PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?
Aujourd'hui à 17:47 par Patlotch

» COMMUNISME : pensées de traverse
Aujourd'hui à 15:49 par Patlotch

» ÉCONOMIE POLITIQUE, quand tu nous tiens : et la CRISE ? NOUVELLE RESTRUCTURATION du CAPITALISME ?
Aujourd'hui à 12:32 par Patlotch

» les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'
Aujourd'hui à 11:22 par Patlotch

» 9 - QUE SE PASSE-T-IL ? hypothèses et validations empiriques... Quelles contradictions, quelle dynamique historique ?
Aujourd'hui à 11:11 par Patlotch

» POPULISME de GAUCHE : CHANTAL MOUFFE et ERNESTO LACLAU théoriciens transclassistes, PÉRONISME... TONI NEGRI, ses ambiguïtés et les limites de l'OPÉRAÏSM
Aujourd'hui à 10:06 par Patlotch

» des MOTS que j'aime et d'autres pas
Aujourd'hui à 9:45 par Patlotch

» DÉCOLONISER le MARXISME, l'ANARCHISME, l'ULTRAGAUCHE et la "COMMUNISATION"... Histoire et nécessité actuelle d'un clivage, pour en finir avec les dogmes universels eurocentrés
Hier à 21:08 par Patlotch

» RACISMES : DES CHIFFRES
Hier à 19:22 par Patlotch

» 'PROGRÈS', SCIENCES, HUMAIN, SANTÉ et capital... TRANSHUMANISME et dés-humanité
Hier à 16:45 par Patlotch

» BIDONVILLES : SLUMS : BARRIOS DE TUGURIOS
Ven 18 Aoû - 11:27 par Patlotch

» DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE
Jeu 17 Aoû - 18:27 par Patlotch

» LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
Jeu 17 Aoû - 17:02 par Admin

» COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)
Jeu 17 Aoû - 16:59 par Admin

» AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, contre l'autonomie, une vision renouvelée
Jeu 17 Aoû - 16:37 par Tristan Vacances

» ÉTATS-UNIS, CANADA, QUÉBEC LIBRE
Jeu 17 Aoû - 8:56 par Admin

» ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important
Jeu 17 Aoû - 8:10 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Jeu 17 Aoû - 7:47 par Patlotch

» SEXE, GENRE, CLASSES, et CAPITALISME / FÉMINISME, INTERSECTIONNALITÉ et MARXISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James, etc.
Mer 16 Aoû - 13:33 par Admin

» FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !
Mar 15 Aoû - 7:55 par Patlotch


Partagez | 
 

 DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Dim 29 Nov - 17:37


Marx moins Hegel plus Internet


le concept de dépassement à produire était l'objet d'un long sujet qui a disparu dans la catastrophe de ce matin, controverse pour une dialectique complexe contre la philosophie post-moderne anti-dialectique rabattant la méthode de Marx sur la dialectique hégelienne, et d'un résumé dans DIALECTIQUE COMPLEXE des CONTRADICTIONS : DÉPASSEMENTS à PRODUIRE, qui s'est auto-aboli


c'était en quelque sort l'explication de la méthodologie utilisée dans la conception, le plan, et l'alimentation de ce livre-forum. Cette méthodologie reprenait la méthode même de Marx

on peut s'en faire une idée en lisant sur mon blog : problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode


1973
détournement par René Vienet d'un film de kung-fu,
« Crush », réalisé en 1972 par le chinois Kuang-Chi Tu
le film de René Vienet

Patlotch a écrit:
dialectique matérialiste selon Marx ou philosophie post-hégélienne ? Théorie Communiste à la croisée des chemins

le livre d'Ollman sur la dialectique chez Marx, signalé ci-dessous, est très intéressant. Il montre que Marx était au fond peu hégelien, et que si sa dialectique tenait d'Hegel, il ne s'est pas contenté de cette méthode de penser,  ni même de la « renverser ». La dialectique de Hegel est infiniment plus étroite (d'Esprit...) que celle de Marx, et beaucoup plus mécaniste. Ollman distingue par exemple chez Marx sept niveaux de généralités dans la hiérarchie des abstractions, et relève d'autres approches méthodologiques quant au processus de représentation, à rapprocher de la lecture d'Isabelle Garo dans « Marx, une critique de la philosophie »*

« L’infâme dialectique » : le rejet de la dialectique dans la philosophie française de la seconde moitié du 20e siècle : Foucault, Deleuze, Althusser... Isabelle Garo in Marx au 21ème siècle, l'Esprit et la Lettre

Quatrième de couverture
Isabelle Garo a écrit:
« Marx est-il un philosophe ? La question longtemps classique, mais elle ne cesse pas, pour autant, de demeurer féconde. L’œuvre marxienne développe en effet un nouveau mode de pensé, nommé critique est aussi bien une critique de la philosophie, qui se présente comme une nouvelle conception du rapport de la théorie à la pratique.

Ce livre s’attache à montrer que l’œuvre de Marx se structure selon des moments distincts, fortement articulés et ponctués par la constitution de concepts nouveaux. Ces concepts se démarquent des notions classiques de l’histoire de la pensée : idéologie, dialectique, luttes de classes, révolution, communisme, mais aussi monnaie, marchandise, travail sont donc autant de concepts originaux qui s’éclairent également par leur fonction polémique à l’égard de théorie antérieures ou concurrentes.»  

la pensée de Marx est d'une souplesse, d'une complexité et d'une fluidité que traduit à chaque ligne la richesse de son langage. Et l'on constate que ce sont précisément les qualités qui manquent à Roland Simon dans ses textes, qui en ceci et non en ce qu'ils ne seraient 'anti-philosophiques', se rapprochent plus de la forme philosophique-idéaliste des exposés de Hegel que de ceux de Marx, avec le primat des concepts et de la structure, le pas pris par l'abstraction sur la pensée du concret dans sa totalité complexe - la période de basses eaux théoriques accompagnant la fin du programmatisme n'y est pas pour rien, mais n'explique pas tout. Ce style rapproche Roland Simon de Louis Althusser, même si celui-ci n'est pas son inspiration première et si leurs rapports à Hegel et Marx sont différents


Isabelle Garo a écrit:
« En fin de compte, c’est l’incapacité du marxisme, en tant que procédure sans fin de rectification critique, à orienter l’histoire communiste qui est affirmée et qui se trouve finalement retournée par Althusser contre Marx lui-même. Dorénavant, le communisme ne sera rien d’autre que l’échec de la philosophie, échec s’élargissant aux dimensions d’une gigantesque déroute historique


la dialectique matérialiste impossible de Théorie Communiste

d'une certaine façon, l'échec de Théorie Communiste,  car je le considère comme tel dans la mesure où il porte tant sur la méthode que sur le contenu, cet échec tient à ce qui reste dans son corpus beaucoup plus philosophique que chez Marx, toutes choses égales par ailleurs quant au programmatisme du penseur de la Première Internationale dépassé par les théories de la communisation

la question aujourd'hui est que le corpus de TC, qui structurait l'approche de la communisation comme son canal théorique central(iste) et le plus diffusé, ce corpus n'a plus de base concrète dans le cours du capital pour tenir tous les résultats qu'il considérait comme acquis. La difficulté d'en sortir tient au modèle d'élaboration successive qui accumule depuis près de quarante ans des fondements qui ne peuvent pas évoluer sans remettre en cause une bonne partie des résultats, et bien sûr la méthode elle-même

un concept philosophique ne connaît pas la quantité

on l'a vu dans la besogneuse articulation des contradictions de genre et de classe, le monstre dialectique construit avec un même mécanisme rendu encore plus compliqué par l'entrée de cette seconde contradiction. Quant à en prendre en compte d'autres, telle la race, sur ce modèle dialectique, c'est impossible pour Théorie Communiste car son articulation dialectique est fondamentalement structuraliste, et évacue à son corps défendant les considérations empiriques et historiques, autant que les considérations quantitatives. Une dialectique aussi étroitement conceptuelle ne peut penser les seuils, l'émergence du passage du quantitatif au qualitatif et réciproquement : un concept philosophique ne connaît pas la quantité

une fuite en avant idéaliste ?

c'est ici la source profonde de la fuite en avant de Théorie Communiste avec Meeting et Sic. Quand Roland Simon affirme « Il arrive que le cœur prenne le pas sur la cervelle », il ne voit pas, ou ne veut pas voir ou pas dire, le problème  à la base dans l'étroitesse du champ d'observation des concepts d'anglemort et d'écart (dont on peut interroger la vacuité liée au besoin de combler un manque de réel par la théorie, que TropLoin a relevé comme moi).

cette étroitesse a pris le pas, franchi le pas, non du cœur sur la cervelle, mais de l'idéalisme philosophique. Cette étroitesse de champ, j'en ai fait la remarque dès 2005 dans les commentaires de Meeting. Elle caractérise l'objectivisme de TC emporté à trouver dans le concret la vérification de résultats abstraits (entre les années 1995 et 2005, en gros)

une 'cohérence' mise à mal : TC en crise de restructuration ?

voilà ce dont Théorie Communiste doit sortir maintenant, ce qui ne met pas en cause la possibilité qu'elle fasse des observations théoriques pertinentes. C'est toujours le cas, la question étant que celles-ci peinent à s'intégrer dans le corpus général, comme on l'observe avec les derniers textes, riches en reformulations théoriciennes d'études sociologiques, mais sans retrouver la cohérence d'ensemble qui était une forte caractéristique du corpus técéien. C'est de ceci qu'on peut déduire que TC ne manque pas de se poser elle-même la question, et nous verrons comment elle y répond


PS : je n'aborde pas ici le corpus de Temps Critiques [je l'ai fait dans le sujet englouti, montrant l'ignorance et les inepties de Jacques Guigou], qui se caractérise par un abandon pur et simple de la dialectique (tombant sous la critique du « rejet de la dialectique » par Isabelle Garo) avec des catégories de pensée aussi générales que « tension individu/communauté » dont on voit la difficulté à produire autre chose que des remarques au demeurant souvent pertinentes bien que tournant certes en rond, car quoi qu'il en soit ne débouchant sur aucune considération quant à une perspective révolutionnaire ancrée dans les luttes actuelles

il semble d'ailleurs que nombre de théoriciens, parvenus à un certain âge, et peut-être parce qu'ils ne se sentent plus concernés, s'enlisent dans des bavardages entre professeurs (cf le blog de Temps Critiques) qui n'ont plus rien à voir avec un quelconque combat révolutionnaire (je pense à Anselm Jappe entre autres, qui n'est pas, avec ses amis de la Wertkritik, un défenseur acharné de la dialectique des contradictions au sein du capital, du moins concernant son ennemi principal, la classe prolétarienne, humaine ou multitude, peu importe ici comment l'on nomme un nécessaire sujet révolutionnaire)

7 juillet 2014

vous avez dit 'dialectique' ? devoir de vacances

'Raison dialectique, raisons de la dialectique' Lucien Sève Marx au 21ème siècle, l'Esprit et la Lettre


« la dialectique matérialiste peut reconquérir une vraie et salutaire audience, pourvu que nous la prenions nous-mêmes au sérieux autant qu’elle le mérite » Lucien Sève

ce texte d'une lecture abordable fournit quelques pistes pour repenser les modèles anciens fondant les approches marxiennes sur la dialectique hégélienne même « renversée »


des ouvrages souvent évoqués dans mes textes depuis une dizaine d'années, de Sève et de Bertell Ollman

problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode ne concerne pas les sciences sociales, mais...


la dialectique mise en œuvre
Le processus d’abstraction dans la méthode de Marx
par Bertell Ollman, le livre en pdf

Quatrième de couverture
Bertell Ollman a écrit:
Souvent mal comprise et réduite à un simple jeu formel et spéculatif sur de triviales triades (thèse I antithèse 1 synthèse), la dialectique est pourtant au cœur de l'essence révolutionnaire de la pensée de Marx.

La dialectique n'est pas plus une doctrine mystérieuse qu'une " théologie sécularisée". C'est un précieux instrument critique, une "sorte de lumière qui éclaire, de l'intérieur, les contradictions du processus historique". C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on ne compte plus, comme l'écrit Michael Löwy dans sa préface, les tentatives d'apprivoiser et de rendre moins dangereux le serpent du marxisme en le privant de son poison dialectique.

Avec ce livre, Bertell Ollman nous propose à la fois une introduction à la dialectique et un approfondissement original de sa portée. Il présente en effet, avec un talent pédagogique peu commun, une explication simple, directe et souvent amusante de la dialectique, qu'il rend accessible à des non-spécialistes de la philosophie.

Au fil de la lecture, l'auteur nous emmène au cœur du laboratoire théorique de Marx en décortiquant le processus d'abstraction que l'auteur du Capital a mis en œuvre dans ses travaux de maturité. Au bout de ce parcours, le lecteur n'aura pas ainsi simplement été confronté à des catégories abstraites, mais à une expérience de pensée originale dont la dialectique fournit le principe de compréhension et la lumière interne. Le monde qui nous entoure et la réalité sociale y prennent un relief particulier.



Table des matières - extrait
Citation :
Introduction à la dialectique

1. Qu’est-ce que la dialectique ?  
   
La dialectique avancée

2. La dialectique mise en œuvre : le processus d’abstraction dans la méthode de
    Marx

 I. Le problème : comment penser de façon adéquate le changement et
    l’interaction ?
 II. La solution est dans le processus d’abstraction
 III. En quoi les abstractions de Marx sont différentes
 IV. La philosophie des relations internes
V. Les trois modes d’abstraction : l’extension
 VI. Les niveaux de généralité
VII. Le point de vue
VIII. Le rôle des abstractions dans les débats sur le marxisme
 
3. L’étude de l’histoire à rebours : un aspect négligé de la conception  matérialiste de  
     l’histoire de Marx



le site de Bertell Ollman Dialectical Marxism

Dance of the Dialectic: Steps in Marx's Method by Bertell Ollman Univ. of Illinois Press, 2003, le livre en anglais



Dernière édition par Admin le Jeu 11 Aoû - 4:17, édité 7 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Lun 30 Nov - 17:56

un détour par le meilleur Edgar Morin, celui de La Méthode, dont je me suis nourri dans les années 90, parce que s'agissant de sa pensée politique et des ses services politiques depuis Charlie, autant les oublier


Edgar Morin : pensée, complexité et projet (présentation succincte et partielle) 2 juin 2013


Note : cet article reprend une partie du travail préparé pour un exposé en épistémologie des sciences de l’information et de la communication où il s’agissait de présenter la pensée de la complexité.

Citation :
Edgar Morin est un sociologue français, né en 1921 ce qui doit lui faire aujourd’hui 91 ou 92 ans. Il a résisté au nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale (Morin était son pseudonyme, il l’a gardé par la suite son véritable nom est Nahoum) et au stalinisme par la suite. Dans une interview à Philomag il confie comme pour confirmer le vivre dangereusement de Nietzsche :

Edgar Morin a écrit:
« je vivais l’angoisse d’être arrêté, d’être torturé, j’ai même plusieurs fois échappé à la mort… mais malgré toutes ces angoisses et ces drames, j’étais heureux. »

Il est l’inventeur, en France, de la sociologie du temps présent, ainsi que de l’anthropopolitique (qui cherche à penser le Monde dans sa complexité en tant que système ouvert et non plus clos et en devenir et non plus figé). Ses domaines d’investigation sont extrêmement diversifiés, et ses interventions publiques fréquentes. Le rayonnement international d’Edgar Morin est aujourd’hui considérable.

Il se présente lui-même comme un penseur désabusé mais non-désespéré. Il pense que les hommes peuvent encore se sauver, précisément parce qu’ils sont perdus. Mais il faut pour cela renoncer à l’humanisme qui tient l’homme pour la valeur suprême et lui propose de s’épanouir par la culture. Penser simplement, contrôler et maîtriser le réel dirait Morin. Cet humanisme qui a, d’après lui, fait de l’homme « un sujet solitaire dans un monde d’objets », et qui lui a proposé pour seul idéal la conquête de ce monde. Si nous voulons survivre, nous dit-il, il faut donc changer et, pour changer, « réinterroger une raison qui a produit en son sein son pire ennemi : la rationalisation » confie-t-il dans un entretien au journal Le Monde[1].

L’œuvre d’Edgar Morin veut proposer une nouvelle approche de la méthode. Elle est d’une ampleur exceptionnelle en raison des sujets auxquels elle touche (cinéma, histoire, politique, anthropologie…) mais elle n’est pas décousue ni éclectique car il a bien pris soin de définir la méthode qui lui permet de reconsidérer la recherche – dans les domaines qu’il aborde – sur des bases appropriées. Cette méthode entend rompre avec toute une tradition épistémologique confondant la rigueur et l’analyse dissolvante.

Dans la tradition cartésienne, en effet, l’idée vraie doit être claire et distincte — et, de ce fait, bien dissociable de toute autre et d’autre part la simplicité est un principe rationnel comme chez Leibniz.

Pour illustrer cela :

Descartes, dans deux des quatre préceptes en matière de logique qu’il se donne dans la deuxième partie de son Discours de la méthode, proposait par exemple :

Descartes a écrit:
[De] diviser chacune des difficultés que [l’on examine], en autant de parcelles qu[e possible], et qu’il [est] requis pour les mieux résoudre. (2ème précepte)

[…] de conduire par ordre [s]es pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés […] (3ème précepte)



Leibniz, quant à lui, aboutit au concept de monade lorsqu’il se demande ce qui existe véritablement. On pourrait tenter de définir ce concept abscons par fondement de toute la réalité en tant qu’union d’unité et de diversité, « substance simple, sans parties, indivisible, incorruptible, qui entre dans les composés » mais la monade n’est pas matérielle car elle n’est pas un point physique mais un point métaphysique.

Descartes et Leibniz sont des représentants du rationalisme en tant que doctrine selon laquelle la raison est la source de toute connaissance, c’est ce qui les rassemble. Mais ils s’opposent car Leibniz ne rejette pas la réalité sensible et changeante à la manière de Descartes, il veut penser tout à la fois diversité et unité comme le montre son concept central de monade.

Bien longtemps après eux, Morin nous dit que pour refonder le savoir humain, il est au contraire nécessaire d’élaborer une pensée de la complexité, ainsi qu’une nouvelle science (« avec conscience ») qui devra réunir ce qui fut disjoint à mauvais escient (la nature et la culture, la matière et la pensée, l’homme et le cosmos…). Il faut désormais assumer l’irréductible complexité (avec ses entrelacements, ses interactions, ses connexions innombrables…), l’irréductible complexité de tous les phénomènes vivants et humains. Son projet le conduit aussi à suggérer un nouveau dessein à cet être multidimensionnel et pétri d’imaginaire qu’est l’homme, tel qu’il le décrit dans le volet anthropologique de son œuvre.

En effet, pour Edgar Morin, il est évident que nous construisons aussi notre identité en puisant dans les figures de l’imaginaire collectif (comme dans la lecture de romans ou au cinéma). D’ailleurs les phénomènes ne sont pas dissociables de leurs représentations. Phénomènes et représentations sont liés.

Dans l’univers du vivant, comme dans le monde humain, l’organisation (c’est-à-dire toute structure féconde) se crée d’elle-même, tout en puisant dans le milieu qu’elle nourrit à son tour (c’est le concept d’auto-organisation).

◦ La pensée de la complexité de Morin se veut aussi politique dans la mesure où elle veut permettre d’aborder les quatre grands défis du XXIe siècle tel qu’elle les énonce :

1. régénérer l’idée de fraternité car « une société ne peut progresser en complexité que si elle progresse en solidarité » ;

2. redéfinir la scientificité en acceptant de la complexité ;

3. confédérer les nations pour affronter en commun notre destin de « province de l’ère planétaire » ;

4. réconcilier l’homme, la vie et la nature dans l’idée de terre-patrie.

◦ On peut dégager pêle-mêle quelques caractéristiques, sans aspirer à l’exhaustivité, de la pensée de la complexité comme :

Prendre en compte la nature multidimensionnelle de l’homme

Rompre avec les approches du Monde unidimensionnelles et mutilantes : « Autant le cloisonnement des disciplines désintègre le tissu naturel de complexité, autant une vision transdisciplinaire est capable de la restituer. »

Penser l’individu et la société selon une interaction permanente en prenant en compte le double visage : homo sapiens et homo demens de l’humain. Car les humains ne sont pas que technique, science, raison ou industrie, ils sont aussi rêves, imaginaire, musique ou poésie.

Créer des outils mentaux indispensables pour appréhender l’irréductible complexité des affaires humaines.

Penser l’articulation entre le sujet et l’objet de la connaissance, l’enchevêtrement des divers facteurs (biologique, économique, culturel, psychologique…) qui se combinent dans tout phénomène humain.

Penser les liens indissolubles entre ordre et désordre.

Aborder les phénomènes humains en prenant en compte les interactions, les phénomènes d’émergence, d’auto-organisation, penser l’événement dans ce qu’il a de créateur, de singulier et d’irréductible.

◦ Il y a aussi 3 principes majeurs en lien avec la pensée de la complexité que l’on peut évoquer. Je les présente avec des citations d’Edgar Morin :

La dialogique : « Le principe dialogique consiste à faire jouer ensemble de façon complémentaire des notions qui, prises absolument, seraient antagonistes et se rejetteraient les unes les autres. » (Morin 1991, Cerisy p.292).

« Le mot « dialogique » veut dire qu’il sera impossible d’arriver à une unification première ou ultime, à un principe unique, un maître mot; il y aura toujours quelque chose d’irréductible à un principe simple, que ce soit le hasard, l’incertitude, la contradiction ou l’organisation. » (Morin 1991 Cerisy p.291-292)

La récursion : « Un processus récursif est un processus où les produits et les effets sont en même temps causes et producteurs de ce qui est produit » (Morin 2005 p.99 et 100). A la fameuse question qui de la poule ou de l’œuf fut le premier on voit bien qu’il s’agit d’une évolution conjointe de la poule et de l’œuf qui n’ont pas toujours été semblables à ce qu’on entend aujourd’hui par poule et œuf.

L’hologramme : « Un hologramme est une image où chaque point contient la presque totalité de l’information sur l’objet représenté. Le principe hologrammique signifie que non seulement la partie est dans le tout, mais que le tout est inscrit d’une certaine façon dans la partie. Ainsi la cellule contient en elle la totalité de l’information génétique, ce qui permet en principe le clonage; la société en tant que tout, via sa culture, est présente en l’esprit de chaque individu. » (MORIN E. La méthode. 5 L’humanité de l’humanité. Ed. Seuil (2001) p.282.)

◦ Enfin, quoi de plus naturel, à la lumière de tout ce qui vient d’être dit, que de lire un fragment de l’avant-propos de son Introduction à la pensée complexe (1990) pour l’entendre nous la présenter. Voilà ce qu’il nous dit :

Edgar Morin a écrit:
« Nous demandons légitimement à la pensée qu’elle dissipe les brouillards et les obscurités, qu’elle mette de l’ordre et de la clarté dans le réel, qu’elle révèle les lois qui le gouvernent. Le mot de complexité, lui, ne peut qu’exprimer notre embarras, notre confusion, notre incapacité de définir de façon simple, de nommer de façon claire, de mettre de l’ordre dans nos idées.

    Aussi la connaissance scientifique fut longtemps et demeure encore souvent conçue comme ayant pour mission de dissiper l’apparente complexité des phénomènes afin de révéler l’ordre simple auquel ils obéissent.

     Mais s’il apparaît que les modes simplificateurs de connaissance mutilent plus qu’ils n’expriment les réalités ou les phénomènes dont ils rendent compte, s’il devient évident qu’ils produisent plus d’aveuglement que d’élucidation, alors surgit le problème : comment envisager la complexité de façon non-simplifiante ? …

     Sa définition première ne peut fournir aucune élucidation : est complexe ce qui ne peut se résumer en un maître mot, ce qui ne peut se ramener a une loi, ce qui ne peut se réduire à une idée simple. Autrement dit, le complexe ne peut se résumer dans le mot de complexité, se ramener à une loi de complexité, se réduire à l’idée de complexité. La complexité ne saurait être quelque chose qui se définirait de façon simple et prendrait la place de la simplicité.

[…] La nécessité de la pensée complexe ne peut s’imposer que progressivement au cours d’un cheminement où apparaîtraient tout d’abord les limites, les insuffisances et les carences de la pensée simplifiante, puis les conditions dans lesquelles nous ne pouvons éluder le défi du complexe. Il faudra ensuite se demander s’il y a des complexités différentes les unes des autres et si l’on peut lier ensemble ces complexités en un complexe des complexes. Il faudra enfin voir s’il est un mode de pensée, ou une méthode capable de relever le défi de la complexité. Il ne s’agira pas de reprendre l’ambition de la pensée simple qui était de contrôler et de maîtriser le réel. Il s’agit de s’exercer à une pensée capable de traiter avec le réel, de dialoguer avec lui, de négocier avec lui.

     Il faudra dissiper deux illusions qui détournent les esprits du problème de la pensée complexe.

     La première est de croire que la complexité conduit à l’élimination de la simplicité. La complexité apparaît certes là où la pensée simplifiante défaille, mais elle intègre en elle tout ce qui met de l’ordre, de la clarté, de la distinction, de la précision dans la connaissance. Alors que la pensée simplifiante désintègre la complexité du réel, la pensée complexe intègre le plus possible les modes simplifiants de penser, mais refuse les conséquences mutilantes, réductrices, unidimensionnalisantes et finalement aveuglantes d’une simplification qui se prend pour le reflet de ce qu’à y a de réel dans la réalité….

     La seconde illusion est de confondre complexité et complétude. Certes, l’ambition de la pensée complexe est de rendre compte des articulations entre des domaines disciplinaires qui sont brisés par la pensée disjonctive e disjonctive (qui est un des aspects majeurs de la pensée simplifiante) ; celle-ci isole ce qu’elle sépare, et occulte tout ce qui relie, interagit, interfère. Dans ce sens la pensée complexe aspire à la connaissance multidimensionnelle. Mais elle sait au départ que la connaissance complète est impossible: un des axiomes de la complexité est l’impossibilité, même en théorie, d’une omniscience. […] Elle comporte la reconnaissance d’un principe d’incomplétude et d’incertitude. Mais elle porte aussi en son principe la reconnaissance des liens entre les entités que notre pensée doit nécessairement distinguer, mais non isoler les unes des autres.
»


◦  ANNEXE : Et l’information dans tout ça ?

Edgar Morin apporte deux idées fondamentales pour compléter la théorie de l’information de Shannon :

   – La notion d’information ne peut être dissociée du support physique portant cette information : l’information a une réalité physique.

   – Le sens de l’information est indépendant de la théorie de l’information, et est porté par la sphère anthropo-sociale. (W)[2]

Selon ses propres mots (la Méthode 1) :

Morin a écrit:
« L’information doit toujours être portée, échangée, et payée physiquement.(…) L’information s’enracine dans la physis, mais sans qu’on puisse la réduire aux maîtres-concepts de la physique classique, masse et énergie. (…) Les traits les plus remarquables et les plus étranges de l’information ne peuvent se comprendre physiquement qu’en passant par l’idée de l’organisation. » (ib p. 307)

Par exemple, « Le sens [d’une information] fonctionne en dehors de la théorie [de l’information de Shannon] » (La Méthode 1, 3.2.I).

En fait, « La théorie de l’information [de Shannon] occulte le méta-système anthropo-social qu’elle suppose et dans lequel elle prend son sens. » (ib.)

Mais surtout, « Pour concevoir l’information dans sa plénitude physique, il ne faut pas seulement considérer ses interactions avec énergie et entropie ; il ne faut pas seulement considérer ensemble néguentropie et information, il faut aussi considérer ensemble information, néguentropie, et organisation, en englobant l’information dans la néguentropie et la néguentropie dans l’information. » (ib p. 307)

« La réalité physique de l’information n’est pas isolable concrètement. Je veux dire qu’il n’y a pas, à notre connaissance et sur notre planète, d’information extra-biologique. L’information est toujours liée aux êtres organisés néguentropiquement que sont les vivants et les êtres métabiotiques qui se nourrissent de vie (sociétés, idées). De plus, le concept d’information a un caractère anthropomorphe qui me semble non éliminable. » (ib p. 316)


Et enfin « La notion d’information est nécessairement associée à la notion de redondance et de bruit » (La Méthode 1, 3.2.I).


[1] 23 mars 1988

[2] Le reste = aussi W mais ce sont des citations



à propos de la vision hologrammatique, qui rejoint l'idée dialectique que la partie contient le tout, et que j'utilise dans ce livre-forum en considérant que chaque point de vue catégoriel (femmes, nature, travail, guerre, Etats...) contient le tout, et que sa compréhension dialectique complexe peut permettre de saisir le tout (le capitalisme comme structure à dominante), à condition de ne pas oublier les contradictions, les antagonismes, et là Morin, dont l'approche de la complexité se noie dans "tout est dans tout  et réciproquement", ne peut plus nous aider, au contraire...  

Citation :
Le Principe Hologrammatique (ou hologrammique / holoscopique / holoscopique...) est une autre des clés de lecture de Morin, avec le "principe dialogique" et le "principe de récursivité"

◦ Nous savons tous intuitivement ce qu'est un hologramme : il s'agit d'une image en trois dimensions.
Dans de nombreux parcs d'attraction scientifiques, le Futuroscope de Poitiers ou la Cité des Sciences de Paris-La Villette, on peut voir des films en relief selon la technique de l'hologramme.

◦ La technique dérive d'un principe physique : celui des interférences. Jetez deux cailloux dans l'eau, les ondes émises à la surface de l'eau vont se croiser et "interférer". La même chose produite par deux sources lumineuses proches crée de nouvelles figures dont certaines sont stables (les franges).

◦ Si l'on fait interférer un faisceau laser éclairant un objet en relief et un autre faisceau sur une plaque, les interférences vont faire apparaître l'image en relief sur la plaque.

Je vous dispense des détails de la technologie.

◦ Ce qui est important à savoir, c'est que chaque partie de l'hologramme contient la totalité de l'information de tout l'hologramme. Mais plus cette partie est petite, plus l'hologramme perd en netteté.

Morin commente : « L'hologramme démontre donc la réalité physique d'un type étonnant d'organisation , où le tout est dans la partie qui est dans le tout, et où la partie pourrait être plus ou moins apte à régénérer le tout. »

• Morin va donc généraliser le principe hologrammatique :  « C'est peut-être un principe cosmologique clé. De toute façon il concerne la complexité de l'organisation vivante, la complexité de l'organisation cérébrale et la complexité socio-anthropologique.»

Ne nous laissons pas abuser par le "peut-être" initial. Il ne s'agit pas d'une simple conjecture. Edgar Morin exprime plutôt, comme dans toute son œuvre, sa réserve à l'égard de l'induction abusive.

Il explique ainsi :

Morin a écrit:
« Le tout est d'une certaine façon inclus (engrammé) dans la partie qui est incluse dans le tout.

L'organisation complexe du tout (holos) nécessite l'inscription (engramme) du tout (hologramme) en chacune de ses parties pourtant singulières ; ainsi la complexité organisationnelle du tout nécessite la complexité organisationnelle des parties, laquelle nécessite récursivement la complexité organisationnelle du tout.

Les parties ont chacune leur singularité, mais ce ne sont pas pour autant de purs éléments ou fragments du tout ; elles sont en même temps des micro-tout virtuels
. »


[Edgar Morin : La Méthode. Tome 3 : "La connaissance de la connaissance", Paris, Seuil, 1986, p.101-102]


Bien compliqué tout cela ? Je dois reconnaître que pour un esprit qui raisonne en termes de géométrie spatiale, c'est-à-dire d'inclusion, exclusion, proportion, c'est difficile à comprendre.




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Mar 1 Déc - 17:26



de toutes croyances à guider le monde

faisons table rase !


après ces rappels sur la méthodologie qui est la mienne, que j'utilise d'ailleurs plus au feeling que comme un mode d'emploi par étapes, il faudra encore revenir sur ce que n'est pas le dépassement d'une idéologie, si l'on entend par là le seul combat sur le terrain des idées, le « Kampfplatz der Philosophie » de Kant repris par Althusser en tant que « Lutte de classe dans la théorie »



en effet, nous n'avons pas, avec Marx (Thèses sur Feuerbach) dépassé la philosophie spéculative, l'idéalisme et le matérialisme vulgaire, ou l'humanisme-théorique, pour revenir à des échanges théoriques entre seuls théoriciens, sans médiation par les luttes, ce qui ne signifie pas que les échanges à ce "niveau" ne seraient pas indispensables aussi


Autographe de Karl Marx reprenant la célèbre 11e thèse sur Feuerbach (1845) :
« Die Philosophen haben die Welt nur verschieden interpretiert, es kömmt drauf an, sie zu verändern. »


Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières,
ce qui importe c'est de le transformer


de là on comprendra la limite du titre de ce sujet, le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française, qui ne saurait se résoudre que par les luttes, certes contre cette idéologie, mais pas en elle-même comme combat d'idées

l'expérience que nous avons est qu'il est aussi vain de vouloir faire abandonner la foi républicaine, démocratique ou laïque, serait-elle au nom du "marxisme" que l'idée que dieu existe à un croyant, qu'il soit musulman ou chrétien



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: DIALECTIQUE COMPLEXE DES CONTRADICTIONS et DÉPASSEMENTS À PRODUIRE   Ven 4 Déc - 12:17


ce sujet est repris et développée dans L'IDÉOLOGIE FRANÇAISE, vie et mort d'une passion capitaliste


6 - le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française / DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE


le concept de dépassement à produire était l'objet d'un long sujet qui a disparu dans la catastrophe de ce matin, controverse pour une dialectique complexe contre la philosophie post-moderne anti-dialectique rabattant la méthode de Marx sur la dialectique hégelienne, et d'un résumé dans DIALECTIQUE COMPLEXE des CONTRADICTIONS : DÉPASSEMENTS à PRODUIRE, qui s'est auto-aboli



c'était en quelque sort l'explication de la méthodologie utilisée dans la conception, le plan, et l'alimentation de ce livre-forum. Cette méthodologie reprenait la méthode même de Marx


1973
détournement par René Vienet d'un film de kung-fu,
« Crush », réalisé en 1972 par le chinois Kuang-Chi Tu
le film de René Vienet

on peut s'en faire une idée en lisant sur mon blog : problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode

on vous attend là-bas plus loin



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Ven 18 Déc - 14:31



à propos de

"système capitaliste", de "crise systémique", de "systémisme" ou de "systématisme" en théorie...

et de cohérence théorique


il semble que mon refus d'élaborer un corpus théorique à la manière de celui, systémique voire systématique, de Théorie Communiste, ne soit pas compris. Il y a une confusion entre la théorie comme système et la nécessité d'une cohérence en théorie

ce qui est revendiqué et pris pour de la cohérence chez TC est en fait dû à son corpus élaboré comme système évacuant tout ce qui n'y entre pas, ou le faisant rentrer à force et bout de ficelles, comme la "contradiction de genre" après trente ans de silence sur la condition féminine

remarque : TC fait lui-même remarquer que Marx n'a jamais parlé de "système capitaliste", ni je pense, à vérifier, de "capitalisme". On peut adopter ce terme compris par tout le monde, d'autant qu'il a longtemps été effacer, évincé par "néo-" ou "ultra-libéralisme", dans une perspective démocratique radicale d'aménagement, non d'abolition. Il n'empêche que le caractère "libéral" ou "néo-libéral" du capitalisme actuel a une signification quant à la fonction des Etats, des Etats-nations, et de la démocratie politique comme opium des peuples. Le retour de la mise en cause du "capitalisme", à partir des années 2000, fut donc appréciable après vingt ans de diabolisation de ce terme


la dialectique complexe des contradictions et de leurs dépassements à produire, que je propose, ne peut pas s'élaborer en système de pensée, ni clos ni même ouvert, pour la bonne raison qu'en tant que théorie d'une représentation du capital, comme le Capital de Marx même ((Isabelle Garo), ce serait une contradiction dans les termes mêmes où nous définissons la nécessité d'une théorisation communiste, plus que d'une théorie communiste, et ceci contre la posture théoriciste des "théoriciens de la communisation", qui théorisent sur le communisme bien plus qu'ils ne s'embarquent, même par la pensée, le « concret de pensée » (Marx) avec les luttes théorisantes concrètes dans leur dynamique mondiale, globale et locale - générales, particulière, et singulières

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Ven 22 Jan - 16:13


dépassements à produire

un concept nécessaire à la théorisation communiste



Peter Schipperheyn, Metamorphosis 1980




les reformulations auxquelles m'ont permis d'aboutir les "conversations" avec Corinne Cerise ont j'espère commencé d'éclairer ce qui est un des concepts les plus essentiels à la compréhension de la théorisation en cours, les dépassements à produire d'identités de luttes auto-théorisantes, et l'on a vu qu'ils engagent de façon articulée toutes les catégories du forum structurées comme autant "de points de vue" et parties de la totalité :

- identité prolétarienne avec la contradiction de classe,
- identité de genre, assignation à un sexe social,
- identité de race, assignation à n'être que sa couleur de peau, son origine ethnique ou religieuse (sauf pour les Blancs ?)
- identité citoyenne liée à l'État-nation et territoire,
- identité de croyant de toutes fois religieuses, athéistes, laïcistes, idéologiques ou théoriques,
- identité d'individu égo-gérant son individualisme produit par les rapports sociaux capitalistes,
- identité de militant d'un parti, d'une organisation ou d'un groupe, produisant leurs communautarismes sectaires,
- identité d'être humain face à la nature et le séparant d'elle,
- identité de l'artiste saisissant sa créativité poétique comme génie propre dont serait dépourvu le commun des mortels...

Corinne a écrit:
Mais je vais vous parler en toute innocence. Comment, face à cette réalité têtue, produire la révolution comme immédiateté communiste, c.a.d comme dépassement produit par la lutte de classes ?  

Patlotch a écrit:
"innocence" mon œil ! Et je crains qu'ici l'on ne risque de tourner en rond, car je crois bien que vous avez déjà posé la question, et que j'ai ressorti mon laïus sur les dépassements à produire dans des luttes immédiates, auto-théorisantes. Ce n'est qu'un "modèle" de plus, sauf qu'il n'est pas à suivre, par définition. Il n'est là que pour satisfaire l'esprit révolutionnaire qui se pose des questions qu'il ne peut résoudre

dans un échange en coulisse, Corinne me fait remarquer :

Corinne Cerise a écrit:
PS : Je vous ai trouvé un peu sévère sur le forum avec votre réponse "innocente mon œil". Mais c'est pas grave Smile

Patlotch a écrit:
je me suis trouvé sévère aussi, mais je crois que c'est vrai, vous aviez déjà posé la question et moi répondu en me défilant avec mon schmilblick à produire...

Corinne a écrit:
Ah ah... Celle là je me la garde en réserve pour le kazoo. Non, je plaisante.

nous pouvons y revenir en avançant à partir du lien établi entre dépassements à produire et subjectivation révolutionnaire -> identité révolutionnaire -> sujet révolutionnaire => classe révolutionnaire dans IDENTITÉ COMMUNISTE... 22 janvier 0:33

en effet, concernant l'identité communiste, le raisonnement a accompli une révolution,- au sens de cycle ou plutôt de "spirale dialectique" -, de ma critique de l'identité communiste il y a une quinzaine d'années sur la base de mon expérience de militant de parti au PCF, rejoignant la critique du militantisme par les théoriciens de la communisation non immunisés du sectarisme identitaire de groupe, de réseau ou de communauté d'affinités théoriques et idéologiques; "négation de négation" de l'identité communiste permettant de réinvestir le combat émancipateur en militant communiste

cet exemple nous montre que ce type de dépassement peut être produit par la pensée, de façon abstraite et conceptuelle, mais néanmoins avec de telles implications psychologiques quant au rapport à soi - je m'auto-nomme, j'ose, "militant communiste" -, qu'elles ont un effet performatif *

* performatif dans le sens de « Fonction performative, qui réalise une action par le fait même de son énonciation. » (définition B du CNRTL, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales))
exemples : - Je te fais chevalier, - Je te nomme professeur...


cela dit, pas de précipitation, que je m'auto-nomme communiste ne fait pas de moi un militant effectif : la preuve de ce pou dingue, c'est qu'on l'écrase, et pour l'heure je suis assez bien rangé des voitures, quant à celles qui brûlent, d'y mettre le feu ne fait pas non plus le communiste

il ne s'agit pas de s'auto-glorifier comme militant communiste (ou ici anarchiste, féministe, écologiste, décolonial, naturellement "radical" parce qu'il ou elle prendrait les choses à la racine), car pour se reconnaître une identité de luttes, encore faut-il participer à un combat, et pour qu'il puisse être qualifié de communiste, qu'il ne se contente pas de reproduire l'identité en cause - le mauvais côté du communautarisme identitaire - mais la remette en question par les objectifs qu'il s'assigne... de la dépasser

on retrouve cette dialectique avec un choix tranchant dans l'intervention d'Houria Bouteldja qui a fait "conversation" avec Corinne :

Houria Bouteldja a écrit:
Ce que je veux expliquer c’est que ce mouvement de « repli sur soi » qu’on appelle « communautarisme » et qui a tous les aspects de la « réaction » et du « conservatisme », et qui l’est sous certains aspects, est globalement positif car la communauté, dans un contexte hostile est le premier lieu de la solidarité. Il est évident que cette « régression féconde » qui répond à des besoins matériels et affectifs est précaire et qu’elle ne se fait pas sans conditions. [...]

"RACE, CLASSE et GENRE" ? SYNTHÈSE : THÉORIE, STRATÉGIE et POLITIQUE COMMUNISTE, FÉMINISTE, et DÉCOLONIALE. Conversation et questions autour d'un texte d'Houria Bouteldja  31 décembre 15:00


je donne à dessein cet exemple du cas le plus controversé, l'identité raciale, parce que si on le comprend concernant les luttes "indigènes" ou décoloniales, on le concevra plus facilement pour tous les autres cas, le genre, l'individualité, etc. et, cerise sur le gâteau, pour l'identité prolétarienne, j'y reviens plus bas

exemple choisi également par le fait qu'il est des seuls, à ce jour, dont observons un caractère de masse, ce qui pourrait être le cas ni du dépassement du genre si l'on songe aux mouvements LGBT, que l'on retrouve également en versions décoloniales dans des luttes communes, mais certainement pas de l'identité prolétarienne dont le "dépassement des limites des écarts" vus par Théorie Communiste laisse à désirer pour un bon nombre d'entre eux, ce que d'autres théoriciens lui ont fait remarquer (Temps Critiques à juste titre ici, Bruno Astarian dans Où va Théorie Communiste ?, moi...)


le dépassement à produire de l'identité prolétarienne

ultime débouché théorique de cette discussion donc, nous voyons que le dépassement à produire de l'identité prolétarienne ne peut se formuler en dépassement d'identité de classe, parce que l'identité de classe, nous le réservons à l'identité révolutionnaire, autrement dit à l'identité communiste, et c'est ainsi que nous pouvons avancer ce résultat :

dans le moment de la conjoncture* révolutionnaire nommée communisation, ne se fait pas à titre prolétarien, ni à titre humain, mais à titre communiste, et « l'activité de crise du prolétariat » (Bruno Astarian) est celle d'un ensemble d'individus qui se sont auto-sujectivés et constitués en classe révolutionnaire, que nous avons choisi de nommer communiste...

* à propos de 'conjoncture' et 'dépassement produit', concepts de Théorie Communiste
Patlotch a écrit:
on pourrait développer la relation entre le concept de « conjoncture » élaboré par Roland Simon et Théorie Communiste, à partir de la production d'une conjonction de dépassements alors produits comme « défaisance » de rapports sociaux dans le capitalisme, désobjectivation et désubjectivation sur toutes ces lignes d'identitification/réification : « La réification (du latin res, chose) consiste à transformer ou à transposer une abstraction en un objet concret, à appréhender un concept comme une chose concrète. Le terme est aussi employé à propos des personnes vivantes. » Wikipédia, mais ce n'est pas mon propos ici, et je crains que de le faire nous ramène en arrière, à quelque chose de bien trop abstrait, général et conceptualiste

c'est pourquoi à la question de Corinne plus haut, j'ajoutais

si on le pose de façon générale, on répond avec le concept de conjoncture de R.S, "défaisance" des rapports sociaux quotidiens habituels, du jour au lendemain plus personne n'est le même que la veille, je est un autre et des autres. Pour moi, cela ne suppose pas un "achèvement de la prolétarisation des classes moyennes ou paysannes" dans la mesure ou dans l'activité de crise du prolétariat, on ne peut plus, le travail étant suspendu, parler concrètement d'implication réciproque capital-prolétariat fondée sur le rapport d'exploitation : ce modèle est une vue de l'esprit pour satisfaire l'esthétisme conceptuel de TC


les inconvénients majeurs de "dépassement produit" sont d'abord qu'il met tout sur le dos du prolétariat, et que malgré la dialectique de "limites", "dynamique" et "écarts", le sujet révolutionnaire est jusqu'au bout le prolétariat, sans éviter un certain automatisme

l'inconvénient lié du concept de "conjoncture" est qu'en lui-même il n'a pas de contenu, ou sur la seule ligne prolétarienne jusqu'au bout, toutes les contradictions s'y rejoignant en entonnoir dans la "défaisance" des rapports sociaux capitalistes

au total, on ne sait toujours pas davantage ce qui se passe entre le moment présent et la conjoncture révolutionnaire. La modélisation s'est enrichie d'un concept général, mais sans plus de réponse à la question à laquelle tout se ramènerait selon TC : « Comment une classe, agissant strictement en tant que classe de ce mode de production, dans sa contradiction avec le capital à l'intérieur du mode de production capitaliste, peut-il abolir le capital, donc les classes, donc lui-même, c'est-à-dire produire le communisme ? » [on voit par ailleurs qu'ici le communisme est un état, non le mouvement...]

et comme on ne le sait pas, on ne peut qu'attendre la fin : l'attentisme est logique dans cette théorie



nommer c'est faire exister, c'est construire...

« l'acte de nomination est un acte de création,
tout ce qui existe doit avoir un nom, pour exister même.
L'anonymat c'est l'inexistence. Ce qui n'a pas de nom n'existe pas... »
La pensée du Qohélet : étude exégétique et intertextuelle, Jean-Jacques Lavoie, 1992

... un ensemble d'individus qui se sont auto-sujectivés et constitués en en classe révolutionnaire, que nous avons choisi de nommer communiste mais là encore, c'est bien parce qu'il nous faut nommer les choses, et en prendre le parti
[/b]

Francis Ponge a écrit:
Je ne peux m'expliquer rien au monde que d'une seule façon : le désespoir.

... mais il est peut-être une pose possible qui consiste à dénoncer à chaque instant cette tyrannie : je ne rebondirai jamais que dans la pose du révolutionnaire ou du poète

Francis Ponge À chat perché, dans « Natare piscem doces » (« Tu apprends au poisson à nager ») 1929-1930, cité ICI, 6 juin, 18:49


.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Sam 23 Jan - 19:00



une sorcière idéale pour l'idéologie française

reçu le 22 Janvier 2016 22:27

Corinne Cerise a écrit:
Voilà ce que j'aime, que j'aime VRAIMENT :

Patlotch a écrit:
il ne s'agit pas de s'auto-glorifier comme militant communiste (ou ici anarchiste, féministe, écologiste, décolonial, naturellement "radical" parce qu'il ou elle prendrait les choses à la racine), car pour se reconnaître une identité de luttes, encore faut-il participer à un combat, et pour qu'il puisse être qualifié de communiste, qu'il ne se contente pas de reproduire l'identité en cause - le mauvais côté du communautarisme identitaire - mais la remette en question par les objectifs qu'il s'assigne... de la dépasser

suit, juste après, l'intervention d'Houria que je découvre maintenant vraiment

Houria Bouteldja a écrit:
Ce que je veux expliquer c’est que ce mouvement de « repli sur soi » qu’on appelle « communautarisme » et qui a tous les aspects de la « réaction » et du « conservatisme », et qui l’est sous certains aspects, est globalement positif car la communauté, dans un contexte hostile est le premier lieu de la solidarité. Il est évident que cette « régression féconde » qui répond à des besoins matériels et affectifs est précaire et qu’elle ne se fait pas sans conditions. [...]

Il y a là, de façon dense et précise, toute la question du dépassement à produire, toute la question du lieu d'où l'on parle (et donc d'où l'on part) et qui est comme vous le dites à dépasser (je ne dirai pas abolir, car j'ai la conviction qu'il ne s'agit pas seulement d'une "conscience collective", et quoiqu'il en soit pas d'une conscience de "classe" comme on pouvait l'entendre dans les années 1950/60). C'est tout le COEUR des luttes que vous nommez "auto-théorisantes", et que je crois avoir enfin compris.

je veux juste préciser qu'il ne s'agit pas non plus de tirer à nous ce que dit Houria Bouteldja, mais de le prendre au sérieux tel quel, en toute conscience qu'elle n'est pas notre idéal (nous ne sommes pas à nous-même notre idéal) mais la sorcière idéale pour l'idéologie française sous toutes ses coutures : elle symbolise, concentre et condense idéologiquement, pour aujourd'hui en France, ce qu'en disait Silvia Federici pour la période d'accumulation du capital, dans Caliban et la sorcière




Dernière édition par Patlotch le Sam 23 Jan - 21:19, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Sam 23 Jan - 19:38


vous avez dit complexe, et si c'était simple ?


Corinne Cerise a écrit:
Mais je ne comprend pas en quoi cette dialectique serait complexe ? C'est à mon avis tout ce qu'il y a dans une praxis marxienne, non ?

Patlotch a écrit:
1) c'est complexe, non au sens de "compliqué" mais de la complexité comme « notion utilisée en philosophie, épistémologie, en physique, en biologie en écologie, en sociologie, en ingénierie, en informatique ou en sciences de l’information » (Wikipédia), sens que j'ai repris d'Edgar Morin dans La méthode

2) "complexe" ne s'oppose pas à "simple", mais à "simpliste" même quand ça se veut "dialectique"

3) Marx effectivement, mais celui qui n'est pas hégélien, lu par Bertell Olmann

la difficulté est qu'on ne peut l'exposer comme méthode séparée, car ce ne serait plus une "praxis", mais qu'il faut néanmoins dire comment ça fonctionne, car ça peut aider la lecture et la compréhension, comme à faire le lien avec la théorie communiste exposée de façon plus "philosophique", plus traditionnelle, plus "marxiste"

c'est aussi pourquoi je ne suis pas capable d'une synthèse, chaque commentaire pouvant se lire comme un aspect, un point de vue sur le tout. A mon avis, il faut garder ce côté bordélique, pour éviter que ça se "pétrifie" en corpus théorique, à la manière de la "méthode de Marx" vue par les marxistes, ou de la dialectique structuraliste de TC

il faut aussi laisser à chacun la possibilité de le saisir par le bout qu'il comprend le mieux, qu'il peut faire sien pour un tas de raisons, expérience et connaissances propres, intérêt pour tel thème de prédilection (écologie, féminisme, décolonial...), type de langage y compris poétique...

bref la complexité est inhérente à l'objet, la totalité du monde, mais chaque sujet (partant de lui) a ses objets, il appréhende cette complexité dans sa situation singulière de particularismes qui le constituent dans le tout, et c'est à "nous" de lui rendre possible de le saisir et comprendre dans ce tout

Corinne a écrit:
Oui, j'ai d'ailleurs récemment acheté "la dialectique mise en œuvre" de Bertell Ollman, c'est dans ma pile à lire. Mais ce que j'en ai déjà feuilleté me parait clair et aisément compréhensible.

Patlotch a écrit:
la complexité est inhérente à l'objet, la totalité du monde, mais chaque sujet a ses objets, il appréhende cette complexité dans une situation singulière, et c'est à nous de l'aider, pour lui rendre possible de la comprendre dans le tout

C'est bien toute la difficulté pour moi de comprendre un objet et de restituer la compréhension dans le tout.

par et dans comprendre, j'entends toujours con-prendre = sentir-saisir-comprendre-penser-lutter, ce qui rejoint l'insécable corps-cœur-raison et le lien entre révolution et poétique au sens fort, forcément anti-eurocentriste : décolonial !

nœuds à défaire, chaînes à perdre...
quelle dérouillée !




Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Dim 24 Jan - 12:33


la Négritude comme moment faible dialectique (Jean-Paul Sartre)
et sa critique concrète au présent par Franz Fanon


à propos de Négritude et des trois moments dialectiques que je décrivais dans dépasser les identités de classe, genre, race... d'individus en juin 14, je découvre dans Franz Fanon, Peau Noire, Masques Blancs 5. L'expérience vécue du noir 1952, un texte de Jean-Paul Sartre (dont Fanon s'inspire de Réflexions sur la question juive 1946, mais qu'il critique sur 'la question nègre'), extrait de Orphée Noir, Préface à l'Anthologie de la poésie nègre et malgache, 1948

[le texte peut être lu entièrement ICI]

je recopie ce passage parce qu'il explique ces moments tout en établissant une comparaison entre classe et race, dont Fanon critique le déterminisme dialectique, ce qui ne sera pas sans rappeler quelque chose aux amateurs de théorie de la communisation... Je souligne


Fanon a écrit:
Ainsi, à mon irrationnel, on opposait le rationnel. À mon rationnel, le « véritable rationnel ». À tous les coups, je jouais perdant. J’expérimentai mon hérédité. Je fis un bilan complet de ma maladie. Je voulais être typiquement nègre, — ce n’était plus possible. Je voulais être blanc, — il valait mieux en rire. Et quand j’essayais, sur le plan de l’idée et de l’activité intellectuelle, de revendiquer ma négritude, on me l’arrachait. On me démontrait que ma démarche n’était qu’un terme dans la dialectique :

Jean-Paul Sartre) a écrit:
Mais il y a plus grave : le nègre, nous l'avons dit, se crée un racisme antiraciste. Il ne souhaite nullement dominer le monde : il veut l'abolition des privilèges ethniques d'où qu'ils viennent; il affirme sa solidarité avec les opprimés de toute couleur. Du coup la notion subjective, existentielle, ethnique de négritude « passe », comme dit Hegel, dans celle  - objective, positive, exacte - de prolétariat.

Pour Césaire, dit Senghor, le « Blanc » symbolise le capital. Comme le nègre le travail... À travers les hommes à peau noire de sa race, c'est la lutte du prolétariat mondial qu'il chante. C'est facile à dire, moins facile à penser. Et, sans doute, ce n'est pas par hasard que les chantres les plus ardents de la négritude sont en même temps des militants marxistes.

Mais cela n'empêche que la notion de race ne se recoupe pas avec celle de classe : celle-là est concrète et particulière, celle-ci universelle et abstraite; l'une ressortit à ce que Jaspers nomme compréhension et l'autre à l'intellection; la première est le produit d'un syncrétisme psycho-biologique et l'autre est une construction méthodique à partir vde l'expérience.

En fait, la négritude apparaît comme le temps faible d'une progression dialectique : l'affirmation théorique et pratique de la suprématie du Blanc est la thèse; la position de la négritude comme valeur antithétique est le moment de la négativité. Mais ce moment négatif n'a pas de suffisance par lui-même et les Noirs qui en usent le savent fort bien; ils savent qu'il vise à préparer la synthèse ou réalisation de l'humain dans une société sans races. Ainsi la Négritude est pour se détruire, elle est passage et non aboutissement, moyen et non fin dernière.

Quand je lus cette page, je sentis qu’on me volait ma dernière chance. Je déclarai à mes amis : « La génération des jeunes poètes noirs vient de recevoir un coup qui ne pardonne pas. » On avait fait appel à un ami des peuples de couleur, et cet ami n’avait rien trouvé de mieux que montrer la relativité de leur action. Pour une fois, cet hégélien-né avait oublié que la conscience a besoin de se perdre dans la nuit de l’absolu, seule condition pour parvenir à la conscience de soi. Contre le rationalisme, il rappelait le côté négatif, mais en oubliant que cette négativité tire sa valeur d’une absoluité quasi substantielle. La conscience engagée dans l’expérience ignore, doit ignorer les essences et les déterminations de son être.

Orphée Noir est une date dans l’intellectualisation de l’exister noir. Et l’erreur de Sartre a été non seulement de vouloir aller à la source de la source, mais en quelque façon de tarir cette source :

Sartre a écrit:
La source de la Poésie tarira-t-elle ? Ou bien le grand fleuve noir colorera-t-il malgré tout la mer dans laquelle il se jette ? Il n’importe : à chaque époque sa poésie ; à chaque époque, les circonstances de l’histoire élisent une nation, une race, une classe pour reprendre le flambeau, en créant des situations qui ne peuvent s’exprimer ou se dépasser que par la Poésie ; et tantôt l’élan poétique coïncide avec l’élan révolutionnaire et tantôt ils divergent. Saluons aujourd’hui la chance historique qui permettra aux Noirs de pousser « d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées » (Césaire)

Et voilà, ce n’est pas moi qui me crée un sens, mais c’est le sens qui était là, pré-existant, m’attendant. Ce n’est pas avec ma misère de mauvais nègre, mes dents de mauvais nègre, ma faim de mauvais nègre, que je modèle un flambeau pour y foutre le feu afin d’incendier ce monde, mais c’est le flambeau qui était là, attendant cette chance historique.

En termes de conscience, la conscience noire se donne comme densité absolue, comme pleine d’elle-même, étape préexistante à toute fente, à toute abolition de soi par le désir. Jean-Paul Sartre, dans cette étude, a détruit l’enthousiasme noir. Contre le devenir historique, il y avait à opposer l’imprévisibilité. J’avais besoin de me perdre dans la négritude absolument. Peut-être qu’un jour, au sein de ce romantisme malheureux...

En tout cas j’avais besoin d’ignorer. Cette lutte, cette redescente devaient revêtir un aspect achevé. Rien de plus désagréable que cette phrase : « Tu changeras, mon petit ; quand j’étais jeune, moi aussi... tu verras, tout passe. »

La dialectique qui introduit la nécessité au point d’appui de ma liberté m’expulse de moi-même. Elle rompt ma position irréfléchie. Toujours en termes de conscience, la conscience noire est immanente à elle-même. Je ne suis pas une potentialité de quelque chose, je suis pleinement ce que je suis. Je n’ai pas à rechercher l’universel. En mon sein nulle probabilité ne prend place. Ma conscience nègre ne se donne pas comme manque. Elle est. Elle est adhérente à elle-même. [...]


on relèvera la double parenté de mon concept de dépassement à produire d'une identité sur la base de cette identité

- avec le point de vue de Sartre comme moment dialectique à dépasser (négation de la négation, classique hégélien)
- avec celui de Fanon dans son entière détermination au présent d'une lutte sur cette base comme moment actuel de la lutte de classe

le schéma dialectique Sartrien s'apparente davantage au schéma técéiste, mais reconnaît au moins à la Négritude, autrement dit à un combat 'identitaire' sur la base de l'oppression raciale, une articulation avec la contradiction de classe, ce que lui dénie la théorie de la communisation

mais la critique [de Sartre] par Fanon nous remet de plein pied au présent de cette lutte sans préjuger de sa fin dans la révolution prolétarienne

on retrouve donc doublement la logique stratégique du PIR, telle qu'exposée par Houria Bouteldja en tant qu'indigène (ou non-blanche) (ICI), et la posture que j'adopte en tant que militant communiste décolonial mais blanc

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Lun 25 Jan - 14:43


un autre exemple pour illustrer, de façon pragmatique, la notion de dépassement à produire sur une base d'identité raciale d'esclavagisés, dans le prolongement de la critique de Sartre et de la dialectique de Hegel par Fanon




Pour un dépassement de la dialectique du Maître et de l'Esclave... Publié par Le Bougnoulosophe, les Indigènes du Royaume (Belgique) 19 mai 2014

extrait de

2010

Citation :
Paru il y a une quinzaine d’années dans son édition originale, cet ouvrage s’est rapidement imposé comme une référence incontournable des postcolonial studies. La notion d’Atlantique noir élaborée par Gilroy permet de renouveler en profondeur la manière de penser l’histoire culturelle de la diaspora africaine, résultat de la traite et de l’esclavage. En opposition aux approches nationalistes et portées à l’absolutisme ethnique, et dans un souci d’éviter toute opposition binaire réductrice (essentialisme/anti-essentialisme, tradition/modernité), Gilroy montre que l’espace atlantique transnational constitue un lieu de circulation, de création et de résistance culturelle reliant les communautés noires américaines, européennes et caribéennes : une véritable « contre-culture de la modernité ».

Paul Gilroy est un sociologue anglais auteur d’ouvrage célèbres dont Ain’t No Black in the Union Jack et l’Atlantique noir. Il a participé au mouvement des Cultural Studies avec Stuart Hall. Son travail a révolutionné l’étude des diasporas et de la politique de la race.


Paul Gilroy a écrit:
L'intérêt que je porte au célèbre passage qui ouvre la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel [celui de la dialectique du Maître et de l'Esclave] est double : tout d'abord, il peut être utilisé pour faire une analyse de la modernité que répudie Habermas parce qu'elle se fonde sur une approche qui voit dans l'association intime de la modernité et de l'esclavage une question conceptuelle fondamentale. Il y a là quelque chose de tout à fait important parce que cela peut permettre de s'opposer fermement à l'idée fascinante de l'histoire comme progrès et offrir l'occasion de périodiser et d'accentuer autrement les descriptions de la dialectique des Lumières, qui n'ont pas toujours eu le souci de regarder la modernité à travers le prisme du colonialisme ou du racisme scientifique.


En second lieu, un retour à l'analyse hégélienne du conflit et des formes de dépendance produits dans la relation entre le maître et l'esclave met en avant la question de la violence et de la terreur, qui est également trop souvent négligée. Pris ensemble, ces problèmes sont l'occasion de dépasser le débat stérile entre un rationalisme eurocentrique qui exclut l'expérience de l'esclavage du récit de la modernité tout en affirmant que les crises de la modernité peuvent trouver une solution de l'intérieur, et un antihumanisme tout aussi occidental qui situe l'origine de ces crises dans les défauts du projet des Lumières.

Cornel West a rappelé que Hegel était le philosophe préféré de Martin Luther King. Le point d'entrée dans le discours de la modernité que nous offre Hegel est doublement important car, comme nous le verrons, un grand nombre d'intellectuels formés par l'Atlantique noir ont engagé avec lui un dialogue critique. Leur relation difficile et profondément ambivalente avec son œuvre et avec la tradition intellectuelle dans laquelle elle s'inscrit permet de situer leur position inconfortable vis-à-vis du monde des lettres et de la politique occidentales, et d'identifier les différentes perspectives sur monde moderne qu'ils ont exprimées. Le poème d'Arruri Baraka ritulé « Hegel » (1963) exprime parfaitement cette ambivalence, montre que l'appropriation des thématiques hégéliennes est loin être toujours négative :

Je crie à l'aide. Et personne ne vient, n'est jamais
venu. Pas une seule main secourable
ne m'a jamais été tendue ...
pas un seul mot secourable ne s'est arraché à la chair
avec la volonté imparfaite et belle
qui me délivrerait de ce pesant contrat de vacuité.

Dans L'Être et le Néant, Sartre note que Hegel n'aborde pas les relations horizontales entre maîtres ou à l'intérieur de la caste des esclaves, pas plus que l'impact d'une population libre et non propriétaire d'esclaves sur l'institution de l'esclavage. En dépit de ces lacunes, sa perspicacité et sa vision de l'esclavage comme, en un sens, fondement de la modernité, permettent de rouvrir le débat sur les origines de la politique noire à l'âge des révolutions euro-américaines, et sur les relations qui en découlent entre les différentes variétés de radicalisme qui ont nourri les luttes des esclaves pour l'émancipation et la justice raciale, restées vivantes dans les luttes de leurs descendants aujourd'hui dispersés. L'esclavage dans les plantations était bien plus qu'un système de travail et un mode particulier de domination raciale.

Qu'il contînt l'essence même du capitalisme ou n'en fût qu'un élément résiduel, précapitaliste, dans un rapport de dépendance au capitalisme au sens propre, il a quoi qu'il en soit posé les fondations d'un réseau singulier de relations économiques, sociales et politiques. Surtout, « sa disparition a soulevé des questions fondamentales sur l'économie, la société et la politique », et il a conservé une place centrale dans les mémoires historiques de l'Atlantique noir.

La façon dont ces populations continuent de faire un usage créatif et communicatif de la mémoire de l'esclavage nous détourne de deux positions qui vont de pair et ont surdéterminé jusqu'à présent le débat sur la modernité : un rationalisme complaisant, acritique, et un antihumanisme embarrassé et rhétorique, qui ne fait que banaliser la puissance du négatif. Dépasser cette alternative suppose l'examen de ce que l'on peut appeler, après Walter Benjamin, les fondements historiques de la moderniré. Si celui-ci ne se doutait pas que l'on pût considérer l'histoire moderne comme scindée par l'axe séparant les maîtres et maîtresses euro-américains de leurs esclaves africains, plusieurs éléments de sa pensée, en particulier ceux issus de sa relation à la mystique juive, ont fourni à ma propre critique un riche matériau.

Le temps est venu pour l'histoire primitive de la modernité d'être reconstruite à partir des points de vue des esclaves. Ceux-ci apparaissent dans la conscience particulièrement aiguë tant de la vie que de la liberté, conscience alimentée, chez les esclaves, par la « terreur mortelle de son maître souverain » et par « l'ordalie » perpétuelle que représente l'esclavage pour l'esclave masculin. Cette histoire primitive de la modernité offre une perspective unique sur de nombreux problèmes intellectuels et politiques aux débats sur la modernité. J'ai déjà mentionné la conception de l'histoire comme progrès.

Outre cette éternelle et épineuse question, le point de vue des esclaves n'exige pas seulement l'analyse de la dynamique particulière du pouvoir et de la domination dans les sociétés de plantation vouées à la poursuite du profit, mais encore celle de catégories centrales au projet des Lumières, telles que les idées d'universalité, de permanence de la signification, de cohérence du sujet ainsi que, bien sur, l'ethnocentrisme fondateur où elles tendent à s'ancrer.

Chacune de ces questions a eu des répercussions sur la formation du discours racial et intéresse la compréhension du développement de la politique raciale. Ces problèmes mis à part, le point de vue des esclaves nécessite une critique du discours de l'humanisme bourgeois, que de nombreux penseurs ont mis en cause dans l'essor et la consolidation du racisme scientifique. Le recours à la mémoire de l'esclavage comme moyen d'interprétation suggère que cet humanisme ne peut être simplement amendé par l'intégration des figures des Noirs, auparavant assignés à une catégorie intermédiaire entre l'animal et l'humain, que Du Bois qualifie de « tertium quid ».

En conformité avec les éléments spirituels qui contribuent également à le distinguer de la rationalité moderne laïque, le point de vue des esclaves ne manifeste qu'un intérêt secondaire pour l'idée d'utopie rationnelle. Leurs catégories premières sont profondément imprégnées par l'idée d'apocalypse révolutionnaire ou eschatologique, par le Jubilé. Avec provocation, elles suggèrent que la plupart les progrès de la modernité sont superficiels, ou ne sont que de pseudo-avancées dépendantes du pouvoir du groupe racialement dominant, de sorte que la critique de la modernité ne peut être menée à bien à partir de ses propres normes philosophiques et politiques, de façon immanente.

Les figures dont nous allons examiner l' œuvre avaient toutes une conscience aiguë des promesses et des potentialités du monde moderne. Mais leurs perspectives critiques à son égard n'étaient qu'en partie issues de ses propres normes. Tout en s'efforçant de maintenir un équilibre entre la défense et la critique de la modernité, ces figures puisaient délibérément dans des images et des symboles prémodernes, auxquels la comparaison avec la brutalité de l'esclavage moderne conférait une grande force. Ces derniers ont contribué à la formation d'une forme vernaculaire de la conscience malheureuse qui nous oblige à repenser la signification des notions de rationalité, d'autonomie, de réflexion, de subjectivité et de pouvoir à la lumière d'une réflexion approfondie sur la condition des esclaves et sur l'idée selon laquelle la terreur raciale n'est pas seulement compatible avec la rationalité occidentale, mais en est le complice empressé.

S'agissant de la politique et de la théorie sociale contemporaines, la valeur de ce projet repose dans sa promesse de révéler à la fois une éthique de la liberté qui pourra venir compléter l'éthique de la loi de la modernité, et une nouvelle conception de l'individualité et de l'individuation, construite à partir du point de vue des esclaves, en rupture définitive avec les corrélats psychologiques et épistémiques de la subordination raciale. Ce point de vue instable doit être bien distingué de l'appel au narcissisme épistémologique et à la souveraineté absolue de l'expérience immédiate parfois associé à cette expression. On en trouve un résumé dans la tentative opérée par Foucault d'étendre l'idée d'auto-inventaire critique au champ politique, comme en témoigne ce commentaire sur les Lumières : « L'ontologie critique de nous-mêmes, il faut la considérer non certe comme une théorie, une doctrine, ni même un corps permanent de savoir qui s'accumule; il faut la considérer comme une attitude, un ethos, une vie philosophique où la critique de ce que nous sommes est à la fois analyse historique des limites qui nous sont posées et épreuve de leur franchissement possible »

Une fois reconnue la force culturelle du mot « modernité », il nous faut aussi explorer les traditions d'expression artistique issues de la culture des esclaves. Ainsi que nous le verrons dans le prochain chapitre, l'art - en particulier sous la forme de la musique et de la danse - a été accordé aux esclaves comme un ersatz des libertés politiques formelles qui leur étaient refusées dans le régime de la plantation. Les cultures expressives qui se sont développées sous l'esclavage ont préservé durablement, sous une forme artistique, de désirs et des besoins qui vont bien au-delà de la seule satisfaction des nécessités matérielles.

En opposition avec le présupposé moderne de séparation fondamentale entre l'art et la vie, ces formes expressives ne cessent d'affirmer leur continuité. Elles célèbrent l'enracinement de l'esthétique dans les autres dimensions de la vie sociale. L'esthétique particulière que préserve la continuité de la culture expressive ne découle pas d'une évaluation dépassionnée et rationnelle de l'objet artistique, mais d'une contemplation forcément subjective des fonctions mimétiques de la performance artistique dans les processus de lutte pour l'émancipation, la citoyenneté et, finalement, l'autonomie.

La subjectivité n'est liée ici à la rationalité que de façon contingente. Cette forme d'interaction peut se fonder sur la communication, mais elle n'est pas un échange équivalent idéalisé entre des citoyens égaux qui expriment leur respect les uns pour les autres dans un discours grammaticalement unifié. Les schémas extrêmes de communication définis par l'institution de la plantation nous forcent à reconnaître les ramifications antidiscursires et extralinguistiques du pouvoir à l'œuvre dans la formation des actes de communication. Il se peut après tout qu'il n'y ait pas eu d'autre réciprocité sur la plantation que la possibilité de la rébellion et du suicide, de la fuite et du deuil silencieux - il n'y a en tout cas certainement pas d'unité grammaticale du discours pour véhiculer la raison communicative. À plusieurs égards, les habitants de la plantation ne vivent pas en synchronie. Leur mode de communication est divisé par les intérêts politiques et économiques radicalement opposés qui distinguent le maître et la maîtresse de leur cheptel humain.

Dans ces conditions, la pratique artistique garde une « fonction cultuelle » en même temps que ses prétentions à l'authenticité et au témoignage historique peuvent être activement conservées. Elle se diffuse à travers l'ensemble de la collectivité raciale subalterne, où les relations de production et de réception culturelles sont totalement différentes de celles qui définissent la sphère publique des maîtres. Dans cet espace strictement restreint, l'art, profane ou sacré, est devenu la clef de voûte de la culture politique des esclaves et de leur histoire cultuelle. Il demeure encore aujourd'hui le moyen par lequel les activistes de la culture se livrent à des « critiques salvatrices » du présent à la fois en mobilisant les mémoires du passé et en inventant un autrefois imaginaire capable d'alimenter leurs espérances utopiques.

Nous constatons aujourd'hui que les « arts de l'ombre » (« arts of darkness ») sont apparus en Occident au moment où la modernité s'avérait étroitement liée aux formes de terreur légitimée par l'idée de « race ». Il ne faut pas oublier que, si modernes qu'elles aient semblé les pratiques artistiques des esclaves et de leurs descendants s'enracinent aussi en dehors de la modernité. L'appel à l'antériorité comme antimodernité est plus qu'une simple figure de rhétorique récurrent, liant l'afrologie contemporaine à ses précurseurs du XIXe siècle. Ce gestes articulent une mémoire de l'histoire d'avant l'esclavage qui peut à son tour opérer comme un mécanisme permettant de catalyser le contre-pouvoir des esclaves et de leurs descendants.

Cette pratique artistique se trouve donc inévitablement à la fois à l'intérieur et l'extérieur de la douteuse protection qu'offre la modernité. On peut l'examiner en relation avec les formes, les thèmes et les idées modernes mais elle porte en elle sa propre critique de la modernité, une critique forgée à partir des expériences particulières de l'esclavage racialisé dans un système légitime et censément rationnel de travail non libre. En d'autres termes, cette formation artistique et politique en est venu à chérir sa part d'autonomie vis-à-vis de la modernité, cette vitalité indépendante, issue de la pulsation syncopée des perspectives philosophiques et esthétiques non européennes, et de leurs répercussions sur les normes occidentales. Cette autonomie a continué à se développer tandis que l'esclavage, le colonialisme et la terreur qui l'accompagnaient orientaient les arts vitaux des esclaves contre les conditions typiquement modernes caractérisant leur oppression - une sorte de sous-produit de la production forcée de marchandises destinées au marché mondial. Ce système a engendré une modernité éloignée des normes de raffinement et des mondes fermés de l'Europe rmétropolitaine qui ont jusqu'ici accaparé l'attention des théoriciens.

L'intérêt pour la saisissante dualité qui résulte de cette position unique - au sein d'un Occident élargi mais non complètement issu de lui - est un trait distinctif de l'histoire intellectuelle de l'Atlantique noir. Nous verrons qu'on le retrouve dans les écrits de nombreux auteurs noirs modernes. Frederick Douglass est le premier d'entre eux et sa vie est exemplaire quant à l'objet de ce livre. Il a parcouru l'Atlantique, militant et plaidant sans relâche la cause des esclaves. Il sera trop long de débattre ici de l'impact de ses voyages en Angleterre et en Écosse, même si cela donnerait une idée de la dimension spatiale du monde de l'Atlantique noir. Contrairement à d'autres candidats au rôle de père fondateur du nationalisme noir - Martin Delany, Edward Wilmor Blyden et Alexander Crummell -, Douglass a lui-même été esclave. On se souvient généralement de lui pour ses qualités d' orateur politique passionné. Ses écrits restent une ressource importante pour l'analyse politique et culturelle de l'Atlantique noir.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Lun 25 Jan - 16:44


j'essaye de multiplier les références, de sorte que l'on puisse bien comprendre ce que j'entends pas «dépassements à produire ». Après l'avoir élaborer pour moi-même, je tente d'en faire un exposé plus "didactique" et plus concret

naturellement, on ne va pas trouver chez des auteurs des années 50 à 70 une formulation théorique dans les termes où je la propose aujourd'hui, mais cela n'empêche pas de reparcourir le chemin des théories qui nous conduit à cette proposition. On s'aperçoit alors qu'il est loin d'être un sentier perdu, mais qu'on en retrouve plusieurs pistes, souvent croisées, entre théoriciens du post-colonialisme puis des décolonialités et penseurs héritant de Marx (voir BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE)

voici l'une de ces présentations plus théoriques du problème, par le fin et clair dialecticien du concret qu'était Henri Lefebvre, avec un extrait de


particularités et différences


1981

je n'en recopie qu'un extrait de la deuxième partie Les discontinuités 3. La différence, p. 109 à 122, me réservant de proposer ultérieurement ces pages en photos

Henri Lefebvre a écrit:
3. La différence

p. 109
Ce concept et son corrélatif, le droit à la différence, trouvèrent leur formulation théorique aux environs de 1968. Bien entendu, avant cette formulation, il y eut une pratique, des aspirations et des revendications, des essais d'élaboration rationnelle. Aux alentours de cette date la pensée théorique parvint à la différence par plus chemins convergents [Lefebvre développe la voie scientifique, la voie philosophique, la voie méthodologique, la voie revendicative]

p110
Du côté des mouvements féministes, la théorie de la différence essayait d'ouvrir une voie entre deux fréquantes erreurs, l'une qui considérait « les femmes » comme un groupe particulier et même comme une classe incarnant une essence, la féminité - et l'autre qui poussait « les femmes » à ressembler aux hommes, à affecter des comportements virils. La voie ouverte par la théorie différentielle aboutit à demander un statut pour les femmes, comme pour les régions et les pays concernés : la différence dans l'égalité.

Il va de soi que cette égalité dans la différence se conçoit pas seulement à l'échelle de l'individu ou du groupe, mais à l'échelle mondiale, entre les peuples et les nations. Ce qui transforme de fond en comble le vieux concept démocratique de l'égalité en le soustrayant à l'égalitarisme et à l'équivalence générale, en restituant le qualitatif. [...] On sortirait ainsi des sempiternels questionnements abstraits et des controverses non moins abstraites sur la démocratie, le socialisme et l'humanisme.

p. 111
La même formulation conceptuelle et théorique a un autre sens et un autre but, indissociable de celui qui vient d'être énoncé : assouplir et élargir la pensée marxiste.
Chez Marx, mais encore plus nettement chez la plupart de ses successeurs, la pensée se réduit à la réflexion sur le réel économique et politique, sur le travail et les travailleurs, considérés comme du « réel ». C'est ainsi que cette pensée est devenue sèche et scolastique.

Elle a pris et conserve une allure homogénéisante en ne considérant qu'une réalité uniforme. Cette réflexion ne se méfie pas de l'équivalence; cela malgré les appels à la dialectique ainsi qu'au devenir - et malgré les efforts de réintégration des réalités nationales et des spécificités historiques.

Méfiance injustifiée ? Malentendu ? Incompréhension ou incapacité de se mettre à l'écoute du monde ? La recherche et l'analyse « différentialiste » n'ont guère trouvé d'écho ni chez les marxistes officiels ni chez les autres. Sans doute ne veulent-ils pas s'aventurer sur des terrains difficiles. Voici le point théoriquement crucial. Les thèses sur les différences ne peuvent se séparer de conceptions théoriques sur le rapport des particularités aux différences, et sur le passage des premières aux secondes.

Les particularités se définissent par la nature et par le rapport à cette nature de l'être humain (social) . Elles consistent en « réalités » biologiques et psychologiques, données et déterminées : ethnies, sexes, âges. Naître blanc ou noir, petit ou grand, avec des yeux bleus ou sombres, c'est une particularité. De même, naître en Afrique ou en Asie.

Quant aux différences, elles ne se définissent que socialement, c'est-à-dire dans les rapports spécifiquement sociaux. A l'inverse de la particularité, la différence ne s'isole pas; elle prend lieu et place dans un ensemble.

Les particularités s'affrontent dans les luttes qui traversent l'histoire et qui sont simultanément des luttes d'ethnies, de peuples, de classes ou de fractions de classes. C'est au cours de ces luttes que des particularités naissent des différences : et une certaine conscience des autres à travers les rapports conflictuels - comportant dès lors des valeurs comparativement acceptées. Les particularités spontanées et naturelles ne disparaissent pas purement et simplement. Modifiées, transformées au cous des confrontations, elles s'intègrent à ces différences, que l'on ne peut pas dire uniquement culturelles. [ou alors au sens plus large de Raymond Williams et des Cultural Studies...

La victoire d'un particularisme abolit la différence et lui substitue un retour au naturel, à l'originel, affirmés, valorisés comme tels [/b][c'est le mauvais côté du "communautarisme identitaire", le seul que certains s'évertuent à voir dans les mouvements décoloniaux, par exemple Roland Simon, de Théorie Communiste, en les nommant « entrepreneurs en racialisation » : après avoir fait de la mousse dialectique pendant 45 ans, le savant de Marseille a glissé sur la pente savonnée de ses contradictions]


il ne s'agit pas de revenir à la revendication du « droit à la différence », mais comme le suggère Henri Lefebvre, de considérer le caractère dialectique du rapport entre particularités et différences, c'est-à-dire son caractère conflictuel, sans préjuger de son aboutissement de façon déterministe, au nom de la contradiction principale, économique et sociale, de l'exploitation, car à ce jeu là, on aboutit en pur "révolutionnaire" à ne plus voir aujourd'hui qu'une « une pétrification partielle de la lutte des classes, accolée à une pétrification similaire de la crise économique.» Endnotes3/4

comme dit Lefebvre « cette pensée est devenue sèche et scolastique.» La "pétrification" s'est emparée du théoricisme, par son absence de lien organique avec les masses en luttes qui font le mouvement de l'Histoire, pas celle qu'écrivent les historiens eurocentristes




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Sam 6 Fév - 23:25

un peu de lecture...

Karl Marx Introduction à la critique de l'économie politique 1859
Introduction : Production, consommation, distribution, échange (Circulation)


Karl Marx a écrit:
III. La méthode de l’économie politique

Quand nous considérons un pays donné au point de vue de l'économie politique, nous commençons par étudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa répartition dans les villes, à la campagne, au bord de la mer, les différentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.

Il semble que ce soit la bonne méthode de commencer par le réel et le concret, qui constituent la condition préalable effective, donc en économie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier.

Cependant, à y regarder de plus près, on s'aperçoit que c'est là une erreur. La population est une abstraction si l'on néglige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont à leur tour un mot creux si l'on ignore les éléments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salarié, le capital etc. Ceux-ci supposent l'échange, la division du travail, les prix, etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salarié, sans la valeur, l'argent, le prix, etc.

Si donc on commençait ainsi par la population, on aurait une représentation chaotique du tout et, par une détermination plus précise, par l'analyse, on aboutirait à des concepts de plus en plus simples; du concret figuré ou passerait à des abstractions de plus en plus minces, jusqu'à ce que l'on soit arrivé aux déterminations les plus simples. Partant de là, il faudrait refaire le chemin à rebours jusqu'à ce qu'enfin on arrive de nouveau à la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la représentation chaotique d'un tout, mais une riche totalité de détermi­na­tions et de rapports nombreux. La première voie est celle qu'a prise très historiquement l'économie politique à sa naissance.

Les économistes du XVII° siècle, par exemple, commen­cent toujours par une totalité vivante : population, nation, État, plusieurs États; mais ils finissent toujours par dégager par l'analyse quelques rapports généraux abstraits déterminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. Dès que ces facteurs isolés ont été plus ou moins fixés et abstraits, les systèmes économiques ont commencé, qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'échange, pour s'élever jusqu'à l'État, les échanges entre nations et le marché mondial.

Cette dernière méthode est manifeste­ment la méthode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synthèse de multiples déterminations, donc unité de la diversité. C'est pourquoi il apparaît dans la pensée comme procès de synthèse, comme résultat, non comme point de départ, bien qu'il soit le véritable point de départ et par suite également le point de départ de la vue immédiate et de la représentation. La première démarche a réduit la plénitude de la représentation à une détermination abstraite; avec la seconde, les déterminations abstraites conduisent à la repro­duc­tion du concret par la voie de la pensée.

C'est pourquoi Hegel est tombé dans l'illusion de concevoir le réel comme le résultat de la pensée, qui se concentre en elle-même, s'approfon­dit en elle-même, se meut par elle-même, alors que la méthode qui consiste à s'élever de l'abstrait au concret n'est pour la pensée que la manière de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pensé. Mais ce n'est nullement là le procès de la genèse du concret lui-même.

Par exemple, la catégorie économique la plus simple, mettons la valeur d'échange, suppose la population, une population produisant dans des conditions déterminées; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'État, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous forme de relation unilatérale et abstraite d'un tout concret, vivant, déjà donné. Comme catégorie, par contre, la valeur d'échange mène une existence antédiluvienne.

Pour la conscience - et la conscience philosophique est ainsi faite que pour elle la pensée qui conçoit constitue l'homme réel et, par suite, le monde n'apparaît comme réel qu'une fois conçu - pour la conscience, donc, le mouvement des catégories apparaît comme l'acte de production réel - qui reçoit une simple impulsion du dehors et on le regrette - dont le résultat est le monde; et ceci (mais c'est encore là une tautologie) est exact dans la mesure où la totalité concrète en tant que totalité pensée, en tant que représentation mentale du concret, est en fait un produit de la pensée, de la conception; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-même, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue immédiate et de la représentation, mais un produit de l'élaboration de concepts à partir de la vue immédiate et de la représentation.

Le tout, tel qu'il apparaît dans l'esprit comme une totalité pensée, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule façon qu'il lui soit possible, d'une façon qui diffère de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique.

Après comme avant, le sujet réel subsiste dans son indépendance en dehors de l'esprit; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activité purement spéculative, purement théorique. Par conséquent, dans l'emploi de la méthode théorique aussi, il faut que le sujet, la société, reste constamment présent à l'esprit comme donnée première
.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Dim 7 Fév - 0:34


en guise de lien entre la citation de Marx qui précède et le sujet plus spécifique du dépassement à produire de l'idéologie française fondée sur la référence à l'État-nation, et comme exemple de la nature auto-théorisante des luttes, importé de critique communiste décoloniale de l'État-nation : de l'État ET de la nation / une urgence stratégique :


contre la nation

oui je suis contre la nation, et je le suis au présent. Je me déchois de la nationalité dès lors que je pense en communiste au sens du Manifeste, ou si l'on préfère en anarchiste au sens de l'idéal mondialiste sans frontières. Mais à la différence de l'époque où Marx écrit le Manifeste (1847), les États-nations ne sont pas en construction par nécessité du capitalisme d'asseoir son mode de production sur des territoires et des populations nationales de prolétaires : toute lutte pour y revenir est vaine pour ne pas dire contre-révolutionnaire

aujourd'hui les États-nations sont, sinon en décomposition, du moins en crise économique, politique et idéologique, et ceci non sous les coups de furieux cocos ou anars, ni même de l'alternativisme citoyenniste : je ne me fantasme pas en « citoyen du monde » que dans ma vie personnelle je suis concrètement bien moins que Marx, cet authentique apatride. Les États-nation, et leur idée même, sont en crise de par la dynamique croisée des crises du capital restructuré globalement et de la domination occidentale

donc je suis contre la nation parce qu'objectivement, je ne saurais être le sujet d'un État-nation avant d'être un individu pris directement dans un rapport au monde des rapports sociaux capitalistes (ici peu importe mon statut social, c'est vrai pour tout le monde, et non affaire de "conscience de classe")


une dynamique historique au présent,
implication réciproque entre la double crise et les luttes prolétaires et décoloniales

c'est donc dans cette dynamique que se crée, de façon également croisée, la possibilité de produire des dépassements de leurs bases particulières des luttes à la fois prolétariennes (sur le plan de la composition sociologique) et décoloniales (par le fait qu'elle se heurtent en premier lieu à la domination occidentale sous l'angle de l'origine ethnique, religieuse, ou de "race" : ce qu'on appelle les "racismes" et qui ne viennent donc pas s'ajouter à une structure déjà là du capitalisme comme exploitation et domination masculine, la thèse de Théorie communiste)

contrairement à ce qu'en déduit un imbécile*, cela ne confère à mon propos aucune allégeance "théophile" ou "racialiste", étant donné que je ne vois aucune positivité dans le soutien « aux musulmans » sous prétexte d'islamophobie, elle bien réelle, si les mots ont un sens

* « Ouais, les communisateurs sont théophiles et racialistes ! Manquait plus que ça ! » Indymédia-Nantes 6 février 2016


quand la fin des États-nations ne pouvait qu'être un rêve

nous n'en sommes plus, comme Marx l'a fait dans sa jeunesse, à partir en guerre (seulement) contre le concept d'État-nation comme structure politique adéquate à l'assise du mode de production capitaliste, pour buter ensuite sur l'impossibilité de sauter à pieds-joints sur l'histoire, le moment de la construction des États-nations évoqué plus haut, et donc, à l'époque, l'unique possibilité théorique et politique d'envisager ce que nous appelons le programmatisme, c'est-à-dire la prise du pouvoir d'État par le prolétariat comme étape vers une société communiste


l'actualité du combat communiste et décolonial contre l'État ET la nation

nous sommes dans la crise qui produit des luttes qui produisent la crise, et c'est dans ce merdier que se pose, comme adversité radicale, tout souverainisme de gauche comme de droite, en tant qu'ils ne sont plus qu'illusions de pouvoir aboutir à un pouvoir d'État sur une aire nationale ou fédérale d'États-nations, illusions parce que cette perspective n'a pas de fondement réaliste dans les rapports sociaux actuels et le devenir chaotique de la crise économique, politique et idéologique au niveau mondial

en théorie comme pour les luttes, le combat communiste contre la nation apparaît comme stratégique et parfaitement actuel : concret

.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Mar 15 Mar - 16:03


un texte d'Espace Marx trouvé chez Médiapart. En relation bien sûr avec ma conception d'une dialectique complexe, mais à première lecture en diagonale, pas de quoi casser des briques. Ça reste à un niveau de théorie bourré de pré-supposés politiques, démocratiques radicaux pour le dire vite. La référence à Lucien Sève, qui aura toute sa vie mis la philosophie au service de la politique du PCF puis du démocratisme radical, n'est pas de nature à faire avancer notre schmilblick. Le texte est néanmoins intéressant à titre pédagogique, pour qui ne connaît pas ces débats entre sciences de la nature et sciences sociales



Dialectique et pensée du complexe, des outils pour l'émancipation 15 mars 2016 Par Espaces Marx

Dans cet article paru dans "Carnets rouges", Janine Guespin-Michel plaide pour une nouvelle rationalité enrichie par les concepts du complexe et la dialectique matérialiste.

Janine Guespin-Michel a écrit:
L'hégémonie néolibérale mondiale a besoin, pour s'imposer en dépit des ravages qu'elle entraîne, d'un support idéologique fort. La phrase de M. Thatcher, There is no alternative1(TINA), résume le fatalisme que cherche à imposer cette idéologie. Mais, si les forces émancipatrices luttent contre ce fatalisme, elles ont rarement pris la mesure du rôle de la forme de la pensée dominante, le « sens commun », tellement prégnante que l'on n'y pense plus, comme si elle était « naturelle »2.

Marx pourtant avait déjà eu besoin de mettre au point une méthode de pensée nouvelle, la dialectique matérialiste, pour comprendre et expliquer la nature du capital. Mais le discrédit de la dialectique, fruit à la fois du stalinisme et de l'idéologie capitaliste, a entraîné, même chez des militants de l'émancipation, le discrédit de l'intérêt pour les formes de la pensée. A l'heure actuelle, un certain retour à Marx devrait aider à se réapproprier une dialectique matérialiste, actualisée par les travaux de quelques philosophes comme Lucien Sève3.

Par ailleurs, depuis près d'un demi-siècle, une révolution scientifique, la révolution du complexe, transforme à petit bruit, la presque totalité des disciplines. Pour être à même de comprendre (en vue de le transformer) le monde actuel dont tout le monde s'accorde à dire qu'il est de plus en plus complexe, la rationalité doit s'enrichir des apports non seulement de la dialectique matérialiste, mais aussi de cette révolution du complexe. Une pensée du complexe est en train d'émerger, mais se heurte à de multiples obstacles, épistémologiques, idéologiques. et politiques.

Le mode de pensée dominant, obstacle à l'émancipation.

La forme de pensée dominante n'est pas « naturelle ». Elle s'est construite au cours du temps, à partir de bases philosophiques et scientifiques des siècles passés 4. Je ne peux ici que donner quelques exemples de la manière dont elle favorise l'idéologie dominante, voire les dérives populistes.

La première base remonte à la philosophie aristotélicienne (le principe du tiers exclu, ou encore A est A et non non-A), d'où dérive un dualisme (ou bien ou bien), ouvrant la porte au manichéisme intégriste et populiste. Une autre provient du cartésianisme avec sa démarche analytique qui supprime aussi le mouvement, les transformations. Penser clairement consiste avant tout à bien analyser ce qui a, pour ce faire, été isolé de tout contexte, donc simplifié et immobilisé. La France, on l'aime ou on la quitte, pour ou contre l'Europe , Il y a toujours eu des guerres, c’est la nature humaine, résument assez bien la pauvreté à laquelle peut conduire ce mode de raisonnement. Et le fameux TINA s'inscrit aussi dans cette forme de pensée statique.

Cette pensée s'appuie aussi sur la linéarité, avec une conception d'un monde où les effets sont proportionnels aux causes, et où causes et effets se succèdent en une chaîne linéaire, à partir d'un cause initiale unique. Voyez l'intervention en Libye : Khadafi est un tyran ; les opposants à Khadafi sont donc des démocrates. (ou bien tyran, ou bien démocrate). A l'époque BHLqualifiait sur les ondes, l'assassinat de Khadafi de « plus beau jour de sa vie ».

Les exemples que j'ai choisis montrent tous la nécessité de penser autrement si l'on veut changer la société, et de fait, nombreux sont les militants de l'émancipation qui raisonnent autrement, mais souvent de façon implicite, sans réaliser qu'ils utilisent, au cas par cas, une nouvelle forme de rationalité. L'expliciter est nécessaire pour pouvoir la généraliser, l'améliorer et surtout la transmettre.

Pour une pensée dialectique du complexe.

Cette nouvelle rationalité, qui ne supprime pas la précédente, mais la dépasse et l'englobe, peut se revendiquer de deux origines : La dialectique matérialiste5, et la révolution du complexe. Contrairement à la révolution de la physique du siècle dernier, celle-ci concerne toutes les disciplines, des sciences exactes aux sciences humaines, car elle implique des échelles de temps et d'espaces qui nous sont familières. Elle bouleverse les paradigmes habituels dans les sciences, en introduisant des concepts nouveaux, contre-intuitifs et ne diffuse que lentement.

La pensée du complexe n’est pas formalisée ; je qualifie ainsi la forme de pensée qui émerge de la révolution du complexe. Son articulation avec la dialectique matérialisteest encore largement à construire. L. Sève en a montré la nécessité en démontrant que la logique dialectique est nécessaire pour penser les concepts de la complexité 6.

La première étape d'une pensée du complexe consiste à raisonner en terme de système dynamique. Il s'agit de rechercher les interactions entre des éléments, permettant de comprendre l'évolution de l'ensemble qu'ils forment. Dans le cas de l'intervention en Lybie, il est clair que n'ont été pris en compte ni la réalité de ses divisions (que khadafi avait réussi à contenir), ni les interactions avec son son environnement immédiat (Maghreb et Afrique subsaharienne), ni son rôle économique et militaire, ni l'évolution des djihadismes. En tuant Khadafi; on a changé l'ensemble des équilibres de la région en un régime chaotique, mais la pensée dominante simpliste permettait de justifier cet assassinat auprès de l'opinion. Un quartier populaire peut être aussi considéré comme un système dynamique complexe si on prend en compte tout (ou au moins partie) des interactions qui s'y tissent. On verra alors à quel point chacun de ces éléments est dépendant des autres, et il ne sera plus possible d'accepter les pseudo-solutions type « karcher ». Mais trouver la nature et l'importance de ces interactions, et les divers niveaux qu'elles constituent, par exemple pour comprendre mieux le rôle de l’École 7, nécessite un gros travail qui n'est encore qu'ébauché8.

Prendre en compte ces interactions permet d'éviter les fausses solutions simplistes que cherchent à nous imposer les tenants de l'idéologie dominante. Cela permet d'avoir une vue plus réaliste de la situation, ce qui ne peut que favoriser9 des actions pertinentes et efficaces.

Mais comment en déduire les évolutions possibles ? C'est en cela que, dans une deuxième étape, tant les concepts de la révolution du complexe que la dialectique peuvent s'avérer utiles, même si la nouveauté de cette forme de pensée va à nouveau nécessiter beaucoup de travail collectif.

La majorité des systèmes dynamiques sont non linéaires (complexes) et génèrent des situations, courantes mais qui, occultées par la pensée simpliste, semblent contre-intuitives. Prenons un exemple simple : la mayonnaise. La prise de la mayonnaise est un processus non-linéaire incompréhensible pour la pensée courante. La nature des éléments du mélange n'a pas changé lorsqu'elle prend, mais, pour une certaine valeur critique de l'émulsion eau/huile que l'on constitue en battant l'huile et l'œuf, les interactions entre les éléments s'étendent à l'ensemble du bol, et les molécules s'auto-organisent en un gel, qui émerge du liquide visqueux préalable. On parle de bifurcation car l'état global du système s'est modifié 10. Cela nécessite toute une série de conditions, sans lesquelles la mayonnaise peut rater. Nous pouvons noter que la comparaison avec la prise de la mayonnaise est souvent utilisée pour caractériser certaines situations sociales comme le printemps arabe en Tunisie.

Le concept d'auto-organisation. qui signifie qu'il existe des conditions dans lesquelles les éléments d'un système peuvent se coordonner sans qu'un chef d'orchestre n'en ait donné le signal11 est souvent invoqué dans les milieux activistes. Ce concept permet de comprendre que des révolutions ou des émeutes puissent se produire sans « chef », et il permet aussi de promouvoir les organisations auto-gestionnaires et non hiérarchiques 12.

Un concept très important est celui de boucles de rétroaction ; Elles se produisent lorsque plusieurs éléments d'un système influent in fine sur eux mêmes (A influe sur B qui influe sur C qui influe sur A). Ces boucles sont de deux types. Les rétroactions négatives très connues des ingénieurs, sont responsables de la stabilité 13. Dans les rétroaction positives au contraire, les variations sont amplifiées. On parle de cercle vicieux (ou vertueux), dont les conséquences peuvent êtres bénéfiques, ou désastreuses comme l'amplification du réchauffement climatique par la fonte du permafrost induite par ce réchauffement. On a pu montrer que ces rétroactions jouent un rôle déterminant dans l'évolution des systèmes complexes. Pensons à TINA. Tant que les gens y croient, l'inéluctabilité du capitalisme se renforce, mais si quelque part, la preuve était faite qu'une alternative est possible, il y a fort parier que cela causerait une déferlante d'alternatives dans de nombreux pays. L'acharnement de l'UE et du FMI contre le gouvernement grec est vraisemblablement lié notamment à la peur de casser cette boucle TINA.

Ce exemples illustrent quelques uns des concepts nouveaux introduits par la révolution du complexe 14. .Mais pour aller plus loin, pour savoir les utiliser à bon escient il est nécessaire d'avoir acquis une certaine maîtrise des sciences des systèmes complexes15.

La méthode dialectique reste importante. C'est notamment elle qui permet de penser les contradictions antagoniques (comme celle du capital et du prolétariat) : dans ce cas, un des membres domine l'autre, et la contradiction peut évoluer vers un dépassement qui fait disparaître les deux termes en tant que tels. Cette forme de contradiction et sa possible résolution n'est prise en compte que par la dialectique matérialiste, et nous sommes nombreux à penser que le dépassement du capitalisme reste une condition nécessaire (bien que non suffisante) de l'émancipation.

Conclusion.

Est-il légitime d'utiliser des concepts issus des sciences, dans l'analyse de situations sociales ou politiques ? Est-ce moins légitime que d'utiliser les concepts de la linéarité, comme la proportionnalité ? Peut on comprendre un monde complexe à l'aide des seuls concepts issus d'une pensée qui ignorait la complexité ? Mais il faut les utiliser à bon escient, c'est à dire s'en servir pour élargir la gamme des hypothèses, et non comme des étiquettes pour tout expliquer. Les comprendre pour pouvoir intervenir efficacement nécessite l'appropriation des bases des sciences du complexe 16. Or elles ne sont pas enseignées (sauf exception).

Peut on enseigner ces concepts dès l'école ? La confusion entre complexe et compliqué entretient l'idée que ce ne serait pas possible. L'exemple de la mayonnaise montre au contraire qu'on peut les introduire de façon très simple, pour les préciser progressivement. Cela demande évidemment un travail sur les programmations et les formations.

Il s'agit là d'une exigence pour que s'établisse une rationalité plus complète, qui ne fera pas la révolution, mais qui est nécessaire aux luttes pour l'émancipation. Mais il ne faut pas sous-estimer les difficultés politiques qu'un tel projet rencontrera.

1 il n'y a pas d’alternative

2 Il faudrait un développement un peu long, mais je dirai simplement que l'idéologie véhicule un message (ou contenu, ou fond) que la forme (ou mode, ou méthode) de pensée - ou encore la rationalité, peut ou non renforcer .

3 Lucien Sève penser avec Marx aujourd'hui : la philosophie ? ed La dispute 3014,

4 Et je ne prends pas en compte ici la manière dont les modes de communication actuels (textos et tweets), sont en train d'accroître ce que cette forme de pensée a déjà de réducteur

5 Il serait préférable d' écrire les dialectiques matérialistes, car plusieurs penseurs y travaillent, mais pou la simplicité je m'appuierai ici usuellement sur les travaux de Lucien Sève

6 Lucien Sève et coll. Émergence complexité et dialectique 2005 ed Odile Jacob.

7 École de plus qui peut contribuer à faire avancer cette forme de pensée, dont cette première étape peut commencer à être pratiquée dès la maternelle.

8 Cf les pièges de la concurrence Sylvain Broccolichi 2010 ed la Déciuverte p300

9 Le mot favoriser est important. La pensée du complexe est un outil, donc elle ne dit pas ce qu'il faut faire, mais aide à savoir comment le faire.

10 C'est aussi un exemple de saut qualitatif, mais, cette catégorie dialectique correspond aussi bien à l’eau qui bout en produisant une quantité de vapeur proportionnelles au temps d'ébullition (processus linéaire), qu'à la mayonnaise qui prend de façon non linéaire

11 Comme lorsque les spectateurs se mettent à applaudir de façon synchrone

12 Une des dérives de la pensée dominante, correspondant au tiers exclu, est la tendance à croire qu'une fois qu'une notionest valable dans un cas, elle l'est dans tous les cas, et à l'utiliser à tort et à travers, comme chez certains de ceux qui pensent que les transformations de la société ne nécessitent pas la prise du pouvoir mais s'auto-organisera.

13 Dans un thermostat par exemple, quand la température ambiante baisse, le chauffage est augmenté, ce qui fait augmenter la température et baisser le chauffage. La température fluctue autour d'une valeur constante

14 Il manque notamment l'incertitude (déterminisme non prédictif), la multistationnarité, la notion de niveau...

15 Ce que j'ai tenté de commencer à faire, de façon aussi simple que possible, dans mon livre (Émancipation et pensée du complexe Ed du Croquant 3015). Mais on ne pourra pas faire l'économie d'une formation sérieuse à ces concepts contre-intuitifs.

16 Il s'agit là encore d'une condition nécessaire mais non suffisante, l'appropriation de concepts hors du domaine où on les a acquis n’est pas toujours facile.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Mer 16 Mar - 23:02


suite


je n'ai pas voulu être cruel avec cette invitation d'Espace Marx, lieu de débat dans la mouvance du PCF. Le contenu de ce billet est quand même un peu maigre en matière de dialectique complexe pour une théorisation embarquée dans les luttes héritant de la 11 thèse sur Feuerbach si chère à Lucien Sève : « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer.»

ces philosophes-là sont tout de même incroyables, en pleine auto-contradiction. Je ne connais l'auteure du billet, et donc elle m'excusera, ou pas, mais c'est frappant avec Isabelle Garo : elle est bonne en tant que philosophe lectrice de Marx, mais s'effondre dès qu'elle en fait de la politique au présent

une méthodologie ne s'invente que dans son objet, et s'il s'agit de lutte de classe, en y étant présent, à l'échelle mondiale, ou comme théoricien en s'y embarquant autrement que dans de vieux débats eurocentrés, franco-français, dépassés

une autre question, suite aux travaux de Sève à partir d'Engels, dialectique de la nature, et rencontre passionnante avec des scientifiques intéressés par la pensée complexe, c'est jusqu'où les modèles dialectico-complexes peuvent traverser les champs des sciences 'dures', des sciences de la nature, et des sciences sociales, ce que n'est pas la théorisation communiste embarquée dans les luttes, et telle que Marx la pratiquait, entre ses travaux théorique et ses prises de positions politiques

il ne suffit pas d'en saisir le principe (Garo) si c'est pour l'appliquer avec des présupposés politiques (ce que Sève, Bensaïd, et tant d'autres auront fait toute leur vie, en toute bonne foi)

ce texte n'est qu'une invite, et donc pose un sujet sans entrer dans son vif, mais l'on peut craindre qu'ainsi posé, la mort ait désaisi le vif

c'est dommage, au nom du juste combat pour une dialectique complexe, après des décennies de dénigrement post-post-moderne, il est vrai de toute urgente nécessité, mais sur cette base politiciste, non, désolé, on est loin du compte et de luttes actuelles

voilà, bon, pas envie de tirer sur des ambulances théorico-politiques, parce que j'ai appris d'eux il y a 45 ans, mais il faudrait quand même qu'ils descendent dans l'arène du monde réel au présent

.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Jeu 17 Mar - 0:19

suite chez Médiapart

je ne suis pas certain qu'on puisse par ici interpeller l'auteure du texte, Janine Guespin-Michel, vu qu'un sous-secrétaire du web d'Espace Marx a posé son machin comme une pub pour la dernière lessive "dialectique complexe" lavant plus blanc l'idéologie française

misère des procédés pécéfixes du capitalisme marchand, mais oh combien significatifs de leur prétendu souci des gens d'en-bas, et de débats sérieux cartes sur table avec qui a du répondant

planquez-vous, bondieusards de la politique du même, anticapitalisses pour l'éternité universelle, la mer ne vous attendra pas, ni le soleil, ni la poésie, ni la révolution

.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Mer 20 Avr - 12:00


importé du sujet 10 - 'NUIT DEBOUT', entre témoignages, habillages et babillages, analyses et théories



dépassements à produire, conjoncture, luttes au-théorisantes, etc.

une clarification, peut-être une avancée...

sort sans doute du sujet, mais comme c'est venu ici là, je reprends à partir de la conversation avec Corinne Cerise plus haut. Je le reprendrai ultérieurement dans  6 - le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française occidentaliste / DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE

Patlotch a écrit:
toute lutte est idéologique, et ne fait jamais qu'exprimer puis entériner ses limites, qui sont à un moment donné celles de "l'implication réciproque" capital-prolétariat : comme elle dépasse ces limites, c'est la question des questions, celle des dépassements à auto-produire par la lutte, que vous posez plus haut,

j'y reviendrai, ce qui nécessitera de ré-introduire le concept de conjoncture théorisé par Roland Simon (moi ici je dis le concept pas le paradigme comme TC25 * : c'est un paradigme évolutif, par définition, et de façon invariante le concept de ce qui se passe à tel moment : le concept de conjoncture ne mange pas de pudding)

* « La conjoncture n’est pas qu’un concept, c’est un paradigme théorique à voir venir au fil de l’eau. »


je donne ici quelques extraits d'un courrier de Roland Simon de novembre 2015, alors esquisse d'un texte préparé pour TC 25 annoncé pour mai

R.S. a écrit:
Il se pourrait que le concept de conjoncture indique comment tenir « systématiquement » d’un côté la disparition du « sens de l’histoire », de la dialectique de l’histoire, et, de l’autre, la compréhension du cours du capital et de la lutte des classes comme une « tension à l’abolition de sa règle ». La conjoncture dit qu’il n’y a pas de dialectique du dépassement, ce n’est plus une loi : la révolution dans son processus est un retournement contre ce qui l’a produite (cf. Tel Quel, TC 24). [...]

Avec le concept de conjoncture, il ne s’agit pas d’introduire une précision, un complément dans la définition de la révolution comme communisation, il s’agit d’un renouvellement, une réorganisation du concept comme production et appropriation pensées d’un processus concret, empirique. Plus encore, il s’agit d’une appréhension du cours de la lutte de classe (c’est au présent que nous parlons de communisation). Ce concept est un outil d’analyse des luttes dans toute leur richesse, leur diversité de niveaux qui s’entrecroisent. Mais c’est aussi la fin de tout lien nécessaire entre la lutte de classe et le communisme, la nécessité ne fraye pas sa voie au travers des contingences. Il n’y a plus de raison dans l’histoire.[...]

J’en suis à me demander si dire que la contradiction contient son dépassement (même « dépassement produit ») est possible sans introduire dans la contradiction une téléologie, c’est-à-dire sans faire des particuliers des autodéterminations du tout. « Dépassement à produire » dans la formulation paraît dépasser la question, mais pose toutes sortes de problèmes redoutables.

Tout ce que contient (développe – dialectique du concept -) une contradiction ce ne serait que la remise en cause (de par les contradictions de ses particularités) du tout dont elle est la contradiction et non son dépassement (on a spontanément tendance à identifier les deux, c’est dans la distinction que pourrait jouer le « à produire »). Là on est en plein dans le concept de conjoncture. Il faut alors se différencier d’Althusser pour qui  les lois de la reproduction d’une structure (d’un mode de production) ne sont pas celles de son dépassement (d’où le Parti et le génial Lénine qui sait sauter sur l’occasion). Althusser a raison et a tort. Il a, en logique formelle, raison (quelque chose ne peut être et être sa négation – Aristote et Coletti), il a tort en ce que la remise en cause n’est pas sans contenu (abolition des classes dans l’appartenance de classe) et qu’elle est la crise de l’autoprésupposition (précisément de la logique de reproduction). Cette crise de l’autoprésupposition est la crise de la hiérarchie des instances par la quelle le système existe et se reproduit. Et là on peut retrouver le dépassement des identités construites.


dans ce qui précède, il est manifeste que nous n'avons pas la même conception de la dialectique, ni la même méthodologie dialectique complexe, ce que j'ai souvent développé de façon plus théorique, alors qu'ici nous en avons une exemplarité de pratique théorique. cela est évident quand R.S. affirme :

« La conjoncture dit qu’il n’y a pas de dialectique du dépassement, ce n’est plus une loi... ». N'ayant jamais fait de la dialectique une loi, ma compréhension de conjoncture, du point de vue dialectique complexe, sort apparemment de celle de R.S. et de ses tourments avec Althusser et sa structure, du fait même que la dialectique de TC est structuraliste

« Dépassement à produire » dans la formulation paraît dépasser la question, mais pose toutes sortes de problèmes redoutables. » Même chose, et j'avais déjà ironisé sur ce point, comprenant le désarroi auquel est confronté R.S. avec son corpus sur les mains. Dans la manière dont j'ai construit "dépassement à produire" par des "luttes auto-théorisantes", je n'ai pas ce problème théorique, parce qu'il ne se pose pas en dehors des luttes, et ceci quel que soit leur contenu, autrement dit la conjoncture du moment

c'est ici que l'échange avec Corinne est intéressant, parce que conjoncture et luttes auto-théorisantes ne sont plus chargées d'un contenu communiste a priori, c'est simplement le cours de l'histoire au présent, et nous avons évacué là tout risque de téléologisme dont parle R.S : « J’en suis à me demander si dire que la contradiction contient son dépassement (même « dépassement produit ») est possible sans introduire dans la contradiction une téléologie, c’est-à-dire sans faire des particuliers des autodéterminations du tout. »

plus intéressant est le passage

R.S. a écrit:
Avec le concept de conjoncture, il ne s’agit pas d’introduire une précision, un complément dans la définition de la révolution comme communisation, il s’agit d’un renouvellement, une réorganisation du concept comme production et appropriation pensées d’un processus concret, empirique.

Plus encore, il s’agit d’une appréhension du cours de la lutte de classe (c’est au présent que nous parlons de communisation).

Ce concept est un outil d’analyse des luttes dans toute leur richesse, leur diversité de niveaux qui s’entrecroisent.

Mais c’est aussi la fin de tout lien nécessaire entre la lutte de classe et le communisme, la nécessité ne fraye pas sa voie au travers des contingences. Il n’y a plus de raison dans l’histoire


mais pour me (re)faire l'avocat du diable, tel que je l'avais écrit en 2012 :

Patlotch a écrit:
Sur la conjoncture comme concept nécessaire à la théorie de la communisation

Je n'ai pas grand chose à redire au développement de RS. D'une certaine façon, et d'un point de vue interne à cette théorie, il présente plusieurs avantages :

- en finir avec la "détermination de l'économie en dernière instance", dans le prolongement des réflexions d'Althusser, mais sans tomber dans son matérialisme aléatoire de la rencontre épicurienne des atomes crochus révolutionnaires.

- ranger définitivement la nécessité pour engager la révolution de conditions objectives ou subjectives au magasin des accessoires, précisément, objectivistes ou subjectivistes.

- complexifier et assouplir la présentation binaire de la contradiction essentielle  [...]

Pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012


j'ajoutais alors

Citation :
Je pense qu'il n'est pas indispensable d'élever la conjoncture au rang de concept pour faire une théorie de la communisation au sens général (c'est-à-dire non réduite à la pensée TC). Mais peut-être la révolution n'est-elle pas théorisable, pas même un objet théorique ? Il va sans dire que si l'on prend le mot conjoncture dans son sens commun en français - au-delà même de son utilisation en économie - comme faisceau de circonstances et d'événements constituant la situation d'un objet donné à un moment donné, il est évident et quasi-tautologique d'affirmer qu'une révolution abolissant le capitalisme ne peut advenir que dans une conjoncture donnée adéquate à cette production. Hormis les avantages évoqués plus haut, pourquoi alors TC a-t-il besoin d'en faire un concept à part entière ? J'ai deux éléments d'explication : le communisme comme manque / leurre des concepts / Théorie Communiste « folie de langage » ? [...]» idem.

je confirme que le concept ou le paradigme de conjoncture ne me paraît toujours pas indispensable, puisqu'en lui-même, il n'a aucun contenu, tel que les concepts incontournables d'exploitation, capital, prolétariat, valeur, etc. et j'ai dit dans quelles conditions je pouvais le reprendre et l'utiliser, ne serait-ce que pour maintenir les possibilités d'une discussion théorique

le passage que j'ai trouvé intéressant fait aussi, sauf si j'ai mal compris, apparaître quelque chose de plus inquiétant : un abandon pur et simple de la dialectique des contradictions, ce qui ne me gênerait qu'à moitié si c'était celle que RS/TC ont utilisée jusque-là, et qui me paraît plus proche de Hegel que de la méthodologie réelle de Marx dont j'entends hériter dans la mienne

.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Mar 26 Avr - 15:01


extrait d'échange avec Segesta dans le Club Médiapart


sur la méthodologie et le travail collaboratif en théorisation communiste

en relation avec DIALECTIQUE COMPLEXE DES CONTRADICTIONS et DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

le mieux pour suivre le cheminement et connaître le dernier état est le dernier message de SYNTHÈSE et LIGNE GÉNÉRALE : résultats et reformulations, conversations et problèmes

les reformulations ne se font jamais d'emblée sur l'ensemble, mais à partir d'un point de vue catégoriel, d'une des entrées dans la structure, le plan du forum : chacune, comme particularité, reflette le tout à la manière d'un hologramme, comme dit Edgar Morin dans La Méthode : la partie contient le tout, en quelque sorte. Exemple, à partir de la situation des femmes, de la domination masculine, on peut voir tout le fonctionnement du capitalisme sous cet angle, et aussi comment leurs luttes s'inscrivent dans la lutte de classe, ou contre le racisme, comment elles peuvent dans cette dimension affronter les limites du capital (voir par exemple le billet récent d'Alain Santino L’activité professionnelle des femmes a-t-elle changé les rapports de genre ?)

la notion de "point de vue" (Point of View), ainsi que celle de "niveaux de généralités", sont exposées par Bertell Ollman 3 dans Le processus d'abstraction dans la méthode de Marx, La dialectique mise en œuvre

ma méthodologie tient de tout ça, avec le croisement de la dialectique (celle de Marx, pas de Hegel), des théories de la complexité, et quelques notions personnelles telle que dépassements à produire par les luttes auto-théorisantes, et la reprise de concepts de Raymond Williams (Structure of Feeling), Althusser (Structure à dominante, conjoncture), de la pensée décoloniale (déconstruction épistémologique de l'eurocentrisme et des colonialités)

dans la formulation, cela n'apparaît pas, c'est de la fabrique, de la technique, comme celle de l'harmonie et d'un instrument de musique n'apparaît pas quand on écoute la musique, ni la rhétorique de la versification quand on écrit un poème, la maîtrise des matériaux pour un peintre, de son appareil et de la lumière pour un photographe, de son corps par un danseur, de sa voix un acteur, etc. C'est derrière, un oublier-savoir (Meschonnic). Avec l'habitude on n'y pense plus, on le fait comme naturellement. Un "naturellement" qui suppose de longues heures de pratique

- - - - - - -

en fait l'idéal est de pouvoir faire un travail collectif, collaboratif, en direct ou pas avec d'autres qui suivent une piste particulière ou générale. Ce que je fais n'apparaît pas comme tel, puisque présenté sous mon nom, mais ce n'est que l'apparence

Segesta a écrit:
Mais le dernier paragraphe je ne suis pas trop d'accord, car il faut expliquer ce qu'on fait. bon "il faut" c'est à prendre entre guillemets, généralement les cinéastes par exemple sont des très mauvais expliqueurs Smile ... ils savent faire, mais par contre dans ce qui est théorie il faut dire ce qu'on fait, c'est de l'épistémologie (c'est Bourdieu qui disait ça très bien, mais je ne sais plus où)

je le fais aussi, puisque ma méthodologie parallèlement à des moments où elle n'est pas mise en avant. La méta-théorie peut être nécessaire, comme épistémologie, mais cela, c'est surtout pour qui participe au chantier collectif. Il faudrait des textes aussi clairs et simples à lire que possible, mais toute tentative de vulgarisation prend des risques avec la rigueur théorique, et là, oui, cela exige connaissances, temps, efforts...

à l'expérience des débats théoriciens, il y a dix fois plus de personnes intéressées mais relativement passives, consommant la théorie communiste comme un savoir, que s'y collant, ou participant à d'autres activités complémentaires : édition, diffusion, voire usage en situation et aussi remontée d'informations, témoignages, qui sont le matériau indispensable sans lequel tout ceci n'est qu'accumulation pour bibliothèques du futur, une fois les choses faites

un tel travail collectif ne nécessité pas une organisation en parti, ni même en groupe théoricien, et je pense que les "camarades" sont souvent trop sectaires pour utiliser leurs blogs de façon collaborative, sans besoin préalable de concertation, car c'est avant tout un état d'esprit, que tout groupe referme parce qu'il se pose en concurrence sur le marché de la théorie radicale

bref, l'enjeu est un intellectuel collectif, pour des liens organiques avec les luttes

une ambition, c'en est une, est de faire gagner du temps à des gens qui ne disposent pas des connaissances de base, et ne savent pas où donner de la tête : du temps en recherche, du temps en compréhension, du temps à ne pas perdre en discussions qui au bout du compte, ne nous apprennent que nos désaccords parfois irréductibles, sur le contenu comme sur la méthode, sans faire bouger ni les uns ni les autres, pour autant qu'ils s'écoutent. Là je me suis pris au piège dans le Cloube

proposition 30 : sur Internet, toujours se demander si ce qui s'y dit, et ce qu'on y dit, ferait la moindre différence, dehors, si l'on ne le disait pas

corollaire 31 : en un clic peut être supprimé tout ce qui ne porte à conséquence qu'en vaines polémiques virtuelles

corollaire 32 : vous devriez vous y tenir à l'avenir, mon cher Patlotch

éthique, praxis et stratégie des interventions et échanges écrits : (im)modeste contribution ou ma charte à moi
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Mar 26 Avr - 15:40


suite


lien organique et intellectuel collectif : kesako ?

Segesta3756 a écrit:
Je n'ai jamais compris ce que c'est qu'un lien organique

c'est en liaison avec ce que disait Gramsci de l'intellectuel organique, une discussion qui a eu lieu dans plusieurs billets, où la tendance est de considérer que l'intellectuel organique, c'est l'intellectuel de métier, le plus souvent universitaire, qui cherche à diffuser ses idées dans les masses, plus qu'à s'en inspirer pour les alimenter. On le retrouve par exemple chez Lordon, ou Corcuff...

moi, je suis pour une démarche montante des luttes vers la formulation théorique de ce qui en sort, et c'est pourquoi je les nomme luttes auto-théorisantes. La redescente n'est pas d'une posture surplombante, mais d'une mise à disposition dans un langage qui n'est pas toujours celui de ceux qui sont dans les luttes, parce que la conceptualisation est indispensable, le moment théorique exige un travail spécifique que tous ne peuvent pas faire. Celà ne signifie pas qu'il soe considère comme supérieur ou en avance : dans mon approche, par définition, il ne peut pas l'être

il y avait une conception du parti comme intellectuel organique, mais la position des intellectuels dans les partis a toujours été problématique, par exemple celle d'Althusser ou même de Sève dans le PCF, comme de Gramsci ou Bordiga dans le PCI, de CLR James chez les trotskystes...

dans ma critique du théoricisme, tout cette problématique est balayée, comme caduque, puisque je m'inscris dans une mouvance communiste qui considère que toute organisation permanente préalable aux luttes est inévitablement confrontée à son échec dans les luttes, ou à sa réussite comme échec à pousser les luttes à leurs limites : Nuit Debout en est et sera une nouvelle preuve

voir par exemple mes commentaires dans le billet de Philippe Marlière, L'intellectuel de gauche critique est un collectif 16 oct. 2015, et comparer avec les positions des militants, Boudinovitch, Tertre, Serge Marquis, Charles-Hbert de Girondiac, etc.

à propos de "La figure de l'intellectuel organique"

c'est une bonne idée que de rappeler ce qui devrait être un acquis élémentaire de toute pensée critique, comme à côté Antoine Perraud : « Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Un chercheur et un passeur. Un producteur de savoir... », et pour ma part je n'en raccrocherais pas aujourd'hui la figure à la gauche, et pas non plus à telle figure singulière dotée « d’un pouvoir d’influence »

pour moi, même s'il a pu en exister, « L’intellectuel organique », l'heure n'est pas, ou plus, à tel « individu qui tente d’exprimer les intérêts et les aspirations d’un groupe ou d’une classe sociale »

je ne sais pas si l'expression existe avant Gramsci, mais chez lui, comme dans la tradition communiste "la meilleure" ou "idéale" pour faire court (le "parti" comme intellectuel organique), « intellectuel organique » est d'emblée une figure collective : « Tout groupe social, qui naît sur le terrain originaire d'une fonction essentielle dans le monde de la production économique, se crée, en même temps, de façon organique, une ou plusieurs couches d'intellectuels qui lui apportent homogénéité et conscience de sa propre fonction, non seulement dans le domaine économique, mais également dans le domaine social et politique » Gramsci Cahiers de prison

c'est en ce sens que je l'utilise en exergue de communisme féminisme décolonial : à livre ouvert, un intellectuel collectif pour des liens organiques... luttes de classes décoloniales, féministes et écologistes, collectives et individuelles... porter sur le monde des yeux du monde


pour moi, il y a nécessité d'une double renversement :

1) de la posture individuelle de l'intellectuel à la pensée avec et par les autres : je est des autres

cela ne signifie pas l'abandon d'une pensée individuelle - la pensée est toujours individuelle (Penser par soi-même, concevoir avec d'autres Patlotch 2004), mais un fonctionnement et une production délibérément anti-égocentrée, ou la figure du maître, du professeur, tend à disparaître (pour en finir avec les PROFESSEURS en révolution..., suite avec Paulo FREIRE

2) de la pensée à partir des luttes produites dans le moment présent du capital, de l'intérieur des luttes que "l'intellectuel" y participe ou pas


CE QUI EST ORGANIQUE, CE N'EST PAS L'INTELLECTUEL INDIVIDUEL OU COLLECTIF*, MAIS LE LIEN ENTRE LES LUTTES, ou TELLE LUTTE, ET LEUR PENSÉE, qui peut alors se concevoir comme analyse-conceptualisation et exposition (un travail intellectuel à part entière, individuel ou collectif, un "métier"), sous réserve de ne pas être conçu comme séparation entre théorie ("boîte à outils") et pratique (luttes concrètes : étant entendu que la pensée "intellectuelle" des luttes, que l'on y participe ou pas, en devient alors inséparable > le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective

* dans un tel collectif il y a des intellectuel.le.s de métier et d'autres qui ne le sont pas nécessairement, ce qui ne les empêche pas de penser aussi bien

c'est si l'on veut l'entendre ainsi, la posture de Marx relativement aux luttes de classes en France, en Inde, aux Etats-Unis pendant la Guerre de Sécession, la Commune, etc. mais avec les possibilités décuplées offertes aujourd'hui par internet, qui elles-mêmes permettent d'échapper à l'enfermement universitaire de l'intellectualité

chez Gramsci :
Citation :
« Les intellectuels sont essentiels à la formation de la culture et à la construction de l'hégémonie, préalable à toute conquête du pouvoir. Gramsci voit les intellectuels comme les serviteurs du groupe dominant pour l'exercice des fonctions subalternes de l'hégémonie sociale et du gouvernement politique. C'est à travers eux qu'une classe dominante crée la culture qui la légitime et le « sens commun » qui maintient son pouvoir. Chaque classe possède une couche d'intellectuels qui lui est propre, ses intellectuels organiques. C'est du reste pourquoi le prolétariat ne peut se contenter de l'apport d'intellectuels bourgeois même quand ils sont ses alliés. Il doit, lui aussi, se doter d'intellectuels organiques, issus de sa propre classe. Il ne s'agit donc pas d'une simple intervention extérieure d'intellectuels éclairés mais de la création de cet intellectuel collectif que doit devenir pour lui le Parti communiste. « Les organisateurs de la classe ouvrière doivent être les ouvriers eux-mêmes ». Chaque homme est un intellectuel et un philosophe qui peut atteindre un niveau de conscience supérieur.»

source



un article fouillant la question : La révolution et le parti dans la pensée de Gramsci, une actualisation septembre 2008, par JAKOPOVICH Dan

extrait : « Intellectuel collectif » et mode organique

Citation :
Partant du concept de Georges Sorel du « mythe » de la Grève Générale, Gramsci reconnaît l’importance de normes communes, des concepts et symboles que le parti doit pouvoir fournir en tant « qu’intellectuel collectif » ou « prince du mythe » sensible à la tâche de créer un appel émotionnel dans lequel fusionne le cognitif et l’émotionnel. Le parti doit en premier lieu être le héraut d’une vision du monde éthique et philosophique ouverte et nouvelle et non le dépositaire d’un système fermé de dogmes « scientifiques » immuables.

Dans la théorie révolutionnaire de Gramsci, le Parti, organe le plus conscient de la praxis révolutionnaire (de l’initiative politique, économique et culturelle résolue), est aussi obligé de former ses propres intellectuels « organiques » critiques, les tribuns démocratiques combatifs du peuple, impliqués dans la vie des masses et dévoués aux idéaux de liberté, d’égalité et de solidarité humaines. Ces intellectuels critiques, en cherchant à créer une unité organique, égalitaire avec les classes inférieures et avec tous les opprimés, doivent servir la cause révolutionnaire comme les porteurs avancés de l’espoir et du progrès, démystifiant l’idéologie dominante, organisant une contre-hégémonie. Ils doivent donner le pouvoir aux masses en les guidant et en guidant le genre humain rendu infirme par l’ordre capitaliste, « vers une conception plus élevée de la vie ».


il faut aussi voir le cheminement en Italie avec Bordiga avec et après Gramsci, le "parti historique", etc.

.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Sam 30 Avr - 20:15


mise en œuvre de ma méthodologie de théorisation sur la base des luttes en cours

le suivi sujet 'NUIT DEBOUT', informations, analyses et théories : roman d'un mentir-vrai français donne une idée de la mise en œuvre la méthodologie explicitée dans les messages précédents

luttes auto-théorisantes et primat de la praxis *

on peut y saisir comme le concept de luttes auto-théorisantes a renversé, par le primat de la praxis sur la théorie, celui de luttes théoriciennes de Théorie Communiste, qui attend la fin... de ce mouvement pour en dire quelque chose de sûrement intéressant, mais en rien susceptible d'alimenter une réflexion interne à l'ensemble luttes-théorisation : il faut ensuite « exposer » à ceux qui l'ont vécu ce qu'ils ont vécu, et pourquoi ça n'a pas, ou trop bien, marché, en inspecteur des travaux finis

* voir le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective février 2014

RS/TC inspecteur des travaux finis

Roland Simon, le théoricien de TC, ce groupe auto-sectaire, viendra "nous" dire, une fois le mouvement terminé, ce qu'il aura été. C'est son métier, il fut professeur d'histoire de l'Éducation nationale. C'est une des contradictions entre la prétention de faire une théorie communiste (modeste nom de ce groupe) embarquée dans les luttes et le fait de la nommer communiste sans aucun lien présent et vivant avec ce qui se passe

naturellement, ce faisant, nous ne prétendons pas dire le tout sur le tout, mais simplement participer à et de cette auto-compréhension de plein pied à la lutte telle qu'elle est, non telle que nous la rêvons, debout, nuit et jour

ainsi ai-je précisé, le 26 avril :
limites d'une analyse à chaud

Patlotch a écrit:
la difficulté d'une analyse à chaud est toujours le manque d'informations "de terrain", dépendant qu'on est de celles diffusées par les médias quels qu'ils soient

il se peut que mes commentaires de ce sujet ouvert avec Nuit Debout soient trop déterminés par ce que j'ai lu dans la presse et particulièrement dans les billets de Médiapart. Des reportages plus fins et paroles d'un peu partout commencent à sortir, notamment de précaires et du monde ouvrier; ainsi que des analyses dans le même esprit que la mienne. En chemin, nous ajusterons

un aspect me semble sous-estimé comme je l'ai dit à propos de Lordon, faire de ce mouvement un tout indifférencié voire homogène qui ne serait pas traversé par des contradictions et des conflits entre positions opposées. De la part de ce leader politicien cela s'explique, il veut tirer le tout dans le sens qui a été dit, une idéologie populiste radicale transclassiste malgré ses allures tranchées et sa phraséologie gauchiste et grandiloquente

dans une optique prenant en compte les contradictions de ce mouvement, la fonction de notre travail n'est pas de propagande pour dire ce qu'il faut faire, mais d'abord de compréhension des limites de cette "lutte" pour les repousser le plus loin possible


la pratique de théorisation prend les mêmes risques de se planter que l'action

en espérant que cette façon de procéder en inspire d'autres, et pourquoi pas, qu'ils nous rejoignent

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Ven 3 Juin - 6:09


'dépassements produits' dans les formes de luttes

nouvelle remarque méthodologique

si je retiens de Théorie Communiste la notion de "dépassements produits", je ne la limite pas à celle du franchissements de limites imposée par le capital et son État dans une dialectique sur le modèle des écarts vers la production terminale d'une conjoncture de la révolution/communisation

je l'utilise dans le cours quotidien des affrontements entre classes sur plusieurs lignes de fronts et à plusieurs niveaux de généralités. De leur constat comme production par les luttes, je tire la possibilité de se donner des objectifs stratégiques pour des dépassements à produire de façon consciente, ce que je nomme une subjectivation révolutionnaire par des luttes auto-théorisantes : leur formulation théorique vise à promouvoir la construction de liens organiques entre luttes et pensée des luttes. C'est ce que je nomme pratique théorique embarquée

ce qui suit en est un exemple concret de mise en œuvre




Une grande manifestation nationale contre la loi El Khomri est programmée le mardi 14 juin à Paris. En attendant, les mobilisations se révèlent plus dispersées et moins massives qu’au début de la fronde, mais avec un impact cependant non négligeable. Exemple avec la journée de jeudi
.



Péage gratuit à la barrière de Thun-l’Évêque sur l’A2 hier matin,
à l’initiative des opposants à la loi travail.
PHOTO THOMAS LO PRESTI VDNPQR



Lille : moins de monde dans les rues contre la loi Travail, mais des propos virulents


Lille : faible affluence à la manifestation régionale contre la loi Travail

Citation :
1. Révolu, le temps des gros cortèges

Il est loin le temps où la police comptabilisait 10 000 manifestants opposés à la loi travail dans les rues de Lille (c’était le 31 mars). La mobilisation a essayé de tenir bon au fil des semaines, mais jeudi, à l’occasion du neuvième appel à battre le pavé, nous avons compté entre 600 et 700 manifestants . Effet d’usure. La colère demeure cependant, elle a juste changé de nature.



PHOTO CHRISTOPHE LEFEBVRE


2. Plutôt des opérations coup de poing

Plus de démonstrations de force donc, mais des opérations menées par des groupes de militants remontés, essentiellement estampillés CGT et SUD. Après une opération escargot, le syndicat SUD-rail (vingt véhicules, quarante personnes) a justement mené jeudi matin une opération péage gratuit à la barrière de Thun-l’Evêque, sur l’A2. Forcément, en dépit des ralentissements, l’accueil des automobilistes est plus souple (le 17 mai, la barrière de péage de Setques dans l’Audomarois avait fait l’objet de barrages en bonne et due forme).

Autre opération relevée jeudi, un blocage de la zone économique de Capécure à Boulogne-sur-Mer , dès 1 h 30 dans la nuit, avec des bouchons et des répercussions sur une sortie de l’A16 (déblocage dans l’après-midi).

Des manifestants ont par ailleurs paralysé un axe fréquenté d’Hazebrouck . Petits effectifs, gros impact.

3. Un effet contamination

Il n’aura échappé à personne que les cheminots sont entrés dans la danse, d’abord pour peser sur les négociations internes à la SNCF et par extension contre la loi travail. Le taux de grévistes (CGT, SUD-rail, UNSA) ne bat pas des records (17 % mercredi, 15,2 % jeudi) mais les effets sont importants (lire ci-dessous). Surtout que cette grève-là est reconductible chaque jour !

Du côté du contrôle aérien aussi, la gronde s’est traduite par une mobilisation de la branche aviation civile de la CGT jeudi (quelques perturbations à Lesquin). Sinon, on échappe au pire avec la levée du préavis de grève de cinq syndicats qui devait paralyser le trafic ce week-end, mais trois organisations de pilotes à Air France appellent à la grève du 11 au 14 juin. Pour des raisons purement internes dans les deux cas.

La contamination a même touché la centrale nucléaire de Gravelines jeudi : 70% des personnels déclarés en grève, mais pour le coup aucun impact sur la production électrique.

4. La guerre du carburant n’a pas lieu

Pour reprendre une expression à la mode, ça va mieux… Après une crise d’angoisse et des pompes à sec entre le 20 et le 27 mai grosso modo, on ne signale plus de problème de livraison de carburant dans les stations-service de la région, même si, au niveau national, quatre raffineries sur huit étaient toujours à l’arrêt mercredi. Sachez également que l’interdiction d’acheter de l’essence en jerrican a été levée mardi dans le Pas-de-Calais. Elle est toujours en vigueur dans le Nord.



quels "changements de nature ?"

1) dans ma recherche d'informations et matériaux pour la compréhension de ce qui se passe, je constate depuis des mois que la presse locale et régionale est souvent plus "objective" que la presse nationale : est-ce par qu'elle peut moins mentir sur ce qui est vérifiable près de chez soi ? Cette presse, sur Internet, il faut généralement la chercher par thématiques, car elle vient moins en page d'accueil actualités de Google...

cela ne vaut naturellement pas des informations de première main, soit par une participation directe ou des témoignages sur les blogs et réseaux sociaux, soit à organiser comme "enquêtes de terrain" de type "enquête ouvrière", qui montrent les limites sérieuses de toute approche analytique avec des catégories dépassées de la critique et une lecture normative, objectiviste et dogmatique dépassée (cf comme caricature le dernier texte de Temps Critiques)

2) il convient de porter une attention particulière à des "changements de nature" dans l'affrontement entre classes avec une grande diversité de comportements individuels et collectifs, sans rupture de continuité entre catégories classiques de l'analyse. Ils ne sont pas en profondeur ceux relevés superficiellement par cet article :

plus le mouvement dure et se fait dur, plus nombreux sont ceux confrontés de gré ou de force à la violence policière, et plus nombreux aussi ceux qui l'affrontent voire la provoquent délibérément, dépassant leurs peurs, jeunes et moins jeunes s'armant de courage. Ce phénomène me semble important et traduire un changement au sein de ce conflit appelé à durer par la suite. Il renvoie à la transformation de nature de l'État de la démocratie politique en un État de la démocrature politico-policière et à la question centrale de la violence de classe dans tous les domaines, par le travail et hors du travail

3) je reviendrai sur la possibilité de voir, dans les changements des formes sinon des contenus de luttes, des dépassements produits par l'implication réciproque dans le "bras de fer" et la "guerre des nerfs" entre le gouvernement et le patronat d'une part, les anti-Loi-travail de l'autre, avec le poids considérable de l'opinion publique, qui reflète l'idéologie comme "vie quotidienne" (RS)

Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Jeu 11 Aoû - 8:33


méthodologie comme forme-contenu, expression individuelle et pensée avec d'autres

j'ai ré-intégré ce sujet dans cette rubrique théorique générale, et supprimé l'entrée 6 - le DÉPASSEMENT À PRODUIRE de l'idéologie française : DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE

la raison : à l'origine de ce chapitre 6 de L'idéologie française, je comptais en faire un livre dans le livre, éventuellement publiable en brochure, et donc y reprendre des considérations générales pour qu'il soit compris sans besoin de renvoyer ailleurs

c'est plus logique puisque la méthodologie porte sur l'ensemble, et vu l'importance de cette méthodologie pour la compréhension approfondie des articulations parfois non explicites des différentes catégories du forum. Le plan et son fonctionnement dynamique sont une forme-contenu que j'ai voulue adéquate aux contenus particuliers des différentes parties dans le tout du forum. Ce point peut ne concerner qu'un lectorat curieux de cette compréhension en profondeur, mais elle est incontournable pour qui s'engagerait dans une lecture critique, la seule, exprimée en retour (potlatch) permettant d'avancer

comment penser avec les autres sans syncrétisme ni synthèse

remarque adjacente : toute pensée, toute philosophie est une production individuelle dans un langage singulier, même si elle prend en compte et entre en dialogue avec d'autres pensées. La seule manière de la comprendre est de le faire dans le texte, dans son contexte de production et dans son langage propre. Cela permet d'abord une critique interne minimisant les risques d'incompréhension, c'est-à-dire celle de la cohérence et de la logique internes de cette pensée, méthodologie, forme et contenu, rapport aux réalités. Cela permet ensuite une critique externe, de son propre point de vue, qu'il vienne ou non d'une pensée construite elle-même en un corpus d'ensemble

l'approche historique ultérieure, concernant une philosophie élaborée dans les siècles ou les décennies antérieures (histoire de la philosophie, critique historique du marxisme par exemple), peut avoir tendance à imposer à toute pensée individuelle un "cahier des charges" relevant d'une mouvance philosophique (idéalisme, matérialisme, marxisme, structuralisme, trotskisme, ultragauche, anarchisme, etc.) qui en imposent une lecture en bloc et interdisent la réfutation d'une idée particulière sans rejeter le tout

ainsi, tel philosophe, penseur ou théoricien est catalogué, et pour autant qu'une telle mise en tiroir donne envie de le lire, lu avec des présupposés. Alors la seule vue de son nom dans vos références provoque des boutons et vous range dans cette supposée mouvance créée après coup. À cette aulne, ma pensée, comme vision du monde, ne serait qu'un mauvais syncrétisme, une impossible synthèse entre des conceptions visiblement incompatibles : c'est absurde autant que sont idiots ceux qui me lisent comme ça, et qui lisent comme ça tout penseur de la totalité

pensée et cohérence ouvertes, reprise et transformation de concepts et notions

quand je parle de pensée ouverte, ou de cohérence ouverte, c'est du fait que ma pensée fonctionne insécablement avec d'autres, sans pour autant les reprendre tel quel et en bloc, mais en remettant en chantier leurs concepts. Exemples :

- les luttes théoriciennes de Roland Simon et Théorie communiste deviennent chez moi des luttes auto-théorisantes, traduisant le primat des luttes sur la théorie, le refus du théoricisme ou d'une posture intellectuelle en surplomb qui n'évite pas l'avant-gardisme : sans ce renversement il est vain, fallacieux et hypocrite de parler d'auto-organisation

une difficulté particulière avec TC, c'est l'extrême précision de ses concepts dont nombre lui sont propres ("autoréférentiels"), et ne fonctionnent qu'ensemble dans un corpus structuraliste qui se veut bétonné et inattaquable : il l'est tant qu'on reste à l'intérieur, il ne l'est plus si l'on considère ce qui lui manque et son rapport aux réalités (on l'a vu avec le féminisme pendant trente ans de production de TC et une subite découverte dont il s'est prévalu de dépasser tout les féminisme possibles et imaginables avant lui, et après. On le verra avec la pensée décoloniale : ils y viendront ou ils en crèveront

une difficulté du dialogue avec RS/TC est qu'il n'entend les mots qui portent ses concepts que dans le sens qu'il leur donne (exemple : conditions, restructuration, genre, etc.), vieux travers l'entre-soi pendant des décennies, avec une capacité hors du commun à ne pas écouter ce qu'on lui dit, ou à l'interpréter comme ça l'arrange (ce dont la plupart de ses 'adversaires' supposés ont fait les frais, de Gilles Dauvé à moi-même, en passant par Bruno Astarian, Christian Charrier, et tant d'autres)


- la notion de dépassement produit, qui tient de Marx (abolition/dépassement voire sous conditions Aufhebung) et de son usage par Théorie communiste, est reprise et transformée chez moi en dépassements à produire, donc par les susdites luttes auto-théorisantes, participe d'un matérialisme éradiquant tout déterminisme, théologie ou eschatologie révolutionnaire, pour considérer de manière absolue le communisme comme un mouvement de contradictions entre classes au présent, dans l'héritage de Marx et Engels dans L'idéologie allemande : « Pour nous, le communisme n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement.», et bien qu'eux-mêmes n'aient pas respecté cette définition, quand ils parlent du communisme comme société, en différentes phases de réalisations abolissant par étapes de transition le capitalisme comme mode de production (le principe du programmatisme communiste ouvrier)

- la notion de structure à dominante est reprise formellement d'Althusser, mais je lui donne un sens particulier : structure à dominante dans le capital comme tout, ce qui suppose une articulation dialectique hiérarchisée ou plutôt asymétrique des parties dans le tout : cette dominante n'est donc pas strictement l'exploitation capitaliste ou la lutte de classe comprise comme celle du seul prolétariat ouvrier

- la notion de Structure of Feeling, de Raymond Williams, me permet d'intégrer comme il l'a souhaité en construisant cette notion dans les années 1950, la dimension culturelle et sociétale comme troisième pilier de sa compréhension de Marx, avec l'économie politique et la, ou le, politique (l'État et la société civile...). Cette notion est en relation avec celle d'idéologie et même si l'on veut de bio-politique (Foucault)

fonction de la poétique : un faire avec les choses

comme l'on voit, j'introduis un minimum de nouveaux concepts, à cela deux raisons essentielles :

- la première, il n'est point besoin de concepts en surabondance, car bien des choses s'en passent pour être comprises, et la pensée conceptuelle a tendance à écraser le faire, la pensée 'poétique', comme le disait bien le poète Yves Bonnefoy récemment disparu :

Yves Bonnefoy a écrit:
Déni de l'autorité du concept, la poésie est besoin de penser et parler autrement... Comment la parole, en se faisant poésie, peut échapper aux limitations de la pensée conceptuelle... Dans ces conditions, l'esprit, qui cesse de s'enfermer dans une image du monde, et le corps, qui devait à cette abstraction d'être forclos de l'esprit, se retrouvent, ils peuvent n'être plus qu'un seul être au monde, et une recherche commune... Une question placée à bon droit au centre de la réflexion philosophique, celle de l'importance de l'autre, dans le rapport du sujet à soi, et son élaboration d'une éthique. Cette question est déjà de celles que la pensée proprement poétique place d'emblée en son propre centre, puisque la transgression du concept par l'expérience de l'immédiat fait apparaître autrui comme une présence, là où le concept ne le considère qu'en lui substituant des formules.

source, 8 juillet

trop de concepts, c'est toujours prendre un double risque :

. celui de revenir à une conception philosophique antérieure à Marx, 11ème des Thèses sur Feuerbach : « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer. », et contrairement à une idée répandue de la poésie comme romantisme, la poétique n'a pas besoin d'autre matériau que les choses existantes (les pensées et les rêves sont aussi de ces choses), ce qui lui confère une caractère matérialiste avant l'élaboration des affects et percepts en concepts, même si elle en use aussi, car elle ne s'oppose pas à la philosophie. Bonnefoy : « La poésie n'est nullement l'ennemi du philosophique... Une raison née de l'alliance du philosophique et du poétique pourrait apporter des solutions aux problèmes les plus concrets de la société. »

. celui de rompre la possibilité de dialogue entre la pensée conceptuelle et le réel, entre le théoricien et l'individu qui ne l'est pas, et par là de creuser le fossé entre théorisation et luttes dont une théorie révolutionnaire 'embarquée' ne peut que procéder

- la seconde raison, c'est que je tâche de montrer de quels concepts chez les autres procèdent les miens, ce que j'en retiens et ce que je modifie, de sorte que l'on puisse me comprendre et de la façon interne dont j'ai parlé, et de façon externe depuis une autre conception : c'est une des raisons pour lesquelles je parle encore de communisation, soucieux ne pas rompre la possibilité d'être compris par qui s'en réclame ou s'y intéresse, d'autant que le communisme décolonial peut s'inscrire au présent dans cette perspective à long terme

la poétique s'introduit ainsi entre le réel et sa théorisation comme une autre façon d'en rendre compte en étant dedans. La théorisation des luttes est un penser-dedans, la poétique est un sentir-dedans avec le corps autant que l'esprit ainsi réunis (encore Bonnefoy). La pratique théorique se complète d'une pratique poétique : ce sont deux faire complémentaires dans le domaine de la pensée, chacune en son langage spécifique, qui ont des aspects généraux et des aspects singuliers, individuels

tout cela est en relation avec ma conception de l'expression individuelle et d'un dépassement de l'individualisme qui ne nie pas la singularité des individus, thème que j'ai abordé dans L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION : c'est aussi, en soi, un dépassement à produire dont j'entends par ma façon de faire indiquer une piste, y contribuer, promouvoir son entendement par d'autres

de la nécessité d'une expression individuelle assumée

la rengaine qui fait de moi « le comble du narcissique » (Roland Simon, Pepe et Cie), sans doute liée à mon irréductible conviction, distanciée et assumée, qu'un individu ne peut s'exprimer que depuis ce qu'il est, et à mon langage qui a aussi une dimension poétique (voir le sens fort ICI), cette rengaine diffamatoire ne renvoie qu'à leur incapacité de s'exprimer autrement qu'impersonnellement, de façon non située d'où ils parlent ("les auteurs sont des accidents de la pensée", précepte idéaliste s'il en est). J'y vois moi le comble de la mégalomanie et d'un avant-gardisme révolutionnaire qui ne dit pas son nom, doublé d'un refoulement psycho-pathologique : bonjour la perspective d'une émancipation des individus ("condition du libre épanouissement de tous", dit Marx dans Le Manifeste) qui ne soit pas selon cette vision un communautarisme écrasant les singularités au nom de « l'immédiateté sociale entre individus » qui n'existeraient plus de manière singulière et librement créatrice !

il y a une façon de ne pas exprimer franchement ce qu'on pense individuellement (on ne pense jamais qu'individuellement, même en échangeant avec d'autres pensées), ou de ne pas l'assumer comme une pensée individuelle dépendant de ce qu'on est (tel sexe, telle origine sociale, géographique, ethnique, etc.), qui étrangement rejoint la conception de "l'individu du capital" (formule de RS/TC), de celui qui veut acquérir un ascendant sur les autres, une autorité quelle qu'elle soit sans toujours (se) l'avouer, car si elle ne se présente pas comme pouvoir hiérarchique, elle n'en est pas moins un pouvoir de manipulation de qui se croit intellectuellement supérieur (convaincu de la supériorité de l'intellect, de la cérébralité dans son langage virtuose, qui serait la seule modalité de la pensée, conviction tare des professeurs*), d'où un usage de la rhétorique passant pour raffinement dialectique ("l'art d'avoir toujours raison" à la Schopenhauer : si tu n'en uses pas, de cette ruse, tu ne peux être qu'un "jobard", dixit Pepe me concernant. Je conchie ce cynisme malsain post-soixante-huitard)

* de plus simples et bien moins 'cultivés' n'en pensent pas moins et souvent pas plus mal, mais ils n'ont pas toujours les mots pour le dire. Il s'agit donc de les écouter et pas seulement dans leurs mots, leur langage, mais aussi dans leurs activités qui n'ont pas de mots, sans leur faire dire autre chose que ce qu'ils entendent y mettre eux (luttes prétendus théoriciennes que l'on fait parler selon ses propres désirs). Alors on peut tenter d'exprimer leur pensée dans un langage plus riche et élaboré, celui d'une théorisation elle compréhensible par des intellectuels, et tenter par cet aller-retour de créer une relation réelle ou virtuelle (potentiellement réelle), c'est-à-dire des liens organiques entre ce qu'ils font et ce que cela peut signifier, ouvrir de possibles, afin d'ainsi produire du commun, et ensemble des dépassements : voilà qui rejoint la construction d'une subjectivation révolutionnaire et sous réserve d'inventaire critique, l'idée d'utopie concrète mise en avant par Ana Cecilia Dinerstein, théoricienne argentine d'un 'marxisme décolonial'

résultat : je me fiche complètement d'être suivi, et moins encore d'être suivi par des intellectuels dans une sphère intellectuelle séparée, comme Kampfplatz de la lutte des classes dans la théorie (Althusser). Cela ne regarde et n'engage que ceux qui veulent bien me prêter quelque intérêt et repenser par eux-mêmes ce que je propose à leurs cogitations, en souhaitant qu'ils fassent de leurs propres conclusions ou questionnements profiter les autres, comme problèmes à résoudre en commun : l'intellectuel collectif revendiqué en page d'accueil, c'est cela cartes sur tables, loin du "sparring-partner" de RS, éternelle dupe consentante de ses coups fourrés

l'autorité, la hiérarchie, quels que soient leurs masques, on aura compris que j'y suis allergique, et ceci dans une proportion que n'imaginent pas même la plupart des "anarchistes", ceux qui fonctionnent ni plus ni moins que d'autres militants en partis, en groupes, réseaux d'affinités sectaires et coteries diverses. Corollaire, il m'est impossible d'user d'autoritarisme ou de souhaiter manipuler quiconque, et pour rien au monde, car j'en aurais honte au nom de convictions communistes revendiquées, je ne me verrais dans la posture d'un Roland Simon au sein de son groupe Théorie Communiste, ou d'un Léon de Mattis comme "leader objectif" et conférencier-pédagogue (malheureux) de l'anarchisme de gauche (une sorte de Corcuff de l'ultragauche) :

qu'il soit dit que j'emmerde les professeurs de révolution
et qu'on le prenne comme un principe contre tout avant-gardisme revendiqué ou refoulé


"ni dieu ni maître" c'est pas pour les chiens
ni les chiens de garde de la pensée critique


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Jeu 18 Aoû - 18:25


un nœud de contradictions ne se transforment jamais qu'en un autre nœud de contradictions,
si bien que rien n'est jamais totalement résolu que par de nouveaux problèmes

une question de la dialectique serait donc de discerner quand les dépassements produisent des changements qualitatifs,
en d'autres termes du point de vue communisme, révolution,
changement radical de problématique, et non résolution de tous les problèmes

la question communiste est donc, et sera au-delà du capitalisme, à jamais historique


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Sam 20 Aoû - 18:50


conversation


à propos de l'envie d'arrêter le forum
d'une furieuse exigence de dialectique formes-contenus
de dépassement par les autres de l'individu Patlotch
et de cohérence ouverte

Corinne Cerise a écrit:
Ce soir en rentrant j'ai consulté le forum, et je ne comprends très bien ceci :

Patlotch a écrit:
si je pouvais cesser de m'exprimer dans ce forum, je le ferais car je ressens le besoin et l'envie de consacrer mon temps à autre chose [...]

C'est une écriture très intime, et je ne comprends pas ce qu'elle vous signifie.

Si ce n'est pas indiscret bien sûr.


Patlotch a écrit:
non rien d'"indiscret" car si je livre cette pensée, je ne la considère pas vraiment comme "intime" [ajout : plutôt 'extime']. Je pense d'ailleurs l'avoir déjà 'signifié'. Là, à propos de "rêves et créativité", j'ai raconté comment j'avais eu très envie de me mettre au saxophone ténor. La seule chose qui m'en retienne, c'est le "bruit" pour les voisins...

voilà, sinon je ne pense pas que ce texte soit difficile à comprendre, si ? Vous paraît-il narcissique ?


Corinne Cerise a écrit:
A relecture du sujet et avec ce que vous dites en prolongement sur ce courriel, le propos s'éclaire. Le texte n'est en effet pas difficile à comprendre. J'avais simplement eu une certaine anxiété à première (et mauvaise) lecture.

Ce qui m'inquiétait un peu était ceci : "mais je le fais comme répondant à un appel intérieur contre lequel j'ai renoncé à me battre". Cela me semblait - tout à fait paradoxalement je dois dire - fataliste. Votre texte "rêves et créativité/faire de ses rêves réalité" explicite le texte précédent. Pour moi du moins. Et je commence à comprendre ce que vous nommez "poétique de la relation" [en fait d'Édouard Glissant].

Sachez aussi que ce texte n'est pas narcissique pour deux sous. Il faut bien vous mettre ça dans la tête ;-) Simplement cela exprime ce que certaines personnes coincées dans la théorie théorisante ne peuvent pas comprendre, à savoir qu'il y a nécessairement une part de rêve, de feeling et d'individu s'auto-réalisant si l'on souhaite manier toute praxis réellement révolutionnaire. J'espère l'avoir compris (depuis peu).


Patlotch a écrit:
merci de vos retours. Il faut admettre qu'on n'écrit jamais, du moins en écrivain, sans une part d'égotisme, qui n'est pas l'égocentrisme, sans quoi ce que j'essaye de théoriser*, et de faire, n'aurait aucun sens, serait oxymouresque

* L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION

quant au narcissisme, nonobstant le besoin psychologique d'un retour sur investissement, que j'exprimais en écrivant « le faire procure certes un plaisir compensant les efforts et la frustration d'autres activités dont me vient le désir... », je ne vois pas qui, produisant quelque chose, pourrait prétendre y échapper : ne pas en être conscient relève de l'infantile « je suis bon et modeste, preuve je m'exprime de façon impersonnelle, donc objective », au comble de l'idéalisme, Roland Simon/Pepe : « les auteurs sont des accidents de la pensée »

"poétique de la relation" a donc plusieurs sens, qui font le lien entre formes (méthodologie) et contenus, car aucune dialectique ne saurait se passer d'un objet, par exemple de la « dialectique de la nature », à celle des rapports entre humain et nature, qui ne sauraient pas définition être seulement sociaux*, ce qui invite à remettre en cause leur séparation, c'est-à-dire ne plus le poser même comme rapport de deux objets (ou sujets) extérieurs l'un à l'autre

* pour faire référence à "Redefinir le genre?" parlant du « mouvement historique et dialectique entre l’humain et la nature » (ici)

par conséquent, vous voyez que "poétique de la relation" se redouble, ici, de « penser avec d'autres », qui est déjà une tentative de dépassement de soi comme individu séparé, sous-entendu des autres, en tension vers ce qu'on appelle en jargon communiste "immédiateté sociale entre individus" : c'est encore un exemple du fonctionnement en rotation dialectique de la forme et du contenu, dans laquelle la boucle est multiplement bouclée, ce que j'appelle ma cohérence ouverte, sans besoin d'un corpus structurellement fermé comme pour celle de Théorie Communiste

au demeurant comme ici, il m'arrive d'écrire dans divers sujets a priori sans rapport des choses qui se font écho, et cela ne peut apparaître qu'aux yeux de quelqu'un qui lirait tout, ce que nul écrivant ne saurait exiger, mais pas plus qu'on ne saurait empêcher un écrivain de faire très consciemment, et consciencieusement

« L'homme de génie est qui m'en donne », écrit encore Valery dans Mauvaises pensées et autres cité ci-dessus

et s'il n'est pas clair que « penser avec les autres » est ce que j'essaye de faire - sans effort d'ailleurs parce que j'y crois et même comme la seule voie d'une création collective féconde ne niant pas l'individualité de chacun -, je n'ai plus qu'à me pendre, parce qu'au vrai, sans vous, Corinne, de retour explicite, je n'ai pas, ce qui parfois pourrait être décourageant, et renvoie à « cette envie d'arrêter » que j'exprimais et qui vous posait question. Il me faut donc bien une motivation, et je la trouve dans l'espoir que je n'œuvre pas en vain ni vainement, pour évoquer Debord en 1988 citant Sardou : « Vainement est relatif au sujet; en vain est relatif à l'objet », in  Commentaires sur "La société du spectacle" XXXIII (le dernier)

vous noterez que je suis attentif aux visites du forum, ce qui signifie clairement que je n'y suis pas indifférent, et d'ailleurs dès l'ouverture j'adressais ces lignes à qui le lit :


Citation :
de mes bouteilles à la mer, quelques-unes échouent sur la terre ferme : d'échouer on fait échouage, et pas toujours échec

merci à vous, sans qui, au vrai, m'aurait pris l'idée d'arrêter; d'un clic, de balancer l'enfoirum au dépotoir, et le poème au désespoir... Ô vieillesse ennemie !


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE    Dim 4 Sep - 12:46


avec le Saint-Esprit de Twitter et ses phrases limitées à 140 caractères


courtes remarques à propos de MARX, de sa MÉTHODOLOGIE
et de sa "méthode dialectique" + petites critiques des "so called marxistes" (Engels)

1. dans Le Capital, les chapitres concrets ne sont pas des "exemples", mais les matériaux mêmes de la théorisation (R. Simon, TC)

2. la méthodologie de Marx est plus complexe que son propre exposé de sa méthode dialectique (B. Ollman https://www.google.fr/#q=ollman+ber )

3. La formule "Marx a renversé la dialectique de Hegel" est malheureuse et source d'incompréhensions de cette méthodologie réelle

4. le vrai pb de Marx était une méthode adéquate au contenu : représentation, exposition, d'où le plan du Capital et ses changmts

5. ceci d'autant que sa pensée évoluait, ne pouvait se figer en un dogme => Marx "Je ne suis pas marxiste"

6. ex : sur la question raciale, du Manifeste aux écrits sur l'Inde puis à la Guerre de Sécession > KB Anderson Marx aux antipodes

7. qui cite Marx par bribes, à preuve, hors du contexte et du raisonnement, en fait un dogme, comme une religion les textes sacrés

7bis le "marxisme" est l'opium des marxistes comme la laïcité celui du peuple français, continuité pré-marxienne, idéologie d'État

8 Corollaire : se méfier de prétendus marxistes (ou anarchistes) normatifs, dont le discours n'a pas changé depuis des décennies

8bis se méfier des critiques de Marx et du marxisme qui ne sont que celles des "so called marxistes" et de leurs héritiers depuis

9 héritons de la méthodologie de Marx, mais critiquons certaines de ses idées d'alors. Ex l'universalisme strictement prolétarien

(j'ai oublié le 10 : abolition du système décimal ?)


mon héritage de sa méthodologie

11. mon concept de "primat des luttes (auto-théorisantes) sur la théorie" est directement inspiré de 1.

12. mon livre-forum tente de reprendre en temps réel la méthodologie de Marx, moins Hegel, plus internet

13. Pour en savoir plus sur ma méthodologie, sa genèse à l'étude de Marx et d'autres, ma salsa piquante !

14. cheminement et résultats en leur état actuel, dont ces remarques sont le dernier commentaire en date [ce sujet]

15. Comprendre de façon simple ce qui paraît compliqué, et pourquoi une théorie ne peut se vulgariser : ICI, par chatonmignonmarxiste



autres formulations

16. comment dépasser la division du travail entre intellectuel et manuel, clivage entre théoriciens marxistes et lutte de classe ?

17. à cette question je tente de répondre en accordant le primat aux luttes sur et dans leur théorisation

18. cela explique que mon livre-forum contienne tant d'articles et documents, comme matériaux base d'analyses et de théorisations

18bis. ces documents, ni les luttes elles-mêmes, ne portent pas nécessairement ce que j'en tire, d'où la nécessité d'en discuter

18ter. la meilleure critique n'est pas nécessairement positive, c'est celle qui montre les erreurs, les manques, les problèmes...

18quater. le compliment fait certes plaisir. Le déglingage sans argument, bof... La censure par les "camarades" mérite le mépris

19. le débat fécond est parfois silencieux, indirect, entre le/la théoricien.ne et ceux/celles qui luttent => ? liens organiques

20. on l'aura compris, "lien organique" ne signifie pas "théorie outil de la pratique", ce credo ânonné par le militant "cultivé"

21. le militant dit "il se passe ça, donc il faut faire ça", et à l'appui quelque docte citation du dogme, sans dieu ni maître...

22. Debord disait à l'inverse, en 1974 : « il s'agit de répondre, presque chaque semaine, à la question : "Que se passe-t-il ?" »

22bis « La question est : y a t-il une réponse ? La réponse est : il n’y a que des questions ! » (Pensée critique et pensée contestatrice Mignon Chaton 23 juillet 2016

22ter il y a un "mais" car les luttes produisent de l'expérience, théorique aussi, et la théorie des résultats, certains durables

22quat entre résultats théoriques, vérifiés empiriquement par les luttes, et normes militantes "marxistes", le monde réel présent

23. c'est dans le monde réel présent que nous vivons, survivons, souffrons, aimons, luttons et débattons... théorisons : ensemble

24. il faut pour cela - je reprends Houria - « l'amour révolutionnaire », pour dépasser nos désaccords par les combats communs


(à suivre)

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
 
DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» Votre relation avec votre ainé est-elle plus complexe qu'avec vos autres enfants?
» Kératose pilaire et complexe
» URSSAF et dépassements d'honoraires = 0
» soulager le complexe d'abandon?
» Thérapie comportementale et dialectique

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE :: MONDE ACTUEL, LUTTES, ANALYSES et THÉORISATIONS :: PENSER le MONDE et les LUTTES : refondation d'ensemble-
Sauter vers: