration française [lui] fait vraiment très peur».

Un jour, toutes ces femmes ont poussé la porte de l’Association d’animation Saint-Michel (AASM). Par désespoir, peur d’une expulsion, envie de rompre avec la solitude aussi. Parce qu’il n’y avait plus que ça à faire pour ne pas sombrer, tout simplement. Située en plein cœur du Mont-Mesly, l’un des ensembles les plus défavorisés de Créteil (Val-de-Marne), ce collectif a été fondé en 2000 par Jeannette et son mari. Cette octogénaire pétillante, originaire du Calvados mais résidant à Créteil depuis 1958, a toujours eu «beaucoup d’empathie pour les femmes des quartiers populaires». Si elle ne nie pas «la pression qui pèse sur les maris qui doivent, dans l’imaginaire collectif, entretenir le foyer», Jeannette trouve «que les femmes trinquent quand même souvent en silence». Contraintes d’élever seules les enfants - ce qui conduit souvent à leur désocialisation -, déracinées, les femmes sont les proies faciles d’une précarité colonisatrice. Début mars, l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) pointait dans un rapport (1) «la baisse remarquable du taux d’activité des femmes dans les quartiers, passé de 57,8% en 2008 à 52,6% en 2012». Une chute de cinq points d’autant plus significative que, dans le même temps, le taux d’activité se maintient chez les femmes vivant en dehors des zones urbaines sensibles (ZUS). Ainsi, c’est plus d’une femme sur deux qui n’est pas sur le marché du travail dans ces territoires, contre 30% des hommes.

Orthographe

Dans une petite pièce de l’association, un calendrier trône, barré d’une citation : «Je résiste donc j’existe.» Sur le mur opposé, des rudiments de français sont griffonnés au feutre sur un tableau. C’est ici que Jeannette tient sa permanence. Une fois par semaine, des habitants du Mont-Mesly, essentiellement des femmes, dont certaines lui «procurent beaucoup de bonheur», sollicitent son assistance. Cela va de «l’appel au secours» à «la simple discussion de voisinage» : «Ce qui est criant dans les quartiers populaires, c’est l’absence de lien social. Les hommes en souffrent moins, car ils cultivent des relations avec leurs collègues de travail ou dans les cafés. Les femmes, elles, sont souvent cantonnées à la maison, elles doivent gérer le quotidien tout en composant avec le machisme, voire le moralisme religieux qui les privent de liberté», confie Jeannette, l’air peiné.

A ses côtés, il y a Myriam, la petite soixantaine, des lunettes rondes et un carré strict. Ancienne greffière du tribunal de grande instance, elle met désormais sa plume au service de la population comme écrivain public. En arrivant, elle fut frappée par la misère des mots et la grande détresse qui en découlait : «Au Mont-Mesly, nous faisons face à des personnes assez faiblement éduquées. Leur incapacité à écrire et parfois à lire est un handicap insurmontable. Sans parler de leur méconnaissance totale d’Internet. Il faut donc les épauler dans quasiment toutes les démarches officielles : cartes de séjour, dossier d’allocations, feuille d’impôts. Mais ce qui est plus terrible encore, c’est de constater que les étudiants ayant parfois un bac ou plus n’ont pas une orthographe et une syntaxe correctes.»

C’est le cas de Karima (2). A 21 ans, cette étudiante en BTS de sciences médico-sociales fréquente l’association depuis deux mois. Son manque de confiance en elle la «tétanise» et, dernièrement, elle avoue «avoir fait beaucoup de crises d’angoisse». Elle souhaite que son prénom soit modifié «pour ne pas que son père découvre qu’on l’épaule pour écrire ses lettres de motivation». Sinon, dit-elle, il la traitera «de bonne à rien». A la fin de l’année, comme de nombreuses jeunes femmes des quartiers populaires, elle sera orientée vers les services à la personne. Métier on ne peut plus méritant, mais dont le marché est totalement saturé, affirme-t-on au Mont-Mesly : «La faible qualification des jeunes dans les cités les pousse tous vers les mêmes catégories d’emplois. Les filles sont baby-sitter, aide à domicile ou technicienne de surface. Les hommes, eux, vont vers la manutention, le transport, ou le bâtiment. Résultat, l’offre est bien plus abondante que la demande et certains se retrouvent sur le carreau. Cependant, les hommes ont un avantage : une plus grande mobilité», observe une éducatrice de la Maison de la solidarité (MDS).

Autonomie

Construite près de la nouvelle médiathèque tout en verre, la Maison de la solidarité est l’autre structure incontournable du Mont-Mesly lorsque l’on est précaire à temps plein. Son directeur, Abdallah Daoudi, a contribué à y lancer le dispositif «Tremplin», un programme de réinsertion pour les femmes touchant les minimas sociaux et subventionné par le département. L’objectif est clair : les conduire à l’autonomie financière. Mounia, presque 40 ans mais le visage poupin, en bénéficie depuis plusieurs mois. Mère célibataire, elle aimerait retrouver un emploi mais «la charge de ses quatre enfants [12 ans, 11 ans, et des jumeaux de 8 ans] lui impose des contraintes insolubles». Et ce d’autant plus que l’un des deux derniers est atteint d’un handicap léger : «L’école peut m’appeler à tout moment s’il y a un souci. Je ne peux pas cavaler à des kilomètres», s’excuse-t-elle. Dès lors, Mounia sait qu’elle ne peut prétendre à mieux qu’un temps partiel. «C’est maigre, je sais, mais au moins, je pourrai continuer à percevoir mon RSA [environ 200 euros par mois selon ses calculs, ndlr]. J’ai envie de rester productive mais c’est dur. Il y a des matins où je relativise en me disant que j’ai une famille, un toit, que ça pourrait être pire mais, souvent, je craque», murmure-t-elle, fataliste. Ce qui la rendrait heureuse, c’est de pouvoir emmener ses enfants en vacances à plus de cinquante kilomètres de Créteil : «On ne part que quinze jours par an, au camping du coin. Rien que d’y penser, ça me serre le cœur. J’ai demandé le divorce d’avec mon ex-mari car il était violent. Depuis, non seulement il ne s’occupe plus des enfants, mais, en plus, vu que son père est son employeur dans la boucherie familiale, il s’est arrangé pour diminuer au maximum son salaire déclaré. Je perçois donc une toute petite pension, c’est dégueulasse.»

«Stress»

En France, le seuil de «grande pauvreté» est décrété pour les personnes vivant avec pas plus de 5 euros par jour. Au Mont-Mesly, ils sont un petit millier - sur 7 000 habitants - à entrer dans ce critère. Najia, la quarantaine, en fait partie. Si sa pension d’invalidité lui permet de mettre un peu de beurre dans les épinards, elle assure «ne souhaiter à personne le stress des factures à payer». Pour elle, le refrain sur l’assistanat est ingrat : «Evidemment ça existe, mais c’est tellement inconfortable et douloureux que j’ai du mal à me dire que certains y trouvent leur compte. Pour moi, cela fait dix ans que ça dure et je ne m’y habitue pas. J’ai toujours autant honte.» Jeannette, de l’association Saint-Michel, abonde : «Etre pauvre, c’est un métier. Ça occupe la tête et les tripes. Il faut jongler, négocier, subir, remettre à plus tard…» Elle a vu le nombre de dossiers de surendettement s’envoler : «Les femmes contractent des crédits à la consommation pour survivre et se retrouvent prises au piège. Les hôtels sociaux sont pleins. S’il ne se passe pas quelque chose de significatif au plan économique dans les deux, trois ans à venir, on va au-devant d’un raz-de-marée.»

(1) http://www.onzus.fr/uploads/media_items/onzus-infos-mars2014.original.pdf

(2) Le prénom a été changé.



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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Lun 23 Mai - 15:02


Exposition de photographies

« Résistances ordinaires de quartiers populaires :
de Vienne à Lisbonne, de Bruxelles à Paris »



Citation :
Exposition de photographies réalisées par Sylvaine Conord dans le cadre du programme européen de recherche R.E.V. (PUCA, dir. par Claire Lévy-Vroelant et Yankel Fijalkow).

Du 27 mai au 7 juin 2016 (du lundi au vendredi de 9h à 20h) à l’École nationale supérieure d’architecture (ENSA) Paris-Val de Seine, Paris 13e.

Vernissage le 26 mai 2016 à 18h.
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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Sam 28 Mai - 17:25


Grigny : violents affrontements entre jeunes et policiers

Florian Garcia (avec F.L.) Le Parisien 28 Mai 2016


Archives. L’altercation s’est déroulée sur la place du Damier à Grigny.
Un site actuellement en travaux.
(LP/F.G.)

Toutes les brigades anticriminalités du département ont été mobilisées. Il était aux alentours de 23 heures, ce vendredi à Grigny, lorsque de violents affrontements ont opposé les forces de l’ordre à une centaine d’assaillants après le concert du rappeur Kaaris au centre culturel Sidney-Bechet.

Deux policiers ont été légèrement blessés dans cette altercation qui s’est déroulée, place du Damier, dans le quartier de la Grande-Borne.


Une des voitures de la police a été dégradée lors de l’intervention.DR

Citation :
« Il s’agissait aux départ de personnes qui escaladaient les palissades du chantier de la place du Damier », témoigne une source policière. Sur place, la patrouille est immédiatement prise à partie par une trentaine de personnes armées de pierres, de bouteilles et de barres en fer. En sous nombre, les policiers rebroussent chemin et appelent du renfort. « En plus des effectifs du commissariat de Juvisy-sur-Orge, toutes les brigades anticriminalités du département ont été réquisitionnées, ajoute cette même source. Nous avons également fait appel aux patrouilles vigipirates, aux effectifs départementaux et au service d’ordre public (SOP) ».

A l’image des policiers, les rangs des assaillants se renforcent également. « Ces voyous, extrêmement violents et décidés à en découdre avec nos collègues, ont été rejoints par 70 autres individus, martelle le syndicat Alliance. La haine anti-flic n’est pas exclusive aux casseurs des manifestations mais est le lot quotidien de nos collègues en Ile-de-France ».

Pour le syndicat Unité SGP Police, il s’agit d’une scène de « guérilla urbaine » : « La nécessité de renforcer en effectif le département de l’Essonne est urgente. La justice doit également être intransigeante vis à vis des auteurs de violences contre les policiers ».

Au lendemain des faits, ce samedi, seule une personne avait été interpellée.


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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 26 Juin - 8:40


Elancourt : poussée de violence contre les policiers

Julien Constant Le Parisien 24 juin 2016


Illustration. Montée de violence dans la nuit de jeudi à vendredi à Elancourt. LP/Olivier Boitet

Citation :
Montée de violence dans la nuit de jeudi à vendredi à Elancourt. Vers 20h 30, dans le quartier des Petits Près, les forces de l’ordre procèdent à un contrôle d’identité, lorsqu’une quinzaine d’hommes prennent les fonctionnaires à partie. L’un des gardiens de la paix reçoit un coup de coude au visage. Il est légèrement blessé à la lèvre inférieure. Grâce à l’arrivée des renforts, deux suspects de 15 et 19 ans sont interpellés. Deux heures plus tard, au même endroit les policiers interviennent pour mettre fin à un rodéo de quad. Ils essuient aussi des jets de projectiles provenant des étages.

Enfin à minuit, au rond-point Cassina De Pecchi, une voiture de la police municipale est bombardée de trois pavés. L’un des projectiles a brisé la vitre avant et blessé le conducteur à l’arrière de la tête. Il souffre une plaie ouverte à la tête, il est transporté à l’hôpital Trappes par les pompiers. Le pavé a été récupéré par les techniciens de la police.


« On ne comprend pas la raison de cette multiplication des agressions sur la police, souligne une source proche de toutes ces affaires. Il n’y a pas eu d’interpellation récente, de contrôle ou de découverte de produits stupéfiants dans les caves. Peut-être qu’il s’agit d’une agressivité à mettre sur le compte de la forte de chaleur de cette nuit. D’ailleurs, les policiers à La Verrière, à Mantes-la-Jolie et aux Mureaux, les fonctionnaires ont également reçu des pierres. »
leparisien.fr



"ON" ne comprend pas... . Élément de contexte : Mort de Zyed et Bouna : relaxe des policiers confirmée en appel


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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 17 Juil - 14:32


un des meilleurs textes post-attentat de Nice




Plus de 24 heures après les assassinats de masse de Nice, contrairement à ce que claironnaient les médias et la classe politique, jusqu’à la revendication probablement opportuniste de l’État Islamique peu d’éléments permettaient d’affirmer clairement que ces meurtres étaient liés directement à une organisation terroriste djihadiste. Ceci n’a pas empêché nos hommes politiques de l’affirmer pour mieux nous vendre leur guerre de civilisations.

Citation :
Les premiers éléments du portrait de l’assassin qui conduisait le camion décrivaient plus sûrement un individu en désocialisation avancée qu’un fan de l’EI. Il était au chômage, issu d’un quartier populaire, en instance de divorce, plombé par des affaires judiciaires en lien avec son travail de chauffeur et sujet à des accès de violence contre ses proches. Avant que l’attentat ne soit revendiqué, le seul élément repris à charge par les médias était le simple fait d’être né en Tunisie, ce qui suffisait semble-t-il à faire de cet hommes un « djihadiste » potentiel. Le Ministre de l’intérieur a tout de même dû inventer un nouveau concept, celui de la radicalisation instantanée. Un truc qui fait de toute personne un terroriste en puissance, quelques instants suffisent à métamorphoser quiconque en ennemi radicalisé de la République.


Pourtant, d’après les témoignages de ses proches, rien ne fait de cet homme une personne attachée au fait religieux. C’est plutôt l’archétype du gars triste que l’on croise souvent dans nos quartiers où l’on se tue à la tâche pour des salaires de misères, retournant d’abord la violence de ce monde contre nous-mêmes et nos proches avant de la tourner, plus rarement, contre les autres.


Dès lors, il faut regarder les faits, au-delà des cris et des agitations qui servent à instrumentaliser nos émotions et notre stupeur face à un tel acte.

Le premier constat, c’est que la France est désormais un pays dans lequel les meurtres de masse sont possibles et tendent à devenir une constante. Si le discours dominant martèle que c’est de la faute des méchants, des autres, et de tout ce qu’on veut sauf des bons Français bien Charlie, les faits indiquent que ces actes sont perpétrés et rendus possibles par des gens qui vivent et grandissent en France. Autrement dit, ils sont français, même si une partie de la société française refuse de l’accepter ou les considère comme des Français de papiers. Ces assassins de masse ont été façonnés par la société française. [c'est l'argument que je développais dans le commentaire précédent, avant d'avoir lu cet article]

Les meurtres de masse sont l’apanage des « islamistes », si on en croit les journalistes et les politiciens au pouvoir. Si tel était le cas, les USA devraient être considéré par ces brillants esprits comme un pays musulman tant les meurtres de masse y sont fréquents.

Les faits sont là : la France a tous les symptômes d’une société économique libérale. Tous les rapports sociaux y sont atomisés. L’individualisme, ferment du libéralisme économique, déshumanise le rapport aux autres. L’autre est perçu comme un concurrent ou un « étrange étranger ». L’autre est vu comme une menace. Il est de moins en moins perçu comme un semblable.

Le témoignage des voisins de l’auteur de la tuerie de Nice est symptomatique de cette atomisation des rapports sociaux.
Une société qui parle de tuer la concurrence, réduit les personnes à de la marchandise, détruit tout lien de solidarité et génère des conduites morbides.

Ce n’est pas « l’Islam » qui s’attaque à la société française. C’est la société telle qu’on l’a connue il y a encore 30 ans qui n’existe plus sous le coup des avancées du libéralisme. Chacun pour soi et Dieu pour tous n’est pas un proverbe musulman.

Second fait qui saute aux yeux, l’état d’urgence et tout le branle-bas de combat policier ne sert à rien face a un homme déterminé à tuer et souvent à mourir.



Le simple fait que cette attaque ait eu lieu au cœur d’une des villes les plus sécuritaires de France, où la paire LR Estrosi-Ciotti est à l’avant-garde de toutes les technologies modernes sécuritaires, en dit long sur l’inutilité de toutes ces politiques sécuritaires censées nous protéger.

L’attentat est arrivé à Nice, ville de droite dure. Une ville ultra sécurisée, avec les caméras, les effectifs de policiers municipaux et nationaux qu’il faut pour quadriller le terrain et protéger les nombreux riches qui y habitent. Une ville dans laquelle le bloc identitaire a pu forger son discours et mettre en avant ses idées. Bref, Nice c’est la ville symbole de tous les discours politiques dominants : c’est la « solution ».

Et voilà que c’est ici, dans le monde parfait des droites libérales et identitaires, que la tragédie survient. Les faits sont têtus.

Les défenseurs de ce monde de droite expliquent le fiasco de leur politique sécuritaire par le fait que les forces répressives de l’État sont épuisées par le « mouvement social ». Si on accepte cet argument, il faut accepter aussi son corolaire : face au terrorisme takfiriste qui, d’après nos dirigeants, menace « notre civilisation et le monde libre », la priorité du Gouvernement ces six derniers mois a été de mobiliser l’appareil d’État sécuritaire pour casser toute forme de solidarité et de lutte contre le pouvoir libéral.

Les moyens considérables mis en œuvre pour réprimer le mouvement contre la loi « travaille ! » soulignent la priorité du Gouvernement et de nos élites et révèlent l’identité du véritable adversaire des dirigeants des sociétés capitalistes modernes.

Les meurtres de masse, quand ils surviennent, ne dérangent pas l’ordre établi. Ils justifient une plus grande surveillance et légitiment une répression aveugle, y compris de tout ce qui remet en cause l’ordre injuste d’une société qui génère ces criminels de masse.

Au travers du prisme de la lutte contre le djihadisme, le chercheur François Burgat résume parfaitement cette situation.

François Burgat a écrit:
C’est pour cela qu’il me parait essentiel d’affirmer (..) et de rappeler fermement, encore et encore, l’importance primordiale de la matrice politique du phénomène djihadiste, la seule qui permette de penser la part centrale de la responsabilité que nous y avons. Et donc de la marge d’action importante que nous retrouverons – dès lors que, pour combattre le djihadisme, nous accepterons d’agir sur un autre terrain que sécuritaire et répressif. Si notre « lutte contre le terrorisme » entend dépasser le stade des mots, et le seuil de son présent échec, c’est ce prix, réaliste, que nous devons accepter de payer.

Les mêmes causes engendrent les mêmes effets. Nice et sa promenade des Anglais, c’est un peu l’Amérique. La France est un pays libéral dans lequel tout se privatise : les transports, l’éducation, la santé, la violence légale. Tout est marchandise et les laissés pour compte sont nombreux. Il est dès lors logique que, dans cet univers, des rageux nihilistes surgissent.

Ce qui reste de l’État providence et de son filet social ressemble de plus en plus à un assemblage de politiques punitives contres les plus fragiles.



Les organisations de protection sociale sont assimilées à des fardeaux. Ceux qui s’élèvent contre ces évolutions de la société française sont désignés comme un ramassis d’organisations terroristes par le patronat et le Gouvernement.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Pour faire le tri et diviser, les discriminations raciales sont un instrument de gestion efficace pour le système. Dans les marges, pour les plus bancales d’entre nous, se renforce alors l’attirance pour les logiques nihilistes djihadistes. Et les quelques sièges distribués aux élites des minorités pour montrer aux masses que « quand on veut on peut » n’y changent rien : ils accentuent au contraire la concurrence entre pauvres. La guerre de tous contre tous pour un putain de salaire.

Comment nos élites peuvent-elles s’étonner ensuite que la violence ne reste pas cantonnée dans nos quartiers ? Tôt ou tard, la violence déborde et éclabousse tout le monde, qu’elle prenne la forme du Takfirisme en mode banlieue française ou qu’elle explose de façon isolée en mode meurtre de masse à l’américaine.

La police n’y peut rien. Pour en finir avec ces massacres, il nous faut changer de monde.


des liens dans le texte de l'original

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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Lun 18 Juil - 12:09



Citation :
Une patrouille de police est tombée dans un guet-apens samedi soir à Vaulx-en-Velin. La voiture des forces de l’ordre, avec quatre fonctionnaires à bord, circulait dans le quartier du Mas du Taureau vers 23h15. Des individus à scooter ont zigzagué autour du véhicule, avant d’orienter l’équipage dans une petite rue.

Les policiers se sont alors retrouvés face à un groupe d’une trentaine de personnes, dont les visages étaient entièrement dissimulés. La voiture a été bloquée et ciblée par des tirs de mortier, des cocktails molotov et des jets de projectiles.

Une fonctionnaire a été blessée à l’oreille. L’équipage de police a finalement pu s’échapper et regagner le commissariat de Vaulx-en-Velin, qui a également été visé par des caillassages.


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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Lun 18 Juil - 15:21

à propos de


Citation :
Avril 1992 : Los Angeles connait des émeutes d’une ampleur inégalée, après l’acquittement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King. Vingt ans plus tard l’Amérique fait l’expérience de nouveaux soulèvements, à Ferguson et Baltimore, contre les violences policières, le racisme et l’injustice. Ces protestations ne sont pas les seules réactions des fractions dominées de la population étasunienne. À Los Angeles notamment, des associations ont su rassembler celles et ceux qui voulaient améliorer les conditions d’habitat, de travail, d’existence des résidents des quartiers populaires. Ces organisations donnent à voir comment déployer le pouvoir d’agir des dominés pour améliorer leur quotidien et œuvrer au changement social. Elles incarnent des contre-pouvoirs autonomes qui rappellent les élus à leurs promesses et promeuvent des politiques progressistes. À partir du cas étasunien et des essais d’acclimatation du community organizing en France, l’auteur identifie des pistes pour renouveler le militantisme dans les quartiers populaires.

Les luttes de quartiers à Los Angeles

Zones subversives 18 Juillet 2016

Les quartiers populaires et les précaires restent peu politisés. Mais, à Los Angeles, de nouvelles formes d'organisation permettent aux classes populaires de construire des luttes offensives.


Citation :
Des émeutes urbaines éclatent souvent aux Etats-Unis. A Los Angeles, ce sont les mouvements sociaux qui prennent le relais et offrent des perspectives. De manière plus pacifique, des associations permettent l’organisation des classes populaires. Dans les quartiers, le Community organizing peut impulser des luttes locales. Julien Talpin présente ces pratiques lutte originales dans le livre Community organizing. De l’émeute à l’alliance des classes populaires aux Etats-Unis.

Les inégalités sociales se révèlent particulièrement importantes aux Etats-Unis. Les Noirs et les Latinos subissent également des inégalités raciales. Ils subissent davantage le chômage, la misère et la prison. L’Amérique incarne le modèle du capitalisme néolibéral. Ainsi, se pencher sur les formes de résistances qui existent dans ce pays peut aussi permettre de renouveler les pratiques de lutte contre ce modèle de société.

Le community organizing permet de créer un collectif sur une base qui semble communautaire mais qui reste fondée sur une dimension de classe. Cette méthode est inspirée par la démarche de Saul Alinsky. Les organisations communautaires ne s’implantent pas dans les entreprises mais luttent dans les quartiers, au plus près du quotidien des classes populaires. « Le community organizing s’appuie sur les liens forts qui structurent la vie quotidienne : les relations de voisinage, la fréquentation d’une église ou les modes de sociabilité communs liés à une culture partagée », présente Julien Talpin. Les collectifs défendent des intérêts de classe et non pas une identité qui serait menacée.

En France, l’intérêt pour le community organizing relève en partie de la mode, liée au parcours du président Obama. Mais l’effondrement des vieilles organisations du mouvement ouvrier, avec les syndicats et le Parti communiste, laisse un champ de ruine. La mobilisation des chômeurs, des précaires et des quartiers populaires demeurent un enjeu central qui n’est pas pris en compte par les syndicats. La politisation et l’autonomie des classes populaires doit passer par de nouvelles formes de lutte. Le community organizing peut permettre de sortir de l’isolement, de la séparation et de la résignation. Entre organisation et spontanéité, le community organizing propose de nouvelles pistes. Mais, si l’auto-émancipation des classes populaires reste l’objectif, des formes de bureaucratisation restent inévitables.

Origines et diversité du community organizing

C’est à Los Angeles que le community organizing semble le plus développé et implanté. La faiblesse du Parti démocrate et de son clientélisme explique l’émergence de ces pratiques de lutte. Des luttes locales victorieuses alimentent cette dynamique. En 1992, Rodney King est tabassé par la police. Des émeutes embrasent Los Angeles. Pourtant, cette révolte ne débouche aucune transformation sociale. Les pouvoirs publics ne font que renforcer la répression et la criminalisation des classes populaires.

Pourtant, en 1993, des associations sont créées pour donner la voix aux quartiers populaires. Ces collectifs tentent de créer des liens entre eux et de l’entraide plutôt que de se concurrencer pour grappiller les miettes subventionnées de l’Etat social. Les associations communautaires s’organisent également avec les syndicats. Des luttes de femmes de ménage dans les hôtels se révèlent victorieuses. Les immigrés et les travailleurs précaires rejoignent les syndicats. De nombreuses associations sont subventionnées pour assurer la pacification des quartiers. Mais la création d’un réseau d’activistes à Los Angeles et des luttes victorieuses favorisent une approche plus conflictuelle.

Le terme de community organizing regroupe des pratiques diverses. Aux Etats-Unis, la politique s’appuie sur la société civile. Des associations caritatives sont subventionnées par l’Etat. Au contraire, le community organizing entretien un rapport critique avec le pouvoir local et les institutions. Cette démarche « cherche l’organisation collective et autonome des habitants afin de créer un rapport de force avec les institutions », décrit Julien Talpin. Pourtant, les pratiques sociales restent diverses.

LA Voice semble particulièrement modérée et s’appuie sur les congrégations religieuses. Cette association insiste sur la « dignité » et s’ouvre largement aux classes moyennes. Community Coalition (CoCo) cherche à mobiliser directement les habitants pour leur permettre de résoudre leurs problèmes. CoCo lutte notamment contre la violence des gangs et pour la réinsertion des détenus, mais reste ancrée à l’échelle locale. Cette association assume également des choix politiques au moment des élections.

Le Bus Riders Union (BRU) semble davantage marxisant et radical. Cette association considère le bus comme un espace de concentration des classes populaires. Elle insiste sur l’importance d’une stratégie de transformation sociale. Elle s’inscrit dans l’héritage du mouvement ouvrier et dans la lignée des grands mouvements sociaux. Les revendications concrètes s’articulent avec des perspectives plus larges. Le BRU mène des luttes victorieuses qui permettent la diminution des tarifs de bus. Le BRU rejette toute forme de politique électorale, perçue comme une compromission. Seul le rapport de force peut permettre des améliorations du quotidien.



Mobilisation des classes populaires

Le community organizing vise à favoriser l’auto-organisation des classes populaires. Le porte-à-porte, les réunions en appartement et les coups de téléphone et les rencontres individuelles doivent permettre de construire des organisations puissantes et pérennes.

Ces associations parviennent à fortement mobiliser les classes populaires. Surtout, elles combattent la guerre que se mènent les pauvres entre eux. Les salariés plus intégrés et les plus précaires s’unissent autour de revendications communes. Les problèmes de délinquance sont ramenés à leurs causes sociales. Une analyse radicale permet de s’attaquer aux institutions plutôt qu’à une autre fraction des classes populaires. Des différences raciales sont également combattues à travers la défense d’un intérêt de classe.

Ces organisations de masse parviennent à mobiliser de nombreuses personnes. Leur méthode de recrutement semble plus efficace que les traditionnels tracts, affiches ou tables sur les marchés. LA Voice s’appuie sur les réseaux religieux. Comunity Coalition (CoCo) privilégie le porte-à-porte avec une approche individuelle. Une discussion s’engage avec chaque personne. Des questions personnelles et le parcours de vie de chaque personne sont évoqués. CoCo tente d’entretenir une relation personnelle avec chaque habitant. Ensuite, une réunion dans un appartement doit permettre de créer un groupe. Mais les nombreuses injonctions à participer révèlent les faiblesses de l’auto-organisation.

Le BRU privilégie les conversations directes avec les passagers du bus. Les membres du BRU questionnent les passagers sur les conditions de transports et des problèmes remontent rapidement : bus bondés, temps d’attente interminables, prix élevés. Au cours de la discussion, les membres du BRU doivent politiser la discussion et monter en généralité. Ensuite, des réunions conviviales doivent permettre de créer une sociabilité.

Le community organizing révèle un certain paternalisme à travers les injonctions à la participation. Mais les révoltes spontanées restent éphémères tandis que les associations veulent perdurer. « Contrairement à la tradition léniniste du mouvement ouvrier, il ne s’agit pas de faire émerger une avant-garde éclairée (que serait les organisateurs et quelques leaders) mais de permettre une mobilisation en masse », précise Julien Talpin. Néanmoins, une forme de bureaucratie se développe.

Le community organizing vise à former des leaders communautaires. Cette forme d’éducation populaire doit permettre d’éveiller la conscience critique et de favoriser les capacités d’action collective. Une association de jeunesse comme Sycea vise à diffuser une conscience de classe à travers les méthodes de l’éducation populaire et du théâtre forum. Les jeunes débattent du capitalisme, de l’imposture de la méritocratie et des inégalités structurelles. Mais d’autres associations favorisent au contraire un endoctrinement citoyen à travers la politisation pour se satisfaire de l’ordre existant. Mais, même à la Sycea, l’éducation populaire attend des « bonnes réponses » et rectifie les propos jugés hors cadre.

La politisation passe également par l’évocation de récits personnels. Les difficultés dans un parcours de vie débouchent vers une critique sociale. Les religieux valorisent particulièrement les témoignages larmoyants et chargés en émotion. Ce méthode du storytelling inspire la campagne de Barak Obama. « La mise en scène de la souffrance personnelle doit inciter à l’action et au changement social », observe Julien Talpin. La formation doit permettre la prise de parole, l’animation de réunions et diffuser le sens de l’organisation. Les leaders doivent également savoir mobiliser pour les actions collectives.

La politisation et la conscience de classe découlent d’une formation politique. Mais c’est surtout l’implication dans les luttes collectives qui façonnent les militants. « Il ne s’agit pas de réformer les pauvres pour qu’ils cessent de poser problème, mais de les politiser pour qu’ils puissent devenir de réels acteurs du changement social », analyse Julien Talpin. Mais cette politisation passe par une participation intense et répétée.



Institutionnalisation et bureaucratie

Le community organizing s’appuie sur des luttes concrètes à l’échelle du quartier. Mais les perspectives de transformation sociale peuvent être délaissées par cet activisme. Les associations peuvent également contribuer à la pacification sociale, sans chercher à changer la société mais à rendre plus vivable la misère.

Les associations communautaires ne sont pas toujours autonomes à l’égard des élus. Ces organisations appellent à la mobilisation électorale. Elles peuvent même participer à un système clientéliste. Les associations appellent alors à voter pour les élus qui les subventionnent. D’autres associations conservent une méfiance à l’égard des institutions, mais tentent malgré tout de faire pression sur les élus.

Les associations communautaires parviennent à remporter des luttes locales. Mais elles ne parviennent pas à combattre le capitalisme néolibéral et les inégalités sociales qui ne cessent de se creuser.

Le community organizing valorise la participation des classes populaires. Mais les pratiques d’auto-organisation ne sont pas toujours présentes. Le souci d’efficacité débouche vers des structures verticales et hiérarchisées. Une véritable bureaucratie semble même se développer.

Les associations ne bénéficient plus du financement de l’Etat social. Elles dépendent alors de fondations privées et des limites de la philanthropie. La professionnalisation débouche également vers la bureaucratie. De nombreux salariés s’occupent de tâches administratives. Ensuite, un bureau d’études quantitatives est chargé d’évaluer l’efficacité des associations. Ce sont ces critères de rationalité qui permettent d’obtenir des financements. Les fondations encouragent le recours au droit au détriment des actions protestataires.

Les associations comme CoCo restent contrôlées par les salariés et la direction. Même si l’objectif reste la mobilisation des habitants, CoCo décide seule des campagnes à lancer. Les simples bénévoles restent marginalisés par rapport aux salariés. « Devenir simple membre de l’organisation suppose d’accepter de n’être que le réceptacle passif d’injonctions issues de professionnels », observe Julien Talpin. Les salariés agissent à la place des gens plutôt qu’avec eux. Surtout, la professionnalisation ne s’appuie plus sur la sociabilité et les rencontres entre les habitants. Ces associations restent peu influencées par les mouvements Occupy. Pourtant, la démocratie interne reste une condition indispensable pour faire perdurer une organisation.

Le modèle du community organizing ne parvient pas à se développer en France. La place de l’Etat reste centrale, au détriment des potentiels contre-pouvoirs. Dans les quartiers populaires, le clientélisme permet de soumettre les associations. Les réseaux communistes s’effondrent. La montée du chômage et de la précarité favorise l’isolement plutôt qu’une unification des conditions de travail.

La coordination Pas sans nous reste soumise à l’Etat. Elle se contente de vouloir influencer les politiques publiques mais se révèle incapable d’impulser la moindre lutte. Stop le contrôle au faciès se contente d’un lobbying auprès de l’Etat et incite les habitants à voter. Cette association semble donc particulièrement soumise à l’Etat et à l’arrivisme.

Le mouvement ouvrier s’appuie sur l’auto-organisation et les luttes des classes populaires. Même la bureaucratie communiste, malgré toutes ses limites, a promu des ouvriers à sa direction. Le mouvement ouvrier permet la formation de militants issus des classes populaires. L’implantation dans les quartiers a permis le développement du Parti communiste.



Les limites d’une expérience

Le community organizing apparaît comme une manière de renouveler les pratiques de lutte. Le livre de Julien Talpin permet de présenter cette démarche originale. Il présente ses atouts, avec l’auto-organisation des classes populaires à travers des luttes concrètes. Mais il présente aussi les limites de la bureaucratisation et du rapport ambigu aux institutions.

Le community organizing s’appuie sur des aspects sympathiques. Contre les folklores idéologiques, la démarche pragmatique permet de s’appuyer sur des luttes concrètes. Le community organizing permet de lutter contre les problèmes de la vie quotidienne. Ce sont les habitants eux-mêmes qui décident des luttes à mener. Cette démarche peut s’apparenter aux enquêtes ouvrières du mouvement opéraïste. Ces pratiques permettent de sortir d’un discours sociologique qui insiste sur le déterminisme surplombant. Le community organizing montre que les classes populaires ne sont pas condamnées à la passivité et à la dépolitisation. Au contraire, les luttes sociales permettent de développer une véritable conscience de classe.

Il faut revenir sur des aspects gênants du community organizing. Malgré sa valorisation de l’auto-organisation, des pratiques clairement autoritaires perdurent. Ces associations s’appuient sur des leaders et même sur des religieux. Il semble pourtant difficile de s’appuyer sur la soumission à une personnalité ou à une religion pour développer des pratiques émancipatrices. De la même manière, la mobilisation passe beaucoup par des injonctions, un encadrement, une culpabilisation et une infantilisation. Les bureaucrates obligent les habitants à lutter. Ils peuvent alors créer des mouvements artificiels, sans réel désir de lutte. Surtout, ils jouent un rôle d’encadrement qui s’oppose aux principes de l’auto-organisation. Une bureaucratie perdure avec une hiérarchie dirigée par des salariés et des leaders.

Enfin, le community organizing conserve des perspectives limitées. Comme des syndicats combatifs, ces associations permettent une auto-défense de classe. Mais la perspective d’un renversement de l’ordre existant n’est jamais évoquée. La lutte quotidienne et l’activisme restent le seul horizon. Dès lors, la seule perspective reste l’interpellation des institutions. Le contre-pouvoir doit se contenter de jouer le rôle d’aiguillon du véritable pouvoir. Le community organizing tente d’influencer les politiques publiques mais refuse tout dépassement de l’Etat. Cette démarche reste fondamentalement réformiste. L’aménagement de la misère prime sur sa suppression.

Les associations s’enferment alors dans une routine qui les empêche de saisir l'évènement. Leur attitude pendant des émeutes risque de se révèler limitée. Loin d’offrir des perspectives de rupture avec le capitalisme, les associations risquent d’orienter les émeutiers vers le vote et le lobbying. Le community organizing peut alors imposer une forme de pacification sociale, contre la conflictualité politique.

La lutte sociale, bien qu’indispensable, ne suffit pas. Les luttes concrètes doivent s’articuler avec une perspective de rupture avec le capitalisme pour ne pas sombrer dans la récupération politicienne. Les luttes au quotidien permettent de diffuser des pratiques politiques. Mais seuls des mouvements de révolte spontanée et généralisée peuvent permettre de changer la société.


Source : Julien Talpin, Community organizing. De l’émeute à l’alliance des classes populaires aux Etats-Unis, Raisons s’agir, 2016

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Pour aller plus loin :

Vidéo : Conférence de Julien Talpin

Vidéo : Le community organizing: développer le pouvoir des citoyens ?, conférence mise en ligne sur le site des Archives Audiovisuelles de la recherche

Vidéo : Classes populaires et organisations militantes : transformations sociopolitiques et recompositions des liens avec le monde associatif et politique

Vidéo : Community organizing : le pouvoir du collectif, débat diffusé sur Public Sénat le 9 avril 2016

Vidéo : Question raciale et participation politique - Le déni des discriminations. Comment l’évitement de la question raciale démobilise les quartiers populaires français

Vidéo : Nicolas Duvoux, L’empowerment, de la théorie à la pratique. Entretien avec Marie-Hélène Bacqué, publié sur le site La Vie des idées le 10 mai 2013

Radio : Los Angeles, laboratoire d’une renaissance politique, émission La Suite dans les idées diffusée sur France Culture le 7 mai 2016

Julien Talpin, Mobiliser les quartiers populaires. Vertus et ambiguïtés du community organizing vu de France, publié sur le site La Vie des idées le 26 novembre 2013

Clément Petitjean, Compte rendu du livre de Julien Talpin, 2016, mis en ligne sur le site Liens socio le 08 juin 2016

Julien Talpin, Community organizing : le pragmatisme d’outre-Atlantique, publié dans le journal Alternative Libertaire n°252 de juillet-août 2015

Tudy et Guillaume, États-Unis : des hobos aux organizers, publié dans le journal Alternative Libertaire n°252 de juillet-août 2015

Adeline DL, Le « community organizing » décortiqué, publié dans le journal Alternative Libertaire n°258 de février 2016

Adeline DL, Community organizing : Libertaire ou néolibéral ?, publié dans le journal Alternative Libertaire de juin 2016

Adeline DL, États-Unis : Organiser les précaires, publié dans le journal Alternative Libertaire de juin 2016

Donatien Huet, Dans les banlieues françaises, "tout est fait pour que les habitants ne puissent pas s’organiser", publié sur le site d'Arte le 27 octobre 2015

Made in America : Community Organizing, publié sur le site Quartiers Libres le 14 mai 2016

Laure de Buyer, Le community organizing aux Etats-Unis. Le secteur associatif américain est-il "à louer" ?, Observatoire du Management Alternatif, HEC Paris, 2013

Articles de Julien Talpin publiés sur le Portail Cairn

Articles de Julien Talpin publiés dans le journal Libération

Alban de Montigny, « Nuit debout vit un moment décisif », publié dans le journal La Croix le 29 avril 2016

Julien Talpin, Bloquer les routes. Originalités et limites des piqueteros argentins, publié dans la revue Vacarme n°26, hiver 2004


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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Mar 23 Aoû - 16:01


Prison et quartiers : un destin collectif

Laure Anelli Observatoire international des prisons - section française
via blog Dedans-Dehors, Médapart 17 août 2016

Cet article est issu du n°92 de la revue trimestrielle Dedans-Dehors, éditée par l'Observatoire intertional des prisons. Pour consulter l'intégralité du dossier ou vous abonner à la revue papier, c'est ici.


Les quartiers « sensibles » sont les premiers pourvoyeurs de détenus dans les maisons d’arrêt des grandes villes. A tel point que pour les jeunes incarcérés, la prison est une « cité avec des barreaux ». Comment l'expliquer? Quelles sont les conséquences sur le quotidien en prison? Sur les trajectoires de ces jeunes? Quelles solutions pour sortir de l'engrenage? Premier volet de notre dossier.

Citation :
Ce qui n’était jusqu’alors qu’un secret de polichinelle est désormais confirmé par la recherche : les quartiers « sensibles » peuplent, plus que les autres, les prisons. Les travaux de la géographe et sociologue Lucie Bony en Ile-de-France montrent ainsi que les quartiers prioritaires, ou qui en ont le profil, affichent des taux proches des 150 détenus pour 100 000 habitants, près de 40 points de plus que la moyenne nationale. Une réalité que les premiers intéressés verbalisent sans détour : « En prison, il n’y a que des gens comme nous » disent-ils, ou encore, « la prison, c’est une cité avec des barreaux ». Le sentiment d’un « destin collectif » se dégage nettement des discours des jeunes détenus rencontrés par la chercheuse comme par l’OIP. Illustration de ce phénomène, le sociologue Didier Lapeyronnie constatait, à l’occasion d’une recherche dans un « ghetto » d’une ville moyenne de l’ouest en 2008 3, qu’« un tiers des hommes du quartier âgés de 18 à 35 ans étaient en prison ou avaient été en prison au cours des deux années précédentes ».

Rien d’inédit à ces résultats, si l’on s’en tient à une lecture « classiste »1 : au XIXe siècle déjà, 87,5 % des hommes détenus étaient « des pauvres ou des miséreux »2. Mais les quartiers prioritaires n’ont pas pour seule caractéristique de concentrer des ménages à bas revenus. Ils accueillent également de fortes proportions d’immigrés, ces deux catégories se recoupant d’ailleurs souvent3. Si Lucie Bony s’en est tenue à des indicateurs territoriaux, Didier Fassin a lui étudié le poids de l’origine et de la couleur de peau à l’occasion d’une enquête dans une maison d’arrêt francilienne 3. En se fondant sur les patronymes et l’apparence physique des détenus sur les photos d’identité consignées dans les registres, il observe que « les hommes noirs et arabes représentent les deux tiers de l’ensemble des détenus et même plus des trois quarts des moins de trente ans »4. Si le chercheur a dû bricoler des statistiques « maison », c’est parce qu’elles sont encore interdites en France, sauf dérogation. Les partisans du maintien de cette interdiction la justifient par la crainte, légitime, que de telles statistiques ne réifient des catégories forcément contestables. Autre source d’inquiétude : le risque que les données ainsi produites soient instrumentalisées à des fins de stigmatisation.
Mais refuser la production de données objectives revient aussi à taire cette réalité dérangeante : oui, les maisons d’arrêt renferment essentiellement des hommes, jeunes, issus des quartiers populaires et de l’immigration. Surtout, refuser de l’objectiver, c’est éviter de s’interroger sur ses causes profondes. C’est refuser de s’attaquer aux inégalités socio-économiques à la source du problème. C’est aussi refuser de faire face aux discriminations à l’oeuvre dans la chaîne pénale.

« Tous les milieux et classes sociales partagent les mêmes fins, les mêmes objectifs sociaux : consommer, s’affirmer, être reconnu socialement, rappelle le sociologue Marwan Mohammed. Seuls les moyens d’y accéder diffèrent, selon les positions sociales. » Outre les violences, le vol et les trafics5 sont souvent ce qui conduit ces jeunes derrière les barreaux. Une façon parmi d’autres de « compenser » les inégalités sociales et économiques, décrypte Marwan Mohammed, dans des quartiers où le taux de chômage atteint 26,7 %, où le niveau de pauvreté est trois fois supérieur à la moyenne nationale et où le décrochage scolaire est plus important qu’ailleurs, si bien que 61 % des moins de 30 ans ont un niveau d’étude inférieur au baccalauréat6. En outre, « quand on parle de population pénale, on parle de population sélectionnée », précise Marwan Mohammed. Autrement dit, si on enferme ces jeunes plus que d’autres, c’est aussi parce qu’on les cible eux plus que d’autres. « On » ? Les politiques pénales, en sanctionnant plus durement la délinquance de désoeuvrement que la délinquance en col blanc par exemple. La Police, qui focalise son activité sur ces quartiers et sur ces jeunes. Et enfin la Justice, qui condamne aussi plus facilement cette jeunesse à de la prison ferme. Mais dans ces maisons d’arrêt surpeuplées, où le temps par jour dévolu aux activités ne dépasse pas l’heure et demi, ils ne font guère que reproduire leur quotidien à l’extérieur, entre « business et galère ». Pire, loin de résoudre le problème, la prison renforce l’exclusion de ces jeunes, qui trouveront encore plus difficilement un emploi à la sortie. En mettant directement en relation des délinquants aux origines et profils variés, l’enfermement « participe de la reproduction de l’espace de la criminalité », souligne en outre Marwan Mohammed. « Plutôt que de penser enfermement ou éloignement, il faudrait travailler à réduire le vivier, en amont des parcours de délinquance », estime le sociologue. On ne peut qu’abonder. Des initiatives existent. Zonzon93, Makadam, 100murs : ces trois associations, parmi d’autres, oeuvrent des deux côtés du mur à des actions de prévention et d’accompagnement vers la désistance aussi variées que nécessaires. Et dont les pouvoirs publics feraient bien de s’inspirer.

(1) Qui étudie les discriminations à travers le spectre de la classe sociale.
(2) Jean-Jacques Petit et al., Histoire des galères, bagnes et prisons, Bibliothèque historique Privat, 1991.
(3) L’Observatoire des inégalités établissait en mars 2016 que les immigrés ont un niveau de vie inférieur d’un tiers à celui des non immigrés. Leur taux de pauvreté approche les 40 % contre 14 % en moyenne en France.
(4) Didier Fassin, L’ombre du monde, Seuil, 2014.
(5) Au 1er avril 2012, 23 % des personnes écrouées à la maison d’arrêt de Nanterre l’étaient pour délinquance d’acquisition (ensemble des vols et cambriolages), 21,2 % pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, 16,4 % pour des violences interpersonnelles, 5,2 % pour outrage, rébellion et violences à personnes dépositaires de l’Etat ou encore dégradation de bien publics ou privés et 0,1 % pour délinquance en col blanc. Source : Lucie Bony, « De la prison peut-on voir la ville ? », à partir du fichier national des détenus.
(6) Observatoire national de la politique de la ville - Rapport 2015, Bibliothèque des rapports publics, La Documentation française, mars 2016. 3


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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Mar 23 Aoû - 22:30


déplacé, photos de 2014

de mes promenades socio-poétiques, photos, poèmes...


Val-de-Fontenay RER



(la banque est à quai)



(l'opium aussi)




et alors ? et alors...



Zorro est revenu



22, vla...




(...un peu plus tard...)



à Michael Brown, la couleur pourpre


pour le roman éponyme d'Alice Walker

« I'm out here because one day I'm going to have black kids, and I don't police to shoot them dead »
Johnetta Elzie, Ferguson source





(...)

un peu plus loin la femme s'entête



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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Mer 24 Aoû - 18:54


Contrôles au faciès : le grappin quotidien

Rachid Laïreche Libération 17 août 2016

Pour de nombreux jeunes Arabes et Noirs, pas besoin de commettre une infraction pour avoir affaire à la police. Récit d’une journée de discriminations.


Photo Emmanuel Pierrot
   
Rachid Laïreche a écrit:
Une sale habitude. Les gyrophares éclairent la ville, et des Arabes et Noirs écartent les bras devant les forces de l’ordre et la foule : coupables malgré eux. Aujourd’hui, en France, une partie de la jeunesse est victime des contrôles au faciès. Les filles, elles, passent entre les gouttes. La police a un faible pour le jeune fils d’immigré qui respire de l’autre côté du périph. Le danger, c’est lui. Et l’arrivée de la gauche au pouvoir n’a rien changé. Pourtant, en 2012, c’était l’une des mesures du candidat Hollande. Il avait écrit : «Je lutterai contre le délit de faciès dans les contrôles d’identité par une procédure respectueuse des citoyens, et contre toute discrimination à l’embauche et au logement. Je combattrai en permanence le racisme et l’antisémitisme.» Depuis, l’Etat a été condamné pour «faute lourde» pour des contrôles d’identité au faciès par la police. L’instauration d’un récépissé pour lutter contre ce phénomène a été balayée à plusieurs reprises et, en février, Mediapart s’est procuré le mémo d’un agent judiciaire de l’Etat qui explique, en substance, qu’il est normal de contrôler des Noirs et des Arabes quand on cherche des infractions à la loi commises par des étrangers… Et les derniers attentats n’ont rien arrangé. Pour illustrer cette triste réalité, voici différents témoignages, regroupés en une journée type de contrôles en série.

07h25

Le jour se lève sur Fontenay-sous-Bois, petite ville du Val-de-Marne [53 124 habitants] et voisine du bois de Vincennes. Akim grimpe, comme tous les matins de la semaine, à bord du RER A : la ligne est réputée pour ses galères. Le wagon est bondé. Pas le choix. Akim, 21 ans, étudie à la fac de Créteil. Son objectif : devenir prof de sport. Coincé au fond du wagon, l’étudiant est ailleurs. Il écoute de la soul et se perd dans ses pensées : son amoureuse trotte dans sa tête. Il descend à l’arrêt Saint-Maur-Créteil et se faufile entre les âmes qui se bousculent, sans un regard. Il passe le tourniquet et croise l’ombre d’un policier, posté à la sortie de la gare. L’agent demande à Akim de se mettre sur le côté.

C’est la troisième fois en moins de deux ans qu’il se fait contrôler dans cette gare. Akim connaît le rituel. Il sort ses papiers, sans un mot. La foule passe et l’observe. L’étudiant évite le regard des autres. La gêne, sûrement. Le policier se met un peu à l’écart avec le passeport (français) d’Akim. Les minutes passent : il revient et demande à l’étudiant d’ouvrir son sac et de vider ses poches. Parfois, Akim refuse. Mais, ce matin, il n’a pas la force et surtout pas le temps. Il doit être dans vingt minutes à l’autre bout de la ville et en tenue de sport pour son cours de judo. Le policier lui rend ses papiers. L’étudiant, en colère, serre la mâchoire et se dirige en vitesse vers l’arrêt de bus. Ce matin, il arrivera en retard à son cours. Ça sera la troisième fois en moins de deux ans.

13h11

Malik, 20 ans, quitte Gennevilliers (Hauts-de-Seine) le temps d’un après-midi. Il prend le métro et rejoint des potes au cœur de Paris, à Châtelet, pour une séance de cinéma. Le film la Vache est au programme. Il arrive en avance et gambade dans les boutiques du centre commercial sous le regard attentif des vigiles. Il jette un œil à sa montre. Julien et Hassan ne devraient pas tarder. Malik sort du centre commercial et se grille une clope à l’endroit du rendez-vous. Trois agents qui se baladent à pied dans le quartier s’arrêtent à sa hauteur. Contrôle d’identité. Malik sort sa carte d’identité, tranquille : ce n’est ni la première ni la dernière fois. Le plus bavard des policiers fait dans l’humour. «Tu as quitté ton quartier pour venir en France aujourd’hui ?» Malik ne répond pas et tire sur sa clope. «Qu’est-ce que tu viens foutre ici ?» Toujours pas de réponse. «Quand t’es dans ton quartier tu fais le malin avec mes collègues mais ici tu fermes ta gueule, t’as peur et t’es seul sans tes potes.» Puis il rend à Malik ses papiers. Dégoûté, le jeune homme guette les policiers s’éloigner, écrase sa clope et grimpe dans le métro. Retour express à Gennevilliers.

16h22

Ibrahima, 19 ans, a rangé son cartable après une petite journée au lycée et traîne au quartier, tranquille. Le soleil tape sur Argenteuil (Val-d’Oise). Il fouille dans ses poches, sort une pièce et se dirige à l’épicerie du coin. L’heure de la canette fraîche. Ibrahima sort de l’épicerie et tombe sur une patrouille. Pas le temps d’apprécier le soda : contrôle d’identité. Le lycéen n’a pas ses papiers sur lui. «Logique», selon lui. Il vit à moins de cent mètres et ne prend jamais ses papiers lorsqu’il reste dans le quartier. La patrouille voit les choses d’un autre œil. Un agent, «le plus grand en taille», multiplie les questions. Puis il le fouille. Ibrahima a les deux mains contre le mur sous le regard des voisins. Les minutes défilent, les questions aussi : «Tu as du shit ?», «pourquoi tu n’es pas à l’école ?», «tu habites où ?»… Ibrahima répond et perd patience. «J’habite à côté, donc soit je rentre chez moi et je reviens avec mes papiers, soit vous arrêtez avec vos questions.» Le ton monte. La suite ? Les menottes. Direction le poste de police pour une «vérification d’identité». Il est 20 h 30 : Ibrahima sort du commissariat avec la tête des mauvais jours et une canette chaude dans la poche. Il prend son portable et appelle sa mère. La gorge nouée, il lui dit : «Une journée gâchée, mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ?»

20h40

Abdoulaye a rendez-vous près de la place de la Nation avec Clément, un pote de Toulouse qui passe le week-end dans les parages. Il est, comme toujours, en retard. Abdoulaye, 26 ans, monte dans sa Golf noire et quitte son quartier, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Pas le temps d’allumer sa radio. Les gyrophares illuminent le décor et la brigade anticriminalité lui barre la route. Tranquille, Abdoulaye coupe le contact. Deux policiers sortent de la voiture et le braquent avec leur arme. Abdoulaye est effrayé. Il lève les mains. Un policier ouvre la portière, extirpe Abdoulaye avec force du véhicule, le plaque au sol et lui enfile les menottes. Sa tête embrasse le bitume. L’agent, en civil, demande à plusieurs reprises et d’une voix forte : «La voiture, tu l’as volée où ?» Abdoulaye, informaticien, a acheté sa Golf l’an dernier après plusieurs mois d’économie. Le second agent vide le coffre, la boîte à gants et fouille sous les sièges. Il revient avec les papiers du véhicule et le permis de conduire d’Abdoulaye. La patrouille le laisse face contre sol et vérifie les papiers. Abdoulaye tremble. Il se fait souvent contrôler, mais jamais de cette manière. Il ne comprend pas ce qu’il lui arrive. Sur la route, les voitures passent au ralenti : la foule est curieuse. Un policier revient vers Abdoulaye et lui retire les menottes. Le jeune homme se lève, il secoue ses vêtements trempés par le bitume humide. Un agent lui rend ses papiers et lui souhaite une bonne soirée. Abdoulaye, sous le choc, a enfin le droit à la parole. Il pose une question. «Pourquoi tout ça ?» Le policier répond froidement : «J’ai des gosses et je ne prends aucun risque avec des gens comme vous.»

23H02

Sabri et Mounir sortent du vestiaire après l’entraînement de foot, dans un patelin des Yvelines. L’appétit grandit. Sabri, 21 ans, gare sa petite Clio 1 sur le parking d’un McDo. Mounir, 23 ans, descend. Il revient avec les menus. La police passe, les torches s’allument : c’est l’heure du contrôle. L’un d’eux glisse une remarque très limite sur la couleur de peau et sur les noms venus d’ailleurs qu’il lit sur les papiers d’identité. Il répond qu’il n’aime pas les cons lorsque Mounir demande pourquoi ses collègues et lui s’embêtent à contrôler deux types qui mangent un sandwich et des frites sur le parking d’un McDo. Ils font rentrer un chien pour renifler la voiture, puis fouillent la Clio comme s’ils cherchaient un cadavre. La police fait durer le contrôle d’identité, jusqu’à le transformer en contrôle technique. Tout y passe. Sabri se marre : «Ce n’est plus la police nationale, c’est Midas.» Les jeunes hommes baissent la tête parce que les autres clients les regardent. Parmi eux, des gosses et des voisins qu’ils croisent parfois et pour qui le contrôle d’identité est forcément la conséquence d’une connerie. Qui en parleront autour d’eux. «Hier soir, j’ai vu le fils d’untel avec celui d’untel. La police les fouillait.» Palpation des couilles, mains sur la voiture, clés et petite monnaie sur le capot. Questions bizarres sur le quartier d’origine, qui n’est pourtant pas le plus difficile du coin. Sur les études supérieures. Sabri et Mounir relativisent. Car, dans leur tête, mieux vaut être dévisagé par des voisins plutôt que par ses propres parents à la fenêtre de l’immeuble. C’est déjà arrivé à Sabri, une fois. «La honte.» Il est rentré à la maison comme un coupable. Pourtant, ce n’était qu’un contrôle de routine
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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Ven 26 Aoû - 11:30


La prison, «une cité avec des barreaux»

Lucie Bony propos recueillis par Laure Anelli, Observatoire international des prisons - section française
via Blog Médiapart Dedans-Dehors 22 août 2016

La sociologue et géographe Lucie Bony a étudié les logiques de recrutement de la population détenue en maison d’arrêt, une recherche centrée sur l’Ile-de-France qui mériterait d’être étendue à d’autres régions. Son constat : les jeunes hommes des quartiers populaires de banlieue alimentent plus que les autres les prisons, à tel point que ces dernières font figure d’annexes du quartier. Entretien.


© Grégoire Korganow / CGLPL

Citation :
D’où viennent les détenus incarcérés dans les maisons d’arrêt franciliennes et quel est leur profil ?

Lucie Bony* : La première aire de recrutement de la population détenue est constituée de villes de banlieue, plus précisément de quartiers ciblés par la politique de la ville, ou qui en ont le profil. Ces territoires peuvent compter jusqu’à 150 détenus pour 100 000 habitants – presque le double de la moyenne régionale. Il s’agit de quartiers populaires marqués par la précarité, avec de grands ensembles. La population y est jeune, avec une part importante d’immigrés, de familles nombreuses et monoparentales et de personnes non diplômées. A l’image de celle des quartiers, la population des maisons d’arrêt franciliennes est jeune : la moitié des détenus y a moins de 30 ans. La majorité purge une peine de moins d’un an, pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, des faits de violence, de troubles à l’ordre public et ont des faits d’outrage à agent ou de dégradation de biens publics inscrits à Le grand entretien leur casier judiciaire. Il s’agit donc très majoritairement d’une petite délinquance urbaine.

Comment expliquer ce lien entre prison et quartiers ?

On peut formuler plusieurs hypothèses. D’abord un effet de composition : l’incarcération étant davantage prononcée à l’encontre de personnes de milieu social défavorisé, les territoires dans lesquels ces populations sont concentrées sont logiquement davantage touchés par l’incarcération. Mais on peut aussi supposer que d’autres effets jouent. La focalisation de l’appareil répressif sur ces quartiers, le fait que l’institution judiciaire ait tendance à condamner plus sévèrement les personnes déjà repérées… Des facteurs qui, combinés, concourent à ce que les circulations prisonsquartiers s’auto-entretiennent. Ces logiques de recrutement ne sont sans doute pas le mais aussi produites par l’institution judiciaire, policière, à travers des mécanismes qui mériteraient d’être creusés. Aux Etats-Unis, des travaux montrent qu’il existe une forme de « discrimination territoriale » : les personnes, selon les endroits d’où elles viennent, n’ont pas les mêmes risques d’être condamnées à de la prison ferme. Il faudrait mener ce genre de recherche en France, pour déterminer si, aux différents stades de la procédure judiciaire, de l’arrestation à la condamnation, il y aurait une discrimination liée à l’adresse, indépendamment de la position sociale ou de l’origine ethnique.



Aires de recrutement et de non-recrutement de la population détenue
à Paris et dans la petite couronne d'Île-de-France
© Données : Lucie Bony / Graphisme : OIP-SF


D’après vos observations à la maison d’arrêt de Nanterre, les quartiers ont tendance à se reconstituer à l’intérieur des murs

« D’où tu viens ? », « Tu as grandi où ? » sont parmi les premières questions que les détenus se posent mutuellement. La question de l’origine territoriale est déterminante, et constitue un critère d’identification et de classement très important entre eux. Ceux qui viennent du département sont chez eux, c’est « leur » prison. Venir d’un quartier chaud ou médiatique, même s’il n’est pas dans le département, permet aussi de jouir d’un certain prestige en détention, davantage que lorsque l’on vient d’un quartier dont personne n’a jamais entendu parler. Certains quartiers sont étiquetés en fonction de leur « spécialité ». « Dis-moi d’où tu viens et je te dirai qui tu es » : telle cité est connue pour le trafic de stupéfiants, telle autre pour les braquages, etc. Des affiliations se créent ensuite selon les territoires d’origine. On peut ne s’être jamais parlé à l’extérieur, mais le fait de se trouver des connaissances communes, de fréquenter le même gymnase ou d’avoir été scolarisé dans la même école, même à des époques différentes, suffit à créer des solidarités.

De quels types de solidarités s’agit-il ?

Les premiers jours, quand les détenus sortent de garde à vue et sont envoyés directement en prison, ils se retrouvent sans vêtements, sans cigarettes. Des solidarités basées sur cette origine commune peuvent s’enclencher dès l’arrivée. L’autochtonie facilite aussi beaucoup l’insertion en détention. Les plus expérimentés prennent les nouveaux venus sous leur aile. Certains demandent même à ce qu’ils soient placés dans leur cellule, afin de pouvoir prendre en charge leur vie quotidienne et de leur offrir un soutien moral. Une forme de conseil juridique s’organise en interne. Ceux qui ont un certain bagage accompagnent les plus inexpérimentés : « Là, c’est le moment de demander un aménagement de peine », « Là il faut que tu t’inscrives à des activités pour avoir une remise de peine »... Ils leur expliquent aussi comment se comporter en détention. Il y a beaucoup d’autorégulation entre les détenus dans les maisons d’arrêt. Le pendant négatif de l’importation de ces rapports sociaux, c’est la reproduction de rapports de domination, d’une forme de caïdat, même s’ils en refusent le terme : « Je te prends dans ma cellule, je te protège, mais en échange tu fais le ménage et tu n’as pas ton mot à dire pour choisir le programme télé. » Le soutien se paie aussi parfois.

Comment se positionne l’administration pénitentiaire (AP) face à la reproduction de ces réseaux de sociabilité en détention ?

Dans les entretiens d’entrée, on pose systématiquement la question aux nouveaux arrivants : « D’où viens-tu ? Est-ce que tu connais quelqu’un en détention ? » Cela permet aux personnels de détecter d’éventuelles tensions. L’information est consignée, et au moment de l’affectation en cellule par le chef de bâtiment, les détenus peuvent faire part de leur désir d’être avec Untel ou Untel. Je ne pense pas qu’une consigne soit donnée au niveau national. Certains conflits opposant les villes du nord et du sud du département, à Nanterre, la politique était plutôt d’accompagner ce désir de regroupement par origine résidentielle, en les répartissant dans les différentes ailes. Les personnels de surveillance disent qu’ils ont tout intérêt à créer des groupes de détenus qui s’entendent bien : cela évite des tensions, des explosions, qui occasionneraient de nouveaux déménagements, des commissions disciplinaires, des placements au mitard, etc. Le revers de la médaille, c’est que les surveillants peuvent menacer un détenu qui poserait problème de le séparer de ses connaissances : comme tout privilège accordé en prison, il n’y a qu’à le retirer pour qu’il se transforme en punition. Regrouper les détenus par affinités est donc un instrumentde maintien de l’ordre, une façon d’assurer la paix sociale en détention. D’autant que dans ces établissements surpeuplés, les personnels doivent pouvoir compter sur la façon dont les détenus s’autorégulent pour tenir la détention. L’encadrement étant en nombre assez limité, une forme de délégation de pouvoir s’organise de façon implicite : des détenus plus âgés du quartier sont là pour tempérer les plus jeunes.

Les détenus qui ont un certain « bagage carcéral » parlent souvent de choc des cultures avec les plus jeunes. Avez-vous pu l’observer ?

Il y a un vrai clivage entre les « jeunes » et ceux que j’appelle les « anciens », qui ont plus de 30 ans et ne viennent pas forcément du même type de territoire. Les plus jeunes, qui n’avaient encore jamais connu la prison, mobilisent la « culture de rue » pour décrypter les logiques de structuration des rapports sociaux entre les murs des maisons d’arrêt. Des têtes de toutes les cités sont réunies dans un même lieu, alors forcément, on « refait » le quartier : ils importent leur définition du respect, de l’honneur, l’importance de la flambe. « Si t’as rien, t’es rien » : le fait d’avoir des ressources économiques et de le montrer prend encore plus d’importance à l’intérieur. Pour les plus anciens, qui purgent parfois d’assez longues peines, le passage en maison d’arrêt est souvent vécu comme un moment particulièrement « pénible », au-delà des conditions difficiles de détention : c’est « plein de gamins », « bruyant », ça les « fatigue ». Eux s’identifient moins à leur quartier d’origine qu’à leur parcours en détention. Ils se réfèrent à la culture carcérale plutôt qu’à celle de la rue, à un code de l’honneur propre à la prison – « on est solidaires contre les surveillants », « on ne balance pas même son ennemi ». Ils rejettent souvent la culture de rue, dont ils pensent qu’elle déstabilise l’ordre classique, traditionnel en détention.

La prison est vécue comme un exil total par bien des détenus, totalement coupés de leurs proches et de leurs repères. C’est moins le cas pour ces jeunes ?

Je parle de continuum entre les prisons et les quartiers car il existe une vraie porosité entre ces deux mondes, en banlieue parisienne tout du moins ; parce qu’ils partagent la détention avec des connaissances du quartier, que la proximité de la prison de leur lieu de résidence habituel facilite la venue des proches au parloir… Même quand ils n’ont pas personnellement de parloir, leurs copains en ont et peuvent jouer les intermédiaires. Des informations entrent et sortent par parloirs interposés, mais aussi des vêtements : on donne le linge du codétenu à sa mère, pour qu’elle le remette à celle qui n’aura pas pu venir… La présence en détention de personnes des mêmes quartiers génère finalement une démultiplication des contacts avec l’extérieur. Sans compter les allers-retours en détention de personnes condamnées à de courtes peines. La porosité est aussi matérielle, au-delà du simple échange de linge, par projection d’objets par-dessus les murs d’enceinte par exemple. Elle est d’autant plus importante que le réseau relationnel des détenus est géographiquement proche de l’établissement.

A écouter les éducateurs de rue, l’expérience carcérale est souvent banalisée dans les discours des plus jeunes…

Ils ne vivent pas vraiment la prison comme une rupture dans leur parcours. Ils baignent dans un univers où elle est omniprésente, connaissent tous quelqu’un qui y est passé, que ce soit dans l’entourage ou dans la famille. Sur ces territoires, on fait l’expérience collective de l’incarcération. Dans certaines fratries, il y a même une sorte de passage de relais : le grand frère fait un séjour, puis c’est au tour du frère du milieu, etc. si bien que dans ces familles, il y a en permanence au moins un membre incarcéré. On retrouve cet effet de succession dans les groupes de pairs : il y a toujours au moins un ou deux membres de la « bande » en prison, avec parfois aussi des effets de génération. Dans les quartiers, il y a le sentiment d’une trajectoire commune, d’un destin collectif, écrit d’avance, un cercle vicieux dont on n’arrive pas forcément à sortir.

Le quartier et la prison sont les deux faces d’une même réalité ?

Certains le disent très bien : « la prison, c’est une cité avec des barreaux », « c’est un grand quartier ». Prison et quartier sont très liés dans les discours. Quand ils décrivent leurs journées, c’est « business, galère, on descend en bas, on joue au foot, y’a pas le [restaurant] grec comme au quartier mais bon… On remonte dans la chambre, on parle » : ils voient de telles similitudes entre leurs quotidiens dedans et dehors qu’ils assimilent la cellule à leur chambre, la liberté et le confort en moins. Bien sûr, il ne faut pas oublier qu’on est dans le registre des discours, de la présentation de soi : dire que « dedans, c’est comme dehors » est aussi une façon de nier la réalité de l’incarcération et ses difficultés, de garder la face et passer pour un « dur ». Cela ne veut pas dire qu’ils ne pleurent pas en cellule et qu’ils ne sont pas déprimés quand ils pensent à leur avenir. Toujours est-il que ces discours montrent à quel point la circulation entre ces deux univers est intériorisée, banalisée. Finalement, lorsqu’ils sont détenus, les jeunes gens rencontrés décrivent davantage le quartier comme une forme de prison qu’ils ne décrivent la prison comme une prison. Ils parlent beaucoup de l’enfermement dans le quartier, qu’ils ne pourront pas en sortir. Les frontières, les barreaux, ne sont pas placés entre le quartier et la prison, mais à l’extérieur du complexe quartier-prison.

Vous parliez d’avenir. Comment se l’imaginent-ils ?

Il y a un conformisme assez surprenant. Quand on leur demande ce qu’ils aimeraient pour leur futur, la réponse est pour beaucoup : « un pavillon, une femme, des enfants, un travail », parfois même un chien. La prison reste une épreuve et un moment de prise de conscience, de réflexion sur soi, sur son avenir. Une idée revient beaucoup : « Si je veux arrêter de retourner en prison, il faut que je parte du quartier. » Quand ils relisent leur trajectoire, le quartier est presque considéré comme un acteur à part entière, à l’origine de toutes leurs difficultés. Le « quartier », c’est très large : ça englobe « l’école, qui ne nous a pas donné notre chance », « les grands qui donnent le mauvais exemple », « la police qui nous suspecte », « l’environnement pourri », « le ghetto »… Le quartier englobe toutes ces difficultés. C’est finalement une représentation assez classique du « quartier criminogène ». Le rêve du pavillon s’inscrit dans ce désir de quitter le quartier, puisqu’il amène à la campagne ou dans le péri-urbain. C’est une envie d’ailleurs, pour devenir autre et recommencer sa vie. Ces discours, quasiment tous les tiennent. Une fois dehors, ils trouvent rapidement leur limite. Car les démarches de recherche d’emploi et de logement prennent du temps, d’autant plus avec un casier. Si l’on n’est pas soutenu par ses proches, le temps de trouver du travail, on est « en galère », sans argent, donc on reprend ses habitudes, on se remet à fréquenter les mêmes personnes, etc.

Quitter le quartier n’est donc pas forcément la solution ?

L’idée n’est pas idiote : la détention, on l’a vu, ne les dépayse pas, ne les coupe pas de la vie qui les a conduits derrière les barreaux. Mais disperser, écarter, éloigner ne suffit pas. Cela peut même être contre-productif. Pour pérenniser cette prise de conscience, cet élan, il faut avoir de la ressource, sous toutes ses formes : économiques et relationnelles, mais aussi psychologiques, pour être en mesure de se projeter autrement. Pour cela, il faut un accompagnement, des soutiens. Le quartier peut représenter une ressource. Les groupes de pairs ne font pas nécessairement que proposer de faire du trafic. Ils peuvent aussi aider à trouver du travail, prodiguer de bons conseils. Il se passe aussi plein de choses positives
dans les quartiers.

* Lucie Bony est chercheuse au CNRS. Elle est l’auteure d’une thèse intitulée « De la prison, peut-on voir la ville ? Continuum carcéral et socialisation résidentielle ».

Cet article est issu du n°92 de la revue trimestrielle Dedans-Dehors, éditée par l'Observatoire intertional des prisons. Pour consulter l'intégralité du dossier ou vous abonner à la revue papier, c'est ici.

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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 4 Sep - 13:05



C’est la rentrée

Quartiers libres 3 septembre

Citation :
Au quartier, l’été s’achève.

La majorité des nôtres a profité de l’été pour se reposer, souvent au quartier ou en famille, faute de moyens, parfois au bled. Les plus heureux ont pu profiter de ce qu’il reste des conquêtes ouvrières pour partir en vacances.

Pendant ce temps, ceux qui nous vendent à longueur de temps leur manière de faire de la politique « autrement » ont profité de la décontraction estivale, avant la principale élection française qui arrive en 2017, pour faire fructifier leur « travail de terrain ». Ils nous vendront bientôt toutes les stratégies politiciennes possibles, qui leur permettront de bien manger pendant les cinq prochaines années.
On a déjà pu voir fleurir ici où là des appels à soutenir Juppé pour contrer Sarkozy ou on ne sait quel frondeur en carton du PS pour contrer Valls et Hollande. On attend avec impatience la prochaine occupation d’un ministère des banlieues pour nous vendre, comme en 2012, un candidat qui aura signé une charte qu’il ne respectera pas mais qui permettra aux acteurs de quartiers qui l’auront mis en scène de récupérer quelques menus avantages, si leur candidat gagne.




Le départ de la course est donné. Qui prendra la suite du réseau « pas sans nous », usé jusqu’à la corde par les promesses non tenue du PS ?

D’autres ont profité de l’été pour aller bronzer aux frais du patronat.




Patronat qui nous méprise mais qui s’emploie à nous faire rêver à coup d’empowerment et d’auto entreprenariat, recyclant inlassablement la vulgate du rêve américain : « quand on veut on peut ». Ce qui induit que, si on n’a pas réussi, c’est fatalement qu’on ne le voulait pas. Les laissés pour compte du capitalisme français apprécieront le mépris du message latent, adressé à tous ceux, vieux ou jeunes, qui survivent au quartier grâce aux minimas sociaux ou aux économies de la débrouille.

Les chasseurs de juifs et de francs-maçons, quant à eux, omniprésents sur le Net il y a encore quelques mois, continuent leur naufrage en se poucavant les uns les autres. Le « libre penseur » en est à sa 8ème version du trombinoscope de la secte de Soral, qui lui-même en est toujours à nous expliquer pourquoi il faut voter pour le FN tout en dénonçant les juifs, les francs-maçons et les homosexuels qui ont détourné le FN de son « vrai combat« . Leur message destiné aux caboches les plus fragiles est de moins en moins compréhensible.




Pendant que chacun de ces acteurs s’active à se construire un avenir, cet été a permis l’accentuation des pressions s’exerçant sur les quartiers populaires.
Pressions policières, d’abord, qui s’inscrivent dans le temps long avec leur cortège de violences et de meurtres, dont la disparition d’Adama Traoré n’est qu’une nouvelle tragique étape. Violences policières renforcées par l’état d’urgence et l’islamophobie ambiante, garantissant aux forces de l’ordre une impunité totale.
Pression sociale, aussi, avec la promulgation de la loi « travaille! », qui détruit le Code du travail, dont les pages noircies pouvaient encore faire obstacle à l’exploitation sans limite de la force de travail de ceux ayant encore un travail. Un bouclier de plus attaqué à la foreuse 49.3, sous les applaudissements du patronat.
Pression culturelle, enfin, avec « l’assignation à résidence islamique » des femmes en « burkini ». Une tenue vestimentaire que personne n’a véritablement aperçue sur les plages mais qui a permis aux opportunistes de l’ensemble de la classe politique de nous expliquer à quel point les takfiristes mènent une offensive de masse chez « nous » ; offensive « nous » imposant de contre-attaquer, en évitant au passage à l’État français de se voir tel qu’il est : colonial et impérialiste.

Le « burkini », conte médiatique de l’été, est révélateur de l’ambiance générale de ségrégation dans laquelle on veut nous forcer à vivre. Comme le rappelle Abdellali Hajjat :


Citation :
le terme « burkini » sert de mot-écran, puisqu’il est le code médiatique utilisé pour parler sans en avoir l’air de « femmes musulmanes voilées se baignant à la mer ». En 1989, comme l’analysait Pierre Bourdieu, la question patente – « doit-on accepter le voile islamique l’école publique ? » – occultait la question latente – « doit-on accepter la présence de l’immigration maghrébine en France ? ». Depuis plus de trente ans, la question latente est toujours la même, l’enjeu est toujours celui de la légitimité présentielle de l’immigration postcoloniale sur le territoire français, même si les questions patentes ont beaucoup varié dans leurs formes : « doit-on accepter le voile islamique à l’université ? », « doit-on accepter le voile islamique pour les accompagnatrices de sorties scolaires ? », « doit-on accepter le voile islamique dans les crèches ? », « doit-on accepter les « repas sans porc » à la cantine ? », « doit-on accepter les « prières de rue » ? », etc. En 2016, la question « doit-on accepter le burkini ? » occulte la question « doit-on accepter les femmes musulmanes dans l’espace public ? ».

Ce mot-écran, associé étymologiquement à la burka, qui est déjà interdite dans l’espace public français, est d’autant plus utile à l’idéologie raciste que, d’une part, comme le rappelle son inventrice Aheda Zanetti, le burkini n’est en rien un vêtement musulman et que, d’autre part, aucun burkini n’a été recensé sur la plage de Villeneuve-Loubet ! Autrement dit, l’idéologie raciste s’est appuyée sur une chimère, le burkini comme vêtement musulman visant à faire du prosélytisme sur les plages françaises, d’autant plus grotesque que l’interprétation wahhabite de l’islam condamne fermement ce type de pratique pour les femmes.



L’été a aussi permis au Gouvernement de détruire encore un peu plus le service public d’éducation nationale. Cela a suscité partout des résistances qui sont aujourd’hui encore trop atomisées, comme l’ensemble de nos luttes, mais qui sont un point d’appui pour celles et ceux qui, dans nos quartiers, se bougent ailleurs que sur « Fb » pour offrir un avenir à nos petits.
Il n’y a pas une ville populaire sans occupations de classes et protestations des familles face au manque de moyens et fermetures de classes.




Dans ce monde où le pire prend forme, nous devons plus que jamais compter sur nos luttes pour offrir un autre monde à ceux qui nous sont proches.
Certains réseaux militants ont été renforcés cet été, suite aux mobilisations consécutives aux violences policières, comme lors du meurtre d’Adama Traoré. Des liens se tissent encore et toujours dans nos quartiers – la dénonciation des violences policières demeurant le meilleur des marqueurs pour différencier ceux qui défendent le système de ceux qui le combattent réellement.

Ceux qui étaient en première ligne du mouvement contre loi travail ont profité de l’été pour reprendre des forces, panser les blessures et se structurer face à la répression.
D’autres ont mis à profit la période pour se former à la compréhension des liens entre capitalisme et racisme, que ce soit dans le cadre de camps décoloniaux non mixtes ou lors des nombreuses rencontres militantes qui se sont déroulées en France et en Europe.

Tout l‘été, l’État, le Gouvernement et les profiteurs de tout poil ont continué à s’activer. Malgré tout, en dépit des incarcérations, des batailles parfois perdues et des coups reçus, les nôtres sont de plus en plus nombreux à comprendre que l’articulation classe, race et genre demeure la seule alternative pour sortir du chemin de malheur dans lequel nous sommes engagés.


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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Mer 7 Sep - 12:31


Asso EQR

Qui sommes nous ?


Citation :
(Pour la grande majorité d’entre nous)

Nous sommes des habitant.e.s  de la Zup de l’Aurence à Limoges.

Nous sommes  originaires de ce quartier.

Nous y avons effectué la majorité de notre scolarité.

Nous avons – de 23 ans.

Pourquoi avons-nous créé l’association ?

A la base, nous étions 5 personnes et nous avons réfléchi sur ce qu’était notre quartier et effectué une comparaison à ce qu’il était quand nous étions plus jeunes.

La réflexion nous a conduit à identifier 2 problématiques principales :

• La ségrégation scolaire dans les écoles de notre quartier
• La ségrégation spatiale de notre quartier

Il était important de politiser notre réflexion et à la suite de cela, nous avons remarqué que ces 2 problématiques entre autres étaient le fruit d’une logique institutionnelle, structurelle agissant dans notre quartier de la même manière qu’elle agissait dans les autres quartiers de la ville de Limoges ainsi que dans les autres quartiers populaires partout en France.

Ainsi, nous avons décidé de nous organiser dans le but de :

• Améliorer les conditions matérielles d’existence des habitants des quartiers populaires
• Améliorer les conditions d’études des habitants des quartiers populaires
• Redéfinir les priorités dans nos quartiers
• Dénoncer et lutter contre le racisme structurel
• Echanger avec les habitant.e.s
• Lutter contre les discriminations de l’Ecole
• Lutter contre les violences institutionnelles
• (…)


https://quartiersrelegues.wordpress.com/qui-sommes-nous/

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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Dim 11 Sep - 15:39


Un jour, une ZUP, une carte postale
(images Google)


Torremolinos (Espagne)

par Renaud Epstein @renaud_epstein

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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Jeu 20 Oct - 10:26



Le député socialiste de l'Essonne Malik Boutih dénonce une politique de «trente ans» dans les quartiers
qui explique aujourd'hui le niveau de délinquance et la colère des policiers.

(Capture RTL.)


Citation :
Alors que les policiers manifestent quotidiennement depuis trois jours, le député PS de l'Essonne Malek Boutih a prôné jeudi une « vraie offensive anti-racaille dans les banlieues ». « Il faut arriver à isoler les voyous aujourd'hui du reste de la population et de la jeunesse », a estimé l'ancien président de SOS Racisme, sur RTL, défendant les forces de l'ordre : « c'est normal que les mecs aient les boules, qu'ils aient peur, on doit les protéger », a plaidé ce soutien de Manuel Valls. Ce n'est pas la première fois que le député utilise un terme plus souvent employé par la droite que par la gauche.

« Ce qui a changé, c'est le niveau de violence, le terrorisme, et cette frange de population qui veut tuer un policier ». Membre de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, Boutih dénonce « un nouveau gangstérisme né de la prohibition de la drogue, de l'abandon des territoires, d'une décentralisation qui fait qu'on a des élus locaux parfois, soit qui parlementent avec les voyous, soit les laissent faire, soit qui disent Il me faut de l'argent ». « Qu'on arrête de donner des chèques à des élus, des associations. (…) La politique du chèque est une politique d'échec. C'est une histoire qui est née il y a 30 ans », a-t-il reproché.

Le député de l'Essonne a cependant rendu hommage à Bernard Cazeneuve, « un ministre de l'Intérieur dévoué à sa tâche » et « qui n'en fait pas une carrière politique », a-t-il lancé. Une demi heure plus tard, sur Europe 1, Nicolas Sarkozy évoquait, lui, « ce qui nous sert de ministre de l'Intérieur » pour parler de Cazeneuve.

« Les policiers sont épuisé, ils arrêtent toujours les mêmes personnes sans que celles-ci n’aillent en prison. On les met sur le même plan que les délinquants. Je n’ai jamais vu notre pays dans un tel climat de perte d’autorité générale »,
a asséné l’ancien président de la République depuis la Corse, où il est en déplacement, affirmant que «  50% des crimes et délits sont le fait de 5% des délinquants ».

Fustigeant la politique laxiste menée par le gouvernement - « quatre ans ministre de l'Intérieur, cinq ans président de la République, je n'ai pas le souvenir d'avoir couvert un collectif qui s'appelle Urgence, notre police assassine » - le candidat à la primaire à droite a redonné ses propositions : « je veux qu’à chaque fois qu’on touche à un policer, un gendarme, un gardien de prison, un pompier, ce soit une peine de prison ferme automatique et immédiate. Et je veux associer à cela les enseignants », a-t-il précisé en évoquant la récente série d'agressions contre des professeurs, « le rétablissement des peines plancher pour ceux qui agressent les fonctionnaires de police », supprimer « l'excuse de minorité » pour les 16-18 ans et des tribunaux correctionnels pour enfants.

« Est-ce que Cazeneuve a écouté de vrais policiers ? Je ne parle pas des syndicats ou des autorités », a interrogé, sur RMC et BFM TV, Nicolas Dupont-Aignan. Le président de Debout la France assure être allé voir les manifestants. « Je suis horrifié par ce que m'ont raconté les policiers. Ils ont peur, croyez-moi. (…) Nous sommes le seul pays au monde où l'on peut tabasser un policier sans risque. Il y a un manque de moyens, un mépris de la justice et de la hiérarchie », a-t-il jugé. Candidat à la présidentielle, Dupont-Aignan propose de « recruter 40 000 policiers et créer des places en prison. »


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MessageSujet: Re: "QUARTIERS POPULAIRES", "BANLIEUES"... histoires, témoignages, luttes...   Jeu 20 Oct - 10:38


Nicole Goueta, la maire Les Républicains de Colombes, veut endiguer un trafic de drogue en interdisant aux moins de 16 ans de sortir seuls après 22 heures


Nicole Goueta, la maire (LR) de Colombes, le 22 octobre 2015,
à Nanterre (Hauts-de-Seine). (THOMAS SAMSON / AFP)

Citation :
Nicole Goueta, la maire Les Républicains de Colombes (Hauts-de-Seine), veut instaurer un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans dans un des quartiers de la ville, rapporte France Bleu Paris Région.

La mesure a été annoncée lundi 17 octobre lors d'une réunion consacrée à la sécurité dans le quartier du Petit-Colombes. Un quartier touché notamment par le trafic de drogue. Pour y faire face, la maire a annoncé que les moins de 16 ans ne pourraient plus sortir seuls après 22 heures. En 2001, déjà, la municipalité avait publié un arrêté interdisant la circulation le soir des moins de 13 ans.

Plus de 200 interpellations dans ce quartier en 2016

Selon la mairie, il y a eu dans ce quartier, en 2016, 215 interpellations ainsi que la saisie de 10 kg de cannabis, 40 000 euros en liquide, quatre armes de poing et un fusil.

Ce couvre-feu est contesté par Alexis Bachelay, député PS des Hauts-de-Seine. "A Colombes, la municipalité, dépassée sur la sécurité, ressort la vieille recette du couvre-feu pour les moins de 12 ans [sic] déjà utilisée en 2001 !" écrit-il sur son compte Twitter.


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