PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» COMMUNISME : pensées de traverse
Aujourd'hui à 0:39 par Patlotch

» BIDONVILLES : SLUMS : BARRIOS DE TUGURIOS
Hier à 11:27 par Patlotch

» DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE
Jeu 17 Aoû - 18:27 par Patlotch

» LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
Jeu 17 Aoû - 17:02 par Admin

» COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)
Jeu 17 Aoû - 16:59 par Admin

» AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, une vision renouvelée
Jeu 17 Aoû - 16:37 par Tristan Vacances

» ÉTATS-UNIS, CANADA, QUÉBEC LIBRE
Jeu 17 Aoû - 8:56 par Admin

» POPULISME de GAUCHE : CHANTAL MOUFFE et ERNESTO LACLAU théoriciens trans-classistes / TONI NEGRI, ses ambiguïtés et les limites de l'OPÉRAÏSME, PÉRONISME...
Jeu 17 Aoû - 8:43 par Patlotch

» ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important
Jeu 17 Aoû - 8:10 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Jeu 17 Aoû - 7:47 par Patlotch

» PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?
Mer 16 Aoû - 16:41 par Tristan Vacances

» SEXE, GENRE, CLASSES, et CAPITALISME / FÉMINISME, INTERSECTIONNALITÉ et MARXISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James, etc.
Mer 16 Aoû - 13:33 par Admin

» FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !
Mar 15 Aoû - 7:55 par Patlotch

» actualités de la CRITIQUE DÉCOLONIALE
Mar 15 Aoû - 7:32 par Patlotch

» 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)
Mar 15 Aoû - 7:07 par Patlotch

» des MOTS que j'aime et d'autres pas
Jeu 10 Aoû - 17:40 par Patlotch

» EXTIMITÉ, les confessions de Patlotch : un rapport aux autres et au monde
Mar 8 Aoû - 13:38 par Patlotch

» ROBOTS contre PROLÉTARIAT ? mais... quelle plus-value ? UBÉRISATION et EXPLOITATION
Mar 1 Aoû - 10:23 par Patlotch

» THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse
Lun 31 Juil - 15:18 par Tristan Vacances

» les visites du forum : provenance, sujets les plus actifs et les plus lus
Dim 30 Juil - 12:17 par Patlotch


Partagez | 
 

 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Dim 29 Nov - 12:12

(en construction)


Dernière édition par Admin le Dim 29 Nov - 21:44, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Dim 29 Nov - 18:40

importé de Médiapart

Bleu-Blanc-Rouge L'ambiguïté historique du drapeau national Vingtras  

votre billet est tissu d'idéologie et d'histoire bourgeoises, désolé de vous le dire si fermement, avec ce florilège final :

Vingtras a écrit:
« J'ai moi-même reçu un certificat bleu-blanc-rouge de "la reconnaissance de la nation" pour ma participation (forcée) à la guerre coloniale en Algérie ! N'oublions jamais que le bonnet phrygien de nos valeureux ancêtres de 1789 arborait une cocarde tricolore. Elle est le symbole de nos valeurs fondamentales, celles de la République. Et ces valeurs sont universelles ! Le rouge est flottant : il montre le sens de l'histoire.»


je ne développe pas ici ce qui l'est dans mes billets :

- L'IDÉOLOGIE FRANÇAISE chronique d'un désastre annoncé

- LA LAÏCITÉ EST L'OPIUM DU PEUPLE FRANÇAIS

le plus grave, et le plus triste parce que je vois bien que vous croyez au possible retour de « nos valeurs », au demeurant abstraites sauf en périodes où les luttes de classe ont permis d'arracher ce qui est supprimé aujourd'hui sans retour possible -,

le plus grave donc, est qu'au contraire cela a participé et ne fera qu'empirer la situation qui a provoqué l'état d'urgence, et aboutira peut-être à une guerre mondiale, pour les intérêts concurrents des capitalistes en compétition dans le monde, y compris ceux qui sont derrière les terroristes parisiens

personne n'est obligé de me croire, mais au bout d'un moment, il faut vraiment que la foi, serait-elle républicaine, démocratique et laïque, l'emporte sur la réalité

L’idéologie républicaine et le spectre de la révolution (source NPA, je ne suis pas sectaire...)




Peinture de Félix Philippoteaux, DR.

Le 25 février 1848, au lendemain de la proclamation de la 2e République, Lamartine rejette le drapeau rouge au nom de l’étendard tricolore


Vingtras a écrit:
En pratiquant l'insulte feutrée, vous essayez de me mettre en colère...


il n'y a aucune insulte, mais une réalité historique que ne mettent pas en doute les grands historiens

gardez par conséquent votre colère pour autre chose de plus sérieux, à moins que la vérité ne vous blesse ?

Vingtras a écrit:
votre verbiage psycho-philosophico-politique ne peut ni m'atteindre ni me convaincre


je n'avais effectivement pas constaté chez vous une intelligence susceptible d'être atteinte, et quand à vous convaincre, je m'en fous : c'est un blog d'échanges publics, j'exprime ce que je pense, et sur ce point, je suis loin d'être le seul, vu votre religion bleu-blanc-rouge intégriste

Vingtras a écrit:
Je suis effectivement d'origine bourgeoise


je n'ai fait aucune allusion à vos origines sociales que j'ignorais et peu importe (Engels était bien  fils de patron), mais à l'idéologie bourgeoise (au sens de la Révolution française, et de la contre-révolution bourgeoise de 1848 - voir Lamartine imposant le drapeau tricolore contre le drapeau rouge)

je comprends donc que vous vous sentiez « insulté », puisque vous confondez vos idées, celles portées historiquement par la grande bourgeoisie capitaliste française, avec votre personne, qui n'est pas ici en cause :

arrangez-vous par conséquent, vous et vos idées, sans « verbiage psycho-philosophico-théorique » : ce n'est pas mon problème

Vingtras a écrit:
mais mon point de vue est nourri par l'analyse historique qui m'a été enseignée par mes maîtres de l'école des Annales, en particulier Robert Mandrou


merci de le préciser. À vrai dire, ce n'est pas ici un problème d'historien, des Annales ou pas, mais de compréhension de l'histoire du capitalisme depuis la Révolution Française, ce qui demande bien plus que des connaissances d'historien au sens du métier d'historien

Vingtras a écrit:
Quant à vos billets sur "l'idéologie française" et la "laïcité", je les ai élus attentivement et n'y ai pas trouvé la grande lumière dont vous semblez détenir le secret !


allez convaincre un croyant que son dieu n'existe pas ! Le secret n'est d'ailleurs pas le mien, il recoupe celui de Karl Marx, Pierre Legendre, et nombre de penseurs de la modernité occidentale, naturellement fort peu de Français...

prétendre à si bon compte me faire passer pour un rigolo, ça durera moins que l'Etat d'exception

Vingtras a écrit:
Merci quand même pour le fac-similé d'Henri Felix Emmanuel Philippoteaux


je vous en prie. C'est effectivement une très belle image, et pleine de sens quant à notre différend. De fait, elle pourrait illustrer les analyses de Marx dans Les luttes de classes en France,


une partie porte précisément sur cet épisode >>> De février à juin 1848
en voici le début :

Marx a écrit:
« A l'exception de quelques chapitres, chaque section importante des annales de la révolution de 1848 à 1849 porte le titre de : « Défaite de la révolution ! »

Mais dans ces défaites, ce ne fut pas la révolution qui succomba. Ce furent les traditionnels appendices pré-révolutionnaires, résultats des rapports sociaux qui ne s'étaient pas encore aiguisés jusqu'à devenir des contradictions de classes violentes : personnes, illusions, idées, projets dont le parti révolutionnaire n'était pas dégagé avant la révolution de Février et dont il ne pouvait être affranchi par la victoire de Février, mais seulement par une suite de défaites.

En un mot : ce n'est point par ses conquêtes tragi-comiques directes que le progrès révolutionnaire s'est frayé la voie; au contraire, c'est seulement en faisant surgir une contre-révolution compacte, puissante, en se créant un adversaire et en le combattant que le parti de la subversion a pu enfin devenir un parti vraiment révolutionnaire.»

parmi ces luttes contre-révolutionnaires, les représentants de votre « peuple français », dont ce Lamartine préférant comme vous le drapeau bleu-blanc-rouge au drapeau rouge : en seriez-vous en "bon bourgeois" insulté que ça ne changerait pas cette réalité historique


Vingtras a écrit:
Vous êtes encore à côté de la plaque, cher donneur de leçon ; mon billet précédent était précisément consacré au drapeau rouge, qui est le seul qui trouve grâce à mes yeux !

Alors, ne vous trompez pas d'adversaire, SVP.


ce n'est pas ce que j'ai compris dans la chute de ce billet, hymne à l'Etat-nation : « Alors n'oublions jamais que le bonnet phrygien de nos valeureux ancêtres de 1789 arborait une cocarde tricolore. Elle est le symbole de nos valeurs fondamentales, celles de la République. Et ces valeurs sont universelles ! Le rouge est flottant : il montre le sens de l'histoire. »

j'ai l'impression que c'est vous, qui êtes « flottant », Vingtras. Ce qu'on lit ci-dessus, c'est le mariage traditionnel du drapeau tricolore et du drapeau rouge, de La Marseillaise et de l'Internationale, en un mot, la tradition du PCF, du national-bolchévisme de Thorez sous le Front populaire, à l'alliance avec de Gaulle et la grande bourgeoisie pour remettre les prolos au boulot à la Libération, etc. et la récriture de l'histoire de la Résistance, chantée par Aragon dans ce qui n'est pas le meilleur de son œuvre

vous n'êtes pas clair du tout, et je ne fais pas votre procès, c'est entièrement votre problème de confondre encore vos idées et voitre personne, en parlant d'«adversaire » : je m'en fous, de qui vous êtes et de ce que vous faites, Médiapart n'est pas pour moi un Club de rencontre pour retraités

et puis, soyez donc cohérent, Vingtras : Vingtras est un personnage de Jules Vallès, communard et écrivain que j'ai apprécié jeune, mais ce serait même lui faire injure de le considérer comme communiste. Il est parfaitement dans la ligne des héritiers de 89 et 48 (il était lycéen), avec un idéal de République sociale. Il est certes beaucoup plus à gauche que Victor-Hugo, mais ce n'était pas bien difficile à l'époque

Vallès est proche d'Auguste Blanqui, socialiste non marxiste, et l'on connait les polémiques de Marx avec les "blanquistes"*. Ces idées, comme celle de Proudhon, ont profondément marqué le mouvement ouvrier français, aussi bien la SFIO et le PS que le PCF, bref, une période où le communisme était considéré comme un programme à appliquer, via la dictature ou le pouvoir d'Etat, jusqu'aux tendances actuelles souverainistes voire nationalistes (que reprend le FN avec la Nouvelle Droite)

* ajout : les  blancs kystes "anarcho-marxistes" remplacent aujourd'hui les "blanquistes"

quand je parle d'Idéologie française, ce n'est pas un rêve, elle traverse de l'extrême-gauche à l'extrême-droite,- j'ai accumulé la documanatation qui fait preuve -, et je ne vous ai vu nulle part, ne serait-ce que le relever (belle lucidité pour un historien), et moins encore vous en inquiéter

en ceci, Vingtras, vos idées sont cohérentes, les miennes aussi, et le mieux est de prendre acte qu'elles sont incompatibles, plutôt que m'accuser de les déformer

c
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Dim 29 Nov - 19:45

importé de Médiapart
Antoine P. a écrit:

"Les Républicains" est, dans sa formulation, l'opposé d'un parti démocrate. Après, on se doute qu'il y a beaucoup de communication et peu de doctrine politique dans cette dénomination.

au contraire, "Les Républicains" est un choix doctrinaire et idéologique d'une grande pertinence actuelle. Il ramasse l'histoire de France depuis la Révolution française, la capte par sa "droite" qui est censée représenter "ceux d'en-haut", classes bourgeoises et le reste de l'aristocratie, tout en représentant l'idéal de l'Etat représentant toute la "société civile" unie pour la "patrie" dans la "nation"

la gauche "citoyenne" l'a d'ailleurs perçu comme une captation de ce qui appartiendrait à tous, le commun d'une vision démocratique (se souvenir des débats sur Médiapart à cette époque, jusqu'à considérer ce choix comme illégal)

la République, le mot de république, concentrent ce qui fait l'idéologie française, bien au-delà de son opposition à "démocrate" comme aux États-Unis, même si cette connotation n'est pas absente. Républicains et démocrate, c'est un peu comme droite et gauche, en moins tranchant

il y a aussi aux USA une tradition de partis républicains-démocrates. En France également (voir ici 3)

pour certains, républicain a même plutôt un contenu de gauche. Existe de 1871 à 1885 un groupe parlementaire « Gauche républicaine » auquel appartenait Jules Ferry, qu'on tiendrait "de gauche" pour l'école publique et "de droite" pour le colonialisme - idée bizarre puisque la gauche n'est pas en reste)

Wikipédia va jusqu'à écrire : « Du point de vue de la continuité historique des courants politiques, on peut considérer que la Gauche républicaine de 1871 est l'ancêtre de la droite parlementaire actuelle. »

Victor Hugo est d'abord monarchiste de 1830 à Louis-Philippe. Il siège à la droite de l'Assemblée de 1848 à 1851, partisan du "prince-président de la république" (sic) Louis-Napoléon Bonaparte. Se sentant trahi en 1851, il rejoint la Gauche de l'Assemblée, et devient plus tard le chef spirituel et l'idole nationale de la gauche républicaine, jusqu'à sa mort en 1885, avec obsèques nationales

la boucle est bouclée : "Les Républicains" ramasse tout "à droite", et Hollande "socialiste" ramasse une politique "de droite" à gauche. C'est le clivage symbolique qui saute, et cela correspond adéquatement à la crise de la politique




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Dim 29 Nov - 20:01


'la République dans un miroir'

peintures et transferts sur toile

Patlotch, janvier 1993


une 'commande' (on m'a payé le matériel, des planches et des clous) pour le bicentenaire de 1793 du Musée de l'Histoire vivante à Montreuil. J'ai ainsi pu exposer aux côtés de Ben et Fougeron réunis !

à vrai dire, j'avais hésité à répondre favorablement à la demande de cette institution pilotée par la municipalité communiste de Montreuil, parce que je ne voulais ni leur servir la soupe ni participer de cette commémoration 'républicaine'. Il me fallait donc, car c'était tentant pour moi de pouvoir exposer en dehors des circuits parisiens, trouver le moyen d'en être sans honte

il suffisait d'avoir recours à la technique habituelle de transfert, qui donne une impression de décomposition qui me paraissait adéquate à la République, et ce renversement comme dans un miroir

quant aux images et aux couleurs, guère besoin d'imagination

la série comportait une douzaine de réalisations du 6 au 23 janvier 1993, dont certaines sont plutôt des études. Les premières (en bas) poursuivaient les derniers travaux de fin 1992 'voilé-dévoilé'

j'en présente huit sur mon site



6 janvier 1993, pigments et transfert sur toile 32 x 46 cm



10 janvier 1993, pigments et transfert sur toile 24 x 30



16 janvier 1993, pigments et transfert sur toile 30 x 30 cm



16 janvier 1993, pigments et transfert sur toile 24 x 30 cm



« Ici on s'honore du titre de citoyen »

16 janvier 1993, pigments et transfert sur toile 24 x 30 cm



17 janvier 1993, pigments et transfert sur toile 24 x 30 cm



23 janvier 1993, pigments et transfert sur toile 38 x 50 cm



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Lun 30 Nov - 14:06



Chaque fois qu'à la place de prolétariat, je lis "peuple",
je me demande quel mauvais coup on prépare contre le prolétariat

1789-1799 : Révolution bourgeoise et luttes de classes en France. Interview. DDT21, Douter de tout

Entretien avec Sandra C. autour de la brochure Révolution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799 (1ère partie) publiée en octobre 2014.


Citation :
DDT21: La Révolution française a eu lieu il y a plus de 200 ans : en quoi importe-elle pour nous en ce début de XXIème siècle ?

Sandra C: La Révolution française se situe dans une période durant laquelle se mettent en place les structures économiques, sociales et politiques que nous connaissons aujourd’hui. La fin du XVIIIe siècle voit en effet l’émergence du mode de production capitaliste en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, avec l’amorce de la révolution industrielle. La montée en puissance de la bourgeoisie est associée à cette mutation économique. Elle revendique la liberté d’entreprendre, l’égalité des droits et les libertés individuelles. Au moment de la Révolution, elle contribue à la mise en place de l’Etat-nation et d’un nouveau type de gouvernement basé sur la représentation nationale, comme cela s’est fait un peu avant aux États-Unis, allant jusqu’à l’instauration de la République et de la démocratie en 1792.

La bourgeoisie en proclamant les droits de l’homme, la liberté et de l’égalité ouvre une brèche qui actuellement est loin d’être refermée. L’égalité pour les travailleurs de l’époque signifie surtout l’accès à de meilleures conditions de vie. Cette brèche et le contexte de crise économique vont amener les prolétaires à pousser la Révolution au-delà des objectifs bourgeois. Cette période constitue ainsi une première étape dans l’histoire des luttes du prolétariat en France. Ses luttes autonomes permettent la suppression du féodalisme ; la chute de la monarchie avec la prise des Tuileries le 10 août 1792 ; la mise en place de lois sociales ; l’éviction des députés girondins de la Convention les 31 mai et 2 juin 1793. Une fois que ces bourgeois, qui ne souhaitent faire aucune concession aux travailleurs, sont hors-jeu, ces derniers se retrouvent côte à côte avec les bourgeois montagnards dans le combat révolutionnaire. Mais leurs intérêts sont inconciliables avec ceux des prolétaires. Il est important de montrer que le but des bourgeois montagnards et jacobins est d’encadrer les prolétaires. Ces derniers leur font confiance jusqu’à ce qu’ils découvrent, un peu tard, le caractère bourgeois de leurs « alliés ». L’histoire n’est jamais la même, mais ce scénario s’est rejoué ailleurs et à d’autres époques. Aujourd’hui, une fraction de la petite bourgeoisie, que l’on peut qualifier de jacobine, fait miroiter aux travailleurs, frappés de plein fouet par la restructuration du capital, qu’un monde meilleur est possible en “humanisant” le système économique.

Il existe des milliers de livres sur la Révolution française : que penses-tu apporter de neuf ?

Il s’agit de monter que la Révolution française constitue la première étape dans les luttes du prolétariat, de souligner le caractère de classe bourgeois de la Montagne et du jacobinisme et que la guerre et le nationalisme ont été un frein à la lutte des travailleurs. Ces analyses ne sont pas nouvelles. Elles ont été portées par exemple par Daniel Guérin dans Lutte des classes pendant la Première République (1946) et son condensé Bourgeois et bras-nus (1968). Cependant, il a tendance à calquer ses aspirations libertaires sur celles des travailleurs de l’époque. Il n’est pas question de savoir ce que ces derniers auraient pu faire, mais ce qu’ils ont fait et quelles en étaient les limites.

Surtout, on n’écrit pas de la même façon l’histoire de la lutte des classes pendant la Révolution française aujourd’hui, en 1946 ou en 1968. Le contexte a beaucoup évolué depuis, tout comme les enjeux autour de la Révolution. Depuis la fin des années 1960, il y a eu l’offensive « révisionniste » de Furet, tous les discours démontant l’analyse de classe et l’idée révolutionnaire, menant soit disant au « totalitarisme », ce qui a causé beaucoup de dégâts dans la lecture de la Révolution française. Les conséquences de cette attaque idéologique sont encore visibles. Aussi, la crise du capital, ses attaques contre les travailleurs, ou encore le retour de la question nationale et identitaire, au détriment de l’analyse de classe, sont des éléments nouveaux depuis la fin des années 1960.

Tu analyses 1789 comme révolution bourgeoise : est-il légitime de parler de classes et de lutte de classes pour la fin du XVIIIe siècle en France ? Est-ce qu’en 1789, à côté et en face des bourgeois, se trouve un « prolétariat » et pas seulement des masses populaires, des dominés, des pauvres… ?

A travers la société d’ordres d’Ancien Régime, composée de la noblesse, du clergé et du Tiers état, il existe des classes. Au sein de la noblesse, il y a des différences de revenus, mais une grande partie tire ses ressources de l’exploitation de la terre. Les nobles jouissent de privilèges exclusifs et sont animés d’un sentiment de supériorité sur les autres groupes sociaux. Leur conscience de classe se traduit par la réaction nobiliaire qui vise à réactiver d’anciens droits féodaux afin de conserver un niveau de vie conforme à leur statut; à fermer l’accès de la noblesse aux bourgeois, ou à interdire à ces derniers l’accès à certaines fonctions (militaires, administratives). La réaction nobiliaire attise ainsi le conflit entre la noblesse et la bourgeoisie.

Il existe une classe bourgeoise, cependant tous ses membres ne sont pas conscients des transformations économiques en cours. Certains sont conscients d’occuper une place dominante dans les rapports économiques, ils sont dans les affaires ou proches de ses milieux. D’autres se limitent au souhait d’une reconnaissance sociale, comprenant que la société d’Ancien Régime est verrouillée, ils espèrent des réformes. Le conflit de classe entre la noblesse et la bourgeoisie est réel à la veille de la Révolution. Alors que la seconde veut faire tomber toutes les barrières qui contraignent l’économie et le développement des forces productives, réclame l’égalité juridique et fiscale, la première, agrippée à ses privilèges, entend reprendre le contrôle politique qu’elle a perdu à l’époque de Louis XIV.

Il existe aussi une large proportion de personnes vivant de leur travail. Ceux qui possèdent un petit moyen de production : les maîtres fabricants de la production artisanale et les petits producteurs agricoles qui possèdent en moyenne 1 hectare, ce qui n’est pas suffisant pour vivre. Même pour ces travailleurs indépendants, la hausse des prix constitue un problème. Dans la brochure, j’évoque la prolétarisation des travailleurs avec le développement de l’industrie manufacturière qui se caractérise par une concentration de la main d’œuvre, des moyens de production, des capitaux et par le fait qu’elle échappe à la réglementation du système corporatif qu’on retrouve dans la production artisanale. Dans ce dernier secteur, il y a des prolétaires, les compagnons et les apprentis qui certes possèdent un savoir-faire, un “métier”, mais dont les conditions de travail sont difficiles. Ce qui entraîne des conflits avec les maîtres, c’est à dire les patrons. En principe, ils peuvent s’élever socialement en devenant détenteur de leur moyen de production, mais pour cela il faut payer une charge dont le prix est trop cher. De plus le nombre de charges est limité, l’artisanat ne nécessite pas une nombreuse main d’œuvre car la qualité des produits prime sur la quantité. Nombre d’apprentis et de compagnons demeurent donc salariés.

Par ailleurs, la prolétarisation est à l’œuvre dans les campagnes où vivent 84% des habitants. Des paysans pour vivre, tissent à domicile pour le compte de marchands-fabricants, sur des métiers qui ne leur appartiennent pas. Dans les grandes régions de production agricole, comme le Bassin parisien, il existe un prolétariat agricole : les journaliers et les saisonniers. Aussi, face aux conditions de vie qui se dégradent, des paysans partent en ville chercher du travail ou vont s’employer dans des manufactures. Mais le taux de chômage élevé ne permet pas à tous de trouver un emploi, certains sont contraints d’errer sur les routes et recourent à la mendicité ou à l’illégalité pour survivre.

Il existe donc un prolétariat mais limité en nombre. Cependant, les paysans sans terre, les compagnons et apprentis aux perspectives bouchées, les travailleurs des manufactures se retrouvent dans un même rapport de production: le salariat. Enfin, les conflits capital-travail sont fréquents au XVIIIe siècle et augmentent à partir de 1774. Face aux bourgeois, des prolétaires commencent à se dresser en refusant la mécanisation, comme à Rouen en 1789, en réclamant de meilleurs salaires dans un contexte marqué par la hausse des prix, le chômage et la crise industrielle liée au manque de matières premières.

Tu écris que la philosophie des Lumières a contribué à forger une forme de conscience de classe chez la bourgeoisie. Sa diffusion était-elle si importante à la veille de 1789, y compris en province ?

La diffusion des Lumières est loin d’être négligeable à la fin du siècle, et se fait par le biais des académies, des loges maçonniques, des salons, des cafés et des livres. L’édition augmente considérablement au cours du XVIIIe siècle et la presse se développe. Les idées philosophiques se diffusent même dans les classes populaires, surtout en ville, grâce au recul de l’analphabétisme, et par le biais de petits livres de vulgarisation contestant la religion catholique, les normes morales et sexuelles qu’elle impose et le pouvoir absolu de la monarchie. Cependant, il y a des disparités régionales : Paris, le Nord, la Vallée du Rhône, la Provence sont très touchés par les idées des Lumières, alors que l’imprégnation est beaucoup moins forte en Bretagne, dans l’Ouest, le Centre, le Massif central et les Alpes. Aussi, les écrits colportés dans les campagnes traitent encore majoritairement de religion et de surnaturel. Il ne faut pas en rester à la seule diffusion des idées mais regarder quelles sont les pratiques. Par exemple, la pratique religieuse s’effondre parmi les professions libérales et dans la bourgeoisie négociante. Il y a aussi dans certaines régions une baisse de la ferveur au sein des classes populaires.

En ce qui concerne le monde rural, la classique vision, très sombre, de paysans affamés et surexploités par d’impitoyables seigneurs est, depuis quelques temps, contrebalancée par une sorte de nostalgie de communautés villageoises pré-capitalistes qui auraient été caractérisées par la solidarité, l’existence des communaux, etc. Où est la vérité ?

Cette nostalgie des sociétés pré-capitalistes qu’on rencontre dans certains milieux aujourd’hui est problématique et mériterait une critique développée. Elle oublie les intérêts divergents au sein de la paysannerie. Les paysans aisés qui possèdent assez de terres vont tirer profit de la Révolution en achetant des biens nationaux, mais l’essentiel de la paysannerie ne possède pas de terres ou pas assez pour vivre. Exploitée, elle doit donner une partie des récoltes au seigneur, une partie au clergé, la dîme. Elle paie des redevances au seigneur et doit lui fournir des journées de travail, évidemment non rémunérées. Ce dernier exerce sur la communauté villageoise des droits de police et de justice, ce qui n’avantage pas les paysans lorsqu’il y a des conflits, notamment sur la question des communaux. Lorsque Hazan écrit dans Une Histoire de la Révolution française que les paysans vivaient le communisme primitif, c’est complètement fantaisiste. L’existence des communaux permet aux paysans d’avoir accès à des ressources, de faire paître les troupeaux, mais les nobles qui voient leurs revenus diminuer, tentent de s’approprier ces terres pour les vendre. En 1761, un édit royal permet de clore les terres et les prés dans le Béarn, en Champagne, en Lorraine et en Bourgogne, ce qui entraîne de nombreux bris de clôture et de procès. Les paysans luttent pour conserver ces parcelles de terres, aidés par les forts liens de solidarité qui les unissent, mais à certains endroits il n’y a plus de communaux.

Aussi, la hausse des prix qui sévit dans les années précédant la Révolution aggrave les conditions de vie de nombreux paysans. L’accès aux subsistances devient problématique. Par ailleurs, comme je l’ai dit, il y a un début de prolétarisation dans les campagnes. Les conditions d’existence de la majorité des paysans dans les années 1780 n’ont vraiment rien d’idyllique ! Ainsi, dans les cahiers de doléances en 1788, ils réclament la fin de la dîme, des droits et de l’autorité du seigneur, l’abolition des droits féodaux et la conservation des communaux. Cette exaspération si grande débouche sur des révoltes au printemps 1789, qui reprennent à partir de l’été de la même année jusqu’à l’abolition totale et définitive des derniers vestiges du système féodal en juillet 1793.

Certains expliquent le mécontentement et les révoltes paysannes par la libéralisation croissante de l’économie à la fin de l’Ancien Régime. Un libéralisme qui pourtant triomphe avec la révolution. Qu’en penses-tu ?

Il y a un début de libéralisation de l’économie avant la Révolution, avec notamment la liberté sur le prix des grains décidé par Turgot ministre de Louis XVI. Cela engendre une montée en flèche des prix et une série d’émeutes connue sous le nom de Guerre des farines, en 1775. Mais le libéralisme économique ne réussit guère à s’appliquer dans la société d’Ancien régime marqué par la réglementation. Il ne sera vraiment mis en pratique qu’au début de la Révolution, avec l’arrivée au pouvoir de la bourgeoisie.

Il faut relativiser le poids du libéralisme économique dans le mécontentement des paysans. Ces derniers contestent en premier lieu les contraintes liées au mode d’exploitation féodal. Aussi, ils sont confrontés à la question fiscale. Ils doivent payer des redevances au seigneur, mais la pression fiscale de l’État monarchique est plus lourde. Elle concerne les impôts indirects tels que la gabelle (impôt sur le sel, produit de première nécessité permettant la conservation des aliments). On peut ajouter que les paysans paient une redevance à l’Église, la dîme. Enfin, la crise économique et son corollaire, la hausse des prix, devient très problématique pour la majorité des paysans. Ajoutée aux rendements agricoles bas de la période, dûs au manque de moyens dans l’agriculture, et au contexte météorologique défavorable comme en 1787-1789, les céréales, principale nourriture des travailleurs, atteignent alors des prix records.

En avril 1792, l’Assemblée déclare la guerre à l’Autriche : quel rapport entre lutte de classes et guerre ?

Une partie de la bourgeoisie, les Girondins, pousse à la guerre car elle permettra de détourner le mécontentement populaire sur une cible étrangère. Le nationalisme et la guerre sont de puissants moyens aux mains de la bourgeoisie pour casser les luttes des travailleurs. Les premiers temps du conflit, marqués par les défaites des armées françaises, modifient le rapport de force en faveur de ces derniers. Ils réclament des mesures pour défendre le pays et la capitale, alors que la bourgeoisie girondine, tiraillée entre sa peur des travailleurs et ses tergiversations au sujet des généraux nobles qui cessent l’offensive, car ils espèrent l’écrasement de la révolution. est incapable de mener la guerre.

Mais l’intensification du conflit en 1793 amène de nombreux jeunes travailleurs à partir aux armées. Les foyers du radicalisme révolutionnaire, comme Paris, sont alors privés de militants. Aussi, une partie de la production se tourne vers l’effort de guerre avec toutes les contraintes que cela induit pour les travailleurs. Ainsi, en 1793, le Comité de Salut public aux mains des Montagnards, tels que Saint-Just et Robespierre, centralise la production d’armes à Paris, dans le but de fournir un travail à 6 000 sans-culottes et de désarmer toute opposition du mouvement populaire. Des contraintes lourdes pèsent sur les travailleurs : critères de production élevés, interdiction de changer d’emploi sans l’accord d’un superviseur, obligation de travailler de 6 h à 20 h, et seulement un jour de repos tous les dix jours. Cette mesure va mettre un frein à l’activité politique des ouvriers, d’autant qu’il leur est interdit de se rassembler. Cependant, les travailleurs parisiens de l’armement se mettent en grève à partir de décembre 1793. A Nantes, où il y a des conflits du travail et des organisations ouvrières fortes, les travailleurs, requis pour aller fabriquer des souliers pour l’armée, ne cessent de demander des augmentations. Ces deux exemples montrent comment les conflits capital-travail viennent heurter les impératifs de défense nationale. Or, les prolétaires en faiblesse numérique à cette époque, ne peuvent pas imposer un réel rapport de force. De plus, la reprise en main militaire à partir de l’automne 1793 et les victoires aux frontières tournent en faveur de la bourgeoisie. Celle-ci a moins besoin de l’appui des travailleurs, ce qui permet aux Montagnards modérés, tels que Danton et Desmoulins, de réclamer la fin de la Terreur. A partir de décembre, la bourgeoisie montagnarde au pouvoir fait machine arrière sur les concessions accordées aux travailleurs. Si prête de la victoire finale sur les armées coalisées, elle ne veut surtout pas se laisser déborder, et met en place de puissants moyens d’encadrement des travailleurs et de répression. Ces derniers n’ont plus vraiment de liberté d’action sur le plan politique : les sections et les sociétés populaires tombent sous le contrôle du gouvernement. Cependant, la lutte pour de meilleurs salaires et l’accès aux subsistances continue, d’autant que les mesures sociales accordées par les Montagnards ne sont pas toutes appliquées. Il y a ainsi un véritable conflit de classe entre bourgeois montagnards et travailleurs. Mais la victoire de Fleurus en juin 1794 et la chute des robespierristes, le 9 thermidor (27 juillet 1794), amènent la bourgeoisie à liquider les sociétés populaires et ce qu’il reste de protection sociale. Enfin, la répression de l’insurrection parisienne de prairial (mai 1795) va lui permettre d’écraser définitivement le mouvement populaire.

Tu écris qu’un « nouveau jacobinisme » se manifeste depuis quelque temps dans la critique historique mais aussi en politique. De quoi s’agit-il ?

A partir de la fin des années 1970, une offensive idéologique, à la faveur du reflux des luttes, disqualifie l’idée de révolution et proclame la fin de la lutte des classes. Pour les historiens proches des analyses marxistes, plutôt jacobins, qui dominent alors le débat sur la Révolution française, c’est un coup dur. Par ailleurs, la social-démocratie qui arrive au pouvoir en 1981 entreprend une politique d’économie libérale et d’attaques contre les travailleurs. Au moment du Bicentenaire de la Révolution, elle entend se démarquer de ses « grands ancêtres », c’est-à-dire les Jacobins (Robespierre, Saint-Just…) compromis par la Terreur qu’elle condamne.

A partir du début des années 2000, les historiens jacobins retrouvent une audience: à l’université, mais aussi auprès d’un public et de médias politiquement à gauche du P.S. Ils ont une analyse sociale de la Révolution, mais pas de classe. Ils abordent la question de la violence révolutionnaire et de la Terreur, en enlevant tout le vernis stigmatisant qu’ont mis les historiens contre-révolutionnaires, et montrent que les classes populaires n’avaient pas d’autres choix pour lutter contre la réaction, ce qui est plutôt positif. Or ils oublient que la Terreur, une fois encadrée et institutionnalisée par les dirigeants montagnards et jacobins, a amorcé le processus contre-révolutionnaire en réprimant les luttes des travailleurs.

Ce « nouveau jacobinisme » est favorisé par le contexte de crise économique, le ras-le-bol face aux politiques d’austérité, qui passent par des attaques sur les conditions de travail et sur les services publics. On le retrouve dans des formations politiques tels que le Front de gauche, qui fait souvent référence à Robespierre et aux Jacobins, ou encore Syriza en Grèce. Ces nouveaux jacobins espèrent un capitalisme régulé, plus d’intervention de l’État dans le domaine économique, plus de démocratie, plus de social, plus de moyens dans les services publics, de meilleurs salaires. Leur programme coïncide avec les aspirations d’une partie de la petite bourgeoisie et peut séduire des travailleurs. Ils pensent rallier les intérêts contradictoires de la petite bourgeoisie et du prolétariat, avec notamment un élément sensé être fédérateur : le patriotisme. Ainsi, Tsipras, avant l’élection de son parti Syriza, a appelé à « une nouvelle alliance patriotique » et a promis que son parti garantirait l’ordre politique et social existant. Tout est dit.

Il semble qu’une caractéristique du « jacobinisme » soit de remplacer les rapports de classe ou de production par des prises de conscience individuelles des « injustices » de cette société. Certains membres des classes moyennes se rêvent-ils aujourd’hui en nouveaux jacobins, représentants du « peuple » contre « l’oligarchie » ?

Le jacobinisme d’aujourd’hui, tout comme celui des années 1790, ne remet pas en cause le rapport capital-travail, la propriété, l’exploitation. Le problème demeure dans les « abus » du capitalisme qui génèrent des « injustices ». Face à cela, des membres de la classe moyenne se posent en défenseurs du « peuple » qu’elle entend représenter. Pour les Jacobins, le “peuple” regroupe de façon contradictoire les travailleurs indépendants, les salariés… bref tous ceux dont les intérêts s’opposent au “grand capital”. On retrouve ce type de discours chez les Indignés: les 99 % contre le 1 %. Dans ce type d’analyse, il n’y a pas de place pour le prolétariat, notamment en tant que force autonome. En plus de vouloir perpétuer les contradictions du système capitaliste, le jacobinisme n’est nullement émancipateur.

En annexe, tu reproduis ta critique (sévère) du livre d’Eric Hazan, Une histoire de la Révolution française, paru en 2012. Que lui reproches-tu ? D’être partie prenante de ce nouveau jacobinisme ?

Le projet de capitalisme humanisé du nouveau jacobinisme est une illusion dangereuse pour le prolétariat qui a tout intérêt à combattre cette contre-révolution de gauche. Donc oui je reproche à Hazan d’être partie prenante de ce projet. De plus, il va plus loin que les historiens jacobins actuels en pourfendant sans nuance l’analyse marxiste et en niant l’existence des classes et de la lutte des classes.

Hazan évoque (lors d’interviews) une Révolution française ayant abattu l’Ancien Régime presque sans violence, en particulier grâce au retournement de la Garde nationale. Est-il dans le vrai ?


En juin 1789, les députés bourgeois des États généraux se proclament Assemblée nationale, décident de doter le pays d’une constitution, le pouvoir royal est mis en échec sans violence. Ce dernier s’apprête à répliquer en concentrant des troupes autour de Paris, renvoie le ministre Necker qui a la confiance de la bourgeoisie révolutionnaire, le ton monte ce qui débouche sur la Prise de la Bastille. Cette journée va permettre à la bourgeoisie de consolider ses acquis, mais l’assaut est violent : une centaine de morts du côté des assaillants. Certes les dégâts sont limités car les gardes françaises en poste dans la capitale refusent de réprimer les émeutiers. Mais l’Ancien régime n’est pas mort, sa structure économique perdure. Durant la nuit du 4 août, le système féodal est partiellement aboli, or ce sont les luttes des paysans qui vont amener à son abolition définitive. Durant les révoltes agraires de l’été 1789, la répression est sanglante, comme à Cluny, en Saône-et-Loire, où des paysans sont exécutés. Mais le combat pour l’abolition totale du féodalisme continue avec la guerre des châteaux. Les gardes nationaux, chargés de la répression, vont à partir de 1791, dans certaines régions, se retourner en faveur des paysans.

Que penses-tu du parallèle dressé par certains entre la France à la veille de 1789 et la situation actuelle, à cause notamment de l’endettement de l’Etat, du prétendu ras-le-bol fiscal, du « mécontentement » qui monte, etc. ?

C’est toujours très aventureux sur le plan de l’analyse de faire des analogies entre des situations passées et présentes. Aujourd’hui, comme en 1789, il y a une crise économique profonde, un système économique et social impossible à réformer, un ras-le-bol des institutions politiques, l’endettement de l’État, une aggravation des conditions de vie des travailleurs, le chômage etc. Or ce sont deux contextes très différents : en 1789, le mode d’exploitation capitaliste émerge mais une grande partie des activités économiques est encore tournée vers l’agriculture. La composition de classes de la société n’est pas la même. Surtout il y a une classe montante, la bourgeoisie, qui conteste les fondements sociaux, économiques et politiques de la société. Aujourd’hui, le prolétariat n’en est pas à faire vaciller les structures dominantes. Face à l’offensive du capital, des travailleurs sont en lutte, cependant, pour le moment, il n’y a pas de capacité à dépasser le rapport capital-travail, à imaginer autre chose. A la veille de la Révolution, les travailleurs avaient acquis des expériences de luttes et entrevoyaient un dépassement : la fin du mode d’exploitation féodal par exemple. Enfin, dans les premiers mois de 1789, la flambée des prix génère un nombre considérable d’émeutes dans tout le pays, autour de l’accès aux subsistances, aussi des châteaux sont pillés et incendiés comme en Provence. Nous ne connaissons pas aujourd’hui un tel niveau de conflits de classe en France et en Europe.

Ton étude s’arrête à la chute de la monarchie en 1792 : quand pourrons-nous lire la suite ?

Je ne sais pas encore. Je vais continuer cette synthèse entamée sur la Révolution jusqu’au coup d’État de Brumaire en 1799. Par la suite, je souhaite publier un livre couvrant toute la période, en reprenant ce que j’ai écrit dans la brochure. Aussi, j’aimerais approfondir certains points : la constitution du prolétariat à la fin du XVIIIe siècle, son implication dans la Révolution, son développement ultérieur jusqu’au début des années 1830, marquées par les grèves de canuts en 1831 et 1834. La question du communisme de Babeuf me semble aussi très intéressante, ainsi que celle de la nation, du nationalisme et de la guerre, problématiques toujours d’actualité.

Février 2015




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Mer 2 Déc - 13:35

Admin a écrit:
L’idéologie républicaine et le spectre de la révolution (source NPA, je ne suis pas sectaire...)

Je me permet de publier ici cette analyse, assez bien faite (quoiqu'on voit bien où elle veut en venir, c'est pour cela que je ne reprends pas la fin du texte).

L’idéologie républicaine et le spectre de la révolution

Citation :


Le mot de « république » peut être compris en un sens faible ou fort, comme type de régime politique ou comme idéal associé à ce régime. Mais selon la situation historique dans laquelle on se trouve, cet idéal républicain a pu prendre une variété de significations politiques, allant d’aspirations progressistes à voir advenir une « république sociale », plus ou moins en rupture avec l’ordre capitaliste, jusqu’aux justifications du colonialisme par la référence à l’universalité prétendue des valeurs « républicaines », qu’il s’agirait donc d’exporter y compris contre les peuples, en passant par les appels apeurés – en période de soulèvement populaire – à rétablir la légalité « républicaine ». Et d’un pays à l’autre, cet idéal prend à l’évidence un sens encore plus diversifié.

Mais s’il est un point commun entre ces différentes significations attribuées à l’idéal républicain, du moins tel qu’il s’est affirmé en France à partir de la séquence révolutionnaire de 1789-1794, c’est qu’elles ont pour fonction d’exorciser le spectre de la révolution, en ramenant sur le terrain institutionnel toute velléité manifestée par les dominé-e-s (classes populaires, peuples colonisés, etc.) de secouer le joug de l’exploitation et de l’oppression par leur activité politique autonome. Née de la Révo-lution, et plus précisément de l’insurrection antimonarchique de l’été 1792, la Répu-blique en est rapidement devenue la « sœur ennemie » (pour reprendre une formule de Daniel Bensaïd1). C’est pourquoi, en France, on ne saurait saisir le sens politique de l’idéologie républicaine sans traiter des expériences révolutionnaires, au moins de 1789 à la Commune de Paris.



Révolution française et République


Il est bien connu que ce n’est pas l’idéal républicain qui fut au principe de ce formidable bouillonnement populaire qu’a été la Révolution française. Les facteurs politiques ont bien eu une importance décisive parmi les membres de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, exaspérés par la domination politique de l’aristocratie, mais ce sont les motifs économiques qui ont dominé parmi les masses populaires, urbaines et rurales. Or, si la Révolution française a bien été bourgeoise dans ses forces directrices et ses conséquences, elle a pris un tour nettement populaire à mesure qu’elle s’approfondissait. Dès lors qu’il fallait balayer une aristocratie décidée à ne rien lâcher de ses privilèges et de son pouvoir, la bourgeoisie révolutionnaire a dû solliciter la participation active du petit peuple, qui a fini par prendre au mot les grandes déclarations de 1789 et à entrer en lutte pour défendre ses intérêts propres.

Or, comme y insiste Daniel Guérin2, c’est l’exigence du « pain quotidien » qui a amené les classes populaires à intervenir directement sur la scène politique et sociale en plusieurs moments décisifs. Portées bien au-delà de leurs aspirations initiales par la « force des choses » (comme disait Saint-Just), ce sont les classes populaires qui sont parvenues, au terme d’un processus particulièrement chaotique, à renverser la monarchie et à établir la République. Ce qui excédait toute espérance raisonnable quelques années auparavant est alors devenu possible, précisément par l’action tumultueuse des plus larges mas-ses, au moment où la Révolution et ses fragiles réalisations se trouvaient menacées par une conspiration, ourdie par les nos-talgiques de l’Ancien régime et les puissances monarchiques coalisées.

Les aristocraties européennes aspiraient en effet à mettre fin à ce soulèvement révolutionnaire qui, par l’écho qu’il avait trouvé bien au-delà du territoire français (jusqu’à Saint-Domingue, où eut lieu la première révolte moderne d’esclaves en 17913), brisait l’évidence de leur domination et annonçait un monde nouveau. A ce complot, et dans un contexte où venait d’être proclamée « la patrie en danger », les Fédérés4 et les sans-culotte parisiens – organisés dans 48 sections et dans le cadre de la Commune insurrectionnelle de Paris – répondirent en orga-nisant, le 10 août 1792, la prise du palais des Tuileries, où résidait le roi et sa famille, en mettant à bas les derniers vestiges institutionnels de l’Ancien régime, et en installant ce qui devait devenir la Première République.

Mais à peine conquise contre les résistances de l’aristocratie et les bourgeois timorés qui s’accrochaient à l’espoir illusoire d’une monarchie « constitutionnelle », la République fut utilisée par une partie de la bourgeoisie, qui s’était ralliée à la Révolution en 1789, pour en appeler à une suspension du processus révolutionnaire. Se retrouvant notamment dans le « parti » girondin5, cette fraction de la bourgeoisie percevait tout le péril que recelait, pour elle et son pouvoir naissant, cette phase ascendante de la Révolution. Avec l’approfondissement de la crise économique et la menace de la disette, le sentiment se diffusait au sein du peuple que les promesses de 1789 n’avaient pas été tenues, et que les seuls à avoir tiré partie de l’abolition prétendue des privilèges étaient les « agioteurs » et les « accapareurs » (c’est-à-dire les spéculateurs dans le langage de l’époque).

Ainsi se multiplièrent les mouvements populaires revendiquant des mesures énergiques pour assurer le droit à l’existence de tous, sans lequel les libertés conquises en 1789 n’étaient que mots d’esprit6. Produit de la Révolution, l’idéal républicain changea donc rapidement de sens, à mesure que s’aiguisait la lutte entre des classes qui, auparavant unies pour faire front contre l’aristocratie, se trouvaient à présent aux prises pour définir la direction du processus révolutionnaire : fallait-il terminer la révolution, en sanctuarisant ses conquêtes (qui faisaient place nette pour le développement du capitalisme), ou la continuer en prenant au mot les idéaux révolutionnaires ? Suffisait-il de détrôner le roi pour faire advenir ce monde nouveau promis par les grandes proclamations révolutionnaires ? Le droit de propriété devait-il primer sur le droit à l’existence ?

Contre les tentatives encore maladroites des sans-culotte parisiens de poser en pratique ce qu’on appellerait plus tard la « question sociale », la République devint rapidement le nom du régime qui devait permettre à la bourgeoisie d’obtenir une forme de concorde nationale sous sa domination, et d’en finir ainsi avec l’action révolutionnaire des classes populaires. Et à mesure que la Révolution s’engageait dans une phase descendante, les « partis » qui posait la question du droit à l’existence furent éliminés : tout d’abord les Enragés (présents et souvent reconnus dans les sections parisiennes), les hébertistes (bien représentés dans la Com-mune de Paris), les robespierristes (qui avaient mené eux-mêmes la répression des premiers alors qu’ils dominaient le Comité de salut public), et enfin les babouvistes, de loin les plus conséquents dans leur remise cause de la propriété, arrêtés en mai 1796 alors qu’ils préparaient une insurrection et condamnés à mort en 1797.



1848 et la Commune : le double visage de l’idéal républicain

Contrairement à cette volonté de concorde nationale, manifeste dans l’idéologie républicaine et encore partagée par tous ceux qui s’en réclament aujourd’hui, l’installation d’un régime républicain impliqua, en chaque cas (1792, 1848, 18707), une radicalisation de la lutte entre bourgeoisie et classes populaires, et l’élimination des groupes les plus résolus à contester l’emprise du capital sur l’ensemble de la société, emprise naissante au moment de la Révolution française mais croissante tout au long du 19e siècle.

Il est en effet frappant de constater que chacune de ces républiques n’a pu s’installer véritablement qu’au terme d’une lutte à mort engagée avec les classes populaires. Après un moment d’effervescence politique, permettant de rompre en 1792 avec le règne des Bourbons, en 1848 avec la monarchie de juillet et en 1870 avec le 2nd Empire, la nouvelle classe dirigeante entreprit de briser la révolte populaire qui prétendait ne pas s’arrêter au simple remplacement d’un personnel dirigeant par un autre. A l’illusion d’unanimité nationale succéda, dans chacune de ces situations historiques, la marginalisation politique des aspirations populaires et l’élimination physique des partis qui les portaient.

En 1870 comme en 1848 et en 1792, l’affirmation du régime républicain en France déplaça le conflit, qui ne portait plus que marginalement sur la forme politique de la domination de classe (république contre monarchie, république ou empire), mais sur la question sociale, c’est-à-dire sur le partage des richesses et du pouvoir. On se souvient du mot de Thiers, selon lequel « la république est le gouvernement qui nous divise le moins », le « nous » désignant les différentes fractions de la classe dominante, qui se trouvaient dès lors contraintes de trouver entre elles des compromis, dans le cadre d’un même régime politique. Mais c’était oublier que l’unification partielle de ces fractions impliquait la rupture de l’alliance passée, aussi bien en 1792 qu’en février 1848 et septembre 1870, entre la bourgeoisie républicaine et les classes populaires.

Aussi bien dans la répression violente des mouvements populaires sous la Révolution française, qu’en juin 1848 ou en mai 1871, ce n’est plus le conflit entre les différentes fractions de la classe dominante qui se joue, mais celui entre la classe dominante en tant que telle et les classes populaires, avec un degré d’intensité de plus en plus fort. Car avec le développement de l’industrie moderne, l’accroissement de la concentration capitaliste et l’affaiblissement des petits propriétaires, se sont développé aussi bien la classe ouvrière au sens de Marx, une classe dépossédée des moyens de production, qu’un mouvement socialiste, revendiquant la socialisation des moyens de production. La fondation en 1864 de l’Association internationale des travailleurs (la Première Internationale), est ainsi le produit non seulement du développement numérique de la classe ouvrière, mais aussi d’un foisonnement des doctrines socialistes à partir des années 1830 et de la multiplication des organisations populaires (sociétés de secours mutuel, syndicats, etc.).

De sorte que, si les révoltes populaires de juin 1848 et mars 1871 mêlent encore de nombreux petits propriétaires (artisans, commerçants) à la masse des travailleurs salariés, elles posent la question sociale d’une manière de plus en plus conséquente, mettant au centre de leurs action et revendications la question de la propriété. Si les sans-culottes de 1793 se contentaient d’affirmer le « droit à l’existence », sans poser la question de l’organisation de la production et généralement sans remettre en cause en elle-même la propriété privée (foncière ou mobilière)8, les insurgés de 1848 en viennent à revendiquer le « droit au travail » (ce qui pose la question du pouvoir patronal). Les communards iront plus loin puisque, nourris par la pensée de Proudhon (« la propriété c’est le vol ») et, pour une minorité d’entre eux, par celle de Marx (Le Capital restait largement méconnu en France en 1871), ils chercheront à mettre en place une société de producteurs associés, libérée de la propriété capitaliste et de l’Etat bourgeois.

On comprend donc que plus s’affinait et se diffusait la critique socialiste du capitalisme, plus devait être brutale la répression des mouvements populaires qui traduisaient dans l’action cette critique et l’aspiration à une autre société. Or la 3e République – qui se maintint jusqu’en 1940 – s’est érigée sur les cadavres des 30 000 communards massacrés durant la « Semaine sanglante » (sans même parler du système colonial instauré et maintenu par les républicains vénérés par les dirigeants contemporains : Jules Ferry, Georges Clémenceau, etc.). Ce péché originel n’a rien d’anodin ou d’accidentel, car il renvoie à des dimensions structurantes de l’idéologie républicaine, frontalement contredites par la Commune de Paris : la défense de la propriété privée, l’éloge de la démocratie représentative, le culte de la nation, et l’illusion d’un Etat indépendant des classes et de leurs luttes.



Leur République et la nôtre

Bon là, je coupe, c'est de la propagande.

1. D. Bensaïd, Moi, la révolution, Paris, Gallimard, 1989, pp. 93-150.

2. D. Guérin, La révolution française et nous, Paris, Maspéro, 1976, pp. 41-48.

3. Lire : C. L. R. James, Les jacobins noirs, Paris, Amsterdam, 2012.

4. Volontaires issus du peuple et venus de la France entière, qui se sont engagés dans l’armée pour faire face à l’offensive des puissances monarchiques coalisées.

5. Les guillemets s’imposent, tant les groupes organisés qui s’affirment et s’opposent durant la Révolution française ne sont pas encore des partis au sens moderne, même s’ils ne sont déjà plus des cénacles ou coteries d’Ancien régime.  

6. C’est ainsi sous la pression des sans-culotte parisiens que furent instaurées – de septembre 1792 à septembre 1793 – plusieurs lois visant à fixer le tarif des denrées alimentaires (le « maximum »), puis que furent passés les décrets de ventôse (février-mars 1794), qui visaient à transférer les biens des ennemis de la révolution vers les indigents (mais qui ne furent guère appliqués).

7 Dates respectives de fondation des trois premières républiques en France.

8 Sur ce point, voir : A. Soboul, « Utopie et Révolution française », in J. Droz (dir.), Histoire générale du socialisme. 1. Des origines à 1875, Paris, PUF, 1972. Babeuf et la Conjuration des Egaux, prônant la « communauté des biens et des travaux », furent sans doute les seuls à saisir le rôle clé que serait amené à jouer la propriété bourgeoise dans la nouvelle société qui s’affirmait avec la Révolution française


PS : Il y a une erreur dans le titre de la rubrique, si un des participants du forum la trouve, je lui fais une bise.
Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Sam 5 Déc - 12:06

ici, nous remontons un peu avant la Révolution Française, quand, «en 732, il faisait si chaud, racontait Jean-Charles, que Charles Martel fondit sur les Sarrazins, à Poitiers »

merci aux « Nouveaux partisans de l'Ora es Venguda » pour leur excellent blog en général, et à Salah Guemriche enparticulier pour cet exercice d'érudition




Quand Ménard invoque Charles Martel... l'homme qui a rasé Béziers, "sa" ville Salah Guemriche, écrivain, 4 Décembre 2015

Citation :
Eh oui... s'improviser historien n'est pas donné à tout le monde !

En meeting de campagne aux côtés de Marion Maréchal (nous-voilà...), le maire FN de Béziers Robert Ménard nous ressort la vieille-comme-l'extrême-droite antienne de "Charles Martel" :
http://www.marianne.net/epaulee-robert-menard-marion-marechal-pen-part-croisade-100238372.html

Mais il se trouve (malheureusement pour lui...) que le chef de guerre franc, dont le "QG" était d'ailleurs plutôt dans l'actuelle Wallonie, a en réalité (à l'époque) dévasté la ville, sa région (Agde, Nîmes etc.) et globalement tout ce qui deviendra l'Occitanie, en bon préfigurateur de la Conquista cinq siècle plus tard - qui n'était elle-même que l'aboutissement d'une longue convoitise des souverains du Bassin parisien sur les riches Aquitania et Provincia, qui deviendront l'Occitanie et sa région particulière de Provence. La lutte contre les "Sarrasins" (Arabes, Berbères et Ibéro-Romains convertis à l'islam venus de la péninsule ibérique), qui ne représenteront un réel "problème" que durant quelques décennies entre 720 et 760 (lorsqu'ils occupaient la "Septimanie" soit grosso modo les Pyrénées-Orientales, l'Aude côtière et l'Hérault), n'étant clairement qu'un prétexte conjoncturel comme le seront plus tard les "Albigeois" ("hérétiques" cathares) - les souverains locaux et les élites urbaines, d'ailleurs, préféraient souvent s'allier aux musulmans que d'entendre parler des Francs du Nord...

Voici un article d'un (vrai, lui) passionné d'histoire qui remet les points sur les i :

La véritable histoire de Charles Martel : celle que Ménard et Jean-Marie Le Pen ignorent par Salah Guemriche, écrivain


Une gravure de la bataille de Poitiers, le 10 octobre 732 (MARY EVANS/SIPA)

Citation :
Depuis le fameux 11 janvier, dont la droite voudrait faire une "Journée d’unité nationale et de lutte contre le terrorisme", le nom de Charles Martel, "sauveur de la chrétienté", est venu, dans bien de réseaux liés à l’extrême-droite, se rappeler au bon souvenir non pas de la France "pays des droits de l’homme", mais de la France "fille aînée de l’Église".

Comme si la théorie du "choc des cultures" s’était muée en celle d’une "guerre de religions", ce que Jean-Marie Le Pen, toujours aussi lourdement calembourdesque, a résumé d’un cri : "Je suis Charlie Martel !"

C’est précisément dans cette mouvance lepéniste que Robert Ménard a lancé sa énième provocation, en commençant par criminaliser les petits écoliers biterrois sur la seule base de la "consonance musulmane" de leurs prénoms ! Dans ma tribune, publiée sur Le Plus de l'Obs le 12 mai ("Robert Ménard, changez vitre de patronyme"), j’ai dit ce que je pensais de ce forfait antirépublicain. Cela m’a valu nombre d’incriminations avec, à l’appui, des arguments puisés dans les pages d’un Deutsch métronome promu rewriter du roman national. Comme tant d’autres thèses scolaires, celle de notre auteur-baladin illustre brillamment cette leçon de Marc Bloch (dans son "Apologie pour l’Histoire") :

"Aussi bien que des individus, il a existé des époques mythomanes […] C’est d’un bout à l’autre de l’Europe, comme une vaste symphonie de fraudes. Le Moyen Âge, surtout du VIIIe au XIIe siècle, présente un autre exemple de cette épidémie collective… Comme si, à force de vénérer le passé, on était naturellement conduit à l’inventer."


Charles Martel, "dilapidateur et enragé tyran"


C’est pour répondre à ces nostalgiques orphelins de Charles Martel, comme à notre "rapporteur-sans-frontières" des thèses d’extrême droite, que je tiens à fournir, ici, quelques éléments d’information sur la véritable nature du "tombeur des Sarrasins", et, par la même occasion, sur l’histoire de Béziers (ville dont Robert Ménard a chargé Renaud Camus, le théoricien du Grand Remplacement, d’écrire l’histoire)…

Pour en finir, donc, avec cette légende qui fait de Charles Martel le "sauveur de la chrétienté", précisons d’emblée que le chef franc, connu de son vivant comme le plus grand "spoliateur des biens de l’Église", n’a jamais bouté les Arabes hors de "France" pour trois raisons : primo, ce pays n’existait pas encore en tant que tel ; secundo, c’est son fils qui réussira à reprendre Narbonne, trois décennies après la mythique bataille ; tertio, la présence sarrasine est attestée dans les Alpes et dans le Jura au moins jusqu’au Xe siècle.

Tout comme la légende du "Marteau de Dieu", celle du "spoliateur des biens de l’Église" aura, en son temps, la peau dure. De Liège (ou plutôt, la ville n’existant pas encore, de Tongres-Maastricht, ancien fief du père de Charles, Pépin d’Herstal, et dont l’évêque, saint Lambert, fut assassiné sur ordre de l’oncle maternel de Charles) à Nîmes, en passant par Toulouse et Narbonne, l’homme est dénoncé comme aucun grand de ses contemporains ne l’aura été : "Ô Charles Martel, dilapidateur et enragé tyran !", s’écriera Jean Boldo d’Albenas, l’un des pères du protestantisme nîmois [1]. Sans doute cet auteur a-t-il des raisons de fustiger le Franc, qui avait ruiné sa ville (Nîmes) avant d’y mettre le feu : c’était en 739, alors que Charles Martel remontait de Narbonne, tout dépité de n’avoir pas réussi à en déloger les Sarrasins, malgré un long siège éprouvant…

Plus cohérente est la thèse de Nicolas Germain Léonard, historien de la ville de Liège, qui nous explique en quoi et pourquoi Martel méritait une telle charge : "Il donnait à ses officiers les évêchés et les abbayes. Les biens de l’Église devenaient héréditaires ; on en formait la dot des filles qu’on mariait. Pépin d’Herstal avait enrichi le clergé, Charles le dépouilla." [2]

Évidemment, après la victoire de Poitiers, la cause est entendue : les biens de l’Église furent "l'instrument de la délivrance de l'Europe, et de la victoire de l'Évangile sur le Coran" ! [3]. Mais que durant toute l’existence de Martel (688-741), à Limoges, Cahors, Auch, Saint-Lizier, Autun, Orange, Avignon, Carpentras, Marseille, Toulon, Aix, Antibes, Béziers, Nîmes, Lodève, Uzès, Agde, Maguelone, Carcassonne, Elne, il y eut une interruption dans la succession des évêques ; voilà qui en dit long sur l’état d’abandon de la "Fille aînée de l’Église" !


Désordres, ruines, assassinats

D’autres griefs ternissent la renommée de Charles. Ceux, notamment, qui font de lui le persécuteur d’Eucher, l’évêque d’Orléans, et de Guidon, le futur saint Guy. Abbé de Fontenelle, ce dernier subit le supplice suprême pour une imaginaire conspiration… Désordres, ruines, assassinats : des forfaits qui poursuivront le chef franc jusqu’à sa mort.

Mais c’est le sort réservé à l’évêque d’Orléans, le futur saint Eucher, qui assombrira le plus sa renommée. Accusé d’avoir comploté contre Martel, l’évêque "fut envoyé en exil avec tous ses proches, (puis) transféré dans le monastère de Saint-Tron où il mourra en 738" [4]. Conclusion de Flodobert, l’évêque de Noyon et de Tournai (894-966) : "Ce bâtard né d'une servante n'était audacieux qu'à faire le mal envers les Églises du Christ."

De ce martyre de saint Eucher, une légende naîtra plus d’un siècle après, qui sera consignée dans le compte-rendu d’un concile tenu en 858 à Quierzy, où il est fait mention d’un songe d’Eucher.

Extrait :

"Nous savons en effet que saint Eucherius, évêque d’Orléans fut entraîné dans le monde des esprits. Entre les choses que Dieu lui montra, il reconnut Karl exposé aux tourments dans le plus profond de l’enfer." Commentaire de Jean Deviosse, biographe de Charles Martel : "Le texte ne laisse place à aucune équivoque. Karl, spoliateur résolu des biens de l’Église, est reconnu coupable à part entière." [5]

La même justification sera reprise par Jules Michelet, pour qui "les agressions de Karl contre le patrimoine de l’Église faisaient douter qu’il fût chrétien" ! [6]

Mais, disions-nous, les mythes ont la peau dure. Et après tout, des spoliations, quel envahisseur n’en commet pas ? Du IXe au XIe siècles, la renommée de Charles en souffrira. Étrangement, c’est aux siècles des Croisades que le nom de Martel va retrouver son aura, celle de tombeur des Sarrasin et de… sauveur de la chrétienté : comme si, écrira Chateaubriand, "Les Maures, que Charles Martel extermina, justifiaient les Croisades !" [7].


Les crimes de Martel dans le Sud (de la France)

Sur le terrain, la réalité était tout autre. Ce que Charles visait en fait, et depuis longtemps, c’est la conquête de l’Aquitaine (dont la capitale était alors Toulouse et non Bordeaux). Tant que cette région était menacée par les Sarrasins, il s’était contenté d’attendre son heure. Mais en apprenant avec stupéfaction la nouvelle du mariage du gouverneur musulman de Narbonne avec la fille du duc d’Aquitaine, Martel comprit très vite le risque que pouvait représenter une telle alliance. Celle-ci n’arrangeait pas non plus Abd er-Rahman, le maître de Cordoue (l’Espagne arabo-andalouse était déjà minée par les révoltes berbères contre le pouvoir arabe), ce qui l’amena à supprimer le "traître" gouverneur, un Berbère, avant d’offrir la fille du duc au calife de Damas… Si Charles Martel arrêta effectivement les Arabes à Poitiers, il ne réussit donc pas à les déloger de la Narbonnaise, qu’il attaqua par deux fois, sans succès.

La légende qui colle au nom de Martel doit être revue et corrigée sur un autre point : jamais les Francs n’ont eu de considération pour les habitants du sud de la Gaule. L’homme "gallo-romain", et particulièrement le citoyen de Toulouse, trop raffiné aux yeux du Franc fruste et inculte, était traité d’homunculus.

Furieux d’avoir échoué par deux fois à Narbonne, Martel va se venger sur les populations locales (chrétiennes) à qui il reproche de ne pas l’avoir accueilli en sauveur. Sur le chemin du retour (vers ses terres du Nord), il se venge sur Agde, Béziers, Maguelone, Nîmes (dont il brûle les arènes !). Selon Ernest Sabatier, notre cher historien de la ville de Béziers :

"Les Francs pillent à outrance dans tous les lieux où ils portent leurs pas ; ils désarment la population chrétienne, qui, ayant conservé en partie la civilisation romaine, voyait en eux des Barbares, et leur était suspecte. Forcés d’abandonner le siège de Narbonne, et voulant empêcher les Sarrasins de prendre ailleurs dans le pays une position solide, ils rasent les fortifications de Béziers, d’Agde et d’autres cités considérables. Agde et Béziers sont même livrées aux flammes, leurs territoires dévastés, les châteaux sont démolis. Enfin, en s’éloignant, les soldats de Charles-Martel emmènent, outre un grand nombre de prisonniers sarrasins, plusieurs otages choisis parmi les chrétiens du pays." [8]

Ces dévastations seront toutes mises sur le compte des Sarrasins, comme le sera un demi-siècle plus tard la mort de Roland à Roncevaux (des historiens ont, enfin, démontré que l’attaque fut le fait des Basques et non des Arabes), et comme le seront cinq siècles plus tard d’autres exactions, et là, c’est toujours l’historien de la ville de Béziers qui témoigne : "Plusieurs dépôts ont éprouvé des vicissitudes qui ont rendu assez rares les documents dont j’aurais pu profiter. Les anciennes archives de Béziers furent, elles, consumées par l’incendie qu’y allumèrent les croisés en 1209..." !

Plusieurs chroniques l’attestent (Continuation de Frédégaire, Isidore de Beja, Chronique de Moissac, El Maqqari [9]) : les cités susceptibles d’être ou de devenir des repaires pour les musulmans sont ravagées. Maguelone est rasée, Montpellier n’est pas épargnée, et encore moins Nîmes :

"Pour punir la ville qui a fait appel aux Arabes, Charles démolit les portes, abat les murailles et tente d’incendier les Arènes sous prétexte qu’elles sont aménagées en ouvrage défensif. Sur son ordre, ses guerriers entassent toute une forêt dans l’Amphithéâtre et y mettent le feu" [10]


Un retour du refoulé historique

Voilà la vraie nature et l’œuvre du héros de tant de générations d’écoliers de France ! Celui-là même dont le nom figura jusqu’à la veille de l’élection présidentielle de 2002, sur une affiche électorale : "732 Martel, 2002 Le Pen". En attendant, sans doute, de figurer sur le fronton de la mairie de Béziers, à l’approche de 2017 ?…

Mais comment peut-on imaginer que Béziers puisse, aujourd’hui et en connaissance de cause, dire merci à celui qui mit toute la région à feu et à sang ? Et si, au contraire, comme par un retour du refoulé historique, des Biterrois de souche décidaient, un jour, de répondre à Robert Ménard en manifestant en masse, et sous le seul slogan qui vaille et qui soit digne de la mémoire de leurs ancêtres : "Je ne suis pas Charlie Martel !" ?


[1] Jean Boldo d’Albenas, Discours historial de l’antique et illustre cité de Nîmes, Nota bene : toutes les références, accompagnant cette tribune, se trouvent  détaillées dans mon essai : Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin, 2010).

[2] N. G. Léonard, Histoire ecclésiastique et politique de l’État de Liège, 1801.

[3] François Laurent, Le Moyen-âge et la réforme, 1866.

[4] Vita sancti Eucherii, Aurelianensis episcopi, n°8 et 10, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel, Tallandier 1978. Epistolae patrum synodi Carisiacensis, année 858, cité dans Jean Deviosse, Charles Martel.

[5]  Cf. J. Deviosse, Charles Martel.

[6] Michelet, Histoire de France, cité dans S. Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

[7] Chateaubriand, Génie du christianisme, dans Œuvres complètes, éd. Furne, 1865.

[8] E. Sabatier, Histoire de la ville et des évêques de Béziers, Paris 1854, cité dans Salah Guemriche, Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin 2010).

[9] El Maqqari, manuscrit arabe de la BNF, ancien fonds, réf. dans Abd er-Rahman contre Charles Martel.

[10] Jean Deviosse, Charles Martel.


L'animal aura également invoqué les mânes des Louis XIV, ce qui à quelques kilomètres des Cévennes ne manque pas de sel ; ainsi que de Napoléon, personnage fort apprécié en son temps par la jeunesse locale qu'il envoyait se faire trouer la peau à des milliers de kilomètres de ses foyers... Tout juste nous aura-t-il épargné "Saint" Louis, c'est déjà ça !

L'on pourrait au moins se prendre à espérer que ceci montre une bonne fois pour toute aux trop (beaucoup trop !) nombreux électeurs occitans votant ou tentés de voter pour le Front National quel parti de franchimands est celui-ci.

Mais il est vrai, comme nous l'a judicieusement fait remarquer par mail un soi-disant "maoïste", que les gens ne se sentant pas du tout français ne sont pas non plus légion en Occitanie... et c'est peut-être ça le problème, en fait.



Quand Ménard invoque Charles Martel... l'homme qui a rasé Béziers, "sa" ville



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Lun 7 Déc - 23:41


2002 - 2015, de la tragédie à la farce

« Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce Karl Marx, Le 18 brumaire de L. Bonaparte, 1951





Régionales : Valls appelle à voter à droite dans trois régions, y compris le Grand Est 07 Déc. 2015, 21h44 | MAJ : 07 Déc. 2015, 22h36

Manuel Valls a appelé lundi soir sur TF1 à voter pour les listes de droite face au FN en Provence-Alpes-Côte d'Azur et Nord-Pas-de-Calais-Picardie où le PS s'est retiré, ainsi qu'en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, où le candidat socialiste se maintient contre le mot d'ordre de son parti.


CAPTURE D'ECRAN/TF1

Invité du 20 heures de TF1, Manuel Valls a «appelé à voter pour Christian Estrosi face à l'extrême droite en Paca» (Provence-Alpes-Côte-d'Azur).

Citation :
«Contrairement, a t-il fait remarquer, à Nicolas Sarkozy» qui ne souhaite «ni fusion ni retrait», le Premier ministre dit «assumer ses responsabilités» pour faire barrage au Front national en appelant les électeurs socialistes à voter pour la droite dans les trois régions où le Front national arrive en tête. Il emboîte ainsi le pas au premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis.

Ce dernier a demande un retrait de ses listes en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Paca. Dans le Grand Est, où Florian Philippot (FN) comptabilise le plus grand nombre de voix (36,1%), la demande de la direction du parti à son candidat Jean-Pierre Masseret, arrivé en troisième position, est restée lettre morte. Le président sortant de Lorraine a d'ores et déjà déposé lundi sa liste pour le second tour des régionales dimanche, actant son refus de se retirer pour faire barrage au Front national, au risque de perdre l'investiture du PS.

«Dans ces moments-là, il ne faut pas s'accrocher, il faut être digne, à la hauteur de l'enjeu: conforter la République», a jugé Manuel Valls à TF1. Aussi a-t-il appelé à voter pour Philippe Richert (LR-UDI-MoDem). «Il ne faut pas hésiter», a insisté le Premier ministre, en jugeant qu'il appartient aux instances du PS de prendre d'éventuelles sanctions à l'égard du Lorrain.

Un retrait est «une décision d'une grande brutalité politique et il faudra très tôt après les élections régionales s'interroger comment on en est arrivés là et en tirer les leçons. La gauche a un avenir dans ce pays si elle sait se rassembler en amont des rendez-vous électoraux sur des projets, un programme, des causes communes», a souligné Christian Paul, député et porte-voix des frondeurs PS. Avec le retrait, «on a été au maximum de ce qu'on pouvait faire», analyse un responsable du PS, en relevant les inconnues qui perdurent pour le deuxième tour



quelque chose a dû échappé aux caricaturistes, car Hollande ressemble davantage à Napoléon le petit qu'à son tonton empereur, que ce soit comme politique ou comme stratège militaire... Avec la Syrie, on est plus près du Mexique* que de la conquête de l'Égypte

* Intervention française au Mexique
** Campagne d'Égypte




du pied de cette antiquité orientale, cinq ans, c'est long

« Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent » Napoléon, 21 juillet 1798



« Bataille des Pyramides » Wojciech Kossak, 1896

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Mer 16 Déc - 15:55



Bretagne. Le passé chouan ressurgit... Erwan Chartier-Le Floch 16 décembre 2015




 En Bretagne, la poussée du Front national et la carte des communes ayant placé la droite en tête du second tour des élections régionales révèlent une étonnante concordance avec les anciennes terres de la chouannerie. Héritage d'un clivage dont la mémoire aurait alimenté une contestation de nature conservatrice ?  

Citation :
« L'Histoire ne repasse pas les plats », écrivait Céline mais elle les réchauffe parfois. Force est de constater, en analysant les résultats des régionales sur la Bretagne historique, que les bons scores de la droite comme les percées du Front national correspondent, grosso modo, aux zones où la chouannerie a été la plus active durant la Révolution.

C'est, en effet, dans les Marches de Bretagne, en Sud-Loire, en Bretagne centrale, sur le pourtour du Golfe du Morbihan et dans le Léon que cette guérilla monarchiste, et surtout catholique, s'est développée.

Les causes de la chouannerie et de la contre-révolution en Bretagne sont multiples. La suppression de la gabelle sur le sel, un impôt qui n'existait pas en Bretagne, plonge dans la misère plusieurs milliers de contrebandiers qui trafiquaient sur les Marches entre la Bretagne et les provinces voisines. Rompus à la clandestinité, ils rejoignent en masse l'insurrection qui se développe en 1793, attisée par les monarchistes mais également par nombre de catholiques après la constitution civile du clergé et de paysans opposés à la levée en masse des 300.000 hommes, décidée par la Convention pour faire face à une coalition de onze armées menée par l'Angleterre.

Guerre civile

Si de véritables batailles rangées opposent les royalistes aux républicains en Vendée et dans le sud de la Loire-Atlantique, la chouannerie bretonne est, avant tout, une guérilla avec des embuscades et des atrocités commises des deux côtés. Cette guerre civile prend dans le très catholique Léon mais elle est limitée par la présence massive de militaires à Brest. Un affrontement sérieux a lieu au pont de Kerguidu, entre Saint-Pol-de-Léon et Lesneven, en mars 1793. Né à Brec'h (56), Georges Cadoudal reste le plus célèbre des chefs chouans qu'il commandait dans la région d'Auray où, là aussi, plusieurs communes ont mis en tête Marc Le Fur, dimanche dernier.

La Bretagne centrale, avec ses nombreuses forêts et son relief particulier, se révèle propice au harcèlement des troupes régulières avec des chefs comme Boishardy, dans les Côtes-du-Nord ou Pierre Guillemot, dans le Morbihan. Ce dernier était surnommé le roi de Bignan, commune qui a placé en tête le FN au premier tour et, où, au second, droite et extrême droite totalisent 60 % des voix. Marc Le Fur fait de très hauts scores dans cette Bretagne centrale gallèse dont il est l'un des députés, dans une circonscription, Loudéac, votant traditionnellement à droite dans un département de gauche.

Un héritage

On explique la progression du FN par l'immigration ou la montée du chômage. Comment, dès lors, comprendre les hauts scores du parti de Marine Le Pen dans le pays de Vitré, réputé pour son dynamisme économique ? Au second tour, un grand nombre de communes des Marches de Bretagne, de Fougères à Clisson, ont voté à droite.

Les clivages hérités de la Révolution ont profondément marqué la vie politique bretonne. Jusqu'au début du XXe siècle, la principale ligne de fracture a opposé les monarchistes légitimistes et catholiques à une bourgeoisie républicaine plutôt urbaine. Dans les vieilles terres chouannes s'est aussi développée une mémoire alternative de la Révolution, alimentant une contestation de nature conservatrice qui a resurgi avec une acuité singulière lors de ces élections régionales.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Ven 18 Déc - 6:08


place à la Concorde...

moins la guillotine



Hollande-Bertrand. Ils ont « fraternisé » dans le Nord  18 décembre 2015   


François Hollande a lancé un appel « à la concorde » nationale, hier, dans le Nord-Pas-de Calais. Au côté de Xavier Bertrand (Les Républicains), élu, dimanche, grâce au retrait de la gauche face au FN, le chef de l'État était venu inaugurer le monument des « fraternisations », qui célèbre le Noël partagé qu'ont vécu des soldats français et allemands, en 1914, sur le front. Tout un symbole...


Citation :
Le président de la République a profité de l'inauguration, à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), du monument des « fraternisations » entre soldats ennemis pour rendre un double hommage au président socialiste sortant de la région, Daniel Percheron, et à son successeur, Xavier Bertrand, ex-ministre de Nicolas Sarkozy. « La France est partagée entre des sensibilités différentes. Elles sont nécessaires, indispensables même à la démocratie. Mais face aux épreuves et aux défis, notre pays a besoin de concorde pour résister face à la menace terroriste, pour écarter la peur qui mine la cohésion », a lancé le chef de l'État, alors que les initiatives de rapprochement, à droite comme à gauche, se multiplient pour tenter, en vue de 2017, d'endiguer la poussée du Front national. « Ne transformons pas nos différences en défiances, nos divergences en discordes », a-t-il insisté. Auparavant, Xavier Bertrand avait, lui aussi, appelé à « sortir du climat de guerre civile entre politiques » au nom de « l'intérêt général ».


Grincements de dents

« Nos fils de fer barbelés, Monsieur le Président, ont pour noms pauvreté, chômage, exclusion (...). Nos victoires de demain s'appelleront croissance, emploi, dignité, République retrouvée dans la diversité de nos sensibilités »,
a renchéri, tout aussi consensuel, Gérard Larcher, président (LR) du Sénat, se félicitant que les politiques aient su « sortir de (leurs) tranchées sans pour autant renoncer à (leurs) valeurs ».


Certes tentant, le parallèle n'a pas plu à tout le monde. « Faire des grandes photos de fraternité » Hollande-Bertrand n'est « pas la bonne réponse » aux problèmes des Français, a cinglé le candidat à la primaire de la droite et du centre, Bruno Le Maire. Éric Ciotti, secrétaire général-adjoint de LR, a, lui, critiqué ceux qui, dans son parti, tombent dans « le piège tendu » par François Hollande. Alors qu'à gauche, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, en a remis une couche, sur son blog, en invitant le centre à se « détacher de la droite » pour participer à un « bloc républicain » dont le PS sera le « centre de gravité »...


fraternisation

un meeting permanent ? Sans blague !






l'idéologie française ?

un bloc de foi grave



Twisted Evil


Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Sam 19 Déc - 10:07


j'importe ce texte dont l'analyse tranche avec ce qui provient d'autres tendances du NPA, et qui a fait l'objet de critiques sévères de WSWS, 4ème internationale...

son intérêt est de recouper mes propres allusions à la période 1848 - 1851, qui a fait l'objet de la critique de Marx dans Les luttes de classes en France et Le 18 brumaire de L. Bonaparte



RévolutionPermanente · Site d'information du Courant Communiste Révolutionnaire du NPA

Au pays de la rente, du militarisme et du (néo)colonialisme

Capitalisme français et bonapartisme Juan Chingo 18 décembre 2015

Une série d’éléments soulignaient déjà, depuis l’été 2014 avec les premières interdictions de manifester en soutien au peuple palestinien alors qu’Israël venait de lancer son immonde agression militaire contre Gaza, puis naturellement après les attentats du 11 janvier, le renforcement de tendances bonapartistes agissantes au sein du régime républicain-démocrate bourgeois. Il ne s’agissait certes pas de dire qu’on était aux portes du fascisme ou que le régime démocratique bourgeois était sur le point d’être liquidé. Mais déjà cette situation exigeait de progresser dans l’identification de la spécificité de la présidence Hollande et de la gouvernance Valls, à l’aune de cette tradition assez enracinée en France caractérisée par le fait que l’ensemble des régimes, y compris les plus ouvertement bonapartistes, se sont toujours appuyés sur des modalités démocratiques bourgeoises, à la seule exception de la parenthèse vichyste-pétainiste entre 1940 et 1944.




Ce sur quoi nous souhaitons mettre l’accent ici, ce sont les éléments non pas conjoncturels, mais structurels et stratégiques, liés à la nature même du capitalisme français, qui expliquent cette nécessité de recours au bonapartisme. Ces éléments sont d’autant plus importants à mettre en lumière qu’ils nous aideront à mesurer, dans la séquence politique s’est ouverte avec les attentats du 13 novembre, le décret de l’Etat d’urgence et « l’entrée en guerre » de la France contre l’Etat Islamique, à l’extérieur comme dans l’hexagone*, ce qui n’attendait potentiellement qu’une étincelle pour se renforcer et se déployer à une échelle inégalée depuis des décennies.


* cf Quand l’Etat bourgeois tombe le masque : Répression et tournant bonapartiste dans la France de Hollande et Valls  26 mai 2015



Citation :
Quelques spécificités du capitalisme français dans le cadre du système impérialiste mondial

Quelques chiffres tout d’abord. La France, qui fait partie des membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, est la quatrième puissance militaire mondiale, la sixième en termes d’exportations d’armes, la neuvième pour le PIB, la troisième en termes d’investissements directs à l’étrangers (IDE), le quatrième pays pour ce qui est des investissements directs étrangers en France, le sixième en terme de volume d’exportations, et enfin le quatrième en termes de patrimoine par foyer. Elle occupe donc une place spécifique du point de vue des rapports impérialistes et en termes d’accumulation du capital. Depuis les années 90, en dépit d’un certain déclin de la France au niveau de l’économie mondiale, Paris continue à avoir un poids non négligeable sur l’échiquier international. Cette situation est directement liée aux formes historiques particulières du capitalisme français, dont trois dimensions nous intéressent ici en premier lieu.

Premier élément, contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne, où il existe beaucoup plus de mobilité ascendante des élites, la France a pour spécificité, liée au rôle central de l’Etat hérité en dernière instance de la monarchie absolue, qu’en raison de la fusion structurelle entre celui-ci, les grands patrons et les élites dirigeantes des grandes entreprises, qui ont toutes été formées au sein des grandes écoles d’élites publiques françaises – ENA, Polytechnique, etc. – les cercles des décideurs se reproduisent en un circuit très fermé auquel n’ont accès que les classes dominantes.

Second élément, le poids écrasant du militarisme, pas seulement du point de vue de l’appareil industriel mais également d’un point de vue économique et social, croisé avec l’héritage colonial, est ce qui donne sa tonalité spécifique à l’impérialisme français vers l’extérieur, tout en ayant des conséquences internes extrêmement importantes.

Troisième élément, enfin, également lié au rôle spécifique de l’Etat : la France est un pays dans lequel, à la différence d’un capitalisme purement entrepreneurial, au sens d’un capitalisme d’industrie, règne de façon marquée un capitalisme de type rentier dont les affaires sont étroitement liées à l’Etat et aux exportations.

Pour se maintenir à un certain niveau,le capitalisme français entretient des liens particuliers avec ses anciennes colonies africaines. Celles-ci permettent à la France de compenser son déficit commercial en termes d’exportations au niveau international, en s’assurant auprès d’elles un surplus commercial en termes d’exportations, outre des revenus financiers substantiels, et également un accès sécurisé à un certain nombre de matières premières. En terme de flux de capitaux vers l’ancienne métropole, un rôle particulier des élites ou des hiérarques africains est joué dans le retour de capitaux vers la France, de Cote d’Ivoire, du Gabon, de République démocratique du Congo, etc. A quoi se rajoute un espace de déploiement non seulement pour le capitalisme français en général mais y compris pour ses principales entreprises, ses multinationales comme Areva au Niger, etc. On songera au fait que Total contrôle un tiers de l’extraction du pétrole en Afrique, ou du rôle spécifique de certaines multinationales françaises notamment dans les secteurs infrastructures et BTP telles que Bolloré, Vinci ou encore Lafarge pour les ciments.


Soubassements et implications géopolitiques

L’importance de cette configuration ne se limite pas au terrain économique mais se traduit aussi au plan géopolitique. D’un point de vue militaire notons d’abord qu’entre 1969 et 2009 il y a eu au moins une intervention étrangère de l’armée française en Afrique par an. Cet interventionnisme a pu voir un certain nombre de ses caractéristiques redimensionnées ou différentes par rapport à ce qu’elles avaient pu être au cours des dernières décennies. Mais la France dispose tout de même encore de nombre de bases militaires permanentes, du stationnement tout aussi permanent d’au moins 7500 hommes sur le continent africain, lequel constitue dorénavant une plateforme privilégiée de projection pour l’appareil militaire français en direction de zones qui n’étaient pas jusque-là le pré-carré français, notamment des pays du golfe, grâce à des accords signés récemment avec les Emirats Arabes Unis et Abou Dhabi.

On ne saurait minimiser l’importance de l’Afrique pour la vie politique française. Il existe un consensus partagé à gauche comme à droite, consistant à maintenir des liens très forts avec elle, notamment depuis 1981 et en dépit des promesses de la gauche de changer ou modifier le rapport existant entre Paris et ses anciennes colonies. Ce rapport a été systématiquement maintenu ou modifié, mais uniquement au sens où chaque président à reconstitué son propre réseau françafricain. L’Afrique, c’est la chasse gardée d’ailleurs de l’Elysée, de même que tout ce qui a trait à l’impérialisme français, à sa gestion et à ses différentes modalités, lesquels ne se discutent jamais démocratiquement puisque le parlement n’est jamais impliqué ou convoqué sur ce terrain. Sur le plus long terme, ces liens à la fois privilégiés et uniques ont persisté en dépit des évolutions du capitalisme hexagonal, du rôle de la France au niveau international après la seconde guerre mondiale, notamment en tant qu’artisan moteur de la construction européenne.


Un capitalisme rentier et militariste générateur de tendances permanentes au bonapartisme

Ce que nous souhaitons établir ici, c’est que les spécificités du capitalisme français, de par son caractère rentier et militariste au niveau économique, géopolitique et y compris social, génèrent de façon constante, structurelle, des possibilités ou des tendances bonapartistes. Dans la mesure où ces traits se répercutent plus ou moins directement, selon les séquences ou conjonctures politiques, au niveau des rapports de force entre les classes, il est fondamental d’étudier les origines de ces caractéristiques pour savoir à quel type de capitalisme nous faisons face, d’autant plus que ce sont ces caractéristiques qui se sont le plus développées depuis 2012 sous la présidence Hollande, qui a multiplié les interventions, à caractère militaire mais aussi éco-géopolitiques, en Afrique et au Moyen-Orient.


Hollande, tout en essayant d’inverser les rapports de force avec Merkel, menant les discussions au niveau européen, a continué d’incarner la chasse gardée qu’est la diplomatie française pilotée directement par l’Elysée, ce qui s’est traduit, depuis Sarkozy, par le renversement de Gbagbo, les interventions en Lybie, au Mali, en Centrafrique, la politique au Moyen-Orient, et ce n’est pas un hasard si le premier pays étranger à inviter le maréchal Al-Sissi fut la France, avec la vente des avions de Dassault à la dictature égyptienne et d’autres pétromonarchies. Ce feuilleton national, incarné par les rafales de Dassault, est le reflet de la faiblesse en termes de compétitivité du capitalisme français, ce qui explique également pourquoi l’Etat continue de jouer un rôle d’agent aussi important pour promouvoir l’industrie française à l’étranger.

« Diplomatie du rafale » et « guerre contre le terrorisme » à l’extérieur, contre-révolution sociale à l’intérieur

Mais si ces éléments relevant de la politique extérieure sont les sources les plus profondes des tendances réactionnaires, ces dernières proviennent aussi directement de la volonté, de puis 2008, d’accélérer la contre-révolution en cours à travers la liquidation de ce qui peut rester de l’Etat providence et de transformer profondément le rapport de force entre capital et travail.

Produit de l’état de faiblesse qui a suivi la fin de période sarkozyste, dans un premier temps la présidence de Hollande a été moins bonapartiste, marquée notamment par la tentative, avec les gouvernements Ayrault, de recourir à la politique du « dialogue social ». Mais cette tendance a rapidement montré ses limites, et cela bien avant le saut bonapartiste postérieur aux attentats du 13 novembre. En effet, avec l’arrivée de Valls cette première phase est vite devenue du passé, comme en ont attesté, entre autres, le triple recours au 49-3 pour faire passer la loi Macron, la criminalisation de plus en plus systématique des luttes sociales avec, notamment, la Loi sur le Renseignement, puis la persécution des migrants qui n’a pas fait que s’intensifier à partir de septembre. Mais, très clairement, le 13 novembre ont rendu possible un renforcement qualitatif de l’ensemble de ces tendances liberticides et antisociales au sein de l’hexagone, à proportion directe des interventions guerrières de l’impérialisme français, aurythme d’une guerre par an depuis l’accès au pouvoir de Hollande, dont le saut juste effectué dans l’engagement militaire en Syrie est évidemment l’expression la plus actuelle. Il faut quasiment revenir à la guerre d’Algérie, au gouvernement Mollet, pour avoir un gouvernement de gauche à la fois aussi réactionnaire et liberticide.

En résumé, les principales tendances bonapartistes en jeu dans la France d’aujourd’hui reposent ainsi à la fois sur la structure du capitalisme français, la nature de l’Etat, et les particularités du régime. Mais comme nous l’avons écrit dans notre article « Les attentats de Paris et la possibilité d’un mouvement anti-guerre », la réalité est que Hollande et la bourgeoisie française, du fait des faiblesses signalées plus haut, n’ont pas de solution à la hauteur de leurs besoins réels pour résoudre les contradictions qui sont en train d’exploser, et donc n’ont pas encore les moyens d’offrir autre chose qu’une succession de gouvernements et/ou de régimes bonapartistes mal consolidés, ce qui augure de nouvelles crises dans un futur proche, autant en haut qu’en bas, surtout si la mobilisation contre l’état d’urgence, dans le sillage du meeting unitaire du 17 décembre à Paris, s’enracine.


images ajoutées. On relèvera que bizarrement, c'est en Napoléon Bonaparte et à l'empereur Napoléon 1er que sont comparés Hollande et Valls, pas au neveu « Napoléon le petit » de Victor-Hugo... mais n'oublions pas le dernier des Bonaparte



ni Jean-Luc Mélenchon, mon petit préféré dans sa jeunesse bizontine...




lire Un Bonaparte à l'Elysée


C’est la IIe République qui, en France, invente le président de la République. Il sera désigné au suffrage universel. Le 10 décembre 1848, Louis Napoléon Bonaparte est élu à une écrasante majorité. Quatre ans plus tard, il rétablira l’Empire ! [...]




enfin, n'oublions pas que Napoléon fait aussi des adeptes "européens"...

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Sam 19 Déc - 10:24


petit retour en arrière...


Seuls deux présidents ont déjà réuni le Congrès: Sarkozy et Bonaparte Vincent Manilève  Slate.fr 15.11.2015


François Hollande a décidé de réunir les chambres du Parlement pour un Congrès à Versailles lundi 16 novembre. Une rencontre exceptionnelle

Citation :
Au lendemain des attentats parisiens, François Hollande a fait savoir lors d’une allocution télévisée qu’il s’adressera lundi 16 novembre au Sénat et à l’Assemblée nationale lors d’un Congrès dans la salle dédiée du château de Versailles.

La Constitution explique que le président peut prévoir une réunion en Congrès pour trois raisons: pour soumettre un projet de révision de la Constitution, pour autoriser l’adhésion d’un État à l’Union européenne, ou pour faire une déclaration. C’est ce dernier cas de figure qui sera appliqué lundi 16 novembre. Lors de son allocution, François Hollande a expliqué que ce rendez-vous était nécessaire pour «rassembler la nation dans cette épreuve» :

Citation :
«En cette période si grave, j’en appelle à l’unité, au rassemblement, au sang-froid et je m’adresserai au parlement réuni en Congrès à Versailles lundi soir, pour rassembler la nation dans cette épreuve. La France est forte et, même si elle peut être blessée, elle se lève toujours, et rien ne pourra l’atteindre, même si le chagrin nous assaille.»

Et alors qu’il était prévu que le président s’exprime lors de ce Congrès, le parti Les Républicains a demandé à ce qu’un débat ait lieu.

Une demande qui peut paraître étrange étant donné la nécessité de François Hollande de promouvoir une «union nationale», mais qui est fidèle à la Constitution et au règlement qui définit le déroulement de ces Congrès. «Ce débat est de droit lorsqu’il est demandé par le président d’un groupe de l’une ou l’autre des deux assemblées au plus tard la veille de la réunion du Congrès à midi», explique l’article 23 du règlement.

En revanche, ce qui est exceptionnel avec ce Congrès, c’est sa tenue. Depuis la proclamation de la République, deux présidents se sont prêtés à l’exercice. La dernière fois, c’était Nicolas Sarkozy, le 22 juin 2009. Il avait convoqué le Congrès pour faire une déclaration sur la crise qui frappait l’Europe depuis quelques mois mais aussi pour défendre les lois que son gouvernement mettait en place et sa vision sur les débats de l’époque: retraites, burqa, remaniement, Hadopi… Il s’agissait d’un discours général que l’on peut comparer au discours sur l’état de l’Union aux États-Unis ou au discours du trône chez les Britanniques, qui se déroulent bien plus régulièrement qu’en France.


Congrès à Versailles: «Un Etat moderne est un Etat modeste»
STR New / Reuters

Nicolas Sarkozy était même le premier à se prêter à l’exercice depuis 1848 et Louis-Napoléon Bonaparte. À l’époque, la constitution de la Seconde République l’oblige en tant que président de la République à présenter «chaque année, par un message, à l’Assemblée nationale [seule chambre parlementaire à l’époque], l’exposé de l’état général des affaires de la République». Il s’exprima donc devant l’Assemblée le 7 juin 1849, le 12 novembre 1850 et le 4 novembre 1851. Lors de cette dernière déclaration, il racontait l’«état de malaise général [qui] tend chaque jour à s’accroître: partout le travail se ralentit, la misère augmente, les intérêts s’effrayent et les espérances antisociales s’exaltent à mesure que les pouvoirs publics affaiblis approchent de leur terme».


Le coup d’État du 2 décembre 1851 va rétablir l’Empire et mettre fin au discours du président devant le Congrès. Il faudra attendre le XXIe siècle pour revoir un chef d’État français se prêter à cet exercice délicat.


vidéo et images ajoutées

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Ven 1 Jan - 15:28


il n'aura pas échappé aux amateurs de François le second qu'il a prononcé ses vœux depuis le Salon Napoléon III de l'Élysée comme après les attentats de janvier et novembre. Peut-on y voir un choix symbolique ? L'histoire se répète de tragédie en farce... mais qui verrait ce François empereur ?


Vœux : Hollande revient sur l’économie Pierre-Alain Furbury Les Échos 31/12/2015

Formulant ses vœux pour 2016, le chef de l’Etat s’est posé en chef de guerre et père protecteur. Mais autant face au chômage que face à la menace terroriste. Comme pour remettre la déchéance de nationalité au second plan


Citation :
Le lieu, d’abord : le salon Napoléon III de l’Elysée, là où il avait pris la parole après les attaques terroristes de janvier puis de novembre. Le temps, ensuite : un peu moins de 8 minutes 30, soit les vœux les plus concis depuis son élection en 2012. Les mots, surtout : un « devoir » de « protection », un appel à « l’unité nationale », la fierté envers les Français (« Je suis fier de vous ») et même l’ « amour de la patrie ». En prononçant ce jeudi soir sa traditionnelle allocution de nouvel An, le président s’est appliqué à se poser, comme il le fait depuis de longs mois, en chef de guerre et père de la nation, insistant sur les « tragédies » et les « drames » survenues lors de cette année « terrible ». Et prévenant, avec une gravité rare dans ce type d’exercice que « nous n’en n’avons pas terminé avec le terrorisme » ( « je vous dois la vérité », a-t-il dit). [...]




Napoléon III :

L'idée napoléonienne consiste à reconstituer la société française bouleversée par cinquante années de révolution,
à concilier l'ordre et la liberté, les droits du peuple et le principe d'autorité.
Au milieu de deux partis acharnés, dont l'un ne voit que le passé et l'autre que l'avenir,
elle prend les anciennes formes et les nouveaux principes.


des idées napoléoniennes, 1839

La France a répondu à l'appel loyal que je lui avais fait.
Elle a compris que je n'étais sorti de la légalité que pour rentrer dans le droit.


Lettre à la Commission Consultative, 31 décembre 1851

Le monde a l'habitude de faire de la place à l'homme dont les paroles et les actions montrent qu'il sait où il va.

N'ayez pas peur du peuple, il est plus conservateur que vous.

Je ne lis jamais les journaux français, ils n'impriment que ce que je veux.

Histoire de Jules César de Napoléon III

La vérité historique devrait être non moins sacrée que la religion.


Préface à l'Histoire de Jules César, 1865





somme toute modeste, notre empereur, puisque son nom ne figure pas sur la couverture

comme Marx et Engels pour le Manifeste ?



Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Sam 2 Jan - 6:46


là boucle la !

mes vœux mais
ni Dieu ni Président

Président donné Dieu damné
damnée boucle d'année

le ridicule ne tue pas le Président ne tue pas le ridicule



rien n'est pardonné
et tu l'as bouclé là :

tue le Président !




FoSoBo
01.01.2016 6:01




peintures de Louis Nicolas Lemasle
"Le bourreau Sanson présentant au peuple la tête de Louis XVI"
"Mahomet ferme les yeux"


Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Mer 4 Mai - 12:50


la Nuit Debout a remplacé la Nuit du 4 août

esquisse d'une hiérarchie sociologique française et des rapports de classes

grande bourgeoisie capitaliste, dirigeants politiques et militaires, et idéologues médiatiques

petite-bourgeoisie des professions libérales et couches moyennes supérieures


classe moyenne en voie de prolétarisation

jeunes diplômés précaires

prolétariat blanc

prolétariat racialisé

migrants pauvres


tout ça n'a rien à voir avec le peuple des 99% opposé à l'«oligarchie»
une vision héritée de la Révolution française bourgeoise
dans un rêve à l'envers :
son succès fut l'alliance dites du tiers-état contre l'aristocratie, la noblesse et le haut-clergé
alors qu'aujourd'hui le "peuple français du milieu" rêve debout de retrouver ses "privilèges"

La société française en 1789 extrait
Citation :
Le tiers état représente 98% de la population française. C'est la partie active et laborieuse du pays. Elle-même se décompose en plusieurs groupes :

La bourgeoisie. Elle est formée d'industriels, de banquiers, de commerçants, avocats, enseignants ou médecins... Cette classe tient en main l'économie du pays et fournit les cadres administratifs. Elle est cependant écartée des hautes charges politiques.
Le petit peuple des villes. Les ouvriers, les petits artisans sans oublier les miséreux sans emploi qui vivent dans des conditions difficiles.
La paysannerie. C'est la partie la plus importante et la plus nombreuse. Même s'il y a des différences entre le propriétaire et l'ouvrier agricole, tous sont ligués contre les privilèges féodaux (corvée, impôts seigneuriaux, droit de chasse...).


Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Dim 8 Mai - 15:43


la République Nationale de France se dispute Jeanne d'Arc et Marianne

Marianne et Jeanne d'Arc, rivalité, contigüité, substitution,
deux symboliques féminines de la France de la 3ème République à la Libération


par Yann Rigolet
projet de thèse en Histoire moderne et contemporaine, Orléans, 2007


Résumé
Citation :
Lors des bouffées de fièvres hexagonales et pendant de nombreuses guerres franco-françaises opposant courants progressistes et mouvements nationalistes, se dresse souvent face à Marianne, déité féminine et allégorie républicaine par excellence, une autre déité, Jeanne d'Arc, figure combative et véhémente, véritable incarnation d'un contre-culte nationaliste, qui, ayant comme elle la capacité émotionnelle de son sexe, a de surcroît l'avantage d'avoir existé.

Pourtant, au-delà de cette rivalité et des nombreux exemples qui la traduisent, peut-on également considérer Marianne et Jeanne d'arc comme sœurs, comme les deux faces de la même pièce ''France'' ?

Y a-t'il toujours véritablement eu cette opposition de rigueur ? Peut-on les associer et si oui, quels sont les exemples d'une utilisation simultanée ? Quelles sont ces périodes où certains se risquent à l'alliance des deux figures, voire à la substitution ? Marianne et Jeanne d'Arc peuvent-elles revêtir les mêmes attributs ?

Qu'en est-il aujourd'hui de la pérennité conjointe de ces deux figures féminines ? exercent-elles toujours quelque fascination ? Que révèle leur utilisation dans la place que peut prendre l'image féminine dans le discours politique français et, a fortiori, dans la société ?

Finalement, l'homme providentiel, dont chaque nation attends toujours aujourd'hui la venue, peut-il, comme à l'époque de la gloire du souvenir de Jeanne d'Arc ou comme au temps de l'incarnation de la liberté en Marianne, être en réalité une femme ?



Symbole : «Jeanne d'Arc dépasse les clivages» Le Parisien 8 mai 2016
Selon l'historien Olivier Bouzy, la Pucelle a été souvent récupérée... Emmanuel Macron, qui préside aujourd'hui les fêtes johanniques à Orléans, y voit un idéal républicain; le FN en fait une égérie...

Macron se démarque à nouveau à travers un hommage à Jeanne d’Arc Libération AFP 8 mai 2016

Macron a écrit:
Jeanne «est dans cette France déchirée, coupée en deux, agitée par une guerre sans fin qui l’oppose au royaume d’Angleterre. Elle a su rassembler la France pour la défendre, dans un mouvement que rien n’imposait. Tant d’autres s’étaient habitués à cette guerre qu’ils avaient toujours connu. Elle a rassemblé des soldats de toutes origines. Et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, elle a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement», a salué celui dont le mouvement, situé «ni à droite ni à gauche», vise à rapprocher les deux bords.

Dans une ville costumée et pavoisée de drapeaux médiévaux pour les 587e «fêtes johanniques» d’hommage à sa libératrice du siège des Anglais en 1429, le ministre a semblé se placer sous le patronage de la sainte catholique, même s’il a dit «ne pas croire» à «l’homme ou à la femme providentiel(le)».

«Comme une flèche, sa trajectoire est nette, Jeanne fend le système, elle brusque l’injustice qui devait l’enfermer (...) Jeanne est bergère mais elle se fraye un chemin jusqu’au roi, c’est une femme mais elle prend la tête d’un groupe armé et s’oppose aux chefs de guerre (...) Elle était un rêve fou, elle s’impose comme une évidence»
, a lancé l’ex-banquier devenu conseiller du président Hollande avant d’entrer au gouvernement en 2014.

«Voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d’Arc car elle nous dit que le destin n’est pas écrit, que nous n’avons pas à subir»



8 décembre : Résistance républicaine saura-t-elle réconcilier Jeanne d’Arc et Marianne ? 'Victor Hugo' [sic] Riposte laïque 17 octobre 2013
Publié le 17 octobre 2013 - par Victor Hugo

Citation :
[...] je suis très sensible aux mots d’ordre qui figurent sur l’affiche de Résistance républicaine, qui appelle à manifester, le 8 décembre prochain, en défense de la laïcité, de la loi de 1905, mais aussi des jours fériés chrétiens, liant cela à nos autres traditions.
[...]
J’espère donc que les responsables de cette manifestation [...] soutenue par Riposte Laïque, seront suffisamment diplomates pour créer les conditions pour que de nombreux chrétiens soient présents. Et j’espère que les militants du Printemps français, de La Manif pour Tous, des Veilleurs et de toute cette mouvance sauront ne pas être trop sectaires, et saisiront cette initiative, pour rapprocher Jeanne d’Arc et Marianne, et unifier un peuple de France qui en a grand besoin

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Dim 8 Mai - 18:23


la République Nationale de France se dispute Jeanne d'Arc et Marianne

Marianne et Jeanne d'Arc, rivalité, contigüité, substitution,
deux symboliques féminines de la France de la 3ème République à la Libération


par Yann Rigolet
projet de thèse en Histoire moderne et contemporaine, Orléans, 2007


Résumé
Citation :
Lors des bouffées de fièvres hexagonales et pendant de nombreuses guerres franco-françaises opposant courants progressistes et mouvements nationalistes, se dresse souvent face à Marianne, déité féminine et allégorie républicaine par excellence, une autre déité, Jeanne d'Arc, figure combative et véhémente, véritable incarnation d'un contre-culte nationaliste, qui, ayant comme elle la capacité émotionnelle de son sexe, a de surcroît l'avantage d'avoir existé.

Pourtant, au-delà de cette rivalité et des nombreux exemples qui la traduisent, peut-on également considérer Marianne et Jeanne d'arc comme sœurs, comme les deux faces de la même pièce ''France'' ?

Y a-t'il toujours véritablement eu cette opposition de rigueur ? Peut-on les associer et si oui, quels sont les exemples d'une utilisation simultanée ? Quelles sont ces périodes où certains se risquent à l'alliance des deux figures, voire à la substitution ? Marianne et Jeanne d'Arc peuvent-elles revêtir les mêmes attributs ?

Qu'en est-il aujourd'hui de la pérennité conjointe de ces deux figures féminines ? exercent-elles toujours quelque fascination ? Que révèle leur utilisation dans la place que peut prendre l'image féminine dans le discours politique français et, a fortiori, dans la société ?

Finalement, l'homme providentiel, dont chaque nation attends toujours aujourd'hui la venue, peut-il, comme à l'époque de la gloire du souvenir de Jeanne d'Arc ou comme au temps de l'incarnation de la liberté en Marianne, être en réalité une femme ?



Symbole : «Jeanne d'Arc dépasse les clivages» Le Parisien 8 mai 2016
Selon l'historien Olivier Bouzy, la Pucelle a été souvent récupérée... Emmanuel Macron, qui préside aujourd'hui les fêtes johanniques à Orléans, y voit un idéal républicain; le FN en fait une égérie...

Macron se démarque à nouveau à travers un hommage à Jeanne d’Arc Libération AFP 8 mai 2016

Macron a écrit:
Jeanne «est dans cette France déchirée, coupée en deux, agitée par une guerre sans fin qui l’oppose au royaume d’Angleterre. Elle a su rassembler la France pour la défendre, dans un mouvement que rien n’imposait. Tant d’autres s’étaient habitués à cette guerre qu’ils avaient toujours connu. Elle a rassemblé des soldats de toutes origines. Et alors même que la France n’y croyait pas, se divisait contre elle-même, elle a eu l’intuition de son unité, de son rassemblement», a salué celui dont le mouvement, situé «ni à droite ni à gauche», vise à rapprocher les deux bords.

Dans une ville costumée et pavoisée de drapeaux médiévaux pour les 587e «fêtes johanniques» d’hommage à sa libératrice du siège des Anglais en 1429, le ministre a semblé se placer sous le patronage de la sainte catholique, même s’il a dit «ne pas croire» à «l’homme ou à la femme providentiel(le)».

«Comme une flèche, sa trajectoire est nette, Jeanne fend le système, elle brusque l’injustice qui devait l’enfermer (...) Jeanne est bergère mais elle se fraye un chemin jusqu’au roi, c’est une femme mais elle prend la tête d’un groupe armé et s’oppose aux chefs de guerre (...) Elle était un rêve fou, elle s’impose comme une évidence»
, a lancé l’ex-banquier devenu conseiller du président Hollande avant d’entrer au gouvernement en 2014.

«Voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d’Arc car elle nous dit que le destin n’est pas écrit, que nous n’avons pas à subir»



8 décembre 2013 : Résistance républicaine saura-t-elle réconcilier Jeanne d’Arc et Marianne ? 'Victor Hugo' [sic] Riposte laïque 17 octobre 2013

Citation :
[...] je suis très sensible aux mots d’ordre qui figurent sur l’affiche de Résistance républicaine, qui appelle à manifester, le 8 décembre prochain, en défense de la laïcité, de la loi de 1905, mais aussi des jours fériés chrétiens, liant cela à nos autres traditions.
[...]
J’espère donc que les responsables de cette manifestation [...] soutenue par Riposte Laïque, seront suffisamment diplomates pour créer les conditions pour que de nombreux chrétiens soient présents. Et j’espère que les militants du Printemps français, de La Manif pour Tous, des Veilleurs et de toute cette mouvance sauront ne pas être trop sectaires, et saisiront cette initiative, pour rapprocher Jeanne d’Arc et Marianne, et unifier un peuple de France qui en a grand besoin



Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: 1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel    Lun 9 Mai - 20:53


Macron a écrit:
Jeanne d’Arc, comme nos autres grandes figures, comme notre hymne national, comme notre drapeau, ce sont nos héritages, notre histoire commune, ce qui nous a fait, nous tient ensemble.

Mais j’aime, je l’avoue, que Jeanne soit une femme, et une femme en devenir, qui n’avait rien fait avant de se jeter dans l’incroyable aventure.

J’ai souvent imaginé, sans doute comme vous, les scènes que racontait mon livre d’histoire. Jeanne devant le roi, devant les grands capitaines, au milieu de son armée, Jeanne meurtrie, Jeanne blessée, mais n’abandonnant rien, donnant un irremplaçable témoignage de ce que peut la jeunesse du monde lorsqu’elle s’appuie sur la volonté bonne.

La vie de Jeanne, c’est avant tout la puissance d’un destin, qui démontre que l’ordre des choses ne tient pas si cet ordre est injuste.

Elle brusque l’injustice qui devait l’enfermer. Jeanne est bergère... mais elle se fraye un chemin jusqu’au roi.

Jeanne est une femme, mais elle prend la tête d’un groupe armé... et s’oppose aux chefs de guerre. Jeanne n’est personne, mais elle porte sur ses épaules la volonté de progrès et de justice de tout un peuple. Elle était un rêve fou, elle s’impose comme une évidence.
[...]
La deuxième leçon de Jeanne d’Arc, c’est celle de l’énergie du peuple. [...] A la fin du mois d’avril, Jeanne est à Orléans. Son arrivée suscite l’espérance. Son énergie galvanise. Elle redonne de la volonté, du souffle à la résistance des troupes françaises. Chez les habitants, dans les conseils de guerre, sur les champs de bataille que Jeanne parcourt en tout sens. En libérant l’énergie de tous, Jeanne libère Orléans. [...]

Le 8 mai, le siège est levé, et la ville délivrée. Le 8 mai 1945, comme en écho, le pays sera libéré du joug de l’occupant, parce que le Général de Gaulle, et quelques-uns, avaient tôt cru que l’énergie du peuple valait mieux que la défaite et la soumission. Cette même énergie, je la sens là, parmi vous, aujourd’hui.
[...]
La troisième leçon de Jeanne, c'est celle du rassemblement et de l'unité de la France.

Et au fond, qu’est-ce qui fait que ce 8 mai à Orléans est si singulier ? Qu’est-ce qui fait que chaque année, ici, pour fêter cette jeune femme morte sur le bûcher en 1431, un cortège d’autorités et près de 60.000 personnes se retrouvent chaque année ? C’est parce que, fidèles à notre histoire, fidèles à cette histoire, le désir de justice, l’énergie du peuple, la volonté de rassemblement...

..., le triptyque de Jeanne d’Arc, c’est celui qui scelle notre République. Ce fil qui nous relie à Jeanne, en passant par Michelet, Jaurès, Gambetta ou Péguy... [plus loin il cite Victor Hugo]

Jeanne d’Arc est beaucoup plus qu’elle-même ou que son époque. Elle contribue à forger cette identité française.

Cette identité, c’est une langue, c’est un territoire, c’est une nation, c’est aussi le fruit de notre passé, car elle est faite de celui-ci. Mais ce n’est pas non plus une identité fixe ou fermée, car elle s’accomplit dans la France, elle s’accomplit dans l’Europe. C’est un projet sans cesse recommencé...

Voilà pourquoi, les Français ont besoin de Jeanne d'Arc, car elle nous dit que le destin n'est pas écrit, que nous n'avons pas à subir.

Ne jamais subir, peser sur le destin du monde, c’est ce qui fait que les Français sont eux-mêmes et que la France reste elle-même.

Vive Orléans, vive la République, vive la France
.


Revenir en haut Aller en bas
 
1 - une véritable HISTOIRE de France, de Charles Martel au capitalisme occidental actuel
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La Roque-sur-Cèze (30)
» La véritable histoire d'Hannbial Lecter
» La véritable histoire de l'évacuation de Dunkerque en1940
» la véritable histoire de la sorcière de la Dourdannerie - Les Cahiers percherons n° 189
» Ma famille de BJD: Sooah - Faith Mirror's Edge pg 6

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE :: MONDE ACTUEL, LUTTES, ANALYSES et THÉORISATIONS :: L'IDÉOLOGIE FRANÇAISE, une passion capitaliste occidentale : POPULISME RADICAL ?-
Sauter vers: