PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 22 Aoû - 22:24


'qu'est-ce qu'être français ?'

bien au-delà de son caractère "feuilleton d'été" ("à l'automne ils trouveront autre chose...") l'affaire du burkini dévoile, mais quoi ?

Mounadil al Djazaïri
Points de vue sur le monde arabe



Je vous propose un article intéressant du New York Times qui a le double avantage de présenter un point de vue extérieur sur le débat sur le burkini qui agite en ce moment la classe politico-médiatique hexagonale et de nous offrir un regard nourri des observations sur la France fournies par la sociologie et l’anthropologie américaines.

Si l’article relève bien le passé colonial de la France qui sous-tend le discours des politiques sur l’Islam et certaines de ses manifestations extérieurs comme le hidjab ou en ce moment le burkini, il omet à mon avis un facteur de désagrégation de l’identité française qu’on ne saurait sous-estimer, à savoir les effets de l’intégration dans l’Union Européenne. Ce n’est pas pour rien, à mon sens, si les contempteurs de l’intégration européenne tendent à assimiler la place de cette dernière à celle d’une colonie, en tout cas d’un Etat qui est dépouillé de l’essentiel de sa souveraineté comme l’étaient naguère les protectorats.

Les interdictions du ‘burkini’ en France ont à voir avec bien autre chose que la religion ou l’habillement


Par Amanda Taub, The New York Times (USA) 18 août 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri


Amanda Taub

Citation :
Washington – Il y a quelque chose qui donne le tournis dans ces arrêtés d’interdiction du burkini qui fleurissent sur le littoral français. L’évidence de la contradiction – imposer des règles sur ce que les femmes peuvent porter sur la base de l’idée qu’il est injuste pour les femmes de devoir obéir à des règles sur ce que les femmes peuvent porter – montre clairement que quelque chose de plus profond doit être à l’œuvre.

« Les « burkinis » sont à la base des maillots de bain qui recouvrent tout le corps en conformité avec les normes musulmanes relatives à la pudeur, et mercredi, le premier ministre Manuel Valls s’est jeté dans le débat enflammé sur les interdictions prononcées sans quelques villes balnéaires du pays, dénonçant ce vêtement qu’on voit rarement comme un élément de « l’asservissement des femmes. »



Islam & Info


Ceci ne porte évidemment pas réellement sur une tenue de bain. Les sociologues disent que cela n’a pas non plus un rapport premier avec la protection des femmes musulmanes contre le patriarcat, mais que c’est en lien avec une volonté d’éviter à la majorité non musulmane de la France de devoir se confronter à un monde qui change : un monde qui leur demande d’élargir leur vision de l’identité quand beaucoup voudraient qu’elle demeure telle qu’elle était.

« Ce genre de déclaration [celle de Manuel Valls, NdT] est une manière de sanctionner [le sociologue emploie le verbe to police qui signifie contrôler, surveiller] ce qui est français et ce qui n’est pas français, » explique Terence G. Peterson, un professeur de la Florida International University qui étudie la relation de la France avec les immigrés musulmans et avec le monde musulman.

Si cette bataille sur l’identité prend de l’ampleur au lendemain des attentats terroristes [Nice et Saint-Etienne du Rouvray, NdT], elle fait en réalité rage sous une forme ou une autre depuis des dizaines d’années dans la société française, affirme le Professeur Peterson. Ce qui semble être une confrontation sur une petite question de vêtement islamique porte en réalité sur ce que signifie être français.

Pendant l’époque coloniale, quand la France contrôlait de vastes régions musulmanes, le voile était devenu un « symbole hyperchargé » explique le Professeur Peterson. Le voile était considéré comme un symbole de l’arriération des Musulmans et les normes vestimentaires féminines françaises, plus flexibles, étaient considérées comme un signe de supériorité culturelle, des façons de voir qui justifiaient le colonialisme.

Le colonialisme est au fondement de la crise d’identité que vit la France actuellement parce qu’il a ancré un sentiment d’identité nationale française en tant que distinct et supérieur aux identités musulmanes – tout en promettant l’égalité aux Musulmans colonisés qui avaient commencé à immigrer en France en grand nombre. La choc qui en résulte prend souvent la forme de débats sur les tenues vestimentaires.

Le voile est resté un symbole puissant de l’altérité quand le colonialisme s’est effondré après la seconde guerre mondiale et que les Musulmans des pays colonisés ont afflué en France. Mais maintenant, cette altérité se joue à l’intérieur même d’un pays qui tente de définir sa propre identité post-coloniale.

Au fil des générations, le voile s’est répandu chez les Musulmanes françaises, en tant que pratique religieuse et, peut-être, comme symbole de leur héritage culturel particulier. Il était un signe visible de la manière dont la France elle-même, ainsi que son rôle dans le monde, était en train de changer.

Le résultat a été que le voile est devenu le symbole non seulement d’une différence religieuse mais du fait que les Français « de souche » n’avaient plus le monopole de la définition de l’identité française. La France était devenue une nation multiculturelle et multiethnique où les traditions signifiaient différentes choses pour différentes personnes.

Le symbole du voile à l’époque coloniale en tant que signe de l’infériorité musulmane en a fait une cible commode pour les arguments selon lesquels l’identité française « traditionnelle » devait demeurer non seulement dominante mais la seule identité culturelle en France.

Les burkinis peuvent sembler effrayants car ils sont perçus comme menaçant ce type particulier d’identité française par l’expression d’une forme alternative d’identité – dans ce cas, en tant que Musulmans. Beaucoup de Français, au lieu de croire que ces identités peuvent coexister, les perçoivent comme nécessairement concurrentes.

Il existe même un mot français péjoratif pour qualifier l’introduction de ces identités alternatives, le « communautarisme » dont le développement est considéré comme une crise nationale.

Des articles d’habillement musulmans comme le voile ou le burkini sont devenus des symboles du fait que l’identité nationale française n’est plus le domaine réservé de groupes de populations qui vivent dans ce pays depuis des siècles. Des décisions comme les interdictions cet été du burkini ont pour but d’empêcher une redéfinition élargie de l’identité française en contraignant les Musulmans non seulement à s’assimiler mais aussi à adopter l’identité plus étroite et rigide [celle qui exclut les Français issus de l’immigration musulmane, NdT].

C’est une méthode à laquelle la France a recouru pendant des dizaines d’années, et qui a à chaque fois échoué.

John Bowen, anthropologue à la Washington University de Saint-Louis, explique que la France a tendu à essayer ce genre de restrictions aux moments où elle affrontait des tensions aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur en relation avec les Musulmans et le monde musulman.

Les choses ont commencé en 1989 avec la fameuse affaire du foulard quand trois collégiennes françaises avaient été exclues pour avoir refusé de retirer leur coiffe. Ostensiblement, la raison était que les foulards étaient des symboles religieux visibles et qu’ils contrevenaient donc avec la loi française sur la laïcité, ou sécularisme. Mais la laïcité était dans la législation depuis 1905 et les foulards sur la tête étaient néanmoins autorisés en général.

Ce qui a changé, écrivait le Professeur Bowen dans un livre sur le sujet, ce sont des événements dans le monde qui ont fait que l’Islam a semblé être une force particulièrement pernicieuse. En 1989, le leader de l’Iran, l’Ayatollah Rouhollah Khomeini avait signé un décret contre l’écrivain Salman Rushdie. A la même époque, des Algériens avaient constitué le Front Islamique du Salut (FIS), un parti tenant d’une ligne dure et qui basculera ensuite dans l’insurrection.

Interdire les foulards dans les écoles françaises devenait une manière de gérer l’anxiété générée par les événements à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et d’affirmer le droit de protéger les valeurs françaises.

Les foulards à l’école sont revenus sur le devant de la scène nationale en 1993 et 1994 quand les autorités françaises craignaient de voir de jeunes hommes membres de familles immigrées algériennes rejoindre les rangs de l’insurrection islamiste en Algérie. Après les attentats du 11 septembre 2001, le voile cristallisa une fois de plus les peurs à l’égard de communautés musulmanes qui étaient à l’écart de la culture et de la société française dominantes.

Et cet été, la France est sous le choc d’une série d’agressions terroristes et est de plus en plus préoccupée par les jeunes Musulmans qui vont en Syrie pour rejoindre l’Etat Islamique ou d’autres organisations djihadistes. Une fois de plus, certains en France voient le processus d’assimilation comme une question de sécurité nationale.

Le voile est un symbole qui a une puissance anxiogène spécifique en matière d’assimilation parce qu’il est porté par choix. Tandis que des caractéristiques fixes comme la race ou la couleur de la peau n’impliquent aucun jugement sur la culture ou les valeurs françaises, l’habillement implique une décision de se différencier – de donner la priorité à son identité culturelle ou religieuse par rapport à celle de son pas d’adoption.

Les interdictions vestimentaires ont pour but, en effet, de faire pression sur les Musulmans français pour qu’ils se détournent de tout sentiment d’identité communautaire et adoptent l’identité française étroitement définie qui préexistait avant leur arrivée. Mais essayer de forcer à l’assimilation peut avoir l’effet contraire : dire aux Musulmans français qu’ils ne peuvent pas avoir simultanément une identité musulmane et une identité française, les forcer à choisir, c’est ainsi les exclure de ce que recouvre l’identité nationale au lieu de les convier à y contribuer.

La France a un autre choix : elle pourrait élargir sa définition de l’identité nationale pour inclure les Musulmans français tels qu’ils sont. C’est quelque chose qui peut effrayer beaucoup de Français, qui le vivrait comme renoncer à une identité « traditionnelle » confortable et non comme l’ajout d’une nouvelle dimension à celle-ci. En l’absence d’acceptation de ce changement, il existe une volonté de faire pression sur les Musulmans français pour résoudre la crise identitaire, mais cette démarche employée pendant des dizaines d’années n’a apporté que peu de progrès – et beaucoup de tensions.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mar 23 Aoû - 17:23


non, Charlie, on t'as pas oublié



source NnoMan ‏@NnoMan1  · 20 août  
G: @RokhayaDiallo vue par #CharlieHebdo
D: vue par des yeux normaux.
Je vous laisse interpréter ce dessin...


un internaute attire l'attention sur un détail : la laine du tricot provient des cheveux

rappel pour mémoire, le 8 janvier 2015, au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo



vue par Patlotch, Marche de la dignité



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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mar 23 Aoû - 17:59


qu'est-ce que l'idéologie française ?


l'idéologie française, quel besoin d'en définir le concept à la manière des manuels de philosophie ou des brochures pour les nuls ? Elle est faite sous toutes ses cultures de ce dont garde trace ce sujet pour les siècles des siècles, Amen !

qui ne veut pas la voir, qu'il se mouche : dans un mouchoir français



dans sa spécificité, elle a ceci de singulier qu'on ne la trouve pas ailleurs, ce qui se voit fort bien de l'étranger, et rien ne peut la cacher à leurs yeux, que l'on soit facho, identitaire de souche, de droite ou de gauche, d'extrême gauche, anarchiste ou communisateur, privilégié de la fortune ou miséreux, de haut-niveau socio-culturel ou inculte crasse, féministe ou macho, et même blanc black ou beur,

c'est ce qui fait qu'on la reconnait ou pas qui distingue comme étant français d'abord, comme on dit des copains, citoyen de l'État-nation France, pays des Droits de l'Homme et du Citoyen, avant-garde des valeurs universelles abstraites, de la laïcité et des vertus révolutionnaires dépassées

et pour paraphraser Aragon à la dernière ligne du Traité du style en 1928


j'ai bien l'honneur, chez moi, dans ce forum, à cette place,
de dire que, très consciemment,
je conchie la France dans sa totalité



trois sonnets à charge

j'ai brûlé vos baptêmes
rien ne m'est catholique
ni orthodoxe même
et je vais protestant :
vos dieux n'existent pas !



FRANCE M'EXISTE PAS

de terre noire est mon quartier
un pays sans frontière
un pays sans front fier
où je suis né

je suis né sans nation
pour vivre sans patrie
j'essuie les passions tristes

j'ai vécu à l'envers
contre les fous d'ici
de leurs dieux et messies
à merci de mes vers

j'ai brûlé mes papiers
je ne suis plus français
France m'existe pas


Terre Noire 14 X 15 14:20 sonnet 198



CURE ATELLE

à voile et à vapeur
la France est en errance
un pays sans valeurs
qu'universelles rances

on y gère en voleurs
bien assis sur sa branche
beurre et argent du beurre
au lait de race blanche

de moraline en Morano
mauvaises fois, gros mots
français : clartés obscures

quand tout part à vau-l'eau
sonnailles et grelots :
mes sœurs n'en ayons cure


Terre Noire 14 X 15 15:10 sonnet 199



GAUCHE

ni gauche ni à droite
ni attrape-nigauds
aux urnes mis en boîte
en la trappe à gogos

on se débauche en boîte
en satrapes et vieux beaux
et les burnes plus plates
tout y plonge à l'égo

gros gens comme devant
ci-devant citoyens
enfilés par derrière

ainsi va la moyenne
emportée par les vents
noyée au cou la pierre


Terre Noire 14 X 15 15:28  sonnet 200



mes sonnets depuis 2014

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mar 23 Aoû - 18:51


Valls veut une «assimilation» de l'islam

extrait de 2017 : Valls craint une défaite de la gauche «dès le premier tour»
Arthur Berdah Le Figaro 23/08/2016

« Nous devons bâtir un islam français, européen, occidentalisé, avec nos traditions et nos valeurs»

la réforme de l'Islam en France ou la Hic' Cité

montage photo Patlotch 2015

Citation :
«L'élection présidentielle va se jouer sur (...) la place de l'islam». Tandis que l'exécutif s'apprête à relancer l'encadrement du culte musulman en confiant les clés de la Fondation pour l'islam de France à Jean-Pierre Chevènement, Manuel Valls - déjà à la pointe sur les questions identitaires - semble avoir décidé de s'emparer du sujet.

Soucieux d'infliger une «défaite retentissante à l'État islamique (et) au fondamentalisme musulman», en démontrant que «l'islam est compatible avec la démocratie (et) avec nos valeurs», le chef du gouvernement plaide pour «l'assimilation et l'intégration de l'islam». «Oui, j'assume ces mots. Il faut une assimilation», martèle-t-il, brisant ainsi un tabou à gauche, où l'on prône un modèle intégrationniste. Pour justifier ce choix lexical, le chef du gouvernement cite «les autres cultes (qui) se sont sécularisés». «Nous devons bâtir un islam français, européen, occidentalisé, avec nos traditions et nos valeurs», conclut-il.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mar 23 Aoû - 19:08


je ne voulais pas importer ce texte, mais en contrepoint au désir de Valls d'« assimiler l'Islam» (voir ci-dessus)...


Il faut en finir avec l’Islam de France

Atman Zerkaoui, membre du PIR, 20 août 2016

Le gouvernement l’a de nouveaux dit, il faut un Islam de France. Bigre ! Encore un énième machin construit par l’état et complètement déconnecté des musulmans vivant en France ? Sans doute. Mais cela apparaît dans un contexte de répression accentuée. Les récentes déclarations de Manuel Valls concernant la fondation de l’Islam de France augurent une accentuation de la répression généralisée à l’ensemble des musulmans et des mouvements indigènes autonomes qui s’opposent au pouvoir.


Citation :
Avant d’aller plus loin, posons le contexte. Qu’est-ce que l’islam de France ?

Si je vous dis « c’est la voiture de Julie » vous comprenez que la voiture appartient à Julie et que cette dernière peut en faire ce que bon lui semble. Ben Islam de France, c’est presque pareil. L’Islam est un objet qui appartient à la France, en l’occurrence l’État français. Parler d’Islam de France, c’est dire que l’Islam n’appartient pas aux musulmans (mais peut-il « appartenir » à quelqu’un ?) mais à l’État et que ce dernier est légitime à en faire ce qu’il veut des musulmans et de l’organisation censée les représenter (nous reviendrons là-dessus plus tard).

Cet Islam de France est donc bâti en l’absence de la quasi-totalité des musulmans et contre eux. Le fait que le chef de l’état et des ministres proposent qui doit en être à la tête en est un signe. François Hollande propose Chevènement (quoi de mieux d’un ancien préfet en Algérie française pour reprendre les recettes de la gestion coloniale de l’Islam et des musulmans ? C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures n’est-ce pas ?) Quand à Rossignol (vous savez la ministre qui dit que les femmes voilées sont comme des esclaves « nègres » avides de leur soumission) elle a fait sa liste de Noël : il faut une femme, d’origine musulmane et laïque puis propose Rachida Dati comme poulaine. Ne vous plaignez pas on a échappé à Chalghoumi. Notons au passage que les afficionados de la laïcité (vous savez ceux qui piquent des crises d’angoisse dès qu’un musulman demande à bénéficier de ses droits) n’ont rien dit sur le fait que l’état choisisse qui doit représenter les musulmans, comme à leur habitude dès qu’il s’agit de mettre au pas de l’état français les musulmans.

Cette fondation de l’Islam de France serait donc bien partie pour être un nouvel échec du gouvernement français et ce pour plusieurs raisons.

D’abord le fait que l’État choisisse avec qui il veut discuter, ce qui est problématique mais le devient encore plus quand il impose des critères qui font que le représentant des musulmans, choisi par la république mais pas les musulmans, dira plus ou moins ce que veut entendre le gouvernement et sera une fois encore totalement déconnecté du peuple musulman de ce pays. En même temps, je crois que les musulmans ont quelques doléances à faire au gouvernement concernant son action à son endroit et que ce dernier ne veut pas les entendre puisqu’il sait que ça ne sera pas forcément gentil-gentil pour lui. Pour le pouvoir, ce représentant des musulmans n’est pas là pour faire valoir ce que veulent les musulmans mais au contraire sera un caïd de la république qui demandera aux musulmans de bien se tenir et de chanter la Marseillaise entre une perquisition et un bombardement français dans un pays musulman.

Ensuite, l’idée même qu’il puisse y avoir un représentant des musulmans vivant en France n’est pas matériellement possible. Le principal problème vient du fait que les dirigeants français s’imaginent que toute religion est comme la religion catholique, avec un clergé, une hiérarchie, une sociologie identique. Or cela n’est pas le cas. Pris dans une vision monolithique et européocentrée du religieux, les dirigeants français proposent de créer une structure pour tenter de faire entrer les structures sociales musulmanes dans un moule qui convient à leur vision. En un mot, les gouvernements français se comportent comme un enfant voulant faire entrer la pièce carrée dans le trou rond d’un jeu pour bébé avec les mêmes résultats : même en tapant fort ça ne rentre pas.

On pourrait se demander si les dirigeants français sont idiots au point de créer un nouveau bidule inutile ? Ne voient-ils pas qu’en se fabriquant une représentation des musulmans à leur convenance, cette dernière n’aura pas la moindre légitimité aux yeux des musulmans et ne sera jamais prise au sérieux par eux ? Mais ce sont à mon avis de mauvaises questions : D’une, car ils ne sont pas idiots, de deux car l’état français se moque de ce que pensent les musulmans (s’en est-il déjà soucié ?). Il est intéressé par ce que pense l’opinion publique blanche rien de plus. Au mieux, avec la fondation de l’Islam de France, il lui donnera l’impression de faire quelque chose, au pire, l’état intégrera cette fondation à son appareil répressif en décrétant des « bulles papales laïques » et justifiant la répression d’état et les violences subies aux musulmans ne les respectant pas. Le « grand pape des musulmans de la république » Chevènement ne vient-il pas de demander aux musulmans de se faire discrets ? Que dira-t-il à une femme voilée venant de subir une agression ? Qu’elle aurait dû se faire plus discrète ?

À dire vrai, les musulmans s’organisent d’eux même à leur manière. Certains organisent la lutte contre l’islamophobie et l’action du CCIF a fait que la ministre Rossignol a dû rendre des comptes sur les politiques islamophobes français à l’ONU. Les médias communautaires musulmans existent aussi et c’est, par exemple, grâce à eux, en 2014 lors des manifestations contre les bombardements de Gaza, que le mensonge d’état concernant l’attaque de la synagogue rue de la roquette a pu être mis à mal. Le rassemblement annuel des musulmans de France est organisé par de nombreuses d’associations formant l’UOIF. Des associations humanitaires musulmanes, telles que BarakaCity, agissent tant au niveau national qu’international. Bon an, mal an, certains s’organisent en tant que citoyens avec l’espoir de pouvoir vivre paisiblement en facilitant leur intégration, d’autres en tant que musulmans afin de pouvoir vivre pleinement leur religion. Alors pas organisés les musulmans ? Si nous le sommes, certes avec des lacunes, mais il y a des organisations musulmanes qui agissent avec plus ou moins d’autonomie vis-à-vis de l’État et ce qu’entend ce dernier quand il parle d’organiser les musulmans, c’est la mise au pas, l’asservissement, la chalghoumisation de tout le florilège d’organisations musulmanes : l’Islam sera perçu comme organisé que lorsqu’il sera un moyen efficace de contrôle de la population musulmane en France par la puissance publique, comme au temps de l’Algérie coloniale.

Je ne sais pas s’il faut une organisation de l’Islam en France – est-ce opportun ? – Mais je sais que sans une autonomie de son agenda politique cette organisation sera une coquille vide. Que si elle cherche à plaire au prince, elle ne pourra le faire que genoux à terre car c’est ce que souhaitent le prince. Que si elle ne représente pas toutes les formes d’islam pratiquées en France elle sera un instrument de division. Que si elle n’a pas le cran et l’audace de froisser l’État français, d’exiger ce qu’exigent les musulmans à savoir la lutte contre l’islamophobie et pour notre dignité, pour la liberté d’organisation et de définition religieuse sans interférence étatique, sans cette base minimale cette organisation, si elle voit le jour, sera un échec. Cette organisation des musulmans en France, si elle voit le jour, pourrait être une réussite si elle offre aux musulmans la possibilité de participer pleinement à la transformation de la société et de proposer des alternatives politiques, pour eux-mêmes et pour les autres. C’est-à-dire qu’elle ne doit pas se contenter de la revendication minimaliste consistant à dire que les musulmans ont le droit de vivre comme ils le souhaitent dans une société dont les règles sont définies sans eux (et souvent contre eux), mais qu’elle doit nous permettre de participer à la définition de ces règles à partir de nos références. Le monde blanc demande souvent aux musulmans s’ils reconnaissent une part de francité en eux, il serait bon de lui demander si lui reconnaît sa part d’islamité que nous avons apporté.


je n'entrerai pas dans la discussion de savoir ce qui est laïque, laïc, ou pas, et respecte ou non l'esprit de la loi de 1905, qui, si on ne la critique pas, demeure un butoir à la compréhension de ce qu'est, ici dans l'idéologie française comme particulière, la généralité de l'idéologie dominante de l'Etat et de la société civile citoyenne

ce qui me semble manquer est l'explication des raisons de faire ainsi de la part de l'État français, qu'elles échappent ou non à certains de ses porte-paroles, qui sont il est vrai loin d'être des lumières

l'explication, on la trouve dans cette citation en exergue de dndf :

TC a écrit:
L’Etat est cet universel abstrait qui se sépare illusoirement de la société civile en idéalisant et séparant l’intérêt général des conflits qui la traversent, par là il n’est en fait que le comité de gestion des affaires bourgeoises.

Extrait de « Soulèvement arabe: classe/genre ». Théorie Communiste


parmi les conflits dont il est question, la religion, et aujourd'hui particulièrement l'Islam. On a vu comment, saisissant le meurtre du prêtre de Saint-Étinne du Rouvray, Hollande et Cazeneuve se sont attaché, à la limite de la laïcité, à retisser les liens entre l'État français et l'Eglise catholique, jusqu'à cette visite "privée" du Président au Pape

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Ven 26 Aoû - 11:42


on s'y attendait : communion et confirmation

Burkini : Jean-Luc Mélenchon partage l'affront fait aux musulmanes

Michelle Guerci Blog Médiapart 24 août 2016

Dans Le Monde du 24 août, JLM condamne les « militantes provocatrices en burkini ». En quelque sorte, il choisit son camp. Les citoyens de gauche, musulmans ou non, étaient en droit d'attendre autre chose du candidat dit de la France insoumise. La gravité du climat qui s'installe dans ce pays nécessite de revenir sur l'immense responsabilité de la gauche « républicaniste » dans la situation.

Citation :
Dans une interview au Monde de ce jour (1),  à une question sur le burkini, Jean-Luc Mélenchon répond : «C’est une provocation.» On aurait pu croire que ladite provocation concernait l’arrêté pris par le maire de Nice et ceux qui l’ont suivi (2). Ou encore Manuel Valls qui a clairement affiché son soutien à ces maires. Ou encore ces policiers municipaux qui se baladent sur les plages de Nice et demandent aux femmes voilées de se dévêtir. Non. La provocation qu’évoque Jean-Luc Mélenchon concerne les femmes musulmanes qui se baignent en burkini. Et le candidat de la France Insoumise de poursuivre : «L'instrumentalisation communautariste du corps des femmes est odieuse. C'est un affichage militant. mais quand on est l'objet d'une provocation, mieux vaut ne pas se précipiter dedans [...] La masse des musulmans est excédée par une histoire qui les ridiculise. Valls a eu tort d'en rajouter. »

Il ressort de cette interview que JLM, ne condamne ni les maires qui ont pris ces arrêtés, ni Manuel Valls qui les a soutenus,  ni la droite sarkoziste qui a orchestré cette campagne, ni le gouvernement qui laisse faire (3), mais des femmes accusées d’instrumentaliser leur propre corps ou de l’être par leurs maris, pères, cousins... Bref la fameuse COMMUNAUTE. JLM n’aurait-il pas été informé des derniers événements de Nice ? N’a-t-il pas vu ces photos d’une femme en legging et tunique turquoise, foulard sur la tête, se reposant paisiblement sur la plage pendant que ses enfants se baignent, sommée par ces policiers municipaux en tenue de se déshabiller, puis verbalisée, et contrainte de payer une amende pour pouvoir rester sur la plage ? (4)

Tout à sa tactique de campagne, il utilise la même réthorique qu’un Valls : dénoncer l’extrême droite en en se faisant son propagandiste. Car sur cette question, il y a une feuille de cigarette entre le candidat de la France insoumise, la droite et MLP. Marine Le Pen demande l’interdiction du burkini salafiste, et JLM dénonce des provocatrices militantes (salafistes), sauf qu’il appelle à ne pas tomber dans la provocation, cad l'interdiction. Divergence de fond, on le voit. Et les arguments sont les mêmes : rengaine sur la libération des femmes et le communautarisme…. Le communiqué officiel du PG rédigé par son secrétaire à la lutte contre les discriminations et la laïcité (incroyable intitulé, quel rapport entrée les deux ?) est précis : « Le burkini est le fruit d'une offensive religieuse salafiste qui ne concene qu'une partie de l'islam[...] La question politique à résoudre reste celle du combat des femmes pour accéder librement à l'espace public.» Sic. On est tenté de rire pour ne pas pleurer.

Une tenue militante salafiste : contrevérités grotesques

Pour ne pas proférer des contre-vérités aussi grotesques, on ne saurait trop conseiller aux responsables du PG  de lire les chercheurs spécialistes de l’islam, qui comme Olivier Roy (4), expliquent que ce vêtement est interdit sur les plages wahhabites où les femmes sont interdites de baignades de fait, qu’il il est né en Australie très récemment (2003), conçu par une femme qui voulait faciliter les bains de mer de femmes ne souhaitant pas se déshabiller à la plage. JLM et le PG ont le droit de ne être en accord avec ce type de tenue mais c’est une liberté individuelle imprescriptible. En tout cas, les femmes pourchassées pour burkini ou, depuis hier pour legging avec tunique, doivent savoir qu’elles ne seront pas défendues par le candidat de la France insoumise.

Alors il faut que les choses soient claires. Car ce climat nauséabond de chasse à la femme en burkini ou au voile est une ignominie. La masse des musulmans est excédée par cette affaire, mais pas «parce qu'elle les ridiculise», contrairement aux propos de JLM. La masse des musulmans n’en peut plus d’être stigmatisée tantôt au nom d’une laïcité totalement détournée de ses fondements (jupes longues, tenue ostentatoire, viande hallal, menus de substitution...), au nom des droits des femmes dont toute la classe politique de contrefout, sauf quand il s’agit des musulmans, au nom de la lutte contre le terrorisme où elle sommée de se prononcer tout en se faisant discrète, au nom des troubles à l’ordre public (cf ces arrêtés municipaux) alors qu’ils n’ont qu’une fonction : créer du désordre public contre les musulmans. (4)  Mélenchon, le vieux briscard, quarante ans de politique professionnelle au compteur, n'aurait pas compris que cette campagne sur le burkini et ces arrêtés orchestrés par le Parti des républicains étaient des ballons d'essai ? Que demain, ils iraient plus loin, eux, les seuls provocateurs dans cette affaire ?

« C’est quoi l’étape d’après, le fichage ?»

La masse des musulmans, par ailleurs électeurs et celle des non musulmans de gauche tout aussi électeurs n’est plus dupe. Le racisme républicain à « gauche » a une responsabilité majeure dans le désastre actuel. Olivier Roy le redit, la focalisation sur l’islam (depuis des décennies maintenant, donc bien antérieure aux attentats), est liée à la conjonction entre une droite traditionnelle liée à la défense du christianisme et une gauche laïcarde et anticléricale qui a voulu ériger l’athéisme en religion d’Etat.

Pour  rappel, voici, par exemple, une liste non exhaustive de personnalités politiques ou médiatiques passées de la gauche de Jean-Pierre Chevènement, l’homme choisi par François Hollande pour la direction la Fondation de l’islam de France, à l’extrême droite ou à la droite dure  : Florian Philippot, Paul Marie Couteaux,  Eric Zemmour, Elisabeth Levy, Natacha Polony,.. (5) Pas encore nommé ledit « Che » s’est précipité pour demander aux musulmans de France de la discrétion. Aucun responsable politique n’a dénoncé ces propos de l’ancien préfet de la région d’Oran qui ont ulcéré les musulmans. Et pas qu'eux si l'on en juge les multiples réactions sur twitter. « C’est quoi l’étape d’après, le fichage ?» ont réagi certains d’entre eux dans l’Obs.

1933, un journaliste objectif : «Les Juifs ont manqué de prudence. On les remarquait trop»

Pour l'écrivain Serge Quaddrupani, « Un cran vient d'être franchi, qui ressemble beaucoup à un point de non-retour dans la fabrication d'un bouc émissaire. [...] Et de rappeler qu’en septembre 1933, un journaliste qui se voulait objectif et mesuré […] , laissait tomber à propos de l'Allemagne hitlérienne et, à propos des persécutions antijuives, laissait tomber : «A coup sûr, les Juifs ont manqué de prudence. On les remarquait trop.» (6) JLM est un homme dont on vante la culture. Pourquoi n’est-il pas capable de faire ce rapprochement ? Comme tous ceux instrumentalisent qui la question musulmane pour faire des voix ou par peur d’en perdre ? Mélenchon draguerait-il en eaux troubles, comme certains l'ont dit après sa sortie à propos des travailleurs détachés «qui viennent manger le pain des Français » ?

Mais cette prise de position burkinienne vient de plus loin. JLM appartient à ce camp à « gauche » comme un Valls, un Chevènement… qui n’ont cessé de répéter, depuis des années, que la religion est une affaire privée devant s’exercer dans l’espace privé. En contradiction absolue avec la lettre et l’esprit de la loi de 1905 qui autorise l'expression religieuse dans l'espace public, comme l'a rappelé l’Observatoire de la laïcité dirigé par Jean-Louis Louis Bianco. Lequel, n’a d’ailleurs pas bénéficié non plus du soutien de JLM lors de la campagne acharnée pour sa démission orchestrée par Manuel Valls devant le très communautaire Crif, en janvier 2016. A ce camp à «gauche» qui au nom de cette fiction la "république une et indivisible", n'ont cessé de combattre le «multiculturalisme» incontournalble pourtant de la société française.

Des "sauvageons" de Chevénement aux "larbins du capitalisme" de JLM

Sur les discriminations que subissent les populations issues de l’immigration postcoloniale, sa discrétion est assourdissante. Lors de la mort d’Adama Traoré après son interpellation le 19 juillet 2016,  JLM dénonce « une militarisation de l’action policière » et ajoutera « M. Adama Traoré n’est mort que du fait de son interpellation.» Prise de position saluée par des militants associatifs mais brocardée sur twitter par des membres de familles de victimes de crimes policiers rappelant son silence lors de la mort d’un des leurs. Pendant l’été, la caravane de la France insoumise est allée en banlieue…Devant les déclarations de JLM les appelant à voter, les militants associatifs sont plus que circonspects. Pourquoi faire le déplacement de l’autre côté du périphérique maintenant et pas avant ? Comme le PS de Hollande en 2012. Les habitants des banlieues savent que leurs voix sont recherchées pendant les élections. Mais ils ont de la mémoire. En août 2012, des émeutes éclatent à Amiens Nord, à la suite d’une énième intervention musclée de la BAC, au cours d’une repas de deuil cette fois. L'alors porte-parole du Front de Gauche qualifiera les jeunes révoltés de « bouffons, crétins, larbins du capitalisme ». Ce qui lui valut une lettre ouverte de membres de son parti en désaccord sur le site Rue 89. Dans les années 1990,  Chevènement parlait, lui, de « sauvageons ».

La guerre d'Algérie, "une guerre civile"

JLM voudrait ne pas parler de ces questions de religion et de discrimination qui "éloignent des vrais problèmes". Sauf que cette vieille réthorique (utilisée sur les combats féministes, les luttes antiracistes) ne fonctionne plus du tout. Parce que tout un pan de la population de ce pays est mise à l'index. Impossible pour un homme politique responsable de reléguer cette réalité au second plan. Impossible aussi de ne pas faire le lien entre ces « trous noirs » du candidat de la France insoumise et son rapport à l’histoire de la colonisation algérienne. Lors d’une conférence  Alger, en févier 2013, il sidère son auditoire, en qualifiant la guerre d’indépendance du peuple algérien, de« guerre civile ». Et la condamnation par la France de ses crimes en Algérie, de « perte de temps ». Ce qui a hérissé, la encore, jusque dans les rangs de son propre parti (7). Enfin, l’homme qui considère que Tarik Ramadan est infréquentable peut-il comprendre l’effet que produit sur l’électeur de gauche, ses amitiés (passées mais d'un passé très récent) avec un Zemmour ou un Buisson ? (Cool

Nous sommes nombreux à avoir honte de ce qui se passe. A avoir honte –parce que nous sommes de gauche – de cette gauche qui se tait devant les abjections que subissent les musulmans de ce pays, et notamment des femmes pour un simple vêtement. Le drame qui se prépare en 2017 nécessite de mettre les pendules à l’heure. Toutes les pendules. Un responsable politique, surtout s’il se prépose à la candidature «suprême» ne peut attendre que l'on se se taise sur le passé. La meilleure façon d'éviter le passif.


1 http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2016/08/24/jean-luc-melenchon-je-suis-le-bulletin-de-vote-stable-et-sur_4987052_823448.html

2 http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/08/16/01016-20160816ARTFIG00290-plusieurs-communes-interdisent-desormais-le-burkini-sur-leurs-plages.php 3

3 Et ce n’est pas la déclaration d'un B. Cazeneuve, qui a reçu le CFCM a la demande de ce dernier, appelant à ne pas "stigmatiser" qui change quoi que ce soit au problème

4 http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160822.OBS6680/siam-verbalisee-sur-une-plage-de-cannes-pour-port-d-un-simple-voile.html 3

5 http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2014/11/08/et-zemmour-devint-zemmour_4520705_823448.html 3

"Au milieu des années 1990, Eric Zemmour flirtait vec la Fondation Marc-Bloch, où des journalistes, comme Elisabeth Lévy, dénonçaient la « pensée unique » de l’intelligentsia française. Une petite bande souverainiste dont la trajectoire laisse rêveur. En 2002 (Zemmour vote pour Chevènement), ces « nationaux-républicains » commencent par dénoncer le front anti-Le Pen et l’antifascisme de salon qui fait descendre la jeunesse dans la rue. Puis décontaminent patiemment les idées du FN, quand ils ne rejoignent pas directement la formation d’extrême droite, comme l’ex-plume du « Che » Paul-Marie Coûteaux, et investissent les médias. "

6 Le blog de Serge Quaddrupani

7 http://vivelepcf.fr/1822/pour-melenchon-la-guerre-dalgerie-na-ete-quune-guerre-civile/

8 http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2014/11/08/et-zemmour-devint-zemmour_4520705_823448.html 3


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Ven 26 Aoû - 17:14


cet article est d'avril 2016, mais ce qui valait hier pour le "voile islamique" vaut aujourd'hui pour le burkini : Lafrance se rapproche un peu plus de la noyade


Cette étrange obsession française pour le voile

Orient XXI 27 avril 2016

Article original : The Veil and the Political Unconscious of French Republicanism (Le voile et l’inconscient politique du républicanisme Français*) traduit de l’anglais par Françoise Feugas

* titre somme toute plus précis, et qui montre mieux le caractère inconscient de l'idéologie)


L’obsession française pour le foulard ne se retrouve pratiquement nulle part ailleurs dans le monde. Pourquoi ? Analyse d’une historienne américaine spécialiste de la France.

Citation :
La crispation du gouvernement français sur «  le voile  » est sans commune mesure avec ce qui se passe dans la plupart des autres pays occidentaux. Dans le monde anglo-américain, même après le 11-Septembre, le voile n’est pas considéré comme l’étendard d’une insurrection. Le gommage de toute différence ethnique, raciale et religieuse n’est pas une condition nécessaire pour l’intégration dans la nation. Une phrase du poète américain Walt Whitman résume à peu près la manière dont la diversité est conçue : « Je suis grand, je contiens des multitudes ».

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de problèmes de discrimination terribles et persistants basés sur les différences (raciales en particulier) aux États-Unis  ; simplement ces différences sont reconnues comme partie intégrante de l’héritage national. Elles sont relevées dans les recensements, décrites dans les collections de données institutionnelles, et comprises comme étant la source de notre richesse culturelle. Les appellations composées («  Africain-Américain  », «  Italien-Américain  », «  juif-Américain  », «  musulman-Américain  ») disent assez l’acceptation du fait que les identités politiques et culturelles peuvent coexister sans porter atteinte à la nécessaire unité nationale. Si durant les primaires en cours de la prochaine élection présidentielle des failles majeures se sont révélées, elles sont plus fondées sur les disparités économiques que sur les différences ethniques ou religieuses. Ce sont les énormes inégalités de revenus et non les affiliations communautaires qui divisent l’électorat et nos hommes politiques en ce moment.

Une «  hystérie politique  »

Pour toutes ces raisons, l’obsession française du voile islamique nous semble correspondre à ce qu’Emmanuel Terray nommait en 2004 une «  hystérie politique  ». La rhétorique déchaînée, les menaces et les lois punitives visant les vêtements féminins (hijab, voile intégral, abaya) semblent excessives, pour ne pas dire insensées. L’alarme lancée en 1989 par Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter et d’autres, prédisant que la non-interdiction du hijab dans les écoles serait le «  Munich  » de la République a conduit certains d’entre nous à se demander comment ces supposés intellectuels sérieux pouvaient grossir le trait à ce point. Récemment, le commentaire de Laurence Rossignol comparant le port du voile à la soumission volontaire à l’esclavage a suscité une interrogation du même ordre : avait-elle la moindre idée de l’épisode historique auquel elle faisait allusion  ? Et quand Charlie Hebdo puis la rédaction de Libération ont mis en garde contre l’inévitable pente glissante conduisant du voile aux attentats terroristes et fustigé les «  islamo-gauchistes  » qui dénonçaient l’amalgame entre les traditions musulmanes et l’islam politique, il était difficile de ne pas lire dans leurs articles autant d’exemples de l’islamophobie qu’ils niaient si bruyamment.

Un autre aspect troublant de la focalisation sur l’habillement des femmes musulmanes est l’idée que la «  laïcité  » exigerait l’interdiction du voile au nom de l’égalité entre hommes et femmes. Ceux d’entre nous qui connaissent un peu l’histoire de ce mot sont surpris de le trouver invoqué comme principe de l’égalité de genre. Cela n’était certainement pas la préoccupation des anticléricaux qui ont inventé le terme en 1871, ni celle des auteurs de la loi de 1905 qui prescrit la neutralité de l’État en matière de religion et ne dit absolument rien de la façon dont les femmes doivent être traitées. C’est plutôt la «  nouvelle laïcité  » (ainsi nommée par François Baroin en 2003 lorsque l’interdiction du voile était en débat) qui a fait entrer l’égalité entre les hommes et les femmes dans les principes fondateurs de la République. Elle transfère l’exigence de neutralité de l’État à ses citoyens, des institutions et des représentants de l’État à tout l’espace public et à tous ses habitants. La «  nouvelle laïcité  » exige des individus qu’ils comprennent que la neutralité, définie comme l’absence du plus modeste signe d’affiliation religieuse, est la condition sine qua non de l’appartenance à la nation.

Le mot «  laïcité  » est polémique depuis sa création en 1871 par les militants anticléricaux. À l’époque, il servait à contrer le pouvoir de l’Église catholique  ; à présent, il est utilisé pour définir une identité française qui exclut les musulmans. Dans les deux cas, les femmes sont considérées comme un danger potentiel pour la République. Au XIXe et au début du XXe siècle, on soupçonnait les Françaises d’être sous l’influence des prêtres  ; au XXIe siècle, ce sont les femmes musulmanes dont les foulards sont le signe d’un «  défaut d’assimilation  » inacceptable, et d’un refus agressif de l’égalité soi-disant caractéristique de la République. Finkielkraut l’a dit sans détour dans un entretien au New York Times(1) : «  la laïcité l’a emporté. Et nous ne pouvons faire aucun compromis sur le statut des femmes. (…) Tout vient de là.  »

Marianne dévêtue

L’assimilation culturelle est une caractéristique bien connue de l’identité française. Le souci de représenter la France comme une nation homogène est ancien  ; des générations d’immigrants ont ainsi été sommés de perfectionner leur pratique de la langue, s’identifier à «  nos ancêtres les Gaulois  » et déclarer avant tout leur loyauté envers les fondamentaux culturels et politiques du pays. Mais les partisans de l’assimilation n’ont que très rarement ciblé les femmes comme ils le font actuellement. Pourquoi sont-elles devenues l’objet d’une telle attention  ? La plupart des terroristes sont des hommes  ; les armées de l’organisation de l’État islamique sont complètement masculines. Pourquoi les politiciens français, notoirement rétifs à voter des lois sur la violence domestique, le harcèlement sexuel ou l’égalité salariale, et (pour la plupart) résistant activement à la mise en œuvre de la loi sur la parité en politique, pourquoi ces hommes — avec quelques soutiens féministes — sont-ils si soucieux du statut des femmes dès lors qu’il s’agit de l’islam  ? Qu’est-ce que leur obsession du vêtement des femmes musulmanes nous dit sur les angoisses des républicains français  ?

Certes, ils en appellent à la vieille idée d’une identité française homogène et à une vision de la laïcité dans laquelle la religion est privatisée — une question de conscience individuelle qui n’a pas à être publiquement exposée. De ce point de vue, peut-être, l’habillement des femmes musulmanes est vu comme marquant plus visiblement leur appartenance religieuse que les vêtements des hommes musulmans. On puise aussi dans les réminiscences de la «  mission civilisatrice  » coloniale qui vantait le traitement supérieur des femmes françaises (bien avant qu’elles aient le droit de vote ou qu’elles soient libérées des restrictions du Code napoléonien) sur celui des femmes «  indigènes  », dont les voiles avaient alors un attrait érotique, et n’étaient pas comme aujourd’hui un signe de répression sexuelle. Et puis, il y a la Marianne dévêtue, symbole de la nation  ; poitrine nue, elle est La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix et l’icône qui figure en bonne place dans les hôtels de ville d’un grand nombre de municipalités. Dans la polémique actuelle, Marianne à la gorge offerte incarne les femmes françaises émancipées par opposition aux femmes voilées qui seraient soumises à l’islam.

Égalité du Même, inégalité de l’Autre (sexe)

Mais je pense qu’il y a plus que tout cela. Quelque chose qu’on pourrait appeler l’inconscient politique du républicanisme français, qui alimente l’hystérie autour du vêtement des femmes musulmanes. Cette hystérie dont nous sommes témoins provient d’une contradiction inavouée, mais persistante entre l’égalité politique et la différence sexuelle. Il est possible que ce ne soit pas le motif direct dans le cas de Badinter ou de Manuel Valls, mais je pense que cela va jusqu’à entacher leur défense inflexible de la République laïque et contribue à expliquer plus généralement la fixation sur les femmes musulmanes et leurs foulards.

La contradiction est évidente depuis 1789 et n’a pas disparu quand les femmes ont obtenu le droit de vote en 1944. La citoyenneté en France est basée sur un individualisme abstrait. L’individu est l’unité essentielle, indépendamment de la religion, de l’ethnie, de la position sociale ou de la profession. Une fois ôtés tous ces éléments, les individus sont tous pareils, c’est-à-dire égaux. Mais dans la longue histoire de la politique française, la différence sexuelle a constitué le principal obstacle au «  même  », à la ressemblance, vue comme une distinction naturelle et donc impossible à éliminer. La nature a décrété un manque de similitude (donc une inégalité de ce point de vue) que la société ne peut pas corriger. Il y a une profonde incompatibilité entre la promesse universelle d’égalité dans la théorie politique républicaine et la différenciation sexuelle créée par la nature. Cela n’entre pas dans la logique républicaine.

Quand les femmes ont obtenu le droit de vote, ce fut en tant que groupe particulier, non en tant qu’individu(e)s. Dans les débats sur la parité, l’argumentation qui a finalement permis à la loi de passer a été celle qui a remplacé l’individu par le couple hétérosexuel. Sylviane Agacinski a ainsi affirmé (pour la parité et contre le PACS en 1999) qu’il ne pouvait pas y avoir de Parlement monosexué comme il ne pouvait y avoir de familles monosexuées. La complémentarité s’est ainsi substituée à l’égalité des individus. Dans l’éloge de la séduction comme trait de caractère national, la complémentarité est asymétrique : les femmes «  consentent amoureusement  » à leur subordination aux hommes.

L’accent mis sur le jeu de séduction ouvert entre hommes et femmes, et en particulier l’affichage public du corps des femmes, sert à démontrer leur différence et la nécessité de les traiter autrement. En ce sens, le problème que pose le sexe à la théorie politique républicaine est nié. Paradoxalement, l’« objétisation » de la sexualité féminine sert à « voiler » une contradiction inhérente au républicanisme français : son incapacité à réconcilier la différence sexuelle « naturelle » avec la promesse d’égalité pour tous.

Le voile au pied de la lettre

Le voile des femmes musulmanes semble présenter un défi de ce point de vue, menaçant d’exposer la contradiction niée ou réprimée de la théorie républicaine. L’habillement « modeste » répond directement aux problèmes posés par le sexe et la sexualité dans les relations sociales et la politique. Il atteste que les relations sexuelles sont interdites sur la place publique. Certaines féministes musulmanes affirment que c’est ce qui les libère en fait, mais que ce soit le cas ou non, ou que chaque femme qui met un voile en comprenne le symbolisme de cette manière ou pas, le voile signale l’acceptation de la sexualité et même sa célébration, mais seulement dans des circonstances particulières — en privé, au sein de la famille. Le paradoxe ici est que le voile rend explicites — visibles pour tous — les règles de l’interaction de genre qui déclarent que les échanges sexuels se font hors de l’espace public.

C’est la reconnaissance explicite d’un problème que la politique française veut nier qui rend le voile « visible » au sens sexuel du terme. Le vêtement des femmes musulmanes est la preuve des difficultés que présente le sexe pour les échanges dans la sphère publique — difficultés que les républicains français veulent nier. Leurs pieuses déclarations sur l’égalité sont en totale contradiction avec leur profond malaise dès qu’il s’agit de partager le pouvoir avec l’autre sexe. La séduction est pour eux une alternative préférable.

Je ne veux pas nier les aspects patriarcaux des pratiques musulmanes, mais nous ne devons pas ignorer non plus le fait qu’il n’y a pas d’égalité de genre parfaite en France. Les femmes sont objétisées dans les deux systèmes, quoique différemment. Je veux simplement dire que l’hystérie politique sur le voile doit être comprise non pas comme une réponse simple et logique au terrorisme, ni comme la défense de l’égalité de genre. C’est plutôt une façon de nier la persistance d’inégalités à l’intérieur de la société française (inégalités qui vont du genre à la race et à l’ethnie). Ces inégalités ne sont pas accidentelles  ; elles sont consubstantielles à un système politique qui fait du «  même  » abstrait le fondement de l’égalité, et de la différence sexuelle concrète l’exception et la justification d’une inégalité qui, parce qu’elle est «  naturelle  », ne peut pas être nommée.

C’est peut-être une autre manière de dire que toute l’attention portée à l’inégalité qui caractériserait le sort des seules femmes musulmanes est un moyen d’évacuer les problèmes concernant les femmes françaises en général — différents bien sûr, mais qui n’ont pas été résolus par la loi (le vote, les modifications du Code civil, la parité) ni par d’autres moyens. Une chose est sûre, si l’inégalité de genre existe également dans le monde anglo-américain, elle n’a pas pris la forme de cette obsession des femmes musulmanes et de leurs voiles dont on peut dire qu’elle est une singularité française.

Joan Wallach Scott

(1)Adam Nossiter, « Once Hopeful for Harmony, a Philosopher Voices Discord in France », 11 mars 2016




Joan Wallach Scott
Historienne, professeur émérite à l’Institute for Advanced Study (Princeton, New Jersey). Ses travaux, initialement consacrés au mouvement ouvrier français, se sont orientés à partir des années 1980 vers l’histoire des femmes dans une perspective de genre. Elle est notamment l’auteur de The Politics of the Veil (Princeton University Press, 2010).

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Dim 28 Aoû - 12:37


rappel d'un entretien


l'idéologie française vue par Achille Mbembe

Achille Mbembe : «La France peine à entrer dans le monde qui vient»

Sonya Faure  et Cécile Daumas Libération 1er juin 2016


Identité, nation, voile, violence, migration… Achille Mbembe renvoie le continent européen à ses crispations et à son immobilisme.

C’est l’un des nombreux paradoxes d’Achille Mbembe : il peut faire preuve d’une noirceur absolue sur le genre humain tout en déployant une philosophie que d’aucuns pourraient qualifier de béate. Rencontre avec l’historien, professeur à l’université de Witwatersrand à Johannesburg en Afrique du Sud et à celle de Duke aux Etats-Unis.



Achille Mbembe au Musée Dapper à Paris dans l'exposition
Chefs-d'œuvre d'Afrique (jusqu'au 21 décembre).
Photo Manuel Braun

Citation :
Dans le débat autour des questions d’identité, de frontières et d’islam, la France voit remettre en cause une de ses valeurs phares, l’universalisme. Une chance ou une épreuve ?

La France change, elle y est obligée. C’est justement, parce que des transformations irréversibles sont en train de s’opérer autour de ces questions que les lignes de confrontation et de conflit se raidissent. Les temps sont propices, pour les pays européens, à redéfinir les paramètres non plus de l’universel, mais de ce qui nous est commun en cet âge planétaire. A cause de sa très riche et complexe histoire, la France pourrait, si elle le voulait, contribuer à une compréhension inédite des enjeux nouveaux liés à notre condition terrestre. Ce que l’humanité a désormais en commun, c’est le fait que nous sommes appelés à vivre exposés les uns aux autres, et non enfermés dans des frontières, des cultures et des identités. C’est le propre de l’humain, mais c’est aussi le cours que prend désormais notre histoire avec d’autres espèces sur cette Terre. Vivre exposés les uns aux autres suppose de reconnaître qu’une part de notre «identité» s’origine dans notre vulnérabilité. Celle-ci doit être vécue et entendue comme un appel à tisser des solidarités, et non à se forger des ennemis. Malheureusement, tout cela est trop compliqué pour le tempérament de notre époque, portée qu’elle est vers des idées toutes faites. Plus notre monde se complexifie, plus nous avons tendance à recourir aux idées simples.

Mais on peut comprendre que la défense de l’universalisme, d’une identité et d’une culture propre à un espace géographique soit indissociable de l’histoire européenne et française…

Je comprends tout cela. Le problème, c’est que ni l’Europe, ni la France ne sont le monde. Le problème, c’est quand l’universalisme se fait ethnique. C’est quand l’identité se conjugue avec le racisme et que la culture se présente sous les traits d’une essence immuable. En vérité, ce que l’on appelle l’identité n’est pas essentiel. Au fond, nous sommes tous des passants. Le monde que nous habitons a commencé longtemps avant nous et continuera longtemps après nous. Alors qu’émerge lentement une nouvelle conscience planétaire, la réalité d’une communauté objective de destin doit l’emporter sur l’attachement à la différence.

Nous sommes pourtant tous nés quelque part…

… mais accidentellement. Etre né quelque part est une affaire d’accident. Ce n’est pas une affaire de choix. Sacraliser les origines, c’est un peu comme adorer des veaux d’or. Cela ne veut rien dire. Ce qui est important, c’est le trajet, le parcours, le chemin, les rencontres avec d’autres hommes et femmes en marche, et ce que l’on en fait. On devient homme dans le monde en marchant, pas en restant prostré dans une identité.

Peut-être est-ce plus simple pour vous d’être «un passant» : vous êtes né au Cameroun, enseignez en Afrique du Sud et aux Etats-Unis, avez étudié en France…

Je suis attaché à la France, conséquence d’une rencontre. Or, je ne suis pas né ici. Je ne vis pas ici non plus. Il y a des héritages qui n’ont rien à voir avec des histoires de naissance. J’écris par exemple en français, une langue que j’ai reçue en héritage. Je pense en langue française. Je contribue avec d’autres au rayonnement mondial de la pensée de langue française, et cela n’a strictement rien à voir avec je ne sais quelles racines. Au contraire, cela a à voir avec le fait qu’à un moment historique donné, la langue française a cessé d’être une langue ethnique. L’Afrique a permis à la langue française d’échapper à son destin ethnique. Au demeurant, c’est toujours Autrui qui nous octroie notre pesant d’universel. On ne peut pas s’autoproclamer universel. Quant aux plus faibles d’entre nous, il s’agit justement souvent de gens qui, pour survivre, doivent absolument bouger. Il s’agit de gens en permanence en mouvement. Or, on sait combien, de nos jours, il est presque devenu impossible de bouger, du moins pour certaines catégories de l’humanité. Celle-ci se divise entre ceux qui peuvent aller partout dans le monde et ceux qui, soit ne doivent pas bouger, soit ne peuvent le faire que sous des conditions draconiennes.

Votre description de l’Europe occidentale est terrible… Vous évoquez un territoire aussi accueillant qu’un «banc de glace».

Le tableau n’est pas noir. Ce qui me frappe, c’est la grisaille. Il suffit de regarder les frontières de l’Europe, et surtout ses frontières méridionales. Elles sont devenues des fosses communes. Il faut secouer cette Europe assoupie, qui n’arrête plus de ronfler. Sinon, plongée dans une sorte d’ennui existentiel, elle risque de devenir une menace pour le reste de l’humanité.

Elle est assoupie, mais à vous lire, elle est très violente…

Les deux choses vont de pair. L’Europe devient violente par ennui. La violence devient le moyen de son divertissement, une manière de se rassurer. Le racisme qui va avec l’ennui est, lui aussi, une forme de joyeuseté. Il est pratique au nom d’une pseudo-critique du «politiquement correct», cette expression fourre-tout que beaucoup assimilent à la répression. A la place, on cherche à se défouler, à briser tabous et interdits. On se met à rêver à des temps de licence absolue lorsque tout, croit-on, était permis. Le racisme contemporain est de ce point de vue une forme de démocratisation d’une jouissance perverse. Par ces temps de grand ennui, tout le monde peut y avoir accès. Il n’y a pas de tarif d’entrée. Si, à l’époque coloniale, le racisme et la violence européenne étaient symptomatiques de la montée en suprématie du continent, aujourd’hui leur fonction est tout autre : ils sont le fait d’une vieille puissance qui refuse de faire face à son déclassement international.

Mais en France, la réalité a été extrêmement violente en 2015…

Le terrorisme n’est pas une fiction. Il est bien réel et la France en fait l’épreuve. Mais le centre de gravité du terrorisme n’est pas l’Occident. Boko Haram a provoqué la mort de dizaines de milliers de gens au Nigeria, au Nord Cameroun et sur les pourtours du lac Tchad. L’expérience de dévastation due au terrorisme n’est pas une exception européenne, c’est une expérience partagée. Hormis les deux épisodes de 1914-1918 et 1939-1945, l’épicentre de la violence de notre monde, c’est hors d’Europe qu’il se situe depuis le XVe siècle.

Le terrorisme n’est pas une attaque contre l’identité ou la culture européenne ?

A vrai dire, les terroristes font assez peu dans la discrimination. Pour les victimes, il suffit parfois d’être là, au mauvais endroit et au mauvais moment. Le terrorisme s’attaque à l’Etat de droit. En même temps, il favorise la montée en Europe de discours paranoïaques qui accompagnent par ailleurs le déclassement international dont l’Europe fait l’expérience. De tels discours évoquent la sorcellerie : il y a toujours quelqu’un qui m’en veut en raison de qui je suis et non à cause de ce que je lui ai fait. Le discours paranoïaque et le discours sorcier sont tous deux des raisonnements mythologiques. A un moment où la mythologie de la nation est vide de sens, où la politique et la démocratie font de moins en moins sens, où les véritables centres de décision sont dénationalisés, sinon offshore, le raisonnement mythologique permet de combler un vide presque métaphysique. Mais il nourrit également des violences potentielles. C’est en effet un type de discours qui a toujours besoin d’un ennemi, peu importe lequel ; d’un bouc émissaire ou de quelqu’un contre lequel on peut déployer une violence sans retenue. Ce fut le cas hier avec les Nègres et les Juifs. Si l’on n’y prend garde, ce sera bientôt le cas avec les musulmans et toutes sortes d’étrangers.

Les démocraties occidentales sont-elles devenues des machines de guerre ?

Plus elles perdent de leur signification à l’intérieur, plus les démocraties atlantiques ont besoin de conduire des guerres interminables au loin. Tout cela exige l’invention permanente du «bon ennemi», celui-là qui nous permet de décharger à l’extérieur le surplus de violence qu’on aurait sinon à exercer à l’intérieur, au risque de déclencher une guerre civile. La guerre externe permet à la démocratie de faire reculer le spectre de la guerre civile. Auparavant, ce sont les colonies qui servaient d’exutoire à ce surplus de violence. Elles servaient de champ d’expérimentation de toutes sortes de guerres hors-la-loi et de toutes sortes d’atrocités. Aujourd’hui il faut externaliser cette violence d’une autre façon. Il faut par ailleurs comprendre que la guerre est devenue un rouage essentiel de la vie économique et technologique des démocraties. Elle est devenue une nécessité et ne relève plus de l’épisodique. Enfin la violence prend part à l’ordre économique international, où la force brute ne s’exerce pas seulement aux dépens des ex-colonies. L’histoire récente de la Grèce est tout à fait significative de ce point de vue. Peu importe la volonté démocratique des Grecs, les puissances financières sont capables de la congédier pour imposer le remboursement des dettes.

Les Grecs sont-ils l’exemple de cet élargissement de la condition de «Nègre» que vous avez théorisée ?

Les Grecs sont en effet les nouveaux Nègres d’Europe. On peut leur imposer à loisir le genre de traitement que l’on n’impose qu’aux peuples vaincus lors d’une guerre. La sorte de mépris dans lequel on ne tient que les Nègres leur est étendue.

Plus globalement, qu’est-ce qui définit le «Nègre» aujourd’hui ?

Une classe et une race, voire une espèce d’individus, peu importe la couleur de la peau, au regard desquels la vieille distinction entre le sujet humain et la chose ne compte plus. Pis, des gens dont on n’a strictement guère besoin, une classe de superflus dont aucun maître n’a ni besoin ni envie, même pas en tant qu’esclaves. Le problème n’est plus de les exploiter : le souhaiteraient-ils, il n’y aurait guère preneur.

En France a eu lieu une violente polémique avec la ministre des Droits des femmes autour du mot «Nègre». Pourquoi avez-vous le droit d’employer ce mot à longueur de livres, et elle non ?

Parce qu’en n’en connaissant ni les tenants ni les aboutissants historiques, elle emploie ce terme à tort et à travers. Au passage, elle blesse, en toute bonne conscience, des gens. Il y a des termes lourds d’histoire que des gens incultes, mais qui se prévalent d’une parole officielle, ne peuvent utiliser qu’à leurs risques et périls.

Comment expliquez-vous le débat français autour du voile ?

Je ne comprends pas cette fixation. Nous traversons une époque caractérisée par une profonde incertitude dès lors qu’il s’agit de dire avec exactitude qui est qui. Le moment terroriste a pour effet de réactiver les dispositions paranoïaques qui existent à l’état latent dans toutes les sociétés. Quand la peur devient si intense et si interne, et le préjugé si viscéral et si partagé, le désir de démasquer l’ennemi potentiel, de l’exposer, d’en révéler l’identité profonde et secrète devient un besoin presque anal ! Je crains que la fixation sur le voile ait davantage à voir avec cette forme de l’analité qu’avec la laïcité !

Carrément ? Vous exagérez, non ? Cet acharnement n’est-il pas plutôt lié à une angoisse identitaire ?

Qui êtes-vous ? D’où venez-vous vraiment ? Quelles garanties avons-nous que vous êtes bien celui ou celle que vous dites être ? Tout tourne désormais autour de cela. Démasquer et dévoiler font partie des opérations dont on pense qu’elles nous permettront de savoir avec exactitude qui est parmi nous, pour nous ou contre nous. Or le visage nu, à découvert, sans sociabilité, aussi important soit-il, ne permet pas à lui seul de répondre à ces questions. Vous pouvez dévoiler toutes les femmes musulmanes de France et de Navarre, cela ne vous fera pas avancer dans la connaissance véritable de qui elles sont. Dans le régime de surveillance généralisé que favorise la guerre contre la terreur, et le désir d’apartheid, l’identité est devenue une affaire purement policière. Des histoires de traçage, de fichage, de délation.

On vous dira que lutter contre le voile c’est une façon de défendre le droit des femmes à être libres et à disposer de leurs corps…

Il faut faire confiance aux femmes musulmanes. Elles sont capables de défendre elles-mêmes leurs droits.

En ont-elles le pouvoir ?

Elles auront le pouvoir qu’elles s’octroieront. En attendant, essayons surtout de sortir de la logique coloniale : «Ce sont tous des enfants, il faut les aider.» Les opprimés se libèrent eux-mêmes. Dans l’histoire de l’humanité, personne n’a jamais libéré les opprimés à leur place.

Qu’est ce que cette polémique dit de la France ?

Elle peine à rentrer de plain-pied dans le monde qui vient.

Est-ce là ce qu’on appelle l’impensé colonial ou de l’esclavage ?

Le fait est que les vaincus sont obligés, pour survivre, de connaître non seulement leur propre histoire, mais aussi celle de leurs dominants. Les dominants, eux, non. L’ignorance suffit. Du coup, ce n’est pas parce que l’on a eu un passé ensemble que l’on aura nécessairement un futur en commun. Un tel futur, il faudra le construire consciemment. Par la lutte.

Vous dites : l’histoire des Nègres fait partie de notre histoire commune, celle de la France mais aussi du monde entier.

Il n’y a guère d’histoire de l’Afrique qui ne soit en même temps une histoire du monde. Tout comme il n’y a guère d’histoire du monde qui ne soit en même temps une histoire d’Africains ou de leurs descendants. Et ceci ne vaut pas que pour hier.

Cela signifie que l’histoire nationale…

… ne veut rien dire ! Il n’y a d’histoire que dans la circulation des mondes, dans la relation avec Autrui. C’est l’autre, le lointain, qui m’octroie mon identité. Une société qui refuse de se voir donner son identité par l’Autre est une société profondément malade, agitée par toutes sortes de troubles.

C’est pour cela que vous remettez aussi en cause l’universalisme à la française que vous qualifiez de «péteux» ?

L’universalisme péteux est celui qui ne sait pas faire place à cette parole qui le conteste, ou qui exige d’être prise en compte. Il ne dispose plus des ressources de l’inclusion. C’est le cas de tout universalisme de type finalement ethnique. Quand j’entends ces gens - toutes sortes d’individus venus d’horizons divers qui ont fini par faire souche ici, mais que l’on ne cesse de renvoyer à leur différence - dire «je suis Français», je n’ai pas l’impression qu’ils veulent créer un Bantoustan en plein cœur de Paris. Ce que j’entends, c’est : «Ouvrez-la toute grande, cette porte.» La malhonnêteté consiste à voir du «communautarisme» là où cherche à s’exprimer une requête d’appartenance et d’inclusion, de possible vie commune ou à tout le moins conviviale. L’universalisme péteux, c’est celui qui, tout en les assignant à une différence supposée inéradicable, leur adresse le reproche de ne point vouloir s’intégrer.

C’est ce système symbolique qui craque aujourd’hui ?

Il étale partout ses limites. Il faudrait en assurer l’approfondissement non plus dans le sens de la différence ou même de cet universel que je viens de critiquer, mais en direction de l’en-commun. Dans un pacte de soin, le soin de la planète et le soin apporté à tous ses habitants, humains et non-humains.

On va vous dire que c’est très beau, très gentil, mais totalement idéaliste, de la poésie.

Et bien, vive la poésie ! Elle est d’autant plus nécessaire que la trajectoire inverse, à savoir la relation d’inimitié, est implacable. On a besoin d’ouvrir portes et fenêtres. On a besoin d’un peu d’air par ces temps touffus et irrespirables. L’époque nous force à dormir tout en nous empêchant de rêver. Il faut redonner sa chance au rêve et à la poésie, c’est-à-dire à de nouvelles formes de la lutte, cette fois-ci sur une échelle véritablement planétaire.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mar 30 Aoû - 9:52



La volonté de ségrégation

Abdellali Hajjat Quartiers XXI 30 août 2016

Si, en règle générale, le racisme a besoin de points d’appui factuels et réels, il arrive, dans certaines situations exceptionnelles, qu’il s’en passe volontiers. Le racisme devient alors chimérique, prospère en s’appuyant sur une fiction. C’est ce qui s’est passé lors de l’« affaire du burkini ».


Citation :
L’affaire du burkini révèle une dimension essentielle du racisme. Son existence même a besoin de s’appuyer sur des éléments de la réalité, des faits réels, qui sont ensuite encodés, déformés, réinterprétés, analysés à partir de la grille de lecture raciste. L’antisémitisme s’appuie sur la présence de quelques présumés juifs dans la sphère du pouvoir, ou dans le mouvement communiste, pour construire le mythe du « complot juif » et du « judéo-bolchévisme ». Le racisme anti-noir s’appuie sur les faits-divers où des supposés Noirs sont impliqués pour construire la menace de la « délinquance noire ». L’islamophobie s’appuie les multiples faits relatés dans la presse (hijab à l’école, repas sans porc à la cantine, etc.) et, plus récemment, sur la revendication religieuse des groupes violents takfiri [1], pour conclure à l’idée d’incompatibilité entre « islam » et « république ». Chaque forme de racisme a sa propre histoire idéologique.

Autrement dit, l’idéologie raciste est un régime de vérité, c’est-à-dire qu’il prétend dire la vérité sur le monde social, imposer ce qui peut être dit ou pas dit sur tel ou tel fait réel. Ce n’est pas un hasard si les idéologues d’extrême droite sont d’attentifs lecteurs de la presse locale, nationale et internationale. Ils y puisent leurs faits réels, les relient entre eux par leur logique raciste et exhibent leurs analyses avec force de détails. C’est ce que faisait le journaliste Edouard Drumont dans La France juive (1886), et c’est ce que fait Pierre Sautarel sur son site fdesouche.com pour convaincre des lecteurs submergés par des faits réels. En ce sens, le régime de vérité raciste entre en directe concurrence avec le régime de vérité scientifique, sciences dures et sciences sociales, qui prétendent également à dire la vérité sur le monde social, en utilisant une méthodologie appropriée. Ce n’est donc pas un hasard si les sciences sociales, qualifiés de « sociologisme », sont une cible privilégiée de l’extrême droite, du Front national à Manuel Valls, en passant par Philippe Val et Caroline Fourest, qui ne supportent pas d’être contredits par un régime de vérité plus « noble » que le leur. Quand Valls affirme qu’expliquer la violence politique takfiri revient à la justifier, cela signifie qu’il n’y a qu’une seule manière d’analyser et de résoudre le problème : la force. Les attentats de 2015 et 2016 ne sont que la résultante du choc des civilisations, et la solution ne peut être que la victoire d’une civilisation sur une autre.

Cependant, il n’existe pas de « réalité » en soi. On pourrait dire qu’il existe une multitude de faits réels dans ce vaste monde social, mais que la « réalité » n’est qu’une sélection arbitraire d’une toute petite partie de ces faits réels. De ce point de vue, les attentats de Magnanville, Saint-Etienne-du-Rouvray et de Nice, et l’affaire du burkini qui s’ensuit, sont révélateurs du processus de construction raciste d’une réalité sociale. Les faits réels sont les suivants : un militant takfiri assassine deux policiers à leur domicile, les leaders musulmans de Mantes-la-Jolie organisent une marche blanche pour dénoncer la violence ; deux autres militants takfiri assassinent un prêtre dans une église, les leaders chrétiens et musulmans s’unissent contre la violence durant une messe ; un individu, pas forcément lié à la mouvance takfiri, cause la mort de 86 personnes, dont 30 de confession musulmane, et fait 434 blessés, tous les leaders politiques et religieux locaux s’unissent contre la violence. Ces faits bruts, incontestés et incontestables, ont par la suite été saturés d’interprétations diverses et variées selon que l’on se situe dans tel ou tel régime de vérité.

Musulmans coupables, victimes impossibles

Nous ne pouvons pas revenir ici sur ce conflit d’interprétation, qui est aussi une bataille idéologique pour dire la vérité du monde social, mais notons que, dans la France actuelle, dirigée par un gouvernement objectivement de droite et avec un champ politique ayant largement basculé à l’extrême droite, il est des faits réels gênants, perturbants, voire déroutants pour le régime de vérité raciste, qu’il s’avère nécessaire de minorer, d’invisibiliser, voire de nier dans leur existence même, afin de maintenir le cadre d’analyse raciste. Il s’agit par exemple de la manifestation de Mantes-la-Jolie du 19 juin 2016, dont il faut mesurer l’importance historique. C’est la première fois qu’une communauté musulmane locale organise une marche contre la violence politique takfiri. Après les attentats de janvier, des présumés musulmans anonymes faisaient partie des cortèges du 11 janvier 2015 ; après les attentats de novembre 2015, aucune manifestation n’a été organisée. Les présumés musulmans en France sont dans une situation plus qu’inconfortable. Même s’ils souhaitent manifester leur solidarité avec les victimes d’attentats, la crainte d’être agressés verbalement et physiquement les empêchent de prendre la rue. La manifestation de Mantes-la-Jolie, qui a rassemblé plus de personnes que la « marche blanche » organisée quelques jours plus tôt, est donc sans précédent. C’est un signe de saturation, dans le sens où les présumés musulmans en ont marre d’être stigmatisés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Pourtant, un seul média a envoyé un reporter, Florence Aubenas du Monde, pour couvrir l’événement. Pourtant, le commissariat de police, destination finale du cortège, n’a pas ouvert ses portes à une délégation de leaders musulmans. Autrement dit, même lorsque les présumés musulmans montrent explicitement leur solidarité à l’égard des victimes, lorsque toutes les organisations musulmanes (CFCM, UOIF, etc.), même les mosquées de tendance salafi, condamnent la violence politique via des communiqués de presse, il persiste immanquablement un doute sur leur sincérité, leur bonne foi, et l’on a vu se multiplier sur les réseaux sociaux les dénonciations du « double discours » et de la « duplicité » des présumés musulmans.

Autre fait réel gênant pour l’idéologie raciste : 30 des 84 victimes de l’attentat du 14 juillet 2016 sont de confession musulmane. Ce fait a fait l’objet de quelques articles de presse, même dans les journaux tels que Le Figaro, L’Express ou Marianne. Mais ce fait est vite passé aux oubliettes au point que, même lors de la cérémonie officielle d’hommage aux victimes, un groupe de militants FN et de badauds se sont sentis autorisés d’insulter des parents de victimes de confession musulmane, en toute impunité, sans susciter l’intervention des services de police. Ainsi, l’idéologie raciste nie aux présumés musulmans leur statut de victime de la violence politique takfiri : reconnaître qu’ils puissent être des victimes, cela ne signifierait-il pas minorer leur statut de coupables ? C’est pour cela que les racistes de tout poil cherchent à minimiser ou nier ce fait réel, en réduisant le nombre de victimes de confession musulmane, en refusant que des victimes soient étiquetées « musulmanes » (assignation identitaire suspendue pour l’occasion...) ou en niant le fait en tant que tel. Il suffit de surfer sur la fachosphère et les commentaires de l’article du Figaro pour observer la mauvaise foi raciste.

Mais pourquoi l’idéologie raciste peut-elle être perturbée par la dénonciation de la violence par les présumés musulmans et par l’existence de victimes de confession musulmane ? Tout simplement parce que ces faits réels sont une épine dans le pied raciste. Ils contredisent l’idée d’une solidarité cachée, atavique, génétique, entre la « communauté musulmane » et l’« islam radical ». Ces faits sont des grains de sable dans la machine à dépolitiser la violence takfiri, qui consiste à rendre les présumés musulmans naturellement violents, hostiles aux « valeurs républicaines », à la « laïcité », à la « civilisation judéo-chrétienne », etc. Ces faits révèlent toute la fausseté de l’idéologie raciste. Ils révèlent une réalité, vraie celle-ci, que le racisme ne veut pas reconnaître : l’organisation État islamique à l’origine ou inspiratrice des attentats n’a pas de base de sociale en France, n’a pas de soutien massif parmi ladite « communauté musulmane ». Elle s’appuie uniquement sur quelques individus, eux-mêmes en rupture totale avec leur famille ou leur milieu social de confession musulmane (ou non), tels des électrons libres magnétisés par l’idéologie takfiri qui leur promet leur salut. Telle est la réalité que n’admet pas l’idéologie raciste : les conditions d’une guerre civile ne sont pas réunies en France, puisque les groupes violents takfiri, qui contestent le monopole de la violence physique de l’État, ont toujours été et restent groupusculaires. On comprend bien pourquoi ce fait réel gêne l’idéologie raciste : il contredit sa vision du monde fondé sur le choc des civilisations.

La chimère raciste

Si, en règle générale, le racisme a besoin de points d’appui factuels et réels, il arrive, dans certaines situations exceptionnelles, qu’il s’en passe volontiers. Le racisme devient alors chimérique, prospère en s’appuyant sur une fiction. C’est ce qui s’est passé lors de l’« affaire du burkini ». En effet, le terme « burkini » sert de mot-écran, puisqu’il est le code médiatique utilisé pour parler sans en avoir l’air de « femmes musulmanes voilées se baignant à la mer ». En 1989, comme l’analysait Pierre Bourdieu, la question patente – « doit-on accepter le voile islamique l’école publique ? » – occultait la question latente – « doit-on accepter la présence de l’immigration maghrébine en France ? ». Depuis plus de trente ans, la question latente est toujours la même, l’enjeu est toujours celui de la légitimité présentielle de l’immigration postcoloniale sur le territoire français, même si les questions patentes ont beaucoup varié dans leurs formes : « doit-on accepter le voile islamique à l’université ? », « doit-on accepter le voile islamique pour les accompagnatrices de sorties scolaires ? », « doit-on accepter le voile islamique dans les crèches ? », « doit-on accepter les ‘repas sans porc’ à la cantine ? », « doit-on accepter les ‘prières de rue’ ? », etc. En 2016, la question « doit-on accepter le burkini ? » occulte la question « doit-on accepter les femmes musulmanes dans l’espace public ? ».

Ce mot-écran, associé étymologiquement à la burka qui est déjà interdite dans l’espace public français, est d’autant plus utile à l’idéologie raciste que, d’une part, comme le rappelle son inventrice Aheda Zanetti, le burkini n’est en rien un vêtement musulman et que, d’autre part, aucun burkini n’a été recensé sur la plage de Villeneuve-Loubet ! Autrement dit, l’idéologie raciste s’est appuyée sur une chimère, le burkini comme vêtement musulman visant à faire du prosélytisme sur les plages françaises, d’autant plus grotesque que l’interprétation wahhabite de l’islam condamne fermement ce type de pratique pour les femmes. Il est plus facile de combattre une chimère que de faire face à cette réalité complexe de l’islam : des femmes musulmanes, voilées ou non, pratiquent les mêmes loisirs que le reste de la population française, en exposant ou non leur corps à la vue des autres, en contradiction avec les injonctions masculines des assimilationnistes et des conservateurs musulmans. La chimère occulte le fait qu’elles sont beaucoup plus libres de disposer de leur corps que ce que prétend l’idéologie raciste.

Ainsi, il est plus facile, même dans une France d’extrême droite, de se positionner contre la pratique du burkini plutôt que de le faire contre la présence des certaines personnes (humaines ?) dans un lieu public. C’est là que le racisme de droite se distinguent du racisme à gauche. Le racisme de droite est un racisme décomplexé. L’arrêté municipal du 2 août 2016 de Villeuve-Loubet, mis en place par le maire Lionnel Lucca, co-fondateur de la Droite populaire de l’ex-UMP devenu LR, illustre le racisme de droite : il interdit l’accès à la baignade à « toute personne ne disposant pas d’une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité, et respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime ». Pas de mot « burkini » dans l’arrêté, donc c’est son application qui révèle la véritable nature de l’interdiction : toute femme portant un hijab est interdite de plage, qu’elle soit dans l’eau ou sur le sable.

Le racisme à gauche est souvent, pas toujours, un racisme complexé. Il ne s’avoue pas en tant que tel. D’un côté, on écrit sans ambiguïté ceci : « Quand on va à la mer, c’est pour se détendre, pas pour se prendre les problèmes psychologiques ou les convictions idéologiques des autres en pleine figure. Si quelqu’un est si mal à l’aise avec son corps et croit en la pudeur, il peut tout simplement éviter de se baigner en public et choisir des espaces plus pudiques… comme une piscine privée ou sa baignoire ». De l’autre, on dénonce la réservation d’un créneau horaire pour femmes musulmanes dans une piscine municipale, ainsi que les arrêts municipaux en considérant l’ordonnance du Conseil d’État comme un « sage rappel à la loi et à la laïcité ».




Apparemment les deux formes de racisme s’opposent. L’une est pour l’interdiction légale de présence, l’autre est contre. En fait, elles se rejoignent sur la chimère du burkini comme un problème public et se distinguent seulement sur la « solution à apporter » au problème : la ségrégation légale d’un côté, l’auto-ségrégation de l’autre.

Trouble à l’ordre économique, sexuel et racial

Lorsque l’idéologie raciste veut utiliser le droit comme arme politique contre les racisé.e.s, il ne peut pas ne pas s’adapter au langage juridique. Dans un État (de moins en moins) de droit, celui-ci s’impose à tous et nécessite un effort de traduction du discours social (raciste) vers le discours juridique (neutre). En effet, comment justifier juridiquement, dans un État où la Constitution est censée garantir les droits et libertés fondamentaux, l’interdiction d’un espace public à des femmes musulmanes portant le hijab ? En France, les droits humains ne sont pas absolus puisqu’ils peuvent être suspendus dans certaines circonstances, notamment pour éviter un « trouble à l’ordre public ». La mesure de police administrative qui suspend ces libertés doit cependant être « nécessaire » et « proportionnée » à la nature du trouble. La notion d’ordre public est très vague, et de nombres pratiques étatiques autoritaires ont déjà été justifiées par cette catégorie juridique, tout simplement parce que ce sont les services de police qui définissent l’ordre public. Ainsi, selon Me François Pinatel, l’avocat de la mairie de Villeneuve-Loubet, le trouble à l’ordre public est avéré parce qu’il y aurait eu une « forte affluence » de femmes musulmanes portant le hijab : « Il y avait de nombreux burkinis sur la plage de Villeneuve-Loubet avant l’arrêté du 5 août et, depuis l’arrêté, la situation est parfaitement calme ». La question juridique est donc la suivante : en quoi la présence de femmes portant le hijab produit-elle un trouble à l’ordre public ?

Au delà de la dénonciation, il est important d’entrer dans la logique juridique de la volonté de ségrégation. Elle permet de révéler comment un État peut devenir ségrégationniste. Selon le tribunal administratif de Nice, qui restera dans l’histoire comme la juridiction ayant légalisé la ségrégation des femmes musulmanes portant le hijab dans l’espace public, « les risques de troubles à l’ordre public procèdent de (…) l’amalgame qui pourrait être fait par certains entre l’extrémisme religieux et le vêtement dénommé ‘burkini’ ou ceux qui estimeraient que cette tenue vestimentaire sur les plages dans le contexte des attentats et de l’état d’urgence est une forme de provocation de nature communautariste ou identitaire ». Autrement dit, on leur interdit la plage de manière préventive à cause des baigneurs racistes ! Terrible aveu de la part d’une juridiction administrative : elle admet l’existence d’un racisme exacerbé, pouvant troubler l’ordre public mais, au lieu de considérer que les pouvoirs publics devraient protéger les femmes musulmanes portant le hijab des insultes et agressions racistes, elle préfère les rendre invisibles. Il s’agit de cacher le voile pour éviter qu’il ne crée le trouble à l’ordre public, qui ne réside pas dans la tête des racistes, mais dans la présence des femmes musulmanes portant le hijab.

Ainsi, l’arrêté municipal et l’ordonnance du tribunal administratif de Nice du 20 août 2016 visent le maintien d’un ordre économique, sexuel et racial. Dans une région particulièrement marquée par la ségrégation économique et raciale, où l’extrême droite LR-FN monopolise le champ politique, la plage, gratuite et ouverte à tout.e.s, est un lieu de mixité sociale, sexuelle et raciale qui dérange. Les mairies de la Côte d’Azur n’ont aucun problème avec les femmes musulmanes venues du Golfe persique... Certaines municipalités n’hésitent pas à privatiser des plages publiques pour leurs hôtes multi-millionnaires. Par contre, la volonté de ségrégation s’abat sur les présumées musulmanes des classes populaires et moyennes, venues seules ou en famille. Pour elles, la plage est devenue un espace public réservé à un « standard » de comportements, selon le mot de Pinatel devant le Conseil d’État, une norme dominante de visibilité du corps féminin et de non visibilité religieuse.

Un racisme d’État ?

Finalement, le Conseil d’État a mis un coup d’arrêt (temporaire ?) à la volonté de ségrégation. L’argumentation juridique de la ville et du tribunal de Nice n’a pas convaincu le Conseil d’État qui, dans son ordonnance du 26 août 2016, remet en cause l’existence d’un trouble à l’ordre public : « Il ne résulte pas de l’instruction que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté, sur les plages de la commune de Villeneuve-Loubet, de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes ». Sans trouble à l’ordre public, pas de « nécessité » de mesure de police administrative suspendant les libertés fondamentales. Le Conseil d’État prend bien soin de ne pas aborder les autres arguments juridiques avancés par la ville (égalité hommes-femmes, laïcité), sûrement pour éviter des controverses sans fin.

Si la Ligue des droits de l’homme et le Collectif contre l’islamophobie en France, requérants dans cette affaire, se réjouissent de leur victoire juridique, il n’en reste pas moins que cette affaire est loin d’être finie. Une nouvelle couche du « problème musulman » s’ajoute à toutes celles qui se sont accumulées depuis des années. Des dizaines de femmes ont été humiliées en public, sous les yeux de leurs proches. La plage est devenue un champ de bataille idéologique, dont se sert les candidats à la campagne présidentielle dans une surenchère raciste et dont va sûrement se saisir l’OEI dans sa propagande.

Mais, surtout, cette affaire révèle la fracture au sein de champ juridique. En effet, comment le tribunal administratif de Nice et le Conseil d’État peuvent-ils diverger autant sur un enjeu aussi primordial, celui des droits et libertés fondamentaux ? Loin d’être des acteurs neutres, les juges sont influencés par le contexte politique contemporain et dépend structurellement du champ politique qui vote les lois. Les juges de Nice semblent avoir été tellement affectés par l’attentat du 14 Juillet 2016 qu’ils ont suspendu leur jugement impartial et remis en cause les principes de la Constitution. Le ministère de l’Intérieur, qui normalement contrôle la légalité des arrêtés municipaux, s’est bien gardé prendre position. Même devant le Conseil d’État, il n’a pas condamné les arrêtés comme des atteintes aux libertés fondamentales.

À l’inverse, les juges du Conseil d’État se sont révélés être dans ce cas les garants de l’État de droit, qui est en fait le droit d’avoir des droits. Ils ont été soutenus en ce sens par quelques acteurs politiques (Najat Vallaud-Belkacem, Benoît Hamon, etc.), l’Observatoire de la laïcité et la Commission nationale consultative des droits de l’homme. En ce sens, la notion de racisme d’État n’est pas la plus appropriée pour penser la situation actuelle. Forgé pour qualifier des États tels que celui du régime de Vichy, d’Afrique du Sud de l’apartheid, les États-Unis de la ségrégation, les États coloniaux ou l’Allemagne hitlérienne, le racisme d’État renvoie à une ségrégation légale fondée un critère racial permanent, hérité et collectif (judéité, islamité, noireté, etc.). Si on admet cette définition, l’État français n’est pas (encore ?) raciste puisque la volonté de ségrégation légale ne vise pas (encore ?) les présumés musulmans dans leur totalité (surtout les femmes), ne s’appuie pas (encore ?) sur caractéristique permanente (la cible prioritaire, le hijab, s’enlève) et est (parfois) contrecarrée par d’autres composantes de l’État (Conseil d’État, Cour européenne des droits de l’homme, CNCDH, etc.). Autrement dit, les présumés musulmans ont encore le droit d’avoir des droits, disposent de marges de manœuvre juridiques et politiques pour contester la volonté de ségrégation. Il s’agit plutôt d’une discrimination légale par capillarité, tendant vers un État ségrégationniste.


Notes

[1] Le takfir est la pratique de l’excommunication justifiant la mise à mort. Expression que l’on préfère au terme « djihadisme », qui a le défaut non seulement de réduire le concept de djihad à sa dimension guerrière (occultant la dimension du djihad « intérieur », ou réforme de soi) et de rendre la violence religieusement et culturellement spécifique à l’islam. Le même problème se pose pour le terme d’« islamisme » qui, comme le soulignait Maxime Rodinson, « offre un danger de confusion avec la de nomination de la religion en elle-même » (La Fascination de l’islam, La Découverte/Poche, Paris, 2003, p. 20). Voir Steven DUARTE, L’Idée de réforme religieuse en islam depuis les indépendances, thèse d’études arabes et islamiques, École pratique des hautes études, Paris, 2014 ; « Islam, islamisme, fondamentalisme... Qui nomme ? Les journalistes, les chercheurs ou les acteurs ? », Les Carnets de l’Ifpo, 27 décembre 2014.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Jeu 1 Sep - 16:33



via Sihame Assbague ‏@s_assbague  il y a 19 heures

vu sur FB : un "burkini" made by #muslimfuté

.
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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Ven 2 Sep - 14:41


un communautarisme d’Etat

Laïcité ou identité ?

Etienne Balibar, Philosophe, Libération 29 août 2016

« le surgissement de ce «monstre» qu’est la laïcité identitaire n’est pas un phénomène isolable
des multiples tendances à l’exacerbation des nationalismes et au «choc des civilisations»
qui, en liaison avec d’extrêmes violences, se produisent dans le monde actuel »

Alors que le Conseil d’Etat vient d’invalider l’interdiction du burkini, il faut mettre fin au développement de la «laïcité identitaire». Cette conception, obsédée par le communautarisme en vient à construire un «communautarisme d’Etat».


Le Conseil d'Etat, en 2014. Photo Thomas Samson. AFP

Citation :
Grâce à l’ordonnance du Conseil d’Etat, on évitera de voir en France une police des mœurs, chargée non de forcer les femmes à porter le voile, mais de les forcer à l’ôter. L’exercice des libertés doit primer dans toute la mesure du possible sur les exigences de l’ordre public, qui par définition les restreignent. En démocratie les droits des femmes relèvent de leur décision, et non d’une grille d’interprétation plaquée sur leur comportement pour les «forcer d’être libres». La laïcité est une obligation de neutralité de l’Etat envers les citoyens et non pas une obligation idéologique des citoyens envers l’Etat.

Je considère, avec beaucoup d’autres, ces démonstrations comme fondamentales. Comme elles portent un coup d’arrêt à la tentative d’exploiter les sentiments suscités par la série des attentats perpétrés au nom de l’islam pour combiner un laïcisme intégriste avec une stratégie d’exacerbation du nationalisme, elles vont susciter une contre-offensive. Plus importante que la guérilla de certains élus contre l’ordre judiciaire sera la proposition de légiférer en franchissant un nouveau pas dans l’interdiction de l’espace public aux signes d’appartenance d’une certaine religion, mais les enjeux en seront élevés, car il devient clair qu’une telle législation ne requiert pas seulement une révision constitutionnelle, elle signifie qu’on dérive de l’Etat de droit vers l’Etat d’exception.

Tout aussi importantes sont les implications en matière de conception et d’institution de la laïcité. Mais ici une difficulté commence à surgir, qui suppose une élucidation philosophique. Il faut un travail «généalogique» sur ce qu’a été la laïcité en France, et sur ce qu’elle est en passe de devenir dans le moment actuel. Et, sur cette base, il faut débattre de ce qui doit être conservé, prolongé ou restitué, mais aussi réformé pour que la signification du principe ne se trouve pas retournée en son contraire.

Historiquement, l’idée de laïcité en France se partage entre deux conceptions, l’une et l’autre issues de l’affrontement séculaire entre le catholicisme et le républicanisme. Régis Debray les avait baptisées «républicaine» et «démocratique», mais cette alternative n’est pas satisfaisante parce qu’il y a des éléments démocratiques de chaque côté, et que l’une et l’autre appartiennent à la tradition républicaine. Je dirai que la première, lointainement inspirée par Hobbes, est étatiste et «autoritaire», alors que la seconde, en partie dérivée des conceptions de Locke, est libérale et même tendanciellement «libertaire». La première inclut la laïcité comme une pièce essentielle du primat «normatif» de l’ordre public sur les activités et les opinions privées, la seconde pose l’autonomie de la société civile, dont relèvent les libertés de conscience et d’expression, comme norme dont l’Etat doit se faire le serviteur et le garant. La loi de séparation de 1905 n’a pas tant marqué le triomphe de la seconde sur la première qu’une correction des projets anticléricaux de «laïcisation de la société» au moyen des garanties de libertés individuelles et collectives, ce qui permet évidemment de s’en réclamer chaque fois que la laïcité de l’Etat est menacée dans son existence, ou dans son caractère démocratique.

Contrairement à d’excellents interprètes, je ne pense pas que la «laïcité identitaire» dont nous voyons aujourd’hui se développer le programme à droite et à gauche de l’échiquier politique représente une simple accentuation de l’héritage hobbesien ou sa revanche sur l’interprétation libérale, même si je vois bien quels arguments ont favorisé l’instrumentation d’une conception juridique, morale, pédagogique de l’autorité publique, son glissement vers l’idée d’un «ordre des valeurs» baptisées républicaines et laïques, mais en réalité nationalistes et islamophobes. Je crois qu’il s’est produit quelque chose comme une mutation.

L’équation symbolique qui sous-tend la laïcité identitaire doit en effet être restituée dans toute son extension : ce qu’elle pose, c’est que l’identité de la République réside dans la laïcité, et, corrélativement, que la laïcité doit servir à l’assimilation des populations d’origine étrangère (ce qui veut dire en clair : coloniale et postcoloniale), toujours encore susceptibles, de par leurs croyances religieuses, de constituer un «corps étranger» au sein de la nation. Obsédée par la nécessité de faire barrage au «communautarisme», elle en vient donc à construire (au moyen de «valeurs», mais aussi de normes et d’interdits culturels) un communautarisme d’Etat. Mais il y a plus grave, surtout dans la conjoncture actuelle : le symétrique, ou le synonyme inversé, de l’assimilation, c’est l’acculturation. Or cette notion est le fer de lance de l’offensive idéologique du fondamentalisme islamique qui dénonce l’emprise de la civilisation «chrétienne» et «séculière» sur les communautés musulmanes en Europe (et sur les sociétés arabo-musulmanes «modernisées»), en tirant même à l’occasion une légitimation du jihad, comme on peut le lire sur différents sites internet. La construction de la laïcité comme identité collective, nationale, sous-tendue par l’idée que la République implique l’assimilation (et non pas seulement l’intégration à la vie sociale et l’accomplissement des obligations civiques), est ainsi attirée dans un scénario de rivalité mimétique avec le discours totalitaire dont, dans le même temps, la politique française prétend se prémunir. Le moins qu’on puisse dire est qu’une telle construction ne servira ni à comprendre la nature des périls, ni, puisque «nous sommes en guerre», à forger la solidarité des citoyens.

A l’évidence, le surgissement de ce «monstre» qu’est la laïcité identitaire n’est pas un phénomène isolable des multiples tendances à l’exacerbation des nationalismes et au «choc des civilisations» qui, en liaison avec d’extrêmes violences, se produisent dans le monde actuel. Cependant la forme «française» est spécifique. Elle nous trouble profondément parce qu’elle tend à inverser la fonction politique d’un principe qui a joué un rôle essentiel dans notre histoire politique : à la limite, un certain laïcisme a pris la place qu’occupa naguère un certain cléricalisme. Réagir est vital. Mais il faut comprendre ce qui se passe, retracer les «fronts», et ne pas rejouer les anciennes batailles à l’identique.

Auteur de Saeculum. Religion, culture, idéologie (Galilée 2012)


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 5 Sep - 16:45


ce texte de Manuel Valls est un chef d'œuvre de déni du machisme structurel et du racisme d'État, doublé d'un discours laïciste, le tout caractéristique de l'idéologie française



En France, les femmes sont libres


Manuel Valls Premier ministre Le Huffington Post 05/09/2016

« Je tenais à répondre à l'article "Regards changés et langues déliées", paru dans les colonnes du New York Times le 2 septembre, et qui donne une image insupportable, car fausse, de la France, pays des Lumières et pays des libertés.»

Citation :
La France, comme tous les pays, connaît le racisme. Et je n'ignore rien de la xénophobie, des actes antimusulmans qui peuvent exister dans mon pays. Il ne fait pas exception. Ces maux, tout comme l'antisémitisme - et aux Etats-Unis, chacun connaît mon combat contre ce fléau -, les actes anti-chrétiens, frappent l'Europe aussi bien que l'Amérique. La France les combat sans relâche.

“"Par son histoire, sa géographie, par son immigration, la France entretient des liens très forts avec l'Islam."

Ce que je conteste avec la plus grande vigueur, c'est que la journaliste donne la parole à des femmes de confession musulmane en prétendant que leur voix serait étouffée, et ce, pour dresser le portrait d'une France qui les oppresserait. Par ailleurs, elle n'explique pas ce que sont les principes républicains : liberté, égalité, fraternité, et la laïcité à la française.

Les témoignages se succèdent, décrivant une France où "la lune jaune" cousue sur les vêtements des musulmans serait la prochaine étape, comme il y eut une étoile jaune pour désigner les juifs sous l'occupation nazie. Une France où les musulmans seraient "moins bien considérés que des chiens". Une France avec un régime d'apartheid forçant les musulmans à quitter leur pays pour faire des études, trouver un emploi, faire carrière.

Par son histoire, sa géographie, ouverte sur le bassin méditerranéen et le continent africain, par son immigration, la France entretient des liens très forts avec l'Islam. Elle s'enorgueillit que l'Islam soit la deuxième religion du pays. Des millions de citoyens de confession ou de culture musulmane vivent en respectant parfaitement leurs devoirs, et en jouissant pleinement de leurs droits.

Les femmes musulmanes à qui cet article donne la parole expriment un point de vue. Elles sont libres de le faire. Mais l'exigence aurait dû porter la journaliste du New York Times à interroger l'immense majorité des femmes musulmanes qui ne se reconnaissent pas dans une vision ultra-rigoriste de l'Islam.

(souligné par moi)
La réalité, c'est qu'il ne s'agit pas d'une enquête de terrain, qui permet les différents éclairages ou la nuance dans l'analyse. Ces témoignages ont été pour la plupart obtenus à la suite d'un événement scandaleux organisé en France : un "camp d'été décolonial". Un camp qui, et cette information a son importance, était interdit - je cite - aux "personnes à la peau blanche"! Son but était de rassembler tous les partisans des communautarismes, tous les opposants à la mixité entre les personnes "blanches" et "non-blanches", tous ceux qui veulent, je cite encore, dénoncer le "philosémitisme d'Etat" dont la France serait victime.

“"Le burkini n'est pas une tenue de bain anodine. C'est une provocation, l'islamisme radical qui surgit et veut s'imposer dans l'espace public !"

Cette initiative, loin d'être isolée, montre au grand jour les contestations prosélytes qui sont à l'œuvre en France. Elles veulent revenir sur deux principes fondamentaux qui font notre pays.

Le premier principe, c'est l'égalité entre les femmes et les hommes. Il faut avoir les yeux ouverts sur l'influence croissante du salafisme, qui laisse entendre que les femmes sont inférieures et impures et qu'elles doivent être mises à l'écart. Voilà la question, absolument pas anecdotique, qui était au cœur du débat sur le burkini, contraction du bikini et de la burqa. Ce n'est pas une tenue de bain anodine. C'est une provocation, l'islamisme radical qui surgit et veut s'imposer dans l'espace public !

En lecteur assidu de la presse internationale, j'ai vu comment une partie d'entre elle a hâtivement conclu à la stigmatisation, à l'atteinte à la liberté des musulmans à pratiquer leur culte... Mais enfin ! C'est précisément pour la liberté que nous nous battons.


(le paragraphe qui suit est une merveille de déni du machisme structurel, qui n'est pas que domination masculine d'hommes individuels, et celle-ci pas l'apanage des hommes musulmans)

“"Le corps des femmes n'est ni pur ni impur. Il est le corps des femmes. Il n'a pas à être caché pour protéger de je ne sais quelle tentation. "

Celle des femmes, qui ne doivent pas vivre sous le joug d'un ordre machiste. Le corps des femmes n'est ni pur ni impur. Il est le corps des femmes. Il n'a pas à être caché pour protéger de je ne sais quelle tentation. Car voici l'incroyable retournement : dans les témoignages cités, le burkini est présenté comme un instrument de libération de la femme ! Une lectrice écrit ainsi : "Quand le burkini est apparu, j'étais heureuse pour ma sœur, qui était en vacances et pouvait enfin jouer sur la plage avec ses enfants plutôt que de devoir rester à l'ombre." Pour une autre, porter le voile signifie "la réappropriation du corps et de [sa] féminité ...". C'est une domination masculine qui est ainsi complètement intégrée !

En France, nous considérons bien au contraire qu'une femme qui a envie de se baigner n'a pas à rester dans l'ombre. Que les femmes ne peuvent être l'objet de la moindre domination. Et il y a bien domination masculine, dès lors que l'on considère que le corps de la femme doit être soustrait de l'espace public.

Nous nous battons, aussi, pour la liberté de la grande majorité des musulmans, qui ne se reconnaissent pas dans cette minorité prosélyte qui instrumentalise leur religion. C'est pour cela que l'Etat ne doit pas céder d'un pouce face à l'islamisme radical.

“"La laïcité, ce n'est pas la négation de la religion."

Le second principe - il est lié - c'est celui de la laïcité. Je sais combien cette singularité française a du mal à être comprise à l'étranger. Je veux donc réexpliquer ce qu'elle est.

La laïcité, c'est la liberté pour chacun de croire ou de ne pas croire ; la liberté de pratiquer son culte, à condition de ne pas imposer ses pratiques ou ses croyances à l'autre. La laïcité, ce n'est pas la négation de la religion. Elle fixe simplement une séparation très nette entre ce qui relève du temporel et du spirituel. Que dit-elle, au juste ? Que l'Etat et ses fonctionnaires sont strictement neutres, qu'il ne reconnaît, ne finance, ni ne privilégie aucun culte.

Au cours de son histoire longue, la France a connu la haine religieuse, elle s'est déchirée dans des guerres atroces ... La République et la laïcité ont mis un terme à des siècles de conflit. La laïcité est cet équilibre exigeant fait de respect mutuel. Un équilibre qui est le garant de la cohésion de notre société.

Les ennemis de la laïcité voudraient en faire un instrument de discrimination et d'humiliation... Rien n'est plus faux. L'interdiction de porter des signes religieux ostensibles dans les écoles publiques concerne autant la kippa que le voile ou la croix catholique. Les femmes musulmanes peuvent porter le voile dans la vie de tous les jours. Mais quand elles sont fonctionnaires, elles doivent le retirer dans l'exercice de leur mission.

La conviction sur laquelle s'est bâtie la Nation française, c'est que pour avoir des citoyens libres et égaux, la religion devait relever de la sphère privée. La France, à la différence d'autres pays, ne se pense pas comme une juxtaposition de communautés, qui auraient chacune leur parcours autonome. Pour dire les choses autrement : nous ne concevons pas l'identité comme quelque chose d'ethnique. L'identité française, c'est une adhésion, vouloir partager un même destin. C'est aussi pour cela que l'islamisme radical nous a frappés, à Paris, à Nice, ou à Saint-Etienne du Rouvray.

La France défendra toujours la raison et la liberté de conscience face au dogme. Car elle sait que, sans cela, ce sont le fondamentalisme et l'intolérance qui l'emportent. La France a à cœur de faire vivre cet Islam moderne, fidèle à son message d'ouverture et de tolérance. Nous protégeons nos concitoyens musulmans contre ceux qui veulent en faire des boucs émissaires. Là où l'extrême droite voudrait que les musulmans soient des citoyens de seconde zone, nous voulons, au contraire, faire la démonstration éclatante que l'Islam est pleinement compatible avec la démocratie, la laïcité, l'égalité femmes-hommes. C'est le coup le plus cinglant que nous pourrons porter à l'islamisme radical, qui n'aspire qu'à une seule chose : nous dresser tous les uns contre les autres.


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mer 7 Sep - 10:38


théorie et idéologie... Quelques échanges sur tweeter


João a écrit:
‏@JoaoGwadloup 6 septembre

Théoriciens politiques de gauche, next time que vs voudrez dire "dommage en France ya  pas de collectifs produisant sur les questions afro"


Communism decolonial a écrit:
@patlotch 6 septembre

@JoaoGwadloup
"la gauche", y compris "radicale", et contrairement à la droite identitaire, n'a plus de théoriciens : elle a des idéologues


Chaton Mignon a écrit:
‏@MignonMiaou  7 septembre

@patlotch @JoaoGwadloup Tu veux dire quoi par là ? Ca m'intéresse !

Patlotch a écrit:
@patlotch 7 septembre

@MignonMiaou @JoaoGwadloup

1. bcp de choses cf capacité théorique de la nouvelle-droite et déliquescence de la pensée critique à gauche

2. entre théorie et idéologie il y a certes des rapports selon les définitions, mais là je pointe la propagande

3. la gauche "radicale" s'épuise dans la religion de l'alternative : le démocratisme radical s'est effondré...

4... avec la crise de 2008, et tend à devenir démagogie, populisme radical de gauche, sans perspective de rupture

5. évidemment le prolétariat est pris là-dedans, devient massivement populiste, mais avec la droite identitaire

6. donc de fait, les théoriciens de la droite identitaire ne font que théoriser ce qui s'amplifie sous nos yeux


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Jeu 8 Sep - 14:36



En Seine-Saint-Denis, la cellule de déradicalisation tourne au fiasco

Caroline Piquet Le Figaro 07/09/2016

« On était une vitrine médiatique pour l'État »


Lancée à l'été 2014, cette structure implantée à Aulnay-sous-Bois aura fonctionné moins d'un an. Dans un livre publié jeudi, Julien Revial, qui a participé à ce projet soutenu par les pouvoirs publics, raconte l'envers du décor.


Citation :
C'est un livre qui risque d'embarrasser le ministère de l'Intérieur. Ce jeudi, Julien Revial, un étudiant de 24 ans, publie Cellule de déradicalisation. Chronique d'une désillusion* dans lequel il raconte les mois mouvementés qu'il a passés au sein d'une structure de déradicalisation ouverte à l'été 2014, en Seine-Saint-Denis. Surexposition aux médias, manque d'argent, souffrances des familles… Sous la forme d'un journal de bord, l'ancien «coordinateur administratif» de cette cellule énumère les dysfonctionnements de cette association, pourtant appuyée par les autorités.

Tout commence au printemps 2014. Le gouvernement lance le numéro vert antidjihad pour inciter les familles à signaler des cas de radicalisation dans leur entourage. Voyant que le sujet prend de l'ampleur, Sonia Imloul, militante associative, décide de créer une structure qui permettrait de déradicaliser les enfants, tout en soutenant les parents. Si la préfecture de Seine-Saint-Denis ne veut pas en entendre parler, Sonia Imloul parvient à convaincre le préfet Pierre N'Gahane, alors secrétaire général du Comité interministériel pour la prévention de la délinquance (CIPD) et chargé du numéro vert. Ce dernier valide l'idée et accepte de lui accorder des subventions pour un montant de 35.000 euros.

Plus de journalistes que de familles

Entre-temps, Sonia Imloul a recruté via les petites annonces un étudiant pour l'aider dans son projet. Julien Revial s'embarque dans cette aventure, sans rien connaître des problématiques de la radicalisation. L'association, baptisée «La Maison de la prévention et de la famille», commence à travailler à l'été 2014 et reçoit les premières fiches de signalement émanant du numéro vert antidjihad. Sans local, ni moyens, la responsable associative donne des rendez-vous aux familles dans des cafés. Puis, en octobre, la structure s'installe à Aulnay-sous-Bois dans un appartement de 150 m² avec terrasse.



Julien Revial, 24 ans, était «coordinateur administratif»
à la «Maison de la prévention et de la famille».
Crédits photo : Editions Michalon


À peine lancée, la cellule attire déjà les médias, moins les familles concernées. «Nous recevions plus de journalistes que de familles», se remémore Julien Revial. Télévision, radio, presse écrite, tout le monde y passe. Et parfois, les familles se retrouvent devant le fait accompli, sans avoir été prévenues au préalable des visites des journalistes. Cette surmédiatisation le dérange. D'autant que Sonia Imloul n'hésite pas à gonfler les chiffres. À L'Express, elle affirme ainsi avoir traité une trentaine de cas et déclare au Parisien qu'elle travaille avec «une dizaine» de personnes aux compétences variées (juristes, psychologues, éducateurs, etc). Dans les colonnes du Figaro, elle évoque même la présence d'un «criminologue-victimologue».

Des chiffres «fantasques»

Mais pour Julien Revial, on est loin du compte: «Au mieux, on a été cinq à travailler, Sonia Imloul incluse». Et «on n'a jamais eu non plus de criminologue-victimologue dans l'équipe», soupire le jeune homme. Quant à la prise en charge des familles, seuls trois dossiers de prévention de la radicalisation ont réellement abouti, selon lui. «Les autres familles qui venaient - une quinzaine - avaient déjà vu leurs enfants partir, on était plus vraiment dans la prévention», poursuit-il. Les interviews défilent, sans que les autorités ne viennent contester les chiffres avancés. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve viendra même manger un couscous le 20 décembre 2014, encourageant l'association à continuer son travail: «On développe et on duplique», aurait-il lâché, une fois le repas terminé.

Au fil des mois, le jeune homme se rend compte que la gestion de l'association devient de plus en plus opaque. Malgré les 35.000 euros de subvention, Julien Revial et les autres ne seront pas rétribués pour leur travail. «Certes, la location annuelle de l'appartement s'élevait à 22.000 euros, sans compter l'entretien des locaux. Mais il restait quand même plus de 10.000 euros pour nous rémunérer un peu. Où est donc passé l'argent?», interroge l'étudiant, qui n'a touché, en tout et pour tout, qu'une seule indemnité, en août 2014.

À l'écouter, Sonia Imloul n'est pas la seule responsable de ce fiasco. Les autorités ont, elles aussi, failli. «On nous avait promis des subventions en 2015. Un premier versement de 30.000 euros devait arriver en début d'année, mais on ne l'a jamais eu dans les temps», reprend Julien Revial. «D'ailleurs, à ce moment-là, Sonia était épuisée, prête à laisser tomber la structure. Mais le préfet l'a convaincue de continuer». Les mois passent et les subventions ne viennent pas. «En fait, on était une vitrine médiatique, qui permettait à l'État de montrer qu'il agissait pleinement pour lutter contre la radicalisation, sans y mettre les moyens», pense le jeune homme.

Faute d'argent, l'accompagnement individuel est laissé de côté, la situation s'enlise et les tensions s'exacerbent au sein de l'association. Pour Julien Revial, le «point de non-retour» est atteint lorsqu'il comprend que «les familles pâtissent» de cette situation. Il raconte par exemple les mensonges entendus par les familles ou encore la mise en ligne de cette petite annonce qui propose à des étudiantes de sous-louer deux chambres de la structure pour la somme de 550 euros! «La cellule de déradicalisation ultrasecrète dont l'adresse devait rester secrète s'apprêtait donc à se transformer en auberge de jeunesse», ironise le jeune homme.

La clé sous la porte

En juin 2015, les membres de l'équipe finissent par alerter les autorités sur les dysfonctionnements de la structure. «On a monté un dossier pour dire qu'il fallait stopper tout ça», même si la subvention tant promise est sur le point de tomber. Julien Revial agit par «civisme», persuadé qu'il finira par être indemnisé par les autorités. Dans la foulée, Sonia Imloul est entendue par la préfecture de police et une enquête est ouverte. Deux mois plus tard, l'État stoppe sa coopération avec l'association qui met fin à son activité. Julien Revial, qui a dû s'asseoir sur ses indemnités, a été entendu par la brigade financière en juin dernier. L'enquête est toujours en cours.

En attendant, l'étudiant continue de s'interroger, notamment sur le profil de Sonia Imloul. Comment se fait-il que les autorités lui aient laissé les rênes de ce projet? Celle qui se présentait tantôt comme juriste, psychologue ou policière en fonction des circonstances, avait déjà fait l'objet de plaintes dans ses expériences antérieures de responsable associative, rapporte-t-il. Avec le recul, le jeune homme a quand même l'impression d'avoir aidé des familles tout en ayant le sentiment d'un immense gâchis. «C'est pour ça que j'ai écrit ce livre. Je voulais mettre en lumière l'envers du décor. Montrer que la politique de prévention de la radicalisation est beaucoup moins opérationnelle qu'on ne le pense». Aujourd'hui, il poursuit ses études et n'est plus en contact avec Sonia Imloul.


* Cellule de déradicalisation. Chronique d'une désillusion, Julien Revial, aux éditions Michalon, 256 pages.

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Sam 17 Sep - 22:30


« La France est une façon de mourir; la vie en France est un long dimanche qui finit mal.

La France est une façon de mourir le dimanche après-midi.
La France est une façon d'échouer de mourir au dernier moment. »


Alexis Jenni,
L'art français de la guerre, 2011, pp. 326 et 329

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Lun 26 Sep - 19:57


A Calais, un Hollande au ton très sarkozien

Haydée Sabéran Libération 26 septembre 2016

La maire LR de la ville, Natacha Bouchart, s'est félicitée de la fermeté affichée par le chef de l'Etat.


Calais, 26 septembre 2016. Xavier Bertrand, président du Conseil régional des Hauts-de-France,
François Hollande et Natacha Bouchart, maire de Calais
.
Photo Marc Chaumeil pour Libération

Citation :
A Calais, un Hollande au ton très sarkozien

« Il m’a rappelé le discours de quelqu’un quand il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy pour ne pas le nommer. Les discours varient peu.» C’est Natacha Bouchart, maire LR de Calais, et soutien de l'ex-président à la primaire, qui le dit, et elle parle de François Hollande. Il a tenu un langage ferme, et même un langage policier pour son deuxième discours de la journée, devant les acteurs économiques au port de Calais, après celui tenu en face des gendarmes mobiles, ce lundi, lors d'une visite au cours de laquelle il a évité la «jungle», peuplée de 7 000 migrants selon l’Etat, et 10 000 selon les ONG.

Arrivé à l’aube à Calais, en hélico de l’armée de l’air dans la cour de la gendarmerie mobile, François Hollande a commencé par lancer un message elliptique aux Britanniques en leur réclamant un coup de main dans le démantèlement de la jungle annoncé avant l’hiver. Il leur demande de «prendre leur part dans l’effort humanitaire que la France accomplit ici». Il a clarifié sa pensée à la mi-journée en leur rappelant que «leurs engagements pris sur la question des mineurs doivent être respectés mais aussi réhaussés». Sur les 1022 enfants seuls dans la «jungle» recensés par les ONG Help Refugees et l’Auberge des migrants, on estime à environ 500 ceux qui sont susceptibles de rejoindre des proches au Royaume-Uni. Jusqu’ici, les efforts des associations et des avocats français et britanniques ont réussi à en faire passer légalement 75, selon les ONG.

Venu poser la première pierre de «Calais port 2015», qui doit doubler les capacités du port, le Président voulait surtout honorer sa promesse, faite avant l’été, de venir enfin à Calais. Toute la journée, il a tenu un discours proche de celui de son prédécesseur, à l’époque où il démantelait Sangatte : lutte contre les passeurs – filières démantelées en hausse de 20% –, frontière étanche, démantèlement «complet».

Il a néanmoins cherché à se démarquer de Nicolas Sarkozy en assurant qu’il ne répéterait pas l’erreur de laisser se reconstituer des jungles, comme cela s’est passé en 2003, après Sangatte, et en 2009, après la fin de la «jungle» pachtoune. Le président promet, qu’il n’y aura «plus de campement de migrants», ni «quelque installation de fortune que ce soit». «Aucun maintien sur place ne sera toléré». Commentaire de Natacha Bouchart : «Cela signifie que les forces de l’ordre vont chasser les migrants qui vont continuer à arriver.» C’est ce que ça veut dire, et ça pourrait ressembler à ce qui a suivi l’après Sangatte. A l’époque on a vu une police chasser en hurlant les migrants des squats, réveiller les gens en plein sommeil, les arroser de gaz lacrymogène sous leurs abris. «J’espère qu’il a un plan, confesse-t-elle, on va avoir une période un peu compliquée.»

«La frontière est complètement étanche», a assuré Hollande. Le rythme s’est certes ralenti, mais «non, ça passe», répond François Guennoc, bénévole à l’Auberge des migrants. «Entre 0 et 30 personnes par nuit.» Au Réveil voyageur, même remarque : «Au moins quatre Syriens sont passés mercredi», selon Mehdi Dimpre, bénévole. François Guennoc avertit qu’il faudra «prendre son temps» pour démanteler la jungle, «au moins trois mois, sinon on s’expose à la création de petites jungles dans les environs.» Et quid de tous ceux qui voudront coûte que coûte passer au Royaume-Uni (une petite moitié selon l’Auberge) ? «Il y a fort à parier que les passeurs préparent déjà les emplacements», avertit le bénévole.

«Perplexe»

Le chef de l’Etat n’a cessé de rendre hommage aux «Calaisiens exaspérés» tout en promettant aux «migrants désespérés» qu’ils «ne resteront plus là», parce que «leur place n’est pas ici». Pas ici, mais en Centre d’accueil et d’orientation (CAO), loin de Calais. Plus de 5 500 places ont été recensées à ce jour, selon le ministère de l’Intérieur. Les 2100 policiers et gendarmes présents à Calais, auquel il a aussi rendu hommage, resteront «autant de temps qu’il sera nécessaire», après le démantèlement de la «jungle» qui sera «complet», d’ici la fin de l’année. «Complet», c’est à dire y compris les quelques 2000 places des infrastructures en dur gérées par les associations en marge de la «jungle». C’est ce que comprend la maire de Calais, surprise.

La maire LR garde la tête froide. «On sait qu’il y aura toujours un peu de migrants à Calais». Natacha Bouchart avoue qu’elle est «perplexe» car elle ne voit pas de «vision globale», qui consisterait, selon elle, à arrêter les gens en amont, c’est à dire à Vintimille à la frontière italienne, et même à la source dans les pays d’origine des réfugiés. Hollande promet aussi de la «fermeté», envers ceux -qu’il évalue autour de 20% des migrants de Calais- qui «ne relèvent pas du droit d’asile, mais doivent être expulsés». Hollande a promis qu’il reviendait, «après le démantèlement». Natacha Bouchart : «Je lui donne donc rendez-vous en janvier».


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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Sam 22 Oct - 12:41


il serait nécessaire de reprendre le fil des événements de ces derniers en s'interrogeant sur l'évolution de l'idéologie française, tant sur les plans politiques, contexte électoral oblige, que social (après le mouvement anti-loi travail, les manifs de policiers...), sociétal...




Le député socialiste de l'Essonne Malik Boutih dénonce une politique de «trente ans» dans les quartiers
qui explique aujourd'hui le niveau de délinquance et la colère des policiers.

(Capture RTL.)


Citation :
Alors que les policiers manifestent quotidiennement depuis trois jours, le député PS de l'Essonne Malek Boutih a prôné jeudi une « vraie offensive anti-racaille dans les banlieues ». « Il faut arriver à isoler les voyous aujourd'hui du reste de la population et de la jeunesse », a estimé l'ancien président de SOS Racisme, sur RTL, défendant les forces de l'ordre : « c'est normal que les mecs aient les boules, qu'ils aient peur, on doit les protéger », a plaidé ce soutien de Manuel Valls. Ce n'est pas la première fois que le député utilise un terme plus souvent employé par la droite que par la gauche.

« Ce qui a changé, c'est le niveau de violence, le terrorisme, et cette frange de population qui veut tuer un policier ». Membre de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, Boutih dénonce « un nouveau gangstérisme né de la prohibition de la drogue, de l'abandon des territoires, d'une décentralisation qui fait qu'on a des élus locaux parfois, soit qui parlementent avec les voyous, soit les laissent faire, soit qui disent Il me faut de l'argent ». « Qu'on arrête de donner des chèques à des élus, des associations. (…) La politique du chèque est une politique d'échec. C'est une histoire qui est née il y a 30 ans », a-t-il reproché.

Le député de l'Essonne a cependant rendu hommage à Bernard Cazeneuve, « un ministre de l'Intérieur dévoué à sa tâche » et « qui n'en fait pas une carrière politique », a-t-il lancé. Une demi heure plus tard, sur Europe 1, Nicolas Sarkozy évoquait, lui, « ce qui nous sert de ministre de l'Intérieur » pour parler de Cazeneuve.

« Les policiers sont épuisé, ils arrêtent toujours les mêmes personnes sans que celles-ci n’aillent en prison. On les met sur le même plan que les délinquants. Je n’ai jamais vu notre pays dans un tel climat de perte d’autorité générale »,
a asséné l’ancien président de la République depuis la Corse, où il est en déplacement, affirmant que «  50% des crimes et délits sont le fait de 5% des délinquants ».

Fustigeant la politique laxiste menée par le gouvernement - « quatre ans ministre de l'Intérieur, cinq ans président de la République, je n'ai pas le souvenir d'avoir couvert un collectif qui s'appelle Urgence, notre police assassine » - le candidat à la primaire à droite a redonné ses propositions : « je veux qu’à chaque fois qu’on touche à un policer, un gendarme, un gardien de prison, un pompier, ce soit une peine de prison ferme automatique et immédiate. Et je veux associer à cela les enseignants », a-t-il précisé en évoquant la récente série d'agressions contre des professeurs, « le rétablissement des peines plancher pour ceux qui agressent les fonctionnaires de police », supprimer « l'excuse de minorité » pour les 16-18 ans et des tribunaux correctionnels pour enfants.

« Est-ce que Cazeneuve a écouté de vrais policiers ? Je ne parle pas des syndicats ou des autorités », a interrogé, sur RMC et BFM TV, Nicolas Dupont-Aignan. Le président de Debout la France assure être allé voir les manifestants. « Je suis horrifié par ce que m'ont raconté les policiers. Ils ont peur, croyez-moi. (…) Nous sommes le seul pays au monde où l'on peut tabasser un policier sans risque. Il y a un manque de moyens, un mépris de la justice et de la hiérarchie », a-t-il jugé. Candidat à la présidentielle, Dupont-Aignan propose de « recruter 40 000 policiers et créer des places en prison. »

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Mer 16 Nov - 6:40


questions à nouveaux frais, à nouveau fraiches

1) l'idéologie il est tout à fait regrettable que je n'aies pas, depuis l'ouverture de ce forum, consacré un sujet spécifique à l'idéologie, à propos de laquelle documents et remarques sont épars. Ce sera réparé dans IX.1. l'idéologie, vie quotidienne et 'structure of feeling' (Raymond Williams, critique sociétale et culturelle)

Patlotch a écrit:
dans une période où l'histoire bascule, difficile de définir quoi. Ne me demande pas ce que je veux dire par là. Il est très difficile de gardez une ligne sans fabriquer sa propre idéologie.

Corinne Cerise a écrit:
Si vous voulez mon avis de façon simple, je crois que vous cherchez à analyser la totalité capitaliste et communiste alors que personne ne l'a jamais fait de façon concrète (j'élimine donc ici dans ce même mouvement le mécano TC).

J'ai beaucoup apprécié votre chapitre sur l'Idéologie par contre dans votre futur livre électronique (*). Ce qui rejoint aussi une très belle approche cernant l'idéologie : " L'État étant donc la forme par laquelle les individus d'une classe dominante font valoir leurs intérêts communs et dans laquelle se résume toute la société civile d'une époque, il s'ensuit que toutes les institutions communes passent par l'intermédiaire de l'État et reçoivent une forme politique. De là, l'illusion que la loi repose sur la volonté, et qui mieux est, sur une volonté libre, détachée de sa base concrète.". On voit quelle criante vérité a toujours de nos jours cet extrait de l'Idéologie allemande.

De fait seules comptent les luttes, quelles qu'elles soient, non ?

(*) Je reviendrai demain ou dans les jours tout proches sur ce chapitre.


2) le national-populisme : je parlais de cette difficulté liée à ce qui se passe actuellement, et qui m'amène à marquer le pas dans la rédaction de mon livre. Ce qui s'est produit aux États-Unis rebat certaine cartes, non tant, comme disait Emmanuel Todd avant de le connaître, dans le résultat, l'élection de Trump, mais dans ses causes profondes, qui peuvent se lire dans les mouvements de voix exprimées et des abstentionnistes comme conséquences des évolutions économiques et sociales sur une période d'au moins dix ans (l'effondrement des couches moyennes inférieures et le creusement des inégalités entre pauvres et riches, et le retour en force de la question noire). Il en ira de même avec un décalage pour la présidentielle française. Plus précisément, si j'ai pu affirmer, après les attentats parisiens de janvier 2015, que la réaction du 11 janvier n'était pas nationaliste ni un remake d'Union sacré à la 1914, preuve par...


marche blanche ou vague à l'âme ? détournement Patlotch

... le caractère national-populiste des évolutions politiques, tant à droite qu'à gauche, pousse à reposer la question en d'autres termes. L'«anti-globalisation» n'est qu'un rideau de fumée à droite (preuve par le "pragmatisme" de Trump), une illusion à gauche (preuve par Syrisa), mais l'émergence de ce nouveau "nationalisme" est sans doute le produit du contre-néolibéralisme, tant dans le discours de la droite à ses extrêmes (incluant Le Pen et Sarkozy de plus en plus populiste), que celui de la gauche (sans parler du PS, la gauche radicale à la Mélenchon), un contre-néolibéralisme qui, sous ses atours anticapitalistes, hérités à gauche du démocratisme radical mis en échec par la crise de 2008, ne remet pas en cause le capital

3) l'idéologie française : de ces deux points croisés ressort à préciser IX.4. l'idéologie française : une spécificité nationale dans l'idéologiste euro-occidentale

en France, un tournant fut bel et bien pris en janvier 2015 par les dirigeants de l'État et du capital, mais le train de mesures prises alors en cachait un autre...

état d'urgence > État d'exception > État d'expulsion

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MessageSujet: Re: 3 - l'idéologie française et les ATTENTATS depuis 2015, l'ÉTAT D'URGENCE... la "racialisation", la "radicalisation"...   Jeu 1 Déc - 17:40



identité universelle française

un des grands charmes de l'idéologie française, au-delà de ce qu'aucun peuple élu ne pourrait dans le monde concevoir, est de faire rimer universel et identité

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