PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 3 Fév - 14:10


communisation
des nouvelles de la secte élargie



dndf signale


Citation :
Le « journal 2008-2012 » a été publié une première fois fin de Décembre 2012 comme un projet individuel pour comprendre le passé récent de la lutte des classes; sur cette base, il appelait ouvertement à une discussion théorique qui s’adressait à ceux avec qui il  partageait le sentiment que quelque chose de ce passé échappait à notre attention. Le site actuel est la continuation de cette tentative qui, dans l’intervalle, à travers la rencontre avec des camarades qui avaient soulevé des questions étroitement liées, avait acquis les caractéristiques d’un espace de discussion, d’un milieu si vous préférez.

En tant que co-administrateurs, du début de  2014 au début de 2015, et comme seuls administrateurs depuis le début de 2015 jusqu’à aujourd’hui du blog « communisation.espivblogs.net » (qui restera actif, mais dont le contenu ne sera plus renouvelé), nous mettons l’emphase sur la création d’un espace de discussion autour de l’argent, du contenu du communisme, de la révolution et de la relation du prolétariat avec tout cela.

Au centre de la création de ce milieu souhaité, il y a la théorie de la communisation, avec toutes ses tendances et ses extensions qui, à notre connaissance, sont parmi les très rares à continuer de soulever des questions de ce type aujourd’hui.

Indubitablement, la crise actuelle, ainsi que les formes de la lutte de classe qui l’accompagnent, ne laissent aucun espace à la réaffirmation de  l’identité ouvrière et à l’horizon d’une autre société envisagée par le mouvement ouvrier. À notre avis, qui, en d’autres termes, il reste une question ouverte autour de ce que pourraient être les caractéristiques actuelles d’une théorie de la révolution qui ne contourneraient pas les questions de genre et de race internes à la formation sociale capitaliste élaboreraient à nouveau sur la relation entre l’Etat et la société civile.

si j'ai bien lu, il n'y aura plus de la part de ces blogueurs de la communisation de production proprement théorique (pour autant qu'ils en aient eu... Ne comprenant pas le grec, je ne connais pas la teneur de leurs réflexions théoriques, mais vu le résultat, je n'en attends rien de plus que des autres), mais l'essentiel serait qu'ils puissent discuter entre eux, avec « les caractéristiques d’un espace de discussion, d’un milieu...»

c'est ni plus ni moins que revendiquer la spécialisation théorique et sa séparation des luttes concrètes, autrement dit un théoricisme avant-gardiste critiqué par ailleurs, encore que de moins en moins puisqu'ils ne font plus que ça, qui plus est sans produire de théorie : la boucle est bouclée, ils ne sont que ce qu'ils font en le revendiquant : rien !

quelles "discussions" ? Où ? Sur lequel de leurs blogs ? À peine engagées, elles avortent...

si j'en crois les liens de ce "nouveau site" « au centre de la création de ce milieu souhaité, il y a la théorie de la communisation, avec toutes ses tendances et ses extensions », on prend les mêmes et on recommence, avec des hommes toujours plus nouveaux

« le centre »
comme on disait du Komintern
c'est
« le milieu »

Blaumachen
Communisation
Communists In Situ
Des Nouvelles Du Front
Douter De Tout…
Endnotes
Hic Salta
Il Lato Cattivo
ΣΚΥΑ
Kommunisierung
Přátelé Κomunizace
Sic
Théorie Communiste
Troploin

et s'« il reste une question ouverte autour de ce que pourraient être les caractéristiques actuelles d’une théorie de la révolution qui ne contourneraient pas les questions de genre et de race internes à la formation sociale capitaliste élaboreraient à nouveau sur la relation entre l’Etat et la société civile »

je vois mal comment ils vont pouvoir éviter de les "contourner", d'une part en évacuant toute référence à ce forum, qui est le seul à poser ces questions dans la perspective de la communisation par une théorisation sérieuse fondée sur les réalités actuelles, comme implications réciproques dans la double crise de l'Occident et du capital, et d'autre part en les réduisant à la « relation entre l’Etat et la société civile » une ineptie théorique proprement contradictoire à poser « les questions de genre et de races [comme] internes à la formation sociale capitaliste. »

comme l'écrivait Kosmoprolet en 2011 dans SUR LA COMMUNISATION ET SES THEORICIENS, « Parfois, il semble que les théoriciens de la communisation ne se comprennent pas eux-mêmes... »



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 4 Fév - 16:57


communisation ?


un mince fil conceptuel nous rattache encore au concept de communisation, c'est l'idée partagée, exprimée par le "nouveau site 2008-2012" (sic, puisqu'il annonce que « le contenu ne sera plus renouvelé ») : « la crise actuelle, [ainsi que les formes de la lutte de classe qui l’accompagnent], ne laissent aucun espace à la réaffirmation de  l’identité ouvrière et à l’horizon d’une autre société envisagée par le mouvement ouvrier »

entre crochés une affirmation discutable car mal formulée : « les formes de la lutte de classe » offrent bel et bien « un espace réaffirmant l'identité ouvrière », y compris sous forme populiste et identitaire, mais celle-ci ne peut plus déboucher sur une unité de classe conduisant à une "société communiste". Autrement dit le "programmatisme" n'est pas mort en tant qu'idéologie, mais en tant que possibilité réaliste de construction d'un "socialisme réel", d'un "pouvoir ouvrier" étatique ou autogestionnaire

le concept de communisation est le seul à signifier clairement cette impossibilité d'affirmation révolutionnaire de l'identité ouvrière, et sa théorisation à la fonder dans les réalités de la crise du capitalisme, tel quel. Aucune autre théorie communiste ne le pose ainsi, et c'est pourquoi nous y tenons

c'est aussi parce que nous ne confondons pas le concept, l'idée de communisation, avec le milieu sectaire qui se l'approprie, que nous gardons le mot. Pour qui cela dérangerait, le titre du forum COMMUNISME FEMINISTE & DECOLONIAL > COMMUNISATION peut se lire tout simplement COMMUNISME FEMINISTE & DECOLONIAL > RÉVOLUTION

les concepts de communisme et de communisation
ne procèdent pas des mots ni des théories en leurs noms
mais des luttes qui les produisent
en tous langages


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 11 Fév - 18:20


révolution à titre humain vs révolution à titre prolétarien

comment dépasser cette dichotomie ?

conversation et petit retour en arrière ou quand en sortit raton ? 1

Corinne Cerise a écrit:
au final selon votre logique - qui est "logique", et que je partage simplement de façon intuitive, soit sans "logique", c'est assez difficile à exprimer - donc, selon la logique qui ouvre la porte à tout le champ du communisme dans cette longue "conversation" que nous avons, ne peut-on justement envisager une révolution à "titre humain", ce que vous critiquez pourtant sans pitié ? Et pour moi, là vous bloquez entre deux chemins.

cela ne veut pas dire que c'est vous qui bloquez, mais que c'est moi. Je n'ai plus aucun argument à opposer à la révolution à "titre humain". Mais j'ai quand même l'intuition que cette révolution à "titre humain" est viciée quelque part. Pourquoi, je ne saurai pour l'heure l'argumenter. Je suis dans une impasse conceptuelle (une fois de plus :-) ).

ne peut-on justement envisager une révolution à "titre humain", ce que vous critiquez pourtant sans pitié ?

Patlotch a écrit:
ce que je critique, c'est l'opposition de révolution "à titre humain" vs "à titre prolétarien" (Temps Critiques vs Théorie Communiste), parce que quoi qu'il en soi, elles poursuivent une émancipation des êtres humains, la "communauté humaine", donc relèvent d'un humanisme, et tout le reste est mauvaise littérature, RS ne fait que le refouler

je refuse le bras de fer entre "humanisme théorique" (celui de Feuerbach et du jeune Marx) et celui d'un universalisme prolétarien refusant la "nature humaine" (génético-sexuée). Quoi qu'il en soit, les deux sont avalées par la crise écologique qui menace tout le vivant, et renvoie ces théories à des anthropocentrismes (in fine des humanismes). Je n'ai rien, par exemple, contre le combat des Vegans, quand elles ne font pas de leurs inquiétudes l'alpha et l'oméga d'une nouvelle religion. Mais je mange de la viande à varier... avec des légumes

à un moment, je disais avoir "renversé Camatte", qui après son abandon de la révolution prolétarienne, s'est consacré à tout l'arc historique depuis l'aube de l'humanité. Quelque part c'est devenu vrai. L'intérêt du décolonial c'est que d'emblée, il brasse tout ça : rapport homme-nature, extractivisme, capitalisme, racismes, domination masculine... En d'autres termes, bien abordé il englobe l'héritage marxien (c'est patent chez Grosfoguel et voyez l'inflexion récente des textes décoloniaux français), et le combat idéologique se ramène un peu à faire ressortir cet héritage, puisque évidemment, l'idée décoloniale peut partir en tous sens, a-classiste, et même capitaliste anti-occidental...

en résumé, on dépasse l'humanisme théorique, mais on ne revient pas à un tout dans la contradiction prolétariat-capital qui mettrait en dehors des rapports sociaux, comme "essence humaine", des constituants de l'espèce humaine, qui est aussi une espèce animale, une part de la nature, et non en dehors d'elle : dire qu'on cherche ailleurs que dans la contradiction capital-prolétariat, c'est vrai quand on l'oublie ou la considère sur le même plan que toutes "dominations" : Intersectionnalité sans dominante, Démocratisme radical, Endnotes ?, Temps Critiques

de ce point de vue même, j'avais souligné des remarques intéressantes dans le livre de Jacques Wajnsztejn, Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme. Le problème est à l'inverse qu'en refusant la structure de classe du capital, tout fout le camp, on n'a plus rien entre les mains, et c'est à quoi l'on assiste, en accéléré, depuis ses commentaires après les attentats



Dernière édition par Admin le Jeu 11 Fév - 19:08, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 11 Fév - 21:20


quelle rupture 'épistémologique' avec la théorie de la communisation ?

conversation ou quand en sortit raton 2

Corinne Cerise a écrit:
En somme, vous vous situez en rupture franche avec la théorie de la communisation et son porte-manteau structuraliste. Mais ce qu'il me reste à savoir, pour comprendre la portée du raisonnement validé (par moi-même, donc "selon" moi en tant qu'individu-e prolétaire subjective, MAIS non validé empiriquement), c'est s' il s'agit d'une "divergence" avec tout ce que cela peut comporter de fond comme de nuance, disons une "rupture", ou s'il s'agit d'une véritable "coupure" ?

Patlotch a écrit:
bonne question, vu que ça dure interminablement, et que je crois bon de m'en justifier sans fin. Prendre Roland Simon et TC pour cible, ça va bien un moment, mais ça lasse, je n'en doute pas. Comment puis-je affirmer qu'ils n'ont plus aucune importance concrète et leur donner autant de place ? Cela n'a à voir qu'avec moi qui suit passé par là, mais au fond, qui s'en préoccupe, et surtout quel serait l'enjeu ?

j'ai néanmoins tenté de préciser au fil du temps sur quoi portait mes désaccords, en quoi il y a d'abord eu rupture "dans" la théorie de la communisation (janvier 2015), puis rupture "avec" (printemps 2015). Restaient quelques espoirs de raccrocher les wagons que mes derniers échanges avec RS, en novembre, ont anéantis. Demeure le cœur de cette théorie, l'impossibilité d'un pouvoir prolétarien sur le capital, le prolétariat n'étant que capital. C'est bien maigre pour se revendiquer de "la théorie de la communisation", mais suffisant pour la mettre en perspective : COMMUNISME FEMINISTE & DECOLONIAL > COMMUNISATION

Corinne Cerise a écrit:
« Demeure le cœur de cette théorie, l'impossibilité d'un pouvoir prolétarien sur le capital, le prolétariat n'étant que capital. C'est bien maigre pour se revendiquer de "la théorie de la communisation", mais suffisant pour la mettre en perspective : COMMUNISME FEMINISTE & DECOLONIAL > COMMUNISATION »

Je vous suis parfaitement sur ce point.

Patlotch a écrit:
du coup, peut-on "parler au présent de communisation" ? … Je réponds : à quoi bon ? Pour quoi faire ? Nous n'en sommes pas là, s'il y a ce grand "cycle de luttes" il y en a dedans d'autres plus immédiats, qui appellent une pensée communiste et des activités communistes, et celles-ci sont (pour moi) décoloniales. Ma question est donc : si notre cycle de luttes actuel est décolonial, comment s'y comporter en communiste ? Autrement dit : Qu'y faire ?

Corinne Cerise a écrit:
« Ma question est donc : notre cycle de luttes actuel est décolonial, comment s'y comporter en communiste ? »

C'est une question à laquelle vous répondez depuis déjà bien des mois (voire des années si je me rapporte à votre site : créolisation, Glissant, le Jazz, etc.). Pour ce qui est de la "stratégie", je ne démord(s) (démord ? démords ?) pas du "Manifeste". Ecrivez donc un Manifeste, et vous verrez. Non, je parle sérieusement.

Patlotch a écrit:
au-delà des luttes décoloniales, on ne va plus loin qu'en produisant ce plus loin dans des luttes immédiates, on ne dépasse pas des limites sans les avoir repoussées... L'immédiateté de la communisation ne se construit pas du jour au lendemain en attendant l'auto-émergence de la bonne "conjoncture". La question est alors : peut-on y concevoir des activités communistes ?

autrement dit, quasi indépendamment de ma définition d'un moment décolonial qui lui donne un contenu concret et des perspectives stratéqiques dans les luttes immédiates, ma critique proprement théorique, communiste, du théoricisme communisateur et de ses dogmes, est la même

Corinne Cerise a écrit:
Mais n'est-ce pas justement là que vous opérez une coupure "épistémologique" si j'ai bien saisi ? Par le rapport classe/genre/race, soit COMMUNISME FEMINISTE & DECOLONIAL > COMMUNISATION. Je regrette d'avoir parlé d'Althusser, cela n'était pas utile au final.

Patlotch a écrit:
effectivement, avec Althusser ça complique un peu, et en tentant de faire le lien, c'est devenu trop « touffu », comme vous dites. C'est le mot épistémologie qui trompe, puisqu'on le retrouve dans la critique décoloniale, où il a un sens plus fort, qui n'est pas de coupure, mais de renversement historique, de bouleversement de la manière de penser, de lutter, de vivre, qui touche donc plus qu'à l'histoire de la philosophie occidentale et à la rupture qu'y introduit Marx

mais revenons plus précisément sur cette question de "rupture" ou "coupure" épistémologique. Pour moi, dans mon cheminement propre depuis 45 ans, c'est une continuité, et c'est dans mon 'rapport' transitoire à la théorie de la communisation qu'il y a rupture. Comme eux ne s'expriment pas sur cette rupture "dans" puis "avec", depuis un an que je l'ai clairement formulée, j'en suis réduit à me situer non par rapport à eux comme milieu, mais sur le plan théorique, puis à les critiquer à partir de cette position comme étant ma "ligne générale", y compris dans leur comportement de milieu sectaire. La polémique, ce sont mes cerises sur les gâteux  

cherry

relativement à la "coupure épistémologique" qu'Althusser théorise chez Marx (entre philosophie humaniste et science matérialiste dialectique, pour simplifier), nous en avons une autre : entre marxismes eurocentristes ou pas, mais sur une autre ligne que celle d'Althusser. En même temps, avec TC/RS, mon avis est qu'ils sont revenus en-deçà du Marx des 'Thèses sur Feuerbach', à une approche abstraite et philosophique frisant avec l'idéalisme. En ceci ça rejoint Althusser, mais lui avait une autre lecture de Lénine : "Le Lénine d’Althusser", revue Période

quand Marx polémique avec Feuerbach, Stirner, Proudhon... ce sont des critiques "ad hominem" dit-il, mais parce que ce sont eux qui expriment, à un moment donné, la meilleure forme d'une idéologie à combattre (pour Marx). C'est ainsi que j'attaque de façon privilégiée RS, parce qu'il concentre l'idéologie de la communisation de la façon la plus systématique (Charrier le disait déjà, et c'est à TC que se sont intéressés les activistes, parce que cette théorie avait la forme adéquate pour devenir l'outil dont rêvait Denis de Mattis. Ironie du sort, Google "communisation" donne en premier son texte "Qu'est-ce que la communisation", que RS trouvait mauvais, en ce qu'il ne "déproblématisait" la communisation, mais lui servait en tant que "globe-trotter de la communisation" - à cette époque, Léon de Mattis est allé au Canada vendre sa soupe (l'image de Léon de Mattis en Tintin sur sa moto, m'est venu de cette remarque de Roland Simon)


de ce point de vue, les désaccords de TC avec d'autres sont pour moi subalternes, parce qu'au fond, même s'il sont moins structuralistes, moins "corpus totalisant", moins conceptuels, leur fond est le même et aboutit au même : il va falloir attendre

ce que j'essaye depuis quelques temps, c'est de décentrer complètement l'enjeu du "communisme décolonial", de le sortir d'un bras-de-fer en monologue avec une "théorie de la communisation" jugée moribonde (à croire que j'ai un goût pour les cimetières...), qui est un enfermement psychologique, idéologique et stratégique. À mon avis, la non-réponse d'Houria Bouteldja peut s'expliquer comme ça aussi, une absence d'enjeux politiques pour le PIR, voire des ennuis à la clés, en substance : tant que Patlotch sera occupé à faire son ménage intérieur, laissons faire, zéro division, il ne nous nuit pas, mais ça n'a pas d'effets sur ce que nous, "indigènes", avons à faire

les positions respectives et débats évoluent sans contacts directs, les questions sont de mieux en mieux cernées, les problèmes ouverts sans prises de têtes inutiles, chacun à son créneau...

en fait, le problème, c'est que ce forum n'a que des cibles virtuelles : quel serait notre terrain concret ? À chacun de répondre, à chacun son terrain, son créneau, moi je suis sur mon cheval internet, je continue par habitudes, flemme de chercher ailleurs, et aussi conviction que je ne travaille pas en vain, comme disait Debord, et que je donne des billes à d'autres à leurs créneaux...

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 13 Fév - 14:19


vérité au delà de l'Atlantique, erreur en deçà ?


Après Ferguson

Stratégie Après Ferguson

dndf a écrit:
La revue étanusienne «  Viewpoint Magazine»  a organisé une table ronde avec des groupes révolutionnaires après le soulèvement d’Août de 2014 à Ferguson qui  font partie de ce qui peut être un pôle de radicalité émergent dans la lutte pour la libération des Noirs.

Nous avons décidé de traduire l’un d’entre eux : « unité et luttes »

English version below

premier texte de la revue Viewpoint référencé par dndf, depuis un an que j'en parle, étant en contact avec ses rédacteurs. Leur site n'est pas en lien de dndf, mais "ils" ont choisi de traduite un texte. Pourquoi celui-ci plus qu'un autre ? Au détour d'une phrase, il y est question de "Théorie Communiste" : seraient-"ils" en mal d'existence dans le regard des autres ?...

Citation :
Quelle est l’histoire de votre groupe? Quelles actions avez-vous organisé, comment votre groupe a changé, et quels sont vos plans pour le futur ?

“Unity and Struggle” est un petit collectif communiste, principalement situé à Atlanta, Houston et New York City. Nous avons modifié et remodelé notre groupe de nombreuses fois au fil des ans, notre origine remontant à la Fédération anarchiste « Love and Rage » dans les années 1990. Notre groupe a évolué principalement autour des idées de Marx; nous avons passé les dernières années à nous fondre dans un cadre marxiste. “Unity and Struggle”  est avant tout un cercle de propagande, mais nous souhaitons que nos membres participent à l’organisation de projets et d’études. Nous avons participé à un grand nombre de luttes au cours des années, y compris les luttes étudiantes autour de la solidarité avec la Palestine, l’anti-austérité, et des campagnes travailleur / étudiant; luttes de libération Queer; organisations antifascistes; organisation de l’immigration; luttes de locataires, de quartier et du travail.

Plus récemment, nous avons participé à la vague Black Lives Matter (BLM), qui a démarré avec Trayvon Martin mais s’est vraiment développée pendant Ferguson. Au niveau local, nous travaillons à la transition de la forme initiale de l’activité BLM en organisation de soutient dans différentes villes, sous quelque forme que ce soit. Nos membres aident actuellement à construire des petites organisations de lutte qui s’opposent à la police dans nos quartiers en construisant des milieux, des formations de connaissance des droits et des événements éducatifs anti-policiers, le développement de réseaux de solidarité, etc. Nous avons discuté de la possibilité de participer à la campagne  « affaiblir, désarmer et démanteler » (“Disempower, Disarm and Disband”) la police partout. À l’échelle nationale, nous allons nous connecter avec d’autres gens impliqués dans BLM grâce à des projets d’écriture, la coordination d’événements, en allant vers les villes qui présentent de nouvelles couches de radicalisation et en coordonnant des projets d’organisation régionale et nationale.

Le 25 Septembre 2013, une fillette noire de 12 ans nommé Laporshia Massey est morte d’une crise d’asthme dans une école de Philadelphie car il n’y avait pas d’infirmière pour la soigner. Elle est morte en disant: «Je ne peux pas respirer »

C’est la seule enfant de Philadelphie morte à cause de la pauvreté racialisée systématisée et des coupes budgétaires  municipales qui se sont récemment approfondies. Ceci est une sorte d’assassinat par la pauvreté et la ségrégation urbaine ; cela n’a pas autant retenu l’attention des médias nationaux que les récents meurtres policiers, mais c’est un élément fondamental et permanent du racisme américain. Quelle est la valeur stratégique du recentrage contre la police? Comment avez-vous été en mesure de relier ce mouvement contre la police à d’autres luttes connexes, tels que la lutte pour les 15 $, les luttes anti-gentrification, anti-austérité, et l’abolition du travail en prison


C’est toujours des challenges, mais beaucoup d’entre nous ont le sentiment que le travail contre la police est stratégique parce que (1) la brutalité policière est un axe de la lutte de classe qui est partagée par une portion croissante de la classe ouvrière, et (2) la brutalité policière est un mécanisme que le système ne peut empêcher mais qu’il sera contraint d’employer dans un avenir prévisible, se piégeant ainsi entre le marteau et l’enclume.

En premier lieu, les origines historiques de la police comme chasseurs d’esclaves et briseurs de grève illustrent leur rôle actuel dans l’accumulation capitaliste. La police a été le moyen d’attaquer et de discipliner la puissance sociale et politique du prolétariat et des peuples opprimés, et, finalement, de déterminer les conditions générales du travail. Dans le moment actuel, la crise économique contraint un nombre toujours plus grand d’entre nous à affronter  les flics, qui apparaissent ainsi comme le premier signe de la puissance objective du capital sur nos vies. La police a été le point ultime de l’évolution vers la précarité comme condition sociale universelle. Bien sûr, les flics sont là depuis au moins un siècle, protégeant gestionnaires et patrons. Mais quand le degré d’approfondissement des inégalités et l’antagonisme de classe s’ accompagnent  d’une précarité généralisée, de la « lumpenisation » (la démerde  pour survivre), et de la merde de « direction collégiale » dans de nombreux lieux de travail, la police peut devenir la forme la plus explicite de la relation  capitaliste.

La police est donc quelque chose de largement expérimenté par le prolétariat, le mécanisme clé qui assure la reproduction des rapports de classe par la force. Ici, nous nous rapprochons un peu de Théorie Communiste, quand ils disent « la police est la force qui, en dernière instance, est notre propre existence de classe comme limite. » La police nous empêche de prendre tout simplement les moyens de subsistance et de production dont nous avons besoin pour survivre, nous abolissant ainsi en tant que classe. Bien sûr, ce n’est pas la seule expression de la lutte de classe dans le moment – il y a des vagues de grèves de masse à l’Est et en Asie du Sud-est, déclenchées par des affrontements avec les patrons – mais c’est une dimension majeure de l’expérience prolétarienne en ce moment, de Rio à Cape Town, en passant par Bombay.

Deuxièmement, la classe dirigeante des Etats-Unis aura beaucoup de mal à réformer la police d’une manière suffisante pour contenir les troubles. Certes, il y a une tendance à la « désincarcération » dans la classe dirigeante progressiste, qui vise à réduire la population carcérale et à rediriger les financements vers des alternatives à l’incarcération, le travail obligatoire, le placement en logements, et le suivi et la surveillance individualisés. Ce programme pourrait éventuellement s’articuler aux réformes « de la police communautaire», et freiner la révolte contre la violence policière et l’incarcération de masse. Mais la réalisation de cette tendance demanderait une énorme refonte de la police, de la justice et des organismes de protection sociale, et elle pourrait introduire plus d’instabilité sociale dans le processus. En outre, au moins pour la lutte des noirs, il n’existe pas de « système de patronage » adéquat pour négocier une telle transition. L’ancienne direction des Droits Civiques a vieillit et la nouvelle petite bourgeoisie et la bourgeoisie noire sont séparées géographiquement, culturellement et institutionnellement du prolétariat noir, laissant dans leur sillage une crise béante de légitimité.

Bien sûr, le travail contre la police contient ses propres limites – ce qui nous ramène à la question sur le lien entre différents mouvements. Pour la plupart  des gens de Unity and Struggle, rallier les mouvements n’est pas seulement  rhétorique («les flics tazent les gens dans la rue, et les étudiants sont tazés sur le campus») ou analytique (« l’excédent de valeur que les ouvriers produisent dans les usines est exploité par les marchands comme ventes et par les propriétaires comme rente »), même si ces approches sont importantes. C’est également très pratique et relationnel : comment pouvons-nous tisser ensemble les milieux qui se développent autour de nos différents lieux de travail ? Comment pouvons-nous nous connecter aux gens qui se sont radicalisés dans un contexte précis – les manifs BLM – et les amener  à des types d’activités nouvelles et différentes, éclatées dans différents domaines et autour de différentes questions ?  Les membres d’Unity and Struggle croient généralement  que «l’activité précède la conscience »: notre conscience en tant que membres d’une classe ouvrière mondiale est  formé par des expériences pratiques de coordination collective et de pouvoir, et non simplement par une argumentation ou une propagande motivées. Donc, cultiver la collaboration entre, par exemple, les gens qui luttent contre la violence de la police et des personnes qui se battent contre les marchands de sommeil – et à travers celle ci à imaginer comment ces luttes pourraient influencer matériellement les uns les autres – est une façon de semer les graines de l’unité de classe qui devrait émerger dans l’avenir.

À Houston, cela a consisté à inviter les gens que nous avions rencontrés dans les rues pendant les manifs de Ferguson à nous accompagner lors de notre rencontre avec les piquets de grève du secteur pétrolier de Février, et à participer à un réseau de solidarité locale qui peut faire pivot organisationnel anti-patron, proprios et flics. L’objectif reste de développer le lien entre les vagues de lutte en connectant les militants de base que nous y rencontrons et développer les liens entre les différents secteurs. La vieille tradition syndicaliste, socialiste et communiste avait ses méthodes pour y arriver, et nous avons besoin de nouvelles formes d’actions pour le faire à travers les luttes à différents points de la production et de la reproduction. Nous collaborons à « Intermédiate organization » de S. Nappolos pour y réfléchir  aujourd’hui.

Le groupe « intermédiate » rassemble des révolutionnaires engagés et des militants de la classe ouvrière au-delà de la seule question ou du seul secteur des organisations de masse, comme les syndicats ou les coalitions militantes. Ils peuvent fonctionner à l’intérieur des groupes existants (comme les comités locaux indépendants au sein d’un syndicat) ou de façon propre comme collectifs indépendants. À une époque où le taux de syndicalisation est à la baisse, tandis que les petits groupes autonomes sont capables d’initier et de stimuler l’activité en utilisant l’Internet, nous pouvons envisager les groupes «intermédiate» comme un type d’organisation avec leurs propres potentiels.

Un tournant important dans la lutte de libération des Noirs dans les années 60 ont été les rébellions urbaines de Watts, Detroit, Newark, et des dizaines d’autres villes, ce qui a entrainé beaucoup de destructions de biens et de pillages. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais l’économie politique du développement urbain est toujours une dynamique centrale de l’inégalité raciale dans des endroits comme Baltimore, Oakland et Ferguson. Les émeutes sont elles encore politiquement pertinentes, ou leur sens a-t-il changé? Et que dire de ces endroits aux conditions similaires où les grandes émeutes n’ont pas eu lieu, comme New York ou à Philadelphie? Quelles autres mesures pourrait-on utiliser pour mesurer le développement de la lutte au-delà du militantisme de la rue ?

La plupart d’entre nous sont partiellement d’accord avec les thèses de « l’ère des émeutes » de Blaumachen, dans le sens ou les émeutes urbaines sont une dimension importante de la lutte des classes dans la période actuelle (en tenant compte du développement et de la composition de classe variables dans le monde, et de leurs différents répertoires tactiques). Nous pensons que ces émeutes sont politiquement pertinentes aux États-Unis parce qu’elles provoquent des ondes de choc à travers la société; elles fracturent l’idéologie dominante, et électrisent le questionnement de masse du système au-delà de leur base sociale immédiate; elles exposent les divisions internes au sein de la classe, et pointent leur possible résolution. Bien sûr, les émeutes ne produisent pas immédiatement l’unité de la classe ; selon la force du réformisme des ouvriers (blancs), les divisions internes pourraient même s’aggraver. Mais elles posent les conditions d’une unité supérieure à venir, et d’une recomposition de la classe. Nous sommes d’accord avec C.L.R. James que la lutte autonome des noirs a le potentiel d’« amener le prolétariat sur le devant de la scène. »

Pourtant, les émeutes ne font que créer des ouvertures. Les gens doivent construire autour de cette ouverture et développer la capacité des luttes à s’approfondir et à s’élargir. Nous ne disons pas cela juste au sens militaire, en termes de tactiques que nous utilisons dans les rues, mais aussi dans un sens politique. Pour éviter que la base de la classe qui a lancé une émeute soit purement et simplement refoulée, ou tout simplement contenue, épuisé et récupérée, nous devons aider les émeutes à se maintenir dans le temps, s’étendre à tous les secteurs (comme lorsque les rébellions urbaines de la fin des années 1960 ont alimenté la vague de grèves sauvage de 70 et 74), et prendre le caractère complexe à la fois d’émeutes, de grèves et d’occupations. Cela implique toutes sortes de défis organisationnels, stratégiques et tactiques, mais aussi politiques. Comment semer le genre de conscience de classe qui va faciliter ces sauts quand ils sont possibles, et dévoiler la façon dont nos vies sont liées ensemble sous les formes de l’apparence qui nous sont imposées par le capital ?

Au sujet de l’économie politique du développement urbain, il y a eu quelques bonnes illustrations. Nous avons vu les points chauds dans les «maillons faibles» comme Ferguson et les banlieues comme McKinney ou celle où Trayvon a été tué. C’étaient les zones de frontières raciales en dehors des centres urbains, qui ont amené les forces de sécurité blanches au contact du prolétariat et de la petite bourgeoisie d’une nouvelle manière. Des choses semblables peuvent se produire dans les villes étalées comme Houston, où le développement de l’élite politique noire n’a pas suivi le rythme de la croissance de la ville. Les réseaux clientélistes existants y sont fixés sur les quartiers historiquement noirs, dont la population prolétarienne est poussée vers d’autres quartiers, comme le sud-ouest . Cela crée des débouchés potentiels pour la lutte qui peuvent ne pas être immédiatement récupérés par l’élite politique noire.

À Baltimore en revanche, des émeutes ont éclaté dans un centre urbain noir – l’un des plus misérables de la côte Est – mais elles ont été contenues par le leadership noir de la classe moyenne (la Nation de l’Islam, les politiciens noirs, le jeune procureur de noir qui a porté plainte contre le flic, avec qui beaucoup de gens sympathisaient). Des endroits comme New York n’en ont pas vu tant que ça, parce que, même si vous avez une police armée brutale, vous avez aussi un tissu solide d’ONG, avec une gauche petite-bourgeoise encore hégémonique, et une bureaucratie municipale multiraciale « progressiste » avec ses systèmes de soutien encore assez intacts. La désintégration sociale y est plus contenue, malgré les points chauds comme l’émeute de 2013 à Flatbush. À Atlanta, la politique de respectabilité noire domine encore beaucoup le discours des médias et de l’élite politique. Bien que cela soit contesté par un mouvement BLM de plus en plus radicalisé, il y a un fort précédent de protestation respectable et de « hurlement de la vérité en direction du pouvoir ». De même, à Philadelphie vous avez une élite politique noire très ancienne, et un chef de la police (Ramsey) connu comme le spécialiste du gant de velours – même si Philly est incroyablement appauvrie ; si bien qu’un scénario à la Baltimore est encore possible là aussi.

En ce qui concerne l’évaluation des luttes, la plupart d’entre nous seraient d’accord sur le fait qu’il faut réfléchir au-delà du militantisme de rue. Nous dirions qu’il faut aussi regarder au-delà du nombre de membres des organisations de la gauche établie. Certains critères d’un mouvement croissant pourraient être la quantité d’organismes indépendants et la conscience de classe qu’ils laissent dans leur sillage : combien de nouveaux groupuscules se sont multipliés dans le cadre de la vague? Combien ont persisté ? A quel point se repend l’idée que «quelque chose ne va pas avec cette société », et à quel point les personnes sont-elles à la recherche de réponses politiques ? Combien de gens ont-ils développé un sentiment que, collectivement, nous pouvons intervenir sur le cours de l’histoire ?

Les mouvements des années 60 et 70 contre le racisme et la violence de la police a conduit à l’émergence de nouveaux types d’organisations.  Pour n’en nommer que quelques-unes, le Comité de coordination des étudiants non-violents, le Mouvement d’Action Révolutionnaire, le Black Panther Party, la Ligue Révolutionnaire les travailleurs noirs, l’Alliance des femmes du tiers monde, et, pour les radicaux blancs, les étudiants pour une société démocratique. Dans les années 1970, ces groupes se sont transformés en nouvelles organisations révolutionnaires, qui étaient souvent des alliances multiraciales entre noirs, chicanos, portoricains et  groupes asiatiques. Voyez-vous de nouvelles organisations émergentes aujourd’hui, et si oui, quelle est leur relation avec l’ensemble du mouvement BLM ?


De nouveaux types d’organisation émergent inévitablement dans un mouvement de masse, bien que, compte tenu de la récente accalmie de l’activité, les trajectoires des nouveaux groupes formés sur BLM ne sont pas tout à fait claires. Pour deviner au mieux où cela nous mènera, il faut être à l’écoute de la base objective de ces nouvelles formes d’organisation, et  comprendre comment leur développement se déroule dans des conditions différentes de celles des années 60 et 70.

Historiquement, comme tous les mouvements de masse dans la société capitaliste, la lutte des noirs a eu des expressions contradictoires. D’une part, les mouvements noirs ont lutté pour l’entrée dans le rapport salarial, le marché du travail, et la société civile. D’autre part, ils ont mis en évidence le caractère arbitraire et historique de la race et des institutions sociales et politiques qui la reproduisent, et ainsi ont mis la société capitaliste moderne en question. Dans chaque période de lutte des noirs, des révoltes d’esclaves à la Reconstruction, à la Grande Migration, aux Droits Civils, ces potentiels contradictoires ont été continuellement présents.

Nous avons écrit ailleurs sur le double caractère du mouvement noir des années 50 à 70, et sur la façon dont il se développe. Il suffit de dire que ce mouvement a détruit les lois Jim Crow et a donné lieu à la situation que l’on appelle « post-raciale » que nous avons aujourd’hui. Cette nouvelle ère a été marquée par l’entrée aléatoire de certains Noirs dans les usines, le secteur public et des emplois de cols blancs, puis par la réduction des effectifs. L’irruption de capitalistes noirs dans les marchés intégrés; et l’acceptation formelle de politiciens noirs dans le système politique. Dans le processus, la vieille communauté noire, constituée par des décennies de ségrégation juridique et de fait, a été de plus en plus déchiré par l’antagonisme des classes. Certains sont restés sur place, tandis que la classe ouvrière noire endurait la désindustrialisation, la fuite des blancs, la guerre contre la drogue, l’incarcération de masse, et la précarité renaissante.

Aujourd’hui un discours «raciste incolore» réinventé entoure la classe ouvrière noire, dont la position de classe est rationalisée comme de nature intrinsèquement criminelle, inapte au travail, paresseuse, incapable de maintenir les familles nucléaires, etc. La classe moyenne supérieure et la bourgeoisie noire rencontrent des préjugés dans les universités, les professions et les quartiers intégrés auxquels ils ont eu accès. Ils subissent parfois la merde des institutions de répression du prolétariat noir (par exemple, lorsque le fils du journaliste du New York Times Charles Blow, étudiant à Yale, a été abattu par la sécurité du campus). Les universités et les ONG amalgament ces couches en combinaisons diverses.

Il y a beaucoup de petits groupes en développement à partir du mouvement BLM, et tous sont façonnées par ces conditions, et expriment leurs contradictions. Cela dit, le mouvement est encore en développement et sa trajectoire est ouverte. Aucune perspective politique ou fraction de classe n’en détient l’hégémonie. Alors que les jeunes de la classe moyenne façonnent la direction du mouvement à l’échelle nationale (en dehors des moments d’émeutes), cette couche elle-même est intrinsèquement contradictoire, et tire dans des directions différentes.

Certains des nouveaux groupes ont plus un caractère ouvriers ou du lumpen (par exemple Lost Voices à Ferguson), alors que certains sont plus des classes moyennes (une partie des groupes BLM «officiels», il nous semble, sont constitués d’étudiants ou des personnes ayant un lien avec l’associatif). Certains sont exclusivement noirs, tandis que d’autres sont multiraciaux dans leur composition, même si les non-blancs sont habituellement majoritaires. Dans l’ensemble, les nouveaux groupes sont autonomes de l’ancien système de patronage noir forgé à partir des Droits Civils, et s’appuient sur leur potentiel perturbateur dans les rues comme influence politique, plutôt que sur les connexions politiques municipales, d’Etat ou fédérales employées par la vieille garde. Ils ont agi comme des «réseau léninistes » (voir Rodrigo Nuñes) par appels aux manifestations de masse à travers les réseaux, et conduites de discussion populaire.

Les capitalistes progressistes ont déjà fait des ouvertures pour ramener ces nouveaux groupes à la bergerie : par exemple, Soros a fait don de 33 millions $ à des groupes BLM l’année dernière. Jusqu’à présent, leur contrôle est faible, et la récente déclaration rejetant le Parti démocrate est un bon signe. Néanmoins, on trouve de nombreux groupes BLM agissant hors des associations sans but lucratif, qui reproduisent leur logique rhétorique et  stratégique. Par exemple, beaucoup de nouveaux groupes font des actions directes mais restent coincés dans une critique morale du racisme et du capitalisme qui donne l’occasion aux partis et aux ONG d’intervenir avec des solutions «réelles». Nous l’avons vu dans la discussion en coulisse avec Hillary.

Donc, les jeunes ont fait, dans les rues, un bond au-delà des partis et des ONG, mais ils ne disposent pas encore d’une analyse révolutionnaire de la société qui leur permette de s’en séparer définitivement, et ils ne sont pas encore en mesure de consolider leurs propres organisations de lutte. Dans le vide, les différences politiques continuent d’émerger. Une fracture est en train de naitre entre le black feminism, le queer et les trans d’un côté, et une tendance patriarcale nationalistes pseudo-noire de l’autre. Nous avons vu ce jeu dans les manifestations de « SayHerName », surtout à Philadelphie et dans la critique des Hotep dudes (« mecs en paix », mouvement musulman), en ligne. Une autre fracture existe entre les parties du mouvement qui sympathisent avec la démocratie sociale (par exemple, les groupes BLM qui s’ouvrent à Bernie Sanders), et d’autres qui évoluent dans des directions plus révolutionnaires. Certains d’entre nous sentent que la popularité bouillonnante de l’afro-pessimisme parmi les activistes des BLM dans les écoles est le reflet de la recherche d’une critique totale de la société.

« Unity and Struggle » essaie de garder une trace de ce développement vertigineux et inégal à travers le pays, et de mettre en évidence les lignes de cohérence qui prennent un sens révolutionnaire. Nous avons travaillé avec le mouvement  “Disempower, Disarm and Disband”  comme un moyen de fixer la perspective révolutionnaire du moment, mais nous n’avons pas encore pu rendre cohérent un pôle distinct. Bien sûr, le désarmement et la dissolution de la police est un objectif à long terme (même si nous avons pu voir la démilitarisation et la dissolution d’unités particulières, plus tôt). Mais le fait de « rendre impuissante » la police est déjà effectif à un niveau de masse, comme par exemple dans la vidéo des femmes à New York qui empêchent l’arrestation d’une jeune fille. Et ce militantisme émergent se reflète aussi dans le mouvement « officiel » BLM, par exemple dans la « de-arrestation » lors de leur conférence à Cleveland. Nous pouvons aider cette activité à se propager et se formaliser.

En général, nous voyons le rôle des révolutionnaires dans la reconnaissance de ce pôle en formation, et dans l’aide à la cohérence politique et organisationnelle à travers le pays. Notre intuition est que les contours de ce pôle comportent une forme d’anticapitalisme, de rejet des partis bourgeois, et une tentative de débattre de la race et de la suprématie blanche comme système endémique au capitalisme.

Depuis le soulèvement de Ferguson, nous avons vu le terrorisme raciste d’extrême-droite flamber avec le bombardement d’un bureau NAACP dans le Colorado et l’attaque tragique et meurtrière d’une église historique noire en Caroline du Sud. Le meurtre de deux agents de la police à New York semble avoir encouragé les membres du NYPD  à défier ouvertement le maire de la ville, paralysant  son propre ordre du jour. Et d’ailleurs, les politiciens et la police ont commencé à utiliser le spectre de Ferguson et de Baltimore pour justifier la répression préventive de la police et mobiliser le soutien aux couvre-feux. Est-ce que ces mouvements et soulèvements peuvent provoquer une résurgence de la droite ? En voyez-vous des exemples dans vos actions ? Que pouvons-nous faire pour battre  ces tentatives ?

La polarisation fait certainement partie de la dynamique en ce moment, avec la résurgence des mouvements noirs et de gauche provoquant une réponse de la droite. Elle a un caractère contrapuntique : les crêtes du mouvement BLM commencent à baisser, alors une réaction conservatrice a lieu. Parfois, la réaction s’appuie sur des individus qui s’isolent et tirent sur les flics pour diverses de raisons, peut-être liées à la frustration de masse face à l’incapacité du mouvement à réaliser des gains profonds (tirs contre les flics comme après le sommet BLM à New York, mais aussi LA et, récemment, Texas).

Une partie des réactions viennent de l’intérieur de l’Etat lui-même, les politiciens appelant le mouvement à se discipliner sous une direction respectable, et les services de police déployant de nouveaux programmes de surveillance. Mais une partie de ces réactions apparaissent aussi «d’en bas» et de façon semi-autonome par rapport à l’Etat. Cela comprend la rébellion au sein des syndicats de police, les tireurs fascistes isolés comme Dylan Roof, l’activité fasciste organisée comme les Nazis in Olympia ou le Klan à Charleston, et les mobilisations de la droite populiste plus larges comme les Oath Keepers se déplaçant à Ferguson.

Nous en sommes encore à établir un cadre commun pour discuter de ces questions et à comparer nos conclusions à partir de la pratique et de l’étude. Une de nos lignes de discussion concerne le concept de «front uni», et un autre a trait à la dynamique politique du populisme de droite.

La discussion sur le « front uni » concerne la façon de briser l’extrême droite, sans être isolés et ciblés par l’Etat, ni absorbés par la réponse libérale à droite. Cela comprend des questions stratégiques et tactiques comme: quel est le meilleur choix : exploser les fascistes militairement ou désorganiser leur base? Comment éviter la répression étatique contre l’antifascisme révolutionnaire? Quand et comment rendre cohérent un large front contre les attaques de la droite, y avec compris les libéraux? Comment basculer des moments de défense où nous repoussons les attaques de la droite, à des moments offensifs, où nous apparaissons comme un pôle révolutionnaire indépendant renforcé? Nous ne sommes pas encore parvenus à une position commune sur ces questions. Mais nous apprenons, dans la pratique, au travers des moments successifs de réaction de la droite, et par l’étude historique de «fronts unis» dans les traditions  communistes et anarchistes.

Une autre discussion concerne notre compréhension de la droite populiste, et en particulier du large mouvement Patriot. Un de nos points de vue considère que le mouvement Patriot est plus dangereux que les fascistes idéologiquement engagés, en raison de leur légitimité politique plus large, et de leur utilisation ouverte des armes dans les rues. En plus de cela, nous évaluons l’importance des contradictions internes au sein du mouvement Patriot, et si certains de ses fragments pourraient potentiellement basculer vers la gauche ; et si oui, comment nous devrions alors faire face à Patriot, dans les rues. Enfin, nous nous demandons s’il y a une possibilité d’une alliance entre les éléments du mouvement Patriot et des groupes noirs conservateurs comme le New Black Panther Party ou Detroit 300, comme une mutation contemporaine des pourparlers historiques entre Garvey et le Klan. Nous portons une attention particulière aux évolutions telles que la récente scission dans les Oath Keepersau sujet de l’ouverture des manifs aux noirs, proposée à Ferguson, et nous écoutons ce que le reste de la gauche révolutionnaire antifasciste dit. Nous n’avons pas, là non plus, de position commune sur ces questions.

En mai dernier, nous avons publié une analyse de l’insurrection à Baltimore, en nous concentrant sur la dynamique de solidarité des blancs. L’essai mettait en avant une tension omniprésente dans le mouvement, sur la nécessité simultanée d’alliances stratégiques entre les différentes luttes des peuples opprimés et exploités, et la possibilité que l’inclusion d’autres groupes pourrait détourner de la spécificité du racisme anti-Noir. Comme  le mouvement l’a mis en avant, il y a de fortes résonances chez les non-noirs, dessinant la participation et le soutien de toute une gamme de différents secteurs et luttes et offrant parfois des modèles pour les autres. Comment maintenir la résonance entre les différentes luttes, les antagonismes partagés, sans effacer ce qui est spécifique à ce mouvement ?


La plupart d’entre nous, dans « Unity and Struggle », pensons qu’il y a des différences de pouvoir au sein de la classe ouvrière, avec quelques sections (hommes, blancs, citoyens, etc.) capables d’obtenir des avantages au détriment des autres, au prix de la solidarité de classe et de la capacité à contester le capitalisme dans son ensemble. Le mouvement autonome des prolétaires noirs, même s’il invite la bourgeoisie et l’élite politique noire à lancer leurs propres mouvements, conteste également ces divisions internes au sein de la classe, et ainsi prépare le terrain pour une nouvelle lutte à la fois contre la race et le capital.

Les non-noirs de la classe ouvrière ont donc raison de soutenir et de participer aux luttes noires, non seulement d’un point de vue éthique, mais aussi afin de réaliser leurs intérêts de classe, ce qui nécessite l’abolition de la race comme nous la connaissons. Nous sommes d’accord avec le point de vue de « Sojourner Truth Organization » * : plutôt que de scander « noirs et blancs, unis et combattant», comme si les deux parties étaient des acteurs égaux dans un tout donné, nous disons que les luttesspécifiques de prolétaires noirs font partie de l’ensemble de nos intérêts, et rendent possible de gagner ensemble, et nous concernent en tant que tels.

note Patlotch : voir le texte de Selim Nadi, du PIR : Race, classe et autonomie dans le marxisme étatsunien : l'expérience de la Sojourner Truth Organization (1969-1985) Selim Nadi, Contretemps 05/02/2016

Notre point de vue sur la participation des non-noirs aux BLM suit cette perspective. Si le mouvement BLM amène des non-noirs à participer, ils peuvent et doivent le faire, tout en soulignant la façon dont le succès ou l’échec des luttes des noirs influent sur leur propre libération. Ils peuvent et doivent discuter des désaccords qu’ils ont, s’ils croient que ces idées portent atteinte à l’auto-mouvement du prolétariat noir, et, par conséquent, à la lutte des classes. Ils peuvent et doivent relier le mouvement noir (pour la forme, analytiquement, pratiquement) à d’autres domaines du mouvement, tout en débusquant les développements qui amoindriraient le mouvement noir à son tour.

La plupart d’entre nous pensent de la politique « ally » est trop limitée pour y arriver : elle suppose un horizon libéral des droits et de l’inclusion, réifie les catégories raciales, et donne une légitimité aux forces bourgeoises noires. Dans cette perspective, des groupes noirs appelant à des entreprises appartenant à des Noirs est soutenue inconditionnellement par les alliés blancs. Les militants non-noirs soutenant les jeunes noirs dans les rues contre les ONG devraient être « découragés » afin d’éviter de les mettre en danger. Chacun d’entre nous devrait « rester dans sa voie » sur la base de sa catégorie identitaire, avec un plan tactique fixe en conséquence.

Nous soutenons généralement les organisations autonomes basées sur l’expérience partagée comme un moyen de développer une nouvelle théorie et une pratique que le mouvement plus large a miné. Dans le même temps, nous affirmons l’utilité des organisations multiraciales, multi-genres comme lieu de synthèse des expériences autonomes. Ce sont des moments qui vont et viennent, de façon dynamique et historique. Il y aura des périodes de discontinuité et de tension entre les militants noirs et non noirs aussi longtemps que les différences réelles entre nous ne sont pas balayées par la pratique et la lutte. Mais il y aura aussi des moments où l’action unifiée, ou les initiatives et les idées des non-noirs, seront utiles au mouvement noir.

Il n’y a pas de recettes types pour que les blancs s’associent aux luttes noires, ou vice versa. Comme Selma James l’écrit très bien, il y a, au contraire, un processus continu de développement qui crée la possibilité de niveaux toujours plus élevés dans l’unité et la lutte.

le grand écart

bien des points rejoignent mes analyses quant à la montée d'une dynamique de classe et décoloniale dans laquelle il s'agit de générer des activités révolutionnaires, thèse foncièrement opposée au corpus, à la pratique théorique et au comportement sectaire du groupe Théorie Communiste

la question demeure de savoir pourquoi de telles réflexions et activités paraissent intéressantes (à dndf et Théorie Communiste) quand elles se passent aux États-Unis, et sont ignorées ou condamnées chez nous. Ce texte est-il bon à traduire parce qu'il réfère en deux phrases Théorie Communiste (sur la police, c'est quand même bien maigre) et Blaumachen ("l'ère des émeutes"), et de nul intérêt les luttes en France et les textes français faisant le lien avec les USA (exemple inserré de Selim Nadi, et tant d'autres du PIR), avec des éléments d'analyses et des références théoriques communes (CLR James, marxismes noirs, Selma James... jamais cités par TC) mais surtout des spécificités françaises et une qualité théorique susceptible de débats, et non d'invectives  Laughing  dignes de l'idéologie française (RS/TC : « entrepreneurs en racialisation ») ?

les considérations sur le rapport races/classes, les activités militantes et la nécessité de s'organiser de façon permanente (ce qu'ils font depuis 50 ans mais le critiquent chez les autres) sont parfaitement contraires aux thèses communisatrices en général, et bien plus proches des miennes...

la tonalité est ici foncièrement différente quant aux rapports entre luttes et mouvements de masse et activités révolutionnaires en leur sein, de celle que l'on trouve, méprisante et dénigrante, à l'ultragauche en général et dans le courant communisateur en particulier : ici est effectivement posée de manière concrète la question de la subjectivation révolutionnaire et celle d'un lien organique à créer entre luttes et pensée des luttes

en mettant en avant des événements et réflexions qui montrent davantage les erreurs et les contradictions internes et profondes que la pertinence actuelle des thèses fondamentales et des positions politiques de la théorie de la communisation, bref, en jouant sur tous les tableaux non sans opportunisme, la fameuse "cohérence" de TC s'effondre dans une schizophrénie théorique et l'incapacité d'une analyse autocritique

il est préférable, pour Roland Simon, d'affirmer : « Je constate que sur ton blog, il n'y a aucun exposé didactique et / ou critique de cette pensée [décoloniale], seulement des affirmations, des proclamations, des renvois disparates et non-explicités et des invectives* envers quiconque ne partage pas tes enthousiasmes du moment. Si tu ne fonctionnais pas en te considérant comme le centre du monde, tu m'aurais dit, comme dans n'importe quel échange d'idées et de théories, en quoi je passais, à ton avis, à côté de quelque chose d'important»

un volontaire pour apprendre à lire à cette sommité théorique de la communisation ?

* à propos d'Invectives et absence d'arguments, sic : voir chez Indymédia-Nantes, le même genre d'habitudes post-ultragauche chez un « Vieux sympathisant du GCI » : ici


une dynamique et des activités communistes

« ... ce militantisme émergent se reflète aussi dans le mouvement « officiel » Black Live Matter, par exemple dans la « de-arrestation » lors de leur conférence à Cleveland. Nous pouvons aider cette activité à se propager et se formaliser.

En général, nous voyons le rôle des révolutionnaires dans la reconnaissance de ce pôle en formation, et dans l’aide à la cohérence politique et organisationnelle à travers le pays. Notre intuition est que les contours de ce pôle comportent une forme d’anticapitalisme, de rejet des partis bourgeois, et une tentative de débattre de la race et de la suprématie blanche comme système endémique au capitalisme. »


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 13 Fév - 20:37


'pratique théorique' : les faux-culs pris au col




lu chez dndf, suite dans Le fond de l’air est psychotique (le rebelle)


Anonyme a écrit:
13/02/2016 à 18:45 « Pas très honnête ce commentaire. »

C’est justement parce qu'« un mouvement de fond, de masse, de classe, quoi… » n’a pas eu lieu que les initiatives, bien sûr suicidaires (luttes suicidaires pour de bon, mais individuelles ou groupusculaires) ont surgi: RAF, BR, AD…

« Et en plus, si l’époque avait été à l’insurrection, on aurait sûrement eu ces gens là en face, avec les autres léninistes de l’époque….. »

héhé, encore le coup du « si ». Non, Elisabeth Salander, ce n’est pas très honnête. Si « l’époque » avait été à l’insurrection, qui sait ce qu’auraient fait les personnes qui se sont engagées dans la lutte armée par défaut d’insurrection?
Faudrait voir de remettre en place les pattes du chien : c’est parce que les luttes battaient salement de l’aile, parce que, par exemple, les ouvriers français par l’entremise de leurs syndicats se sont assis -à Grenelle 1968- pour négocier des augmentations de salaires, et qu’ils-elles sont quand même rentrées, reprise du travail, certes difficile, mais…réelle..etc… ( Voir résultat des négociations et reprise en main politique par le généralissime lui-même), c’est pour cela, à cause de cette défaite que des mouvements tels ont vu le jour.

Je ne sais rien de ce que font « les activistes », ça dépend ce qu’on appelle « activisme », du coup : « Attendre la fin » c’est aussi un activisme, ou pas ?

Si ce n’est pas un « activisme », c’est quoi ?


Autrement dit : question « efficace », ça se vaut.
Salute.

l'activisme "théorique" ne l'est pas moins que l'activisme "pratique", et c'est ce qui fondait leur rencontre dans les revues Meeting et Sic. À partir de là, dénoncer le militantisme était en porte-à-faux entre leur "pratique théorique" et leur "organisation permanente" * de groupes et réseaux depuis des décennies : faites ce que je dis, pas ce que je fais

* « la constatation que toute organisation de classe permanente, préalable aux luttes ou persistant au-delà, est aujourd’hui confrontée à son échec.» Meeting, Revue Internationale pour la Communisation Quatrième de couverture

donc oui, "attendre la fin" c'est un activisme, un activisme militant plus qu'attentiste : démobilisateur, donneur de leçon et in fine anti-communiste au présent du présent

ceci ne relève pas d'un besoin de dénoncer, mais d'un constat : voilà ce que ces professeurs et intellos post-ultragauchistes out of the prolétariat auront produit depuis 1968, c'est leur triste bilan de premiers de la classe contre l'activité de classe du prolétariat telle quelle ne peut qu'être à chaque moment de la crise

ils en sont réduits aujourd'hui à emprunter à d'autres de quoi renouveler leur théorie de la révolution, mais à le faire sans reconnaître que cela remet en cause leur corpus théorique *, et sans dire que depuis un demi-siècle qu'ils s'expriment, ils ignorent ou conchient ces novateurs (en passant non blancs européens...). Quelle bande de faux-culs, la queue entre les jambes, mais encore faire les coqs : français !?

on ne tardera pas à voir le virage "décolonial" de ces bouffons bouffis d'orgueil, qui se présenteront alors (comme avec "le genre") comme en avance sur des sujets dont ils auront été les derniers à parler

* lire ici, vérité au delà de l'Atlantique, erreur en deçà ?... le grand écart



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 15 Fév - 3:26


la communisation
de la post-ultragauche à la nouvelle droite européenne révolutionnaire


un même terreau idéologique eurocentriste
de Théorie Communiste à Francis Cousin

un ami me demande

Citation :
Quels sont les "pompages" de Théorie Communiste pratiqués par Francis Cousin ? J'ai un peu parcouru, mais je n'ai pas vraiment percuté.

ma réponse, plus complète que celle par mail

Patlotch a écrit:
il y a deux choses, le détournement explicite des formulations de Théorie Communiste (TC), comme de Temps Critiques et du situationnisme, et le discours marxien revisité post-ultragauche, mais là, il faut analyser pour voir ce qui est commun et là où ça coupe...

donc concernant Théorie Communiste, ici « De la croisade communeuse des Pastoureaux... » Par Francis Cousin Scriptoblog 23 avril 2014 : signalé à l'époque sur mon blog, ça va faire deux ans, et depuis pas une réaction de "partisans de la communisation"



c'est toujours chez Cousin un syncrétisme mâtiné de langage situ à la Debord-Vaneigem, au demeurant plutôt inventif bien que pompeux-pompant, d'éléments d'humanisme théorique à la "Temps Critiques", et dans ce texte de formulations de TC dont on voit qu'elles ont été ni plus ni moins que recopiées (en gras), le reste étant soit pris ailleurs (histoire des religions, psychanalyse...), soit de son cru et relevant des idées communes à la droite européenne identitaire et à l'anarcho-ultragauchisme incolore universel

tout y est admirablement concentré, c'est une des plus intelligentes formulations théoriques de l'idéologie française, par un homme très cultivé et connaisseur de toutes les tendances et théories communistes depuis Marx, "un type sympa et simple" au charisme indéniable et qui s'adresse, via une radio nationale d'extrême-droite ou en conférences reprises par youtube, à 100 ou 1000 fois plus de personnes que les "vrais" théoriciens de la communisation


extrait
Francis Cousin a écrit:
Notre époque en tant que synthèse effectuée de toutes les précédentes est celle où le prolétariat, luttant en tant que classe contre le Capital de la domination réalisée de la capitalisation universelle, va devoir se remettre lui-même en cause et porte le dépassement révolutionnaire de sa propre condition par la production incandescente du communisme comme l’abolition de toutes les classes, le jaillissement générique de la communauté de l’Être.

La lutte de classe entre le prolétariat et le Capital cesse d’être réformiste et régénératrice du Capital lorsqu’elle s’arrête de s’annoncer comme une simple réaction, une défense du prolétariat face au Capital sur le terrain du Capital et qu'elle se retourne réellement en contradiction pleine et entière entre le prolétariat et le Capital sur le terrain de l’humain.

Le communisme, c’est à dire la communauté de l’Être est évidemment une réalité à venir, mais c’est au présent qu’il convient d’en parler car la communisation est déjà préparée dans les luttes actuelles chaque fois que le prolétariat se heurte à sa propre existence aliénée comme classe majeure de l’aliénation, dans son action en tant que classe soumise, contre le Capital, à l’intérieur du rapport d’exploitation de la soumission, dans le cours même de ces luttes qui restructurent simplement la valeur.

Chaque fois que l’existence même du prolétariat est produite comme quelque chose d’étranger[/i] à l’humain et d’inhérent à l’argent, ce à quoi il se heurte dans sa lutte en tant que classe qui doit liquider les classes, c’est à une contrainte objective extériorisée dans l’existence même de l’économie politique et issue de son lui-même réifié contre son lui-même de vraie vie.
[...]
La crise finale est avant tout la crise concrétisée de l’implication réciproque entre le travail et le Capital, la crise de l’auto-présupposition du Capital, intégrant tout ce qui fut l’histoire passée de l’avant-Capital qui contenait toutefois le Capital depuis le troc échangiste néolithique, en tant que la détermination future est toujours nécessairement pré-contenue dans le produire antécédent.

La classe prolétarienne trouve alors, dans ce qu’elle est dans le Capital devenu infaisable, la capacité de trouver ce qu’elle est contre le Capital pour communiser le monde, au moment où, simultanément, le Capital cesse de pouvoir extérioriser la nature de classe des prolétaires comme vampirisation de leur nature humaine.

Le communisme est ce que produit le prolétariat, de par ce qu’il est dans sa contradiction avec le Capital, au moment où il abolit la capitalisation lorsque cette dernière devenue totalité du développement mondial ne parvient plus malgré l’orgie de manipulations monétaires et terroristes mises en mouvement par le gouvernement du spectacle mondial, qu’à accoucher de son autodissolution objective. La crise actuelle de suraccumulation et de saturation mondiale des marchés est la crise du taux de profit qui se présente comme crise mondiale permanente de la reproduction des rapports capitalistes en train de déboucher sur la crise de légitimation du spectacle de la marchandise en tant que tel.

Le communisme est le mouvement contradictoire terminé du mode de production capitaliste, le procès de sa caducité achevée. L’exploitation comme contradiction dialectique entre le prolétariat et le Capital se définit simultanément comme implication réciproque de ces deux termes et produc­tion de la spécificité de chacun d’eux quant à sa place historique dans le cours de la lutte des classes.


si l'on ne garde que le gras, ça donne ça, c'est du TC ou je ne sais pas lire

Citation :
Notre époque est celle où le prolétariat, luttant en tant que classe contre le Capital va devoir se remettre lui-même en cause et porte le dépassement révolutionnaire de sa propre condition par la production du communisme comme l’abolition de toutes les classes.

La lutte de classe entre le prolétariat et le Capital [cesse d’être régénératrice du Capital] lorsqu’elle s’arrête de s’annoncer comme une défense du prolétariat face au Capital sur le terrain du Capital et qu’elle se retourne réellement en contradiction pleine et entière entre le prolétariat et le Capital.

Le communisme est évidemment une réalité à venir, mais c’est au présent qu’il convient d’en parler car la communisation est déjà préparée dans les luttes actuelles chaque fois que le prolétariat se heurte à sa propre existence comme classe dans son action en tant que classe contre le Capital, à l’intérieur du rapport d’exploitation dans le cours même de ces luttes.

Chaque fois que l’existence même du prolétariat est produite comme quelque chose d’étranger à ce à quoi il se heurte dans sa lutte en tant que classe qui doit liquider les classes, c’est à une contrainte objective extériorisée dans l’existence même de l’économie politique.

La crise finale est avant tout la crise de l’implication réciproque entre le travail et le Capital, la crise de l’auto-présupposition du Capital, intégrant tout ce qui fut l’histoire passée de l’avant-Capital.

La classe prolétarienne trouve alors, dans ce qu’elle est dans le Capital la capacité de trouver ce qu’elle est contre le Capital pour communiser... le Capital cesse de pouvoir extérioriser la nature de classe des prolétaires.

Le communisme est ce que produit le prolétariat, de par ce qu’il est dans sa contradiction avec le Capital, au moment où il abolit [la capitalisation lorsque cette dernière est devenue totalité]... La crise actuelle est la crise du taux de profit, crise mondiale permanente de la reproduction des rapports capitalistes.

Le communisme est le mouvement contradictoire du mode de production capitaliste, le procès de sa caducité. L’exploitation comme contradiction dialectique entre le prolétariat et le Capital se définit simultanément comme implication réciproque de ces deux termes et produc­tion de la spécificité de chacun d’eux quant à sa place historique dans le cours de la lutte des classes.


plutôt que "communisation" dans les mots même de Théorie Communiste, on pourrait faire cet exercice de dé- et re-montage "situationniste" à la manière vitaliste de Vaneigem, ou "humaniste" façon Temps Critiques... Chacun pourrait y voir la preuve que ce n'est pas de lui ou prétendre, avec assez de mauvaise foi, que c'est complètement opposé à ses thèses et tient plus de l'autre, son concurrent en théorie de la révolution,

mais le récepteur, lui, il s'en fout, il écarquille d'abord les yeux, puis il avale et ça donne les transfuges style Max l'Hameunasse (voir plus bas), ou il gerbe, comme moi, en se disant que la communisation ne mérite pas ça

quant au maître de Marseille et à ses adeptes...


pour le reste il faut se fader les vidéos de Cousin sur Marx ou sur l'immigration comme stratégie capitaliste, pour Égalité et réconciliation de Soral ou chez Radio-Courtoisie avant la mort d'Emmanuel Ratier, journaliste proche de Le Pen. Les formules de TC reviennent ici ou là, toujours dans ce mélange dont il a le secret

d'autres thématiques renvoient davantage au genre Max L'Hameunasse et son blog In Limine, quand il a basculé de "partisan de la communisation" sympathisant de Théorie Communiste,  dndf au fatras mystique européen avec les références à Nietzsche du côté de l'individu et de la nature ou de l'art, puis Proudhon, Orwell, Heidegger, Hanna Arendt... Alain de Benoist et bien sûr la critique radicale de la valeur

sur le "christianisme primitif" comme révolutionnaire, là encore, la critique décoloniale de la chrétienté occidentale comme matrice de l'eurocentrisme, notamment avec Grosfoguel, foutrait tout ça par terre autrement mieux que l'anti-religion issu du rationnalisme des lumières dont nos chers anarchistes sont si friands, en universalistes bien de chez nous


concernant la circulation dans "la nébuleuse anti-système", l'influence de Tiqqun et de l'ultragauche, il faut plutôt lire ou entendre à "Lucien Cerise"

le truc est difficile à tenir car il faut éviter la dénonciation pour tenter de comprendre. L'essentiel est donc ce qui est commun et pourquoi il est logiquement possible de refourguer du TC dans ce machin extrême-droitier : si tu veux de même que pourquoi fut possible le passage de Woland de Sic/Blaumachen à Syrisa, qui ne relevait pas pour moi d'une "trahison" - point de vue des anti-marxistes Claude Guillon, Dréan, dialectical delinquents, non-fides -, mais s'explique par un glissement théorique pour lui logique après l'échec du moment qui justifiait Sic, revue internationale pour la Communisation

une fois expurgée une sorte de "il va falloir attendre", ou à comparer leurs différentes sur- ou sous-interprétations de Marx

le commun n'est pas tant dans la référence à Marx ou à la communisation au futur, le commun est actuel, dans l'eurocentrisme et sur la question de l'immigration, des migrants, des "autres". Et là, sans la critique épistémologique proprement décoloniale, on a du mal à tisser une contre-idéologie...



pas de critique du capitalisme sans une critique de l'immigration, et vice versa



Le chaos migratoire, comme forme supérieure de la crise du spectacle marchand


« l'astuce » de Cousin consiste à mélanger l'immigration des années 50-70, pour résoudre le besoin en main-d'œuvre du capitalisme européen en pleine "croissance", immigration nord-africaine, turque et orientale ou indo-pakistanaise selon les pays européens, et le phénomène migratoire actuel provoqué par la guerre et la misère dans les pays "musulmans" de l'Afrique à l'Asie. Le problème n'est certes pas propre à l'Europe, car de tels besoins existent aux États-Unis (avec les latinos...), au Japon, mais aussi en Chine et en Asie du Sud-Est, en Indonésie je ne sais pas mais en Australie oui. La question des "colonialités" est donc différente selon les zones géographiques, mais foncièrement commune et liée à l'histoire de la domination occidentale

Théorie Communiste et Francis Cousin se trompent d'époque, mais pas de la même manière, avec plus ou moins de conscience et/ou de petits arrangements pervers de chaque côté des lignes de classes et "de couleurs"

évidemment Théorie Communiste n'est pas aussi explicite, mais comme ligoté, pétrifié, empêché de se prononcer clairement depuis des années sur la question "races"/classes, et plus encore depuis les attentats de janvier 2015, et là comme sonné par l'état d'urgence : pour des communistes, faut le faire ! En témoignent les "débats" chez dndf, qui se referment aussitôt ouverts, et attirent les "camarades" qui font la chasse au PIR et à Bouamama en des termes proches de la pensée gouvernementale anti-"communautariste" : faute d'avoir clarifier et choisi le clivage décolonial, ça reste un bordel réellement confusionniste

c'est à mon sens pourquoi Théorie Communiste ne peut pas expliquer ce glissement d'une position communisatrice post-ultragauche à une position révolutionnaire ultra-droite, puisque piégé sur son propre terrain. TC ne peut pas dire, comme en 2007, Senonevero e ben mal capito (revue Meeting), parce que Cousin a très bien compris Théorie Communiste, Temps Critiques, Debord avec le côté vitaliste de Vaneigem (l'Être contre l'Avoir...), et il en use pour faire sa sauce, une sauce dont on peut toujours dire comme le PCF après la chute du Mur de Berlin : « Nous n'avons rien à voir avec ça »

hé bien, comme répondit en 1989 Antoine Vitez, « on a toujours à voir avec ce dont on porte le nom » (le communisme), toujours à voir aujourd'hui avec ce qui reprend ses idées (la communisation), pour en faire quelque chose que l'on ne soupçonnait pas même pensable


si l'on renverse toute la perspective révolutionnaire au présent, on commence à retrouver des pistes concrètes d'activités communistes, sinon immédiatement révolutionnaires, du moins poussant aux limites mais telles qu'elles sont aujourd'hui, pas la veille (ou le lendemain) de la grande "conjoncture", apparue mondialement, de la communisation


d'un problème à cause théorique, la solution est d'abord théorique

encore faut-il reconnaître qu'il y a un problème...

sans la critique épistémologique décoloniale
pas de contre-idéologie possible à l'eurocentrisme
d'une théorie de la communisation
prise dans la nasse

.
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 15 Fév - 14:43


du présent faisons table pleine

Corinne Cerise a écrit:
Quel travail !

Je ne connaissais pas Cousin. Il a une sacrée connaissance de Marx, et l'exercice que vous faites de rapprocher son texte d'un discours TC pur jus est proprement hallucinant. Là où les choses se dénudent toutefois c'est à l'écoute de la vidéo "pas de critique du capitalisme sans une critique de l'immigration, et vice versa". Il est en effet tout à fait logique de conclure comme vous le faites :


Patlotch a écrit:
« l'astuce » de Cousin consiste à mélanger l'immigration des années 50-70, pour résoudre le besoin en main-d'œuvre du capitalisme européen en pleine "croissance", immigration nord-africaine, turque et orientale ou indo-pakistanaise selon les pays européens, et le phénomène migratoire actuel provoqué par la guerre et la misère dans les pays "musulmans" de l'Afrique à l'Asie. Le problème n'est certes pas propre à l'Europe, car de tels besoins existent aux États-Unis (avec les latinos...), au Japon, mais aussi en Chine et en Asie du Sud-Est, en Indonésie je ne sais pas mais en Australie oui. La question des "colonialités" est donc différente selon les zones géographiques, mais foncièrement commune et liée à l'histoire de la domination occidentale

Théorie Communiste et Francis Cousin se trompent d'époque, mais pas de la même manière, avec plus ou moins de conscience et/ou de petits arrangements pervers de chaque côté des lignes de classes et "de couleurs"

Et je comprends maintenant tout à fait ceci :

Patlotch a écrit:
si l'on renverse toute la perspective révolutionnaire au présent, on commence à retrouver des pistes concrètes d'activités communistes, sinon immédiatement révolutionnaires, du moins poussant aux limites mais telles qu'elles sont aujourd'hui, pas la veille (ou le lendemain) de la grande "conjoncture", apparue mondialement, de la communisation

Ce que j'en comprends c'est qu'À TRAVERS LE DECOLONIAL il y a dès maintenant matière à agir en communistes. Pour faire un vieux parallèle (approximatif), là où l'I.S disait en 1960 qu'il fallait "poser des situations", cela est aujourd'hui transformé en "certaines situations sont déjà là, il n'y a plus qu'à agir". Ce que n'a jamais fait TC, pour les raisons eurocentristes que vous développez, et pour les raisons aussi qu'ils se trompent d'époque comme vous le dites. Le décolonial n'étant pas articulé par TC, ils ne peuvent évidemment dire que "il faut attendre". [...]

Ai-je bien compris ?


vous avez compris le mouvement, la logique. Maintenant, que devais-je en faire, depuis deux ans ? Je l'ai d'abord pris comme un gag, Cousin pas sérieux vu son verbiage. C'est au fil des mois que j'ai mis en relation et fait apparaître l'évidence des positions interlopes entre post-ultragauche, certains anarchistes, et le discours identitaire européen d'extrême-droite, pour les présenter comme un aspect de l'idéologie française, la structure of feeling dans la période, en France


en funambule sur le fil rouge de la communisation

tenant le fil rouge de la communisation, j'étais coincé moi-même. Soit assumer le concept sous ce nom et continuer à en porter un "troisième courant", comme engagé en 2006, soit laisser tomber le label pour ne pas traîner les casseroles des autres théoriciens et du milieu des "partisans de la communisation"

exercice périlleux d'équilibrisme, puisque pour eux je devenais un renégat qui « chiait sur la table de la communisation » (pepe@dndf) en ne faisant que dans « l'invective » et « sans preuve » (R.S), alors que partout où j'expliquais le concept de communisation avec mes différences essentielles, j'étais assimilé à ces théoriciens et leur milieu, et vu la complexité du problème, c'est en vain que je protestais de ma bonne foi

j'ai tenu bon en renversant tout le déterminisme de cette théorie, qui n'est pas que celui de Théorie Communiste, ferraillant à fronts renversés, allant jusqu'à les défendre dans "l'affaire Woland" contre les coups des anti-marxistes libertaires (Guillon, Dréan, dialectical delinquents, non-fides...)


sortir le concept de communisation de cette impasse dans la merde française

ici l'on a un problème grave, plus grave que Woland de Sic/Blaumachen passant à Syrisa : des fascistes diffusent le cœur même de la théorie de la communisation, en version compatible avec la révolution "à titre prolétarien ou humain", et personne ne bronche. Vu la surface médiatique, les idées de la révolution comme communisation sont vraisemblablement plus connues dans cette nébuleuse que par la lecture des livres et blogs de TC, Astarian et Dauvé : c'est ça la réalité massive de l'idéologie en tant que vie quotidienne (R.S), et de l'avance théorique de la nouvelle droite pendant qu'on prend un canon théoriciste pour masturber des mouches sur nos merdes. Mais qu'importe aux "camarades", puisque ce dont ils ne parlent pas n'existe pas, politique d'autruche honteuse hantant les sectes

dndf a mis dans sa vitrine des blogs relayant ses thèses dans les milieux activistes (Tant qu'il y aura de l'argent, par exemple), sans jamais souligner qu'il n'y comprenaient pas grand chose et s'en servaient de travers, et bien moins efficacement que Francis Cousin. Ça les arrangeait d'avoir de tels relais bien après qu'ils aient jugé nécessaire de rompre ce lien ("fin de Meeting" démenti par la collaboration dans Sic)

aujourd'hui, ils sont tellement coincés, ou paumés, qu'ils relaient sans réserve un texte de Viewpoint *, qui, à l'opposé de leurs thèses pour la France, va dans le sens de possibles activités communistes dans des luttes prenant en compte l'articulation "races"-classes...
* vérité au-delà de l'Atlantique, erreur en deçà ? Après Ferguson - Stratégie Après Ferguson

pourquoi alors ces "réserves" pour diffuser un texte du PIR à propos de « Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise » ?

dndf a écrit:
Alors, quelle réserves ?

Pour ce qui est du principe de relayer des textes de sites « non proches », nous vous renvoyons aux échanges plus ou moins passionnants qui ont suivi le texte « un monde immonde engendre des actes immondes ».

Reste que dans l’acronyme PIR il y a au moins deux mots qui, pour nous appartiennent au champ lexical de l’ennemi : parti et République.

Ce parti agit dans la sphère politique, c’est à dire dans le champ scientifique du capital, en concurrence avec toutes les idéologies qui se proposent de nous organiser le monde. La notion même de « décolonial » est une interpellation politique de l’Etat, au sens d’un Etat qui fait mal son travail et que le PIR se propose d’amender, même au travers d’une rhétorique radicale et violente.

comme je l'ai montré, c'est un tissu d'incompréhension, de déformation du sens des mots dans le texte de l'autre, et pour tout dire un fond négationniste : le colonialisme appartient au passé

dndf a écrit:
l’articulation « distinction de genres/distinction de classes » comporte un caractère fondateur du mode de production capitaliste et la distinction de race un caractère plus circonstanciel, plus conjoncturel dans l’histoire, ce qui n’enlève rien à l’horreur de l’histoire coloniale

comment pourraient-ils soutenir ça devant les camarades américains dont ils relaient le texte en considérant qu'ils « font partie peut-être un pôle de radicalité émergeant dans la lutte pour la libération des Noirs.» Tiens tiens, comme c'est bizarre : il y aurait maintenant un problème de "libération des Noirs" ?

comment pourraient-il soutenir en France leurs contradictions flagrantes dans un débat cartes sur table, dans les quartiers populaires, par exemple ?

en vérité, je n'exagère pas en disant qu'ils se présentent comme l'ultragauche de l'idéologie française, et si l'on ne se préoccupe pas trop de leur marginalité pour revenir à ce qui se passe dans ce pays, l'on voit bien la profondeur et la gravité de l'enracinement profond de ces idées nauséabondes dans tout le champ politique et toutes les couches sociales de la société française

l'enjeu qu'une parole communiste tranche avec tout ça est donc énorme, puisqu'il y va de la possibilité de faire vivre un espoir révolutionnaire. C'est en ce sens que je me suis réjouis des thèses et du contact pris avec Ana Cecilia Dinerstein, sociologue et militante argentine qui a théorisé un "marxisme décolonial" (actualités de la pensée décoloniale 31 janvier), qui reprend justement "le principe espérance" de Ernst Bloch, et du fait que certains théoriciens du PIR s'intéressent aussi aux marxismes noirs, aux mêmes groupes auquel fait référence dndf

quand j'ai ouvert ce sujet, je rappelais une question posée en novembre, quand dndf a relayé, après les attentats de novembre le texte de Saïd Bouamama, le vent va-t-il tourner chez les partisans de la communisation ?

même si trop peu en transparaît, les désaccords s'accentuent et le clivage apparaît plus nettement au sein de ce milieu. Tourner la page n'est pas facile pour Théorie Communiste s'ils veulent éviter la scission. Aujourd'hui même, prenons acte de cette provocation au débat, dndf diffuse d'autres textes sur la radicalisation de « la petite bourgeoisie noire (voire la grande) critiquant et dépassant la génération des Civics Rights », et le clip du rappeur Saïdou, « Nique la France », qui lui a valu un procès avec Saïd Bouamama. C'était chose impensable il y a quelques mois. Cf RYTHMES et COMMUNISATION : JAZZ & Black Music, IMPROVISATION, une matrice de la poétique révolutionnaire, improvisation collective, temps réel et création relationnelle


Soutien à Saïd Bouamama et à Saïdou Zep



franchir le pas : décolonial !

donc voilà, ça grouille, les choses bougent, avancent un peu mais il n'y a pas à tergiverser : la responsabilité d'un groupe théorique, c'est de jeter des pavés théoriques dans la mare aux embrouilles, pas de faire des ronds dans l'eau trouble

à mon avis, venir franchement et sans louvoyer, en communistes, sur le terrain de l'activité de luttes décoloniales contre l'idéologie française de l'État-nation et du capital, c'est la seule chance pour les théoriciens de la communisation en général, et Théorie communiste en particulier, de se refaire une santé, de regagner une crédibilité perdue dans les milieux où ils sont connus et de marquer des points dans le sens de liens organiques avec des luttes comme celles dont ils prennent l'exemple outre-Atlantique

désolé pour le remake, mais puisqu'Adé a pu passer le message à dndf, allons, tous ensemble dansons



en relation : critique communiste décoloniale de l'État-nation : de l'État ET de la nation / une urgence stratégique



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 15 Fév - 18:30


au présent, nous menons un combat communiste

Corinne Cerise a écrit:
Mais alors pourquoi disent-ils "c'est au présent que nous parlons de communisation" ? La relation avec la formule de l'Idéologie allemande me parait pour le coup "foireuse" et bien insuffisante.  

il faut replacer l'expression dans son contexte conjoncturel en 2012 : Roland Simon "répondait" alors à Bruno Astarian à qui il reprochait de faire de la communisation un « récit ». Ce fut tellement ambigüe qu'un certain nombre de groupes l'ont pris au pied de la lettre, se voyant déjà en train de « communiser leurs vies », et même leurs échanges économiques... TC n'a rien dit, c'est Dauvé qui a fait une mise au point : C’est déjà beaucoup (mise au point sur la communisation)

relevons que Francis Cousin s'exprime plus clairement :

Citation :
Le communisme est évidemment une réalité à venir, mais c’est au présent qu’il convient d’en parler car la communisation est déjà préparée dans les luttes actuelles chaque fois que le prolétariat se heurte à sa propre existence comme classe dans son action en tant que classe contre le Capital, à l’intérieur du rapport d’exploitation dans le cours même de ces luttes.

mais Cousin n'est qu'un symptôme, un révélateur. Espérons qu'avoir déconstruit sa manipulation textuelle de TC sera déclencheur, mais il n'y a aucun débat direct à générer avec ce genre de tricheur fascisant ou ceux du landerneau de la communisation qui leur servent la soupe théorique, serait-ce à leur insu

la théorie de la communisation retrouvera ses marques et une performativité en cessant de marcher à côté de ses pompes théoriques, et en gardant les pieds sur terre où nous l'avons renversée, comme Marx le faisait de Hegel ou Feuerbach : interpréter ne suffit pas et ne devient juste qu'en transformant le réel

toute la question est donc de savoir dans quelles situations par quelles luttes, à partir de quels limites qualitatives et de quels seuils quantitatifs, l'on peut voir des écarts, les formuler en terme de dépassements à produire dans des luttes immédiates, et par conséquent s'engager dans des activités communistes sans craindre de devenir ainsi des militants : elle pose la nécessité d'une juste analyse théorique du moment présent dans lequel nous sommes appelés à agir et penser en communistes conséquents*

* là encore, cela exige de dépasser le procès d'intention et la dénonciation malveillante du concurrent théorique comme potentiellement contre-révolutionnaire. R.S au sujet d'Astarian : « Merci patron... » ou « Patlotch ne l'a pas dit, mais... » Quand tout ce petit monde aura fini de jouer au plus con, et de se cacher derrière son petit doigt, on pourra peut-être espérer en sortir par le haut

retisser un en-commun de la communisation, cela ne se produira pas sur le seul terrain théorique. C'est dans le débat ouvert avec ceux dont j'ai posé les idées comme contribuant positivement à ces problématiques, et en liaison avec des luttes en France que l'on reconstituera des liens organiques luttes-pensées en prise sur les réalités, contre l'idéologie française qui, pour l'heure, tend plutôt à aggraver les conditions mêmes de nos combats communistes, chacun à son créneau...

cela concerne donc toute la situation chez nous dans le contexte de l'état d'urgence et de l'aggravation de la misère sociale dans la crise, pas des débats marginaux pour convaincre quelques individus d'ouvrir les yeux
. Ils ne le feront qu'en pensant par eux-mêmes et, s'inscrivant dans ces luttes, en s'appropriant de façon critique le cheminement depuis la rupture dans la théorie  de la révolution posée en janvier 2015

il nous faut tenir en permanence, dans les deux sens, la réciprocité entre communisme et décolonialités. Pour moi, le moment de prise en charge communiste de la question décoloniale est engagé, nous franchissons ici et maintenant le pas de l'étape suivante :


communisme décolonial => décolonial mais communiste

notre ligne générale et notre priorité, c'est de promouvoir le combat communiste au sein des luttes et de la pensée décoloniale, des alliances objectives avec d'autres qui le font ou sont prêts à l'entendre, contre l'eurocentrisme du marxisme français en général et du milieu de la communisation en particulier, que personne n'attendra : s'inscrire dans cette dynamique pour y porter l'effort théorique et politique, contre le réformisme décolonial, qui vient...


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 16 Fév - 16:15

note du 16 février 2016 : le titre du sujet

THÉORIE de la COMMUNISATION et CRITIQUE DÉCOLONIALE : tresser sans stress ni strass

devient
CRITIQUE DÉCOLONIALE et RÉVOLUTION COMMUNISTE : perspectives

la raison en est l'évolution du sujet conduisant à l'abandon de toute idée de "tressage" entre critique communiste décoloniale et "théorie de la communisation" au sens de ses théoriciens français. Ici, la "communisation" ne s'entendait plus qu'au sens de la visée d'une révolution communiste sans étape étatiste ou autogestionnaire. Les autres considérations communes à cette théorie ne concernent plus la démarche du communisme décolonial, entièrement située dans le moment présent de la double crise de l'Occident et du capital, ce qui implique une stratégie, des choix politiques et d'activités militantes, trois principes rejetés par le théoricisme eurocentriste qui caractérise la "théorie de la communisation", le tout participant de son unité et permettant de l'identifier, donc de nous en distinguer

la problématique a changé du tout au tout relativement à la période ou, transitoirement entre 2005 et 2012, j'ai participé aux réflexions de ce milieu théorique. Les apports de cette théorie, vu ses larges apories (rapports à la nature, individu et créativité humaine, poétique...) n'ayant qu'en faible proportion influencé notre théorisation, cette référence n'a plus lieu d'être, et ma démarche est désormais entièrement définie sur ses propres bases théoriques (cf SYNTHÈSE et LIGNE GÉNÉRALE : RÉSULTATS et REFORMULATIONS, conversations et problèmes)

la référence à la communisation est devenue un boulet théorique pour canons dogmatiques que nous préférons laisser à ses artificiers

soyons clair : aucun syncrétisme n'est possible entre théorie de la communisation et pensée décoloniale, parce que leurs approches sont globalement contradictoires du point de vue épistémologique

ce choix est donc aussi politique et conjoncturel : alors que la question dite "de la race" semble enfin posée sur la table de certains courants de cette théorie, il importe d'affirmer que nous ne goûterons pas à un pâté d'alouette décolonial avec un cheval d'une théorie de la communisation dont les contenus, les principes, la méthodologie et les pratiques vont à l'opposé

désormais, parlant de "théorie de la communisation", nous ferons référence à celle avec laquelle nous avons rompu. En conséquence et pour la clarté, un changement de titre général, révolution à la place de communisation, et des titres des sujets concernés



notre visée et notre ambition, c'est de remettre en selle la perspective d'une révolution communiste
en termes de luttes de masse,
et sa théorisation au cœur d'échanges avec ceux qui pensent la lutte de classe
comme décoloniale en termes de révolution de civilisation

PS : il est des moments où les ruptures sont plus décisives que les continuités :
« On se fait toujours des ennemis de ceux avec qui on rompt sans ménagement. » Madeleine de Puisieux Réflexions et pensées 1798 (ici)

en relation : pour une RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 18 Fév - 16:09


Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément


Nicolas Boileau, L'art poétique, 1674

complété et mis à jour le 21 février

Corinne Cerise a écrit:
J'ai vu que le forum était en pleine effervescence. Vous avez renommé la rubrique "THÉORIE de la COMMUNISATION et CRITIQUE DÉCOLONIALE : tresser sans stress ni strass" en "CRITIQUE DÉCOLONIALE et RÉVOLUTION COMMUNISTE : perspectives."

Avec une prise de position très forte :


Patlotch a écrit:
soyons clair : aucun syncrétisme n'est possible entre théorie de la communisation et pensée décoloniale, parce que leurs approches sont globalement contradictoires du point de vue épistémologique [ajout : quant à savoir laquelle est plus à même d'engager des activités communistes, de classe, et une réflexion en ce sens, pour moi, il n'y a pas photo]

Patlotch a écrit:
c'est vrai  Basketball

Corinne Cerise a écrit:
Serait-ce après la coupure, la naissance d'un Manifeste ?

Patlotch a écrit:
pas vraiment, j'avais répondu à votre suggestion, ici : un LIVRE ? un MANIFESTE ? de qui pour quoi ?
Manifeste : l'éternel détour ? / le moment n'est pas venu d'écrire un Manifeste...

voir la suite de cette discussion dans le sujet un LIVRE ? un MANIFESTE ? de qui pour quoi ?

ma rupture ne s'est pas accentuée, mais je ne pouvais pas le voir n'ayant pas tiré de mes avancées toutes les conséquences. À vrai dire, il y a plus d'inconvénients que d'avantages à conserver le mot "communisation". J'en prends acte aujourd'hui et le pose comme un enjeu de clarté : pour la compréhension de mes positions, pour les théoriciens et "partisans" de la communisation, et pour les autres intéressé.e.s par ces débats au-delà d'une joute interne à ce milieu

j'ai constaté que ce n'est pas compris, et j'ai aussi affaire à ceux qui m'assimilent aux "communisateurs", ce qui n'est plus acceptable, ni même logique et ça c'est de ma faute. Par exemple dans ce "débat" sur Indymédia , ou à propos de Cousin, qui n'est qu'un symptôme, l'essentiel étant la critique de l'eurocentrisme et le concept d'idéologie française, difficilement compréhensibles si l'on essaye de les comprendre du point de vue interne de la théorie de la communisation, dont cela remet en cause une bonne part des thèses : leur théorie ne peut pas comprendre ma théorisation. C'est comme ça, et je ne peux pas faire le chemin à leur place

à vrai dire je trouve la théorie de la communisation de plus en plus fausse en de multiples aspects qui font justement son unité, sa cohérence interne, sauf pour les fondamentaux de l'abolition du capital, mais là, ça frise la tautologie
: pour qu'il y ait un après-capitalisme, il faut des abolitions, mais sur leurs formes de production, on reste dans le récit, sur des bases étroitement économistes, et plus abstraites que parlant du présent en terme de processus dialectiques complexes des dépassements à produire, concept qui bouleverse toute l'approche théorique depuis Hegel et Marx. R.S l'a bien vu, qui m'avait envoyé en novembre de longues réflexions intéressantes au sujet de « contradictions, dépassement produit vs à produire, conjoncture... », mais très auto-référentielles à l'histoire de TC, et toujours dans l'incompréhension du rapport entre structure et histoire, et la stricte définition du capital autour des contradictions de classes et de genre, qui fait partie de son structuralisme et relève donc d'un problème épistémologique, de façon de penser le monde, et de discours de la méthode

« Je maintiens que la forme fondamentale du mode de production capitaliste
ne contient que la classe et le genre.
»


Roland Simon, novembre 2015

Roland Simon a écrit:
Ce qu’il faudrait éviter c’est de tomber dans la sorte de théorie invertébrée que promeut le dit « marxisme anglo-saxon » (il faut voir comment tous ces marxistes s’effondrent dans un immédiatisme démocrate et libéral dès qu’il s’agit de prendre position sur un phénomène ou une lutte actuels). Il me semble que tu flirtes parfois (dans les textes que tu signales) avec ce type de théorie. Malgré tes affirmations régulières de la « structure à dominante », il me semble que tu es souvent tenté de mettre toutes les déterminations au même plan [toujours aussi rigoureux : sait-il lire ?] [...] ta réaction en février à mes propos sur les paysans et la propriété (que j’ai eu tort ou raison) me paraissent relever de ce « flirt ». Tu me parais balancer (sans synthèse) entre historicisme et structure, prendre le « capitalisme historique » pour la structure tout en parlant de « structure à dominante », faire le grand écart entre Althusser et Gramsci (ou Wallerstein pour être plus actuel).

Je maintiens que la forme fondamentale du mode de production capitaliste ne contient que la classe et le genre (cf Tel Quel dans TC 24 où je m’explique sur la race) [sic, vu la pauvreté de ces quelques lignes, on comparera avec les approches des "racisés" sur la question depuis plus d'un siècle, y compris des marxistes, et sans parler aujourd'hui des apports incontournables de la pensée décoloniale, totalement ignorés par RS. Oui, je dis R.S esprit blanc supérieur, négationniste donc raciste, et les racistes, je les combats]. Que la détermination de la forme fondamentale ne puisse exister que surdéterminée ne signifie pas que les surdéterminations sont identiques à la détermination. [ce n'est pas le problème, parce que ça c'est encore du grand mécano structuralo-hégelien, même pas la "méthode dialectique" de Marx]

Toute la difficulté consiste à renverser la relation entre contradiction et dépassement. Dans la dialectique hégélienne et très souvent chez Marx la contradiction dans un fini particulier n'est qu'un moment du « développement ». Au lieu de créer, il est créé. On pourrait dire que le concept de « dépassement produit » accentue cette téléologie en ce qu’il met dans la contradiction la forme et le contenu de son dépassement, mais en même temps il historicise ce dépassement, il en fait par là une production réelle. Il signale la sortie, mais comme dirait Althusser (entre nous il n’est pas interdit de le citer), c’est un « concept demi-solde » il n’est pas sorti de la sortie.
[...]
ton changement de formulation passant de « dépassement produit » à « dépassement à produire » est important (à condition de préciser ce « à produire » - activisme, interventionnisme, etc. -)
[...]
J’en suis à me demander si dire que la contradiction contient son dépassement (même « dépassement produit ») est possible sans introduire dans la contradiction une téléologie, c’est-à-dire sans faire des particuliers des autodéterminations du tout. « Dépassement à produire » dans la formulation paraît dépasser la question, mais pose toutes sortes de problèmes redoutables.

à la plupart des questions de R.S, j'ai depuis des mois avancé mes réponses ou ouvert les problématiques bien plus loin qu'il ne le fait, et je l'ai depuis cet échange exposé plus clairement dans SYNTHÈSE et LIGNE GÉNÉRALE : RÉSULTATS et REFORMULATIONS, conversations et problèmes. Je l'ai fait dans la mesure où cela concerne toute la théorisation communiste et décoloniale, pas seulement les contradictions internes de TC, mais je ne l'ai pas fait dans la formulation théorique qu'attend R.S, ce qui lui fait dire que je n'ai pas d'arguments théoriques [sic]. C'est très différent : je n'ai pas la même conception que lui du travail théorique, de l'argumentation et de son exposition, et sa conception, je l'ai démontée depuis des années : c'est réglé, il n'y a pas à y revenir avant qu'on me démontre mes erreurs. En attendant, je fais confiance à ma lectorate pour penser par elle-même sans besoin des qualités "didactiques" de RS/TC

il faudra attendre la sortie de ce texte de R.S, qui n'est pas définitif, et appelé à évoluer, mais le problème, c'est qu'il relève entièrement de la tradition philosophique occidentale, de sa méthodologie et de son épistémologie, même tempérée par la coupure marxienne (Marx est Marx, et Simon Roland...), et ça, c'est le point aveugle, le problème dans la question, qui rend toute discussion impossible : Roland Simon croit discuter avec moi, alors qu'il sur-interprète et comprend de travers

depuis son esprit conceptualiste et sa façon de lire Marx et tous les autres, R.S n'a rien compris à ma méthodologie de la complexité dialectique que j'ai pourtant détaillée, et mise en œuvre dans ce forum pour qui sait lire. Il ne comprend pas comment j'intègre dans ma pensée des penseurs dont tel concept inspire ma réflexion sans pour autant que le sens chez moi soit strictement le même que chez eux : c'est justement le cas de "structure à dominante" d'Althusser et je l'ai expliqué : qu'est-ce qui domine quoi ? On ne peut pas articuler structures et histoire en refusant de sortir du structuralisme. Là est toute le problème de TC, et si le concept de "conjoncture" assouplit un peu le modèle, le schéma, il demeure à un niveau d'abstraction sans intérêt aujourd'hui, puisque R.S ne s'en sert pas en liaison avec la "structure of feeling" (Raymond Williams), qui suppose de prendre en compte concrètement ce qui bouge, en termes d'idéologie, du point de vue sociétal-culturel, par exemple comme je l'ai fait depuis janvier 2015 dans le long feuilleton sur l'idéologie française

c'est une chose impossible à faire en conservant la double contradiction classe-genre comme définissant strictement le capitalisme, et dans l'approche réductionniste, socio-politico-économiste-sociale de TC. Ramon Grosfoguel met en cause ce marxisme-, de la stricte critique de l'économie politique*, du point de vue décolonial, et j'ai donné des textes de réflexions actuelles de marxistes sur ces questions (cf revue Période Pour une critique radicale de l’eurocentrisme : entretien avec Alexander Anievas et Kerem Nisancioglu... Le débat est donc loin d'être seulement avec moi, ou de s'arrêter aux références marxistes de R.S, parce que oui, on peut dire que là, Théorie Communiste est "marxiste-orthodoxe", et marxiste au sens où Marx disait ne pas l'être

* qu'on ne vienne pas prétendre qu'à l'inverse que je la négligerait : CLASSES et CAPITAL : comme 'ÉCONOMIE POLITIQUE', pas de 'CAPITALISME' sans EXPLOITATION du PROLÉTARIAT

c'est comme ça que je conçois une pensée vivante et articulée en cohérence, et c'est même pour tout dire depuis toujours le travail des philosophes. C'est pourquoi je peux utiliser Glissant, Meschonnic, Legendre aussi bien que Marx ou Althusser et des théoriciens décoloniaux, bref faire un vrai travail de pensée créative pour une vision du monde globale, pas à la manière d'un bricolage de professeur de philosophie ou de potache en mal d'imagination

« Les philosophes écrivent pour les professeurs ; les penseurs pour les écrivains.»
Cioran, Ébauches de vertige, Écartèlement en 1979, œuvres complètes Gallimard, page 1445

R.S me parle de tous les autres théoriciens de la dialectique, de Marx à Adorno, Sartre, Merleau-Ponty*, Castoriadis, Althusser, un vrai cours de philosophie franco-allemande des années 60-70 *, et de Chris Arthur, concernant son débat avec les Anglais de Endnotes, passant à la trappe Stuart Hall et Raymond Williams. RS me parle comme globalement réformiste d'un "marxisme anglo-saxon", fourre-tout facile puisqu'il ignore autant que les marxistes du NPA et du PCF ceux dont je parle : je "flirterais" avec ce à quoi je ne me réfère pas ou seulement pour le critiquer. En vérité, Roland Simon, qui ironisait il y a quelques années, « Ah bon, il y a des marxistes aux États-Unis ? », ignore l'essentiel de la pensée marxiste non européenne, qu'elle soit de l'Amérique noire ou latino du Nord ou du Sud, de l'Inde ou de l'Afrique

* on mesure que Théorie Communiste a pris un sacré coup de vieux à l'importance qu'il accorde encore dans des textes récents à la « querelle de l'humanisme » des années 60 et 70. Voir ici, avec Balibar, universalismes bourgeois, humaniste, et prolétarien
Étienne Balibar a écrit:
« Les argumentations croisées de Bloch et Althusser revêtent une intérêt particulier pour nous au moment où les débats concernant l'universalisme dans ses grandes figures (y compris, bien entendu, l'universalisme d'un projet socialiste ou ... différentes figures (non seulement l'universalisme bourgeois ou prolétarien mais l'universalisme planétaire, « post-colonial » ou l'universalisme de « genre ») tendent à remplacer en philosophie la « querelle de l'humanisme » telle qu'elle fut menée à l'intérieur et à l'extérieur des cercles marxistes dans les années 60 et 70. »

La philosophie de Marx Étienne Balibar 2001

** voir dans les années 50 les textes de Franz Fanon en relation avec Sartre et Merleau-Ponty, et les études depuis sur le sujet


R.S se garde de critiquer ma méthodologie, il n'y répond pas, mais me balance 24 pages d'un brouillon pour le futur TC25 agrémenté de quelques remarques me concernant, mais rapportant tout à ses obsessions de malade du concept. Résultat, il parle tout seul, comme à son habitude, et de plus étroitement rivé à l'histoire de la théorie marxiste, strictement européenne de surcroît. C'est un dialogue avec un sourd ! J'ai passé des centaines d'heures sur TC pour y comprendre quelque chose (c'est réputé très "didactique"...), et j'attends de ne pas être traité en serpillère par Messieur le professeur français. Quel est l'enjeu ? Pour R.S, ne pas perdre les fidèles lecteurs de la revue Théorie Communiste ? Pour moi, faire respecter mes idées. Pour tous les autres, y trouver de quoi nourrir leurs propres pensées

j'ai déjà dit que pour nous, le combat de classe, le combat communiste, ce n'est pas le Kampfplatz de la philosophie, et il me faudrait moi devenir théoriciste, ou même théoricien à leur manière ? JAMAIS !



d'une part donc, les conditions d'un dialogue avec ce milieu "de la communisation" ne sont pas créées, et de plus, vu sa marginalité ça n'a qu'un très faible intérêt d'insister, c'est même contre-productif pour la compréhension par d'autres... Donc voilà, qu'ils se débrouillent pour sortir de leur impasse merdique, qu'ils fassent leur examen de conscience et leur autocritique. Il est vrai que si certains ténors du milieu "basculaient", ce pourrait avoir un certain poids dans la post-ultragauche, intérêt très relatif, mais peut-être pour les débats dans le marxisme français, s'ils en payent le prix : l'humilité et l'acceptation de discussions argumentées d'égal à égal. Mais ils ne le peuvent pas sans remettre en cause l'essentiel de leurs thèses et meurs pratiques sectaires. On ne va pas les attendre

à mon tour de dire : « la théorie de la communisation, combien de divisions ? »* parce qu'en vérité, même si je ne suis pas repris par d'autres, chacun peut constater que je suis moins isolé théoriquement que ce milieu, si l'on ne se laisse pas impressionner par la bande de perroquets européens virtuels qui se contentent de traduire les textes entre eux, sans le moindre commentaire critique : le contraire d'un potlatch, même entre eux ! Franchement, je préfère me sentir partie prenante d'un travail collectif, même indirect et sans compromis, que d'être traité par le mépris depuis des années que je leur tends des perches sans le moindre écho, voire la censure par ce milieu, ou comme on dit : pisser dans un violon !

* en gros le sens compris en 2008 par R.S pour engager TC dans Sic, revue internationale pour la communisation, malgré mon désaccord et la présence des "activistes" à la Denis de Mattis, « leader objectif dans le milieu anarchiste de gauche », dixit BL/Bernard Lyon/TC/Théorie communiste : la définition même de l'opportunisme politicien pour exister comme "la théorie adéquate à l'époque", et des "pratiques théoriques" contredisant les choix théoriques donc idéologiques, politiques et militants réels : Roland Simon qui alerte (qui ?) avec « à condition de préciser ce « à produire » - activisme, interventionnisme, etc. -», c'est l'hôpital qui se fout de la charité. Ils n'arrêtent pas de faire des conneries mais voudraient en prévenir et prémunir le monde entier

registre de «l'invective»
affraid
Patlotch a écrit:
le communisme n'a pas besoin de pareils clowns : Roland Simon est un Don Quichotte qui brasse son manque de ventilation, de vent mondial et de moulin des luttes. Ces mecs sont des irresponsables qui n'assument rien des effets pervers de leurs discours auto-centrés imbus d'eux-mêmes, et se défilent en permanence : ultra-gauchisme de la pureté révolutionnaire oblige ? Tout ça pour être copié-collé par des cousins fachos ?

leur concept même de communisation, ils en sont les pires déglingueurs, la queue entre les jambes, pour autant qu'ils aient "des couilles"




d'autre part, laissant cet aspect marginal de côté, plus j'avance plus je vois que je ne suis pas prêt pour une synthèse de mes positions. Il y a trop d'incertitudes et pas assez d'événements, qui viendront tôt ou tard bousculer la situation et sa compréhension. Il sera alors temps de mesurer la pertinence de ma démarche, et éventuellement d'intervenir... Personne ne m'attend non plus, et c'est très bien comme ça

voilà, j'espère que c'est plus clair comme ça  

scratch

PS : Roland Simon peut faire mine de me "répondre" (on verra TC25) mais ça n'intéressera plus désormais que les adeptes de sa dialectique poussiéreuse et de sa rhétorique selon ses capacités et donc son honnêteté intellectuelles : il n'y a pas que le statut de Lénine à renverser, pour la "décommunisation" de la communisation



en France, les fachos ne renversent pas Roland Simon
comme Lénine en Ukraine,
il l'utilisent dans le texte : tel quel




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 18 Fév - 19:16


le racisme universel blanc, du gouvernement français à l'ultragauche marxiste et anarchiste

idéologie française du racisme structurel français, nous voilà !

une même absence des "autres" dans l'universalisme prolétarien ou humaniste, de Théorie Communiste et Temps Critiques à la propagande politique de groupes anarchistes et post-ultragauches, sans rupture de continuité avec le sionisme et les identitaires "de souche" à l'extrême-droite :

ces théoriciens français fournissent des justifications théoriques à la mouvance post-ultragauche anarchisante *, anti-autoritaire et autres "totos", tout en en critiquant "l'activisme" et "l'interventionnisme", comme si eux n'intervenaient pas...

* il est bien connu que les anarchistes en général ne sont pas très portés sur la théorie, sauf références à leurs maîtres anciens

ce qui portait dans la décennie 2000-2010 sur le rapport théorie-pratique dans des luttes en Europe (France, Grèce, Angleterre...), sans considération de "race", s'est massivement déplacé depuis janvier 2015 dans le sillage de l'idéologie française, idéologie du racisme d'État et du capitalisme euro-occidental en crise

que des thèses d'ultragauche aient pu alimenter, à quarante ans d'intervalles, des thèses négationnistes comme renversées des «Juifs» aux «musulmans», n'a rien d'étonnant, mais il faut remarquer que le négationnisme du génocide des juifs par les nazis allait à contre-courant de l'idéologie démocratique et antifasciste occidentale, alors que le négationnisme eurocentriste actuel de la question raciale autour de l'Islam, par la post-ultragauche anarchisante, surfe sur l'idéologie dominante française anti-«musulmans» : qu'ils soient théoriciens "communistes", "partisans de la communisation" ou militants extrêmes- et ultra-gauchistes, leurs discours et parfois leurs actes sont plus proches des flics, des sionistes et de l'Etat français que des luttes décoloniales et même des luttes des prolétaires d'en-bas

rien d'étonnant vu la composition et les origines sociales, "raciales" ou religieuses de ces groupes :

comme se couchent, couches moyennes font leur lie

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 18 Fév - 23:00


génération bourrins du marxisme français

pour le dire comme je le pense, on a toute une génération 60-68-70-tarde de sous philosophes et historiens marxistes français du genre formés par l'École normale supérieure et servant la soupe théorique à leur parti, ou non-parti : Lucien Sève, Roger Martelli, Yvon Quiniou côté PCF, Daniel Bensaïd, Jacques Bidet et Alain Bihr côté LCR... Roland Simon en version communisation, et Jacques Wajnsztejn en version révolution humaniste, en sont en miroir l'exemplarité pour la post-ultragauche à balle dans le pied

quelque part ces types (tous professeurs appointés par l'État français) sont les plus mauvais des leurs, les plus nuisibles des leurres, mais ils ne le savent pas plus que leurs adeptes, qui les font exister

aujourd'hui les seconds couteaux fleurissent en version EHESS (Philippe Corcuff, Léon de Mattis...)

ils ont à voir entre eux, loin de nous. Ils ont pu et peuvent dire une chose ou son contraire, ça n'a aucune espèce d'importance, aucun effet dans les luttes qui comptent pour la bonne raison que

vu d'en bas, ça vole pas haut



ne pas confondre avec le col de l'utérus

bourrin, définitions
wiktionnaire a écrit:
Étymologie : de bourrique avec substitution de suffixe par -in...

1. (Ouest de la France) Âne

2. (Familier) (Souvent péjoratif) Cheval. « Vite, nous apprenions à prendre un prudent recul lorsque quelque charmant bourrin, arrêté au trottoir, venait, en cataracte, à soulager sa vessie.» — Albert Simonin, Confession d’un enfant de la Chapelle [voir pisse-copie, moine copiste et moine soldat]

3. (Familier) (Péjoratif) Personne manquant de finesse dans une activité, utilisant la force physique avant la technique [cela vaut aussi pour la force cérébrale et son impuissance physique]

Quand on est en carte
Et qu’on d’vient trop tarte
C’est pas choucard pour l’osier
En six marquotins
Ce foutu bourrin
Pouvait plus faire un lacsé

— (Boris Vian, Ballade de la chnouf, 1957)

« Il court vite mais c’est un bourrin, ne compte pas sur lui pour construire du beau jeu ! »
[contruire un beau jeu n'est pas affaire de tricheurs]

4. (Argot policier) Policier, en particulier inspecteur des mœurs. Le quartier grouillait de bourrins, on ne s’est pas attardés ! [sic...]

5. (Argot) Homme ou femme facile sur le plan sexuel. « Et tu roulais des yeux blancs vers ta Clémence… Ah ! le terrible bourrin qui s’appuyait des régiments.» Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, p. 13) [les hommes qui s'étendent sur le "genre" sont généralement peu instruits en matière de sexe et d'amour]

6. (Familier) Cheval-vapeur ou cheval fiscal d’un véhicule à moteur. Ma voiture, elle tape les cent-trente bourrins à l’aise [alors que le cycle de lutte n'a pas besoin de moteur pour tourner en rond]


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 19 Fév - 8:05


communisme : la fin d'un cycle théorique 1)

collectivisme, communisation, décomposition, putréfaction...


la vision universaliste de la révolution, à titre humain ou prolétarien, a plus à voir qu'elle ne pense avec le collectivisme stalinien

nulle part elles ne respectent deux principes simples posés par Marx, classiques du mouvement ouvrier révolutionnaire : « l'émancipation de la classe ouvrière doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes » et « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous », principes qui peuvent être étendus à toutes bases d'oppression dont on se libère : femme, race, classe !

ces principes marxiens sont fondamentalement incompatibles avec une idée de l'« immédiateté sociale des individus » produite au plan mondial dans un processus où 'le prolétariat trouve son unité en absorbant tous les récalcitrants pour s'abolir en tant que classe avec les autres classes' (Théorie Communiste)

malgré leurs raffinements dialectico-philosophiques entre généralités, particularités et singularités, ces théories infantiles et séniles de la révolution n'ont aucune pensée concrète des individus en rapport à la classe, aucune idée du dépassement de l'individu du capital en individualité communiste

qu'un néo-fasciste puisse s'emparer des thèses de Théorie Communiste sur la communisation est un symptôme de la putréfaction du concept et de son utilisation possible dans l'idéologie française du capitalisme et du racisme structurel d'État, n'en déplaise ici à Francis Cousin, et seule la critique décoloniale de l'eurocentrisme qu'ils ont en commun permet de revenir à une saine conception du communisme

à tous points de vue, la vision décoloniale pluriverselle de communismes au pluriel est plus adéquate à la pensée de Marx comme à l'idée que tout un chacun peut se faire d'une émancipation humaine pour tous, qui tranche avec toutes ces pratiques théoriques ou activistes de la pureté révolutionnaire

en fait, ces philosophes français attardés pensent la révolution en ayant en tête, et rivées au corps de fait toutes les catégories bourgeoises : comment pouvaient-ils s'avérer, dans la crise qui remet en cause leurs certitudes révolutionnaires, comme autre chose que concrètement réactionnaires, comme on le constate aujourd'hui ?

Frantz Fanon a écrit:
L'aliénation intellectuelle est une création de la société bourgeoise. Et j'appelle société bourgeoise toute société qui se sclérose dans des formes déterminées, interdisant toute évolution, toute marche, tout progrès, toute découverte.

J'appelle société bourgeoise une société close où il ne fait pas bon vivre, où l'ai est pourri, les idées et les gens en putréfactions.

Et je crois qu'un homme qui prend position contre cette mort est en un sens un révolutionnaire
.


En guise de conclusion. Peau noire, masques blancs 1952

telle est mon expérience : les milieux post-ultragauche sont une telle « société close où il ne fait pas bon vivre, où l'air est pourri, les idées et les gens en putréfactions »

R.S m'écrit « on est semblable à toi ou on est un pourriture... ». Je ne demande à personne d'être semblable à moi, mais c'est vrai, je considère Roland Simon comme une pourriture intellectuelle, et Théorie Communiste en putréfaction contre-révolutionnaire dans ce qui apparaît comme la décomposition de la théorie de la communisation et du milieu politique qui l'a portée

nous n'assistons pas à une « pétrification », même « partielle, de la lutte de classe » (Endnotes#4), mais à sa mutation dans la double crise de l'Occident et du capital. Ce qui est pétrifié ce sont toutes les théories communistes eurocentristes, qui appartiennent aux cycles prolétariens du programmatisme ouvrier et de sa décomposition en post-programmatisme de la communisation
.


Dernière édition par Patlotch le Ven 19 Fév - 15:35, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 19 Fév - 8:49


la fin d'un cycle théorique européen 2)

et le début d'un paradigme mondial : décolonial


nous avons assisté à la fin d'un cycle théorique, ce qu'envisageait Karl Nesic en 2012 dans Deux ou trois raisons de ne pas désespérer : « La publication en 2011 de Communisation a peut-être achevé un cycle. » Il est étrange que Gilles Dauvé, ou Vosstanie, dans leurs hommages à l'occasion de sa disparition en janvier dernier, ne se réfèrent pas à ce texte, en quelque sorte son testament théorique, mais aux idées qu'il développait encore dans les années 1990

Karl Nesic a écrit:
Vouloir prendre à bras le corps la compréhension réelle de ce monde, ou au moins s’y essayer en évitant par exemple de répéter les mêmes généralités entendus depuis des années et déjà fausses en 1975, conduirait obligatoirement à la mise en cause de quelques certitudes, et je ne pense pas les communisateurs capables de cet exercice.

à ma connaissance, ce texte de Karl Nesic n'a été discuté nulle part hormis sur mon blog, où j'ai indiqué en quoi je le trouvais pertinent et limité dans sa critique même, chez les "communisateurs", d'« un européocentrisme qui n’ose pas dire son nom »

la fin de ce cycle du communisme théorique a commencé par son début même « en 1975 », en pleine période où le théoricisme était paradigmatique dans tous les domaines de la culture et des arts : une poignée d'intellectuels ont éprouvé le besoin de forger une nouvelle "théorie de la révolution" : cf son écriture par Théorie Communiste comme nécessité dans Rupture dans la théorie de la Révolution - Textes 1965-1975 (2004), qui sélectionne dans l'histoire de la théorie communiste de quoi déboucher logiquement sur les thèses de Théorie Communiste, comme Roland Simon le fera encore avec Histoire critique de l'ultragauche (2009-2015)

cela explique pourquoi Roland Simon, pour exister théoriquement, n'a jamais pu que tricher avec tous « les plus proches » (sic) qu'il a critiqués, ceci depuis le début des années 70, contre Henri Simon à la fin de ICO, Informations et correspondances ouvrières. La liste est longue de ceux qui savent que « pourriture intellectuelle » a un sens bien au-delà de « l'invective », et que le plus injurieux n'est pas celui qu'il montre du doigt sans regarder la lune ni la poutre dans son œil de singe de la sagesse : un théoricien et une théorie qui trichent n'ont plus au bout des dé-comptes que valeur narcissique, c'est comme ça

la théorie de la communisation peut donc être rétrospectivement comprise comme un produit marginal de la « décomposition du programmatisme ouvrier » et de la « restructuration du capital », mais sa nécessité idéologique n'aura pas dépassé la frustration psychologique, le manque de communisme, de quelques dizaines d'intellectuels blancs européens. Cette théorie de la révolution est sans doute la seule qui, de toute l'histoire des idées communistes depuis la Révolution française, n'aura eu aucune effectivité, aucune influence dans aucune lutte. Alors que les formules national-populistes de Georges Marchais peuvent encore logiquement inspirer le Front national, il n'est pas moins logique que celles de Roland Simon inspirent un théoricien de la nouvelle droite identitaire européenne

le paradigme décolonial est d'une toute autre ampleur, ancré dans une histoire qui n'est pas celle de quelques groupes en marge dans le mouvement ouvrier* pendant un demi-siècle, mais de millions voire de milliards d'individus colonisés dans le monde, une histoire de cinq siècles, celle de leur luttes inséparables de leurs pensées formulées par leurs théoriciens, dont certains marxistes, ignorés de la théorie de la communisation

* je ne confonds pas les révolutionnaires conseillistes avec les théoriciens post-ultragauche qui les ont critiqués en vrac comme idéologues du programmatisme. Cf mes réflexions autocritiques relatives à Henri Simon, d'ICO à Échanges, ici le 17 janvier, ou la discussion entre 2004 et 2007 « Rupture dans la théorie de la révolution. Textes 1965-1975 ». Note de lecture et discussion. Mondialisme.org


un pape islamo-gauchiste et communautariste ?

ce paradigme décolonial est plus comparable au paradigme communiste en général ou même au paradigme chrétien, ce qui s'entend jusque dans les discours du pape François au Mexique, le premier pape non européen depuis 11 siècles : un pape décolonial ? Et le prolétariat dans tout ça ? "Le pape dénonce les « esclavagistes d’aujourd’hui » et « l’exploitation des employés comme s’ils étaient des objets à utiliser et à jeter » « Le profit et le capital ne sont pas au-dessus de l'homme » « le pape défend l’environnement et les indigènes »..."


et le communisme dans tout ça ?

c'est dans la fin du cycle théorique prolétarien et post-prolétarien, dominé par le marxisme européen, que nous posons à nouveaux frais la question communiste comme réellement mondiale et pluriverselle, contre la vision universelle pour tous de quelques 'communistes' ou 'anarchistes' blancs européens issus des couches moyennes

il n'y a pas davantage d'unité dans le paradigme idéologique décolonial, au sens d'ensemble de luttes et d'idées portant une puissance hégémonique de subjectivation de masse, de puissance constituante pour le dire avec les mots de Toni Negri, ou de contre-hégémonie à l'idéologie capitaliste occidentale, qu'il n'y en avait dans le christianisme ou le communisme comme paradigme idéologique (ici sans connotation positive ou négative)

alors peut-être Corinne Cerise a-t-elle raison, ceci aurait valeur de manifeste communiste :

Citation :
notre ligne générale et notre priorité, c'est de promouvoir le combat communiste au sein des luttes et de la pensée décoloniale, des alliances objectives avec d'autres qui le font ou sont prêts à l'entendre, contre l'eurocentrisme du marxisme français en général et du milieu radical de la pureté révolutionnaire en particulier : s'inscrire dans cette dynamique pour y porter l'effort théorique et politique, contre le réformisme décolonial, qui vient...

notre visée et notre ambition, c'est de remettre en selle la perspective d'une révolution communiste en termes de luttes de masse, et sa théorisation au cœur d'échanges avec ceux qui pensent la lutte de classe comme décoloniale en termes de révolution de civilisation

.


Dernière édition par Patlotch le Ven 19 Fév - 12:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 19 Fév - 15:15


à propos de

démocratie et communisme


j'ai donné ailleurs mon point de vue sur le rapport entre communisme et démocratie, et sur l'amalgame entretenu par la post-ultragauche anticitoyenniste entre :

- d'une part la nécessaire critique de la démocratie politique, pendant de la critique de l'économie politique, constitutives ensemble du capitalisme comme mode de production étatique et sous-titre du Capital de Marx, et

- d'autre part la critique du concept de démocratie sans prise en compte de ce qu'il peut signifier en rapport avec celui de communisme



une fois encore, misère de l'autoréférence caractérisant le sectarisme de ce milieu, il faut absolument que les mots aient chez les autres la même signification que pour eux, réalité cruelle quand on passe à la traduction de concepts qui n'ont pas d'équivalents dans d'autres langues ou cultures *

* cf Pierre Legendre Le tour du monde des concepts

pour nous, trois choses sont claires :

1) la démocratie politique est constitutive de l'idéologie de l'État-nation pour le capitalisme, et de sa batterie de concepts critiqués par Marx dans ses œuvres de jeunesse : État, société civile et citoyenneté, et critique de la religion comme matrice de celle de l'idéologie, qui vaut naturellement pour la religion de l'État, qu'elle soit laïque ou athée n'y changeant rien

2) corollaire théorique : le renversement du capitalisme ne peut être entrepris sous la bannière de la démocratie politique

3) corollaire politique : dans la décomposition du programmatisme politique, la nécessaire critique de la démocratie radicale, ou du démocratisme radical et du citoyennisme, telle qu'entreprise par les théoriciens de la communisation

maintenant, la question peut se trouvée posée autrement :

1) qu'en est-il, dans la réalité d'aujourd'hui, de la démocratie politique comme forme de pouvoir d'État de tous les gouvernements du monde, à commencer par ceux qui s'en présentent comme les champions du monde et font la guerre aux autres pour leur imposer sa valeur universelle ? Peut-on se contenter de définir la dictature (le fascisme...) comme l'autre face étatique de la démocratie politique et par conséquent voir l'antifascisme de la même façon qu'après la seconde guerre mondiale ? Autrement dit, combattre la dictature qui est là, ou qui vient, signifie-t-il nécessairement approuver la démocratie politique, ou être démocrate radical ?

2) peut-on encore considérer le démocratisme radical comme une idéologie si vigoureuse qu'elle susciterait des luttes comme à la période de son apogée dans l'alter-mondialisme citoyen, à la fin des années 1990 et au début du XXIe siècle avant la crise de 2007 ?

3) comment caractériser les pouvoirs d'États actuels, entre populismes, souverainismes, et néo-fascismes de droite ou de gauche ?


je n'insiste pas concernant les deux premières questions, la crise et ses suites jusqu'à la situation actuelle, état d'urgence, guerre au terrorisme, les expériences européennes de Syrisa en Grèce ou ce qu'annonce Podemos en Espagne ont sans doute refroidi quelques ardeurs démocratiques dans le prolétariat, répondant mieux que toute argumentation théorique

quant à la troisième question, l'on voit bien que s'agiter contre le programmatisme ou le démocratisme radical ne concerne pas vraiment des masses de populations et ne passionne pas le prolétariat mondial. J'y vois surtout la sclérose théorique d'une théorie de la communisation qui croit pouvoir vivre sur ses acquis, au demeurant discutables

Karl Nesic a écrit:
Le  mouvement communisateur se trompe de période historique. Il commence d’ailleurs à être atteint de sclérose théorique, dont il ne se débarrassera ni aujourd’hui ni dans un avenir proche ou lointain, tant il est évident qu’il n’y est poussé par aucune réalité sociale.  

Et maintenant ? 2012

si rien ne montre que Karl Nesic aurait mieux compris la période historique que nous traversons, par contre il y a bel et bien une réalité sociale massive pour se débarrasser de cette sclérose, ce qui suppose de laisser pourrir ce qu'il en reste sous le nom de théorie de la communisation


critique décoloniale et démocratie politique

je n'ai pas étudié de près ce rapport, mais il me semble d'une façon générale que la pensée décoloniale ne se réfère pas au modèle de la démocratie politique et n'en fait pas un idéal à poursuivre, pas plus chez ses penseurs latino-américains que dans les mouvements décoloniaux français *. Elle ne saurait donc être critiquée sous cet angle, comme le laisse entendre l'affabulateur pepe sur son blog dndf. Voir le sujet critique communiste décoloniale de l'État-nation : de l'État ET de la nation

* en janvier 2005, dans l'Appel des Indigènes, à la création d'un mouvement, le MIR, qui ne se présentait pas encore comme un parti, le PIR, il est question de « la perspective d’un combat commun de tous les opprimés et exploités pour une démocratie sociale véritablement égalitaire et universelle ». À ça, on peut toujours opposer que le communisme n'est pas une société démocratique fondée sur l'égalité - et, selon ce qu'on y met, pourquoi pas ? -, parler en l'air d'immédiateté sociale des individus, évacuer les questions concrètes relative à la production de biens pour satisfaire des besoins vitaux... on n'aura là qu'une utopie négative pas très loin du nihilisme qu'on trouve parfois chez les purs révolutionnaires

toujours est-il que si jamais l'on observait quelque usage démocrate radical de la pensée ou de luttes décoloniales allant en ce sens, leur critique communiste s'imposerait, ce  que j'envisageais en août 2015 : des usages "réformistes" de la critique décoloniale


nous avons donc beaucoup de pain sur la planche théorique du communisme décolonial, raison de plus pour ne pas tirer sur les ambulances attardées dans le cycle théorique qui se referme, du programmatisme prolétarien, du démocratisme radical, du marxisme eurocentriste et de la communisation

toute la lutte de classe se pose au présent



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 19 Fév - 18:20

afin de poursuivre le décentrement du rapports entre critique décoloniale et théories communistes, relativement à la théorie de la communisation qui y est structurellement opposée en raison de son eurocentrisme congénital impossible à éradiquer sans mettre tout à plat, j'importe quelques textes ou références déjà vues ailleurs

le PIR n'étant pour Théorie Communiste qu'un « entrepreneur de racialisation », remarquons qu'en font partie des théoriciens pas moins connaisseurs de tous les marxismes...

ce texte de Selim Nadi, membre du PIR, présente un grand intérêt relativement à notre démarche, puisqu'il est un des premiers à croiser des références relevant du marxisme noir (WEB Dubois, CLR James, Roediger...) et de courants européens des années 60-70 : Althusser, Negri, l'anarcho-communisme et l'autonomie ouvrière... et ceci à travers une réelle expérience à la fois théorique et de luttes

plus qu'un frémissement donc, puisque de plusieurs lieux s'exprime la nécessité de croiser héritage marxiste au-delà de l'Europe et pensée décoloniale pour des luttes communistes et décoloniales


Race, classe et autonomie dans le marxisme étatsunien : l'expérience de la Sojourner Truth Organization (1969-1985) Selim Nadi, Contretemps 05/02/2016


Dans ce texte, Selim Nadi analyse l'expérience d'une organisation du mouvement ouvrier étatsunien – la Sojourner Truth Organization (STO) – afin de poser plus largement la question des implications stratégiques que peut avoir la prise en compte de la question raciale pour la gauche et le mouvement ouvrier.


Salim Nadi a écrit:
La STO trouve ses racines dans les mouvements qui ont suivi les années 1960. En novembre 1969, suite à l'éclatement de la Students for a Democratic Society (SDS), organisation phare de la New Left aux États-Unis, une dizaine de personnes commencèrent à se réunir régulièrement à Chicago afin de discuter de l'expérience politique acquise dans les années 1960 et du prochain cap à franchir. Nombre de ces militants avait fait partie de la faction RYM (Revolutionary Youth Movement) de la SDS, qui s'était opposée au Progressive Labor Party (PLP), l'aile ouvriériste de la SDS. Le RYM s'opposait surtout aux attaques du PLP contre les Việt Cộng et le Black Panther Party. La faiblesse principale du PLP semblait être son incapacité à saisir l'importance qu'avait la lutte contre le racisme tout comme la lutte anti-impérialiste, pour le mouvement ouvrier. De ces réunions naquit l'idée qu'il fallait se structurer soi-même en organisation politique : c'est ainsi que se créa la Sojourner Truth Organization (STO), du surnom (Sojourner Truth) donné à l'abolitionniste Isabella Baumfree (1797-1883).

L'expérience de la STO, qui ne fut pas une organisation très étendue, ne dura pas longtemps (1969-1986). Ce qui nous intéressera ici ne sera pas tant l'organisation en tant que telle mais plutôt le laboratoire théorique et politique qu’elle représentait. En effet, le legs politique et intellectuel de la STO fut incomparable à celui d'autres organisations de la gauche radicale étatsunienne. Cet article entend se pencher sur deux aspects de cette organisation : la réflexion quant au type d'organisation dont a besoin la gauche radicale étatsunienne (menée notamment par Don Hamerquist, ancien membre du Parti Communiste des États-Unis) et la théorisation du privilège blanc dans la lutte prolétarienne (théorisée notamment par Noël Ignatiev et Ted Allen – même si ce dernier ne fit jamais partie de la STO). Il ne s'agit pas simplement de décrire ce que fut la STO, mais plutôt comment sa théorie politique se heurta à d'importantes limites dans la pratique. Plus exactement : comment la réflexion organisationnelle de la STO a-t-elle barré le chemin à la mise en œuvre de la lutte anti-raciste de celle-ci.

La STO n'était donc pas à l'origine un parti de masse, et ne le fut jamais. Son but premier était de mener une réflexion en vue de proposer des réponses aux impasses théoriques et stratégiques dans lesquelles se trouvait la gauche radicale étatsunienne 1. Comme nous l'avons écrit plus haut, la STO trouve ses origines dans un meeting militant à Atlanta, en Novembre 1969. C'est à la fin de celui-ci que la STO fut formellement créée. Les deux priorités stratégiques de la STO furent d'organiser les ouvriers sur leurs lieux de travail et de faire du community organizing.

L'expérience de la STO n’a duré que vingt ans, mais elle connut de nombreux changements internes. Certaines constantes sur lesquelles nous nous arrêterons plus longuement sont cependant à noter. Outre le background théorique de la STO, nous nous appuierons également sur l'ouvrage de Michael Staudenmaier Truth and Revolution ainsi que sur les archives des publications de la STO.


Le prolétariat industriel comme principal sujet révolutionnaire

La STO plongeant ses racines dans la période post-1968, elle fut profondément influencée par les luttes ouvrières se déroulant sur les lieux de travail. Dans son ouvrage sur la STO, Staudenmaier considère que cette organisation a été principalement influencée par trois événements : la grève générale de mai-juin 1968 en France, l'« automne chaud » en Italie et les premiers succès des RUMs (Revolutionary Union Movements) et de la ligue des travailleurs noirs de Détroit.

Si bien évidemment, la grève ouvrière de 1968 en France eut une influence considérable sur la STO, c'est surtout celle de l'automne chaud italien (1969), et ses nombreuses grèves ouvrières dans le Nord de l'Italie qui fut décisive. A la fin des années 1960, l’Italie voit une recomposition majeure de la gauche radicale et notamment une prise de distance vis-à-vis de la gauche historique. Dans son ouvrage sur l'opéraïsme italien, À l'assaut du ciel, Steve Wright écrit que c'est seulement dans la seconde moitié de l'année 1968 que « les ouvriers qualifiés italiens montrèrent de quoi ils étaient capables comme force ouvrière en Italie » 2.

L'année 1969 vit la naissance des ouvriers qualifiés et semi-qualifiés comme sujets politiques en lien avec le mouvement étudiant italien. Staudenmaier écrit ainsi que l'automne chaud italien a surtout souligné l'importance de l'organisation des ouvriers hors des syndicats classiques, à travers notamment Potere Operaio et Lotta Continua. Ce qui inspira la STO fut cette prise de distance vis-à-vis de la vision classique du parti d'avant-garde ou des syndicats traditionnels sans pour autant délaisser l'organisation de la classe ouvrière. C'est en puisant dans l'expérience italienne que la STO allait proposer une nouvelle approche à l'organisation des ouvriers dans les usines.

Enfin, le troisième point majeur dans la fondation de la STO fut le développement des Revolutionary Union Movements (RUMs) et de la Ligue des travailleurs révolutionnaires noirs de Détroit 3. L'expérience de la Ligue de Détroit trouve ses racines dans le Dodge Revolutionary Union Movement (DRUM), une organisation d'ouvriers militants noirs, née à la suite des révoltes de Détroit en 1967. À la suite du DRUM, d'autres organisations d'ouvriers noirs virent le jour, partant du principe – comme en Italie – que les syndicats classiques n'étaient plus à la hauteur des enjeux actuels. Comme l'écrit Kieran Taylor, c'est surtout l'United Auto Workers (UAW) qui était visée, puisque celle-ci ne fit rien contre le racisme qui structurait les usines, reléguant la force de travail non-blanche aux tâches les plus dures, les plus dégradantes et les plus dangereuses4. C'est en 1969 que ces divers groupes se réunirent pour former la Ligue des travailleurs révolutionnaires noirs de Détroit qui entendait combattre le racisme dans les usines.

La question de l'organisation de la STO ne pouvait donc aller sans une compréhension du militantisme ouvrier d'alors. C'est surtout Don Hamerquist qui théorisa la stratégie révolutionnaire de la STO. En effet, la STO ne pouvait se contenter de prôner l'autonomie ouvrière en calquant le modèle italien sur le contexte étatsunien. Hamerquist mobilisa surtout le concept de conscience contradictoire que Gramsci développe dans le Cahier 11. En effet, dans son Anti-Boukharine, Gramsci explique qu'il existe deux consciences théoriques chez « l'homme de masse » : « l'une qui est contenue implicitement dans son action et qui l'unit réellement à tous ses collaborateurs dans la transformation pratique de la réalité, l'autre superficiellement explicite ou verbale, qu'il a héritée du passé et accueillie sans critique » 5.

Dans un article sur l'organisation politique de la classe ouvrière, publié en 1970, Don Hamerquist écrit que, sous le capitalisme, la classe ouvrière réellement existante « a deux conceptions du monde. La première étant essentiellement capitaliste. Celle-ci acceptant la propriété privée comme nécessaire » 6 permettant le maintien de la domination de la classe capitaliste et entraînant les ouvriers à se comporter comme si le capitalisme était éternel. Cependant, selon Hamerquist, bien que le manque d'autonomie et d'indépendance du prolétariat apparaissent comme « la norme », il souligne le fait qu'il existe des moments où celui-ci agit en tant « qu'unité organique, comme appartenant à une potentielle classe dirigeante, et démontre dans ce processus la ''propre conception du monde de sa classe, bien qu’embryonnaire'' » 7.

La question était donc de savoir comment faire passer les ouvriers à une unité organique. Hamerquist différencie bien la participation des ouvriers à des activités collectives hors de l'usine – « en tant que noirs ou originaires d'Amérique latine, que femmes, consommateurs, contribuables, étudiants, voire en tant que ''citoyens'' » 8 – de la construction d'une unité de classe. Selon lui, les activités collectives hors de l'usine, bien qu'étant composées d'ouvriers, au sens sociologique du terme, ne permettent pas le développement d'une conscience de classe, pouvant servir de sous-bassement à un véritable sujet révolutionnaire. Selon Hamerquist, l'unité de classe entre ouvriers ne peut se faire que sur le lieu le plus proche de leur rôle social de producteurs, donc à l'usine.

Michael Staudenmaier a raison de noter que dans le contexte étatsunien de l'époque une telle conception de la conscience de classe était assez originale en cela que la plupart des organisations de la gauche d'alors pensaient que la conscience de classe qui s'acquérait dans les luttes sur le lieu de travail ne pouvait être qu'une conscience de syndicalistes, donc de réformistes. Cependant, la STO ne s'opposait absolument pas à l'organisation des ouvriers sous la forme d'un parti politique. Ainsi, durant l'été 1978, suite à la défaite du P.C.F. lors des élections législatives françaises, la revue théorique de la STO Urgent Tasks publia la traduction de quatre textes qu'Althusser avait écrit en avril de la même année dans Le Monde, et dans lesquels il critique vigoureusement le PCF qu'il avait rejoint en 1948. Dans l'introduction de ce numéro, la STO assume sa lecture à rebours de celui qui fut trop souvent réduit au rôle de « philosophe officiel du PCF » 9. Dans ce texte, Althusser développe une analyse des errements du PCF et surtout de son isolement vis-à-vis de sa base sociale. Il écrit ainsi :


Althusser a écrit:
Dans la théorie et la tradition marxistes, ni l'unité du parti ni le parti lui-même ne sont une fin en soi. Le parti est l'organisation provisoire de la lutte de classe ouvrière

(…) qu'est-ce qui rend un parti vivant ? Son rapport vivant aux masses, à leurs combats, à leurs découvertes, à leurs problèmes, dans les grandes tendances qui traversent la lutte des classes 10.

Plutôt que de rejeter en bloc la « forme parti », la STO entendait redonner à celui-ci son utilité en en faisant l'élément organisationnel clé sur le lieu de travail des ouvriers. Quelques années auparavant, en 1971, la STO avait précisé son objectif à travers une brochure intitulée « Towards a Revolutionary Party ». Ce document commence par une affirmation claire qui différencie d'ailleurs la STO de nombre de groupuscules gauchistes de l'époque : « Bien qu'il soit sujet à des crises périodiques ainsi qu'à une dégénération progressive, le capitalisme ne s'effondrera pas. Il doit être renversé » 11, le pouvoir devant ainsi être conquis par la classe ouvrière, ce qui n'est pas possible tant que celle-ci ne se retrouve pas autour d'un programme révolutionnaire capable de l'unifier. En effet, la STO ne défendait aucunement une spontanéité ouvrière qui aurait abouti mécaniquement au renversement du capitalisme à force d’insurrections. Afin de ne pas sombrer dans le syndicalisme ouvrier, la STO développa l'idée qu'organiser les ouvriers dans les usines n'avait de sens qu'en tant que la lutte de ceux-ci pouvait trouver une matérialisation dans une organisation politique ne se contentant pas uniquement de réclamer des améliorations des conditions de travail. La STO alla même jusqu'à citer Que faire ? de Lénine :

Lénine a écrit:
(…) le développement spontané du mouvement ouvrier aboutit justement à le subordonner à l'idéologie bourgeoise, Il s'effectue justement selon le programme du Credo, car mouvement ouvrier spontané, c'est le trade-unionisme, la Nur-Gewerkschaftlerei; or le trade-unionisme, c'est justement l'asservissement idéologique des ouvriers par la bourgeoisie 12.

Toujours autour de cette réflexion stratégique quant à l'unité des ouvriers, la STO publia, un an plus tard (1972) un autre pamphlet Mass Organization At The Workplace ») dans lequel l'organisation allait développer un aspect essentiel de sa réflexion stratégique : la lutte contre le racisme.


La lutte anti-raciste comme point nodal de la stratégie ouvrière


Dans cette brochure, la STO critiqua fortement le syndicalisme d'alors (contract unionism), en cela qu’il consistait à accepter le contrat que passent le travailleur et sa direction, devenant ainsi le plus souvent partie intégrante de l'appareil disciplinaire du patron. Mais, la critique principale envers ce type de syndicalisme est qu'il maintenait la division entre ouvriers blancs et noirs, ainsi qu'entre ouvriers et ouvrières. En réservant les emplois les plus qualifiés aux ouvriers blancs – utilisant souvent les arguments de « l'ancienneté », des « compétences », etc. – les syndicats garantissaient un monopole de fait pour les ouvriers blancs quant aux meilleures conditions.

La thèse selon laquelle, pour garantir une unité effective – et pas uniquement rhétorique – des ouvriers, il faille lutter efficacement contre les privilèges statutaires des blancs, y compris ceux des prolétaires blancs, fut primordiale pour la STO dès sa création. C'est notamment le texte « Le point aveugle des blancs », publié deux ans avant la création de la STO par Ted Allen et Noël Ignatiev qui servira de sous-bassement théorique à cette thèse. Ce texte se compose d'une lettre d'Ignatiev – qui deviendra l'une des figures majeures de la STO – au Progressive Labour Party, suivi d'une réponse d'Allen. Ce texte est sans doute l'une des réalisations majeures d'un cadre de la STO en cela qu'il provoqua nombre de débats et de discussions dans divers cercles du mouvement ouvrier. Cette lettre part de la thèse que Marx développe dans le livre 1 du Capital selon laquelle « Le travail sous peau blanche ne peut s'émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri » 13 afin de développer l'importance de la lutte contre le « privilège blanc », ce que le marxiste noir étatsunien du début du XXème siècle WEB Du Bois nommait « le salaire de la blanchité ». Dans Black Reconstruction, Du Bois écrit que :

WEB Du Bois a écrit:
Il faut nous rappeler que les ouvriers blancs, bien que recevant de bas salaires recevaient une compensation en partie par une sorte de salaire public et psychologique 14.

Cette thèse sera reprise par Ignatiev et Allen, dans leur texte, à la différence que, pour ces-derniers, le « salaire de la blanchité » n'est pas qu'un salaire psychologique mais également un « vrai » salaire puisque la place qu'occupent les ouvriers blancs dans les rapports de production est directement déterminée par leur blanchité :

Ignatiev et Allen a écrit:
La classe dominante américaine a conclu un accord avec les dirigeants-traîtres de la classe ouvrière, et à travers eux avec la masse des travailleurs blancs. Les termes de cet accord, élaboré au cours des trois siècles de développement capitaliste dans notre pays, sont les suivants : vous, travailleurs blancs, nous aidez à conquérir le monde et à asservir la majorité non-blanche de la main d’œuvre mondiale, et en retour, nous allons vous réserver le monopole des emplois qualifiés, vous protéger contre les effets les plus sévères des crises économiques, vous donner un accès à la santé et à l’éducation plus important qu’aux populations non-blanches, vous garantir la liberté de dépenser votre argent et votre temps libre comme bon vous semble, sans restrictions sociales, permettre à quelques-uns d’entre vous de s’élever hors des rangs de la classe ouvrière et, de manière générale, vous accorder les privilèges matériels et spirituels dignes de votre peau blanche.

Il y a bien sûr des failles dans ce dispositif. Les contradictions entre des forces antagoniques ne peuvent se résoudre en dehors d’un processus révolutionnaire. La masse des travailleurs blancs produit de grandes quantités de valeur et il existe de ce fait une lutte incessante pour la répartition de cette valeur – dans les limites imposées par l’accord 15.

Ainsi, l'unité des prolétaires ne se fera pas sans une lutte effective contre les privilèges raciaux que le système capitaliste américain confère aux blancs :

Citation :
Les communistes (…) doivent aller vers les travailleurs blancs et leur dire franchement : vous devez renoncer aux privilèges que vous détenez actuellement, rejoindre les Noirs, les Portoricains et les autres travailleurs de couleur et combattre la suprématie blanche, cela doit être pour vous la tâche première, immédiate et la plus urgente de la classe ouvrière tout entière, en échange de quoi vous, avec le reste des travailleurs, recevrez tous les bénéfices qui viendront nécessairement récompenser une classe ouvrière (de différentes couleurs) qui combat main dans la main 16.

Bien que ce type d'argument puisse paraître quelque peu « mécaniste », ce texte fut essentiel pour la STO en cela qu'il fit de la lutte anti-raciste une priorité stratégique (et non plus un élément périphérique) de la lutte des classes. Au début des années 1980, suite au meurtre de Willie Turks, un homme noir assassiné par un groupe de blancs à Brooklyn, Mitchell Cohen, membre du Red Ballon Collective, groupuscule proche de la STO, fondé à la fin des années 1960, se revendiquant de l'anarcho-marxisme, écrivit dans la Tendency Newsletter de la STO qu'il ne suffisait plus d'aider les noirs à s'organiser en self-defense, de dénoncer la suprématie blanche ayant causé la mort de Turks. Selon Cohen, comme selon la plupart des membres ou des sympathisants de la STO, il fallait poser la question de la place spécifique qu'occupent les noirs dans les rapports de production. Il était bien évidemment essentiel de mettre en avant le rôle du système juridique dans le racisme étatsunien, mais il fallait également s'attaquer à l'exploitation spécifique dont les noirs font l'objet sur leurs lieux de travail. La réflexion autour de la mobilisation des ouvriers noirs passé notamment par la notion de « conscience dédoublée » (double consciousness) des noirs. Ce concept fut mobilisé pour la première fois dans un article que Du Bois publia en 1897, intitulé « Strivings of the Negro People », afin de décrire le fait que les noirs américains prennent nécessairement conscience d'eux-mêmes en tant que noirs et en tant qu'Américains, deux identités en tension. Il reprendra ce concept dans son essai Les âmes du peuple noir (1903) :

Du Bois a écrit:
Après l'Égyptien et l'Indien, le Grec et le Romain, le Teuton et le Mongol, le Noir est une sorte de septième fils, né avec un voile et doué de double vue dans ce monde américain – un monde qui ne lui concède aucune vraie conscience de soi, mais qui, au contraire, ne le laisse s'appréhender qu'à travers la révélation de l'autre monde. C'est une sensation bizarre, cette conscience dédoublée, ce sentiment de constamment se regarder par les yeux d'un autre, de mesurer son âme à l'aune d'un monde qui vous considère comme un spectacle, avec un amusement teinté de pitié méprisante. Chacun sent constamment sa nature double – un Américain, un Noir ; deux âmes, deux pensées, deux luttes irréconciliables ; deux idéaux en guerre dans un seul corps noir, que seule sa force inébranlable prévient de la déchirure 17.

Don Hamerquist repris à son compte le concept développé par Du Bois, en l'adaptant à la situation des années 1970, à travers la notion de « double conscience » (dual consciousness). En effet, la conscience contradictoire des ouvriers étatsuniens, qui fait cohabiter une Weltanschauung [vision du monde] capitaliste avec une Weltanschauung prolétarienne, ne peut s'appliquer comme telle sur les ouvriers noirs en cela que chez eux vient s'ajouter à la conscience ouvrière une conscience d'être noirs.

La STO jugeait primordial de soutenir l'organisation autonome des noirs. L'autonomie politique des noirs était un défi considérable aux ouvriers et révolutionnaires blancs ainsi qu'à leurs privilèges raciaux. Lorsque des noirs décidèrent donc de s'organiser de manière autonome, la STO ne vit absolument pas ceci comme du sectarisme ou un obstacle à l'unité du prolétariat mais au contraire comme un pas en avant vers une réelle unité de la classe ouvrière. De plus, la culture populaire noire était considérée par la STO, et notamment par Noël Ignatiev, comme représentant un véritable potentiel de résistance. En cela l'organisation était très clairement influencée par le marxiste trinidadien C.L.R. James qui écrivait en 1948 à propos des noirs américains (Negro people) :

C.L.R. James a écrit:
N'importe qui les connaissant, connaissant leur histoire, capable de leur parler intimement, de les regarder dans leurs propres productions théâtrales, de les regarder danser, de les voir dans leurs églises, de lire leur presse avec discernement, doit reconnaître que, bien que leur force sociale ne soit pas comparable avec celle d'un nombre équivalent d'ouvriers organisés, la haine de la société bourgeoise et la promptitude à détruire celle-ci lorsque l'opportunité se présentera, reste largement supérieure à celle de n'importe quel autre secteur de la population des États-Unis 18.

L'influence de James pour la STO mériterait un article à part, mais il est intéressant de noter que son influence ne se fit pas que sur la question noire, mais également sur celle du stalinisme. Noël Ignatiev, le théoricien majeur de la question du privilège blanc pour la STO (qui deviendra par la suite, un représentant, avec David Roediger, des whiteness studies), largement inspiré par l'œuvre de Du Bois et notamment par Black Reconstruction, commença à se détourner du stalinisme suite à une conférence de C.L.R James à Chicago. Comme le raconte Michael Staudenmaier :

Michael Staudenmaier a écrit:
James avait fait de l'opposition au stalinisme l'un des deux piliers de sa perspective politique, aux côtés de l'opposition à la suprématie blanche. Ignatiev était en accord avec cette dernière, et à la fin de la décennie il approuva de plus en plus le premier de ces deux piliers. Dès la fin de l'année 1969, il critiqua la Weathermann faction du SDS qui se référait positivement au rôle directeur de « Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao » 19.

Pour résumer, nous pourrions donc reprendre la caractérisation que fit David Roediger de la STO, dans son article « Accounting for the Wages of Whiteness », récemment traduit en français :

David Roediger a écrit:
La STO combinait de manière distinctive le léninisme, l'organisation ouvrière non-syndicale, une attraction envers les idées de race, classe et nation du révolutionnaire trinidadien C.L.R. James, des efforts de solidarité critique envers des révolutionnaires noirs et portoricains, et une étude approfondie de l'histoire des États-Unis et du matérialisme historique en général 20.

Cependant, si les analyses théoriques de la STO marquèrent durablement la gauche étatsunienne, ses limites se firent sentir sur des aspects organisationnels.


Les limites politiques et l'héritage théorique


La STO ne réussit jamais vraiment à acquérir une audience nationale et se cantonna le plus souvent à la politique locale (majoritairement dans l'Illinois). Cependant, son importance ne doit pas s'évaluer à l'aune de sa seule action : il est bien plus important, en effet, de noter que la STO faisait partie d'une constellation d'organisations politiques qui, bien que certaines furent d'un sectarisme assez caricatural, formait une sorte de bloc contre-hégémonique qu'il ne faut pas sous-estimer, surtout dans le contexte de crise du mouvement ouvrier des années 1980.

La crise au sein de la STO débuta ainsi par un enjeu local : la participation de Harold Washington (1922-1987), un avocat noir, aux primaires démocrates pour les élections à la mairie de Chicago (1983). Bien que le parti démocrate fut loin d'être un parti pouvant rassembler la gauche radicale, il importe de remarquer, comme le fait Michael Staudenmaier, qu'à l'époque la politique locale de Chicago était gangrénée par la corruption, et que Harold Washington apparaissait alors comme une alternative sérieuse au paysage politique en place. Il était, par ailleurs, soutenu, par une très large partie de la communauté noire et par une partie de la gauche radicale blanche. Le Movement for National Liberation (MNL), organisation porto-ricaine basée à Chicago et proche de l'organisation para-militaire Fuerzas Armadas de Liberación Nacional Puertorriqueña, traditionnellement abstentionniste, refusa de mobiliser la communauté portoricaine de Chicago en vue de soutenir l'un des trois candidats à ces primaires. Ainsi, lorsqu'un débat fut organisé, le 31 Janvier, à l'Humboldt Park, quartier largement portoricain, le MNL qui souhaitait transformer ce débat en manifestation, proposa à la STO de s'associer à leur action, ce qui fut accepté à la seule condition de pouvoir distribuer un tract de la STO.

C'est ce petit texte qui allait faire imploser la STO. L'argument principal en était que le programme de Washington n'était pas si différent de celui de ses concurrents et que voter pour lui empêcherait la mise sur pied d'un réel mouvement populaire anti-raciste à Chicago. Washington n'était donc pas vu comme un candidat noir, en cela qu’il laissait largement de côté la question du racisme dans sa campagne, ainsi que les intérêts de la communauté noire de Chicago. La STO appelait donc à ne pas répéter les expériences de Newark, Cleveland, Detroit, Los Angeles et Atlanta en « élisant un maire représentant la ligne traditionnelle de la politique officielle tout en étant, à titre personnel, membre d'un groupe racialement opprimé » 21. Que ces arguments soient justifiés ou non, ce tract provoqua des réponses négatives dans et en dehors de la STO. Le reproche principal, venant de certains membres de la STO, était que ce tract ne prenait absolument pas en compte la dynamique engendrée par le soutien à Washington et le fait qu'une large partie des classes populaires noires soutenaient ce candidat. Ce tract présentait l'élection en termes de prise de pouvoir uniquement, et non à travers l'évolution du rapport de force politique qu'un investissement dans la campagne de Washington pouvait avoir, même si celui-ci n'avait pas des positions aussi radicales que la STO ou d'autres organisations.

L'autre point de critique était que la distribution d'un tel tract par une organisation majoritairement blanche, dans un quartier portoricain, afin d'appeler à ne pas voter pour un candidat noir, était une erreur stratégique. Dans son enquête sur la STO, Michael Staudenmaier écrit qu'un militant portoricain dénonça la STO qui, à travers ce tract, avait ruiné le travail que lui et d'autres faisaient pour provoquer une discussion sur le racisme entre les communautés noire et latino. C'est donc principalement le sectarisme progressif de la STO – qui campait sur des principes abstraitement radicaux – qui provoqua sa chute. Ces critiques provoquèrent de longs débats au sein de l'organisation afin de renouveler ses actions et ses positions. Exceptée Marilyn Katz, qui était la directrice de la communication durant la campagne de Washington, la STO n’y comptait pas réellement de soutiens actifs, les questions qui se posaient étaient plutôt d'ordre stratégique. Alors qu'une large partie de la gauche radicale voyait dans l'élection de Washington un véritable espoir pour le renouveau des luttes populaires autonomes, la STO rejetait viscéralement le premier maire noir de Chicago car celui-ci n'était pas anticapitaliste, ne se basait pas sur des luttes de masse et n'était pas autonome.

C'est ce dernier concept, l'autonomie, qui devint de plus en plus important dans les années 1980, au sein de la STO, s'inspirant notamment du contexte politique d'autres pays (et notamment des mouvements autonomes italien et allemand). Il est clair que le concept d'autonomie était déjà présent à la fondation de l'organisation, le parti ne devant que traduire en termes politiques les sentiments des ouvriers ; or, au début des années 1980, ce concept prit un sens sectaire et contribua à l'isolement de la STO. Alors que la force de la STO résidait, durant ses premières années, dans une certaine rigueur théorique, les années 1980 et la « sectarisation » de l'organisation virent une prise de distance vis-à-vis de cette rigueur. Lors d'un entretien mené avec Michael Staudenmaier, en Juillet 2005, Bill Lamme, militant de la première heure de la STO déclara :

Bill Lamme a écrit:
Je peux comprendre que certaines personnes puissent dire que ce n'était plus vraiment la STO (…), ce qui m'avait attiré dans la STO était sa rigueur intellectuelle, et c'est ce qui manquait durant cette période (…). Je pense donc que les militants quittaient le groupe à mesure que celui-ci changeait 22.

La théorie de la STO, dans les années 1980, ne représentait alors plus qu'un certain schématisme ouvriériste, puisé notamment chez Antonio Negri (alors prisonnier à Rome) et notamment dans son article de 1977 « Domination capitaliste et sabotage ouvrier », dans lequel le théoricien italien écrivait :

Toni Negri a écrit:
La classe ouvrière, avec son sabotage, est le pouvoir le plus fort – par-dessus tout, la seule source de rationalité et de valeur. À partir de maintenant, il devient impossible, même en théorie, d’oublier ce paradoxe produit par les luttes : plus la forme de domination se perfectionne, plus elle devient vide; plus le refus de la classe ouvrière s’accroît, plus il est plein de rationalité et de valeur (...) Nous sommes là ; on ne peut pas nous écraser et nous sommes dans la majorité 23.

Selon Negri, les ouvriers existent dans « une matérialité qui a ses propres lois » 24, lois qui se découvriront dans la lutte. Celui-ci s'en prend, dans ce texte, violemment au mouvement socialiste (ainsi qu'à l'Eurocommunisme) et défend l'idée que la classe ouvrière ne pourra s'organiser pour se lancer à l'assaut du ciel que par le sabotage, qui est présenté comme la « clé fondamentale de la rationalité » 25, mais également la clé permettant au prolétariat d'acquérir son indépendance, de tendre vers sa propre auto-valorisation.

La STO se tourna donc de plus en plus vers la stratégie de l'illégalité, délaissant l'approche du parti politique des premières années. Cependant, les appels à l'action illégale par la STO ne se firent pas seulement dans le cadre du processus de production industrielle, mais se dirigèrent également contre les centres de commandement de l'armée américaine. Cet appel à l'action directe et à la désobéissance découragea nombre de militants, qui quittèrent l'organisation, déjà fragilisée par les débats autour de la campagne d'Harold Washington. Début 1983, la branche de Kansas City n'existait déjà plus. Avec la perte de vitesse des organisations révolutionnaires étatsuniennes dans les années 1980, la STO se désagrégea progressivement jusqu'à disparaître complètement en 1986.

Cependant, comme nous l'avons vu au début du présent article, l'expérience de la STO ne doit pas être évaluée à partir d'elle-même, mais à partir de la dynamique théorique et politique à laquelle elle participa. Si la gauche étatsunienne n'a pas réellement connu de victoires politiques depuis 1945, celle-ci a tout de même largement participé au renouveau des théories sur le racisme outre-Atlantique.

L'originalité des approches marxistes du racisme aux États-Unis est la centralité du racisme des ouvriers blancs ainsi que l'obstacle que cela représente à une réelle unité de classe. Si les études sur la blanchité sont aujourd'hui assez admises dans le cadre militant et universitaire aux États-Unis, il est important de rappeler le rôle que jouèrent les organisations du mouvement ouvrier, s'inspirant des théoriciens du Black Marxism. Celui de la STO fut important dans ces débats, notamment à travers Noël Ignatiev. Le rôle d'Ignatiev fut primordial dans les théories marxistes de la blanchité (whiteness). La lutte contre le privilège blanc au sein de l'usine lui permit de développer une théorie du racisme ouvrier sans réduire ce dernier à une sorte de « fausse conscience » :

Noël Ignatiev a écrit:
Tous les ouvriers sont mis en concurrence ; c'est une loi du capitalisme. Mais, dans la concurrence entre les ouvriers noirs et les ouvriers blancs, ces derniers ont un avantage certain. Celui-ci résulte du développement spécifique de l'Amérique et n'est pas inhérent aux lois sociales objectives du système capitaliste 26.

L'accent mis sur le racisme comme obstacle objectif à l'unité de la classe ouvrière aux États-Unis demeura une constante de la STO, mais celle-ci éclata sur des questions stratégiques et organisationnelles.

Sans l'ouvrage de Michael Staudenmaier, Truth and Revolution, il est probable que cette courte expérience serait tombée dans l'oubli. Cependant, mettre l'accent sur les apports théoriques d'une organisation marxiste, qui plus est assez ouvriériste, sur la question raciale représente un apport certain pour le contexte européen, dans lequel la gauche radicale ne se rend pas toujours compte de la centralité des rapports raciaux dans la lutte des classes et de l'importance de prendre ceux-ci à bras-le-corps pour renouveler une stratégie révolutionnaire en perte de vitesse.


1. Pour rappel : la fin des années 1970, aux États-Unis, a vu le Black Panther Party ainsi que d'autres groupes de radicaux noirs être infiltrés par le FBI, la SDS exploser, etc.
2. Steve WRIGHT, À l'assaut du ciel. Composition de classe et lutte de classe dans le marxisme autonome italien, Sénovero, Marseille, 2007, pp. 99-100.
3. Sur ce point, voir la récente parution de : Dan GEORGAKAS et Marvin SURKIN, Détroit : pas d'accord pour crever. Une révolution urbaine, Agone, Marseille, 2015.
4. Kieran TAYLOR, « American Petrograd: Detroit and the League of Revolutionary Black Workers » In:Aaron BRENNER, Robert BRENNER et Cat WINSLOW, Rebel Rank and File. Labor Militancy and Revolt from Below during the long 1970s, Verso, Londres/ New-York, 2010, pp. 311-333.
5. Antonio GRAMSCI, « La philosophie de la praxis face à la réduction mécaniste du matérialisme historique L'anti-Boukharine (cahier 11) », archives internet marxistes, https://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1933/antiboukh1.htm
6. Don HAMERQUIST, « Reflections on Organizing », Workplace Papers, 1970, http://sojournertruth.net/reflections.html
7. Ibid.
8. Ibid.
9. Bien que, comme l'a noté Daniel Bensaïd, cette prise de distance d'avec le PCF se fit quelque peu tard – « Ce qui ne pouvait plus durer, n’avait déjà que trop duré » – puisque deux ans auparavant, Althusser célébrait le 22e congrès du Parti comme un « tournant majeur dans son histoire ».
10. Louis ALTHUSSER, Ce qui ne peut plus durer dans le parti communiste, éditions Maspero, Paris, 1978, p. 89.
11. Sojourner Truth Organization, « Towards a Revolutionary Party. Ideas on Strategy & Organization », 1971, http://sojournertruth.net/tarp.html
12. LÉNINE, Que faire ?, archives internet marxistes, https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200.htm
13. Karl MARX, Le Capital, Livre 1, archives internet marxistes, https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-10-7.htm
14. W.E. Burghardt DU BOIS, Black Reconstruction in America. An Essay Toward A History of the Part Which Black Folk Played in the Attempt to Reconstruct Democracy in America. 1860-1880, Harcourt, Brace and Company, New-York, 1935, p. 700.
15. Noël IGNATIEV et Theodor ALLEN, « Le point aveugle des blancs », Période, http://revueperiode.net/le-point-aveugle-des-blancs/
16. Ibid.
17. W.E. Burghardt DU BOIS, Les âmes du peuple noir, La Découverte, Paris, 2007, p. 11.
18. C.L.R. JAMES, « The Revolutionary Answer to the Negro Problem in the USA », In : Scott McLEMEE (dir.), James on the « Negro Question », The University Press of Mississippi, Jackson MS, 1996, p. 146.
19. Michael STAUDENMAIER, Truth and Revolution. A History of the Sojourner Truth Organization : 1969 – 1986, AK Press, Oakland-Edinburgh, Baltimore, p. 28.
20. David ROEDIGER, « Marxisme et théorie de la race : états des lieux », Période, http://revueperiode.net/marxisme-et-theorie-de-la-race-etat-des-lieux/
21. Sojourner Truth Organization, « To Activists Who Think that Working for Harold Washington is a Way to Build a Movement for Social Change », Black Power in Chicago. A documentary survey of the 1983 mayoral democratic primary, Harold Washington : Black Research Site on First Black mayor of Chicago, http://eblackchicago.org .
22. Cité dans : Michael STAUDENMAIER, op. cit.
23. Antonio NEGRI, « Domination and Sabotage: On the Marxist Method of Social Transformation », In : Antonio NEGRI, Books for Burning. Between Civil War and Democracy in 1970s Italy, Verso, London-New-York, 2005, p. 285.
24. Ibid, p. 263.
25. Ibid, p. 285.
26. Noël IGNATIEV, « Black Worker/White Worker », Understanding and Fighting White Supremacy. Workplace Papers, 1972, p. 2.

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 19 Fév - 18:23


pour mémoire, puisque le sujet s'y prête...



MARXISME DÉCOLONIAL / MARXISMO DECOLONIAL

avec Ana Cecilia Dinerstein


dans l'ordre d'un croisement entre marxisme et décolonialité, une des seules références que j'ai trouvées... et le seul texte qui tisse un lien entre marxisme et pensée décolonial. Ce qu'Ana Cecilia Dinerstein nomme "marxisme décolonial" dans cette présentation d'une conférence de 2014 semble très proche, «conversation, dialogue imaginaire » dit-elle... de ce que je fais dans ce forum, les références de textes la situant dans le marxisme radical de gauche (~~ ultragauche)

me gêne toutefois cette référence appuyée et unique (dans ce résumé) au néozapatisme, dont il faudrait comprendre le contenu et en quoi il est "néo" par rapport au zapatisme bien connu pour attraper les mouches de la démocratie radicale en mal d'exotisme

à défaut du texte complet, il est difficile de juger de sa teneur théorique...

traduction dessous

'Decolonial Marxism' and Neozapatismo : Bridging Counterhegemonic Struggles in the Global North and South Ana Cecilia Dinerstein July 15, 2014

Social and Policy Sciences, University of Bath, BATH, United Kingdom

Citation :
How can we understand the diversity of forms of radical counter hegemonic resistances within current processes of accumulation of capital, from a non-Eurocentric perspective? In this paper, I anticipate a conversation between two approaches to resistance: Decolonial School and Open Marxisms. By constructing the imaginary dialogue between these two perspectives I identify their theoretical strategies, limitations and mutual misrecognitions that prevent fruitful cross-fertilisation, in order to delineate a new direction in the study of counterhegemonic politics and social emancipation. To DS it is indispensable not only to recognise particular trajectories of experience of power, oppression and domination but also to overcome ‘both Eurocentric and Third World "fundamentalisms" (Grosfoguel 2008).

Marxists and political economists reproduce the ‘coloniality of power’ that movements in the South are struggling against. However, a DS fails to consider the material processes of emergence of counterhegemonic pluriversal resistance within and against new forms of accumulation of global capital.

(Open) Marxists and radical political economists offer an adequate critique of global capital. They explain  how current forms of ‘accumulation by dispossession’ (Harvey 2003) and ‘crisis’ have changed the experience of oppression, exploitation and resistance. Yet, are they aware of the epistemic distortion implied in the (North-centric) character of their critique of capital? I offer the term ‘Decolonial Marxism’ to designate a form of critique that bridges diverse forms of counter hegemonic resistance within current processes of accumulation of capital from a non-North centric perspective.

‘Decolonial Marxism’ offers a new understanding of pluriversal forms of resistance against and beyond global. I also contend that Neozapatismo constitutes the practical and political embodiment of Decolonial MArxism for it bridges the struggles of indigenous, rural, urban counter hegemonic struggles, in the North and South, challenging in practice, the theoretical divide and allowing the incorporation of movements’ own theorising into the critique of capital.

traduction Patlotch
Marxisme décolonial et néeozapatisme : relier les luttes contre-hégémonique des hémisphères Nord et Sud
Ana Cecilia Dinerstein a écrit:
Comment pouvons-nous comprendre, d'un point de vue non-eurocentrique, la diversité des formes radicales de résistances contre-hégémoniques  au sein de l'actuel processus d'accumulation du capital ?  Dans cet article, je suggère une conversation entre deux approches de la résistance : la pensée décoloniale et le marxisme ouvert. En construisant le dialogue imaginaire entre ces deux points de vue, j'identifie leurs stratégies théoriques, les limites et la méconnaissance réciproque qui empêche de fructueux enrichissements mutuels, afin de délimiter une nouvelle orientation dans l'étude de la politique anti-hégémonique et de l'émancipation sociale. Pour DS, il est indispensable non seulement de reconnaître les trajectoires particulières des expérience de domination, d'oppression et de puissance mais aussi de surmonter « l'eurocentrisme et les "fondamentalismes" du Tiers monde (Grosfoguel 2008).

Les marxistes ouverts et la critique radicale de l'économie politique reproduisent la « colonialité du pouvoir » contre laquelle luttent les mouvements du sud. Toutefois, une DS ne tient pas compte des processus d'émergence de résistances anti-hégémoniques pluriverselles dans et contre les nouvelles formes d'accumulation du capital global.

Les marxistes ouverts et la critique radicale de l'économie politique offrent une critique adéquate du capital mondial. Ils expliquent comment les formules d' "accumulation par dépossession" (Harvey, 2003) et la « crise » ont changé l'expérience de l'oppression, de  l'exploitation et de la résistance. Pourtant, sont-ils conscients de la distorsion épistémique qu'implique le caractère (Nord-centrique) de leur critique du capital ?

Je propose le terme  de « marxisme décolonial » pour désigner une forme de critique comme pont entre diverses formes de résistance hégémonique au sein de l'actuel processus d'accumulation de capital dans une perspective centrée sur le non-Nord.

Le « marxisme décolonial » offre une nouvelle compréhension des formes pluriverselles de résistance contre et au-delà de la globalisation. Je soutiens également que le néozapatisme constitue le mode de réalisation pratique et politique du marxisme décolonial car il comble le fossé théorique entre des luttes hégémoniques autochtones, rurales, urbaines, dans le Nord et le sud, difficile en pratique, et permettent d'incorporer des mouvements spécifiques dans une théorisation critique du capital.


Ana Cecilia Dinerstein
Citation :
Associate Professor (Senior Lecturer) in Sociology
Open Marxism, Decolonial epistemologies, Political sociology and economic sociology, political economy, Argentine and Latin Amer
Verified email at bath.ac.uk - Homepage

on trouvera ICI de cette auteure une quarantaine de références de textes en espagnol et en anglais, de 1993 à 2015

il y est question d'autonomie, du "principe espérance" d'Ernst Bloch, théoricien d'ultragauche, du mouvement des Piqueteros en Argentine, des limites de l'autonomie, et d'autres thèmes alléchants, mais ne semblent disponibles en ligne que les résumés de ces textes



présentation mise à jour permanente

Citation :
Dr Ana Cecilia Dinerstein
Political Sociologist with particular expertise in social and labour movements, autonomous organising, prefigurative politics and the politics of policy

Senior Lecturer
PhD3 East 3.30
Email: a.c.dinerstein@bath.ac.uk
Tel: +44 (0) 1225 38 6958

Recent news

The Politics of Autonomy in Latin America: the Art of Organising Hope
Creating a 21st Century utopian society
Dr Ana Cecilia Dinerstein - 'The Age of Austerity or the age of Hope? Learning from Latin America Social Movements'
Dr Dinerstein to present paper at UN Research Institute for Social Development

PhD supervision

I am interested in supervising new PhD students researching these topics:

Global political economy, class, work and crisis
Social and Solidarity Economy
Urban, rural and indigenous movements in Latin America and the Global South
Global and European Social Movements
Political philosophy and epistemology surrounding social emancipation

Profile
I am a political sociologist. I have a degree in Politics from the University of Buenos Aires, and an MA and a PhD degree from the University of Warwick (Department of Sociology), where I subsequently held a four-year lectureship to teach political sociology at undergraduate and postgraduate levels before coming to Bath in 2002. I am currently the Department Director of Communications.

My research seeks to understand and explain the means by which groups of people outside institutionalised political structures can affect social and political change. I have pursued this orientation through a focus on labour and social movements, and movements of protest. My empirical research site has been Latin America and I am now working on movements of protest as a response to the capitalist crisis in Europe and worldwide.

My work challenges the 'claim-making' definition of the role of social movements by shifting the focus towards their constitutive function as vehicles for the creation of 'alternative' (new) worlds and their capacity to inspire social scientists to adopt ‘hope’ as a method of enquiry of social reality.

I have written books, journal articles and book sections for academic and non-academic audiences on issues of labour and social movements, movements of protest, social emancipation, and Marxist theory, and the politics surrounding policy implementation, including the use of state violence. Some of my outputs have been translated into Spanish, French and Turkish. I am internationally known for my work on Open Marxism and my research on labour and labour subjectivity, Argentine politics and the Movement of Unemployed Workers, and the impact of autonomous organising on democracy and policy making.

I am part of the Global Transformation and Insecurity research cluster and carry out research under the themes of Work and Welfare and Governance and Policy design.

Membership

BSA (Theory group)
The University Senate (2011-2014)
Social Science Centre
The Latin American Politics (LatAm) Specialist Group (PSA)
Centre for Development Studies (CDS)
Several professional association including the Society for Latin American Studies and the European Social Movement Network, Council for European Studies - Columbia University
Elected Member of the Society for Latin American Studies Committee (SLAS) (2015-2017)
Editorial Corresponding Board of the journal Historical Materialism
Institute for Latin American and Caribbean Studies (IEALC), University of Buenos Aires
The State in Latin America Latin American as part of the Council for Social Sciences (CLACSO)

Research interests

Social and labour movements and movements of protest
Alter globalisation and emancipatory movements
Autonomous organising and new democratic practices
Alternative forms of work, cooperation and self-management, social and solidarity economy)
The politics of policy. Social movements and the state in the glocal political economiy. Rethinking social movements and policy (prefigurative politics and the problem for policy)
Globalisation, immaterial labour, and labour subjectivity. New forms of understanding work and work identity
Critical Social Theory, Political Philosophy, Decolonial perspective and Marxist Theory (Open Marxism)
Projects
British Academy Newton Mobility Grant (2015-2016) (in collaboration with University of Rio de Janeiro)

Social Movements and autonomous education: new pedagogical experiences  

Previous projects
ESRC funded research projects (Res 155-25-0007)

'The movement of unemployed workers in Argentina’' (2007-2008)
'Social movements and collective autonomy in Latin America (Argentina, Bolivia, Brazil and Mexico)’' (2008-2009)
Other projects
'Social Movements and the idea of alternative', Santander Research Grant Award (2011)
Teaching
Undergraduate
SP20244: Political sociology
SP30055: Comparative industrial relations
Postgraduate
SP50250: The politics of policy in international perspective: actors, arenas and conflict

Publications
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Book/s
Dinerstein, A. C., 2014. The Politics of Autonomy in Latin America : The Art of Organising Hope. Basingstoke: Palgrave Macmillan. (Non Governmental Public Action Series)

Dinerstein, A. C., Deledicque, M., Ferrero, J. P., Pascual, R. and Contartese, D., 2013. Movimientos Sociales y Autonomia Colectiva : La politica de la Esperanza en America Latina. Buenos Aires: Capital Intelectual. (Claves del Siglo XXI)

Dinerstein, A. C., Contartese, D. and Deledicque, M., 2010. La Ruta de los Piqueteros. Tras la impronta de las organizaciones de Trabajadores desocupados en Argentina. Buenos Aires: Capital Intelectual.

Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds., 2009. El Trabajo en Debate. Una investigación sobre la teoria y la realidad del trabajo capitalista. Buenos Aires: Herramienta.

Dinerstein, A. and Neary, M., 2009. The Labour Debate:an investigation into the theory and practice of capitalist work. Buenos Aires: Ediciones Herramienta.

Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds., 2006. Emek Tartismasi. Kapitalist Isin Teorisi ve Gerceligine Dair Bir Inceleme. Ankara: Otonom.

Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds., 2002. The Labour Debate: An Investigation into the Theory and Reality of Capitalist Work. Ashgate: Aldershot-Burlington.

Book Sections

Dinerstein, A. C., 2014. Social movements, autonomy and hope : notes on the Zapatistas' revolution. In: , S. and Kumar, R., eds. Social Movements. New Delhi, India: Routledge. (Social Movements and Transformative Dissent)

Dinerstein, A. C., 2014. Disagreement and hope : the hidden transcripts of political recovery in Argentina post crisis. In: Levey, C., Ozarow, D. and Wylde, C., eds. Argentina since the 2001 Crisis. Basingstoke, U. K.: Palgrave Macmillan, 115- 133. (Studies of the Americas)

Dinerstein, A., 2013. Autonomía y esperanza : la nueva gramática de la emancipación social. In: Dinerstein, A. C., ed. Movimientos Sociales y autonomía colectiva. Buenos Aires: Capital Intelectual, pp. 149-173. (Claves del Siglo XXI; 13)

Dinerstein, A., 2013. Empleo o trabajo digno? : Crítica e imaginación en las Organizaciones Piqueteras, Argentina’. In: Dinerstein, A. C., ed. Movimientos Sociales y autonomía colectiva. Buenos Aires: Capital Intelectual, pp. 69-93. (CLAVES DEL SIGLO XXI; 13)

Dinerstein, A., 2013. Introducción: La autonomía y sus imaginarios prácticos en permanente construcción. In: Dinerstein, A. C., ed. Movimientos Sociales y autonomía colectiva. Buenos Aires: Capital Intelectual, pp. 21-37. (CLAVES DEL SIGLO XXI; 13)

Dinerstein, A., 2013. Municipio libre o comunidad autónoma rebelde? : Construyendo el ‘nosotros revolucionario’ Zapatistas, México’. In: Dinerstein, A. C., ed. Movimientos Sociales y autonomía colectiva. Buenos Aires: Capital Intelectual, pp. 117-145. (Claves del Siglo XXI; 13)

Dinerstein, A. C., 2013. From corporatist to autonomous: unemployed workers' organisations and the re-making of labour subjectivity in Argentina. In: Howell, J., ed. Non-governmental public action and social justice. Basingstoke, U. K.: Palgrave Macmillan, pp. 36-59. (Non-Governmental Public Action)

Dinerstein, A. C., 2008. Lessons form a journey: The Piquetero Movement in Argentina. In: Bonefeld, W., ed. Subverting the Present, Imagining the Future: Insurrection, Movement, Commons. New York: Autonomedia, pp. 231-246.

Dinerstein, A. C., 2005. Entre el extasis y el desencuentro. Los desafios de la rebelion. In: Bonefeld, W., Bonnet, A., Holloway, J. and Tischler-Visquerra, S., eds. Marxismo Abierto. Una vision Europea y Latinoamerica. Vol. 2. Buenos Aires: Herramienta, pp. 147-185.

Dinerstein, A. C., 2004. Beyond Crisis. The Nature of Political Change in Argentina. In: Chandra, P., Ghosh, A. and Kumar, R., eds. The Politics of Imperialism and Counterstrategies. New Delhi: Aakar Books, 263--301.

Dinerstein, A. C. and Neary, M., 2002. From Here to Utopia: Finding Inspiration for the Labour Debate. In: Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds. The Labour Debate: An Investigation into the Theory and Reality of Capitalist Work. Ashgate: Aldershot and Burlington, pp. 1-26.

Dinerstein, A., 2002. Regaining materiality: Unemployment and the invisible subjectivity of labour. In: Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds. The Labour Debate: An Investigation into the Theory and Reality of Capitalist Work. Ashgate: Aldershot-Burlington, pp. 203-225.

Dinerstein, A. C., 1999. Subjetividad: capital y la materialidad abstracta del poder (Foucault y el Marxismo Abierto). In: Borón, A., ed. Teoría y Filosofía Política. La Tradición Clásica y las Nuevas Fronteras. Buenos Aires: Clacso-Eudeba, pp. 251-272.

Dinerstein, A. C., 1999. The Violence of Stability: Argentina in the 1990s. In: Neary, M., ed. Global Humanisation: Studies in the Manufacture of Labour. London: Mansell, pp. 46-75.

Articles

Dinerstein, A., 2015. What Europe’s hopeful left can learn from Latin America. The Conversation

Dinerstein, A. C., Schwartz, G. and Taylor, G., 2014. Sociological Imagination as Social Critique:Interrogating the Global Economic Crisis. Sociology-the Journal of the British Sociological Association, 48 (5), pp. 859-868.

Dinerstein, A. C., 2014. The dream of dignified work : On good and bad utopias. Development and Change, 45 (5), pp. 1037-1058.

Dinerstein, A. C., 2014. The hidden side of social and solidarity economy : Social movements and the 'translation' of SSE into policy (Latin America). UNRISD SSE Occasional Papers Series., 9, Occasional paper no.9.

Dinerstein, A. C., 2014. Too bad for the facts:Confronting value with hope (Notes on the Argentine uprising of 2001). South Atlantic Quarterly, 113 (2), pp. 367-378.

Dinerstein, A., 2012. Interstitial Revolution: on the explosive fusion of negativity and hope. Capital and Class, 36 (3), pp. 521-540.

Dinerstein, A. C. and Deneulin, S., 2012. Hope movements: naming mobilization in a post-development world. Development and Change, 43 (2), pp. 585-602.

Dinerstein, A. C., 2011. Diciembre 2001 : La política contra la police. La revista del CCC, 5 (13).

Dinerstein, A. C., 2010. Autonomy in Latin America: between resistance and integration. Echoes from the Piqueteros experience. Community Development Journal, 45 (3), pp. 356-366.

Bohm, S., Dinerstein, A. C. and Spicer, A., 2010. (Im)possibilities of autonomy: social movements in and beyond capital, the state and development. Social Movement Studies, 9 (1), pp. 17-32.

Dinerstein, A. C., Contartese, D. and Deledicque, M., 2008. ¿Reemplazando al municipio, al sindicato, a la ONG y al partido político? : Notas de investigación sobre la innovación organizacional en las organizaciones de trabajadores desocupados en Argentina. Realidad Economica, 234, pp. 50-79.

Dinerstein, A., 2008. 'Here is the rose, dance here!' A riposte to the debate on the Argentinean Crisis. Historical Materialism, 16 (1), pp. 101-114.

Dinerstein, A. C., 2008. Global industrial relations. British Journal of Industrial Relations, 46 (4), pp. 828-830.

Dinerstein, A. C., 2007. Workers' factory takeovers and new state policies: towards the 'institutionalisation' of non-governmental public action in Argentina. Policy & Politics, 35 (3), pp. 529-550.

Dinerstein, A. C., 2005. A Call for Emancipatory Reflection: Introduction to the Forum. Capital and Class, 85, pp. 13-16.

Dinerstein, A. C., 2005. International Forum on John Holloway's Change the World without Taking Power. Capital and Class, 85, pp. 13-31.

Dinerstein, A. C., 2004. Más allá de la crisis. La naturaleza del cambio político en Argentina'. Revista Venezolana de Economia y Ciencias Sociales, 1, pp. 241-270.

Dinerstein, A. C., 2003. ¡Que se Vayan Todos! Popular Insurrection and the Asambleas Barriales in Argentina. Bulletin of Latin American Research, 22, 187--200.

Dinerstein, A. C., 2003. Power or Counter Power? The dilemma of the Piquetero Movement in Argentina post crisis. Capital and Class, 81, pp. 1-7.

Dinerstein, A. C., 2002. The Battle of Buenos Aires. Crisis, Insurrection and the Reinvention of Politics in Argentina. Historical Materialism, 10, 5--38.

Dinerstein, A. C., 2001. A Silent Revolution: The Unemployed Workers Movement in Argentina and the New Internationalism. Labour Capital & Society/Travail, Capital & Societe, 34, 166--183.

Dinerstein, A. C., 2001. El poder de lo irrealizado. El corte de ruta en Argentina y el potencial subversivo de la mundialización. Observatorio Social de América Latina, 5, pp. 11-16.

Dinerstein, A. C., 2001. Roadblocks in Argentina. Capital and Class, 74, pp. 1-7.

Reports/Papers

Dinerstein, A. C., 2013. The speed of the snail : the Zapatistas' autonomy de facto and the Mexican state. Working Paper. Bath, U. K.: Centre for Development Studies, University of Bath. (Bath Papers in International Development; BPD20)

Dinerstein, A. C. and Ferrero, J. P., 2012. The limits of participatory democracy: social movements and the displacement of disagreement in South America. Working Paper. Bath: Centre for Development Studies, University of Bath.

Deneulin, S. and Dinerstein, A. C., 2010. Hope movements : social movements in the pursuit of human development. Working Paper. Bath, U. K.: Centre for Development Studies, University of Bath. (Bath Papers in International Development; BPD8)

Dinerstein, A. C., Bohn, S. and Spicer, A., 2009. The (im)possibilities of Autonomy. Working Paper. London School of Economics.

Dinerstein, A. C., 2009. The snail and the good government. A critique of "civil society" by the Zapatista Movement. Working Paper. London School of Economics.

Dinerstein, A. C., 2008. Non governmental public action and organisational autonomy in Latin America, Argentina, Bolivia and Mexico. Other. Economic and Social Research Council (ESRC).

Dinerstein, A. C., 2008. The Politics of Policy: Unemployment, the Unemployed Workers Organisations and the State in Argentina. Working Paper. LSE.

Dinerstein, A. C., 2007. A decade of the unemployed workers movement in Argentina. An assessment of their organisational innovation and impact on institutional change (Document for the dissemination of research outputs). Other. Buenos Aires: ESRC NGPA Cultural Centre for Cooperation.

Conference or Workshop Items

Dinerstein, A. C., 2014. The significance of Zapatismo for democracy : Panel: The quality of democracy: leaders, parties and citizens Convenor: Laura Tedesco. In: SLAS Annual 50 years anniversary Conference 2014, 2014-04-03 - 2014-04-04, London.

Dinerstein, A. C. and Ferrero, J. F., 2010. Contested institutionalisation. Social movement and political change in Argentina and Brazil (MST and Piqueteros), 1990-2010. In: Annual Conference of the Society for Latin American Studies (SLAS), 2010-04-07 - 2010-04-10, University of Bristol.

Dinerstein, A. C. and Schwartz, G., 2010. Mobilizing, framing, and configuring fields: institutional consequences of factory occupations in Argentina, 1997-2006. In: 3rd Latin and European Meeting on Organization Studies (LAEMOS), 2010-04-07 - 2010-04-10, Buenos Aires.

Dinerstein, A. C., 2010. Social movements, autonomous organising and hope in Latin America. In: 3rd Latin and European Meeting on Organization Studies (LAEMOS), 2010-04-07 - 2010-04-10, Buenos Aires.

Dinerstein, A. C., Pascual, R. and Ghiotto, L., 2009. Zapatismo, Insurgencia y Contrainsurgencia: la lucha comunitaria en Chiapas (2007-2009). In: XXVII Conference of the Latin American Sociological Association, LASA, 2009-08-31 - 2009-09-04, Buenos Aires.

Dinerstein, A. C., 2009. Zapatismo and civil society. Social movement theory revisited. In: Conference of the Latin American Studies Association, LASA 2009, 2009-06-01, Rio de Janeiro.

Dinerstein, A. C., 2009. 'The snail and the good government. A critique of "civil society" by the Zapatista Movement. In: CINEFOGO Conference - Beyond NGOs: Civil and Uncivil Society in the 21st Century, 2009-02-26 - 2009-02-27, Centre for Civil society, LSE.

Dinerstein, A. C., 2009. Social Movements and the project of Autonomy in Latin America. Lessons from Argentina, Brazil, Bolivia and Mexico. In: Final ESRC NGPA Conference 'Organising for Social Justice and Poverty Reduction', 2009-01-14 - 2009-01-15, London School of Economics.

Schwartz, G. and Dinerstein, A., 2008. Occupy, Resist, Produce! Social Movements and the Institutionalization of New Practices. In: 24th EGOS Colloquium, Upsetting Organizations, 2008-07-10 - 2008-07-12, Amsterdam, Holland.

Dinerstein, A. C. and Schwartz, G., 2008. Resist, Occupy, Produce! The Movement (and praxis) of factory occupations and the emergence of new organisational forms in Argentina. In: 24th EGOS Colloquium, Upsetting Organizations, 2008-07-10 - 2008-07-12, Amsterdam, Holland.

Dinerstein, A. C. and Grugel, J., 2008. Non Governmental Public Action in Latin America. In: NGPA in Latin America Workshop, 2008-05-16, University of Bradford.

Dinerstein, A. C., Spicer, A. and Bohem, S., 2008. Social Movements and the(im)possibility of Autonomy. In: NGPA Theory Workshop, 2008-05-07 - 2008-05-08, London School of Economics.

Dinerstein, A. C., 2007. When "Workfare" Becomes "Work": Community projects and the redefinition of work in the collective experience of unemployed workers in Argentina. In: Workshop on NGPA and Labour Issues, 2007-12-10, London School of Economics.

Dinerstein, A. C., 2007. Identity Between Distribution and Recognition. In: Work, Employment and Society, 2007-09-12 - 2007-09-14, University of Aberdeen.

This list was generated on Sat Jan 30 14:18:31 2016 GMT.



Ana Cecilia Dinerstein m'informe qu'elle est « en train d'écrire une proposition de livre pour Pluto Press, Londres, et [qu'elle fera] circuler le manuscrit. »


Non-Governmental Public Action © 2015

The Politics of Autonomy in Latin America / The Art of Organising Hope  Dinerstein, Ana


Citation :
The Power of Autonomy in Latin America offers a much-needed critical review of the concept and practice of autonomy. By establishing an elective affinity between autonomy and Bloch’s philosophy of hope, the book defines autonomy as ‘the art of organizing hope’, that is, the art of shaping a reality which is not yet but can be anticipated by the movements’ collective actions.

The politics of autonomy is a struggle that simultaneously negates, creates, deals with contradictions and, above all, produces an excess beyond demarcation that cannot be translated into the grammar of power.

Reading Marx’s method in key of hope, the book offers a prefigurative critique of political economy and emphasises the prefigurative features of indigenous and non indigenous autonomies at a time when utopia can no longer be objected.

SPEAKERS: John Holloway, Werner Bonefeld, Jeff Webber, and Ana Cecilia Dinerstein

Details and Library orders
http://www.palgrave.com/page/detail/the-­‐politics-­‐of-­‐autonomy-­‐in-­‐latin-­‐
america-­‐ana-­‐cecilia-­‐dinerstein/?K=9780230272088

« On the book “Terrific and necessary... The art of organising Hope. That is what we so desperately need, that is why the book is so important.” John Holloway, Benemérita Universidad Autónoma de Puebla, Mexico

« Dinerstein’s book is a major intervention which places the hopes, contradictions and possibilities of social movements centre-­‐stage, while recognizing the specificity of Latin American and indigenous experiences. Clear and powerful, this work is badly needed.» Laurence Cox, National University of Ireland Maynooth, Ireland

« The book is terrific. It is teeming with radical scholarship. » – Mike Neary, University of Lincoln,
UK

« This book demonstrates how the philosophy of Ernst Bloch cannot be said to exist in a purely abstract vacuum, as is often contended in western philosophical debate.» – Peter Thompson, University of Sheffield, UK


The author contests older concepts of autonomy as either revolutionary or ineffective vis-à-vis the state. Looking at four prominent Latin American movements, she defines autonomy as 'the art of organising hope': a tool for indigenous and non-indigenous movements to prefigure alternative realities at a time when utopia can be no longer objected.

L'auteur conteste des concepts anciens de l'autonomie qui serait soit révolutionnaire soit inefficace contre l'État. En analysant quatre mouvements marquant d'Amérique latine, elle définit l'autonomie comme « l'art d'organiser l'espoir »: un outil pour les mouvements autochtones et non autochtones, qui préfigurent les réalités alternatives auxquelles on ne peut ne peut plus objecter qu'elles relèves d'une utopie.

.
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 19 Fév - 18:26


José Carlos Mariátegui
marxismo crítico, marxismo latinoamericano...
¿marxismo decolonial?


marxisme critique, marxisme latino-américain... marxisme décolonial ?

Noelia Figueroa PDF 2013


“No vale el grito aislado, por muy largo que sea su eco; vale la prédica constante, continua, persistente. No vale la idea perfecta, absoluta, abstracta, indiferente a los hechos, a la realidad cambiante y móvil; vale la idea germinal, concreta, dialéctica, operante, rica en potencia y capaz de movimiento”.
J.C. Mariátegui
Resumen:
Citation :
Aprehender al marxismo latinoamericano no es una tarea sencilla, ni sus límites y contribuciones son evidentes por sí solas. Algunas de las líneas desde las cuales podemos pensar este significante, también en disputa, están relevadas en el texto de Acha y D´Antonio, “Cartografía y perspectivas del ´marxismo latinoamericano´”. Hacemos propias sus intuiciones cuando señalan que “ante el marxismo “en general” (por el instante supondremos la existencia de algo que puede ser llamado así), el marxismo latinoamericano suele asumir la forma de la diferencia respecto del modelo original, supuesta la peculiaridad del subcontinente.

Al registrar su carácter situado, el marxismo latinoamericano se distancia de las versiones universalistas del marxismo que niegan singularidades en la dominación del capital, presuntamente extendida al planeta e impuesta sin mediaciones sustantivas respecto de las operantes en las sociedades europeas.

Résumé :
Citation :
Appréhender le marxisme d'Amérique latine n'est pas une tâche simple, ses limites et contributions ne sont pas évidentes. Certaines lignes d'où nous pouvons penser ce signifiant, également en discussion, sont relevées par Acha y D'Antonio : « cartographie et perspectives de la latinoamericano´ de ´marxismo ». Nous avons l'intuition que par rapport au "marxisme en général" (en supposant l'existence de quelque chose qui peut être appelé ainsi), le marxisme de l'Amérique latine a tendance à prendre la forme de la différence par rapport à ce modèle original, ce qu'on appelle la particularité du sous-continent. » [...]

Le marxisme de l'Amérique latine s'éloigne des versions du marxisme universaliste qui refusent les singularités dans la domination du capital, qui aurait été étendu à la planète et imposé sans médiation concernant son fonctionnement dans les sociétés européennes.


recherche : marxismo crítico, marxismo latinoamericano

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 19 Fév - 18:26



Descolonización del conocimiento y descolonización de los paradigmas de la economía política
Décolonisation de la connaissance et des paradigmes de l'économie politique


Crítica decolonial al marxismo
critique décoloniale du marxisme



Kant, Marx y Hegel y el universalismo cartesiano
Kant, Marx et Hegel et l'universalisme cartésien




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 19 Fév - 23:27


un livre qui a l'air intéressant à plusieurs titres : 1) son sujet central, la dialectique marxienne; 2) sa controverse avec Chantal Mouffe et Ernesto Laclau dont on sait qu'il remet en cause le marxisme, la lutte de classe, et qu'il est un des théoriciens sur lesquels s'appuie Podemos en Espagne *; 3) une référence à Raya Dunayevskaya and C.L.R. James, qui constituèrent la Fondation Johnson-Forrest qui inspira Socialisme ou Barbarie*, C.L.R James étant souvent cité comme une référence par les penseurs décoloniaux (dont le PIR, voir aussi dans la revue Période...)

c'est à la lumière de tous ces éléments que sont interprétés les mouvements sociaux de ces dernières années

* voir le sujet TONI NEGRI, ses ambiguïtés et les limites de l'OPÉRAÏSME, ERNESTO LACLAU théoricien trans-classiste du populisme de Podemos
** cf la bibliographie du forum

Citation :
- C.L.R. JAMES (alias Johnson) Archives en anglais / Les Jacobins noirs 1938, La question nègre 1943, et autres textes / chez Période
> voir aussi Raya DUNAYEVSKAYA (alias Forrest) Fondation Johnson-Forrest qui influence Socialisme ou Barbarie




décembre 2015

« 'Dialectical theories are back on the agenda, and in Democracy, Dialectics, and Difference', Lovato makes a significant contribution to the revitalization of a tradition that is not only dialectical, but also decolonial.»
George Ciccariello-Maher, Drexel University, USA
« Lovato apporte une contribution significative à la revitalisation d'une tradition qui n'est pas seulement celle de la dialectique, mais aussi décoloniale. »

Citation :
It has been nearly two centuries since Marx famously turned Hegel on his head in order to repurpose dialectics as a revolutionary way of thinking about the internal contradictions of our social relations. Despite critiques from post-structuralists, post-colonialists, and others, there has been a resurgence of dialectical thought among political theorists as of late. This resurgence has coincided with a rise in the mention of words like class warfare, socialism, and communism among the general public on the streets of Seattle in 1999, in Cairo’s Tahrir Square, in the actions of the Greek anarchists and the Spanish indignados, and in the rallying cry of "we are the 99%" of the Occupy Movement, and in academia. This book explores how it is that dialectical thought might respond to the critiques brought forth by those on the left who are critical of Marxism’s universalizing and authoritarian legacy.

Brian C. Lovato singles out Ernesto Laclau and Chantal Mouffe as the key interlocutors in this ongoing conversation between Marxism and post-structuralism. Laclau and Mouffe argue that Marxist theory is inherently authoritarian, cannot escape a class-reductionist theory of revolutionary subjectivity, and is bound by a closed Hegelian ontology.

Lovato argues the opposite by turning to two heterodox Marxist thinkers, Raya Dunayevskaya and C.L.R. James, in order to construct a radically democratic, dynamic, and open conceptualization of dialectical thought. In doing so, he advances a vision of Marxist theory that might serve as a resource to scholars and activists committed not only to combatting capitalism, but also to fighting against colonialism, patriarchy, white supremacy, and heteronormativity.

The writings of Dunayevskaya and James allow for Marxism to become relevant again in these tumultuous early years of the 21st century.

traduction approximative
Citation :
Celà fait près de deux siècles que Marx a remis Hegel sur ses pieds afin de réaffecter la dialectique à une façon révolutionnaire de réfléchir sur les contradictions internes de nos relations sociales. Malgré les critiques post-structuralistes, post-colonialistes et autres, il y a ces derniers temps une résurgence de la pensée dialectique chez les théoriciens politiques. Cette résurgence a coïncidé avec une augmentation de la référence aux mots tels que la lutte des classes, le socialisme et le communisme, dans l'opinion publique, dans les rues de Seattle en 1999, sur la place Tahrir du Caire, dans l'action des anarchistes grecs et des indignados espagnols, dans le cri de ralliement de « we are the 99 % » du mouvement Occupy et dans le milieu universitaire. Ce livre explore comment la pensée dialectique pourrait répondre aux critiques de gauche de l'héritage marxisme comme étant universalisant et autoritaire.

Brian C. Lovato distingue Ernesto Laclau et Chantal Mouffe comme les interlocuteurs clés dans cette conversation en cours entre le marxisme et post-structuralisme. Laclau et Mouffe soutiennent que la théorie marxiste est intrinsèquement autoritaire, n'échappe pas à une théorie de la classe réductionniste de la subjectivité révolutionnaire, et est liée par une ontologie hégélienne fermée.

Lovato soutient le contraire en se tournant vers les deux penseurs marxistes hétérodoxes, le Raya Dunayevskaya et C.L.R. James, afin de construire une conceptualisation radicalement démocratique, dynamique et ouverte de la pensée dialectique. Ce faisant, il avance une vision de la théorie marxiste qui pourrait servir de ressource aux chercheurs et militants engagés non seulement dans la lutte contre le capitalisme, mais aussi dans la lutte contre le colonialisme, le patriarcat, la suprématie blanche et l'hétéronormativité.

Les écrits de Dunayevskaya et James permettent au marxisme de devenir pertinent dans ces premières années tumultueuses du XXIe siècle.

Review
Citation :
'Dialectical theories are back on the agenda, and in Democracy, Dialectics, and Difference, Lovato makes a significant contribution to the revitalization of a tradition that is not only dialectical, but also decolonial.'
George Ciccariello-Maher, Drexel University, USA

'For several decades now, the long shadow of Laclau and Mouffe have linked Marxism to authoritarianism and essentialism. Despite spirited rejections of this view, there remains a kind of orthodoxy based on their view that Marxism inevitably diminishes popular involvement and maximizes centralized authority structures as it is practiced. Brian Lovato challenges this view in his fresh and insightful take on the legacy of Marxism. He turns to several non canonical or even anti-canonical figures in doing so: Raya Dunayevskaya, C.L.R. James and Cornelius Castoriadis.

Reading Dunayevskaya in particular as one who recognized an alternative and far more contingent and populist version of Marxism, Lovato shows that Lenin himself can be reread as anticipating and seeking an alternative form of Marxism that negates the kinds of critiques that Laclau and Moufffe will ascribe to it.

This book will reenergize those who seek to turn to Marx (and Lenin too) insofar as it demonstrates that the baggage that is often associated with Marxism need not stem from Marx himself―and not always from the practices of marxism either―but rather comes from various discourses that presume a kind of fatal flaw in marxism that leftists must therefore avoid ever after.'

James Martel, San Francisco State University, USA

About the Author
Citation :
Brian C. Lovato is a political theorist and labor organizer currently based in California. His research draws on Marxist, classical anarchist, post-structuralist, and decolonial thought, in order to better understand social movements and the way they engage issues of race, class, and gender.

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 21 Fév - 22:24


le communisme n'est pas l'universalisme prolétarien

un autre angle de la critique décoloniale du marxisme européen, "orthodoxe" ou "communisateur", est la question de l'universalisme abstrait issu des Lumières, humanisme et bourgeois ou républicain, mais aussi universalisme prolétarien

deux commentaires d'aujourd'hui, avec Étienne Balibar, et un texte de Khaled Satour après les émeutes de novembre 2005, dans le sujet contre l'ANTIRACISME UNIVERSEL INCOLORE HUMANISTE ou PROLÉTARIEN et le matérialisme abstrait


« Il y a dans l’universalisme bourgeois un problème insoluble »

Étienne Balibar


Entretien avec le philosophe Étienne Balibar Laurent Être 25 Novembre, 2011

Citation :
Dans la dernière partie de votre ouvrage, vous plaidez pour un « universel des différences ». N’est-ce pas paradoxalement la reconduction d’une logique identitaire ? La différence ne se percevant logiquement que par comparaison, sa revendication à être reconnue comme telle n’est-elle pas toujours, potentiellement, discriminante ?

Étienne Balibar. Je ne m’intéresse absolument pas à la question de savoir s’il faut être pour ou contre les revendications identitaires. Ce que je dis, c’est qu’il y a dans l’universalisme bourgeois un problème insoluble. Les différences sexuelles, culturelles, celles entre le normal et le pathologique acquièrent dans le cadre de l’universalité bourgeoise un statut extrêmement paradoxal. Elles sont le lieu d’un malaise permanent.

Dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, l’idée selon laquelle les différences entre les individus pourraient se traduire par des discriminations est récusée. Mais, dans les faits, on constate immédiatement que la société bourgeoise classe les individus, y compris pour ce qui est de leur accès à la citoyenneté ou à la responsabilité, d’après leurs différences.

D’un côté, il faut donc revendiquer l’universalité des droits ; de l’autre, refuser d’être rabattu sur un seul modèle d’humanité, par exemple le modèle sexuel dominant fourni par la masculinité hétérosexuelle. Par conséquent, il faut revendiquer la différence.


Citoyen sujet et autres essais d’anthropologie philosophique, d’Étienne Balibar. PUF, 2011 source

une remarque ajoutée plus haut : on mesure que Théorie Communiste a pris un sacré coup de vieux à l'importance qu'il accorde encore dans des textes récents à la « querelle de l'humanisme » des années 60 et 70

Étienne Balibar a écrit:
« Les argumentations croisées de Bloch et Althusser revêtent une intérêt particulier pour nous au moment où les débats concernant l'universalisme dans ses grandes figures (y compris, bien entendu, l'universalisme d'un projet socialiste ou ... différentes figures (non seulement l'universalisme bourgeois ou prolétarien mais l'universalisme planétaire, « post-colonial » ou l'universalisme de « genre ») tendent à remplacer en philosophie la « querelle de l'humanisme » telle qu'elle fut menée à l'intérieur et à l'extérieur des cercles marxistes dans les années 60 et 70. »

La philosophie de Marx Étienne Balibar 2001

il y a dans l'universalisme prolétarien un problème insoluble

l'universalisme révolutionnaire prolétarien ou humaniste est une production idéologique occidentale en rapport étroit avec l'universalisme bourgeois et le rationalisme des Lumières : il est de nature matérialiste abstraite voire idéaliste, et c'est pourquoi il aboutit à des considérations abstraites plutôt qu'il ne prend en compte les réalités concrètes de la lutte de classe

sinon, comment expliquer qu'aujourd'hui, la question des luttes des "racisés" soient perçue par des marxistes comme aggravant la segmentation du prolétariat, enrayant son unité, jusqu'au point où ils tiennent le même discours sur le « communautarisme identitaire » que les dirigeants de l'État français ? Ainsi le PIR est-il défini par Théorie Communiste comme « entrepreneurs en racialisation » : les flics qui tuent par racisme sont-ils des entrepreneurs en universalisme prolétarien, ou bourgeois ?

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 21 Fév - 23:01


universalisme, utopie, 'anticapitalisme' et pire encore...

sur l'universalisme révolutionnaire, suite avec un texte intéressant dans la mesure où il établit la continuité évoquée ci-dessus entre universalisme bourgeois et prolétarien, mais évoque aussi Marx, Pannekoek, Postone... et le PIR...



Entretien avec André Danet par Le Moine bleu


Citation :
LMB :  Ton livre accorde une place importante à la notion d’utopie. Il rappelle la sympathie invincible de Marx pour certains utopistes de son temps (ou plutôt l’ayant immédiatement précédé), soit les tenants d’une organisation sociale rigoureuse, cohérente, totalisante.

Il est plaisant - par contraste - de voir, sous ta plume, sévèrement critiquée l’outrecuidance de penseurs «anticapitalistes» (ou «altermondialistes») de premier plan exhibant, eux, un sérieux à toute épreuve, insistant lourdement sur la «faisabilité», le «réalisme», etc. de leurs propres propositions réformistes impossibles. Ceux-là ne comprendraient, d'après toi, pas grand-chose à la nature profonde du capitalisme, à la nécessité, inhérente à ce système, des crises régulières et autres retours éternels des mêmes calamités, laissant toujours identiquement, en face d'elles, les hommes impuissants et désarmés.

D’un autre côté, l’utopie sociale, au fond, toute imaginative et concrète qu’elle puisse être, souffrirait, à te lire, les mêmes maux aujourd’hui qu’hier, des maux liés à ses prétentions - auto-limitées - à construire toutes sortes de modèles économiques viables, performants et aptes à satisfaire les besoins des populations, etc, mais laissant subsister, en quelque sorte à côté d’eux, le système marchand et ses catégories économiques aliénées traditionnelles. Cela nous rappelle un slogan récent du Front de Gauche (Rest in peace), lors de la dernière farce électorale à laquelle il daigna participer (sans grand succès, certes, mais ne tirons pas sur le corbillard) : L’humain d’abord ! À quoi l’on fût tenté de répondre : « Bon, l’humain d’abord, d’accord ! Et puis quoi, en second ? »

Il semble ainsi que tous les penseurs de gauche contemporains, quelle que soit leur radicalité prétendue, acceptent désormais comme un seul Jacques Attali les catégories fondamentales du capitalisme, présentées comme un donné absolument indépassable. On travaillera, éventuellement, à la marge, sur la répartition des «richesses» produites par le capitalisme, cette répartition  étant au fond considérée comme le seul problème, les conditions de production elles-mêmes de ces «richesses» en régime capitaliste n’étant plus guère questionnées. De sorte que chez les réformistes globaux (altermondialistes, étatistes de gauche) autant que chez les néo-utopistes concrets construisant leur propre paradis solidaire-local dans telle micro-banlieue économique que leur concède parfois le Capital (souvent, d'ailleurs, à fins d'expérimentation pour son propre compte), on retrouverait les mêmes compréhension et critique parcellaires du système dominant. Penser toute la société d'après n'apparaît plus pour personne, dans la sphère «anticapitaliste», la nécessité des nécessités. Il nous paraît cependant que les principaux concernés par la Révolution (et, soit dit en passant, son principal moteur potentiel) - autrement dit les prolos révoltés - n'iront désormais plus trop, échaudés par les sublimes expériences du vingtième siècle, se faire trouer la paillasse aussi gaiement qu'avant pour de simples idées économiques, fussent-elles de gauche, solidaires et gnagnagna (et quant à la 6ème République, je te dis pas !) sans qu'on leur fasse voir concrètement à quoi ressemblerait une rue, une avenue, un immeuble, un cinéma ou une semaine d'existence-type (nous n'avons pas dit moyenne) sous le communisme. Oser vouloir imaginer cela (bien placés pour en causer : nous en reçûmes autrefois des accusations de totalitarisme, d'autoritarisme et même de crypto-fascisme) révolte souvent les belles âmes «révolutionnaires».

Tu cites toi-même un passage très intéressant de l'ouvrage de Martin Buber, Utopie et Socialisme, où est étudiée la déclaration suivante de Lénine : « Quelle tournure le socialisme aura, lorsqu'il prendra ses formes définitives, cela nous ne le savons pas et ne pouvons pas le dire. » Propos auxquels Buber réagit ainsi : « Sans aucun doute, c'est là une manière de penser marxiste, mais il projette ainsi en pleine clarté historique le caractère limité de la conception marxiste du monde dans son rapport à une réalité naissante ou cherchant à naître : le possible qui, pour son déploiement, a besoin du secours de l'idée de la forme sociale, demeure non-reconnu. » Tu poses, toi, justement, un peu plus haut dans ton ouvrage, que le refus de Marx et Engels « de s'engager sur ce que serait l'organisation sociale future, d'en donner une représentation, leur conception trop vague, insuffisamment critique, de la planification, et la place qu'ils accordaient au parti, a joué en faveur d'une représentation centralisatrice et politique de cette construction. » D'où ces deux questions : penses-tu, avec ce livre, avoir fait œuvre d'utopie ? L'utopie et la lutte des classes révolutionnaire sont-elles condamnées, pour vaincre, à ne pouvoir se passer l'une de l'autre ?  


ANDRÉ DANET : Le dernier chapitre de mon livre est une utopie, réalisable et amendable. Et le projet d’une rupture radicale avec la société capitaliste ne se réduit pas à l’élaboration d’une théorie des luttes qui y mettront fin, il lui faut aussi opposer au vieux monde les principes de construction du nouveau monde. Dans la première moitié du 19ème siècle, les utopies ont non seulement fait rêver beaucoup de gens, elles ont aussi engagé nombre d’entre eux à tout quitter pour réaliser leurs rêves. L’expérience historique de la Commune, comme celle de la révolution anarchiste espagnole, n’ont été possibles que parce qu’une idée de la société à construire avait pu être débattue et s’était largement diffusée.

Le marxiste et théoricien des Conseils ouvriers Anton Pannekoek, tout en nous gardant de «tirer de notre seule imagination» la forme que prendrait la nouvelle organisation sociale, appelait à «appliquer toutes les ressources de notre intelligence à [la] rechercher et à [l’]expliquer, aussi bien pour nous que pour les autres» : «quand un homme a un travail à faire, il doit d’abord le concevoir dans son esprit, sous forme d’un plan ou d’un projet plus ou moins conscient», notait-il dans  son texte Les Conseils ouvriers.

Il faut, cependant, cependant, répondre à ceux qui verraient dans la proposition d’un modèle de société post-capitaliste le rejet d’autres types d’alternatives au capitalisme, ou une forme d’ethnocentrisme. Pour ce qui est d’autres alternatives, l’universalité de la négation du capitalisme se réalise non seulement dans une forme universelle de société post-capitaliste, mais aussi dans des formes particulières.

Les luttes actuelles relient des luttes locales, propres à une partie de la population, à des luttes globales, seules à mêmes de mettre fin au capitalisme. Pour atteindre leur objectif, la fin de la dynamique mortifère du capitalisme, le projet porté par ces luttes globales doit partout reposer sur les mêmes principes : une démocratie réelle, un changement de forme de la propriété, la fin des échanges marchands, la solidarité internationale. Mais ce projet n’est pas exclusif des autres formes d’anti-capitalismes portées par les luttes locales : on pense ici aux luttes des paysans pauvres et des indigènes dans les pays du tiers-monde, tels le soulèvement zapatiste au Chiapas, ou, en Inde, le mouvement non-violent, gandhien, Ekta Parishad. Ces populations sont entraînées dans les luttes mondiales contre le capitalisme par la misère, l’accaparement des terres par les grands propriétaires et par les multinationales, les pressions des lobbies pour la réalisation de projets industriels de grande ampleur sur leurs territoires, le saccage de la planète, la dégradation de l'environnement. Leurs projets allient tradition et modernité, l’organisation de leur société repose sur une économie villageoise essentiellement agricole, une réelle démocratie, et le rôle des femmes s’y trouve renforcé. Ils s’inscrivent naturellement dans les processus de protection de la nature, préservant les relations traditionnelles qui existaient jadis avec les animaux, les plantes, les arbres, la nature en générall (on peut lire à ce sujet l'entretien avec Rajagopal P. V., dans Actualité du Gandhisme : Ekta Parishad, revue Mouvements du printemps 2014).

Sur - et contre - l’ethnocentrisme, l’idée d’un modèle unique d’alternative au capitalisme pose question, car alors, par-delà sa mort, il semblerait que le projet révolutionnaire reprend à son compte l’anéantissement ou le refoulement des civilisations extra-européennes qui ont été son fait. D’où la nécessité d’interroger l’universalisme de ce projet. Un universalisme d'abord bourgeois. Le capitalisme a, le premier, produit une structure économique unifiée pour l’ensemble du monde, il a fondé la première forme de société historique effectivement universelle. Mais cette universalité n’est qu’un autre nom pour l’uniformisation du monde comme résultat de son mouvement autonome, et de son extension par la force des armes. Partout dominent le même mode de production, la même standardisation des modes de vie, les mêmes idéologies productiviste et consumériste. Sur le plan des idées, l’universalisme humaniste bourgeois s’est d’abord imposé comme forme culturelle adéquate à la société bourgeoise. Le pouvoir usurpé par la noblesse et par les églises, l’étouffement de la liberté par les forces obscurantistes, devaient faire place aux lumières et à l’organisation des sociétés humaines selon les principes universels de rationalité, d’égalité des individus, de centralité de l’économie marchande. Mais dès le lendemain de la victoire politique de la bourgeoisie, l'irrationalité de cette économie devenait manifeste, l'unité proclamée de la société se disloquait sous l’effet d’une impitoyable exploitation d’une classe par une autre, portée dans la première moitié du 19ème siècle à un degré jamais connu auparavant, et la conquête des colonies faisait passer d‘une culture émancipatrice à une culture impérialiste, opposant la civilisation de l’occupant aux civilisations des pays occupés.

Et dans cette confrontation, ceux qui défendaient les valeurs «universelles» portées par l’Occident méconnaissaient la part d’irrationalité qui s’y logeait et la part de rationalité propre aux autres civilisations. Fabrice Flipo (dans son Contre Dumont, L’universalisme moderne à l’épreuve de l’Inde des castes, revue Mouvements du printemps 2014), rappelle que : « Dumont pèche en accordant trop de rationalité à notre culture et pas assez aux cultures étudiées. Ce qui manque à sa théorie de l’ordre social est d’avoir explicité ce qui relève en propre de la culture, c’est-à-dire de ce qui, tout en étant arbitraire, n’en présente pas moins une prétention à l’universalité, et donc à la rationalité et à l’objectivité ».

Par ailleurs, cette civilisation dans laquelle la bourgeoisie voyait l’aboutissement universel de la vie de l’Esprit était violemment contestée par ses artistes majeurs. Beaucoup dénonçaient la stérilité spirituelle de son rationalisme et rejetaient son progressisme. L’horreur de la Grande Guerre a radicalisé ces critiques. Guillaume Bridet explique comment, animés par le sentiment de l’urgence d’un changement de civilisation, pendant un court moment, dans les années 1920, quelques littérateurs et intellectuels cherchèrent une nouvelle voie dans un réel dialogue entre l’Asie et l’Occident, dans « un universalisme de l’espace public partagé, de l’élaboration à plusieurs et dans la réciprocité : non pas une sortie verticale de l’horizontalité des différences, ordonnée donc à une transcendance, mais le maintien d’un horizon authentiquement démocratique dessinant un avenir décloisonné et pensé en commun » (lire son article L’Inde, une ressource pour penser ? Retour vers les années 1920, toujours dans la revue Mouvements du printemps dernier).

Enfin, la critique des formes universalistes de la société bourgeoise ne s’arrête pas au dévoilement des intérêts particuliers de la bourgeoisie (intérêts de classe, intérêts nationaux), c’est la notion même d’universel comme idée transcendante qui doit être remise en cause.

Selon la théorie socio-historique de la connaissance et de la subjectivité, et selon Marx, comme le relève Moishe Postone, « la façon dont les hommes perçoivent et conçoivent le monde sous le capitalisme est façonnée par les formes de leurs rapports sociaux compris en tant que formes structurées de pratique sociale quotidienne », « ce qui apparaît historiquement, ce n’est pas l’universel en soi mais une forme universelle spécifique, qui est liée aux formes sociales dont elle fait partie » (Temps, travail, et domination sociale, aux Mille et une nuit, 2009).


Il existe un universalisme prolétarien, dont il faut parler. La vrai victoire du capitalisme n’est pas dans son extension au monde entier par la conquête militaire, mais dans le fait qu’après avoir conquis leur indépendance, aucun pays anciennement colonisé ne l’a rejeté. Capitalisme d’Etat (sous l’étiquette «communiste»), capitalisme de libre entreprise, économie mixte : tous relèvent d’une forme de capitalisme. L'émergence récente de théocraties n’a pas remis en cause ce fondement économique : l’Iran des mollahs l'a fait sien, et rien n’indique que, malgré sa volonté d’une rupture radicale avec la civilisation occidentale, l’État Islamique en Irak et Syrie doit suivre une route différente (l'argument d‘une finance islamique refusant l'usure pour dénier le caractère capitaliste de ces économies bute sur la réalité des contraintes de valorisation du capital). Certes, dans certains de ces pays, l’ancienne organisation économique coloniale n’a été conservée par les classes dirigeantes autochtones que pour servir leurs propres intérêts, mais ce n’est pas le cas de tous, et même pour ceux-là, aucun mouvement d'ampleur n'a projeté une rupture radicale avec l'économie capitaliste. Il n’y a pas eu dans les pays anciennement colonisés de retour aux modèles d’organisation politique, économique et sociale, aux modes de pensée d’avant la colonisation. Sans renier leurs histoires ni leurs cultures, ils s’inscrivent à leur tour dans le développement de cette économie. Et les seules alternatives au capitalisme qui soient également des alternatives particulières à tel ou tel pays, tel le gandhisme, sont le produit non de la seule culture locale, mais de la rencontre de cette culture avec d’autres cultures, et principalement avec la culture occidentale.

Ce n’est donc plus faire de l’ethnocentrisme que de défendre les valeurs induites par le capitalisme, ou d’affirmer que la fin du capitalisme doit partout prendre la même forme dominante, forme qui par construction sera également l’expression des diverses cultures du monde. L’ethnocentrisme de la bourgeoisie occidentale, comme celui du mouvement révolutionnaire, n’est pas là. Il est d’abord dans le fait que l’universalité des valeurs défendues masque la particularité des intérêts nationaux, non seulement de la classe dirigeante, mais aussi du reste de la population.

C’est ce que j’ai souvent souligné dans ce livre : en dehors d’un projet réellement révolutionnaire, et donc internationaliste, les intérêts socio-économiques des travailleurs des divers pays sont souvent antagoniques. Pour les partis de gauche, l’intérêt national a toujours primé sur la solidarité internationale des travailleurs, et le soutien aux luttes de libération nationale n’a eu de réalité que lorsque l’intérêt national de leur propre pays n’était pas en jeu. Sous une forme moins reconnue, cet ethnocentrisme se manifeste également dans l’idée que le développement du capitalisme a fait table rase des cultures passées. L’universalité du projet révolutionnaire réside d’une part dans la négation effectivement partout identique du même système économique, d’autre part dans la lutte universelle pour l'émancipation de l'homme, l'économie n'étant qu'un mode particulier, déterminé et spécifique, de l'aliénation. Mais dans l’un et l’autre cas, ce projet est conçu comme devant partir d’une base où seuls les rapports capitalistes sont à prendre en compte, tout autre contenu historique ayant été réduit à néant par la force uniformisante de ce mode de production : dans les courants marxistes, l’idée domine que la production capitaliste « a été la ruine de toute société extérieure», que c’est «la négativité victorieuse de toute société particulière », que son développement équivaut « à la suppression violente de toute société, […], à l’universalisation terroriste de sa propre forme et de son propre contenu », qu’elle impose son sens dans les sociétés qu’elle conquiert « en les vidant de tout contenu propre » (Raphaël Pallais, Incitation à la réfutation du tiers-monde, éditions Champ Libre, 1978, pp. 15, 19, 21).

Selon cette conception, la révolution redonnerait bien droit à une histoire diversifiée qui n’aurait plus rien à voir avec le développement autonome de l'économie, une histoire réelle directement vécue par tous, mais celle-ci se déploierait à partir d’une base partout identique. Dans ce refoulement de la spécificité particulariste on reconnaît la forme particulière prise par l’universalisme dans la société bourgeoise, un universel qui se fonde sur l’abstraction de toute spécificité concrète, et qui s’est historiquement constitué avec l’apparition et la généralisation des rapports sociaux déterminés par la marchandise : le dépassement du capitalisme implique le dépassement de cette opposition entre un universalisme homogène-abstrait et une forme de particularité qui exclut l’universalité.

Postone explique, dans un passage de son Temps, travail, et domination sociale (aux éditions Mille et une nuits, 2009), qu'il faut citer ici assez longuement :

Moishe Postone a écrit:
La critique [marxienne, et non marxiste] n’appelle ni à la réalisation ni à l’abolition des idéaux de la société bourgeoise ;  et elle ne tend ni à l’accomplissement de l’universalité homogène abstraite de la société existante, ni à l’abolition de l’universalité. Au lieu de cela, elle explique comme socialement fondée l’opposition de l’universalisme abstrait et de la spécificité particulariste, elle explique cette opposition en fonction de formes déterminées de rapports sociaux - et (...) leur développement même montre la possibilité d’une autre forme d’universalisme, d’un universalisme qui ne se fonde pas sur l’abstraction de toute spécificité concrète. Avec le dépassement du capitalisme, l’unité de la société déjà constituée sous une forme aliénée pourrait s’effectuer différemment, par d’autres formes de pratique politique, sans avoir besoin de nier la spécificité qualitative.

La prise en compte par le mouvement révolutionnaire et par la société post-capitaliste des spécificités culturelles (histoire, art, mœurs, coutumes, religions, éducation) et des intérêts matériels des minorités (y compris de ceux qui découlent de la religion, telle la construction de lieux de cultes : la fin des croyances religieuses ne se décrète pas) nécessite une organisation démocratique qui permette leur représentation, qui ne les noie pas dans l’atomisation des choix individuels. Mais également, cette organisation doit empêcher que ces minorités ne se constituent en groupes d’intérêts socio-économiques opposés les uns aux autres, ramenant les rapports conflictuels de l’ancienne société.

Aujourd’hui, en France, loin que les dirigeants politiques mettent en place des instances permettant aux populations issues de l’immigration d’être partie prenante du gouvernement du pays, les discriminations et les attaques dont elles sont victimes s’aggravent. La revendication d’identités nationales nécessairement fictives, d’une multiplication des frontières extérieures et intérieures (contre les minorités) n’est plus l’apanage d’une extrême droite marginalisée. De nombreuses voix à droite et à gauche, dans le peuple et dans les sphères du pouvoir, s’y rallient. L’impuissance de l’État à résoudre les problèmes économiques met en évidence l'importance du fondement économique de ce basculement idéologique : si la solidarité, nationale et internationale, ne permet plus un progrès commun dans le monde capitaliste, cette idéologie permet de croire que l'unité d'un groupe identitaire fort donnerait une chance à ce groupe de retrouver la croissance, que cela se réalise au détriment des autres étant soit nié, soit accepté comme un mal nécessaire.

Ce ne sont pas les principes d'universalisme et d'égalité abstraite du modèle républicain qui sont responsables de cette montée de la xénophobie. Ces principes, en ne permettant l'émancipation des hommes qu'en tant qu'individus quasi-abstraits, cachent certes la privation de leur histoire qu'ils imposent aux minorités. Mais ils n'interdisent pas la mise en place de pratiques politiques qui la leur rendraient : sa possibilité est affaire de rapport de forces, le plus engagé dans ce combat étant le Parti des Indigènes de la République. Mais, d'une part, le P.I.R. reste un parti réformiste au sens développé dans mon livre : quand bien même ses revendications et celles des partis de la gauche radicale auxquelles il s'associe aboutiraient, le développement de la crise multiforme actuelle ne serait pas stoppé. D'autre part, dans son analyse des discriminations qui frappent les immigrés et enfants d'immigrés, le P.I.R. amalgame plusieurs réalités qu'il faudrait distinguer : l'antinomie bourgeoise entre universalisme et particularisme, la réalité des conflits d'intérêts socio-économiques entre populations des pays colonisateurs (toutes classes confondues) et celles des pays colonisés, les répercussions nationales des conflits internationaux, ainsi que la réalité post-coloniale à l'œuvre dans ces discriminations. Le P.I.R. met avec force l'accent sur ces réalités qui sont souvent niées, aussi bien à droite qu'à gauche, mais leur amalgame obscurcit les conditions d'une convergence des luttes entre populations d'origines diverses.


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 22 Fév - 9:32


remises en perpectives révolutionnaires

ce sujet n'est pas celui d'une synthèse, mais de réflexions au long cours ouvrant des pistes qui y conduiront. En assumant la rupture décoloniale avec la théorie de la communisation et l'universalisme prolétarien, qui font de tout le marxisme européen un programmatisme révolutionnaire tendant au détermininisme et au matérialisme abstrait voir à l'idéalisme philosophique, nous avons remis sur leurs pieds, au présent, des perspectives révolutionnaires reprenant des thématiques jugées contraires au communisme comme mouvement de l'abolition du capital, ici et maintenant, par des luttes concrètes existantes et non par des luttes rêvées comme pur idéal à réaliser immédiatement. Quelles sont ces pistes ?

c'est d'abord la critiques des fausses pistes

confusions, réductionnismes, amalgames, et fausses critiques

cela touche ensemble à des problèmes méthodologiques, épistémologiques, de contenus, de stratégie, de politique et d'organisation. L'approche conceptuelle psychorigide confond ou oppose :

- méthode dialectique et méthodologie dialectique complexe, compliqué et complexe, simple et simpliste, systématisme et cohérence, concept philosophique et concept praxique, structure conceptuelle abstraite et structure historique concrète, théorie et théorisation, mots et concepts, rigueur et rigidité, gestion intellectuelle et pensée créative, travail intellectuel séparé et activité de l'agir-penser 'dedans', savoir et savoir-faire, lien organique et intellectuel organique...

- passé du passé, passé du présent, présent du passé, présent du présent, présent du futur, passé du futur, futur du futur, avenir du futur

- contradiction dialectique et dépassement dialectique, dépassements produits et dépassements à produire...

- humanisme et anthropocentrisme, contradiction nature-culture et unité du rapport humain-nature, subjectivisme rationaliste et pensée corps-cœur-esprit, subjectivisme et utopie, idéologie et erreur, espérance et illusion,

- luttes identitaires et luttes spécifiques, communautarisme et communauté de lutte, racialisation et lutte de classe racialisée...

- classe exploitée et prolétariat ouvrier, économie politique et capitalisme, capital comme exploitation et capital comme système de domination, prolétariat exploité et classe des abolitions, capitalisme et antagonisme de classe, implication réciproque prolétariat-capital comme structure dominante par l'exploitation et structure à dominante du capital, structuration du capital et contradiction structurelle binaire, ternaire ou intersectionnelle

- démocratie et démocratie politique, politique et politique partisane ou institutionnelle...

- activisme et militantisme, organisation politique et auto-organisation des luttes, idéologie et subjectivisme, propagande théorique et subjectivation révolutionnaire...

- individualisme et individualité...

- spontanéisme et improvisation...


chantier, plein chant, champ entier

c'est ensuite un ensemble de concepts à reprendre à nouveaux frais dans une approche dialectique négation-positivité. Je me contente ici de les lister en vrac, renvoyant aux sujets qui ont défini ou esquissé des problématiques :

démocratie, liberté, prolétariatS, (constitution en) classe des abolitions, utopie, espérance, structure historique à dominante, histoire structurelle du capitalisme, critique de l'ÉTAT-nation et critique de la NATION-État, communismes pluriversels, etc.

least but not the last liste


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 22 Fév - 17:28


à lire ICI

Entrevista a Michael Löwy Luis Martinez Andrade Entrevue avec Michael Löwy [1] Traduction de larges extraits : Adé

l'intérêt est multiple de ce texte, pour nous "marxistes européens" et qui plus portés vers la pensée décoloniale et aux mariages qu'on sanguine entre poétique et révolution : Michael Löwy est un pilier de la "pensée marxiste" des deux côtés de l'Atlantique, le Nord de « chez nous » et le Sud de « chez eux ». On y trouvera une présentation certes succincte, en deçà des problématiques ici ouvertes en termes plus radicaux, mais concise et simple de ce qu'on peut appeler le marxisme, ou le communiste, décolonial. On y retrouve aussi le débat sur l'universalisme prolétarien vs le pluriversalisme décolonial... Qu'on partage ou non ses choix politiques, on ne passe pas à côté sans saluer son don paisible. Gracias al traductor




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