PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
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 THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 8 Aoû - 18:11


communisme décolonial et communisation

une différence de méthode, de temporalité, et de stratégie communiste

encore une précision

le communisme décolonial se veut théorisation du communisme comme mouvement de luttes dans le moment présent. Il n'est pas la rétroprojection d'un modèle de révolution à venir sur ce moment présent, dont il s'agirait d'observer la manifestation (par exemple sous la forme d'écarts, dans la version de Théorie communiste) : au-delà des nuances et de leurs désaccords, cela caractérise toutes les variantes de la théorie de la communisation (Théorie Communiste TC, troploin/Dauvé, Hic Salta/Astarian, Léon de Mattis, Sic, Endnotes, etc.)

cela ne signifie pas que ce modèle serait faux, mais qu'il pose toute activité communiste (de théorisation et/ou de lutte) en référence à ce modèle futuriste. En ceci et par-delà les désaccords entre ces variantes largement surestimées du fait de leur concurrence, de leurs habitudes sectaires et de leur incapacité à dialoguer véritablement entre elles, la théorie de la communisation est globalement déterministe, d'où ressort sa tendance au théoricisme et chez certains le retour à une conception philosophique antérieure au Marx des Thèses sur Feuerbach, voire à l'idéalisme plus qu'à un matérialisme reposant sur les faits

il n'est donc pas impossible d'inscrire le communisme décolonial dans une perspective communisatrice, mais cela n'est définitivement pas son problème actuel, car nous n'avons rien sur quoi reposer des activités communistes en ce sens, au-delà de considérations théoriques sur le contenu et les formes d'une possible révolution future (par exemple sur les questions de l'intervention consciente des masses, des rapports de force et de l'incontournabilité de la violence, des relations entre changements quantitatifs et qualitatifs, sauts de seuils, etc.)

rompre avec tout déterminisme, avec toute eschatologie révolutionnaire, cela supposait une rupture conceptuelle et méthologique avec toutes les théories communistes antérieures, théorie de la communisation comprise en tant qu'elle ne se présentait jusque-là, de ce point de vue et malgré ses dénégations de proposer un projet, que dans la continuité avec cela même avec quoi elle prétendait rompre : le programmatisme ouvrier. En d'autres termes et bien que peu portable en raison même de l'absence d'écarts, nous avions à faire potentiellement à un programmatisme communisateur, tel qu'il s'est manifesté dans l'aventure Sic première manière, ce qu'avait fort bien vu Bruno Astarian (Où va Théorie Communiste ?, 2010), sans parler des avatars qui se sont mis à "communiser" à tours de bras dans les ZAD et les Squats

il n'est pas un groupe se revendiquant, à l'heure de gloire de Sic, de la théorie de l'écart et de l'affirmation de TC, « C’est au présent que nous parlons de communisation », qui n'ait interprété de travers cette formule qui s'y prêtait de façon paranoïaque et schizophrénique : ils ont tous disparu de la circulation (voir les liens de dndf)

j'ai opéré cette rupture entre janvier 2015 et aujourd'hui, prenant acte de l'impossibilité d'intégrer d'une façon ou d'une autre mes considérations dans les débats faisant référence explicite à la communisation (sur les sites des copains des copains de ce "milieu"), pour les raisons évoquées plus haut et qui ne sont, quoi qu'on en dise, pas de mon fait, à preuve que ce débat, je le poursuis dans ce forum alors qu'il n'apparaît nulle part ailleurs. Cette théorisation est donc très jeune, comparée à celle de la communisation qui a quarante ans d'âge

la question décoloniale, autrement dit la prise en compte de la pensée décoloniale sur la base de la caractérisation du moment présent comme double crise de l'Occident et du Capital, n'est venu que progressivement creuser le fossé des différences entre communisme décolonial et théorie classique de la communisation. L'absence de toute remarque du côté communisateur fut la cerise sur le gâteau, dont franchement je ne m'explique pas même les raisons autrement que par un sectarisme à couper à la faucille et défoncer au marteau

dans le même mouvement, je commençais à élaborer mon approche sous une forme plus construite, avec un ensemble de concepts (retenant ou modifiant certains de la théories de la communisation), et de thèses ou hypothèses dont je m'efforçais de montrer l'articulation et la cohérence, et dont le forum, par sa structure même en page d'accueil, rend compte en harmonie avec la méthodologie adoptée, qui est tout sauf l'élaboration d'un système clos dont déduire des normes ou un dogme de référence pour militer (sans le dire)

c'est un changement de paradigme révolutionnaire, et il bouleverse suffisamment de certitudes pour qu'il soit compréhensible, à ce stade, que peu de critiques sérieuses soient formulées contre les thèses en chantier ici formulées

un point important est la remarque que je faisais à Ross Wolfe à propos de Ciccariello-Maher

Citation :
il polémique avec le marxisme et l’anarchisme en se situant entre les deux, mais le problème n’est pas de controverses avec des partis ou des “idéologies”, parce que cela sous-entend toujours l’idée d’une avant-garde à promouvoir, politique ou théorique. Le problème est dans la confrontation directe avec le monde concret, et celle-ci a naturellement des aspects théoriques, à condition de les faire reposer sur quelque chose de tangible : le cours quotidien du capital et ses contradictions actuelles avec les luttes qui s’y produisent en tous sens comme indicateurs des écueils et des possibles

l’important quand on veut avoir une approche théorique, plutôt que d’apporter des réponses toutes cuites pour la propagande, c’est de cerner des problèmes en sachant que personne ne peut les résoudre immédiatement, et de les garder sur le feu de ce qui se passe dans le monde : l’humanité les résoudra (ou pas), un jour, mais il faut bien que quelqu’un les pose (Marx, etc.), et c’est à mon avis le rôle des théoricien.ne.s d’en repérer l’émergence dans les réalités présentes

cela vaut pour toute théorisation communiste ou autre, car je considère qu'il n'y a pas de Kampfplatz séparé de la théorie relativement aux luttes (Althusser...), et qu'il n'y a pas à en promouvoir un, car le risque est grand de retomber dans les ornières de l'entre-soi d'un "milieu théorique radical" et du théoricisme. Cela ne signifie pas absence de débats théoriques, voire entre théoriciens, mais une fois bien compris le renversement opéré de la méthodologie et du primat des luttes sur la théorie

une remarque quant à l'utilisation d'Internet : il est certain que tout n'y figure pas et que la toile ne permet pas de connaître ou d'observer des événements qui se passent du Web pour exister partout dans le monde. Mais une chose est certaine, à peu près tout y trouve un écho, et, à l'inverse, il est improbable que ce qui n'en a pas soit réellement d'une grande effectivité dans le cours des choses. Il n'est qu'à faire une veille sur le mot communisation dans Google à différentes périodes depuis 15 ans, par exemple dans le dernier mois, pour constater que cette théorie bas de l'aile, n'a pas de prise sur les réalités, n'intéresse pas grand monde. Des raisons de ce "retrait", j'en ai données, elles sont en lien avec les défauts visés plus haut, dont les théoriciens et partisans (sic) de la communisation portent l'entière responsabilité

il va sans dire que reviendra un temps où une théorie de la communisation pourrait retrouver quelque pertinence, sinon la possibilité de créer des liens organiques avec les luttes puisqu'aucune ne s'est jamais produite s'en réclamant, mais cela dépendra de la capacité de ses théoriciens, anciens ou nouveaux, à s'approprier quelques principes simples de saine communiCation, de méthodologie, et de stratégie communiste au présent

arrêtons d'embarquer les communistes à la messe des lendemains qui chantent

Twisted Evil

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 9 Aoû - 8:13


importé d'ICI


remarques sur une "redéfinition du genre"
adéquate à la théorie de la communisation

toujours à propos du texte de Gilles Dauvé et des remarques précédentes chez dndf, un commentaire qui, si je le comprends bien, va plutôt dans le même sens que les miens le 3 août, du moins ses premières remarques sur l'assignation des femmes à l'enfantement

redéfinir le genre ? a écrit:
08/08/2016 à 16:14 | #3

Bonjour,

– être femme n’implique pas d’enfanter, certes.

– enfanter implique d’être femme. Est-ce faux ????

La famille atomique, berceau de l’individu au porte-feuille individuel, ou « collectif-mais-individuel-en-dernière-instance » (ex mariage). Chacun est sommé de gérer les attributs corporels qui le compose tels que ces attributs sont signifiés* par le mode de production capitaliste : comme des outils de la production et de la reproduction sociale. Il faut trouver sa place, se valoriser avec ce que l’on possède (c’est à dire ses biens, son « capital », son corps, etc…).

(* signifier : pas seulement au sens de porter un signe, mais d’engendrer des conséquences concrètes, et ce conformément à un ensemble de signes…)

Arrêtons de dire qu’être roux, brun ou femme n’a rien de biologique. Ce n’est pas tenable. Être femme n’est pas une pure abstraction venues [Vénus ?] de nulle part. Par ailleurs, les conséquences d’être femme dans le capital ne sont pas contingentes et superflues. Le capitalisme, comme mode de sujétion, de production et de reproduction d’individus, défini matériellement chaque particularité subjective de manière « génériciste ».

Ainsi, être potentiellement porteuse d’enfant, c’est l’être d’abord à titre individuel, et c’est immanquablement porter l’ensemble des contraintes sociales de cette potentialités. C’est ainsi que DANS LE CAPITAL, être sexué devient une histoire de genre. Avant, les contraintes matérielles d’être femmes existaient sous des formes spécifiques différentes, mais le terme de « genre » (j’insiste sur la dimension générique) ne leur est probablement pas adéquat. Après, on peut souhaiter que le dépassement du capital soit aussi celui du genre, et que celui du genre soit aussi le dépassement de la très vieille sujétion des femmes par les hommes. Le genre étant probablement la forme achevée de cette sujétion.

En outre, faisons attention à ne pas réduire le rapport homme-femme à un rapport de domination. Dans le capital (et peut-être depuis toujours), il n’y a pas de domination gratuite. On domine en vue d’exploiter [cela se discute, il peut y avoir recherche d'un plaisir qui ne soit pas exploitation, et qui quoi qu'il en soit la redouble toujours, même s'il est masochiste]. La sujétion homme/ femme est un rapport d’exploitation au sens large [de ce qui précède, cela est douteux ou du moins ne sert pas à grand chose de l'affirmer ainsi, comme s'il n'y avait plus, en quelque sorte, qu'une seule contradiction, de capital/genre] : des femmes par le capital par l’agent masculin, mais il présuppose aussi le rapport de classe en général sans lequel il n’a pas de sens (du moins en tant que genre, la forme actuelle de ce rapport) [de même, un fois le genre 'redéfini' uniquement dans le capital, une telle remarque devient tautologique, et du coup peut-être l'ensemble de ce commentaire].

J’espère ne pas engendrer de polémique, mais si polémique il y’ a, j’espère qu’elle sera fructueuse.
Bien à vous.


nonobstant mes critiques et pour les tempérer, une telle proposition de "redéfinir le genre", ou du moins de le faire dans le cadre de la théorie de la communisation, n'est peut-être pas inutile. Mais il faut prendre quelques précautions théoriques et savoir ce qu'on met sous les mots-concepts

par exemple, je note que le passage « on peut souhaiter que le dépassement du capital soit aussi celui du genre, et que celui du genre soit aussi le dépassement de la très vieille sujétion des femmes par les hommes. Le genre étant probablement la forme achevée de cette sujétion. » n'est au fond pas très différent de ce que suggérait Silvia Federeci face à la question : « Que pensez-vous de la perspective d'"abolir le genre" ? » : elle répondait en substance (2012 ou 2013) que ça dépend de ce qu'on entend par là, et le rapportait à la suppression des rapports hiérarchiques, qui ne sont pas la disparition de toutes différences entre sexes biologiques ni même sociaux*. Mais si on redéfinit le genre, comme semble le faire ce commentaire, de telle sorte qu'il n'existe plus que dans le capital comme exploitation, on ne résoud le problème qu'avec des mots, de façon tautologique comme j'écrivais dans le texte

*
-  supprimer les différences entre sexes biologiques paraît difficile, mais c'est envisagé par les bidouilleurs post-humanistes... Il n'est pas anodin que s'expriment au nom de l'anarchisme et du communisme des partisans du trans-humanisme (on en trouve sur certains forums anarchistes, et d'autres dans le Club Médiapart, au nom de l'émancipation...) L'ombre de cette question a même un instant plané sur les débats du Summer Meeting de la communisation en 2007, à propos de la contradiction de genre selon TC et de son abolition, provoquant des échanges d'une violence inouïe

- comment poser qu'il ne doit y avoir aucune différence sociale entre hommes et femmes tant que les premières, entre autres activités, portent et accouchent des enfants, ce qui d'emblée en suppose d'autres évidemment sociales (on a par exemple aujourd'hui le 'congé maternité') ? Si on le fait, il faut être conséquent, en l'occurrence prendre franchement position pour une autre manière de les produire, et dire que c'est un but communiste : le meilleur des mondes ? Faire de la théorie "en l'air" a des avantages certains, ne pas entrer dans les considérations concrètes, et s'en laver les mains au nom de la justesse des principes et de la pureté conceptuelle


toujours est-il que sans matérialiser "le genre" avec des exemples concrets en termes d'activités dans les rapports sociaux sous le capital, ici ou là, à comparer avec ce qu'on projette comme "abolition" (fin de la domination masculine et structurelle machiste dans le capital), de sorte qu'on matérialise les dépassements à produire, on peut se faire plaisir longtemps en généralités difficiles à saisir dans la vie et les luttes : on retombe là sur le danger du théoricisme qui se contente d'abstractions conceptuelles, ce à quoi échappe au moins le texte de Dauvé

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 9 Aoû - 11:33


devoir de vacances : un peu d'écopo

Un résumé de la critique de l'économie politique actuelle par Michael Roberts

extraits de mon commentaire

Patlotch a écrit:
j'ai grand plaisir à importer ce texte dans ce sujet, 5ème des plus abondés sur 232, une occasion de remettre à leur place ceux qui prétendent que je néglige le capital comme économie politique, sa critique et la lutte de classe contre l'exploitation capitaliste*, pour proposer un salmigondis classe-race-genre : les mêmes qui, comme par hasard, ne parlent jamais de critique de l'économie politique, et au demeurant fort peu de l'exploitation du prolétariat ni d'ailleurs de la domination masculine

* CLASSES et CAPITAL : comme 'ÉCONOMIE POLITIQUE', pas de 'CAPITALISME' sans EXPLOITATION du PROLÉTARIAT :: TRAVAIL et EXPLOITATION : QUID DU 'PROLÉTARIAT' ? : 27 sujets dans cette catégorie, la plus alimentée parmi les entrées thématiques, et qui n'est pas située en haut du plan pour rien, mais signifier ce que structure à dominante dans le capital veut dire

en conclusion, Michael Roberts n'exclue pas que le capitalisme puisse repartir dans les décennies qui viennent, et même si pour lui il ne pourra plus aller très loin, il n'en tire pas des plans sur la comète révolutionnaire

on voit que Roberts 1) considère que la subsomption réelle n'est pas totale, 2) qu'il n'exclue pas une reprise, même s'il ne la pose pas en termes de restructuration 3) qu'il n'est pas insensible aux souffrances du prolétariat et considère comme capitale son intervention par des luttes contre l'État du capital. Une possible « nouvelle période d’expansion dans les 20 prochaines années », c'est exactement ce à quoi je pense en considérant que la phase actuelle est celle d'une restructuration mondiale liée à la perte de suprématie du capitalisme occidental dans le capitalisme mondial/global

voilà, si je ne produis pas moi-même de critique de l'économie politique, ce qui suppose d'en faire un métier à part entière, je suis attentif à ce qui se produit de plus matérialiste dans le sens des travaux de l'auteur du Capital, davantage qu'aux considérations philosophantes et généralistes à coups de gros concepts et de vieux dogmes prémâchés ou de nouveautés surlecutantes (Negri est par exemple partisan d'un quasi-abandon de la critique de l'économie politique, il l'écrit explicitement, de mémoire dans Empire)

Michael Roberts a la modestie de s'en tenir à son job, et de ne pas insister sur sa mise au service d'une théorie politique de l'alternative sans rupture, comme la plupart des économistes (post-)trotskistes par exemple (Michel Husson, Antoine Artous, Alain Bihr...), des "marxistes" de la mouvance démocratiste (ATTAC, Jean-Marie Harribey...), et des jeunes loups qui montent à la Lordon, bradeurs de l'héritage radical de Marx et guide suprême du prolétariat dans l'impasse des populismes "de gauche" souverainistes


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 10 Aoû - 14:31


du rififi dans le genre qui trouble la théorie de la communisation

puisqu'un débat s'est rouvert sur le genre autour des thèses de Théorie communiste (TC) plus ou moins bien comprises, je saisis l'occasion d'avancer sur cette question, qui était un peu en jachère ici, et ailleurs, depuis quelques temps

un plan et sa signification

j'attire l'attention sur le plan du forum, voir la page d'accueil, qui place en haut des approches thématiques trois catégories :

1. CLASSES et CAPITAL : comme 'ÉCONOMIE POLITIQUE', pas de 'CAPITALISME' sans EXPLOITATION du PROLÉTARIAT
> ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?
> TRAVAIL et EXPLOITATION : QUID DU 'PROLÉTARIAT' ?

2. ÉTAT, POLICE et ARMÉE, GUERRES, PRISONS, MÉDIAS, DOMINATIONS...

3. 'FEMMES' & 'hommes'... Domination masculine et machisme structurel : luttes et théories

l'ensemble sur les DÉCOLONIALITÉS vient ensuite, qui traverse ces trois précédentes thématiques, comme les suivantes, sur les RAPPORTS HUMANITÉ-NATURE, l'INDIVIDU, et la POÉTIQUE (l'art), d'où cette position centrale, puisqu'enjeu éminemment actuel


cerner et préciser accords et désaccords

cela signifie qu'il y a entre mon approche et celle notamment de TC une compatibilité de structure, établissant une différence et une dissymétrie entre le rapport classe/'genre', comme doublement structurel si l'on veut, et les rapports classe-'race' et 'genre'-'race', qui portent toujours ce rapport dans une structure à dominante du capital. Il se trouve qu'ici, je suis intervenu plutôt en défense des explications de Gilles Dauvé dans « Sur la « question » des « femmes » », c'est-à-dire en apparence contre les thèses de TC, ou du moins la déformation à laquelle elles se prêtent. Comme quoi ce débat était, plus qu'ouvert, à rouvrir

ma critique de la théorie de la communisation porte donc, en sus de son déterminisme global (d'où la menace théoriciste) et du problème de temporalités différentes avec ses implications stratégiques (voir plus haut), sur le rejet de la dimension historique décoloniale des luttes actuelles comme formes contradictoires de la lutte des classes, sans lesquelles celle-ci ne peut être comprise dans la double crise de l'Occident et du Capital, ce qui ligote le combat communiste au présent, et la possibilité d'inscrire des activités communistes dans la production de dépassements tant théoriques que dans les luttes


comme suite à la discussion provoquée chez dndf et prolongée ici par le texte de Gilles Dauvé (toute cette discussion est ICI et plus haut)



l'esprit mâle saint du caillou et le corps féminin du délit

Amer Simpson a écrit:
dndf 10/08/2016 à 06:35 | #6

Qu’est-ce que ça peut me faire qu’il y ait des déterminations biologiques ? Rien ! [cri du cœur mâle, où l'on voit bien qu'il n'est pas une femme, qu'il n'est pas dans le corps d'une femme, mais dans l'idée qu'il s'en fait en tant qu'homme]. Sauf quand ces déterminations viennent naturaliser des déterminations sociales, produites par des rapports humains définis historiquement. [les déterminations biologiques ne naturalisent pas les déterminations sociales de par leur simple existence, l'idéologie n'est pas intrinsèque au biologique]

Il va de soi que la meilleure façon de soigner un corps humain malade c’est de savoir si ce corps est anatomiquement mâle ou femelle… [ben ça dépend, pour une jambe cassée ou une maladie cardiaque il ne doit pas y avoir beaucoup de différence]. Mais quand l’anatomie vient définir socialement un groupe d’individus pensants et agissants comme différent ou plutôt LA différence par rapport à l’autre, nous avons quitté le domaine du biologique. Le corps humain est rempli de déterminations biologiques, mais ça n’explique pas la nature des déterminations qui définissent la séparation homme/femme comme rapports sociaux. [l'anatomie, le biologique ne définissent pas d'elles-mêmes ces rapports sociaux, mais seulement pour les essentialistes : c'est leur conception qui est idéologie, et fausse du point de vue scientifique, historique et social. La bonne critique n'est pas de nier en bloc les implications sociales du biologique (et en partie réciproquement par les manipulations sans bornes de la biotechnologie numérique), mais de réfuter l'essentialisme qui détermine le social par le biologique]

S’il faut partir du corps pour définir la femme, ce n’est pas biologiquement, mais à l’inverse, se demander pourquoi cette fonction biologique d’enfanter est devenu un marqueur social. [la question est bonne mais partielle, car il n'empêche que le biologique définit bien une différence entre femmes et hommes, et tous autres intermédiaires éventuels, assignés socialement à être l'un ou l'autre, même dans le cas de sexualité homosexuelle ou transexuelle : c'est aussi cela l'assignation de genre, donc une piste de son abolition en tant qu'assignation sociale à être soit homme, soit femme, assignation qui est parfois entérinée dans la mouvance LGBT, comme identités à revendiquer alors qu'elles sont aussi une production historico-sociale dans le capitalisme : cela revient à mon sens à les figer en exigeant leur reconnaissance politique et sociale (le "mariage pour tous" ne pose pas de problème au capital), plutôt qu'à produire leur dépassement par ce qui serait l'abolition de cette assignation de genre démultipliée à l'envie. Cf Gilles Dauvé/DDT21, la série sur l'invention de l'homosexualité]

À quoi sert cette fonction socialement pour qu’elle nécessite l’appropriation des femmes par leur assignation à cette fonction d’enfanter… Et par quoi le fait de porter des enfants est un handicap pour les femmes [c'est quand même une vision un peu réductrice, elles ne le vivent pas toutes comme ça, heureusement], c’est-à-dire que cette fonction à partir de laquelle elles sont définies est une contrainte qui les désavantage en société. [étrange retournement de l'essentialisme : l'assignation sociale à la fonction d'enfantement est produite socialement, particulièrement dans le capitalisme, mais elle n'est pas inhérente à la fonction biologique. Toutes les femmes ne vivent pas la grossesse comme une "contrainte", et si elles se battent contre ses désavantages sociaux, ce n'est pas en déniant leur être de femme porteuse d'enfant comme une malédiction capitaliste. Cela n'en fait pas d'inconscientes complices du système capitaliste et patriarcal]

Ce qui se cache derrière l’idéologie du biologique, c’est le mode de production social qui a besoin de cette fonction pour une raison qui lui est propre et si nous voulons trouver cette raison il faut aussi faire la critique du biologique comme idéologie [le biologique n'est pas une idéologie, mais une donnée matérielle de la vie pour tout ce qui existe dans le domaine du vivant (c'est-à-dire, depuis l'ancienne classification à deux règnes animaux et végétaux, hors les minéraux (Wikipédia : Règne > biologie) :

la biologie distingue six règnes du vivant :

- les Archées (procaryotes unicellulaires à histones)
- les Bactéries (procaryotes unicellulaires sans histone)
- les Protistes (eucaryotes unicellulaires)
- les Mycètes (champignons) (eucaryotes multicellulaires, hétérotrophes et osmotrophes )
- les végétaux (eucaryotes multicellulaires)
- les animaux (eucaryotes multicellulaires)
].

les animaux, dont les êtres humains...


Une critique matérialiste du genre serait de dire que la détermination biologique est la naturalisation idéologique d’une fonction** (ou plusieurs) spécifique qui touche et concerne les corps qui portent un utérus et qui pour cette raison peut et doit enfanter… Fonction qui trouve sa raison d’être dans l’exploitation du travail qui caractérise les différents modes de production jusqu’à maintenant***.

** dire qu'un fait de nature, même en évolution (merci Darwin) relèverait d'une idée, que sa réalité serait définie par cette idée, le biologique = idéologie, est au contraire une affirmation purement idéaliste,

*** on arrive à cette idée saugrenue, contradiction dans les termes de ce raisonnement : la fonction biologique « trouve une raison d'être » dans le social, l'exploitation du travail, ce qui revient à l'essentialiser, à la figer dans ce lien exclusif. De l'abolition du genre, on en vient à l'abolition du biologique, puisqu'il ne serait qu'idéologie. Je ne croyais pas si bien dire en affirmant qu'une telle proposition rejoint les pires conceptions transhumanistes de la bidouille... capitaliste. On ne saurait trop conseiller de (re)lire Le meilleur des mondes d'Huxley, 1931




il semble que dans le souci d'émanciper les femmes de la domination masculine, à quoi se réduit pour lui le genre comme sexe social vidé d'implications biologiques objectives*, le mâle Amer Simpson rencontre plusieurs problèmes, ce que j'avais déjà relevé dans son texte de 2013 lui ayant valu un traitement symétrique du mien par Roland Simon (« Patlotch, quant à lui, préfère la Collection Arlequin à la Série Noire. » in « Le sexe sans excès » RS 2014) : un problème de fond sur lequel portent mes remarques précédentes, et un problème de logique matérialiste et dialectique, qui le font errer entre tautologie et contradiction dans les termes

* ici, Bernard Lyon est plus ouvert qu'Amer Simpson, quand il précise dans un commentaire de dndf que « le genre, c'est la domination masculine », laissant entendre que par l'abolition de celui-là, c'est celle de celle-ci qu'il signifie, et rien de plus, contrairement à ce que des adeptes plus royalistes que le roi ont fait dire à TC. Nous ne sommes pas très loin de Silvia Federici quand elle distingue 'abolir le genre' comme cette domination masculine et en finir avec toutes différences sociales sexuées, remarque qui m'avait valu d'être voué aux gémonies par quelques 'féministes radicales' et autre Pepe comptant les gagner à sa cause. Ce point légitime l'idée de "redéfinir le genre" de façon adéquate à la théorie de la communisation (mon commentaire plus haut), et quitte à en critiquer les thèses pouvoir le faire sur une base précise et rigoureuse


le devenir théologie d'une théorie à la dérive

Amer Simpson est un des exemples d'adeptes d'une théorie (TC) dont ils ne saisissent pas les raisonnements, pour s'en tenir aux résultats les plus simplistes auxquels elle se prête par les formules-résultats de RS, qu'ils répètent comme des mantras coupés du mouvement de pensée qui y conduit, et les provocations à l'emporte-pièce de BL qui ne manquent pas d'être contre-productives. C'est d'ailleurs le cas de la majorité des ouailles de TC, dont partie de ses membres, de procéder à partir d'une vulgate communisatrice qui n'a pas grand chose à voir avec la substantifique moelle de la théorie de la communisation : les contenus-formes d'une révolution à venir, perspective dans laquelle, ai-je précisé récemment, je ne vois pas d'inconvénient à inscrire mes propres thèses du "communisme décolonial". Dans la mesure où ils ne sont pas réfutés de ce point de vue, la pente est à la caricature par laquelle Théorie communiste se tire une balle dans le pied, avant même que ses erreurs, pour autant que TC soit falsifiable, puissent être discutées, puisque pour l'essentiel, elle n'est pas comprise ou de travers. Ici et par-delà mes désaccords avec Gilles Dauvé, je lui reconnais pourtant d'avoir trié le bon grain des ivresses

il me semble que pour comprendre une théorie, il faut le faire de l'intérieur, texte et contexte de production dans son langage quitte à les critiquer, et je dois dire que je vois peu de "partisans de la communisation" qui aient ainsi compris TC, la variante communisatrice qui se prête le plus aux déformations telles que les "marxistes" en ont fait subir à Marx. La plupart l'ont adopté comme une vérité d'évangile, un dogme communisateur : « Nous sommes actuellement loin de la visibilité croissante et immédiate des contradictions de classe et de genre et de leur liaison avec la révolution et le communisme, le devenir idéologique de la théorie de la communisation plane sur nos têtes fragiles », alertait pourtant RS en 2013, suite à la fuite en avant dans Sic première mouture, formule rappelée dans TC25. Entre réciter des bribes mal digérées et reformuler en déformant, il n'ont pas de moyen terme. Il ne leur reste qu'à citer, copier-coller-traduire comme la bible, et comme dit l'autre suivent les incantations


leur 'communisme' vaut bien une messe

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 10 Aoû - 17:13


faire tourner la dialectique complexe des antagonismes capitalisme-communisme :

pour une approche communiste décoloniale des rapports humanité-nature

par la grâce de cette discussion sur le genre, je boucle ici la boucle des liens entre critique du genre, critique de classe, et dépassements des rapports capitalistes entre humanité et nature, de telle sorte que ressorte mieux la cohérence ouverte de mes thèses

grands ou petits, certains esprits se rencontrent

en peu de mots, cette réponse de 'Redéfinir le genre ?' à Amer Simpson reprend plusieurs des points qui m'avaient fait plus que tiquer, un peu comme si j'avais par avance déplié, explicité, ces remarques

Redéfinir le genre ? a écrit:
dndf 10/08/2016 à 15:02 | #7  

On dirait que tu essaies de faire du fait d’enfanter, LA raison de l’assujettissement des femmes, tout en niant que cette détermination est biologique. Sans quoi la fatalité du biologique aurait raison du fond de commerce de la critique.

En outre, contrairement à GD, tu ne prends pas la peine de faire intervenir la moindre détermination sociale. Même si tu cherches à rebondir par une déclaration d’intention, la fonction d’enfanter doit trouver « SA raison d’être dans l’exploitation du travail ».

De plus en précisant que cette exploitation caractérise les différents modes de production jusqu’à maintenant, il semble que tu essaies de faire passer en douce qu’avant le capitalisme, l’exploitation du travail avait toujours été définitoire de l’enfantement. Ce qui est discutable. [j'avais fait cette remarque, avant de la supprimer car elle alourdissait mon propos]

Ce n’est pas parce que la nature humaine n’existe pas* que l’humain n’aurait pas de déterminations biologiques ou naturelles, ou que la nature n’existerait pas du tout *.

* on lira avec intérêt « La nature n'existe pas » de Paul Guilibert, Revue Période 30 juillet 2014

Mais le genre a son fétiche, le « gender-study-isme », ou l’art du tout n’est que social *. Tout ça pour conforter l’idée d’un individu pur qui se cacherait derrière chaque particularité, une idée pour le coup tout à fait idéaliste et naturaliste, puisqu’il faudra bien le libérer un jour cet individu, afin qu’il soit enfin « immédiatement social » ! [même contradiction dans les termes que j'avais relevée, d'un prétendu matérialisme de fait idéaliste... et essentialiste !]


scratch

Cordialement.

au-delà d'une critique du genre et de l'essentialisme naturaliste :

pour une approche communiste décoloniale des rapports humanité-nature

* ça doit être une lecture radicale de « l'essence humaine est l'ensemble des rapports sociaux », bien que Marx n'ait jamais nié, lui, les rapports de nature, et de l'humanité à la nature

les activités humaines, au demeurant, sont des rapports à la nature en ce qu'ils la transforment, et transforment leur propre nature d'êtres humains, qui n'est pas que sociale, pas purement sociale : c'est bien le problème du bidouillage de la biotechnologie numérique et du retour de bâton dont je parlais, ou par ailleurs de l'exploitation/destruction du vivant, l'extractivisme au premier chef combattu par les populations indigènes, une forme des luttes décoloniales contre le capital impérialiste étranger ou local national : contrairement à la vulgate marxiste sur le prolétariat comme uniquement prolétariat ouvrier, et à l'idée que ces luttes ne pourraient être que passéistes et de retour aux origines (comme par ailleurs identitaires et racialistes-essentialistes), elles sont porteuses de certains contenus armés d'expériences et de pratiques à même de retisser ces liens humanité-nature

remarque en passant : il me faudra dire deux mots de la façon dont Ross Wolfe se moque de la cuisine décoloniale dans Culinary materialism, sans comprendre que les idées décoloniales forment ensemble un paradigme des temps présents, et qu'elles s'emparent de tous les domaines de la vie avec une tendance à l'hégémonie dans une partie importante de la population mondiale qui entend se défaire de l'influence occidentale passée ou présente. Cela ne leur confère pas, prises séparément, un caractère révolutionnaire, bien évidemment, mais c'est la base même de rapports sociaux dans un rapport idéologique (ici non péjoratif), sur laquelle peuvent seulement être créés des liens organiques de masse : c'est parfois ce qu'on appelle la culture

comme on le pressent ici, il faudra bien y venir un jour, et boucler la boucle dialectique des rapports et contradictions entre classes, 'genre' et 'race indigène' (populations autochtones) que propose l'idée de théoriser le communisme décolonial, car les rapports de l'humanité à la nature sont en eux-mêmes un enjeu communiste à part entière, concret et actuel, et pas seulement, via la question de 'genre', un enjeu théorique pour une future communisation

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 10 Aoû - 20:13


la partie de ping-pong à distance avec 'Redefinir le genre ?' se poursuit sur la table de la communisation


abolir le genre ?

merde, ça se complique !

où le décolonial, sorti par la porte de la communisation, revient par sa fenêtre...

Redefinir le genre ? a écrit:
10/08/2016 à 19:16 | #9

A la question « le genre peut-il être aboli ? », l’approche consistant à définir l’enfantement comme raison du genre interdit de répondre oui, car pour cela il faudrait que l’enfantement soit purement social.

Or on peut répéter le contraire autant de fois qu’on le voudra, il ne l’est pas. Quoique ça laisse malgré tout encore une dernière porte de sortie pour abolir le genre : abolir l’enfantement ! [l'enfantement par les femmes, disai-je, car rien n'empêche la bidouille...] Nous voilà bien avancés !

Par contre si on définit le genre comme une forme spécifique et historique de l’assujettissement de la femme par l’homme ne survenant que dans un contexte où chacun est sommé de gérer individuellement les attributs corporels qui le constitue (y compris naturellement pardi !) tels que ces attributs sont signifiés par le mode de production capitaliste (comme des outils de la production et de la reproduction sociale), soit un contexte de « généricisation » (et rationalisation – ça va ensemble) des corps, on peut peut-être en espérer un dépassement. A voir… [à voir, mais le mot que je souligne est lâché]

Mais ce qui serait important avec une telle définition, c’est qu’elle partirait de la critique de la forme fétichisée du genre pris au pied de la lettre : l’individu générique abstrait; de la critique de son caractère prétendument purement social. [où l'on retrouve, commentaire précédent, la nécessité d'aller au-delà de la critique du genre quelle que soit sa (re)définition, pour envisager celle des rapports humanité-nature, et la production de leur dépassement par des luttes aussi actuelles que possible : décoloniales, entre autres, justement pour sortir de la dichotomie du corps et de l'esprit, de l'être humain hors de la nature, etc.

autrement dit cela nécessite une autre épistémologie critique, pour sortir de l'eurocentrisme hérité de la religion chrétienne et remanié par Les Lumières en raison ratiocinante contre le corporel, ce démon : voilà ce que propose la pensée décoloniale à son plus haut niveau d'exigence théorique, en relation avec des pratiques et des luttes réelles
]

Peut-être le genre, tel qu’il est fétichisé, est-il une manière de masquer idéologiquement l’insupportable fatalité de la définition spécifique de la femme dans et par le capital ? La mise en forme d’un fantasme d’indétermination. A méditer…

(individu purement social ou purement naturel, c’est la même erreur en négatif, qu’on soit subjectiviste ou objectiviste) [oui, c'est une opposition binaire réciproque insoluble, qui, portée à son comble par RS/TC et ses adeptes, n'aura fait pendant des années que bloquer le débat, pour en avoir raison]


... mais les fenêtres sont, comme les portes, soit ouvertes, soit fermées

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 18 Aoû - 18:15


État, colonisation, religion : cherchez la femme !

j'attire l'attention sur un commentaire d'aujourd'hui dans critique de l'État-nation : de l'État ET de la nation / une urgence stratégique, à propos du livre de 1989, Etat et colonisation au Moyen Age et à la Renaissance

il est intéressant pour nous à plus d'un titre :

1) il porte sur les rapports de la colonisation avec l'État, -les États, qui ne sont pas encore des États nations modernes -, et non avec le capitalisme, qui n'existait pas alors comme mode de production, et uniquement sous sa forme marchande.

2) des essais concernant des aspects très situés, par la force des choses, en raison des liens entre commerce et colonisation, celle-ci ne pénétrant pas encore l'intérieur des terres comme elle le fera plus tard, notamment en Afrique

cette approche complète par conséquent ce qui a fait jusque-là l'essentiel des rapports historiques entre capitalisme et colonisation, et aussi le fait que la plupart des textes décoloniaux font remonter l'histoire de la suprématie occidentale à la « découverte de l'Amérique, en 1492 par Collomb

3) j'ai déjà souligné l'intérêt de la critique décoloniale de l'État-nation, en allant jusqu'à considérer comme une urgence stratégique la critique de l'État-nation : de l'État ET de la nation. C'est un des points d'ancrage essentiel du croisement entre critique communiste et critique décoloniale, puisque la première est doublement et insécablement celle de l'État et du capital

4) le rôle des missionnaires en relation avec la conquête, et celui des femmes indigènes,- à poil, puisque la France d'alors ne se préoccupait pas du birkini porté par leurs descendantes -, qui semaient déjà leur trouble entre le sabre et le goupillon colonial

5) l'invention de la race et la fonction du racisme, pour le colonialisme puis le capitalisme

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 20 Aoû - 14:26


une question renouvelée par la discussion chez et "avec" dndf, partant d'un texte de Gilles Dauvé, Sur la « question » des « femmes »



comme la critique décoloniale avait permis de 'remonter' la question raciale en la sortant de l'intersectionnalité classe-genre-race, poser un machisme (structurel) sociétal permet d'émanciper la définition du 'genre' de la stricte domination masculine

dans les deux cas, il s'agit de ne pas perdre en route et l'exploitation et cette domination particulière en tant que telle partie prenante du capital comme structure à dominante

petite avancée il me semble qu'aura permis cette discussion, et confirmation qu'il n'est point besoin de dialogues directs où risquent de s'affirmer les égos concurrentiels et de s'embrouiller les controverses

le point d'avancée général est aussi, comme dit précédemment, d'inscrire au présent et sur un cas concret le communisme féministe et décolonial dans une perspective compatible avec la théorie de la communisation comme révolution future, ce qui participe de l'éradication du déterminisme et du théoricisme de la pensée du communisme comme mouvement et combat

ainsi se réalise un cheminement en spirale, reprenant l'idée de janvier 2015 de ruptures communiste et décoloniale dans la théorie de la révolution, mais comme depuis, la balle n'est toujours pas dans mon 'camp'...


Rolling Eyes

par ailleurs, fort des 'incompréhensions' manifestées par Ross Wolfe, je m'efforce de faire des commentaires plus systématiques à chaque message, et de reformuler quitte à me répéter, ce sujet étant par excellence celui où l'on peut suivre l'essentiel des points nouveaux ou nouvellement posés

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 21 Aoû - 14:00


importé de REDÉFINIR LE 'GENRE' pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées, 21 août 2016


"nature" et "humanité" : sortir de la dichotomie

au risque de me répéter je reprends un point déjà discuté

Amer Simpson a écrit:
21/08/2016 à 02:32 | #29

La relation dialectique entre nature et société ne nous avance à rien si elle n’est pas définie de façon à rendre compte du champ d’application de chacun des termes… Sinon tout devient naturel et social à la fois.


"Redéfinir le genre?", à l'inverse, avait aussi tendance à conserver séparées les catégories de "nature" et d'"humanité", mais la seconde appartient à la première, si bien qu'il n'est pas possible d'en discuter le rapport à la manière ancienne de sa séparation par la modernité occidentale, qui hérite y compris dans les Lumières de la pensée religieuse notamment chrétienne

Amer Simpson se bloque à lui-même la possibilité de sortir de ses propres questions, posant que tout est dans tout, inextricable (« Sinon tout devient naturel et social à la fois.»). 'Redéfinir le genre ?' pose le problème en refusant cette dichotomie mais n'entre pas dans le vif du sujet, construire cette problématique du dépassement des deux, nature et social

voilà le blocage dont il convient de sortir


« Ce que nous appelons « nature » ne joue un rôle
que dans des dynamiques faites de situations et de contradictions sociales. »


Gilles Dauvé, Crise globale... DDT21 août 2016

l'humanité n'appartient pas à la "nature" comme totalité de l'existant (l'Univers) de la même façon que le prolétariat au capital comme tout, dont il est un pôle face à la classe-État capitaliste. La résolution de cette "contradiction" (en est-ce une ou plutôt une opposition idéologique ?) passe par la production du dépassement de cette séparation, dans la filiation des travaux de Camatte, et cela suppose de le faire en contenus autant que dans la méthode, c'est-à-dire dans la théorisation de ce problème sur la base de luttes qui le posent :

Marx a écrit:
l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir.

Préface à la Critique de l'économie politique, 1859


quelles luttes et quelle théorie posent ensemble ce problème, sinon les luttes et la pensée décoloniales, et comment pourraient-elles le résoudre à elles seules sans prendre en considération la lutte de classe ? Reste à savoir si « les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà », et disons avec optimisme qu'on peut faire comme si l'on en connaissait aujourd'hui les prémisses

dire qu'il faut décoloniser la lutte de classe, c'est aussitôt affirmer la réciproque, faire des luttes décoloniales et féministes des luttes de classe, et c'est tout le sens de "communisme féministe et décolonial" comme participant du moment présent des combats communistes dans la perspective de la communisation




cheers

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 24 Aoû - 15:28


un nouveau sujet pour approfondir nos considérations théoriques entre héritage de Marx et Pensée décoloniale


MARX dans la PENSÉE DÉCOLONIALE
"Vers un marxisme décolonial" : citations, recensions, contradictions, réflexions


pour un aller-retour entre Marx et la pensée décoloniale

la critique décoloniale de Marx et des marxismes, et ses limites

à cette heure, voici le plan de ce sujet, des catégories pour s'y retrouver, qui seront progressivement alientés d'autres références et documents :

1) citations chez les fondateurs de la pensée décoloniale
2) citations chez un théoricien et activiste de la pensée décoloniale : Ramón Grosfoguel
3) citations chez les militants décoloniaux français (PIR, etc.)
4) repérages de Marx et des marxismes dans les origines indianistes de la pensée décoloniale avant la lettre
5) pensée marxiste et décoloniale vivante


il s'agit de tirer au clair le rapport à Marx et aux marxismes des penseurs ou militants décoloniaux , et non ici de voir chez Marx ce qui relève de l'eurocentrisme ou au contraire d'une pensée s'ouvrant à des à des voies multilinéaires d'émancipation, comme le dit KB Anderson dans "Marx aux antipodes" (Marx at the Margins), ce sujet étant traité dans MARX entre EUROCENTRISME PROLÉTARIEN UNIVERSEL et OUVERTURE D'AUTRES CHEMINS RÉVOLUTIONNAIRES


objectif

l'objectif est de saisir en quoi des penseurs et militants décoloniaux auraient (eu) une vision réductrice des conceptions et de l'évolution de Marx, et de poser une critique rigoureuse de cet aspect, différente de celle faite habituellement par les marxistes orthodoxes d'un point de vue prolongeant leur commun universalisme prolétarien, qu'ils soient léninistes, trotskistes, ou conseillistes (tous tenant du programmatisme révolutionnaire). Autrement dit, ceux qui prolongeant un aspect de Marx relevé par Olivier Le Cours Grandmaison*, considère que « Notre association n'est, en fait, rien d'autre que le lien international qui unit les ouvriers les plus avancés des divers pays civilisés. »[/b]Marx, La Guerre civile en France, AIT 1871, sous le mot d'ordre du Manifeste de 1847 dans sa signification d'alors : « Prolétaires de tous les pays (civilisés), unissez-vous ! »

* dans Coloniser Exterminer / Sur la guerre et l'État colonial, 2005, Olivier Le Cour Grandmaison consacre une longue "remarque" à Engels et Marx : le colonialisme au service de l'«Histoire» universelle, p. 40-52. Sujet traité ici, deuxième commentaire, 27 février 2016

dans un premier temps, je procèderai à un inventaire des références à Marx chez ces théoriciens ou activistes, et je le ferai à partir de recherches sur Internet, ce qui sera loin d'être exhaustif, mais permettra de se faire une idée suffisamment précise de la question

en résumé, il s'agit de fonder plus rigoureusement la thèse que je soutiens d'une compatibilité de "la pensée Marx" avec la pensée décoloniale, en regroupant et complétant des références et remarques faites ici ou là dans le forum, afin d'en faciliter la prise en compte sur une base ne prêtant pas à déformations dans un sens ou un autre pour des présupposés idéologiques ou politiques

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 25 Aoû - 18:02


'marxismo decolonial' avec Ana Cecilia Dinerstein
5) pensée marxiste et décoloniale vivante suite 4

Organiser l'espoir :
utopies concrètes pluriverselles contre et au-delà de la forme-valeur

   
Ana Cecilia Dinerstein


texte reçu de l'auteure et traduit par Adé

cette traduction du texte espagnol figurant plus haut (7 août) porte sur la moitié du texte, mais pas dans l'ordre de l'écriture. Nous avons choisi de traduire et publier d'abord ce qui nous paraissait présenter le plus grand intérêt relativement à des questions, des conceptualisations, des débats déjà connus dans le milieu théorique, mais pas nécessairement avec ces contenus

en effet, certains peuvent paraître à distance des thèses sur la communisation, certaines propositions de Dinerstein interprétées comme relevant de "l'humanisme-théorique" (ne serait que la référence à Bloch), ou certains thèmes comme l'"l'autonomie" considérés comme non révolutionnaires au sens de la communisation : encore faut-il saisir la signification dans le texte, en ayant soin de ne pas attribuer aux mots le seul sens conceptuel qu'on leur donne, doublement, dans son propre langage théorique et dans sa langue propre. A cet égard, Adé a fait un travail remarquable. Bien que je ne puisse juger de la justesse de la traduction, le français est limpide et se comprend aisément, comme a su l'apprécier notre conversatrice non conservatrice préférée :


Corinne Cerise a écrit:
je viens de parcourir les deux premières pages du texte "utopies concrètes pluriverselles". Le haut niveau de traduction sous-entend une clarté de plume dans la langue originale peu commune, et un vitalisme réel. Par contre les concepts maniés ne sont pas simples à saisir pour moi, il me faudra quelque temps. Mais la lecture est d'entrée de jeu stimulante, et invite à l'effort. J'aurai sûrement des questions à vous poser.

il nous (me) faudra un certain temps pour digérer ce texte et faire part de commentaires en rapport avec mes propres considérations, dont j'avais dit quelques mots avant traduction, le 7 août, dans THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et CRITIQUE DÉCOLONIALE : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse, où l'on trouvera le texte argentin en entier

Patlotch a écrit:
reçu d'Ana Cecilia Dinerstein le 5 juillet. Je rappelle que cette théoricienne argentine est la seule à ma connaissance à avoir théoriser, à ce niveau d'exigence et de problématiques, un "marxisme décolonial", d'où l'intérêt ici de suivre ses travaux, en espérant des traductions...

quelle place à l’utopie quand on refuse tout déterminisme ?

je peux difficilement comprendre les textes en espagnol, et si je vois bien des problèmes par rapport à mes thèses, Ana Cecilia Dinerstein introduit pour moi une question importante : quelle place à l’utopie quand on refuse tout déterminisme ? Je pense que c’est en relation avec ma conception de “liens organiques à créer entre luttes et pensée des luttes”, pour “tisser une subjectivation révolutionnaire”, et donc encore avec la question de “dépassements à produire” sur la base de contradictions telles qu’elles apparaissent dans les luttes

autrement dit, pour moi, l’idée d’utopie concrète ne s’oppose pas à l'exigence matérialiste de s’en tenir à ce qui se passe au présent, sans eschatologie révolutionnaire comme guide de l’action


la suite, qui porte sauf erreur sur des aspects plus concrets et plus locaux de mouvements en Amérique latine, sera livrée au rythme du travail harassant de traducteur, que je remercie chaleureusement (ici il fait 36° à l'ombre)

Résumé :
Citation :
Quelle est la forme adoptée par l'utopie aujourd'hui ? C'est en établissant une affinité élective entre autonomie et le ''principe d'espoir'' de Bloch que l'auteure de ce travail définit l'autonomie comme « l'art d'organiser l'espoir ». C'est une utopie concrète qui défie les paramètres de lisibilité de la réalité donnée : niant, créant, entrant en contradiction avec, contre et au-delà de l'État, et produisant un « excédent » intraduisible en langage capitaliste, patriarcal et colonial. Le principe d'espoir rapproche les pratiques indigènes et non-indigènes. Toutes deux sont des utopies pluriverselles, qui naviguent dans les veines ouvertes du capital en opposant à son existence invisible d'autres réalités « qui ne sont pas encore », mais peuvent être anticipées, éclairant alors l'obscurité du présent.

Mots-clés : Mouvements sociaux et indigènes. Pluriversalité. Utopie concrète. Valeur. Espoir.


Ana Cecilia Dinerstein a écrit:
L'utopie aujourd'hui : autonomie et espoir

Quelle est la forme spécifique adoptée par l'utopie aujourd'hui ?

Tenter de répondre à cette inlassable question est une tâche qui implique une grande responsabilité, car malgré la grande désillusion régnante sur les formes traditionnelles de la politique, de la pensée radicale et une crise civilisationnelle, paradoxalement (ou bien nécessairement) nous vivons aussi des temps utopiques. L'utopie d'aujourd'hui n'est plus une idée abstraite élaborée par l'avant-garde du parti et qui se réalisera '' dans le futur ''. L'utopie actuelle est une pratique concrète et quotidienne de millions de personnes engagées dans la création d'un monde pluriel et digne au-delà du néo-libéralisme global. Nous proposons dans ce travail, afin de reconnaître l'utopie concrète et d'apprécier son importance, de passer d'un point de vue politique et institutionnel vers celui de la société. Cela ne signifie pas du tout laisser de côté l'État et les institutions mais changer de focalisation de l'analyse qui suit. Les changements significatifs dans l'action des mouvements sociaux peuvent nous guider pour éclairer sur le rôle des pratiques autonomes dans la construction de l'utopie.

  En Amérique Latine, l'espoir renaît dans les années 1990 des cendres de la destruction néo-libérale, lorsque mobilisations, grèves, occupation des terres et autres, résistances articulées, dont l'acteur est un sujet nouveau et pluriel surgit avec force contre le brutal ajustement néo-libéral dans la région. L'espoir a dû être réappris et organisé. Cela est tout un art, surtout du fait des conditions de pauvreté et de répression où les luttes contre et au-delà de la globalisation néo-libérale et coloniale, ont été et sont immergées. Ces questions sont le point de départ concret pour l'analyse car  elles nous permettent de générer des nouveaux horizons ou d'en renouveler l'optique, des idées et des pratiques qui, non seulement s'opposent au capitalisme colonial et patriarcal, mais le dépassent à maints égards. C'est une source d'inspiration. Ceci est particulièrement important à ce moment du monde. Ainsi que le suggèrent les écologistes politiques Porto-Gonçalves et Leff (2015), la crise actuelle comme crise de civilisation pose '' une limite dans la progression de la modernité et ouvre de nouveaux horizons de civilisation dans la perspective de la soutenabilité '' (p.66). Les auteurs soutiennent la nécessité de '' la déconstruction des théories et des pratiques édifiées sur les bases de la rationalité scientifique, économique, technologique, et politique de la modernité, inscrites dans les institutions nationales et internationales du monde globalisé […] '' (Porto-Gonçalves, Leff 2015, p.66).

     L'intérêt d'explorer les significations et les potentiels politiques de l'autonomie a augmenté en raison des luttes contre la globalisation néo-libérale, qui ont transformé la région en un laboratoire politique de la résistance autonome comme stratégie révolutionnaire en cette fin de siècle. Par la pratique de nouvelles formes d'auto-organisation, d'auto-représentation, d'auto-détermination, et d'auto-gestion, les mouvements autonomes se sont embarqués dans une complexe et prometteuse construction, en conservant une distance relative (tant discursive que pratique) avec l'État et autres formes institutionnalisées de participation et de lutte (Dinerstein, 2013).

  Le néo-libéralisme a généré un imaginaire régional de désespoir et de peur, instruments clés à l'imposition de politiques d'ajustement budgétaire et d'austérité. Ce symbolisme du désespoir et de la peur a été construit matériellement à travers toute une série de politiques, de discours, de mécanismes, de lois et d'actions politiques qui érigèrent le néo-libéralisme comme réalité unique. Ainsi que le note Kaminsky (1998) dans son étude sur Spinoza, '' tous ces idéologues des 'passions tristes' sont ceux-là mêmes qui ont su tordre les vies pour que les hommes 'luttent pour leur esclavage comme si c'était pour leur liberté' '' (p.21).

  On peut commencer par la destruction physique, la torture, l'exil forcé d'une génération de rêveurs révolutionnaires – égarés ou pas - à cause de dictatures militaires d'un type nouveau ; puis, la création de la dette et en conséquence le gouvernement par la dette (Lazzarato 2013). Il faut ajouter à cela '' la disparition virtuelle du travail '', c'est-à-dire, le passage de la destruction physique de l'ennemi à sa disparition en tant qu'agent du changement social, à travers le sous-emploi, l'exclusion sociale, la répression politique, la marchandisation des parcelles communales et l'intensification de l'usage des terres en vue de spéculation financière et d'agro-business.

  Toutefois, l'élément le plus important dans la construction sociale du désespoir a été l'utilisation de la démocratie et de lois en vue de légitimer le terrorisme de l'argent au nom de la stabilité. Contrairement aux gouvernements dictatoriaux, les gouvernements démocratiques ont concédé un statu légal pour la subordination politique à la loi de la valeur. Cela ne constitue qu'un paradoxe apparent si l'on songe que, dans le capitalisme global, la réussite temporaire de ce que l'on appelle stabilité financière exige la déstabilisation de la vie des personnes. La Grèce aussi bien que l'Argentine en sont de flagrants exemples. La légitimation et la légalisation du terrorisme de l'argent font que l'usage de la violence étatique devienne quotidienne à travers des politiques publiques visant prétendument le bien commun, mais opérant en vrais instruments de transfert des richesses des peuples vers les grandes transnationales, encore et toujours, sans aucune limite.

  Déçus par l'État et la politique du néo-libéralisme, et à la différence du passé, les nouvelles luttes autonomes qui émergèrent à la fin des années 1990 déposèrent l'illusion politique en elles-mêmes ainsi qu'en leurs pratiques anticipant des mondes alternatifs et dignes. Les mouvements sociaux du monde passèrent à une étape où ils cessèrent d'en appeler à l'État pour devenir les créateurs de nouveaux horizons et de nouvelles réalités. Au-delà les différences, les expériences autonomes du présent partagent une caractéristique fondamentale : d'un côté, la combinaison de nouvelles formes concrètes d'intervention sociale, production et organisation, avec une projection politique d'esprit émancipateur, contestant non plus seulement la forme, mais les bases du capitalisme patriarcal et colonial, d'un autre côté. Dans les mains de ces subjectivités rebelles, l'autonomie collective devient simultanément instrument pour s'opposer à la misère sociale produite par le néo-libéralisme, en même temps permet de rêver de manière pratique (imaginer et anticiper) des formes de rapports  perçus comme anti-capitalistes. Il s'agit d'une pratique en construction qui bataille contre l'individualisme à la recherche d'un collectif/pluriel social. Ce type de rébellion a été, et continue à être traité par le pouvoir avec des stratégies politiques, économiques et discursives allant de l'élimination physique et la répression systématique, à des politiques publiques se proposant de légitimer l'autonomie. (Dinerstein, 2013).

  Dans ce travail, nous établissons une affinité élective entre l'autonomie et le principe d'espoir du philosophe allemand Ernst Bloch pour définir l'autonomie comme "art d'organiser l'espoir''. C'est-à-dire, l'art de préfigurer des pratiques, des sociabilités et des horizons alternatifs -meilleurs- que ceux du présent. Cela constitue sans doute un processus d'"apprentissage de l'espoir''. L'autonomie est l'outil pour l'organisation de cet apprentissage ; c'est une hypothèse de résistance qui comprend le tracé de nouveaux horizons au-delà de la vérité. Dans un autre travail, le nom "'mouvements d'espoir'' (Dinerstein; Deneulin, 2012) est donné pour caractériser justement ces mouvements qui sont à la recherche d'une nouvelle façon de vivre, plus propice à la création d'un environnement dans lequel les êtres humains puissent vivre dans la dignité, car la dignité humaine est incompatible avec les conditions d'exploitation et d'oppression (Dinerstein; Deneulin, 2012, p.589-590). À partir de l'essai et de l'erreur ('' en demandant nous avançons ''), les mouvements de l'espoir affrontent l'État et le capital, défiant les matrices existantes du pouvoir et leurs horizons sociopolitiques et socio-économiques limités, emplissant l'espace et/ou générant des formes alternatives de travail coopératif et digne, de démocratie, de la terre, d'auto-gouvernement indigène, d'éducation, du rapport à la nature, et à la politique. Ces expériences d'autonomie en Amérique Latine nous offrent la possibilité de discuter à la fois empiriquement et théoriquement la nature et la signification de l'autonomie dans des contextes indigènes et non-indigènes, ainsi que de réfléchir sur l'épistémologie et les limites d'ordre méthodologique pour saisir ces expériences.

Utopie concrète

  L'utopie actuelle n'est pas abstraite, à réaliser dans le futur, mais une utopie concrète. Ernst Bloch utilise le concept ''utopie concrète'' afin de critiquer la pensée utopique non-transformatrice, ou non-anticipatrice :
                           
 Le seul concept apparemment paradoxal, c'est-à-dire utopie concrète, est le bon : l'utopie de type anticipateur qui ne coïncide en aucune façon avec l'utopie abstraite rêveuse, ni avec l'immaturité du socialisme abstrait. (1959/1986, p. 146).

Le problème de l'utopie abstraite ou desiderata ( Aínsa, 2012, p. 21) c'est d'être créée avant l'émergence ou la maturation du sujet qui l'incarne et, par-là même, déconnectée du mouvement réel de luttes. L'utopie abstraite manque de spécificité historique, son existence se situe sur le plan d'un imaginaire collectif réalisable dans l'avenir. L'utopie concrète, par contre, ''récupère les contenus de cet encore non-conscient'' (Aínsa, 2012, p. 25) comme mouvement permanent et contradictoire visant à l'ouverture de nouveaux horizons. La fonction utopique de l'espoir, écrit E. Bloch, fait que les êtres humains cherchent quelque chose à partir de la reconnaissance de l'erreur. Lorsque cela arrive, ils s'aventurent dans ce que le philosophe appelle '' illuminations anticipatrices ''. L'espoir guide l'action. Bronner (1997, p. 166) note que, pour Bloch, l'utopie n'est pas quelque chose qui n'existe nulle part, mais qu'elle constitutive à toute activité humaine, et en même temps historique et empirique. Levitas remarque pour sa part que, cette version concrète de l'utopie n'est pas la bonne version vis-à-vis de la mauvaise, l'utopie abstraite, mais plutôt '' une catégorie orientée vers la praxis '' (Levitas, 1997, p. 70).

 Comme praxis, l'utopie concrète défie les paramètres de lisibilité d'une réalité donnée, se transformant en une forme complexe de résistance, qui simultanément nie, crée, entre en contradiction avec, contre, et au-delà de l'État, de la loi, du capital, pour produire un ''excédent'' intraduisible en langage capitaliste, patriarcal et colonial. L'utopie concrète est une pratique autonome ''clé d'espoir'' à partir de laquelle surgissent des expériences alternatives du temps, de l'espace et de coopération comme politique affective, qui rapprochent les résistances indigènes et non-indigènes. Les deux types de résistance, avec les caractéristiques qui leur sont propres, articulent des réalités qui ''ne sont pas encore parvenues à être'', mais qui cependant ont la capacité de défier la forme-valeur. L'utopie concrète navigue dans les veines ouvertes du capital en lui opposant l'espoir dans son propre sein.

  Cette utopie contient à l'intérieur d'elle-même un espace qui ''n'est pas encore'', mais qui peut s'anticiper dans le présent. Elle ne correspond pas complètement avec la réalité, s'aventurant plutôt au-delà des faits. En guise d'exemple : los sem terra, ces travailleurs agricoles sans terre, créateurs du ''Movimiento de Trabajadores Rurales Sin Tierra'', refusèrent la ''réalité'' de la faim et du latifundio et s'embarquèrent pour une action collective s'aventurant ''au-delà des clôtures'', non seulement en ôtant ces dernières pour occuper les terrains, mais aussi dans le fait de lire la réalité donnée de manière différente en partant de leurs émotions et de leurs besoins les plus profonds (comme le besoin de manger) et d'agir mus par l'espoir. L'utopie concrète '' questionne la lecture et la délimitation de la réalité ''. Le potentiel émancipateur de cette stratégie politique dépend en effet de cette lecture de la réalité, car c'est là qu'est défini ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. Les faits sont importants mais se réfèrent à une possibilité de délimiter la réalité,  qui obturée n'est plus réelle mais fantaisie de ceux qui l'imposent. Le réel est un procès qui contient en lui-même '' ce qui n'existe pas encore '' (Bloch, 1971) : '' il n'y a pas de véritable réalisme sans cette dimension d'ouverture de réalité " (p. 41). Pour Bloch (1959/1986), il existe un deuxième concept de vérité non factuelle qui ne coïncide pas avec les faits, nous avons deux possibilités: ou bien mourir de faim en allant contre notre propre sens de la survie, ou comme dit Bloch, suivant en cela Hegel, '' mais pour les faits, l'utopie concrète refuse l'obturation du politique '' (Meneses Ramírez, 2012, p. 124), elle ouvre en mettant en question la lecture et la délimitation de la réalité capitaliste, patriarcal, et colonial. Le ''pas encore'' n'est pas quelque chose susceptible d'arriver dans un avenir tel que l'on l'attend ou prévoit, c'est plutôt une forme non résolue du présent. L'utopie concrète anticipe et organise qui attends dans l'obscurité du présent.

Utopie, État et traduction

  Comment l'utopie concrète se positionne-t-elle par rapport à l'État ? Le débat sur l'État et l'autonomie, relancé avec le soulèvement zapatiste de 1994, et qui reprit de la vigueur lors de la sortie du livre de John Holloway '' Changer le monde sans prendre le pouvoir '' (2002), est épuisé. Le livre engendra deux positions : les partisans d'un changement radical avec et sans état. Les deux points de vue se focalisent sur l'État. C'est-à-dire, les questions sont les mêmes : que faire avec l'état où se concentre pouvoir et usage de la violence légitime et illégitime. Pour sortir de cette dichotomie, et de cette fausse option ''état, ou pas d'état'', il a été suggéré d'inverser les termes du débat en pointant le regard à partir de ''l'État'' vers ''les pratiques autonomes''. Ce qui ne signifie pas se dessaisir de cette question. Au lieu de se demander : un changement radical est-il possible sans prendre le pouvoir de l'état ? , la question devient : de quelle manière l'État régule, incorpore, fait taire, domestique, réprime,etc, les pratiques autonomes génératrices d'utopies concrètes ? Comment traduit-il ces pratiques anticipatrices au travers des politiques publiques, de l'argent et de la loi ? Quels sont les mécanismes de traduction des pratiques alternatives dans des logiques institutionnelles ? Comment ces pratiques alternatives peuvent-elles continuer à générer de nouveaux horizons et de nouvelles forme de rapports sociaux anticipant une société post-capitaliste à l'intérieur même de l'État capitaliste ? La question de John Holloway (2002) provoqua un changement fondamental dans le Marxisme contemporain et exigea de repenser le rôle de l'État dans le changement radical et la révolution. Les questions posées ici font un pas en avant,  mettant l'accent sur les changements produits par les luttes autonomes et leurs pratiques émancipatrices au niveau des institutions étatiques et des difficultés du maintien ou du développement de l'utopie concrète, concevant l'état et la loi comme médiations dans la création de la forme spécifique et historique qu'acquiert l'utopie concrète.

Dans ce questionnement, l'État n'est pas un objet à ''prendre'' sinon une médiation dans la création des utopies concrètes. Il les traduit en permanence dans des formes de participation, et de pratiques sociales qui peuvent se subordonner à la logique patriarcale et coloniale. Qu'est-ce que je veux dire par ''traduire'' ? Vásquez ( 2011, p. 36) observe à propos de la violence épistémique de la modernité, que cette dernière ''rend invisible tout ce qui ne rentre pas dans les' paramètres de lisibilité' de son territoire épistémique ''. Pour paraphraser l'auteur, nous pouvons affirmer que l'état délimite les 'paramètres de lisibilité' de la réalité à partir de laquelle les autres réalités alternatives sont invisibilisées. L'utopie concrète rejette le champ de certitude réel créé par l'État et dans lequel elle est toujours dépouillée de sons sens critique et transformateur.

Négation, création et contradiction : dimensions de l'utopie concrète

   Comment ces pratiques concrètes peuvent-elles produire une rupture dans la réalité du capitalisme patriarcal et colonial ? On utilisera ici quatre idées philosophes empruntées à la philosophie de Ernst Bloch pour mettre l'autonomie en clé d'espoir et décrire les différentes dynamiques à l'œuvre à l'intérieur de ces pratiques utopiques concrètes.
 
  En premier lieu, un procès de négation existe dans toute utopie concrète. La possibilité de nier collectivement réside dans le fait que le monde est non-fini et ouvert. Si ce n'était pas le cas, rien ne pourrait être altéré. Le réel est toujours un procès qui passe par le fait de nous pousser à penser au-delà. Bloch (1959-1986) suggère que 'le réel' est une médiation entre le présent, un passé non-fini, et surtout, un futur possible' (p.196-197). Le '¡ ya basta!' (= ça suffit maintenant!) zapatiste fut un moment de négation qui opéra comme charnière entre deux histoires : il y a un avant et un après ce non. Cette praxis négative exprimée dans la protestation, c'est-à-dire, l'opposition, le désaccord, l'antagonisme, est nécessaire car sans critique du donné, le nouveau ne peut émerger. Le 'ça suffit maintenant' a fait entendre la voix des invisibilisés et retourné les règles du jeu de la subordination. Non au Traité de Libre-échange d'Amérique du Nord (NAFTA), au gouvernement mexicain, au pouvoir économique et social, à la globalisation ou guerre contre l'humanité, à l'argent comme internationale de la terreur. Proposant, avec les mots de l'ex sous-commandant Marcos, l'internationale de l'espoir. Cet espoir se leva dans le Chiapas comme négation, contre la désillusion et la déception engendrées par le néo-libéralisme comme une machine à tuer les rêves sociaux.

 Deuxièmement, la construction de l'utopie concrète contient une dimension de création inséparable de celle de la négation. La fonction utopique de l'espoir nous permet l'intuition d'une vie meilleure, même si nous ignorons comment et quand. Notre conscience anticipatrice nous permet de rêver et de créer de nouvelles réalités. En Argentine, en 2001, le rejet explosif de violence de la stabilité néo-libérale, dans le cadre d'une profonde crise totale (moment de négation) a organisé un processus d'ouverture de nouveaux espaces, de nouvelles pratiques et grammaires radicales rehaussées par des idées de dignité et de démocratie horizontale, générant un lexique inexistant dans la gauche traditionnelle. S'échappant également de la politique identitaire traditionnelle, et créant des identités ouvertes et de lutte qui traversèrent diverses classes sociales.

   Troisièmement, l'utopie concrète abrite en son sein une dynamique contradictoire car elle se déroule à l'intérieur, et non au-dehors, de la société capitaliste. C'est pour cette raison que l'utopie concrète peut échouer. Ce qui n'est pas parvenu à être ne peut pas s'organiser, se mobiliser, se rendre visible à travers l'isolement des mouvements, et sa réclusion dans un espace autonomisé et impénétrable (erreur commune dans les interprétations 'anarchistes' et 'autonomes' de l'autonomie), ni à travers un procès de consolidation du projet autonome dans l'État (erreur commune dans les versions les plus populistes de l'autonomie). L'espoir 's'organise' par la résistance et le rapport actif (antagonique, douloureux, conflictuel et/ou plaisant) avec les formes institutionnelles, car ces dernières sont médiatrices de la construction autonome, en même temps que l'autonomie doit les altérer et/ou les détruire pour se transformer en subjectivité émancipatrice. À l'intérieur de toute utopique concrète existe une tension entre révolte et intégration, avec l '(im)possibilité de la construction d'utopie à travers la praxis autonome, il y a là une possibilité pour que les pratiques autonomes défient l'hégémonie même à laquelle elles appartiennent ( Böhm ; Dinerstein ; Spicer, 2010). C'est pourquoi elle peut décevoir.


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 26 Aoû - 13:35


missile domine ici

plusieurs fusées et plusieurs étages à nos fusées, lancées en simultané : missiles contre le capital et l'Occident toxique

Citation :
Marx affirmait que le Capital était « certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais été lancé à la face des bourgeois (y compris les propriétaires fonciers) »*

* Cf. K. Marx à J. Ph. Becker, le 17 avril 1867. Et pour qu'il n'y ait pas de doute sur l'efficacité de ce missile : sur le plan théorique, le Capital porte à la bourgeoisie «  un coup dont elle ne se relèvera jamais.  » Cf. K. Marx à K. Klings, 4 octobre 1864, in : Lettres sur «  le Capital  », présentées et annotées par G. Badia, Paris, Ed. Soc., 1964, p. 144.

Un chapitre inédit du Capital, 1867, Présentation R. Dangeville

"marxisme décolonial" et "communisme décolonial", féminisme oblige, feront un tabac : pas de fumé sans feu mais...


ne pas confondre fumage et enfumage




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 30 Aoû - 13:10


tournant décolonial dans l'histoire du monde
et dans (l'histoire de) la pensée

depuis quelques semaines, j'ai insisté pour réinscrire l'idée de communisme décolonial comme combat actuel dans la perspective future d'une communisation comme processus révolutionnaire d'abolition du capital

la raison de fond n'en ai pas opportuniste, à la manière dont certains se sont emparés du terme "communisation" pour ne pas être absents du champ de la théorie communiste (troploin et Dauvé il y a quelques années). Cette raison tient à ma conviction que nous vivons :

- une restructuration du capitalisme mondial (global), qui repousse d'autant une telle perspective révolutionnaire

- une période historique caractérisée par la fin de la suprématie occidentale dans le capitalisme, et en même temps la montée des luttes décoloniales et des idées, théoriques ou politiques, idéologiques, qui vont avec

je partage donc l'idée d'un tournant décolonial (l'expression "decolonial turn" apparaît dans les années 1990), que je comprends doublement comme un tournant historique dans la réalité et dans la pensée critique (epistemic decolonial turn) : soyons un peu matérialistes...

en France, avec un certain décalage, dû à la fois à la singularité de l'idéologie française, et au caractère minoritaire dans la population des "Indigènes" ou so called "racisés", "non-Blancs"..., le mot même de "décolonial" n'aura été connu que par la grâce de tous ceux qui n'ont pas supporté l'organisation autonome d'un "camp d'été décolonial"

petit test sur Google :

- "decolonial" sans "camp d'été décolonial" : 598.000 entrées

- "camp d'été décolonial" : 234.000 entrées

autrement dit, ce sont les adversaires de toute pensée et de toute lutte décoloniale qui auront fait le plus pour que l'idée s'en répande, bien au-delà des moyens de celles et ceux qui les soutiennent. On peut se demander pourquoi un telle ardeur, puisqu'un peu plus de "discrétion" (merci Chevènement) aurait fait moins pire, et l'on ne peut répondre qu'en prenant en compte la réalité, y compris en France, du tournant décolonial dont je parle plus haut. Le faire ne suppose pas d'être d'accord ou non, la preuve en est qu'on s'y est collé au plus haut niveau de l'État français

il est donc parfaitement vain de considérer qu'il ne s'agirait là que d'une "mode venue des USA", comme nous disent certains fins connaisseurs des Amériques toutes du Nord, et de ce point de vue, le paradigme décolonial est d'une toute autre ampleur que le "post-moderne" ou même le "post-colonialisme" des Cultural Studies : on serait plutôt dans le post-'occidental dominant', affaire d'histoire longue et non de quelques décennies

quant à l'idée d'une révolution communiste sous le label "communisation", Google indique 38.400 entrées à "communisation" (sans decommunisation), comportant aussi le sens d'« Action de communiser : soumettre un pays, une société à l'influence des idées communistes, donner un régime communiste à un pays. Communiser un pays, des populations » (Larousse de la langue française)

autrement dit, les adversaires éventuels d'une communisation trop lointaine ne s'inquiètent pas vraiment d'une telle fin du capitalisme

il pourrait en aller différemment si l'idée de communisme décolonial ou de marxisme décolonial venait à être plus connue : ne comptons pas sur les "partisans de la communisation" qui, comme un seul homme européen, ont recouvert pareille idée du voile sectaire qui les caractérise (cf Collector Kommuniesierung.net : la police de la communisation)



nous voilà effectivement entrés dans un "conflit de civilisation" *

scratch

* voir le sujet pour une RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 1 Sep - 16:06


à propos de "post-ultragauche", un petit rappel sémantique

le terme étant peu courant, je précise ce que j'entends par post-ultragauche

il s'agit pour moi des courants, principalement théoriques, qui apparaissent après 68, et prolongent ceux de l'ultragauche ouvrière ou communiste, dans laquelle j'inclue à la façon de Théorie Communiste les "gauches germano-hollandaises", les Conseillistes, et la "gauche italienne" qui désigne les héritiers de Bordiga

je distingue dans cette post-ultragauche :

1) ceux qui portent, de façon souvent sclérosée et dogmatique, les contenus de l'ultragauche ouvrière, mais sans avoir la composition encore ouvrière de ces groupes jusqu'à l'après 68

exemple :

- Henri Simon et Échanges et mouvements, après la dissolution de Informations et Correspondances Ouvrières (ICO 1962-1973)

- Louis Roche, du blog Le prolétariat universel, qui se définit comme "maximaliste"

- d'autres micro-groupes relèvent peu ou prou de cette fossilisation : Le Mouvement communiste, Robin Goodfellow, etc.

leur histoire commune est aussi compliquée et déchirée que celle des courants trotskistes

2) ceux qui héritent de cette histoire, mais portent encore une pensée théorique relativement vivante, quoique...

- le courant théorique de la communisation, essentiellement français : Théorie communiste avec Roland Simon, troploin/DDT21 de Gilles Dauvé, Hic Salta de Bruno Astarian. Les quelques groupes-revues européens qui tournent autour (Il Lato Cattivo, Kommunisierung...) n'ont pas véritablement de production théorique, ils se contentent le plus souvent de diffuser et/ou traduire les productions françaises. Quelques textes émergent dans la nouvelle revue Sic pour la communisation. En marge de ce courant, le groupe-revue anglais Endnotes, qui participait aussi à Sic, comme Riff-Raff, revue suédoise qui a disparu de la circulation, ainsi que Blaumachen, revue grecque secouée par l'affaire Wolland, communisateur d'État

- la revue Temps Critiques de Jacques Wajnsztejn et Jacques Guigou, qui a peu ou prou abandonné les références à la lutte de classe et au marxisme, et sauf erreur ne se considère plus comme communiste. Ils théorisent une "révolution à titre humain"

pour moi, leurs théorisations et stratégies ont toutes en commun l'universalisme prolétarien (ou humaniste pour Temps critiques) hérité d'un Marx et d'un marxisme d'ultragauche historique qu'ils n'ont pas interrogés de ce point de vue, et qu'ils partagent avec l'orthodoxie marxiste

accessoirement, ils ont aussi en commun de ne jamais parler, bien qu'elles s'inscrivent dans une perspective future de communisation, de mes considérations théoriques et stratégiques sur le communisme décolonial, qu'ils font mine d'ignorer du haut de leurs tours de béton eurocentriques, au besoin par la censure sectaire caractérisant de tous temps ces milieux

PS : je ne parle pas ici de Léon de Mattis, que je ne considère pas comme un théoricien, mais comme un médiocre politicien vulgarisant la communisation. Son activisme est davantage tourné vers les milieux anarchistes de gauche et autres héritiers de l'autonomie des années 1970-2000, intéressés par un support théorique justifiant leurs activités. Un de ses hauts faits d'arme est, sauf erreur, d'avoir "traité" la suppression en 2015 de l'entrée Wikipédia sur la communisation qui donnaient d'autres pistes que la sienne, redonnant ainsi la première place sur Google à sa propre définition (voir 30 août : Collector "Mort à la démocratie" : tribu(re)lations partisanes, par soi-même servi, Mattis, communisateur en chef)

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 2 Sep - 14:04

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 4 Sep - 12:50


courtes remarques à propos de MARX, de sa MÉTHODOLOGIE
et de sa "méthode dialectique" + petites critiques des "so called marxistes" (Engels)


dans
DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 5 Sep - 13:27


de la nécessité d'une "pédagogie" communiste et décoloniale
pour l'ensemble des prolétaires 'racisés' ou non


study

la catégorie dont relève ce sujet pose une question : « des activités communistes, féministes, et décoloniales ? », mais jusqu'ici, j'ai été peu disert sur lesdites activités

d'une part, le principe du primat des luttes auto-théorisantes sur la théorie interdit une posture avant-gardiste dans laquelle "la théorie" serait un outil pour les luttes "pratiques". D'autre part, je suis réticent à la pédagogie (« Personne n'éduque autrui, personne ne s'éduque seul, les hommes s'éduquent ensemble par l'intermédiaire du monde. » Paulo Freire, 1974)

mais en avançant dans la quête d'une théorisation en prise sur les luttes sociales, nous voyons émerger des questions et problèmes de plus en plus concrets, que nous ne sommes pas seuls à (nous) poser, et qui peuvent recevoir des débuts de réponses pragmatiques individuelles ou collectives, elles mêmes susceptibles de confrontations, puisqu'elles ouvrent potentiellement des désaccords théoriques et politiques dans les deux champs marxiste et décolonial, en premier lieu avec des militants de ces deux approches


j'ai fait un rêve

pour un camp des quatre saisons,
communiste, féministe, et décolonial

ouvert à tous et toutes

ce titre n'est évidemment qu'un rêve, amusant mais sérieux, je m'en explique

en tant que critique globale de la modernité occidentale et de son intégration dans la mondialisation capitaliste, la pensée décoloniale concerne et s'adresse tout autant aux prolétaires blancs qu'aux 'racisés', aux communistes, 'marxistes', anarchistes et aux féministes de toutes origines et couleurs de peau

si le Camp d'été décolonial se comprend bien, s'il est légitime, comme initiative d'éducation populaire autonome et non mixte, réservé aux personnes « victimes du racisme d'État », certains contenus, ne portant pas directement sur les moyens d'une auto-défense, sont aussi nécessaires à connaître par des Blanc.he.s

on peut considérer que c'est l'objectif que s'assignent les colloques, séminaires, conférences-débats, la plupart en milieu universitaire ou associé, organisés sur "le décolonial", qui se multiplient ces derniers mois en France et en Europe, mais il est peu probable qu'ils atteignent des prolétaires... Ils intéressent davantage des universitaires enseignants ou étudiants, des militants antiracistes et politiques, la plupart de couches moyennes, et quoi qu'il en soit exigent, par leurs contenus et leur forme ('habitus', langage, vocabulaire...), un certain bagage intellectuel, qui n'est pas celui des millions de prolétaires blancs les plus enclins à verser dans le populisme de droite ou de gauche, qu'ils habitent ou non les 'quartiers populaires'

il en résulte qu'une des tâches prioritaires des communistes ou marxistes décoloniaux est d'élaborer leur propre discours communiste décolonial pour s'adresser doublement :

- aux 'racisés', les plus logiquement portés à faire leurs des éléments de la pensée décoloniale et à lutter en ce sens avec les organisations et associations qui la portent, en montrant les limites de sa prise en compte de l'antagonisme de classe, et, sur le plan théorique, démonter et démentir l'idée qu'une référence à Marx et au marxisme serait contraire à leur engagement, idée qui tend à tordre en France les rapports entre marxisme et pensée décoloniale *

- aux prolétaires de toutes origines parce que c'est leur intérêt de dépasser la segmentation identitaire produite par les rapports économiques et le discours politique, et que ce dépassement ne peut se faire sans admettre que la racialisation, l'assignation à être ce que l'on est selon sa couleur de peau, son origine ethnique ou nationale, ou sa religion, est d'abord le fait du pouvoir d'État du capital et de ses "valets" médiatiques et politiques **

* ce que tend à soutenir le PIR, et j'ai montré sa double contradiction :
- politique, entre rejet du clivage droite-gauche et sa recherche d'alliances avec des partis à gauche de la gauche
- théorique quand Houria Bouteldja affirme de pas se référer à Marx (entretien avec Vacarme 2015), alors que le PIR multiplie les textes héritant de WEB Dubois, CLR James, Césaire, Audré Lorde, Fanon... Angela Davis, et autres marxistes noirs des années 60 aux USA, et que plus d'un ténor du PIR a de sérieuses références marxistes, il est vrai davantage venus de courants trotskistes ou militants néo-trotskistes (Sadri Khiari, Selim Nadi...), ce qui rejoint l'aspect politique de la recherche d'alliances. Voir Selim Nadi, 24 février 2015, Le Parti des Indigènes de la République : une nécessité politique en France !

** c'est ce qu'a bien compris le FUIQP, Front uni des immigrations et quartiers populaires, avec Saïd Bouamama, qui ne réserve pas l'adhésion aux 'racisés', le sociologue ayant milité dans ou proche de partis tels que le PCF, la LCR, Alternative libertaire, la Coordination communiste...). Les références explicites à la pensée décoloniale y sont quasi-absentes, le fond théorique étant davantage issu de la génération des combats anti-colonialistes et anti-impérialistes de l'époque des indépendances et du programmatisme ouvrier, dont on ne peut nier le rapport à la pensée marxiste, notamment chez les leaders africains et afro-américains auxquels Bouamama a consacré des livres (« Figures de la révolution africaine »), et une série de cours, qu'on trouve en vidéos Les pensées africaines de la libération). Mais se pose avec le FUIQP un problème semblable de théorie politique et de stratégie sur le terrain institutionnel de la démocratie politique


bref, nous aurons avancé le jour où nous pourrons organiser, ouvert à tous et toutes, un camp des quatre saisons communiste, féministe, et décolonial

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 6 Sep - 14:43


un tournant théorique, stratégique et politique du livre-forum

il me semble avoir franchi un cap, et opéré un tournant dans le cheminement de mes considérations

j'étais encore trop porté à ferrailler avec et contre la "théorie de la communisation", dont je retiens la perspective révolutionnaire future, et par nécessité contre les tendances "marxistes" et "anarchistes" françaises caractérisées par leur eurocentrisme : le temps et leur absence durable dans les débats actuels ont permis d'en relativiser l'enjeu. Cet écueil polémiste pourra être plus facilement évité




parallèlement, mes "thèses" prenaient plus de consistance et j'espère de cohérence et de clarté, avec l'ouverture de débats nouveaux dans l'élaboration d'un "marxisme décolonial"

cette clarté devrait ressortir des courts textes 11 THÈSES SUR LE COMMUNISME/FÉMINISME DÉCOLONIAL , et des courtes remarques à propos de MARX, de sa MÉTHODOLOGIE et de sa "méthode dialectique" + petites critiques des "so called marxistes" (Engels)

corollaire, mes positions relativement à la mouvance décoloniale en France, et notamment le PIR, pouvaient s'infléchir vers un point de vue plus critique sur le terrain même de la pensée décoloniale, dans son rapport au marxisme

enfin, la possibilité s'ouvrait de définir plus concrètement ce que pourraient être des "activités communistes, féministes et décoloniales", en respectant le principe du primat anti-avantgardiste des luttes auto-théorisantes sur la théorie, autrement dit leur nécessaire auto-organisation qui n'est pas seulement celle d'une "pratique" mais aussi d'une pensée

les éléments de compréhension de ce "tournant" dans le livre-forum figurent dans les commentaires précédents

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 7 Sep - 7:31


médiation temporelle :

une idée devient force matérielle quand les masses la produisent par leurs luttes

il faut nous résoudre à considérer que les dépassements d'identités de luttes que nous souhaitons ne se produiront pas à partir de leur (seule) théorisation, mais dans une montée qualitative des luttes à un niveau de luttes de classe appelant ces dépassements

le moment actuel est celui d'un reprise en main de ces identités, construites historiquement par la domination occidentale et le capitalisme, par celles et ceux qui en sont victimes, assignées à n'être que ça, essentialisés comme "femme", "racisé", "musulman", etc.

voir ma réponse à Norman Ajari ICI


Marx a écrit:
Il est évident que l'arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes; la force matérielle ne peut être abattue que par la force matérielle; mais la théorie se change, elle aussi, en force matérielle, dés qu'elle pénètre les masses. La théorie est capable de pénétrer les masses dès qu'elle procède par des démonstrations ad hominem, et elle fait des démonstrations ad hominem dès qu'elle devient radicale. Etre radical, c'est prendre les choses par la racine.
Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel, introduction, 1845


la formulation de Marx doit être reprise ou précisée : comment une idée, "la théorie", pénètre-t-elle les masses ? Ce n'est pas par les bons soins de quelque théoricien en avance sur leurs luttes, mais par ces luttes elles-mêmes qui lui ont inspiré cette idée. Les luttes, comme l'humanité dit Marx, ne peuvent résoudre que les problèmes qu'elles se posent, et elles ne se les posent pas avant de le rencontrer comme problème : leurs propres limites alors posées à dépasser

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 7 Sep - 10:12


avec Marx et Édouard Glissant

jusqu'ici le concept de Communisme féministe et décolonial a été défini par un détournement de la définition du communisme par dans L’Idéologie allemande

Marx&Engels a écrit:
« Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal d'après lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement, réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes »

thèse I
Citation :
nous appelons COMMUNISME DÉCOLONIAL le mouvement des luttes au présent qui, dans la DOUBLE CRISE de l'OCCIDENT et du CAPITAL, transforment en permanence la perspective révolutionnaire d'abolition du capitalisme (communisation) comme totalité économique et sociale, politique et sociétale, exploitation et dominations le constituant comme structure à dominante et idéologie : exploitation du prolétariat, État et police, expulsion des 'nègres du monde', dominations masculines et racialistes, aliénation des individus, destruction de l'humain et du vivant (Patlotch août 2015-septembre 2016)

le communisme féministe et décolonial comme pensées-luttes en archipels

rien n'empêche personne de le ré-interpréter autrement, en partant du point de vue qui lui est propre : décolonial, féministe, marxiste, anarchiste, écologiste...

pour ma part j'essaye de tenir ensemble en cohérence théorique ces points de vue particulier, mais de façon pragmatique, politique, il n'est pas possible de le faire sans retomber dans l'ornière de l'intersectionnalité et de l'injonction que dénonçait Houria Bouteldja dans Classe-Genre Race, une nouvelle divinité à trois têtes (voir avec HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes : conversations


Houria Bouteldja a écrit:
L’intersectionalité dans son usage en France, et je dis bien en France car je ne prétends pas généraliser cette analyse, est sûrement un précieux outil d’analyse des oppressions mais sûrement pas un outil politique et encore moins un outil de mobilisation. « Le réel, c’est quand on se cogne », disait Lacan. Je prétends que la théorie intersectionnelle se cogne contre le mur de la réalité.

il faut donc bien, dans les luttes, prendre les choses à bras le corps par un bout, et personne dans sa situation individuelle ou collective n'a le choix de ce bout

Marx a écrit:
Les individus sont toujours partis d'eux-mêmes, naturellement pas de l'individu "pur" au sens des idéologues, mais d'eux-mêmes dans le cadre de leurs conditions et de leurs rapports historiques donnés. Mais il apparaît au cours du développement historique, et précisément par l'indépendance qu'acquièrent les rapports sociaux, fruit inévitable de la division du travail, qu'il y a une différence entre la vie de chaque individu, dans la mesure où elle est personnelle, et sa vie dans la mesure où elle est subordonnée à une branche quelconque du travail et aux conditions inhérentes à cette branche

Marx développe le pointe de vue de la classe ouvrière comme communauté, et d'une certaine façon, le programmatisme prolétarien, en revendiquant l'identité ouvrière, le prolétariat, comme révolutionnaire, tend à figer cette identité pour prendre le pouvoir d'╝tat et établir la « dictature du prolétariat » : n'était-ce pas un communautariste ? Les théoriciens de la communisation ont balayé cette idée depuis les années 70, et il n'y a pas à y revenir, c'est une "rupture dans la théorie de la révolution" que nous faisons nôtre

Édouard Glissant a écrit:
Avoir le sentiment de faire partie d'une communauté n'est pas forcément participer d'un esprit de communautarisme. Ce qu'on apporte à la vie de tous, c'est justement cela, une dimension autre de la diversité du monde dont chacun a besoin. Toute communauté ouvre ainsi sur la diversité du monde, à quoi elle contribue.

En revanche, le communautarisme me semble la réaction regrettable de ceux dont les apports dont les apports sont repoussés comme étant dangereux pour un équilibre de tous, position qui provient presque toujours de préjugés. Un réalité nationale devrait pouvoir intégrer, c'est-à-dire accepter en tant que telles, toutes les particularités qui la composent.

Sinon la citoyenneté serait un a priori à caractère presque sacré, sinon totémiste et fétichiste...[ici Glissant rejoint les considérations de Pierre Legendre]

source Edouard Glissant, une introduction Aliocha Wald Lasowski, GoogleBook




je trouve Glissant bien optimiste quant à la possibilité qu'aurait « une réalité nationale [d']intégrer, c'est-à-dire accepter en tant que telles, toutes les particularités qui la composent. ». Cela s'est peut-être produit dans la Vienne autrichienne du XIXe siècle, mais pas même à l'échelle nationale, et ça n'a pas duré... Mais le sujet n'est pas ici ce qui me semble une illusion, et que je retrouve dans le discours politique du PIR, à savoir la demande à l'État d'accepter cette diversité. À mon sens et dès lors qu'il y a État-nation, il y a territoire et fermeture selon des frontières non seulement géographiques mais intérieures ("racisés", migrants et réfugiés, chasse au faciès) et dans la conjoncture actuelle cela me paraît inévitable et sans solution politique nationale

plus fécond me semble une reprise dynamique du concept de créolisation, telle que je l'ai esquissée ce matin dans le sujet POÈMES et POÉTIQUE :


il ne s'agit pas ici de poésie, mais de poétique au sens de poétique de la révolution (et non pas poétique révolutionnaire). Je reviens avec quelques citations d'Édouard Glissant précisant son concept de créolisation, et pose quelques questions à ce que pourrait être une créolisation révolutionnaire, c'est-à-dire non le seul constat qu'elle s'empare du "tout-monde" sous nos yeux, mais qu'elle peut participer des dépassements d'identités

Edouard Glissant et la Créolisation du Monde

Olivier Cathus Afro-Sambas.fr février 2011

Édouard Glissant a écrit:
- La pensée unique frappe partout où elle voit ou soupçonne de la diversité. Ce n’est pas pour rien qu’elle a frappé à Sarajevo ou à Beyrouth. La diversité terrifie. Au fond, le raciste, c’est qui ? Quelqu’un qui ne supporte pas le mélange.

- Sapiens est par définition un migrant, émigrant, immigrant. Il a essaimé comme cela, pris le monde comme cela et, comme cela, il a traversé les déserts et les neiges, les monts et les abîmes, quitté les famines pour suivre le boire et le manger. Il n’est frontière qu’on n’outrepasse. Cela se vérifie sur des millions d’années. Ce le sera jusqu’au bout (encore plus dans les bouleversements climatiques qui s’annoncent) et aucun de ces murs qui se dressent tout partout, sous des prétextes divers, hier à Berlin et aujourd’hui en Palestine ou dans le Sud des États-Unis, ou dans la législation des pays riches, ne saurait endiguer cette vérité simple: que le Tout-Monde est la maison de tous – Kay tout moune –, qu’il appartient à tous et que son équilibre passe par l’équilibre de tous…

avec Patrick Chamoiseau Quand les Murs Tombent, L’Identité Nationale Hors-la-loi, 2007



- Le monde se créolise, c’est-à-dire que les cultures du monde mises en contact de manière foudroyante et absolument consciente aujourd’hui les unes avec les autres se changent en s’échangeant à travers les heurts irrémissibles, des guerres sans pitié mais aussi des avancées de conscience et d’espoir.

- La différence que j’établis entre créolisation et métissage est que la créolisation s’applique uniquement aux cultures et que par conséquent, on ne peut absolument pas prévoir ce qu’elle va devenir. On ne peut pas prédire les résultats d’une créolisation tandis que le métissage, on le peut plus ou moins, il a un aspect mécanique alors qu’elle est imprévisible. Les cultures de créolisation ne sont pas forcément des cultures dans lesquelles on retrouve du créole car elle naissent là où des données du monde absolument hétérogène les unes par rapport aux autres, se rencontrent dans un lieu et dans un temps donné et qui, à une vitesse foudroyante, fabriquent une nouvelle donnée culturelle complexe et multiple


interview accordée à Isadora Dartial pour Mondomix

- La créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. Elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse…


autrement dit, sans grande fidélité à Glissant, je reprends son concept de créolisation d'un point de vue révolutionnant par des luttes s'en emparant de façon dynamique orientée dans le sens du communisme décolonial : s'il s'agit de produire des dépassements, nous n'en restons pas au constat que « Le monde se créolise ». C'est vrai, « on ne peut absolument pas prévoir ce qu’elle [la créolisation] va devenir », mais on peut agir pour qu'elle produise ce qu'on veut

autrement dit, nous pouvons envisager


la communisation comme créolisation révolutionnaire du tout-monde

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 8 Sep - 16:31


je signale un débat important retransmis par la revue Viewpoint sur la caractérisation de la période actuelle autour des émeutes et de la crise du capital. Il reprend des éléments des controverses dans Sic, revue pour la communisation, des années 2010. Trois derniers commentaires dans le sujet :





d'autres textes sont en cours de diffusion par Viewpoint sur twetter

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 11 Sep - 12:23


petite réflexion à l'heure de la messe dominicale


la communisation comme "utopie concrète" ?

espoir et combats communistes au présent

c'est à Ana Cecilia Dinerstein que j'emprunte le concept d'utopie concrète. Voir 25 août Organiser l'espoir : utopies concrètes pluriverselles contre et au-delà de la forme-valeur 1, traduction Adé

nous prenons ici utopie non dans le sens de « construction purement imaginaire dont la réalisation est hors de notre portée » mais de « ce vers quoi tend le processus historique ». En ce sens la communisation est utopie, et nous l'avons vu, cela pose la nécessité d'en évacuer tout déterminisme, toute eschatologie révolutionnaire

dire utopie concrète la ramène au présent, du moins en terme de subjectivation révolutionnaire, et cela nous rappelle l'affirmation de Théorie Communiste (TC) : « C'est au présent que nous parlons de communisation. »

je me souviens que la parution d'Empire/Multitude de Negri/Hardt il y a 15 ans agit sur moi comme renouvellement d'un espoir communiste, quels que soient les limites ou erreurs de leurs thèses. De même en 2015 la découverte de celles de TC, Fondements critiques d'une théorie de la révolution (2002), et rétrospectivement je le suppose pour qui avait vécu la rupture dans la théorie de la révolution des années 1965-1975

le caractère concret et actuel de cette utopie, comme possible mise en perspective d'une future communisation, s'investit aujourd'hui pour moi comme espoir que dans la double crise historique du capitalisme et de la domination occidentale, les luttes décoloniales se chargent d'un contenu communiste, et féministe (ce qu'elles font naturellement). C'est ce qui fonde la nécessité de penser à nouveaux frais un marxisme décolonial, pour un «art d'organiser l'espoir» (Dinerstein)




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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 13 Sep - 19:24


à propos du débat signalé comme important autour du livre de Joshua Clover, Riot-Strike-Riot, mon avis se construit peu à peu, voir les commentaires en remontant


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 18 Sep - 6:17


mouvement du capital, économie politique, et luttes de classes

une double critique indispensable car inséparable

il ne s'agit pas ici de réciter du Korsch plus que du Marx, mais de faire un rappel élémentaire : pas de critique révolutionnaire qui oublierait un de ces deux termes : la critique de l'économie politique et la compréhension du contenu des luttes prolétariennes

La crise du marxisme Karl Korsch 1931

Karl Korsch a écrit:
III. La théorie marxiste n'a pas pu continuer après 1850 à se développer de façon vivante dans la pratique du mouvement ouvrier parce que les conditions historiques transformées de la nouvelle époque du capitalisme et du mouvement de la classe ouvrière l'en ont empêchée.

Avec l'année 1850 s'achève le premier grand cycle historique du développement capitaliste. Au cours de celui-ci, le capitalisme a déjà parcouru sur sa base limitée d'alors toutes les phases de son développement jusqu'au point où la partie consciente du prolétariat put mettre à l'ordre du jour la révolution sociale de la classe ouvrière elle-même. Par conséquent, le mouvement de classe du prolétariat de l'époque a déjà atteint — sur cette base limitée — un assez haut degré de développement : les luttes révolutionnaires qu'ont alors menées des fractions isolées de la classe ouvrière en ont été l'expression pratique; ceux qu'on a appelés les "socialistes utopiques", en formulant à l'époque le premier contenu de la conscience de classe prolétarienne, en ont donné l'expression théorique.

À cette époque et sur la foi des enseignements capitaux qu'ils en ont tirés pour poursuivre l'élaboration de leur théorie, Marx et Engels ont opéré une double critique.
D'une part, ils ont critiqué l'ensemble des phénomènes de la société capitaliste existante (base économique et superstructure) du nouveau point de vue de la classe prolétarienne; ce faisant, ils ont repris sans le modifier le contenu de cette nouvelle conscience de classe prolétarienne, telle que la réalité immédiate des luttes de classes existantes et les formulations des socialistes utopiques l'avaient dégagé.
D'autre part, ils ont critiqué à la fois le mouvement prolétarien pratique de leur époque et les théories du socialisme utopique, et cela par l'annexion des meilleurs résultats de la science bourgeoise d'alors : en amenant la classe prolétarienne à concevoir les lois réelles du mouvement et du développement de la société capitaliste en place, et par-là même les conditions réelles de l'action de classe révolutionnaire du prolétariat.


Passé l'année 1850, le capitalisme entame sur une base élargie (du point de vue géographique, technique et de l'organisation) un nouveau cycle historique de son développement. Dans ces conditions, il était impossible au prolétariat de se rattacher directement à la forme révolutionnaire de la théorie originelle de Marx, issue des conditions de l'époque précédente. Le mouvement ouvrier put préserver formellement cette théorie à la faveur du développement d'une conscience de classe révolutionnaire dans les conditions créées par la période de crise et de dépression des années 1870. Mais il ne pouvait pas, ni en théorie ni en pratique, s'approprier pleinement le contenu révolutionnaire de cette théorie.


il me semble qu'aujourd'hui la théorie marxiste a du mal à se développer de façon vivante dans la pratique des luttes actuelles parce que les conditions historiques transformées de la nouvelle époque du capitalisme et du mouvement des luttes, dans leurs formes et leurs contenus, l'en empêchent

naturellement, les conditions actuelles ne sont plus celles du temps de Korsch, et encore moins de Marx, mais la faiblesse de cette double critique, et sa séparation entre "économistes marxistes" le nez sur les courbes du taux de profit et (a)mateurs d'émeutes, sont flagrantes

à titre d'exemple, les blogueurs activistes partisans de la communisation ont tout simplement abandonné ce qui dans cette théorie était un socle permanent de l'analyse, sa critique de l'éconoimie politique (chez Théorie Communiste comme chez Astarian Hic/Salta), (cf Kommuniesirung.net qui n'a de la communisation conservé que la traduction allemande). On peut généraliser cette observation à tous les blogs d'activistes réels ou virtules relayant ce qu'ils pensent être "l'avant-scène"* des luttes de classe

* je reprends la formule de la Gazette debout : « Le cortège de tête par-delà la tête de cortège » Alan Tréard 4 juillet 2016

Citation :
Nous sommes l’avant-scène inclusive, plurielle, offensive et déterminée des luttes, manifs et occupations – convergentes. Nous souhaitons réunir ZAD, communes libres, places, usines, théâtres, universités occupées, pour faire masse ensemble en tête des luttes – et plus seulement en tête des cortèges. Précaires selon les sondeurs, casseurs selon BFM, lecteurs ou visiteurs uniques selon lundi.am, nuitdeboutistes d’après mars, nous sommes le Cortège de Tête.

je considère qu'on ne comprend rien aux luttes actuelles sans les replacer dans le moment présent de la crise du capitalisme, sans présupposés sur sa fin prochaine. De taper sur les flics en taguant "mort au capital ! mort à l'État !" n'y change rien; c'est peut-être à "l'avant-scène" comme spectacle, auquel cas ils ne croient pas si bien dire, mais pas plus avancée que la queue du cortège, car ce qui compte, c'est le mouvement d'ensemble des luttes dans la crise du capital et de l'économie politique, et c'est de même pourquoi, dans son analyse des émeutes, je reproche à Joshua Clover un bricolage marxiste pour pallier le déficit de sa critique de l'économie politique. Cf ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important

il importe bien sûr de comprendre ce que signifient ces émeutes et rend nécessaires ces formes violentes de luttes face à la violence du capital (qui n'est pas que policière mais aussi économique et sociale, voir les sujets "pauvreté", "le travail tue plus que les violences policières", "guerre au terrorisme", "appropriation de terres et désastres industriels", etc.), mais la montée de cette violence ne lui donne pas en elle-même un caractère de crise finale du capital* et de luttes révolutionnaires de la part de ceux qui l'utilisent pour se défendre ou attaquer symboliquement l'État et l'économie politique en cassant quelques flics et vitrines de banques

* on peut toujours l'annoncer, comme "inexorable", mais on peut le faire depuis le 19ème siècle. Or le capitalisme a des marges énormes, et pour moi, toutes les chances de se restructurer sans même que s'ouvre une fenêtre révolutionnaire. Non, nous ne sommes pas dans "le cycle de luttes", avec les caractéristiques décrites par Théorie Communiste, conduisant de façon linéaire à la communisation. Ceux de ses partisans qui de plus négligent l'économie politique n'ont pas commencé de comprendre cette théorie

pour revenir à Korsch, on est donc très loin de « critiquer l'ensemble des phénomènes de la société capitaliste existante » et de « concevoir les lois réelles du mouvement et du développement de la société capitaliste en place, et par-là même les conditions réelles de l'action de classe révolutionnaire du prolétariat. »


sans attendre la révolution... qui attendra

« Vouloir prendre à bras le corps la compréhension réelle de ce monde, ou au moins s’y essayer en évitant par exemple de répéter les mêmes généralités entendus depuis des années et déjà fausses en 1975, conduirait obligatoirement à la mise en cause de quelques certitudes, et je ne pense pas les communisateurs capables de cet exercice.
Le  mouvement communisateur se trompe de période historique. Il commence d’ailleurs à être atteint de sclérose théorique, dont il ne se débarrassera ni aujourd’hui ni dans un avenir proche ou lointain, tant il est évident qu’il n’y est poussé par aucune réalité sociale.»

Karl Nesic, troploin Et maintenant ? 2012


je le résumais hier ainsi « la révolution devra attendre la restructuration du capital mondial dans la crise de l'Occident : pas de quoi séduire les "têtes de cortège" » et un ami me répondait « Note bien, moi non plus, cela ne me séduit pas, de plus une révolution qui doit attendre n'est pas une révolution.» La formulation métonymique ('la révolution' pour 'ceux qui luttent') est discutable, mais je n'empêche personne de faire la révolution sans attendre; il verront leur cas dans le résultat. Moi je ne serai pas déçu et j'ai mieux à faire

la médiation temporelle qui fait que la révolution devra attendre n'a pas chez moi le sens que prend chez Dauvé "Il va falloir attendre" (troploin 2002 PDF) ou sur le site TCiste dndf "Des nouvelles du front, En attendant la fin", parce que décrivant le cycle actuel sur la base de la double crise du capital et de l'Occident, il n'y a pas à attendre aujourd'hui, pour se battre en communiste, des formes et contenus de luttes qui contiendraient en germe les caractéristiques de la lutte finale, le moment de déclenchement de la communisation comme révolution communiste

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 21 Sep - 13:44


replacer la théorie de la communisation comme moment théorique
dans l'histoire de la lutte des classes, implication réciproque
entre capital (économie politique) et prolétariat

ma critique sévère de la théorie de la communisation, comme déterministe et théoriciste, ne signifie pas qu'il faudrait la balayer d'un revers de main comme n'ayant rien produit de pertinent et encore valable aujourd'hui

elle a produit des analyses et concepts dont on ne saurait se passer encore aujourd'hui, notamment :

- dans les années 1970, la restructuration globale/mondiale du capitalisme et la décomposition concomitante du programmatisme prolétarien, communisme à étapes étatistes ou auto-gestionnaires, affirmation du prolétariat

- le capitalisme comme implication réciproque entre les deux pôles de la contradiction antagonique capital-prolétariat

- l'émergence dans les années 1990 de l'idéologie du démocratisme radical, éternisant l'anticapitalisme sans perspective de rupture (il n'est pas impossible qu'avec la campagne de Bernie Sanders apparaissent un démocratisme radical à l'américaine. Voir Viewpoint, whats left of bernie's revolution?

- le concept de révolution (communisation) sur la seule base de contradictions internes au capitalisme comme implication réciproque

- la révolution/communisation comme processus mondial "immédiat", c'est-à-dire sans étapes et phases étatiques ou autogestionnaires

oublier ces points capitaux ne permet pas de comprendre la période actuelle comme produit de la précédente. Tout au plus pouvons-nous considérer que la théorie de la communisation est un moment dépassé qui a produit l'essentiel de sa pertinence de 1975 à 2005

quant à aujourd'hui :


« Le mouvement communisateur se trompe de période historique.
Il commence d’ailleurs à être atteint de sclérose théorique,
dont il ne se débarrassera ni aujourd’hui ni dans un avenir proche ou lointain,
tant il est évident qu’il n’y est poussé par aucune réalité sociale.»


Karl Nesic, Et maintenant ? troploin 2012

"le mouvement communisateur", un bien grand mot pour quelques "partisans de la communisation" de moins en moins nombreux sur cette base théorique, pourrait être "poussé par une réalité sociale" s'il la prenait en compte dans sa dimension raciale et décoloniale, mais comme il s'y refuse, il est coincé, ayant produit sa caducité sur sa propre base théorique

la compatibilité de ma théorisation avec une théorie de la communisation revisitée et mise à jour du moment actuel du capital et des luttes de classesest évidente, et il ne tient qu'à ses théoriciens classiques de s'en emparer dans le débat vers un marxisme décolonial comme théorisation de luttes communistes, féministes, et décoloniales

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THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse
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