PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Ven 15 Juil - 22:33


un peu de sagesse "orientale" dans ce monde des fous qui nous dirigent et nous rendent fous


Aveuglement politique et naufrage médiatique après la tuerie de Nice

Rafik Chekkat État d'exception 15 juillet 2016

Avocat de formation, cofondateur du site "Etat d'Exception" et de la Campagne ALI (Abrogation des Lois Islamophobes), Rafik Chekkat a codirigé le livre "Race rebelle, Lutte dans les quartiers populaires des années 1980 à nos jours" (Syllepse, 2011)


Citation :
Des nappes de restaurants utilisées comme linceuls, des corps déchiquetés sur des places publiques transformées en tombeaux à ciel ouvert… D’un bout à l’autre de la planète, ces scènes d’horreur reviennent avec une régularité effrayante.

Ce jeudi 14 juillet à Nice, plus de 80 vies ont été arrachées par un homme qui a lancé son camion sur les milliers de personnes venues – souvent en famille – assister au feu d’artifice de la fête nationale. Le semi-remorque monte sur le trottoir, zigzague, et fauche femmes, hommes et enfants sur près de deux kilomètres, avant que son conducteur ne soit abattu par la police. Selon les papiers retrouvés sur lui, il s’agirait d’un niçois de 31 ans, franco-tunisien. Immédiatement, la cellule antiterroriste de Paris a été saisie.

Comme après les attaques du 13 novembre 2015 (et alors que l’on ne sait encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice), des chaines de télévision couvrent en continu et de manière obscène les événements. On nous montre des gens ordinaires, hagards, qui marchent avec des couvertures de survie sur les épaules. On films sans retenue les corps au sol. On interviewe des personnes affolées et déboussolées, qui ont davantage besoin qu’on les prenne en charge, plutôt qu’on leur colle un micro sous le nez.

Comme après le 13 novembre (et alors que l’on ne sait encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice), les « experts » pérorent déjà en flux tendu sur le mode opératoire « moyen-oriental » de l’attaque, ou sur les quartiers de l’Ariane et Saint-Roch à Nice, présentés comme de véritables foyers de « radicalisation ». Comme après le 13 novembre (et alors que l’on ne sait encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice), on assiste du côté de la classe politique au même concours de superlatifs dans la condamnation des événements. Eric Ciotti et Christian Estrosi, les régionaux de l’étape, multiplient les interventions pour dire à quel point leur obsession de la « menace islamiste » était justifiée. Aucun-e journaliste ne juge opportun de leur demander ce qui leur permet de faire le lien entre cette attaque et ladite menace.

Comme après le 13 novembre (et alors que l’on ne sait encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice), le président vient prononcer à chaud une allocution depuis le salon Napoléon III de l’Elysée : « C’est toute la France qui est sous la menace du terrorisme islamiste », affirme-t-il dès 3h45, après avoir précisé juste avant, et sans y voir de contradiction, que l’on ignore encore beaucoup de choses de l’attentat, notamment l’existence ou non de complices. Pour le président socialiste et ses conseillers, les origines tunisiennes du conducteur suffisent certainement à attester du caractère « islamiste » de l’attaque.

Comme après le 13 novembre (et alors que l’on ne sait encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice), l’ethnocentrisme est de mise : « La France a été frappée le jour de sa fête nationale, le 14 juillet, symbole de la liberté, parce que les droits de l’Homme sont niés par les fanatiques, et que la France est forcément leur cible. » Ces mêmes droits de l’Homme qu’honorent les dirigeants français lorsque, par exemple, ils reçoivent le maréchal Abdel-Fattah al-Sassi et apportent leur soutien à une dictature égyptienne avec qui ils multiplient les juteux contrats de ventes d’armes. Et qu’importe d’ailleurs si le nationalisme victimaire qu’exprime François Hollande dans son allocution occulte totalement les carnages, qui de Bagdad à Istanbul, ont ensanglanté le mois de ramadan qui vient de s’achever.

Comme après le 13 novembre (et alors que l’on ne sait encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice), c’est la même fuite en avant sécuritaire qui est privilégiée au plan interne. L’état d’urgence, qui devait s’achever le 26 juillet 2016, est à nouveau prolongé pour une durée de 3 mois. Les musulman-e-s qui ont fait l’objet de milliers de perquisitions violentes, douloureuses, injustifiées, doivent s’attendre à une nouvelle vague de répression, tout aussi violente, douloureuse et injustifiée. C’est le principe de punition collective que permet la pensée raciale ici à l’œuvre.

Comme après le 13 novembre (et alors que l’on ne sait encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice), c’est une ligne dure, guerrière, qui est affichée avec arrogance par l’exécutif : « Nous allons encore renforcer nos actions en Syrie et en Irak ». Ces mots avaient déjà été prononcés au soir du 13 novembre, puis réitérés par François Hollande face au Parlement réuni en Congrès. Pour les résultats que l’on sait. Toujours plus de guerre envers des populations syriennes et irakiennes que rien ne permet de relier à l’attaque survenue à Nice, si ce n’est à nouveau la pensée raciale ici à l’œuvre.

Nous ne savons encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice, seulement que nous devons résister aux puissances qui tentent d’orienter au profit de l’agenda répressif et impérial les traumatismes causés par les images de déflagration et de souffrances. Résister au culturalisme, au prêt-à-penser des théories de la « radicalisation » qui islamisent d’emblée et sans autre forme de procès n’importe quel auteur d’une tuerie de masse, pourvu qu’il ait un lien quelconque avec l’islam, comme cela a été le cas à Orlando il y a quelques semaines.

Oui, nous ne savons encore rien des motivations de l’auteur de la tuerie de Nice, seulement que l’irresponsabilité de la classe dirigeante et des médias dominants de ce pays est totale.


l'article comporte des extraits de la déclaration de Hollande du commentaire au-dessus

à mon avis, nos dirigeants sont plus cyniques qu'aveugles. Ils poursuivent la ligne adoptée au lendemain de "Charlie Hebdo" en janvier 2015, continuent sur la même lancée avec beaucoup d'improvisation donc des ratés, mais ils n'ont pas grand chose à perdre dans l'opinion publique. Elle leur sera d'autant plus favorable, comme après les précédents attentats, qu'ils se montreront droits dans leurs bottes de chefs de guerre. Le pèple français n'est pas descendu dans la rue pour s'y opposer...



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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Sam 16 Juil - 15:29

mis à jour de 15:07


le tueur de Nice, ses "complices", et Daesh

des "explications" idéologiques aux questionnements critiques


l’Etat islamique revendique l’attaque de Nice, cinq proches du tueur en garde à vue

nombre d'autres articles informent d'une revendication par l'État islamique (Daesh) de l'attentat de Nice, de cinq proches arrêtés en relation avec les milieux intégristes niçois, et les commentaires vont bon train, bien que pour l'heure aucun lien direct ne soit avéré, et que les éléments trouvés n'alimentent pas l'idée d'une aide extérieure : camion loué seul, un révolver facile à se procurer, aucun document djihadiste, un tueur peu croyant...

un expert est convoqué

Citation :
Selon David Thomson, spécialiste du djihadisme interrogé par Le Monde, "jusqu’ici, l'Etat islamique n’a jamais rien revendiqué de façon opportuniste alors qu’il aurait pu le faire maintes fois. Il y a sûrement des liens et s’ils revendiquent, ça veut dire qu’ils ont des preuves de ces liens et qu’ils vont les 'feuilletonner'".


Citation :
Abandonnant la chasse au tigre, le major W. Marmaduke Thompson décide d'explorer la jungle française et consigne ses observations sur les autochtones, leur comportement, leurs manies, leurs qualités, leurs défauts…

relevons qu'il s'avance beaucoup puisque le communiqué prudent de revendication par Amaq *n'évoque qu'un réponse à l'appel de Daesh
Citation :
L’auteur de l’opération (...) menée à Nice en France est un soldat de l’Etat islamique. Il a exécuté l’opération en réponse aux appels lancés pour prendre pour cible les ressortissants des pays de la coalition qui combat l’EI
* voir Comment fonctionne Amaq, l'agence de propagande de Daesh

tempéré par « une source proche de l'enquête »
Citation :
Le tueur était en relation avec des personnes elles-mêmes en contact avec des islamistes radicaux, mais à ce stade cela ne prouve rien et l'enquête devra établir s'il a bénéficié de complicités.

tout ça non pour jouer aux apprentis enquêteurs, mais pour anticiper sur ce qu'on trouvera ou non : il n'y a pas grande différence et le problème ne se limite pas à remonter à d'éventuels liens tels que le Major Thompson anticiperait leur révélation

dans les heures suivant l'attentat, le chef de l'État avait donné les éléments de langage : François Hollande : « Une attaque dont le caractère terroriste ne peut être nié », et la presse avait enchaîné, exemple :
Attentat de Nice : une méthode qui rappelle des consignes de l’État islamique
Citation :
En septembre 2014, un haut responsable de l’État islamique avait d’ailleurs lancé un appel aux djihadistes en vue de commettre leurs crimes en utilisant n’importe quel moyen, y compris des véhicules béliers.

Tous les moyens sont bons pour les attentats terroristes

"Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à coups de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le", avait alors déclaré dans un long message Abou Mohammed Al-Adnani, porte-parole et ministre des attentats de "l’État islamique". Des propos qui rappellent fortement le déroulement de l’attentat à Nice, comme le constate Le Figaro.


la folie sociétale au temps de la "guerre au terrorisme"

nul besoin d'experts du terrorisme pour faire la différence entre un attentat dûment préparé avec une organisation fournissant les moyens, et ce qui serait la réponse d'un individu à moitié détraqué à un appel lancé à la ronde aux sympathisants. Cazeneuve a beau dire que le tueur "s'est radicalisé très rapidement"(titre du Figaro, la phrase exacte étant "Il semble que [l'auteur de l'attentat] se soit radicalisé très rapidement"), l'important n'est pas cette "radicalisation" (voir note), l'explication passe-partout depuis quelques semaines, mais ceci :

Citation :
"Nous sommes face à un type d'attentat nouveau", a déclaré le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, à l'Elysée. A la sortie d'une réunion à l'Elysée, il a souligné le fait que le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel "n'était pas connu des services de renseignement car il ne s'était pas distingué, au cours des années passées, soit par des condamnations soit par son activité, par une adhésion à l'idéologie islamiste radicale".

"des individus sensibles au message de Daesh (qui) s'engagent dans des actions extrêmement violentes sans nécessairement avoir participé aux combats, sans nécessairement avoir été entraînés... Il a pu décider de passer à l'acte tout seul, de se suicider en faisant le plus de mal possible. Un coup de folie inspiré par la propagande de l'EI"


cela signifie que nous sommes à mi-chemin d'actes pilotés par une idéologie, ici islamiste, ailleurs fascisantes ou racistes, et le détraquement sociétal d'individus appartenant à des populations particulièrement fragilisées dans le contexte actuel. Il est bien évident qu'un État ne serait-ce qu'en partie responsable de cette situation ne peut pas revenir en arrière sauf à renier sa fonction même dans la "guerre au terrorisme" qu'il entreprend pour l'occasion d'accélérer (Hollande à 3 heures du matin vendredi)

et c'est pourquoi je faisais allusion aux explications de Pierre Legendre concernant le caporal Lortie au Québec en 1984

Houria Bouteldja, la veille de l'attentat de Nice, concernant le tueur d'Orlando, posait aussi ces questions :


Citation :
Quant à Omar Mateen, avec lequel vous me prêtez de grotesques accointances, il semble être parti avec son mystère. Avait-il une sexualité non assumée, s’en vengeait-il sur la communauté LGBT non blanche qui lui semblait affranchie des troubles qui l’habitaient ? Vivait-il un déchirement entre son identité musulmane et son identité gay ? Peut-on lire son acte criminel à travers les injonctions paradoxales du progressisme blanc : s’intégrer en tant que gay, se nier en tant que musulman ? Était-il un simple psychopathe comme sait les produire l’Amérique ? Ce ne sont ici qu’hypothèses mais il n’est pas  improbable que l’analyse qui précède ces interrogations puisse fournir des clefs de compréhension.

Fusillade d’Orlando, homophobie et monopole – blanc – du cœur : réponse à un plumitif parisien Site du PIR, 13 juillet


c'est bien évidemment le type d'analyse et de questions dont nous avons besoin pour comprendre ce qui se passe en évitant de tomber dans les ornières prémâchées de l'idéologie française

et que ma lectorate se rassure, je n'ai pas une vocation de détective privé

note : Pierre Legendre dit récemment « Ces temps-ci, j'entends un mot étrange: déradicaliser. Il m'a fait penser (et je ne suis pas le seul) à dératiser…», j'y avait pensé aussi, en mémoire des Arabes qu'on nommait les rats pendant la guerre d'Algérie. Source Pierre Legendre : État, la désintégration Le Figaro 3 janvier 2016, texte sur lequel je reviendrai

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Sam 16 Juil - 16:58


allant dans le même sens que mon commentaire précédent, comme de mes précédentes critiques aux articles de Tristan Leoni pour DDT21 de Gilles Dauvé, l'an dernier



Le jour même des attentats de Nice, jeudi 14 juillet, le directeur du FBI James Comey prévoyait « une diaspora terroriste » après la défaite de Daech.


Enquêteurs du FBI après la fusillade à San Bernardino le 7 décembre 2015
JOE RAEDLE/AFP

Citation :
La tuerie qui a eu lieu à Nice, jeudi 14 juillet, n’a pour le moment pas été revendiquée par Daech. Toutefois, François Hollande a parlé d’« une attaque dont le caractère terroriste ne peut être nié », et annoncé la prolongation de l’état d’urgence.

Triste coïncidence, le directeur du FBI James Comey prévenait le jour-même qu’il y aurait une « diaspora terroriste » après la chute du groupe Etat islamique en Irak et en Syrie, et que les attentas et attaques des djihadistes partiraient à la hausse, au lendemain de cette défaite éventuelle à venir.

« Nous savons tous qu’il y aura une diaspora terroriste (…) quand les forces militaires auront écrasé le califat », a-t-il devant déclaré devant une commission du Congrès proclamé par Daech.

Le groupe terroriste sera « prêt à tout »

La défaite de l’EI en Irak et en Syrie rendra le groupe plus extrémiste « prêt à tout pour démontrer qu’il garde sa vitalité, et cela prendra probablement la forme de plus d’attaques asymétriques, de plus d’efforts terroristes », a-t-il dit.

A la mi-juin, le directeur de la CIA, John Brennan évaluait que le nombre de combattants de Daech s’élevait environ à « 18 à 22 000 » en Irak et Syrie. Après la défaite, inévitablement, la question de leur destination se posera. « Les milliers de combattants » du groupe « iront quelque part, et notre job est de les repérer et de les arrêter avant qu’ils ne viennent aux Etats-Unis pour s’attaquer à des gens innocents », a-t-il ajouté devant la commission pour la sécurité intérieure de la chambre des représentants. Ces obligations seront les mêmes pour les services de renseignements français.

Les revers militaires affaiblissent Daech et le groupe terroriste est en recul sur le terrain en particulier en Irak où il a perdu la ville sunnite de Fallouja même s’il vient de reconquérir une importante base aérienne à Qayyarah, à une soixantaine de kilomètres de la ville de Mossoul, le principal fief djihadiste du pays.


quant à un point de vue tout aussi officiel, mais français, et à propos de l'emploi de "radicalisation" et "déradicalisation"

"L'attaque de Nice va créer de nouvelles vocations"

INTERVIEW. Amélie Boukhobza est psychologue clinicienne pour l'association Entr'Autres, qui gère la "déradicalisation" organisée par l'État.

Citation :
Le Point.fr : L'attentat a eu lieu à Nice. Cela ne vous étonne-t-il pas ?

Amélie Boukhobza : Absolument pas. La région compte énormément de cas de radicalisation suivis par la cellule préfectorale. Nous faisons aussi partie des départements qui fournissent le plus grand nombre de départs en Syrie, sans compter ceux qui ne sont pas repérés. Pendant un an, nous nous sommes concentrés sur les cas que l'on considérait comme prioritairement dangereux, ceux des jeunes passés par la Syrie. On voit bien aujourd'hui que cette donnée n'est plus un indicateur pertinent. Pour Orlando comme pour Nice, les auteurs n'ont, semble-t-il, jamais mis un pied là-bas.

Merah partage l’affiche dans le cœur des jeunes radicaux avec la génération des terroristes du Bataclan
Cette attaque terroriste risque-t-elle de créer de nouvelles vocations ?

Assurément. On assiste en ce moment à une très inquiétante poussée de l'idéologie radicale, qu'elle soit politique ou religieuse. Je le mesure chaque jour dans les maisons de quartier et auprès des missions locales. Mohamed Merah était la principale figure d'identification jusqu'à cette année. Aujourd'hui, il « partage l'affiche » dans le coeur des jeunes radicaux avec cette nouvelle génération de terroristes apparue au Bataclan. Il y a eu un basculement très net au lendemain du 13 novembre 2015. Ces événements ont joué sur la psyché des individus, ils leur ont offert un regain d'assurance, une forme de légitimation de leur haine. Je ne suis hélas pas la seule à l'avoir constaté, d'autres travailleurs au contact du terrain s'inquiètent de l'étendue du phénomène et de sa gravité.

Quels sont les profils des jeunes djihadistes que vous suivez ?

Nous distinguons les « authentiques djihadistes » des « pré-djihadistes ». Les premiers sont enfermés dans leur croyance et rien ne les fera bouger. Ce sont des gens intelligents, parfaitement au courant des textes qu'ils citent à loisir. Ce sont eux qui instillent un discours victimiste chez les « pré-djihadistes ». Ces derniers présentent des profils plus légers, moins aguerris intellectuellement, mais plus à même de basculer dans la violence.

Y a-t-il une manipulation délibérée des « vrais djihadistes » sur les « pré-djihadistes » ?

Les recruteurs ont totalement conscience de ce qu'ils font. Ces penseurs du djihadisme n'ont qu'un but : instaurer la rupture. Ce sont eux qui sont à l'origine de l'amalgame qu'ils dénoncent. Ils sèment la terreur pour que l'on associe les musulmans à des terroristes, qui en retour se sentiront rejetés et se montreront, dès lors, plus réceptifs aux théories victimistes. C'est simple, mais ça fonctionne très bien.

Bien souvent, on ne peut rien faire pour déradicaliser

Y a-t-il une « déradicalisation » possible ?

Tous me disent que la vie commence après la mort et que leur but, c'est le paradis. « La vie d'ici vaut 20 % et celle d'après, 80 % », répètent-ils en boucle. Ils nous disent qu'ils aiment la mort « bien plus que la vie » et nous expliquent que tous leurs actes sont menés au nom du bien, pour nettoyer ce monde de corruption. Il n'y a que les profils de « pré-djihadisés » que l'on peut tenter de faire revenir à des positions plus pacifistes. Pour les autres, les discussions sont passionnantes, mais, bien souvent, on ne peut rien faire.

On a cru, jusqu'à la revendication de Daech, à l'acte isolé d'un déséquilibré...

C'est vrai que cela aurait été d'une certaine manière soulageant de croire qu'il s'agissait d'un acte isolé, d'un malade qui décompense. Mais foncer dans le tas, dans des familles, des poussettes, des enfants…, cela correspond parfaitement au mode opératoire préconisé par les théoriciens de Daech. La présence de musulmans lors du feu d'artifice du 14 Juillet ne s'est pas révélée dissuasive, car, pour des radicaux, des musulmans qui participent à une fête républicaine sont des mécréants comme les autres.

Les revers de Daech en Syrie ou en Irak ne changeront rien


Et maintenant, que va-t-il se passer ?

On peut imaginer qu'il se passera la même chose que d'habitude. Les jeunes radicaux se réjouiront de cet acte impardonnable. Ils continueront à propager l'idée d'un nécessaire djihad défensif, qui est un devoir pour tout musulman, à l'inverse du djihad offensif qui doit être décrété par un chef. Les revers de Daech en Syrie ou en Irak ne changeront rien, car le djihadisme ne se limite plus à cette offre.


voir comment l'on se moque de l'usage de "radicalisation" sur le compte tweeter de Sislame Assbague
Citation :
Sihame Assbague ‏@s_assbague

Sihame Assbague a retweeté Pierre Chausse

Après la "radicalisation 2.0" et "l'auto-radicalisation", la fast-radicalisation.

Ti O'Principe ‏@Ti_nounou · 1 hil y a 1 heure

- « Bonjour bienvenue chez Radical Burger »
- « Bonjour 1 radicalisation express svp »
- « Avec ou sans allégeance ? »
- « Sans merci »


on trouve aussi turbo-radicalisation, d'uberisation de la radicalisation (Uberadicalisation), etc.

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Sam 16 Juil - 22:06


Le CFCM et le récteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur ont rapidement condamné l'attaque de Nice dont le bilan était vendredi 15 juillet de 84 morts


Mosquée de Paris

Citation :
Un communiqué du CFCM (Conseil français du culte musulman) a condamné l’attaque "odieuse et abjecte qui vise notre pays le jour même de la Fête nationale qui célèbre les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité". Il appelle également les musulmans de France à prier "à la mémoire des victimes de cette attaque barbare". Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, à lui fait part de "son immense émotion et sa consternation" et "condamne fermement cet odieux et horrible attentat criminel de masse"

Comme tous les vendredis les fidèles musulmans se réunissent en masse pour la prière du Dohr. Ce matin le prêche de l’imam de la Mosquée de Paris condamne « la monstruosité de l’attaque de Nice » et « partage la douleur des familles ». Le prêche s’attelle à rappeller les écrits coraniques et les messages prophétiques, contraire aux actes commis la veille. L’ambiance est lourde à la sortie de la Mosquée de Paris, l’attaque de Nice est le principal sujet de discussion des fidèles « Tout le monde parlaient de ça ce matin à la Mosquée, les visages étaient fermés » affirme Mohamed, 33 ans.

Certains sont profondément choqués et attristés comme Naas, 39 ans, père de famille « Je suis très touché. J’ai tout de suite appelé ma famille et mes amis à Nice ». Certains rappellent que la précaution est de mise concernant les motivations de l’attaque « Il faut rester prudent, il s’agit peut être d’un acte indépendant commit par un déséquilibré » rappelle Djamel, 38 ans. D’autres s’insurgent des rapprochements qui pourraient être fait, à l’instar d’ Abdelaziz, 59 ans « Il faut garder de la distance et ne pas se laisser prendre par l’émotion, surtout dans cette civilisation de l’immédiateté, on a vite fait de faire des amalgames ».

Après les attentats de janvier une série d’actes islamophobes ont été recensés. Lina, 20 ans s’inquiète des répercutions dont la communauté musulmane pourrait pâtir « Je suis choquée que ça se reproduise, on arrive à un stade de saturation. D’autant plus que j’ai reçu des remarques islamophobes sur mon voile après les attentats de Charlie Hebdo ».

Rachid, 52 ans quant à lui refuse de se positionner « Je ne me désolidariserai pas en tant que musulman parce qu’ils n’ont aucune légitimité religieuse mais cela ne m’empêche pas de condamner le crime ».

L’auteur du crime de Nice n’était pas connu des services de renseignements selon les sources policières, l’agence de propagande de l’État Islamique Amaq l’a cependant revendiqué.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Dim 17 Juil - 8:25


Roots

autrefois, pas un militant marxiste n'ignorait la formule de Marx dans la Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel (1843) :

« Être radical, c'est prendre les choses à la racine. »

aujourd'hui

le déraciné se radicalise


quant au "milieu radical", il a de quoi faire une crise de jalousie : serait-il mal enraciné ?



Dernière édition par Admin le Dim 17 Juil - 9:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Dim 17 Juil - 9:12


à plusieurs reprise, sur mon site Patlotch.com, dans ce forum, chez Médiapart à propos de laïcité, j'ai rapproché la critique de l'Etat par le jeune Marx, la citoyenneté comme religion d'État, à ceux de Pierre Legendre sur sa fonction totémique, comme "emblème" avec ses symboles (le drapeau, Marianne, la figure du Roi, du Président...). Voir à la page 1 de ce sujet, 10 octobre 2015



voici une interview récente de Pierre Legendre

Pierre Legendre : État, la désintégration

Alexandre Devecchio Le Figaro 3 janvier 2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Penseur inclassable célébré à l'étranger, le trop rare Pierre Legendre a accordé un entretien exceptionnel à FigaroVox. La question de l'État et la France, deuxième partie.

Pierre Legendre est professeur émérite de l'université Paris-I et professeur à l'Ecole pratique des Hautes études, section des sciences religieuses. Peu connu du grand public en France, il est considéré à l'étranger comme un des plus grands de la pensée française contemporaine. Aux éditions Fayard, dernièrement : Fantômes de l'Etat en France, Ce que l'Occident ne voit pas de l'Occident, Dominium mundi: l'empire du management. Il est l'auteur de trois films, dont La Fabrique de l'homme occidental.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

● A lire aussi, la première partie : Pourquoi est-il si difficile de définir l'Etat en France ?

Citation :
La percée du Front National traduit-elle la volonté des Français de retrouver un État fort ?

Pierre LEGENDRE: État fort ou faible, la question n'a plus de sens. Avant d'évoquer le FN, dont on sait la marque antisémite originaire, mais aussi la connivence de jadis avec ceux qui avaient mené la répression à outrance en Algérie, je voudrais dire ceci. Après s'être laissé porter durant des décennies par la vague libérale-libertaire qui a déferlé sur l'Europe sans réflexion critique, l'élite au pouvoir s'étonne aujourd'hui non pas des effets décivilisateurs de cette vague, massivement déniés, mais seulement des accidents qu'elle provoque dans notre vie politique. Et je connais trop bien le fonctionnement des prédicateurs parisiens toujours prompts à stigmatiser, selon des catégories quasi pénales, ceux qui pensent hors du troupeau, pour ne pas m'étonner, moi, des grands airs effarouchés devant ce qui survient.

Ces temps-ci, une certaine presse aux accents de Pravda à la française parlait avec une emphase admirative d'un intellectuel dont le discours, je cite, «a renversé la table». Mais alors, pourquoi le discours d'un parti ne réussirait-il pas le même exploit ? Manifestement, les amateurs de discours renversants sont pris de court. Amuser la galerie avec le Front National ou avec Monsieur Tapie naguère présenté comme un modèle à la jeunesse, ça ne dure qu'un temps. Et je ferai remarquer que le FN étant devenu le fournisseur d'un vocabulaire patriotique qu'on cesse de brocarder, nécessité oblige …., il se peut que ce Front National finisse par obtenir paiement pour services rendus!

Ma conclusion tient en peu de mots. Si au moins la percée revancharde du FN donnait à réfléchir, ce pourrait être un gain, le gain d'une leçon. Mais j'en doute.

L'un des chapitres de votre livre s'intitule «la foi en l'État, ou le fiduciaire français». La France s'est-elle construite dans la religion de l'État ?

De quoi parle-t-on avec le mot religion ? Nous sommes en Europe, toujours marquée par la ligne de fracture entre traditions dont je maintiens qu'elles sont inconciliables, en dépit de notre œcuménisme qui en réalité est une arme : l'Ouest catholico-protestant, l'Est orthodoxe. La France laïque ne comprend pas plus que les autres États de notre voisinage la Russie, la Grèce et les Balkans.

Pourquoi évoquer tout ça ? Tout simplement parce que ce mot juridique des Romains baptisé par le christianisme latin, nous l'utilisons à tout-va pour lui faire dire ce qu'on veut. J'ai dénombré une quarantaine de définitions ! Voilà pourquoi j'utilise le terme de fiduciaire pour sortir du brouillard. Il signifie que l'espèce humaine, l'animal parlant, ne peut vivre sans être fondé à vivre. Individuelle ou sociale, la raison de vivre est construite avec des mots, une Référence fondatrice à laquelle nous faisons crédit. La religion, c'est du crédit, du fiduciaire. La religion est, si je puis dire, une sorte de banque qui accrédite un discours fondateur.

Le pouvoir d'Ancien Régime recevait son crédit de la divinité chrétienne, il était en dette avec Dieu et s'acquittait de sa dette par la répétition rituelle, par des liturgies très élaborées. L'État monarchique était ainsi fondé à gouverner, c'est-à-dire à formuler des règles. Comme tous les montages dénichés par l'ethnologie, l'État à l'occidentale marche comme ça, nous sommes fondés comme citoyens par un montage fiduciaire, autrement dit par une religion.

La Première République avait mis en scène la déesse Raison. Nous, les ultramodernes, nous avons un panthéon plus fourni ; les Français ont non seulement la figure divinisée de la République laïque et ses liturgies, mais aussi, en ressortissants de l'Occident industrialiste et mercantile, ils célèbrent l'Argent. Ce serait le moment de lire un petit texte jamais commenté d'un certain Karl Marx sur deux figures unificatrices : le Christ et l'Argent ! Voyez l'iconographie du dollar… «In God We Trust». [c'est la première fois que je lis Legendre faire lui-même le rapprochement dont je parlais. Au moins ne l'ai-je pas trahi...]

Aujourd'hui, l'Éducation, ça consiste à produire des citoyens qui désapprennent à apprendre les fondements normatifs du lien social et ne sont que créanciers….

Alors oui, si l'on saisit ce concept de fiduciaire qui nou s renvoie à la dimension universelle du langage, et si on continue à user du mot religion (pourquoi pas?), on peut dire que la France s'est construite dans la religion de l'État. Une religion plutôt intégriste, un «nouveau christianisme» pour reprendre la formule des saint-simoniens au XIXe siècle. L'État à la française est le Rédempteur laïque, un Sauveur sécularisé. Dans cette perspective, je ne vois pas où serait la différence entre l'État monarchique et l'État révolutionnaire.

La contre-épreuve, c'est la situation concrète de l'État administratif menacé par l'intégrisme individualiste. Le «service de l'État» ne veut plus rien dire, face à l'idéologie du libre choix sur le marché de tout, qui prétend disposer de tout, donc de la logique fiduciaire des institutions. Et ça donne quoi? Un monde à l'envers, où l'État, perdant sa raison d'être, dissout le rapport à l'autorité, bannit les tabous protecteurs, démolit les normes langagières elles-mêmes. Évidemment, ça commence par défaire l'Éducation, ces lieux dont notre professeur Renan disait : «L'État met la main sur l'âme». Aujourd'hui, ça consiste à produire des citoyens qui désapprennent à apprendre les fondements normatifs du lien social et ne sont que créanciers….

L'État français fortement centralisé est-il compatible avec la construction européenne ?

L'Union européenne est-elle aujourd'hui pour les Français autre chose qu'une bureaucratie ? La France a inventé au XVIIIe siècle ce mot qui a fait le tour du monde, et nos mœurs politiques s'accommodent très bien de réglementations envahissantes. Alors que les Anglais et les Allemands sont pointilleux pour défendre leur propre prérogative parlementaire contre Bruxelles, les Français ne sont pas si regardants et se contentent de rouspéter…

Après tout, en matière de justice, c'est pareil ; la maxime de la Révolution «Juger, c'est aussi administrer» reste d'actualité, elle en dit long sur nos manières de bafouer la séparation des pouvoirs. Un exemple : quand un arrêt de la Cour de cassation froisse une catégorie sociale capable d'ameuter les médias, nos gouvernants n'hésitent pas à faire voter une loi ayant pour effet de passer cette jurisprudence à la trappe… Et je rappelle la manie de légiférer à tour de bras, jusqu'à produire des textes dont on sait qu'ils ne seront pas appliqués !

L'État fortement centralisé est-il compatible avec la construction européenne ? Le désordre juridico-politique que je viens d'évoquer inciterait à vous répondre : oui, car cet État-là est prêt à tout avaler, et l'Europe fourre-tout justifie alors que l'on persiste à n'en rien vouloir savoir.

Mais, si l'on sort de cette torpeur, ma réponse est non. Elle découle de mes propos précédents sur l'État et la Nation, sur le fond historique des choses. Construire l'Europe et non pas seulement la supporter, ça supposerait une audace politique qui pour l'heure est absente. Il n'est pas à l'ordre du jour de faire le ménage dans nos structures intérieures françaises, d'injecter une bonne dose d'esprit fédéral dans l'institution du territoire et dans la formation des responsables du système administratif, et surtout d'élargir notre horizon par une réflexion digne de ce nom sur la généalogie du continent. Un continent qui contient aussi la Russie orthodoxe et tout un monde pris de haut par des discours expéditifs.

L'Union européenne est-elle morte ? [c'était en janvier, avant le Brexit donc]

Quand on parle de construction européenne, qu'est-ce que ça dit à la jeunesse, qui voyage si facilement aujourd'hui ? Considérons d'un peu plus près l'offre…, pas la prédication, mais le cadre institutionnel de l'Union.

L'Europe, c'est bien beau, mais le projet, obèse et bavard à la française, de Traité constitutionnel européen, finalement rejeté en 2005 par la France et les Pays-Bas, avait à mes yeux quelque chose de ridicule ; pour nombre de personnes averties de l'histoire comparative des formes étatiques, cette scolastique méticuleuse avait quelque chose de dérisoire. La démocratie n'étant pas le fort de cette Europe d'esprit étriqué et souvent cynique, on s'est rattrapé en bricolant des traités de remplacement…. Pour une fois, on n'est pas allé jusqu'à imposer de refaire le référendum, pour annuler le non dans les deux pays concernés!

Justement, ça me fait penser à la boutade d'un opposant à Napoléon III. Un député est censé s'adresser à l'électeur paysan: «Mon ami, le référendum est un mot latin qui veut dire oui» ! Au fond, c'est l'état d'esprit des multiples chefferies en titre, qui rivalisent d'ingéniosité dans les bureaux de Bruxelles. Si vous vous intéressez à ce tripot, qui nous concerne tous, nous autres simples citoyens, tâchez de trouver ce petit essai passionnant, publié par Northcote Parkinson en 1957 sous le titre 1 = 2 ; il résume avec humour les inexorables lois d'une Bureaucratie sans tête ! Pour tout dire, on a fabriqué un empilement de fonctions sans âme.

Nos États subissent les effets à long terme de l'Holocauste qui a tué des millions de Juifs. Ce massacre d'une portée bien spéciale veut dire le meurtre de l'Ancêtre dans la culture européenne, dite judéo-chrétienne.

La France, dont je crois avoir soupesé les chances de s'auto-réformer comme très faibles sans pression extérieure, s'est enfermée dans une non-pensée sur elle-même et sur l'Europe.

Souvenons-nous: Napoléon voyait l'Europe comme extension française, «la Grande Nation». Ce n'était pas le cas de De Gaulle. Car de Gaulle avait compris que cette Nation française centraliste reste d'un maniement délicat et qu'une fois éteinte la rivalité millénaire avec l'ex-Empire germanique, la France ne pouvait pas tenir son rôle national sans boussole. Après lui, la partie s'est jouée en inversant la logique: d'abord l'économie et les techniques gestionnaires, le reste suivra, c'est-à-dire l'essentiel, à savoir une vision claire et assumée du «qui sommes-nous, où allons-nous?» dont se soutiennent les Nations.

La nullité politique et la passivité, qui ont fini par déséquilibrer et malmener l'Europe du Sud leurrée par les discours à l'eau de rose et la ruée financière, ont aussi pour effet de réactualiser les enjeux d'hégémonie au sein de l'Europe. Pour l'instant, je dirai que l'Allemagne fait son beurre….

Quant à la France, je vois qu'elle a pâti du postulat positiviste qui dominait l'équipe de Jean Monnet et ses successeurs. À quoi s'ajoute le fait que, dans l'intervalle, les États-Unis ont eu les moyens de transformer l'Europe en glacis, à l'instar des anciens «pays frères» de l'ex-URSS. Devenue ignorante de ce que signifie culturellement et politiquement son centralisme invétéré, la France suit un mouvement sur lequel elle semble ne plus avoir prise, avec indifférence ! Nous en sommes là.

Vous écrivez : «Comment est-il possible de s'intégrer à la désintégration ?». La crise de l'intégration est-elle la crise d'un État qui se désintègre ?

Avant tout, j'évoquerai le contexte dans lequel votre question s'inscrit forcément: «l'effondrement de la civilisation moderne». Cette formule de Ian Kershaw, historien du nazisme, parle de la dictature hitlérienne qu'il qualifie ainsi : «une forme de souffle nucléaire au sein de la société moderne. Elle a montré de quoi nous sommes capables». Et moi j'ajoute: nos États subissent les effets à long terme de l'Holocauste qui a tué des millions de Juifs. Ce massacre d'une portée bien spéciale veut dire le meurtre de l'Ancêtre dans la culture européenne, dite judéo-chrétienne. C'est le principe généalogique, autrement dit le principe de Raison, qui a été touché.

Mon propos, qui tient compte du conflit originaire avec le judaïsme, ne se contente pas des discours habituels sur la Shoah et les horreurs infligées aux Juifs par leurs persécuteurs nazis. Il porte sur la fracture civilisationnelle intrinsèque, qui concerne l'Occident tout entier. C'est à partir de là que devient compréhensible concrètement le souffle nucléaire dont parle Kershaw. Il s'agit du coup porté à l'institution de la filiation, de nouveau subvertie par les propagandes et les pratiques juridiques aujourd'hui à l'œuvre.

De même qu'on n'a pas vaincu le nazisme par des arguments, mais par les armes, on ne viendra pas à bout de l'épidémie de ceux qui se donnent pour idéal le meurtre, par des mesures à caractère symbolique.

En quoi la Seconde Guerre mondiale a-t-elle constitué une rupture ?


Nos sociétés post-hitlériennes ont effectivement muté. La perversion nazie a discrédité le fondement de toute autorité. Elle a aussi montré qu'on pouvait gouverner tout un peuple en donnant la même valeur au fantasme et au raisonnement ! Par effets en chaîne, les interdits sont à discrétion, les tabous peuvent tomber les uns après les autres à l'échelle d'une Nation. Et l'expérience a montré la facilité avec laquelle la science est mobilisable pour soutenir la dé-Raison… Je considère que nous avons tout simplement retourné la carte du nazisme, sans la détruire et surtout sans la comprendre. Transposant une expression de l'écrivain américain Scott Fitzgerald, je dirai que nous vivons dans un «abattoir de pensée».

Le dépérissement de la Raison généalogique, ça se paye, et très cher, par le meurtre et l'inceste. J'en ai pris la mesure en m'intéressant au cas du caporal Lortie, auteur d'un attentat commis le 8 mai 1984 dans les locaux du Parlement du Québec où il avait pénétré, ayant l'intention de tuer le gouvernement[voir mon rapprochement après l'attentat de Nice]. Ce jour-là, pas de séance des parlementaires, néanmoins trois personnes ont été assassinées. Lors de son procès, l'accusé a pu dire: «le gouvernement avait le visage de mon père» ! Or, le père du meurtrier était un père sans loi, incestueux et violent. Conseillant son avocat, nous avons œuvré pour faire du procès le moyen de faire sortir de son enfermement subjectif un jeune homme inéduqué. Une peine adaptée, accomplie dans une prison civilisée, lui a ouvert l'horizon d'une vie humaine.

Mon écrit sur ce cas a fait réfléchir pas mal de monde, notamment dans la magistrature française de l'époque, fin des années 1980. Il a aussi inspiré deux pièces de théâtre, l'une au Canada, l'autre en France où elle a été jouée à la Cartoucherie de Vincennes.

Une société aussi peut être poussée à la dé-Raison. Mon expérience d'expert pour le compte de l'Unesco m'a fait découvrir en Afrique subsaharienne les conséquences de politiques de développement aveugles, imposant la casse institutionnelle. Par exemple, en discréditant des écoles coraniques séculaires dont l'existence contrariait les spécialistes français de la modernisation ! J'ai rapidement tiré mon épingle de ce jeu-là, j'ai su très tôt à quoi m'en tenir sur l'invraisemblable légèreté des parachutés par l'Éducation parisienne, et j'ai fait savoir à qui de droit (y compris à l'Unesco) mes prévisions pour la suite…. L'effroyable d'aujourd'hui confirme, hélas, mes constats de l'époque ; nous étions dans la décennie 1960 !

Les attentats à répétition sont-ils également le fruit de cette crise de l'intégration? En quoi est-ce lié à l'affaiblissement de l'État ?

Quant à cette question de l'intégration et de la désintégration de l'Etat, je vise évidemment la France, mon pays, traditionnellement accueillant. La crise de l'intégration, ça ne veut rien dire à mes yeux. Après tout, l'État est une caisse de résonance, et de nos jours de quoi résonne-t-il ? Bien que ça commence à déchanter chez les responsables affrontant les violences djihadistes, il n'est pas question de faire retour sur soi, sur la dévalorisation de l'autorité quand il s'agit de secourir des jeunes en déroute, sur le manque d'exigence dont sont victimes tant d'écoliers et collégiens. Et caetera.

Je n'ai cessé de fréquenter les institutions ayant particulièrement à dire ceci. La déséducation est devenue une politique, dont on recueille aujourd'hui les fruits. Je réprouve le fondamentalisme sous toutes ses formes, y compris quand, par exemple, au sommet de l'État républicain-laïque, on s'est permis, à l'adresse de lycéens, de faire l'apologie de la provocation des Femen manifestant dans la fameuse Église du Sauveur à Moscou, que Staline en son temps avait rasée pour la transformer en piscine…. Et de surcroît, de faire émettre le timbre de Marianne sous les traits d'une Femen !

Si c'est ça l'intégration, elle veut dire une désintégration avancée de l'État lui-même. En ce cas, je dis qu'on prépare les djihadistes de demain ou alors que, tout simplement, la jeunesse est poussée à vivre déboussolée.

Encore un mot, puisque j'ai évoqué la terreur djihadiste. Ces temps-ci, j'entends un mot étrange: déradicaliser. Il m'a fait penser (et je ne suis pas le seul) à dératiser…. Sans doute ai-je la tête à l'envers, mais je demande: qu'est-ce que ça signifie exactement ? Après la guerre, on parlait de lavage de cerveau. Je ne connais pas la méthode que suppose la déradicalisation chez les spécialistes qui la pratiquent. Et qu'est-ce que ça vaut au-delà de quelques jeunes égarés qu'on ramènera au bercail républicain ? Et les autres ? De même qu'on n'a pas vaincu le nazisme par des arguments, mais par les armes, on ne viendra pas à bout de l'épidémie de ceux qui se donnent pour idéal le meurtre, par des mesures à caractère symbolique.

Une fois de plus, je constate qu'il n'est pas question de s'interroger sur la racine du mal, cette désintégration dont j'ai parlé. Enfin et pour en terminer, je félicite le conseiller en Com qui a fabriqué le slogan infantile «mariage pour tous». Au moins ça, c'est une trouvaille, une formule qui tape dans le mille, à notre époque où les pouvoirs de tout poil attendent des résultats en traitant l'opinion publique comme une foule de pré-adolescents.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Dim 17 Juil - 11:44


qui radicalise quoi ?

Attentat de Nice : dans le centre-ville, la parole raciste se libère

Christel Brigaudeau V. Md Le Parisien 16 juillet 2016

« Nice commençait à être chaud pour le FN et là, ça va chauffer sévère »


Nice, vendredi. Gérard, retraité de 67 ans, montre du doigt le gouvernement qui « a fait preuve de laxisme », selon lui. LP/Olivier Arandel

LE FAIT DU JOUR. Les festivités du 14 Juillet ont été stoppées brutalement, lorsque Mohamed Lahouaiej Bouhlel est arrivé à pleine vitesse au volant d'un 19 t. Dans le centre-ville, la parole raciste se libère... Reportage.

Citation :
Il est 8 heures, jeudi matin, quand un jeune quadra à vélo hurle sur la promenade des Anglais bouclée aux voitures et encore désertée par les badauds : « La France aux Français, la France aux Français ! » Un message attisant la haine qui était partagé au lendemain du carnage par des milliers d'utilisateurs de Twitter, à travers le hashtag « Islam hors d'Europe ». Mais aussi par plus d'un Niçois, dans une région où, à chaque élection, le Front national réalise des scores élevés.

Gérard, par exemple, retraité de 67 ans, est sur cette même longueur d'onde extrémiste. Il ne s'en cache pas, il vient d'ailleurs spontanément nous interpeller pour « vider [son] sac ». « Moi, je suis raciste à mort, je suis FN et je le dis », lâche-t-il en exhibant sa carte d'adhésion 2016 affichant le visage de Marine Le Pen. Il l'annonce même haut et fort devant des habitants issus de la diversité. « Nice commençait à être chaud pour le FN et là, ça va chauffer sévère », pronostique-t-il. Dans son quartier de Carras, où il « voit des voilées partout », le sexagénaire est prêt à en découdre « avec les Arabes », « Ces mecs-là » qui, « si ça continue, nous gouverneront un jour ». « Des milices, j'y crois, je serai le premier dans la rue pour castagner », prévient-il, des « larmes de colère » aux yeux. La poche gauche de son bermuda abrite déjà un Taser, celle de droite une bombe lacrymogène. Il montre du doigt le gouvernement qui « a fait preuve de laxisme » avant que deux passants ayant entendu ses propos n'acquiescent.

Marie-Pierre, patronne d'une librairie dans le Vieux-Nice, s'inquiète de cette parole libérée, ouvertement islamophobe. « J'ai peur d'une montée du racisme. Ces derniers temps, j'avais déjà senti des tensions entre certains de mes clients aux origines différentes », observe-t-elle.

René, septuagénaire, y voit « un échec de l'intégration ». « Mais maintenant, on ne peut plus rien faire, il est beaucoup trop tard, ils sont français. La seule solution, c'était de les renvoyer chez eux il y a déjà longtemps », fulmine-t-il.

« Il va y avoir des dérapages », craint Imène, étudiante de 24 ans de confession musulmane, un bouquet de roses à la main qu'elle souhaite déposer sur la plage, au plus près de la tragédie.

Sylvie rejette, elle aussi, « les raccourcis faciles », les boucs émissaires. « Ce que je retiens, moi, c'est que des innocents regardaient le ciel pendant le feu d'artifice et qu'ensuite ils sont montés au ciel à cause d'un humain pire qu'une bête », insiste-t-elle.

Au cours Saleya, réputé pour son marché aux fleurs, Roger, un touriste, échange avec Philippe, un restaurateur du coin. « Ces gens-là ne devraient pas avoir le droit d'être sur notre territoire, il faut nettoyer tout ça », suggère le premier. « Mais non, il y a des gens merveilleux chez les Tunisiens, j'ai déjà travaillé avec eux, je n'ai eu aucun problème. Des dingues, il y en a partout dans le monde, on n'est pas plus en danger à Nice qu'ailleurs. On ne peut pas empêcher les fous d'être fous ! La vraie question, c'est : Mais où était la police ? » s'interroge le second.

D'autres commerçants refusent d'aller sur le terrain de l'intolérance. L'un d'eux a inscrit sur l'ardoise de sa brasserie « Pray for Nice », « Priez pour Nice ». Son confrère, lui, a accroché à la devanture de sa brasserie un maillot noir frappé du slogan en langue régionale « Sieu Nissart ». Traduisez : « Je suis niçois ».


à mettre en relation avec l'article mentionné le 12 juillet Le patron de la DGSI craint un affrontement entre l’extrême droite et le monde musulman

propos du 24 mai

Citation :
Je pense que nous gagnerons contre le terrorisme. […]Je suis en revanche beaucoup plus inquiet de la radicalisation de la société et du mouvement de fond qui l’entraîne, ["radicalisation" chez lui ne renvoie pas qu'à l'islamisme radical, mais ici aux identitaires de souche]

l’Europe est en danger, c’est ce qui m’inquiète quand je discute avec tous les confrères européens : nous devrons, à un moment ou un autre, dégager des ressources pour nous occuper d’autres groupes extrémistes parce que la confrontation est inéluctable

Encore un ou deux attentats et [la confrontation] adviendra. Il nous appartient donc d’anticiper et de bloquer tous ces groupes qui voudraient, à un moment ou à un autre, déclencher des affrontements intercommunautaires


Sur CNN, un ancien de la CIA pointe l'augmentation du racisme en France


Citation :
Le site d'information de la chaîne CNN dépeint, au lendemain du massacre de Nice, une France en décomposition, rongée par un racisme latent. Les propos rapportés sont ceux de Robert Baer, ancien agent de la CIA au Moyen-Orient, désormais consultant sécurité et renseignement pour la chaîne. Celui que CNN décrit comme l'un des agents «les plus accomplis de l'histoire de la CIA» s'inspire de son expérience passée en France pour proposer son explication : «Les choses empirent depuis les attentats de Paris … ils utilisent des outils de profilage et arrêtent les personnes qui ressemblent à des Arabes dans les trains et les bus pour vérifier leurs cartes d'identités». Pour cet ancien agent des opérations clandestines, qui a quitté l'agence de renseignement américaine en 1997, «les Français ont été très agressifs… la radicalisation de ceux originaires de l'Afrique du Nord atteint des records au lieu de diminuer». Libération 15 juillet

autrement dit l'État français stigmatise une population arabo-musulmane censée être le terreau d'une radicalisation qu'il produit lui-même en imitant l'extrême-droite, qui monte d'autant... Quel exploit !

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Dim 17 Juil - 14:20


pourquoi "la France" est-elle plus visée que d'autres pays européens ?

parmi les causes du fait que "la France" est la plus ciblée en Europe par les attentats, beaucoup font ressortir son implication dans les guerres en Orient et en Afrique*, sa présence "impérialiste" et "néo-coloniale" (guillemets non sur le fond mais en raison du flou autour de ces notions), mais tous les attentats depuis janvier 2015 ont été perpétrés par des Français. S'ils étaient liés aux réseaux islamistes en Orient, leur "radicalisation" a des causes multiples mais sur la base de ce qu'ils vivent en France. Il faut d'abord considérer que le psychologique s'enchâsse dans le social, et bien sûr que la religion est un vecteur de ce lien sans en être la cause (Marx...)

* voir victimes civiles sous les bombes américaines et françaises


Citation :
Extraits de l'interview donnée à la veille du 13 Novembre au journal Le Monde par Fethi Benslama, psychanalyste, professeur à l'Université Paris 7- Denis Diderot dont il dirige l'UFR renommée des "Études psychanalytiques", sous le titre : « Pour les désespérés, l'islamisme radical est un produit excitant »» (paru le 12 Novembre dans l'après-midi à Paris quelques heures avant les massacres du 13)

(...) "L'offre djihadiste capte des jeunes qui sont en détresse du fait de failles identitaires importantes. Elle leur propose un idéal total qui comble ces failles, permet une réparation de soi, voire la création d'un nouveau soi, autrement dit une prothèse de croyance(...). Ces jeunes étaient donc en attente, sans nécessairement montrer des troubles évidents(...). Lorsque la conjonction de l'offre et de la demande se réalise, les failles sont comblées, une chape est posée. il en résulte pour le sujet une sédation de l'angoisse, un sentiment de libération, des élans de toute-puissance. (...) Ces sujets cherchent la radicalisation avant même de rencontrer le produit. Peu importe qu'ils ignorent de quoi est fait ce produit, pourvu qu'il apporte la "solution". (...) "

"Aujourd'hui, l'islamisme radical est le produit le plus répandu sur le marché par Internet. Le plus excitant, le plus intégral. C'est le couteau suisse de l'idéalisation, à l'usage des désespérés d'eux-mêmes et de leur monde."


le problème est donc plus large que la politique extérieure de la France, naturellement instrumentalisée par Daesh. Il doit être considéré comme un tout, ce qui caractérise spécifiquement l'idéologie française dans l'idéologie occidentale et capitaliste. Un facteur est le racisme français, particulièrement anti-arabes et musulmans

il faut prendre avec des pincettes certaines études classant les pays selon le racisme, mais celle qui suit me semble ne pas faire l'objet de discussions, elle correspond à ce qu'on peut observer, une quasi-évidence


La France classée en tête des pays les plus islamophobes d’Europe !

Samir Salhoume HBK, le réseau social des Musulmans, Insidermonkey (USA), 27 août 2015

Après les attentats du 11 septembre 2001 (tour Nord du World Trade Center à New York), l’image de l’Islam et des musulmans a pris un autre visage partout dans le monde.

Citation :
Une grande partie des populations occidentales a collé une étiquette de terrorisme a la religion. Non seulement «  terroristes  », mais il y a également une remise en cause d’autres aspects de notre religion. Par exemple, que les femmes musulmanes couvrent leurs corps. Pour ces “porteurs de flambeau de la liberté pour les femmes”, cela implique une restriction sévère envers la gente féminine.

Le mode de vie musulman est soumis à plusieurs “stéréotypes haineux” dans pas mal de pays. Certains groupes religieux prônent une « haine extrême » envers notre communauté sous la forme de génocides et de non-droits à nos libertés civiques.

Plusieurs pays européens considèrent les musulmans comme « une communauté intolérable et non-intégrables ». Une des principales raisons de cette haine envers les musulmans est la crainte que soyons tous reliés directement ou indirectement au “terrorisme”.

Le site Insidermonkey a ainsi établi un classement des pays les plus islamophobes d’Europe.

1. La France

Au sommet de liste la liste des 10 pays européens les plus racistes envers les musulmans vient la France. Le pays est un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et, par conséquent , joue un rôle essentiel dans la politique européenne. Sa politique anti-Islam est plus qu’évidente au vue des lois et recommandations constitutionnelles.

Les femmes musulmanes ne sont pas autorisés à couvrir leurs visages. Selon un sondage, plus de 70 pour cent de la population française considère que l’Islam est incompatible avec la société et la culture française.

2. Le Danemark

La haine du pays pour l’Islam est évidente près la publication des images blasphématoires du Prophète Muhammad (sallAllahu ’alayhi wa salam). Un autre acte anti-Islam du pays a été signalé au mois de mars quand un parti politique danois a offert aide et soutien aux musulmans qui abandonnent l’Islam. Cela n’a pas été bien reçu par les musulmans danois et des manifestations et des mouvements contre ce programme ont été observés depuis lors.

3. Pays-Bas

Le pays présente une haine extrême pour les musulmans. D’ailleurs, Geert Wilders, le fameux député d’extrême-droite néerlandais, a diffusé des caricatures blasphématoires du Prophète Muhammad (sallAllahu ’alayhi wa salam) dans un clip télévisuel.

Partout dans le monde ont eu lieu des manifestations devant leurs ambassades. Depuis lors, règne un sentiment de haine chez les musulmans envers les Hollandais, surtout que le gouvernement n’a montré aucun signes de regret.

4. Italie

Environ 1,5 millions de musulmans résident en Italie. La haine du gouvernement italien pour l’Islam était plus qu’évidente après l’adoption de la «  loi anti-mosquée  » plus tôt cette année. Il n’y a que 8 mosquées officielles en Italie. Ce chiffre est très faible par rapport à la communauté musulmane italienne .

5. Russie

Les sentiments anti-Islam du pays est assez évident, une mosquée a été la ciblé d’actes islamophobes. La littérature et les graffitis anti-Islam pullulent partout. Les commentaires haineux des internautes russes prouvent un niveau élevé de haine contre les musulmans.

6. Grande Bretagne

L’extrémisme anti-Islam est extrêmement élevé en Grande-Bretagne, il faut se rappeler les attentats de Londres du 7 juillet 2005. Plus de trois - quarts de la population anglaise pense que l’Islam est incompatible avec la société britannique.

Malgré cela, une enquête relève que 85 % des musulmans anglais sont fiers de leur nationalité britannique par rapport au 78 % de citoyens non-musulmans.

7. Allemagne

Plus de 70% de la population allemande dis avoir des sentiments et des attitudes négatifs envers la communauté musulmane dans le pays. Les politiques et les lois gouvernementales allemandes sont un peu anti-Islam. D’ailleurs, une approbation quasi-unanime a été donné au président allemand qui niait que l’Islam fasse partie intégrante de l’Allemagne.

8. Espagne

L’histoire de l’Espagne est remplie de haine pour l’Islam. Le pays a connu une grande immigration musulmane au fil des ans. Cependant , depuis les années 1970, le pays a imposé une politique d’immigration stricte limitant aux musulmans l’entrée dans le pays. La population musulmane en Espagne comprend maintenant principalement des ressortissants espagnols. Étonnamment , on a observé la croissance de la population musulmane par le biais des conversions à l’Islam.

Pendant ce temps, les politiques gouvernementales et les attitudes locales envers les musulmans indiquent toujours que l’islamophobie règne dans le pays .

9. Belgique

Le pays ne consiste pas en une vaste population de musulmans. Ceux-ci ne constituent qu’environ 5% de la population totale de la Belgique. Cependant, les sentiments anti - musulmans ne cessent de se développer dans la région. Des manifestations anti-Islam ont été observées dans le pays, en dépit de l’interdiction du gouvernement.

La clémence envers les manifestants est une preuve claire du racisme envers les musulmans. On rapporte que des femmes musulmanes portant le foulard ou le voile ont été insulté en public.

10. Ukraine

Le pays a traversé une crise politique et, par conséquent , limité ses politiques d’immigration. Les musulmans font face aux conséquences de ces limitations. La présence et la réussite de « pegida » (un groupe anti-Islam), suggère que les ukrainiens n’ont pas les musulmans dans leur cœur..

sources : Insidermonkey


bien sûr, pour certains "camarades marxistes" et "compagnons anarchistes" (français), ça ne vaut rien, puisque "l'islamophobie" n'est qu'une ruse de la raison de capital : mettant en cause, parfois à juste titre quand le débat est théorique, la pertinence du concept d'islamophobie, ils en viennent à nier le fait, quel que soit le nom qu'on lui donne. Alors ils s'en prennent à tout discours "anti-islamophobie", et se retrouvent sur le terrain de l'État, avec les mêmes adversaires privilégiés : encore un exploit ultra-gauchiste anarcho-marxiste !



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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Dim 17 Juil - 14:40


un des meilleurs textes post-attentat de Nice




Plus de 24 heures après les assassinats de masse de Nice, contrairement à ce que claironnaient les médias et la classe politique, jusqu’à la revendication probablement opportuniste de l’État Islamique peu d’éléments permettaient d’affirmer clairement que ces meurtres étaient liés directement à une organisation terroriste djihadiste. Ceci n’a pas empêché nos hommes politiques de l’affirmer pour mieux nous vendre leur guerre de civilisations.

Citation :
Les premiers éléments du portrait de l’assassin qui conduisait le camion décrivaient plus sûrement un individu en désocialisation avancée qu’un fan de l’EI. Il était au chômage, issu d’un quartier populaire, en instance de divorce, plombé par des affaires judiciaires en lien avec son travail de chauffeur et sujet à des accès de violence contre ses proches. Avant que l’attentat ne soit revendiqué, le seul élément repris à charge par les médias était le simple fait d’être né en Tunisie, ce qui suffisait semble-t-il à faire de cet hommes un « djihadiste » potentiel. Le Ministre de l’intérieur a tout de même dû inventer un nouveau concept, celui de la radicalisation instantanée. Un truc qui fait de toute personne un terroriste en puissance, quelques instants suffisent à métamorphoser quiconque en ennemi radicalisé de la République.


Pourtant, d’après les témoignages de ses proches, rien ne fait de cet homme une personne attachée au fait religieux. C’est plutôt l’archétype du gars triste que l’on croise souvent dans nos quartiers où l’on se tue à la tâche pour des salaires de misères, retournant d’abord la violence de ce monde contre nous-mêmes et nos proches avant de la tourner, plus rarement, contre les autres.


Dès lors, il faut regarder les faits, au-delà des cris et des agitations qui servent à instrumentaliser nos émotions et notre stupeur face à un tel acte.

Le premier constat, c’est que la France est désormais un pays dans lequel les meurtres de masse sont possibles et tendent à devenir une constante. Si le discours dominant martèle que c’est de la faute des méchants, des autres, et de tout ce qu’on veut sauf des bons Français bien Charlie, les faits indiquent que ces actes sont perpétrés et rendus possibles par des gens qui vivent et grandissent en France. Autrement dit, ils sont français, même si une partie de la société française refuse de l’accepter ou les considère comme des Français de papiers. Ces assassins de masse ont été façonnés par la société française. [c'est l'argument que je développais dans le commentaire précédent, avant d'avoir lu cet article]

Les meurtres de masse sont l’apanage des « islamistes », si on en croit les journalistes et les politiciens au pouvoir. Si tel était le cas, les USA devraient être considéré par ces brillants esprits comme un pays musulman tant les meurtres de masse y sont fréquents.

Les faits sont là : la France a tous les symptômes d’une société économique libérale. Tous les rapports sociaux y sont atomisés. L’individualisme, ferment du libéralisme économique, déshumanise le rapport aux autres. L’autre est perçu comme un concurrent ou un « étrange étranger ». L’autre est vu comme une menace. Il est de moins en moins perçu comme un semblable.

Le témoignage des voisins de l’auteur de la tuerie de Nice est symptomatique de cette atomisation des rapports sociaux.
Une société qui parle de tuer la concurrence, réduit les personnes à de la marchandise, détruit tout lien de solidarité et génère des conduites morbides.

Ce n’est pas « l’Islam » qui s’attaque à la société française. C’est la société telle qu’on l’a connue il y a encore 30 ans qui n’existe plus sous le coup des avancées du libéralisme. Chacun pour soi et Dieu pour tous n’est pas un proverbe musulman.

Second fait qui saute aux yeux, l’état d’urgence et tout le branle-bas de combat policier ne sert à rien face a un homme déterminé à tuer et souvent à mourir.



Le simple fait que cette attaque ait eu lieu au cœur d’une des villes les plus sécuritaires de France, où la paire LR Estrosi-Ciotti est à l’avant-garde de toutes les technologies modernes sécuritaires, en dit long sur l’inutilité de toutes ces politiques sécuritaires censées nous protéger.

L’attentat est arrivé à Nice, ville de droite dure. Une ville ultra sécurisée, avec les caméras, les effectifs de policiers municipaux et nationaux qu’il faut pour quadriller le terrain et protéger les nombreux riches qui y habitent. Une ville dans laquelle le bloc identitaire a pu forger son discours et mettre en avant ses idées. Bref, Nice c’est la ville symbole de tous les discours politiques dominants : c’est la « solution ».

Et voilà que c’est ici, dans le monde parfait des droites libérales et identitaires, que la tragédie survient. Les faits sont têtus.

Les défenseurs de ce monde de droite expliquent le fiasco de leur politique sécuritaire par le fait que les forces répressives de l’État sont épuisées par le « mouvement social ». Si on accepte cet argument, il faut accepter aussi son corolaire : face au terrorisme takfiriste qui, d’après nos dirigeants, menace « notre civilisation et le monde libre », la priorité du Gouvernement ces six derniers mois a été de mobiliser l’appareil d’État sécuritaire pour casser toute forme de solidarité et de lutte contre le pouvoir libéral.

Les moyens considérables mis en œuvre pour réprimer le mouvement contre la loi « travaille ! » soulignent la priorité du Gouvernement et de nos élites et révèlent l’identité du véritable adversaire des dirigeants des sociétés capitalistes modernes.

Les meurtres de masse, quand ils surviennent, ne dérangent pas l’ordre établi. Ils justifient une plus grande surveillance et légitiment une répression aveugle, y compris de tout ce qui remet en cause l’ordre injuste d’une société qui génère ces criminels de masse.

Au travers du prisme de la lutte contre le djihadisme, le chercheur François Burgat résume parfaitement cette situation.

François Burgat a écrit:
C’est pour cela qu’il me parait essentiel d’affirmer (..) et de rappeler fermement, encore et encore, l’importance primordiale de la matrice politique du phénomène djihadiste, la seule qui permette de penser la part centrale de la responsabilité que nous y avons. Et donc de la marge d’action importante que nous retrouverons – dès lors que, pour combattre le djihadisme, nous accepterons d’agir sur un autre terrain que sécuritaire et répressif. Si notre « lutte contre le terrorisme » entend dépasser le stade des mots, et le seuil de son présent échec, c’est ce prix, réaliste, que nous devons accepter de payer.

Les mêmes causes engendrent les mêmes effets. Nice et sa promenade des Anglais, c’est un peu l’Amérique. La France est un pays libéral dans lequel tout se privatise : les transports, l’éducation, la santé, la violence légale. Tout est marchandise et les laissés pour compte sont nombreux. Il est dès lors logique que, dans cet univers, des rageux nihilistes surgissent.

Ce qui reste de l’État providence et de son filet social ressemble de plus en plus à un assemblage de politiques punitives contres les plus fragiles.



Les organisations de protection sociale sont assimilées à des fardeaux. Ceux qui s’élèvent contre ces évolutions de la société française sont désignés comme un ramassis d’organisations terroristes par le patronat et le Gouvernement.

Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Pour faire le tri et diviser, les discriminations raciales sont un instrument de gestion efficace pour le système. Dans les marges, pour les plus bancales d’entre nous, se renforce alors l’attirance pour les logiques nihilistes djihadistes. Et les quelques sièges distribués aux élites des minorités pour montrer aux masses que « quand on veut on peut » n’y changent rien : ils accentuent au contraire la concurrence entre pauvres. La guerre de tous contre tous pour un putain de salaire.

Comment nos élites peuvent-elles s’étonner ensuite que la violence ne reste pas cantonnée dans nos quartiers ? Tôt ou tard, la violence déborde et éclabousse tout le monde, qu’elle prenne la forme du Takfirisme en mode banlieue française ou qu’elle explose de façon isolée en mode meurtre de masse à l’américaine.

La police n’y peut rien. Pour en finir avec ces massacres, il nous faut changer de monde.


des liens dans le texte de l'original

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 18 Juil - 14:50


esprit du 11 janvier, es-tu là ?

après Nice et considérant les discours des leaders de droite montant au créneau contre le gouvernement socialiste, plusieurs articles voient la fin de "l'esprit du 11 janvier", esprit de l'"union sacrée" nationale et internationale du capitalisme occidental et au-delà, avec à sa solde, plombé sur place et marchant à donf', le "peuple français"...

Après l’attentat de Nice, l’esprit du 11 janvier a fait long feu Le Monde 16 janvier

Nice : la concorde disparue de la classe politique Boursorama AFP le 15/07/2016

si l'on s'en tient à la concurrence politique entre les grands partis de "la gauche" et de "la droite", il est clair que leur problème n'est pas le même à un an des élections présidentielles qu'il était en janvier 2015, et dans l'ordre des choses que la droite fasse dans la surenchère sans scrupule

pourtant, ce qui caractérisait l'esprit du 11 janvier n'était justement pas tant cette "concorde", excluant au demeurant les "Musulmans" des "quartiers populaires" brillant alors par leur absence autant que cette année à Nuit Debout, mais le virage idéologique et guerrier pris par l'État français et toutes ses composantes politiques institutionnelles (l'État n'est pas seulement constitué des partis au gouvernement, mais de tous les partis de gouvernement ou dont l'objectif est le pouvoir d'État). De ce point de vue, le peuple français marche un peu moins, mais


l'esprit du 11 janvier, loin d'avoir disparu, s'est radicalisé

Twisted Evil


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 18 Juil - 15:35


dans la série Patlotch mauvais patriote...


Savez-vous que ce drapeau...?



Les Enragés via Marseille-Infos 10 juillet 2016
 
Le vendredi 27 novembre, Hollande demandait d’afficher le drapeau français à son balcon, et même de prendre des selfies avec. En ces temps d’euro de football, le tricolore ressort un peu partout dans les rues, sur les balcons et dans les têtes. Mais savez-vous que ce drapeau...?

Citation :
Savez-vous que ce drapeau est celui du second exportateur mondial d’armement en 2015 ? Le drapeau d’un Etat en guerre un peu partout dans le monde. Le drapeau d’un pays qui est celui qui, en Europe, enferme le plus d’enfants, et de loin, dans ses centres de rétention. C’est le drapeau d’un Etat qui nous exploite ici chez nous et qui exploite et opprime partout sur la planète. C’est le drapeau d’un Etat qui finance indirectement le terrorisme. C’est le drapeau des chauvins, des réacs, des conservateurs.

Imaginez-vous seulement une seconde l’obscénité que cela peut représenter pour les peuples qu’on opprime ? Pourquoi ce drapeau alors que de nombreux non français sont morts dans les attentats ? Pourquoi cette indignation à sens unique ? Saviez-vous que le Liban a été très durement touché aussi ? Saviez-vous que le Liban n’a pas eu droit, lui, au dispositif anxiogène mis en place par facebook afin d’identifier ses contacts hors de la "zone" et qui a d’ailleurs fini par trouver sur cette zone, des millions et des millions de gens qui ne s’y trouvaient pas.

J’espère que vos contactEs sauront se ressaisir en apprenant ce que signifie vraiment l’état d’urgence et ce que cela signifie concrètement en terme de recul de nos - déjà - maigres libertés.

Arrêtez, de grâce, de vous comporter en supporters, il y a bien d’autres moyens de communiquer son émotion. Le monde n’est pas un match de foot et il n’y aura pas de troisième mi-temps. Il y aura de la répression et de la misère. De plus en plus. Galopante. Car les classes possédantes sont en guerre contre nous, ici en France. Oui, ici en France.

Le drapeau tricolore symbolise à la fois :

- 1 La contre-révolution (les sans culottes proposaient déjà le drapeau rouge, qui fut refusé par ceux qui deviendront les acteurs du tournant bourgeois et réactionnaire, puis impérial de la révolution française)

- 2 La répression des révolutions : c’est le drapeau versaillais contre le drapeau rouge des communards, et en général les couleurs de la troupe qu’on envoie contre les grévistes et les insurgé-es, qui encore une fois arborent le drapeau rouge.

- 3 L’union sacrée, y compris pendant la résistance : c’est un tour de force symbolique de la part des gaullistes qui pourront ensuite écarter les communistes et réprimer les grèves sous cet étendard de la Libération.

- 4 Le symbole de tous les nationalistes français, du GUD au FN.

- 5 Le drapeau de l’Etat français en guerre en Afrique et au Moyen-Orient, le drapeau de l’Etat français néocolonial, qui vend des armes de pointes aux pires dictateurs et y compris à l’ISIS (via d’autres puissances).

C’est donc le drapeau d’un Etat qui défend ses propres intérêts meurtriers et dont nous sommes les victimes collatérales. L’afficher comme soutien aux victimes équivaudrait presque à afficher le drapeau de l’Etat turc en soutien à Kobane, car c’est à nous aussi que l’Etat français mène la guerre.

Via Les Enragés, trouvé sur Facebook


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 18 Juil - 17:35

16:04 mis à jour

"radicalisation" suite

l'attentat de trop pour des discours qui ne passent plus ?

les articles se multiplient autour de la question le tueur s'est-il "radicalisé", même "rapidement" ? Quelque chose ne colle pas entre les faits connus et le discours officiel, mais je maintiens mon analyse du 16 janvier 15h29

Patlotch a écrit:
nous sommes à mi-chemin d'actes pilotés par une idéologie, ici islamiste, ailleurs fascisantes ou racistes, et le détraquement sociétal d'individus appartenant à des populations particulièrement fragilisées dans le contexte actuel. Il est bien évident qu'un État ne serait-ce qu'en partie responsable de cette situation ne peut pas revenir en arrière sauf à renier sa fonction même dans la "guerre au terrorisme" qu'il entreprend pour l'occasion d'accélérer (Hollande à 3 heures du matin vendredi)

ajout 17:35
Citation :
Professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), le sociologue Farhad Khosrokhavar pense pour sa part qu'il s'agit de la rencontre entre une personne psychologiquement instable et un environnement spécifique. «La multiplication des attentats de janvier et novembre 2015 a créé un contexte particulier. Et il a dû s'en inspirer», suppose-t-il dans Le Parisien. «Cela n'a rien d'idéologique. Parce qu'il est instable mentalement. Avant, les gens dépressifs se suicidaient. Maintenant, l'environnement créé par Daech les pousse certainement à agir ainsi. Le terroriste de Nice s'est dit: ‘Moi aussi je peux faire comme eux'. Daech a indirectement contribué à ce comportement».

un article comme celui ci-dessous, en tordant le bâton dans l'autre sens, pour donner tort aux explications gouvernementales sur la base de ce que prouve ou non l'enquête, ne fait que noyer le poisson dans l'idéologie française, par le déni du contexte ou la question de l'Islam est évidemment posée au-delà de la foi du tueur

du point de vue de la stratégie gouvernementale, il se pourrait que "l'athéisme" du tueur, malgré son origine tunisienne et musulmane, fasse de cet attentat celui de trop pour une explication cousue de fil blanc idéologique. Ses caractéristiques, avec la perception que peut en avoir l'opinion publique, collent mal avec le discours gouvernemental, et ça décroche : que Valls soit hué avant et après la minute de silence à Nice est assez symptomatique des résistances au matraquage politico-médiatique, quelles que soient leurs motivations, mais de notre point de vue, rien ne porte à l'optimisme...



D'après les récits des personnes en garde à vue, Mohamed Lahouaiej Bouhlel était athée. Il mangeait même du porc.


© AFP PHOTO / FRENCH POLICE SOURCE /[/size]

Citation :
Selon nos informations, aucune des six personnes actuellement en garde à vue n'a de lien avec la mouvance islamiste radicale, ou même avec un quelconque engagement religieux. Ces individus sont actuellement retenus soit au siège de la sous-direction antiterroriste (SDAT), qui partage ses locaux avec la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à Levallois-Perret, soit à la délégation de police judiciaire de Nice.

Parmi eux, ceux qui ont permis à Mohamed Lahouaiej Bouhlel de s'armer après avoir loué son 19 tonnes attirent plus particulièrement l'attention de la SDAT. Razzie A., un Niçois de 22 ans, est suspecté d'avoir fourni le pistolet automatique 7,65 mm au tueur de masse responsable de la mort de 84 personnes sur la promenade des Anglais le 14 juillet. Le jeune homme conteste avoir été en contact avec un intermédiaire qui aurait trouvé l'arme à feu. « Mohamed Lahouaiej Bouhlel est une connaissance de bistrot. Rien de plus », assure l'avocat de Razzie A., Me Jean-Pascal Padovani. À la demande du parquet de Paris, le jeune Niçois, déjà connu de la police pour détention de stupéfiants, a fait l'objet d'un transfert de la ville-préfecture des Alpes-Maritimes à Levallois-Perret. [se procurer un flingue n'est pas très difficile, et les précédents attentats ont montré que cela passaient plus souvent par les canaux du banditisme, voire des milieux d'extrême-droite, que de l'intégrisme islamiste proprement dit]

Une personne athée qui mangeait du porc

Le responsable du massacre de Nice entretenait également des relations – qualifiées d'« étroites » par une source policière – avec une Française d'origine albanaise âgée d'une trentaine d'années qui s'exprime parfaitement en français. Elle est toujours en garde à vue avec son compagnon au siège de la police judiciaire à Nice. Une seule personne a évoqué l'attention que portait l'assassin à l'État islamique... « Mais il s'agissait d'une discussion de comptoir », précise un proche.

Par ailleurs, Le Point.fr a pu avoir accès à des éléments de l'audition de l'épouse en instance de divorce avec Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Elle a décrit son ex-mari comme quelqu'un d'athée, sans aucun lien avec la religion musulmane. Selon elle, il mangeait même du porc. Sa connaissance religieuse – et non sa pratique – se limitait à l'enseignement qu'il avait reçu en Tunisie, où il a été éduqué. Née en France, l'ex-compagne de Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait bravé l'interdit de sa mère qui ne souhaitait pas que sa fille se marie avec son neveu, le propre fils de sa soeur, se doutant qu'il s'agissait d'une union intéressée. « Elle a vécu un amour unilatéral », a confirmé au Point.fr son avocat, Me Jean-Yves Garino. Lors de son audition, la jeune mère, dont la fille aînée a six ans, a évoqué ses derniers contacts avec le père de ses enfants. Le plus récent s'est déroulé au téléphone. Le tueur paraissait alors « normal », d'après ses dires. Elle l'a questionnée à propos de sa prochaine visite aux enfants, « qui le réclamaient ».

Pas d'obédience musulmane


Son dernier contact « physique » avec le meurtrier remonte à trois semaines. Il aurait eu lieu dans un lieu public. Son avocat, Me Jean-Yves Garino, qui n'a pas souhaité commenter des propos tenus sur procès-verbal, car « ils sont couverts par le secret de l'instruction », a néanmoins confirmé que Hajer rencontrait son mari seulement pour « ne pas couper le lien entre leurs trois enfants et leur père ». À ce stade de l'enquête, alors que les gardes à vue touchent à leur fin, en dehors de la revendication de Daech, aucun élément de l'enquête ne permet de démontrer une radicalisation religieuse – même rapide – de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Et encore moins son appartenance à une quelconque obédience musulmane


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 18 Juil - 18:14


"radicalisation" suite

cité dans le commentaire précédent, le sociologue Farhad Khosrokhavar est l'auteur de


lecture par Benjamin Ducol 01 avril 2015

Citation :
1
À l’instar des études sur le terrorisme et la violence politique clandestine, celles portant sur la militance jihadiste et de ses radicalités occupent une place relativement marginale dans le champ universitaire français. Alors que les divers phénomènes contemporains liés à l’islamisme et au salafisme font l’objet d’une attention grandissante de la part des chercheurs français1, l’activisme violent à référent jihadiste demeure un objet sociologique encore trop souvent négligé dans le contexte hexagonal. Spécialiste de la mouvance jihadiste et auteur de plusieurs publications sur cette question, en français et en anglais2, Khosrokhavar propose ici un livre de réflexion et de vulgarisation sur ces phénomènes dit de « radicalisation » qui suscitent aujourd’hui tant la curiosité que la crainte.

2
Si l’ouvrage s’intitule Radicalisation, le propos de Khosrokhavar ne porte pas strictement sur ce concept en tant que tel, mais bien davantage sur une sous-catégorie plus restreinte des phénomènes de radicalisation violente : la radicalisation islamiste ou jihadiste, dépendamment du vocable utilisé par l’auteur. Excepté un chapitre portant sur les autres formes historiques de « radicalisation », à savoir le terrorisme anarchiste de la fin XIXe et du début du XXe siècle, ainsi que la mention des groupes violents d’extrême gauche des années 1970-1980 ou la mobilisation de quelques cas anecdotiques comme ceux du terroriste norvégien Anders Breivik, Khosrokhavar se concentre principalement sur cette forme contemporaine de radicalité militante que constitue le jihadisme. Composée d’une dizaine de chapitres au volume très inégal – trois à quatre pages pour certains, plus d’une cinquantaine pour d’autres –, la structure de l’ouvrage rend quelque peu difficile la compréhension du cheminement argumentaire choisi par l’auteur.

3
La partie introductive de l’ouvrage s’intéresse au sens et aux enjeux entourant la notion de « radicalisation ». Khosrokhavar définit cette radicalisation comme « un processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d’action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux qui conteste l’ordre établi sur le plan politique, social ou culturel » (p. Cool. Devenue en quelques années un « concept attrape-tout » dans le champ des études sur le terrorisme et les violences politiques comme chez les praticiens de l’anti-terrorisme, cette notion de « radicalisation » fait néanmoins l’objet de nombreuses critiques et de débats à l’intérieur et en dehors des milieux scientifiques. Si l’auteur revient avec justesse sur l’émergence de ce nouveau paradigme de la « radicalisation » dont se sont massivement emparés les médias, les think tanks, les responsables politiques, les chercheurs, ainsi que le grand public, on pourra regretter qu’il n’offre pas une discussion plus détaillée sur ce concept de « radicalisation » et sur ses implications d’un point de vue non seulement pratique, mais plus directement conceptuel et théorique.

4
Intitulé « Histoire de la radicalisation », le second chapitre de l’ouvrage constitue en réalité une brève histoire des vagues de terrorisme(s) et de leurs développements successifs. Si l’objectif de l’auteur est ici de démontrer que le jihadisme en tant que « radicalisation », n’est pas propre à l’Islam, et par là même de mieux « dé-exceptionnaliser » la violence jihadiste pour la resituer dans un contexte historique plus large, l’emploi du terme de « radicalisation » afin de qualifier indifféremment des épisodes de terrorisme ou des groupes clandestins violents contribue selon nous à renforcer la confusion entourant l’utilisation opérée par l’auteur du concept même de « radicalisation ».

5
Les chapitres suivants, plus courts, abordent respectivement plusieurs facettes de cette radicalisation islamiste ou plutôt de l’émergence du mouvement jihadiste : l’intelligentsia jihadiste, le rôle de l’Internet, le financement des organisations jihadistes et finalement la problématique des lieux de radicalisation. À travers ces chapitres, l’auteur éclaire successivement les conditions de naissance – humiliations coloniales, échec des nationalismes arabes, Révolution iranienne ou encore première guerre d’Afghanistan –, les modalités d’internationalisation de la pensée et de la doxa jihadiste, depuis les figures de l’islamisme égyptien – Sayyid Qotb et Abd al-Salam Faraj – jusqu’au tandem des intellectuels organiques incarné par Oussama Ben Ladan et Ayman al-Zawahiri, en passant par les figures d’Abdallah Azzam, d’Abu Muhammad al-Maqdisi ou encore d’Abu Musab al-Suri. Parallèlement, l’auteur revient sur les canaux de diffusion de cette doctrine jihadiste, qui s’opère non seulement par le « haut » avec les grandes figures internationales de la mouvance jihadiste, mais également par le « bas » avec ceux que l’auteur désigne comme des « petits intellectuels maison », appartenant aux branches radicales et locales du courant salafiste, en Europe et en Amérique du Nord. À cet égard, le court chapitre sur l’Internet permet de bien saisir le rôle joué par les espaces numériques dans la démocratisation et la diffusion à grande échelle d’un corpus jihadiste au cours des dix dernières années.

6
En l’absence d’Internet, il est évident que la doxa jihadiste n’aurait certainement pas l’écho mondialisé qui est aujourd’hui le sien ; l’auteur semble toutefois prendre plusieurs raccourcis lorsqu’il évoque le pouvoir de l’Internet en matière « d’auto-radicalisation » et de basculement dans la radicalité jihadiste. Si Khosrokhavar a raison de souligner le fait que l’Internet rend possible l’agrégation de « ceux et celles qui ont des affinités électives », en proposant aux individus qui y sont sensibles une communauté d’appartenance virtuelle au sein de laquelle ils pourront venir mettre à l’épreuve, transformer ou confirmer certaines croyances difficilement légitimées dans le monde réel, l’auteur surestime le pouvoir des espaces numériques en la matière. En effet, l’argument selon lequel l’engagement militant clandestin, qu’il soit jihadiste ou autre, pourrait faire l’économie d’une socialisation en face à face ou par l’intermédiaire de groupes de pairs nous apparait empiriquement peu fondé et certainement problématique.

7
Les chapitres réunis dans la seconde partie de l’ouvrage traitent plus spécifiquement des processus de radicalisation, autrement dit des dimensions explicatives associées à l’engagement des individus dans le jihadisme et ses modalités les plus diverses. L’un des chapitres les plus intéressants – qui est également le plus conséquent – de cette seconde partie est celui intitulé « le modèle européen de radicalisation », où Khosrokhavar revient sur les différents mécanismes et processus sociologiques éclairant les trajectoires de radicalisation jihadistes contemporaines. S’il n’existe pas d’idéal type dans les trajectoires jihadistes, l’auteur souligne plusieurs éléments récurrents – le sentiment de victimisation, l’adhésion à une cause collective permettant le dépassement d’un stigmate de marginalisation –, ce qui le conduit à proposer trois archétypes des parcours de radicalisation vers le jihadisme : le « Petit Blanc »3 ou converti, l’islamiste radical et le jeune victimisé. Les propos développés par l’auteur dans cette partie de l’ouvrage constitueront sans doute les plus intéressants pour les chercheurs déjà familiers de ces questions et de la littérature universitaire.

8
En conclusion, Khosrokhavar s’interroge sur deux aspects éminemment contemporains liés aux questions de radicalisation. En premier lieu, les défis qui s’ouvrent dans le contexte français en matière de gestion de « dé-radicalisation » ou de sortie des trajectoires jihadistes, alors que le modèle républicain de la laïcité soulève une série de frictions quant à la mise en place de structures de prise en charge où se côtoieraient autorités policières, membres de la société civile (éducateurs, etc.) et figures religieuses, seules à même de déconstruire les systèmes de croyances endossés par les individus « radicalisés ». Dans un second temps, Khosrokhavar interroge, avec raison, la montée de ce que certains nomment aujourd’hui un « extrémisme réactionnaire », illustré par les actions violentes d’acteurs isolés comme le terroriste norvégien Anders Breivick ou par l’émergence de proto-mouvements islamophobes, à l’instar de Pediga – acronyme en allemand de « Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident » –, et les phénomène de « co-radicalisation » 4 observés dans les sociétés européennes.

9
Si cet ouvrage possède de nombreuses qualités, il n’est pas exempt de quelques défauts. Il s’agit en premier lieu de la dispersion des thématiques à l’intérieur même du volume. Si les dimensions abordées s’avèrent des plus pertinentes, l’ouvrage aurait bénéficié d’une architecture plus équilibrée – dans les chapitres – et plus linéaire. La trame explicative est parfois difficile à suivre, l’auteur passant d’une thématique à l’autre sans nécessairement conserver un fil rouge. Dans une perspective plus empirique, on regrettera également l’utilisation sans doute un peu trop importante de sources journalistiques au détriment d’une littérature scientifique pourtant riche sur la question. Bien que majoritairement en langue anglaise, cette littérature sur la radicalisation aurait certainement constituée un apport bénéfique. En dépit de ces limites, l’ouvrage constitue néanmoins une étape essentielle pour tout lecteur intéressé par les phénomènes de radicalisation et souhaitant bénéficier d’un panorama général sur les radicalités jihadistes contemporaines.


Notes

1 Consulter : Samir Amghar, L'islam militant en Europe, Paris, Illico, 2013 ; Mohammed Adraoui, Le salafisme mondialisé, du Golfe aux banlieues, Paris, PUF, 2013 ; Samir Amghar, Le Salafisme d’aujourd’hui : mouvements sectaires en Occident, Paris, Michalon, 2011.

2 Farhad Khosrokhavar, Inside Jihadism, Londres, Paradigm Publishers, 2008 ; Farhad Khosrokhavar, Quand Al Qaïda parle, Témoignages derrière les barreaux, Paris, Grasset, 2006 ; Farhad Khosrokhavar, Les nouveaux martyrs d’Allah, Paris, Flammarion, 2002.

3 La terminologie de « Petit blanc » est empruntée par Khosrokhavar à Aymeric Patricot dans son livre paru en 2013 : Les Petits Blancs : un voyage dans la France d’en bas, Paris, Plein Jour.

4 Sur cette dimension, lire Douglas Pratt, « Islamophobia as Reactive Co-Radicalization », Islam and Christian-Muslim Relations, 2015. Disponible en ligne : 10.1080/09596410.2014.1000025.


plus intéressant que le livre selon cette lecture, cet exposé en vidéo et l'entretien qui suit

Farhad Khosrokhavar - " Les deux types de jihadismes européens "


La sociologie de la radicalisation : entretien avec Farhad Khosrokhavar Anne Châteauneuf-Malclès Ressources en Sciences économiques et sociales 10/01/2016

Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, et un premier panorama sur les analyses économiques du terrorisme, nous nous intéressons au regard des sociologues sur les terroristes et le phénomène de radicalisation, avec un entretien avec le sociologue Farhad Khosrokhavar, directeur d'étude à l'EHESS.

Chercheur de renommée internationale, Farhad Khosrokhavar est directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et directeur du Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques (CADIS, EHESS-CNRS). Ses recherches portent sur l'islam en France, en particulier dans les banlieues et en prison, les problèmes sociaux et anthropologiques de cette religion, et l'islamisme radical et ses mutations. Il a commencé à étudier les phénomènes de radicalisation dans les années 1990. Farhad Khosrokhavar travaille également sur la sociologie de l'Iran contemporain et la philosophie des sciences sociales.

Auteur de nombreux ouvrages et articles sur l'islam et le phénomène de radicalisation djihadiste, il a notamment publié en France L'islam des jeunes en 1997 (Flammarion), Les Nouveaux Martyrs d'Allah en 2002 (Flammarion), L'islam dans les prisons en 2004 (Ed. Balland), Radicalisation en 2014 (Ed. Maison des sciences de l'homme), Le jihadisme. Le comprendre pour mieux le combattre, avec David Bénichou et Philippe Migaux, en 2015 (Plon). Son travail sur la radicalisation est le fruit de plusieurs enquêtes empiriques, par observation et entretiens, réalisées auprès de jeunes dans des associations de banlieues et quartiers défavorisés d'une part, et auprès de détenus et de surveillants dans plusieurs prisons françaises d'autre part, une première fois entre 2000 et 2003, puis entre 2011 et 2013 à la demande du ministère de la justice [1]. Sa dernière enquête porte sur les classes moyennes qui se réclament de l'islam.


Citation :
Quel regard spécifique le sociologue porte-t-il sur le terrorisme et la radicalisation ?

Le sociologue essaie de comprendre le rôle des acteurs sociaux, la façon dont se construit une logique d'action et comment elle s'intègre dans le tissu social. Pour cela, il mobilise un certain nombre de notions, dont celle de radicalisation. Cette notion est relativement nouvelle, elle s'est imposée après les attentats du 11 septembre 2001 dans les discours politiques et médiatiques, en lien notamment avec des soucis sécuritaires. Les chercheurs en sciences sociales tentent de lui donner une signification anthropo-sociologique. Ils la préfèrent au terme générique de terrorisme qui désigne l'ensemble de ces phénomènes, en pointant leur signification politique et sociale, sans mettre l'accent sur l'acteur social, ses motivations et les processus sociaux qui mènent à la violence. La notion de radicalisation déplace l'analyse vers la subjectivité de l'individu et les interactions entre le groupe et l'individu.

Il existe une pluralité de définitions du terme radicalisation. Dans mon livre Radicalisation publié en décembre 2014, je la définis comme l'articulation entre une idéologie extrémiste et une logique d'action violente. Une action violente sans idéologie (la délinquance par exemple) n'est pas de la radicalisation, pas plus qu'une idéologie extrémiste sans action violente (certaines formes d'intégrisme religieux par exemple). Gérald Bronner [2] et bien d'autres chercheurs adoptent aussi cette définition. Il faut une combinaison des deux pour pouvoir parler de radicalisation. Les sociologues qui travaillent dans ce domaine s'intéressent au processus dynamique de cette combinaison, à la constitution des acteurs radicalisés dans l'arène sociale et à la manière dont leur action, qui est soumise à un principe de législation spécifique, prend forme dans la société.

La plupart des acteurs radicalisés le font aujourd'hui au nom d'une version radicale de l'islam. Mais l'action radicalisée ne se réduit pas à l'islam extrémiste. On peut se radicaliser au nom d'autres idéologies : le néonazisme ou le néofascisme en Europe, l'extrémisme écologique (issu de la deep ecology), les idéologies anti-avortement aux Etats-Unis.

Quelles sont les différentes approches ou théories sociologiques de la radicalisation, en particulier jihadiste ?

Il existe différentes façons de percevoir ce phénomène dans la littérature anglo-saxone, mais aussi française. Certains chercheurs mettent l'accent sur les facteurs économiques et l'exclusion sociale comme principale explication de la radicalisation, surtout chez les jeunes des banlieues. D'autres soulignent les facteurs politiques, en particulier la disparition des utopies dans nos sociétés et le rôle de l'islam radical dans la fabrication d'une nouvelle utopie transnationale (j'insiste moi-même tout particulièrement sur ce facteur, mais aussi Olivier Roy [3], entre autres). D'autres encore mettent en avant la dimension irrationnelle ou nihiliste du jihadisme, à l'instar du philosophe André Glucksmann [4] en France. A l'inverse, des sociologues comme Diego Gambetta insistent sur la rationalité des acteurs radicalisés qui optent pour la meilleure stratégie possible pour atteindre leurs buts sociopolitiques [5]. L'expert américain Marc Sageman estime quant à lui que la radicalisation est principalement l'effet de réseaux d'un nouveau type, qui affaiblissent le rôle des personnalités et donnent naissance à des groupes radicaux sans hiérarchie, et non un phénomène individuel qui naît de manière spontanée de la fréquentation d'Internet [6]. Parmi les approches culturelles, on peut citer les travaux de l'anthropologue franco-américain Scott Altran, directeur de recherche au CNRS (Institut Nicod, EHESS), qui interprète la radicalisation comme une tentative de construction d'une forme de valeur sacrée et voit dans les organisations terroristes Al Qaïda et Daesh de puissants mouvements de contre-culture dont l'attrait moral représente une réelle menace [7].

Je fais moi-même partie du groupe de chercheurs qui pensent que la radicalisation est un phénomène à plusieurs dimensions : chez les jeunes des banlieues, la radicalisation permet la sacralisation de la haine de la société, une haine produite par un sentiment d'exclusion économique et sociale, d'injustice et d'humiliation [8] ; chez les jeunes de classes moyennes, elle est une réponse au vide de l'autorité, à la fatigue d'être soi, ou à une forme d'anomie.

Pouvez-vous préciser votre point de vue sur ces questions ? Qu'ont révélé vos recherches sur le profil et le parcours des acteurs qui s'engagent dans la radicalisation et qui sont impliqués dans des attentats en France et sur le territoire européen ?

Jusqu'aux attentats de Charlie Hebdo, la majorité des jeunes qui se radicalisaient en France étaient des jeunes des banlieues, socialement et économiquement exclus, cherchant à légitimiser leur guerre contre la société en l'incarnant dans l'islam radical. C'est le cas du terroriste Khaled Kelkal responsable d'une série d'attentats en France en 1995, de Mohamed Merah le tueur de Toulouse et Montauban en 2012, de Mehdi Nemmouche l'auteur de la la tuerie du musée juif de Bruxelles en 2014, des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly qui ont commis les attentats de janvier 2015 à Paris. Ces extrémistes originaires des classes populaires, des jeunes hommes d'origine immigrée pour l'essentiel, partagent un certain nombre de caractéristiques, à commencer par leur condition sociale. Nés ou scolarisés en France, ils viennent pour la plupart de familles éclatées, où l'autorité parentale, et surtout paternelle, est absente ou défaillante. Beaucoup d'entre eux ont été placés dans des foyers. Ils ont fait l'expérience de la précarité et de l'exclusion qui a fait naître chez eux un profond sentiment de stigmatisation, d'injustice et d'indignité. Ils partagent une contre-culture de la déviance, fruit de la certitude de ne pouvoir se réaliser et accéder à l'aisance matérielle des classes moyennes que par le vol et les trafics. Désislamisés au départ, ils découvrent l'islam radical sur Internet ou au contact d'autres jeunes et y trouvent un moyen de surmonter leur humiliation, de se construire une nouvelle identité et de donner une légitimité à leur violence. La transposition de leur désespoir et de leur rage dans le registre du religieux, dans sa version jihadiste, se fait d'autant plus facilement qu'ils sont ignorants de l'islam. La délinquance, et souvent la récidive, les a conduit généralement à la prison, et la socialisation carcérale a contribué à mûrir leur haine de l'autre et à renforcer leur vision extrémiste de l'islam. Enfin, l'écrasante majorité d'entre eux a voyagé au Moyen-Orient sur les terres de la «guerre sainte», où ils sont devenus pour un certain nombre des combattants aguerris convertis au jihad. Ce fut l'Algérie pendant la guerre civile pour Kelkal au début des années 1990, le Pakistan et l'Afghanistan pour Merah, la Syrie pour Nemmouche, le Yemen pour les frères Kouachi. Pour d'autres c'est l'Irak ou le Mali. Coulibaly n'a peut-être pas fait de séjour à l'étranger mais a rencontré en prison, en même temps que Chérif Kouachi, le grand «gourou» Djamel Beghal qui a joué un rôle déterminant dans sa radicalisation religieuse.

Les jihadistes français ont donc tous suivi à peu près la même trajectoire : une enfance difficile en banlieue ou dans des quartiers ghettoïsés, marquée par la désorganisation familiale, la violence, l'échec scolaire, la désaffiliation, qui a fait naître un sentiment de frustration et d'humiliation transformé en haine de la société ; une carrière délinquante et des séjours en prison ; l'illumination de l'islam radical qui permet de transformer le mépris de soi et sa propre indignité en mépris de l'autre et en sacralisation de soi ; un voyage initiatique sur les terres du jihad ; et enfin la conversion à l'islamisme jihadiste et l'implication dans des actes violents.

Vous avez aussi pu observer une diversification du modèle des jihadistes en France, avec l'émergence de nouveaux acteurs de la radicalisation.

En effet, depuis 2013 et le début de la guerre civile en Syrie, on constate une rupture avec l'ancien modèle jihadiste : aux jeunes «désaffiliés» qui ont grandi en banlieue s'ajoutent des jeunes radicalisés issus des classes moyennes. Si certains sont d'origine musulmane, beaucoup sont des convertis. Ils n'ont pas de passé de délinquant et n'ont pas connu la prison. A la différence des jihadistes des banlieues, ils ne se vivent pas comme des victimes. Le moteur de leur conversion à l'islam radical n'est pas la haine de la société, mais plutôt un malaise identitaire et la recherche d'autorité dans un contexte de relâchement des normes sociales et de dilution de l'autorité parentale. L'islam rigoriste leur propose un cadre normatif explicite et sacralisé, à l'opposé des idéaux de mai-68 et du projet politique de citoyenneté laïque. Le jihadisme représente pour eux la possibilité de poursuivre un objectif collectif noble (sauver les Syriens qui sont massacrés par le gouvernement sanguinaire d'Assad) et de se bâtir une nouvelle identité fondée sur l'héroïsme et les normes du sacré. Les motivations de ces jeunes prêts à partir pour combattre dans les rangs de l'Etat islamique (Daech) sont donc complexes. Elles relèvent à la fois d'un romantisme révolutionnaire naïf et de la recherche d'un sens à leur destin par l'expérience du sacré et l'adhésion à un projet collectif porteur d'espérance.

Dans ce nouveau groupe d'adeptes du jihadisme figurent aussi de plus en plus de jeunes filles et de femmes, ainsi que des adolescents et des post-adolescents. Les femmes radicalisées restent minoritaires (ce qui ne fut pas le cas pour les mouvement radicaux d'extrème gauche des années 1970-80, en particulier la Fraction armée rouge), mais elles sont beaucoup plus nombreuses chez jeunes originaires des classes moyennes que chez les jeunes des cités, même s'il y a eu quelques cas comme Hayat Boumeddiene par exemple. Leur logique d'action est quelque peu différente des jeunes hommes des classes moyennes. Leur engagement est motivé par un souci humanitaire, mais aussi la recherche d'une figure idéalisée de l'homme, à savoir un homme viril (ne craignant pas la mort), sincère et digne de confiance, qui saura les protéger tout en préservant leur dignité de femmes. Elles partagent un désenchantement à l'égard du féminisme et un refus du couple moderne, marqué par l'instabilité et une égalité entre hommes et femmes considérée comme nivelante. Mais paradoxalement, les femmes européennes qui s'engagent dans le jihadisme recherchent aussi à montrer une certaine égalité des sexes dans la violence et la mort [9].

Jusqu'à présent, ce modèle du jihadisme des classes moyennes concernaient surtout les jeunes partis en Syrie. Mais, pour la première fois en France, les attentats du 13 novembre à Paris ont été perpétrés par un mélange de jeunes de banlieue et des petites classes moyennes. Les deux frères Abdeslam avaient un bar dans le quartier de Molenbeek de Bruxelles, Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats du 13 novembre, possédait également un commerce, et l'un des kamikazes du Bataclan était titulaire d'un bac général et ancien employé de la RATP. La quasi-totalité des auteurs d'attentats ou de tentatives d'attentats sont encore d'origine immigrée. La plupart sont de la deuxième génération, mais on en trouve aussi de la troisième génération comme Abdelhamid Abaaoud. Comme les convertis, ils vont adhérer à un islam de rupture qui n'est généralement pas celui de leurs parents.

Vous accordez une place importante à la subjectivité de l'acteur dans l'analyse de la radicalisation. Comment se traduit cette subjectivité pour les jeunes jihadistes européens ?

Le jihadisme, dans sa version banlieusarde ou classe moyenne, est étroitement associé à une subjectivité qui se veut héroïque. Les jeunes qui s'enrôlent sous la bannière du jihad affrontent la mort sur un mode imaginaire qui exalte la figure du héros, les faisant du coup sortir de l'insignifiance et leur assurant la notoriété, même si celle-ci se décline sous une forme négative pour l'écrasante majorité. C'est pourquoi je parle de «héros négatif» pour désigner ce statut que leur offre l'islam jihadiste, qu'ils vont conquérir en occupant la «une» des médias, et dont ils tirent une fierté, ainsi qu'une «supériorité» sur les autres grâce à l'inversion symbolique de la hiérarchie sociale (ils inspirent la crainte et ont le pouvoir de prendre la vie de ceux qui les méprisaient).

Par «héros négatif», j'entends plus précisément celui qui s'identifie à des contre-valeurs dominantes dans la société et vise à les réaliser par la violence. Le jihadisme en Europe est fondé sur la promotion de cekui-ci : la société est-elle sécularisée, il se veut religieux ; la non-violence est-elle la valeur dominante (même si elle n'est pas nécessairement respectée dans les faits), il prône la violence absolue au nom du Sacré ; le monde social vise-t-il à promouvoir la liberté sexuelle, il est en quête de la mise sous tutelle de la libre sexualité au nom d'une conception hyper-puritaine de la foi ; la société est-elle favorable à l'égalité du genre, il cherche à recréer un ordre où l'homme et la femme auraient des rôles dissymétriques fondé sur le déni des acquis du féminisme ; la société s'identifie-t-elle à l'individu autonome, il entend promouvoir une vision néo-communautaire (la Umma [10] réinventée) où le rôle de l'individu serait subordonné à la préservation des valeurs sacrées ; le monde ambiant entend-il exalter l'autonomie des citoyens et la suprématie du peuple pour édicter des lois, il vise à imposer les lois divines au mépris des lois humaines.

Si le terrorisme au nom d'Allah est le fait d'une infime partie des musulmans européens et qu'il n'a su jusqu'à présent qu'à mettre à mort qu'un nombre limité de personnes (quelques centaines en Europe depuis les années 1995), sa portée sociale n'en est qu'incomparablement plus grande : il bouleverse la société et engendre une crise profonde au niveau des assises symboliques de l'ordre social.

Les ressorts de l'islamisme radical en Europe ou en Occident sont-ils les mêmes qu'au Moyen-Orient ?

Les ressorts ne sont pas les mêmes. Au Moyen-Orient, l'islam est enraciné dans la culture. La plupart des convertis au jihadisme sont issus des classes moyennes, ils ont fait des études universitaires et lisent le Coran. Ils font une interprétation extrémiste des textes religieux en raison de la présence d'idéologues du jihad comme Maqdisi, Abu Mus'ab al-Suri, Tartussi ou Abou Qatada… Ceux-ci se rejoignent pour dénoncer la perversité des systèmes politiques démocratiques laïques ainsi que l'impérialisme occidental, et pour prôner un néo-patriarcat suceptible de redonner du sens à la famille.

A l'inverse, la très grande majorité des jeunes européens qui adhèrent à l'islam radical ne connaissent pas l'arabe et ne lisent pas les textes religieux. Ils n'en ont qu'une connaissance indirecte et édulcorée, par oui-dire, par l'intermédiaire de copains, ou à partir de leurs lectures sur Internet qui diffuse des versions très vulgarisées des jihads en français et dans toutes les langues européennes.

Il y a donc une différence majeure entre les adeptes de l'islam radical occidentaux et ceux du Moyen-Orient et du monde arabe. Cependant, après l'étape de ce que j'appelle le «pré-jihadisme», lorsque les jeunes occidentaux vont sur les terres du jihad, une convergence se dessine entre les jihadistes du Moyen-Orient et ceux en provenance d'Europe ou de pays occidentaux. Le vécu de la guerre, l'apprentissage du maniement des armes et l'endoctrinement suivi là-bas les transforment pour la plupart en jihadistes endurcis.

Quels sont les lieux de radicalisation des jihadistes français et européens ?

Les jeunes européens se radicalisent d'abord sur la Toile, où Daech diffuse massivement sa propagande jihadiste, et au sein de petits groupes de copains, parfois dans la rue. Il suffit qu'un copain soit parti en Syrie pour qu'il devienne un pôle d'attraction pour les autres, qui vont alors chercher à l'imiter. La radicalisation s'effectue aussi au contact de «gourous» et de figures charismatiques dont l'emprise sur les individus psychologiquement fragiles peut être forte. Le rôle des mosquées s'est fortement affaibli dans les années 2000, ne serait-ce qu'en raison de leur surveillance renforcée par les services de renseignements généraux de la police. La radicalisation se déroule donc principalement à la marge des mosquées, dans des groupes restreints et sur Internet. La Toile, en particulier les réseaux sociaux, joue un rôle fondamental aujourd'hui dans la médiatisation et l'internationalisation de l'idéologie jihadiste, l'autoradicalisation individuelle et le recrutement des terroristes.

La prison peut également constituer une étape dans la trajectoire de radicalisation, dans la mesure où les détenus y passent du temps, voire des années, dans une situation permanente de promiscuité, et où la population musulmane y est surreprésentée. L'institution carcerale, avec ses tensions quotidiennes et ses sanctions, son mépris fréquent à l'égard de l'islam, conforte un certain nombre de jeunes délinquants dans leur haine de la société. Il vont aussi y approfondir l'interprétation extrémiste de leur foi au contact d'individus déjà radicalisés, en faisant une lecture unilatérale des textes, en choisissant les parties du Coran qui vont dans le sens du jihadisme et en évitant celles qui contredisent cette idéologie. Le milieu carcéral est par ailleurs un lieu propice à la constitution de réseaux de criminels ou de jihadistes, ou à l'insertion dans des réseaux déjà existant. Mais croire que la prison est le seul endroit où l'on se jihadise est faux. D'abord la radicalisation des musulmans en prison reste très minoritaire. De plus, l'immense majorité des jeunes de classes moyennes partis en Syrie n'avaient aucun dossier judiciaire et n'étaient pas passés par la case prison. En revanche, une grande partie des jeunes de banlieue radicalisés a connu une période d'emprisonnement. Pour eux, la prison est une étape relativement significative, avec toutefois des exceptions, des cas de jeunes qui ont eu des démêlés judiciaires sans passer par la prison.

Quelle influence exercent sur les jeunes radicalisés les séjours à l'étranger, dans les pays où sévit la guerre civile au nom du jihad, en particulier en Syrie ?

L'écrasante majorité des jeunes jihadistes français ou européen est passée par cette dernière étape du parcours de radicalisation. C'est lors de celle-ci que le «pré-jihadisme» ou la «pré-radicalisation» se transforme sur le terrain en jihadisme au sens fort du terme. Elle est très importante car, à côté de l'endoctrinement idéologique suivi, ils apprennent là-bas à manier des armes, à fabriquer des explosifs, et surtout à tuer sans état d'âme et à se sacrifier. Avant les printemps arabes, tant que la Syrie, l'Irak et le Yemen n'étaient pas en guerre, les terroristes dits «maison» [11] faisaient souvent preuve d'amateurisme dans la fabrication et l'utilisation d'explosifs car ils se formaient sur Internet. Les séjours à l'étranger, sur les terres de la guerre sainte, leur permettent d'acquérir un savoir faire redoutable et de devenir des individus potentiellement très dangereux. Leur expérience dans les zones de combat, surtout en Syrie, aux côtés de Daech, développent également chez eux une cruauté et une insensibilité à la souffrance des autres, parce qu'ils y font la guerre et s'identifient entièrement à celle-ci, en tout cas pour ce qui concerne les endurcis. Ils deviennent alors des combattants aguerris capables de perpétrer des actions terroristes sur le territoire européen.

Mais les voyages en Syrie ou dans d'autres zones de conflit au nom du jihad n'ont pas d'influence univoque sur les individus. Parmi ceux qui reviennent, on trouve des jihadistes endurcis, mais également des individus qui doutent, d'autres qui prennent leurs distances comprennant que ce n'est pas la bonne voie, on a des personnes qui reviennent traumatisées par la guerre et enfin quelques repentis. Les cas sont diversifiés.

C'est pourquoi les autorités cherchent à se servir des repentis de retour de Syrie pour lutter contre cette logique d'endoctrinement. C'est le cas dans les pays anglo-saxons et d'autres pays européens où l'on donne la parole aux repentis dans l'espace public afin qu'ils puissent convaincre ceux qui sont attirés par l'islam radical du caractère délétère et dangereux du jihadisme. Leur témoignage, qui a un accent de vérité pour les autres jeunes, peut aider, au moins pour certains, à éviter qu'ils empruntent cette voie scabreuse.

Selon vous, comment peut-on, plus précisément, lutter contre ces nouvelles formes de radicalisation, contre ce terrorisme «maison» dont le foyer est en Europe et non au Moyen-Orient ?

Il est tout d'abord important, bien entendu, d'empêcher les jeunes de partir en Syrie ou ailleurs. Lorsqu'ils reviennent, les mettre tous dans le «même sac» est très dangereux, car ceux qui doutent vont s'endurcir en cotoyant des aguerris (alors que l'inverse n'est pas vrai, les endurcis ne vont pas douter). Il faut donc essayer de les séparer à leur retour. Ensuite, les plus durs doivent suivre des séances de désendoctrinement étalées sur plusieurs mois, voire sur deux ou trois ans, à la condition qu'ils soient volontaires. Leur imposer serait contraire à nos règles démocratiques. En revanche, il serait possible de moduler la peine en fonction de l'acceptation des programmes de déradicalisation : donner la pénalité maximale à ceux qui refusent et la rendre flexible pour ceux qui consentent à les suivre. Par ailleurs, pour dissuader les jeunes adultes, de retour des zones de conflit ou bien seulement endoctrinés, d'adhérer à ces formes d'extrémisme religieux, il me semble nécessaire s'associer des psychiatres et des psychologues à des imams et des représentants de l'ordre. En ce qui concerne les adolescents et post-adolescents, la dimension affective est beaucoup plus présente que la dimension idéologique dans leur radicalisation, qui est souvent révélatrice d'une crise de la famille et de l'adolescence. Pour eux, l'aspect psychothérapeutique de la prise en charge doit être beaucoup plus important, alors que pour les adultes radicalisés, il faut aussi prendre en compte la motivation religieuse et idéologique de leur adhésion à l'islam radical, on ne peut en faire abstraction sous prétexte de laïcité.

L'ouverture de centres fermés de déradicalisation pour les jeunes de retour des zones de conflit est-elle une bonne solution ?

L'ouverture de ces centres pour les jihadistes est un pas plutôt positif, bien qu'ils restent toujours situés dans les prisons, avec toutes les restrictions qu'on sait, à condition qu'on puisse bien les gérer et surtout qu'on ne néglige pas le religieux comme je l'ai dit. Notre société laïque ne comprend plus très bien le sens du religieux, et surtout le sens du religieux dans la radicalisation. La dissuasion doit se faire aussi au nom du religieux.

En quoi consisterait cette dissuasion au nom du religieux ?

Il s'agit de montrer que l'islam ne se réduit pas à sa version radicale et qu'il a une épaisseur historique, civilisationnelle, culturelle, irréductible au jihadisme. La version radicale de l'islam attire les jeunes des banlieues, mais leur inculture de l'islam les aide grandement à légitimer cette identification comme étant la seule version valable de l'islam. Il s'agit de faire un travail de «sape», pour montrer le caractère hasardeux et peu fondé de cette version extrémiste, qui dissuadera une partie de cette jeunesse.

Il faut aussi comprendre que la situation de chômage et cette contre-culture de déviance en banlieue, ainsi que la situation explosive au Moyen-Orient, jouent chacune un rôle dans cette radicalisation. La solution doit se construire sur le long terme et il faut surtout tout faire pour que le lien entre «la haine de la société» et «l'islam» ne se fasse pas automatiquement sous une forme qu'encourage précisément l'inculture religieuse de ces jeunes et l'évitement du religieux par une laïcité «frileuse» qui fait de l'ignorance du religieux une vertu cardinale. Une véritable laïcité doit tout faire pour que le religieux ne soit pas tabou : le caractère «privé» du religieux doit être la conséquence d'une «culture religieuse» bien comprise et pas du rejet du religieux au nom même de la sacralisation de la sécularité.


Propos recueillis par Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

Notes :

[1] A l'issue de cette deuxième enquête, F. Khosrokhavar a remis un rapport sur la radicalisation en prison à l'administration pénitentiaire (2014). On trouvera plus de détails sur cette enquête dans les prisons françaises dans l'intervention de Ouisa Kies (EHESS), "La radicalisation en prison", au colloque "La France et la République face à la radicalisation" (Fondation Res Publica, 9 mars 2015). Sur sa méthodologie, on pourra consulter ce compte rendu fort instructif du séminaire CEE-CERI sur les méthodes des sciences sociales à SciencePo : "Enquête sur l'islam carcéral : paroles de détenus et de surveillants" (avril 2014).

[2] Gérald Bronner, La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, Denoël, 2009.

[3] Olivier Roy est un politologue spécialiste des mouvements politiques et phénomènes de radicalisation islamiques. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont : Iran : comment sortir d’une révolution religieuse ? avec Farhad Khosrokhavar (Seuil, 1999), L'islam mondialisé (Seuil, 2002), La Sainte Ignorance. Le temps de la religion sans culture (Seuil, 2008).

[4] Dostoïevski à Manhattan, Robert Laffont, 2002.

[5] Diego Gambetta (dir.), Making Sense of Suicide Missions, Oxford, Oxford University Press.

[6] Marc Sageman, 2004, Understanding Terror Networks, Philadelphie, University of Pennsylvania Press. M. Sageman est un spécialiste en sociologie et psychologie du terrorisme.

[7] Voir par exemple son article en français "Ce que la sociologie propose dans la lutte contre la violence extrémiste", Huffington Post, 29/06/2015.

[8] Farhad Khosrokhavar avait développé cette idée dans L'islam des jeunes (Flammarion, 1997).

[9] Pour plus de précisions sur les différentes catégories de jihadistes français, on pourra consulter l'article de Farhad Khosrokhavar : "Les trajectoires des jeunes jihadistes français", Etudes n°6, juin 2015, p.33-44 (disponible sur cairn).

[10] La communauté des musulmans.

[11] L'expression «terroristes maison» (homegrown terrorism) désigne les terroristes élevés et éduqués dans le pays où ils commettent des attentats.


Pour aller plus loin

Outre les ouvrages de Farhad Khosrokhavar mentionnés dans la présentation (voir la liste complète sur sa page personnelle), pour plus de développements, on pourra consulter les publications et interventions suivantes du sociologue :

Farhad Khosrokhavar, "Les trajectoires des jeunes jihadistes français", Etudes n°6, juin 2015, p.33-44.

Conférence en ligne de F. Khosrokhavar sur "Les deux types de jihadisme européen", Cycle pluridisciplinaire d'études supérieures, PSL Research University, 21 mai 2015 (1h20).

Compte rendu de l'audition de F. Khosrokhavar à l'Assemblée Nationale, par la Commission d'enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes, 10 février 2015.

A signaler : La réponse de Farhad Khosrokhavar (et celle d'autres sociologues dont Bernard Lahire), dans le journal Libération, au rejet des explications sociologiques du terrorisme : "«Culture de l’excuse»  : les sociologues répondent à Valls".


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 18 Juil - 18:53


l'État français, la "radicalisation", et nous

suite aux réflexions précédentes concernant les caractéristiques de l'attentat de Nice, le parcours du tueur et la réponse de l'État, la question posée en termes de liens du tueur avec Daesh est une évacuation du contexte politique et idéologique

l'État français est-il en difficulté dans la mise en œuvre de son idéologie de "guerre au terrorisme" ?

une chose particulièrement difficile à décrypter, c'est en quoi l'État, du moins le gouvernement actuel, serait aussi mauvais qu'on le dit dans la mise en œuvre de sa propre orientation voire de sa politique, et en quoi cette médiocrité ne serait qu'apparente. Pour avoir travaillé en administration centrale, avec des hauts fonctionnaires du type de ceux qui constituent les cabinets ministériels ou conseillent les ministres, j'ai pu constaté qu'ils ne sont pas forcément bons pour appliquer et faire appliquer leurs propres orientations, telles qu'elles ressortent de leur projets explicites (réformes de l'État, etc.)

c'est assez visible concernant les réponses que l'État français particulièrement donne à la "radicalisation", puisqu'il ne tient aucun compte de travaux tels que ceux évoqués plus haut, qui ne caractérisent pourtant pas par une analyse et une orientation de classe, mais au contraire font des préconisations sur ce qu'il serait souhaitable de faire dans le sens global de la même idéologie de "guerre au terrorisme"

le résultat évident est que l'État participe de l'augmentation de cette "radicalisation" (cela ne vaut pas que pour l'islamisme mais aussi sur le plan politique voire syndical, cf la lutte "contre la loi travail et son monde"). La question qui se pose est donc de savoir s'il le fait sciemment et le maîtrise pour l'essentiel, ou s'il est tout bonnement impuissant car coincé dans son intérêt d'État national du capital mondial. Ma compréhension tient des deux...

le décolonial, la lutte de classe, et la radicalisation, laquelle ?

une remarque en marge de cette "discussion" : comme le rappelle Farhad Khosrokhavar, le seul sous-continent qui n'est pas touché par le jihadisme est l'Amérique latine et en Europe, le Portugal, dont la population immigrée musulmane est très faible

c'est un constat intéressant quand on sait que la pensée décoloniale est née en Amérique latine, alors qu'elle est portée en France notamment par des groupes décoloniaux à forte composant musulmane, dont le PIR est l'exemple le plus connu, et que la question de la "radicalisation" se pose aussi en termes politiques positifs, le sens de la radicalité contre l'État et le Capital que l'on utilise ici et dans le milieu théorique radical. J'avais pour cela une formule provocatrice : un terroriste est un révolutionnaire raté dans la mesure où le fond, sa "haine de l'État" (Coulibaly, radicalisé en prison...) trouve un issue que vient ensuite habiller la religion musulmane, dont il ne connaît pratiquement rien

autrement dit, il y a dans les mouvements décoloniaux français et peut-être européens, un croisement de circonstances et d'influences théoriques tout à fait intéressant car il génère des contradictions dans l'usage même de la pensée décoloniale. Cela a complètement échappé, évidemment, à ceux qui les critiquent d'un point de vue plus ou moins universaliste prolétarien et/ou humaniste, marxiste, anarchiste, ou populiste (Christian Delarue du MRAP/ATTAC, par exemple, dans Le décolonial « bulldozer » et le décolonial critique de l’intégrisme religieux, Amitié entre les peuples (sic), diffusé aussi sur Bellaccio, Médiapart... Or j'ai pu le vérifier, Christian Delarue ne sait même pas ce qu'est la pensée décoloniale. Il a ramassé le mot comme Yves Coleman et d'autres dans la mouvance anarcho-ultragauche celui de "post-colonial" ou de "muticulturalisme", sans entrer jamais dans la moindre discussion avec les idées en question : leurs discours ne tiennent qu'à condition de n'être pas confrontés à d'autres, ce qui est fréquent dans les milieux où l'on assène sa propagande plus qu'on cherche à valider ses hypothèses dans une confrontation transparente

cela changera comme ça a commencé à changer depuis un an, par une connaissance plus large et plus sérieuse de la critique décoloniale, et des problèmes qu'elle pose, compte tenu de son hétérogénéité, en théorie comme dans les luttes, dans sa rencontre avec le communisme et la lutte des classes qui elle-même piétine ou patauge dans le populisme du prolétariat français et européen

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 18 Juil - 22:17


le bon sens, près de chez nous

le bon sens, parfois, permet de (se) poser de bonne questions. Pour le dire comme je le pense, dans l'angoisse sans fond que crée notre situation française, je préfère ça à des explications, savantes, idéologiques, dogmatiques de toutes sortes, qui non seulement n'expliquent rien, mais trichent avec les faits pour mettre en avant leur "solution", comme on dit "une seule solution la révolution !", certes, mais comment on fait ? On se donne la caution d'avoir radicalement compris ce qui aurait échappé à d'autres, mais pragmatiquement, que valent les molles mains tendues d'aspirants théoriciens de la révolution à d'inspirés activistes contre les symboles du "capitalisme", infoutus qu'ils sont de tirer sur un flic, quoi qu'ils en prétendent : le folklore révolutionnaire se serait-il emparé de la théorie comme de la pratique ?

Tueurs ou terroristes ?

Liliane Baie Blog Médiapart 18 juil. 2016

Depuis que notre pays est la cible d'attentats sanglants aux très nombreuses victimes, je suis alarmée de constater que la principale question qui agite les médias c'est de savoir si l'attentat a été revendiqué, et si cette revendication concerne DAECH

Citation :
Or, selon moi, insister sur une revendication revient à faire une publicité pour les éventuels commanditaires de ces attentats, et pour leurs idéologies. Puisque, en marketing, parler médiatiquement d'un sujet, même en mal, c'est toujours en faire de la publicité.

Or, quelle différence pour les victimes si le camion qui les renverse a subi une rupture du système de freinage, était conduit par quelqu'un de dérangé psychiquement, ou avait aux commandes un fanatique agissant au nom d'un groupe terroriste religieux ? Existerait-il une hiérarchie des morts ? On peut penser que, pour certains, oui, puisque les migrants morts en Méditerranée semblent peser bien moins lourds que ceux qui sont assassinés sur notre sol : voir ici 3 ( http://www.sudouest.fr/2016/05/29/mediterranee-700-migrants-seraient-morts-en-une-semaine-2380121-6116.php ).
3En insistant sur la revendication idéologique d'un massacre, ne court-on pas le risque de donner à ce massacre, sinon une légitimité, du moins un statut différent de tous les autres assassinats de masse ?

N'offre-t-on pas, par là-même, une image particulière du meurtrier, qui n'est plus qualifié que de « terroriste » ? Or, un terroriste, quand il tue, poursuit un but : déclencher la terreur dans la population pour défendre sa cause. Je fais l'hypothèse que, pour nombre d'entre nous, rechercher le terrorisme sous le crime de masse représente un effort pour donner un sens à une horreur qui n'en a pas. C'est à la fois logique (puisque ce type d'attentat est effectivement souvent l’œuvre de kamikazes endoctrinés par des mouvements terroristes ) et humain.

Mais en cherchant une « cause » au geste des tueurs, on répond à la manipulation induite dans ce type d'actes : on en fait, par la vitrine médiatique qu'on leur offre, des porte-paroles d'un message, et non de simples criminels. Et cela me semble grave.

A notre époque hyperconnectée, on ne peut pas éviter une couverture médiatique importante de ce type de drame. Mais je pense qu'il serait bon de réfléchir à comment ne pas répondre, dans nos interventions médiatiques, aux attentes des commanditaires des attentats terroristes.

Je propose plusieurs pistes, comme ébauche de réflexion sur cette question :

- Ne pas parler de terroristes mais de tueurs, meurtriers, assassins, etc.

- Ne pas donner leur nom : en tuant, ces gens deviennent célèbres. Cela déjà, en soi, peut inciter des esprits à l’ego malmené à chercher leur heure de gloire.

- Ne pas insister sur les revendications.

- Ne pas en rajouter sur la communication de crises, rester sobre lors des interventions. Par exemple, mettre en évidence l'énorme arsenal policier déployé sur les lieux de drames, après les attentats, peut contribuer à montrer les meurtriers comme puissants, et l'attentat comme ayant été efficace.

- Ne pas mettre en avant la « guerre au terrorisme » : soyons lucides, aucun État ne pourra rivaliser devant quelques individus prêts à tout et décidés à mourir en faisant le maximum de victimes. En revanche, déclarer la « guerre au terrorisme », c'est faire, me semble-t-il, beaucoup d'honneur à une organisation aux pratiques essentiellement criminelles.

- Insister plutôt sur la solidarité, se servir des médias pour favoriser l'aide aux victimes.

Etc.

Je n'ai pas de certitude dans ce domaine, ce ne sont que des questions que je pose, mais il me paraît urgent de nous interroger sur la pertinence de notre réponse aux attentats antérieurs, afin d'être certains de ne pas jouer le jeu que les terroristes attendent de nous, ce qui ne pourrait que les encourager à continuer.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 18 Juil - 22:55


Manuel Valls défend l’état d’urgence, avec de nouvelles dispositions

Manuel Valls relance les perquisitions administratives

Libération avec AFP  18 juillet 2016


Manuel Valls, à l'issue d'un conseil de défense et de sécurité à Paris le 15 juin
Photo Thomas Samson. AFP

Citation :
Le Premier ministre affirme que les saisies informatiques, censurées par le Conseil constitutionnel, seront intégrées au texte présenté mardi matin en conseil des ministres. Il a vanté l'utilité des perquisitions, pourtant menées tous azimuts sans grand résultat de novembre à février.

Manuel Valls a vigoureusement défendu ce lundi l’état d’urgence qu’il va demander au Parlement de prolonger pour trois mois, après l’attentat de Nice, se disant aussi ouvert aux propositions pour «accroître» son «efficacité».

Le Premier ministre a vanté l’efficacité de ce régime d’exception en vigueur depuis le 14 novembre dernier, avec cet argument : «nous avons déjoué un certain nombre d’attentats encore ces derniers mois, un juste avant l’Euro qui aurait pu être particulièrement meurtrier». Il faisait en fait référence à l'arrestation, en mars, du jihadiste présumé Reda Kriket.

Le projet de loi sur la prolongation de trois mois de l’état d’urgence, examiné mardi en Conseil des ministres, puis débattu au Parlement, prévoit d’autoriser à nouveau les perquisitions administratives, a confirmé le chef du gouvernement. «L’utilité et l’efficacité» de ces perquisitions «seront par ailleurs accrues» puisque le texte permettra d’exploiter les données des ordinateurs et téléphones saisis. Les «garanties exigées» par le Conseil constitutionnel ont été apportées, a précisé Manuel Valls. En février, le Conseil avait en effet jugé les saisies informatiques ont été jugées contraires à la Constitution.

Pourtant, entre le 14 novembre et le 26 mai, date à laquelle ont cessé les perquisitions administratives, sur 3 594 perquisitions ordonnées, très peu ont donné lieu à des procédures antiterroristes. En février, alors que la plupart avaient déjà été menées, une seule avait conduit à une mise en examen pour des faits liés au terrorisme. De fait, de très nombreuses perquisitions et assignations à résidence ont visé des personnes soupçonnées sans élément concret. De nombreux militants politiques, notamment écologistes, ont aussi été touchés lors de l'organisation de la COP 21 à Paris.

Sur la durée de cette prorogation, Manuel Valls s'est montré ouvert : «nous proposons une durée de trois mois, mais le débat sur la durée de l’état d’urgence aura lieu au Parlement». Lundi soir, l'AFP, citant des sources gouvernementales et parlementaires, avançait que l'état d'urgence pourrait en fait être prolongé jusqu'en janvier 2017, ce que réclame le parti Les Républicains.



Dernière édition par Admin le Mar 19 Juil - 11:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mar 19 Juil - 11:59


"radicalisation" suite

interview du sociologue Farhad Khosrokhavar  (voir plus haut)

Attentat de Nice : "Les adolescents peuvent se radicaliser rapidement. Pas les adultes"

Celine Rastello L'Obs 19 juillet 2016


Interphone de Mohamed Lahouaiej Bouhlel,
Nice le 15 juillet 2016 AFP/ Anne-Christine Poujoulat

Le directeur d'étude à l'EHESS et spécialiste des mécanismes de radicalisation Farhad Khosrokhavar explique pourquoi il ne croit pas à la radicalisation éclair de Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

Citation :
Si aucun élément ne permet à ce jour de mettre en évidence l'allégeance de Mohamed Lahouaiej Bouhlel à l'organisation terroriste EI, qui a revendiqué l'attaque de Nice, ou un lien avec des personnes s'en réclamant, "l'exploitation de son ordinateur illustre un intérêt certain et à ce stade récent pour la mouvance djihadiste radicale", a déclaré le procureur de la République de Paris François Molins lundi après-midi.

A ce stade des investigations, la radicalisation du chauffeur-livreur de 31 ans qui a tué 84 personnes jeudi sur la promenade des Anglais se serait opérée en une quinzaine de jours. Le directeur d'études à l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) et spécialiste des mécanismes de radicalisation Farhad Khosrokhavar* n'y croit pas. Il penche plutôt pour un tueur de masse qui "aurait instrumentalisé Daech" davantage que pour un de ses soldats. "L'Obs" l'a questionné.

Que pensez-vous d'une radicalisation si rapide ?

Je n'y crois pas. Les adolescents et post-adolescents peuvent, pour des raisons affectives notamment, se radicaliser aussi facilement que rapidement. Pas les adultes. En tout cas pas ceux que nous connaissons. Leur radicalisation prend en général au minimum quelques mois. Ils ont besoin d'être idéologiquement convaincus, d'avoir un rapport avec la dimension religieuse...

Ce qui n'est pas le cas de cet individu, déséquilibré mentalement, qui s'est servi de l'aspect "radicalisation" pour assurer sa "célébrité".

Avant les dépressifs se suicidaient. Maintenant certains choisissent de le faire tout en tuant d'autres personnes, ce qui leur donne le sentiment d'exister pour un moment. C'est une sorte de glorification de soi dans une atmosphère d'effervescence et d'angoisse collective qu’est celle de la France après plusieurs attentats. Certains sont très influençables, un peu transis par cette ambiance et se réclament plus facilement de la radicalisation. C'est ce que j'appelle les "héros négatifs". Cet homme, à Nice, a en quelque sorte, instrumentalisé Daech et s'est servi de l'angoisse que l'organisation suscite pour commettre un acte horrible.

Le procureur de Paris l'a présenté comme "particulièrement violent" et "très éloigné des considérations religieuses". Dans son ordinateur, les enquêteurs ont trouvé des traces récentes de recherches sur des vidéos d'accidents de voitures. Ils sont néanmoins également tombés sur des photos "en lien avec l'islam radical" notamment représentant des combattants arborant le drapeau de Daech, mais aussi une photo de "couvertures de Charlie Hebdo", ainsi que d'autres de Ben Laden et Mokhtar Belmokhtar...

Cela ne prouve pas qu'il a réellement été islamiste radical. Je ne dis pas qu'il n'a pas voulu que la société le perçoive comme tel, mais tout cela est cousu de fil blanc.

Il ne s'identifie pas à la religion, il est attiré par la violence de Daech qu'il a choisie car elle intéresse beaucoup le public, et inspire une grande nervosité. Il n'y a rien de religieux là-dedans.

En une quinzaine de jours, il a voulu faire un "coup d'éclat". Un peu comme le pilote allemand de la Germanwings. Lui avec son avion, l'autre avec son camion. Ce sont des tueurs de masse. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel n'est pas un terroriste au sens de Daech. Omar Mateen qui a abattu 49 homosexuels dans une boîte de nuit à Orlando a lui aussi instrumentalisé Daech pour se donner un "pouvoir" qu'il n'avait pas. Il était homosexuel, son père était contre les homosexuels. Qu'a-t-il fait pour supprimer le problème ? Il a tué et s'est fait tuer après avoir appelé le matin même pour dire qu'il était de Daech. Daech est devenu comme une sorte d’insigne dont on se sert pour résoudre son malaise avec, j'insiste, un point fondamental dont on ne soupçonne pas la force chez beaucoup de gens : l'aspiration à la célébrité.

Qu'est-ce qui vous permet d'être si catégorique concernant Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ?

Au-delà de mes vingt ans d'expérience, l'absence d'éléments permettant de le lier directement à Daech, tout simplement. Dans les autres cas d'attentats que nous avons jusqu'ici rencontrés, deux ou trois jours après seulement on avait déjà énormément de données permettant de prouver la filiation. Lors du 13 novembre par exemple, qui a mis en exergue des cas réels de radicalisation, des gens qui ont construit des réseaux, se sont rendus en Syrie... Pourquoi aujourd'hui n'a-t-on toujours rien de tangible sur cet individu alors que depuis plusieurs jours maintenant, 200 enquêteurs s'attellent jour et nuit à tout éplucher ?

Il n'était pas fiché S, n'avait comme arme non factice qu'un petit calibre. C'est une caricature !

Il avait en revanche un camion qu'il a utilisé, et sur ce point on peut dire qu'il a imité un modèle promu par Daech. Mais comment même être sûr qu'il connaissait les propos de l'idéologue de Daech Mohamed Al-Adnani ? Mon confrère Jean-Pierre Filiu parle d'une "conversion". Mais à quoi ? A Daech ? Ça n'a pas de sens.

Selon un témoin, il se serait laissé pousser la barbe il y a huit jours. Un autre indique qu'il avait dit il y a "sept ou huit mois" être "habitué" aux vidéos de décapitations d'otages.

La barbe ? Non mais qu'est-ce que cela prouve ? Il n'avait pas même fait le ramadan, qui a pourtant eu lieu récemment. Quant aux vidéos, encore une fois qu'est-ce qui peut nous dire, du fait de son profil, qu'il n'était pas plus attiré par leur violence ?

L'EI n'a par ailleurs pas pour habitude de revendiquer des attaques de façon opportuniste.

Effectivement. Mais on n'avait pas non plus eu jusqu'ici en France de cas de cette nature. Pourquoi ne serait-ce pas le début d'une nouvelle façon de faire pour Daech, qui se trouve actuellement dans une situation extrêmement difficile ?

L'organisation a notamment perdu le contrôle de Falloujah, des préparatifs sont en cours pour qu'on lui retire également Mossoul, une des villes les plus importantes,...

Elle a besoin de se rehausser aux yeux de ses adeptes et du reste du monde. Cet état soi-disant islamique joue aussi sur l’échiquier international. C'est ce qu'on pourrait appeler, cette fois, des "innovations perverses."

Si l'auteur de l'attentat de Nice n'a pas été radicalisé, pourquoi Bernard Cazeneuve a-t-il parlé samedi de "radicalisation très rapide" en se basant sur des témoignages de proches ?

Pour justifier en quelque sorte les propos tenus plus tôt par les plus hautes autorités de l'Etat qui ont lancé l'idée imprudemment avant d'être repris par des chefs d'Etat étrangers. Comment revenir ensuite en arrière ?

Il aurait été plus sage de dire "attention, d'après les données dont nous disposons, il s'agit d'un déséquilibré mental qui a choisi cela".

Cela aurait évité d'angoisser la société entière sur la toute-puissance de Daech. Cela arrange tout le monde sur le court terme. L'Etat peut se dire "ce n'est pas nous, ce n'est pas la société française, c'est international. Il faut lutter encore plus contre Daech". Mais c'est contre-productif, car en ajoutant de l'angoisse à une atmosphère déjà électrique, on encourage les gens de cette nature à avoir recours à ce type de comportement pour remédier à leur propre angoisse.

On se trouve selon moi tout à fait en porte-à-faux par rapport à la réalité. J'en suis convaincu. Sauf si dans les jours qui viennent on m'apporte les preuves irréfutables du contraire.

Je serai le premier à me ranger à l'idée. Mais jusqu’à présent je ne vois aucune preuve irréfutable qui mettrait en cause le bien-fondé de ce que je dis.

Farhad Khosrokhavar* a notamment publié "Radicalisation" en 2014 (Maisons des sciences de l'homme)

Propos recueillis par Céline Rastello


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mar 19 Juil - 14:00


si ce texte ne va pas aussi loin que moi dans l'analyse du contexte qui produit ces "actes immondes", parce que des "réponses" on peut tout de même en avoir hors de l'alternative de ce "faux débat" qu'on nous suggère lourdement, il vaut comme petit discours de la méthode...


"plutôt qu'apporter des réponses, tenter de poser les bonnes questions"

Attentats de Nice : djihadiste ou déséquilibré ? Un faux débat.

Vladimir Garnier blog Médiapart 18 juillet 2016

« une idéologie de guerre »
« Comment expliquer, qu’en France, des personnes nourrissent une telle haine de la société
dans laquelle ils ont bien souvent grandi qu’ils tuent indistinctement des centaines de personnes ? »


Le 14 juillet, 22h45, sur la promenade des Anglais à Nice. Un camion fonce sur la foule. Dans la soirée et le lendemain, la quasi-totalité du paysage politique et médiatique est unanime : c’est un « attentat islamiste » signé de Daesh. Sur les réseaux sociaux, cette unanimité en l’absence de données fiables irrite de nombreux internautes. Djihadiste ou déséquilibré ? Le débat est lancé…

Citation :
Nous sommes le lendemain de l’attentat. Pour l’instant, aucun élément précis ne permet d’étayer avec certitude la thèse de l’attentat islamiste. A ce moment, l’identité de l’auteur n’est même pas encore certaine. Pourtant, une grande partie du paysage politique et médiatique en est déjà sûr : cette abomination est bien l’œuvre de Daesh. Un arc de forces qui va jusqu’au Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), pourtant d’habitude enclin à contester les interprétations hâtives sur le caractère terroriste d’une tuerie. Ce 15 juillet, le parti d’extrême gauche publie un communiqué mentionnant explicitement l’organisation djihadiste salafiste. Sur les réseaux sociaux, cette unanimité provoque l’ire de nombreux internautes. Pour eux, c’est un délit de sale gueule, voire raciste : seule la nationalité tunisienne du responsable présumé de l’attentat oriente l’analyse des médias mainstream et des hommes politiques.

Si la majorité des observateurs privilégient l’hypothèse djihadiste, c’est, selon eux, en raison du mode opératoire prôné par Daesh depuis plusieurs mois qui a été utilisé à Nice. 36h plus tard, la nouvelle tombe : l’organisation terroriste revendique l’attentat. Pourtant, ce fait ne désarme pas les contestataires les plus acharnés de la thèse djihadiste : il s’agit là d’une revendication opportuniste, après-coup, mais l’attentat n’a pas été commandité. Du côté des « experts » médiatiques, en revanche, pas de doute, l’organisation ne revendique jamais d’attentat lorsqu’ils ne sont pas de son fait. Ils en veulent pour preuve que celle-ci s’en est abstenue un certain nombre de fois où elle aurait pu le faire et qu’elle prend habituellement soin après chaque attentat de démontrer les liens qu’elle avait avec le ou les tueurs.

Affaire résolue donc ? Rien de si sûr. Au contraire, il y a fort à parier que les données produites ne feront pas taire la polémique et, surtout, que celle-ci ressurgira à chaque nouvel attentat. Et ce pour une raison très simple : ce ne sont pas simplement les faits qui alimentent le débat mais également les approches, les points de vue de chacun de ses protagonistes. Des interprétations souvent implicites qu’il est nécessaire de contextualiser pour comprendre les enjeux du débat, car celui-ci est loin d’être neutre.

Un faux débat ?

« L’enquête le montrera » : voilà une phrase qu’on a l’habitude d’entendre sur les plateaux télés occupés par les différents « experts » présents. Cette méthode d’analyse est désormais devenue un classique de la panoplie journalistique et très rares sont les médias qui ne se prêtent pas au jeu. A l’occasion des tueries de masse, la mécanique de l’information mainstream est désormais bien rodée : à côté des séquences chocs, à grands renforts de vidéos amateur, puis de séquences émotions sur la douleur des proches des victimes et la compassion des hommes politiques, il est devenu habituel d’y voir se glisser l’analyse policière. Qui sont les auteurs ? Ont-ils des complices ? Comment se sont-ils procuré leurs armes ? Etc. Derrière l’écran, chacun est amené à devenir un Sherlock Holmes amateur, muni d’une information « sûre » issue des services policiers et de renseignement.

De ce présupposé de « l’objectivité des faits », la science s’est souvent méfiée. A raison d’ailleurs, car l’interprétation des données est un exercice périlleux. Il convient d’abord d’analyser leurs conditions de production : qui en est à l’origine ? dans quel but ? par qui est-il financé ? Mais surtout, c’est la question de l’interprétation qui est la plus délicate. Comment expliquer les relations entre les différents faits ? Pourquoi ? « Expliquer », cela mobilise nécessairement une grille d’analyse, une interprétation, qui variera selon la sensibilité de chacun, l’environnement dans lequel il a vécu, ses opinions politiques, etc. Le processus d’objectivation des faits nécessite une vraie prise de distance critique vis-à-vis de soi : pourquoi est–ce que j’associe ce fait-ci à ce fait là ? est-ce justifié ? en quoi est-ce lié à mon propre parcours, mes idées ? Un cheminement long et sinueux à la base de toute production de savoir sérieuse et dont sont malheureusement bien souvent très éloignées les rédactions des médias.

Comprendre cela, c’est admettre qu’il n’y a donc pas une réalité intelligible, mais des interprétations plus ou moins plausibles (et donc proches de la réalité) qui se combinent, s’agencent, se contredisent parfois. C’est en ce sens que le débat à l’origine de cet article est nécessairement sans fond. Déséquilibré ayant disjoncté ou djihadiste étant passé à l’acte au nom de l’idéologie ? Surement un peu des deux, mais tout dépend ce que l’on cherche à comprendre et à expliquer. Tuer volontairement des centaines de personnes, au hasard, le bon sens nous surement fera dire qu’il faut être fou pour commettre un tel acte. Interrogez un psychologue, celui-ci vous dira peut-être qu’il ne l’est pas selon ses critères. Un autre, venant d’une autre école de pensée, avec d’autres critères, dira peut-être que oui. Nous voilà bien avancés.

Tout est relatif alors ? Oui et non, mais cela dépend surtout de la question qu’on pose. Or, dans les principaux médias, cette question, bien que de manière implicite, est quasi-exclusivement celle de la culpabilité du terroriste. D’ailleurs, il n’est pas anodin de constater que ceux qui cherchent à comprendre l’attitude du terroriste soit rapidement accusé de complaisance voire de complicité, de présenter les bourreaux comme les victimes. Et à ce petit jeu, il n’est pas étonnant de constater une telle unanimité. Car face à l’horreur, au carnage, aucune raison n’est en mesure d’excuser de tels actes. L’accusé est-il coupable ? on peut légitimement se demander où est l’intérêt d’une telle question. Dans la mesure où nous n’aurons pas pour charge de le juger, que celui-ci est bien souvent décédé, à l’instar de l’auteur de l’attentat de Nice, qu’il n’y aura donc pas de procès et enfin que la majorité des personnes condamnent sans hésitation ces actes.

L’insistance sur le jugement moral est un réflexe naturel chez la plupart d’entre nous : le choc engendre le besoin de juger pour être dépassé. Cependant, chez les médias, qu’on ne suppose pas si choqués quand on voit leur impudeur face au massacre et à l’horreur, celle-ci remplit une autre fonction : celle d’instrumentaliser nos émotions pour créer de faux débats et d’empêcher de poser d’autres questions.

Une idéologie de guerre

Et au milieu de ces autres questions qu’on serait en droit de se poser, il y en a une qui n’est jamais soulevée : « Comment expliquer, qu’en France, des personnes nourrissent une telle haine de la société dans laquelle ils ont bien souvent grandi qu’ils tuent indistinctement des centaines de personnes ? » Une question sur laquelle passe à côté toutes les analyses (qui peuvent être parfois convaincantes par ailleurs) sur le profil psychologique des individus ou la force de diffusion de l’idéologie djihadiste, et donc du débat qui a alimenté la sphère des réseaux sociaux ces jours-ci.

Djihadiste ou déséquilibré, surement un peu des deux mais certainement aussi être social. Enlever cette dernière donnée, c’est nécessairement sacrifier à la vision d’individus isolés, qui se radicalisent, parfois « très rapidement », sans explication, à la simple force des clips vidéo produits par Daesh. Cette vision est commode pour les hommes politiques car elle empêche de poser la question beaucoup moins consensuelle du type de société que nous voulons et elle consacre comme solution exclusive la voie sécuritaire
.

Face à une menace mobile, impossible à identifier, la seule solution serait de traquer ces « ennemis de l’intérieur » à coups de grands renforts policiers et militaires. Pas le temps de comprendre, de jauger les choix, il faut agir, rapidement, et toute remise en cause de cette vision est considéré un acte de complaisance avec l’ennemi. C’est une idéologie de « guerre » qui se met en place, largement alimenté par la manière dont les médias traitent l’information et canalisent les débats, un terme de plus en plus assumé au sein de la classe politique française. Une « guerre » lancée par les organisations terroristes salafistes et auquel nous serions sommés de répondre.

Ce scénario, s’il est bien ficelé, n’est pas convaincant. Dans celui-ci, une seule chose est bien vraie : c’est que le monde est en guerre, bien que l’Europe ait vécu jusqu’ici dans une bulle qui se perce peu à peu au gré des attentats qui se multiplient. Mais la validité du scénario s’arrête là. Car cette guerre n’a pas commencé le 11 janvier 2015, mais dure depuis d’une plus d’une décennie sur différents théâtres d’opération, alimentée par l’exacerbation de la crise économique et des rivalités géopolitiques, et la France en est un des principaux acteurs avec près d’une intervention militaire par an. Une guerre silencieuse, invisible qui commence à avoir des conséquences en Europe et qui est maintenant posée sur la table par les hommes politiques français et qui cherchent à faire valider le choix pris il y maintenant longtemps. De plus, les termes de celles-ci ne sont jamais clairement posés : pourquoi sommes-nous en guerre ? contre qui ? pouvons-nous l’éviter ? et qui est donc ce fameux « nous » ?

Et ici, pas grand-chose à se mettre sous la dent, si ce n’est  « nos » valeurs : la démocratie, la liberté, la fête, etc. contre « l’obscurantisme ». En d’autres termes, circulez, rien à voir
. Et on comprend mieux  le pourquoi d’un tel silence et de l’absence de débat quand on regarde un peu sous le tapis et qu’on interprète les discours des uns et des autres. Car derrière l’attaque de Nice, ils sont nombreux dans la classe politique à faire spontanément le lien avec la crise des migrants, les mosquées, le voile, etc. Quel est donc ce lien ? Mystère… Peut-être parce la guerre qu’ils appellent de leurs vœux est surement bien éloigné de « leurs » prétendues valeurs. Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’il est bien illusoire de penser que le renforcement de cette guerre amènera moins d’attentats. Elle en amènera plus, de toute évidence, il ne saurait y avoir de guerre sans victimes.

Je m’arrête là dans l’interprétation, car cet article a d’abord vocation, plus qu’à apporter des réponses, à tenter de poser les bonnes questions. Il est surtout une adresse à tous ceux qui, tentant légitimement d’apporter une autre voix que celle du discours médiatique dominant, invoque le profil psychologique du terroriste de Nice. Que Mohamed Lahouaiej Bouhlel fut un déséquilibré ou non, là n’est pas la question, tout comme celle de son affiliation à Daesh. Il est indéniable que les tueries de masse prennent de l’ampleur, qu’elles correspondent à une augmentation de la violence à l’œuvre dans le monde et la société et dont le canal islamiste est l'une des expressions. Dire ça, ce n'est pas tomber dans une posture réactionnaire, tant qu'on se rappelle qu’elle est le symptôme d’une guerre dans laquelle les hommes politiques français nous ont entrainés depuis longtemps. Il importe maintenant d’en faire le bilan et de déconstruire leurs solutions pour pouvoir imaginer un autre avenir et refouler les perspectives guerrières et sinistres de nos dirigeants là où elles le mérite : dans les poubelles de l’Histoire. Et vite, il y a urgence !


en l'espace de 24 heures, on apprend un attentat à la hâche, avéré islamiste*, en Allemagne, trois morts, plusieurs cas d'agressions en France, contre des femmes en tenue trop légère dans les Hautes-Alpes, sur une plage et aux Invalides, explicitement d'origine islamique, une fusillade faisant trois morts en Angleterre sans caractère "terroriste"...

tout se mêle dans une véritable pathologie sociétale...


* Attaque en Allemagne: pas de contact établi avec l'EI : « Leministre de l'Intérieur de Bavière, Joachim Herrmann : « un musulman pas très pratiquant... qui s'est radicalisé tout seul récemment, un homme calme, équilibré, qui se rendait à la mosquée pour les fêtes religieuses ». Mais aucun des témoins interrogés jusqu'ici ne le considérait comme "radical ou fanatique".»

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mar 19 Juil - 19:55


nous voilà rassurés

l'esprit du 11 janvier est bien là...


Etat d’urgence : feu vert des députés en commission à une prolongation de six mois

Le Monde.fr avec AFP 19.07.2016


Bernard Cazeneuve à la commission des lois. FRANCOIS GUILLOT / AFP

Citation :
Le chef du gouvernement, Manuel Valls, l’avait affirmé dès lundi soir, puis l’exécutif et le groupe PS à l’Assemblée ont fait de même dans la matinée du mardi 18 juillet : ils se veulent ouverts à la revendication des Républicains (LR) de prolonger l’état d’urgence de six mois avant le débat à l’Assemblée nationale prévu dès mardi soir, dans un climat politique très tendu avec la droite. Mardi dans l’après-midi, c’était au tour du chef de l’Etat, François Hollande, de se dire ouvert à une prolongation de six mois.

Les députés ont d’ores-et-déjà donné, en commission des lois, leur feu vert à une prolongation de six mois, soit jusqu’à fin janvier 2017, avant le vote prévu dans la soirée dans l’hémicycle de l’Assemblée. Après son examen au Palais Bourbon, le Sénat, où la droite est majoritaire et s’attache souvent à imprimer sa marque distinctive, se saisira du texte mercredi.

Le gouvernement ouvert à une prolongation de six mois

A l’issue du conseil des ministres mardi matin, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a déclaré que des propositions comme celle sur la prorogation de trois à six mois de la durée de l’état d’urgence, « peuvent faire l’objet d’une discussion » et qu’il est « possible de trouver un accord » avec Les Républicains sur l’allongement de la prorogation de l’état d’urgence, actuellement de trois mois dans le projet de loi.

Le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas, a jugé lui aussi, mardi, « pas incongru » que le prolongement de l’état d’urgence aille au-delà des trois mois proposés par le gouvernement et « englobe » la date anniversaire des attentats du 13 novembre 2015.

Un nouveau terme de six mois semble également « acceptable, correct » pour le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux. Pas question, en revanche, d’accepter les centres de rétention préventifs, une proposition « au-delà de la ligne rouge » de « l’Etat de droit », selon le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen.

Une prorogation de six mois : un « minimum » pour LR

Le parti Les Républicains (LR) souhaite que l’état d’urgence soit prolongé jusqu’au début de 2017. Le parti estime qu’une prorogation de six mois est un « minimum » et qu’elle pourrait aller « au-delà, pour prendre en compte les échéances [électorales] de l’année 2017 ».

Lundi soir, le bureau politique LR a posé ses « conditions » pour voter la prolongation et demandé par ailleurs qu’une commission d’enquête parlementaire soit mise en place sur l’attentat de Nice.

En vigueur depuis le 14 novembre 2015, l’état d’urgence était censé prendre fin le 26 juillet, après trois prolongations en novembre, février et mai. Mais dans la foulée de l’attentat de Nice, le président, François Hollande, a annoncé qu’il serait une nouvelle fois prolongé de trois mois. La possibilité de mener des perquisitions administratives dans le cadre de l’état d’urgence, qui avait été suspendue en mai, doit y être réintégrée.

Avec cette nouvelle période qui va s’étendre jusqu’au 26 octobre au moins, la France sera donc restée plus de onze mois sous ce régime censé s’appliquer pendant des périodes de crise exceptionnelle.

Christian Jacob lance un appel à la « dignité »

Du côté de l’opposition, Christian Jacob, président du groupe LR à l’Assemblée, a appelé mardi les députés de son parti au calme, à la « dignité » et à s’abstenir de tout « dérapage », lors du futur débat sur la prolongation de l’état d’urgence.

En milieu de journée, quelque 200 députés et sénateurs participaient à la réunion des parlementaires LR autour de Nicolas Sarkozy, au siège du parti à Paris. « Nous prendrons nos responsabilités, mais on ne peut pas ne pas voter cet état d’urgence », a-t-il aussi affirmé.

M. Jacob a également estimé que le débat, qui débute à 21 h 30, pourrait « durer jusqu’à vendredi » en raison des navettes parlementaires. Le Sénat, à majorité de droite et où le débat aura lieu mercredi, pourrait jouer les prolongations des débats parlementaires s’il adopte un texte différent de celui de l’Assemblée.



et qu'en dit "le Peuple français" ?

sondage en ligne Le Point, en cours

Êtes-vous favorable à une reconduction pour trois mois de l'état d'urgence ?

Oui (20 184 votants) 85.5%   Non (3422 votants) 14.5%



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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mer 20 Juil - 15:14


aux abris !
le temps des "bavures" est arrivé


«Une Garde nationale se constitue» (Hollande)  

Lefigaro.fr avec AFP 20/07/2016

Le président a lancé mercredi "un appel aux Français qui le souhaitent" à rejoindre les rangs des différentes réserves des forces de sécurité.


Crédits photo : AFP PHOTO / MEHDI FEDOUACH

Citation :
François Hollande a lancé aujourd'hui "un appel aux Français qui le souhaitent" à rejoindre les rangs des différentes réserves des forces de sécurité, soulignant qu'avec tous ces réservistes "une Garde nationale se constitue" en France. "Quand on ajoute toutes ces réserves, 1er et 2e niveaux, qu'on fait appel aux réserves de nos armées, on peut dire qu'en France se constitue avec vous une Garde nationale", a déclaré le président de la République en visitant le Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne).
 
"J'ai choisi de faire appel à toutes les femmes et tous les hommes qui, en parallèle d'une carrière d'étude ou d'un choix professionnel, ont choisi de s'engager au service de la protection des Français. D'ores et déjà 12.000 réservistes opérationnels de gendarmerie et de police sont disponibles. J'ai décidé de monter ce chiffre à 15.000 d'ici la fin de ce mois", a-t-il ajouté, six jours après l'attentat de Nice, qui a fait 84 morts. "Les préfets pourront ainsi puiser dans cette ressource pour assurer la sécurité des différents événements de l'été dans chaque département", a-t-il insisté.

François Hollande a par ailleurs "demandé au ministre de la Défense d'adresser des directives à tous les responsables territoriaux de la gendarmerie pour mobiliser les 28.000 titulaires d'un contrat d'engagement pour qu'ils se tiennent prêts pour les prochaines semaines", précisant qu'une "grande communication sera lancée sur internet et les réseaux sociaux pour relayer cette action". "J'ai également décidé de recourir à la réserve opérationnelle de 2e niveau", a-t-il dit, ce qui "représente un vivier supplémentaire de 10.000 retraités de la gendarmerie, il y en a ici, ayant quitté le service depuis moins de deux ans et qui peuvent être là encore opérationnels".

Le chef de l'Etat a par ailleurs appelé "tous les jeunes à s'engager dans le service civique". "J'appelle les Français à prendre contact avec les associations de protection civile, j'appelle chaque Français à suivre des formations aux premiers secours et aux gestes qui sauvent, car même dans certaines circonstances, nous devons être des concitoyens capables d'intervenir et de sauver".

La réserve opérationnelle est subdivisée en deux composantes :

- la réserve de 1er niveau (RO1), constituée de volontaires ayant souscrit un engagement à servir dans la réserve. En 2015, elle comptait 54 374 réservistes sous engagement : 28.100, soit près de 52 %, pour les armées et la DGA (Direction générale de l'Armement), et 26.274, soit plus de 48%, pour la gendarmerie.

- la réserve de 2e niveau (RO2), qui regroupe, sous un régime de disponibilité obligatoire, tous les anciens militaires, dans la limite des cinq années suivant la cessation de leur état militaire. En 2015, elle représentait, au total, un vivier de 127.022 réservistes anciens militaires : 98.264, soit plus de 77 %, pour les armées et la DGA et 28.758, soit près de 23 %, pour la gendarmerie.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Ven 22 Juil - 13:17


aux abris ! suite

pour information




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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mer 3 Aoû - 22:58


une réflexion de qualité, bien que la chute me paraisse un rien naïve



Néolibéralisme et terrorisme n’ont que faire des nations et se nourrissent de la décomposition de leur société, seule une alternative au capitalisme débridé pourrait repousser l’obscurantisme. Aucune militarisation de la société et lois liberticides ne pourront étouffer l’idéologie terroriste parce qu’un feu ne peut être combattu que par un contre-feu de même nature. Seul un mouvement d’inspiration révolutionnaire peut aspirer l’oxygène d’une contre-révolution.


Citation :
Combattre le feu par le feu

Le renouvellement en quasi-simultanéité par le parlement de la procédure du 49.3 sur la loi travail et de l’état d’urgence sur une période de 6 mois n’est pas dû au simple télescopage d’un calendrier dramatique, c’est la nature même de cette concomitance qui conduit à des conséquences dramatiques.

Une idéologie n’est pas qu’un corpus d’idée justifiant d’une réalité, cette activité théorique possède aussi une dimension performative, elle structure pour le meilleur ou pour le pire les fonctions de formation, d’encadrement, de programmation. Ces fonctions sont habituellement attribuées aux corps intermédiaires éducatifs, militant, politique, etc. Ces corps sont malades, car leur gouvernance institutionnelle s’éloigne du modèle démocratique sous les pressions d’une économie déterritorialisée défendant ses propres intérêts oligarchiques au détriment du pouvoir citoyen de se constituer comme acteur historique.

Le propre de l’idéologie néo-libérale est de ne pas apparaître comme idéologie en présentant la marchandisation de tous les espaces comme seule alternative plausible sous le couvert de la fin de l’histoire et des rapports de classes (le fameux slogan « There is no alternative » de Margaret Thatcher). Cette fausse-vraie démocratie est appelée aussi « post-démocratie » pour décrire un état intermédiaire qui n’est plus vraiment la démocratie tout en gardant l’apparence où les élites sous la férule des lobbies ou des groupes d’intérêt ont appris à gérer et manipuler les exigences de ses électeurs.

Une post-démocratie penche naturellement vers une dérive autoritaire. Elle est confirmée ici par l’alliance objective du 49.3 imposant la loi travail et l’institution de la plus longue durée d’une situation d’exception dans l’histoire moderne de la France. L’état d’urgence est moins une opposition au terrorisme qu’une adéquation à l’ultralibéralisme.

La stratégie du choc

Cette résolution par implosion de la société ressemble à une attitude suicidaire puisqu’elle sape ses propres fondements démocratiques tout en réprimant les mouvements sociaux susceptibles de porter une alternative à la crise. Mais le principe même du capitalisme n’est-il pas de prospérer sur le désastre ? C’est une stratégie du choc comme en témoigne le conflit en Afghanistan, puis en Irak, puis en Syrie dont est issu directement l’État Islamique. Cet échec cuisant de l’option militaire américaine incapable d’endiguer les vagues terroristes a permis le renforcement des pouvoirs politico-économiques aux États-Unis alors que les lois du Patriot Act depuis le 11 septembre 2001 ont consacré la diminution des droits civils n’empêchant en rien la multiplication des tueries de masse sur le sol américain.

De même, le défilé du 14 juillet dans un détournement des symboles républicains ne consacre plus la prise du pouvoir du « peuple », mais cette emprise marchande dont l’armée est l’instrument. La politique interventionniste en Afrique et au Moyen-Orient ne se mesure pas à la promotion démocratique dans ces pays, mais à l’économie de l’armement dont la France est le principal exportateur mondial. Alors que sur le plan intérieur, la « lacrymocratie » (gestion des mouvements par les gaz lacrymogènes) et la médiacratie (gouvernement par l’opinion) conduisent à la crise des institutions démocratique et confortent la concentration des pouvoirs financiers et médiatiques.

À quelques heures d’intervalles ce 14 juillet le président de la République peut indiquer le midi la fin de l’état d’urgence et suite à l’attentat de Nice le soir sa prolongation, confirmant à la fois l’inefficacité du dispositif déjà pointée dans un rapport parlementaire et sa vocation instrumentale au gré des surenchères électoralistes extrêmes-droitières piétinant allègrement l’État de droit et la Constitution.

Ce hold-up mental avait déjà été tenté après les attentats de novembre 2015. Il s’appuie toujours sur la même stratégie du choc comme manipulation des masses. Sous les effets conjugués et permanents de la sidération, de la peur et de la compassion commémorative, nous devenons obéissants, plus enclins à suivre les leaders qui prétendent garantir notre sécurité quitte à restreindre nos libertés. Cette manipulation des représentations symboliques de l’unité de la nation s’incarne dans la figure du chef d’État paternaliste et protecteur.

Quand le PS condamnait l’instrumentalisation de la peur du terrorisme à des fins politiques

Il est alors d’autant plus instructif de revoir cette interview de François Hollande le 14 janvier 2008 par l’excellent John Paul Lepers. Alors dans l’opposition l’ancien secrétaire du parti socialiste critiquait l’instrumentalisation de la peur terroriste à des fins politiques par le gouvernement sous Sarkozy.

Morceaux choisis :

JPL : Est-ce que vous trouvez dans notre pays vous François Hollande que nos libertés sont en danger ?
FH : Je crois qu’au nom d’une cause qui est juste et nécessaire, lutter contre le terrorisme, on est en train de faire des amalgames et des confusions. C’est-à-dire, celui qui n’est plus dans la norme, qui peut avoir un comportement déviant, qui peut parfois même être au-delà de la loi, peut être assimilé à un terroriste, ce qui est une atteinte grave aux libertés.
JPL : Pourquoi le pouvoir politique fait cela selon vous ?
FH : Je crois qu’il y a d’abord une espèce de mouvement politique, c’est-à-dire donner le sentiment qu’il y a une menace et que le pouvoir y répond. Donc il y a une intention politique…
JPL : Pourquoi il invente alors le pouvoir ?
FH : Peut-être pour montrer une efficacité qui sur d’autres terrains, notamment économiques et sociaux, n’est pas forcément au rendez-vous.
JPL : C’est grave quand même vos accusations Monsieur Hollande !
FH : Je pense que c’est grave de mettre en cause des hommes et des femmes, et privés de liberté, les accusés de terrorisme.


C’était à propos de l’« affaire Coupat » ou « affaire Tarnac ». L’insurrectionnalisme est-il un terrorisme ? Les publications de cette mouvance résurgente sont versées au procès comme pièces à conviction. Après 8 ans de procédure, le dossier se dégonfle aujourd’hui comme une baudruche et perd sa qualification de terrorisme malgré la décision du parquet général de se pourvoir en cassation.

L’ironie veut que cette même rhétorique de l’ultragauche soit reprise par le gouvernement Valls et on se demande bien pourquoi François Hollande ne lui a pas répété le contenu de son interview… Tout cela pour justifier l’instrumentalisation de l’état d’urgence dans son application répressive des derniers mouvements sociaux (assignation préventive à résidence, interdiction de se déplacer dans certaines zones, mise en garde à vue et inculpations sur simples présomptions, débridage des violences policières en guise de dissuasion à manifester, etc.).

On peut imaginer que le nouvel état d’urgence, rallongé et durci, ne manquera pas d’étendre cette répression dès la rentrée sociale à toutes les formes de mobilisation, occupation, manifestation. La tendance est de passer de l’état d’urgence à l’État d’urgence (avec majuscule), c’est-à-dire d’une situation d’urgence avec ses dispositifs d’exception à un État d’exception de type autoritaire (ce basculement peut se produire sans coup d’État intérieur comme en Turquie, simplement à l’occasion des prochaines élections de 2017).

Les occupants des places publiques ont été traités de « zadistes », les manifestants de « casseurs », des suprêmes insultes sans doute dans la bouche des accusateurs qui voient selon eux proliférer toute la racaille gauchiste, populaire, marginale. Les renseignements généraux ont même cru apercevoir l’ombre de Julien Coupat hanter les réunions (que ne ferait-on pas sans lui !).

Cette stigmatisation d’un mouvement protestataire jugé trop radical voudrait attiser les peurs en amalgamant résistance politique et terrorisme. Et si au contraire c’était lui le meilleur rempart contre le terrorisme ? Sa nature éruptive et situationnelle n’est-elle pas la mieux à même de déconstruire le modèle djihadiste ? Ce n’est pas dans les ZAD et l’occupation des places que se forment les apprentis terroristes, mais dans les fans zones morbides d’une logorrhée mondialisée.

Idéologie par capillarité

Alors qu’une vague d’attentat frappe la France et l’Allemagne ces derniers jours, les modes explicatifs restent inchangés. La notion de « radicalisation » employée à profusion n’a pas grand lien avec la compréhension de la radicalité et des processus en cours.

Soutenir que ces assassins sont des forcenés ou encore les soldats fous d’une armée ennemie ne suffit plus à comprendre un phénomène avant tout idéologique. Et si la série de tueries de la fusillade de Columbine en 1999 aux États-Unis jusqu’aux 77 personnes tuées en Norvège en 2011 par Anders Breivik n’étaient que l’annonce d’un terrorisme suicidaire répandu aujourd’hui sous la bannière de l’État Islamique ? Il est important de comprendre comme le soutient le philosophe italien Franco « Bifo » Berardi en quoi ces courants autodestructeurs ne sont pas éloignés.

Chacun y va de son sociologisme ou de son psychologisme dont la seule pertinence démonstrative est de se répandre dans les médias. Ainsi sort-on du chapeau la « radicalisation rapide » reprise par le ministre de l’Intérieur en mal d’interprétation justificatrice. Bientôt viendra la « radicalisation immédiate » achevant de décrédibiliser ce mode explicatif. En miroir les propositions de « déradicalisation » ne peuvent gagner en pertinence.

Il n’est venu à personne d’accuser de « radicalisation » le co-pilote de la Germanwings qui a volontairement crashé le 24 mars 2015 dans les Alpes un avion de ligne avec ses 144 passagers et ses 6 membres d’équipage. Personne ne semble avoir fait le parallèle sans doute parce qu’il était allemand et non musulman. Comme le remarque un journaliste aux États-Unis « Les tireurs de couleur sont appelés terroristes et les tireurs blancs malades mentaux ».

Or, si nous nous situons uniquement sur le modus operandi, nous pourrions trouver des schémas concordant dans la construction de l’action du pilote de l’avion et du conducteur du camion du 14 juillet. Il est important de souligner qu’il s’agit toujours d’un suicide qui s’accompagne d’autres morts. Pour exercer leur violence, ils empruntent à un répertoire mental et comportemental disponible à une époque donnée.

Le débat qui s’est instauré au sujet du tireur « fou » de Munich le 22 juillet est aussi révélateur. Il est avéré qu’il a été fasciné par les tueries suicidaires et s’était inspiré d’un autre jeune allemand de 17 ans qui avait tué quinze personnes dans son ancien collège. Il n’a pas été possible d’établir un quelconque lien avec Daech ou une « radicalisation islamique ». En revanche toujours en Allemagne quelques jours plutôt le 18 juillet un jeune afghan attaquant à la hache les passagers d’un train s’est revendiqué « soldat de l’État Islamique ». De même, le 24 juillet toujours en Allemagne, un réfugié syrien meurt en provoquant une explosion devant un restaurant, le qualificatif d’attentat est retenu, son passé psychiatrique est proposé avant que l’on découvre qu’il a fait allégeance » au groupe djihadiste État islamique.

Nous voyons donc que la qualification de « terrorisme » n’est pas obligatoirement liée à la grandeur et la forme des crimes ni réductible à un enchainement de causalités lié au profil individuel de l’auteur, mais à la possibilité de raccrocher l’acte à une idéologie et une organisation.

À partir du moment où ce lien n’est pas avéré, il perd le qualificatif. On peut poser l’hypothèse inverse que toutes ces tueries suicidaires aient un lien avec une idéologie, qu’elles s’en revendiquent ou non ; seulement il existe différentes couches plus ou moins apparentes. La couche daechienne étant une surcouche, la plus visible et la plus communicative. Fluide, elle agit sur la surface par capillarité ayant trouvé « l’astuce » religieuse pour pénétrer des couches plus profondes sans lesquelles elle ne pourrait se diffuser. Paradoxalement ce n’est pas les idéologies les plus visibles qui sont les plus dangereuses.

Capitalisme absolu

Quand Nicolas Sarkozy dit en réaction au dernier attentat à Rouen le 26 juillet « notre ennemi n’a pas de tabou, pas de limite, pas de morale, pas de frontière », nous pourrions parfaitement l’appliquer à une définition du capitalisme absolu qui ne reconnait aucune loi. Lui n’a pas besoin de communiquer, son idéologie pénètre au plus profond des corps, ses forces de destruction n’ont pas d’équivalent avec le terrorisme de surface et cause directement ou indirectement bien plus de victimes. Le monde de la finance et des multinationales suicide en masse au point que cela « devienne une mode » comme le disait si cyniquement l’ancien président de France Télécom. Une mode sans doute le suicide par milliers des petits paysans indiens couverts de dette par l’achat de semences OGM Monsanto, etc., etc. Cette emprise idéologie s’incarne dans une profonde désespérance dépossédant la personne de la maitrise de sa vie. Le nihilisme suicidaire en est sa face obscure. Comprendre ces tueries comme processus systémique, c’est donc engager une réponse politique.

Daech peut faire beaucoup de mal, mais il ne peut détruire une société si elle-même ne porte pas ses propres forces de destruction. Ce que provoque Daech, ce n’est pas une « conversion » dont on sait qu’elle n’a pas grand rapport avec la maîtrise du religieux, mais une « autorisation », au plus précisément le déblocage d’un registre à un autre sans en avoir nécessairement conscience. Il n’est donc pas étrange que ces « conversions » de personnes non religieuses soient plus nombreuses dans les dossiers antiterrorisme que l’appartenance d’origine à une religion. On peut même concevoir que plus la personne est religieuse, c’est-à-dire détentrice consciente d’une couche idéologique structurante, moins ce basculement s’effectue. Et si l’option du fondamentalisme participe à cette surcouche qui favorise la bascule, les fondamentalistes ne sont rarement ceux qui passent directement à l’acte.

Il n’est pas non plus étonnant que ces forcenées appartiennent essentiellement à la gent masculine. Face à la dépossession d’un statut, sans incorporation de sa frustration dans une lutte de classe, soumis à la compétitivité exaltée par le monde libéral d’être le gagnant, l’individu à l’opportunité de n’être plus un « fou isolé », il devient l’élément (sur)humain s’emboîtant à d’autres éléments, un point référentiel d’un ordre s’opposant à un autre ordre, une compétition à une autre compétition, une performance à une autre performance. Cette autorisation à tuer permet de changer de statut.

Jean Rostand exprima simplement dans une maxime ce jeu des légitimités : « On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un dieu ». D’une manière plus prosaïque, les services secrets de tout temps ont utilisé ce jeu entre différentes couches idéologiques, retournant des individus « normalement intégrés » dans l’ordre établi pour en faire des espions dormants d’un ordre contre un autre. Ils leur offrent un répertoire d’action.

Ces registres de l’action structurés par couches sont aussi appelés en sociologie « pattern ». C’est par ce mode opératoire et non la biographie, la psychologie ou les croyances du personnage que l’on peut relier des actes apparemment sans rapports, se déroulant dans des zones socioculturelles éloignées. En revanche le fait qu’ils soient plutôt jeunes, voire très jeune est un indicateur de la perméabilité entre un horizon d’attente et la possibilité de s’approprier un kit idéologique clefs en main.

Théorie du drone

On aurait tort de réduire la toile internet et ses réseaux de sociaux à un support de prolifération. Ce n’est pas le web qui crée ces idéologies, ce sont ces idéologies qui épousent la forme réticulaire de la dématérialisation numérique. La restriction des espaces d’expression et les tentatives de contrôle ne peuvent que renforcer l’irradiation de la partie la plus obscure du web.

Qui va décider d’abaisser et selon quels critères le seuil de suspicion d’une dérive criminelle ? Les tentatives de profilage et de « dépistage précoce » non seulement se montrent inopérantes, mais particulièrement dangereuses pour les libertés individuelles, particulièrement si elles s’appuient sur des routines informatiques. La logique technicienne s’auto-alimente comme une force de production autonome, une entité spécifique découplée moralement de l’humain.

Comme un écran de fumée masquant l’idéologie profonde, répandre obsessionnellement la rhétorique du terrorisme n’est nullement un amalgame ou un dérapage verbal. Ce n’est pas une gradation supplémentaire sur l’échelle de la répression, mais une mise en condition d’un nouveau régime politique. Ce qui est nouveau, ce n’est pas la nature de l’ordre pénal, mais c’est de s’en passer.

C’est l’arbitraire technocratique de l’état d’urgence qui ne peut s’accomplir sans l’apport d’une logique technicien qui enlève tout libre arbitre aussi bien pour la victime que pour le bourreau. Les drones antiterroristes et les programmes fureteurs sur Internet obéissent aux mêmes algorithmes.

La théorie du drone décrit cette violence à distance, télécommandée, recomposant la notion de guerre en une « chasse à l’homme préventive ». Pour tuer ou faire consommer, il faut déterminer l’intention avant que l’acte soit commis en comparant votre comportement à un schéma type. Votre pattern virtuel vous colle à la peau de manière bien réelle.

Il s’agit bien des mêmes méthodes de schématisation qui gomment les aspérités et les singularités individuelles pour dresser des catégories qui deviennent des « publics cibles » au profit d’usages commerciaux ou sécuritaires.

Les ouvrages et les films d’anticipation ont été les mieux à même de décrire ce moment de suffocation où l’on découvre que notre réalité n’est pas la réalité, mais une construction de la technologie du pouvoir. Un peu comme une cage de verre où l’on pense être libre tant qu’on reste dans le périmètre attribué et contre laquelle on se cogne dès que l’on exprime quelque velléité d’une autonomie du mouvement.

Est-ce la radicalité qui nourrit le terrorisme ou au contraire une nouvelle forme de radicalité qui permettrait de le combattre en posant à la fois une rupture et un enracinement. Elle peut rompre avec cette phénoménologie du désespoir conduisant à la tuerie suicidaire, se déprendre du lien entre exploitation économique et système de répression qui affaiblit le corps social. Quant à l’enracinement dans des territoires autonomes d’expérimentation d’une nouvelle gouvernance, il serait la meilleure réponse à une virtualisation et une décorporalisation de l’individu économique globalisé qu’impose l’ultralibéralisme comme forme générale de la socialité.

Contre-espaces

Les partis politiques traditionnels se montrent incapables de capter et d’assimiler cette intelligence sociale des mouvements, intelligence qu’ils préfèrent sous-traitée auprès de think tanks défendant leurs propres intérêts de classe. Perdant leurs fonctions d’encadrement et de programmation, ils sont devenus de simples coquilles vides, écuries à candidat comme le dénonce certains démissionnaires.

Le pourvoir politique devrait accepter le frottement rugueux de ces contre-espaces. Une génération dans une autoformation réciproque expérimente des modes de gouvernance qui participent à une relégitimation de l’action politique.

Ces zones autonomes à géométrie variable, enracinées ou en rhizome, resserré ou en liens lâches, empruntent aux modes d’organisation et de propagation des réseaux déconcentrés horizontaux. Cette manière de faire archipel procède d’une culture transfrontalière. Pour cette raison ces acteurs sont les mieux armés pour répondre à la déstructuration implosive de notre époque dont se nourrissent aussi bien l’idéologie néolibérale que djihadiste. Pour cette raison également le logiciel nationaliste renvoie au passé et profite plus à la logique réactionnaire identitaire comme le démontre le Brexit qu’à la gauche radicale citoyenniste qui s’en inspire, de Mélenchon à Lordon. D’autre part, la notion de « peuple » cher aux populistes reste une catégorie unificatrice du pouvoir.

Ce sont dans tous les cas des lignes de tension pour ne pas dire de fracture qui traversent les mouvements actuels. À la mondialisation du capital et de la terreur ne peut répondre qu’une forme à la fois transnationale et locale. C’est un dépassement des mouvements nationalistes et internationalistes du siècle dernier puisqu’il ne s’agit plus de compiler ou de fédérer les cadres existants, mais d’en construire de nouveaux entre globalisation de l’individu et implication territoriale.

La lutte des classes ne s’estompe pas, elle épouse de nouveaux contours. Ce qui se passe dans le monde numérique est un bon observatoire de cette lutte entre capitalisme cognitif, nihilisme fasciste et hacking libertaire.

On peut le transposer aux autres domaines de l’expérience humaine pour essayer de définir ce que serait une « politique de la multitude » renouvelant les traditions communistes et anarcho-syndicaliste révolutionariste. Les « lanceurs d’alerte » sont une autre expression moderne de cette dissidence. La résurgence de la notion des « communs » comme ressources partageables en accès libre entre l’économie privée et publique selon un modèle de gouvernance collective est aussi symptomatique de la recherche d’alternative.

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Dim 7 Aoû - 11:09


terrorisme et anti-terrorisme, vérité crue d'un tout

A Manuel Valls : Vous n'avez rien fait contre le terrorisme

Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis, Libération 3 août 2016

A Manuel Valls : "Ce que vous répétez après chaque attaque est faux et mensonger : il n'est pas exact de dire que « tout a été fait » et que toutes les mesures de sécurité ont été prises. Rien n'a été fait. Vous n’avez rien fait contre le terrorisme. Car rien n’a été entrepris contre les causes de la violence politique et sociale, et contre les structures qui l'engendrent"

Citation :
« si la guerre par « tous les moyens » n’empêche pas les attaques de se reproduire,
ne serait-ce pas parce que ces « moyens » et la « reproduction des attaques »
s’inscrivent dans un même dispositif historico-politique ?
Ne serait ce pas parce que l’un et l’autre fonctionnent ensemble, et sont liés entre eux ? »

Citation :
Depuis les attaques à Magnanville, à Nice, puis à Saint Etienne du Rouvray, nous sommes sous le choc. Comme tout le monde. Et probablement comme vous.

Nous avons peur, nous sommes parfois effrayés et angoissés quand nous nous déplaçons dans un lieu public, quand nous marchons dans la rue, quand nous nous rendons au supermarché ou à un concert.

Nous regardons notre époque, cette époque d'inquiétude, et nous croyons que nous sommes en train de vivre quelque chose de nouveau ou, en tout cas, un moment singulier, inédit et déstabilisant.

Mais le pire dans cette situation est cette impression qu'il nous faut souffrir deux fois : non seulement de cette peur, de cet effarement devant la mort, mais aussi du désarroi de se trouver pris dans un cycle infernal que rien ne semble pouvoir arrêter. Comme si nous étions engagés dans un présent tragique qui était appelé à se répéter encore et encore.

Fatalité

Cette sensation d’une violence inexorable a des causes et une histoire. Il y a les images des meurtres et des cadavres d’abord, qui passent et repassent en boucle sur les écrans de nos téléphones, à la télévision, dans la presse.

Mais il y a aussi les mots. Et parmi ces mots, il y a les vôtres.

Vous déclariez par exemple, il y a quelques temps : « Nous connaîtrons de nouveau des attaques. D’autres innocents perdront la vie ». Vous avez répété, il y a quelques jours : « il y aura de nouveaux attentats. C’est difficile à dire, mais d’autres vies seront fauchées. »

Autrement dit, Il n’y aurait aucun moyen d’empêcher que d’autres attentats se produisent. Ils relèveraient de la fatalité.

Ce discours de la fatalité, vous y êtes habitué et vous voulez nous y habituer. C’est aussi à lui que vous avez eu recours lorsque vous expliquiez, juste après l’attaque de Nice, que toutes les mesures de sécurité avaient été prises mais qu’aucune n’avait suffi à empêcher ce qui s’est passé - et que rien, de toute façon, ne pourrait jamais suffire à totalement prévenir ce genre de menaces.

Moyens

Après l’assassinat du prêtre à Saint-Etienne du Rouvray, François Hollande a déclaré vouloir mener une « guerre » contre l’Etat Islamique « par tous les moyens ».

Cette déclaration, en tant que telle, n’est pas gênante. Et même, en un sens, comment ne pas l’approuver et s’en réjouir ? Mais est-elle vraie ? A quels moyens Hollande pense-t-il ? Et vous, à quels moyens pensez vous ? Et surtout, à quels autres moyens ne pensez-vous jamais, quels moyens refusez-vous de voir, de prendre en considération, et pourquoi ?  

Nous voudrions poser la question suivante : si les attentats continueront de se reproduire malgré « tous les moyens » déployés contre eux, ne faudrait-il pas s’interroger sur ces moyens et sur leur efficacité ? Et même : si la guerre par « tous les moyens » n’empêche pas les attaques de se reproduire, ne serait-ce pas parce que ces « moyens » et la « reproduction des attaques » s’inscrivent dans un même dispositif historico-politique ? Ne serait ce pas parce que l’un et l’autre fonctionnent ensemble, et sont liés entre eux ?

Négativité

Car une chose est claire : quand vous parlez de moyens, c’est de surveillance et de répression que vous parlez. Toujours.

Pour vous et pour Hollande, comme pour une grande partie de l’espace médiatique et politique désormais, la « lutte contre le terrorisme » est devenue synonyme de la mise en place d'une politique qui se réduit à essayer de contrôler ce que notre monde produit  : mobiliser l’armée et la police, étendre les législations d’exception ou les pouvoirs des procureurs, fermer quelques sites internet, surveiller les processus de « radicalisation », créer un garde nationale... tous ces moyens qui ont été utilisés en vain, nous l’avons constaté, et qui continuerons d’être utilisés en vain, c’est vous-mêmes qui le dites.

Cette situation est révélatrice de l’humeur générale qui règne aujourd’hui, de l’emprise que les logiques conservatrices exercent sur les cerveaux, et de la droitisation du champ politique.

Bien sûr, il n'est pas question de dire que l’action de la police serait totalement inutile ou qu’elle ne pourrait pas, de temps à autre, stopper des projets criminels. Cela n’aurait aucun sens.

Mais en même temps, depuis la prolifération des attentats, nous constatons la quasi-absence de tout réflexe de gauche sur la question du terrorisme. Par gauche, nous ne voulons pas parler d’une idéologie fixe, ni d’un programme immuable, mais, en opposition à la droite, d’une tentative de réduire la violence et d’aborder les problèmes rationnellement.

A chaque fois que la biographie d’un des auteurs d’une attaque est publiée, nous y lisons les mots prison, misère (pas seulement économique), racisme, homophobie, violences exercées sur les femmes, chômage, exclusion scolaire, relégation urbaine, précarité, etc.

Et pourtant lorsque François Hollande et vous promettez de faire la guerre au terrorisme, jamais vous ne parlez de faire la guerre à la relégation scolaire, à la violence sociale, aux conditions de détention, à l’islamophobie, aux racismes, à la ségrégation urbaine, à la précarité ou à la violence policière. Nous savons que pratiquement tous ceux qui ont perpétré des attaques ont eu des vies marquées par ces expériences et les conséquences psychiques qu’elles engendrent. Pourquoi ne le voyez vous pas, ou, plutôt, pourquoi ne voulez vous pas voir cette réalité, si évidente ? Pourquoi ne la prenez vous pas en compte lorsque vous désignez ce qui doit être éradiqué par la « lutte contre le terrorisme »?

Mensonge

Ce que vous et François Hollande répétez à longueur de journée et après chaque attaque est donc faux et mensonger : il n'est pas exact de dire que « tout a été fait » et que toutes les mesures de sécurité ont été prises. Rien n'a été fait. Vous n’avez rien fait contre le terrorisme. Car rien n’a été entrepris contre les causes de la violence politique et sociale, contre les structures qui l'engendrent, contre les conditions de vie qui font naître chez un individu le désir de destruction.

Vous ne dites pas la vérité quand vous affirmez que la guerre contre le terrorisme est menée par « tous les moyens » : aucun des moyens dont dispose l’Etat, dont vous disposez pour créer un monde plus juste, plus sûr et pour arracher les individus à la logique de la haine n’ont été utilisés – et l’on pourrait même dire que c’est, dans ce registre, plutôt l’inverse que vous avez fait, et qu’on a plutôt assisté, ces derniers mois, au triomphe de la régression sociale.

Vos propos selon lesquels nous devons nous habituer au fait que d'autres attentats sont à venir contiennent une face sombre et menaçante. Ils pourraient bien être une manière de nous dire : « Sachez que nous n'allons rien faire contre les causes du terrorisme et il faudra vous y habituer ».

Vous nous répondrez qu’il y a d’autres causes, que l’auteur de l’attaque de Nice par exemple souffrait plutôt de problèmes psychiatriques que de problème sociaux. Mais précisément, cela devrait vous inciter à réfléchir sur les différences sociales d’accès à la psychiatrie, à l’hôpital et à la médecine – sans oublier d’ailleurs la question de la lutte conte l’homophobie puisqu’il semble que la gestion d’une identité sexuelle stigmatisée dans des milieux homophobes engendre des tensions psychiques qui peuvent amener des individus à des comportements destructeurs.

Nous n’ignorons pas non plus que le problème est international et qu’il se pose à une échelle plus large que celle de la France. Mais cela signifie simplement que différentes logiques sont à l’œuvre : la politique étrangère, le fonctionnement du capitalisme, la manière d’appréhender un monde postcolonial. Votre rôle et le rôle de l’Etat devraient être de démêler ces logiques et d’essayer de les combattre chacune dans leur singularité plutôt que de tout assimiler dans la catégorie abstraite et aveuglante de « terrorisme islamiste ».

Il y a un phénomène très frappant et très révélateur de votre incompréhension du monde et de sa violence, que nous avons pu observer ces derniers temps. Nous avons remarqué que, quand un attentat se produit, ce sont le Président de la République, vous, ainsi que les ministres de la Défense et de l'Intérieur qui sitôt apparaissez et prenez la parole. Pourquoi ce ne sont jamais les ministres de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur, de la Ville, du Logement, de la Santé ? C’est cette attitude que l’on serrait en droit d’attendre d’un gouvernement de gauche, qui afficherait ainsi sa volonté de comprendre ce qui s’est passé et les manières d’y remédier.

Pluralité

Précisons une chose : Dire que lutter contre le terrorisme devrait signifier s’attaquer à l'ensemble des facteurs qui fabriquent des misères de position, c’est-à-dire à ces situations qui, à différents niveaux,  engendrent du ressentiment, de la colère et des affects violents, ce n'est en rien, contrairement à l'objection simpliste mais courante, ramener la question du djihadisme à la question économique. Parler de déterminisme et de causalité, ce n’est pas seulement évoquer l’économie. C’est mettre en évidence la multiplicité des facteurs de domination, leur intrication, et leur manière de produire des subjectivations agressives et haineuses.

Tant que l'on ne verra pas d'enfants du 16e arrondissement qui ont fait leurs études à Janson de Sailly puis à l’ENA descendre dans la rue avec des Kalachnikov pour commettre un attentat, toute réflexion autre que sociologique n'aura strictement aucun sens.

La gauche ou la guerre

Dans son Journal, en septembre 1986, Jean Luc Lagarce écrivait, à propos des attentats qui frappaient alors Paris, notamment celui de la rue de Rennes : « Ce n’est pas tant la peur de mourir écrasé sous les décombres d’un supermarché qui serre la gorge, c’est bien plutôt le sentiment de voir apparaître de nouvelles mentalités, de voir naître de nouvelles valeurs épouvantables »

Aujourd’hui, nous avons peur parce qu’aucun discours censé nous rassurer ne nous rassure. Vous ne nous rassurez pas. Vous nous inquiétez et vous nous terrifiez.

Nous avons besoin de construire de nouvelles narrations du terrorisme et surtout de nouvelles manières de signifier publiquement ce que veulent dire les mots sécurité, lutter, moyens, guerre, etc. Et vous nous en empêchez.

Vous et François Hollande n’avez rien fait contre le terrorisme parce qu’à aucun moment vous n’avez pensé en termes de guerre contre les structures inégalitaires qui rendent la vie invivable.

Nous attendons du gouvernement qu’il mène une politique sécuritaire. Si le mot « sécuritaire » renvoie à l’idée d’une sécurité maximale, il passe par la protection des individus contre toutes les formes de précarité. Et alors, qui s’y opposerait ? La sécurité n’est pas assurée d’abord par la police ou par l’armée. Elle trouve sa source dans le système scolaire, dans la création d’aides sociales, dans l’accès à la culture, tout ce que vous vous acharnez à détruire.

Tant que cette guerre-là n’est pas menée, tant que des partis politiques de gauche ne tiennent pas un discours radical sur cette question, il n'y a aucune raison que les choses changent. Et, comme Lagarce le craignait, de nouvelles mentalités et de nouvelles valeurs épouvantables risquent de s’installer pour longtemps.

Edouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie

les commentaires du Club Médiapart

la réponse de Valls dans Libération, 4 août

 
Le Premier ministre répond à l’écrivain Edouard Louis et au philosophe Geoffroy de Lagasnerie qui l’appelaient, dans «Libération» de jeudi, à s’attaquer aux sources sociales de la violence.

Manuel Valls a écrit:
Je ne peux pas laisser sans réponse la lettre ouverte publiée jeudi par Edouard Louis et Geoffroy de Lagasnerie dans vos colonnes. Deux intellectuels de gauche, dans un journal de gauche, méritent une réponse claire, d’un Premier ministre de gauche. D’abord, parce que les auteurs, en niant que tout est fait pour lutter contre le terrorisme, alimentent les peurs des Français, ajoutent à la menace le doute et le scepticisme - je ne saurais l’accepter. Mais aussi parce que ce faisant, ils mettent en cause l’action de l’Etat, l’action de celles et ceux qui, dans nos forces de sécurité et nos armées, dans nos écoles, nos hôpitaux, nos caisses de sécurité sociale, dans nos mairies, sont la réponse collective de la nation face au défi terroriste. Les auteurs, dans leur texte, font preuve d’une cécité - sans doute très confortable - qui est selon moi une faute. Cécité par rapport à l’action des pouvoirs publics. Cécité, aussi, quant aux racines profondes de la menace. Je veux le dire très clairement aux Français : oui, nous faisons tout contre le terrorisme. Les auteurs opposent une action dans le seul domaine de la sécurité - surveillance, répression - et une action pour lutter contre les inégalités sociales, scolaires, une action qui s’appuie aussi sur la connaissance et l’analyse des phénomènes, sur la recherche en sciences humaines et sociales, en psychologie. Mais enfin ! Notre politique antiterroriste s’appuie - bien évidemment ! - sur ces deux piliers, et ce depuis plus de quatre ans. Tout est mis en œuvre pour traquer les terroristes, empêcher des attentats, adapter notre arsenal législatif à une menace en constante évolution. Nos forces aériennes frappent Daech dans ses bastions en Irak et en Syrie, et l’emprise de cette organisation terroriste recule au Levant. Nous agissons aussi sur notre sol, avec le renforcement des effectifs et des moyens de nos forces de sécurité, avec deux lois antiterroristes, deux lois sur le renseignement, une loi sur la procédure pénale, avec la réforme du régime de l’Etat d’urgence.

Mais nous agissons aussi, bien sûr, pour traiter les causes profondes du terrorisme, pour retisser les liens qui se défont dans notre société, pour combler ces fractures dans lesquelles les communautarismes, les extrémismes s’engouffrent. Qui peut sérieusement soutenir que le gouvernement détourne les yeux face aux inégalités sociales, au chômage, à l’exclusion, aux discriminations, à la situation dans nos quartiers ? Alors que nous avons refondé l’école de la République, pour que l’égalité des chances ne soit plus une promesse se heurtant au mur des réalités. Alors qu’élu d’Evry, j’ai été l’un des premiers à dénoncer l’existence d’un apartheid social et territorial au sein de notre République. Alors que nous remettons avec détermination des services publics dans nos quartiers populaires, dans les zones périurbaines, dans le monde rural, en outre-mer comme en métropole. Alors que nous faisons tout pour casser les logiques de ségrégation, pour ne rien laisser passer en matière de racisme, d’antisémitisme, d’homophobie. Pour que chacun se sente pleinement citoyen, partage une même envie de construire l’avenir ensemble. Le Parlement examine en ce moment même deux textes, l’un sur l’égalité et la citoyenneté et l’autre sur l’égalité réelle en outre-mer, pour que, partout, la République se traduise en actes.

Vérité

Dès 2013, le gouvernement s’est engagé dans une politique de prévention de la radicalisation, totalement novatrice dans notre pays. Après un premier plan adopté en 2014, le deuxième, que j’ai présenté, avec le ministre de l’Intérieur, en mai, a bien comme objectif de mobiliser tous les ministères, notamment, aux côtés de la Justice et de l’Intérieur, ceux de l’Education nationale, des Affaires sociales, des Familles, ou encore de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Et il faudra aller plus loin encore. Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation pilote l’action de pas moins de 18 départements ministériels. Tous ces ministères ont intégré dans leur politique une dimension préventive face au terrorisme. Non : contrairement à ce qui est asséné, la réponse gouvernementale ne se limite pas au démantèlement - nécessaire - des filières terroristes.

Malgré tout cela, même si tous les moyens de l’Etat de droit sont mis en œuvre, le risque zéro n’existe pas. Dire cela, ce n’est pas un «discours de fatalité», mais un discours de vérité - confondre les deux, c’est au fond refuser de voir la réalité pour s’enfermer dans la posture. Une vérité dure, difficile à porter pour un Premier ministre, mais une vérité à laquelle les Français ont droit. Oui, nous sommes entrés dans une période longue, la menace terroriste restera forte, et nous devons, chacun à notre place, faire face à ces risques nouveaux. Et moi, je crois que le vrai «discours de fatalité», c’est celui d’Edouard Louis et de Geoffroy de Lagasnerie. En dressant un profil type des terroristes, dont les points communs seraient la misère, l’exclusion, la désespérance sociale - ce qui est au demeurant loin de se vérifier à chaque fois -, ils dessinent, en creux, une forme de déterminisme, qui ferait de tous les jeunes des quartiers populaires des terroristes en puissance. C’est ce discours - le même qui était présenté il y a quelques années concernant la délinquance - qui est dangereux. Car il crée la suspicion vis-à-vis de l’immigration et de l’islam, car il accroît les divisions, fait le jeu des populismes. Enfin, quand on est intellectuel et que l’on analyse les dynamiques sociales du terrorisme, il est curieux de faire une impasse totale sur la matrice idéologique qui nourrit le jihadisme, en grande partie salafiste. Comment ne pas voir que la sphère jihadiste constitue une entreprise idéologique à visée totalitaire d’un genre nouveau ?

Schémas classiques

Curieux, aussi, de ne pas s’intéresser à la relance du chantier de construction d’un islam de France, à la fois reconnu et respecté au sein de la nation. Elle répond à la double nécessité de réaffirmer la pleine appartenance des Français de confession musulmane à la vie collective, dans le respect des règles de la laïcité. Et elle vise à prévenir les tentatives de déstabilisation dont certaines associations cultuelles peuvent être victimes. Les auteurs reprochent au gouvernement de ne pas avoir de «réflexe de gauche»… Mais être de gauche, c’est voir qu’il y a, bien sûr, des déterminants liés à la situation économique et sociale, mais voir aussi que ce n’est qu’une part de la réalité. C’est appréhender les situations dans toute leur complexité. C’est voir que parfois les schémas classiques, les grilles de lecture binaires n’offrent pas toutes les réponses. Alors moi je crois que ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce n’est pas de «réflexe de gauche», mais d’une politique de gauche, c’est-à-dire une politique globale, profondément républicaine, qui agit sur tous les leviers. Une politique qui est aussi exigeante et s’inscrit toujours dans le cadre de l’Etat de droit, du respect des droits des personnes, du refus de l’arbitraire. Voilà la politique que nous menons et continuerons de mener pour protéger nos concitoyens.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Ven 19 Aoû - 17:56


complété d'aujourd'hui 0:02


la parole est à la défonce

Edwy Plenel, PIR, CCIF, identitaires... les nouveaux racistes

Fatiha Boudjahlat
Secrétaire nationale du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) à l'Education
Marianne 18 Août 2016

Fatiha Boudjahlat fustige ceux qui, dans "l'affaire du burkini" comme dans d'autres, n'ont qu'une obsession : "faire rendre gorge à l'arrogante République française." Pour elle, "le raciste est celui qui interdit de penser en dehors de son épiderme et de la communauté ethnique dans laquelle il assigne l'autre à résidence" et celui qui "interdit ou criminalise l'émancipation, c'est à dire l'autonomie, la pensée par soi-même".


Manifestation de militants du Parti des Indigènes de la République (PIR)
NICOLAS MESSYASZ/SIPA

le gras est dans le texte
Citation :
Edwy Plenel a encore frappé fort en comparant le burkini aux « bains habillés » du début du siècle. Ce faisant, il lie lui-même, sans le vouloir, la nature du vêtement à la place des femmes dans l’espace public et à leur accès sous conditions aux loisirs. Cette émancipation par le vêtement est corrélée à l’émancipation sociale et politique de la femme. Oui, un vêtement n’est pas que du textile, c’est un horizon tout autant qu’il peut être une entrave. Cette obsession de Plenel vient en appui de l’idéologie postcoloniale faisant du blanc un coupable éternel et des minorités des victimes structurelles. Cette idéologie se double d’une critique de la République en ce qu’elle émancipe des solidarités subies, celles des origines ethniques. M. Plenel a des « partenaires dans le crime », inattendus mais tout aussi militants, du côté des identitaires : faire rendre gorge à l’arrogante République française.

Oui, un vêtement n’est pas que du textile, c’est un horizon tout autant qu’il peut être une entrave.

La critique du colonialisme et du colonisateur, sans cesse mis en cause, entraîne paradoxalement les Indigénistes et les gauchistes islamophiles dans un rejeu colonial permanent. Mme Bouteldja du Parti des Indigènes de la République (PIR) condamne les mariages mixtes parce qu’une race doit préserver sa pureté. Les voilà créant la race musulmane : la pratique religieuse permettant de se purifier de l’influence occidentale, plus elle est rigoriste, plus elle se distingue de la société, mieux elle permet d’affirmer une identité ethnique et de recouvrer fierté et authenticité. Mais ce faisant, ils prolongent eux-mêmes le processus colonisateur.

Prenons l’exemple de l’Algérie française :


Citation :
« Les musulmans d’Algérie étaient non pleinement Français parce que s’appliquait à eux la charia (la loi musulmane), dont certaines dispositions étaient contraires au Code Civil. Certains d’entre eux se convertirent au catholicisme et allèrent devant le juge pour que leur soit reconnue la pleine nationalité française. Devenus catholiques, ils ne respectaient plus la charia (…). Mais, en 1903, la Cour d’Appel d’Alger déclara : "Le terme musulman n’a pas un sens purement confessionnel mais désigne au contraire l’ensemble des individus d’origine musulmane qui, n’ayant point encore été admis à la naturalisation, ont nécessairement conservé leur statut personnel musulman, sans qu’il y ait lieu de distinguer s’ils appartiennent ou non au culte musulman." »[1]


M. Plenel et ses amis accommodants donnent le sentiment de vouloir créer la race musulmane, exactement comme l’administration coloniale l’avait fait en son temps, ressuscitant les anciennes nomenclatures. Se trouvent ainsi validées ces paroles d’Etienne Picard, professeur de droit public : « Les identités ethniques défendues par les leaders indépendantistes sont des inventions forgées antérieurement par les administrations coloniales, au détriment des réalités locales qu’elles ont contribué à détruire. »[2] Cette indigénisation permettait à l’Etat colonial d’exclure des populations d’une citoyenneté politique pleine, de maintenir la sujétion. Les Indigénistes, dont les actes et les textes rappellent en tous points ceux des Afrikaners, réclament la même différenciation. Y compris dans la partition de l’espace, comme ces espaces revendiqués comme affranchis de la mixité ethnique.

Le raciste est celui qui interdit de penser en dehors de son épiderme et de la communauté ethnique dans laquelle il assigne l'autre à résidence.

Ce nouveau racialisme se traduit par la volonté de renouer avec une authenticité originelle mythique et se traduit par la racialisation des rapports sociaux. Une activiste indigéniste, Sihem Assbague, voit dans le classement faisant d’Omar Sy la personnalité préférée des Français, la preuve du racisme Français face au noir que l’on aime comique. Participer à la société, se sentir bien dans ses baskets et bien dans la République, c’est trahir la cause, se soumettre, faire le blanc. M. Plenel, lui, prétend défendre la liberté d’expression en général et celle de monsieur Ramadan en particulier. Dans les faits, il ne défend que la pratique la plus rigoriste.

Mais cette conception communautariste, l’apartheid à l’envers, c’est-à-dire à l’initiative des minorités, entre en convergence avec les identitaires selon la même volonté de différentiation, de personnalité des lois et des droits : laissons-les entre eux, leurs règles, leurs mœurs. Il n’y a qu’à lire ces propos de Jean Mabire, parus dans la revue Terre et Peuple de 2003, revue dont il était le président d’honneur, et repris dans le cadre d’un hommage posthume dans le numéro de juillet-août 2016 de la revue Eléments pour la civilisation européenne :


Citation :
« Pour les [immigrés] comme pour nous, hormis une minorité de garçons et surtout de filles qui voudront changer d’âme à défaut de changer de peau, il faut leur permettre et même les encourager à cultiver leurs différences. Donc oui au voile, oui aux écoles traditionnelles, oui aux mosquées, oui au Ramadan et même à Tariq Ramadan qui a provoqué un tel scandale chez les bien-pensants de la pensée unique. Que la République ne traite pas les Arabes et les Kabyles comme elle a traité les Bretons et les Alsaciens ! Ce serait créer, au lieu du communautarisme de tolérance mutuelle, un communautarisme de refus et de haine. »


Tout est dit. Et je suis certaine qu’Edwy Plenel, Mme Bouteldja, le CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France), Tariq Ramadan signeraient ce texte. L’adversaire est bien la République qui émancipe, ainsi que la territorialité des lois. Le projet est bien le communautarisme de type ethnique et religieux, que les accommodants drapent souvent dans les habits plus dignes du culturel. Cette République « qui saoûle » Marion Maréchal-Le Pen, je reprends ses mots prononcés l’année qui a vu 85 de nos compatriotes assassinés pour avoir participé à la fête de la Nation, fête de la République. Vouloir s’émanciper et penser par soi-même ? C’est « changer d’âme à défaut de changer de peau ». Il faut rester dans sa communauté ethnique et religieuse, la revendication politique étant en filigrane. Pas de mixité, pas de conflit. Et chacun ses règles. C’est l’assignation identitaire. Ainsi, quel est l’argument le plus entendu ? Etre contre le signe d’asservissement qu’est la burqa dans le principe et pour soi-même et les siens, défendre ce droit pour ‘les autres’, parce que conforme à l’identité culturelle qu’on leur prête. Mais n’est-ce pas du racisme sous couvert de bons sentiments ? Assigner un comportement, une unanimité de mœurs, de revendications, d’idées à une communauté…ethnique ?

Le raciste interdit ou criminalise l'émancipation, c'est à dire l'autonomie, la pensée par soi-même.

D’où la crispation des gauchistes, des islamistes et des identitaires sur la laïcité, parce qu’elle est ce qu’il y a de plus républicain dans le projet politique d’égalité des droits et d’émancipation. Il n’y a qu’à lire le Fatima Moins bien notée que Marianne de M. Durpaire et Mme Mabilon-Bonfils :


Citation :
« La ’"laïcité’’ est pour certains politiques devenue un instrument d’agression des minorités. (...) Cette laïcité conquérante se cherche et se trouve de nouvelles frontières, à moins que l’enjeu ne soit, derrière les objectifs affichés ‘émancipation’ de la femme, avancée de la rationalité, lutte contre le dit ’communautarisme’, de réduire le plus possible la visibilité des minorités au sein de l’espace public, tout en donnant des gages aux mouvements d’extrême-droite en progression électoral ».


Le fameux jeu du FN quand eux font le jeu des Identitaires et des Afrikaners-Indigénistes. Les enfants d’immigrés sont réduits dans ce livre au prénom « Fatima », religieux, quand les blancs, forcément hostiles, apparaissent sous le vocable politique de Marianne. Les ennemis sont désignés : les musulmans contre la République. C’est de l’essentialisme : tous les choix de vie, les opinions, les actes, les goûts sont ramenés à cette essence, à ces viscères, à ce biologique.

Voila pourquoi ils haïssent la République : ne reconnaissant que les citoyens, elle permet l’émancipation de sujets autonomes et politiques. Le religieux, comme le biologique, interdisent cette autonomie du sujet. « La laïcité, on l’avait un peu oubliée, comme acquise, ou passée de mode », écrivait l’historien Claude Nicolet dans un recueil rassemblant en 2000 ses articles[3].


Citation :
« Mais qui ne voit que l’ère des migrations, dans laquelle nous sommes entrés sans le savoir ni le vouloir, comme le retour en force de la transcendance, des religions et même le réveil de l’irrationnel, nous contraignent à en redécouvrir et en méditer la signification et les valeurs ? »


Quelle clairvoyance ! Cette laïcité dont Claude Nicolet nous dit « qu’elle n’exclut rien, sauf les prétentions irrecevables et illégitimes des particularismes exclusifs ». Et il répond par anticipation à cette déclaration racialiste de Jean Mabire : « La juxtaposition haineuse ou, au mieux, indifférente de communautés», les idées mêmes de Mabire sur le communautarisme de tolérance ou de haine, «auxquelles on abandonne sans recours ceux qui doivent leur « appartenir » qui est la norme aux USA, en Angleterre, en Allemagne, n’est tout simplement pas recevable chez nous. » L’autonomie et l’émancipation grâce à la laïcité les enragent, parce que le projet est politique et passe par le contrôle de clientèles captives.

Oui, qui est le plus raciste ? De nos jours, c'est celui qui somme une fille d'immigrés de retourner à une prétendue origine et authenticité, celle de la religion, pratiquée de manière radicale. Le raciste est celui qui interdit de penser en dehors de son épiderme et de la communauté ethnique dans laquelle il assigne l'autre à résidence. Le raciste est celui qui empêche de vivre heureux et libre ici, en faisant du lien avec l'ailleurs une chaîne qui aliène et oppresse. Le raciste interdit ou criminalise l'émancipation, c'est à dire l'autonomie, la pensée par soi-même.

Parce que l’identité se construit, elle est individuelle, évolutive, multiple, apaisée et alors elle est heureuse. Elle ne se reçoit pas, que se soit par le sang ou par la contrainte, elle n’est ni communautaire ni collective, encore moins religieuse. On n’est pas heureux quand on est enrôlé dans une guerre contre le pays dans lequel on est né et dans lequel on a grandi. Les islamo-gauchistes et les identitaires posent cette alternative : aimer la France, c’est trahir les siens et ce que l’on est. Comme Salomon, la justice réclame de se débarrasser de celui qui impose l’alternative, piège de la pensée. L’identité religieuse n’est pas l’identité première ou irréductible d’un individu. Il faut sortir de ce chantage à l’authenticité et à la fidélité. On ne trahit pas en aimant la France.


[1] Patrick Weil, avec Nicolas Truong, Le Sens de la République, p 109. Ed Grasset, juin 2015,

[2] Conférence donnée dans le cadre de l’Université de tous les Savoirs, 2002.

[3] Histoire, Nation, République, éditions Odile Jacob, p 35.


que les cibles de Fatiha Boudjahlat aient donné quelques bâtons pour se faire battre, c'est indéniable, et j'ai moi-même dit de et à Plenel que je le considérais comme un idéologue politicien et démagoque islamisant les enjeux politiques, un islamo-centriste*; mais quel amalgame, et qui tient ici le bâton, merdeux par les deux bouts de l'idéologie française ?

* cf son texte du 14 août, "Un vêtement comme les autres", chef-d'œuvre de jésuitisme humaniste et de déni de réalités. Défendu comme ça, le burkini deviendrait l'exact contraire de ce qu'il prétend, rejoignant sa défense de Ramadan et des Musulmans comme tels (Pour les Musulmans, Plenel 2014). Ici je fais une différence avec le CCIF ou le PIR, en ce qu'ils parlent d'eux-mêmes et des leurs, ou même avec la créatrice libanaise du burkini, Aheda Zanetti, quand elle affirme : "C’est juste un maillot !" dans des termes où elle est fondée à le dire

le MRC (Mouvement Républicain et Citoyen), dont Boudjahlat est Secrétaire nationale à l'éducation, a été fondé en 1992 par Jean-Pierre Chevènement, qui en est Président d'honneur jusqu'en juin 2015. Avec de telles idées, on comprend son choix par le pouvoir pour prendre la tête de la Fondation pour l'islam de France. Il sera un excellent complément du sous-ministre de Valls à l'antiracisme, le sinistre Gilles Clavreul, Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. On a donc à faire avec une mobilisation tous azimuts de ceux qui peuvent encore sauver la gauche française dans sa dérive nationale identitaire


« Je suis française, je suis citoyenne, je suis libre, je suis heureuse, je suis Charlie.»

Fatiha Boudjahlat, 24 Mars 2016

source

Fatiha Boudjahlat intervient aussi pour le Comité Laïcité République


quant à la démarque du discours gouvernemental, on la cherche

« Ces initiatives (camp décolonial...) confortent une vision racisée et raciste de la société qui n'est pas la nôtre.»

Najat Vallaud-Belkacem, Marianne 27 avril 2016

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 22 Aoû - 19:38


la France médaillée du mérite anti-immigrés

Seulement 11% des Français trouvent que l'immigration a un impact «positif»

20 minutes AFP 22.08.2016

Dans la même enquête, 57% indiquent qu'il y a «trop» d'immigrés dans le pays...


Paris le 14 janvier 2013 - A. GELEBART / 20 MINUTES

Citation :
La France se replie sur elle-même. Une majorité de Français, 57 %, estiment qu’il y a « trop » d’immigrés dans leur pays, et seulement 11 % trouvent que l’immigration a un impact « positif » dans le pays, selon une étude de l’institut Ipsos* rendue publique ce lundi.

Pour 54 % des sondés, l’immigration force la France à adopter des changements qui leur déplaisent, d’après cette étude réalisée en juin-juillet, avant les attentats jihadistes de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. 60 % des Français estiment que l’immigration a un impact négatif sur les services publics, 63 % que la plupart des réfugiés « ne pourront pas s’intégrer » et 45 % se prononcent pour la fermeture des frontières aux réfugiés. Enfin 67 % des interrogés pensent que « des terroristes se font passer pour des réfugiés pour entrer dans l’hexagone » et 54 % estiment que la plupart des personnes se présentant comme des réfugiés « n’en sont pas véritablement ».

Une tendance globale dans le monde

Si ces chiffres mettent en lumière une crispation « particulièrement prégnante » de l’opinion autour de l’immigration en France, dans le contexte des attentats jihadistes et de la crise des migrants, la tendance est similaire dans le monde, quoique « légèrement moins marquée » en moyenne dans les 21 autres pays concernés par l’enquête d’Ipsos. 49 % des interviewés des pays étudiés considèrent que les immigrés sont trop nombreux (85 % en Turquie, 65 % en Italie, 40 % en Espagne). 20 % considèrent que la présence d’immigrés est positive pour leur pays (36 % au Canada, 18 % en Allemagne, 6 % en Turquie).

« Les images de l’afflux de réfugiés sur les côtes méditerranéennes, entre autres, accentuent la crainte de phénomènes migratoires incontrôlables dans la plupart des pays d’Europe, avec un enjeu clef : leur capacité à s’intégrer », a-t-il ajouté, soulignant que « cette étude soulève des craintes et des tendances dont nous pouvons anticiper l’écho lors des débats à venir de la campagne pour l’élection présidentielle de 2017 ».

*Etude réalisée en ligne par Ipsos dans 22 pays, du 24 juin au 8 juillet 2016, sur 16.040 individus constituant un échantillon représentatif de la population âgée de 16 à 64 ans.



Immigration: 11% des Français y voient un impact positif pour le pays
 
BFMTV 22/08/2016 à 15h08
 
Dans un sondage Ipsos, publié dans Le Figaro, les Français expriment majoritairement leur crainte vis-à-vis de l'immigration. Une tendance qui s'observe au niveau mondial.


Les Français sont les plus critiques au sujet de l'immigration - AFP

Citation :
Plus de 144.000 migrants ont traversé la mer Méditerranée en 2015. Une immigration massive des réfugiés qui tentent de fuir la pauvreté et la guerre qui se poursuit en 2016. Dans ce contexte de migration des peuples renforcée par les crises humanitaires, l'institut de sondage Ipsos a mené une large étude, depuis 2011, auprès de ressortissants de 22 pays sur la perception de l'immigration.

Un sentiment négatif

Une tendance se traduit mondialement: une grande partie des sondés ont l'intuition que l'immigration est en augmentation. Un sentiment globalement partagé quelque soit le pays, mais qui ne se traduit pas forcément de manière factuelle.

Ainsi 78% des personnes interrogées le croient, d'après cette étude publiée par Le Figaro. Le sondage a été réalisé entre le 24 juin et le 8 juillet, avant les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray. Cette sensation d'arrivée massive d'étrangers dans les différents pays étudiés s'accompagne d'un sentiment négatif à leur égard.

Le cas de la France

La France est particulièrement concernée par cet état des lieux puisque 87% des sondés estiment que l'immigration a augmenté ces dernières années.

"C'est le pays où l'on observe le plus de décalage entre la perception et la réalité sur la question de l'immigration", analyse Brice Teinturier, directeur général délégué France d'Ipsos. Cette perception, qu'elle soit réelle ou non, pousse les Français à être de plus en plus méfiants envers les immigrés.

Ainsi 89% des personnes interrogées estiment que l'immigration a un impact négatif pour le pays, pour sa société ou son économie. Selon le directeur de l'institut de sondages, ce sentiment s'explique par l'idée que les étrangers viennent profiter de la Sécurité sociale ou des services publics. Un argument largement repris dans le programme du Front national. Seuls 17% y voient un impact culturel positif. Pis, 68% assurent que des terroristes se cachent parmi les migrants. Une idée largement véhiculée par les responsables politiques, notamment après les attentats du 13-Novembre.

"En France, la mondialisation est ressentie comme un accélérateur du déclin du pays, une menace et une fragilisation de l'identité nationale", précise Brice Teinturier. Aux Etats-Unis, au contraire, 42% des sondés voient un impact culturel positif dans l'immigration. 45% en Angleterre.

Les sondés ne veulent pas la fermeture des frontières

Toutefois, moins de la moitié (45%) des Français indiquent une préférence pour la fermeture des frontières. En septembre 2015, selon un sondage Elabe pour BFMTV, ils étaient 80% à se prononcer pour le rétablissement des contrôles aux frontières, à l'instar de ce qu'il se fait de l'autre côté du Rhin. Fortement sollicitées également en terme d'immigration, l'Allemagne et l'Espagne semblent un peu moins réfractaires à l'idée d'accueillir des migrants. Ainsi, 82% des Allemands et 80% des Espagnols y voient un impact négatif.

Selon cette enquête, seules 20% des personnes interrogées estiment que l'immigration a un impact positif sur leur pays et sur leur économie. Pour autant, il n'est pas question de stopper cette immigration. 38% des sondés souhaitent une fermeture des frontières et ce malgré la crainte de la présence de terroristes parmi les migrants. Sur les sondés des 22 pays étudiés, 61% en sont persuadés.


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