PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 10 Avr - 5:58

(suite à propos de #Nuit Debout)

sur le besoin d'un "récit commun" : idéologie, subjectivation et luttes révolutionnaires, constitution en classe des émancipations/abolitions pour une communauté du vivant : un changement de civilisation

Christine Bord plus haut traduit ce qu'en disent d'autres aussi, par exemple dans ce passage : «  Nous avons besoin que ces "nuits" durent et se propagent pour que ce "autre récit" puisse  être accepté,  et pour qu'il puisse s' écrire avec son originalité (celle d'un Lordon, par exemple) pas sur un vieux palimpseste de récits dépassés »

je passe sur Lordon comme super-star du spectacle nocturne, et sur les « récits dépassés », si je comprends bien, à la manière de la critique par les "nouveaux philosophes" des années 70 (BHL, Glucksman...),  et les philosophes dits post-modernes (Lyotard, Deleuze...) pour une fois réunis, la fin des "grand récits", la "fin des idéologie", jusqu'à "la fin de l'histoire" de Fukuyama inspiré par Kojève et celui-ci par Hegel

on a confondu la décomposition du programmatisme ouvrier, après 1968, l'effondrement de l'internationale des partis communistes et des pays "socialistes", l'enlisement des luttes d'indépendances contre le colonialisme occidental en néo-colonialisme des mêmes, la mondialisation globale du capital, avec la fin de la lutte des classes : on ne la voyait plus, exit toute la tradition critique héritée de Marx

on a eu raison de dire les grands récits sont, comme l'écrit Christine Bord, "dépassés"; les "idéologies messianiques" et "l'horizon qui chante" pour déchanter, c'est fini. On a eu tort d'y voir la fin de la lutte de classes, comme on a tort aujourd'jhui, après la parenthèse démocrate radicale, de ne pas en voir les nouvelles formes, produites par la double crise de l'Occident et du capital. Voilà mon récit, il est là : la révolution qui viendra (ceci n'est pas un manifeste)

le récit, je le pose dans l'idée de dépassements par les luttes,  produisant leur subjectivation révolutionnaire, ce qu'on appelait autrefois "conscience de classe pour soi", et la définition de cette classe dans des termes qui ne sont plus ceux de l'universalisme prolétarien, vision eurocentriste héritée de Marx, mais d'une classe des émancipations/abolitions pour une communauté du vivant, dont je vois les prémisses s'esquisser à l'échelle du monde

poser, comme Christine Bord, la nécessité d'un récit auquel croire, c'est ce que j'appelle auto-subjectivation par les luttes, à l'opposé de théories ou de programmes de partis d'avant-gardes politiques : ce n'est pas une foi en un déterminisme, le communisme comme fin, mais le communisme comme mouvement des contradictions du capitalisme, ce qu'il était pour Marx, c'est une foi en ce qu'on fait en luttant quand on est conscient du niveau à atteindre pour en fginir avec le capital. On en est très très loin, et dans ce mouvement populiste, je n'en vosi pas prendre le chemin

en ce sens, on peut dire que la lutte de classe, ou plus largement les luttes révolutionnaires sur tous les fronts, car ils sont aussi décoloniaux, féministes et écologistes, ne peuvent se mener qu'à travers une idéologie : le récit révolutionnaire qu'on se raconte en y croyant, c'est encore une idéologie, un foi, mais pas n'importe quelle croyance, une foi qui arme les désirs de révolutionner le monde pour changer de civilisation *, et cela ne peut se construire, de façon subjective, que par des luttes produisant leurs propres dépassements, en en portant consciemment la perspective au niveau requis de rupture avec le capital

* voir mon sujet pour une RÉVOLUTION de CIVILISATION : éléments... et conversation


Dernière édition par Admin le Dim 10 Avr - 6:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 10 Avr - 5:59

(suite)
Marius le Négavesque a écrit:
Très honnêtement ces réflexions et cette interrogation sont un peu trop profondes pour moi. Je vois la vie plus simplement. Ce qui fait un peu "rustre" certes, aux regards de "théoriciens", mais qui a ses bons côtés.

vous savez, il ne faut avoir aucun complexe intellectuel devant la théorie communiste, et encore moins devant les "théoriciens". Les intellectuels de métier ne sont pas toujours les mieux placés pour se saisir d'une théorisation, si celle-ci s'élabore à partir de la vie réelle des plus susceptible de mener leurs luttes jusqu'au bout, parce qu'ils n'ont que leur chaînes à perdre, et non l'espoir de conserver leurs acquis, qui ne seront bientôt plus que les miettes qu'on leur laissera sous la table : pour une longue nuit à genoux ?
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 10 Avr - 6:04

dans le contexte des commentaires précédents


La conjoncture n’est pas qu’un concept,
c’est un paradigme théorique à voir venir au fil de l’eau


Roland Simon, Théorie Communiste n°25, annoncé pour mai 2016 par dndf, ici

4ème de couverture
Citation :
Nous sommes actuellement loin de la visibilité croissante et immédiate des contradictions de classe et de genre et de leur liaison avec la révolution et le communisme, le devenir idéologique de la théorie de la communisation plane sur nos têtes fragiles.

Le communisme est ce qui sort de la communisation et la communisation est une conjoncture. Ce n’est pas une norme que l’on se propose, un but à atteindre. « Où en sommes-nous dans la crise ? » est la question présente et centrale, question à aborder par touches construisant intérieurement leur harmonie. La place et la définition des classes moyennes, les mobilisations urbaines, le Brésil du printemps 2013, la Grèce et la victoire électorale de Syriza, Charlie bien sûr et son interpellation du citoyen et de l’autre, et partout l’identité et la racialisation, et partout aussi, comme avec la réforme française du code du travail, la nécessité de mettre en forme la continuité mondiale de l’exploitation.

Question de l’Etat, de la citoyenneté, nous voyons partout des drapeaux. Si la citoyenneté est une abstraction, elle réfère à des contenus très concrets : plein emploi, couverture sociale, famille, ordre-proximité-sécurité, hétérosexualité, nation. C’est autour de ces thèmes que dans la crise où, pour l’heure, les rapports de distribution dominent les rapports de production, se reconstruisent les conflits de classe. L’idéologie est notre ambiance naturelle.

La conjoncture n’est pas qu’un concept, c’est un paradigme théorique à voir venir au fil de l’eau
.

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 10 Avr - 8:06

nous vivons un moment très intéressant, dont le mouvement #Nuit Debout est un révélateur français, par la position des couches moyennes dans l'antagonisme de classe

comme elles sont en pleine prolétarisation massive, cela crée ce qu'on a sous les yeux, c'est une période très riche sur le plan historique, assez nouvelle et difficile à décrypter avant qu'il ne se passe quelque chose de plus décisif, soubresaut de la crise, entrée en luttes du prolétariat ouvrier et des prolétaires racialisés, guerre plus ouverte, ou un mélange de tout ça...

les réactions dans les billets et commentaires du Club Médiapart sont particulièremet symptomatiques des contradictions entre ces mouvements placistes (et placides), leur recherche ou les tentatives les militants de leur donner un prolongement politique au niveau de l'État : c'est tout de même un plaisir de voir ceux-ci se prendre des baffes de la part de ceux qui ne veulent pas se laisser représenter

cette tension entre populisme et représentation démocratique est un facteur confirmant la mutation du démocratisme radical en populisme radical
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 11 Avr - 14:23


un sous-marxisme de pacotille est descendu dans la rue

la nuit, debout


puramole a écrit:
Vous osez énoncer des utopies et vous avez raison: il faut d'abord mettre au clair ce que nous voulons avant de tenter d'y accéder. Car si nous savons ce dont nous ne voulons plus: la dictature des marchands...

depuis qu'on ne lit plus, et de travers, que la première phrase du premier chapitre du Capital* 1867, et des résumés tordus de La société du spectacle de Debord, 1967, la marchandise a autant de succès pour se vendre que pour être critiquée : preuve qu'une bêtise peut être aussi une marchandise

« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une « immense accumulation de marchandises » I° section : la marchandise et la monnaie Chapitre premier : La marchandise Marx, 1867

si mon calcul est bon, il va donc falloir attendre 2067 pour avoir sur la question une idée plus claire : bon courage aux plus jeunes, car les nuits seront longues
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 12 Avr - 13:26


Théorie Communiste, retards à l'allumage ?

dans le débat avec TC/dndf

dndf a écrit:
Classe, genre, race, éléments de contexte 12/04/2016
Une petite référence théorique dans le débat sur la racialisation, dans le « milieu »:


Marx a écrit:
Les grandes découvertes géographiques ont provoqué, au XVI° et XVII° siècle, de profonds bouleversements dans le commerce et accéléré le développement du capital marchand. Il est certain que le passage du mode féodal au mode capitaliste de production en fut lui aussi accéléré, et c’est précisément ce fait qui est à l’origine de certaines conceptions foncièrement erronées. La soudaine extension du marché mondial, la multiplication des marchandises en circulation, la rivalité entre les nations européennes pour s’emparer des produits d’Asie et des trésors d’Amérique, le système colonial enfin contribuèrent largement à libérer la production de ses entraves féodales. Cependant, dans sa période manufacturière, la mode de production moderne apparaît seulement là ou les conditions appropriées se sont formées pendant le moyen âge, que l’on compare la Hollande avec le Portugal, par exemple. Si, au XVI° siècle, voire, en partie du moins, au XVII° siècle, l’extension soudaine du commerce et la création d’un nouveau marché mondial ont joué un rôle prépondérant dans le déclin de l’ancien mode de production et dans l’essor de la production capitaliste, c’est parce que, inversement, cela s’est produit sur la base du mode de production capitaliste déjà existant.

(Marx, le Capital, livre III, éditions Folio, page 1663)

pepe a écrit:
12/04/2016 à 11:51 | #1 Répondre | Citer En parallèle à ce débat de fond, pas directement quoique….
Semaine d’analyse sur la démocratie américaine sur France Culture et, aujourd’hui, le bilan d’Obama.
Très bien.
http://www.franceculture.fr/emissions/culturesmonde/democratieoutai-14-sous-le-masque-democratique-les-nouveaux-autoritaires


s'ils en sont encore là, sans passer à la critique radicale de l'eurocentrisme pour faire celle de l'intersectionnalité classe/genre/race , même structurée à dominante de classe, et de leur universalisme prolétarien, en allant chercher chez Marx les éléments d'un débat qui ne s'y trouvent pas, et sans y trouver les fondements de cet universalisme prolétarien (ouvrier) comme ils y ont pertinemment trouvé ceux du programmatisme ouvrier, alors il n'y a pas de souci à se faire quant à leurs capacités de "répondre à Patlotch", mais plutôt à eux de s'en faire quant à la pertinence de leur corpus fermé pour comprendre les contradictions présentes de ce monde

quant à la théorie de la communisation, je veux préciser une chose plus clairement. Je partage avec les théoriciens de ce milieu français (pas de production théorique ailleurs, que des reprises en Europe, ou un échappement dans le nouveau SIC, revue internationale de la communisation), je partage l'idée qu'il va falloir attendre... la révolution

dans ce milieu, seul Théorie Communiste élabore encore une critique du présent susceptible d'un travail théorique indispensable, car comme le dit la 4ème de couverture de TC25 annoncé pour mai : « La conjoncture n’est pas qu’un concept, c’est un paradigme théorique à voir venir au fil de l’eau. ». De ce point de vue, nous faisons le même type de travail théorique, partant du fait que rien de ce qui se passe demain ne sort que d'aujourd'hui, dans le cours quotidien de l'implication réciproque capital-prolétariat

Bruno Astarian (Hic Salta) et Gilles Dauvé (TropLoin, DDT21) ne produisent plus ce travail, ils ont comme considéré qu'il va falloir attendre vaut pour tout, et finalement qu'il ne se passe pas grand chose qui mérite un travail de fond au présent, d'où leurs petites textes, loin d'être inintéressants, mais en marge de l'essentiel aujourd'hui (Le droit à la paresse, Homo...). Même Henri Simon (Échanges) reste présent dans la critique de l'idéologie (exemple sur "La guerre au terrorisme")

en dehors des désaccords profonds avec TC (structuralisme et universalisme prolétarien eurocentriste, méthodologie conceptualiste descendante inadéquate figeant la grille de lecture sur le modèle rétro-projeté de la conjoncture finale de la communisation...), il demeure ce problème de l'impossibilité de déduire de TC une activité communiste au présent, c'est-à-dire d'assumer la définition du communisme comme mouvement des contradiction du capitalisme (Marx), donc comme lutte de classe : c'est tout de même un comble, pour une théorie communiste !

quand Bernard Lyon, à la question "Alors, que faisons-nous ?", répondait en substance* : "participer aux luttes comme les autres, en les poussant jusqu'aux limites possibles à tel moment", cela reste au niveau d'une déclaration de principe, jamais alimentés de considérations concrètes sur le contenu d'une possible activité communiste dans ces luttes

* quand j'écris "en substance" et met des guillemets à ce qui suit, ce n'est pas une citation, mais une reformulation qui n'engage que moi

autrement dit, je ne confonds pas activité communiste et activité communisatrice, c'est-à-dire, dans leurs termes « prise de mesures communisatrices », les seules réellement révolutionnaires

définir une activité communiste au présent, ce n'est pas prétendre qu'elle serait révolutionnaire au présent, mais qu'elle prend acte que les hommes font l'histoire dans des conditions déterminées (Marx)

.
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 16 Avr - 11:15


un remake du tandem Démocratisme radical - Action directe ?

en marge du populisme radical de NuitDebout, les « casseurs »...

Paris : des débordements et des dégradations en marge de Nuit debout AFP

La manifestation, qui a rassemblé 3 000 personnes, a dégénéré vendredi soir et 22 personnes ont été interpellées par les forces de l'ordre.
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 24 Avr - 20:19


à propos d'essentialisation

M Tessier a écrit:
D'accord pour critiquer l'essentialisation, c'est une ligne de crête dangereuse qu' on retrouve un peu partout.

pour critiquer l'essentialisation, il faut commencer par la voir pour ce qu'elle est massivement : assignation d'une population différente par sa "race", sa religion, ses origines, sa classe sociale, son sexe social... comme productions sociales historiques

la faire porter à ceux qui en sont "victimes" (guillemets pour éviter qu'on me renvoie "victimisation") est d'abord une erreur d'analyse

quand cette essentialisation produit un enfermement identitaire, sur la base de communautés de personnes essentialisées, assignées à être leur apparence ou leur situation sociale, on peut parler de communautarisme identitaire, mais pas avant d'en avoir fait l'inventaire, dans les textes, les paroles, les actes

on peut dire que la Négritude, chez Césaire particulièrement avec un mythe de l'Afrique qu'on ne trouvait pas chez Senghor, est une sorte d'essentialisation, mais ce fut un moment, aussi bien historique que théorique, un moment dialectique de reconnaissance d'une situation commune d'opprimés parce que "nègre"

c'est pourquoi elle fut combattue par Frantz Fanon, qui en avait une toute autre conception dialectique, et même que celle de Sartre : il n'y a aucune tentation essentialisante ou communautariste chez Fanon

on retrouve ce rejet de la Négritude chez Edouard Glissant : Créolisation, poétique de la relation, Tout-Monde...

Achille Mbembe va plus loin, puisque pour lui la race n'est plus seulement une affaire de couleurs de peau, mais de fait davantage une exclusion sociale des "Nègres du monde"

ce qu'il faut voir dans les diverses expressions décoloniales en France, dont le PIR n'a pas le monopole ni certaines associations nationales, c'est comment sont utilisées ces thématiques, et cette dialectique : l'usage stratégique et politique qu'en fait le PIR n'est pas communautariste, n'en déplaise, et son dernier livre le dit assez

mais quoi qu'il en soit, il ne peut être question de prendre les choses à l'envers. Et l'on remarque que c'est quand ces populations se battent en tant que telles, sur la base d'une communauté de situation sinon d'intérêts, que le problème se pose... à ceux et par ceux qui n'en sont pas : de quel droit ?

on constate le même mouvement concernant les femmes qui veulent s'auto-organiser, et la même montée de boucliers de la part d'hommes qui leur dénient ce droit de le faire, au nom d'une "unité" de principe, et d'une "convergence" qui se heurte doublement à la segmentation économique et sociale, et à l'échec reproduit de sa réalisation depuis l'apogée, au début des années 2000, du démocratisme radical (Sommets altermondialistes, etc.)

il va peut-être falloir regarder les choses en face, sans se la voiler...

sur le plan théorique et le dépassement à produire des identités de luttes : DIALECTIQUE COMPLEXE DES CONTRADICTIONS et DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

6 - le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française eurocentriste et occidentaliste / DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 28 Avr - 19:39


Noirs et communistes depuis un siècle

une somme incontournable : à quand des traductions ?


Black Revolutionaries in the US: Communist Interventions, vol. 2

Second volume of the Communist Interventions series, collecting debates between Black revolutionaries in the US.


This has been available on Libcom as a previous version, posted at https://libcom.org/library/black-radical-tradition. This version here is the same content, but with fewer typos and better formatting.

From the preface:
Citation :
This is the second installation of the Communist Interventions series, following up on the first volume which addresses European socialism and communism. The third volume, which incidentally has already been released, concerns revolutionary feminism. Further volumes on other subjects should follow, as well. We hope that these readers will provide the foundation for seminars and reading groups.

No person in the United States can deny that Black liberation remains a pressing issue today. The unrest in Baltimore, Ferguson, etc. underscores the persistent social ills in the USA that Blacks have been unable to escape. The task of attempting to address these grievances within a revolutionary tradition is also—however less well-known—not a new phenomenon. Radical groupings within the USA have grappled with how to emancipate American Blacks from their oppression even prior to the Russian Revolution, although the Bolsheviks’ attempt to export revolution around the globe unquestionably accelerated these efforts. It is this history which we present in the current volume, through primary sources.

Table of contents:
Citation :
1 Slavery And Capitalism
1.1 W.E.B. DuBois, Black Reconstruction (1935)

2 Socialism, Communism and the Negro Question
2.1 Marcus Garvey, An Appeal to the Conscience of the Black Race to See Itself (1923)
2.2 Hubert Harrison, What Socialism Means to Us (1917)
2.3 The African Blood Brotherhood, Program of the African Blood Brotherhood (1922)
2.4 Claude McKay, Report on the Negro Question(1922)
2.5 W.E.B. Du Bois, Application for Membership in the Communist Party (1961)

3 The Black Belt
3.1 Harry Haywood, The Negro Nation (1948)

4 Domestic Work

4.1 Claudia Jones, An End to the Neglect of the Problems of the Negro Woman! (1949)

5 Independent Struggles
5.1 C.L.R. James, The Revolutionary Answer to the Negro Problem in US (1948)
5.2 Richard S. Fraser, For the Materialist Conception of the Negro Struggle (1955)

6 Nationalism, Internal Colonialism and the Black Bourgeoisie
6.1 Harold Cruse, Revolutionary Nationalism and the Afro-American (1962)
6.2 Harry Haywood with Gwendolyn Midlo Hall, Is the Black Bourgeoisie the Leader of the Black Liberation Movement? (1966)

7 Automation and the Outsiders
7.1 James Boggs, The American Revolution (1963)

8 Black Power

8.1 Malcolm X, Message to the Grassroots(1963)
8.2 Stockily Carmichael, Black Power(1966)
8.3 Revolutionary Action Movement, The 12 Point Program of RAM (1964)
8.4 Robert F. Williams, Speech in Beijing(1966)
8.5 Martin Luther King, Jr., Beyond Vietnam(1967)

9 Frantz Fanon
9. Frantz Fanon, The Pitfalls of National Consciousness (1961)

10 The Black Panther Party
10.1 Huey P. Newton, The Correct Handling of a Revolution(1967)
10.2 Fred Hampton, Power Anywhere Where There’s People (1969)
10.3 Eldridge Cleaver, On the Ideology of the Black Panther Party (1969)
10.4 Huey P. Newton, On The Defection of Eldridge Cleaver from the Black Panther Party
and the Defection of the Black Panther Party From the Black Community (1971)
10.5 George Jackson, Prison Letters(1970)

11 White-Skin Privilege
11.1 Ted Allen and Noel Ignatiev, White Blindspot (1967)
11.2 Noel Ignatiev, Without a Science of Navigation We Cannot Sail in Stormy Seas (1969)

12 The League of Revolutionary Black Workers 303
12.1 James Forman, Liberation Will Come from a Black Thing (1967)
12.2 League of Revolutionary Black Workers, General Program (Here’s Where We’re Coming From) (1970)
12.3 Ken Cockrel, From Repression to Revolution(1970)

13 Black Feminism
13.1 Frances M. Beal, Black Women’s Manifesto; Double Jeopardy: To be Black and Female (1969
13.2 Angela Davis, Reflections on the Black Woman’s Role in the Community of Slaves (1972)
13.3 Combahee River Collective, The Combahee River Collective Statement (1977)

14 Reinvention and Critique of the Black Nation Thesis
14.1 Communist League, Negro National Colonial Question (1972)
14.2 Racism Research Project, Critique of the Black Nation Thesis (1975)
14.3 Congress of African People, Revolutionary Review: The Black Nation Thesis (1976)

15 The Nation Thesis Spreads
15.1 Puerto Rican Revolutionary Workers Organization, National Liberation of Puerto Rico and the Responsibilities of the U.S. Proletariat(1974)
15.2 I Wor Kuen, Revolution, The National Question and Asian Americans (1974)
15.3 August Twenty-Ninth Movement, Chicano Liberation and Proletarian Revolution (1976)



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 29 Avr - 12:53


Fania Noël : « Ne nous libérez pas, on s’en charge »

les systèmes s’imbriquent et se renforcent : le racisme, le capitalisme, le patriarcat
“il ne s’agit pas de réformer le système mais de le démanteler et de l’abolir.”


Sihame Assbague Journaliste par obligation, 6 avril 2016

Dans le cadre du processus de #LiberAction visant à corriger les erreurs factuelles, les déformations et insinuations douteuses du dernier dossier « antiracisme » de Libération, nous avons décidé de réécrire tous les articles. Le portrait de Fania Noël, paru dans le dossier du 4 avril 2016, a ici été retravaillé. Le choix a été fait de ne pas donner de détail sur son physique, sa tenue ou sa coiffure car c’est définitivement son positionnement politique qui nous intéresse.




Citation :
Avant de s’engager avec Mwasi, l’afroféministe avait claqué la porte de plusieurs mouvements. Car contrairement à eux, elle voulait “l’abolition du système de domination et pas seulement sa réforme”.

Sur son carnet, un sticker avec une citation d’Assata Shakur (militante afro-américaine exilée politique à Cuba, membre du Black Panther Party et de la Black Liberation Army) : “Personne dans le monde, personne dans l’histoire n’a jamais obtenu sa liberté en faisant appel au sens moral des gens qui les opprimaient.” Fania Noël, 28 ans, l’aînée (la seule ayant fait des études universitaires) d’une fratrie de six est née en Haïti et a grandi à Cergy (Val-d’Oise). Son père, retourné par lassitude dans son pays d’origine, a eu différents boulots dans la restauration. Pour décrire ses maladies à répétition, elle cite Foucault : « c’est le pouvoir qui s’est inscrit dans son corps. »

« Je suis afroféministe, marxiste et milite la grande partie du temps en non-mixité » , Fania Noël ne fait pas dans la dentelle. Elle est radicale et l’assume, même si certains aspects de son combat sont inaudibles pour les tenants de l’antiracisme moral. Le point le plus épineux ?

La non-mixité dans sa lutte afroféministe et la rupture avec l’antiracisme dit de gauche. Cette gauche qu’elle renvoie à ses impensés et à ses contradictions : “comment travailler avec des gens qui se positionnent à gauche mais qui prennent, sans honte, la défense de Laurence Rossignol ?” Fania Noël précise qu’elle parle de Jean-Luc Mélenchon et reprend son propos. “Toute une partie de la gauche s’est construite dans un rejet du ‘communautarisme’ sans jamais ni questionner le terme ni le vrai communautarisme, le communautarisme blanc”. Du ton posé de la personne qui maîtrise son sujet, elle explique que la communauté, qu’elle soit ethnique, sociale ou religieuse, sert le plus souvent de “colonne vertébrale aux existences des exploités, notamment ceux issus de l’immigration post-coloniale.” Elle y voit également “une forme de résistance à l’assimilation culturelle” visiblement vécue par de nombreuses familles comme “une nouvelle manière d’être colonisés”.

Pour la “militante”, comme elle se définit elle-même, il est donc nécessaire d’avoir des espaces de politisation et de luttes qui soient adaptés aux réalités des classes populaires post-coloniales. Elle n’exclut pas les classes moyennes et supérieures de ces communautés à condition qu’elles aient l’intention claire d’être dans une dynamique “antiraciste, anti-libérale et anti-intégrationniste”. La ligne est donnée.

Si Fania Noël n’a rejoint le collectif afroféministe Mwasi (créé en 2014) que l’été dernier, son activisme ne date pas d’hier. Autrefois au Parti socialiste, elle a très vite senti qu’elle n’y était pas à sa place. Ça m’a vite "saoulée", résume-t-elle tout en admettant qu’"on ne naît pas avec la volonté de tout déconstruire". C’est à l’âge de 18 ans, à la suite des révoltes de 2005, qu’elle s’est mise à militer.

Fania Noël a commencé "dans les trucs classiques, genre les syndicats étudiants", ensuite elle a goûté à d’autres mouvements, comme celui d’Arnaud Montebourg, qui lui paraissait un peu plus à gauche. Mais "ça n’allait pas". Elle a tenté le Front de gauche, même échec.

Féminisme du plafond de verre contre celui du plancher collant

Côté organisations féministes "type Osez le féminisme", c’était pire encore. Au bout de deux réunions, la militante lâche l’affaire, ne supportant pas de se retrouver, seule, parmi "des meufs blanches, au discours totalement assimilationniste". "Leur libération féministe", qu’elle qualifie d’"impérialiste, occidentale et colonialiste", elle n’en partage pas une miette. “Les organisations comme Osez le Féminisme ou les Femen portent une lutte qui ne vise pas l’abolition, ni celle du patriarcat ni d’autres systèmes de domination. Leur but étant l’élévation des femmes blanches de classe moyenne et supérieure au même niveau que les hommes blancs, en renforçant la division raciale et sociale. En gros, c’est le féminisme du plafond de verre contre celui du planché collant.”

Même rengaine côté organisations antiracistes. Dès qu’on prononce « SOS Racisme », son visage se tord en grimaces. Pour Fania Noël, toutes ces associations sont “obsolètes et surtout contre-productives” parce qu’elles visent une dépolitisation de l’antiracisme, alors que "l’enjeu fondamental est politique". Il est évident que la militante ne trouvera pas son salut dans les organisations traditionnelles. Elle s’y fait et finit par se rapprocher d’organisations autonomes. En 2013, elle lance des projets qui veulent promouvoir une approche intersectionnelle (approche prenant en compte les croisements du racisme, patriarcat et capitalisme) comme la revue AssiégéEs : une revue en non-mixité qui a également organisé des Université d’été populaires et des journées sur l’intersectionnalité.

Pour elle, les systèmes s’imbriquent et se renforcent : le racisme, le capitalisme, le patriarcat. C’est pour cette raison qu’on la retrouvera aussi bien sur les luttes sociales que sur les luttes de justice climatique. L’ambition est limpide : “il ne s’agit pas de réformer le système mais de le démanteler et de l’abolir.”

Fania Noël le sait, l’autonomie politique n’est pas sans conséquences. “Rompre avec l’intégrationnisme a un coût très élevé pour les personnes racisées, surtout quand elles portent publiquement et sans gêne le discours. On est considéré comme des ingrats...” explique-t-elle avec la conscience de quelqu’un qui sait qu’on ne lui pardonnera pas ses positionnements. Jusqu’au bout elle assume.

Aujourd’hui, elle co-organise le premier Camp d’été décolonial dont l’objectif est de proposer “une formation politique pour que les concerné.e.s par le racisme d’État sachent à quelle sauce on veut nous manger, et surtout comment lutter, mobiliser et qui sait, vaincre ensemble”. Tout un programme donc. À suivre.

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 2 Mai - 18:51


un rencart sans écarts
avec l'État politique


la nuit des prolétaires est partie pour durer
autant que les jours du Capital
ne sont pas comptés


Nuit Debout, ce feuilleton déjà mou ramolli par les coups de matraques, annonçait, par ses contenus théorico-politiques autant que ses formes de "luttes", son devenir tel quel, boucler la boucle entre "horizontalité" et "verticalité" de l'offre et de la demande sur le terrain politique (voir ce jour à 14:44), si bien que nous pouvons en communistes avoir, en miroir, les mêmes inquiétudes que les boursicoteurs (voir ici le GEAB)

« c’est l’aspect politique de la crise qui domine actuellement l’agenda global
de façon impressionnante et très préoccupante »

à une échelle très relative, ma trop longue plongée, entre janvier et avril, dans le Club Médiapart de "l'idéologie française des couches moyennes", ne laissait rien attendre de mieux

il s'agit, ici dans ce forum, de reprendre du champ et de la hauteur tant d'observation que critique, pour porter sur les monde les yeux du monde, et c'est ce que nous avons entrepris avec FEMMES au TRAVAIL dans le MONDE, histoire et actualités, photos et documents : des images à la théorie

cela ne se présente pas au mieux dans le monde, nulle part, mais au moins le moral n'est-il pas cassé au quotidien par l'embourbement franco-français dans son histoire, dont toutes les tragédies se retournent en farces... et attrapes... nigauds

le capital est partout organisé mondialement
contre un prolétariat mondial qui ne l'est nulle part

une violence incontournable

de façon très personnelle et subjective, un aspect essentiel me semble le butoir à l'histoire du communisme comme mouvement, au-delà de la question de l'État, celle des nations, des pays, des frontières et des murs, car ma conviction, on peut dire ici anarchiste, est qu'ils ne produisent que des guerres et ceci non sur des bases évidentes d'antagonisme de classe

deux réalités s'imposent massivement :

1) jusque dans les contradictions de sa concurrence économique, le capital est partout organisé mondialement, centre un prolétariat mondial qui ne l'est nulle part, voir critique de l'État-nation : de l'État ET de la nation / une urgence stratégique

2) inutile de se voiler la face ou de rêver debout : la violence des rapports sociaux est incontournable, voir la VIOLENCE venue dans la CONTRE-RÉVOLUTION vers une RÉVOLUTION...

la dynamique décoloniale dans la crise de l'Occident m'apparaît confirmer son ampleur mondiale, mais cela n'en fait pas une lutte antagonique au capital

jamais 2 sans 3 et pour le reste, le printemps enfin là, je vais cultiver mon jardin et reprendre mes ballades socio-poético-photographiques dans 'mon quartier'

note : 'écarts' renvoie ici à la théorie de l'écart de Théorie Communiste
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 5 Mai - 22:51


Léon de Mattis : la communisation version bobo blanc intello français
ou
le Canada-Dry de la pensée communiste

RADIO LIBERTAIRE (Fédération anarchiste) : le France Culture des Anars branchés

« Une analyse communisatrice du mouvement actuel »

avec Léon de Mattis 03-05-2016

Citation :
Une émission d’analyse du mouvement actuel, en lien avec des mouvements passés (Mai 68, mouvement des chômeurs de 1998, mouvement anti-CPE de 2006, mouvement de 2010), complétée d’une analyse des changements structurels du capitalisme depuis 40 ans et ses effets sur «l’identité ouvrière», d’une auto-présentation de la communisation et d’un exposé de ce qu'il appelle «mesures communistes».

« la conscience d'être un prolétaire disparaît » : très discutable, au point que l'on se demande quelle connaissance Léon de Mattis a des prolétaires, et de quels prolétaires, dans quels pays... Dire qu'il n'y a plus d'«identité ouvrière» collective construite comme "classe pour soi" avec ses organisations politiques est une chose, que les prolos ne soit pas conscients de l'être une autre

j'écrivais hier
Citation :
la "conscience de classe", y compris "pour soi", est inhérente à la grande bourgeoisie capitaliste, mais aussi, contrairement à une idée chère aux "révolutionnaires", au prolétariat, dès lors qu'il vit l'exploitation, ses dominations et leurs conséquences comme vie quotidienne. C'est pourquoi le prolétariat n'est pas pressé d'en sortir par des "solutions" qui n'en sont pas (exemple : Nuit Debout)

la "subjectivation révolutionnaire" n'est pas la simple prise de "conscience de classe", elle est auto-expérience de la lutte de classe. Elle ne peut donc être apportée de l'extérieur par des partis ou théories, dès lors que cet extérieur relève d'un rapport de pouvoir et de classe : la division du travail entre penser et faire, dans laquelle la classe de l'encadrement et les professeurs sont les matons de la prison idéologique du prolétariat

la version française "couches moyennes prolétarisées" de la théorie de la communisation

une sclérose théorique

Léon de Mattis parle de la frange radicale de Nuit Debout comme une sorte d'avant-garde activiste, quasi porteuse d'une connaissance de la théorie de la communisation (exprimant l'extériorisation de l'appartenance de classe), alors que tout le monde a remarqué qu'en était absents le prolétariat ouvrier et employé masculin comme féminin, et les prolétaires racialisés des "quartiers populaires"

c'est-à-dire qu'il n'est pas sorti de la vision qui était celle de la fuite en avant dans la revue Sic : Léon de Mattis est dans la parenthèse dont il attend la fermeture « dans ce cycle de luttes », un peu comme je l'ai compris de Théorie Communiste avec sa « séquence particulière » : en second couteau besogneux du milieu théorique radical, il a besoin de se raccrocher à ce qui existe; il pique les idées et formules de Bruno Astarian/Hic Salta et Roland Simon/TC ( (dernier exemple : "défaisance des rapports capitalistes") pour en faire autre chose dans un objectivisme militant sans base au présent, tablant sur « l'imaginaire » et « l'utopie » anarchiste, complaisamment relayé par ses interlocuteurs de la FA

et tout ça se ramasse sur les habituels bavardages autour du milieu privilégié des "communautés" type squats... « nous, nos vies » ad nauseam !

[ici un interlude musical de merde musicale coincée rythmiquement comme en répétition de la vie capitaliste, typique des références dans ces milieux...]

PS : LdM utilise le terme « immigré » pour parler des populations non blanches en France... un lapsus révélant son ignorance de ce monde et l'eurocentrisme indécrottable qu'il affirme par ailleurs, ce qui corrobore son idéologie couche moyenne blanche de la communisation, au demeurant complémentaire de la conception générale, déterministe, qu'il a du chemin à parcourir entre le moment présent et la communisation dans la définition caricaturale qu'il en a donnée, comme récit qu'il est au demeurant incapable d'assumer qu'au nom de l'utopie : la boucle est bouclée d'un messianisme qui ne s'avoue pas tel

aucun des aspects nouveaux de Nuit Debout que j'ai relevés depuis un mois, et qu'on retrouve dans la formulation de RS/TC (De débordements en imbordements jusqu’à l’épuisement), ne sont abordés, au point que l'on considérer son analyse comme mauvaise sur l'essentiel

on note aussi qu'en une heure et demi de soi-disant perspective révolutionnaire, les femmes et la question raciale sont absentes, Léon de Mattis part et parle de ceux qui lui ressemblent : mâles blancs d'origine de la classe moyenne, prolétarisés, le public même de Nuit Debout, et ses femmes en figuration priées de ne pas refuser la "non-mixité"...


Léon de Mattis est le Philippe Corcuff de la Communisation :
il fait ce qu'il dit qu'il ne faut pas faire

et le dit dans une manière et sur un ton tels qu'on n'y croit pas, mais davantage à sa soif d'exister et de paraître en être, alors qu'il ne fait que récupérer, avec retard, des bouts théoriques dont il fait une bouillie sans contradictions réelles concrètes, un bavardage rhétorique franco-centré, dans une posture de professeur : parler une heure-et-demi pour dire si peu de chose tout en se présentant comme "théoricien de la communisation", il faut le faire !

une censure théorique durable

comme expression de la théorie révolutionnaire (de la communisation), n'existent que Dauvé (sur lequel il insiste longuement alors qu'il ne produit plus rien d'essentiel depuis près de dix ans), Astarian, Théorie communiste et lui, Léon de Mattis : Patlotch non, n'en a aucune critique, ni ne présente aucune autre analyse du moment présent et de ses contradictions dans la double crise de l'Occident et du capitalisme, perspective, et cela se prétend débat théorique : sans commentaire...



l'éternel retour, l'éternel détour... du réel « sous nous yeux » (Marx) ?


les deux dernières minutes sont un Collector  study , avec la chute sur la théorie qui devient force matérielle en s'emparant des masses : celle de Léon de Mattis communisateur ? Non, pitié, tout mais pas ça


attention, ne pas confondre, malgré l'apparence trompeuse de ressemblance en surface mais non structurelle, avec l'Oberleutnant zur See Leon Mattis als glücklicher Sieger
Oberleutnant Leon Mattis : l'heureux gagnant à la mer

"3,8 Km Schwimmen – 180 Km Radfahren – 42,2 Km Laufen"
"Studierien, Propagandieren, Organisieren" Karl Liebknecht


PS: on voit la différence par l'absence de moto, de pantacourt et d'ordinateur portable dans la Nuit Debout



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 6 Mai - 21:24


dans les décennies qui viennent,
le monde va connaître
une des plus grandes révolutions depuis 5 siècles,
et elle ne sera pas communiste

ce sera la fin de la suprématie occidentale sur la mondialisation capitaliste
et avec, celle de ses théories révolutionnaires ethnocentristes,

mais pas la fin du capitalisme

un révolution communiste mondiale ne sera,
ni dans ses contenus ni dans ses formes,
telle qu'annoncée par les communisateurs


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 7 Mai - 5:22


vers l'arrêt de production d'une théorie de la révolution communiste ?

cessons de nous raconter des histoires, une histoire de la révolution qui viendrait. Nous n'avons aucune base sur laquelle en appuyer l'hypothèse, que de vouloir y croire. La théorie de la communisation n'a pas de consistance au présent : dans la version de Théorie Communiste ou sa caricature par Léon de Mattis, elle ne fait que plans sur la comète, dans celles de Dauvé et Astarian, que raconter une sortie communisatrice du capital. Rien de tout cela n'est plus probable, pour le devenir humain, que le chaos

la misère qui vient, la violence qui vient

nous ne voyons, à l'échelle mondiale, aucune insurrection qui vienne, aucune révolution qui vienne : nous voyons la guerre qui vient, la misère qui vient. Nous ne voyons pas même, particulièrement en Europe, une capacité de révolte générale contre cette misère, mais la paupérisation généralisée et des luttes intestines pour la survie, une violence de plus en plus semblable à celles qui sévissent ailleurs, dont sa population aura été épargnée

tout ce que je fais, pour le mieux, n'est devenu qu'un chronique de cette misère, qui pèse plus encore sur les générations qui viennent

inutile de redire que je vois encore moins de solution dans la démocratie politique...

pas de fenêtre révolutionnaire à l'horizon

on peut me reprocher de ne pas « produire en théorie la fin du capitalisme » (Roland Simon à Christian Charrier), nul de sérieux n'y est obligé. Comme antagonique au cours quotidien du capital, j'ai renversé au présent toute l'histoire du mouvement communiste, achevé tout déterminisme spéculant sur une fin heureuse dans une rêve radieux

le moment présent me semble toujours être la crise de fin de suprématie de l'Occident capitaliste dans la domination capitaliste du monde, mais je ne vois aucune fenêtre révolutionnaire à l'horizon

voilà, on peut être communiste, penser en communiste, agir de ses petits moyens en communiste, cela n'empêche d'avoir les yeux en face des trous : une civilisation s'effondre sans qu'on puisse dire ni le temps qu'elle mettra, ni ce qu'il en sortira

dans tout ça qu'est-ce qu'être communiste ?

il y aura toujours des résistances, des luttes pour la vie, mais rien ne nous dit aujourd'hui, ni en qualité ni en quantité, qu'elles puissent franchir le pas d'une abolition du capital pour accoucher d'une meilleure communauté du vivant

la vérité est révolutionnaire, mais seulement en période révolutionnaire

je dois à la vérité de dire que je ne sais pas faire autre chose que la chercher, et à ma lectorate : la vérité que j'ai trouvée n'est pas drôle

la misère n'est pas révolutionnaire

COMMUNISME FEMINISTE & DECOLONIAL > LA RÉVOLUTION QUI VIENDRA ?

il n'y a que la lutte


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Lun 9 Mai - 15:42


le milieu de la théorie communiste d'extrême-gauche et de post-ultragauche :

une origine sociale, sexuelle et raciale rédhibitoire


Rolling Eyes

il se pourrait qu'un des plus irréductibles tabous, dans "le milieu" de la "théorie communiste radicale" soit l'origine sociale de ses membres, sans parler naturellement de la place qu'y tiennent les femmes, et de la quasi absence de "personnes de couleur"

de ceci, ils ne parlent pas aisément, comme s'il leur fallait le cacher, parce que se dire "révolutionnaire" quand on n'appartient pas à la classe supposée faire la révolution, cela donne un complexe, d'infériorité ou de supériorité, ou un mélange des deux

le problème n'est pas l'origine sociale de tel individu pris à part, dans ces groupes, et l'on citera volontiers celles de Marx, Engels, Pannekoek, Debord... mais le fait que les prolétaires, les femmes et les 'non-blancs' y sont quasi absents

quand il y en a, rien à voir avec les ouvriers devenus intellectuels, tels qu'on en trouvait dans les partis communistes. Non, les rares sont là comme faire-valoir, cautions, et jouent les utilités, petites mains pour tâches subalternes qu'on fera passer pour un fonctionnement organique, alors que le tout relève de la plus stricte division du travail entre intellectuels et "manuels"

il n'y a pas de place dans le "milieu de la communisation" pour des ouvriers, ouvrières ou employée.e.s instruit.e.s et pensant par eux-mêmes avec quelque expérience du travail en usine ou dans les bureaux
. Il n'y en n'a pas parce qu'ils ne sont pas concernés par une telle posture d'extériorité théorique, de plus portée par des individus qui ne vivent pas leurs conditions sociales, pour autant même qu'ils s'en préoccupent davantage que d'en tirer des généralités, des concepts de plus en plus abstraits au fil du temps

je n'arrive pas à comprendre comment ils peuvent penser que cela ne se voit pas comme le nez au milieu de la figure, comment venant de milieux populaires on le perçoit pas immédiatement, dans leur gestuelle, leur façon de parler et même d'écrire, et quand on les connaît, leurs goûts "artistiques" et "culturels" quand ce n'est pas les "loisirs" typiques de ces catégorie sociales

je saisis moins encore comment il peuvent croire que leurs idées n'en sont pas dépendantes, comme leurs rapports aux luttes prolétariennes, leurs pratiques théoriques , leurs comportements relationnels. C'est vraiment le monde à l'envers pour qui est persuadé que les idées dépendent des rapports sociaux, de la place des individus dans ces rapports sociaux

et avec ça chez certains, le déni d'une posture militante des plus téléphonée, quand elle ne relève pas simplement des procédés politiciens et manipulateurs les plus éculés. Qu'ils reproduisent, quand ils agissent, les vielles ficelles du militantisme de parti, sectarisme compris, ça la fout mal pour leur soi-disant critique du militant

depuis cinquante ans
une perte de rapport au prolétariat réel
et un gauchisme intellectuel typique de la classe moyenne

depuis les années 60 à partir de Socialisme ou Barbarie, le milieu post-ultragauche ouvrière n'a plus la même composition sociale, et il ressort que qu'autant qu'une rupture théorique, c'est une rupture sociologique aussi, et partant quelque chose qui s'apparente plus au gauchisme post-soixante-huitard, en version intellectuelle, qu'à la tradition anarcho-ultragauche ouvrière qui pouvait avoir ou se fonder sur de réelles expériences de luttes en entreprises (par exemple chez ICO, avec Henri Simon)

au fond, ces milieux ont la même composition sociale d'origine que ceux que l'on trouve dans Nuit Debout

et comme il leur faut se donner une explication, la voici : on est forcément un peu «schizophrène», on souhaite la révolution, mais en attendant, on vit «normalement», et leur normalité, vu leur appartenance sociale et leur niveau socio-culturel, dans la plupart des activités de la vie, est celle de leur classe d'origine. Il n'y a là rien que de socialement et culturellement normal et logique, pas besoin d'avoir lu Marx, Weber et Bourdieu pour le savoir, c'est aussi une "structure of feeling" pour le dire avec Raymond Williams

le moindre paradoxe n'est pas qu'ils aient théorisé «l'auto-abolition du prolétariat». Pour eux, ça ne mange pas de pain, puisqu'ils n'en sont pas et n'en descendent pas. De même qu'«abolir le genre», puisqu'ils sont majoritairement des hommes, sans parler de condamner l'antiracisme quel qu'il soit, puisqu'ils sont tous 'blancs'

non, c'est vrai, je ne les aime pas surtout en groupe, parce que je ne les sens pas, ni "en théorie" ni "en pratiques", et ils me le rendent bien :

nous n'avons pas gardé et nous ne garderons pas les prolétaires ensemble

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MessageSujet: un processus révolutionnaire de classe, féministe et décolonial, sur toutes lignes de fronts   Mar 10 Mai - 8:20


(pour prendre date, sujet développé ultérieurement)


pour redéfinir une perspective révolutionnaire
non déterministe
différente de la théorie de la communisation


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 10 Mai - 9:37


le communisme est mouvement,
il est activité humaine dans le capital contre le capital comme mode de production et reproduction économique et social, politique et idéologique, sociétal et culturel


toute cette activité communiste s'inscrit au présent dans les contradictions produites par les rapports sociaux antagoniques entre classe prolétarienne et classe capitaliste, soit directement comme lutte de classe, soit indirectement, médiée par les conflits produits par les dominations structurant l'histoire et le présent du capitalisme, domination étatique et militaire structurée par les États-nations, domination masculine et machisme structurel, dominations raciales et racialisme structurel d'État, domination et destruction de la "nature"

la théorie de la communisation :
un déterminisme confinant à l'idéalisme philosophique
avec ses variantes entre structuralisme, humanisme, et activisme

la théorie de la communisation, à travers ses variantes, s'est construite depuis les années 70 comme renversement du programmatisme prolétarien, qu'elle n'a pu dépasser que par un théoricisme confinant à l'idéalisme philosophique, structuraliste (Théorie Communiste) ou humaniste (TropLoin, Temps Critiques...), et dont l'autre face est l'objectivisme militant de l'activisme communisateur (l'avatar sous-théorique, rhétorique et et a-dialectique de Léon de Mattis)

bien qu'elle le dénie, cette théorie est déterministe dans la mesure où elle rétro-projette sur le présent une conception future de la révolution, comme moment communisateur, conjoncture révolutionnaire (Théorie Communiste = TC), « mesures communistes » (Léon de Mattis Les mesures communistes 3 mai 2016)

voulant « parler au présent de communisation », cette théorie ne fait que chercher les traces formelles de ce qu'elle a défini comme immédiateté future de la communisation, et quand elle ne les trouve pas, dans des « écarts », elle n'a plus que ses yeux pour pleurer

cette idée trouve son dessin le plus net dans le concept de ce « cycle de lutte », qui définit pour TC la période entre le moment présent et celui de la révolution mondiale, écartant a priori la possibilité d'une nouvelle restructuration du capitalisme, et ne pouvant définir que des sous-périodes, "séquences", comme parenthèses dans lesquelles la lutte de classe, telle qu'elle l'a définit sur son modèle terminal, marquerait un pas (de façon certes moins affirmative que Endnotes, cf Pétrification partielle de la lutte des classes ? 6 décembre 2015)

en définitive, la théorie de la communisation n'a rien dans les mains, que la certitude que le capitalisme n'est pas éternel. Ce qui est déterministe, c'est de poser comme seule hypothèse cette fin heureuse, par une révolution débouchant sur un après-capitalisme

Roland Simon a écrit:
Je reconnais que, dans ma démarche, le communisme est inéluctable, est-ce vraiment gênant ? Le capital n’est pas éternel. Je peux me tromper sur l’analyse de ce cycle et de la restructuration, à ce moment là, ce sera pour la prochaine fois.

TC 13, p. 34 Annexe de septembre 1994 à Des luttes actuelles à la révolution, p. 22 [22, v'là a communisation !]

pour théoriser une perspective révolutionnaire,
nous n'avons que les luttes présentes

ayant renverser ce déterminisme et ce théoricisme, aussi bien structuralisme chez Roland Simon qu'humaniste chez Dauvé et romantique chez Astarian, nous n'avons dans les mains que les luttes au présent dans le cours quotidien du capital. Si notre conception de « dépassements à produire »  n'est pas sans poser des « problèmes redoutables » (RS novembre 2015), c'est ceux-là qu'il nous faut affronter, sans rêver ni debout ni couché, et c'est cela que nous assumons vaille que vaille. Le reste n'est que mauvaise littérature

.
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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Jeu 12 Mai - 17:25


donner, au nom d'un prolétariat idéel auquel on n'appartient même pas,
des leçons françaises au monde entier,
ça suffit !


mise au point

j'ai reçu hier un texte d'ultragauchistes (Lettre à des amis « rojavistes »*), de cette eau qui me devient de plus en plus insupportable. Je les ai envoyé paître, en substance : - vous êtes Kurdes, non ? alors fermez-là. De même ailleurs : vous êtes prolos racialisés, non ? alors taisez-vous, occupez vous de vos fesses et faces de classe-race-genre telles qu'elles sont, depuis ce qu'elles sont, pour ce qu'elles font : donner, au nom d'un prolétariat idéel auquel on n'appartient même pas, des leçons au monde entier, ça suffit !

* une fois n'est pas coutume, je n'éprouve aucun besoin d'importer ce texte, malgré certains points et questions intéressants. Ce groupe est inconnu, ne définit nulle part ce que signifie tkgv, ni d'où il parle ainsi du Rojava comme une situation coupée de toute autre analyse du capitalisme contemporain. Qu'ils aillent au diable avec leurs procédés de commissaires politiques du prolétariat mondial

ce mail circulaire vient de tkgp@riseup.net, dont je ne sais pas même d'où ils parlent, mais je ne souhaite plus qu'ils s'adressent à moi, même en ces termes :

tkgv a écrit:
Cette lettre ne s'adresse pas aux militants qui surfent d'un mouvement à une lutte en fonction du sens des médias pour construire un parti ou une orga. Elle s'adresse à vous, amis et camarades de différentes villes dont nous apprécions les réflexions et le sens critique et partageons souvent les positions, mais avec qui nous pouvons parfois être en désaccord.

je préférerais savoir ce que je partage avec eux et surtout en quoi ils sont en désaccords avec moi, qu'ils n'expriment nulle part, servant ma boîte mail comme d'autres des dépliants publicitaires pour la supérette du coin : des manières de marchands de soupe

Patlotch a écrit:
je ne suis pas votre "ami rojaviste", j'ai des amis kurdes qui meurent là-bas, point barre, sous balles impérialistes, et si je ne soutiens personne comme les gauchistes et libertaires en tous genres, je ne hurle pas avec les loups de l'Occident qui lavent plus blanc, marxistes ultragauche compris : COMPRIS ?

vous êtes kurdes, non ? Alors ailleurs vos leçons de morale française universelle d'ultragauche : nous ne garderons pas ensemble les prolétaires du monde entier

allez vous faire foutre, donneurs de leçons en canapés-lits-couchettes de voyages révolutionnaires virtuels, et cessez de m'envoyer vos réflexions anonymes à deux balles de vieux ados mâles scotchés à la branlitude de leur âme "révolutionnaire", et votre propagande d'un autre âge

en attendant je conchie votre anonymat, votre posture, vos thèses suffisantes de vieux cons qui ignorent ce qu'ils ne savent pas, à commencer d'où ils parlent

faites plus chier, ou prenez les armes et faites votre "révolution" comme vous le sentez, bande de lâches !

je ne vous salue pas


en relation à la nuit tombée « parler de "race" comme ça, comme un cheveu sur la soupe ? »

j'ai rompu avec le milieu (post) ultragauche et de la communisation sur des bases claires : je ne les reconnais pas comme mes "camarades". Je n'ai de camarades et d'amis que participant à des luttes contre le capital, l'impérialisme, les dominations d'État, mâles ou racistes, et en faisant la preuve soit par leurs réflexions théoriques, soit par l'exemplarité de leurs luttes de par le monde, et regardant celles des autres avec les yeux du monde, pas leurs yeux de militants tristes et sectaires, en franchouillards auto-centrés

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 20 Mai - 13:24


rappel à l'ordre nouveau

Shocked

je pense qu'il est bon de rappeler ce que nous faisons ici, en discernant deux tâches parce qu'engager la seconde sur de bonnes bases dépend de notre capacité à assumer la première :

1) une critique radicale du monde capitaliste tel qu'il est aujourd'hui, pour tenter d'en tirer

2) les voies d'une perspective révolutionnaire d'abolition du capital, voies que nous appelons encore "communistes"


ces deux phases sont intrinsèquement liées dans la mesure où, à la suite de Marx, nous définissons le communisme comme mouvement de l'antagonisme de classe capital-prolétariat



un défaut majeur de critique radicale du capitalisme actuel

et de compréhension de l'histoire du monde depuis cinq siècles

ma conviction c'est que cette critique radicale du moment présent du capital n'est satisfaisante dans aucune des élaborations théoriques avec lesquelles nous avons entrepris de discuter de plus ou moins loin, même si nous reprenons à notre compte des éléments de la critique du capital par les théoriciens de la communisation et les penseurs décoloniaux, brassage qui n'est pas un syncrétisme, mais pose de redoutables questions à la définition même de la période actuelle, au niveau mondial qui est celui où nous estimons indispensable de la faire, puisqu'une sortie du capital ne peut être envisagée qu'à cette échelle

dans ce manque, il y a celui de l'histoire, entre histoire globale, critique décoloniale et analyse matérialiste dialectique et historique (désolé pour cette vieille formule, que je préfère à "marxisme"). Bien qu'elle exige objectivité, ce n'est ni une histoire d'historiens neutres, ni une écriture révisionniste sur mesure de tel ou tel dogme révolutionnaire, communisateur compris

partant de là, je ne vois nulle part s'ouvrir, ni sérieusement en "théorie", ni dans les luttes parce que ce n'est pas à leur ordre du jour, des voies ayant pour objectif et contenu l'abolition du capital

je ne prétends pas que mes considérations sur la double crise du Capital et de l'Occident soient la panacée de cette analyse, qui nous manque, mais pour l'heure, je n'ai lu aucune critique, ni bonne ni mauvaise, de ce point de vue. Pour le valider, il faudra quelques temps



un déficit d'analyse globale du moment présent

de fait, si nous trouvons des textes intéressants (par exemple dans la revue Période, dans quelques livres réinvestissant l'héritage marxien, sur l'écologie ou le féminisme par exemple, chez les penseurs décoloniaux même dont certains recoupent la critique de classe en produisant une autre histoire du mouvement communiste même), je considère que trop peu s'essayent à une critique globale de l'époque actuelle, qui ne soit pas seulement descriptive, mais analytique en termes d'antagonisme de classe : « Que se passe-t-il ? » (Debord), « Où en sommes-nous dans la crise ? » (Théorie Communiste)...

j'ai déjà eu l'occasion de dire que le travail des revues, produire ou traduire des textes, ne saurait remplacer l'élaboration d'une analyse cohérente tirant quelque chose de fécond de la mise en rapport de ces textes : aucune revue ne le fait, ni Période, ni Viewpoint, peut-être quelques individus ici ou là (j'ai cité l'Argentine Ana Cecilia Dinerstein mais ses textes sont en espagnol, langue que je ne possède pas, certains en anglais dont des livres et vidéos...)

pour l'heure, nous travaillons seuls, sans débats, que nous ne sommes pas parvenus à ouvrir sur des bases saines et honnêtes, et si nos considérations sont suivies par quelques dizaines d'amateurs un peu partout dans le monde, nous avons quelques contacts, mais aucuns échanges de fond, et un manque cruel de bonnes critiques (qui ne sauraient venir, on l'a vu, du milieu théorique de la communisation, pour un ensemble de raisons dont ils ne sont pas prêts de sortir)

cela est certainement très décevant pour ceux qui se disent "révolutionnaires" ou du moins sont favorables à une révolution communiste, mais j'écris en quête de vérités sur lesquelles asseoir cette perspective, pas pour leur faire plaisir

il ne s'agit pas de désespérer les morts de Billancourt, mais de garder les pieds sur la terre des vivants : il y a du boulot !




bien de le dire, mais encore ?

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Dim 22 Mai - 17:08


placé ici vu l'intérêt tous azimuts de cet échange et de ces entretiens passionnants


dans l'indigence critique française,
un moment exceptionnel d'intelligence, de sensibilité,
et d'invention critique


« dans le sillage des conflits de la décolonisation du XXe siècle, la guerre
– sous la figure de la conquête et de l’occupation, de la terreur et de la contre-insurrection –
est devenue le sacrement de notre époque.»


une autre critique radicale de la démocratie


Rencontre avec Achille Mbebme et Alain Mabanckou au musée Dapper
7 mai 2016 - animation : Maboula Soumahoro



2h05

Citation :
Rencontre avec Achille Mbebme et Alain Mabanckou au musée Dapper - 7 mai 2016 - animation : Maboula Soumahoro.

A propos de la parution de l'ouvrage d'Achille Mbembe Politiques de l'inimitié aux Editions La Découverte.

Alain Mabanckou, écrivain et enseignant franco-congolais qui a intégré cette année le Collège de France (chaire Création artistique), nous a fait l'honneur de sa présence. Il s'entretient durant l'événement avec Achille Mbembe.

Achille Mbembe est camerounais. Il est professeur d'histoire et de science politique à l'université de Witwatersrand à Johannesbourg (Afrique du Sud). Chercheur au Witwatersrand Institute for Social and Economics Research (WISER), il enseigne également au département français et à Duke University (aux États-Unis).

Il est notamment l'auteur de De la postcolonie. Essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine (Karthala, 2000), de Sortir de la grande nuit. Essai sur l'Afrique décolonisée (La Découverte, 2010) et de Critique de la raison nègre (La Découverte, 2013).

Ses livres ont fait l'objet de plusieurs traductions en langues étrangères.



L’inimitié est devenue le mode dominant de relation, à l’ère du capitalisme financier en crise et de la guerre contre le « terrorisme ». C’est le constat que dresse Achille Mbembe. L’historien et philosophe esquisse quelques précieuses voies de sortie pour une politique de la relation à l’échelle globale. En rupture avec les logiques de domination économique, les replis identitaires et les élans impérialistes.


Photo : Nicolas Marques/KR Images presse

Citation :
Vous dépeignez dans votre dernier essai,  Politiques de l’inimitié  (1), un implacable processus de « sortie de la démocratie ». Trois décennies après la chute du mur de Berlin, peut-on parler d’un destin autoritaire du néolibéralisme ?

Achille Mbembe : Nous avons une vision assez partiale de l’histoire de la démocratie. Or, le paradoxe de cette histoire, c’est que la démocratie a deux corps. D’un côté, un corps diurne, presque solaire, que l’idéologie post-1990, après la chute du bloc de l’Est, a magnifié. De l’autre côté, un corps nocturne, lié à la séparation entre un ici et un ailleurs où l’on peut tout se permettre : piller, exploiter, brutaliser, tuer, infliger la mort de façon extrajudiciaire, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Un ailleurs où l’on peut décharger la violence qui, si elle était exercée à l’intérieur, déboucherait sur la menace de la guerre civile. On l’a vu lors du moment colonial. On le voit aujourd’hui dans la guerre contre le djihadisme.

Dans cette phase néolibérale, les deux corps de la démocratie, le corps diurne et le corps nocturne, sont en train de se réunir, au moment où s’effacent les frontières objectives entre l’ici et l’ailleurs. D’où les glissements autoritaires auxquels nous assistons. Le monde est devenu tout petit. Contrairement au monde de la période coloniale, au monde des conquêtes, des « découvertes », il a montré ses limites. C’est un monde fini, traversé par toutes sortes de flux incontrôlés, mouvements migratoires, mouvements de capitaux liés à la financiarisation extrême de l’économie. Sans compter tous les flux portés par l’avènement de la nouvelle raison digitale. Ces flux sont marqués par l’accélération des vitesses, le bouleversement des régimes du temps. Tout cela favorise l’enchevêtrement inédit de l’intérieur et de l’extérieur.

Conséquence, il est désormais impossible de prétendre vivre en sécurité ici quand on fomente le désordre, le chaos ailleurs. Le chaos, le désordre nous reviennent en boomerang. Sous la forme d’attentats, mais aussi par le renforcement de la pulsion autoritaire chez nous-mêmes. Ce glissement autoritaire est présenté comme une condition de la sauvegarde de notre liberté. Or, si nous acceptons plus de sécurité au nom de la préservation des libertés, nous acceptons simultanément le glissement autoritaire. Il y a là une tension entre la capitulation et le désir de révolte, qui est aussi une donnée cruciale des temps que nous vivons. D’un côté l’abdication et de l’autre un désir fondamental d’insurrection qui s’exprime ici et là sous des formes tout à fait nouvelles.

La décolonisation aurait selon vous libéré des passions qui, en retour, viennent justifier, dans les ex-métropoles, de nouvelles expéditions coloniales. La décolonisation comme expérience historique n’aura donc été qu’une parenthèse ?

Achille Mbembe : Disons que la décolonisation aura été un moment ponctuel de reconfiguration des scènes de la lutte. En tout cas, elle n’a pas résolu la question du partage du monde, qui est le seul monde que nous ayons.

Vous évoquez l’obsession de l’Arabe, du juif, du nègre… Qu’est-ce qui est déréglé dans le rapport à l’autre ?

Achille Mbembe : La conscience de ce monde petit, fini exacerbe le sentiment selon lequel il faudrait, pour se protéger, réactiver les frontières, construire des murs, se séparer. Nous n’aurions plus à faire à des adversaires mais à des ennemis qui en voudraient à notre existence, à nos « valeurs », quelle que soit la vacuité de tels termes. Cette réalité de l’ennemi et, là où il n’existe pas, cette propension à s’en inventer un, voilà ce qui a changé. Dans cette configuration, l’autre est perçu comme une menace et le rapport d’inimitié, la volonté de se séparer deviennent la seule forme de relation.

Vous définissez le terrorisme comme une forme de « nécropolitique ». Est-ce un mode d’expression de cette volonté de séparation ?

Achille Mbembe : Oui ! C’est la conséquence ultime de ce mode dominant de la relation, que l’on retrouve aussi, d’ailleurs, dans le colonialisme. Le colonialisme d’extermination ou d’élimination porte aussi cette dimension nécropolitique, de déploiement de la mort comme mode de gouvernement. Cette manière d’exposer les ennemis à des risques mortels est constitutive de la démocratie d’un point de vue historique. Or, le régime autrefois réservé aux colonies, un régime exceptionnel, est rabattu désormais sur le territoire national des « démocraties ». Ce qui autorise le glissement autoritaire indispensable au néolibéralisme pour continuer son déploiement dans cette phase de son histoire. Le terrorisme est l’opportunité historique qui permet d’y arriver, de déconstruire négativement la démocratie par l’abrogation des droits, par la proclamation de l’état d’exception, par la transformation policière des mécanismes de gestion du quotidien.

Dans ce dispositif, quel sens prend l’invocation d’identités figées et fantasmées ?

Achille Mbembe : Les démocraties libérales sont fondées sur une idée de l’identité pensée en termes de racines, d’autochtonie. Est membre de la communauté politique celui qui est né ici, qui est du lieu. Le citoyen est un autochtone. L’étranger peut devenir citoyen s’il accepte de s’autochtoniser, mais c’est un processus compliqué, qui n’est pas ouvert à tout le monde, un processus conditionnel… et réversible, dans le cas de la déchéance de nationalité. Voilà le fondement anthropologique de la démocratie libérale. Or, on sait bien qu’être né quelque part, être né de quelqu’un, tout cela relève de l’accident et non d’un choix. Mais dans l’imaginaire démocratique libéral, cet accident relève au fond d’un destin auquel on est condamné.

Est-ce que cette fixation sur l’identité, qu’elle soit nationale, culturelle, religieuse, n’est pas une forme d’antidote à l’éventuelle cristallisation de la conscience de classe ?

Achille Mbembe : Oui, c’est une manière de fixer les potentiels de révolte sur de mauvais objets, sur des objets accidentels. Clairement, la manipulation des identités malheureuses est une manière de détourner vers de mauvais objets les énergies qui pourraient être utilisées ailleurs, dans des luttes effectives de libération. C’est assez fascinant, l’ampleur des efforts dissipés dans ces histoires alors qu’au fond l’identité, si tant est qu’elle existe, ne saurait être stable. L’identité, c’est l’autre qui me la donne au moment de la rencontre avec lui. Ce qui est important, ce n’est ni la naissance ni les origines, c’est le chemin, les rencontres qui s’opèrent le long du chemin et ce qu’on en fait.

Puisque la traite négrière et l’esclavage furent des conditions de l’émergence du capitalisme moderne, c’est dans ce cadre que furent expérimentés des procédés ensuite appliqués au monde entier. Vous évoquez par exemple la déforestation d’Haïti… L’économie de plantation fut-elle une matrice de la dévastation écologique ?

Achille Mbembe : Il est clair que le colonialisme relève d’un projet de soumission de la nature à la force prédatrice de certaines catégories d’humains, avec la transformation d’une nature dite sauvage en un paysage dit humain. Ce qui implique des réarrangements brutaux, l’éradication d’espèces, leur remplacement par d’autres. Mais les guerres coloniales ont elles aussi une dimension écologique. Il n’y a pas de guerre qui n’ait, quelque part, un coût environnemental.

Vous dites du moment colonial qu’il a été celui d’une reconfiguration de la façon de faire la guerre…

Achille Mbembe : Le droit de la guerre ne s’applique pas à la colonie. La colonie est le lieu d’expérimentation de la guerre hors la loi, de la guerre sans réserves dont l’horizon est l’élimination, l’extermination. C’est le laboratoire de violence inconditionnelle. Il existe aujourd’hui de nombreuses manifestations de la guerre hors la loi. Le symbole le plus spectaculaire, sans doute, le plus postmoderne de cette guerre hors la loi, c’est le drone, qui consacre le principe de l’exécution extrajudiciaire. Mais ceux que l’on appelle les terroristes recourent, eux aussi, aux exécutions extrajudiciaires.

Qu’est-ce qui vous permet de mettre en miroir les drones et les mises en scène macabres d’égorgements ?

Achille Mbembe : Tout est question de moyens technologiques disponibles. Mais nous avons bien à faire à deux mythologies nihilistes qui s’affrontent. Une mythologie nihiliste qui prétend éradiquer les passions religieuses ou soi-disant religieuses par des bombardements aériens, et une autre mythologie nihiliste qui prétend mettre fin aux tutelles externes par le biais de décapitations spectaculaires ou d’opérations par lesquelles on tue les autres en se tuant soi-même, en se suicidant. Ces deux formes de la passion nihiliste visent une chose : l’anéantissement de toute possibilité de relation.

À quelle condition, alors, peut-on rétablir une politique de la relation ? Et si, comme vous le dites, le monde entier est devenu scène coloniale, comment peut s’opérer la « décolonisation radicale » que Frantz Fanon appelait de ses vœux ?

Achille Mbembe : La solution reste à trouver dans l’invention d’une forme de démocratie propre à notre temps, prenant à sa charge l’ensemble du vivant, tout ce dont nous héritons, tout ce dont nous dépendons pour notre propre survie en tant qu’espèce parmi d’autres espèces. L’histoire humaine est une parenthèse dans l’histoire générale du monde. Nous sommes de passage dans le monde. Ce nouveau projet démocratique doit donc faire une place à l’idée, à la pratique du passant. Autre porte de sortie de ce cul-de-sac, l’impératif de redistribution égalitaire des ressources de l’univers. Ce qui implique d’autres manières de reconnaître les dettes. On pourrait imaginer, hors des formes actuelles, une manière non expropriatrice d’honorer les dettes. Dernière porte de sortie, il nous faudra réanimer, cultiver les facultés critiques que la guerre, le militarisme et le capitalisme financier cherchent à détruire. En mettant fin à cette brutalité qui vise à faire cesser la pensée, à assécher les ressources de l’imaginaire, à appauvrir le langage en instituant un monde monosymbolique, sinon antisymbolique.

Sur ce point, Frantz Fanon dit de la lutte qu’elle donne lieu à une « fête de l’imaginaire ». Qu’entendait-il par là ?

Achille Mbembe Cette « fête de l’imaginaire » a pris de multiples formes dans le contexte des luttes anticoloniales. Pour commencer, elle exige de nouveaux rapports avec le corps, en particulier le corps souillé, déshonoré, le corps subalterne, violé et détruit. Ce corps est réanimé, restitué au principe du mouvement, sans lequel il n’est qu’un corps inerte, un corps objet. À la fin de Peau noire, masques blancs, Frantz Fanon adresse cette prière énigmatique au corps : « Ô mon corps fais de moi toujours un homme qui interroge. » C’est l’interminable interrogation, par opposition à l’interminable interrogatoire. Il y a, autour de cette prière au corps, un immense territoire, une immense fête ouvrant sur la possibilité de la transfiguration du corps. Voilà les horizons qu’il faudrait ouvrir pour créer du sens, enrichir la langue et re-symboliser l’univers d’une manière qui favorise le partage plutôt que la séparation.

Professeur d’histoire et de science politique à l’université du Witwatersrand à Johannesburg, Achille Mbembe puise dans l’histoire coloniale et dans celle des luttes de décolonisation des ressources pour analyser et surmonter la violence contemporaine. De l’ère coloniale à la guerre contre le « terrorisme », les démocraties libérales ont toujours ménagé des espaces obscurs, où le droit, la loi sont suspendus, rappelle-t-il. Un régime d’exception qui tend à devenir universel, en plaçant la relation d’inimitié au cœur des reconfigurations du monde.

(1) Politiques de l’inimitié, d’Achille Mbembe. Éditions La Découverte, 2016.



Citation :
Cet essai explore cette relation particulière qui s’étend sans cesse et se reconfigure à l’échelle planétaire : la relation d’inimitié. S’appuyant en partie sur l’œuvre psychiatrique et politique de Frantz Fanon, l’auteur montre comment, dans le sillage des conflits de la décolonisation du XXe siècle, la guerre – sous la figure de la conquête et de l’occupation, de la terreur et de la contre-insurrection – est devenue le sacrement de notre époque.

Cette transformation a, en retour, libéré des mouvements passionnels qui, petit à petit, poussent les démocraties libérales à endosser les habits de l’exception, à entreprendre au loin des actions inconditionnées, et à vouloir exercer la dictature contre elles-mêmes et contre leurs ennemis.

Dans cet essai brillant et brûlant d’actualité, Achille Mbembe s’interroge, entre autres, sur les conséquences de cette inversion, et sur les termes nouveaux dans lesquels se pose désormais la question des rapports entre la violence et la loi, la norme et l’exception, l’état de guerre, l’état de sécurité et l’état de liberté.

Dans le contexte de rétrécissement du monde et de son repeuplement à la faveur des nouveaux mouvements migratoires, l’essai n’ouvre pas seulement des pistes neuves pour une critique des nationalismes ataviques. Il pose également, par-delà l’humanisme, les fondements d’une politique de l’humanité.




Les Inrocks 18/05/2016


Le 17 mai à Nantes lors d'une manifestation contre la loi travail
Stephane Mahe/Reuters

Face aux dérives sécuritaires et racistes qui se multiplient, l’historien et politologue Achille Mbembe, dans un nouvel essai lucide et brillant, Politiques de l’inimitié, nous donne les moyens de penser un nouveau monde en commun.

Citation :
Peu avant sa mort prématurée en 1940, Walter Benjamin lançait, dans ses thèses Sur le concept d’histoire, un dernier appel en nous enjoignant d’écrire l’histoire non plus avec le point de vue des vainqueurs et des puissants, mais avec celui des vaincus, des opprimés, des “sans-voix”. Un tel projet pourrait ainsi, selon le philosophe, apporter de nouveaux éclairages sur le passé et devenir, pour le présent comme pour le futur, une véritable “illumination”. C’est un tel défi que relève, avec succès, Achille Mbembe dans son dernier ouvrage Politiques de l’inimitié. Trop longtemps bercées dans une autocélébration aveugle et compulsive, les démocraties occidentales n’ont cessé, activement, de refouler leur phase nocturne et leurs origines beaucoup plus sombres : la colonisation, le massacre systématique de peuples entiers et la mise en place d’un système esclavagiste sans précédent pendant quatre siècles.

La colonisation, le refoulé des démocraties modernes

Sans doute ces démocraties sont nées, comme le rappelait Norbert Elias dans La Dynamique de l’Occident, d’un processus de pacification des mœurs amenant à la paix civile. Il convient toutefois de ne pas en oublier la contrepartie beaucoup plus funeste. Au même moment, dans les colonies d’Afrique et les plantations aux Etats-Unis, on assiste à un véritable déchaînement pulsionnel pour accroître, toujours davantage, les richesses des métropoles. “Pour pacifier les mœurs, écrit Achille Mbembe, il importe de s’emparer des colonies, d’établir des compagnies concessionnaires, et de consommer de plus en plus de produits en provenance des parties lointaines du monde.” Les Etats-nations européens se fondent donc, à cette époque, sur leur capacité à instaurer de par le monde des relations d’échange inégales qui relèvent d’un réel pillage des ressources locales.

Il ne s’agit pas là d’une simple contingence, ni même d’une excroissance ponctuelle dans l’histoire de l’Europe. Fondamentalement et historiquement les trois ordres respectifs de la démocratie, de la colonie et de la plantation restent indissociables. C’est un principe de destruction sans limite que l’on met en œuvre pour imposer de tels régimes. Là commence incontestablement la tradition des “sales guerres”. Ce sont ces guerres systématiques et asymétriques qui explosent alors, sans raison valable où l’Autre est toujours-déjà un ennemi par nature. Si Grotius tentait dès le XVIIe siècle de fonder un droit de la guerre, dans les colonies, au contraire, on suspend le droit. C’est une organisation sans cohérence qui s’installe où priment l’affect, la réaction et l’imprévu. D’ailleurs, si le XXe siècle se caractérise surtout par les destructions massives qui l’ont continuellement rythmé à partir de la Première Guerre mondiale, Achille Mbembe rappelle qu’une telle barbarie n’a pu voir le jour qu’en étant expérimentée à l’intérieur des colonies. La forme-camp, qui aura la fortune que l’on connaît, apparaît ainsi pour la première fois à Cuba et aux Philippines, dès le début du XXe siècle, pour réprimer les mouvements de masses jugés hostiles.

Le sujet de race


Dès lors, dans les colonies, aucun monde en commun n’est possible. C’est le régime de la séparation et de la division qui prédomine, là même où l’Autre, le “nègre”, l’”indigène”, est détruit au plus profond de lui-même, privé de tout droit, possession d’un autre et réduit à son corps dont il faut extraire, avec acharnement, une force de travail nécessaire à la prospérité des colons. La colonie se caractérise par ces “sujets de douleur” qu’elle crée, perpétuellement, et dont la vie devient proprement invivable. C’est là qu’apparaît, comme le souligne Achille Mbembe, le sujet de race ou la création de la race.

La domination raciale repose sur une volonté déterminée de subordination de l’autre recouvert de fantasmes, d’un ensemble d’énoncés ressortissant d’une véritable mythologie et justifiant, en retour, son assujettissement.

Le “nègre” entièrement construit comme un être-pour-autrui devient alors un objet psychique. Il est en outre amené à se percevoir dans les termes que lui impose le colon pour tuer toute velléité insurrectionnelle et à se vivre comme simple manque de tout ce qui définit le colon. Achille Mbembe parle d’une nécropolitique à propos d’un tel régime où la mort de l’Autre, constitué en tant que tel, n’a plus rien de scandaleux et se vit sur le mode de la fatalité. Avec les mots de la philosophe américaine Judith Butler, on pourrait dire que le “nègre” n’est plus digne d’être pleuré, ni même objet de deuil car appartenant à un régime ontologique radicalement distinct. Mais le colon craint également le “nègre” et le redoute juste après en avoir déclaré l’infériorité. C’est pourquoi Frantz Fanon, que relit Achille Mbembe, pouvait considérer le racisme comme provenant à la fois d’un délire et d’une véritable psychose.

Des Etats modernes dépressifs

Mais Achille Mbembe n’en reste jamais dans Politiques de l’inimitié à la période coloniale. Cette séquence historique continue à perdurer, sous différentes formes, et doit, à tout le moins, permettre d’interroger notre présent politique. C’est un même mode de la séparation qui organise aujourd’hui les Etats-nations occidentaux où s’observent, en différents points, des processus de dé-démocratisation. Si autrefois les Etats occidentaux avaient besoin, pour dominer, de la séparation des maîtres et des esclaves, ils distinguent aujourd’hui frénétiquement entre l’ami et l’ennemi, entre ceux qui ont le même sang, qui sont “de souche” et ceux de sang autre.

Les démocraties sortent d’elles-mêmes et se développent de plus en plus comme des Etats de sécurité à partir d’un état d’insécurité qu’elles créent elles-mêmes, justifiant également les guerres au-dehors.

L’Autre, ce n’est plus seulement le “nègre”, c’est aussi, désormais, le “musulman”, l’”Arabe” et le “migrant”. La domination raciale se poursuit puisqu’on ne cesse de les recouvrir de fantasmes au nom de l’incompatibilité supposée des civilisations et pour les contraindre toujours plus. Partout, il n’est question que de frontières, de murs et de mesures sécuritaires autoritaires qui visent ces ennemis que l’on se crée. On assiste ainsi, selon Achille Mbembe, à une véritable planétarisation de l’Apartheid où les volontés belliqueuses se mettent en scène dans des mythologies apocalyptiques ! En ce sens, c’est encore la forme-camp qui définit aujourd’hui notre horizon politique et celui de demain, très probablement.

Du racisme d’Etat au “nano-racisme”

C’est dans cette mesure que se développe un véritable racisme d’Etat qui se présente, invariablement, comme défense de la civilisation sans hésiter, pour ce faire, à suspendre le droit. Mais il ne faut pas sous-estimer un racisme adjacent, beaucoup plus insidieux, un nano-racisme qui fait maintenant partie intégrante des dispositifs pulsionnels et de la subjectivité économique de notre temps. Ce nano-racisme constitue pour Achille Mbembe une “forme narcotique du préjugé de couleur qui s’exprime dans les gestes apparemment anodins de tous les jours, au détour d’un rien, d’un propos en apparence inconscient, d’une plaisanterie, d’une allusion ou d’une insinuation, d’un lapsus, d’une blague, d’un sous-entendu et, il faut bien le dire, d’une méchanceté voulue.”

Les démocraties actuelles en restent dès lors à un stade narcissique, refusant d’admettre que nous sommes, fondamentalement, des êtres de frontières. L’Occident continue à se fantasmer comme lieu unique de l’être et de l’universel, pure mythologie que n’a cessé de venir confirmer la philosophie métaphysique. Loin d’un monde commun, qui reste toujours l’universalisation de simples particularismes, c’est un monde en commun qu’il est urgent alors de construire, un tout-monde selon la belle expression d’Edouard Glissant. Contre les “histoires” et les illusions qui séparent, Achille Mbembe nous appelle à travailler à une mémoire collective, à des généalogies communes pour nous reconnaître comme les fragments d’une même humanité. Il s’agit de reconnaître avec Frantz Fanon, qui a passé sa vie comme le rappelle l’auteur à passer d’un pays à l’autre, que l’homme reste un être social et que seule la reconstitution d’un lien non exclusif permettra de construire un futur politique loin du principe de l’inimitié prédominant actuellement. Si, dans Politiques de l’inimitié, Achille Mbembe se veut lucide face aux lignes de fracture qui s’accumulent, il nous offre néanmoins les moyens pour penser une communauté politique authentique et émancipatrice à venir, basée sur la relation de soin.




Achille Mbembe : « Il y a un glissement autoritaire à l’échelle planétaire »

Julien Le Gros  18 mai 2016


Achille Mbembe. Photo Jean Counet


« Politiques de l’inimitié », paru aux Éditions la Découverte, est un essai majeur pour comprendre le contexte de tensions de notre monde marqué par les replis et la violence. Décryptage avec son auteur, le philosophe camerounais Achille Mbembe.

Citation :
The Dissident : Quelles sont ces politiques de l’inimitié que votre livre analyse ?

Achille Mbembe : Mon livre situe le caractère inquiétant du moment mondial qui est le nôtre. Qu’est-ce qui fait qu’à la fois les vieilles démocraties libérales et les nouveaux pays recourent systématiquement et si légèrement à la guerre pour résoudre les conflits ? Parfois sous des prétextes tout à fait fallacieux. Pourquoi la guerre est-elle devenue le moyen privilégié de relation avec celui avec lequel on n’est pas d’accord ou avec celui dont on ne veut pas ? Et que l’on ne considère non pas comme un adversaire, mais comme un ennemi. Il y a une expansion de cette catégorie de l’ennemi aux réfugiés, aux migrants, à l’ethnie voisine et ainsi de suite. J’essaie de comprendre ces dynamiques dans le contexte actuel.

Des dynamiques aussi négatives que le terrorisme ou la répression policière des manifestations en France dans le contexte de l’État d’urgence..

Il y a une violence structurelle qui entraîne parfois des réponses irrationnelles. Aujourd’hui, le terrorisme et la guerre contre la terreur font partie d’une même matrice nihiliste propulsée par les mécaniques économiques à l’échelle globale. Ces deux formes de nihilisme mettent à mal la démocratie, notamment en constitutionnalisant le non-droit dans des situations dites d’exception. Cela permet à plusieurs États d’abroger toutes sortes de libertés qui font pourtant partie de notre condition moderne. Le recours à des actes extra-judiciaires permet à l’État de développer une violence sans réserve à l’égard de ceux qui lui sont opposés.

Cette dérive dépasse le cadre de la France.

Il y a à l’échelle globale un glissement autoritaire. Il y a, y compris dans les démocraties, une pulsion dictatoriale que l’on essaie de justifier par l’existence réelle ou fictive de toutes sortes d’ennemis. Les États contemporains vivent aux complots, aux conspirations, avec des ennemis réels ou supposés qui ont pour but de justifier l’exercice d’une violence inhérente à ces États qui ne se fixent plus de limites.

Comment expliquez-vous ce glissement autoritaire ?

C’est lié à un certain nombre de facteurs. D’abord notre monde est devenu très petit. Nous avons vécu pendant longtemps sur une distinction entre ici et ailleurs qui n’existe plus aujourd’hui. Au moment où cette distinction se délite, il y a à peu près partout des efforts pour réinventer des frontières, séparer les gens, discriminer. Cette abolition des frontières est congénitale du capitalisme financier. Ce système ne souffre pas de frontières. Mais les États eux en ont besoin. On assiste à une collusion entre les logiques d’un capitalisme financier livré à lui-même et des États-nations dont l’une des premières fonctions est de dire qui est dedans et qui est dehors.

Selon vous, une solution contre ces ségrégations serait de convoquer le penseur martiniquais Édouard Glissant et sa notion de Tout-monde

On pourrait convoquer la pensée de Glissant dans ce contexte inédit d’un monde limité. Nous n’en sommes pas les seuls habitants. Nous devons le partager avec d’autres espèces vivantes. Les humains ne sont qu’une dimension d’un ensemble plus vaste d’entités vitales, de flux, d’espèces organiques, végétales, minérales. On doit partager ce monde avec l’ensemble des vivants. Puisque les frontières rendent l’ici et l’ailleurs flous, cela veut dire que nous devons repenser toute la question de la frontière. On doit lire Glissant dans ce contexte historique nouveau qui nous oblige à réinventer la démocratie et à élargir les formes d’inclusion et de participation pour que le futur soit ouvert à tous et pas seulement à quelques uns.

En quoi la pensée de Frantz Fanon, l’auteur des « Damnés de la Terre » est-elle pertinente dans votre réflexion ?

C’est sans doute le penseur qui a prêté toute son attention au phénomène de la désaliénation. Dans le contexte de la guerre anti-coloniale en Algérie qu’il décrit, la violence est presque atmosphérique. Elle est partout. On la respire. Elle nous cerne de partout. C’est un contexte qui exige de prendre soin de l’homme blessé qui a été confronté à des situations invivables. Je m’intéresse à ces deux dimensions de Fanon : celui qui est conscient du fait de la violence et celui qui s’efforce d’ouvrir des chemins d’avenir en administrant des soins. Cette politique du soin est capitale si les sociétés d’aujourd’hui veulent échapper à la folie.

Qu’est-ce qui rend Fanon si actuel aujourd’hui ?

Il a eu une trajectoire de vie assez intéressante. Il est né en Martinique, a participé à la seconde guerre mondiale contre le nazisme. Il a étudié à Lyon et a pratiqué en Algérie, où il est mort. C’est quelqu’un qui était en permanence en route, sur le chemin. Sa destination n’était pas tout à fait évidente. Pour lui, l’important n’était pas les origines. Là où on naît relève de l’accident. Ce qui importait pour lui, c’est ce qu’il rencontrait sur le chemin et ce qu’il en faisait. D’où ma conclusion dans le livre sur l’éthique du passant. À partir de la métaphore de la route, je développe quelques réflexions sur ce que pourrait être une éthique non pas de l’inimitié, mais de celui avec lequel on est en route. Au détour du chemin, on fait des rencontres.

Vous êtes enseignant à Johannesbourg, en Afrique du Sud, pays qui malheureusement souffre toujours des conséquences de l’apartheid

C’est loin d’être résolu, mais au moins personne ne nie qu’il y a un problème. Il y a une différence entre reconnaître qu’il y a eu un problème, un passé désastreux et le déni. L’Afrique du Sud n’est pas dans une posture de déni. Il y a eu quelques avancées à partir des années 90 qui montrent leurs limites aujourd’hui. Il y a une demande d’inclusion en Afrique du Sud, en France, aux États-Unis… Partout les gens demandent à être inclus. Nul ne veut être exclu. La demande d’inclusion me paraît caractéristique des aspirations profondes de l’humanité contemporaine. Il y a deux forces qui s’opposent de nos jours : la force de ceux qui veulent être inclus et la force de ceux qui veulent exclure, séparer, bâtir des murs, réactiver et militariser les frontières. C’est la grande lutte d’aujourd’hui. On la voit en Afrique du Sud sous des formes très diverses. Un nouveau cycle de lutte est en cours, dont on ne peut prédire les résultats pour le moment. Des luttes entre les pauvres, les affranchis, qui n’ont pas bénéficié de la nouvelle dispensation résultant de la fin de l’apartheid. C’est la lutte des marginaux pour appartenir à la cité politique, pour avoir un toit, avoir accès à la santé, une scolarisation gratuite… La lutte des minorités sexuelles, des étrangers frappés par la xénophobie, les Zimbabwéens, Mozambicains, les autres nationalités africaines.. La lutte des ouvriers. En 2012 à Marikana, 44 mineurs ont été tués à la suite de revendications pour un revenu minimum digne. Reste à savoir comment ces luttes vont converger et pour quel type de convergence.

Dans votre livre, vous prédisez une émergence du continent africain.

Dans les années 2030-2040, ce continent sera le plus jeune au monde. On doit se poser la question : comment transformer ce dividende démographique en nouvelles ressources pour produire des richesses dont chacun puisse bénéficier ? Ce continent est le laboratoire des choses à venir. L’avenir de la planète se joue partout, mais dans certaines régions du monde plus que dans d’autres. C’est le cas de l’Afrique.

Comment expliquer que l’Afrique centrale, en particulier, soit totalement bloquée sur le plan démocratique ?

L’ensemble du monde est bloqué. Quand on regarde la démocratie américaine, elle est captée par les forces de l’argent. Aux États-Unis, grâce à l’argent, vous pouvez acheter la loi. Mais personne n’appelle ça de la corruption. La démocratie est vidée de son sens par un glissement autoritaire à l’échelle planétaire. Il nous faut approfondir la forme démocratique, la renforcer si on ne veut pas que surgisse un peu partout cet autoritarisme, voire ce fascisme. L’Afrique centrale, c’est le cœur des ténèbres. C’est le gouvernement perpétuel par la négligence, l’accaparement, la prédation. C’est un chaos organisé typique des processus d’accumulation primitive. Cela vient de raisons d’ordre historique pré-coloniales, coloniales. La concaténation de facteurs structurels et historiques, la faiblesse structurelle des oppositions, l’éparpillement ethnique, la segmentation accélérée, la suspicion généralisée qui empêchent de faire coalition, et que le rapport entre la société et l’État bascule au profit de la société.

Selon vous, la solution passe par la libre circulation des individus, l’abolition des frontières ?

Il faut que ça circule, que ça bouge, que ça respire. Il faut tourner le dos au modèle de l’Afrique centrale. Transformer l’Afrique en un vaste espace de circulation. Si on est d’accord sur un tel objectif stratégique, il y a plusieurs manières de l’atteindre. L’Afrique souffre d’un enclavement interne, d’une fermeture sur soi-même et d’une logique d’extraversion. Le continent regarde vers l’extérieur. Il n’est pas parvenu pour le moment à tisser un réseau intérieur qui l’aiderait à avoir sa force propre. Il faut créer des autoroutes, des routes, des chemins de fer régionaux, des ports. Il faut ouvrir ce continent. Il n’y a pas d’autre chemin que de sortir de cette double pénalisation qui fait que les Africains ne sont les bienvenus nulle part et le sont encore moins chez eux-mêmes.

Il y a aussi les rapports Nord-Sud qui font que les Européens en Afrique sont considérés comme des expatriés et les Africains en Europe comme des immigrés..

Il faut casser ce type de rapports qui n’ont aucune raison d’être de toutes les façons : juridique, esthétique, artistique, politique… Ça ne produit que de l’asservissement et de l’aliénation.

Que pensez-vous des propos de la ministre de la famille et du droit des femmes Laurence Rossignol, qui a comparé les femmes voilées aux « nègres » qui étaient pour l’esclavage ?

La ministre ferait bien de se donner un petit moment pour mieux apprendre l’Histoire. C’est toujours la même chose. C’est le droit à l’ignorance dont se prévalent les puissants puisque l’ignorance autorise l’indifférence. L’ignorance permet aux puissants de traiter les autres d’une manière irresponsable.

Le 2 mai, l’écrivain Alain Mabanckou a initié un colloque « Penser et écrire l’Afrique noire » au Collège de France, avec des intellectuels comme vous-même, Françoise Vergès, Pap Ndiaye, Dany Laferrière, Lucy Mushita, Pascal Blanchard, Souleymane Bachir Diagne… Est-ce un signe encourageant ?

Disons que cette initiative est comme une luciole dans la nuit. On sait comment fonctionnent les lucioles. Un rai de lumière et tout de suite elles convergent. La question, c’est de savoir comment passer de la luciole à quelque chose de plus lumineux sur le plan institutionnel. Il y a une énorme demande en France, dans d’autres pays d’Europe, en Afrique du Sud, aux États-Unis, au Brésil… pour une autre intelligence de l’Histoire du contemporain. C’est lié à une profonde inquiétude sur le futur de notre planète, de l’humanité dans ses rapports avec les autres espèces vivantes. Il y a une demande d’intelligence. La question est de savoir comment reconnaître la légitimité de cette demande et la prendre en charge institutionnellement. Ce n’est pas avec un cours pendant un mois au Collège de France qu’on transformera les choses de manière effective. Mais en faisant les Alioune Diop d’aujourd’hui. (1) Alioune Diop, c’est quoi ? Un ensemble d’institutions autour desquelles s’organise une vie intellectuelle, culturelle, artistique, avec une réflexion et des moyens de dissémination qui permettent de transformer l’esprit de l’époque. Il nous faudra des Alioune Diop. Que les institutions académiques françaises prennent en charge de façon systématique ces savoirs… qui pour le moment sont écartés des curriculum dominants. C’est à cette condition que des initiatives comme celle d’Alain Mabanckou auront un futur. Ceci dit, ce 2 mai nous avons vécu quelque chose de magique. Les centaines de personnes qui ont assisté à ce moment l’ont bien senti et ne demandent qu’à recommencer.

Dans votre livre, vous puisez dans un corpus très divers qui va de Fanon à Freud.

Il faut puiser dans les archives du monde en général. Il ne peut pas y avoir de ségrégation théorique. Dans l’esprit de Fanon, ce dont nous héritons, c’est du monde dans son ensemble. C’est ce que pensent des gens comme Édouard Glissant. Il nous faut habiter toutes ces archives. Ma vie se situe dans ce couloir qui va de l’Afrique à l’Europe, aux États-Unis. Je m’efforce de puiser dans les ressources que nous offrent ces trois régions. Il faudrait puiser dans l’Asie, les grands États émergents comme la Chine, l’Inde, le Japon… toutes ces vieilles traditions dont on ne peut plus se passer à l’ère planétaire et qui auront un poids dans l’avènement du futur.

Pour la suite, on imagine que l’afro-futurisme va nourrir vos écrits.

Après la trilogie « De la post-colonie » en 2001, « Sortir de la grande nuit » en 2010 et « Critique de la raison nègre », le dernier ouvrage de cette série portera en effet sur l’Afrique du futur. De l’Afrique comme monde et du monde ayant par définition une dimension africaine et un devenir africain. Le devenir africain du monde.

(1) Alioune Diop : Intellectuel sénégalais, fondateur de la revue Présence africaine, organisateur en 1956 à la Sorbonne du Congrès des écrivains et artistes noirs qui a rassemblé entre autres Richard Wright, Aimé Césaire, Amadou Hampâté Bâ, Joséphine Baker…

Julien Le Gros est un journaliste indépendant, spécialisé sur les cultures d'Afrique. Il a notamment écrit pour Jazzman - Jazz magazine, Afriscope, Mondomix... mais aussi sur Internet avec Africultures, Mondafrique, Tribune 2 l'artiste, International Hip Hop. Il a fait des reportages au Kenya, Cameroun, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Sénégal et récemment en Guinée Conakry sur le virus Ebola.


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mer 25 Mai - 13:34


dans le fil NUIT DEBOUT / LOI TRAVAIL


parenthèse théorique dans un moment français sans certitudes

dans ce long feuilleton où j'essaye chemin faisant de saisir le sens et l'évolution de ce "mouvement" passé de la centralité (auto-)médiatique de Nuit Debout à celle de la lutte pour le retrait de la Loi travail, ce texte de RS présente la suite de son analyse du 3 mai

d'emblée, RS souligne que l'essentiel de cette analyse portait non sur "l'épuisement" prévisible de Nuit Debout (premier paragraphe), mais sur la question de "l'illégitimité de la revendication" se comprenant, ou non, comme telle (deuxième paragraphe), ce qui renvoie à mon petit questionnement théorique du 20 mai sur Nuit Debout et le prolétariat : RS rappelle (paragraphe 7) que nous sommes bien dans « la luttes des classes » en insistant sur les particularités de l'entrée en lutte de(s) des classe(s) moyenne(s) > paragraphe 5 sur la composition sociologique de Nuit Debout et le fait, sous réserve, que « 2/3 des nuitdeboutistes n'avaient pas participé aux manifestations contre la Loi travail » (enquête EHESS)

RS a écrit:
(11) En ce qui concerne les « Nuits debout », bien évidemment le changement de nature général du mouvement dont elles sont un moment est appelé à les transformer ou les faire disparaître. Cela va révéler plus clairement l’hétérogénéité des participants en les obligeant à reformuler leur positionnement vis-à-vis des actions revendicatives dans leur particularité et corollairement vis-à-vis des solutions politiques, démocratiques et citoyennes.

dans le paragraphe (3), RS note comme moi, ce n'était pas difficile, que « quelque chose est en train de changer », plus difficile de le définir simplement, parce que ce n'est pas « simple, linéaire et unilatéral » et que . Pas très simple non plus de suivre RS dans les explications théoriques qu'il donne ensuite, et qui portent autant de questionnements que de réponses, traduisant les contradictions de ce moment d'une lutte présentant indéniablement, en France, des caractéristiques nouvelles

si je me sens globalement en phase avec ces considérations, je serais donc bien en peine à ce stade de préciser avec quoi je suis précisément en accord ou désaccord, puisqu'il ne s'agit pas de voir si la bouteille dialectique est à moitié vide ou pleine. Le rappel de principe du classique de Théorie communiste : « C’est alors qu’apparaît toute la question du franchissement du plancher de verre comme déterminant pour n’importe quel mouvement général de luttes. » n'affirme pas la perception d'écarts mais les conditions de leur possible/impossible émergence dans ce moment des luttes : le conditionnel est de rigueur théorique : « Une dialectique... les conditions d’apparition, même fugitive, de l’appartenance de classe comme contrainte extérieure. La marque de son apparition pourrait être... » (paragraphe 8 )

les paragraphes 9 et 10 sont particulièrement importants et me semblent indiquer un rapport politico-stratégique différent, moins ambiguë que d'habitude chez RS et TC, plus "engagé" peut-on dire, et préciser ce que, tout en participant à ces luttes telles qu'elles sont, on ne saurait soutenir ou faire qui serait somme toute contraire à notre compréhension de ce que seraient des dépassements produits, ou à produire, de leurs limites *

* c'est toujours ça de pris dans le silence assourdissant de tout le milieu radical ultragauche depuis deux mois sur ces mouvements en France, alors qu'ils ne sont en rien gênés pour s'exprimer sur ce que doivent faire... les Kurdes. Nicolas Astarian, lui, a bien le droit... à la paresse

RS a écrit:
Les possibilités pratiques dans une telle situation doivent mettre l’accent, dans le franchissement du plancher de verre, sur les failles des revendications, s’insérer en elles, car ce sont elles qui ont relancé le mouvement.

Il faut travailler, ne serait-ce qu’en les signalant et soulignant fortement, à faire apparaître l’absence d’autres failles dans les revendications que sont la faiblesse d’une affirmation féminine autonome dans le mouvement et la quasi absence de la racialisation de la force de travail dans son existence quotidienne face au capital et dans son monde.

Signaler la faiblesse ou l’absence de ces failles dans les revendications c’est déjà souligner leur instabilité actuelle car la convergence n’est pas nécessairement (malheureusement peut-être aussi) la voie royale de la remise en cause par le prolétariat de sa propre existence de classe dans sa contradiction avec le capital. En ce sens, l’appel ou même la réalisation de la « grève générale » peuvent être tout aussi ambigu que la convergence.

sur « la faiblesse d’une affirmation féminine autonome dans le mouvement », il me semble que le moment est à ce stade loin de pouvoir la faire émerger comme un problème au sein du prolétariat (il nous manque certes quelques témoignages de « camarades mais femmes »...) mais je veux rappeler néanmoins les controverses, dans Nuit Debout, sur la « non-mixité » c'est-à-dire le bouclier contre la légitimité même d'une auto-organisation des luttes des femmes

quant à « la quasi absence de la racialisation de la force de travail dans son existence quotidienne face au capital et dans son monde », je ne comprends tout simplement pas ce que veut dire RS. Il faudra revenir sur le rapport de Nuit Debout et des luttes anti-Loi travail avec ce qui serait une expression particulière des « banlieues non-blanches » (formule nouvelle chez RS, au paragraphe 4), mais aussi sur les positions ou initiatives prises dans cette période par les organisations du mouvement décolonial en France, qui me paraissent toujours contradictoires entre expres​sion(française) d'une dynamique décoloniale mondiale, et illusions proprement politiques cherchant des alliances d'extrême-gauche comme en se tirant une balle dans le pied. Nous aurons là l'occasion de faire un point théorique plus général en notant que le rapport entre luttes de classes d'une point de vue post-marxien et la pensée décoloniale est peut-être sur le point de franchir un petit pas tant pratique que théorique (cf le texte du 20 mai d'Emre Öngün Colonialisme, racisme et capitalisme : revenir à Marx

bref, gardons-nous d'avoir la tête dans le guidon français pour comprendre ce mouvement dans la situation mondiale qui le détermine aussi et surtout en contraint sérieusement les issues

Débordements, imbordements et épuisement (suite)
(toujours sur le mouvement de luttes contre la Loi travail)

R.S 24 mai 2016

RS a écrit:
(1)            La perspective d’ « épuisement » du mouvement a retenu l’attention de quelques lecteurs du petit texte, publié sur Dndf, De débordements en imbordements jusqu’à l’épuisement. Quelques événements récents, blocages, grèves plus ou moins reconductibles et reconduites, paraissent infirmer cette perspective de l’épuisement. C’est exact, le mouvement rebondit, mais comment ? Il était normal que cet « épuisement » retienne l’attention car finalement ce qui compte ce sont les pratiques, les enjeux, l’action et les perspectives que l’on a et/ou que l’on crée et dans lesquelles on agit. Cependant, cette perspective de l’ « épuisement », si elle a retenu l’attention n’était pas la « thèse centrale » de ce texte.

(2)          Le thème central de ces quelques lignes était l’illégitimité de la revendication salariale qui d’une simple situation subie (le ministre Sapin vient à nouveau de déclarer expressément  que « les revendications n’étaient pas légitimes ») devient de façon partielle, balbutiante et spasmodique la propre compréhension du mouvement. La limite très problématique de cela était que ce contenu « flottait comme une conscience s’émancipant de ses limites », comme si cette conscience « devançait ses propres conditions de production ». C’était le fameux « plancher de verre » de la production auquel se sont heurtées de nombreuses luttes générales actuelles, les maintenant dans les instances de la reproduction.

(3)           Là-dessus quelque chose est en train de changer. Mais il faut se garder de voir cette évolution comme une chose simple, linéaire et unilatérale. Grèves et blocages apparaissent ponctuellement, disparaissent, réapparaissent. Encore et toujours comme si le mouvement cherchait sa raison d’être. Il faut d’abord remarquer que ce qui est en train de bouger et semble contredire la perspective de l’épuisement se fait sur la base de revendications sectorielles. Donc, au premier abord, rien n’empêche de penser que cette poursuite et ce rebondissement peuvent être la disparition de ce qui était apparu et avait caractérisé une première phase du mouvement. En fait, ce qui était alors apparu demeure la tendance de fond, mais celle-ci ne se poursuit pas tranquillement dans le franchissement du « plancher de verre », c’est-à-dire, enfin, dans la formation de ses propres conditions d’existence.

(4)         Dans ce franchissement, le « nous ne revendiquons rien » des débordements, des collectifs de luttes et des « Nuits debout » quitte la généralisation abstraite qui était la sienne. Bien sûr, dans cette généralité abstraite, était évoqués le chômage, les sans-papiers, les banlieues non-blanches, les femmes, les conditions de travail et de salaire, le logement, l’envahissement de nos vies par la marchandise, les orientations sexuelles, l’agriculture paysanne, etc. Mais, chacune de ces « causes », bien réelles, n’avait, dans sa finitude, aucune existence pour elle-même, chacune n’était là que comme moment d’une totalité à venir, moment de la convergence finale qui devait déjà virtuellement et potentiellement les animer ne serait-ce que dans leur addition. Les notions de citoyens, de peuple, d’ « être ensemble » saturaient les discours. Où était l’ennemi ? La police : parce qu’elle empêchait tout cela de fonctionner pour lui-même comme chacun en avait le désir. « Tout le monde hait la police », mais il ne sert à rien de haïr le gourdin si l’on ne hait pas la main qui le tient. Le point de vue dans sa généralité était finalement un point de vue de nulle part, sans opposants, sans ennemis, ou les ignorant superbement. Mais le point de vue de nulle part n’exprime pas forcément une situation qui n’existe pas.

(5)         Selon une enquête menée par des sociologues de l’EHESS (à considérer de façon indicative), la composition sociale des « Nuits debout » est plus diversifiée qu’on ne l’a dit : chômeurs, habitants de banlieues, ouvriers. Cependant, la grande majorité des participants est diplômée du supérieur long (comme le relève l’enquête et une simple présence dans un de ces rassemblements). Si cela n’empêche pas d’être au chômage, cela définit tout de même un profil social particulier à partir duquel on peut tenir le langage du général, du « commun », de la justice et de l’injustice. L’individu diplômé, issu de la classe moyenne (les diplômes du supérieur long ne sont pas « banalisés »), impliqué dans la vie associative,  incarne la norme abstraite de la citoyenneté républicaine. Les « Nuits debout » savait bien faire parler d’elles, elles étaient photogéniques dans les médias qui finalement pouvaient y retrouver leur propre monde. Le « nous ne revendiquons rien » était une généralité abstraite apparaissant et parfois même agissant comme récupérateur de l’effervescence sociale particularisée. Selon la même enquête (et avec les mêmes réserves), les 2/3 des participants parisiens de « Nuit debout » n’avaient participé à aucune manifestation contre la Loi travail.

(6)      Maintenant, les revendications sont là, elles jouent leur rôle et celui-ci est ambivalent. C’est là où nous en sommes. La poursuite du mouvement, son passage à un autre niveau sont un rebondissement, mais celui-ci n’est pas forcément contradictoire à l’épuisement-disparition de ce qui avait pu apparaître comme sa détermination fondamentale dans une première phase, c’est-à-dire la généralité non-revendicative abstraite avec toutes ses limites idéologiques car elle était elle-même idéologie. Le dépassement de la généralité abstraite passe par le particulier et le particulier maintenant ce sont les revendications. Mais il faut se garder de penser que le tout ne peut exister que dans chaque partie, au sein de chaque situation où il se jouerait non pas en puissance mais en actes. On passerait de la généralité abstraite à la « totalité expressive » où chaque partie, chaque catégorie revendiquant, est immédiatement expressive du tout qui l’habite en personne. Le mode de production capitaliste n’est pas une « totalité expressive », le tout du mode de production capitaliste s’exprime dans une structure hiérarchisée avec des déterminations fondamentales et des dominantes que ces déterminations désignent (il peut arriver que la réflexion théorique, même très abstraite, ne soit pas totalement inutile). C’est alors qu’apparaît toute la question du franchissement du plancher de verre comme déterminant pour n’importe quel mouvement général de luttes.

(7)      L’appartenance de classe comme contrainte extérieure est une situation, un surgissement dans la lutte des classes, dans lequel le particulier et la revendication sont là et jouent leur rôle. Cette situation et ce surgissement sont une résultante de forces, ils dépendent de la relation entre une pratique du prolétariat (de la classe ouvrière pourrait-on écrire ici) et la pratique de l’Etat et de la classe dominante. Pour que cette pratique prenne forme, il faut que la pratique revendicatrice, le franchissement du plancher de verre, soient déjà minés, que la revendication comporte des lignes de failles. Ces lignes de faille on peut les voir dans le fait de ne pas hésiter à se lancer dans des actions minoritaires, dans les blocages qui volontairement excèdent le secteur ou l’entreprise en lutte, la volonté de frapper un ensemble d’entreprises locales, la porosité entre les syndicalistes à brassards et dossards et les « cortèges informels », la non-marginalisation dans les manifs et débordements des dits « casseurs » et aussi dans la relation en cascade qui unie tous les niveaux de lutte. L’intrication de toutes les revendications finit par interroger La Revendication même.

8         Sur cette base, une « dialectique » entre les revendications et la réaction de la classe dominante joue dans les conditions d’apparition, même fugitive, de l’appartenance de classe comme contrainte extérieure. La marque de son apparition pourrait être, au-delà de la grève et des débordements, des pratiques modifiant l’usage des transports, des raffineries, etc. dans le but d’étendre et de modifier les luttes en cours, au-delà de tout souci gestionnaire et aussi de revendications particulières. L’emparement des outils de la lutte n’est pas une forme de propriété, c’est toujours une activité qui ne s’institutionnalise jamais, c’est la définition commune, toujours en cours, d’un usage.

(9)        Les possibilités pratiques dans une telle situation doivent mettre l’accent, dans le franchissement du plancher de verre, sur les failles des revendications, s’insérer en elles, car ce sont elles qui ont relancé le mouvement. Il faut travailler, ne serait-ce qu’en les signalant et soulignant fortement, à faire apparaître l’absence d’autres failles dans les revendications que sont la faiblesse d’une affirmation féminine autonome dans le mouvement et la quasi absence de la racialisation de la force de travail dans son existence quotidienne face au capital et dans son monde. Signaler la faiblesse ou l’absence de ces failles dans les revendications c’est déjà souligner leur instabilité actuelle car la convergence n’est pas nécessairement (malheureusement peut-être aussi) la voie royale de la remise en cause par le prolétariat de sa propre existence de classe dans sa contradiction avec le capital. En ce sens, l’appel ou même la réalisation de la « grève générale » peuvent être tout aussi ambigu que la convergence.

(10)         En s’insérant et en mettant l’accent sur la relation de ces failles avec les pratiques de la classe dominante, il faut miser sur son intransigeance. Face aux blocages et aux grèves dans les raffineries, le Pdg de Total annonce ce soir que le groupe va revoir ses investissements en France. Est-ce que j’existe, est-ce que je suis nécessaire pense l’ouvrier de Fos, qu’il travaille pour Total ou non ? Il faut miser également sur la crise spécifique de l’Etat en France devenu une baudruche méchante. C’est cela aussi, dans le rapport à la classe capitaliste et à son Etat, l’annonce de l’appartenance de classe comme contrainte extérieure, c’est-à-dire des situations où se crée un écart dans les pratiques revendicatives, écart où dans la pratique revendicative se remet en cause l’acteur qui revendique parce qu’il n’existe que de par la classe qui lui fait face. On passe de l’illégitimité subie des revendications à une illégitimité revendiquée où son propre porteur se demande qui il est. Il ne faudrait surtout pas, comme la tendance à cela existe, que les pratiques qui peuvent construire cette dynamique s’autonomisent de leur raison d’être (l’action en tant que classe, les revendications) et hypostasie cette dynamique qu’elles cherchent à construire.

(11)        En ce qui concerne les « Nuits debout », bien évidemment le changement de nature général du mouvement dont elles sont un moment est appelé à les transformer ou les faire disparaître. Cela va révéler plus clairement l’hétérogénéité des participants en les obligeant à reformuler leur positionnement vis-à-vis des actions revendicatives dans leur particularité et corollairement vis-à-vis des solutions politiques, démocratiques et citoyennes. Soit c’est leur fin, soit leur composition sociale change. Les ambivalences présentes des pratiques revendicatives doivent devenir leur préoccupation centrale. Ou alors, soit ces assemblées tomberont complètement dans la pure idéologie autoréférentielle d’une Communauté en construction (avec le mirage des outils informatiques gage de sa virtuelle existence) sous le couvert de l’idéologie en expansion du « commun » ; soit dans la reconstruction politique type Podemos (peu envisageable pour l’instant en France ; Syriza c’est autre chose).

(12)      Pour terminer en revenant, comme il se doit, à la question de l’introduction, le franchissement du plancher de verre, le fait pour ce qui avait constitué la première phase du mouvement de trouver ses propres conditions d’existence, de ne plus « flotter », peut tout autant être l’enterrement, l’épuisement de cela même qui avait constitué cette première phase que son passage réellement à un niveau supérieur. Rien n’est linéaire et unilatéral, mais ce sont les enjeux et les positionnements discriminants qu’il faut définir.

voilà, chère lectorate camarade, en attendant que les lutteurs fêtent la « victoire » du retrait de la Loi travail, de quoi nourrir notre retraite au flanc beau contre les lendemains déchantés du chaos, et cultiver notre jardin communiste

rien n'est perdu, Collectors de classe s'il en est, Francis Martinez est né un 1er avril, et tous les espoirs sont permis : il a quitté le PCF en 2002, et quand il était petit, contre les Cow-boys, il était un indien


Rolling Eyes

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 27 Mai - 9:22


une victoire symbolique du prolétariat ouvrier français

ce n'est pas une question, mais une affirmation que j'expliquerai plus bas, après cette conversation avec Corinne Cerise. Il ne s'agit pas de "conclure" sur l'issue du mouvement avant qu'il ne parvienne à sa conclusion, elle-même provisoire car transitoire vers quelque chose qui ne sera plus comme avant; mais plutôt d'ouvrir quelques pistes de réflexion à chaud, sur lesquelles revenir plus tard

1) conversation : même en cas de retrait pourra-t-on parler de victoire ?

Corinne Cerise a écrit:
Au vu de la faible mobilisation des manifs de ce jour, j'ai un petit doute. Je pensais que le mouvement des grèves dans les raffineries et les transports pouvait faire boule de neige et déboucher sur une "radicalisation" (toute relative et à l'intérieur du capital, bien sûr). Mais la Cégète et Sud semblent bien isolés aujourd'hui. J'ai l'amère impression qu'il s'agit d'un baroud d'honneur, qui peut certes durer, mais qui s'étiole.

Et vous-même, partagez-vous cette impression, ou bien avez-vous une analyse à proposer.

Patlotch a écrit:
je viens de rentrer de la manif parisienne et j'ai mis quelques mots sur le forum. Du monde mais pas assez et grand contraste entre le type de participants (militants syndicaux et salariés, plus étudiants...) et la démesure du déploiement des "forces de l'ordre"

je n'ai pas lu la presse et n'ai donc pas une idée des manifs d'aujourd'hui... Ça pourra je pense tenir et obtenir le retrait, car Valls aussi est isolé, mais en soi, pourra-t-on parler de "victoire" ?

quoi qu'il en soit, je l'ai dit, je pense que ça ne peut pas s'auto-dépasser au-delà de la défense du travail et de la démocratie : je suis moins "optimiste" que RS, dont le dernier texte (sur dndf) est plutôt bon je trouve, peut-être avec des infléchissements de son analyse...


Corinne Cerise a écrit:
Si nous obtenons le retrait, oui pour ma part je considère cela comme une victoire. Ça traduira en actes ce que peut faire la "conscience de classe" (j'emploie de ces mots...). Plus sobrement, ce sera une claque pour Gattaz et ses marionnettistes. Donc, oui lutte victorieuse. Ce ne serait pas si souvent.

Bien évidemment, comme vous le mentionnez (et moi aussi dans ce courriel), cela se joue à l'intérieur du capital, typiquement dans le DR. En témoigne ce qui se fait de plus "sérieux", sérieux en ce sens que cela a été produit par les militants eux-mêmes (cf les signataires) : Le texte/résolution des "On bloque tout" publié sur le forum.

PS : Il est un peu bizarre ce texte mis en ligne par vlad2. C'est le pire du post-situ sans aucune analyse de l'économie politique.


Patlotch a écrit:
oui et non, je veux dire, allusion au CPE, que ce ne sera qu'une victoire pour que ça se négocie autrement, et ils finiront pas imposer la même chose. Là il y a une conjoncture favorable parce que la CGT a bien joué, mais l'"opinion" en a ras le bol, autant veulent le retrait parce qu'ils sont contre que parce que ça fout le bordel

cela dit on ne boudera pas son plaisir de donner une claque à Valls et Hollande, c'est vrai

PS : sur le texte du Comité invisible en liaison avec la question d'un "franchissement du plancher de verre", j'ai donné mon point de vue plus haut


la nuit couchée portant conseil...

2) quelques remarques sur ce moment français de luttes des classes

1) plusieurs générations n'ont jamais connu ça, et à vrai dire, personne n'a connu une telle mobilisation ouvrière contre un gouvernement de gauche, parce qu'il n'y en a pas eu sous la Vème République, ni depuis la Libération

2) nous manquons cruellement d'enquêtes, au sens de l'enquête ouvrière, qui traduisent des avis plus personnels et spontanés que les diverses expressions militantes reprenant des discours et dogmes politiques ou théoriques d'où qu'ils viennent, de l'extrême-gauche, la gauche "radicale" ou des anti-systèmes autonomes ou post-ultragauche ouvrière conseilliste

des discussions que j'ai eu hier dans la manifestation parisienne ou après à Nation où je suis resté jusqu'à 20 heures, comme du commentaire de Habib sur dndf, je ressens le regret de n'être pas davantage sorti pour discuter avec des participants divers si possibles non militants, notamment à Nuit Debout et autour. Si j'en trouve la forme physique, je le ferai la semaine prochaine, qui s'annonce chaude

3) non il n'y a rien de "révolutionnaire" là-dedans, ni dans les manifestations, ni dans les grèves et blocages, ni dans les affrontements avec la police : la lutte des classes suit son cours au sein de l'implication réciproque, et le désir d'en sortir ne s'exprime que marginalement, de façon quasi immédiatiste, chez les activistes

4) l'essentiel positif me semble une victoire symbolique déjà acquise : la reprise de la lutte de classe prolétarienne, j'entends par là de la classe ouvrière et de salariés du tertiaire

un point est important : ce ne sont pas des fonctionnaires ou salariés des services publics qui mènent la danse, comme en 95 (les cheminots pas encore), du fait qu'ils ne sont pas impactés par la Loi travail en tant que telle. Les cheminots vont ressortir la semaine prochaine sur des revendications spécifiques, comme ceux de la RATP. Quant aux fonctionnaires, le projet d'allongement de leur temps de travail a été mis de côté pour l'instant, le gouvernement n'étant pas maso. Les enseignants sont nombreux, mais des plus indécrottablement liés à leur statut social

il y a bien sûr beaucoup de retraités, en majorité militants des partis ou gravitant autour, ceux qui faisaient les gros bataillon du démocratisme radical, mais aussi les plus âgés, qui ont une mémoire vécue de 68, et si j'en crois quelques discussions sentent qu'il se passe quelque chose d'important et de nouveau

5) remarque adjacente : comme on le voit sur les photos, nombre de manifestants ou pancartes arborent des autocollants de plusieurs organisations syndicales et politiques, comme si cela leur était indifférent, ce qui recoupe en quelque sorte le rejet des partis et le désir d'une unité plus que d'une convergence

6) au total, des impressions assez contradictoires et paradoxales : à la fois rien de "révolutionnaire" même en s'en tenant au désir de révolution, et en même temps quelque chose d'un renouveau de la lutte des classes ouvrière et prolétarienne, qui traverse évidemment les clivages politiques droite-gauche, puisqu'une bonne part sont abstentionnistes ou électeurs du Front national : il est frappant qu'à ces manifestations n'appellent aucun parti politique (cela s'est vu par le passé), même si l'on voit des drapeaux PCF, Front de gauche, Ensemble...


3) victoire symbolique... luttes auto-théorisantes... lien organique lutte-pensée des luttes...

c'est en ce sens que je parle de victoire symbolique du prolétarien français, qui marque d'ores et déjà un tournant dans les luttes de classe en France, avec tous les questionnements évoqués plus haut, soit par RS de Théorie Communiste chez dndf, avec un inflexion notable de sa "pratique théorique", soit par moi-même dans ce roman feuilleton, ou Corinne Cerise, en rappelant cette remarque de Habib dont le commentaire traduit plutôt bien ce que j'appelle luttes auto-théorisantes, voire bien que balbutiant, lien organique entre luttes et pensée des luttes

Habib a écrit:
26/05/2016 à 14:46 | #3

On ne peut pas être en marge de ce mouvement sauf à être hors de ce monde; on ne peut pas se contenter de faire un reportage au sens journalistique de ce qui se passe; être optimiste ou pessimiste est avant tout la position du spectateur; tout le monde est concerné d’une façon ou d’une autre et à des degré divers; et j’ai l’impression qu’en marge de la nuit debout, la lutte de classes est en train de produire de la théorie, notamment en faisant avancer notre vieux débat sur l’intervention;

Comment rester « en dehors » d’un débat quand tu vois que tu as quelque chose à dire ou à proposer, que ce quelque chose tient compte de toutes tes lectures, connaissances et analyses et qui est arrivée , par lui même, dans le débat ? Tu n’a rien forcé, et tu ne veux pas emmener les gens sur une voie particulière, ce n’est pas faire de la propagande ou « appliquer » quoi que ce soit … ça vient naturellement dans le cours de ton activité de vie … je me souviens, Roland avait appelé naguère une telle chose « activité de grève »; ce truc là nous vient comme une activité et au contraire la repousser c’est être soumis à une idéologie ou un programme.



... subjectivation révolutionnante

il va sans dire mais mieux en le disant qu'une victoire même symbolique est capitale en terme d'encouragement à poursuivre, de désir de poursuivre et d'en découdre avec le Capital et sn État, et donc de subjectivation, sinon révolutionnaire, au moins révolutionnante



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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Ven 27 Mai - 16:39


un débat enfin lancé

Habib : « en marge de la nuit debout,
la lutte de classes est en train de produire de la théorie »


Débordements, imbordements et épuisement (suite de la suite)

RS : Quelques remarques sur le commentaire d’AC (une réponse à Robin et Habib viendra par la suite)

RS a écrit:
27/05/2016 à 11:06 | #5

Si les « Nuits debout » ont été débordées par les « casseurs » et les syndicalistes, c’est le mieux qui pouvait leur arriver. Mais il faut se demander pourquoi elles ont été débordées, pourquoi maintenant elles sont face à l’alternative soit de leur repositionnement à l’intérieur de l’ensemble du mouvement qu’il faut considérer dans sa totalité, repositionnement qui modifierait leur composition sociale, soit de leur disparition. Quelle est cette « capacité d’absorption qui a trouvé sa limite » ? C’est insuffisant d’en trouver la raison simplement dans leur « ligne consensuelle ». La « ligne consensuelle » n’était pas un simple réceptacle, une chose vide, en attente d’être remplie, elle n’était pas une absence de ligne.

La « ligne consensuelle », la « capacité d’absorption », c’étaient ce que j’ai qualifié de « généralité abstraite » en soulignant que celle-ci, ce « point de vue de nulle part », pouvaient en fait être précisément situé socialement. Cette généralité abstraite avait trouvé sa formulation fétiche dans un « Nous ne revendiquons rien » pour lequel les revendications n’étaient pas quelque chose d’intérieurement dépassé mais exprimaient une extériorité a priori vis-à-vis des revendications. Ce qui est dépassé n’est jamais totalement étranger à ce qui le dépasse.

Si les « Nuits debout » ont été « débordées », c’est qu’elles n’existaient que dans un contexte. Contexte absent du commentaire d’AC aussi bien en ce qui concerne les « Nuits debout » qu’en ce qui concerne les grèves et revendications présentes, ce qui confère à ces commentaires une certaine coloration normative [cela relève, comme souvent chez Stive aussi, d'une application dogmatique descendante de LA théorie, celle de TC, alors que RS ne fonctionne pas comme ça, ou pas toujours et ici pas du tout, changement notable de pratique théorique].

Si l’on admet que « casseurs » et syndicalistes ont pu « déborder » les « Nuits debout », il faut admettre que ces dernières étaient également un moment du mouvement général et c’est à partir du mouvement général comme contexte qu’il faut appréhender chacun de ses termes [j'ai noté une intrication de Nuit Debout et des manifs plus complexe que l'image donnée y compris par les sociologue. Au demeurant cela s'explique assez, quand on voit que l'infrastructure organisationnelle de Nuits Debout tenait à l'implication des militants de gauche radicale, ce qui était encore plus visible dans les petites villes]. Dans mon premier texte je les qualifie d’ « écume sociale » d’une situation générale d’illégitimité de la revendication salariale « qui travaille de façon différente l’ensemble de la société ».

A la place de « société », j’aurais du écrire « de l’ensemble des classes sociales vivant du salaire ». Ce qui aurait eu le mérite de faire ressortir le jeu de plus en plus important pour la compréhension des luttes actuelles entre rapports de production et rapports de distribution qui ne sont pas des ensembles exclusifs l’un de l’autre. [cela rejoint ma remarque sur l'articulation entre blocages (extérieurs) et grèves (intérieures)]

C’est également dans ce contexte qu’il faut juger le rebondissement actuel. Qualifier ce rebondissement comme une « expres​sion(auto)satisfaisante dans le face-à-face Valls/Martinez » me parait très réducteur. Pour parler clair, c’est prendre les ouvriers pour des cons que de penser que les 3000 travailleurs portuaires du Havre défilent pour permettre à la CGT de « redorer son blason » et pour qu’elle puise « partir gagnante pour les élections de 2017 ». [je parlais à cet égard d'une méconnaissance et d'un mépris certain pour les prolos. Les "camarades" radicaux ont parfois de la CGT la même vision que les médias dominants, ils devraient faire plus attention]

Tous les ouvriers des manifs ne sont pas syndiqués et on ne voit pas pourquoi ils rouleraient pour les manigances de la CGT. La direction de la CGT peut avoir son propre agenda, mais l’idéologie de la manipulation a fait son temps. La séquence de grèves et blocages ne se réduit pas à l’activité du SO de la CGT dans les manifs. Je dirai même que si l’on voit une telle agressivité du SO (ce que l’on n’avait pas vu depuis longtemps) c’est qu’il y a, pour la CGT, quelque chose à contrôler dans ces manifs. Réduite, dans les circonstances actuelles, à ces quelques faits (action des SO, etc.), l’appartenance de classe, c’est vrai, devient alors « un mur », mais pour cela il faut avoir réduit la totalité des grèves et des blocages et ce qu’il s’y passe à ces quelques faits hors de tout contexte. [d'autant que les mêmes qui sont dans les SO des manifs sont parfois dans les blocages de leur boîte ou d'autres : les « gros bras de la CGT » n'ont pas qu'une fonction anti-casseurs...]

Dans le cas français actuel, la relation entre des mouvements type occupation des places et grèves est différente de celle qu’on avait vue en Turquie (la ville ouvrière de Bursa connaissait de forts mouvements de grève au moment de l’occupation de Taksim sans qu’il y ait de part et d’autre la moindre idée d’une connexion) ou au Brésil où les deux étaient restés absolument parallèles. [cette spécificité française est tout l'intérêt de ce mouvement français, que ne laissait pas prévoir ce que j'ai appelé l'idéologie française et le populisme radical. Ne pas y être attentif, c'est considérer que la lutte des classes se déroule hors du mouvement de l'histoire]

Dans mon texte « Suite » je parlais des syndicalistes à dossards et brassards que l’on voit aussi dans le cortège de tête. A la Gare du Nord, on voit lors du bref blocage des voies un curieux mélange de brassards et de capuches, de même en avril à Marseille à la gare St Charles où ce sont des cheminots à dossards (ou non) qui ouvrent des portails professionnels permettant au « cortège informel » qui venait de dézinguer les abribus et quelques vitrines du centre ville de pénétrer sur les voies. Je pense que l’on pourrait accumuler de tels exemples. Le 26 mai : manifestation interdite à Nantes mais qui a lieu tout de même ; affrontements place de la Nation à l’issue de la « manif syndicale » ; attroupements de chômeurs et précaires autour de la centrale de Nogent s/Seine mise en activité réduite ; « cortèges de tête » à l’attractivité croissante et à la composition de plus en plus diversifiée [c'est ma remarque concernant le cortèqe de tête, "la jeune garde"] ; discussions parfois houleuses avec les permanents cégétistes dans les AG comme à la Gare de l’Est et, à la radio, déclarations multiples dont la teneur est : « puisqu’ils ne veulent pas nous parler, nous non plus et on continue ».

L’illégitimité de la revendication salariale introduit des lignes de failles dans les actions revendicatrices particulières et cette illégitimité transpire jusqu’à être « revendiquée » non pas dans telle ou telle action prise unilatéralement mais dans la coexistence et la rencontre de pratiques diverses même conflictuelles. Et, surdéterminant l’ensemble, j’y reviens encore une fois, le climat politique : l’effondrement de la crédibilité de l’Etat (« ceux d’en haut, etc. » comme disait Lénine).

L’activité du SO cégétiste, le « recadrage des zadistes » sont des faits bien réels, mais croire qu’ils fournissent l’alpha et l’omega du décryptage de la situation actuelle et de l’ensemble des grèves et blocages c’est prendre la mise en scène du bras de fer Valls/Martinez pour l’alpha et l’omega de la lutte des classes. La séquence actuelle de grèves et de blocages avec les affrontements qu’ils comportent ne sont pas sans lien avec ce qui a précédé : les débordements récurrents et aussi … les « Nuits debout ».

Je m’avance un peu à découvert, mais j’ai l’impression que, contrairement à 2010, les revendications spécifiques de tel ou tel secteur viennent un peu comme des prétextes, des justifications (il faut faire « sérieux ») et ça c’est un gros problèmes pour les syndicats [j'ai noté l'évidence que l'articulation entre mot d'ordre du retrait et motivations particulières n'est pas la même, comme inversée par rapport aux grèves dans les raffineries en 2006 et 2010. Il faudra voir comment ça se passe la semaine prochaine, avec la SNCF et la RATP, et plus tard les fonctionnaires]. Un drôle de jeu s’est installé entre trois termes : les revendications particulières, le refus général de la Loi travail comme catalyseur, l’illégitimité vécue de la revendication. « Drôle de jeu » car le catalyseur rend accessoires les revendications particulières en même temps que les rendant accessoires et se heurtant lui-même à un mur il introduit le troisième terme. Ce troisième terme présent dans la phase précédente (avant le rebondissement) peut acquérir une autre signification, sortir de l’abstraction : « les revendications sont là, elles jouent leur rôle et celui-ci est ambivalent » (texte « Suite »).

Comment pourrait-on croire que l’illégitimité de la revendication salariale, le « niet » forcené de la classe dominante, demeurent une condition générale, une sorte de cadre bien joli, bien beau, bien radical, mais sans impact, sans effet sur l’immédiat. On considère des faits : les « Nuits debout » patinent ; le « face-à-face Valls/Martinez » (qui arrange l’un et l’autre) ; le SO, et on dit « regardez ce qu’il se passe ». Mais ça ne marche pas : aucun fait n’a de sens en soi, pris isolément, décontextualisé, surtout quand on le hisse au statut d’expression de l’ensemble.

Dans le commentaire d’AC, les grèves et les blocages dans leur ensemble, sous tous leurs aspects, deviennent « l’action propre des syndicats » et, dans la mesure où « le reste du mouvement reste largement classe moyenne », on peut en déduire que c’est même tout ce qui est action ouvrière qui est réduit à cette « action propre des syndicats ». Pour AC, cette action ouvrière devenue « action propre des syndicats » n’aurait même plus pour objet la Loi travail qui ne serait plus que la préoccupation de la « généralité ». Le refus de la Loi travail serait devenu la définition du côté des « 99 % ».

En réalité, la Loi travail n’a jamais constitué l’essentiel de la « généralité » telle qu’elle fut jusqu’à présent, c’est-à-dire généralité abstraite, mais le rebondissement actuel contraint la généralité à changer de nature (ce qui adviendra ou non). Il est pour le moins audacieux d’écrire que le refus de la Loi travail n’est plus que l’apanage de la classe moyenne. Qu’est alors devenue « l’(auto)satisfaction de l’ensemble du mouvement » (c’est moi qui souligne) dans le face-à-face Valls/Martinez.

On peut « attendre d’éventuels nouveaux débordements », mais si on ne les comprend pas comme aussi des « imbordements », on ne comprend rien aux débordements eux-mêmes qui deviennent des miracles issus de la Providence qui préside à la vraie lutte des classes. Il y a comme une certaine condescendance « radicale » et normative qui flotte comme un nuage de lait sur la « tasse de café apportée aux grévistes ». [je faisais une remarque de ce genre à propos je crois du texte "On bloque tout" apporté par vlad2, épinglé aussi par Corinne Cerise. Il serait bon que les "partisans de la communisation" aient le courage de rompre avec certaines de leurs "camaraderies" complètement dépassées par le moment actuel de la lutte des classes. Quoi qu'il en soit, il y a un certain temps que je prône ce clivage, et il apparaît qu'il ne porte pas que sur la question raciale, mais aussi c'est un comble sur le clivage de classe face au capital]



je partage intégralement cette mise au point de RS (une fois n'est pas coutume, mais il y a aussi ce dont nous ne parlons pas ici...) : elle recoupe essentiellement le sens de mes remarques de ces derniers jours. Je n'avais pas réagi au commentaire d'AC que je trouve assez caricatural et pour tout dire peu attentif à ce qui se passe dans la complexité et les "paradoxes" de l'articulation Nuit Debout, manifestations, syndicats et "casseurs", ce que j'appelais "joyeux mélange", dont RS donne des exemples qui recoupent mes observations au retour de la manif d'hier à Paris-Nation : tout cela est très "poreux" et pas réductible à des généralités même concrètes

quant au commentaire de pepe qui suit, il vient con/af-firmer, sans surprise de la part de cet étrange membre de TC, qu'il n'a rien compris, comme souvent, aux propos de RS qui précèdent : d'un revers de souris il en balaye toute la finesse pour reprendre la vulgate dominante sur la CGT qui « joue son va-tout » et la vision de Nuit Debout comme un tout représentant les classes moyennes (position d'AC critiquée par RS) : autant donner du lard aux cocochons adeptes de la communisation, une belle concurrence entre Pepe et Léon de Mattis

nous manquons par trop, disais-je, d'enquêtes de terrain, et d'entretiens avec des individus participant à ces mouvements. J'ai eu hier quelques discussions avec des moins de 40 ans, salariés précaires encore en fac ou ayant arrêté/terminé leurs études, blancs et non-blancs mêlés, faisant preuve d'une maturité et de connaissances y compris des débats théoriques qui m'ont laissé baba (mais cool) : nous aurions des surprises à entreprendre ce travail plutôt que vouloir, comme Robin, diffuser la communisation comme de la propagande d'avant-garde

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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Mar 7 Juin - 22:02


Mbembe : « Sur les frontières, l’Afrique doit devenir le contre-exemple de l’Europe »

Joseph Confavreux Médiapart 22 mai 2016

« il faut ouvrir... abolir les frontières »

L’historien et professeur de science politique constate les « impasses de l’humanisme », face à la croissance des « politiques de l’inimitié ». Et explore la manière dont les politiques migratoires et frontalières peuvent renverser, plutôt qu’accentuer, la défiance vis-à-vis de l’autre.


Achille Mbembe revient avec un « bref essai fait de hachures, de croquis, de chapitres parallèles », intitulé Politiques de l’inimitié, qui vient de paraître aux éditions La Découverte. Le professeur d’histoire et de science politique à l’université du Witwatersrand à Johannesburg y creuse les objets de recherche et les préoccupations politiques élaborés dans ses précédents ouvrages, Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée (La Découverte, 2010) et Critique de la raison nègre (La Découverte, 2013). Mais avec une gravité et une inquiétude davantage sensibles.

Citation :
En janvier dernier, lors d’un passage à Paris durant lequel il avait participé à la « Nuit des idées » organisée par le Quai d’Orsay, Achille Mbembe avait expliqué parler «depuis l’expérience sud-africaine par laquelle nous avons appris que nous n’avions pas d’autre choix que de vivre exposés les uns aux autres, si l’on ne voulait pas revenir au vieux fantasme de la séparation et de son corollaire, l’extermination».

Mais aujourd’hui, explique-t-il : « La brutalité aux frontières nous pose au moins une question : comment revenir à une idée du commun et à des généalogies communes, là où la guerre constitue à la fois le remède et le poison de notre époque ? Comprendre, en ouvrant toutes les archives du monde, que l’autre n’est pas hors de nous, mais en nous, nous indique que nous ne pourrons pas sanctuariser une part du monde en semant le chaos dans d’autres parts du monde, et en obtenant ainsi sécurité et liberté. »

En conséquence, il propose l’ouverture totale des frontières africaines, comme un contre-exemple radical à la trajectoire que prend aujourd’hui l’Europe, « pour que l’Afrique redevienne sa puissance propre en devenant un véritable espace de circulation ».

L’historien, qui vit entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, traverse ainsi les continents et les histoires pour explorer des notions comme les « politiques de l’inimitié », la « sortie de la démocratie », « l’état de terreur permanent des démocraties occidentales » ou le « nanoracisme ». Il appelle en conséquence à une « fête de l’imagination » susceptible de nous sortir des situations « mortifères » dans lesquelles nous sommes enferrés.


Citation :
Lire aussi

Achille Mbembe : « Pas de monde sans circulation libre des hommes »  
Par Joseph Confavreux

Discussion avec Achille Mbembe autour de « la raison nègre » 1/2
Par La rédaction de Mediapart

Discussion avec Achille Mbembe autour de « la raison nègre » 2/2
Par La rédaction de Mediapart

L’indépendance de l'Afrique vue par Achille Mbembe (1/3): La mémoire volée
Par Jade Lindgaard

L’indépendance de l’Afrique vue par Achille Mbembe (2/3): «Un laboratoire des dictatures»
Par Jade Lindgaard

L’indépendance de l'Afrique vue par Achille Mbembe (1/3): La mémoire volée
Par Jade Lindgaard


Corinne Cerise vous donne accès gratuitement à un article sur Mediapart.fr, journal d'investigation indépendant et participatif. Son message personnel :

Corinne Cerise a écrit:
Bonsoir Jean-Paul,

Voici un passionnant entretien avec Achille Mbembe sur MDP. Ce n'est pas si courant. Je l'aurais bien publié sur le livre-forum, mais dans la mesure où il s'agit d'un article du journal, c.a.d payant, je ne suis pas certaine que l'article soit libre de droits de reproduction. Ce qui pourrait causer des ennuis à monsieur Admin ;-)

Amicalement.

Corinne


Patlotch a écrit:
Merci Corinne,

monsieur Admin est abreuvé chaque jour du sommaire de Médiapart dont il n'a rien à foutre, et de relances pour se réabonner, en conséquence de quoi Monsieur admin dit merde et merci à Médiapart ;-)


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MessageSujet: Re: THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse   Sam 11 Juin - 15:18


radicalement décolonial et communiste

dans le sujet avec HOURIA BOUTELDJA et le PIR, "RACE, CLASSE et GENRE" ? et autres questions communistes

15:11 ajout 16:36 du commentaire d'Houria Bouteldja et 18:16 précisions sur ma position


Aya Ramadan se défend et contrattaque

De l’oppression du peuple palestinien en général et d’un tweet en particulier

Publié le 11 juin 2016 par Aya Ramadan, membre du PIR

Mercredi soir, deux Palestiniens ouvrent le feu dans un quartier de Tel-Aviv près du ministère de la défense. Très vite, cette fusillade est relayée par les réseaux sociaux palestiniens et arabes et qualifiée d’« opération du ramadan », avec comme hashtag « l’intifada continue ».

Citation :
Militante arabe de nationalité française, anticoloniale, je suis active dans le réseau de solidarité avec la cause palestinienne en France depuis une dizaine d’années. Je fais partie de ceux qui remettent en question l’idéologie sioniste comme projet de colonisation de la Palestine.

Par le tweet qui m’est reproché, j’exprime mon soutien à la résistance du peuple palestinien. C’est l’oppresseur qui détermine les formes de violence utilisées par l’opprimé. Et c’est dans ce cadre que je soutiens toutes les formes de résistance du colonisé contre le colonisateur. L’opération de Tel-Aviv est un moyen d’exister politiquement pour les Palestiniens, de montrer au monde que l’intifada n’est pas finie, et que la résistance continue tant que l’occupation, la colonisation, la situation d’apartheid, les emprisonnements massifs et arbitraires, le blocus de Gaza, la spoliation des terres, les destructions de maisons, l’humiliation des hommes, des femmes et des enfants et les crimes de guerre persisteront. Ma prise de position aurait été la même au moment des révoltes d’esclaves du temps de la traite transatlantique ou bien des guerres de libération nationale, par exemple en Algérie, au Vietnam ou au Cameroun. Pour autant, ce positionnement politique n’induit en rien le fait de se réjouir de la mort de civils. La mort d’êtres humains est toujours source de tristesse et dans ce cas la responsabilité de ces décès incombe à l’État colonial israélien et à son gouvernement actuel, comme l’a reconnu le maire de Tel-Aviv.

Pour en revenir à la polémique suscitée par mon tweet, elle s’inscrit dans un contexte français bien spécifique, celui de l’état d’urgence toujours en cours. Cela fait trois mois environ que mon organisation politique, le PIR – Parti des Indigènes de la République –  subit des attaques orchestrées par l’État français. Celles-ci sont portées entre autres par Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA) et ses relais l’UEJF, SOS Racisme et la LICRA. Ces derniers prétendent agir au nom de l’antiracisme et de la lutte contre le terrorisme mais, en fait, ils ont pour objectif d’assimiler la lutte de libération palestinienne au terrorisme qui touche l’Europe, de briser l’antiracisme politique et d’empêcher le développement de  BDS en France. Cette campagne est la cible privilégiée de l’État français qui, en accord avec Israël, cherche à l’amalgamer avec l’antisémitisme pour la criminaliser. En effet, la France est le seul pays au monde se réclamant de valeurs démocratiques qui traîne devant ses tribunaux des militants qui appellent au boycott, lequel est un outil historiquement lié aux luttes de libération, du mouvement des droits civiques aux États-Unis jusqu’à l’Afrique du sud en passant par l’Inde.

L’obscénité est à son comble quand on sait que les mêmes, qui jettent l’anathème sur la militante que je suis, feignent de verser une larme sur la dépouille de Mohamed Ali tout en pourchassant tous ceux qui, bien vivants, partagent et font vivre ses idées.

Je rejette donc toutes les accusations qui sont portées à mon encontre. Ma position est anticoloniale et consiste donc à soutenir la résistance des peuples contre le colonialisme.


Aya Ramadan, membre du PIR



ajout 16:36
Houria Bouteldja a écrit:
facebook 28 min ·

Aya Ramadan est sûrement la militante pro-palestinienne la plus sincère et la plus engagée que je connaisse. Toutes celles et ceux qui la fréquentent savent sa profonde foi et son amour pour la justice. Si le procès pour "apologie du terrorisme" devait avoir lieu, ce ne serait ni le sien, ni celui du PIR mais celui de la cause palestinienne. Nous devrons tous être à ses côtés pour affirmer que non, le peuple palestinien n'est pas un peuple de terroristes. C'est un peuple qu'on étouffe et qui résiste. Comme elle le dit dans cette déclaration : "La mort d’êtres humains est toujours source de tristesse et dans ce cas la responsabilité de ces décès incombe à l’État colonial israélien et à son gouvernement actuel"

Force et solidarité avec Aya!



"une faute politique" ? Explications

j'ai parlé plus haut de "faute politique" et je maintiens cet avis. Cette réponse confirme que le tweet n'était pas une "gaffe" mais un soutien assumé à ce type d'action. A titre personnel et d'où je parle, je considère ne pas avoir à le soutenir plus qu'à le condamner, je ne suis pas palestinien et comme dit Isabelle Stengers, je ne suis pas confronté aux même risques que mes ami.e.s du PIR

si cela me concerne, c'est dans le contexte d'une guerre, guerre de classe et guerre "néo-colonialiste", et là-dessus je souscris à peu de chose près à ce qu'en dit Aya Ramadan, sans entrer dans des considérations théoriques relativement à la Palestine et au PIR, sur lesquelles je reviens plus bas.

je ne me suis pas informé en détail sur l'attentat de Tel Aviv, mais j'ai cru comprendre que la cible était civile, c'est-à-dire non particulièrement ciblée comme représentant, même symboliquement, ceux que critique Aya et le PIR, les responsables, les politiques, les militaires, les "sionistes"... Viser des Israéliens juifs non arabes en tant que tels, c'est viser des Juifs d'abord, pas même l'ennemi tel que le définit Aya Ramadan, et là-dessus il n'échappera à personne qu'elle ne s'exprime pas

approuver un tel acte et le justifier, c'est considérer que tout Juif habitant Israël n'a rien à faire ici, que toute la population juive israélienne est comptable des actes de guerre de l'État israélien, que tous les israéliens juifs sont des colons au même titre que les Français en Algérie, dans la logique de la création illusoire de deux États paisibles côte à côte, ou de la destruction d'Israël. Si ce n'est pas en soi antisémite, cela tient à mon sens d'une analyse fausse et d'une utopie politique. En cela c'est en cohérence avec la vision politique du PIR en Palestine comme en France, et je ne peux la partager


solidarité avec les prolétaires palestiniens dans une lutte de classe décoloniale,
pas avec le Hamas

inutile de préciser que je ne me sens pas moins "solidaire" des combats décolonialistes des Palestiniens que le PIR, et qu'il est normal d'avoir des désaccords sur la teneur de cette solidarité : ce que fait le Hamas n'engage pas les communistes, encore moins ceux qui ne sont pas palestiniens. Le Hamas n'est pas particulièrement tendre avec le prolétariat palestinien, et ces divergences existent aussi là-bas, parce qu'il y a aussi des communistes qui luttent sur les deux fronts, contre la politique israélienne et contre le Hamas

ajout 18:16 : Houria Bouteldja est porte-parole responsable d'un parti dont Aya Ramadan est membre de la direction sauf erreur. Il y a belle lurette que ne suis plus membre d'aucun parti, ni ne considère avoir des "camarades" en tant que membres de partis ou de groupes théoriciens même proches de mes idées

j'ai détesté ça au PCF jusqu'à en sortir dans les années 80, détesté ça dans le milieu post-ultragauche dans mon compagnonnage critique autour des thèses de la communisation entre 2005 et 2010, et je le déteste tout autant au sein de la mouvance décoloniale, dans laquelle il importe que les désaccords puissent être mis sur la table et discutés franchement sans remettre en cause le combat commun, ce qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui

contrairement à Houria, si j'estime avoir à être solidaire d'une lutte palestinienne ou autre, cela n'implique pas le soutien de qui je ne partage pas les positions politiques, d'autant qu'il ou elle ne saurait parler à la place des intéressés. En clair être dans la solidarité prolétarienne de classe et décoloniale, ce n'est pas pour moi
dans ce cas soutenir Aya Ramadan ni me désolidariser d'un combat décolonial que je partage sans avoir jamais été solidaire de telles positions

cette position est constante chez moi, et j'ai ouvert dès le 2 août 2015 un sujet des usages "réformistes" de la critique décoloniale : nous y voilà avec plus de clarté aujourd'hui

la solidarité de classe avec les prolétaires palestiniens n'est la propriété de personne en particulier, c'est un devoir communiste et décolonial parmi d'autres



radicalement décolonial et communiste

cela m'amène donc à redire que je peux d'une part soutenir les luttes décoloniales en France comme participant à une dynamique mondiale dans la crise spécifique du capitalisme occidental, d'autre part diverger fortement avec la stratégie politique du PIR en particulier, stratégie d'alliances politiques avec l'extrême-gauche ou la gauche "radicale" (PCF, NPA...) parce qu'ils seraient susceptibles de se démarquer du "champ blanc" : décoloniser la gauche radicale, ce n'est pas ce que j'appelle décoloniser le marxisme et l'anarchisme français, et le communisme décolonial n'est pas un 'démocratisme radical' décolonial

dit autrement, je suis décolonial en tant que 'communisateur', et 'communisateur' en tant que décolonial et contre l'État-nation du capital, à fronts renversés : d'une côté contre les 'partisans de la communisation' foncièrement anti-décoloniaux car eurocentrés, et de l'autre les partisans de la politique du PIR foncièrement non communistes car dans une perspective de prise du pouvoir d'État au moins très ambiguë



à fronts renversés
une perspective révolutionnaire à inscrire dans les débats et luttes au présent

où l'on voit que ma critique du PIR est inverse de celle qui vient du "champ blanc", qu'il soit de droite ou d'extrême-droite, de gauche ou d'extrême-gauche

j'ai pu vérifier ce désaccord essentiel à la soirée Stengers-Bouteldja, posant la question : « Pourquoi tenez vous tant au clivage droite-gauche », et j'ai eu d'Houria la réponse classique (qu'on verra dans la vidéo, et celle d'Isabelle Stengers dans un autre registre), position qui me semble auto-contradictoire et politiciste voire politicienne, en substance le refus, par la caractérisation d'un « champ politique blanc », de s'inscrire dans le clivage droite-gauche, mais envisager des alliances partisanes avec ceux qui s'inscrivent peu ou prou dans une perspective décoloniale (PCF, NPA, personnalités...). Cela relève certes d'un certain "pragmatisme", mais n'a rien à voir avec une stratégie d'auto-organisation des luttes indigènes, des luttes de classes, et des luttes féministes


contre l'intégration à la démocratie politique

voilà ma ligne générale, à tenir sur tous les fronts, ce qui ne risque pas de déclencher une tempête, même dans un verre d'eau, car comme disait RS devant mon choix de refuser l'aventure SIC, revue internationale pour la communisation : « Patlotch, combien de divisions ? ». Le PIR est fondé à poser la même, pour autant qu'il ne s'en désintéresse pas pragmatiquement, puisque cette position ne produit aucun effet visible sur le terrain politico-médiatique qui est le sien. Elle peut toutefois expliquer pourquoi il n'a pas plus de succès dans les quartiers populaires, parmi les prolétaires racialisés que la politique institutionnelle n'intéresse pas, et tant mieux : je ne suis pas plus pour leur intégration à la République française qu'à la démocratie politique sur le terrain de l'ennemi : l'État du capital, qui n'est pas plus de gauche ou de droite qu'il n'est blanc en essence

que personne ne manifeste son intérêt pour cette ligne communiste, décoloniale et féministe (anarcho-communisme décolonial, communisme libertaire féministe et décolonial...) ne saurait m'en détourner, et la justesse d'un point de vue ne se mesure pas à ses effets immédiats

qu'on en débatte ou pas, qui vivra verra, mais c'est au présent un combat


le décolonialisme en France ne doit pas être à la remorque du PIR

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