PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

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 THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 30 Nov - 21:05


special edition


C. a écrit:
30/11/2015 à 20:50 | #9 Une chose me dérange fortement dans ce texte *, c’est qu’il oppose « les français normaux » (les progressistes) aux autres qui sont d’origine « arabo-musulmane » (comme c’est à la mode de le dire) qui sont les méchants arriérés, ce qui me paraît franchement fumeux.

Je rencontre de plus en plus de français non-musulmans et « de souche » comme disent les fachos, qui sur les questions des femmes, du couple, de la sexualité, du social, des Juifs, etc. n’ont rien à envier aux islamistes.

Les valeurs sont à peu près les mêmes, les seules différences sont le voile et que nos bons gaulois se bitturent la gueule alors que les islamistes ne boivent pas d’alcool. Sortez de vos bulles militantes, allez à la rencontre du françaoui moyen, vous verrez que les populations d’origine maghrébine ne sont pas plus rétrogrades que le reste de la population, elle ne font que refléter à leur manière l’ambiance générale française dont elles sont aussi le produit.

De plus, je ne crois pas avoir défendu l’idée de l’usage du concept de race ni proposé de mettre les œuvres de l’école de la critique de la valeur à la poubelle. Pas plus que je n’ai parlé « d’islamophobie », mais là ce texte est franchement douteux, Éric Zemmour aurait certainement très bien pu signer certains passages.


* le texte suggéré par lobo à la lecture de R.S : Retour sur "Janvier 2015" su site L'herbe entre les pavés


Citation :
L’HERBE ENTRE LES PAVÉS : “Il s’est développé en lui avec le temps un certain goût de la négation, une souple dialectique qui l’induit volontiers à découvrir des défauts dans ce  qui bénéficie de l’approbation générale, à prendre la défense de ce qui est interdit et à refuser les obligations avec une mauvaise volonté qui procède de la volonté de se...







ce qui me frappe dans ces positions "libertaires", et autres, c'est leur côté "ado", du jeune chien fou qui pisse partout au gauchiste déjà vieux con à l'âge adulte

autre chose de plus satisfaisant est de lire sinon des textes des remarques que j'aurais pu signer, et auxquelles il ne manque pas grand chose pour devenir "théoriques" : qui sait quelque concept patlotchien ?



Dernière édition par Admin le Lun 7 Déc - 18:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 2 Déc - 14:27



remarque en passant au net :


on peut appeler à un meeting, à une manifestation, à une grève, à l'occupation, à la compassion, à l'indignation... jusqu'à l'indigestion de l'impuissance militante et de la démocratie politique

mais appeler à une révolte, à une émeute : à quoi bon ? On l'entend certes, mais les conseilleurs ne sont pas les payeurs, et qui veut se révolter n'a besoin ni de conseil, ni de mode d'emploi théorique, ni de partis, ni de militants extérieurs



Amiri Baraka, Leroi Jones

poète et dramaturge, critique et musicien de jazz

inventeur du rap, activiste communiste

1934 - 2014

RIP Brother Amiri BARAKA LeRoi JONES



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 3 Déc - 9:50

à la question posée en tête de rubrique : « Que faire ? » j'aurais du rajouter un "?" : « Que faire ? » ?. C'est ainsi qu'il fallait le comprendre, étant donné que je n'avais pas l'intention d'apporter une réponse

le temps a passé, et j'ai opté pour : « Quels faire ? », parce qu'il y a quand même des choses à dire sur la question. Dire ce qui n'est pas, ou plus, à faire, à quoi l'histoire a écrit son verdict : vous ne repasserez plus les plats

les réponses à « Que faire ? » sont à inventer/improviser en situations par ceux qui les rencontrent ou les créent dans leurs conditions, et toute prétention à les apporter de l'extérieur en "théorie" ou en "pratique" relèvent de l'activisme : ce furent les deux mamelles de Sic, revue internationale pour la communisation, jusqu'en 2013

ce constat, sanction sans appel, n'empêche que se posent les questions révolutionnaires de la stratégie et des activités communistes, dans les luttes et leur théorisation, et c'est pourquoi il est question ici de stratégie politique et de théorie politique

Patlotch a écrit:

SORTIS DES SOUTES

rap à deux voix et percussions : voix 1, voix 2, ensemble, ou distribution libre


Des siècles des poussières
dix-sept ans sur les routes
aux présents des hiers
quand il sortait des soutes
une lumière
noire à percer l'avenir

On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Vous les jetez d'un geste
aux enchères
aux marchés


Vous les laissez sans reste
et plus chers
épluchés

À pourrir dans vos cages
où mûrissent leurs rages
de vos temps indigestes


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Ils en ont dans le chou
ils déjouent les tabous
de vos livres d'histoire
Ils ont eu les déboires
versé toutes les larmes
ils ont toutes mémoires
ils auront toutes armes


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Ils sont partout ils vont par milles
ils sont parmi le nombre
Ils sont sortis de l'ombre
ils n'ont pas le nombril

à la place du cœur ni leur nom brille
place de la concorde
Ils coupent court
au virage à la corde


au cou rage Un langage
leur manque les mots
pas le souffle
ils sont le vent levé

Volent haut comme au
devant
des dangers comme
oh !
des anges contre vous
Démons !

On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Forçats des esclavages
des soutes soulevés
ils sont nos vents en poupe

On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Et surgissent vos peurs
qu'ils ne soient pas qu'on gère
managés en voleur

qu'ils ne soient pas pépères
à voile et à vapeur

On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Voilà votre terreur
être rien qu'ils soient tout
Et voici votre fin
qu'ils ne soient plus valeurs

On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Qu'ils soient pis, contre vous
pis qu'ils soient tous contre vos sous
pis qu'ils vous nettoient vous vos dessus vos dessous vos sourires
Telle est votre panique qu'ils vous niquent

On dit ces temps de doute
poussière sur la route


Ils vous déborderont
sabordant vos encombres
Ils vous débonderont
démontant vos démondes

Ils vous déborderont
espèces de cons combles
Ils vous débonderont
espèces de cons combles

Ils vous débonderont
espèces de cons combles


On dit ces temps de doute
poussière sur la route


FoSoBo 10 janvier 2012,

source TEMPS BASCULÉS

les temps basculés sont les temps de l'histoire et du poème, radicalement présents




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 3 Déc - 13:30



livre de Satnam Virdee déjà signalé, chroniqué par Selim Nadi, du PIR. L'intérêt de cet article est de rappeler les ouvrages de E.P. Thompson, Perry Anderson, Noël Igniatiev, et Sadri Khiari, autre théoricien du PIR, qui font partie des références désormais incontournables du fond théorique à partir duquel se construisent les thèses de ce livre-forum concernant l'articulation classe-race...


Le mouvement ouvrier anglais face aux parias racialisés Selim Nadi, membre du PIR 1 décembre 2015


Citation :
En 1963, E.P. Thompson devient l’un des historiens majeurs du mouvement ouvrier britannique après avoir publié ‘La formation de la classe ouvrière anglaise’, ouvrage dans lequel il montre que la classe ouvrière anglaise n’est pas née mécaniquement du seul fait des contradictions économiques du capitalisme anglais, mais que celle-ci découle d’un processus actif. Pour résumer cet immense ouvrage, la classe ouvrière anglaise s’est constituée elle-même autant qu’elle a été constituée par des conditions objectives. Selon Perry Anderson, dans Arguments Within English Marxism, trois thèses fondamentales apparaissent dans l’ouvrage de Thompson :

◾La classe ouvrière anglaise a joué un rôle majeur dans sa propre formation.

◾La conscience sociale est primordiale dans cette formation, ce qui signifie que les classes émergent lorsque des Hommes, via des expériences communes, articulent leurs intérêts comme s’opposant aux intérêts d’autres Hommes. La formation de la classe ouvrière anglaise s’arrête au début des années 1830, moment à partir duquel on ne peut plus parler de « formation de la classe ouvrière » mais plutôt de « classe ouvrière formée ».

◾La formation de la classe ouvrière anglaise s’arrête au début des années 1830, moment à partir duquel on ne peut plus parler de « formation de la classe ouvrière » mais plutôt de « classe ouvrière formée ».

Si l’ouvrage de Thompson est, bien évidemment, un ouvrage magistral dans l’histoire et la théorie du mouvement ouvrier britannique, un élément reste néanmoins clairement absent : la manière dont les antagonismes raciaux ont participé à la formation de cette classe ouvrière. Bien que certains textes se soient déjà attardés sur cette question, ce n’est que l’année dernière (2014) qu’a été publié l’un des livres les plus complets sur le sujet : Racism, Class and the Racialized Outsider de Satnam Virdee.

Dès le début de son livre, Satnam Virdee écrit que la question raciale n’est pas un élément périphérique, mais bien central, de la manière dont la classe ouvrière anglaise a voulu à la fois assurer la justice économique et sociale, et démocratiser la société anglaise. Il existe, bien évidemment, de nombreux travaux qui montrent comment l’Empire a influé sur la formation des classes sociales en Angleterre, mais les travaux qui expliquent comment les indigènes (people from the Empire) arrivant sur l’île britannique ont joué un rôle dans la vie et les institutions de la classe ouvrière restent bien plus rares.

Cette cécité raciale (race-blindness) n’est pas seulement un problème d’ordre historique mais elle joue aussi un rôle dans la mémoire du mouvement ouvrier contemporain, selon Virdee, les rares épisodes où les « minorités racialisées » (racialized minority) ont été présentes dans l’histoire du mouvement ouvrier se résument aux événements de Cable-Street (1936) – lors d’affrontement entre des membres de la British Union of Fascists et des militants juifs et irlandais antifascistes – et de Grunwick (1976 – 1978) – lors d’un mouvement majeur de grèves d’ouvrières, originaires pour la plupart d’Asie du Sud.

Pour Satnam Virdee, analyser la formation et la dé-formation (Making and Unmaking) de la classe ouvrière anglaise via le prisme des antagonismes raciaux permet de dé-mythifier les épisodes les plus glorieux de l’histoire du mouvement ouvrier anglais, comme celui du Chartisme (dans les années 1830/40) ou encore la formation des Partis travailliste et Communiste de Grande-Bretagne (au début du XXème siècle).

L’intérêt de l’ouvrage de Virdee réside dans le fait de vouloir mettre l’accent à la fois sur les rapports entre les non-blancs britanniques et le mouvement ouvrier, notamment sur le racisme d’une large partie du mouvement ouvrier britannique, mais également sur les moments de réelle solidarité anti-raciste. De plus, Virdee utilise le terme de race avec une certaine rigueur historique puisqu’il n’entend pas ce terme comme un synonyme de couleur de peau, ou de concurrence pigmentaire, mais bien en tant que rapport social, ce qui l’entraîne à considérer aussi bien les Juifs que les Irlandais comme faisant partie intégrante des parias racialisés (Racialized Outsider) à certains moments de l’histoire britannique. Le racisme que subissaient les Irlandais étant, sans doute, moins connu en France que celui que subissaient les Juifs, nous renvoyons à l’ouvrage de Noël Igniatiev How the Irish Became White (1995).

Ainsi, dans un article de Satnam Virdee, récemment traduit en français, celui-ci écrit, à propos des réformes sociales et politiques ayant permis une plus importante intégration d’une certaine frange du prolétariat :

Satnam Virdee a écrit:
« Le racisme – qui a pu prendre de multiples formes – a accompagné ce processus d’intégration de la classe ouvrière. Dès les années 1850-1860, l’inclusion de la partie de la classe ouvrière considérée comme « respectable », celle entre autres des ouvriers qualifiés, allait de pair avec le renforcement d’un racisme qui prenait pour cible les catholiques irlandais. Si les Anglais s’associaient déjà au protestantisme, cette identité fut l’objet d’une surdétermination à cette période : ils se définissaient aussi de plus en plus comme membres de la race anglo-saxonne. Les catholiques irlandais – longtemps exclus de la nation du fait de leur catholicisme – se retrouvèrent doublement désavantagés du fait de leur catholicisme et de leur appartenance supposée à la race celtique.[1] »


Une histoire sociale faisant l’impasse sur l’importance de la question raciale, ou ne voyant celle-ci que comme périphérique, verrait ainsi dans ces années, une période de progrès sociaux. Il est vrai que certaines périodes de l’histoire ont connu des réformes importantes en faveur des ouvriers blancs, mais c’est par l’intégration de cette frange des ouvriers que s’est faite l’exclusion de toute une autre partie du prolétariat.

Virdee montre ainsi que la classe ouvrière n’était pas imperméable à la construction d’une identité nationale britannique qui se construisait en opposition aux non-blancs. En effet, le processus de nationalisation du prolétariat britannique se faisait aussi par une racialisation de celui-ci. Or, et c’est là la force du livre de Virdee, l’auteur montre qu’il y eut des manifestations de réelle solidarité entre la frange blanche du prolétariat et les non-blancs.

Cependant, il démontre que c’est seulement après 1968, les luttes décoloniales en Afrique, Asie et dans les Caraïbes, les luttes noires aux États-Unis et en Grande-Bretagne, qu’une frange du mouvement ouvrier blanc bifurqua sur la question du racisme et soutint les descendants d’Asiatiques ou d’Afro-Caribéens vivant en Grande-Bretagne, et que c’est lors des crises systémiques du capitalisme que la solidarité anti-raciste de la classe ouvrière britannique se fit, épisodiquement.

Plutôt que de proclamer abstraitement « l’articulation race-classe », l’ouvrage de Satnam Virdee démontre que la classe ouvrière est aussi touchée par le processus de racialisation à l’origine des antagonismes raciaux. Ce livre est très parlant pour le contexte français également. Dans La contre-révolution coloniale en France (2009), Sadri Khiari montre en effet l’importance qu’ont eue les résistances indigènes au sein du prolétariat français :

Sadri Khiari a écrit:
« Médiées par les luttes de classes, relayées parfois par les syndicats blancs, soutenues par des mouvements de solidarité, certaines de ces luttes ont laissé des traces, mais on sous-estime généralement leur diversité et leur ampleur, notamment au cours des années 1970. Et comme on considère les travailleurs immigrés comme des victimes et seulement des victimes, « boucs émissaires » sans consistance politique réelle, on néglige l’impact profond de leurs luttes ; on n’aperçoit pas les recompositions que leur action fait subir au champ politique.[2] »


Cependant, les effets des luttes indigènes ne furent pas les mêmes sur le mouvement ouvrier français que sur le mouvement ouvrier britannique ; le Mouvement des Travailleurs Arabes, fut soutenu quasi-exclusivement par la Gauche Prolétarienne, tandis-ce que la Ligue Communiste Révolutionnaire et, bien évidemment, le Parti Communiste Français, furent plus timides et accusèrent même le M.T.A de diviser la classe ouvrière (remarquons qu’il est assez ironique d’accuser un mouvement anti-raciste de diviser la classe ouvrière sans prendre en compte les structures et les conditions matérielles qui divisent objectivement la classe ouvrière).

L’ouvrage de Virdee entre donc bien en résonance avec les luttes des ouvriers indigènes en France, et c’est en cela qu’il est intéressant de comparer l’évolution de l’attitude de la gauche britannique, à celle de la gauche française, face aux luttes du prolétariat non-blanc. Ce qu’écrit Virdee, sur le fait que les moments de plus grande inclusion du prolétariat britannique allèrent de pair avec une plus grande exclusion du prolétariat non-blanc, est également vrai pour le cas français. Pourtant, la gauche « radicale » française a souvent vu les indigènes comme faisant partie intégrante d’une lutte « de tous les prolétaires », puisqu’ils sont touchés par les mêmes problèmes (ce qui est vrai), tout en refusant d’accorder la moindre importance (ou alors de manière périphérique) à la spécificité de l’oppression raciale.

Or, la place qu’occupent les non-blancs au sein du prolétariat est directement liée à leur condition raciale comme le montre Laure Pitti dans ses travaux. La condition des OS immigrés va de pair avec la politisation plus importante de ceux-ci. Ainsi, la dynamique engendrée par les grèves d’ouvriers immigrés dans les années 1970 va se retrouver dans la lutte pour le logement, contre les expulsions et le racisme d’État [3]. Ce processus d’inclusion/exclusion mutuelle dans le rapport de la gauche radicale française aux indigènes est toujours valable aujourd’hui et a pour conséquence que la gauche radicale n’accepte les indigènes que dans leurs revendications associatives ou syndicales (ce qui est, bien évidemment, primordial) tout en se méfiant d’eux lorsqu’ils posent la question du pouvoir et entendent se mêler du politique.


Notes

[1]Satnam Virdee, « Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise », Période,

[2]Sadri Khiari, La contre-révolution coloniale en France, La Fabrique, Paris, 2009, p. 87.

[3]Voir : Laure Pitti, « Des grèves de la dignité aux luttes contre les licenciements : les travailleurs immigrés de Citroën et Talbot, 1982-1984 »


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 4 Déc - 8:40


toute cette merde

à la lumière d'incompréhensions que j'aurais provoquées sans trop y prendre garde, je dois préciser ce que je fais, dans ce forum, ou ailleurs

mon parcours de communiste, depuis 44 ans, s'est d'abord englué avec le PCF, 25 ans durant hors du rang hors du rail mais dans ma vie duraille, puis en sortant à la fin des années 1980, pris dans la dynamique alors porteuse du démocratisme radical, bien qu'à sa marge la plus réellement "marxisante",

ce n'est qu'en découvrant en 2005 la théorie de la communisation, par Théorie Communiste alors engagé dans la revue Meeting, que j'ai pu comprendre ce qu'est vraiment produire de la théorie, et ce n'est réellement que libéré du travail salarié que je m'y suis mis moi-même avec les connaissances et au niveau requis, en 2012

le rejet général de toute posture de théoricien, de la construction d'un corpus ou de l'écriture d'un livre, et la nécessité personnelle pour moi de ne pas m'en tenir à la théorie, comme ma manière de m'exprimer dans divers registres d'écriture allant de la théorie à la poésie, en passant par ce qui se veut de l'humour, font que j'aurais troublé la compréhension de ce qui est parfaitement clair "dans ma tête" :

1) je formule ici, dans ce livre-forum, comme je le faisais auparavant sur mon blog, de la théorie au sens plein et fort du terme, et en ceci, quelque part quoi que j'aie pu en dire, je suis un théoricien : un théoricien communiste

je ne le fais pas à titre impersonnel, j'inclue des éléments d'expérience personnelle, des avis que je ne considère pas comme valables au-delà de mon usage, mais grosso-modo, c'est de la théorie, pas du canada dry de théorie, même quand ç'en n'a ni l'odeur ni la saveur attendues

2) je suis communiste et le sens est celui d'un combat : je suis un communiste théoricien

je prends donc le risque de participer ou de soutenir certaines activités dont je ne partage pas les fondements théoriques ni les objectifs politiques, quand ils sont porteurs d'une dynamique qui participe d'évidence des luttes de classes telles qu'elle se présentent, et peuvent seulement se présenter, en France, aujourd'hui

par conséquent, confondre ces deux niveaux pour en tirer quelque argument contre le contenu théorique de mon propos à tous niveaux et sous toutes formes d'expression, sans argument théorique, me laisse complètement indifférent

cela ne peut que m'inviter à plus de clarté, que saura apprécier qui se donne la peine de lire et de comprendre, avant d'en penser tout et n'importe quoi

j'ai commencé de le faire avec l'idéologie française, et la disparition de 40% des sujets dont les plus théoriques me pousse à les reprendre de façon plus synthétique et plus à jour de l'état actuel de ma pensée de « toute cette merde » (Karl Marx *)

* citer Marx comme ça, quel plaisir !



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 4 Déc - 8:40


renvoyez l'ascenseur, pas la censure...

à ce qui précède :

corolaire 1
je n'ai pas de leçons de bonne politique à donner à qui se bat sur le terrain de la démocratie politique, avec l'objectif d'orienter les luttes de catégories sociales auxquelles je n'appartiens pas, ni de classe sociale, ni de "race" sociale, étant entendu que la couleur ne détermine plus qui sont aujourd'hui les « Nègres du monde » (Achille Mbembe, Critique de la raison nègre, voir ICI)

je peux par conséquent participer à certaines activités de luttes de ces catégories sociales, sans me sentir engagé par les objectifs que certains leurs assignent, comme c'est le cas d'un grand nombre qui participent à toutes sortes de luttes ou de manifestations, sans être pour autant théoricien ou connaisseur en la matière

corolaire 2
ma manière de faire de la théorie, ma "pratique théorique", sur la base de luttes dans le monde[/i], à toutes lesquelles je ne saurais participer, n'engagent que moi, ma façon singulière de le faire, car connaissant mes qualités et mes défauts, je ne sais pas faire autrement

corolaire 2 bis
je peux apprécier d'autres productions théoriques d'auteurs qui n'ont ni mes défauts ni mes qualités mais les leurs, avec lesquels ils font aussi du mieux qu'ils peuvent en toute conscience de faire de la théorie, de la théorie communiste

corollaire 2ter
j'apprécie qu'on me renvoie l'ascenseur plutôt que la censure, donc merci à qui le fait d'ores et déjà

les braves gens n'aiment pas que
l'on suivre une autre route qu'eux




en attendant la dépanurge

prenez l'escalier




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 4 Déc - 20:42

dndf : discussion suite au texte de Saïd Bouamama

Mamadou Djaderley a écrit:
04/12/2015 à 18:49  Que ce soit bien clair, je ne fais nullement l’apologie du PIR, au contraire. Mais avant de pouvoir expliquer et critiquer convenablement les propos racistes homophobes anti-féministes et anti-juives des discours de certains de ses membres, il y’a semble-t-il quelques pré-requis à poser. Chaque chose en son temps. De plus, en ce qui concerne SB : « Il est bien évident […] que le texte de Saïd Bouamama est critiquable, mais encore faudrait-il le critiquer dans son contenu et non dans sa signature », RS dans notes de lectures à propos du 13 novembre.

J’écrivais :

« Bien que ça n’a jamais été un privilège ou un « luxe » d’être exploité, un tel « compromis », surtout favorable à une partie du prolétariat des pays dits « développés » avait pour condition d’existence le colonialisme d’antan. »

Il s’agissait d’avantages relatifs, certainement pas de « privilèges ». Une autre manière de poser la question : la pénurie était-elle organisée partout de manière uniforme? Il n’y a là rien de moral. Pour que les programmatistes d’antan puissent avoir été coupables de quelque chose, encore faut-il qu’ils aient eu un autre choix, mais ce serait une hypothèse volontariste. Est-ce le prolétariat qui a inventé le colonialisme? Non!

Il ne s’agit certainement pas de poser le fait de se subjectiver en tant que « race » comme quelque chose de « bien » et de rassurant, loin de là, il s’agit simplement d’une expression des limites du cycle de luttes actuel. Il nous faut expliquer aussi bien le racisme que la racisation, saisir ce qui s’y dissimule de matériel, d’une manière non moraliste si l’on veut en élaborer la perspective d’un dépassement. Le fait d’être prolétaire racisé, ce n’est pas tant le fait d’appartenir à une communauté, c’est avant tout le fait de se voir assigner une place dans les rapports de production en fonction de critères physiques, ethniques, culturels… A partir de là ces critères sont essentialisés, la concurrence entre les prolétaires possède une forme que les capitalistes peuvent (c’est à dire doivent*) affiner, renforcer, selon les besoin de l’exploitation du travail en général. Cette segmentation se traduit, dans les luttes, comme limite parce qu’elle en structure les modalités. Cette nécessité engendre des problématiques spécifiques lorsque les capitalistes doivent gérer de nombreux segments du prolétariat au sein d’un même territoire et révèle localement une part des antagonismes internes du prolétariat mondial. A ce titre l’islamophobie, sa résolution républicaine, c’est à dire sur-stigmatisante, puis l’état d’urgence** sont un soulagement pour la classe capitaliste.

Malgré sa rationalisation, le travail n’est rendu indistinct qu’au moment de l’échange. Tout les travaux concrets ne se valent pas (valoir au sens général). L’exploitation n’est pas comme l’argent « sans odeur », elle est concrète. Les capitalistes ont besoin de segmenter le prolétariat, de conférer à chacun de ces segments des avantages/désavantages relatifs, et de contraindre la formalisation de la compétition entre les prolétaires occupés. Les places dans les rapports de production ne sont pas distribuées de manière indistincte. Si tu veux du boulot, mets une photo sur ton CV! Il en va de même pour la gestion des prolétaires occupés et disponibles. D’abord il’y a le zonage mondial. Puis en France par exemple, il y’a ceux qui doivent mériter leur RSA en prouvant qu’ils méritent d’être français (même un mariage blanc est une preuve de « capital social »), ceux qui y ont droit d’office, et ceux qui sont plus suspects que les autres d’être des « profiteurs ».

Pour parvenir à segmenter efficacement les capitalistes contraignent à la stigmatisation, à la racisation. Exemple de contrainte : Tiens! Et si on revalorisait le colonialisme à l’école – ce n’est pas une mesure gratuite, pensez aux conséquences! Le PIR en est une en tant qu’ « entrepreneur en racisation » (que SB soutienne le PIR en déplorant qu’il soit intégrationniste est un paradoxe sans perspective). De façon générale les capitalistes cherchent dans la lutte de classe à préserver les modalités de segmentation, c’est à dire de reproduction du prolétariat.

Je fait l’hypothèse que ces modalités sont menacées par l’évolution des modalités mondiales d’exploitation (la délocalisation s’effectue à double sens, par exemple en ce moment : prémices de délocalisation de la guerre***), ce qui menace en même temps la stabililité du cycle de lutte actuellement défensif; et que cette fois-ci les capitalistes ne pourront pas compter sur le programmatisme pour restructurer et re-segmenter.

D’où la perspective communisatrice suivante : l’auto-abolition des classes comme abolition de ses segments, et donc, comme abolition de la racisation
.

* Activité concrète de personnes concrètes et en même temps détermination objective du MPC. Ce qui est possible est en réalité nécessaire…

** A une époque encore récente ou les gauchistes pouvaient sans heurts se satisfaire du fantasme de la fraternité d’un prolétairiat supposé receller une nature finalement homogène, le groupe Zebda chantait « je suis celui qu’on a puni deux fois ici et puis là bas ». Aujourd’hui on pourrait remplacer par : « Je suis celui qu’on a puni quatre fois, trois fois ici, une fois là bas. » La tension monte, bon grè mal grè l’illusion ne devrait plus tenir très longtemps…

*** Et non! La guerre ce n’est pas la paix en fait! Tout n’est pas pareil « dehors » que « dedans » l’espace Schengen et « son » monde. La « troisième guerre mondiale » peut être considérée comme initiée depuis des décennies déjà (chute du mur?), sans pouvoir être encore qualifiée « mondiale ».

R a écrit:
« Bien sur, c’est aussi une stratégie de survie pour certains prolétaires. »


Oui, et donc? Quelles conséquence sur la lutte de classe ?

R a écrit:
« Si, face à cela, le fait d’opposer un discours basé sur le « tout pour tous », l’autodéfense de classe et la diffusion de positions communiste, c’est du programmatisme, et bien tant pis. »


Attention : Je ne dis pas qu’il faut abandonner l’autodéfense de classe, et la diffusion de positions communistes, anti-gestionnaires par exemple, mais il s’agit de reconnaître que le programmatisme n’était pas en mesure d’opposer des pratiques basé sur le « tout pour tous », intention qui dès lors n’était qu’un projet irréalisable dans ses propres termes. Voici un exemple de la manière, programmatique et dans les limites d’une analyse anti-impérialiste certes (usage du terme « privilèges » notamment), dont le débat s’est posé aux Etats-Unis dans les années 60 : Le point aveugle des Blancs Noel Ignatiev et Theodore Allen revue Période


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 4 Déc - 22:59



A propósito de Descolonizar el pensamiento crítico y las rebeldías de Raúl Zibechi (1) Sergio Moissen Dirigente del MTS y docente de la UNAM | México @SergioMoissens

Raúl Zibechi es un activista militante que publicó, más recientemente, el libro Descolonizar el pensamiento crítico y las rebeldías. A propósito de este trabajo, polémico, publicaremos 3 artículos el primero sobre marxismo y la colonialidad, un segundo sobre la historia y un tercero sobre la declinación de los llamados “gobiernos posneoliberales”


Citation :
Publicado por Bajo Tierra Ediciones, proyecto editorial de Jóvenes en Resistencia Alternativa, este libro es parte del debate latinoamericano del fin de ciclos de los gobiernos posneoliberales. Coincidimos con Zibechi en que estos gobiernos son parte del modelo de acumulación capitalista y, tal como sostuvimos desde a su ascenso, fueron garantes de la estabilidad burguesa en América Latina. Para un análisis de la nuestras modestos combates como organización internacional se puede leer acá.

El libro Descolonizar... está dividido en 4 secciones. La primera de corte teórico, una segunda de análisis de los movimientos sociales durante los gobierno progresistas, un tercero que caracteriza a el modelo extractivista y capitalista en América Latina, y un cuatro sobre las tareas de la descolonización del pensamiento critico.

En el Prólogo a la edición mexicana Zibechi correctamente polemiza con una izquierda occidentalizada que olvida en el proyecto emancipador a los condenados y marginados del mundo capitalista. Esta izquierda terminó por convertirse en el mismo viejo hombre, patriarca opresor y explotador que “combatimos”. (16 p).

Entonces, nos propone pensar por qué tanto la Revolución de 1917 se convirtió en una continuidad de lo viejo orden existente: el totalitarismo estalinista. “Esta pregunta que me persigue desde hace más de 5 décadas, aún no tiene respuesta satisfactoria... los procesos revolucionarios no tienen por qué seguir esta senda. Sin embargo, para evitarla es necesario colocar la problemática sobre la mesa...” Zibechi sostiene que ante este debacle es urgente volver a la descolonización.

En el primer apartado Zibechi explica su lugar de enunciación: la teoría descolonial. En la actualidad esta corriente teórica está representada por Ramón Grosfoguel, Anibal Quijano y, en otro sentido, Silvia Rivera Cusicanqui y el EZLN. Para el autor es de especial interés volver al pensamiento de Franz Fanon autor de tres obras centrales: Los condenados de la tierra, Pieles Negras máscaras blancas y Sociología de una revolución. Franz Fanon es ampliamente reconocido por su crítica radical a la izquierda occidental eurocéntrica en los años sesenta del Siglo XX y por su militancia política.

El peso de la teoría descolonial en Zibechi “es un deber para revisar a fondo todo lo que los revolucionarios occidentales hemos hecho rematadamente mal. Más aún: si no lo hacemos las posibilidades de salir del capitalismo serán menores” (75 p). En términos centrales esta corriente considera que la teoría eurocéntrica, incluido el marxismo, no permite entender la “zona del no ser” de los oprimidos.

Es decir, el sujeto revolucionario es aquel que sufre con más crudeza el poder capitalista, colonial, patrialcal, heterocentrado, imperialista. Pero el marxismo, no estalinista en el momento de ascenso de la Revolución de 1917, buscó comprender el poder colonial y las múltiples opresiones del moderno mundo capitalista, racista, colonial, heterocentrado patrialcal.

Sólo Anibal Quijano, autor del concepto sobre la colonialidad del poder, reconoce en José Carlos Mariátegui como un pionero en estos debates.

La teoría decolonial y el mito de que todo el marxismo es eurocéntrico

Como sabemos el pensamiento poscolonial y decolonial ha reproducido la idea de que el marxismo y el comunismo fue también una imposición de matriz occidental colonial en los países de América Latina. La crítica al marxismo como ideología eurocéntrica ha sido una crítica mordaz a la perspectiva “universalizante” de occidente. Pero esto es ni más ni menos que una transgiversación descomunal. Los marxistas de inicio del Siglo XX buscaron por diversos medios comprender la opresión capitalista colonial. Para este debate recordaremos tan sólo tres cuestiones, de la amplia tradición de debates sobre estos temas: la Conferencia de Baku, la obra de Mariátegui y la obra de CRL James.

Es un hecho que si existió un marxismo de veta eurocéntrica (particularmente el llamado marxismo soviético estalinista que se negó a la lucha por la liberación de las colonias, por ejemplo en Argelia, o que apoyó la idea de la revolución por etapas en países atrasados, haciendo alianzas con burguesías antinacionales, degradadas y decadentes como en Cuba con Batista en los 40 por poner un ejemplo, o más radicalmente en la invasión soviética en 1979 de Afganistan por “la liberación de la mujer y para quitarles el velo integral” en una visión anti musulmana radical o la visión estalinista de la instauración del Estado de Israel el principal bastión opresivo en contra de las masas árabes sin duda alguna la mayor capitulación del estalinismo a las masas palestinas y árabes) pero es una injusticia histórica decir que “todo” el marxismo se empantanó en hipótesis colonialistas.

Después de la Revolución de 1917, encabezada por el Partido Bolchevique, en el que los soviets construyeron un poder revolucionario de nuevo tipo, un poder de consejos obreros, una de las principales tareas de los revolucionarios fue luchar por la extensión mundial de la revolución fundando la III Internacional Comunista. En 1919 esta organización, fundada por Lenin y Trotsky, anclada en el internacionalismo proletario, buscó inmediatamente comprender la cuestión colonial.

Un ejemplo fascinante de ellos fue la reunión de Bakou que congregó al movimiento anticolonialista. Celebrada en 1920 Azebaidjan más de 1900 delegados de Armenia, Georgia, Turquía, Irán y otros países de la periferia del capitalismo se reunieron para resolver un plan conjunto en contra del colonialismo y por unidad de los pueblos más oprimidos. En esas sesiones, por ejemplo, se discutieron las posiciones de los marxistas frente al Corán, frente a la mujer en la religión árabe o el islam, la cuestión nacional y la colonialidad. Lo que cuenta Alfred Rosmer, comunista francés que participó del evento, es realmente impresionante: “un vapor que llevó a los delegados iraníes fue atacado por un avión británico, dos delegados fueron asesinados y en el ataque varios fueron heridos. Buques de guerra británicos también trataron de impedir la llegada de los delegados turcos desde el otro lado del Mar Negro. Dos iraníes fueron asesinados por la frontera de Azerbaiyán por la policía de Iran.”

En el caso de José Carlos Mariátegui es central, y seguro Zibechi coincide con nostros, como un autor marxista no colonialista que ayudó a comprender América Latina y la “zona del no ser”. Mariátegui publicó poco más de 18 volúmenes en Editorial Amauta y es sin duda el pensador marxista más prolífico y original que dio América Latina.

A diferencia de algunas teorías que han intentado decir que el marxismo es una filosofía eurocéntrica ajena a los problemas de América Latina (sobre todo en torno a la cuestión indígena) el pensamiento marxista de Mariátegui fue pionero en el entendimiento de la cuestión desde un punto de vista revolucionario y, fue pionero en entender la dinámica de la sociedad post colonial y la comunalidad en América Latina. En sus Siete ensayos sobre la realidad peruana aunque pese a la tradición descolonial, Mariátegui aborda por primera ocasión la cuestión indígena, la comunalidad y la colonialidad del poder capitalista anclada en una estrategia socialista.

El debate sobre la cuestión negra en la I Conferencia Comunista Latinoamericana de Buenos Aires (1929) merece un análisis particular. Días antes del evento, el delegado cubano Sandalio Junco, a nombre del Subcomité Sindical del Caribe, en el Congreso fundacional de la Confederación Sindical Latino Americana (CSLA) celebrada en Montevideo, presentó la ponencia El Problema de la Raza Negra y el Movimiento Proletario. Recordó que era la primera vez que se trataba este problema y que su abordamiento tenía especial importancia para el futuro de la CSLA, si se tenía en cuenta que: “La negra y la indígena son dos razas igualmente oprimidas y humilladas por el capitalismo y los dos grandes sectores que han formado el grueso del proletariado continental.”

Otro autor central para la tradición del marxismo anticolonialista es CRL James en Los jacobinos negros. James analizó por primera vez la revolución haitiana de 1804, revolución indómita de los antiguos esclavos negros que construyeron la primera república negra de la historia, desde un punto de vista marxista. En la obra de James figuran los esclavos negros como los sujetos de la historia. Por primera ocasión se dilucidó sobre la revolución de independencia y la cuestión negra en Haití desde un punto de vista marxista. Para Edward Said, James, es representante de un “marxismo contestatario” y “dialectico anti-estalinista”.

Estas discusiones, sobre la cuestión colonial, tuvieron un retroceso con la llegada de Stalin al poder único de la URSS y con la imposición de la reaccionaria idea del “socialismo en un solo país” al mismo tiempo que la teoría de Trotsky (la teoría de la revolución permanente) lograba adeptos en lugares de Asia en particular en China (con Pgen Shut Se, Peng Pi Lan) en los lugares de dominación británica como en Ceylan o entre el proletariado negro con CRL James en las Antillas y en América Latina.

De ahí que nos parezca importante retomar la teoría de la revolución permanente que elaboró Trotsky en el que los países coloniales, dependientes o semicoloniales están en el centro de la reflexión para el cambio revolucionario. Trotsky desarrolló esta teoría en el que no existe países ¨no preparados¨ para la revolución anticapitalista. A diferencia del gradualismo de la revoución por etapas Trotsky planteó que la periferia del capitalismo está preparada para la revolución socialista y que no existe distinción entre países preparados o no para la revolución socialista.

La revolución en los países de la periferia del capitalismo está ligada al desarrollo de la revolución en los países imperialistas. Para Trotsky no puede avanzarse en el camino de una perspectiva comunista sin el concurso del proletariado de los países imperialistas. El objetivo de la teoría de la revolución permanente era dotar de una estrategia global de la reovolución en occidente y en la periferia del capitalismo en la lucha por una sociedad comunista sin explotación ni opresión.


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 5 Déc - 8:57


un dialogue de sourds ?

non : le risque de faux dialogues avec de vrais sourds



un problème est apparu : la démarche constructiviste engagée depuis 2012 pour "poser la race sur la table de la théorie de la communisation" a provoqué la perception d'une théorie de la communisation critiquée, amandée, à enrichir par une pincée de poivre décolonial pour intégrer la question raciale à une conceptualisation congénitalement eurocentriste : une théorisation française,

or nous sommes entrés dans l'élaboration d'une théorisation nouvelle, une théorie lourde, comme disait d'elle-même Théorie Communiste, et c'est ainsi que doit être compris le titre du livre-forum : COMMUNISME, FEMINISME & DECOLONIAL COMMUNISATION

les problématiques ici ouvertes ne relèvent pas d'un débat franco-français sur le terrain et dans le terreau de l'idéologie française, mais d'une théorisation communiste à l'échelle mondiale, pour "explorer les voies de la communisation" dans la double crise de l'Occident et du capital, et ceci dans le moment actuel des dynamiques de la lutte de classe quelles que soient ses formes d'apparition et leurs limites à partir desquelles et contre lesquelles produire leurs dépassements

ce débat avec la théorie française de la communisation est nécessaire et il doit se poursuivre mais sur la  base d'une prise en compte de ce livre-forum, car ses pages ne seront pas tournées en arrière

la discussion avec d'autres est une chose mais ne doit pas nous détourner du cheminement théorique engagé : elle doit prendre en compte l'existence de ce corpus théorique nouveau, et nous ne devons pas être tirés en arrière par les apories eurocentristes des courants post-ultragauche du marxisme européen

nous avons de fait abandonné l'approche de type intersectionnelle classe - genre - 'race' , même structurée à dominante dans le capital, pour engager une nouvelle phase de notre théorisation : l'interpénétration réciproque et systématique de la critique radicale du capital héritée de Marx et la critique décoloniale de la modernité occidentale

il s'agit d'un renversement épistémologique, et son ampleur est historique et mondiale, de l'ordre de la rupture théorique que symbolisent les Thèses de Feuerbach dans la philosophie et la théorie communiste

tous les champs et points de vue particuliers du forum vont désormais croiser ces deux approches

en conséquence

1) des sujets de DÉCOLONIALITÉS pour des COMMUNISMES PLURIVERSELS, sans frontières et sans classes sont versés dans ANALYSES et THÉORISATION des LUTTES : QUELS FAIRE ? des activités communistes décoloniales ?

-
DÉCOLONISER les ESPRITS, les SAVOIRS, les THÉORIES et les 'FAIRE' : CRITIQUE DE L'EUROCENTRISME

- critique décoloniale du RACISME et de l'ANTIRACISME : dépasser racialisation et racialisme


2) mondialiser notre approche suppose d'importer davantage de textes en langues étrangères, anglais et espagnol notamment, et je suis demandeur de traductions, laissant à l'appréciation des bénévoles ce qui mérite de l'être, soit parce que court, soit parce qu'important en termes analytiques ou théoriques






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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 5 Déc - 8:57


ainsi danse Monsieur le Capital avec Madame la Terre

insistance ainsi stance incidence


ainsi Dance of the Dialectic




«  le monde enchanté et inversé, le monde à l'envers où Monsieur le Capital et Madame la Terre,
à la fois caractères sociaux, mais en même temps simples choses, dansent leur ronde fantomatique »

Marx, Le Capital, III 3 p. 207

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 6 Déc - 14:45

importé de ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise

en écho à l'éditorial de Endnotes4 en français : Pétrification partielle de la lutte des classes ?


pétrification partielle de la théorie de la communisation ?



en éclairage artificiel

une première impression

ce qu'il n'est pas difficile de constater, c'est que, de l'ensemble disparate qui constitue un courant théorique autour du concept de communisation, il ne ressort plus aucune capacité, non seulement à prévoir quoi que ce soit (qui s'y risquerait ?), mais simplement à dire « ce qui se passe » (Debord 1972), où nous en sommes

la "pétrification" est tellement avancée qu'hormis votre serviteur, personne ne parle de la guerre, ce détail de l'histoire dans le cours actuel du capitalisme...

faut-il croire que la théorie de la communisation serait « adéquate à l'époque »** en sa pétrification même ?


* participants à ce qu'était Sic, revue internationale pour la communisation (Endnotes, Théorie Communiste, Blaumachen, Riff-Raff...), ni aucun des théoriciens portant ce concept de la révolution communiste (Hic Salta de Bruno Astarian, Troploin de Nesic et Dauvé, puis DDT21 de celui-ci,...), ni d'autres revues alentour en Europe (il latto cativo, Kommuniesirung...)
** Christian Charrier, La Matérielle 2005, à propos de Théorie Communiste

et pendant ce temps-là,

protégé d'un funeste destin,

Patlotch a posé la Cerise sur le gâté




en lumière naturelle



il n'aura échappé à personne que plus aucun de ces groupes théoriciens de la communisation ne se préoccupe de faire la théorie de son temps à la manière dont Marx, ou même Debord, le faisait du leur, et ainsi que j'essaye de le faire...

g
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 7 Déc - 12:19


rien ne va plus ?

il me semble de plus en plus que la grossière erreur des "partisans de la communisation", si ce n'est de ses théoriciens, c'est d'un côté de se dire persuadé de la "disparition de l'identité ouvrière" avec la "décomposition du programmatisme" dans les années 1970, de même que de "l'impossible unité prolétarienne" avant le moment révolutionnaire de la communisation engagée, mais d'attendre néanmoins des luttes de classes qui s'exprimeraient au nom de la classe avec "la conscience de classe", c'est-à-dire au nom de son unité à la manière de la période programmatique

c'est une contradiction dans les termes, sinon ceux de la théorie, du moins de sa lecture, et c'est la même posture qui porte soit à son usage théoriciste, soit à revenir à des dissertations de vieux potaches brassant des textes de philosophie marxiste n'ayant plus de rapport avec le moment actuel du capital, comme Aladin frottant la lampe pour en faire sortir le génie...




nous avons déjà plus qu'un aperçu du fait que non, les luttes ne marquent pas une « Pétrification partielle de la lutte des classes ».
[sic pour "partielle", parce qu'il faudrait le définir, tant en qualité qu'en quantité...]. Relativement à ce qui précède ça n'a pas de sens, et rapporté au peu d'études des luttes dans le monde, dont ne sont citées que quelques-unes de loin en loin sur des décennies, parce qu'elles portaient encore le caractère prolétarien ancien ? ou revêtaient des aspects "séduisants" (notamment de violence ou d'émeutes) ?... alors on généralise et l'on en tire des conclusions hâtives, avec juste ce qu'il faut pour ne pas s'avouer paumé et ne pas désespérer Billancourt le port de Marseille l'angoisse

mon avis se confirme que le milieu théoricien de la communisation est largement largué, et n'arrive plus à faire preuve du sérieux théorique qui l'a caractérisé jusqu'au début des années 2000. Il ne s'agirait plus que d'observer de plus près quelque lutte pas trop loin de « chez nous », pour en tirer on se quoi qui en ferait, au-delà de généralités abstraites, une « événement mondial» correspondant aux normes théoriques de « l'écart »

notre objectif n'est certes pas de démontrer que ce milieu théorique se tromperait, car au-delà du problème qu'il revendique encore une théorie de la communisation au présent sur des bases empiriquement vérifiables, il n'est plus en mesure de produire une théorie conséquente, sauf évidemment pour la fin, en attendant... comme empressé, de Dauvé à Endnotes, de prouver que rien ne va plus




ce n'est pas que tout irait bien dans le meilleur des communismes possibles comme mouvement, mais notre objectif est de la produire, cette théorisation, en retenant ce qui reste valable de la théorie de la communisation, ni plus, ni moins

nous le ferons avec qui se montrera capable de le faire avec nous, soit du sang neuf, soit des vieux pot.e.s dans lesquels on peut encore faire bouillir le présent dans une perspective révolutionnaire pour un avenir ayant du passé fait table rase





Jean Meckert a écrit:
« - On s' amusait, nous. On inventait nos jeux et nos chansons. C'était jamais pareil. Ton père disait que ceux qui ne savent plus rien faire que remâcher le caca des autres, ils sont déjà morts. »

« Elle avait le défaut des tempéraments riches, elle brouillait, ouvrait des portes et partait sans les refermer, mais c'était le contraire de l'incohérence, elle savait très bien où elle allait. »


Jean Meckert (Jean Amila) Comme un écho errant 1986 p. 164 et 160


heureusement que Cerise est là






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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 7 Déc - 16:02

à propos de Califat et barbarie (première partie)

le vendredi 13

d'un professeur de communisation




le texte passionnant d'un petit professeur en révolution à l'EHESS, très fier de n'avoir laissé aucune faute d'orthographe dans sa dissertation. Le style de Tristan Leoni est reconnaissable entre mille trois comme son pseudo (voir PS 2)

hormis des éléments factuels d'enquête, moins précis que dans des textes qui ne postulent pas à la théorie communiste adéquate à l'époque, on apprend deux choses importantes sur l'État islamique Daesh :

- en introduction : « Est-ce à dire une critique du capitalisme ? Certainement pas, mais plutôt celle de certains de ses maux et excès... »

- en conclusion : « Non content d’administrer, il prétend transformer le monde, instaurer une nouvelle ère ou en préparer la venue… Une ère où il ne s’agirait évidemment pas pour l’EI d’abolir le salariat ni la société marchande, seulement de les remodeler à sa façon... »

précisions indispensables, car on ne compte pas le nombre de lecteurs de DTT21 qui auraient pu croire en un Daesch communisateur

l'appareillâge de notes (51 pour cette première partie), bourré de références  à se faire exploser sur le marché du milieu post-ultragauche, est encore un gage de sérieux

Gilles Dauvé précise en note :
DDT21 a écrit:
cet article de Tristan Leoni était en cours d’écriture lorsque ont eu lieu les attaques du 13 novembre 2015 à Paris. Il n’est donc pas une prise de position de DDT21 sur ces événements. Mais il pourrait l’être.

tout est là pour faire « une prise de position » [sic] du milieu « partisan de la communisation ». A peine publié, il est d'ores et déjà chez dndf, et ne tardera pas à l'être sur les blogs amis (« Lieux communs », peut-être ?), et à être traduit en toutes langues d'Europe

pour avoir « la position » de DDT21 sur « les événements » qui ont précédé et suivi le vendredi 13, c'est pas de chance, il va falloir attendre !

PS 1 : je m'en tiens à ces quelques lignes ironiques, le principal défaut de ce texte étant celui que nous avons reproché à tous ceux relevant de la critique française, prendre les attentats et Daesch de façon quasi-isolée, pour en faire la cible de la critique et participer ainsi, à l'insu de son plein gré, à la « guerre au terrorisme », en version bien de « chez nous » : l'idéologie française

Tristan Leoni s'en distingue par sa morgue. Il n'en mourra pas. C'est déjà beaucoup

PS 2 : anagramme de Tristan Leoni avec ses 12 lettres : latiniseront. Avec 11 lettres : alentirions, intolérants, tisonnerait, tontinerais. Ça ne s'invente pas !

il va falloir attendre




PS 3 : jaseront les morts-vivants...



kill or be killed: tuer ou être tué

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 8 Déc - 12:48

Admin a écrit:
tout est là pour faire « une prise de position » [sic] du milieu « partisan de la communisation ». A peine publié, il est d'ores et déjà chez dndf, et ne tardera pas à l'être sur les blogs amis (« Lieux communs », peut-être ?), et à être traduit en toutes langues d'Europe

(...)

PS 1 : je m'en tiens à ces quelques lignes ironiques, le principal défaut de ce texte étant celui que nous avons reproché à tous ceux relevant de la critique française, prendre les attentats et Daesch de façon quasi-isolée, pour en faire la cible de la critique et participer ainsi, à l'insu de son plein gré, à la « guerre au terrorisme », en version bien de « chez nous » : l'idéologie française

Cela me rassure. J'ai lu ce texte hier sur DDT21 et je l'ai trouvé complètement hors-sol, comme si Daech était né et avait grandi de façon autonome, hors du monde, hors du capital et de l'impérialisme, hors des Etats qui l'ont fabriqué.
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 8 Déc - 15:21

corinne cerise a écrit:

ce texte... hors-sol, comme si Daech était né et avait grandi de façon autonome, hors du monde, hors du capital et de l'impérialisme, hors des Etats qui l'ont fabriqué


vous avez bien compris, chère Corinne, que notre professeur dauviste ès communisation a deux ennemis, la démocratie et la religion, le capital viendra après, mais en attendant la fin, il va falloir attendre

voici une rime léonine

Tristan Leoni

triste en est honni



* Une rime est dite léonine quand elle possède plus de trois phonèmes communs, elle est aussi dite "très riche"
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 9 Déc - 12:19


bilan d'étape sans épate


à titre d'illustration. Voir

le moment viendra de faire un bilan plus complet de ce que nous pouvons retenir de la théorie de la communisation. Nous attendrons pour cela les prochaines productions théoriques, du côté de Théorie Communiste, et de SIC, revue internationale de la communisation dans sa nouvelle formule

esquisse

nous partageons ici le socle commun à cette théorie "rupture dans la théorie de la révolution", remontant aux années 1970 :

- la critique du programmatisme prolétarien et le constat de sa décomposition dans la restructuration mondiale du capital; dans la crise actuelle du capitalisme globalement restructuré, il n'est plus possible d'affirmation de l’identité ouvrière pour une "société communiste" dirigée par le prolétariat

- la critique de la démocratie politique jusque dans ses formulations radicales;

- la critique des organisations politiques de type partis d'avant-garde;

- la critique du militantisme objectiviste et subjectiviste, et de l'activisme "pratique" ou "théorique";


de Théorie Communiste, des reconceptualisations héritées de Marx :

- l'implication réciproque entre capital et prolétariat;

- la notion de dépassements produits, à dépasser par les dépassements à produire, évacuant de la théorie du communisme comme mouvement les restes de déterminisme ;

- les concepts de conjoncture, et sous réserve d'un usage pertinent, d'écart;


de Bruno Astarian - Hic Salta, les projections futuristes :

- l'abolition de la valeur;

- des notions telles que production sans productivité et consommation sans nécessité dans Activité de crise et communisation


de SIC, revue internationale pour la communisation, une capacité de critique concrète de situation concrète, utilisant les concepts théoriques comme outils d'analyse, non comme schéma prêt à porter à plaquer sur la réalité, ni généralisation à la situation mondiale, ou prenant ses désirs pour des réalités (TC avec l'écart, la Grèce, etc.). Exemple :

- Incendier et revendiquer. Sur les émeutes en Suède. Zaschia Bouzarri, 2014


nous rejetons :

- l'eurocentrisme partagé avec le marxisme européen et tout le milieu post-ultragauche;

- une méthodologie ayant tourné le dos à celle de Marx comme théoricien de la représentation (Isabelle Garo) et dialecticien matérialiste (Bertell Ollman);

- l'incapacité de TC à l'autocritique claire et à la distanciation de son corpus considéré comme "la théorie adéquate à l'époque" englobant toute production des autres théoriciens

- le refus permanent d'un travail collaboratif en théorie communiste, le sectarisme militant et les procédés égocentriques malveillants de déformation, évacuation et censure d'arguments jugés adversaires dans une concurrence contre-productive et suicidaire;

- le copinage et les coteries entre "amis de trente ans" dont les thèses sont jugées caduques (« Nous consi­dè­re­rons l’ultragauche comme une chose abso­lu­ment pas­sée » TC, 1968, année théorique)

- la diffusion de textes théoriques par dndf sans commentaires, alimentant la confusion et générant des polémiques subalternes sans intérêt;

- la dérive idéologique épargnant l'adversaire de classe pour porter ses coups à toutes luttes ne répondant pas à la norme communisatrice (Kurdistan, auto-organisation des minorités "racisé.e.s" en France, en tant qu'elle s'inscrit dans une dynamique décoloniale mondiale)...






la théorie de la communisation est en crise profonde. Elle n'est plus en mesure de présenter une critique cohérente du monde contemporain, et partant, une mise en perspective révolutionnaire communiste. Fonctionnant isolément pour elle-même dans un entre-soi sectaire, elle ignore et méprise les autres approches théoriques communistes dans le monde, particulièrement la critique communiste décoloniale

soit ses partisans raccrochent leur wagons, soit ils s'auto-consumeront dans leurs derniers feux : éteints



Icare a régné





la petite bête, photos Patlotch



Dernière édition par Admin le Jeu 4 Fév - 13:21, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 9 Déc - 22:44



crever l'abcès

qu'est-ce que la lutte de classe et la théorie communiste

en ont à foutre, franchement,

que Roland Simon, le gourou de 'Théorie Communiste'

attaque "le racisme et l'homophobie du PIR"...

en confidence privée à Patlotch ?



que 'RS' l'écrive donc dans TC 25, et qu'ils en crèvent ou en re-suscitent, de leur sionisme refoulé, qui les aveugle de "questions juives" jamais réglées, ni pour chacun en lui-même, ni entre eux, ni avec les autres, et qui pourrissent les relations de leur pathologie identitaire et communautariste manifeste : au nom du communisme et de l'héritage de Marx ? Sans blague !?




en relation :

- ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... ISRAËL... Identité juive... UJFP...

- DÉCOLONISER l'ANARCHISME et la "COMMUNISATION"...

alors, "camarades", plus" sionistes" que "marxistes", tumeur ?



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 10 Déc - 8:41



le potlatch de la communisation

nous poursuivons l'indispensable éclaircissement quant à la ré-introduction du concept de communisation dans notre théorisation communiste, féministe et décoloniale

on l'aura compris, il ne s'agit pas, ou plus, pour nous, de tisser des liens avec le milieu théoricien qui en fut l'inventeur dans le sens commun où nous l'utilisons, que j'avais résumé dans une définition reprise par Wikipédia (rubrique récemment supprimée...) :

Patlotch a écrit:
La « communisation », pour simplifier, est le concept de l’abolition du capital, des classes, et du prolétariat par lui-même dans une révolution communiste, sans transition "socialiste", ni autogestion.


communisation : un concept français

né en France dans cette acception au milieu des années 70, le concept n'a jamais été précisé et enrichi que par des théoriciens français : Théorie Communiste avec Roland Simon, La Matérielle de Christian Charrier, Hic Salta de Bruno Astarian, et troploin de Gilles Dauvé et Karl Nesic (interruption en 2012)

les greffes à l'étranger n'ont pas dépassé l'Europe, et n'ont rien apporté de neuf au concept, qu'une reprise aléatoire de la version de Théorie Communiste. Les groupes encore en activité visible, il lato cattivo en Italie, Kommunisierung en Allemagne, Communisation en Grèce (?), ne produisent pas de théorie se démarquant du milieu français et de son idéologie de la communisation. Sauf erreur, la revue anglaise Endnotes ne revendique plus la théorie de la communisation

quant à la revue Sic, il va falloir attendre la sortie de son numéro 3


un concept révolutionnaire, pas un milieu théoricien

nous avons résumé, le 9 décembre, dans bilan d'étape sans épate, ce que nous retenions essentiellement de ce concept, et cela ne rend plus nécessaire aucun lien avec le milieu théorique, sauf avec qui déciderait de prendre en compte nos propres travaux, ouvrant ainsi la voie d'un véritable dialogue jusque-là refusé sur une base saine

c'est donc avec l'idée de communisation que nous discutons, et nous la prenons dans son sens strict de moment révolutionnaire communiste abolissant le capital, dans une conjoncture où seraient produits les dépassements de tout ce qui fait le capital


le concept d'une possible révolution future

en ce sens, à la différence de l'affirmation de Théorie Communiste, ambigüe et mal comprise si ce n'est formulée pour ça dans le moment de compagnonnage avec des activistes en mal de "théorie" pour leur "pratique", non, nous ne parlons de communisation au présent que dans sa perspective d'avenir. Prolongeons la posture de Marx et Engels, nous parlons de communisme comme mouvement, et cela nous suffit


communisation : que tressons nous sans stress ni strass ?

le « tressage » du concept de communisation avec les luttes et la critique décoloniale s'entend comme contradiction en mouvement dans le moment présent de la double crise de l'Occident et du capital, et naturellement, nous reprenons l'idée que les luttes des femmes y jouent un rôle déterminant, déterminant jusqu'à la possibilité même d'une révolution communiste victorieuse


COMMUNISME, FEMINISME & DECOLONIAL COMMUNISATION


tout cela est à lire clairement et simplement, de façon dynamique, dans le titre : le communisme comme mouvement de la lutte de classe est féministe, il passe par un moment historique décolonial, et aboutira, peut-être à la communisation, révolution communiste d'abolition du capital, de l'État, du machisme structurel, et des dominations diverses qui vont avec


potlatch !


nous ne sommes pas plus propriétaires de cette thèse que le milieu théoricien ne l'a jamais été du concept de communisation




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 11 Déc - 6:58


Marx, reviens, ils sont devenus fous !

le marxisme, les marxismes, sont des idéologies

dans le sens d'une croyance : d'une religion, opium intellectuel ou pas


les « so called marxistes » croient pouvoir appliquer quelques lois générales, parfois avec un semblant de rigueur "scientifique", pour expliquer ce qui se passe, sans y regarder de plus près

en ceci, les marxistes ont tourné le dos à Marx et à sa méthode de travail, et le problème, c'est de faire le boulot

les théoriciens de la communisation avec le temps et l'usure (usure passion ?), ont cessé de le faire. Les textes hors-sol se multiplient, de Tristant Leoni et Dauvé chez DDT21 à Il lato cativo traduit par dndf, l'analyse de matériaux concrets a cédé la place à des considérations de texte à texte dans la meilleure tradition de la philosophie pré-marxienne

chez Théorie Communiste, la tendance à la conceptualisation, à la montée en généralisation, s'est cassé la gueule en descendant : même les concepts les plus valables et féconds sont utilisés à l'envers. Il s'agit de les reprendre en renversant leur déterminisme idéaliste en un matérialisme de l'analyse concrète de situations concrètes à toutes échelles articulées

la communisation dadaïste :

un cadavre exquis communisateur

dans la présentation de la dernière parution de TC il est dit :

Citation :
Au travers des luttes de la «  période 68  », puis durant les années 1970-80, émerge par bribes, de façon heurtée, par des impasses et des critiques successives, un nouveau paradigme de la lutte de classe, de la révolution et du communisme  : la théorie de la communisation. Autonomie, autonégation du prolétariat, refus du travail, révolution à titre humain, la théorie de la communisation est née d’un bricolage théorique dans le cours chaotique des luttes et de la restructuration du capital.

source

va pour le « bricolage théorique dans le cours chaotique », nous ne faisons guère mieux, mais ce n'est pas une excuse pour faire et dire n'importe quoi dans son propre chantier !

Citation :
La distinction de genre, l’idéologie, la pratique révolutionnaire comme autotransformation des individus et conjoncture font de la théorie de la communisation un chantier permanent.


cette phrase jargoneuse est littéralement incompréhensible, elle auto-ridiculise ses propres concepts en leur conférant un sens (un non sens ?) qu'ils n'ont pas dans leur définition même : ainsi donc la théorie communiste serait idéologie, au même titre que Roland Simon définit l'idéologie comme la vie quotidienne . La pratique révolutionnaire (?) comme autotransformation des individus (où est passée « la classe de la communisation » ?) serait la conjoncture même

c'est plutôt de la théorie dadaiste, on prend les concepts qu'on découpe avec des ciseaux, on les met dans un sac, on secoue et l'on fabrique... un cadavre exquis communisateur

Dada a écrit:
Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.

Tristan Tzara, "Pour faire un poème dadaïste", in sept manifestes dada, éd. Pauvert, 1924(?).




Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840)
grenzt sich mit dem Begriff „Bildungstrieb“ (1781)


source : The Charnel-House

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 11 Déc - 21:54

retour à la discussion chez pepe-dndf avec une réponse de R à Mamadou

R a écrit:
R 11/12/2015 à 20:23 | #48

Si j’essaie de résumer ton propos, je dirais que ta thèse se décline ainsi :

1. La segmentation du prolétariat prend la forme d’une racisation.

Mamadou a écrit:
« Le fait d’être prolétaire racisé, ce n’est pas tant le fait d’appartenir à une communauté, c’est avant tout le fait de se voir assigner une place dans les rapports de production en fonction de critères physiques, ethniques, culturels… » (commentaire #46)


2. C’est en tant que prolétaires « racisés » que plusieurs fractions du prolétariat sont amenés à se subjectiver.

Mamadou a écrit:
« La non reconnaissance de la nécessité, pour certains prolétaires, de se subjectiver en tant que « race », et l’absence d’analyse des sources et origines de cette nécessité, interdit toute critique convenable de celle ci, et glisse dans la moralisation »(commentaire #42)


3. Mais la révolution communiste sera dépassement/ se fera contre cette segmentation. Elle sera donc lutte contre la racisation.

Mamadou a écrit:
« D’où la perspective communisatrice suivante : l’auto-abolition des classes comme abolition de ses segments, et donc, comme abolition de la racisation. » (commentaire #46)


J’espère qu’on est d’accord sur le résumé. Le cas échéant, on en reparle. En attendant, je vais m’attacher à répondre à cette thèse.

Sur le 1. : La segmentation du prolétariat prend la forme d’une racisation.

Le marché du travail (quelle belle expression) est en effet le lieu d’un grand nombre de discriminations. Ces discriminations se fondent elles sur des bases racistes ? C’est le cas en effet, dans nombres de cas. Mais pas uniquement. Des discriminations, il y en a pleins. Sur la base du quartier d’où tu viens, sur la base de ton age, parce que tu es une femme, du fait de tes orientations sexuelles… Des gens sont payés pour étudier cela : les sociologues.
De mon côté je ne m’engagerais pas là dedans. Tout juste dirais-je que ce qu’on peut déduire de cela, c’est que la segmentation du prolétariat est une atomisation : nous sommes à l’échelle de l’individu.

A cette échelle, qui est celle du cours quotidien de la lutte de tous et toutes contre toutes et tous, il n’y a rien à tirer pour penser la révolution communiste.

Sur le 2. : C’est en tant que prolétaires « racisés » que plusieurs fractions du prolétariat sont amenés à se subjectiver.

Je pense que c’est faux. Peu de prolétaires se subjectivent en tant que « racisés ». Oh, bien sûr, plein de prolétaires sont et se savent en butte à des discriminations racistes, à des insultes racistes, etc. Mais se pensent ils pour autant en tant que sujets agissant sur ces bases ? Non. Le sujet racisé, je le répète, est une invention politique : le non-blanc. Cette invention n’a fort heureusement pas eu pour l’instant le succès escompté.

En revanche, l’escamotage de la question de classe par la question de race (attention, je ne dis pas que c’est ce que tu fais, M.D., ça va, je sais lire, je parle du PIR et cie) amène elle, à la complaisance envers la logique de la communauté. C’est à dire la gestion de la pénurie sur le dos des exploités. Je ne me répète pas, j’ai déjà écris tout ça.

J’écrivais plus haut « la communauté est l’un des visages de notre défaite. (…) Bien sur, c’est aussi une stratégie de survie pour certains prolétaires. »

Les conséquences pour la lutte des classes ? Le renforcement du pouvoir des patrons. Quand Aube Dorée, en Grèce, lance une agence d’emploi « réservée au grec » ils font bosser les gens pour une misère, à la journée. Alors certes, du coup ces gens là ne crèvent pas de faim. Qui en profite ? Facile à piger.

Quand untel ou une telle travaille pour un ami de la famille, qui tient un bar, un resto, une entreprise de bâtiment, dans des conditions dégueulasse, là aussi, il crève pas de faim… Je ne vais pas multiplier les exemples, d’autant qu’à l’échelle individuelle, c’est jamais aussi simple.

Sur le 3. Mais la révolution communiste sera dépassement/ se fera contre cette segmentation. Elle sera donc lutte contre la racisation.

Bon, après ce que j’ai dis plus haut, je ne crois pas nécessaire de développer. Disons juste que oui, la révolution sera à mon sens auto-abolition des classes, et qu’elle se basera sur l’approfondissement permanent des mesures communistes, l’intégration permanente de nouvelle couche de la population, etc.

Enfin, mais peut être le plus important, je suis tout à fait d’accord lorsque tu dis que :

Mamadou a écrit:
« il s’agit de reconnaître que le programmatisme n’était pas en mesure d’opposer des pratiques basé sur le « tout pour tous », intention qui dès lors n’était qu’un projet irréalisable dans ses propres termes. »


Tu as raison. Car le programmatisme, c’est le mouvement ouvrier conforme au capital, et qui en derniers recours participe de le reproduire.

Mais c’est aussi parfois dans certains débats, un argument d’autorité « c’est du programmatisme » envoyé pour couper court à tout ce qui n’est pas conforme à une certaine vision spéculative de la communisation.

Reste cette orientation, pour des pratiques basé sur le tout pour tous. Contre la gestion de la pénurie. C’est une proposition politique dans la période. Si nous sommes OK là dessus, c’est l’essentiel.


bon, j'y reviandrai, ou pas, car à ce niveau d'incompréhension et d'interprétation caricaturale, je ne vois pas de base pour en discuter. Que ces ultragauchistes plus gauchistes qu'ultra fassent leur expérience de la vraie vie du monde, point barre

ignorants du monde réel et des luttes réelles dans le monde, pas curieux, blanchouillards sur le terrain de l'idéologie française, anti-marxiens primaires et secondaires, vous pouvez réellement crever : la luttes de classes réelles s'en foutent, moi aussi

et dire que c'est avec 'ça' que R.S. que Roland Simon éprouve le besoin de discuter ! Putain de décadence théorique !

le racisme refoulé de la petite bande néo-sioniste des cousins et coins coins franchouillards communisateurs ne passera pas, et pour moi, "R" est anti-communiste, ça ne fait pas un pli




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 12 Déc - 12:42


communisation ?

point d'orgue




Maurice Baquet par Robert Doisneau

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 13 Déc - 10:18


théorie de la communisation, point d'orgue, parce que trop de questions se posent quant à la validité durable de certains "résultats" tenus pour des certitudes, un noyau dur idéologique sclérosé structurant la pensée théorique d'un "milieu" et de ses "partisans" qui ne produisent plus rien d'intéressant : il s'agit d'en prendre acte et d'ouvrir largement le chantier


voir il va nous falloir de l'imagination, camarades ! Pense-bête préliminaire



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 15 Déc - 11:26

à propos de

EndNotes : Dynamique et limites de la situation
dndf 15/12/2015

un pas en avant, deux pas en arrière ?

des choses paraissant d'abord intéressantes, bien écrites mais cachant mal leur floue, voire des généralisations abstraites malgré les exemples, et pour moi dans une posture d'observation en retrait typique du théoricisme que j'ai critiqué...

Endnotes semble ré-introduire la notion de "pays riches - pays pauvres", pour ne pas dire "Nord et Sud", ou "centre et périphérie", mais l'analyse reste effleurée en termes de critique concrète de l'économie politique, et la possibilité d'une restructuration du capital en cours semble rejetée pour l'instant

de même, le débat - puisqu'il existe - sur de nouvelles formes d'impérialismes ou de "néo-colonialisme" n'est pas évoqué, ni la montée des populismes voire de "néo-fascismes", explicitement mêlés pourtant au démocratisme radical en Grèce, en France, en Angleterre et en Amérique latine... (le texte aurait-il été écrit fin 2014, avant les attentats parisiens, puisqu'il évoque l'élection de Corbyn à la tête du Labour Party début septembre ?)

sur le plan méthodologique, Endnotes reprend, ou conserve, la dialectique de "limite et dynamique" de Théorie communiste, mais ne creuse pas celle de dépassements à produire sur des lignes clarifiées tel que je l'ai proposée. Une dialectique assez vague où l'on ne situe pas précisément les contradictions en mouvement, ni leurs articulations à la structure globale dans la double crise de l'Occident et du capital

exemples : alors que Endnotes3, avec le texte de Chris Chen, semblait "mettre la race sur la table de la communisation", elle est ici totalement absente, de même que la contradiction de genre, mais ça, on sait que pour Endnotes, il n'y en a pas...

la "géopolitique" est évoquée, mais pas précisément décrite, sauf... pour Syrisa, et en termes qui ne sont pas géopolitiques ni militaires, ou géo-économiques du capital dans le transnationalisme entre États et groupes multinationaux. Le passage sur la Chine est baclé, la question de la rente foncière et des effets à terme des réformes chinoises (hùkǒu) n'est pas évoquée, l'Inde et l'Asie du Sud-Est, ou encore l'Afrique, n'existent pas... la guerre non plus !

aucune crise particulière de la modernité occidentale n'est évoquée et pas suite aucune dynamique décoloniale
...

au total, pour moi, un manque d'approfondissement de l'analyse des matériaux choisis, et un retard conceptuel qui s'accompagne d'un syncrétisme avec des bouts de Théorie communiste, comme si Endnotes tournait en rond, dans une pétrification partielle... de la théorie de la communisation


voir le sujet complet ENDNOTES : théorie filant à l'anglaise


 
« Je suis si avancé que, dans cinq semaines,
j'en aurai terminé avec toute cette merde d'économie.
Ça commence à m'ennuyer.»


Marx à Engels, 1851

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 15 Déc - 14:16

voici le texte complet de l'intervention qu'Houria Bouteldja a présentée entièrement à Montréal le 26 août et en partie le 24 novembre à Rouen. Je ne l'ai pas encore lu de façon serrée, mais il me semble un texte important, à la fois sur le plan théorique et de "stratégie politique", extrêmement riche, dense et synthétique, avec une sincérité et un  souci pragmatique, si j'ose dire de façon provocatrice de tous côtés, quasi "léninistes". Celà ne vaut pas approbation en tout, mais pour pouvoir en dire plus, il va falloir s'y coller sérieusement...


je l'importe ici du sujet critiques de l'INTERSECTIONNALITÉ "CLASSE-GENRE-RACE", critique que j'ai moi-même engagée en 2013-2014 sur mon ancien blog...


Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes

Houria Bouteldja, membre du PIR

14 décembre 2015


Cette intervention a d’abord été lue au 7ème Congrès international des recherches féministes dans la francophonie, à Montréal le 26 août 2015, puis à l’université Paris 8, le 24 novembre 2015 et enfin à l’université du Havre le 30 novembre 2015 dans le cadre du colloque : « Luttes coloniales et décoloniales dans la France d’hier et d ‘aujourd’hui ».


Citation :
Bonjour et merci aux organisatrices pour cette invitation. Et merci à vous tous et toutes d’être là. Je voudrais commencer par quelques précautions d’usage. La première c’est que je ne suis ni une chercheuse ni une universitaire mais une militante. C’est important de le garder en tête car le monde académique et le monde politique sont deux univers différents et j’ai souvent eu l’occasion de m’apercevoir que les chercheurs espèrent trouver dans le monde militant des prolongements ou des confirmations de leurs postulats, ce qui arrive rarement. La deuxième, c’est que je vais utiliser des concepts qui vous sont peut-être étrangers mais qui sont des catégories politiques comme « indigène » qu’il ne faut pas prendre au sens étymologique mais au sens historique. Il signifie pour nous « sujet colonial ». Je vais utiliser également la notion de « champ politique blanc » qui exprime d’un point de vue décolonial l’unité raciale du monde politique blanc malgré son hétérogénéité et malgré le clivage structurel de classe qui est à son fondement. Je vais utiliser enfin la notion de « Modernité » que nous définissons comme la globalité historique caractérisée par le Capital, la domination coloniale/postcoloniale, l’État moderne et le système éthique hégémonique qui lui sont associés…Je vais finir par un avertissement. Mon propos pourra peut-être être perçu comme provocateur mais je vous assure qu’il ne l’est pas. Je fais partie d’une organisation politique confrontée à des dilemmes et à des choix parfois cornéliens dans un contexte idéologique français très difficile et dans lequel la pensée politique est policée, bridée et si mes propos semblent provocateurs c’est moins à cause de leur nature qu’à cause de la pauvreté du débat, du renoncement progressif à la confrontation et d’un certain amour du consensus mou. Notre but est de nous donner les moyens théoriques et politiques d’avancer dans un projet de transformation sociale et cet objectif ne tolère ni la pensée molle, ni le compromis, ni la démagogie.

Ainsi, si je faisais partie de cette mouvance radicale blanche ou non blanche qui vient de découvrir l’intersectionalité en France, je commencerais cette intervention par une prière : « Au nom de la classe, du genre et de la race, amen ». Il existe en effet un grand travers de la gauche radicale française qui est qu’elle est de moins en moins politique et de plus en plus religieuse. Elle est guidée par des grands principes et une morale qu’elle croit politiques. Ce qui a pour conséquence que dans les sphères militantes on a plus affaire à des hommes et à des femmes d’église qu’à des militants. Alors avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais commencer par deux boutades. La première fois que j’ai entendu parler publiquement d’oppressions croisées c’était dans les années 80, j’étais toute petite et c’était par un homme blanc. Il s’appelait Coluche. Et que disait Coluche ? Je cite de mémoire : « Quand on est femmes, noires et handicapées, la vie peut-être très dure ». Quel est l’enseignement que j’en tire : que la conscience des oppressions croisées est à la portée de tous et n’est aveugle que celui qui ne veut voir. Il y a un savoir implicite partagé par tous.

La deuxième boutade, c’est qu’on a coutume de dire que les premières intersectionalistes étaient les féministes noires américaines. Je serais tentée de dire que ce n’est pas vrai et qu’il faut chercher les premiers intersectionalistes chez les colons et les racistes. En effet, ce sont eux les premiers qui ont deviné l’usage qu’ils pouvaient faire des contradictions observées dans les sociétés colonisées. Par exemple, ils ont tout de suite compris comment tirer profit de la différence statutaire entre Juifs et Musulmans en Algérie. De la même manière qu’ils vont tirer profit de l’organisation patriarcale des sociétés du Maghreb. Ils vont utiliser ces contradictions pour en faire des divisions et fractionner le plus possible le corps social entre les Juifs, les Arabes, les Berbères, les hommes et les femmes, les élites et les paysans etc…Et aujourd’hui, ça continue, les sunnites, les chiites, les homos, les hétéros et j’en passe. Bien sûr, je ne confonds pas l’intersectionalité à usage répressif (que je vais appeler négative) et l’intersectionalité à usage émancipateur (que je vais appeler positive) mais c’est important de l’avoir en tête car ceux qui profitent des divisions aujourd’hui continuent leur action et il est évident qu’ils vont savoir faire usage intelligent de l’intersectionalité positive.

Les raisons de s’intéresser à l’intersectionalité sont diverses. Certaines sont légitimes et justifiées, d’autres ne le sont pas. Je ne suis donc pas ici pour jeter le bébé avec l’eau du bain.

L’usage qui me parait le plus légitime est celui qui consiste pour les victimes d’oppressions multiples à penser et à analyser leur condition. Je pense évidemment à l’usage qu’ont pu en faire les femmes noires américaines pour faire valoir devant la justice qu’elles ne pouvaient pas être traitées comme on traite les Blancs, les Blanches ou les hommes noirs étant donné l’imbrication de leurs oppressions. Je pense également à l’usage théorique qu’en ont fait certaines militantes noires ou chicanas pour fournir des outils de compréhension aux luttes politiques. Je pense en particulier au fameux « race, classe et femmes » d’Angela Davis  qui est un classique. Il y a toute une littérature théorique sur laquelle je ne vais pas m’attarder mais qui est riche, dense et qui informe de manière érudite sur la complexité des rapports de domination. Mis à part ces usages, la plupart des autres me paraissent assez suspects. J’en vois quatre :

– D’abord, il y a l’usage académique blanc du terme qui sert à ouvrir des champs de recherche dans le domaine du savoir et qui sert des carrières, qui sert la promotion de chercheurs, d’intellectuels pour lesquels les victimes sont des objets de recherches et jamais des acteurs politiques et pour lesquels la recherche est une fin en soi même s’ils ne l’avouent pas. Il faut cependant relativiser concernant l’émergence dans le champ universitaire de l’« intersectionalité » qui ne défigure pas encore les vieux murs de l’Université française, encore frileuse sur ces questions, elle qui se remet à peine de la percée de la question du genre.

– Et puis, il y a l’usage académique non blanc du terme. C’est-à-dire, l’usage que vont en faire des chercheurs indigènes au sein du monde universitaire. Un moyen pour transformer le stigmate indigène en distinction, c’est d’associer la race aux autres formes de dominations car ce créneau, marginal au sein de l’université, est initié et défendu par des marxistes, eux-mêmes minoritaires. Comme le propos de ces études est d’évoquer sans cesse « l’invisibilisation » des racisés et de leurs savoirs, les chercheurs non Blancs peuvent jouer sur leur « légitimité » de fait et peuvent concurrencer les Blancs, à condition de ne pas enfreindre l’exercice de la déconstruction ou pour le dire autrement, ne pas faire de politique.

– Il y a un troisième usage de l’intersectionalité, qui est celui qu’en font certains groupes de la gauche radicale blanche qui peuvent être sincères mais qui se transforme souvent en injonctions à articuler.

Dans un article fameux[1], Sadri Khiari, membre du PIR a écrit je cite : « Lorsqu’un Blanc de gauche nous demande « Comment articulez-vous races et classes ? », il ne faut pas lui répondre. D’abord, tout simplement, parce que cela ne le regarde pas. Mais surtout, parce que quand il nous pose cette question, il n’exprime pas sa simple curiosité. Il se demande au fond si notre combat est vraiment légitime, c’est-à-dire si, de son point de vue, notre combat renforce le sien ou si, au contraire, il l’affaiblit. Il veut savoir s’il correspond à l’idée qu’il se fait de la lutte pour l’émancipation – généreuse, générale, universelle… S’il considère que ce n’est pas tout à fait le cas alors, pour lui, il ne vaut rien, il peut même lui paraître nuisible. »

– Enfin, il y a un quatrième usage. C’est celui qu’en font certains militants radicaux non blancs, qui vivent dans leur chair les effets des oppressions croisées, mais qui se transforme souvent en posture qui elle-même devient une espèce d’esthétique. Ce que je veux dire, c’est que la cause intersectionaliste défendue est rarement incarnée dans un projet politique qui serait force de proposition à destination des habitants des quartiers. Ainsi, la confrontation réelle et la mise à l’épreuve de la théorie disparaissent derrière l’émergence d’une rhétorique séduisante qui peut être captée par le champ politique blanc, voire même instrumentalisée contre les luttes réalisables et j’insiste sur le mot « réalisables ».

Et là, je vais citer Norman Ajari, un autre militant du PIR :

Norman Ajari, a écrit:
« Dans la France d’aujourd’hui, le chantage à l’intersectionnalité est devenu un instrument de police idéologique qui permet de disqualifier ceux qui ne prêtent pas allégeance à l’agenda politique dominant. Les accusations d’homophobie ou d’antisémitisme, sont les armes de ce combat-là. Force est de reconnaître, aussi désolant que soit ce constat, qu’une part significative du discours intersectionnel français est formellement semblable à l’universalisme républicain. Il cherche à consacrer la supériorité morale de celles et ceux qui le prônent, en les confortant dans l’illusion d’une légitimité sans borne. Articuler à tous propos la classe, la sexualité, le genre et la race, c’est s’assurer d’avoir son mot à dire sur tout, et d’être rarement contredit. Le prêcheur intersectionnel répondra « classe » ou « genre » quand on lui parlera race, et vice versa[2]. »


Pour ma part, je vais vous le dire franchement comme je le pense. L’intersectionalité dans son usage en France, et je dis bien en France car je ne prétends pas généraliser cette analyse, est sûrement un précieux outil d’analyse des oppressions mais sûrement pas un outil politique et encore moins un outil de mobilisation. « Le réel, c’est quand on se cogne », disait Lacan. Je prétends que la théorie intersectionnelle se cogne contre le mur de la réalité. Et je vais tenter de le démontrer :

Pourquoi les injonctions à l’articulation de toutes les oppressions ou la posture esthétique qui consiste à se déclarer intersectionnel sont-elles comme je le prétends apolitiques ? D’abord parce qu’elles sont l’incarnation d’une nouvelle morale, d’un nouvel humanisme mais comme tout humanisme, il est abstrait. Effectivement, elles imposent de ne faire aucune hiérarchie de n’admettre aucune priorité et de tout combattre à la fois. Ce qui suppose que les principaux concernés veulent et peuvent endosser un tel projet, en d’autres termes qu’ils ont les moyens matériels de le faire… Je prétends que c’est impossible. Pour des raisons 1/ de contexte, 2/ de dialectique entre les différentes oppressions, 3/ de stratégie politique.

Prenons les éléments de contexte. J’en vois quatre :

– Il y a d’abord le contexte géopolitique international et ce que nous appelons au PIR la contre-révolution coloniale qui est cet épisode qui a commencé immédiatement après les indépendances et qui prend la forme de la recolonisation du monde sous d’autres formes, qui poursuit son entreprise de prédation, qui spolie et crée les conditions d’une émigration massive. Ce qui pousse l’Europe à renforcer ses appareils répressifs contre les migrants et qui a un impact direct sur la vie des post colonisés puisque ces politiques renforcent le racisme, les contrôles policiers et la suspicion tous azimuts. Donc, un contexte géopolitique qui renforce le racisme dans l’hexagone.

– Il y a la crise économique dont la Grèce est en train de faire les frais et qui renforce la compétition dans le monde du travail entre Blancs et indigènes. Donc un contexte qui exacerbe le racisme et prolétarise encore plus les indigènes.

– Il y a le contexte idéologique général. En Europe, il y a longtemps eu un seul clivage reconnu, le clivage de classe, qui oppose la gauche et la droite, les prolétaires et les bourgeois, les progressistes et les réactionnaires. Cette ligne de clivage, bien que brouillée, est toujours valide mais elle est en pleine mutation. Nous ne sommes plus dans les années 70 où les idées de progrès étaient au zénith et où on disait « faites l’amour pas la guerre » et où la jeunesse a participé à ce qu’on appelle la révolution sexuelle. Pendant les trente ans qui viennent de s’écouler nous avons vécu en Europe le déclin progressif de l’hégémonie de gauche au profit d’une hégémonie de droite. Les élites se sont droitisées mais les peuples aussi. Cela a des répercussions sur les rapports de genre et de sexualité notamment. Exemple : Vous avez pu constater la vitalité avec laquelle la France conservatrice, la France catho, la France de droite s’est mobilisée contre le mariage pour tous.

– Il y a le contexte spécifique des quartiers populaires en France et de la banlieue où vivent la majorité des indigènes d’Afrique noire du Maghreb et des Antilles. Les indigènes n’échappent pas à l’influence de cette nouvelle hégémonie de droite d’autant qu’ils ne sont pas les enfants de mai 68 qui est un héritage blanc ce qui a pour effet qu’on ne peut pas les aborder comme on aborderait des hippies ou des bobos parisiens notamment sur les questions de genre et de sexualité. Les quartiers populaires de France n’ont pas échappé au phénomène de régression politique générale. Pour deux raisons principales : On a longtemps crié dans les manifs « français, immigré, même patron, même combat » qui est un slogan caduc. Dans la réalité de la lutte, les ouvriers immigrés se sont vite aperçu que les questions liées à l’indépendance de leur pays n’étaient pas la priorité du mouvement ouvrier français et après les indépendances que le racisme n’était pas non plus sa priorité et que les droits des immigrés étaient toujours sacrifiés au bénéfice de la classe des ouvriers blancs. Les immigrés et leurs enfants n’ont jamais été les premiers clients de la gauche blanche. La gauche a toujours agi en fonction de l’intérêt des prolétaires et des classes moyennes blanches et est restée sourde aux revendications principales des post-colonisés depuis trente ans : la revendication de justice face aux crimes policiers, la lutte contre les discriminations au travail et au logement qui prend la forme d’une lutte contre l’islamophobie, la négrophobie et la rromophobie, la reconnaissance de l’histoire coloniale et de la traite transatlantique et enfin la lutte contre le sionisme. C’est ce qui fait dire au PIR que la gauche est blanche et qu’elle fait partie de ce qu’on appelle : le champ politique blanc. La deuxième raison, c’est que toutes les tentatives d’organisation politique ont systématiquement été pilonnées et tuées dans l’œuf par le pouvoir qu’il soit central ou local. Ce qui a empêché la politisation d’au moins deux générations. Nous en payons le prix aujourd’hui.

A la lumière de ces quatre éléments de contexte, penchons-nous sur la condition des indigènes qui vivent pour la plupart dans des quartiers populaires et sur les interactions entre les différentes oppressions qu’ils subissent.

On nous dit : articulez race, classe, genre et sexualités. On nous concède que l’indigène est, certes, racisé, mais qu’il existe un tas de contradictions dans ce corps social : il y a des riches et des pauvres, des hommes et des femmes, des hétéros et des homos. Ce qui suppose que nous, qui portons un projet politique, nous rendions en banlieue là où il y a la plus grande concentration d’indigènes et que nous endossions un projet articulateur qui assume de défendre ouvertement la lutte des classes, la lutte des races, la lutte féministe contre le sexisme des hommes du quartier et la lutte en faveur des LGBT. Alors là, je dis, objection votre honneur ! J’en ai trois :

1ère objection : Pour articuler, il faudrait que le corps social indigène dans ses tendances lourdes adhère à un projet « progressiste ». Je prétends que ça n’est pas le cas.

– D’abord, parce que depuis trente ans, on assiste à un glissement progressif de l’opinion indigène vers les « valeurs de droite » et à une défiance de plus en plus forte vis-à-vis de la gauche et de la plupart des « valeurs » qu’elle défend sauf peut-être l’égalité sociale bien que celle-ci soit concurrencée par des formes libérales de réussite sociale.

– Ensuite parce que le racisme et la relégation sociale produisent du conservatisme. Les néoconservateurs français qui vont de Fourest à Le Pen en passant par Finkielkraut, c’est-à-dire de la gauche républicaine à l’extrême droite, pensent que les quartiers sont « réactionnaires », et que l’islam l’est tout autant. Cette idée est combattue par la gauche « islamo-gauchiste » avec cette idée selon laquelle il y aurait autant d’islam qu’il y a de Musulmans, que l’adhésion à l’islam est un choix murement réfléchi, individuel, détaché de toute influence communautaire. Bref, on a ici une vision très libérale de l’islam où nous aurions des individus déracinés de leur histoire et de leur milieu, dotés d’un libre arbitre puissant et libéré de toute forme de déterminisme et d’ « aliénation ». Pour ma part, je n’ai jamais adhéré à cette construction – et je dis bien construction – de cet islam libéral et optionnel dont je pense qu’elle est déterminée 1/ par le besoin de la gauche antiraciste de justifier sa solidarité avec les femmes voilées. Et 2/ par une certaine catégorie de musulmans et de musulmanes en particulier sommés de prouver qu’ils méritent le soutien de la gauche et qui adaptent leur discours en fonction des desiderata de gauche. Moi, je crois que les formes que prend l’islam dans les banlieues sont effectivement « conservatrices » et je pense que cet islam-là ainsi que l’un de ses principaux symboles, le foulard, sont effectivement des concessions faites au patriarcat indigène. Je m’empresse de dire qu’il n’y a rien de dramatique là-dedans car le compromis permet des améliorations et ouvre même des marges de libertés. Souvent les femmes semblent reculer mais en fait elles prennent leur élan pour mieux sauter. Ainsi les néoconservateurs ont raison sur la forme, mais pas sur le fond. Je m’en explique avec la notion d’espace-temps. Récemment j’ai donné une interview à une revue de gauche qui s’appelle Vacarme et qui a fait scandale. A une question sur notre rapport au métissage, j’ai répondu que dans un monde où le racisme nous a appris la haine de nous-mêmes, il devenait important d’apprendre à nous aimer et de nous autoriser à nous marier avec quelqu’un de notre communauté plutôt que de chercher une quelconque promotion en nous mariant avec des Blancs, que cette démarche était sûrement considérée comme une régression pour la gauche blanche mais qu’elle était pour nous un grand pas en avant. C’est ça l’espace-temps indigène. La ligne du progrès ne signifie pas grand-chose en milieu colonisé. Ce qui est positif pour les Blancs, ne l’est pas forcément pour nous et vice et versa.

Une anecdote historique pour illustrer ce propos : Dans les années trente, des militantes communistes noires de la section de Harlem demandent d’interdire les mariages interraciaux à l’intérieur du Parti, alors qu’elles-mêmes militent au quotidien pour en finir avec les lois Jim Crow de ségrégation dans la société américaine, dont celle qui interdit aux Noirs d’épouser des Blancs[3]. Les militantes noires en question étaient à la recherche d’une stratégie pour lutter face aux critères de beauté racistes des Blancs qui créaient une féminité supérieure des femmes blanches et faisaient également d’une relation avec une femme blanche un critère de promotion sociale pour un homme noir. Cela a été refusé par les instances du parti mais une des conséquences est quand même qu’une partie des militants communistes noirs de la section ont rompu leurs relations avec des femmes blanches pour être ensuite avec des femmes noires. On a appelé ça sur le ton de la blague un mouvement « back to the race ».

Ce que je veux expliquer c’est que ce mouvement de « repli sur soi » qu’on appelle « communautarisme » et qui a tous les aspects de la « réaction » et du « conservatisme », et qui l’est sous certains aspects, est globalement positif car la communauté, dans un contexte hostile (cf les éléments de contexte) est le premier lieu de la solidarité. Il est évident que cette « régression féconde » qui répond à des besoins matériels et affectifs est précaire et qu’elle ne se fait pas sans conditions. En échange de la protection dans un cadre normatif rigide, la contrepartie c’est effectivement la diminution des libertés. Lors du colloque sur le féminisme islamique, l’une des intervenantes a identifié deux types de musulmanes : celles à faible capitale économique et symbolique qui en priorité cherchent la reconnaissance de leur communauté et qui refusent l’étiquette féministe et celles qui ont un fort capital et qui cherchent la reconnaissance du monde blanc. Pour ce faire, elles adoptent l’identité féministe ce qui est à rapprocher de ce que je disais plus haut concernant les stratégies pour obtenir le soutien de la gauche blanche. Ce que l’intervenante a oublié de dire, c’est que les deux catégories de femmes ne sont pas équivalentes en termes démographiques puisque l’indigénat étant structurellement pauvre, il y a plus de femmes dans la catégorie musulmanes non féministes que dans l’autre. Ce qui a des implications en termes stratégiques puisque la triple oppression conduit à sacrifier dans ce cas l’option féministe et donc à faire le contraire de l’articulation. Quand on prétend comprendre l’articulation race, classe, genre et ses effets, c’est auprès de cette catégorie qu’il faut se tenir. Les intersectionalistes vont avoir tendance à faire le contraire : soutenir celles qui peuvent matériellement se permettre l’articulation parce que vues comme des battantes, des insoumises, des héroïnes[4] au détriment des autres. Ce qui est un comble.

2ème objection : Articuler race et genre, par exemple, suppose de combattre le racisme, le patriarcat en général et le patriarcat indigène en particulier puisque les violences subies par les femmes sont les violences des hommes de leur entourage. Le problème c’est que si le genre féminin indigène est effectivement opprimé par le patriarcat blanc et le patriarcat indigène, le genre masculin indigène est aussi opprimé. Par le patriarcat blanc. Je voudrais signaler ici les travaux sur les masculinités hégémoniques et les masculinités subalternes qui mobilisent les travaux de recherche des chercheurs du sud et qui permettent notamment de ne plus considérer les violences masculines envers les femmes comme l’expression d’une culture locale de la domination masculine, mais plutôt de les penser en relation avec la déstabilisation perpétuelle imposée par l’impérialisme et les réformes néolibérales[5]. Les femmes indigènes ont conscience de tout cela. Elles connaissent très bien l’oppression de leurs hommes et savent aussi le prix qu’elles doivent payer en retour. Dans ce cadre, le premier levier qu’elles vont utiliser, c’est moins le féminisme que l’antiracisme, et ce n’est pas un hasard si depuis trente ans on retrouve les femmes de l’immigration engagées dans les luttes contre le milieu carcéral, contre les crimes policiers. J’ajoute à cela la dialectique de la violence patriarcale qui redouble de puissance à mesure que la virilité des hommes est mise à mal par le colonialisme et le racisme. Je vous disais plus haut que le voile, en plus de ses autres significations, était une « concession » au patriarcat. Je vous précise que c’est une concession calculée, un compromis pour désamorcer le tort qui est fait aux hommes et réduire la pression masculine sur les femmes. Et c’est en cela qu’il faut assumer cette concession plutôt que d’en avoir honte ou de s’inventer un féminisme imaginaire qui relève plus de la rhétorique que de la pratique car ce sont nos conditions d’existences objectives qui déterminent nos choix. J’ajoute au passage que toutes les femmes font des concessions au patriarcat, qu’elles soient voilées ou pas, indigènes ou blanches.

3ème objection : L’articulation suppose qu’en tant que femme indigène et pauvre, je me trouve à équidistance de l’ouvrier blanc, de la femme blanche et de l’homme indigène. Je suis autant éloignée de l’homme indigène que je ne le suis de la femme blanche et de l’ouvrier blanc, ce qui a des conséquences en termes d’alliance stratégique. Avec qui dois-je m’allier de manière prioritaire ? S’il n y a aucune hiérarchie, je n’ai aucune raison de préférer l’alliance avec les hommes indigènes à celle avec les femmes blanches. Et pourtant, dans la réalité nous choisissons par instinct l’alliance de race. Pourquoi ? La première explication, c’est que le corps social des femmes blanches toutes classes confondues a des privilèges politiques, économiques et symboliques supérieures en moyenne au corps social des hommes indigènes. En France, la plupart de temps, il vaut mieux être une femme blanche qu’un homme indigène. La deuxième explication, elle est donnée par les mobilisations des indigènes depuis trente ans. J’ai mentionné plus haut les crimes policiers, l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie, les luttes mémorielles ainsi que la Palestine. Où sont les femmes de l’immigration depuis trente ans ? Dans ces luttes-là. Le choix est fait et il nous a tous précédés depuis longtemps. Les femmes sont là ou elles ont identifié la cause de leur oppression principale. Back to the race. Je voudrais vous raconter une autre anecdote qui se passe aussi aux Etats-Unis dans les années 30.

Ca concerne la reconfiguration des luttes des femmes noires communistes à la fin des années 40 et durant les années 50. Il s’agit d’un choix tactique/stratégique dans un contexte très particulier où l’anticommunisme faisaient rage : alors que leurs maris étaient en prison ou dans la clandestinité, parce que communistes mais aussi parce que pour l’autodétermination des Noirs, des femmes favorables à l’égalité des droits hommes/femmes, féministes, reprennent des motifs de la rhétorique famillialiste de l’époque pour susciter la solidarité des noirs. Ce n’était pas un alignement idéologique, c’est un choix tactique par défaut dans un contexte de recul où le niveau de répression est tel que même la simple sécurité des hommes qu’elles aiment et qui sont leurs compagnons de lutte n’est pas assurée (sachant que même leurs enfants sont harcelés par le FBI) : ainsi par exemple, Esther Cooper, qui n’avait jamais porté le nom de son mari James Jackson mais qui le porte à partir du moment où il est arrêté et écrit un livre, this is my husband » et fait une tournée de solidarité pour le faire connaître[6].

Tout cela pour dire qu’il n’existe pas une universalité des causes mais que les choix tactiques et stratégiques se font toujours en contexte.


Quelle stratégie ?

La perspective ne peut être que le produit d’une économie politique globale prenant en compte tous ces facteurs. Quelle est-elle ? C’est la perspective décoloniale.

Cette perspective doit pouvoir définir un sujet révolutionnaire, c’est-à-dire le sujet autour duquel se construira le projet de transformation sociale. Si on définit le sujet révolutionnaire à partir de la perspective intersectionaliste, ce sera forcément le plus opprimé des opprimés qui occupera cette fonction. Le sujet sera par exemple la transgenre musulmane et pauvre vivant en lointaine banlieue ou l’homosexuel noir et au chômage. A priori pourquoi pas ? Mais, il y a un grand mais. Cette proposition doit reposer sur l’adhésion du grand nombre ce qui suppose que le « grand nombre » en question, qui ne partage ni la condition spécifique des trans, ni celle des homos, est philanthrope et que par conséquent il serait susceptible par empathie, par amour de son prochain d’adhérer à ce projet. Chacun dans cette salle a parfaitement le droit de parier sur cette option. Ce n’est pas mon cas. Je ne crois pas à cette philanthropie et je ne crois pas à cette générosité, pas plus en milieu blanc qu’en milieu indigène. J’ai une approche très pragmatique et je crois que les gens se mobilisent par intérêt et que par conséquent, il faut trouver comme sujet révolutionnaire le plus grand dénominateur commun. J’ai énoncé plus haut les grands thèmes qui mobilisent les quartiers : les crimes policiers, le racisme sous toutes ses déclinaisons, l’impérialisme et la mémoire. Ces quatre questions mobilisent les quartiers depuis 40 ans. Ce qui signifie qu’elles sont significatives et qu’elles recouvrent une matérialité politique qui fait sens et qu’il faut savoir exploiter. J’ajoute à cela, qu’elles mobilisent toutes à un degré ou à un autre les questions de race, de classe et de genre. Ce que semble ignorer nos détracteurs, c’est que ces sujets ne sont pas des points aveugles : les Indigènes les traitent à partir du paradigme décolonial qui est le leur. Je cite Norman Ajari :

Norman Ajari, a écrit:
« La pensée décoloniale est un effort pour donner à sa vision du monde la profondeur historique nécessaire pour agir et raisonner en se libérant de veilles routines politiques. Elle part de l’hypothèse qu’à partir de 1492, avec la « découverte » puis la conquête de l’Amérique, naît un projet de civilisation européen dont la supériorité intellectuelle, morale et physique du Blanc sera le rouage essentiel. Ce que disent les Indigènes, c’est que c’est à partir de ce paradigme, qui prend en compte le projet de la suprématie blanche sur lequel se fonde la modernité elle-même, que les questions de sexe ou d’économie méritent d’être envisagées pour être pertinentes dans les vies des habitants du Sud global et de leurs diasporas. Ce ne sont pas des pièces rapportées, accumulées en une rassurante concaténation des dominations. Elles s’intègrent dans l’orbite d’une théorie cohérente qui, sans les ignorer, ne cherche plus sa légitimité dans la pratique et la pensée politique européenne[7] ».


Ce que nous voulons dire, c’est qu’à partir de la question de la race, en assumant, cette hiérarchie, la pensée décoloniale propose un récit sur la totalité, sur la globalité qui intègre le genre, la classe, la sexualité mais débarrassé de toute forme d’eurocentrisme, œuvrant pour une remise en question radicale de la modernité qui par l’impérialisme, par le capitalisme, par la constitution des Etats-Nations a largement contribué à la production du triptyque race, classe, genre et qu’on ne peut pas imaginer nous en débarrasser sans penser une alternative à la modernité, sans penser une nouvelle utopie.

Houria Bouteldja, membre du PIR


Notes

[1] Sadri Khiari, Les mystères de l’articulation race/classe

[2] Norman Ajari, La faillite du matérialisme abstrait

[3] Mark Naison, Communists in Harlem during the Depression

[4] Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a ici la persistance d’une forme d’orientalisme et de paternalisme quand ce regard est blanc, et d’intégration de cet orientalisme quand le regard est indigène.

[5] Mélanie Gourarier, Gianfranco Rebucini et Florian Vörös, Penser l’hégémonie

[6] Esther Cooper Jackson, This is my husband

[7] Norman Ajari, La faillite du matérialisme abstrait


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 17 Déc - 6:42


Endnotes : trois pas en arrière, suite


from holding baderne to hanging baudruche



je reviens sur ce texte de Endnotes traduit par dndf sous le titre EndNotes : « Dynamique et limites de la situation » (Mise à jour de : “The Holding Pattern”) et je vais montrer en quoi il y a une utilisation de ces termes qui n'a plus rien à voir avec la théorie de la communisation, du moins telle qu'exprimée par Théorie Communiste, puisque c'est ce groupe qui les utilisent [sur le principe, je n'ai rien contre, évidemment]

dans le texte, voici les occurrences de "limite" :


Citation :
Dans «Holding Pattern »  nous nous sommes concentrés sur une limite interne de ces luttes : le fait que les occupants n’ont pu réaliser qu’une faible unité sur la base des exigences pratiques et de leur aspiration commune à l’unité.[...]

Mais le résultat de ces mouvements pointe vers une autre limite que nous annoncions dans «Holding Pattern » : la géopolitique. Différentes puissances ont réussi à profiter des situations déstabilisées.[...]

Une autre limite géopolitique, moins « guerre froide», fut bien entendu atteinte par ces déviationnistes parlementaristes : Syriza.


le terme de "dynamique" ne figure quant à lui que dans la conclusion :


Citation :
Cette analyse n’est pas que nous devons simplement attendre que le « Holding Pattern »  actuel arrive à son terme. Il s’agit d’identifier d’une manière stratégiquement utile ce que sont la dynamique et les limites de la situation, de façon à être en mesure d’agir avec clarté.

L’identification des limites n’est pas une question purement négative pour la localisation des contraintes à l’action, diagnostiquant de façon pessimiste pourquoi nous ne pouvons pas aller plus loin. Le problème est d’identifier les conditions déterminées du présent, et c’est la base positive pour savoir quelle action doit se produire. Dans le contexte actuel, nous avons vu les modes dynamiques de lutte en développement, tels que ceux autour du Black Lives Matter qui est important aux États-Unis. Cela construit  à la fois des relations humaines et des possibilités discursives qui ont été ouverts au cours des dernières vagues de luttes; ils ont dépassé certaines faiblesses d’Occupy, tout en les réinventant par d’autres moyens. Bien que de diverses manières leur contenu est resté dans un cadre démocratique radical, ils se sont déplacés au-delà de l’occupation pour développer des tactiques de confrontation.

Bien qu’il existe de nombreux dangers à l’horizon, il est clair que le moment reste gros de possibles. [sic]


autrement dit limites et dynamique sont rapportées à « la situation », mais celle-ci ne l'est pas à la lutte de classe, dans l'implication réciproque entre capital et prolétariat, telle étant l'utilisation qu'en fait Théorie Communiste, ce jeu entre dynamique (de la lutte de classe) et limites (plancher de verre de la règle du jeu de l'exploitation), pouvant produire des « écarts », d'où la théorisation de ce concept par TC : il y demeurait un rapport étroit avec la dialectique de contradictions au sein du capital, comme mouvement nommé communisme au sens de Marx et Engels : ce rapport, Endnotes l'a abandonné, faute sans doute à la « Pétrification partielle de la lutte des classes ? » (je ne sais pas si ce titre est de Endnotes ou de dndf)

en effet, jamais TC ne pourrait soutenir que ce sont des luttes telles que Occupy, Black Lives Matter, ou « le déviationnisme parlementaire de Syrisa »  qui portent en elles-mêmes une quelconque dynamique de lutte de classe, leur limite n'étant que celle de leur objectif démocratique radical (Endnotes le dit mais en fait la limite à dépasser !)

le point commun avec Théorie Communiste est la posture de la théorie, sa fonction : « identifier d’une manière stratégiquement utile ce que sont la dynamique et les limites de la situation, de façon à être en mesure d’agir avec clarté [...] identifier les conditions déterminées du présent, et c’est la base positive pour savoir quelle action doit se produire.»

on sent un flottement entre "théorie boîte à outil" (« agir avec clarté »), et déterminisme de « conditions [objectives] positives » : il n'y a pas, même par la pensée, d'immersion dans les luttes, ni luttes théoriciennes et encore moins auto-théorisantes, mais leur observation à la manière de la sociologie universitaire, la seule différence étant un point de vue communiste (?) favorable à la production d'une situation dans laquelle la dynamique serait assez puissante pour dépasser les limites : « franchir le pas »

cerise sur les gâteux, eux-mêmes de couches moyennes intellectuelles, le prolétariat est totalement absent de leurs spéculations, y compris dans la dimension massive des mouvements migratoires*, pourtant pas nés d'hier

* Deux tiers des migrants dans le monde sont des travailleurs, selon l'OIT

ce qui a atteint ici ses limites, c'est un théoricisme qui jargonne à vide et se paie de mots, la limite ici franchie étant l'abandon de leur sens conceptuel (supposé) commun aux belles heures des amours franco-anglaises entre Théorie Communiste et Endnotes

autant dire que si la lumière, sur la terre des luttes concrètes contre le capital concret, devait descendre du ciel conceptuel de ces théoriciens enfilant des perles à l'anglaise et frayant avec l'idéologie française, on ne serait pas sorti de l'auberge espagnole

pour le dite sans jambages ni jeu de mots laids :


Endnotes ne fait plus de théorie communiste




baderne : personne âgée et bornée, ancrée dans des habitudes d'un autre temps. Baderne rime avec baliverne et pattern : Pater Noster, parterre austère

PS : voilà qui nous rappelle « Des outres gonflées ne sort que du vent » Roland Simon, dndf, 26/03/2015

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THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse
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