PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 17 Déc - 9:16


retour sur 15 décembre : « le texte complet de l'intervention qu'Houria Bouteldja a présentée entièrement à Montréal le 26 août et en partie le 24 novembre à Rouen. Je ne l'ai pas encore lu de façon serrée, mais il me semble un texte jalon important, à la fois sur le plan théorique et de "stratégie politique", extrêmement riche, dense et synthétique, avec une sincérité et un  souci pragmatique, si j'ose dire de façon provocatrice de tous côtés, quasi "léninistes". Cela ne vaut pas approbation en tout, mais pour pouvoir en dire plus, il va falloir s'y coller sérieusement...

Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes Houria Bouteldja, membre du PIR 14 décembre 2015
 
je l'importe ici du sujet critiques de l'INTERSECTIONNALITÉ "CLASSE-GENRE-RACE" , critique que j'ai moi-même engagée en 2013-2014 sur mon ancien blog...

« s'y coller sérieusement », ce sera prendre le temps, compte tenu de la nature spécifique de ce texte et de l'engagement du PIR tout à la fois sur la base d'une théorisation décoloniale qui évolue, et dans une stratégie politique d'activités concernant une population particulière, et non l'ensemble du prolétariat

fidèle à mon positionnement vis-à-vis de cette population racisée, et aux distances prises depuis janvier 2014 relativement à la démarche du PIR comme parti politique, il s'agira de tenir ensemble ces différents niveaux de compréhension et de critiques

je ne pense rien produire sur le sujet avant janvier 2016


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 18 Déc - 11:08



Endnotes ?

"Le Monde Diplomatique de la communisation"


Corinne Cerise


un échange sans coup lisse en coulisse...

Corinne Cerise a écrit:

J'ai dû lire trois fois l'article d'Endnotes pour comprendre de quoi il retournait. Je vais caricaturer à l'extrême, mais lors de ma première lecture, j'ai été abasourdie de lire ceci par exemple, complètement déconnecté de l'économie politique et de la géo-politique qu'ils disent aborder :

Endnotes a écrit:
" Mais le résultat de ces mouvements pointe vers une autre limite que nous annoncions dans « Holding Pattern » : la géopolitique . Différentes puissances ont réussi à profiter des situations déstabilisées. A Maidan, les tensions entre nationalistes et pro-européens libéraux couvaient depuis des mois, mais  n ’ eurent pas beaucoup le loisir de jouer, car dès que Ianoukovitch démissionnait, la Russie – confrontée à la perspective de l ’ extension de l ’ UE et de l ’ OTAN dans un autre pays dans son « étranger proche » –   envahissait la Crimée et  commencait une guerre par procuration dans l ’ Est de l ’ Ukraine. À ce moment là, la rébellion était devenu guerre civile. En Egypte, les conflits entre les radicaux et les frères musulmans, ou entre les musulmans et les coptes, qui s ’ étaient développés à la suite de la chute de Moubarak, ont finalement été immergés dans un grand jeu de puissance régionale, quand le soutien financier de l ’ Arabie permit à l ’ état de l ’ Egypte de se rétablir. Ailleurs, de la Syrie à Bahreïn, au Yémen et en Libye, les espoirs du printemps ont été étouffés dans la guerre civile, l ’ intervention militaire ou les deux."

Donc pour caricaturer, j'ai eu là l'impression de lire "le Monde Diplomatique de la communisation". Passez moi l'expression, mais c'est ce que j'ai ressenti.

Je partage avec vous les constats que vous faites, et en particulier :

Patlotch a écrit:
"Endnotes semble ré-introduire la notion de "pays riches - pays pauvres", pour ne pas dire "Nord et Sud", ou "centre et périphérie", mais l'analyse reste effleurée en termes de critique concrète de l'économie politique , et la possibilité d'une restructuration du capital en cours semble rejetée pour l'instant"

Je rejoins tout ça, il n'y a aucune analyse sérieuse du capital, qui est peut-être en effet dans une nouvelle phase de restructuration ; pour le moins, de ce qu'on a directement sous les yeux chaque jour - en France (*) - cela semble se dessiner. Rien non plus sur la tendance (je suis prudente) à la guerre généralisée entre impérialismes (directement ou non) comme ultime recours à cette sortie de crise. Sortie de crise "classique".

Patlotch a écrit:
" la "géopolitique" est évoquée, mais pas précisément décrite, sauf... pour Syrisa, et en termes qui ne sont pas géopolitiques ni militaires (...) l'Inde et l'Asie du Sud-Est, ou encore l'Afrique, n'existent pas... la guerre non plus !"

Là, vous mettez dans le mille ! Endnotes ignore totalement ce qui se passe dans la moitié du monde au moins. Pour la guerre, voir plus haut.



Corinne Cerise a écrit:
Sinon, continuez donc votre chemin, il est bien plus puissant et précieux pour les communistes que ce type de littérature hors-sol. Cessez de vous bagarrer avec tout ça, si vous voulez mon avis. Je n'ai pas la prétention d'avoir un niveau théorique élevé, mais perso à votre place je garderais les fondements vérifiables de ce qu'ont écrit TC et Hic Salta - que je découvre grâce à vous - le reste...


question pour un champion

quelle est la différence
entre
une théorie sur le communisme
et
une théorie communiste ?


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 18 Déc - 13:35


une remarque faite ici : LE CAPITAL en chiffres : Qui possède ? Quoi ? Où ?


critique radicale du capitalisme :

tout est à reconstruire



sans être très avancé dans la critique de l'économie politique, le caractère entrelacé, d'une part de la géopolitique des États-nations ou États-alliances, leur fonction d'Etat capitaliste nationale et globale, d'autre part la dimension transnationale des firmes dites "multinationales", interdit à mon sens de pouvoir penser l'économie politique actuelle du capitalisme pays par pays, seraient-ils les plus puissants

je ne comprends littéralement pas comment des héritiers de Marx tels que Bruno Astarian ou Mylène Gaulard ont pu se lancer dans des spéculations sur l'avenir de la Chine capitaliste, ou pire la possibilité d'un capitalisme chinois endogène, comme si la question pouvait se poser dans le capitalisme globalisé comme en 14, si j'ose dire...

pour construire une théorie en corpus, je ne prétends pas être le plus avancé, d'autant que ce n'est pas mon objectif, mais pour voir ce qui manque aux unes ou aux autres, leurs apories, ou ce qui cloche définitivement, on peut me faire confiance : je suis, contrairement à tous ces "théoriciens", de formation scientifique, pas littéraire ou philosophique, et j'ai assez de bases en mathématiques et en logique formelle ou dialectique pour savoir ce qu'est une démonstration par l'absurde et l'absurdité de certaines thèses sur la "communisation", dont elles ont fait leur preuve avec un aplomb confondant, et la fuite courageuse de toute discussion, après avoir affirmé :

Citation :
La diversité et les oppositions internes, pour ne pas dire les conflits, au sein de ce courant communisateur sont définitoires de son existence et elles doivent être reconnues.

Adresse de Meeting, revue internationale sur la communisation


qu'on s'en inquiète ou s'en rassure



à partir de là, j'estime que le bilan des "marxistes" de tous bords, "économistes" ou "théoriciens", est globalement atterrant. On peut ramasser des morceaux ici ou là, comme je ne manque pas de le faire, mais cela ne se construit pas tout seul en cohérence, et quoi qu'il en soi, je prétends que ma démarche méthodologique est bien plus globale, précise et cohérente, et de plus, cerise sur le gâteau proche de celle de Marx

car en réalité, sans faire table rase des acquis, il faut tout reprendre pour vérifier ce que nous avons dans les mains et sous les yeux : tout est à reconstruire !

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 21 Déc - 11:32


le rapport intrinsèque de la praxis du jazz
et
de la théorisation communiste décoloniale

il est rare que parlant de musique en général, ou de jazz en particulier, je fasse référence à des aspects musicologiques ou de technique musicale ou instrumentale. Je ne l'ai fait qu'en un chapitre de mon livre JAZZ ET PROBLEMES DES HOMMES, Livre, 2002 : II1.9 le blues et l’harmonie du jazz (hypothèses), avec cet avertissement :

Citation :
Ce sont ici les seules pages de ce livre où j’ai souhaité aborder une question de musicologie, de technique musicale. Elle concerne quelques aspects du blues et leurs implications sur l’approche et l’analyse harmonique du jazz, voire sur la façon de le penser pour le jouer.

Ces pages sont destinées à renforcer, par des arguments musicaux, le discours qui est tenu dans les parties précédentes quant à la place du blues dans cette musique, pour des raisons pas seulement socio-historiques et culturelles, mais tenant aussi à la substance musicale même : le blues est le tigre dans le moteur du jazz.


concernant les aspects techniques du jazz, voir Histoires des jazz et notamment la guitare jazz comme un piano, histoire et techniques, le trio piano contrebasse batterie dans le jazz 'moderne' et plus précisément, pour amateurs, musiciens débutants ou musiciens avertis, le jazz 'pour les nuls', d'un savoir écouter

mais ce n'est pas l'objet des considérations qui suivent. Elle visent davantage à donner de la matière musicale à ce que j'avance par ailleurs sur le plan théorique dans le titre de ce sujet : JAZZ, IMPROVISATION, RYTHMES et COMMUNISATION : une matrice de la poétique révolutionnaire, improvisation collective, temps réel et création relationnelle

l'occasion m'en ai donnée par le dossier de la revue Jazz Magazine de décembre, consacré à Ornette Coleman, disparu le 11 juin dernier

les trois premières images pour situer le contexte, la dernière pour en venir à mon propos










qu'on lise ou non la musique, que l'on soit ou non musicien, on pourra comprendre les rapports que j'établis ici à la lecture du commentaire sous la partition, dont je souligne particulièrement ce passage :

Citation :
l'harmolodie impose tout de même une distance certaine avec ce qui est de l'ordre du système contraignant, du cliché, voire de la méthode. Le bop est une base du langage harmolodique chez Ornette en tant que dynamique, pas en tant que système.

De même pour le blues, dont la présence évidente et perpétuelle a un fort pouvoir dynamique et évocateur. Enfin, reconnaissons à Ornette l'incroyable capacité, ici comme ailleurs, à unir composition et improvisation dans un même objectif.

Le thème donne l'idée générale de la direction à prendre, le soliste se prêtant ensuite à nombre d'interprétations tout en prenant une distance certaine avec la notion d'"arrangement".

En unissant ainsi une écriture et une oralité, Ornette se joue une nouvelle fois des attendus de la musique occidentale, sans les contester, en toute liberté de conscience. Ornette est tout à la fois continuateur, réformateur et révolutionnaire.


comme je l'avais fait en 2003 dans JAZZ ET COMMUNISME,

Patlotch a écrit:
le jazz est mon communisme par la musique. Et c'est pourquoi j'invite à lire ce texte en remplaçant 'jazz' par 'communisme', pour voir ce que ça fait. Comment ça joue, ce que ça met en jeu, en joue, en enjeux. La classe œuvrière de la jazzitude, en se libérant, libèrera toutes les autres de leurs gênes.


bien plus qu'une métaphore

un lien historique consubstanciel

j'invite à remplacer dans ce texte les notions musicales propres à la tradition du blues et du jazz par celles de la théorisation communiste dont je me réclame, en terme de continuité de l'œuvre de Marx, de continuité-rupture dans la théorie de communisation, et naturellement d'une critique décoloniale que j'estime avoir entreprise avant la lettre par ma critique de la critique française eurocentrée du jazz, annonçant le mariage des théories communiste et décoloniale par la praxis, celle des faire instruits des autres, « je est des autres », dont il s'agit de s'inspirer pour en faire des potlatch

on me pardonnera, ou non, l'immodestie au moins apparente à laquelle aboutit cet exercice, mais je ne prends pas de soin à faire comme si je pensais travailler vainement...

Patlotch a écrit:
la théorisation communiste décoloniale impose tout de même une distance certaine avec ce qui est de l'ordre du système contraignant, du cliché, voire de la méthode. La pensée de Marx est une base du langage théorique chez Patlotch en tant que [dynamique] fondements de la critique du capital, pas en tant que système.

De même pour les luttes de classe historiques et leur tradition communiste et anarchiste, dont la présence évidente et perpétuelle a un fort pouvoir dynamique et évocateur. Enfin, reconnaissons de ce livre-forum l'incroyable capacité, ici comme ailleurs, à unir composition et improvisation dans un même objectif.

Le thème donne l'idée générale de la direction à prendre, le soliste se prêtant ensuite à nombre d'interprétations tout en prenant une distance certaine avec la notion [d'"arrangement"], de corpus théorique fermé à lire comme une leçon de théorie qu'il s'agirait de mettre en pratique.

En unissant ainsi une écriture théorisante et poétique, Patlotch se joue une nouvelle fois des attendus de la pensée occidentale, les retenant tout en les contestant, en toute liberté de conscience. Patlotch est tout à la fois continuateur, réformateur et révolutionnaire.




The Ornette Coleman PrimeTime Band

1977, Village Voice

Ornette Coleman - Alto Sax, Violin, & Trumpet
Burn Nix - Guitar
Charles Ellerbee - Guitar
Larry McRae - Bass
Albert McDowell - Bass
Denardo Coleman - Drums
Kamal Sabir - Drums



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 21 Déc - 12:34


je vais reprendre ce sujet et peut-être le privilégier pour la suite à THÉORIE de la COMMUNISATION et CRITIQUE DÉCOLONIALE : TRESSER des LIENS sans STRESS ni STRASS, dans la mesure où la référence à la théorie de la communisation est lourde à porter les casseroles de ceux qui ont fait sa réputation, et en tout état de cause où aucun dialogue honnête n'a jamais pu s'établir avec ce milieu fermé, sectaire, et réputé pour préférer choisir ses interlocuteurs chez qui ne regarde de trop près ni le théoricisme anti-militant, ni les apories d'un point de vue étroit sur le monde, ni l'eurocentrisme, ni les relations douteuses avec la post-ultragauche de l'idéologie française en voie de négationnisme accéléré depuis les attentats parisiens

comme point de départ en ce qui concerne mon rapport à la théorie de la communisation, qui comme on l'a vu n'est qu'une dimension de plus en plus limitée de la théorisation en chantier ici, bilan repris du 9 décembre :



bilan d'étape sans épate


à titre d'illustration. Voir

le moment viendra de faire un bilan plus complet de ce que nous pouvons retenir de la théorie de la communisation. Nous attendrons pour cela les prochaines productions théoriques, du côté de Théorie Communiste, et de SIC, revue internationale de la communisation dans sa nouvelle formule

esquisse

nous partageons ici le socle commun à cette théorie "rupture dans la théorie de la révolution", remontant aux années 1970 :

- la critique du programmatisme prolétarien et le constat de sa décomposition dans la restructuration mondiale du capital;

- la critique de la démocratie politique jusque dans ses formulations radicales;

- la critique des organisations politiques de type partis d'avant-garde;

- la critique du militantisme objectiviste et subjectiviste, et de l'activisme "pratique" ou "théorique";


de Théorie Communiste, des reconceptualisations héritées de Marx :

- l'implication réciproque entre capital et prolétariat;

- la notion de dépassements produits, à dépasser par les dépassements à produire, évacuant de la théorie du communisme comme mouvement les restes de déterminisme ;

- les concepts de conjoncture, et sous réserve d'un usage pertinent, d'écart;


de Bruno Astarian - Hic Salta, les projections futuristes :

- l'abolition de la valeur;

- des notions telles que production sans productivité et consommation sans nécessité dans Activité de crise et communisation


de SIC, revue internationale pour la communisation, une capacité de critique concrète de situation concrète, utilisant les concepts théoriques comme outils d'analyse, non comme schéma prêt à porter à plaquer sur la réalité, ni généralisation à la situation mondiale, ou prenant ses désirs pour des réalités (TC avec l'écart, la Grèce, etc.). Exemple :

- Incendier et revendiquer. Sur les émeutes en Suède. Zaschia Bouzarri, 2014


nous rejetons :

- l'eurocentrisme partagé avec le marxisme européen et tout le milieu post-ultragauche;

- une méthodologie ayant tourné le dos à celle de Marx comme théoricien de la représentation (Isabelle Garo) et dialecticien matérialiste (Bertell Ollman);

- l'incapacité de TC à l'autocritique claire et à la distanciation de son corpus considéré comme "la théorie adéquate à l'époque" englobant toute production des autres théoriciens

- le refus permanent d'un travail collaboratif en théorie communiste, le sectarisme militant et les procédés égocentriques malveillants de déformation, évacuation et censure d'arguments jugés adversaires dans une concurrence contre-productive et suicidaire;

- le copinage et les coteries entre "amis de trente ans" dont les thèses sont jugées caduques (« Nous consi­dè­re­rons l’ultragauche comme une chose abso­lu­ment pas­sée » TC, 1968, année théorique)

- la diffusion de textes théoriques par dndf sans commentaires, alimentant la confusion et générant des polémiques subalternes sans intérêt;

- la dérive idéologique épargnant l'adversaire de classe pour porter ses coups à toutes luttes ne répondant pas à la norme communisatrice (Kurdistan, auto-organisation des minorités "racisé.e.s" en France, en tant qu'elle s'inscrit dans une dynamique décoloniale mondiale)...






la théorie de la communisation est en crise profonde. Elle n'est plus en mesure de présenter une critique cohérente du monde contemporain, et partant, une mise en perspective révolutionnaire communiste. Fonctionnant isolément pour elle-même dans un entre-soi sectaire, elle ignore et méprise les autres approches théoriques communistes dans le monde, particulièrement la critique communiste décoloniale

soit ses partisans raccrochent leur wagons, soit ils s'auto-consumeront dans leurs derniers feux : éteints



Icare a régné





la petite bête, photos Patlotch



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 21 Déc - 13:36


vers une unification de la théorie dite du communisme décolonial




nous allons avancer progressivement vers une unification de la théorisation communiste décoloniale, qui ne se présentera plus comme un croisement entre théorie de la communisation et critique décoloniale

un moment important sera la tentative, en janvier, de formuler une critique, au sens fort, des positions théoriques du PIR en tant qu'elles se réclament de la critique décoloniale. Nous le ferons par la transcription d'échanges entre Corinne Cerise et Patlotch, actuellement en cours de façon privée

le besoin s'en fait sentir, dans la mesure où ma position, relativement au PIR (ou de même avec le FUIQP), souffre sinon d'ambiguïtés, d'incompréhension entre les niveaux théoriques, stratégiques, et politiques, parce qu'il s'agit de savoir d'où nous parlons, de quoi, et à qui

une telle relation, même indirecte, ne saurait s'établir sur la même base qu'avec des théories ou des théoriciens qui ne prétendent pas, voire se refusent, à toute implication pratique (politique) ou à toute réflexion stratégique sur ce qu'impliquerait de leur part une sortie réelle et assumée du théoricisme, à savoir cesser de prendre une théorie sur le communisme, pour une théorie communiste comme combat de classe, et plus loin encore de faire comme ici, de la théorisation communiste entendant bien entrer en relation effective avec des personnes engagées dans la dynamique décoloniale, et sans pour l'heure qu'on puisse affirmer là une incompatibilité par essence avec le communisme comme mouvement des contradictions du capital

ceci étant posé, je pense qu'on évitera de voir dans la démarche théorisante de ce livre-forum la moindre velléité de construire un syncrétisme entre luttes décoloniales telles qu'elles existent en France aux niveaux théorique, stratégique et politique complexes car concrets, et la théorie de la communisation dont nous ne pouvons plus retenir que quelques éléments fondateurs

de même, parler d'unification de la théorie dite, à défaut d'autre chose de plus parlant, du communisme décolonial, ne signifie nullement une recherche de "convergence", ni d'ailleurs de "divergences", avec la politique du PIR, puisque notre approche ne saurait se prétendre sur le même plan concret ni au même niveau d'effectivité immédiate, d'autant que le terme même de "convergence" est rejeté par le PIR autant que nous rejetons l'idée de "convergence des luttes" à la manière du démocratisme radical

je redonne par conséquent le texte d'Houria Bouteldja sur la base duquel une telle critique peut se faire, parce qu'il traduit un moment jalon de l'expression de ce "parti" pas comme les autres (les "nôtres"), avec de véritables efforts de clarification et de mise à jour des positions théoriques, stratégiques et politiques du PIR, qui sont devenues plus matures et sont en constante évolution. Il faudra articuler ces critiques avec toute la mouvance décoloniale en France, et particulièrement avec les positions de Saïd Bouamama et leur mise en œuvre problématique voire contradictoire par le FUIQP, Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

compte tenu du sérieux de nos intentions, il est hors de question d'entrer dans des polémiques subalternes ou manquant de respect à ce qui, au-delà de toutes critiques légitimes et nécessaires, a le mérite d'exister et de fournir une matière des plus riches à la pensée communiste de notre temps


Patlotch a écrit:
voici le texte complet de l'intervention qu'Houria Bouteldja a présentée entièrement à Montréal le 26 août et en partie le 24 novembre à Rouen. Je ne l'ai pas encore lu de façon serrée, mais il me semble un texte important, à la fois sur le plan théorique et de "stratégie politique", extrêmement riche, dense et synthétique, avec une sincérité et un  souci pragmatique, si j'ose dire de façon provocatrice de tous côtés, quasi "léninistes". Celà ne vaut pas approbation en tout, mais pour pouvoir en dire plus, il va falloir s'y coller sérieusement...



Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes

Houria Bouteldja, membre du PIR

14 décembre 2015



Cette intervention a d’abord été lue au 7ème Congrès international des recherches féministes dans la francophonie, à Montréal le 26 août 2015, puis à l’université Paris 8, le 24 novembre 2015 et enfin à l’université du Havre le 30 novembre 2015 dans le cadre du colloque : « Luttes coloniales et décoloniales dans la France d’hier et d ‘aujourd’hui ».




Citation :
Bonjour et merci aux organisatrices pour cette invitation. Et merci à vous tous et toutes d’être là. Je voudrais commencer par quelques précautions d’usage. La première c’est que je ne suis ni une chercheuse ni une universitaire mais une militante. C’est important de le garder en tête car le monde académique et le monde politique sont deux univers différents et j’ai souvent eu l’occasion de m’apercevoir que les chercheurs espèrent trouver dans le monde militant des prolongements ou des confirmations de leurs postulats, ce qui arrive rarement. La deuxième, c’est que je vais utiliser des concepts qui vous sont peut-être étrangers mais qui sont des catégories politiques comme « indigène » qu’il ne faut pas prendre au sens étymologique mais au sens historique. Il signifie pour nous « sujet colonial ». Je vais utiliser également la notion de « champ politique blanc » qui exprime d’un point de vue décolonial l’unité raciale du monde politique blanc malgré son hétérogénéité et malgré le clivage structurel de classe qui est à son fondement. Je vais utiliser enfin la notion de « Modernité » que nous définissons comme la globalité historique caractérisée par le Capital, la domination coloniale/postcoloniale, l’État moderne et le système éthique hégémonique qui lui sont associés…Je vais finir par un avertissement. Mon propos pourra peut-être être perçu comme provocateur mais je vous assure qu’il ne l’est pas. Je fais partie d’une organisation politique confrontée à des dilemmes et à des choix parfois cornéliens dans un contexte idéologique français très difficile et dans lequel la pensée politique est policée, bridée et si mes propos semblent provocateurs c’est moins à cause de leur nature qu’à cause de la pauvreté du débat, du renoncement progressif à la confrontation et d’un certain amour du consensus mou. Notre but est de nous donner les moyens théoriques et politiques d’avancer dans un projet de transformation sociale et cet objectif ne tolère ni la pensée molle, ni le compromis, ni la démagogie.

Ainsi, si je faisais partie de cette mouvance radicale blanche ou non blanche qui vient de découvrir l’intersectionalité en France, je commencerais cette intervention par une prière : « Au nom de la classe, du genre et de la race, amen ». Il existe en effet un grand travers de la gauche radicale française qui est qu’elle est de moins en moins politique et de plus en plus religieuse. Elle est guidée par des grands principes et une morale qu’elle croit politiques. Ce qui a pour conséquence que dans les sphères militantes on a plus affaire à des hommes et à des femmes d’église qu’à des militants. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais commencer par deux boutades. La première fois que j’ai entendu parler publiquement d’oppressions croisées c’était dans les années 80, j’étais toute petite et c’était par un homme blanc. Il s’appelait Coluche. Et que disait Coluche ? Je cite de mémoire : « Quand on est femmes, noires et handicapées, la vie peut-être très dure ». Quel est l’enseignement que j’en tire : que la conscience des oppressions croisées est à la portée de tous et n’est aveugle que celui qui ne veut voir. Il y a un savoir implicite partagé par tous.

La deuxième boutade, c’est qu’on a coutume de dire que les premières intersectionalistes étaient les féministes noires américaines. Je serais tentée de dire que ce n’est pas vrai et qu’il faut chercher les premiers intersectionalistes chez les colons et les racistes. En effet, ce sont eux les premiers qui ont deviné l’usage qu’ils pouvaient faire des contradictions observées dans les sociétés colonisées. Par exemple, ils ont tout de suite compris comment tirer profit de la différence statutaire entre Juifs et Musulmans en Algérie. De la même manière qu’ils vont tirer profit de l’organisation patriarcale des sociétés du Maghreb. Ils vont utiliser ces contradictions pour en faire des divisions et fractionner le plus possible le corps social entre les Juifs, les Arabes, les Berbères, les hommes et les femmes, les élites et les paysans etc…Et aujourd’hui, ça continue, les sunnites, les chiites, les homos, les hétéros et j’en passe. Bien sûr, je ne confonds pas l’intersectionalité à usage répressif (que je vais appeler négative) et l’intersectionalité à usage émancipateur (que je vais appeler positive) mais c’est important de l’avoir en tête car ceux qui profitent des divisions aujourd’hui continuent leur action et il est évident qu’ils vont savoir faire usage intelligent de l’intersectionalité positive.

Les raisons de s’intéresser à l’intersectionalité sont diverses. Certaines sont légitimes et justifiées, d’autres ne le sont pas. Je ne suis donc pas ici pour jeter le bébé avec l’eau du bain.

L’usage qui me parait le plus légitime est celui qui consiste pour les victimes d’oppressions multiples à penser et à analyser leur condition. Je pense évidemment à l’usage qu’ont pu en faire les femmes noires américaines pour faire valoir devant la justice qu’elles ne pouvaient pas être traitées comme on traite les Blancs, les Blanches ou les hommes noirs étant donné l’imbrication de leurs oppressions. Je pense également à l’usage théorique qu’en ont fait certaines militantes noires ou chicanas pour fournir des outils de compréhension aux luttes politiques. Je pense en particulier au fameux « race, classe et femmes » d’Angela Davis  qui est un classique. Il y a toute une littérature théorique sur laquelle je ne vais pas m’attarder mais qui est riche, dense et qui informe de manière érudite sur la complexité des rapports de domination. Mis à part ces usages, la plupart des autres me paraissent assez suspects. J’en vois quatre :

– D’abord, il y a l’usage académique blanc du terme qui sert à ouvrir des champs de recherche dans le domaine du savoir et qui sert des carrières, qui sert la promotion de chercheurs, d’intellectuels pour lesquels les victimes sont des objets de recherches et jamais des acteurs politiques et pour lesquels la recherche est une fin en soi même s’ils ne l’avouent pas. Il faut cependant relativiser concernant l’émergence dans le champ universitaire de l’« intersectionalité » qui ne défigure pas encore les vieux murs de l’Université française, encore frileuse sur ces questions, elle qui se remet à peine de la percée de la question du genre.

– Et puis, il y a l’usage académique non blanc du terme. C’est-à-dire, l’usage que vont en faire des chercheurs indigènes au sein du monde universitaire. Un moyen pour transformer le stigmate indigène en distinction, c’est d’associer la race aux autres formes de dominations car ce créneau, marginal au sein de l’université, est initié et défendu par des marxistes, eux-mêmes minoritaires. Comme le propos de ces études est d’évoquer sans cesse « l’invisibilisation » des racisés et de leurs savoirs, les chercheurs non Blancs peuvent jouer sur leur « légitimité » de fait et peuvent concurrencer les Blancs, à condition de ne pas enfreindre l’exercice de la déconstruction ou pour le dire autrement, ne pas faire de politique.

– Il y a un troisième usage de l’intersectionalité, qui est celui qu’en font certains groupes de la gauche radicale blanche qui peuvent être sincères mais qui se transforme souvent en injonctions à articuler.

Dans un article fameux[1], Sadri Khiari, membre du PIR a écrit je cite : Lorsqu’un Blanc de gauche nous demande « Comment articulez-vous races et classes ? », il ne faut pas lui répondre. D’abord, tout simplement, parce que cela ne le regarde pas. Mais surtout, parce que quand il nous pose cette question, il n’exprime pas sa simple curiosité. Il se demande au fond si notre combat est vraiment légitime, c’est-à-dire si, de son point de vue, notre combat renforce le sien ou si, au contraire, il l’affaiblit. Il veut savoir s’il correspond à l’idée qu’il se fait de la lutte pour l’émancipation – généreuse, générale, universelle… S’il considère que ce n’est pas tout à fait le cas alors, pour lui, il ne vaut rien, il peut même lui paraître nuisible. »

– Enfin, il y a un quatrième usage. C’est celui qu’en font certains militants radicaux non blancs, qui vivent dans leur chair les effets des oppressions croisées, mais qui se transforme souvent en posture qui elle-même devient une espèce d’esthétique. Ce que je veux dire, c’est que la cause intersectionaliste défendue est rarement incarnée dans un projet politique qui serait force de proposition à destination des habitants des quartiers. Ainsi, la confrontation réelle et la mise à l’épreuve de la théorie disparaissent derrière l’émergence d’une rhétorique séduisante qui peut être captée par le champ politique blanc, voire même instrumentalisée contre les luttes réalisables et j’insiste sur le mot « réalisables ».

Et là, je vais citer Norman Ajari, un autre militant du PIR :

Norman Ajari, a écrit:
« Dans la France d’aujourd’hui, le chantage à l’intersectionnalité est devenu un instrument de police idéologique qui permet de disqualifier ceux qui ne prêtent pas allégeance à l’agenda politique dominant. Les accusations d’homophobie ou d’antisémitisme, sont les armes de ce combat-là. Force est de reconnaître, aussi désolant que soit ce constat, qu’une part significative du discours intersectionnel français est formellement semblable à l’universalisme républicain. Il cherche à consacrer la supériorité morale de celles et ceux qui le prônent, en les confortant dans l’illusion d’une légitimité sans borne. Articuler à tous propos la classe, la sexualité, le genre et la race, c’est s’assurer d’avoir son mot à dire sur tout, et d’être rarement contredit. Le prêcheur intersectionnel répondra « classe » ou « genre » quand on lui parlera race, et vice versa[2]. »


Pour ma part, je vais vous le dire franchement comme je le pense. L’intersectionalité dans son usage en France, et je dis bien en France car je ne prétends pas généraliser cette analyse, est sûrement un précieux outil d’analyse des oppressions mais sûrement pas un outil politique et encore moins un outil de mobilisation. « Le réel, c’est quand on se cogne », disait Lacan. Je prétends que la théorie intersectionnelle se cogne contre le mur de la réalité. Et je vais tenter de le démontrer :

Pourquoi les injonctions à l’articulation de toutes les oppressions ou la posture esthétique qui consiste à se déclarer intersectionnel sont-elles comme je le prétends apolitiques ? D’abord parce qu’elles sont l’incarnation d’une nouvelle morale, d’un nouvel humanisme mais comme tout humanisme, il est abstrait. Effectivement, elles imposent de ne faire aucune hiérarchie de n’admettre aucune priorité et de tout combattre à la fois. Ce qui suppose que les principaux concernés veulent et peuvent endosser un tel projet, en d’autres termes qu’ils ont les moyens matériels de le faire… Je prétends que c’est impossible. Pour des raisons 1/ de contexte, 2/ de dialectique entre les différentes oppressions, 3/ de stratégie politique.

Prenons les éléments de contexte. J’en vois quatre :

– Il y a d’abord le contexte géopolitique international et ce que nous appelons au PIR la contre-révolution coloniale qui est cet épisode qui a commencé immédiatement après les indépendances et qui prend la forme de la recolonisation du monde sous d’autres formes, qui poursuit son entreprise de prédation, qui spolie et crée les conditions d’une émigration massive. Ce qui pousse l’Europe à renforcer ses appareils répressifs contre les migrants et qui a un impact direct sur la vie des post colonisés puisque ces politiques renforcent le racisme, les contrôles policiers et la suspicion tous azimuts. Donc, un contexte géopolitique qui renforce le racisme dans l’hexagone.

– Il y a la crise économique dont la Grèce est en train de faire les frais et qui renforce la compétition dans le monde du travail entre Blancs et indigènes. Donc un contexte qui exacerbe le racisme et prolétarise encore plus les indigènes.

– Il y a le contexte idéologique général. En Europe, il y a longtemps eu un seul clivage reconnu, le clivage de classe, qui oppose la gauche et la droite, les prolétaires et les bourgeois, les progressistes et les réactionnaires. Cette ligne de clivage, bien que brouillée, est toujours valide mais elle est en pleine mutation. Nous ne sommes plus dans les années 70 où les idées de progrès étaient au zénith et où on disait « faites l’amour pas la guerre » et où la jeunesse a participé à ce qu’on appelle la révolution sexuelle. Pendant les trente ans qui viennent de s’écouler nous avons vécu en Europe le déclin progressif de l’hégémonie de gauche au profit d’une hégémonie de droite. Les élites se sont droitisées mais les peuples aussi. Cela a des répercussions sur les rapports de genre et de sexualité notamment. Exemple : Vous avez pu constater la vitalité avec laquelle la France conservatrice, la France catho, la France de droite s’est mobilisée contre le mariage pour tous.

– Il y a le contexte spécifique des quartiers populaires en France et de la banlieue où vivent la majorité des indigènes d’Afrique noire du Maghreb et des Antilles. Les indigènes n’échappent pas à l’influence de cette nouvelle hégémonie de droite d’autant qu’ils ne sont pas les enfants de mai 68 qui est un héritage blanc ce qui a pour effet qu’on ne peut pas les aborder comme on aborderait des hippies ou des bobos parisiens notamment sur les questions de genre et de sexualité. Les quartiers populaires de France n’ont pas échappé au phénomène de régression politique générale. Pour deux raisons principales : On a longtemps crié dans les manifs « français, immigré, même patron, même combat » qui est un slogan caduc. Dans la réalité de la lutte, les ouvriers immigrés se sont vite aperçu que les questions liées à l’indépendance de leur pays n’étaient pas la priorité du mouvement ouvrier français et après les indépendances que le racisme n’était pas non plus sa priorité et que les droits des immigrés étaient toujours sacrifiés au bénéfice de la classe des ouvriers blancs. Les immigrés et leurs enfants n’ont jamais été les premiers clients de la gauche blanche. La gauche a toujours agi en fonction de l’intérêt des prolétaires et des classes moyennes blanches et est restée sourde aux revendications principales des post-colonisés depuis trente ans : la revendication de justice face aux crimes policiers, la lutte contre les discriminations au travail et au logement qui prend la forme d’une lutte contre l’islamophobie, la négrophobie et la rromophobie, la reconnaissance de l’histoire coloniale et de la traite transatlantique et enfin la lutte contre le sionisme. C’est ce qui fait dire au PIR que la gauche est blanche et qu’elle fait partie de ce qu’on appelle : le champ politique blanc. La deuxième raison, c’est que toutes les tentatives d’organisation politique ont systématiquement été pilonnées et tuées dans l’œuf par le pouvoir qu’il soit central ou local. Ce qui a empêché la politisation d’au moins deux générations. Nous en payons le prix aujourd’hui.

A la lumière de ces quatre éléments de contexte, penchons-nous sur la condition des indigènes qui vivent pour la plupart dans des quartiers populaires et sur les interactions entre les différentes oppressions qu’ils subissent.

On nous dit : articulez race, classe, genre et sexualités. On nous concède que l’indigène est, certes, racisé, mais qu’il existe un tas de contradictions dans ce corps social : il y a des riches et des pauvres, des hommes et des femmes, des hétéros et des homos. Ce qui suppose que nous, qui portons un projet politique, nous rendions en banlieue là où il y a la plus grande concentration d’indigènes et que nous endossions un projet articulateur qui assume de défendre ouvertement la lutte des classes, la lutte des races, la lutte féministe contre le sexisme des hommes du quartier et la lutte en faveur des LGBT. Alors là, je dis, objection votre honneur ! J’en ai trois :

1ère objection : Pour articuler, il faudrait que le corps social indigène dans ses tendances lourdes adhère à un projet « progressiste ». Je prétends que ça n’est pas le cas.

– D’abord, parce que depuis trente ans, on assiste à un glissement progressif de l’opinion indigène vers les « valeurs de droite » et à une défiance de plus en plus forte vis-à-vis de la gauche et de la plupart des « valeurs » qu’elle défend sauf peut-être l’égalité sociale bien que celle-ci soit concurrencée par des formes libérales de réussite sociale.

– Ensuite parce que le racisme et la relégation sociale produisent du conservatisme. Les néoconservateurs français qui vont de Fourest à Le Pen en passant par Finkielkraut, c’est-à-dire de la gauche républicaine à l’extrême droite, pensent que les quartiers sont « réactionnaires », et que l’islam l’est tout autant. Cette idée est combattue par la gauche « islamo-gauchiste » avec cette idée selon laquelle il y aurait autant d’islam qu’il y a de Musulmans, que l’adhésion à l’islam est un choix murement réfléchi, individuel, détaché de toute influence communautaire. Bref, on a ici une vision très libérale de l’islam où nous aurions des individus déracinés de leur histoire et de leur milieu, dotés d’un libre arbitre puissant et libéré de toute forme de déterminisme et d’ « aliénation ». Pour ma part, je n’ai jamais adhéré à cette construction – et je dis bien construction – de cet islam libéral et optionnel dont je pense qu’elle est déterminée 1/ par le besoin de la gauche antiraciste de justifier sa solidarité avec les femmes voilées. Et 2/ par une certaine catégorie de musulmans et de musulmanes en particulier sommés de prouver qu’ils méritent le soutien de la gauche et qui adaptent leur discours en fonction des desiderata de gauche. Moi, je crois que les formes que prend l’islam dans les banlieues sont effectivement « conservatrices » et je pense que cet islam-là ainsi que l’un de ses principaux symboles, le foulard, sont effectivement des concessions faites au patriarcat indigène. Je m’empresse de dire qu’il n’y a rien de dramatique là-dedans car le compromis permet des améliorations et ouvre même des marges de libertés. Souvent les femmes semblent reculer mais en fait elles prennent leur élan pour mieux sauter. Ainsi les néoconservateurs ont raison sur la forme, mais pas sur le fond. Je m’en explique avec la notion d’espace-temps. Récemment j’ai donné une interview à une revue de gauche qui s’appelle Vacarme et qui a fait scandale. A une question sur notre rapport au métissage, j’ai répondu que dans un monde où le racisme nous a appris la haine de nous-mêmes, il devenait important d’apprendre à nous aimer et de nous autoriser à nous marier avec quelqu’un de notre communauté plutôt que de chercher une quelconque promotion en nous mariant avec des Blancs, que cette démarche était sûrement considérée comme une régression pour la gauche blanche mais qu’elle était pour nous un grand pas en avant. C’est ça l’espace-temps indigène. La ligne du progrès ne signifie pas grand-chose en milieu colonisé. Ce qui est positif pour les Blancs, ne l’est pas forcément pour nous et vice et versa.

Une anecdote historique pour illustrer ce propos : Dans les années trente, des militantes communistes noires de la section de Harlem demandent d’interdire les mariages interraciaux à l’intérieur du Parti, alors qu’elles-mêmes militent au quotidien pour en finir avec les lois Jim Crow de ségrégation dans la société américaine, dont celle qui interdit aux Noirs d’épouser des Blancs[3]. Les militantes noires en question étaient à la recherche d’une stratégie pour lutter face aux critères de beauté racistes des Blancs qui créaient une féminité supérieure des femmes blanches et faisaient également d’une relation avec une femme blanche un critère de promotion sociale pour un homme noir. Cela a été refusé par les instances du parti mais une des conséquences est quand même qu’une partie des militants communistes noirs de la section ont rompu leurs relations avec des femmes blanches pour être ensuite avec des femmes noires. On a appelé ça sur le ton de la blague un mouvement « back to the race ».

Ce que je veux expliquer c’est que ce mouvement de « repli sur soi » qu’on appelle « communautarisme » et qui a tous les aspects de la « réaction » et du « conservatisme », et qui l’est sous certains aspects, est globalement positif car la communauté, dans un contexte hostile (cf les éléments de contexte) est le premier lieu de la solidarité. Il est évident que cette « régression féconde » qui répond à des besoins matériels et affectifs est précaire et qu’elle ne se fait pas sans conditions. En échange de la protection dans un cadre normatif rigide, la contrepartie c’est effectivement la diminution des libertés. Lors du colloque sur le féminisme islamique, l’une des intervenantes a identifié deux types de musulmanes : celles à faible capitale économique et symbolique qui en priorité cherchent la reconnaissance de leur communauté et qui refusent l’étiquette féministe et celles qui ont un fort capital et qui cherchent la reconnaissance du monde blanc. Pour ce faire, elles adoptent l’identité féministe ce qui est à rapprocher de ce que je disais plus haut concernant les stratégies pour obtenir le soutien de la gauche blanche. Ce que l’intervenante a oublié de dire, c’est que les deux catégories de femmes ne sont pas équivalentes en termes démographiques puisque l’indigénat étant structurellement pauvre, il y a plus de femmes dans la catégorie musulmanes non féministes que dans l’autre. Ce qui a des implications en termes stratégiques puisque la triple oppression conduit à sacrifier dans ce cas l’option féministe et donc à faire le contraire de l’articulation. Quand on prétend comprendre l’articulation race, classe, genre et ses effets, c’est auprès de cette catégorie qu’il faut se tenir. Les intersectionalistes vont avoir tendance à faire le contraire : soutenir celles qui peuvent matériellement se permettre l’articulation parce que vues comme des battantes, des insoumises, des héroïnes[4] au détriment des autres. Ce qui est un comble.

2ème objection : Articuler race et genre, par exemple, suppose de combattre le racisme, le patriarcat en général et le patriarcat indigène en particulier puisque les violences subies par les femmes sont les violences des hommes de leur entourage. Le problème c’est que si le genre féminin indigène est effectivement opprimé par le patriarcat blanc et le patriarcat indigène, le genre masculin indigène est aussi opprimé. Par le patriarcat blanc. Je voudrais signaler ici les travaux sur les masculinités hégémoniques et les masculinités subalternes qui mobilisent les travaux de recherche des chercheurs du sud et qui permettent notamment de ne plus considérer les violences masculines envers les femmes comme l’expression d’une culture locale de la domination masculine, mais plutôt de les penser en relation avec la déstabilisation perpétuelle imposée par l’impérialisme et les réformes néolibérales[5]. Les femmes indigènes ont conscience de tout cela. Elles connaissent très bien l’oppression de leurs hommes et savent aussi le prix qu’elles doivent payer en retour. Dans ce cadre, le premier levier qu’elles vont utiliser, c’est moins le féminisme que l’antiracisme, et ce n’est pas un hasard si depuis trente ans on retrouve les femmes de l’immigration engagées dans les luttes contre le milieu carcéral, contre les crimes policiers. J’ajoute à cela la dialectique de la violence patriarcale qui redouble de puissance à mesure que la virilité des hommes est mise à mal par le colonialisme et le racisme. Je vous disais plus haut que le voile, en plus de ses autres significations, était une « concession » au patriarcat. Je vous précise que c’est une concession calculée, un compromis pour désamorcer le tort qui est fait aux hommes et réduire la pression masculine sur les femmes. Et c’est en cela qu’il faut assumer cette concession plutôt que d’en avoir honte ou de s’inventer un féminisme imaginaire qui relève plus de la rhétorique que de la pratique car ce sont nos conditions d’existences objectives qui déterminent nos choix. J’ajoute au passage que toutes les femmes font des concessions au patriarcat, qu’elles soient voilées ou pas, indigènes ou blanches.

3ème objection : L’articulation suppose qu’en tant que femme indigène et pauvre, je me trouve à équidistance de l’ouvrier blanc, de la femme blanche et de l’homme indigène. Je suis autant éloignée de l’homme indigène que je ne le suis de la femme blanche et de l’ouvrier blanc, ce qui a des conséquences en termes d’alliance stratégique. Avec qui dois-je m’allier de manière prioritaire ? S’il n y a aucune hiérarchie, je n’ai aucune raison de préférer l’alliance avec les hommes indigènes à celle avec les femmes blanches. Et pourtant, dans la réalité nous choisissons par instinct l’alliance de race. Pourquoi ? La première explication, c’est que le corps social des femmes blanches toutes classes confondues a des privilèges politiques, économiques et symboliques supérieures en moyenne au corps social des hommes indigènes. En France, la plupart de temps, il vaut mieux être une femme blanche qu’un homme indigène. La deuxième explication, elle est donnée par les mobilisations des indigènes depuis trente ans. J’ai mentionné plus haut les crimes policiers, l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie, les luttes mémorielles ainsi que la Palestine. Où sont les femmes de l’immigration depuis trente ans ? Dans ces luttes-là. Le choix est fait et il nous a tous précédés depuis longtemps. Les femmes sont là ou elles ont identifié la cause de leur oppression principale. Back to the race. Je voudrais vous raconter une autre anecdote qui se passe aussi aux Etats-Unis dans les années 30.

Ca concerne la reconfiguration des luttes des femmes noires communistes à la fin des années 40 et durant les années 50. Il s’agit d’un choix tactique/stratégique dans un contexte très particulier où l’anticommunisme faisaient rage : alors que leurs maris étaient en prison ou dans la clandestinité, parce que communistes mais aussi parce que pour l’autodétermination des Noirs, des femmes favorables à l’égalité des droits hommes/femmes, féministes, reprennent des motifs de la rhétorique famillialiste de l’époque pour susciter la solidarité des noirs. Ce n’était pas un alignement idéologique, c’est un choix tactique par défaut dans un contexte de recul où le niveau de répression est tel que même la simple sécurité des hommes qu’elles aiment et qui sont leurs compagnons de lutte n’est pas assurée (sachant que même leurs enfants sont harcelés par le FBI) : ainsi par exemple, Esther Cooper, qui n’avait jamais porté le nom de son mari James Jackson mais qui le porte à partir du moment où il est arrêté et écrit un livre, this is my husband » et fait une tournée de solidarité pour le faire connaître[6].

Tout cela pour dire qu’il n’existe pas une universalité des causes mais que les choix tactiques et stratégiques se font toujours en contexte.


Quelle stratégie ?

La perspective ne peut être que le produit d’une économie politique globale prenant en compte tous ces facteurs. Quelle est-elle ? C’est la perspective décoloniale.

Cette perspective doit pouvoir définir un sujet révolutionnaire, c’est-à-dire le sujet autour duquel se construira le projet de transformation sociale. Si on définit le sujet révolutionnaire à partir de la perspective intersectionaliste, ce sera forcément le plus opprimé des opprimés qui occupera cette fonction. Le sujet sera par exemple la transgenre musulmane et pauvre vivant en lointaine banlieue ou l’homosexuel noir et au chômage. A priori pourquoi pas ? Mais, il y a un grand mais. Cette proposition doit reposer sur l’adhésion du grand nombre ce qui suppose que le « grand nombre » en question, qui ne partage ni la condition spécifique des trans, ni celle des homos, est philanthrope et que par conséquent il serait susceptible par empathie, par amour de son prochain d’adhérer à ce projet. Chacun dans cette salle a parfaitement le droit de parier sur cette option. Ce n’est pas mon cas. Je ne crois pas à cette philanthropie et je ne crois pas à cette générosité, pas plus en milieu blanc qu’en milieu indigène. J’ai une approche très pragmatique et je crois que les gens se mobilisent par intérêt et que par conséquent, il faut trouver comme sujet révolutionnaire le plus grand dénominateur commun. J’ai énoncé plus haut les grands thèmes qui mobilisent les quartiers : les crimes policiers, le racisme sous toutes ses déclinaisons, l’impérialisme et la mémoire. Ces quatre questions mobilisent les quartiers depuis 40 ans. Ce qui signifie qu’elles sont significatives et qu’elles recouvrent une matérialité politique qui fait sens et qu’il faut savoir exploiter. J’ajoute à cela, qu’elles mobilisent toutes à un degré ou à un autre les questions de race, de classe et de genre. Ce que semble ignorer nos détracteurs, c’est que ces sujets ne sont pas des points aveugles : les Indigènes les traitent à partir du paradigme décolonial qui est le leur. Je cite Norman Ajari :


Norman Ajari, a écrit:
« La pensée décoloniale est un effort pour donner à sa vision du monde la profondeur historique nécessaire pour agir et raisonner en se libérant de veilles routines politiques. Elle part de l’hypothèse qu’à partir de 1492, avec la « découverte » puis la conquête de l’Amérique, naît un projet de civilisation européen dont la supériorité intellectuelle, morale et physique du Blanc sera le rouage essentiel. Ce que disent les Indigènes, c’est que c’est à partir de ce paradigme, qui prend en compte le projet de la suprématie blanche sur lequel se fonde la modernité elle-même, que les questions de sexe ou d’économie méritent d’être envisagées pour être pertinentes dans les vies des habitants du Sud global et de leurs diasporas. Ce ne sont pas des pièces rapportées, accumulées en une rassurante concaténation des dominations. Elles s’intègrent dans l’orbite d’une théorie cohérente qui, sans les ignorer, ne cherche plus sa légitimité dans la pratique et la pensée politique européenne[7] ».



Ce que nous voulons dire, c’est qu’à partir de la question de la race, en assumant, cette hiérarchie, la pensée décoloniale propose un récit sur la totalité, sur la globalité qui intègre le genre, la classe, la sexualité mais débarrassé de toute forme d’eurocentrisme, œuvrant pour une remise en question radicale de la modernité qui par l’impérialisme, par le capitalisme, par la constitution des Etats-Nations a largement contribué à la production du triptyque race, classe, genre et qu’on ne peut pas imaginer nous en débarrasser sans penser une alternative à la modernité, sans penser une nouvelle utopie.

Houria Bouteldja, membre du PIR



Notes

[1] Sadri Khiari, Les mystères de l’articulation race/classe

[2] Norman Ajari, La faillite du matérialisme abstrait

[3] Mark Naison, Communists in Harlem during the Depression

[4] Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a ici la persistance d’une forme d’orientalisme et de paternalisme quand ce regard est blanc, et d’intégration de cet orientalisme quand le regard est indigène.

[5] Mélanie Gourarier, Gianfranco Rebucini et Florian Vörös, Penser l’hégémonie

[6] Esther Cooper Jackson, This is my husband

[7] Norman Ajari, La faillite du matérialisme abstrait



voici l'ajout du 17 décembre

Patlotch a écrit:
retour sur 15 décembre : « le texte complet de l'intervention qu'Houria Bouteldja a présentée entièrement à Montréal le 26 août et en partie le 24 novembre à Rouen. Je ne l'ai pas encore lu de façon serrée, mais il me semble un texte jalon important, à la fois sur le plan théorique et de "stratégie politique", extrêmement riche, dense et synthétique, avec une sincérité et un  souci pragmatique, si j'ose dire de façon provocatrice de tous côtés, quasi "léninistes". Cela ne vaut pas approbation en tout, mais pour pouvoir en dire plus, il va falloir s'y coller sérieusement...

Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes Houria Bouteldja, membre du PIR 14 décembre 2015
 
je l'importe ici du sujet critiques de l'INTERSECTIONNALITÉ "CLASSE-GENRE-RACE" , critique que j'ai moi-même engagée en 2013-2014 sur mon ancien blog...

« s'y coller sérieusement », ce sera prendre le temps, compte tenu de la nature spécifique de ce texte et de l'engagement du PIR tout à la fois sur la base d'une théorisation décoloniale qui évolue, et dans une stratégie politique d'activités concernant une population particulière, et non l'ensemble du prolétariat

fidèle à mon positionnement vis-à-vis de cette population racisée, et aux distances prises depuis janvier 2014 relativement à la démarche du PIR comme parti politique, il s'agira de tenir ensemble ces différents niveaux de compréhension et de critiques



un sujet spécifique sera ouvert pour rendre compte des échanges entre Corinne Cerise et Patlotch, et le sujet sera abordé avec toute son ampleur dans le présent fil de discussion COMMUNISME et DÉCOLONIALISME... Quelles luttes et théorisation révolutionnaires ?

il va falloir attendre, donc... l'année prochaine

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 23 Déc - 14:39


la communisation nouvelle est-elle arrivée ?


la concurrence sémantique se pointe. Jusque-là, pour communisation, en sus du sens de "la théorie de la communisation", on trouvait celui classique de transformation communiste de la société, appliqué à l'URSS, à la Chine, etc. et dont on voit l'équivalent par exemple en Ukraine avec dé-communisation

cela ne prêtait pas à confusion. Mais voilà qu'arrive un autre sens, lié à l'idéologie des communs, au sens le plus platement économique...


Ubérisation, wikisation, communisation... qu'est-ce que ça change pour nous ?


extrait
Citation :
Les trois nouveaux modes économiques

1- l’ubérisation : je vous offre un outil, une plateforme, transactionnelle, qui fera passer votre actif de la vie non marchande à la vie marchande.

2- La wikisation : c’est l’inverse de l’ubérisation. On sort de la vie marchande des activités qui en faisaient autrefois partie. Avant, des éditeurs publiaient des encyclopédies qu’ils vendaient. Aujourd’hui, les encyclopédies sont créées par les internautes et partagées gratuitement.

3- La communisation : il s’agit d’activités reposant sur des échanges sont symboliques. On pourrait citer les Fab Labs. La communisation n'est pas vraiment un nouveau mode économique, il s'agit plutôt du retour d'un ancien mode soit les communs.


un partisan de la communisation averti en vaut deux ?

au secours !






Dernière édition par Patlotch le Mer 23 Déc - 20:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 23 Déc - 19:50


Triste en Leoni




reçu de tristandelorme@laposte.net (Tristan Leoni DDT21)

sous le titre élégant :
« le repas était bien arrosé, faut-il le préciser ? »

Citation :
Bonjour Patlotch,

L'intérêt que tu portes à mes textes me fait bien plaisir. Tant de compliments ! Je te remercie.

Comprendre que Leoni est un pseudo était assez aisé, mais je me demande comment tu a pu savoir que j'enseignais à l'EHESS !? (je parle en effet assez peu de mes activités professionnelles).

Nous ne nous sommes pas croisé très souvent (deux ou trois fois?), et n'avons mangé qu'une fois à la même table, presque face à face, mais chacun conversant avec ses voisins respectifs... nous n'avons donc pas pu faire connaissance. Ce n'est sans doute que partie remise.

Salutations,

Tristan


ma réponse

Patlotch a écrit:

avec moi, c'est cartes sur table. Les fausses barbes du milieu petit bourge ultragauchiste c'est fini, Leoni. Pas de partie remise donc. Tu craches ta valda ou tu gerbes. C'est comme ça, bouffon



nulle part je n'ai écrit que ce triste Leoni "enseignait" à l'EHESS. « Assis presque en face à face » ? Je ne remets pas cette face qu'il s'emploie à masquer




il se pourrait que je l'ai pris pour une autre Léon à la triste figure de faux-cul du même milieu ultragauchiste "petit-bourgeois", aux plumes aussi lourdes que leurs idées sont blanches. Avec moi on joue cartes sur table, et pas au bal masqué. Pas de partie remise nulle part : je ne m'assierai plus jamais à la table de ces bouffons français. Je suis communiste, mes balles ne sont pas masquées




PS : ce Tristan m'a écrit à Patlotch@free.fr, dont la première adresse est tristan.vacances@free.fr, trou du courriel perdu. Ça ne s'invente pas



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 23 Déc - 22:10


TRISTE

Triste savoir, triste sapience
Triste ruine sans âme
Triste look reluqué
Triste loup refourgué

Triste show d'effroi d'être
Triste clown à paraître
Triste clône gaieté
Tristes enfants gâtés

Triste vie contestée
Triste sans, triste avec
Triste et sec, triste en bec
Triste bon, triste conne

Triste giron de bonne
Triste con qui se donne
Triste amour sans amour
Triste en l'absence

Triste en vacance
Triste rien
Triste tout
Triste madame et son toutou

Triste monsieur de ça ma femme
Triste femme au lit sans cieux
Triste molle, triste mâle
Triste bien, triste mal,

Bof...


FoSoBo, 7 juin 2008, 23h56


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 24 Déc - 8:02


la "race" n'existe pas, mais elle exclue



La galère des jeunes d'origine maghrébine pour trouver un travail LEXPRESS.fr  23/12/2015


A l'heure de trouver un premier emploi, le chemin est beaucoup plus complexe
pour les jeunes d'origine maghrébine, selon une étude du Céreq
Reuters/Eric Thayer

Une nouvelle étude rend compte des difficultés d'accès à l'emploi des candidats issus de l'immigration nord-africaine. Ces jeunes mettent plus de temps à décrocher un travail stable et restent surreprésentés aux postes les plus précaires

Citation :
Il existe bien une "pénalité maghrébine" dans l'accès à l'emploi. Une nouvelle étude du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq), consacrée aux débuts de carrière des jeunes issus de l'immigration nord-africaine, confirme les conclusions de plusieurs précédentes enquêtes: à l'heure de trouver un premier emploi, le chemin est beaucoup plus long et tortueux pour les candidats dont les deux parents sont nés étrangers en Tunisie, au Maroc ou en Algérie, que pour tous les autres.

L'analyse s'appuie sur les données de l'enquête Génération 2004, une cohorte de Français sortis de formation cette année-là, puis suivis pendant sept ans. Or les jeunes d'origine maghrébine sont défavorisés à chaque étape de leur parcours, non seulement par rapport aux Français d'origine française, mais aussi vis-à-vis des jeunes issus de l'immigration d'Europe du Sud, Portugais en tête.

Quand ces derniers passent en moyenne sept mois au chômage dans les sept premières années de leur vie active, le chiffre grimpe à 27 mois pour les enfants d'immigrés nord-africains. Les délais d'obtention d'un contrat stable sont également beaucoup plus longs et ils connaissent plus de "séquences d'emploi", autrement dit une alternance entre travail et chômage, signe d'un enchaînement de contrats précaires.

(infographie dans l'original)

Une partie de ces inégalités s'explique par les difficultés sociales et économiques que rencontrent les Français d'origine maghrébine. Ils restent moins diplômés, notamment à cause d'une "orientation contrariée" qui alimente l'échec scolaire. 40% sont enfants d'ouvriers contre 12% pour les Français d'origine, 23% résident dans des zones urbaines sensibles, etc. Mais "ces facteurs ne permettent pas de rendre compte de l'intégralité de ces écarts dans l'accès à un emploi, a fortiori un statut stable, ce qui confirme l'existence d'une discrimination à l'embauche à l'encontre de cette population", avance l'étude.


Des emplois de "mauvaise qualité"

Car même embauchés, les jeunes issus de l'immigration nord-africaine décrochent des emplois de moins bonne "qualité" que leurs homologues nés de parents français. Un "désavantage" qui "se maintient après sept ans de vie active" et ne se retrouve pas chez les jeunes originaires d'Europe du Sud. Les salariés d'origine maghrébine sont surreprésentés dans les emplois précaires et le sous-emploi - des CDD, des contrats d'intérim ou aidés, avec des salaires proches du smic, sans perspective d'évolution, voire à temps partiel... Ils sont nettement moins nombreux en CDI et dans la fonction publique, aux postes qui ouvrent des possibilités d'augmentation et de promotion...  


La qualité des emplois selon l'origine

(infographie dans l'original)


vous avez dit "idéologie dominante" ?

ce que le journal "bourgeois" l'Express sait, les "communisateurs" ne veulent pas le savoir. Imbu roi du malsain déni, le bouffon Léon de Mattis, ex-PS "leader objectif" de l'anarchisme de gauche, "s'inquiète" : « La récente mode, dans une gauche prétendument radicale, de décrire les rapports de classe avec les concepts de l’idéologie dominante, autrement dit en terme de « races », en est un autre symptôme inquiétant. »

mais il serait de fort mauvais goût de considérer que ce Léon nie colporter l'idéologie française dominante de couche moyenne blanche, qu'il a têtée depuis le berceau et promue dans Meeting et Sic, revues internationales pour la communisation

appelons un chat un chat et Léon de Mattis un raciste anti-communiste

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 24 Déc - 10:29


lentement mais sûrement,
la dérive raciste de Théorie Communiste :

un champ théorique blanc, mâle, de couche moyenne cultivé.e


concernant la question raciale, je n'ai trouvé dans les textes des théoriciens de la communisation aucune considération que négative, le racisme comme segmentation, la condition "racisée" jamais comme base d'une lutte, qui n'est effectivement pas "antiraciste" ni "identitaire", belle et bien sociale mais dans la situation de la domination raciale

« On franchit ce pas en se confrontant à la seule question à laquelle tout se résume : comment une classe, agissant strictement en tant que classe de ce mode de production peut-elle l'abolir et abolir toutes les classes ? » Franchir le pas TC 23 mai 2010

« La lutte des classes n'est jamais pure, mais il n'y a pas de « purification » autre que son dépassement, que la négation des classes » TC décembre 2012. Voir extraits plus bas

on se demande comment, puisque la lutte de classe « n'est jamais pure » comment ses impuretés, et lesquelles, peuvent jouer un rôle effectif dans les luttes et antagonismes entre classes (c'est ici qu'intervient mon concept de "dépassements à produire" sur la base naturellement de ce qu'on est, ce à quoi l'on est assigné, ce contre quoi l'on lutte, et non pas en exprimant une pureté de classe de façon directe, comme le suppose la « théorie de l'écart » de TC, qui a passé son temps à chercher ces écarts, et a cru les trouver dans une proportion infime de luttes de par le monde, en sollicitant le sens jusqu'à le généraliser pour annoncer la communisation en 2020 (dans la version de Bernard Lyon)

Démocratisme radical sans racine, Bernard Lyon, 14 novembre 2005

Citation :
L’usage d’une certaine violence pour exprimer ces revendications n’est au fond pas si exceptionnelle que ça, les paysans la pratiquent couramment, et il est évident pour tout le monde que ce ne sont absolument pas des « émeutes raciales », mais bien des mouvements contre la politique raciste d’Etat, mouvements qui ne mettent jamais en avant une quelconque identité « indigène » (cf à l’inverse le tract « Les indigènes de la république » qui met en avant une couche arriviste, qui appelle à une discrimination positive pour rafler des places au soleil)



comme si le problème était de « mettre en avant » ou pas « une identité indigène »... et comme si ce n'était pas le capital et son Etat qui les produisent : pourquoi les prolos pourraient se battre en tant que prolétaires afin d'en dépasser l'existence entière pour le capital, les femmes en tant que telles contre la domination masculine, mais pas les "nègres" en tant qu'ils sont "racisés". Non, ceux qui le font "essentialisent", c'est exactement l'argument de Manuel Valls dans le délire idéologique qui hiérarchise les racismes, à grand renfort de lutte contre l'antisémitisme... (il se trouve que de Temps Critiques à Théorie Communiste, en passant par la Critique de la valeur, ces théoriciens du déni sont juifs, et leur "milieu" fortement communautariste, identitaire, et sectaire : Patlotch antisémite ?)

tout le monde s'en fout que la "race" ne soit pas structurellement consubstantielle au capitalisme (ce fatras conceptualiste ne relève que du modèle théorique « structuraliste prolétarien », comme disait Camatte de TC)  : les "prolétaires racialisés" s'en foutent et moi avec : les luttes quelles qu'elles soient ne sont pas au service du théoricien pour leur distribuer bons et mauvais points !


Roland Simon a écrit:
La segmentation développe « ensuite » sa propre efficacité idéologique qui découpe une population, solidifie les différences, c’est là où les Indigènes apparaissent comme des entrepreneurs en racisation, comme il y a des entrepreneurs en nationalisme, c’est une élite qui se constitue un racket, heureusement sans grande efficacité jusqu’à maintenant. Là, la critique doit être sans concession.

L’homophobie, l’antisémitisme, la « compréhension » du « pro-Saddam » pendant la guerre du Golfe, etc. ne sont pas des « dérives » comme on peut le lire sous la plume de Mamadou (Dndf), ce qui présuppose un point de départ plus ou moins « sain », ces positions sont constitutives de l’activité d’entrepreneurs en racisation qui est la raison d’être du PIR. Ils découpent même un segment particulier dans la population « immigrée » sous le vocable de « postcolonial ». Il leur faut définir une identité essentielle.



des pavés de textes, ici sans la moindre citation à l'appui, une caricature qui, comme d'habitude avec RS, prend un passage et en tire sans preuve le fil en croyant ainsi défaire toute la pelote (comme avec troploin, Astarian, et moi). L'usage par RS de "postcolonial", des premiers écrits du PIR, relève de l'amalgame, vu l'ignorance qui fonde leur mauvaise réputation en France des Etudes post-coloniales, aux yeux des so called marxistes, qui les assimilent vaguement au post-moderne, mais qui n'en en rien lu, surtout pas leur genèse marxienne (Stuart Hall, Raymond Williams, Gayatri Spivak...). Dans quel but ? Soit par inculture crasse, typiquement française droit dans ses bottes universelles, soit et de fait pour masquer le concept de décolonial qui en est justement la critique

on n'essaye pas de comprendre ce que cela signifie pour "eux", de leur point de vue. On prétend dire que c'est objectivement, c'est-à-dire pour "nous", sans la moindre mise à distance de ce qu'on est et d'où l'on parle, ni socialement, ni "racialement", ni "sexuellement". Facile ensuite de disserter conceptuellement sur cette opposition entre « eux » et « nous », vidée de tout contenu réel concret, de tout vécu, de toute implication, dans le déni pur et simple d'une légitimité de leurs combats à « eux » en tant que tels qu'ils n'ont pas choisi d'être : à quoi bon reconnaître alors, à mi-mots, un racisme d'Etat ?

à suivre tout ce petit monde, toutes les luttes de libération de l'esclavage, du colonialisme, de la ségrégation, n'auraient été qu'essentialistes, et les terme de "communautarisme" et "identitaires" applicables en bon "marxistes communisateurs" aux mouvements d'émancipation des Noirs américains dans les années 60, et pourquoi pas...


Marx communautariste ?

les critiques qu'ils nous font aujourd'hui, ils auraient pu les faire à Marx conseillant à l'armée américaine de Lincoln de créer des régiments noirs :

Kevin B. Anderson a écrit:
Les débats de Marx avec Engels et Lassalle

Ainsi que Marx l'a bien vu, la guerre civile allait également ouvrir des possibilités révolutionnaires pour le Nord. Comme nous l'avons mentionné plus haut, il faisait référence, dans Le Capital, à la naissance d'un mouvement ouvrier dans le sillage de la guerre. De plus, alors que Lincoln tentait de tergiverser autour de la question de l'esclavage, depuis le début de la guerre Marx écrivait avec la certitude que la logique des événements allait, au fil du temps, forcer le Nord non seulement à soutenir l'abolition de l'esclavage, mais également à enrôler des régiments noirs dans son armée et à accorder des droits civils complets aux anciens esclaves. En ce sens, la cause nordiste était entièrement progressiste et révolutionnaire depuis le début, au moins implicitement.

Engels, pour sa part, était moins optimiste quant aux possibilités de victoire du Nord, sans parler des chances d'adopter des politiques révolutionnaires. Sur ce point, il semble qu'il ait partagé, du moins jusqu'à un certain point, les vues des socialistes européens comme Ferdinand Lassalle – cible régulière des virulentes critiques de Marx, l'accusant notamment d'être un partisan du socialisme d'État, ou pire encore – sur les effets qu'allait engendrer le manque de radicalisme révolutionnaire et le manque d'une réelle volonté à combattre. Ceci signifiait que le Sud aurait pu triompher dans cette guerre, notamment à cause des indécisions du Nord qui contrastaient fortement avec la claire volonté de combattre, pour défendre ses institutions réactionnaires du Sud. Dans son débat avec Marx, Engels pointe également le fait que le corps des officiers sudistes était bien plus expérimenté militairement, étant donné que la majeure partie du corps d'officiers américains avait déserté le Nord pour le Sud.

Ce débat, qui s'est poursuivi pendant quelques années dans la correspondance entre Marx et Engels constitue, à ma connaissance, la différence politique la plus explicite dans leur relation qui dura quarante ans. C'est au cours de l'un de ces débats avec Engels, que Marx prédit, dans une lettre du 7 août 1862, que « le Nord allait finalement guerroyer sérieusement pour adopter des méthodes révolutionnaires » et que celles-ci incluraient l'usage de troupes noires qui, « allaient remarquablement taper sur les nerfs des sudistes »

Marx à propos de l'Irlande : classe, ethnicité et libération nationale

Cette réflexion suit la pensée de Karl Marx à propos de la race, de la classe et du nationalisme. Comme j'ai tenté de le démontrer dans Marx at the Margins, il est arrivé à Marx d'analyser le sentier qui mène à la conscience de classe et à la révolution prolétarienne, non pas comme directe, mais comme indirecte. Prenons les ouvriers britanniques des années 1860. Comme l'avait justement vu Marx, dans les années 1860, ceux-ci étaient si imprégnés de condescendance, en réalité de racisme, envers les Irlandais – à la fois envers la minorité irlandaise au sein de la classe ouvrière britannique mais également envers les habitants mêmes de l'Irlande, qui était alors une colonie britannique – qu'ils s'identifiaient trop souvent à la classe dominante britannique. Comme l'a écrit Marx dans une « circulaire confidentielle » de la première Internationale le 1er Janvier 1870 :

[...]

L'Amérique de la guerre civile était une société imprégnée de beaucoup de besoins révolutionnaires.  Parmi d'autres choses, ceci provoqua l'accroissement d'une large branche de la Première Internationale dans l'Amérique post-guerre civile, dont l'un des membres était l'abolitionniste radical Wendell Phillips, le seul abolitionniste a être passé de l'abolitionnisme, au soutien aux ouvriers dans la période de reconstruction. Et, comme nous le savons, les forces réactionnaires, pas seulement sudistes, mais également les grands capitalistes du Nord, travaillèrent ensemble pour limiter l'étendue de la reconstruction, s'assurant, par exemple, que les 16 hectares et une mule ne soient jamais accordés aux anciens esclaves. Vers 1876, malgré les espoirs, désormais anéantis, liés à la phase de reconstruction, un nouveau type d'oppression racial, caractérisé par une ségrégation forcée et une violente répression, se mit en place dans le Sud. Comme nous le savons, ce système survécu pendant presque un siècle, jusque dans les années 1960.

J'aimerais terminer sur une note plus générale concernant la vue globale de Marx sur la race, l'ethnicité et le nationalisme et comment ils s’insèrent dans son cadre dialectique comme un tout, ainsi que dans sa critique du capital, par une citation de Marx at the Margins :

[...]

« Marx développa une théorie dialectique du changement social qui n'a jamais été unilinéaire ni exclusivement basée sur la classe. Tout comme sa théorie du développement social a évolué vers une direction plus multilinéaire, sa théorie de la révolution commença, au fil du temps à se concentrer de plus en plus sur la rencontre de la classe avec l'ethnicité, la race et le nationalisme.

Marx n'était pas un philosophe de la différence, au sens postmoderne du terme, dans la mesure où la critique d'une seule entité englobante, le capital, était centrale dans toute son entreprise intellectuelle. Mais centrale ne signifie pas univoque ou exclusive.

La théorie de la maturité de Marx tourne autour d'un concept de la totalité qui n'offre pas seulement une place considérable à la singularité et à la différence, mais peut également rendre ces particularités – la race, l'ethnicité et la nationalité – déterminantes pour la totalité »
(p. 244)


Tel quel Le moment révolutionnaire comme conjoncture TC 24 dndf 17/12/2012. Extraits :

Citation :
L’atomisation est telle et la perte de l’identité ouvrière confirmée par et dans la reproduction du capital si inexorable que l’Etat et la Nation, les communautés les plus abstraites et parce que les plus abstraites, peuvent seules être fantasmées comme la communauté de cette individualisation (comme ailleurs la religion, lorsque les communautés traditionnelles éclatent). Cette identité se forge dans la délimitation et la différence d’avec les exclus de la vie nationale, immigrés et même chômeurs « nationaux » auxquels on reprochera les « avantages » octroyés par les « élites mondialisées». Tout se mêle ici : l’identité nationale et l’ancienne fierté du travail. L’identité nationale revendiquée c’est avant tout le mépris vis-à-vis des « exclus », reposant sur la crainte d’en être.

« Etre un travailleur » implique alors la délimitation entre « nous » et les « autres », elle s’inscrit dans un mouvement interne au rapport entre travail, welfare et services publics (habitats, écoles, hôpitaux, Poste, etc.), c’est la revendication d’un Etat « qui marche ». Le critère de la délimitation c’est l’ordre qui surdétermine le « bon fonctionnement » de l’accès au travail, au welfare, aux services publics. Cet ordre c’est la légitimité exclusive du travail salarié que menacent le « chômeur professionnel » (toujours l’autre), le « clandestin », le « dealer », « celui qui vit des allocations familiales », tous ceux dont une identité particulière peut être imaginairement la source d’un « avantage », d’une « dérogation » à la règle commune. La délimitation n’a rien de naturel, elle construit ses termes, elle est plastique, elle passe maintenant entre cet ordre et ce qui le menace dont la figure paradigmatique est le « jeune Arabe » ou la « bande de Blacks » et, comme le nazisme avait inventé les « enjuivés », ceux dont le comportement quotidien est assimilé à ce paradigme. Comme toujours le groupe « racial » (puisque c’est de cela dont il s’agit) est une complète construction historique qui suit les linéaments des circonstances particulières[26] : le jeune « Gaulois » peut être « Arabe » et l’Algérien qui a 25 ans de chaîne derrière lui « Français ».

La racialisation de la lutte de classe est sous-jacente à la segmentation de la force de travail, d’autres clivages peuvent apparaître et de tels conflits seront potentiellement présents dans le processus même de la communisation parce qu’en tant qu’abolition du capital, elle est abolition du prolétariat.

[...]

Les inégaux niveaux de développement jusqu’à leur mise en abyme dans le capitalisme actuel, la division du travail, l’aspect historique de la valeur de la force de travail, dans leur combinaison s’attachent à un individu promu au rang de représentation centrale, d’intersection, dont les déterminations sociales sont renversées en manifestation de lui-même, en expression de son individualité, elles sont personnalisées. Ces trois facteurs sont les agents pertinents de l’invention des distinctions et de leur variation ou disparition (à Marseille, un Italien ou un Espagnol ne sont plus que de sympathiques joueurs de boules). Cet individu n’est pas « noir », « peul », « juif », « rom » ou « arabe ». C’est cette intersection, cette promotion de la combinaison comme sujet, promotion en figure centrale originaire, qui en fait un Noir, un Peul, etc.

La racialisation n’appartient pas au concept même du capital (à la différence de la distinction de genre inhérente au travail comme force productive), mais celui-ci donné, elle est une forme de manifestation nécessaire. La transformation du rapport social en chose, c’est-à-dire « paradoxalement » en sujet est aussi bien une transformation de cette chose en rapport social entre sujets. En quelque sorte, le sujet est l’héritier du mouvement qui le crée. Cette inversion est la façon réelle dont les rapports de production n’agissent que dissimulés en tant que volontés et décisions de sujets.

Mais alors toute la construction sociale s’efface d’elle-même dans le mouvement même où elle s’effectue dans la mesure où il lui est inhérent d’être le fait d’un sujet « partie totale » qui n’existe plus comme « porteur » ou « représentant » mais sujet constitutif et constituant. La distinction de races ou d’ethnie joue alors son propre rôle selon des déterminations prescrites par elle-même dans l’autonomie du domaine d’action qu’elle se crée : un Noir peut devenir président des Etats-Unis, il reste un Noir, et un prolétaire noir n’est pas un prolétaire blanc. Existant pour elle-même dans son domaine d’action la distinction peut même être l’objet d’une activité politique instrumentale comme on l’a vu en France lors de la grande vague de grèves dans l’automobile dans les années 83-84.

La distinction est une idéologie et en tant que telle efficace comme assignation et relation des individus à leurs conditions d’existence et de reproduction, c’est-à-dire à leurs relations aux rapports de production. Il ne suffit pas de dire que la distinction de race crée une essentialisation hiérarchique des individus, qu’elle est un produit du mode de production, on en reste à faire de la description le concept de sa propre explication si l’on ne dit pas que c’est dans la personnalisation des rapports sociaux comme production de sujets que réside la question.


pas compliqué de comprendre pourquoi, sur une telle base théorique, le déni continue, et s'accompagne de plus en plus, ni plus ni moins, d'un racisme qui ne dit pas son nom, planqué derrière des accusations dignes de Manuel Valls, « le PIR est antisémite et homophobe », sans la moindre citation ni examen sérieux des textes, et comme si les luttes décoloniales en France et dans le monde se réduisaient à la position de ce parti politico-médiatique

nous y reviendrons, pour en finir avec ces bouffons couchés moyennement dans leur communauté ultragauche de l'idéologie française

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 30 Déc - 2:52


RS est venu, n'a rien vu...

TC n'a pas vécu



« Ce ne sont pas les hommes qui l'intéressent, ce sont les idées. »
à propos d'un communiste cabetiste, dans Coup d'État, de Pierre Moinot, 2004, p.231



une critique de ce livre-forum par Roland Simon (RS) de Théorie Communiste, 26 décembre

Roland Simon a écrit:
Ce qui est pénible chez toi ce sont tes enthousiasmes successifs qui, chaque fois, font que tu t'auto-considères et d'auto-institues comme l'incarnation du jugement dernier de l'ensemble de la production théorique passée, présente et à venir dans sa diversité et ses limites. Tu ne peux t'empêcher de croire que tes dernières paroles, tes derniers embrasements sont par nature la pointe extrême de la théorie révolutionnaire de l'époque. C'est là constamment le scénario de la mise en scène de toi même que tu nous sers sur ton blog. Le narcissisme y parvient à son comble car le reflet de toi que tu y projettes et que tu y admires est devenu ta réalité même.

J'admets passer peut-être à côté de l'intérêt de la pensée et de la pratique décoloniales, de leur diversité et des dynamiques qui y sont présentes. Mais à l'impossible d'embrasser la totalité des productions théoriques nul n'est tenu. Je constate que sur ton blog, il n'y a aucun exposé didactique et / ou critique de cette pensée, seulement des affirmations, des proclamations, des renvois disparates et non-explicités et des invectives envers quiconque ne partage pas tes enthousiasmes du moment.

Si tu ne fonctionnais pas en te considérant comme le centre du monde, tu m'aurais dit, comme dans n'importe quel échange d'idées et de théories, en quoi je passais, à ton avis, à côté de quelque chose d'important, en quoi cela pouvait et devait redéfinir les problématiques que j'utilise. Mais non, on est semblable à toi ou on est un pourriture ou même pire un "juif" (t'excites pas sur les guillemets).

Je suis désolé de te dire que ton enfermement complaisant sur toi même t'interdis d'exposer et défendre tes idées même avec vivacité (ce qui ne m'a jamais gêné). C'est dommage car je pense que tu as mis le doigt, comme souvent, sur quelque chose d'important. Il se peut que je n'ai pas répondu de la façon que tu attendais, que je sois passé à côté des questions que tu poses, il fallait alors le montrer, exposer tes positions, critiquer les miennes.


des critiques importantes, puisque celui que je considère comme le meilleur des théoriciens de la communisation, (en ce qu'il en délivre la formulation la plus aboutie... bornée à ses limites) prend le parti de me renvoyer l'ascenseur... pour l'échafaud. Tout le monde aura pu constaté combien pourtant je me suis toujours attaché à souligner les apports de Théorie Communiste, que j'ai retenus et relayés par delà la critique sévère que j'en fait depuis 2012 (voir critique du 'courant communisateur' 2014), alors même que j'étais censuré de fait sur tous les blogs "partisans de la communisation", et nombre d'entre eux encore : à quand la réciproque ?

la lecture de RS repose sur des incompréhensions fondamentales de ma démarche, de son évolution, de sa méthodologie, de son exposition et de l'articulation dialectique des différents points de vue constituant les catégories de la page d'accueil. Que je m'exprime dans une forme qui aurait fait ses preuves d'une idée nouvelle en Europe, une forme qui autorise sa compréhension bornée et sa critique aveugle, voilà ce qu'attend (in)consciemment cet RS pour sortir son groupisme sectaire de l'ornière où Théorie Communiste s'est enlisé tout seul. RS annonce au demeurant se lancer dans la lecture de "Penser l'envers obscur de la modernité..." :

qu'on s'attende dans TC25 à une critique en règle de la pensée décoloniale comme celles précédentes, puisque tant qu'on est critiqué et que l'on critique, c'est qu'on existe. Le problème surgit quand c'est devenu la seule manière d'exister

j'ai ici l'ultime générosité de lui suggérer un effort pour ne pas se retrouver aux côté d'Yves Coleman et des sionistes, avec pour suprême argument « Houria Bouteldja raciste, antisémite et homophobe », ce que laissait entendre un mail précédent celui où il découvre, sur ma suggestion, le décolonial... De là son allusion à mes guillemets à "juif". On se fera une idée de mon antisémitisme ici : ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... ISRAËL... Identité juive... UJFP...


la pensée décoloniale n'est pas une "théorie"

le problème que va rencontrer RS, comme d'habitude, c'est que contrairement au corpus de Théorie Communiste, la critique décoloniale - comme le Black Feminism qu'il n'a lu qu'à travers la compilation en français, certes excellente, d'Elsa Dorlin -, dans son lien à l'histoire et aux luttes, ne remonte pas à l'invention du concept sous ce nom au début de ce siècle, mais hérite de plusieurs siècles de domination épistémologique de la pensée occidentale et du capitalisme qui l'a produite et la porte. Or ce n'est pas avec ses lunettes de consultant marseillais en communisation mondiale surgissant simultanément dans "la conjoncture" que RS pourra comprendre une pensée qui n'est pas affaire de théorie ramassée dans une compilation embouquinée, mais d'acculturation profonde à l'écoute des mondes, du Tout-monde des Autres de l'Occident (Edouard Glissant, Sophie Bessis...), par une capacité d'empathie et de penser avec les autres dont RS a démontré qu'il était incapable même avec d'autres théoriciens français, sauf à ramener la couverture à lui et son groupe (voir plus bas, piqûre de rappel)

je saisis mal comment RS a pu trouver que je me considère « comme le centre du monde », alors que tout ici est fondé sur la conviction que ce monde, de centre, n'en a pas, et mon approche démultipliée d'un mondialisme regardant le monde avec des yeux du monde, des yeux des autres



Mexico, Palacio Nacional. Débarquement de Hernan Cortez en 1519. Diego Rivera, 1951


pour saisir la critique décoloniale, il faut la sentir-comprendre de l'intérieur, et pour cela il n'y a pas trois solutions :

- la première est d'être concerné soi-même par descendance de colonisé ou d'origines ethniques ou religieuses construisant des "races sociales" pour le capitalisme : c'est ce qui donne leur légitimité aux luttes d'émancipation depuis celles contre l'esclavage à celles, aujourd'hui, des "indigènes" (au sens de la population concernée, non du parti des indigènes); c'est ce qui fait qu'elles ne sont pas, par nature, "essentialistes" ou "communautaristes identitaires", mais moments d'une résistance à une oppression particulière, moments d'un dépassement possible : tous les théoriciens africains, caribéens ou noirs américains décrivent ce moment comme "nécessaire", de la négritude et du so called nationalisme noir, à dépasser, évidemment (lire Glissant, le concept de créolisation, ou Achille Mbembe, Critique de la raison nègre). J'ai exposé cette possibilité théorique en juin 2014 dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

- la seconde est, si l'on n'est pas de ces catégories "racisées" par la couleur de peau, l'origine ethnique ou la religion, de se mettre à leur écoute, par tous les moyens à sa disposition, intellectuels, culturels, relationnels concrets... C'est ce que je fais, "narcissiquement", depuis près de 50 ans : blues et jazz, caraïbes, Afrique..., littérature, poésie, luttes, cultures, théorisations, amitiés, compagnonnages et camaraderies... et ceci bien avant même de connaître les études post-coloniales et a fortiori la pensée décoloniale. Le départ, la prise de conscience fut pour moi Leroi Jones - Amiri Baraka, lu entre 1967 et 1971. Il n'était pas question alors de décolonial, ni même d'études post-coloniales, mais, dans ces ouvrages des années 60, de critique de l'eurocentrisme de la réception et de la critique de jazz blanche, thème que j'ai repris contre la critique de jazz en France, y compris le "marxisme" de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli dans Free-Jazz-Black Power


1963 plus

il ne s'agit pas là de "pensées" au sens de systèmes idéologiques d'idées, à critiquer sur le terrain des idées, comme si la théorie était encore un Kamfpflatz de la lutte de classes (Althusser via Kant). C'est au fond la seule chose que sache faire RS, et c'est pourquoi il préfèrerait que je lui fournisse un résumé bien "didactique", une dissertation dont le milieu a le secret typiquement khâgneux ou EHESSchien de souche, comme il l'attend en bon petit professeur à la française, et qu'il se fera un petit plaisir pervers pépère, comme d'hab', de déglinguer

mais ce n'est pas au vieux singe Patlotch qu'on apprend à faire la grimace : comme les hauts-fonctionnaires ministériels que j'ai affrontés dans ma "carrière" de petit cadre dans la haute-fonction publique d'État, énarques et autres X-Ponts, voire les universitaires du landerneau trostko-anarcho-libertaires-démocrates (de Bihr à Corcuff), RS préfère qu'on l'affronte sur son terrain et dans son langage. Les patrons d'Air France ont récemment eu droit a une leçon du genre, sans chemise et en pantalon, et s'il persiste dans son négationnisme, le professeur Simon, c'est sa voiture de voisin qui brûlera, si peu proche de "nous" qu'il s'avère, ayant ici perdu toute l'estime qu'il est vrai je lui portais encore il y a peu

toute ma vie de "militant" (désolé pour les ultragauchistes du blabla hors sol, mon parcours fut aussi de "militant" syndical et politique : en quarante ans je n'ai rencontré sur le terrain des luttes aucun ultragauchiste, excepté quelques hauts-fonctionnaires du genre Woland, passé de Sic à Syrisa). J'ai pu vérifier que rien n'enrage plus ceux qui parlent d'autorité que de les affronter dans son langage à soi, avec ses moyens à soi, qui vont de l'écriture à l'oralité, sans dénier la nécessité de la violence, et pourquoi pas celle des coups : mes moyens sont multiples, je les utilise tous, tour à tour ou ensemble, et tant pis pour le genre mutilé corps et âme à la Roland Simon, dont on saisira de plus en plus qu'il est étroit d'esprit et sourd à l'écoute des autres pour ce qu'ils disent et font réellement. C'est d'ailleurs pourquoi il est, depuis trois décennies, le gourou d'une secte qui s'est prise, peut-être, pour communiste


les saintes-nitouches du calvaire communisateur

dans la division du travail, produit du capitalisme, les professeurs ont toujours été et seront toujours du côté du capital, y compris les professeurs de révolution : Roland Simon n'a jamais été et ne sera jamais un combattant communiste, mais une mouche du coche s'arrogeant de plus de récupérer, pour la critiquer, la tradition historique ultragauche d'une époque où ses partisans risquaient leur vie contre le capital ou les staliniens, pas les insultes d'un Patlotch, qui font pourtant sursauter ces petits bourges prétendus anarchistes ou communistes comme des vierges au couvent de la Bonne Mère*

* la Bonne Mère est un symbole de la ville de Marseille. Voir ici


dès lors que je vois clair en moi-même, j'ai livré les sujets critiques du milieu théorique post-ultragauche à la critique songeuse des virus, et je ne reviendrai pas en arrière sur ce qui est réglé, bien que RS ait le culot de m'inviter à "argumenter", ce que je fais depuis des années, à quoi il a répondu par quelques saloperies dans Le sexe sans excès, quelques réponses à Patlotch et Amer Simpson. Une accumulation d'attributions mensongères, sur quoi il établit son habituel monologue truffé de citations de Marx, "prouvant" que je n'aurais rien compris à « l'individu du capital ». Exemple cette énormité qu'il me prête : « Chez Patlotch, une seule chose existe : l’individu sub­sis­tant par et pour lui-même, mais c’est alors le consi­dé­rer comme quelque chose de natu­rel. ». Que voulez-vous argumenter contre pareille malhonnêteté intellectuelle ? Pour la bonne bouche, cette remarque qui dit tout l'humour de l'ironie selon RS, pour l'amateur de polar que je suis : « Patlotch, quant à lui, pré­fère la Col­lec­tion Arle­quin à la Série Noire ». En clair, le poète Patlotch est un sentimental qui met des fleurs sur la révolution, un peu comme Vaneigem relève d'un « humanisme théorique un peu "fleur bleue" » (RS, L'internationale situationniste, in Histoire critique de l'ultragauche, p. 341)

mais puisque Roland Simon me reproche de me prendre pour le Pape, voyons ça, car n'est-ce pas plutôt, dans le milieu théorique, sa réputation et celle de Théorie Communiste, de faire comme si leur corpus était le dernier cri historique de la théorisation communiste : le choix du nom de revue et de groupe, en 1979, le dit modestement : "Théorie communiste". Christian Charrier (La Matérielle) a noté combien TC se considérait comme "la théorie adéquate à l'époque", Daredevil comment pour TC tout devenait du TC

Daredevil a écrit:
« Dans cette contradiction, toute production théorique est TC, mais TC doit séparer le vrai du faux tout en considérant le faux comme partie intégrante de sa théorie. Ainsi Dauvé, La Matérielle, Aufheben, l'autre courant de Meeting, cette critique même, etc. sont pour TC du TC. TC se retrouve comme l'Idée Absolue qui est la totalité et son aliénation pour se retrouver. Pour TC cette critique même sera du TC en mouvement.» Sur Théorie Communiste, l'anglemort 2007


Théorie Communiste :
canal historique de la communisation pour un révisionnisme théorique eurocentriste

le même reproche a été fait à la compilation Rupture dans la théorie de la révolution textes 1965-1975 – présentés par François Danel.

une autre manifestation de cette modeste mégalomanie chez RS peut se lire dans la seconde édition Histoire critique de l’ultragauche, où toute cette histoire est écrite de façon à aboutir comme canalisée à LA théorie de la communisation dans la seule version qui existe pour un lecteur non averti : celle de Théorie communiste, encadrant de la préface "1968, année théorique" à la postface "La révolution prolétarienne", une "histoire" révisée suivant une ligne dont le seul aboutissement logique, pour le lecteur qui se laisse guider, est la batterie de concepts de Théorie communiste comme étant la vérité de la critique de la totalité capitaliste et « le jugement dernier de l'ensemble de la production théorique passée, présente et à venir dans sa diversité et ses limites » : exactement ce que RS me reproche


détournement de la couverture...

remarque au passage, ces deux livres ne présentent de groupes et théories communistes, depuis les années 20, qu'européens : du point de vue communiste, pour Théorie Communiste, il ne se serait rien produit d'intéressant dans le monde sur d'autre continent que l'Europe, avec une place prépondérante, naturellement, à la France (le Vénézuela est évoqué, mais parce que Marc Chirik, de la Gauche communiste, y a émigré...). Si ce n'est pas tout à fait "la préférence nationale", c'est au moins la préférence européenne, la même que Francis Cousin de l'ultragauche communisatrice pour Égalité et Réconciliation et Radio-Courtoisie (voir UN DISCOURS "DE CLASSE" (?) EUROPÉISTE et RACISTE ? L'idéologie française en versions anti-système ultra-gauche-droite)

quand RS pique une "bonne" idée à quelqu'un, il ne le dit pas ni à qui, mais se réserve de démolir la "mauvaise" et son auteur, comme avec le « Merci patron » à Bruno Astarian... J'ai ainsi relevé plus d'un passage des textes de RS où il fait comme ça des "emprunts" anonymisés, mais bel et bien signés Roland Simon, qui, n'étant pas "narcissique" pour deux euros, écrit modestement à la troisième personne du singulier; il m'a d'ailleurs dit un jour en substance : « Ne t'étonne pas de retrouver cette idée dans un texte de Théorie communiste ». La revue m'a aussi "emprunté" un texte sans me le demander, en le signant "un camarade", ce que j'ai découvert après l'avoir acheté


théorisation contre corpus et théorie

j'ai exposé mes raisons de ne pas construire cette théorisation en chantier permanent comme un corpus systématique à la manière d'une "théorie" telle que Théorie communiste en présente le modèle le plus fermé sur lui-même depuis le Diamat stalinien (Matérialisme dialectique de Staline, 1938). J'ai précisé que cela pourrait présenter, de façon durable, une difficulté de lecture et de compréhension pour qui ne prend pas le temps d'entrer dans cette théorisation par la présentation générale en saisissant sa genèse, comme rupture dans la théorie de la communisation, depuis le texte de janvier 2015 Communisation 2015 : ruptures communiste et décoloniale dans la théorie de la révolution

refusant de la construire comme "théorie", je n'ai parlé de théorisation que depuis le printemps dernier, parce que les différentes conceptualisations que j'avais en chantier depuis plusieurs années commençaient à s'interpénétrer de façon harmonieuse, et à pouvoir être présentées dans leur cohérence profonde tant par l'articulation des contenus et concepts, que de par la méthodologie (objectifs, pourquoi ce livre-forum, ce plan, ces catégories et ressources ? Structure dynamique, cohérence d'un chantier permanent)


cohérence dialectique et complexe contre systématisme conceptuel structuraliste

j'ai précisé dernièrement qu'il ne fallait pas confondre cohérence et systématisme en faisant remarquer que si le monde est indéniablement, par définition de son existence, cohérent, cela ne signifie pas qu'il fonctionne ou soit structuré comme un système (Marx ne parle jamais de "système capitaliste"). Autrement dit, nous avons quitté depuis belle lurette le temps où Hegel écrivait "Tout ce qui est rationnel est réel; tout ce qui est réel est rationnel" (Préface de la Philosophie du Droit), qui définit en quelque sorte le rationnalisme comme un idéalisme philosophique, propre à la pensée des Lumières, dont Marx fera litière dans les Thèses sur Feuerbach, toute sa méthodologie réelle - et non la supposée « méthode dialectique » que lui ont prêtée les marxistes et encore récemment il lato cattivo proche de TC, avec Roman Rosdolsky (1968) - prenant acte de ce renversement épistémologique dans la théorie de la représentation (Isabelle Garo)

sur cette méthodologie dialectique et complexe, voir le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française occidentaliste / DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE



la légendaire "cohérence" de Théorie Communiste n'est qu'interne et surfaite, un tigre sur le papier sans moteur pour la lutte de classe. Elle est effectivement indémontable de l'intérieur, ce sur quoi Christian Charrier s'est cassé les dents face à un RS trop content de lui faire remarquer que sans TC, La matérielle n'existerait pas. Dès qu'on se penche sur les apories, les béances et les manques de tous ordres, et qu'on interroge les rapports du corpus à la totalité du monde réel dans son immensité complexe, qui n'est pas structurée comme le capitalisme en subsomption réelle vu de façon simpliste et mécaniste par RS, Théorie Communiste s'effondre : l'argument, ce n'est pas à Patlotch de le produire, il l'est par le monde réel, et l'heure de la sanction est venue en douceur et profondeur pour TC, depuis la crise de 2008

il m'a fallu des années de tâtonnements critiques, partant d'intuitions pas toujours débouchant sur des textes rigoureux, c'est vrai, si l'on entend par rigueur le style de textes en vigueur dans le milieu théorique, dans les revues, et qui construisent les échanges théoriques de texte à texte, de groupe à groupe, de théoricien à théoricien, le monde réel n'étant plus toujours une médiation nécessaire, un passage matérialiste obligé : une caricature en est donnée par ceux que Roland Simon a consacré, depuis les années 70, à démolir systématiquement (sic) ce qui se présentait comme concurrent sur le marché des idées révolutionnaires. Il l'a fait avec Temps Critiques, troploin, Aufheben, Bruno Astarian... dans une sorte de rage froide et malveillante se voulant ironique et drôle, déformant à souhait les idées des autres et croyant ainsi "bétonner" sa critique (je tiens d'un membre de TC que le bétonnage de TC fait partie de leurs obsessions) : tous ceux-là ne prennent même plus la peine de lui répondre, tellement la partie est truquée par TC. Seuls les derniers adeptes peuvent encore croire à la rigueur théoricienne du maître de Cavaillon, les autres voient bien que le problème n'est pas de l'ordre d'un débat théorique, mais de la psycho-pathologie d'un pervers : narcissique ?, qui embarque ses amis dupés dans le même comportement malsain : psycho-pathologie de groupe et d'affinités sectaires en réseaux de blogs et relations "internationales" (tu parles, Charles !) : boucle et bulle dont l'implosion est annoncé

l'intelligence de Roland Simon n'est pas en cause, car l'on n'est pas pervers sans être supérieurement intelligent (voire pervers narcissique et intelligence). Quant à jouer encore au Machiavel du milieu théorique, il ne produira plus que des tempêtes dans quelques verres de pastis, allez, soyons bon, d'Ouzo grec ou de Sambuca italienne. Pour l'Aguardiente colombienne, il faudra repasser

la revue Meeting même, loin d'être le lieu d'un travail collaboratif, était en gros celui de l'affrontement entre les thèses de TC (RS et BL) et "celles" de Léon de Mattis, dans des échanges qui tenaient autant et plus de la rhétorique pour avoir raison (Schopenhauer) que d'un travail collaboratif. Comme faux-débutant en théorie communiste, participant un rien naïf à cette revue, et découvrant ce milieu post-ultragauche si singulièrement singulier, je n'étais là comme d'autres que pour compter les points, et tout ce que j'ai pu dire n'aura été utilisé qu'en faire-valoir de ce qui était présenté alors comme le grand enjeu théorique du moment, entre "théoriciens" et "activistes" - on a vu leur commun effondrement, que j'avais annoncé, avec Sic. Rappelons que c'est dès mes premiers commentaires sur Meeting, en 2005, j'ai mis en cause la vision partielle, eurocentrée, vide de toutes considérations de dialectique quantitative, de Théorie Communiste, y compris dans la récente conceptualisation de la conjoncture, un chef-d'œuvre d'abstraction hors-sol, critique que je n'ai reprise sérieusement que plus tard


le renversement du théoricisme de TC passe par le remplacement de son concept de "luttes théoriciennes" par "luttes auto-théorisantes" *, principe qui est au cœur de ce livre-forum et qui rend ridicule l'accusation de prendre ce que je fais pour « l'incarnation du jugement dernier de l'ensemble de la production théorique passée, présente et à venir dans sa diversité et ses limites »

* février 2014 le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective


pause pipi

citation 1
Pannekoek a écrit:
Dans ces circonstances [grèves, agitation révolutionnaire], il apparaît toujours des individus se distinguant des autres en termes de courage ou de clarté d'analyse, que ce soit dans le discours ou dans l'action. Tous ces individus forment une avant-garde de fait, que nous voyons naître au sein de tous les mouvements. Ils deviennent des dirigeants de fait, peuvent contribuer au développement de l'activité des masses et, de par la largeur de leurs vues, être de bon conseil. Quand ils se réunissent en petits groupes ou partis, avec des programmes bien établis, ces relations fluides se pétrifient. Alors, en tant que dirigeants ex officio, ils se prennent pour des chefs et veulent être suivis et obéis. »

Pannekoek, septembre 1954, cité par Roland Simon, Histoire critique de l'ultragauche, deuxième édition, Senonevero, page 235


citation 2
Bruno Astarian a écrit:
Mais on apprend maintenant que la théorie, qui « s’abstrait en formalisation intellectuelle » est « critique par rapport l’immédiateté des luttes ». « Ce que nous produisons comme théorie dans le sens le plus formel [sens restreint, donc]… est loin d’être la conscience immédiate massive de cette expérience [des prolétaires], elle est abstraction et critique de cette expérience ». La théorie (sens restreint) a donc un rôle ? Sans doute, mais pas interventionniste : « dans la période qui s’ouvre, repérer, promouvoir les activités d’écart, en être quand nous y sommes en tant qu’individus… signifie que c’est ce rapport critique qui change ». Changement par rapport à quoi ? Par rapport à « l’extériorité » où se placent les militants interventionnistes. En effet, la théorie au sens restreint n’a pas un rapport critique « vis à vis de la lutte des classes et de l’expérience immédiate, mais dans cette expérience » (spTC). Car les luttes ont maintenant un « caractère théoricien ». C’est leur « saisie autocritique d’elles-mêmes ». TC fait apparemment référence au fait que de nombreuses luttes comportent des fractions et des débats (ce n’est pas spécialement nouveau, me semble-t-il). Mais dès lors qu’on nomme « écart » ces fractions et débats, on peut comprendre que les luttes « produisent à l’intérieur d’elles-mêmes une distance interne [qui est] la perspective communisatrice comme articulation théorique concrète, objective, du caractère théoricien des luttes et de la théorie au sens restreint ».

Faut-il prosaïquement comprendre que les pratiques qui relèvent de l’anti-travail, qui récusent la négociation et la revendication posent la question du communisme ? Si c’est cela, je suis d’accord, mais ce n’est pas nouveau. On en parle depuis quarante ans. Mais c’est sûrement plus que cela, car il faut  probablement déduire de leur caractère théoricien que ces luttes se posent la question du communisme, ce qui ne me paraît pas être le cas. Tout cela est une façon pompeuse de dire que si les luttes se radicalisent, leur conscience immédiate se radicalise aussi. Cette radicalisation de la pratique et de sa conscience immédiate est proclamée « autocritique des luttes », ce qui permet d’introduire le terme de critique auparavant employé pour la théorie au sens restreint, mais désigne plus banalement le fait que la lutte, quand elle se radicalise, est faite de tentatives et de tendances qui forcément discutent et remettent en cause les formes et principes antérieurs de lutte. Et puisqu’elle sont auto-critiques, les luttes sont aussi proclamées théoriciennes, autre appellation pompeuse qui a pour fonction de justifier le rapport hiérarchique d’intervention que la théorie au sens restreint va établir avec la théorie au sens large (c’est à dire les luttes, qui ne sont théoriciennes qu’au sens large). Grâce à ces petits glissements et jeux sur le sens des mots, la théorie au sens restreint trouve en face d’elle un mouvement de luttes qui serait de la même nature qu’elle, faisant miraculeusement disparaître le problème de l’intervention – pourtant bien analysé plus haut.

Aussi, avec la montée et la multiplication des luttes radicales, la théorie au sens restreint voit donc s’ouvrir un champ d’activité, c’est-à-dire, s’il faut appeler les choses par leur nom, d’intervention : la diffusion de la théorie au sens restreint « devient une activité pratique primordiale ». Il est donc confirmé que la théorie a un rôle. Sinon, pourquoi la diffuser ? Mais pour cela, il lui faut des militants, des « partisans de la communisation ». Ils vont apparaître dans les luttes de plus en plus théoriciennes, et la jonction sera d’autant plus facile que, apprend-on maintenant, la théorie au sens restreint va devenir plus banale. A la dernière minute, la théorie au sens restreint descend de ses hauteurs pour se rapprocher des luttes et surtout pour « organiser tout un travail autour de l’affirmation d’une théorie révolutionnaire, de sa diffusion, de la constitution de noyaux plus ou moins stables sur la base de cette diffusion et de leurs activités ».

Tout un travail, groupes de diffusion, noyaux stables (plus ou moins seulement, qu’on se rassure) le vocabulaire semble clair : après avoir modestement dit, pour ne pas effaroucher les théoriciens au sens large, qu’elle n’avait pas de rôle, la théorie au sens restreint s’annonce comme chef de parti.

Où va Théorie Communiste ? Hic Salta, Bruno Astarian octobre 2010



qui se prend le melon n'est pas celui qu'on croasse

pour dépasser les apparences, il faut comprendre que l'auto-complaisance ici est de l'ordre d'une auto-dérision permanente, un jeu de mise à distance plus pudique qu'il n'en a l'air, une mise en scène auto-destructrice de l'égotisme artiste, un canada-dry de narcissisme, à comparer à la fausse-modestie du maître de Cavaillon (PATLOTCH : UN CADAVRE ! Mise à mort de "l'artiste" par lui même)



cette forme démultipliée d'expressions hérite du principe littéraire ou visuel des collages et de la déconstruction au long cours de l'art au 20ème siècle, à la suite de Lautréamont et Rimbaud (je est un autre), que l'on trouve chez les peintres comme en littérature et poésie dans les avant-gardes artistiques européennes jusqu'au situationnisme : penser au jeu de miroirs et de masques chez Aragon, aux jeux du "je", du "moi" et du "tu" en poésie, tant et si bien que l'on ne sait jamais qui parle à qui, et comment le lecteur lui-même peut le faire "sien", autrement dit regarder-sentir comme sienne ce qui est devenu alors, sans attache à la personne de son géniteur, une œuvre-sujet (Henri Meschonnic, voir ARTS et POÈMES : ŒUVRES-SUJETS performatrices (Meschonnic) / POÉTIQUE de la RELATION (Édouard Glissant))


Patlotch, 1981, dessins


le communisme n'est pas un loisir pour prof en retrait
et personne ne lutte pas pour le bon plaisir d'un devenir théoricien

mon sentiment est bien plutôt que RS devrait balayer devant sa porte, qu'il a l'aplomb de dire "ouverte", puisque tout se passe chez Théorie communiste comme si les luttes étaient faites pour aboutir à une théorie, et qu'ils étaient les seuls à pouvoir la formuler, en excluant ce qu'ils prennent eux pour des concurrents. On a vu au prix de quels procédés paranoïdes et de quelle éthique du débat

pour être parfaitement clair, si « l'émancipation de chacun est la condition de l'émancipation de tous » (Marx, Le Manifeste) dépasser l'individualité individualiste du capitalisme, ce n'est pas mettre à mort l'individualité pour la communisation, bien au contraire, ou alors il va falloir reparler de la communisation comme un néo-collectivisme. J'ai déjà eu l'occasion de dire que l'affirmation de RS, reprise par pepe-dndf, « Les auteurs ne sont que les accidents de la pensée », relève du plus pur idéalisme, comme s'il existait dans le ciel de chaque époque une pensée, formulée par personne : Marx aurait pu ne pas naître... Marseille n'est pas le centre du monde, mais RS un bâtard de la Bonne Mère. Il a tellement de problèmes avec son identité de personne sous toutes ses particularités sociales, culturelles et "raciales" refoulées, qu'il préfère n'aborder nulle part la question avec franchise : c'est ainsi qu'il parle de nulle part, qu'il est « un accident de la pensée », ce qui recoupe le syllogisme canalisant vers TC toute l'histoire de la théorie communiste depuis Marx...

avoir un « problème avec le perso », je ne le reprocherais à personne, je ne suis pas insensible aux difficultés des uns et des autres à s'exprimer à titre personnel, surtout quand ils sont mal armés de connaissances, je peux aussi apprécier la retenue et la pudeur, l'humilité réelle des chercheurs véritables, mais prétendre théoriser le monde et l'émancipation de chacun.e et de tous avec un pareil handicap qui perce à chaque détour du texte simonien, il faut le faire !


vous avez dit "modeste" ?

autrement dit, la compétition de so called modestie entre individus produisant une œuvre quelconque, on s'en fout. Nul n'échappe en lui-même à sa vanité, même s'il la fait discrète, et certains s'y entendent mieux que d'autres, c'est affaire de caractère plus ou moins expansif, mais aussi de créativité quand on auto-produit une œuvre aussi multiple que la mienne, qu'il faut bien, en l'absence de tout soutien, diffuser et défendre de quelque manière : si la mienne est assez mauvaise pour justifier que RS sorte son arme de destruction poussive comme le premier plouc du Club Médiapart, tant pis pour moi. Au-delà de nos individualités respectives, à Roland Simon et moi, j'affirme que ma théorisation du communisme décolonial est infiniment plus modeste que Théorie Communiste de Roland Simon


'le nègre est nul en théorie'

le mariage de la théorie de la communisation, en version TC ou pas, et de la critique décoloniale est impossible et auto-contradictoire, dans le sens même où l'eurocentrisme inhérent à cette théorie s'oppose radicalement au renversement épistémologique que suppose l'approche décolonialiste, et son ouverture à une pensée univer-pluriverselle, donc à des voies communistes pluriverselles, qu'il s'agit d'explorer sur le plan théorique

quelle que soit la part de vérité dans le reproche de "narcissisme", on voit bien qu'il s'agit d'une contradiction dans les termes, que ça n'a aucun sens de le dire d'une théorisation aussi peu auto-référencielle que la mienne, renvoyant positivement à tant d'autres sources, infiniment plus ouverte aux autres que Théorie Communiste ne serait-ce qu'en raison de son héritage non occidental de Marx, plus ouverte que ne le sont toutes les approches "marxistes" en France, y compris et plus encore la post-ultragauche et la théorie de la communisation, qui en ignorent et en méprisent absolument tout. Les non-occidentaux marxistes ne sont pas nés du "décolonial", il en existe depuis la fin du 19ème siècle, mais c'est bien connu : le nègre est nul en théorie


comment passer de l'articulation classe-race-sexe au communisme féministe et décolonial ?

un point important du cheminement, c'est le moment où, parti d'une critique de l'absence de prise en compte de la "race" par la théorie de la communisation (la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas, TC théorie blanche occidentale), j'ai d'abord classiquement abordé la trilogie intersectionnelle classe-genre-race tout en cherchant à maintenir la structure de classe comme dominante. La lecture de Stuart Hall m'a permis de dépasser ce stade en réinjectant l'héritage marxien, à l'origine avec Hall des Cultural Studies, dans mon approche, et ainsi de retrouver Althusser (Structure à dominante), considérant que cela permettait justement à Roland Simon de raccrocher ses wagons théoriques sans remettre en cause la continuité du corpus "bien structuré" de TC : perche tendue qui n'a pas été saisie, c'était au début de cette année...

la rencontre de Raymond Williams m'a permis de franchir un pas de plus, par le concept de Structure of feeling, qui introduit la dimension culturelle-sociétale dans la tradition marxienne, et m'a accompagné dans le feuilleton, depuis janvier 2015, de l'idéologie française. Sur la base des riches événements-matériaux de la période, j'ai pu valider chemin faisant, mais sans tambour ni trompette théorique, le tissage conceptuel alors en construction sous-jacente

la rencontre proprement dit avec la pensée décoloniale, dans sa formulation la plus théorique latino-américaine, n'intervint qu'après la création de ce livre-forum début mai. L'important est que le croisement avec mon approche précédente rend caduque l'approche par l'articulation classe-race(-genre), que Roland Simon croit encore pouvoir critiquer chez moi comme si je n'avais rien écrit depuis deux ans. On ne peut lire les autres depuis sa proche approche qu'à la condition que celle-ci embrasse a minima les mêmes champs critiques : la relativité d'Einstein n'empêche pas la pomme de Newton de tomber, mais la pomme n'est pas une galaxie, et ne tombe pas dans un trou noir

à cet égard, j'ai récemment attiré l'attention sur l'intervention d'Houria Bouteldja à Montréal et Rouen, Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes, parce que sa teneur théorique, particulièrement soignée, va nous permettre une réelle avancée, non pas en faisant étroitement la critique de la politique du PIR (nos préoccupations ne sont pas de cet ordre), mais pour reformuler, dans un échange entre Corinne Cerise et moi, notre propre compréhension de ce que j'ai nommé, à défaut de mieux, communisme décolonial :

nous appelons COMMUNISME DÉCOLONIAL le mouvement des luttes au présent qui, dans la DOUBLE CRISE de l'OCCIDENT et du CAPITAL, transforment en permanence la perspective révolutionnaire d'abolition du capitalisme comme totalité économique et sociale, politique et sociétale, l'exploitation et les dominations le constituant comme structure à dominante et idéologie (structure of feeling) : exploitation du prolétariat, expulsion des 'nègres du monde', dominations masculines et racialistes, aliénation des individus, destruction de l'humain et du vivant (définition du 13 août 2015, dans le premier sujet en haut du forum : COMMUNISME, FEMINISME & DECOLONIAL COMMUNISATION, définition, genèse et synthèses)


le décolonialisme n'est pas une idéologie homogène et définitive
pensons-le en communiste

la pensée décoloniale, nous en avons donné suffisamment d'exemples montrant que si elle est dans sa globalité un ensemble idéologique paradigmatique de notre époque, elle ne comporte pas a priori un devenir révolutionnaire ou contre-révolutionnaire : tout y est déjà, grouillements de pensées et d'activités de classes contradictoires voire antagoniques, et rien de ce qui s'y produit ne devrait être étranger à qui s'intéresse au moment présent du capital et des luttes, pour en préciser les caractéristiques au-delà des concepts de programmatisme, de populisme et de démocratisme radical, celui-ci rencontrant hors d'Europe de fortes limites

il est vrai que le communisme comme mouvement de la lutte de classe y est peu exprimé, je l'ai souligné, et je bute sur le manque de traductions de l'espagnol dans lequel s'exprime l'essentiel des débats politico-théoriques en Amérique latine, continent où il n'est pas possible de séparer la tradition marxienne et l'indianisme (notamment à partir de Mariátegui. Voir Indianisme et marxisme

le manque de communisme dans la pensée (et les luttes ?) décoloniales rend d'autant plus urgent de s'y coller dans la réciprocité du mouvement de pensée : du décolonial vers le communisme contre son eurocentrisme, du communisme vers le décolonial contre ses iusages réformistes ou démocrates radicaux et populistes. Ce n'est pas six mois après avoir posé sur la table le concept de communisme décolonial (désolé pour mon "narcissisme", il n'existe nulle part ailleurs dans le monde), que je vais écrire le petit livre rouge décolonial ou le Communisme décolonial pour les nuls, et faire ainsi gagner du temps au Pape Simon et à ses ouailles, dont je me bats les couilles de l'avis autant qu'ils ont traité tout le monde par le mépris depuis quarante ans : petite vengeance au nom de tous les "compagnons de route" de Théorie communiste, cadavres dans les placards du parti de Roland Simon

Marx a écrit:
A part ce qui regarde la forme de la valeur, la lecture de ce livre ne présentera pas de difficultés. Je suppose naturellement des lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes.

Le Capital - Livre premier, Préface de la première édition, 1967



où Patlotch passe, Roland trépasse

il me faudra naturellement, je l'ai dit et répété, faire en sorte que ce livre-forum soit plus lisible et au prix de moindres efforts. J'ai formulé quelques synthèses, indiqué comment gagner du temps, en considérant qu'il n'y  pas une seule manière d'y entrer, mais que cela dépend des acquis de chacun, de ce qu'il connaît mieux ou qui l'intéresse davantage, à partir de quoi il peut se forger son opinion, via la catégorie correspondante (par exemple les luttes des femmes), voir comment cela s'intègre dans le tout. Je ne prétends pas être expert en tout, et j'ai dès le départ lancé un appel à contribuer à ce qui est présenté comme un intellectuel collectif et un potlatch : quel potlatch envisager avec les manigances égogérées de Roland Simon et de son micro-parti ?

on ne trouve pas ici de théorie-guide ni même maîtresse, mais des propositions relativement vérifiées sur la base desquelles penser par soi-même les problématiques proposées, dont l'articulation entre communisme et décolonial. À cet égard, concernant la charge de Roland Simon : « Je constate que sur ton blog, il n'y a aucun exposé didactique et / ou critique de cette pensée [décoloniale], seulement des affirmations, des proclamations, des renvois disparates et non-explicités et des invectives envers quiconque ne partage pas tes enthousiasmes du moment », elle convaincra son auteur ou qui le suivra : quelle importance ?

il suffit de vérifier quelles sont les problématiques posées par cette articulation communisme et décoloniale, qui suppose, c'est écrit noir sur blanc et décliné en plusieurs pistes (réformisme, intersectionnalité, eurocentrisme, lutte de classe...), un travail personnel que n'a pas fait RS, sans parler de son style réputé comme modèle de didactisme...

si j'avais moi, lu les 700 pages des Fondements critiques d'une théorie de la révolution comme le fait RS de ce livre forum et des textes qui précèdent sur mon blog, j'en aurais pris 10 pages par-ci, 10 pages par-là et j'aurais écrit comme RS, chaque fois qu'il parle de moi, des conneries. Mais j'ai passé des années à lire et relire des textes de Théorie Communiste; je pense être de ceux qui l'ont le moins mal compris, et le plus profondément et sérieusement critiqué

il est vrai que tout se passe un peu comme dans la pub de Timor : où Patlotch passe, Roland trépasse, et je conçois qu'avec un corpus construit sur pilotis et troué d'apories bien que prétendant embrasser la totalité mondiale, parvenu à tant de contradictions internes et s'étant si manifestement planté ces dernières années, RS reconnaissant aujourd'hui que son groupe est dans le brouillard et que lui-même n'a rien de très intéressant à dire, je conçois que Roland Simon en revienne à ses vieux démons : déglinguer "les plus proches" pour exister encore, mort saisi par le vif ?


l'arrière-garde se meurt


Roland à Roncevaux, Histoire de France, Guizot 1875

Théorie Communiste fait dans la préférence européenne, mais Charlemagne ne viendra pas sauver son arrière-garde...


le communisme décolonial se manifeste comme un combat de classe auto-produit
dans la double crise de l'Occident et du capital

le plus ultra-sinistre, c'est que ce Roland Simon ne voit même pas qu'il n'est malade que de lui-même, que le concept  est son opium, et qu'il a toujours pris ses idées pour la réalité. Des rêves, je pense qu'il n'en fait pas assez. Roland Simon ne manipule plus que lui-même et ses adeptes. Quant à moi, en tant qu'individu, si j'étais manipulable, ça se saurait, et comme ce que j'appelle le Communisme décolonial a, en tant que moment présent des luttes et de la théorisation communiste, la force d'une évidence ancrée dans les réalités de la double crise de l'Occident et du capital, je peux mourir tranquille de narcissisme impénitent, tout cela a fort peu besoin de mes services

le communisme décolonial continuera à vivre de façon toujours plus manifeste, auto-produit comme le combat communiste de notre temps, ni en avance, ni en retard, en phase : ascendante


la parole au poète

Saint-John Perse
Discours de Stockholm, Banquet Nobel, 10 décembre 1960

« La poésie n'est pas souvent à l'honneur. C'est que la dissociation semble s'accroître entre l'œuvre poétique et l'activité d'une société soumise aux servitudes matérielles. [...]

Mais du savant comme du poète, c'est la pensée désintéressée que l'on entend honorer ici. Qu'ici du moins ils ne soient plus considérés comme frères ennemis. Car l'interrogation est la même qu'ils tiennent sur un même abîme, et seuls leurs modes d'investigation diffèrent.»


Saint-John Perse évoque ensuite Albert Einstein qu'il cite :

« quand on a entendu le plus grand novateur scientifique de ce siècle, initiateur de la cosmologie moderne et répondant de la plus vaste synthèse intellectuelle en termes d'équations, invoquer l'intuition au secours de la raison et proclamer que « l'imagination est le vrai terrain de germination scientifique », allant jusqu'à réclamer pour le savant le bénéfice d'une véritable « vision artistique » -[size=16] n'est-on pas en droit de tenir l'instrument poétique pour aussi légitime que l'instrument logique ?

Au vrai, toute création de l'esprit est d'abord « poétique » au sens propre du mo; et dans l'équivalence des formes sensibles et spirituelles, une même fonction s'exerce, initialement, pour l'entreprise du savant et pour celle du poète. De la pensée discursive ou de l'ellipse poétique, qui va plus loin, et de plus loin ? Et de cette nuit originelle où tâtonnent deux aveugles-nés, l'un équipé de l'outillage scientifique, l'autre assisté des seules fulgurations de l'intuition, qui donc plus tôt remonte, et plus chargé de brèves phosphorescences ? La réponse n'importe. Le mystère est commun. Et la grande aventure de l'esprit poétique ne le cède en rien aux ouvertures dramatiques de la science moderne. [...] Aussi loin que la science recule ses frontières, et sur tout l'arc étendu de ces frontières, on entendra courir encore la meute chasseresse du poète. Car si la poésie n'est pas, comme on l'a dit, « le réel absolu », elle en est bien la plus proche convoitise et la plus proche appréhension, à cette limite extrême de complicité où le réel dans le poème semble s'informer lui-même. [...]

Et c'est ainsi que le poète se trouve aussi lié, malgré lui, à l'événement historique. Et rien du drame de son temps ne lui est étranger. Qu'à tous il dise clairement le goût de vivre ce temps fort ! Car l'heure est grande et neuve, où se saisir à neuf. Et à qui donc céderions-nous l'honneur de notre temps ?...

Et c'est assez, pour le poète, d'être la mauvaise conscience de son temps. »






Maison natale de Saint-John-Perse, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe



Dernière édition par Admin le Mer 30 Déc - 12:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 30 Déc - 4:36

cette fin d'année damnée s'avance comme avec faim de décolonialisme communiste. À preuve la publication par dndf d'une recension par le PIR d'un livre de Satnam Virdee, « Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise », qui renvoie aussi à une présentation par l'auteur traduite par la revue Période, ici, et déjà signalée

dndf a écrit:
Nous relayons ici un texte de Satnam Virdee, « Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise » mais dans un premier temps et malgrè quelques réserves, nous relayons la recension qui en est faite sur le site du PIR.

Pourquoi relayer ce texte ?

Nous trouvons très intéressant le parti pris d’apporter un complément à l’excellente somme de E.P. Thompson « la formation de la classe ouvrière anglaise » en amenant un point de vue « racialisé » en contrepoint du texte.

En effet, l’articulation classe/genre/race nous parait au coeur des réflexions actuelles dans le milieu de la communisation et nous tenons à signaler ce qui s’y produit de pertinent, à notre avis, comme nous le faisions ici, même s’il nous semble que l’articulation « distinction de genres/distinction de classes » comporte un caractère fondateur du mode de production capitaliste et la distinction de race un caractère plus plus circonstanciel, plus conjoncturel dans l’histoire, ce qui n’enlève rien à l’horreur de l’histoire coloniale.

Il ne s’agit pas ici d’établir de hiérarchie entre les ségrégations mais de risquer une position dans la discussion actuelle. Le Capital moderne se trouve avoir déferlé sur la planète sous sa forme blanche et chrétienne et avoir réussi et écrasé le monde là ou la communauté asiatique, les civilisations de l’Inde ou de l’Egypte antique ont périclité et l’expansion arabo musulmane a été stoppée… Nous sommes preneur d’échanges de positions sur le thème…

Alors, quelle réserves ?

Pour ce qui est du principe de relayer des textes de sites « non proches », nous vous renvoyons aux échanges plus ou moins passionnants qui ont suivi le texte « un monde immonde engendre des actes immondes ».

Reste que dans l’acronyme PIR il y a au moins deux mots qui, pour nous appartiennent au champ lexical de l’ennemi : parti et République.

Ce parti agit dans la sphère politique, c’est à dire dans le champ scientifique du capital, en concurrence avec toutes les idéologies qui se proposent de nous organiser le monde. La notion même de « décolonial » est une interpellation politique de l’Etat, au sens d’un Etat qui fait mal son travail et que le PIR se propose d’amender, même au travers d’une réthorique radicale et violente.

Extraits de la déclaration de principe du PIR

« Le PIR est un parti politique qui agit pour défaire le caractère impérial, colonial et racial de l’Etat français ainsi que tous les mécanismes qui contribuent au sein de la société à reproduire les hiérarchies raciales. »

« Le PIR a pour objectif politique l’avènement d’une majorité politique contrôlant les principaux leviers institutionnels et déterminée à engager les profondes réformes institutionnelles, sociales, économiques et culturelles, nécessaires pour poursuivre le processus décolonial, dans ses différentes dimensions, et combattre les inégalités raciales. »

Reste l’intérêt de textes dont nous voulons partager la connaissance…


je me contenterai de trois remarques :

1) l'acronyme PIR, pour Parti des Indigènes de la République, contient certes parti et République, et j'en ai formulé une critique comparable à dndf, mais les deux ne vont pas sans "indigènes", au sens ironique qui est typique du langage à double-sens que le PIR emprunte à la tradition des "colonisés" et "racisés", que ce soit en Afrique, aux USA, ou dans les banlieues françaises

2) l'affirmation de dndf : « La notion même de « décolonial » est une interpellation politique de l’Etat, au sens d’un Etat qui fait mal son travail et que le PIR se propose d’amender, même au travers d’une réthorique radicale et violente.» est plus que discutable, car très réductrice de la notion de "décolonial"

d'une part il conviendrait, pour éviter tout amalgame, et comme je l'ai souligné plus haut, de distinguer ses variantes idéologiques, d'autre part, de cerner ces usages avec celui, ou ceux, qu'en fait le PIR lui-même, et c'est ce que nous nous proposons, Corinne Cerise et moi, de faire à partir du texte signalé d'Houria Bouteldja, Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes

dans ce texte, Houria Bouteldja écrit :

Citation :
je vais utiliser des concepts qui vous sont peut-être étrangers mais qui sont des catégories politiques comme « indigène » qu’il ne faut pas prendre au sens étymologique mais au sens historique. Il signifie pour nous « sujet colonial ».

Je vais utiliser également la notion de « champ politique blanc » qui exprime d’un point de vue décolonial l’unité raciale du monde politique blanc malgré son hétérogénéité et malgré le clivage structurel de classe qui est à son fondement.

Je vais utiliser enfin la notion de « Modernité » que nous définissons comme la globalité historique caractérisée par le Capital, la domination coloniale/postcoloniale, l’État moderne et le système éthique hégémonique qui lui sont associés…


il est donc faux, même concernant le PIR, d'affirmer que « La notion même de « décolonial » est seulement une interpellation politique de l’Etat, au sens d’un Etat qui fait mal son travail », la suite me posant moins de problème

3) dndf écrit

Citation :
l’articulation classe/genre/race nous parait au cœur des réflexions actuelles dans le milieu de la communisation et nous tenons à signaler ce qui s’y produit de pertinent, à notre avis, comme nous le faisions ici, même s’il nous semble que l’articulation « distinction de genres/distinction de classes » comporte un caractère fondateur du mode de production capitaliste et la distinction de race un caractère plus circonstanciel, plus conjoncturel dans l’histoire, ce qui n’enlève rien à l’horreur de l’histoire coloniale.


je me peux que me réjouir que « l'articulation classe/genre/race » "paraisse" (sic) « au cœur des réflexions actuelles dans le milieu de la communisation », même si je ne l'ai vue nulle part ailleurs sur d'autre blogs de « partisans de la communisation », et sans référence à ce qui se passe ici

je renvoie à ce que j'en ai écrit plus haut dans le paragraphe comment passer de l'articulation classe-race-sexe au communisme féministe et décolonial ?, à savoir que cette "articulation" relève encore d'une approche intersectionnelle, dont j'ai fait la critique comme ne permettant pas l'approche du capital comme « structure à dominante », critique dont on retrouve comme le symétrique dans le même texte d'Houria Bouteldja dont le titre est clairement critique et ironique : « Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes »

la modernité capitaliste occidentale dite "coloniale" ne renvoie pas qu'au seul moment colonialiste proprement dit. Elle est beaucoup plus qu'une domination d'État, mais engage bien sûr l'économie politique du capital, et par conséquent son idéologie, sa culture, son mode de connaissances, au point que la pensée décoloniale propose un bouleversement épistémologique. Voir Ramón Grosfoguel, Transmodernité, pensée-frontalière et colonialité globale. Les Implications des altérités épistémiques dans la redéfinition du capitalisme global

autrement dit, le milieu théorique de la communisation ne s'en sortira pas en bricolant comme j'ai tenté de le faire un temps l'intersectionnalité classe/race/genre pour tenter d'en structurer les articulations de façon satisfaisante. La pensée décoloniale, à voir sous quelles conditions communistes, est plus ample et plus souple car elle évite toute approche structuraliste sans interdire la dialectique complexe des contradictions et dépassements à produire

je ne reviens pas ici sur le passage

dndf a écrit:
« l’articulation « distinction de genres/distinction de classes » comporte un caractère fondateur du mode de production capitaliste et la distinction de race un caractère plus circonstanciel, plus conjoncturel dans l’histoire, ce qui n’enlève rien à l’horreur de l’histoire coloniale.»


j'attendrai que dndf produise quelque chose de plus étayé sur « le caractère plus circonstanciel, plus conjoncturel [de] la distinction de race », comme si le capitalisme avait pu être autre chose qu'il n'a été historiquement dans la conjoncture historique concrète; pourquoi pas, mais l'histoire réelle ne se refait pas, à moins que Théorie Communiste n'envisage de l'écrire comme il l'a fait de celle de l'ultragauche : pour aboutir à un révisionnisme historique de plus ?

le besoin de construire les races n'est pas lié intrinsèquement aux conquêtes coloniales elles-mêmes, mais à la suite du commerce triangulaire et une fois les esclaves arrivés aux Amériques. En substance, le négrier n'est pas raciste a priori, il n'a pas envie de tuer son nègre car il doit le vendre. Le besoin de « distinction de race » (cad, pour appeler un chat un chat, l'invention des Noirs par des Blancs) n'intervient en masse qu'une fois l'esclavage établi pour la plantation, prémisse de l'usine capitaliste...

j'ai déjà fait cette remarque à propos d'une intervention de pepe sur dndf il y a un à deux ans. Voir la 'race' pour l'esclavage, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

comme disait Marx « Le Nègre est un Nègre, mais c'est de par sa position sociale qu'il devient un esclave », mais s'il n'y a pas eu (ou fort peu) d'esclaves blancs dans la période pré-capitaliste, c'est bien que "la race noire" est devenue un marqueur permettant en retour une distinction sociale, autrement dit l'invention des « races sociales », notion que remettent en cause comme étant "racialisante", "essentialiste" voire "raciste", les so called marxistes qui ont fait du PIR leur cible favorite...

Marx parlait de « la race des travailleurs », que l'on peut retrouver chez Mbembe dans les « Nègres du monde », de toutes couleurs de peau, et le concept que j'ai forgé de « prolétaires racialisés » va encore dans le même sens

Achille Mbembe a écrit:
Une humanité pour laquelle la grande tragédie, c’est de ne même plus pouvoir être exploitée. Alors qu’au XIXe siècle, la pensée de l’émancipation reposait sur l’idée de la sortie de l’aliénation, la réalité qui s’impose aujourd’hui est celle de la quête de l’auto-aliénation. Les pauvres cherchent à se vendre là où, autrefois, ils étaient vendus.

Et c’est ce retournement du mécanisme d’exploitation qui conduit à considérer que la condition nègre ne renvoie plus nécessairement à une affaire de couleur. Le nègre est devenu post-racial, il s’identifie à une nouvelle catégorie de gens qui ne sont même plus exploitables et qui sont, par conséquent, laissés à l’abandon.


bref, ce qu'il faut retenir, c'est que le concept de "race" en tant que « colored people » n'est pas pertinent pour théoriser les "articulations" en cause, et que le problème n'ai pas vraiment d'articuler (Théorie Communiste n'aime pas les "articulations" mais...), et il faut remarquer à cet égard que les Rroms ou autres migrants, partie prenante d'actions avec le PIR (certains en sont membres), comme la Marche de la dignité, ne sont pas moins blancs de peau que "la race blanche" de Nadine Morano et de Gaulle. Poil à la... ligne de couleur

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 30 Déc - 16:26


une faute et une erreur théoriques et stratégiques,

un petit pas franchi vers un grand


nouvelle synthèse



parmi les « réserves » (indiennes ?) que dndf énonce relativement à la recension par le PIR du livre de Satnam Virdee, j'ai relevé celle-ci :


dndf a écrit:
La notion même de « décolonial » est une interpellation politique de l’Etat, au sens d’un Etat qui fait mal son travail et que le PIR se propose d’amender, même au travers d’une réthorique radicale et violente.


1) j'ai montré en quoi cette appréciation était réductrice de la pensée décoloniale, y compris telle que vu par le PIR, tout en étant d'accord : le PIR met la critique décoloniale au service d'une stratégie politique, au demeurant exprimée ici ou là de façon contradictoire et évolutive. C'est une critique que j'ai faite et précisée depuis que j'ai parlé du PIR en réponse au reproche d'« apporter une caution intellectuelle à Houria Bouteldja »* (voir 'la question indigène' et la 'communisation' : vous avez dit 'rouges bruns' ? bizarre, bizarre... )

dndf, à propos de l'éditorial d'Endnotes3 : la contradiction et son double #24

nono a écrit:
13/01/2014 à 00:21
Tu n’ignores sans doute pas qu’Houria Bouteldja a tenu plusieurs fois des propos ambigus et orduriers, notamment sur le sionisme ou encore à propos de « l’affaire Merah » ; qu’elle et ses acolytes du PIR soutiennent les antisémites du Hamas … La citer en référence dans tes ébauches ne te pose aucun problème de conscience ? N’est-ce pas en faire une « caution intellectuelle » dont on pourrait fort bien se passer au même titre qu’Eric Hazan antérieurement cité ici et, plus globalement, que toute cette clique post-moderne légitimant bien des phénomènes réactionnaires (sacré, religions, famille…) ?



2) par delà cet aspect qui concerne la critique que l'on peut faire du PIR et de son utilisation de la pensée décoloniale, il s'agit de comprendre pourquoi et comment dndf, dans la ligne générale de Théorie communiste, procède de manière à réduire le contenu de celle-ci à une version idéologique, en quelque sorte nécessairement étatiste, lui permettant de régler le problème avant même de l'avoir mis en chantier, et de ne pas interroger sa propre méthodologie, parce qu'évidemment, tirer ce fil, ce serait défaire une bonne partie de la pelote du corpus non tempéré de Théorie Communiste

voulant comme prendre un raccourci vers la fin (« nous sommes allés vite en besogne » reconnaissait RS il y a deux ans en quittant Sic), TC a oublié que toute pensée révolutionnaire se construit d'abord par les marges, en prenant des chemins de traverse qui ne relèvent pas tous du rationnalisme, comme opposant théorie savante et poétique au sens fort * sans hésiter à s'y promener de façon oiseuse, comme dit Schelle (voir plus bas, L'Art de se promener, livre dont j'ai usé à propos de l'envie jalouse qui anime parfois les chercheurs de toutes disciplines)

* cf Saint-John Perse cité plus haut, non sans quelque ironie, puisqu'il était un béké, descendant de bourgeois bourguignons de souche protestante, et très lié à la bourgeoisie internationale de son temps, ambassadeur de France, et bien que déchu de la nationalité française (sic...)

wikipédia a écrit:
Non sans être d'abord passé par Londres, mais tout rapprochement avec de Gaulle était impossible : Leger lui dénie toute légitimité. Il est alors déchu de la nationalité française par le régime de Vichy, son appartement parisien est mis à sac et il est radié de l'ordre de la Légion d'honneur. À Washington, il a trouvé un emploi à la Bibliothèque du Congrès grâce à Archibald MacLeish, poète américain, qui en était le bibliothécaire. Il devient, avec Jean Monnet peut-être, le seul Français qu'accepte d'écouter le président Roosevelt, très hostile au général de Gaulle. Le chef de la France libre essaie de le rallier à sa cause, mais Leger refuse sèchement, ce que le Général ne lui pardonnera jamais : en 1960, à l'occasion de son Prix Nobel, Alexis Leger ne reçoit aucune félicitation du Général.



Saint-John Perse, Aimé Césaire, Édouard Glissant :
"Traversée des archipels de la parole" au New Morning
source Sylvie Glissant, Africultures, 21 septembre 2012
[/size]

l'étatisme comme inhérent aux luttes anti-coloniales, vrai dans la période explicitement dite des luttes "décoloniales", c'est le même argument que retient Bernard Lyon, dans « Nous ne sommes pas "anti" », Meeting 25 mais 2005 (15 jours après la fondation du MIR-PIR), pour discréditer toutes luttes se réclamant de l'anti-colonialisme, de l'anti-impérialisme, de l'anti-racisme, de l'anti-fascisme, de l'anti-sionisme et même de l'anti-capitalisme :

Bernard Lyon a écrit:
l’anticolonialisme, idéologie alliant le socialisme et le nationalisme dans le cadre du monde tripartite de la guerre froide. Cette idéologie structurante des biens nommés fronts de libération nationale mettait les luttes des prolétaires colonisés et celles des éléments bourgeois locaux subsistants sous la direction politique et militaire de couches bureaucratiques autochtones produites par les administrations coloniales. L’anticolonialisme ou l’anti-impérialisme était aussi le cadre de l’alliance de ces bureaucraties démocratiques-révolutionnaires avec le camp socialiste. Ces idéologies ont donc toujours fonctionné comme idéologie d’État (existant ou se constituant) dans le cadre de confrontations et de guerres, mondiale ou locales, entre les pôles d’accumulation capitaliste.


c'est une position qui ne tient pas la route si l'on se réfère aux textes définissant la pensée décoloniale actuelle, y compris ceux du PIR, et qui renvoie à la critique radicale de la modernité, y compris sur le plan épistémologique

on se demande, au fond, si les prolétaires de ces pays n'ont pas eu tort de se battre contre les occupants colonialistes, comme les résistants en France contre les nazis, puisque pour le prolétariat, ils n'y aurait pas eu de différence ("défaitisme révolutionnaire", etc.), qui ressortent comme épargnés de ces critiques on ne peut plus ultra-gauchistes, maximalistes et qu'il est difficile de ne pas considérer comme attentistes, ce dont Bernard Lyon se défend

c'est déjà dans cette posture bordiguiste, anti-démocratique primaire, que Gilles Dauvé s'est pris les pieds dans le tapis du négationnisme avec l'affaire de la Vieille Taupe, et tout se passerait come s'il fallait recommencer, cette fois remplaçant les Juifs par les Arabes et autre "Indigènes, bien entendu pour ces gens-là non-Juifs ?

c'est donc en toute connaissance de cause de ce parallélisme osé, et provocateur pour en causer, que j'ai créé le sous-forum : l'eurocentrisme est un négationnisme

en somme, pour TC, toute l'histoire de la domination occidentale impérialiste et capitaliste serait orientée vers sa fin : la communisation abolition du capital et de l'État, et d'ici là, c'est comme s'il fallait attendre la « conjoncture » en ne retenant que les luttes présentant un «écart», non dans le moment présent « tel quel », soit tel qu'il se présente dans le cours quotidien de « l'implication réciproque capital-prolétariat », mais écart modélisé sur ce qu'il doit être dans la conjoncture finale de la communisation

il est bien sûr impossible qu'il en aille ainsi, de façon aussi déterministe, comme si les conditions (circonstances) de la conjoncture communisatrice étaient là, latentes, ne demander qu'à s'exprimer dans les seules « luttes théoriciennes » qui « annonceraient » le futur déclenchement simultané « immédiat » des hostilités à l'échelle mondiale...

par conséquent, je vois, dans cette critique de la « notion même de "décolonial" », unifiée pour la démonstration de dndf-TC, une faute et une erreur théorique :

- la faute est l'amalgame réducteur de toute la diversité des idées et activités décoloniales;

- l'erreur théorique est celle que j'ai déjà pointée concernant la méthode de Théorie Communiste : observer les luttes en projetant sur elles les critères définis pour la future révolution, tout en disant qu'elle ne peut pas se déclencher immédiatement par des activités militantes (c'est la controverse entre RS et Léon de Mattis à la fin de Meeting et dans Sic)

autrement dit, c'est une vision auto-contradictoire des processus historiques, qui ne peut rien répondre à la question qu'elle pose à quoi tout se rapporterait :

Théorie Communiste, qui sommes-nous ?
Citation :
La question théorique centrale devient alors : comment le prolétariat agissant strictement en tant que classe de ce mode de production, dans sa contradiction avec le capital à l’intérieur du mode de production capitaliste, peut-il abolir les classes, donc lui-même, c’est-à-dire produire le communisme ?


pour répondre à cette question, qui n'est pas fausse en elle-même, il fallait produire une conception des contradictions présentes dans les luttes - entre dynamique et limites - qui permette de théoriser de plein pied en temps réel et présent, au lieu de s'auto-ligoter dans le déterminisme conceptuel confondant le présent et un hypothétique futur

cette conception, c'est la notion de dépassement à produire des contradictions présentes concrètes sur une multitudes de critères dans lesquels la question des identités est majeure, à condition de ne pas prétendre en dire tout comme étant communautariste et essentialisantes, ce qui revient à en figer les possibles évolutions, alors que personne ne peut prédire ce qu'elles produiront dans la crise

sous le couvert de la dialectique subtile de TC, en vérité structuralo-mécaniciste, opposant "Révolution à titre humain" (Temps critiques) et "Révolution à titre strictement prolétarien" (Théorie communiste et grosso-modo tout le courant théorique de la communisation), c'est au même rejet d'une dialectique des contradictions prenant en compte le mouvement réel que nous avons assisté depuis que les deux TC s'opposent sur cette question de l'humanisme théorique, opposition que j'ai proposé de dépasser en suggérant d'introduire, au-delà de Marx et Camatte, plus loin que la Gemeinwesen comme "communauté humaine", l'idée d'une "communauté du vivant", qui permet du même coup d'intégrer la critique écologiste radicale comme partie prenante de la pensée communiste révolutionnaire (voir ÉCOLOGIE : ACTIVISME ou RÉVOLUTION pour la COMMUNAUTÉ du VIVANT ?

une nouvelle peu stimulante et peu nouvelle, c'est que TC-dndf semble pris dans l'impossibilité d'affronter les contradictions internes de sa théorie : la communisation interviendrait sans rupture de continuité ni « transcroissance des luttes revendicatives », véritable rupture comme « dépassement produit » des luttes actuelles, mais d'ici là, on ne peut qu'observer des écarts sur la base de modal terminal dans lequel tout le monde descend du train de l'enfer capitaliste

l'excellente nouvelle, c'est que dndf s'ouvre à « des textes de sites "non proches" », comme celui de Saïd Bouamama du 15 novembre, et là jusqu'à publier un texte du PIR, ce qui paraissait impensable il y a seulement quelques mois, puisque le faire supposait d'affronter un déluge de critiques du genre qu'ont montré « les échanges plus ou moins passionnants » évoqués par dndf *

* voir le sujet THÉORIE de la COMMUNISATION et CRITIQUE DÉCOLONIALE : tresser sans stress ni strass

c'est le genre de clivage que je n'ai cessé de souhaiter et promouvoir en solitaire depuis deux ans, explicitement posé en janvier 2015 comme nécessité d'une rupture au sein de la théorie de la communisation : Communisation 2015 : ruptures communiste et décoloniale dans la théorie de la révolution

sans que cela soit reconnu, mais peu importe, nous y voilà : un petit pas a été franchi chez les « partisans de la communisation », un grand pas vers la reconnaissance du concept de communisme décolonial comme incontournable dans la conjoncture présente, sans attendre la fin


nous y sommes

il sera donc "passionnant" de suivre comment TC-dndf va se sortir de cette contradiction interne et propre à sa ligne générale et à sa méthode. En effet il eût été impensable, il y a deux à trois ans, que d'une façon ou d'une autre, la "race" soit posée sur la table de la communisation, comme le demandaient les camarades anglo-saxons anglais.e.s, états-unienne.s et canadien.ne.s, avec cette fin de non recevoir de Bernard Lyon dans son texte de 2012, Utérus versus Mélanine :

BL a écrit:
Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette, voire polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre.


c'est en répondant entre autres à ce texte que j'ai abouti en janvier 2014 à la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas, TC théorie blanche occidentale, depuis auto-critiqué en ce qu'il retenait encore pour valide une forme d'intersectionnalité classe/genre/race à dominante de classe. Je n'étais moi-même qu'au milieu du gué théorique où il me semble que TC et dndf commencent à se poser sérieusement des questions, des questions que Patlotch le narcissique se posaient il y a deux ans, et auxquelles il lui semble avoir répondu par la reconceptualisation d'une théorie de la communisation prenant en compte le rapport classe-race, médié par le genre, reconceptualisation qui débouche sur un changement de paradigme critique, ici nommé communisme décolonial

si dndf et TC se mettent à faire du Patlotch comme Monsieur Jourdain de la prose, sans le savoir tout en le sachant ne pouvant pas le dire sans avaler leur chapeau d'amour propre, c'est que les choses seraient bien plus avancées que ne le laisse entendre dans sa petite rage envieuse le maître de Cavaillon


1802

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 30 Déc - 19:51


je m'y attendais parce que c'est de l'ordre du commun des esprits qui se contentent de surfer sur les choses de la vie comme sur les textes qui en rendent compte, et l'expérience du Club Médiapart en fut une belle démonstration :





il n'apparaît pas aux yeux de tous, c'est-à-dire du premier passant pressé, que les simples informations journalistiques en provenance du monde entier constituent, comme les luttes mêmes, des matériaux qui, aux yeux de qui est informé de la théorisation sous-jacente et du fonctionnement méthodologique de ce forum, produisent du sens, et du sens qui pour eux s'intègre quasi immédiatement à l'analyse en cours

c'est ainsi que statistiquement, c'est-à-dire empiriquement selon la loi des grands nombres revisitée par une dialectique prenant en compte le quantitatif et les effets de seuil ou d'émergence (théorie de la complexité), il ne fait plus aucun doute qu'on ne peut parler d'articulation classe-genre sans passer par la question des identités, identités de luttes en tous sens, que sont, sous le label de "race", la couleur de la peau, l'origine ethnique ou la religion parfois supposée (assignation de l'Arabe ou de l'Oriental à être un Musulman, par exemple)

ce que j'ai affirmé en 2013-2014, contre les affirmations taillées à la serpe de Bernard Lyon dans Utérus Vs Mélanine de 2012, est amplement confirmé sur le plan empirique

cela renvoie mes propres prétentions d'articuler classe/race/genre selon une logique intersectionnelle dialectique et structurée à dominante de classe, à ce qu'elles étaient : une non prise en compte de ce que vivent et pensent ceux et celles-là mêmes qui sont confronté.e.s à ces assignations essentialisantes : leur reprocher à elles et eux tient du déni, du négationnisme, et pour ce que j'en pense, d'un racisme inconscient

c'est pourquoi je suis intimement persuadé que les théoriciens de la communisation ne s'en sortiront qu'en commençant à sortir d'eux-mêmes et à interroger les identités singulières et particulières qui les constituent et d'où ils s'expriment : après tout, ils ne feraient là que s'appliquer ce qu'ils théorisent en général, tout en prétendant qu'il ne faut pas partir du perso - comme si moi, je le ferais (ce qu'a prétendu RS dans Sans excès de sexe)

je connais suffisamment bien le corpus et la méthodologie de Théorie Communiste pour affirmer qu'ils n'auront pas le choix, et qu'ils devront franchir ce pas vers (peu importe le nom) le communisme féministe et décolonial

c'est pourquoi le moment actuel des débats théoriques, comme l'a bien pressenti dndf, est un tournant majeur et porteur d'espoir, ne seraient-ils que théoriques

à cet égard, et il se trouve que c'est elle qui en a porté le message, le texte d'Houria Bouteldja devrait permettre de comprendre comment il est impossible de saucissonner les individus selon des catégories supposées les déterminer structurellement, comme représentants impuissants de leurs singulatités, particularités, pauvres hères entièrement déterminés par la généralité du capitalisme en tant que strict antagonisme de classe, "chez nous" capitalisme-occidental, concept insécable (nous en citeront les passages en ce sens dans les échanges entre Corinne Cerise et moi, qui seront publiés l'an prochain)

c'est en ceci que les positions de TC telles qu'exposées par Bernard Lyon, sont une pensée de qui n'est pas concerné dans ses tripes, son esprit ni ses couilles, ni comme femme, ni comme homme non-Blanc - ici l'on pourrait presque dire non-"Juif", puisque le Juif est convoqué à n'être que l'idéal de l'homme blanc occidental dans l'idéologie française de l'État, ni comme prolétaire : on ne saurait mieux dire la mal-posture théoriciste, quand elle prétend de plus, n'étant pas "anti", qu'il n'y a rien à faire

pas la faute à Patlotch si ces gens-là se retrouvent à user, ne serait-ce que par défaut ou silence, des mêmes arguments que l'adversaire sur le terrain de la vraie vie et des luttes : de classe, de "race", et de genre !





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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 7 Jan - 23:43



avis
à la (très petite) population du forum


une suite plus "pragmatique" à ce sujet COMMUNISME et DÉCOLONIALISME... Quelles luttes et théorisation révolutionnaires ? se trouve dans
"RACE, CLASSE et GENRE" ? SYNTHÈSE : théorie, stratégie et politique communiste, féministe et décoloniale. Conversation et questions autour d'un texte d'Houria Bouteldja



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 8 Jan - 16:42

une remarque dans La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois


jazz, philosophie et marxisme :
d'un déni esthétique à un négationnisme eurocentrique

il faudra attendre les études du philosophe et critique de jazz Christian Béthune pour sortir de ces écoutes et lectures occidentales du jazz, et j'avais alors eu quelques échanges avec lui, à propos de mes textes, qui furent publiés avant Adorno et le jazz. Analyse d'un déni esthétique (2003) Le Jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie (2008) :

à la seule vue de ces titres, on comprend bien que l'enjeu n'avait rien de limité au jazz mais qu'il entretenait des rapports étroits avec la pensée philosophique européenne jusqu'au plus haut niveau de sa formulation marxienne, Adorno, et que le terme de « déni esthétique » n'est pas sans rejoindre le déni de la question raciale par le marxisme européen en général, jusqu'aujourd'hui à sombrer, par eurocentrisme, dans un nouveau négationnisme :

nous ne tarderons pas à voir la "Contre-révolution coloniale" (Khiari, PIR) prendre des aspects de Contre-Révolution décoloniale, et nous pressentons déjà, c'est cousu de fil blanc, que ce négationnisme pourra s'exprimer aussi sous couvert de théorie communiste !

.


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 9 Jan - 12:46

quelques précisions sur ce que nous faisons, et refusons de faire, dans ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise Aujourd'hui à 12:15

à propos de la revue Endnotes4

des questions qui ne sont pas sans rapport avec ce qu'Achille Mbembe nomme "les Nègres du monde" dans un contexte post-racial où la couleur ne définit plus le "Nègre" : une population en dessous du statut de prolétaire exploitable pour le capital, une population "expulsée" dans les termes de Saskia Sassen *, mais qui nous rapproche de la situation que je comprends comme plus objective de « population en surplus ». Malgré les ambiguïtés (de ma compréhension du moins), la catégorie définie par Endnotes comme «abjected» peut apparaître comme davantage susceptible de se révolter (émeutes...) si ce n'est d'être porteuse d'une dynamique

* cf MONDIALISME : un DEVENIR-NÈGRE DU MONDE ?

dans ce cas, cela ne serait pas sans rapport avec la théorisation ici, mais alors avec des différences énormes :

1) nous ne cherchons pas à modéliser un sujet révolutionnaire, ni dans une catégorie sociale particulière ou une situation sociale particulière, ni dans les formes de luttes où elles exprimeraient des limites à franchir pour que ces luttes deviennent révolutionnaires

2) nous introduisons une définition de la période présente comme celle de la double crise de l'Occident et du capital, ce qui confère aux luttes décoloniales des catégories prolétaires une fonction actuelle de production de dépassements possibles, sans qu'ils puissent être posés comme révolution sortant du capital : il s'agit d'une contradiction dans la totalité systémique de la civilisation du capital-monde, posée comme implication réciproque mais ne trouvant pas sa résolution révolutionnaire nécessairement par une abolition du capitalisme : c'est en quelque sorte une phase de transition possiblement interne au capital [dans ce cas il est logique et normal que des individus ou groupes n'étant pas directement concernés s'en foutent à titre personnel, tant et si bien qu'ils s'investissent dans la théorie comme une occupation cérébrale n'impliquant pas de lutter soi-même, d'où cette tonalité distanciée, la théorie comme objet froid au charme discret du flegme anglais ..]

en effet, si le caractère décolonial définit une unité objective, en tant qu'unité de lutte, celle-ci ne remet pas en cause nécessairement et par nature le capitalisme comme économie politique (exemple : le décolonialisme africain peut constituer des formes de capitalisme africain plus indépendantes des centres occidentaux)

3) la notion même d'unité, ou de recherche d'unité, est un héritage mixte et bâtard du programmatisme prolétarien révolutionnaire communisme programmatique et de la convergence démocrate radicale, autrement dit, c'est un leurre, une considération inactuelle mais pas intempestive

4) si je vois une dynamique, ce n'est pas dans un cycle de lutte terminal à la manière de Théorie communiste, ni, si j'ai bien compris, et malgré ses "vagues" dans ce cycle, d'Endnotes

deux remarques plus limitées :

- un point qui m'échappe : à quoi bon avoir engagé une réflexion théorique sur la "race" ou évoquer ici le fait que « Abjection est étroitement liée, bien que non identique — à racialisation » pour n'en rien faire sur la base d'éléments concrets, en terme de contradiction soit ici de dépassement d'identités racialisés ? Deux ans de silence entre Endnotes3 et Endnotes4, avec tout ce qui s'est produit dans le monde depuis, il faut croire qu'on est aussi réactif à Londres qu'à Marseille

- un point que je partage, c'est que la définition de la classe des abolitions comme étant la classe ouvrière industrielle est fausse aujourd'hui, et l'était déjà hier, comme d'ailleurs le prolétariat n'a jamais été définit de façon aussi stricte. C'est notamment le problème des petits paysans et du rapport à "la terre" (à l'univers matériel en général), avec ses incidences comme source de matières énergétiques ou nourricières et comme enjeu de survie environnementale

(...)
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 9 Jan - 23:06


bref...

au-delà de ces considérations sur les objectifs, les contenus et la méthodologie, mon plus gros différend (ici avec Endnotes) est du même ordre qu'avec la théorie de la communisation en général, et Théorie Communiste en particulier,

il est que le problème n'est pas de l'ordre d'une théorie de la révolution communiste, et ne peut par conséquent pas obtenir de réponses théoriques :

tout problème révolutionnaire est d'emblée praxique, un problème pragmatique de luttes qui se posent les problèmes théoriques qu'elles peuvent résoudre => mon concept de "luttes auto-théorisantes"

la posture théoriciste prend les choses à l'envers, elle est un idéalisme de professeurs de la révolution, elle est fausse comme théorisation communiste ou révolutionnaire, et ne peut pas même revendiquer d'en être une : c'est une posture d'extériorité, de contemplation et d'arbitrage en attendant la fin du match capital-prolétariat




notre problème communiste est de jouer dans le match, sur toutes les lignes de fronts, arrière-droit, avant-centre, gardien de buts (sic), etc. c'est un problème de fonctionnement organique d'équipe sans attendre Zidane ni Zorro, ni Benzema, l'idole des jeunes, leader objectif du spectacle contre-révolutionnaire et figure par excellence du colonisé content qui a gagné sa condition d'affranchie, de blanchi, de nègre blanc : peau grise, masque blanc !



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 10 Jan - 20:03

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 19 Jan - 21:07


importé et complété de SYNTHÈSE GÉNÉRALE : RÉSULTATS et REFORMULATIONS, CONVERSATIONS et PROBLÈMES... page 3, 19 janvier

avec ou sans stress, il n'y avait plus rien à tisser entre Théorie de la communisation et Critique décoloniale, mais à critiquer la première par la seconde, pour construire une autre théorie théorisation de la communisation... ce qui ne se concevait bien qu'en faisant la critique radicale de l'eurocentrisme de la théorie marxiste de la communisation par sa déconstruction épistémique décoloniale



du point d'orgue au point d'arrêt




La communisation... point d’orgue
Christian Charrier, Meeting, 3 avril 2005

Christian Charrier a écrit:
Explorer les voies de l’exploration, cela revient donc à explorer les voies théoriques de la communisation dans la Théorie du prolétariat, c’est-à-dire :

- la définition des classes comme définition du prolétariat : « Si l’on ne définit pas les classes et principalement le prolétariat, on masque la nécessité à partir du capitalisme même, du communisme (...) » [14] ;

- la périodisation du mode de production capitaliste en « domination formelle » : « première phase historique où le procès de valorisation ne domine pas encore réellement et totalement le procès de travail et où le mode de production capitaliste n’est pas encore implanté à l’échelle universelle sous quelque forme que ce soit (... ) », et « domination réelle » du capital, « deuxième phase historique où cette domination est effectivement réelle sous diverses formes (...) » [15] ;

- cette seconde voie implique les modalités de la critique du paradigme ouvrier de la révolution comme « la perspective envisagée par Marx (...) celle d’une révolution dans la domination formelle du capital. » [16]

La critique de la première voie porte sur la réduction de l’approche des classes capitalistes au seul prolétariat ; celle de la seconde sur le fait de placer sur un même plan historique - comme deux périodes également définitoires du mode de production capitaliste - la subordination formelle du travail sous le capital et la subordination réelle, ce qui implique immédiatement le concept même de capital..

Aujourd’hui, cette exploration des voies théoriques de la communisation dans la Théorie du prolétariat aboutit logiquement à s’interroger sur la nature de la « période actuelle » et donc sur les transformations subies par le régime d’accumulation capitaliste et la lutte de classes, ce qui n’est pas indifférent à la communisation dans le cas où, comme l’écrit troploin (pour le dénoncer), celle-ci renvoie non pas simplement à « un processus concret de transformation communiste de relations sociales » mais « définit une époque entièrement nouvelle, celle de la révolution enfin possible-nécessaire » [17], par rapport à la période précédente marquée par sa défaite et son devenir contre-révolutionnaire ou son impossibilité.

14. Intervention communiste n.2, décembre 1973, les Classes...
15. Négation n.1, septembre 1972, le Prolétariat comme destructeur du travail, in Rupture dans la théorie de la communisation, 1965-1975, Senonevero 2004, p. 289.
16. Invariance, n.2 série 11, Jacques Camatte, 1972, p. 13.
17. Communisation, mais..., K. Nésic, extrait de l’Appel du vide, troploin 2004, reproduit dans Meeting n.1, p. 26 et Communisation : un « Appel » et une « Invite », in lettre de troploin, n.4, juin 2004


repères, source Théorie Communiste, Qui sommes-nous ? [et compléments biographiques, sauf erreur...]
Citation :
Le premier numéro de la revue Théorie Communiste (TC) est paru en 1977, le groupe qui en était à l'origine s'était constitué vers 1975, auparavant certains [dont Roland Simon et Christian Charrier qui rompt en 1989] avaient publié la revue Intervention Communiste (deux numéros parus en 72 et 73) et avaient participé à la revue les Cahiers du Communisme de Conseils [avec Roland Simon] (éditée à Marseille entre 68 et 73, très liée à ICO [avec Henri Simon], qui est devenue depuis Echanges)
Dans un premier temps, le travail théorique de TC (en liaison alors avec le groupe qui publiait la revue Négation [avec Bruno Astarian avant Crise communiste puis Hic Salta]) consista à élaborer le concept de programmatisme...


observons que ni Charrier ni troploin n'auront su décrire pour ce qu'elle est cette « période actuelle » dans « une époque entièrement nouvelle », non la communisation mais la nôtre même, en tant que double Crise de l'Occident et du Capital... Charrier a abandonné la partie, Dauvé enfile des perles sans douter de l'essentiel, Nesic est mort avec ses doutes... sur les mêmes certitudes

« vite en besogne » (R.S 2012 à propos de Sic), ils l'étaient allés tous ensemble, dès le début des années 70...


l'erreur interne de la théorie de la communisation
exacerbée en version Théorie Communiste

pourquoi avoir parlé de l'"effondrement d'une théorie "marxiste sur elle-même : contre Marx !" ?

ici ce n'est pas de la critique justifiée du Marx programmatiste (Critique du programme de Gotha etc.) qui est en cause, je la partage avec les théoriciens de la communisation, mais la tricherie du marxien Roland Simon avec la définition même du mode de production capitaliste par Marx tel qu'il l'eut "sous les yeux" au bout de la période d'accumulation primitive (du capital) par le capitalisme marchand et la colonisation du monde avec le commerce triangulaire et la traite esclavagiste (ce que montre Robert Louzon dans "100 ans de capitalisme en Algérie »: 1830-1930)

ce qui est faux dans la théorie de la communisation, et qu'exprime le mieux Théorie Communiste, dans sa « systématicité spéculative » comme disait Christian Charrier, c'est la compréhension de la restructuration du capital par une subsomption réelle (en "deuxième phase") qui serait peu ou prou totale, donc déterminerait un "cycle de lutte" terminal vers la communisation

on pourrait rétorquer que cela n'invalide que la « systématicité spéculative » de TC et sa vision totalisante (partielle) de la restructuration du capital et de "ce cycle de lutte", mais les autres théoriciens, sans le conceptualiser de façon aussi structuraliste comme un déterminisme dialectique, l'admettent de fait, sans quoi ils ne parleraient pas de communisation, mais définiraient une période intermédiaire du capital, en attendant la fin. C'est pourquoi nonobstant ses différences avec celle de TC, j'ai remis également en question la périodisation Astarian/Charrier (Hic Salta 1998)

cerise sur les gâteux, Endnotes4 qui sort d'une théorie de la communisation en voyant "une pétrification partielle de la lutte des classes, accolée à une pétrification similaire de la crise économique" (traduction dndf, voir ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise)


l'Histoire, pour TC, c'est son idéologie eurocentriste projetée sur le passé
... le présent et le passé écrits à rebours de l'avenir radieux de la communisation
*

* « L'histoire est la politique projetée sur le passé » Mikhaïl Pokrovsky

Roland Simon s'est pris les pieds dans la définition marxienne du "mode de production" capitaliste, en y rétro-projetant, contre Marx, sa propre définition depuis 45 ans de la totalité capitaliste comme restructuration, globalisation totale et quasi achevée : la boucle est bouclée d'un arc historique trop court, ce qu'avait bien relevé Temps Critiques, mais sans pouvoir le formaliser autrement que dans les termes, c'est vrai et R.S a ici raison, d'un humanisme-théorique

la critique décoloniale que j'en fais ne vient qu'en plus, externe à ce corpus, mais elle ne peut ni réparer cette erreur interne à la théorie, ni combler son manque par une bonne articulation classe-race(-genre), critique de l'intersectionnalité que j'ai faite, parallèlement à celle de Houria Bouteldja (voir ICI)

de ceci j'eus l'intuition dès 2006 avec Communisation Troisième courant *, mais depuis 10 ans je tournais autour du pot théorique, sans pouvoir casser le noyau dur idéologique de la théorie de la communisation : voilà qui est fait sur la base même de cette théorie, surdéterminée et minée par son eurocentrisme


* Communisation Troisième courant 2006 extrait
Patlotch a écrit:
1. Le capitalisme a produit depuis trente ans sa restructuration. Elle touche tous les rapports sociaux et démultiplie les contradictions constituant, dans leur articulation et leur unité, l'implication réciproque réelle *. Cette implication réciproque se laissait définir, dans la période antérieure, au sein du rapport antagoniste de classes, dont les luttes correspondent alors au programmatisme du mouvement ouvrier.  

* en référence à subordination réelle, le label d'implication réciproque réelle contient sa problématique et son ambiguité, sa provocation à la penser, puisque la réciprocité ne s'y pose pas terme à terme de façon binaire comme dans une contradiction dialectique classique. En quoi se maintient une implication réciproque, et comment ? C'est la question du capital contemporain, à laquelle le schéma théorique que je propose tente d'esquisser une réponse.  

Dans la présente phase, un paradoxe de la subordination réelle est qu'elle absorbe toutes ces contradictions au sein du capitalisme comme société, mais fait exploser l'autonomie relative de chacune en la posant comme spécificité dans et face au capital : rapports de classes, rapports au travail, rapports à la nature, rapports à l'Etat (la politique), rapports entre individus (à l'autre identité, autre sexe, autre origine, etc.), rapport à soi (je est un autre).

Si cette restructuration peut être considérée comme achevée (thèse de Théorie communiste), c'est en tant qu'elle est la nouvelle dynamique qu'impose la contrainte à la reproduction du capital et du prolétariat (productif), à la valorisation de la valeur, c'est-à-dire la continuité du capitalisme comme mode de production fondé sur l'exploitation de la force de travail.  

2. La critique marxienne du capitalisme se présente essentiellement, avec Le Capital, comme une critique de l'économie politique. Cette critique apparaît aujourd'hui, dans cette phase de la subordination réelle de la société au capital, comme toujours essentielle mais aussi trop partielle pour rendre compte de l'implication réciproque réelle dans toutes ses dimensions, notamment dans le rapport à la nature, question qui fait de la sortie du capitalisme une urgence vitale pour l'humanité et son milieu naturel, et conditionne la possibilité même du communisme. La théorie de la communisation doit intégrer cette problématique de façon conséquente et audacieuse. [je n'ai pas nommé le genre et la race]






en musique le soupir est un silence
dont la durée équivaut
à celle d'une noire...




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 21 Jan - 3:53



sur le passionnant site 闯 Chuǎng, une critique de l'activisme en Chine que je tâcherai de traduire prochainement...

"la diffamation des mouvements de travailleurs n'est pas autorisée". Un texte d'une tonalité qui rompt avec ce qu'on lit habituellement en Europe concernant le rapport entre activistes et luttes de classe, et qui pose la question de l'action en termes de masses


Slandering of the Workers’ Movement Will Not Be Permitted by chuang | Jan 15, 2016


Translated by Solidarity with Chinese Workers from 不许抹黑工人运动!理直气壮捍卫尊严! by 工弩 on ilabour.net. For more on the December 3 crackdown and solidarity efforts, see “Solidarity with Chinese Workers”, and the Facebook page “Free Chinese labour activists now 馬上釋放中國勞權人士”.

On December 3, 2015, over 20 labor activists in Guangzhou and Foshan were taken into police custody, launching a crackdown that has put four activists under arrest for criminal charges and closed several prominent labor organizations in the Pearl River Delta. This piece is one of the first Chinese critiques the limits of activists’ response to the crackdown on workers’ organizations since December 3, demanding a more thoughtful, organized response by workers and their supporters, beginning with the voicing of a clear class position in the current fight.


—–

Citation :
I don’t know how many of us still remember, exactly one year ago, when ten or more Henan construction workers were fighting for wage arrears and against the police’s random arrests. A worker mother defending herself was brutally killed by the police, who stamped on her hair and broke her neck by twisting her head. It wasn’t until half a month later that this event was exposed to the public, which shocked the entire nation. An appeal letter from labor activists collected 2000 signatures in one month, and rights-defense lawyers also stepped in. What’s worth noticing is these efforts neither won any justice in the courtroom nor won the support of mainstream public opinion. Instead, what ensued was the darkest “court hearing”, the increasingly large scale public smearing in public discourse from the 50 Cent Party1 lapdogs between February and May this year, and a group of people turning the truth upside down (they even pulled out the “rights-defense” card to mobilize police nationwide to sign a petition demanding the release of the murdering cops). The female worker Zhou Xiuyun beaten to death by the police was slandered as a “shrew” who “assaulted the officers”! The violence of public opinion is even more brutal than the act of killing.


Yet only a year after the brutal killing of woman worker Zhou, another unprecedented repression and slandering of worker protest is gaining momentum in public opinion nationwide. On December 3, over 20 staff members and workers from labor NGOs in Guangdong province were secretly taken away by the police. According to the latest news, five labor NGO staff (He Xiaobo, Zhu Xiaomei, Zeng Feiyang, Deng Xiaoming, Peng Jiayong) are now under criminal detention, and two others have lost all contact (Meng Han and Tang Jian, former labor NGO staff).2 Under the “national condition” of constant tyrannical rule maintaining the capitalist sweatshop, in the last five or six years a labor movement has hatched among the millions of migrant workers clustered in Guangdong. Although the Guangdong workers’ movement is the only relatively organized workers’ movement in the country, it is still in its initial phases. The labor NGO’s that have been around for 10 plus years and were actually all along very cautious in playing the role of frontline force for Guangdong’s newborn labor movement, are now unexpectedly suffering the most severe repression ever, repression that is for the first time threatening their basic right to exist.


But what is deeply worrying is that three out of four activists (Zhu, Zeng and Deng) are being charged on the suspicion of “inciting crowds to disrupt social order”, when all they have done in the last few years is to provide guidance to numerous collective actions by workers—from jewelry factory workers to hospital nurses and security guards, from university campus cleaners to shoe factory workers. They helped innumerable workers obtain collective bargaining and their rightful dues. Regardless of whether it was a strike, workers’ assembly, collective petition or any other kind of collective workers’ action, or whether they put in efforts to allow these actions to become organized, this clearly does not amount to “inciting crowds to disrupt social order”. The only purpose of this kind of criminal charge is to scare people by exaggerating, the most base and shameful form of smearing and slander! It is like the workers who showed their support have said, if the government has the guts, then let them try and arrest all the workers who go on strike in this country, and we’ll see if they can succeed! No worker who has any fighting consciousness will stand for this kind of repression. No slandering of the workers’ movement will be permitted.


If the sinister tendency in the Shanxi February-May case of the cops’ murder of Zhou Xiuyun, the woman worker demanding her wage arrears, indicated the trampling upon of the legitimacy of individual labor rights-defense, and the noxious attack on the Shenzhen Artigas [a Uniqlo supplier] factory strike in July suggested the vilification of the legitimacy of collective rights-defense, then the December 3 suppression and smearing of organizations with a long history of supporting workers indicates the authorities’ fundamental rejection and slandering of the workers movement, the beginning of a major political offensive. In other words, the real heavy defamation and repression are yet to come.


When dark clouds press down and a storm is imminent, what are we as a part of a nascent workers’ movement to do? What are the future prospects? Frankly speaking, we have no way of preventing painstaking conflict, even if we stay silent and never mention those comrades who have on so many occasions helped workers in struggle, we will still hardly avoid liquidations, arrests or imprisonment. We are in no way unfamiliar with the violence and repression against striking workers, the smearing and slandering. In other words, we cannot avoid some people running into greater trouble, and suffering sacrifices like being incarcerated. In order to resist repression, to resist the mean and shameless accusations thrown at workers collection actions, and to defend the most basic decencies of workers’ rights to collective action and organization, we (including the author of this text) must stay calm and mentally prepared.


But recognizing that sacrifices are unavoidable is different from saying we have to actively seek the risk of becoming martyrs. We mustn’t doggedly rush, be reckless and act blindly. What is urgently needed at the moment is to begin clearly thinking things over, to use a workers’ movement discourse to motivate solidarity among the working masses, to boldly use the Communist Party’s own tradition of class struggle to fight back against smearing and slander, and above all to let workers’ communities all over the country know that we all belong to the same class, that our struggle to protect our rights must be united, and that we must all in one voice demand the release of the arrested worker activists and protect the survival of labor organizations.


What we have seen emerge the last two days is a new kind of labor activism: going to construction sites and industrial areas to encourage workers to write a sentence or two demanding the release of arrested NGO workers, having them sign it, take a photo and mail it. This kind of petitioning inspires the fighting spirit. This form of struggling via petition attempts to surpass the feeble logic of “labor circle opinion statements”—the latter is still full of fears about the “development in a fierce and disorderly direction” that the labor movement is taking, while all these numerous workers did was to write on a piece of paper a simple and direct demand: “Release the detained labor activists”.


But we still have to shout out, and remind and warn active workers to take note: the nationwide petition by labor circles early this year was signed by nearly 2,000 people but changed nothing! Yesterday we saw active workers make a call to collect 10,000 worker signatures nationwide, to let the government hear popular will. But considering the intensity of the life and death class struggle, we highly doubt that simple petitioning will be of much use!


So let’s consider what the working class’ resistance should look like? Is writing a few sentences and signing your name the thing to do? If workers have the determination and courage to collect 10,000 signatures across the country, why not demonstrate these voices of the thousands of workers in a more confident and direct manner, encouraging workers to act collectively, letting those in power know that workers’ power isn’t limited to letting them hear public opinion.


But making a step like that will take more than a few days. Workers will have to be cool-headed and realistic: many years of experience in the workers’ movement (including the experience of Zeng Feiyang and Zhu Xiaomei, the worker activists currently under detention, and the experience of other worker activists who are currently waiting before taking action) have shown that every serious practical struggle starts with a small number of activists who must spend at least some time educating, uniting and organizing workers before they can mobilize and resist repression. When dealing with severe repression that includes secret arrests and labor activists being thrown into detention, we are in a completely defensive position, resisting repression and arbitrary arrests, resisting criminal charges and slander. What we need to do is to strive for collective answers. We need to practically (not merely in rhetoric) work together to push away this extremely unreasonable repression in order to defend the honor of every collective action by workers.


We must be extremely careful: compared to smearing the murdered Zhou Xiuyun, or even compared to throwing a few labor NGO staff into jail, smearing the workers’ movement is even more insidious. Because even though Xiuyun died, there will still be workers who demand their wages; even though labor activists were locked up, there will still be strikes and other forms of collective rights defense; but smearing the workers’ movement and charging those directing and helping the movement with “inciting crowds to disrupt social order” implies that from now on whenever the workers movement in this country shows even the slightest hint of organization, people may be thrown into jail. On the other hand, the workers movement becoming organized is inevitable, there are many self-initiated workers’ organizations that are not the product of a small number of agitators and cannot be easily suppressed.


What is crucial is that we active workers raise the bright flag of a strong working-class position in public discourse, firmly curbing repression and slandering, defending the right of labor organizations to exist and defending the dignity of the workers’ movement. We need first of all to stick closely to these topics, confidently voicing the collective aspirations of workers all over the country, in particular launching a series of a few hundred pieces of multi-level, multifaceted articles refuting repression and slandering, developing the workers’ movement discourse in order to supply educational resources and theoretical weapons to rapidly win over the masses’ support for this self-defensive struggle. The workers who are currently petitioning must decide: will they continue to one-by-one request every worker they meet write a few sentences demanding the activists’ release, or will they proceed by gathering the public opinion under a rational, powerful and orderly declaration, and with the support for this discourse win over the masses to reveal their collective opinion at the right time?


Our greatest fear is this: that in light of the unprecedented activity of the government’s 50 Cent lapdogs online and offline as the party’s SS shock-troops, the inevitable advent of pervasive carpet-bomb style slander is likely to far surpass the slander campaign during Zhou Xiuyun’s homicide case, considering that even CCTV’s Focus Report and Xinhua news are now participating in the misrepresentation and slandering of workers. We must resolutely mobilize the public opinion of the masses and energetically prepare to mobilize a self-defense counterattack, only then can we prevail in the face of this completely absurd and lunatic ultra-rightist public discourse shit-storm attempting to slander, defeat and subvert the workers’ movement.


This is an unprecedentedly vicious class struggle. We simply cannot sit and wait, leaving things to luck. Let’s stop fantasizing and get ready to fight. Worker friends who have the determination and courage to organize a nationwide petition for 10,000 workers’ signatures, change direction and try to get these workers to come together! If in the future workers’ actions and workers’ right to organize will be repressed, slandered, insulted and forced in to an intolerable condition, we workers will have no choice but to take action to protect our right to action.


We are now only at the beginning. Fellow workers and comrades, we must be more clearheaded, steadfast and calm to be ready for the real fight. To prepare for the real fight, we must first send out a call of resistance, arousing greater numbers of worker brothers and sisters: Slandering of the Labor Movement Will Not Be Permitted! We Defend Our Dignity with Righteous Confidence!


1. Internet commentators who are supposedly paid 5o cents per (malicious or otherwise) comment that follows the party line.

2. Update: As of January 9, 4 of these activists – Zeng Feiyang, Zhu Xiaomei, He Xiaobo and Meng Han – have been officially given criminal charges. Peng Jiayong and Deng Xiaoming have been released and escorted back to their homes, while Tang Jian remains out of contact.


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 21 Jan - 16:01


"la diffamation des mouvements de travailleurs n'est pas autorisée". Un texte d'une tonalité qui rompt avec ce qu'on lit habituellement en Europe concernant le rapport entre activistes et luttes de classe, et qui pose la question de l'action en termes de masses

Slandering of the Workers’ Movement Will Not Be Permitted by chuang | Jan 15, 2016

voici une traduction approximative des quatre derniers paragraphes


Citation :
Nous devons être extrêmement prudents : relativement aux bavures comme l'assassinat de Xiuyun Zhou, ou même par rapport à jeter quelques personnels des ONG du travail en prison, quand diffamer le mouvement ouvrier est encore plus insidieux. Parce que malgré la mort de Xiuyun, il y a encore des travailleurs qui réclament leurs salaires ; même si les militants du travail étaient enfermés, il y aura encore des grèves et autres formes de défense de droits collectifs ; mais les "bavures" contre le mouvement ouvrier et le charger de diriger et d'aider le mouvement de « provocation à des foules pour troubler l'ordre social » implique qu'à l'avenir chaque fois que le mouvement des travailleurs dans ce pays montre même le moindre soupçon d'organisation, les gens peuvent être jetés en prison. En revanche, que le mouvement des travailleurs devienne organisé est inévitable, il y a des organisations de travailleurs de leur propre initiative et beaucoup ne sont pas le produit d'un petit nombre d'agitateurs et ne peuvent pas être facilement supprimées.

L'essentiel est que nous, les travailleurs actifs hissent le drapeau lumineux d'une position de force ouvrière dans le discours public, pour freiner fermement la répression et les calomnies, défendre le droit des organisations syndicales à exister et défendre la dignité du mouvement ouvrier. Nous devons tout d'abord nous en tenir à ces sujets, et exprimer en toute confiance les aspirations collectives des travailleurs partout dans le pays, en particulier lancer une série de quelques centaines d'articles à plusieurs niveaux et multiples facettes, pour réfuter la répression et les calomnies, développer des discours du mouvement ouvrier afin de fournir des ressources éducatives et des armes théoriques, pour rapidement conquérir le soutien des masses à cette lutte légitime. Les travailleurs qui signent actuellement une pétition doivent décider : vont-ils continuer à demander à chaque travailleur qu'ils rencontrent un par un d'écrire quelques phrases exigeant la libération des militants, ou vont-ils procéder en recueillant l'opinion publique en faveur d'une déclaration rationnelle, puissante et ordonnée, avec le soutien pour cette victoire de discours aux masses pour révéler leur opinion collective au bon moment ?

Notre plus grande crainte est la suivante : que, compte tenu de l'activité sans précédent de 50 lapdogs de Cent par le gouvernement en ligne et hors ligne comme des troupes SS du parti de choc, l'avènement inéluctable du style "pervasive carpet-bomb calomnie" est susceptible de dépasser de loin la campagne de dénigrement au cours de l'affaire d'homicide de Zhou Xiuyun, étant donné que même de CCTV Focus Report et Xinhua news [presse et agence officielle] participent maintenant  à la présentation inexacte des faits et à la diffamation des travailleurs. Nous devons résolument mobiliser l'opinion publique des masses et nous préparer énergiquement à mobiliser une contre-attaque d'auto-défense, alors seulement nous pourrons l'emporter face à ce discours public ultra droitier complètement absurde et cette "tempête lunatique de merde" tentant de calomnier, de vaincre et de renverser le mouvement ouvrier.

Il s'agit d'une lutte des classes vicieuse sans précédent. Nous ne pouvons pas simplement nous asseoir et attendre, laisser les choses au petit bonheur la chance. Nous devons arrêter de fantasmer et nous préparer à combattre. Les amis de travailleurs qui ont la détermination et le courage d'organiser une pétition dans tout le pays pour les signatures de 10 000 travailleurs, doivent changer de direction et essayer d'obtenir de ces travailleurs qu'ils s'unissent ! À l'avenir, si des actions des travailleurs et pour le droit des travailleurs à s'organiser sont réprimées, s'ils sont calomniés, insultés et contraints à une situation intolérable, nous travailleurs n'auront aucun autre choix que de prendre des mesures pour protéger notre droit à l'action.

Nous n'en sommes maintenant qu'au début. Collègues et camarades, nous devons être plus lucides, fermes et calmes pour être prêts pour le combat réel. Pour nous préparer à la lutte, nous devons tout d'abord lancer un appel à la résistance, susciter un plus grand nombre de travailleurs frères et sœurs : la diffamation de la main d'œuvre en mouvement ne sera pas autorisée ! Nous défendons notre juste dignité en toute confiance !


on peut bien sûr analyser cette position avec la sévérité du point de vue ultragauchiste radical, comme conduisant inéluctablement au modèle syndical à la limite de l'autonomie ouvrière, mais selon les suites et leur ampleur c'est sans doute un tournant important dans les luttes de classe en Chine

voir en quoi cela recoupe, ou pas, l'analyse de Bruno Astarian dans son texte La question syndicale en Chine Echanges et Mouvement PDF mai 2010

on lira aussi une critique de ce texte par Gérard Bad en juin 2010 : Note de lecture : « La Question syndicale en Chine », et une réponse de Bruno Astarian de septembre 2010, ICI

personnellement, j'ai quelques doutes quant à ce qui me paraît relever d'une invariance des luttes ouvrières sur un modèle européen (Conseils ouvriers et Révolution allemande, Solidarité en Pologne, etc.), et peu d'intérêt pour ce qui surgirait d'aspects nouveaux. Mais on dira que je connais mal mes leurs classiques, ce que je reconnais volontiers :


Ah là est grand, le monde aussi



toujours est-il que tout le monde se réjouira que nous disposions maintenant avec 闯 Chuǎng de points de vue chinois sur la question. On trouvera d'autres textes sur le blog et de très riches ressources


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 30 Jan - 0:57


importé de DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage



retour sur les raisons d'un impossible débat



« Les mésaventures du sectarisme révolutionnaire »

Alain Bihr

du texte d'Alain Bihr « Les mésaventures du sectarisme révolutionnaire » dans Négationnistes : les chiffonniers de l’histoire, Editions Syllepse et Golias, 1997...), je retiens ce passage et je souligne

d'Alain Bihr a écrit:
Quadruppani et Dauvé. Eux aussi justifient rétrospectivement leur épopée révisionniste par la nécessité de procéder à une critique radicale du régime démocratique et de l’antifascisme. « (…) sur le terrain de l’antifascisme, nos critiques de l’Union Sacrée n’ont, pour moi, rien perdu de leur validité (…) (car) l’antiracisme et l’antifascisme forment l’idéologie officielle de tous les dirigeants, le langage commun de tous les médias. L’antiracisme est même le discours des expulseurs des clandestins » (Notre royaume est une prison, pages 75 et 77) affirme par exemple péremptoirement Quadruppani. [dans son explication au négationnisme de l'ultragauche, Roland Simon ne verra que le fait que la critique de la démocratie prend le pas chez Dauvé sur celle du capital, reproche qu'il fera plus tard à Léon de Mattis, auteur en 2007 de Mort à la démocratie, et qui vaudra à celui-ci d'être considéré par troploin et Temps Critiques comme « loin des moins sympathiques » parmi les "partisans de la communisation" : l'antitécéisme primaire vaut bien quelque petite saloperie aussi, on l'a vu de la part de Claude Guillon, André Dréan, dialectical délinquants, Incendo Genre et classes... mais ils n'ont jamais pu m'entraîner sur ce terrain-là]

En définitive, l’entreprise génocidaire nazie s’avère tout simplement irréductible à l’économisme marxiste et à l’hyper-rationalisme hégélien servant habituellement de grille de lecture théorique à l’ultra-gauche : Auschwitz ne se laisse pas directement déduire des lois de reproduction du capital, pas plus qu’il ne rentre dans les schémas d’une histoire censée être l’œuvre d’une raison immanente.

Conclusion : comme la théorie ne prévoit pas un pareil phénomène et qu’il n’est pas question pour autant de douter de cette dernière (puisqu’elle est la seule censée pouvoir expliquer l’histoire contemporaine), c’est tout simplement que le phénomène n’a pas eu lieu. C’est ce « raisonnement » implicite qui entraînera une part de l’ultra-gauche sur la voie du négationnisme. « Raisonnement » qui en dit long sur le caractère profondément irrationnel de leur pensée, qui récuse l’épreuve du réel comme norme de vérité, irrationalisme qui n’est jamais que l’autre face de leur délire hyper-rationaliste.
[...]
Plus fondamentalement, l’incapacité de l’idéologie ultra-gauche à rendre compte de l’entreprise d’extermination nazie aura sans doute révélé certaines lacunes du marxisme en général, notamment l’insuffisance de sa théorie du politique ainsi que son aveuglement traditionnel à l’égard de la « question juive » et de l’antisémitisme, donc l’insuffisance de sa théorie du religieux 33. Sans pour autant préjuger de la capacité d’un marxisme libéré de son carcan économiste à relever le défi théorique que continue à nous lancer Auschwitz, il convenait au moins de mentionner le problème.

33. Cf. à ce sujet Enzo Traverso, Le marxisme et la question juive, Paris, La Brèche, 1990

[...]

L’idéologie ultra-gauche face à Auschwitz

Au-delà de ses positions particulières sur le fascisme et l’antifascisme, c’est l’ensemble de la matrice théorique de l’ultra-gauche qu’il convient en fait d’interroger et d’incriminer en cette affaire.

Cette matrice se réduit, pour l’essentiel, à une vulgate marxiste combinant, d’une part, un économisme convaincu que le cours du monde contemporain peut strictement se déduire des lois de fonctionnement, objectivement déterminables, du capital, inspirant du même coup une conception hyper-rationaliste de l’histoire contemporaine, versant en fait dans l’idéalisme (au sens philosophique), plus proche en ce sens de Hegel que de Marx
20 [c'est une remarque que j'ai souvent faite à propos de la dialectique selon Roland Simon, et d'un déterminisme flirtant avec l'idéalisme philosophique d'avant Marx et ses Thèses sur Feuerbach] ;

d’autre part, et d’ailleurs contradictoirement, la foi dans la capacité du prolétariat à ouvrir la voie au communisme, qui alimente quelquefois un véritable messianisme révolutionnaire [j'ai relevé cette contradiction entre affirmer l'impossibilité d'une unité prolétarienne tout en ne misant que sur sa réalisation, bien sûr à la fin de ce "cycle de luttes" dans la conjoncture produisant la communisation : dans le genre secte, on n'est pas loin des Témoins de Jéhovah].

Cependant, au fur et à mesure où cette capacité s’est trouvée démentie par le cours des événements, l’idéologie ultra-gauche s’est progressivement recroquevillée sur un économisme à tendance catastrophiste, prédisant que faute de s’être engagé dans la construction du socialisme, la civilisation contemporaine ne pouvait que s’enfoncer tout entière dans la barbarie [allusion de Bihr à Socialisme ou barbarieThéorie communiste, de son puits religieux sans fond, aura poussé le bouchon plus loin, n'envisageant pas même qu'au capitalisme succède la "barbarie" ou l'effondrement écologiste de l'espèce humaine. En 40 ans de textes, cherchez une discussion de cette question, comme de celle du féminisme avant que TC ne la découvre  après toute le monde pour se considérer à la pointe de la théorie du genre, et si vous trouvez, informez-m'en zénormément] .

L’étroitesse d’une pareille matrice théorique, aggravée par le dogmatisme propre à ce milieu, ne pouvait que prédisposer l’ultra-gauche, dès lors qu’elle allait être confrontée à la redoutable tâche de comprendre (expliquer et interpréter) Auschwitz, à une dérive révisionniste puis tout simplement négationniste 21. Car, dans le cadre d’une pareille matrice, Auschwitz est tout simplement incompréhensible, pire même : inconcevable et invraisemblable.

20. Le principe de cet idéalisme est résumé par la fameuse formule hégélienne : « Tout ce qui réel est rationnel, tout ce qui rationnel est réel. »

21. Je prends ici Auschwitz dans un sens métonymique, comme symbole de l’ensemble des crimes et génocides nazis.


[...]

De l’ultra-gauche comme sectarisme révolutionnaire

Au-delà ou plutôt en deçà des positions théoriques de l’ultra-gauche, c’est sa pratique politique elle-même qu’il faut en définitive interroger si l’on veut comprendre les raisons de la dérive négationniste de certains de ses membres. Héritiers [sans ouvriers] de courants ultra-minoritaires du mouvement ouvrier, les différents groupes qui la composent se caractérisent traditionnellement par un fonctionnement politique sectaire. De la secte politique, ces groupes présentent en effet quelques uns des traits archétypiques.

A commencer par leur commune conviction d’être les détenteurs exclusifs d’une « vérité révolutionnaire » qu’ils ont pour mission de faire entendre et de propager contre le mensonge généralisé dans lequel vivrait le monde ambiant, vérité qu’il faut à la fois faire partager à tout le monde et défendre contre tout le monde. Cela conduit inévitablement au dogmatisme le plus étroit : à la rigidité doctrinale, au fétichisme des textes [j'ai relevé que les "discussions" ou "débats" ne se font que de texte à texte entre groupes-revues parfois réduites à un seul théoricien, comme les discussions universitaires, les "rencontres" ou "Summer-Meetings" tenant la fonction des "Colloques", où la majorité des "participants" sont muets, ce qui n'est pas un problème, vu que la démocratie est conchiée sous toutes formes et à la simple évocation de son nom], à la confiance aveugle en ceux qui sont censés en être les dépositaires et les interprètes autorisés (un Guillaume par exemple), à une obsession de la « pureté doctrinale » en définitive. Nous avons vu comment cette rigidité a pu conduire certains groupes de l’ultra-gauche à nier la réalité dans son essentielle complexité plutôt que de modifier leur « grille de lecture », dès lors que celle-ci s’avérait évidemment insuffisante [on ne le saura pas, puisque comme toute secte, ce dont ils ne parlent pas n'existe pas : telle la truite d'élevage, ils vous échappent des mains]




voir [et lire] aussi le roman de Roger Vaillant : La truite


Cette obsession de la « pureté révolutionnaire » n’est pas moins caractéristique d’un fonctionnement sectaire, incitant à pratiquer une sorte de fuite constante en avant dans l’hyper-criticisme (pour se distinguer des forces classiques de gauche et mêmes des « gauchistes »), encore accélérée par l’idée, classique à l’ultra-gauche, que l’effondrement du capitalisme est imminent et qu’il faut le hâter en lui portant des coups fatals [on a pu le vérifier encore dans les années 2000, avec la communisation annoncée par BL en 2020, le fiasco de l'aventure sic, etc.].

D’où par exemple la surenchère à la radicalité révolutionnaire entre les différents groupes de l’ultra-gauche, chacun étant constamment enclin à suspecter et à dénoncer chez les autres telle « tiédeur  » ou reste d’« idéologie bourgeoise » propre à les disposer au compromis ou à la déviation [quand ce n'est pas dit comme ça, c'est pensé comme ça, à preuve les sorties de Roland Simon contre Bruno Astarian ou d'autres, dont moi]. D’où aussi leur recherche délibérée de la provocation et du scandale, de surcroît seule façon de conquérir une audience en sortant de leur marginalité. Et, de ce point de vue, la cause négationniste était parfaite, et c’est pourquoi ils se sont empressés de l’épouser : pour un milieu qui avait tendance à mesurer l’authenticité et la radicalité de son engagement politique à sa capacité à faire scandale, à se mettre à dos à la fois la grande presse, l’Université mais aussi les organisations représentatives classiques du mouvement ouvrier, quelle meilleure occasion rêver ? 34

34. C’est sans doute un mélange similaire d’esprit anticonformiste, de goût de la provocation et de volonté de radicalisme politique qui explique qu’en dépit de sa dérive, Rassinier ait pu continuer à militer à la Fédération Anarchiste dans les années 1950 et que ses thèses aient pu recevoir alors un bon accueil au sein d’une part importante du milieu libertaire. L’irresponsabilité politique d’un certain « milieu révolutionnaire » n’est malheureusement plus à démontrer...

D’autant plus — et cela aussi est un trait caractéristique du fonctionnement sectaire — que cela leur aura permis de se poser en martyrs de la vérité révolutionnaire : en victimes de la persécution qui frappe partout et toujours les authentiques détenteurs de la vérité critique et de la pratique révolutionnaire. Dès lors critiques, attaques ou poursuites pénales sont autant de preuve de la vérité inaudible et scandaleuse dont le groupe est porteur : celui-ci ne peut avoir qu’autant de fois raison que les autres, tous les autres, lui donnent tort. Ressort propre à toute pensée paranoïaque.

Autrement dit, là où, en principe, l’héritage d’une pensée critique, la discussion collective et la discipline (l’auto-contrôle) du groupe auraient pu et dû éviter des dérives de cette sorte, le caractère sectaire du fonctionnement des groupes d’ultra-gauche les aura au contraire favorisés, en court-circuitant l’ensemble de ces garde-fous.

De ce point de vue, la secte révolutionnaire, dont les groupes de l’ultra-gauche constituaient dans les années 1970 et 1980 une bonne illustration, apparaît comme beaucoup plus dangereuse encore que le « parti de type léniniste », dont certains de ces groupes se voulaient pourtant une critique en acte [je ne suivrai pas Bihr sur ce terrain, parce qu'en termes d'effets de masse, il n'y a pas photos...]. Ne pouvant pas comme le second espérer prendre et exercer le pouvoir [ils ne l'espèrent pas parce qu'ils n'en ont pas l'intention, et ils ont raison], ne se plaçant pas même dans une telle perspective, n’étant pas davantage contraint comme le second à composer avec la réalité (ne serait-ce que sous la forme de l’opinion publique) dans la marche au pouvoir ou dans l’exercice réel du pouvoir [même remarque], la secte révolutionnaire peut laisser libre cours à son délire verbal [ou conceptuel et "dialectique" dans les textes graphomaniaques de Théorie communiste]. Elle compense ainsi en somme son impuissance politique réelle par un hyper-criticisme. Au pouvoir réel [ne serait-il que celui d'une puissance, d'une efficience quelconque], qui est inaccessible, elle substitue le pouvoir fantasmatique des mots, seul capable en définitive de dissoudre magiquement la réalité, fût-elle de la dimension d’Auschwitz. [ici et au-delà de cette affaire de négationnisme, la remarque vaut en général, elle est de toute actualité et c'est parce qu'il recoupe mon expérience, alors que j'étais bien naïf en découvrant ce milieu, et l'analyse que j'en ai depuis tiré, sans connaître ce texte d'Alain Bihr que je découvre aujourd'hui]


hormis le fait que je ne soutiens pas le démocratisme radical d'Alain Bihr dont j'ai écrit par ailleurs que je le considérais, à l'instar de Philippe Corcuff, comme un "anarchiste d'État", bien qu'un degré au-dessus en matière de critique marxienne de l'économie politique (La reproduction du capital, 2000, 2 tomes dont Roland Simon a également tiré, sans le dire, le plus grand profit), je partage cette analyse du sectarisme du milieu (post-)ultragauche, qui a certes par certains aspects gagné en théorie, mais par bien d'autres perdu en qualités humaines, du fait de la perte de tout lien organique avec le prolétariat en général et le milieu ouvrier en particulier

je l'ai écrit le 17 janvier à propos d'Henri Simon, comme autocritique retour sur l'expérience d'ICO information et correspondance ouvrières dans les années 60




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 31 Jan - 12:11


marxisme décolonial ?

avec Ana Cecilia Dinerstein


dans l'ordre d'un croisement entre marxisme et décolonialité, un des seuls que j'ai trouvés... et le seul texte qui tisse un lien entre marxisme et pensée décolonial. Ce qu'Ana Cecilia Dinerstein nomme "marxisme décolonial" dans cette présentation d'une conférence de 2014 semble très proche, «conversation, dialogue imaginaire » dit-elle... de ce que je fais dans ce forum, les références de textes la situant dans le marxisme radical de gauche (~~ ultragauche)

me gêne toutefois cette référence appuyée et unique (dans ce résumé) au néozapatisme, dont il faudrait comprendre le contenu et en quoi il est "néo" par rapport au zapatisme bien connu pour attraper les mouches de la démocratie radicale en mal d'exotisme

à défaut du texte complet, il est difficile de juger de sa teneur théorique...

traduction dessous


'Decolonial Marxism' and Neozapatismo : Bridging Counterhegemonic Struggles in the Global North and South Ana Cecilia Dinerstein July 15, 2014:

Social and Policy Sciences, University of Bath, BATH, United Kingdom

Citation :
How can we understand the diversity of forms of radical counter hegemonic resistances within current processes of accumulation of capital, from a non-Eurocentric perspective? In this paper, I anticipate a conversation between two approaches to resistance: Decolonial School and Open Marxisms. By constructing the imaginary dialogue between these two perspectives I identify their theoretical strategies, limitations and mutual misrecognitions that prevent fruitful cross-fertilisation, in order to delineate a new direction in the study of counterhegemonic politics and social emancipation. To DS it is indispensable not only to recognise particular trajectories of experience of power, oppression and domination but also to overcome ‘both Eurocentric and Third World "fundamentalisms" (Grosfoguel 2008).

Marxists and political economists reproduce the ‘coloniality of power’ that movements in the South are struggling against. However, a DS fails to consider the material processes of emergence of counterhegemonic pluriversal resistance within and against new forms of accumulation of global capital.

(Open) Marxists and radical political economists offer an adequate critique of global capital. They explain  how current forms of ‘accumulation by dispossession’ (Harvey 2003) and ‘crisis’ have changed the experience of oppression, exploitation and resistance. Yet, are they aware of the epistemic distortion implied in the (North-centric) character of their critique of capital? I offer the term ‘Decolonial Marxism’ to designate a form of critique that bridges diverse forms of counter hegemonic resistance within current processes of accumulation of capital from a non-North centric perspective.

‘Decolonial Marxism’ offers a new understanding of pluriversal forms of resistance against and beyond global. I also contend that Neozapatismo constitutes the practical and political embodiment of Decolonial MArxism for it bridges the struggles of indigenous, rural, urban counter hegemonic struggles, in the North and South, challenging in practice, the theoretical divide and allowing the incorporation of movements’ own theorising into the critique of capital.

traduction Patlotch
Marxisme décolonial et néeozapatisme : relier les luttes contre-hégémonique des hémisphères Nord et Sud
Ana Cecilia Dinerstein a écrit:
Comment pouvons-nous comprendre, d'un point de vue non-eurocentrique, la diversité des formes radicales de résistances contre-hégémoniques  au sein de l'actuel processus d'accumulation du capital ?  Dans cet article, je suggère une conversation entre deux approches de la résistance : la pensée décoloniale et le marxisme ouvert. En construisant le dialogue imaginaire entre ces deux points de vue, j'identifie leurs stratégies théoriques, les limites et la méconnaissance réciproque qui empêche de fructueux enrichissements mutuels, afin de délimiter une nouvelle orientation dans l'étude de la politique anti-hégémonique et de l'émancipation sociale. Pour DS, il est indispensable non seulement de reconnaître les trajectoires particulières des expérience de domination, d'oppression et de puissance mais aussi de surmonter « l'eurocentrisme et les "fondamentalismes" du Tiers monde (Grosfoguel 2008).

Les marxistes ouverts et la critique radicale de l'économie politique reproduisent la « colonialité du pouvoir » contre laquelle luttent les mouvements du sud. Toutefois, une DS ne tient pas compte des processus d'émergence de résistances anti-hégémoniques pluriverselles dans et contre les nouvelles formes d'accumulation du capital global.

Les marxistes ouverts et la critique radicale de l'économie politique offrent une critique adéquate du capital mondial. Ils expliquent comment les formules d' "accumulation par dépossession" (Harvey, 2003) et la « crise » ont changé l'expérience de l'oppression, de  l'exploitation et de la résistance. Pourtant, sont-ils conscients de la distorsion épistémique qu'implique le caractère (Nord-centrique) de leur critique du capital ?

Je propose le terme  de « marxisme décolonial » pour désigner une forme de critique comme pont entre diverses formes de résistance hégémonique au sein de l'actuel processus d'accumulation de capital dans une perspective centrée sur le non-Nord.

Le « marxisme décolonial » offre une nouvelle compréhension des formes pluriverselles de résistance contre et au-delà de la globalisation. Je soutiens également que le néozapatisme constitue le mode de réalisation pratique et politique du marxisme décolonial car il comble le fossé théorique entre des luttes hégémoniques autochtones, rurales, urbaines, dans le Nord et le sud, difficile en pratique, et permettent d'incorporer des mouvements spécifiques dans une théorisation critique du capital.


Ana Cecilia Dinerstein
Citation :
Associate Professor (Senior Lecturer) in Sociology
Open Marxism, Decolonial epistemologies, Political sociology and economic sociology, political economy, Argentine and Latin Amer
Verified email at bath.ac.uk - Homepage

on trouvera ICI de cette auteure une quarantaine de références de textes en espagnol et en anglais, de 1993 à 2015

il y est question d'autonomie, du "principe espérance" d'Ernst Bloch, théoricien d'ultragauche, du mouvement des Piqueteros en Argentine, des limites de l'autonomie, et d'autres thèmes alléchants, mais ne semblent disponibles en ligne que les résumés de ces textes



présentation mise à jour permanente

Citation :
Dr Ana Cecilia Dinerstein
Political Sociologist with particular expertise in social and labour movements, autonomous organising, prefigurative politics and the politics of policy

Senior Lecturer
PhD3 East 3.30
Email: a.c.dinerstein@bath.ac.uk
Tel: +44 (0) 1225 38 6958

Recent news

The Politics of Autonomy in Latin America: the Art of Organising Hope
Creating a 21st Century utopian society
Dr Ana Cecilia Dinerstein - 'The Age of Austerity or the age of Hope? Learning from Latin America Social Movements'
Dr Dinerstein to present paper at UN Research Institute for Social Development

PhD supervision

I am interested in supervising new PhD students researching these topics:

Global political economy, class, work and crisis
Social and Solidarity Economy
Urban, rural and indigenous movements in Latin America and the Global South
Global and European Social Movements
Political philosophy and epistemology surrounding social emancipation

Profile
I am a political sociologist. I have a degree in Politics from the University of Buenos Aires, and an MA and a PhD degree from the University of Warwick (Department of Sociology), where I subsequently held a four-year lectureship to teach political sociology at undergraduate and postgraduate levels before coming to Bath in 2002. I am currently the Department Director of Communications.

My research seeks to understand and explain the means by which groups of people outside institutionalised political structures can affect social and political change. I have pursued this orientation through a focus on labour and social movements, and movements of protest. My empirical research site has been Latin America and I am now working on movements of protest as a response to the capitalist crisis in Europe and worldwide.

My work challenges the 'claim-making' definition of the role of social movements by shifting the focus towards their constitutive function as vehicles for the creation of 'alternative' (new) worlds and their capacity to inspire social scientists to adopt ‘hope’ as a method of enquiry of social reality.

I have written books, journal articles and book sections for academic and non-academic audiences on issues of labour and social movements, movements of protest, social emancipation, and Marxist theory, and the politics surrounding policy implementation, including the use of state violence. Some of my outputs have been translated into Spanish, French and Turkish. I am internationally known for my work on Open Marxism and my research on labour and labour subjectivity, Argentine politics and the Movement of Unemployed Workers, and the impact of autonomous organising on democracy and policy making.

I am part of the Global Transformation and Insecurity research cluster and carry out research under the themes of Work and Welfare and Governance and Policy design.

Membership

BSA (Theory group)
The University Senate (2011-2014)
Social Science Centre
The Latin American Politics (LatAm) Specialist Group (PSA)
Centre for Development Studies (CDS)
Several professional association including the Society for Latin American Studies and the European Social Movement Network, Council for European Studies - Columbia University
Elected Member of the Society for Latin American Studies Committee (SLAS) (2015-2017)
Editorial Corresponding Board of the journal Historical Materialism
Institute for Latin American and Caribbean Studies (IEALC), University of Buenos Aires
The State in Latin America Latin American as part of the Council for Social Sciences (CLACSO)

Research interests

Social and labour movements and movements of protest
Alter globalisation and emancipatory movements
Autonomous organising and new democratic practices
Alternative forms of work, cooperation and self-management, social and solidarity economy)
The politics of policy. Social movements and the state in the glocal political economiy. Rethinking social movements and policy (prefigurative politics and the problem for policy)
Globalisation, immaterial labour, and labour subjectivity. New forms of understanding work and work identity
Critical Social Theory, Political Philosophy, Decolonial perspective and Marxist Theory (Open Marxism)
Projects
British Academy Newton Mobility Grant (2015-2016) (in collaboration with University of Rio de Janeiro)

Social Movements and autonomous education: new pedagogical experiences  

Previous projects
ESRC funded research projects (Res 155-25-0007)

'The movement of unemployed workers in Argentina’' (2007-2008)
'Social movements and collective autonomy in Latin America (Argentina, Bolivia, Brazil and Mexico)’' (2008-2009)
Other projects
'Social Movements and the idea of alternative', Santander Research Grant Award (2011)
Teaching
Undergraduate
SP20244: Political sociology
SP30055: Comparative industrial relations
Postgraduate
SP50250: The politics of policy in international perspective: actors, arenas and conflict

Publications
Jump to: Book/s | Book Sections | Articles | Reports/Papers | Conference or Workshop Items

Book/s
Dinerstein, A. C., 2014. The Politics of Autonomy in Latin America : The Art of Organising Hope. Basingstoke: Palgrave Macmillan. (Non Governmental Public Action Series)

Dinerstein, A. C., Deledicque, M., Ferrero, J. P., Pascual, R. and Contartese, D., 2013. Movimientos Sociales y Autonomia Colectiva : La politica de la Esperanza en America Latina. Buenos Aires: Capital Intelectual. (Claves del Siglo XXI)

Dinerstein, A. C., Contartese, D. and Deledicque, M., 2010. La Ruta de los Piqueteros. Tras la impronta de las organizaciones de Trabajadores desocupados en Argentina. Buenos Aires: Capital Intelectual.

Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds., 2009. El Trabajo en Debate. Una investigación sobre la teoria y la realidad del trabajo capitalista. Buenos Aires: Herramienta.

Dinerstein, A. and Neary, M., 2009. The Labour Debate:an investigation into the theory and practice of capitalist work. Buenos Aires: Ediciones Herramienta.

Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds., 2006. Emek Tartismasi. Kapitalist Isin Teorisi ve Gerceligine Dair Bir Inceleme. Ankara: Otonom.

Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds., 2002. The Labour Debate: An Investigation into the Theory and Reality of Capitalist Work. Ashgate: Aldershot-Burlington.

Book Sections

Dinerstein, A. C., 2014. Social movements, autonomy and hope : notes on the Zapatistas' revolution. In: , S. and Kumar, R., eds. Social Movements. New Delhi, India: Routledge. (Social Movements and Transformative Dissent)

Dinerstein, A. C., 2014. Disagreement and hope : the hidden transcripts of political recovery in Argentina post crisis. In: Levey, C., Ozarow, D. and Wylde, C., eds. Argentina since the 2001 Crisis. Basingstoke, U. K.: Palgrave Macmillan, 115- 133. (Studies of the Americas)

Dinerstein, A., 2013. Autonomía y esperanza : la nueva gramática de la emancipación social. In: Dinerstein, A. C., ed. Movimientos Sociales y autonomía colectiva. Buenos Aires: Capital Intelectual, pp. 149-173. (Claves del Siglo XXI; 13)

Dinerstein, A., 2013. Empleo o trabajo digno? : Crítica e imaginación en las Organizaciones Piqueteras, Argentina’. In: Dinerstein, A. C., ed. Movimientos Sociales y autonomía colectiva. Buenos Aires: Capital Intelectual, pp. 69-93. (CLAVES DEL SIGLO XXI; 13)

Dinerstein, A., 2013. Introducción: La autonomía y sus imaginarios prácticos en permanente construcción. In: Dinerstein, A. C., ed. Movimientos Sociales y autonomía colectiva. Buenos Aires: Capital Intelectual, pp. 21-37. (CLAVES DEL SIGLO XXI; 13)

Dinerstein, A., 2013. Municipio libre o comunidad autónoma rebelde? : Construyendo el ‘nosotros revolucionario’ Zapatistas, México’. In: Dinerstein, A. C., ed. Movimientos Sociales y autonomía colectiva. Buenos Aires: Capital Intelectual, pp. 117-145. (Claves del Siglo XXI; 13)

Dinerstein, A. C., 2013. From corporatist to autonomous: unemployed workers' organisations and the re-making of labour subjectivity in Argentina. In: Howell, J., ed. Non-governmental public action and social justice. Basingstoke, U. K.: Palgrave Macmillan, pp. 36-59. (Non-Governmental Public Action)

Dinerstein, A. C., 2008. Lessons form a journey: The Piquetero Movement in Argentina. In: Bonefeld, W., ed. Subverting the Present, Imagining the Future: Insurrection, Movement, Commons. New York: Autonomedia, pp. 231-246.

Dinerstein, A. C., 2005. Entre el extasis y el desencuentro. Los desafios de la rebelion. In: Bonefeld, W., Bonnet, A., Holloway, J. and Tischler-Visquerra, S., eds. Marxismo Abierto. Una vision Europea y Latinoamerica. Vol. 2. Buenos Aires: Herramienta, pp. 147-185.

Dinerstein, A. C., 2004. Beyond Crisis. The Nature of Political Change in Argentina. In: Chandra, P., Ghosh, A. and Kumar, R., eds. The Politics of Imperialism and Counterstrategies. New Delhi: Aakar Books, 263--301.

Dinerstein, A. C. and Neary, M., 2002. From Here to Utopia: Finding Inspiration for the Labour Debate. In: Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds. The Labour Debate: An Investigation into the Theory and Reality of Capitalist Work. Ashgate: Aldershot and Burlington, pp. 1-26.

Dinerstein, A., 2002. Regaining materiality: Unemployment and the invisible subjectivity of labour. In: Dinerstein, A. C. and Neary, M., eds. The Labour Debate: An Investigation into the Theory and Reality of Capitalist Work. Ashgate: Aldershot-Burlington, pp. 203-225.

Dinerstein, A. C., 1999. Subjetividad: capital y la materialidad abstracta del poder (Foucault y el Marxismo Abierto). In: Borón, A., ed. Teoría y Filosofía Política. La Tradición Clásica y las Nuevas Fronteras. Buenos Aires: Clacso-Eudeba, pp. 251-272.

Dinerstein, A. C., 1999. The Violence of Stability: Argentina in the 1990s. In: Neary, M., ed. Global Humanisation: Studies in the Manufacture of Labour. London: Mansell, pp. 46-75.

Articles

Dinerstein, A., 2015. What Europe’s hopeful left can learn from Latin America. The Conversation

Dinerstein, A. C., Schwartz, G. and Taylor, G., 2014. Sociological Imagination as Social Critique:Interrogating the Global Economic Crisis. Sociology-the Journal of the British Sociological Association, 48 (5), pp. 859-868.

Dinerstein, A. C., 2014. The dream of dignified work : On good and bad utopias. Development and Change, 45 (5), pp. 1037-1058.

Dinerstein, A. C., 2014. The hidden side of social and solidarity economy : Social movements and the 'translation' of SSE into policy (Latin America). UNRISD SSE Occasional Papers Series., 9, Occasional paper no.9.

Dinerstein, A. C., 2014. Too bad for the facts:Confronting value with hope (Notes on the Argentine uprising of 2001). South Atlantic Quarterly, 113 (2), pp. 367-378.

Dinerstein, A., 2012. Interstitial Revolution: on the explosive fusion of negativity and hope. Capital and Class, 36 (3), pp. 521-540.

Dinerstein, A. C. and Deneulin, S., 2012. Hope movements: naming mobilization in a post-development world. Development and Change, 43 (2), pp. 585-602.

Dinerstein, A. C., 2011. Diciembre 2001 : La política contra la police. La revista del CCC, 5 (13).

Dinerstein, A. C., 2010. Autonomy in Latin America: between resistance and integration. Echoes from the Piqueteros experience. Community Development Journal, 45 (3), pp. 356-366.

Bohm, S., Dinerstein, A. C. and Spicer, A., 2010. (Im)possibilities of autonomy: social movements in and beyond capital, the state and development. Social Movement Studies, 9 (1), pp. 17-32.

Dinerstein, A. C., Contartese, D. and Deledicque, M., 2008. ¿Reemplazando al municipio, al sindicato, a la ONG y al partido político? : Notas de investigación sobre la innovación organizacional en las organizaciones de trabajadores desocupados en Argentina. Realidad Economica, 234, pp. 50-79.

Dinerstein, A., 2008. 'Here is the rose, dance here!' A riposte to the debate on the Argentinean Crisis. Historical Materialism, 16 (1), pp. 101-114.

Dinerstein, A. C., 2008. Global industrial relations. British Journal of Industrial Relations, 46 (4), pp. 828-830.

Dinerstein, A. C., 2007. Workers' factory takeovers and new state policies: towards the 'institutionalisation' of non-governmental public action in Argentina. Policy & Politics, 35 (3), pp. 529-550.

Dinerstein, A. C., 2005. A Call for Emancipatory Reflection: Introduction to the Forum. Capital and Class, 85, pp. 13-16.

Dinerstein, A. C., 2005. International Forum on John Holloway's Change the World without Taking Power. Capital and Class, 85, pp. 13-31.

Dinerstein, A. C., 2004. Más allá de la crisis. La naturaleza del cambio político en Argentina'. Revista Venezolana de Economia y Ciencias Sociales, 1, pp. 241-270.

Dinerstein, A. C., 2003. ¡Que se Vayan Todos! Popular Insurrection and the Asambleas Barriales in Argentina. Bulletin of Latin American Research, 22, 187--200.

Dinerstein, A. C., 2003. Power or Counter Power? The dilemma of the Piquetero Movement in Argentina post crisis. Capital and Class, 81, pp. 1-7.

Dinerstein, A. C., 2002. The Battle of Buenos Aires. Crisis, Insurrection and the Reinvention of Politics in Argentina. Historical Materialism, 10, 5--38.

Dinerstein, A. C., 2001. A Silent Revolution: The Unemployed Workers Movement in Argentina and the New Internationalism. Labour Capital & Society/Travail, Capital & Societe, 34, 166--183.

Dinerstein, A. C., 2001. El poder de lo irrealizado. El corte de ruta en Argentina y el potencial subversivo de la mundialización. Observatorio Social de América Latina, 5, pp. 11-16.

Dinerstein, A. C., 2001. Roadblocks in Argentina. Capital and Class, 74, pp. 1-7.

Reports/Papers

Dinerstein, A. C., 2013. The speed of the snail : the Zapatistas' autonomy de facto and the Mexican state. Working Paper. Bath, U. K.: Centre for Development Studies, University of Bath. (Bath Papers in International Development; BPD20)

Dinerstein, A. C. and Ferrero, J. P., 2012. The limits of participatory democracy: social movements and the displacement of disagreement in South America. Working Paper. Bath: Centre for Development Studies, University of Bath.

Deneulin, S. and Dinerstein, A. C., 2010. Hope movements : social movements in the pursuit of human development. Working Paper. Bath, U. K.: Centre for Development Studies, University of Bath. (Bath Papers in International Development; BPD8)

Dinerstein, A. C., Bohn, S. and Spicer, A., 2009. The (im)possibilities of Autonomy. Working Paper. London School of Economics.

Dinerstein, A. C., 2009. The snail and the good government. A critique of "civil society" by the Zapatista Movement. Working Paper. London School of Economics.

Dinerstein, A. C., 2008. Non governmental public action and organisational autonomy in Latin America, Argentina, Bolivia and Mexico. Other. Economic and Social Research Council (ESRC).

Dinerstein, A. C., 2008. The Politics of Policy: Unemployment, the Unemployed Workers Organisations and the State in Argentina. Working Paper. LSE.

Dinerstein, A. C., 2007. A decade of the unemployed workers movement in Argentina. An assessment of their organisational innovation and impact on institutional change (Document for the dissemination of research outputs). Other. Buenos Aires: ESRC NGPA Cultural Centre for Cooperation.

Conference or Workshop Items

Dinerstein, A. C., 2014. The significance of Zapatismo for democracy : Panel: The quality of democracy: leaders, parties and citizens Convenor: Laura Tedesco. In: SLAS Annual 50 years anniversary Conference 2014, 2014-04-03 - 2014-04-04, London.

Dinerstein, A. C. and Ferrero, J. F., 2010. Contested institutionalisation. Social movement and political change in Argentina and Brazil (MST and Piqueteros), 1990-2010. In: Annual Conference of the Society for Latin American Studies (SLAS), 2010-04-07 - 2010-04-10, University of Bristol.

Dinerstein, A. C. and Schwartz, G., 2010. Mobilizing, framing, and configuring fields: institutional consequences of factory occupations in Argentina, 1997-2006. In: 3rd Latin and European Meeting on Organization Studies (LAEMOS), 2010-04-07 - 2010-04-10, Buenos Aires.

Dinerstein, A. C., 2010. Social movements, autonomous organising and hope in Latin America. In: 3rd Latin and European Meeting on Organization Studies (LAEMOS), 2010-04-07 - 2010-04-10, Buenos Aires.

Dinerstein, A. C., Pascual, R. and Ghiotto, L., 2009. Zapatismo, Insurgencia y Contrainsurgencia: la lucha comunitaria en Chiapas (2007-2009). In: XXVII Conference of the Latin American Sociological Association, LASA, 2009-08-31 - 2009-09-04, Buenos Aires.

Dinerstein, A. C., 2009. Zapatismo and civil society. Social movement theory revisited. In: Conference of the Latin American Studies Association, LASA 2009, 2009-06-01, Rio de Janeiro.

Dinerstein, A. C., 2009. 'The snail and the good government. A critique of "civil society" by the Zapatista Movement. In: CINEFOGO Conference - Beyond NGOs: Civil and Uncivil Society in the 21st Century, 2009-02-26 - 2009-02-27, Centre for Civil society, LSE.

Dinerstein, A. C., 2009. Social Movements and the project of Autonomy in Latin America. Lessons from Argentina, Brazil, Bolivia and Mexico. In: Final ESRC NGPA Conference 'Organising for Social Justice and Poverty Reduction', 2009-01-14 - 2009-01-15, London School of Economics.

Schwartz, G. and Dinerstein, A., 2008. Occupy, Resist, Produce! Social Movements and the Institutionalization of New Practices. In: 24th EGOS Colloquium, Upsetting Organizations, 2008-07-10 - 2008-07-12, Amsterdam, Holland.

Dinerstein, A. C. and Schwartz, G., 2008. Resist, Occupy, Produce! The Movement (and praxis) of factory occupations and the emergence of new organisational forms in Argentina. In: 24th EGOS Colloquium, Upsetting Organizations, 2008-07-10 - 2008-07-12, Amsterdam, Holland.

Dinerstein, A. C. and Grugel, J., 2008. Non Governmental Public Action in Latin America. In: NGPA in Latin America Workshop, 2008-05-16, University of Bradford.

Dinerstein, A. C., Spicer, A. and Bohem, S., 2008. Social Movements and the(im)possibility of Autonomy. In: NGPA Theory Workshop, 2008-05-07 - 2008-05-08, London School of Economics.

Dinerstein, A. C., 2007. When "Workfare" Becomes "Work": Community projects and the redefinition of work in the collective experience of unemployed workers in Argentina. In: Workshop on NGPA and Labour Issues, 2007-12-10, London School of Economics.

Dinerstein, A. C., 2007. Identity Between Distribution and Recognition. In: Work, Employment and Society, 2007-09-12 - 2007-09-14, University of Aberdeen.

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