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 L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION

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MessageSujet: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Ven 1 Mai - 19:04


interventions tirées de abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

- individus & identités / capital & communisme février 2015
- 'dépasser les identités de classe, genre, race, nations, religions... d'individus du capital et les identités militantes' juin 2014

Patlotch février 2015 a écrit:
28 février 2015

individus & identités / capital & communisme

« celui qui sait attendre aura la plus belle visitation » disait Roger Vaillant à propos de tout autre chose, dans une formule qui vaut son poids d'or sous la plume de ce bouffe-curé impénitent défroqué du PCF

adé dndf 28 février 2015 a écrit:
« Les appartenances de genre, classes et tout les autres sous-ensembles qui en découlent (races, cultures, communautés religieuses, et autres communautés intermédiaires ) sont dépassées sur la base de ce qu’ils sont actuellement, et ce qu’ils sont actuellement c’est la crise de la reproduction du rapport d’appartenance aux classes et aux genres, et à toutes les communautés intermédiaires.

La crise, comme crise de la reproduction, se manifeste comme crise des identités (moment critique des appartenances identitaires), la reproduction des classes, des genres, et de toutes les appartenances intermédiaires apparaît comme crise de l’identité d’appartenance au prolétariat (fin de l’identité ouvrière/prolétarienne), crise de l’assignation basée sur le genre, crise des identités intermédiaires, culturelles, nationales, religieuses.

C’est parce que la crise actuelle est moment critique des appartenances que la question des identités individuelles se pose comme recherche/rénovation de nouvelles identités. C’est à partir du dépassement de cette situation qu’il est possible de poser la société humaine comme dépassement des médiations par la production directe de l’humanité comme communauté humaine:la communauté produit sans médiation les individus adéquats à elle: telle communauté, tels individus.

Tout cela a, je pense, d’énormes implications : rapport direct à la « Nature », production de celle-ci, rapport entre individus comme rapport historiquement produit, production historique dans son rapport avec la nature limitée de l’histoire individuelle, donc rapport avec la production des croyances religieuses, rapport à soi comme rapport à la société/communauté, et inversement, rapport ce cette société immédiatement comme rapport à soi…» Telle communauté, tel individu dndf 28 février

à quelque chose près (car les races, cultures, religions... découlant des appartenances de genre et de classe~, je ne comprends pas), je trouve là les idées que j'ai formulées dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus il y a un an

RS avait ouvert les vannes ici :

Roland Simon a écrit:
« Comme je l’écrivais dans le texte ci-dessus (A propos de Charlie – suite -), la classe n’apparait pas toujours en clair et même rarement (« il n’est pas dans la nature de la révolution de faire sonner l’heure de la dernière instance ») : c’est dans une multiplicité de pratiques et de contradictions avec le capital et internes, de confrontations avec toutes sortes d’identités, d’actions à partir d’elles et de dépassement de celles-ci, qu’elle s’autotransforme en classe communisatrice et s’abolit

le débat est donc ouvert et c'est heureux. Quelques remarques :

je n'ai pas réfléchi à la formule « crise des identités », ni à l'idée qu'elle serait manifestation de la crise de reproduction, mais on peut concernant le processus de communisation dire que tout est dans tout et multiplier les formules à l'envie. Encore faut-il qu'elles aient un sens précis, à construire chaque fois théoriquement

de même quant à la « recherche de nouvelles identités », qui pourrait être contradictoire à l'idée du dépassement vers un type d'individualités radicalement nouvelles, c'est-à-dire intégrant en elles-mêmes le rapport à la communauté. Pour le dire simplement, et sans rêver à l'Homme nouveau, un souci du commun dépassant l'égoïsme individualiste des individus du capital. Dans la mesure où l'individu individuel est une construction tardive et d'abord occidentale, il n'est pas difficile de trouver dans le passé des rapports sociaux où l'individu n'existait pas, c'est-à-dire ne se pensait pas comme tel, y compris parce que le lien était médié par la religion...

la formule définissant la communauté du communisme « rapports immédiats entre individus » est trompeuse, parce qu'elle nécessite des individus autres qui ne soient plus produits dans des rapports entre individualisés auxquelles nous a habitués le capitalisme. Ce qui en découle, par exemple sur le plan sexuel, c'est un autre contenu des désirs mêmes, du rapport à l'autre sexe, et c'est évidemment là que la question des rapports de genres et de sexes sont bouleversants et bouleversés dans le processus

Patlotch 18 juin 2014 a écrit:


Le titre complet serait 'dépasser les identités de classe, genre, race, nations, religions... d'individus du capital et les identités militantes'

Robin a écrit: - Voudrais tu bien y expliciter ce que tu entend par :
- subjectivation révolutionnaire; comme par exemple dans la phrase : [...] ces identités qui toutes peuvent faire obstacle, sectarisme aidant, à la création d'une subjectivation révolutionnaire commune sur une base d'intérêts communs contre le capital.

Dans cette 'réponse' j'insiste davantage sur la 'race', la question du dépassement de l'identité de classe étant définitoire de la communisation, ainsi que, pour beaucoup s'y reconnaissant, l'assignation de genre hommes/femmes...

J'élargis le dépassement des identités construites par le capitalisme et la lutte de classes à celle de l'individu, l'individualisme dans le capitalisme, et à l'identité militante que construisent l'appartenance à un parti, une organisation, un groupe d'intervention théorique...

Il s'agit de promouvoir une individualité révolutionnaire sur la base d'une subjectivation dépassant ces entraves identitaires au combat communiste comme à la réalisation d'un monde post-capitaliste sans médiations inter-individuelles. La finalité est ni plus ni moins que l'émancipation humaine dont parlait Marx, l'ère de la liberté...

Ces combats ne sont pas à reporter à plus tard dans une conjoncture communisatrice, ils sont engagés au présent.

la communisation comme dépassement produit d'identités dans le capitalisme

Nous considérons que le prolétariat s'auto-abolit sur la base de son existence dans le capital, qui n'est plus confirmée dans le capitalisme actuel (ce que TC nomme "ce cycle de luttes"). "L'identité ouvrière", avec l'effondrement du programmatisme (la perspective communisme comme pouvoir ouvrier) ne se constitue plus en classe (pour soi, consciente d'elle-même se battant comme telle).

À cette contradiction essentielle s'ajoute celle de genre, en tant que domination masculine structurellement liée au capitalisme (Federici, TC, etc). L'identité de genre est donc à dépasser sur la base d'une reconnaissance de son existence, en relation avec la contradiction de classe.

Jusque-là je suis en phase avec Théorie Communiste (TC)

(à partir de là, je diverge de TC)

D'autres identités 'délétères' participent de la segmentation du prolétariat qui l'empêchent de trouver son unité, comme autrefois, et il ne la retrouvera plus en tant qu'"identité ouvrière", prolétarienne sur une seule base de classe.

Trois moments pour produire le dépassement des identités construites par le capital

Le mouvement de « dépassement produit » de la classe, du genre et d'autres identités construites dans le capitalisme, est dans son principe comparable, en trois temps historiques, ou trois phases de luttes (ce n'est que schématique, pas nécessairement chronologique, mais sur des rythmes temporels croisés)) :

- se reconnaître comme victime (esclave, prolo, femme, 'noir' 'juif', 'arabe', 'racisé.e', etc.)
- se battre sur la base de cette identité pour acquérir un pouvoir contre les maîtres dominants, comme ouvrier exploité (programmatisme), comme femme (féminisme égalitaire), comme 'noir' (Harlem Renaissance années 20, Négritude années 30-50, Nationalisme noir et décolonisation années 60, Black Panter etc.). Cela continue, exemple le PIR en France organisant en parti les 'Indigènes de la République'
- dépasser la lutte sur cette base identitaire pour se reconnaître un intérêt commun, disons de classe, comme particularités dans le prolétariat (prolétariat exploité/racisé/assigné au genre, à la nation...)

Ces trois moments existent et sont nécessaires, inévitables. Mon avis est qu'il faut les prendre en compte pour ce qu'ils sont, des contradictions. Avec un côté négatif, la segmentation, les luttes internes au prolétariat. Avec un côté positif, c'est sur cette base 'identitaire', parfois communautaire, qu'ils affrontent le capital parce que leurs identités sont construites par le capital. C'est se qui nécessite un moment transitoire d'auto-organisation, d'organisation autonome sur cette base, aussi bien pour les femmes que pour les 'non-blancs' en France par exemple, comme cela s'est produit aux Etats-Unis, en Amérique latine...

De toutes façons, dans la vie ya pas photo, une femme ouvrière ou employée, domestique ou chômeuse, ou un Arabe avec ou sans papiers, français ou immigré, n'ont pas besoin en France qu'on leur fasse un dessin théorique.

la race, le racisme


Robin a écrit:
- ce que tu entend dans une autre intervention par peut etre "contradiction de race", ou tout du moins "la race", comme aspect non pris en compte par le paradigme TC

Contrairement à TC, je ne pense pas que le racisme vienne « en prime dans ce clivage » ('où en sommes-nous... texte mis en ligne par Robin, page 5). Le racisme est historiquement, étatiquement, institutionnellement, structurel au capitalisme en France particulièrement. En ceci je partage une partie des analyses de Houria Bouteldja, mais ni la nécessité d'un parti citoyen des Indigènes, ni l'analyse sur le « sionisme », la definition d'un « champ politique blanc » etc. Je reconnais qu'il y a là une tentative d'auto-organisation sur une base raciale, je la prends comme telle, une nécessité transitoire...

La question de la race est singulière, car on ne peut à proprement parler de contradiction (« les races n'existent pas »). Elle est néanmoins constitutive du capitalisme à son origine (traite esclavage commerce triangulaire), et n'a cessé depuis d'y participer, historiquement, empiriquement, même s'il est difficile de construire en théorie un lien structurel à la classe. Avec le genre c'est plus facile (Black Feminism, Angela Davis Femmes Races Classes 1983, etc.). Silvia Federici l'évoque dans ses livres et textes, même si ce n'est pas le thème central de son approche 'féministe marxiste'.
Les dossiers que j'ai constitué sur cette question sont dans « abolir le racialisme »

le capital, structure et histoire quelle approche 'marxiste' ?


On définissait autrefois le marxisme comme matérialisme historique et dialectique. Je crois que la formule est plutôt d'Engels après la mort de Marx, avant de sombrer dans le diamat stalinien. Il me semble qu'avec une approche structuraliste de la dialectique, on tend à négliger l'histoire concrète et ses déterminations essentielles, parce que le lien à la structure du capital est extrêmement difficile à élaborer en théorie. Là encore seule l'histoire et le présent des luttes nous informent, pour la race, telle que Feredrici l'a montré pour le genre (Caliban et la sorcière).

antiracisme et combat des racisé·e·s

On peut observer une différence entre les combats antiracistes, qui peuvent être le fait de toutes sortes d'organisations, groupes ou personnes, et celui des 'racisé·e·s', dans la mesure où ils ne se battent jamais de façon abstraite contre le racisme, mais toujours à partir de situations particulières dans lesquelles ils sont exploités, dominés, stygmatiser... avec cette caractéristique aggravante d'avoir une couleur de peau différente, le plus souvent non blanche, considérée comme la couleur neutre à partir de laquelle les autres sont définis comme "Colored People" (pas seulement par Benetton).

Qui se dit 'antiraciste' parce qu'il "aime les noir·e·s" ne comprend pas qu'il les distingue sur la base de leur couleur de peau, et en ceci ne rencontrera pas nécessairement leur sympathie plus qu'un homme affirmant «j'aime les femmes », parce qu'il est surtout un bon macho. L'amoureux des noir·e·s pourra même être considéré par eux/elles comme 'raciste', car les assignant assignés à leur 'race' comme les femmes à un genre naturel : « On ne naît pas noir, on le devient »

Les luttes des 'racisé·e·s sont bien souvent des luttes de classes et des luttes féministes mêlées, du fait qu'ils sont une partie majoritaire des populations exploitées et dominées dans le monde sur ces critères mis en avant, et masquant leur caractère de classe. Pour autant ce n'est pas une raison pour ne pas les voir aussi comme lutte où la particularité raciale joue un rôle déterminant, comme médiation de l'existence de classe (c'est typique dans le mouvement de libération afro-américain qui n'est pas le seul "modèle", cf Amérique latine, Pays arabes, France...)

multiculturalisme et "communautarismes"


C'est pourquoi les discours multiculturalistes de gauche, et autres condamnation des communautarismes construit par le capitalisme, les Etats-nations, les continentalismes étatiques (européen pour ce qui nous concerne), ne sont qu'une manière de cacher (littéralement de voiler) la classe derrière la race. Dans ce petit jeu à la con, le pire (sic) est quand la riposte se construit sur la même distinction communautaire, de race, d'ethnie, de religion, sans porter expressément un caractère de classe (islamophobie de gauche voire d'extrême-gauche avec l'affaire du voile enfermant la communauté arabe dans son existence particulière).

Il nous appartient donc de décrypter en quoi des "communautarismes" relèvent de la lutte de classe, pour le pire et le meilleur.

la race comme base d'un combat identitaire à dépasser

En résumé, sur la race, je pense que les marxistes d'une façon générale doivent cesser de penser le racisme comme seulement un handicap à la 'conscience de classe', mais comme une identité particulière, comme d'être femme ou assigné à tel genre. La question posée est comment cela peut se tisser, se construire – c'est le sens de 'subjectivation révolutionnaire' – en relation avec l'appartenance de classe, qui seule permettra de produire le dépassement final, les abolitions de ces identités dans le processus de communisation.

Nombre de penseurs marxistes, notamment anglo-saxons, africains, sud-américains, indiens... se sont confrontés à cette question depuis plus de vingt ans, que ce soit sous la dénomination 'Cultural Studies' ou 'Intersectionnalité classe genre race'. En France il y a une résistance et un retard, mais ne désespérons pas, ça vient...

Cette question est l'objet de « critique du capital : des classes du genre et de la race, intersectionnalité, communs...  »

Identité communiste


J'interroge par ailleurs, depuis les années 90 "l'identité communiste". Je l'ai fait sur la base de mes désaccords avec le pcf, mais cela s'est reproduit quand j'ai cotoyé d'autres partis, organisation ou groupes, y compris communistes libertaires, anarchistes, communisateurs.

À partir du moment où l'on remet en cause la nécessité d'un parti ou d'une organisation, cela pose la question de ce qu'est "être communiste", relativement à l'existence sociale de prolétaire, à la perspective de son unité le temps de s'abolir, c'est à dire d 'auto-détruire son identité de prolétaire.

Quelle est cette nouvelle race d"hommes nouveaux", les "communisateurs" ? Cette identité est problématique, elle l'est déjà aujourd'hui autant que toute subjectivité militante.

l'identité de 'camarade' est aussi problématique que l'identité de parti


Je le résume en disant que je n'ai pas de solidarité particulière avec "des camarades" mais avec le prolétariat social, ce que j'appelle un "nous", un en-commun qui n'est pas militant, mais de masse, à viser

c'est le sens de ce 'nous' mon mini-manifeste le CAPITAL contre le vivant, le COMMUNISME pour la VIE

Identité d'individu

de même la communisation défait l'individu du capital sur la base de son existence dans, pour et contre le capital (sans quoi peronne ne se battrait, il n'y aurait pas plus de communisateurs que de révolutionnaires nulle part)

l'individu individualiste, égo-centré (égo-géré comme l'écrit Jacques Guigou) est appelé à se dépasser pour produire son individualité libérée dans la communauté post-capitaliste, ce qu'on met sous l'expression "relations immédiates entre individus"

cela relève du même processus d'ensemble de subjectivation révolutionnaire, dés-objectivation et dé-subjectivation, de son être dans le capital, en relation avec la défaisance des identités évoquées plus haut


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MessageSujet: dpasser les identités : une contradiction en mouvement   Mar 26 Mai - 14:47

après la parenthèse Guillon (dindon de la farce), Yves Coleman (poulet aux yeux morts), et sans parler du registre théorique au-dessus, Germinal Pinalie (le créole zoreille), revenons au fond, avec cette question qui, pour aussi pertinente qu'elle pourrait être, n'aura pas de réponse avant un certain temps, celui de voir comment évolueront les contradictions à l'œuvre dans les identités de luttes sous lesquelles apparaissent celles entre classes et sexes sociaux

en effet, depuis le texte du 18 juin 2014 abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus , toute ma thèse repose sur la possibilité que se produisent les dépassements de ces identités de luttes, parce qu'elles sont structuréeq à dominante par le capitalisme global et sa crise

nous n'avons aucune garantie que cela arrive, puisqu'il s'agit de contradictions complexes en mouvement, et que bien des événements viendront apporter leur poids dans un sens ou dans l'autre, relativement à la perspective communiste

le vrai débat, au niveau théorique, n'a pas commencé avec les seuls qui pourraient l'alimenter sérieusement, à savoir soit les théoricien.ne.s de la communisation, soit ceux/celles des colonialités/décolonialités. Nous avons quelques indices favorables dans les textes de Roland Simon "après Charlie", et les remarques précieuses de quelques commentateurs semblant intéressés par mes propositions théoriques

de fait, il faut, au-delà des petits rigolos du genre Coleman ou des benêts à la Claude Guillon, prendre en compte les arguments apparemment plus solides d'idéologues tels que Germinal Pinalie : voir ses textes et leurs commentaires tout aussi intéressants quant à ce que vaut son "marxisme" et sa référence à la classe ouvrière. Textes de Germinal Pinalie Médiapart

les titres sont à eux seuls tout un programme :

- Christophe Guilluy, la « culture » et l'identité des « autochtones »
- Face à Edwy Plenel, je suis Charlie
- Les identitaires de gauche, généalogie d'une dérive
- Les mots de Marx sont importants (sur La haine de la religion, de Pierre Tevanian)

autrement dit, Germinal Pinalie prend un parti, celui classique des dogmes marxistes que j'ai critiqué dans décolonialité, vue des 'marxismes' et 'anarchismes' dogmatiques... et la 'communisation' ?

de mon côté, je tente d'observer le cours des choses et de voir comment jouent ces contradictions en mouvement dans la crise du capital (particulièrement en Occident) et au sein des luttes y créant aussi des clivages : voir l'exemple des migrants confrontés au racisme ouvrier en Italie, donné avec le texte « le problème majeur auquel nous sommes confronté, c’est nous. » dans pour une intervention communiste, théorique et dans les luttes, sans attendre une « période révolutionnaire »

quand Angela Davis affirme « The refugee movement is the movement of the 21st century. It’s the movement that is challenging the effects of global capitalism. It’s the movement that is calling for human rights for all human beings », quand elle vient en Europe et en France apporter son soutien à des mouvements de racialisé.e.s, rencontrent des groupes de femmes et d'"immigré.e.s" dans les quartiers, qui peut sérieusement affirmer qu'elle soutient un combat communautariste et identitaire ?

il n'y a pas d'issue à se confronter un des Yves Coleman, fuyant et malhonnête autant que peu armé quant au fond et totalement coupé des réalités sociales des quartiers populaires, ni même à l'idéologue Germinal Pinalie n'argumentant qu'à charge, et pas moins nègre blanc, agent charliste pas même double, mais qui use de sa créolité comme caution antiraciste, lui dont les parents ont tout sauf un passé de souffrances aux Antilles, avec tout le respect que je porte à son père Pierre Pinalie en tant que linguiste, éminent spécialiste du créole de la Martinique

le débat sur le dépassement produit des identités de luttes doit donc, comme l'a été celui de la "race", être posé en termes de théorie sur la table de la théorie de la communisation, et comme activités communistes dans les luttes confrontées à ces questions, et là, dieu soit loué (pas les poulets), il existe des communistes de toutes les couleurs

afro

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MessageSujet: dépasser l'individu auto-centré, égo-géré... communisme et individualité   Mer 27 Mai - 12:11

toute la critique négative de l'individualisme (dans le capital, l'égo-centré, l'égo-centré... l'individualisme "révolutionnaire ou anarchiste) n'a d'intérêt que dans la perspective communiste des « individus immédiatement sociaux. Relations entre individus singuliers et groupes affinitaires qui ne sont plus chacun l’incarnation d’une catégorie sociale »

dans Activité de crise et communisation, en 2010, Bruno Astarian reconnaît qu'il y a un problème, et propose

Bruno Astarian a écrit:
III.3.3 – La question de l’individu :

Un des points qui complique la discussion sur la communisation est celui de l’individu. On insiste à juste titre sur le fait que l’abolition des classes fait émerger l’individu libre, directement social[11]. C’est la fin de la contingence de classe, qui signifie que l’individu est et fait ce que lui dicte son appartenance de classe. Cette contingence se décline de diverses façons (appartenance de boite, stigmatisation de quartier…). De façon générale, elle signifie que l’individu qui est là et qui fait marcher cette machine, qui soigne ce malade, etc., n’est en fait que la marionnette des institutions qui le définissent. Face à cette détermination, l’individu qui veut manifester sa particularité (ou qui, en raison des limites inévitables de cette « réification », doit le faire pour que le travail se fasse vraiment) apparaît comme une monade, comme un électron libre, dont la révolte, quand elle est purement individuelle, ressemble beaucoup à un caprice. Il dit « je ne suis pas un pantin, j’existe aussi à titre individuel », mais en fait ce n’est que très partiellement vrai car le capital a absorbé une grande partie de sa personnalité qu’il retrouve comme qualification intégrée à la machine, comme goûts personnels choisis dans des magasines, etc. Et quand il affirme sa personnalité, il dit des lieux communs ou se désocialise, parfois jusqu’à la folie.

11. Je ne considère pas (comme TC par exemple) que « individu social » soit une contradiction dans les termes. Tout dépend de l’individu et de la société dont on parle.

Or c’est souvent cet individu capricieux que l’on projette dans la réflexion sur le communisme, même quand on emploie l’expression marxienne d’individu social. C’est ce que j’ai fait parfois en affirmant haut et fort le principe de plaisir contre le principe de réalité pour dire que, dans le communisme, rien ne serait produit si les individus associés à cette activité n’y trouvaient pas leur compte de satisfaction personnelle. Face à cela, la critique réaliste et de bon sens a beau jeu de crier à l’utopie. Et elle propose des schémas organisationnels, avec règles et devoirs qui sont autant de garde-fous pour encadrer notre individu capricieux. Cela revient à restaurer l’économie. La discussion tourne en boucle.

Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut essayer de comprendre positivement ce qu’est l’individu du communisme. En fait, ce n’est pas entièrement mystérieux. Pour l’approcher, nous avons le prolétaire insurgé. Il s’agit du prolétaire tel qu’il se manifeste dans l’activité de crise, dans l’insurrection, et non pas du révolté dont je parlais plus haut. En effet, le propre de l’activité de crise est qu’elle nait d’un rapport interactif entre les individus prolétaires qui marque concrètement la crise (non pas l’abolition encore) de la contingence de classe.[...]

Malgré l’extrême brièveté de l’activité de crise, c’est le creuset où l’on peut entrevoir ce que pourrait être un individu libre et social, directement, personnellement.

c'est mieux que ne rien dire, et j'apprécie l'auto-critique d'un point que j'avais moqué, la culture des patates comme plaisir... : « Or c’est souvent cet individu capricieux que l’on projette dans la réflexion sur le communisme [...] C’est ce que j’ai fait parfois en affirmant haut et fort le principe de plaisir contre le principe de réalité. »

toutefois, l'inconvénient de cette approche de l'individu, comme de nombreuses thèses sur la communisation, c'est qu'elle ne part que d'une dimension de l'individu dans le capital, celle fondée sur la contradiction de classe. Partant uniquement de la lutte dans la crise avec la figure de «l'insurgé», il n'est pas possible de saisir l'auto-transformation des individus comme un dépassement produit des rapports sociaux inter-individuels dans le capital, qui ne sont évidemment pas réduits à des rapports de classes, ni de catégories particulières

l'individu n'est pas une abstraction isolée, il est l'ensemble de ses rapports sociaux, de généralité (classe, genre, race...), de particularités (Marseillais, grand blond, cul-de-jatte, etc.), et de singularités (inter-individualités, lui et les autres)

quand je parle de rapports sociaux inter-individuels, c'est en détournant Marx « l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux.» (6ème thèse sur Feuerbach). Nous avons relevé (TC, moi...) qu' essence humaine, avec son parfum essentialiste, opposé à rapports sociaux, donc construction historique et sociale, aboutissait à une contradiction dans les termes de cette thèse. Marx n'a vraiment pas soigné ce passage (vrai que les Thèses sur Feuerbach ne sont que des notes, un manuscrit...), puisqu'il semble poser l'existence de « l'individu isolé »

mais sans faire à Marx un procès, on voit ce qu'il a voulu dire : l'individu ne peut être « isolé » comme « abstraction », il est « l'ensemble de ses rapports sociaux », non comme « essence humaine », mais bel et bien comme être humain individuel en chair et en os.

nous avons là la clef du dépassement à produire de l'individu du capital, de l'individualisme y compris fantasmé "révolutionnaire", "anarchiste", qui ne sort pas de l'égocentrisme (on l'a vu avec Alain Jouffroy, et récemment avec Claude Guillon). Il est surprenant que Bruno Astarian, avec son « prolétaire insurgé dans l'activité de crise du prolétariat » n'ait pas pris garde que lui aussi, bien que la communisation soit tout sauf un caprice, « projette cet individu capricieux dans la réflexion sur le communisme »

avec cette clef, on peut rouvrir la porte de la subjectivation révolutionnaire. Aucune subjectivation ne peut se produire uniquement de façon collective, elle passe toujours par des sujets individuels, des subjectivations individuelles, même si elle n'en est pas la somme, ce qui est affaire de seuil, de la singularité à la généralité de classe, et donc question de passage de la quantité à la qualité, ou de cette qualité d'individus à sa quantité de masse

nous retrouverons ici "Marx, philosophe de l'intersubjectivité" de Jad Hatem (L'Harmattan, 2002), livre que j'ai prêté à un camarade (Flav) qui travaille sur cette question de l'individu face au capital, mais dont il faudra attendre les lumières pour en faire profiter la communauté du forum. Ah la la, pourquoi les camarades qui rêvent l'immédiateté des rapports sociaux sont-ils soucieux d'exister d'abord comme individus d'avant ?  Twisted Evil

voici une trace de nos échanges
Patlotch a écrit:
« à propos de l'abolition de l'individu [Petite discussion --] » et de métaphores conceptuelles en théorie communiste, 1er avril 2015

j'ai d'abord dit à Flav que je ne publierai pas ces notes parce qu'elle me semblaient de nature à nuire à sa crédibilité, et pouvoir être facilement démolies par Théorie Communiste dans le corpus duquel il cherche visiblement à « faire quelques trous pour y faire entrer ce qui [l']intéresse. » Ayant moi-même procédé ainsi naïvement des années depuis 2005, non seulement je m'y suis cassé les dents, mais je me rendais incompréhensible à qui pouvais suivre nos échanges (Meeting, liste Sic, dndf). Il m'a fallu près de 10 ans pour construire un ensemble théorique cohérent, ceci en inventant un minimum de « concepts propres », et si j'en ai recyclé quelques-uns de TC, je ne l'ai pas fait sur son terrain corpusculaire. Le risque à prendre était de franchir le pas d'une rupture théorique non seulement avec TC, mais avec l'ensemble des conceptions admises de la théorie de la communisation. Le gain était la possibilité de sortir de ses apories et contradictions internes

la discussion s'est engagée avec Flav sur la question de l'individu et de l'individualité, d'où l'idée de ressortir des notes de 2011-2012 que j'avais tenues à l'ombre (pour et par les individus). Avant ce texte, quelques remarques peut-être rapides tant que je n'ai pas en main un texte de Flav plus abouti

Flav évoque ses « propres concepts », et en l'absence de leur définition, je me garderai bien de les considérer inopérants. Je lui ai dit qu'il me paraissait bizarre de poser des concepts d'abord sans les fonder sur les réalités sociales, et de monter en abstraction vers une théorie dont le risque est qu'elle devienne, comme TC, une théorie en soi peut-être très cohérente, mais confrontée à l'impossibilité de «redescendre» sur terre, sur la terre du capital, des rapports sociaux et des luttes sociales

Flav : « Bien que je veuille bien admettre l'usage pratique, avec prudence, de la métaphore du monde comme renversé. Il en va éventuellement de même de l'usage de la métaphore du capital comme sujet automate ou du travail qui apparaît comme étranger à l'individu. En tant que ce ne sont que des métaphores; Tout dépend de ce qu'on cherche à dire

1) métaphores... métaphores des sciences dures aux sciences humaines

Flav évoque également des « métaphores », ce qui n'arrange pas son cas de théoricien ;-). Il me revient du début des années 1990 une émission de France Culture sur la psychanalyse avec Francis Bailly, que je connaissais un peu. Chercheur en physique du solide, il a travaillé sous la direction d'Ilya Prigogyne et entretitenait des relations d'amitiés avec Isabelle Stengers, philosophe des sciences. C'est par lui que j'ai pu exposer mes peintures au Laboratoire de physique du solide de Meudon-Bellevue; il disait de certains de mes collages qu'il avait vus chez moi : « nous sommes tous gestaltistes »

dans cette émission, Francis Bailly expliquait comment, en tant que physicien, il travaillait avec des psychanalistes qui utilisaient des « modèles » mathématiques ou physiques, tels que la « théorie du chaos » ou « l'effet papillon », comme métaphores pour penser la structure et le fonctionnement de l'inconscient, ou le déclenchement de psychoses, avec la notion de « conséquence causale ». Il rappelait que le modèle de Freud était la thermodynamique, et celui de Lacan la topologie, à chacun son époque...

dans ce cas, l'utilisation de la métaphore est cernée et limitée à ce qu'elle peut provoquer dans le domaine qui l'accueille, qui n'en continue pas moins à fonctionner dans son domaine sur sa propre base d'élaboration et de conceptualisation à partir de son terrain

2) métaphores poétiques, Aragon, Marx... et moi

naturellement, le poème utilise nombre de formes de rhétorique parmi lesquelles métaphore et métonimie tiennent une place de choix, participant de ce qu'Aragon appelle l'« ambivalence », cette sorte de polysémie ou de halo de sens qui permet au lecteur de recréer pour lui le poème œuvre-sujet dans une relation poétique. Ici, la poésie se distingue foncièrement de la science ou de la philosophie dans l'usage des affects, perfects et concepts (Deleuze-Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?)

personnellement, j'use d'un langage fleuri dont je sais qu'il parle à certain.e.s mieux qu'à d'autres, mais qu'il ne permet pas l'échange sur le terrain du langage théorique conceptuel. Nietzsche en philosophe-poète le faisait aussi. Marx aussi. Mais chez Marx, au-delà de son génie littéraire, l'usage en est soit de venir résumer et conclure par une formule bien sentie quelque chose qu'il a élaboré avant; par exemple dans la Critique de la philosophie du droit de Hegel en 1843 : « La religion est l'opium du peuple »; soit de palier un flou dans la rigueur théorique, par exemple dans le Manifeste du Parti communiste en 1847 : « les eaux glacées du calcul égoïste », qui ne s'explique en toute rigueur marxienne que plus tard, dans Le Capital

bref, il vaut mieux savoir où l'on met les pieds de la métaphore, dans un poème ou dans une théorie. Si « tout dépend de ce qu'on cherche à dire », cela dépend à qui on cherche à le dire. À mon sens trop de philosophes se sont exprimés dans un langage si singulièrement individuel qu'il n'y a guère que les spécialistes pour les comprendre, et jargonner entre eux quand ce n'est pas à tous vents. Marx invente, somme toute, peu de concepts, et ils sont beaucoup moins personnels que ceux de la plupart des philosophes, ceci parce qu'ils sont directement en prise sur ce dont ils parlent : la critique de l'économie politique, les luttes de classes, l'idéologie, etc.

revenons-en à Flav. Avant l'extrait qu'il cite, je lui avais suggéré le détour par Lucien Sève qui a travaillé toute sa vie sur la personnalité, la subjectivité individuelle, et pour qui l'individualité a plutôt un sens positif (individu vers le communisme) et opposé à individualisme (individu du capital). C'est plutôt en ce même sens que j'utilise « individualité » et je constate, ce n'est pas interdit, que ce n'est pas le cas de Flav, ce qui peut provoquer quelques incompréhensions, et suppose que chacun donne des définitions claires de ses « concepts propres » et de leur signification

tenir le fil rouge de l'individu de classe dans le capital, avec Marx et Sève

un des dadas de Sève, au moins depuis son « Marxisme et théorie de la personnalité» en 1967, est de rappeler que la phrase du Manifeste, « Le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous »  a longtemps "bénéficié" d'une traduction à l'envers, chez les stals et pas seulement « Le libre développement de tous est la condition du libre développement de chacun ». Il le rappelle encore en 2012 dans Aliénation et émancipation. Pas besoin d'être expert pour mesurer que dans la premier cas, la classe écrase l'individu aspirant à son développement, alors que dans le second, le but est l'émancipation de tous les individus. C'est donc toute la conception d'un marxisme contraire à Marx qui en découle, dont l'histoire a connu les effets, en pratique comme en théorie, de Staline à Roland Simon

en effet, c'est un peu comme ça que peut s'interpréter la vision que Théorie communiste se fait de « l'individu du capital », en déduisant qu'« il ne faut jamais partir du personnel », et que les attaques de Roland contre moi personnellement peuvent s'expliquer : Patlotch serait, in fine, en poète égotiste, incapable de s'élever au niveau des intérêts collectifs de la classe. On a vu comment RS se noie, lui comme ses adversaires préférés au sein de la théorie, dans les eaux glacées du calcul égotiste, dans la concurrence, la jalousie et la déloyauté

pour moi, l'expression paradoxale* de Marx « l'essence humaine, c'est l'ensemble des rapports sociaux » (Idéologie allemande), peut se penser au niveau individuel : je suis l'ensemble de mes rapports sociaux. C'est la clé d'une compréhension de "l'individu du capital" et la clé de son ouverture :  « Je suis des autres », que j'ai proposé en 2004 en renversant Rimbaud « Je est un autre »

* le paradoxe tient au fait que ce qui est « l'ensemble des rapports sociaux » ne peut être une essence, puisque cela revient à essentialiser l'être humain, et la phrase appartient à l'époque où Marx n'est pas encore complètement sortie de l'humanisme-théorique

ne pas théoriser en posant ses concepts a priori

autre point de Flav sur lequel je reviendrai ultérieurement « Question ouverte : Comment l'implication réciproque individu-capital est elle en même temps implication et auto-production des individus entre eux ? Ou ce qui revient au même : Qu'est-ce que l'implication réciproque individu-capital ? »

comment peut-on poser une question ouverte à partir d'un concept dont on ne sait pas ce qu'il est ? Cela me paraît le comble d'une démarche inversée, où l'on part du feeling d'un parallèle ou d'une métaphore (ici avec l'implication réciproque prolétariat-capital) pour chercher ensuite ce qu'il signifie. On peut tout reprocher à RS/TC, mais sûrement pas d'avoir sorti des concepts de son chapeau sans les avoir mûris des années avant

bref, j'ai donc interpellé Flav sur les risques qu'il prenait de perdre sa crédibilité de théoricien avant même d'avoir proposé un ensemble tenant la route, et à sa question « dois-je craindre TC à ce point ? » j'ai répondu - « "craindre", non, mais "à ce point", oui », considérant d'une part que le problème n'est pas ou plus de théoriser avec/contre TC, mais de le faire d'abord pour soi, et ici, ce que Flav doit craindre le plus, c'est lui-même, sa précipitation, et comme moi son impatience à exposer quelque chose de non abouti. Autant faire profiter de ses erreurs...

quant à ma manière de « théoriser », si elle fut difficile à suivre ces dernières années, c'est qu'il faut lire, toutes proportions gardées, mes travaux davantage à la manière des Grundrisse que du Capital. KB Anderson, dans Marx aux antipodes (p. 239), dit que « Dans la mesure où c'est un document de travail et non un écrit finalisé, le lecteur peut, selon l'expression heureuse de l'historien britannique Eric Hobsbawm, « suivre Marx dans le cheminement de sa pensée » »

Flav a écrit:
Patlotch « j'y vois la préfiguration d'une individualité dépassant ce qu'a pu en dire Sève, sans poser la nécessité comme Flav d'une « abolition de l'individualité ». L'être humain, jusqu'à preuve du contraire, se définira toujours par un corps séparé physiquement de celui des autres, du moins tant que le trans-humanisme du capital ne produira pas des collages de monstres bio-technologiques. »

Je ne suis pas sûr que le fait d'être défini "par un corps séparé physiquement de celui des autres" soit identique au fait d'être un individu. C'est en tout cas ce que je cherche à mettre en doute.

L'individu : Qu'est-ce que l'indivisibilité, déduction par l'absurde :

Si on considère que l'individu n'a pas toujours existé, l'humain d'avant était-il pour autant un "collage de monstres bio-technologiques" ? Si on considère l'individualité comme réponse à un problème historiquement spécifique (du pré-capitalisme à aujourd'hui), comment la voir autrement que comme le contraire de ce qu'elle prétend être : une division, une dissection rationaliste de "l'être humain", la transformation du corps en machine? On pourrait aussi considérer le communisme comme l'avènement de l'individu réellement non divisible, alors même que la révolution suppose une pleine mesure de cette divisibilité pour abolir enfin la division! Donc ça ne tient pas non plus. Il reste la possibilité que pour parler de la condition naturelle de l'humain le terme d'individualité est trans-historiquement adéquate. Mais sur quoi se fonder? Les soit-disant individus des communautés soit-disant primitives ne sont-ils pas "indivisibles" que dans le but de satis-faire la bonne con-science de ceux qui tout en les disséquant cherchent en eux leur propre reflet? (dans une eau trouble désormais polluée)

Dans la mythologie égyptienne, Satis (ou Sati) est une déesse associée au Nil et à ses cataractes. C'est la fille de Ré, le soleil.

Son nom, qui vient de setji (semer, répandre) et signifie « Celle qui répand », la confirme dans la fonction de celle qui répand les eaux que son époux, Khnoum, a fait jaillir [...] Si Satis est surtout représentée anthropomorphe, il semblerait que, très anciennement, elle ait été vénérée sous forme d'antilope ou de bubale, dont sa couronne Hedjet pourvue de deux cornes est la réminiscence. (Wikipedia, Satis)

Le "secret" de l'individu : L'indivisibilité suppose la dividualité. Ou l'individu comme sécrétion du dividu.

Je vais faire mon TCiste: Considèrons malgré tout que l'individu existe réellement. (J'ai intérêt à le faire pour montrer qu'il existe tout de même une unité des "membres" dans la société - et pour exprimer cette unité quoi de mieux que de la prendre au maux) :

On doit donc décomposer la subjectivation individuelle comme un double processus de division (1 - dividuation) et de son nécessaire rétablissement, comme activité essentiellement revendicative, de son unité propre, une sorte de restabilisation (2 - individualisation):

"Si je prétends être indivisible cela ne signifie pas que je ne sois pas divisé (transformation des corps en machine), mais que j’ai besoin de le prétendre. Cette revendication à l’unité individuelle est une loi fondamentale de mon auto-production, telle qu’elle est historiquement spécifique et qu’elle n’existe que précisément du fait qu’il y’a division dans le procès de mon auto-production. Il n’y a donc pas d’immédiateté de l’individu, l’individu étant essentiellement médiation. Le communisme peut quant à lui être immédiat à ses membres, mais pas à des individus. Mon auto-production est un double-procès de dividuation et d’individualisation. Il n’y a pas l’un sans l’autre, et le deuxième donne sens au premier."

Je cherche aussi à souligner que si la médiation identitaire disparaît, la problématique de l'indivisibilité, c'est à dire "l'individualité" disparaît dans un même mouvement.

La sécrétion de l'individualité, telle qu'elle n'est pas une activité également accessible à tous, ne se présente pas pour tous de la même manière (subalternéité, bénéfices secondaires, répartition de ces bénéfices comme rôles sociaux/"places" sociales...)

Je suis peut être en plein délire, mais cette conception, qui manque peut-être encore de clarté, m’apparaît d'abord comme un outils de synthétisation efficace des rapports humains dans le capital et avant (probablement depuis l'avènement de la marchandise), mais aussi comme une provocation. Je cherche à mettre (presque? je ne voudrais pas aplatir la réalité) au même plan les sociologues de l'individu (comme chercheurs permanent d'une restructuration sociale), les "économistes du désirs" (foucaldiens ou autres), et les économistes tout court. En posant l'individu comme je le fais, je tente de déstabiliser le confort des savants de l'individu qui voudrait en faire une question à part entière, comme en dehors des rapports de production et de reproduction. Le processus de dividuation comprenant notamment celui de division du travail et de sa reproduction, j'interdis du même coup qu'on puisse, par une affirmation de l'individu, s'en servir à des fins démocratistes ou programatiques en le dégageant des classes, des genres, et de toutes ses manifestations particulières et historiques. De plus, cela me permets de m'isoler pleinement des pièges de "l'homme total" ou de "l'être générique".

Ensuite je pose une identité entre capital, "auto-présupposition du capital", et "Etre générique", comme un ensemble mondialement articulé (d'une manière pas forcément déjà cohérente, c'est à dire pas nécessairement déjà "réellement" dominante) d'individualités abstraites, faisant face aux individus concrets par des mesures toutes aussi concrètes (mesures capitalistes).

Enfin, après avoir ajouter cette dimension d’emblée "subjectivante" du capital, il n'y a plus qu'a faire l'intégrale de la loi de la valeur dans une loi du mérite par laquelle circule (au delà de l'échange) de l'individualité abstraite, dominée par du travail abstrait. La domination du travail abstrait s'effectue comme domination de l'échange en tant que forme de reconnaissance sociale suprême, et comme valorisation sociale de l'activité de production sur l'activité de reproduction. (Tu apprécieras sans doute que je distancie identité féminine et reproduction sociale sans pour autant prétendre à une absence de liens entre les deux... Il reste à bâtir...)

Je tente de solidariser, aux niveaux les plus "élémentaires" le fond et la forme, pour renverser cette idée que le monde est réellement renversé (j'trouve que ça fait complot/révélation). Alors que l'individu est plus une sécrétion qu'un secret à "révéler". Bien que je veuille bien admettre l'usage pratique, avec prudence, de la métaphore du monde comme renversé. Il en va éventuellement de même de l'usage de la métaphore du capital comme sujet automate ou du travail qui apparaît comme étranger à l'individu. En tant que ce ne sont que des métaphores; Tout dépend de ce qu'on cherche à dire.
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MessageSujet: on ne peut réaliser la théorie sans la supprimer   Mer 27 Mai - 15:17

il y a naturellement, de ma part, un certain jeu avec le feu individuel qui me brûle d'intervenir, que je le veuille ou non, à titre personnel

d'une part, à la différence de beaucoup d'autres, c'est le sachant en tentant de le mettre à distance, principe brechtien de la distanciation, emprunté aux "religions-philosophies" d'Extrême-Orient. A cet égard, le forum est comme le théâtre où je mets en scène les personnages multiples qui me composent, jusqu'à vouloir détruire l'individualisme en moi. Le procédé prolonge mon écriture de LIvredel ou mes collages et autres tressages et transferts, voulant dépasser la posture del'écrivain, de l'artiste ou du poète, selon l'injonction de Lautréamont : « La poésie doit être par tous, non par un. »

la théorie aussi jusqu'à vouloir, sinon s'auto-détruire, s'enliser tant et bien dans un intellectuel organique (Gramsci) ou mieux dans les luttes auto-théorisantes dont j'ai tenu à faire un concept central

Roland Simon l'a bien vu, dans Théorie du communisme – VoLume 1 : Fondements critiques d’une théorie de la révolution, 2001

Roland Simon a écrit:
tout Fondements est une raison d’être. La raison d’être de ce premier volume est que toute production théorique doit commencer par se mettre en abîme, par être sa propre théorie. Il ne s’agit pas de se regarder le nombril.

mais, pour un ensemble de raisons sur lesquelles je ne reviens pas ici, je crois qu'il s'y est abîmé, et qu'il le sait

la logique infernale de ce forum, dans la mesure où je refuse d'écrire un livre (voir Les habits neufs de la communisation ? Pourquoi pas un livre ? n'aboutirait-elle pas à condamner la théorie même, en tant que restée malgré elle du côté de la philosophie antérieure à la 11ème Thèse sur Feuerbach « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer

oui et non. Le Livre, ici, a les mêmes qualités et défauts que le fantasme de Mallarmé, ou plus encore de Paul Valéry, qui « a mis - forfait inexpiable - la poétique au-dessus de la poésie. » (Cioran, Valéry face à ses idoles, 1970, œuvres quarto p. 1565). Roland Simon n'a-t-il pas commis le forfait inexpiable de mettre sa théorie au-dessus ce celle produite collectivement dans le mouvement du communisme, critiques intellectuelles et luttes mêlées ? Dans ce cas, il en serait la première victime, ainsi que ceux qui l'ont suivi comme leur unique maître à penser

le livre de la communisation comme perspective du communisme comme mouvement, il est ici livré, autant que possible, dans toute son ampleur, et comme le rêve de Mallarmé, il est impossible à réaliser, en théoricien concernant la communisation, en poète concernant Mallarmé et plus encore Valéry, « puisque Le Livre ne pouvait être que l'œuvre d'un philosophe », comme l'écrit encore Cioran (p. 1568), voyant Un coup de dé jamais n'abolira le hasard comme une « magnifique impasse ». Je donnerai sur mon blog de photos de ces pages de Cioran, d'une terrifiante lucidité, quand il ajoute, à propos de Valéry : « Le Livre n'eût put être que système, système total. » (p. 1563). Et c'est précisément ce que Théorie communiste a voulu faire en groupe théoricien : un système équivalent intellectuel du monde réel, qui n'est pas un système

il faut, malgré la difficulté, de lecture et de connaissances d'abord, de compréhension dialectique et complexe ensuite, de langage parfois, il faut tenir absolument le non-livre de la communisation, comme ouvert à l'infini de ce que le font ceux qui ici l'écrivent, bien au-delà de ma seule personne, et même si, par leur absence (à l'exception de quelques participants), je ne fais que les inviter, qu'en faire des « invités » avec ou sans leur assentiment individuel

alors nous mettrons véritablement la théorie en abîme, et la philosophie se réalisera de n'être plus philosophie, à condition, contre l'affirmation de Roland Simon, de ne pas en rester à « être sa propre théorie »

dans le passage ci-dessous de la Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel (1843)on peut alors sans inconvénient remplacer "philosophie par "théorie"

Marx a écrit:
En un mot : vous ne pouvez supprimer la philosophie sans la réaliser.

La même erreur, mais avec des facteurs inverses, fut commise par le parti politique théorique, qui date de la philosophie.

Dans la lutte actuelle, ce parti n'a vu que la lutte critique de la philosophie contre le monde allemand ; et il n'a pas considéré que la philosophie passée fait elle-même partie de ce monde et en est le complément, ne fût-ce que le complément idéal. Critique envers son adversaire, il ne le fut pas envers lui-même : il prit, en effet, comme point de départ, les hypothèses de la philosophie ; mais, ou bien il s'en tint aux résultats donnés par la philosophie, ou bien il alla chercher autre part des exigences et des résultats pour les donner comme des exigences et des résultats immédiats de la philosophie, bien qu'on ne puisse – leur légitimité supposée – les obtenir au contraire que par la négation de la philosophie telle qu'elle fut jusqu'ici, c'est-à-dire de la philosophie en tant que philosophie. Nous nous réservons de donner un tableau plus détaillé de ce parti. Son principal défaut peut se résumer comme suit : Il croyait pouvoir réaliser la philosophie, sans la supprimer
.

en relation : sur le 'théoricisme' : "Théoriser en théoricien.ne" vs "Théoriser en communiste" ?
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MessageSujet: « Ni l’Un, ni l’Autre mais quelque chose d’autre au-delà »   Mar 21 Juil - 2:38


« Ni l’Un, ni l’Autre mais quelque chose d’autre au-delà »



Citation :
Salué aussi bien par Edward Said que par Toni Morrison ou J. M. Coetzee, Homi K. Bhabha est l'un des théoriciens les plus importants et les plus influents du postcolonialisme. S'appuyant sur la littérature, la philosophie, la psychanalyse et l'histoire, il invite notamment à repenser les questions très actuelles d'identité et d'appartenance nationales ; à dépasser, grâce au concept très fécond d'hybridité culturelle, la vision d'un monde dominé par l'opposition entre soi et l'autre ; à saisir comment, par le biais de l'imitation et de l'ambivalence, les colonisés introduisent chez leurs colonisateurs un sentiment d angoisse qui les affaiblit considérablement ; ou encore, plus largement, à comprendre les liens qui existent entre colonialisme et globalisation.

« Aucune discussion sérieuse sur le postcolonialisme n'est concevable sans se référer à Monsieur Bhabha. » Toni MORRISON


Wiki a écrit:
D'origine indienne, Homi Bhabha fait partie des élites sociales et intellectuelles de son pays d'origine. Après des études de littérature anglaise, il obtint un diplôme à Oxford. Ensuite, il entame au cours des années 60 et 70 une carrière universitaire en Angleterre, puis aux États-Unis, tout en voyageant en Europe et en Asie. Il enseigne à Harvard depuis 2001 et vit principalement aux États-Unis.

Au côté d'autres penseurs comme Arjun Appadurai ( à qui il est souvent associé ou comparé), il élabore une théorie postcoloniale influente en articulant les pensées de Jacques Derrida, de Jacques Lacan, de Michel Foucault, et surtout, d'Edward Said. Dans son œuvre et ses articles, il n'hésite pas à articuler plusieurs disciplines des sciences sociales et humaines, notamment la littérature anglaise, l'anthropologie, la sociologie, l'histoire, la géographie, la philosophie et la psychanalyse.

Son œuvre est très lue, critiquée et commentée par les jeunes anthropologues, ethnologues et sociologues des années 2000. Il est abondamment cité dans la littérature grise en langue anglaise, allemande, française, espagnole, portugaise ou italienne.

Ses deux principaux ouvrages sont traduits dans de nombreuses langues.

Avec Gayatri Chakravorty Spivak et Edward Said, Homi Bhabha fait partie de la triade des théoriciens et critiques postcoloniaux les plus influents sur la recherche contemporaine.

à propos de Homi Bhabha
dans Alter, inter : académisme et postcolonial studies Laurent Dubreuil Labyrinthe 2006

L’intervalle subalterne

Laurent Dubreuil a écrit:
11
Ces problèmes, en revanche, se trouvent au cœur de la démarche de Homi Bhabha. L’autreté est recherchée de telle sorte que la reconstitution d’un sujet plénier (fût-il autre) soit impossible. Dans The Location of Culture, la maxime « Ni l’Un […] ni l’Autre […] mais quelque chose d’autre au-delà » (cf. LC, 28) repousse le simple renversement identitaire comme l’altération et pose la nécessité d’un pas en supplément. Le passage par les frontières conceptuelles implique une identité fracturée qui ne se contente pas de l’empirique étrangeté prédiscursive. L’au-delà postcolonial, qui se nomme l’hybride, « conteste les termes et les territoires de » l’un et l’autre (ibid.). Cette position, Bhabha la veut théorique et pratique[/b]. Il glose ainsi l’Un et l’Autre par des références aux luttes politiques (respectivement « classe ouvrière unitaire » et « les politiques des sexes »). « L’engagement pour la théorie » qui donne le titre du premier chapitre reprend à son compte la volonté marxienne d’un changement du monde par la philosophie. La célèbre citation de Marx figure d’ailleurs en bonne place dans Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon10, l’un des penseurs cruciaux pour la réflexion de Bhabha. Penser l’hybridation aiderait à reconfigurer les rapports politiques entre les mondes, les peuples et les sujets. L’ouverture à l’excès dans la dynamique identitaire fait reconnaître une « différence culturelle [comme] le processus de l’énonciation de la culture » (LC, 34). Bhabha sépare ici la différence culturelle de la cultural diversity, fondée sur la circonscription de « contenus et de coutumes pré-donnés » (ibid.). Au contraire, l’identité subjective, la culture sont envisagées dans le mouvement d’une parole qui change le locuteur. L’enjeu politique se traduit alors par une phrase : « La reconnaissance théorique de l’espace éclaté de l’énonciation peut ouvrir la voie à la conceptualisation d’une culture internationale, fondée non pas sur l’exotisme multiculturel de la diversité des cultures, mais sur l’inscription de l’hybridité de la culture » (LC, 38). La bataille pour « la différence des autres cultures » est reléguée au rang des « stratégies théoriques qui sont nécessaires pour combattre “l’ethnocentrisme” » (LC, 70) ; mais, sous son avatar relativiste ou indigéniste, elle loupe « l’excès de signification » qu’est « l’autreté » (ibid.). Autreté plutôt qu’altérité. Le terme de Bhabha, otherness, est un peu moins rare que le mot français que je lui associe ; il n’en reste pas moins guère usité. Je choisis le néologisme afin de souligner la recherche lexicale de Bhabha et sa volontaire mise à distance de alterity (altérité) ou strangeness (étrangeté). Il est à noter qu’en 1936, Antonio Machado, forgeait le néologisme d’otredad (autreté) afin de désigner une hétérogénéité de l’être, une ouverture du sujet à l’Autre11. Le concept sera repris par Octavio Paz : comme « l’autreté est dans l’homme même 12 », par la « révélation poétique », Je devient capable d’être un autre. Pas complètement inconnue dans une langue romane proche, l’autreté entretient donc bien des rapports avec la fracture du même par l’otherness, aux confluents de la parole et de l’éthique.

12
Que les propos théoriques de Bhabha se transcrivent aisément en mots d’ordre politiques resterait à voir. On peut du moins accorder à Bhabha la recherche du politique dans le faufilage de son texte. L’autre (post)colonial se fait international : l’hybride se reconstruit alter dans un inter-espace. L’analyse de la différence culturelle doit ainsi recourir à une « transformation interdisciplinaire et discursive » (LC, 163). L’interdisciplinarité n’est point confondue avec un pluriel, « ce n’est jamais simplement une harmonieuse addition de contenus ou de contextes qui augmente la positivité d’une présence disciplinaire ou symbolique, donnée d’avance » (ibid.). Elle repose plutôt sur les intervalles entre savoirs, elle crée de nouvelles fêlures qui désorganisent l’architecture. On n’imagine pas The Location of Culture se séparer en plusieurs parties, nommées « Philosophie » ou « Histoire ». Au contraire, Bhabha reconnecte de manière originale Lacan et Walcott, Fanon et Lévi-Strauss, etc.

13
Cette pratique de l’excès disciplinaire dans la forge d’un nouveau sens se présente comme une obligation pour l’expression épistémique de l’hybridation coloniale. Le lien entre interdisciplinarité et sujet postcolonial est si intense qu’il demande un bref exposé de l’argumentation de Bhabha sur l’ouverture de l’identité. « The Other Question » (question de l’Autre et questionnement autre) est posée par la colonie. Les indigènes se retrouvent dans une situation complexe où le pouvoir central les agrège à un corps national, dont ils sont parallèlement exclus. Les colonisés se rattachent à l’empire, alors que leur différence (statutaire, raciale) est en permanence marquée. Bhabha trouve dans ce doublethink (pensée double, LC, 111) colonialiste les germes d’une modification imprévue. Par la loi et le simple quotidien, les indigènes face aux colons sont « presque le même mais pas tout à fait » (LC, 89 et passim), ou encore « moins qu’un et double » (LC, 97 et passim). L’ambivalence colonialiste produit un écartèlement, qui a aussitôt un grand retentissement. Car, pour Bhabha, le double registre réalise l’impasse du discours colonial, et son incapacité puriste à penser la réalité qu’il met en place. Je ne jurerais pas que l’événement de la contradiction soit si périlleux pour le colonisateur ; mais j’y reviens bientôt et retourne pour l’instant à l’argument du livre.

14
L’hybride fait fond en cette sommation impossible (moins que l’un et double). Il y puise la force d’une logique autre, qu’il parle comme nativement. Il s’ensuit un sujet du discours qui réévalue les oppositions binaires, les hiérarchies, les puretés impures. Le fait est toujours processuel. Le postcolonial ne procède pas d’une réunion ou d’une synthèse d’éléments préexistants. Il se forme par un discours dont l’effectivité ruine les oppositions. Il imite le colonial, comme on le lui demande. Mais en imitant, il contrevient également au désir solitaire du colonisateur : la ressemblance, parfaite et pourtant interdite, donne lieu à une autreté qui n’est pas l’altération, qui doit être sans cesse continuée dans l’avenir d’une identité. Avec la mimicry, Bhabha traverse les textes de Lacan sur le miroir et l’identité. Il essaie de poser une imitation dérangée, dérangeante, qui ne soit pas le mimétisme colonial du bon Noir faisant comme le Blanc. La légende du psittacisme est rendue à la virulence d’une imitation tirant sa puissance des règles d’imperfections qui l’enserrent.

10 Paris, Seuil, 1971, p. 13.
11 Manuel et Antonio Machado, Obras Completas, Madrid, Editorial Plenitud, vol. II, 1967, p. 1120.
12 Voir El Arco y la Lira, Mexico, Fondo de Cultura Economica, 1956, p. 173.




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MessageSujet: une conscience contrapunctique   Mar 21 Juil - 3:08


une conscience contrapunctique


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Edward W. Saïd, Reflections on Exile, p.186

Edward W. Saïd a écrit:
La plupart des gens ont principalement conscience d'appartenir à une seule culture, un seul cadre, une seule patrie; les exilés ont conscience d'au moins deux cultures, et cette pluralité de visions donne naissance à une conscience de dimensions simultanées, une conscience qui, pour emprunter une formule à la musique, est contrapunctique. Pour un exilé, les habitudes de vie, d'expression ou d'activité dans son nouvel environnement se constituent inévitablement par opposition au souvenir de ces choses vécues dans un autre environnement

je découvre cette idée d'Edward Saïd, citée par Christopher Bollas en introduction à la conférence FREUD et le MONDE EXTRA-EUROPÉEN

elle me convient d'autant que je l'ai déjà pensée, non en tant qu'exilé moi-même, ni comme vivant avec une personne qui vit quotidiennement cette double culture (japonaise et française), mais par le rapport que j'ai établi dans mon approche de la guitare, à l'époque où je travailler une technique de contrepoint (voir in La guitare jazz comme un piano, histoire et techniques



on peut considérer que le "fonctionnement" de ce livre-forum, son écriture comme sa lecture, relève aussi d'une approche en contrepoints, et même si je tiens par trop toutes les voix, ce sont encore et toujours celles des autres...

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MessageSujet: Yves Coleman, agent ultragauchiste de l'Occident capitaliste   Mar 21 Juil - 19:58


Yves Coleman, agent ultragauchiste de l'Occident capitaliste

en contrepoint, du flic néo-cons sioniste infiltré dans les réseaux anarchistes français, le demi-négro "Color-Blind" sous-idéologue franchouillard Yves Coleman

Combattre l’influence néfaste des sous-produits politiques du postmodernisme, du postcolonialisme et des « études subalternes »

pour info, les études post-coloniales et subalternes, dans leur origine marxistes, sont aussi une critique des philosophes post-modernes, il suffit de lire ce qui dit Gayatri Spivak de Deleuze, et au contaire, de Derrida...

Coleman a écrit:
Comme il [Chibber] le souligne, nous assistons depuis une trentaine d’années, à la plus grande offensive internationale jamais coordonnée tentant de nous faire croire que les catégories scientifiques issues du foisonnement des Lumières (des notions comme le capital, les classes sociales, la rationalité et l’objectivité) s’appliqueraient au monde « occidental » mais pas au monde « non occidental ».
Chibber ne dit pas ça, parce qu'il n'est pas stupide au point de penser que les Lumières auraient critiqué un Capital qui n'existait pas et des classes sociales du capitalisme qui n'étaient pas nées en tant que telles. Les études post-coloniales ne disent pas que la critique du capital ne s'applique pas au monde non-occidental, mais justement, à leur origine issue du marxisme, le contraire : Raymond Williams, Stuart Hall lecteurs de Marx, Gramsci, Althusser, le Black Feminism marxiste...

Yves Coleman a écrit:
On retrouve ce discours dans la bouche des Indigènes de la République qui expliquent qu’ils ne sont « ni de droite ni de gauche », parce qu’ils pensent ( ?!) avec des catégories non occidentales...

moi non plus je ne suis ni de gauche ni de droite, pas plus que tous les partisans de la communisation, en tant qu'ils critiquent la démocratie politique (ce que ne fait pas, au demeurant le PIR...), mais ce sont bel et bien des catégories occidentales, et plus spécifiquement française, depuis la Révolution française, depuis Proudhon contre Marx, le PCF mariant le drapeau tricolore avec la faucille et le marteau contre l'internationalisme prolétarien dans lequel YC voudrait faire croire qu'il s'inscrit encore

bref, Yves Coleman, au lieu de trouver dans les études Post-Coloniales et plus encore dans les travaux sur la décolonialité, leur essence foncièrement anticapitaliste, les tord de telle façon qu'il en efface toute trace, de même qu'il procède, par mensonges, omissions et amalgames, avec l'antisémitisme de gauche, tout en alimentant les thèses, bien capitalistes celles-là, du sionisme prenant les Juifs en otage pour assurer la présence du capital occidental en Orient, via Israël :

Citation :
La supériorité militaire d’Israël, priorité absolue des USA  Israpresse



Le ministre de la Défense, Moshé Yaalon, et son homologue américain, Asthon Carter,
en Israël le 20 juillet 2015. Crédit : Ministère de la Défense


Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a réitéré que la sécurité d’Israël et sa supériorité militaire sont une priorité absolue pour l’Amérique. lors d’une conférence de presse tenue lundi après-midi avec son homologue israélien Moshé Yaalon au ministère de la Défense à Tel-Aviv.

M. carter est le premier dignitaire américain se rendant en Israël depuis l’accord nucléaire conclu entre l’Iran et les grandes puissances il y a six jours Vienne.

« La sécurité d’Israël et sa supériorité militaire sont une priorité absolue pour l’Amérique, pour notre armée, et pour moi » a t-il affirmé

Il a ajouté que l’alliance entre Washington et Jérusalem n’a « jamais été aussi forte. »

« L’intensité des relations sécuritaires entre Israël et les Etats-Unis est sans précédent, tout comme entre le Pentagone et le ministère de la Défense, entre nos forces armées, entre nos agences de renseignements et nos industries de Défense », a pour sa part déclaré Moshé Yaalon, qui a néanmoins rappelé l’opposition ferme de Jérusalem à l’entente entre l’Iran et les grandes puissances.

« Israël est la pierre angulaire de la stratégie américaine au Moyen-Orient ».

M. Yaalon avait pour sa part rappelé « les valeurs et les intérêts communs » entre son pays et Washington.

Les Etats-Unis allouent chaque année à Israël trois milliards de dollars en aide militaire.

M. Carter est arrivé en Israël dimanche soir afin de rencontrer le Premier ministre Binyamin Netanyahou et M. Yaalon. Il avait alors déclaré qu’il ne comptait pas convaincre les dirigeants israéliens sur l’accord concernant le nucléaire iranien, mais allait souligner le fait que celui-ci permet à Washington d’assurer sans limite la sécurité d’Israël et des alliés arabes des États-Unis.

Il avait précisé que l’administration Obama se réserve le droit d’utiliser la force militaire contre l’Iran si nécessaire, bien que l’accord nucléaire vise à éviter ce scénario par une résolution diplomatique du problème.

E.L

Yves Coleman, de souche petite-bourgeoise métis de parents immigrés des USA en France, maman bourrée de thunes, se sert de sa couleur de peau pour soutenir les thèses du maître blanc moderne, planqué derrière une critique du capital qu'il n'a fait nulle part, et une aura d'anarchiste qui n'a fait que draguer les manifs de sans papiers depuis qu'il a été viré de LO, où son comportement dans les quartiers et aux portes des usines annonçait ce qu'il est aujourd'hui : un flic de l'idéologie française

même blanc, je suis mille fois plus nègre qu'Yves Coleman, traître à sa race, pas à sa classe, car prolétaire, lui ne le fut jamais, ni ses potes Guigou et Wajnsztejn, ni Claude Guillon, ni ceux avec qui ils aiment échanger, en culotte de soie, entre soi, Anselm Jappe et Clément Homs de la Wertkritik, tous du côté de l'antisémitisme obsessionnel, tous du côté de l'idéologie dominante depuis 1948, qui a changé le juif errant en juif citoyen d'un Etat-Nation raciste, colonial, pour les beaux yeux du capitalisme occidental : celui qu'ils ne critiquent nulle part, préférant voir l'antisémitisme dans la critique des banquiers juifs (Wajnsztejn), les mêmes qui ont soutenu Hitler, les mêmes qui ont armé le régime sud-africain de l'apartheid jusqu'au bout, contre Mandela précisément (lire Plumelle Uribe, La férocité blanche , Des non-blancs aux non-aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos jours

Citation :
A première vue, le titre semble excessivement polémique. Il serait pourtant dommage de passer outre, car l'analyse développée par Rosa Amelia Plumelle-Uribe est des plus stimulantes.

L'auteur, au fil d'une première moitié du livre, décrit les politiques de discrimination raciale qui légitimèrent, pendant plus de quatre siècles, des génocides dont l'ampleur reste inégalée (extermination des Amérindiens, déportation et esclavagisme des Noirs africains). Et de souligner que les politiques et législations, américaines ou européennes, firent que des « gens ordinaires », au demeurant bons chrétiens, assistèrent aux pires atrocités sans réagir.

Apparaissent, au fil de la démonstration, les termes récurrents aux analyses de la barbarie nazie. Et l'auteur de développer sa thèse : le nazisme n'est pas un fait isolé, mais l'aboutissement logique d'une idéologie de discrimination raciale longtemps défendue par les législateurs et les philosophes occidentaux. La seule différence reposait sur la nature des bourreaux et des victimes : Blancs contre Noirs et Amérindiens d'un côté ; Blancs « aryens » contre Blancs « non aryens » de l'autre.

Parmi de nombreux exemples étayant son analyse, citons-en un particulièrement édifiant, reposant sur la mise en parallèle de deux témoignages : Bartholomé de Las Casas, au xvie siècle, dénonçant un massacre d'Indiens improvisé par une escouade de soldats espagnols simplement désireux de tester le tranchant de leurs sabres ; et Eugen Kogon, survivant des camps nazis, rapportant un pari imbécile qui amena des officiers SS à ouvrir le feu sur des « untermenschen », pariant quelques bières sur qui serait capable de loger une balle dans la tête de telle ou telle cible.

La seconde partie de l'ouvrage traque les réminiscences de cette discrimination raciale dans l'actualité de ces cinquante dernières années : apartheid en Afrique du Sud, massacre d'Indiens en Colombie, ségrégation raciale aux Etats-Unis... Cette entreprise sera peut-être contestée, elle n'en restera pas moins salutaire.


Yves Coleman idiot utile, agent ultra-gauchiste du capitalisme occidental, pseudo-anar, anti-communiste, tout simplement

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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Dim 26 Juil - 0:19

Je voudrais revenir sur le rapprochement de l'extrait d'Edward Saïd avec la conscience contrapunctique de l'exilé (ou du simple migrant).

Edward W. Saïd a écrit:
La plupart des gens ont principalement conscience d'appartenir à une seule culture, un seul cadre, une seule patrie; les exilés ont conscience d'au moins deux cultures, et cette pluralité de visions donne naissance à une conscience de dimensions simultanées, une conscience qui, pour emprunter une formule à la musique, est contrapunctique. Pour un exilé, les habitudes de vie, d'expression ou d'activité dans son nouvel environnement se constituent inévitablement par opposition au souvenir de ces choses vécues dans un autre environnement

C'est très juste ce qu'il dit, j'ajouterai que si le migrant assume pleinement ce vécu multiple - mé-tissage, et mètis, en grec c'est agricole à la base - ce vécu est en fait un travail incessant de creusement, de frayage entre l'une à l'autre réalité (au sens spatial), frayage au sens physiologique :

"phénomène consistant dans le fait que le passage d'un flux nerveux dans les conducteurs devient plus facile en se répétant." (P. Robert)

Quelque part c'est quelqu'un qui est toujours dans le voyage, nomade aussi de la pensée, mais au fond pour découvrir que le nomadisme est une condition de la pensée ! C'est la métaphore vécue comme principe de vie, l'art des passages, l'art de franchir les frontières. Une "conscience de dimensions simultanées", la formule exprime notre condition humaine planétaire : la contemporanéité du monde et en même temps l'hétérogénéité des temporalités, en fait des mondes. L'apprentissage de l'exil, si cela existe, c'est sortir d'un contexte, de gré ou de force, et apprendre à se situer dans un dehors qui est aussi celui de la fiction, du possible. Ce n'est pas une déconnexion du réel, plutôt un état de perception redoublé.

Il est nécessaire de souligner, je crois, la relativité de la croyance en un principe de hiérarchisation des choses, et c'est là que l'affaire a à voir avec le contrepoint, peut-être. Ces deux principes, hiérarchie et égalité, sont complémentaires et opposés à la fois, ce sont des fondamentaux de la pensée. Nous pensons et en ordonnant les choses du plus important au plus secondaire, ou bien en comparant les choses, en y cherchant ce qu'elles ont en commun. Jeu constant de l'esprit, en même temps nécessité vitale.

J'ai appris que la musique, avant le baroque paraît-il, fonctionnait sur un principe d'égalité :

Citation :
"Pour bien comprendre la contrepoint, il faut se rappeler que la musique n’a longtemps été que simple mélodie. Aujourd’hui on distingue aisément la notion de mélodie de celle d’accompagnement. Jusque vers le Xe siècle, l’accompagnement n’existe pas, il n’y a que la pure mélodie, et la qualité d’une composition musicale, c’est sa qualité mélodique. L’idée d’accompagnement mettra encore longtemps avant d’apparaître. En passant du stade de la monodie (une seule note à la fois) à la polyphonie, la musique va d’abord tout naturellement superposer des mélodies. Ainsi apparaîtront des règles permettant de gérer au mieux les éventuelles dissonances causées par cette superposition « point contre point » : c’est la naissance du contrepoint. Remarquez que l’on ne parle pas encore d’accompagnement. Cette notion n’apparaîtra qu’avec l’ère baroque au XVIIe siècle. En l’âge d’or du contrepoint (14e au 16e siècles) les mélodies se superposent sans qu’aucune d’entre elle ne soit considérée comme principale. Il n’y a donc pas d’accompagnement, tout est mélodique à égalité! La qualité de la composition réside toujours dans la qualité des mélodies, en plus de la qualité de leurs combinaisons.
Le contrepoint c’est tout simplement cela.

Petit à petit, en superposant et en combinant ainsi des mélodies apparaissent des superpositions de notes qui ont tendance à se standardiser, à revenir immanquablement. Ainsi naissent les accords et avec eux une science musicale nouvelle : l’harmonie. Peu à peu, la qualité de la musique passe de la mélodie aux accords. La pensée musicale change de sens : d’horizontale (la mélodie) elle devient verticale (l’accord). Et cette nouvelle manière de penser semble rapidement devenir la voie du progrès, le contrepoint donnant l’impression de n’être plus qu’une recherche de combinaisons logiques qui tôt ou tard finira par s’épuiser.

Au XVIIe siècle le contrepoint semble donc vivre ses dernières heures, définitivement remplacé par l’harmonie.
Pourtant un Jean-Sebastien Bach passera sa vie à le défendre, à montrer que le contrepoint sera le seul avenir véritable de la musique. Ayant exploré toutes les formes musicales de son temps (et même d’avantage!), il reviendra au contrepoint le plus rigoureux à la fin de sa vie. Son œuvre ultime , baptisé après sa mort « L’Art de la Fugue », contient quatorze pièces intitulées « Contrapunctus » de 1 à 14. Cette passion du contrepoint (le mot fugue peut d’ailleurs être considéré comme synonyme) lui vaudra d’ailleurs autant l’agacement de ses hiérarchies successives que l’admiration des générations de musiciens suivantes.
Le contrepoint n’est donc pas mort avec Bach. Il deviendra cependant un mythe au XIXe siècle (comme d’ailleurs JS Bach lui-même!), pendant lequel la science harmonique règne en maître sur toute la musique européenne."

http://www.rythmes-harmonies.fr/591-quest-ce-que-le-contrepoint

ici pour une explication jouée au piano (l'exemple est extrêmement basique, mais écouter ce que dit Jean-François Ziegel : il souligne l'égalité des voix c.à.d. l'absence de hiérarchie entre elles. C'est quand même incroyable que la musique d'une époque où la hiérarchie est encore sous l'empire du religieux était en même temps le lieu où il n'y avait pas de hiérarchie des mélodies, contrairement à ce qu'on pourrait penser !… puis avec Bach, l'art de la fuite.

Une écoute "horizontale", ainsi donc pour l'écoute contrapunctique.

https://www.youtube.com/watch?v=c33B4mokZiA
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MessageSujet: sur le contrepoint, etc.   Dim 26 Juil - 2:24

segesta a écrit:
J'ai appris que la musique, avant le baroque paraît-il, fonctionnait sur un principe d'égalité

allons-y pour un peu de zique...

ce n'est pas complètement un "principe d'égalité", ou bien ça dépend de la hauteur des deux voix, parce que les sons graves produisent des "harmoniques" qui sont audibles à l'oreille humaine, les sons du médium à l'aigu de moins en moins. Les harmoniques produites par les sons graves peuvent se situer à la hauteur des sons aigus chantés ou joués. Il y a donc production d'une "harmonie" avant la lettre... et le "tempérament" égal (comme sur un piano... bien tempéré, on peut transposer une même mélodie d'une "tonalité" à l'autre

en fait, quand les deux voix sont dans le même registre (~~ la même hauteur entre grave et aigu), les contrepoints sont souvent des "fugues" : « Une fugue, en musique, est une forme d'écriture contrapuntique exploitant le principe de l'imitation. On désigne, à partir du XVIIe siècle du nom de « fuga » (de fugere, « fuir » en latin) une composition entièrement fondée sur ce procédé : « fuir », parce que l'auditeur a l'impression que le thème de la fugue fuit d'une voix à l'autre » ou qu'un voix court après l'autre, et réciproquement...

dans la musique ancienne, et encore certaines musiques populaires, chantées à une seule voix sur des "modes", chaque mode a son échelle propre, non équivalente aux autres : typique en Inde, mais aussi dans les "modes grecs" anciens" et encore dans certains chants religieux en Orient (arabes, juifs ou chrétiens): chaque mélodie produit un effet propre au mode dans lequel elle est chantée/jouée, ce qui se perd dans la musique tempérée, d'où la nécessité des accords, de l'harmonie, pour redonner un sens à la mélodie...

Sens de plus en plus chargé de Bach à Wagner ou Scriabine, en passant par Mozart et Beethoven... puis déconstruction de la tonalité (du système tonal) avec les "impressionnistes (Debussy) et progressivement invention d'autres systèmes : Bartok et la déconstruction par les modes populaires d'Europe centrale, orientale et d'Afrique du Nord, sérialisme des Viennois où les douze tons sont traités de façon égale (dodécaphonisme) d'où la "série"... Messiaen et ses modes à transposition limitée... etc.

dans le contrepoint, les voix sont effectivement égales, dans le sens où chacune produit sa mélodie indépendante, tout l'art du compositeur étant de faire en sorte qu'elles le fassent... harmonieusement, mais la voix grave ne perd jamais son caractère imposé par la physique des corps sonores (production d'harmoniques), ce qui est le cas du jeux contrapunctique à la guitare, une voix étant doigtée sur les cordes graves, l'autre sur les cordes aigues...

on a des exemples magnifiques de pièces à deux voix chez Bartók, par exemple les duos pour violons, qui sont aussi un bel exemple des gammes qu'il utilisaient, dont le caractère pouvaient être à la fois mineur et majeur (comme dans la musique tzigane, ou dans le jazz via le blues - les "blue notes"). Ici les deux violons jouent effectivement, la plupart du temps dans le même registre, mais dans certains passages l'un tient un rôle de "basse" comme dans certains contrepoints du moyen-âge ("basse continue" des violes de gambe, pédaliers d'orgues, puis violoncelles, contrebasses)

BARTÓK 44 Duos for 2 violins (Book 1-2) | I.Perlman, P.Zukerman | 1978


on peut l'écouter aussi comme une merveilleuse conversation... en songeant que pour Bartók, ce sont deux voix personnelles, une conversation intérieure : je est deux autres


Evil or Very Mad   Twisted Evil

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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Mer 29 Juil - 17:56

Ce que j'ai dit sur l'exil et le contrepoint ne me plaît plus. Je rabats la phrase de Saïd sur le frayage alors que "cette pluralité de visions donne naissance à une conscience de dimensions simultanées", c'est pas pareil... j'avais l'impression de tenir quelque chose mais non... c'est pas ça, j'ai bifurqué et les propos sont gauchis, j'assène ou bien des évidences ou bien des rapprochements forcés, mon idée d'égalité est vraiment tirée par les cheveux, dans ce contexte. Je voulais retomber sur l'idée de la 'naissance' de l'individu en passant par le contrepoint, mais mon ignorance me trahit, et du coup je me demande ce qu'on entend réellement pas "naissance de l'individu", forcément occidental. Tout ça donc : poubelle.


Il n'y a que la citation de Saïd à garder et puis à partir de 'j'ai appris quelque chose..." . En effet : j'ai appris que je confonds "horizontalité" et "égalité". Encore un poncif à la mode, de fait une métaphore trompeuse... il faut écouter ce que Deleuze raconte après l'extrait que vous avez pris sur la vie quotidienne, horizontalité et verticalité ce sont juste des repères, en fait dans l'antiquité grecque en l'occurrence, les choses étaient bien plus complexes, il y avait des circulations de sens très compliquées mais qui correspondaient à une cosmogonie et à une vision de la vie. Et du pouvoir, surtout (pour ceux que ça intéresse, c'est le cours n. 55 de février 84, sur la Théogonie et puis le Timée).
 

Bon dans le genre fumeux on fait pire apparemment, Jean-Philippe Cazier a essayé lui aussi et il s'est pris une trempe par un musicien qui s'appelle Jean-Christophe Marti, dans le fil

http://blogs.mediapart.fr/edition/gilles-deleuze-aujourdhui/article/040215/gilles-deleuze-une-logique-de-la-creation

effectivement il vaut mieux lire Deleuze dans le texte, c'est plus clair, par exemple ici :

Les rapports entre l'art et la science : les échos et ... - µTime - Unblog.fr
utime.unblog.fr/2007/05/30/les-rapports-entre-lart-et-la-science-les-echos-et- intercesseurs-de-deleuze/

Deleuze n'énonce pas le contrepoint pour l'extrapoler, mais il décrit le mouvement de sa propre pensée. Marti lui, lui reproche qu'il ne comprenait pas grand chose à la musique, c'est discutable. Il a quand même écrit des choses sur la ritournelle.
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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Mer 29 Juil - 18:22

Segesta a écrit:
dans le genre fumeux on fait pire apparemment, Jean-Philippe Cazier a essayé lui aussi et il s'est pris une trempe par un musicien qui s'appelle Jean-Christophe Marti, dans le fil

oui, la discussion est symptomatique > http://blogs.mediapart.fr/edition/gilles-deleuze-aujourdhui/article/040215/gilles-deleuze-une-logique-de-la-creation?onglet=commentaires

c'est pourquoi je suis parti, en matière de contrepoint aussi, du matériau musical et de l'expérience de musicien, même limitée, que j'en ai, car sur le plan de la connaissance historique et théorique, ce n'est pas pour moi un problème dans ce que j'en tire, métaphoriquement, sur le plan "philosophique". Tant qu'on ne fait pas les choses soi-même, bien difficile d'en parler sans se planter, et là, dès qu'un pro s'en mêle, gare aux claques ! Marti semble d'ailleurs très équipé intellectuellement, et comme par hasard, il renvoie le « fumeux » Casier, entre autres, à... Meschonnic

cela dit, Gazier dit aussi des choses très intéressantes (je n'ai pas tout lu) que je n'hésite pas à faire miennes

Jean-Philippe Casier a écrit:
Comme, du point de vue de la création, il n’y a pas de différence entre créer en philosophie ou créer en art, Deleuze peut voir le même processus chez Godard :

Deleuze a écrit:
« Je peux dire comment j’imagine Godard. C’est un homme qui travaille beaucoup, alors forcément il est dans une solitude absolue. Mais ce n’est pas n’importe quelle solitude, c’est une solitude extraordinairement peuplée. Pas peuplée de rêves, de fantasmes ou de projets, mais d’actes, de choses et même de personnes. Une solitude multiple, créatrice ».

Créer, c’est faire une multiplicité, c’est faire duo, faire trois, le troisième étant l’entité comme une ligne qui file entre les deux, reliée mais autonome, l’inverse de la juxtaposition d’une diversité numérique et tout autant du dépassement de cette diversité par une unité supérieure (dialectique).

là encore, on voit comme chez Temps Critiques sa réduction du dépassement dialectique à la vulgate hégelienne, pour être fumeux, ça l'est, mais je garde tout ce qui précède, et de même pour la « solitude peuplée » de Godard selon Deleuze. Cette solitude habitée par d'autres, je l'ai souvent ressentie moi-même, et filé cette métaphore dans plus d'un poème

Corps multitude
Unanimement
Songent où l’étranger                            
Habite leurs solitudes

Peuplé de couleurs je suis
Nous la peau la traversée


La peau traverse les langages



Godard dit plus simplement, je l'ai maintes fois cité : « Les choses non les mots », en un mot, la praxis, pas le discours de la méthode de la praxis, qu'est au fond toute philosophie pré-marxienne et bien souvent post-...

en tout cas, merci Segesta, pour cette mise au point et les liens... un forum avec des échanges et non leur imitation, c'est quand même autre chose

cheers

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MessageSujet: Deleuze : ritournelle   Mer 29 Juil - 18:41

segesta a écrit:
Deleuze n'énonce pas le contrepoint pour l'extrapoler, mais il décrit le mouvement de sa propre pensée. Marti lui, lui reproche qu'il ne comprenait pas grand chose à la musique, c'est discutable. Il a quand même écrit des choses sur la ritournelle.

j'avais utilisé je ne sais où et pour en faire quoi, cette pensée de la ritournelle, mais là encore, si ça peut fonctionner dans le sens montant, vers une conceptualisation, à la descente ça ne peut que desservir la musique, car pour ça il faut être musicien, pas philosophe, ou alors musicien-philosophe

en voilà un : La formule de la ritournelle Silvio Ferraz janvier 2012

Silvio Ferraz a écrit:
Résumé

C’est dans leur livre Mille Plateaux que Deleuze et Guattari définissent la notion de ritournelle en décrivant chaque étape de sa constitution. Dans leur description, les auteurs partent de la définition de quelle seraient les composantes d’un territoire, pour, peu à peu, construire cette « machine de production de différences », dont le principal moteur est l’automatisation des composantes et de leurs intermodulations. Ils décrivent ainsi ce parcours qui va de « l’agencement de moyens », passe par la définition du territoire et finalement à l’ouverture de ce territoire dans un jeu qu’ils appellent « contrepoint territorial ». Un important aspect de cette machine est qu’elle n’est pas déterminée par les objets (matières et formes) mais par la régularité et le rythme qui composent leurs moyens et codes.

À sa définition Deleuze et Guattari dépassent la compréhension musicale du terme ritournelle (par habitude circonscrit à la notion de répétition comme réitération d’objet), pour mettre en relief le mécanisme d’intermodulation entre matière encore non formée et fragments de matière formée.

En croyant à l’importance de cette définition comme outil compositionnel et analytique, cet article propose une formalisation symbolique du concept de ritournelle, avec l’objectif de le rendre opérationnel pour la composition et l’analyse musicale
. Et c’est dans le sens de l’idée de « répétition du différent », telle quel Deleuze la propose dans son livre Différence et Répétition, que cette formulation prend la notion de modulation comme élément premier pour la ritournelle.

[le texte complet suit]




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MessageSujet: Identité nouvelle : une approche philosophique de la notion afropéa   Dim 2 Aoû - 2:35



Identité nouvelle : une approche philosophique de la notion afropéa Pauline Vermeren

Pauline Vermeren a écrit:
Dans les années 2000, la notion afropéa surgit comme un élan revendicatif d'espaces et d'identités plurielles dans un contexte où la "question noire" reste insaisissable du fait du triptyque problématique suivant: le silence sur la race 1, le malaise politique concernant la question coloniale et l'embarras à saisir les dynamiques identitaires en France 2.
Parler d'Afropéen est avant tout une tentative de définition et, de ce fait, de nomination et de reconnaissance, pour ceux qui sont qualifiés de "Noirs" dans l'espace hexagonal. Elle traduit une identité ou encore une culture afropéenne et contient la fusion entre deux territoires: l'Afrique et l'Europe.

LE TERME AFROPÉE, tel qu'il est défini par Léonora Miano, cherche à décrire les personnes d'ascendance subsaharienne ou caribéenne et de culture européenne. "Il faut formuler le concept d'afropéanisme pour qu'il existe", dit- elle, "que l'on comprenne que les Noirs que l'on croise dans la rue ne sont pas forcément des immigrés. Que certains se fichent de l'Afrique, et c'est d'ailleurs leur droit".

Cependant, les expériences coloniales, postcoloniales et décoloniales ne sont pas réduites à la relation entre l'Europe et l'Afrique. Ces situations dévoilent des identités nouvelles de par leur condition cosmopolite et la multiplication des circulations des individus dans le monde. L'afropéa, en tant que territoire de pensée utopique, exprimerait la possibilité de dépasser l'impact singulier du construit historico-politique de la race et de la couleur, dans les rapports de domination et les processus de subjectivation et d'émancipation qui s'inscrivent au sein d'un monde normalisé et territorialisé. Comment comprendre ces reconfigurations subjectives et les effets de la race qui leur sont liées (racisme, discriminations, ségrégations, haines et exterminations raciales), alors qu'il ne faut pas dire la race en France ? L'idée d'afropéa remet en cause les catégorisations identitaires, assignées ou revendiquées, et souligne la nécessaire porosité des cadres normatifs de l'identité. Elle permet également d'interroger la question du vivre-ensemble dans une perspective cosmopolitique. Le paradigme d'afropolitanisme, formé à partir de la contraction d'afropéen et de cosmopolitisme, est un processus de subjectivation au regard d'une philosophie de l'Histoire qui, depuis La Raison dans l' histoire de Hegel (1822 à 1830) jusqu'au Discours de Dakar de Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 à l'université Cheikh Anta Diop, oppose sociétés occidentales et européennes aux sociétés africaines qui seraient hors de l'histoire dite universelle.

Ainsi, en quoi cette idée d'afropéa s'inscrit à la fois dans une perspective critique des identités politiques et dans celle des frontières réelles et fantasmées des États-Nations ? Michel Agier dit très justement que "les pays qui ont hérité d'une manière ou d'une autre de l'histoire du monde Atlantique (avec la traite et la société esclavagiste, la conquête et la société coloniales) partagent une problématique de la condition noire au sein de leur espace national". Et "cette condition noire contemporaine est diverse sur tout le pourtour (européen, africain, américain) de l'Atlantique noir". Discuter de la notion afropéa, c'est ainsi voir en quoi il faut encore interroger l'usage du langage racialisé et toujours définir les enjeux des catégories de l'identité.

la nécessité de nommer

L'afropéanisme pourrait être saisi comme une condition de possibilité à redonner de la visibilité à ce qui a été oublié : la violence de la hiérarchie raciale, les pratiques de domination raciale, l'exercice du pouvoir et donc de la résistance. En effet, il est important de développer de nouveaux vocabulaires pour décrire et représenter les formes de vie racialisées et pour mettre en évidence de nouvelles formations du sujet. Comme ces catégories sont historiques, de nouvelles (suite du texte payante...)

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MessageSujet: Jazz & equal temperament   Mar 4 Aoû - 14:51

à propos du tempérament, échelle égale des douze degrés de l'octave qui détermine l'histoire de la tonalité occidentale entre la musique médiévale et la déconstruction de la fin du 19 siècle, et de l'usage, bouleversé par le blues, de ce système tonal dans le jazz, Google me rappelle que j'avais ouvert une discussion sur ce sujet dans le forum américain All About Jazz, qui n'avait fait l'objet d'aucune réponse ni commentaire... Sure because my bad english  Twisted Evil


Jazz & equal temperament, Patlotch All About Jazz, October 27th, 2013, 03:21 PM

Patlotch a écrit:
We encounter a problem to talk about jazz, blues, functional system tonal, modal, Lydian concept according to George Russell...

Several theories are based on the harmonic series of natural sounds, for example the fact that #11 is more 'right' on a major chord (Xmaj7) or minor seventh (X 7), while the 11th tends to destroy the major function.

Often, these theories are explained with an acoustic piano. It is known that its design, its technological evolution posed many problems for balancing the need of the tempered scale and the correctness of the intervals. Another case is the application to the fret guitar. The only close instruments of physique reality are strings without frets, a few primary pipes like some flutes, and in a complex way, certain frames. Of course also the experimental instruments and acoustic simulations on computers, synthesizers... But courage to those who play jazz with these virtual monsters.

I full musicians who have absolute pitch, which is very relative
http://en.wikipedia.org/wiki/Absolute_pitch
http://en.wikipedia.org/wiki/Relative_pitch

No solution is satisfactory. Only approximations and compromises. From an absolute point of view, to play together, everyone must cheat with his instrument, in some way play "false".
Don't Worry! Where is the problem? What bluesman plays 'just'? What is jazz without blues? Where is the border between the false blues (that of the bluesmen) and just jazz (that of theories)?
History of jazz and its internal musical revolutions be-bop, free jazz is... linked somehow to a return to the blues, i.e. in the gap that it introduced in temperate Western music.

Some 'scientific' benchmarks for the problem in terms of comparative musicology.

http://en.Wikipedia.org/wiki/Musical_temperament
http://en.Wikipedia.org/wiki/Equal_temperament
http://www.pyxidium.u-net.com/acoust...usicMaths.html

With it, there is no more a compromise solution. But we measure how many are narrow and petty religious wars between supporters of functional tonal system and supporters of the Lydian system, for example. It is of course the case for the idea of playing Eastern scales with Western instruments, except technical or special adaptation, such as exists in the folklores.

In 2002 I wrote a passage from my book on this issue. I find that it was a little too mechanical, and I am not very satisfied today.
http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-152.html

If you have any ideas on the issue...

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MessageSujet: « Nombreux sont ceux qui vivent en nous » Fernando Pessoa   Dim 9 Aoû - 4:57


« Nombreux sont ceux qui vivent en nous »
Fernando Pessoa

« Nombreux sont ceux qui vivent en nous ;
Si je pense, si je ressens, j’ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je suis seulement le lieu
Où l’on pense, où l’on ressent.. »

Version du je est un autre rimbaldien de Ricardo Reis, double philosophe de Fernando Pessoa (wiki)

[ce poème peut s'entendre comme proche de mon « Je est des autres », mais en fait, j'y mets un double sens : celui de Rimbaud, je change en permanence, je ne suis déjà plus le même... et celui d'être nourri des autres, personnes de ma connaissance, auteur.e.s de roman ou d'essais, « autres » en tant que je suis blanc, européen, de classe moyenne : Middle Class White Boy]


Wikipédia a écrit:
Fernando Pessoa a écrit sous une multitude d'hétéronymes :

Pessoa a créé une œuvre poétique multiple et complexe sous différents hétéronymes en sus de son propre nom :

- Alberto Caeiro, qui incarne la nature et la sagesse païenne;
- Ricardo Reis, l'épicurisme à la manière d'Horace;
- Alvaro de Campos, le « modernisme » et la désillusion;
- Bernardo Soares, modeste employé de bureau à la vie insignifiante s'il n'était l'auteur du Livre de l'intranquillité,
et alii (soixante-douze en incluant les simples pseudonymes).

Bernardo Soares est considéré par lui comme son semi-hétéronyme, plus proche de l'auteur orthonyme. Il signe aussi quelques textes en prose sous son propre nom, comme Le Banquier anarchiste[excellent texte, PDF]]. L'hétéronymie deviendra sa façon d'être. De multiples autres hétéronymes auront des fonctions diverses, de l'astrologie à l'auteur de rébus.

Il reste que les grands hétéronymes littéraires auront une telle force, seront à l'origine d'une création littéraire si unique que l'auteur leur trouvera même à chacun une biographie justifiant leurs différences. Fernando Pessoa deviendra « le cas Pessoa » pour grand nombre d'intellectuels, de critiques, de littérateurs, de simples lecteurs.


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MessageSujet: "un du multiple", avec Watsuji Tetsurō et Jacques Berque   Dim 9 Aoû - 17:14


la conscience de soi comme un du multiple,
une pensée constituée dans la rencontre


Pauline Couteau a écrit:
La philosophie, dans sa quête d'universalité, s'est en effet posée tout au long de son histoire comme centre et détentrice de fait de l'universalité. La critique que Berque adresse à Nishida et Watsuji se joue à ce niveau : l'absolutisation du prédicat, du « ce en quoi », apparaît selon lui comme l'absolutisation du particulier élevé au niveau d'universel.

Cependant « le passage à la véritable universalité ne consiste qu'en la conscience de soi comme « particulier ».

Et c'est ce point, la conscience de soi comme un du multiple, qui ouvre de nouvelles perspectives à une philosophie qui ne peut se constituer que dans la rencontre.

Cela est d'autant plus important aujourd'hui que l'ambivalence de la notion de monde doit faire prendre conscience de sa particularité sans l'élever toutefois au rang d'universel en soi dans la fermeture sur une identité close, mais au contraire s'ouvrir à l'autre, exister dans cette ouverture, dans l'intérité qui constitue le socle de l'existence humaine.

Le concept de milieu de Watsuji, in Philosophes japonais contemporains, Montréal, 2010, page 226



wikipedia a écrit:
Tetsurō Watsuji (dans l'ordre japonais Watsuji Tetsurō 和辻 哲郎, né le 1er mars 1889, mort le 16 décembre 1960) est un philosophe et penseur japonais.

Né à Himeji dans la préfecture de Hyōgo, il fait ses études au Premier lycée de Tokyo dont il sort diplômé en 1909. Il entre ensuite à l’Université impériale de Tokyo, dans le département de philosophie. Élève de Raphael von Koeber et Inoue Tetsujirō, il rédige son mémoire de fin d’études sur Schopenhauer. Il s’intéresse parallèlement à Nietzsche auquel il consacre son premier livre en 1913.

En 1915, il s’installe à Kugenuma, près de Kamakura, où se forme une petite communauté d’intellectuels et artistes, comprenant Abe Jirō, Abe Yoshishige ou encore le peintre Kishida Ryūsei.




Nommé lecteur à l’Université Tōyō en 1920, il devient professeur assistant à l’Université impériale de Kyoto en 1925. Il est promu professeur six ans plus tard. Parmi ses collègues, se trouvent les philosophes Nishida Kitarō et Tanabe Hajime. Entre 1927 et 1928, il séjourne en Allemagne où il découvre Heidegger.

Les principaux travaux de Watsuji portent sur l’éthique, la société et les arts au Japon. Il tenta d’intégrer les apports de la philosophie occidentale au sein d’une éthique japonaise moderne. En français, le seul livre de Watsuji disponible est Fūdo, le milieu humain (CNRS, 2011), traduit et commenté par Augustin Berque.


wikipédia a écrit:
Jacques Berque, né à Frenda (Algérie) le 4 juin 1910 et mort à Saint-Julien-en-Born (Landes) le 27 juin 1995, est un sociologue et anthropologue orientaliste français. Il est en outre le père d'Augustin Berque, grand géographe, spécialiste du Japon et théoricien du paysage. Le père de Jacques Berque, Augustin1 Berque, après avoir été administrateur en Algérie, finit directeur des Affaires musulmanes et des Territoires du Sud au Gouvernement Général.

Jacques Berque est titulaire de la chaire d'histoire sociale de l'Islam contemporain au Collège de France de 1956 à 1981 et membre de l'Académie de langue arabe du Caire depuis 1989.

Il est l'auteur de nombreuses traductions, appréciées notamment pour la qualité de leur style, dont celle du Coran, et de nombreux ouvrages et essais, notamment "Mémoires des deux rives".

Il décrit l'utopie d'une « Andalousie », c’est-à-dire d'un monde arabe renouvelé, retrouvant à la fois ses racines classiques et sa capacité de faire preuve de tolérance et d'ouverture.



Jacques Berque a écrit:
« Il n'est d'histoire véritable que par la mémoire et le projet. Certains cadres géographiques s'y prêtent particulièrement. C'est le cas de la Méditerranée. Ses deux rives se renvoient de longue date un double message de civilisation, l'arabo-islamique et le gréco-latin, l'un et l'autre s'articulant tour à tour et conjointement sur le mode religieux et sur le mode profane. Pourvu que nous y veillons, il y a peu de chance que ce message s'éteigne de sitôt. Il peut encore renforcer ses expressions séparées par leur interférence mutuelle. Il peut conjuguer le passé qu'il porte et l'avenir qu'agitent ses militants. Un avenir qui n'a pas à s'effarer de reposer sur tellement de conflits. Pas plus que l'Espagne ne peut faire aujourd'hui abstraction de ces Maures qu'elle croyait avoir bannis une fois pour toutes, la rive sud libérée ne le fera du regard de cet Autre qui, témoin de son passé à elle, l'aura si ardemment vécu. Et qu'ils aient encore beaucoup à témoigner l'un sur l'autre. »


.


Dernière édition par Patlotch le Dim 28 Fév - 15:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Mer 19 Aoû - 20:03


On ne peut pas ne pas articuler

Le Bougnoulosophe
ou Les Indigènes du royaume
blog belge


Le Bougnoulosophe a écrit:
1. Parce que je suis multiple, tu es multiple, il est multiple, nous sommes multiples...

Edward Saïd a écrit:
« Nul aujourd’hui n’est seulement ceci ou cela. Indien, femme, musulman, américain, ces étiquettes ne sont que des points de départ. Accompagnons ne serait-ce qu’un instant la personne dans sa vie réelle et elles seront vite dépassées. L’impérialisme a aggloméré à l’échelle planétaire d’innombrables cultures et identités. Mais le pire et le plus paradoxal de ses cadeaux a été de laisser croire aux peuples qu’ils étaient seulement, essentiellement, exclusivement, des Blancs, des Noirs, des Occidentaux, des Orientaux. » [1]

L'éthique étant un « rapport de soi à soi » suivant le mot de Michel Foucault, ici un rapport de lucidité et d'honnêteté, je tiens pour ma part à assumer l'ensemble de mes « coordonnées », toutes bancales qu'elles puissent être.

2. Parce que ce qui me fonde c'est précisément le point d'articulation entre les divers composantes de mon identité. Et c'est ce flux multiple et conjugué qui la façonne et me donne un point de vue unique, spécifique sur le monde, puisqu'on parle et on écrit toujours depuis un lieu et un temps définis, depuis une histoire et une culture particulières, ce que nous disons est toujours en contexte, positionné, ce qui requiert une certaine forme de vigilance :

Pierre Bourdieu a écrit:
« L'objectivation du rapport subjectif à l'objet fait partie des conditions de l'objectivité (...) Le rapport primitif à l'objet lorsqu'il n'est pas lui-même objectivé, resurgit sans cesse dans le discours sur le monde social et il est des « sociologie » qui ne sont que des étalages plus ou moins complaisant d « état d'âme ». On ne peut objectiver complètement sans avoir objectiver les intérêts que l'on a à objectiver. » [2]

3. Parce que la position que j'occupe est celle d'un « outsider de l’intérieur » (Patricia Hill Collins), c'est une position particulière et avantageuse qui me donne accès tout à la fois à la marge et au centre, cette vision panoramique me permet de développer un savoir et une pratique, sur l'espace social dans lequel j'évolue, qu'on ne peut pas soupçonner de naïveté. Ainsi, je fais partie de « ces peuples qui sont dans la civilisation occidentale, qui y ont grandi, mais à qui l'on fait sentir et qui ont eux-mêmes senti qu'ils étaient en dehors, ont un aperçu unique sur leur société. » CLR James [3]

Position avantageuse certes, mais néanmoins tragique :

W.E.B DuBois a écrit:
« C’est une sensation bizarre, cette conscience dédoublée, ce sentiment de constamment se regarder par les yeux d’un autre, de mesurer son âme à l’aune d’un monde qui vous considère comme un spectacle, avec un amusement teinté de pitié méprisante » [4]

4. Parce que ce point de vue spécifique, qui est tout à la fois ontologique, cognitif et méthodologique, a trois caractéristiques majeures. L'idée selon laquelle l’expérience minoritaire occupe un place centrale. Celle suivant laquelle toutes les catégories de l'altérité sont construites et qu'il n'y a pas d'essence en cette matière. Et enfin le sentiment que tout ce qui l'opprime est aussi divers et combiné qui ce qui le fonde.

Stuart Hall a écrit:
« Pour l'Occident développé, nous serions plutôt tous « pareils ». Nous appartenons à la marge, au sous-développement, à la périphérie, à l'« autre ». Nous sommes à la limite externe, à la bordure du monde métropolitain - nous somme toujours le « Sud » pour l'El Norte d'un autre.» [5]

5. Parce que le concept d'intersectionnalité, où l'articulation est centrale, tout comme celui de « border-thinking », est une invention de non-blanc qui répondait à un besoin analytique spécifique de « minoritaires ». Un concept qui visait à comprendre leur condition : un ensemble de situations complexes dans lesquelles les relations de « race », de genre et de classe etc. sont imbriquées ou intriquées. Et cette intuition de la nature combinée des oppressions remonte à bien longtemps, par exemple, en 1851, Sojourner Truth, une abolitionniste noire américaine, née de parents esclaves, interpellait vigoureusement les féministes « blanches » de son époque :

Sojourner Truth a écrit:
« Les hommes disent que les femmes doivent être aidées lorsqu’elles portent des charges ou lorsqu’elles franchissent un obstacle et qu’elles doivent avoir la meilleure place partout. Personne ne m’a jamais aidé à porter des fardeaux ou à franchir une flaque de boue, ni ne m’a jamais donné la meilleure place. Et pourtant, ne suis-je pas une femme ? Regardez-moi. Regardez mes bras ! J’ai labouré et planté et cueilli, j’ai rentré des récoltes et aucun homme n’a pu me commander ! Et pourtant, ne suis-je pas une femme ? Je peux travailler autant qu’un homme et manger autant qu’un homme - quand j’en ai les moyens - et supporter le fouet autant qu’eux. Et pourtant, ne suis-je pas une femme ? J’ai mis au monde treize enfants et j’ai vu la plupart d’entre eux réduits en esclavage et quand je hurlais ma plainte de mère, personne, hormis Jésus, ne m’a écoutée ! Et pourtant, ne suis-je pas une femme? » [6]

Car, il n'est rien de pire que de renforcer la pensée dominante en oubliant, ou en abandonnant, son propre « patrimoine », celui de ses luttes :

Mustapha Khayati a écrit:
« Le déclin de la pensée radicale accroît considérablement le pouvoir des mots, les mots du pouvoir. « Le pouvoir ne crée rien, il récupère. » Les mots forgés par la critique révolutionnaire sont comme les armes des partisans, abandonnées sur un champ de bataille : ils passent à la contre-révolution ; et comme les prisonniers de guerre, ils sont soumis au régime des travaux forcés. » [7]

6. Parce que l'exigence d'articulation est la seule manière de comprendre les contradictions et les paradoxes apparents de l'expérience minoritaire. Il permet, par exemple, de saisir les fondements de ceci :

Angela Davis a écrit:
« Dans l’histoire des États-Unis, la fausse inculpation du viol est l’un des plus énormes subterfuges que le racisme ait inventé. On a systématiquement brandi le mythe du violeur noir chaque fois qu’il a fallu justifier une nouvelle vague de violence et de terrorisme contre la communauté noire. L’absence remarquée des femmes noires dans les rangs du mouvement contre le viol peut s’expliquer par son indifférence à l’accusation de viol comme alibi raciste. Trop d’innocents ont été sacrifiés dans les chambres à gaz et ont croupi dans les prisons pour que les femmes noires se joignent à celles qui cherchent souvent assistance auprès des policiers et des juges... » [8]

Ou bien encore :

bell hook a écrit:
« Les analyses féministes contemporaines de la famille impliquent souvent que le succès du mouvement féministe devrait conduire à l’abolition de la famille. Cette suggestion est très choquante pour beaucoup de femmes et particulièrement parmi les non-blanches. Tandis que les militantes blanches peuvent expérimenter la famille en premier lieu comme une institution oppressive (une structure sociale où elles font l’expérience de graves abus et de l’exploitation), beaucoup de femmes noires trouvent que la famille est la moins opprimante des institutions. En dépit du sexisme dans le contexte familial, elles peuvent y faire l’expérience de la dignité, de l’estime de soi et de l’humanisation qui ne sont pas expérimentées dans le monde extérieur où elles sont confrontées à toutes les formes d’oppression. […] La dévalorisation de la vie de famille dans les discussions féministes, reflète souvent la nature de classe du mouvement. Les individus des classes privilégiées s’appuient sur de nombreuses institutions et structures sociales pour défendre leurs intérêts. Les bourgeoises peuvent répudier la famille sans croire que, ce faisant, elles vont perdre la possibilité de relations sociales, de sécurité et de protection » [9]

7. Parce que les articulations les plus dangereuses, les plus pernicieuses, ce sont les articulations « par défaut », insues de celui qu'elles structurent, car ces articulations invisibles laissées à l'initiative, et au profit des dominants, enfantent des monstres. Ainsi il existe aujourd'hui une collusion évidente entre un certain féminisme et l'impérialisme, autour de l'articulation entre la race et le genre. Comme il existe un certain type d'articulations entre la race et la classe, au sein du social-chauvinisme universaliste qui a pignon sur rue.

Stuart Hall, a écrit:
« Les questions centrales de la race sont toujours apparues historiquement en articulation, dans une formation, avec d'autres catégories et divisions, et qu'elles n'ont jamais cessé de croiser et recroiser les catégories de la classe, du genre et de l'ethnicité...» [10]

8. Parce que ne pas tenir compte de la complexité dont nous sommes faits, c'est laisser un champ d'action à l'instrumentalisation, car celle-ci ne prospère que sur les tensions et les contradictions qui nous habitent. Aussi feindre qu'elles n'existent pas, c'est tendre le bâton avec lequel on va se faire battre. Car si certains « minoritaires» sont instrumentalisés, c'est qu'ils étaient intrumentalisables. Et si l'on ne compte plus le nombre de « mercenaires », transfuges, hommes de paille, « native informants » issus de minorités qui se font les fidèles serviteurs de l'ordre dominant. En s'attaquant, soit aux minorités dont ils proviennent, soit à d'autres minorités moins pourvues en capital symbolique, renouant parfois avec de vieux « schèmes coloniaux ». On ne sait jamais vraiment interrogé sur le « pourquoi », sur les raisons profondes, d'un tel phénomène.

9. Parce que la question des alliances, à laquelle on associe habituellement celle de l'articulation, est bien mal posée. L'alliance, bien avant de se nouer entre un « nous » et une « extériorité », à savoir deux groupes constitués, autonomes, en réalité, elle se pose, d'abord, en amont : elle concerne la constitution d'un « nous » qui soit autre chose qu'un fétiche, c'est-à-dire un « nous » vivant, composite et dynamique, un « nous » qui n'a jamais été fixé une fois pour toute, un « nous » en devenir :

Kimberlé Williams Crenshaw a écrit:
« Il faut au préalable reconnaître que les groupes identitaires organisés dans lesquels nous nous retrouvons sont en fait des coalitions, ou à tout le moins des coalitions potentielles qui attendent de se former. Dans le contexte de l’antiracisme, ce n’est pas parce que nous reconnaissons que la politique de l’identité telle qu’elle est couramment comprise marginalise les expériences intersectionnelles des femmes de couleur que nous devons pour autant renoncer à essayer de nous organiser en tant que communautés de couleur. » [11]

10. Parce que, si je n'ignore pas l'usage légitime et parfois nécessaire d'un « essentialisme stratégique » (Gayatri Spivak) de la part de minorités, je n'ai que faire d'une « pensée moniste » qui ressemble à s'y méprendre à ce que j'ai toujours combattu, à savoir un dispositif qui produit des réductions, des réifications et des binarismes en tous genres, je ne veux pas cautionner une sorte de « stalinisme de l'identité » et ses gardiens du temple, qui en dessinent les contours, d'où qu'ils viennent, je n'ai pas envie de participer au jeu malsain des « vrais combats » et des « contradictions secondaires », sachant que le processus de catégorisation est en soi un exercice de pouvoir dont l’initiative revient au groupe dominant ou à ceux qui aspirent à dominer...

Frantz Fanon a écrit:
« Découvrant l’inutilité de son aliénation, l’approfondissement de son dépouillement, l’infériorisé, après cette phase de déculturation, d’extranéisation, retrouve ses positions originales. Cette culture, abandonnée, quittée, rejetée, méprisée, l’infériorisé s’y engage avec passion. Il existe une surenchère très nette s’apparentant psychologiquement au désir de se faire pardonner. (…) État de grâce et agressivité sont deux constantes retrouvées à ce stade. L’agressivité étant le mécanisme passionnel permettant d’échapper à la morsure du paradoxe (…) La culture encapsulée, végétative, depuis la domination étrangère est revalorisée. Elle n’est pas repensée, reprise, dynamisée de l’intérieur. Elle est clamée. Et cette revalorisation d’emblée, non structurée, verbale, recouvre des attitudes paradoxales.» [12]


Note

[1] Edward Said., Culture et Impérialisme, Fayard, Paris, 2002.
[2] Pierre Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, Le Seuil, Paris, 2001.
[3] CLR James in Stuart Hall, Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, Éditions Amsterdam, Paris, 2007
[4] W.E.B DuBois, Les âmes du peuple noir, La Découverte, Paris, 2007.
[5] Stuart Hall, Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, Éditions Amsterdam, Paris, 2007.
[6] Sojourner Truth in bell hook, Ain’t a woman: Black Women and feminism, South End Press, Boston, 1981.
[7] Mustapha Khayati, Les mots captifs, Internationale situationniste n°10, mars 1966.
[8] Angela Davis, Femmes, race et classe, Éditions Des femmes, Paris, (1981) 2007.
[9] bell hook, Feminist Theory: from margin to center, South End Press, Boston, 1984.
[10] Stuart Hall, Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, Éditions Amsterdam, Paris, 2007.
[11] Kimberlé Williams Crenshaw, « Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur », Cahiers du Genre2/2005 (n° 39), p. 51-82.
[12] Frantz Fanon, Œuvres, La Découverte, Paris, 2011.

Publié par Le Bougnoulosophe le 10/07/2015
   

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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Ven 21 Aoû - 6:14

Citation :
"horizontalité et verticalité ce sont juste des repères, en fait dans l'antiquité grecque en l'occurrence, les choses étaient bien plus complexes, il y avait des circulations de sens très compliquées mais qui correspondaient à une cosmogonie et à une vision de la vie."

(Mer 29 Juil - 17:56)

Je reprends de là, puisque je voulais attraper quelque chose que je n'ai pas pu saisir à partir de ce que disait Edward Saïd sur la conscience "de dimensions simultanées"  de l'exil ou dans l'exil, l'ailleurs. Ce qui m'intéressait c'était le passage, il est des fois où un passage s'ouvre, ça peut être une frontière, ça peut être des langues, mais aussi entre des choses très différentes, ça peut être n'importe quoi, et je disais que schématiquement, deux manières de penser sont engagées, l'une qui cherche l'ordre l'autre qui cherche le commun, voilà.
Voilà donc ci-dessous qu'est-ce que la création d'après Deleuze, c'est tout à fait dans la suite, aussi parce qu'il reprend l'idée des changements qualitatifs dont il avait parlé dans le cours n. 55 de février 84, sur la Théogonie auxquels je faisais allusion l'autre fois. La partie du cours est celle-ci : Gilles Deleuze - vérité et temps cours 55 du 07/02/1984 - 1 transcription : Arnaud Iss

*

Dans son cours sur la création Deleuze parle essentiellement du cinéma, (du moins sur les premiers 2/3 du temps) mais il reprend cette thématique de la transformation qualitative des éléments. Il commence par parler de la question de l'idiot, et puis il passe par le cinéma de la main de Bresson, cinéma des fragments d'espaces, et puis il aborde ce que ne fait que le cinéma : mettre le son sous l'image. C'est vers la 23' minute, il l'introduit par "la fameuse dissociation voir/parler", la disjonction du visuel et du sonore.

Qu'est-ce que l'acte de création? par Gilles Deleuze sous-title français / sub. French


Ce qu'il dit au début il pose la question qu'est-ce que avoir une idée, et que l'art, les sciences, la philosophie ce sont des activités où l'idée vient comme une nécessité parce qu'elle vient parce que c'est un potentiel déjà engagé (ça me rappelle la psychomotricité de Henri Wallon…). Mais que la philosophie ne s'occupe pas de réfléchir sur les autres domaines qui inversement n'ont pas besoin d'elle pour inventer.

Alors, ce qui est intéressant c'est comment Deleuze établit des "communs" par exemple entre des personnes  très éloignées culturellement et dans l'espace voir dans le temps, parce qu'il ne le fait nullement à travers des catégories académiques, mais suivant son raisonnement à travers cette idée que l'idée s'impose comme une nécessité. Alors on a à peu près acquis que l'invention scientifique s'impose dans l'évolution humaine comme une nécessité, mais l'idée esthétique par contre, ce n'est pas courant parce qu'on a l'habitude de considérer que l'art est une expression culturelle, c'est-à-dire localisée. Avec Deleuze non, et c'est ça qui nous fait vraiment avancer dans cette conscience simultanée, à mon avis.

Dans la 3e partie il introduit la question de l'ordre en abordant les sociétés de contrôle, il termine sur le rapport entre acte de création et acte de résistance, entre la lutte des hommes et l'œuvre d'art.
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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Ven 21 Aoû - 11:45

merci pour ces considérations intempestives et vos commentaires, Segesta

le premier texte est très riche et me fait interroger sur le rejet revendiqué par Deleuze de la dialectique, ou plutôt me confirme qu'il n'a rejeté qu'une figure appauvrie, édulcorée, de la dite dialectique hégélo-marxienne. Ce texte est éminemment dialectique, au sens d'une réflexion sur les « rapports mouvement/temps » , un temps non cyclique, « un temps sauvage, je veux dire déchaîné, un temps non domestiqué», des « changements qualitatifs ». Des thèmes se dégagent que nous avons déjà rencontrés, « des thèmes très connus », dit-il : le quotidien, la quotidienneté, sa banalité...

temps et changements qualitatifs : dialectique du quotidien


Deleuze a écrit:
Qu’est-ce qu’est l’image ? L’image, elle est mouvement changeant. Mouvement, c’est à dire, qu’elle aurait comme deux aspects, l’image et les mouvements en tant que mouvements et le mouvement local. Le mouvement est essentiellement passage d’une position à une autre. En tant que changement, elle est qualitative. Passage d’une qualité à une autre. Vous avez les deux thèmes du changement qualitatif et du mouvement local.

Deleuze a écrit:
le temps c’est la banalité quotidienne

C’est la banalité quotidienne. Seulement voilà, la banalité quotidienne, elle est très diverse. Et on la vit pas de la même manière, et tout ça est très compliqué. Je veux dire : il y a une banalité quotidienne. Je la considère comme un axe, la banalité quotidienne : « la quotidienneté ». Et je vais dire : « le temps c’est le quotidien ». C’est pas une définition, c’est une manière de dire le temps, ben oui, c’est le quotidien, c’est le plus quotidien. C’est le cœur de ce qui fait le quotidien, voilà. Mais en tant qu’axe, la quotidienneté peut être considérée comme précisément : le milieu à partir duquel je m’élève au-dessus du quotidien. La philosophie, on ne peut pas dire ce qu’elle est, si on ne la situe pas par rapport à la vie quotidienne, et aux certitudes de la vie quotidienne.
[...]
la vie quotidienne n’est pas seulement une manière d’agir, du type métro-boulot-dodo. La vie quotidienne est une manière de penser qui comporte une pensée particulière qu’on appelle « l’opinion ». L’opinion est parfaitement consistante, et une critique de l’opinion peut être beaucoup trop facile. La philosophie ne se justifie dans son entreprise de substituer des concepts à l’opinion, que si l’on est capable de déterminer les rapports, à la fois négatifs et positifs, de la philosophie avec la vie quotidienne.
[...]
La philosophie au contraire va faire tous les jours de la quotidienneté, dans le rapport de la quotidienneté à la production d’un quelque chose de nouveau. Non pas la méditation d’un quelque chose d’éternel, mais la production d’un quelque chose de nouveau. Et le problème du temps change tout à fait de nature.
[...]
C’est dans la mesure où la banalité quotidienne développe son cours que devient possible la production d’un quelque chose de nouveau.
[...]
si je rabats sur mon axe de quotidienneté, la quotidienneté me donne un tout autre sens, à savoir : la temporalité du quotidien est celle de l’acte de transcender c’est à dire : elle est tendue vers tout à fait autre chose, la production d’un quelque chose de nouveau, sur le mode de la croyance et non plus du tout sur le mode, ni de la connaissance ni de la foi - qui elle était découverte aux méditations de l’éternel. Qu’est-ce qui se passe ? Dans les deux cas il y a de figure de la quotidienneté, suivant le statut de la quotidienneté que vous aurez, vous aurez des conceptions de la philosophie différentes.
[...]
Après tout, il faudra même mettre en jeu des choses comme : « qu’est-ce qu’une quotidienneté rurale ? Qu’est-ce c’est qu’une quotidienneté urbaine ? ». Dans la transformation de la quotidienneté, est ce qu’en effet, est-ce qu’il ne faut pas tenir compte du développement des villes ? Est ce qu’il ne faut pas tenir compte de beaucoup de choses ? Mais, je veux dire, au coeur du problème des rapports temps/mouvement, il y a cette histoire qui a toujours hanté la philosophie : le statut de la quotidienneté et le rapport de la philosophie avec le quotidien.


difficile de ne pas le rapprocher de ce que dit Roland Simon : « L'idéologie, c'est la vie quotidienne. », et du passage que j'ai importé hier, d'Henri Lefebvre, Critique de la vie quotidienne, De la modernité au modernisme (Pour une métaphilosophie du quotidien), 1981

Introduction, extrait page 25
Henri Lebfevre a écrit:
8. Point non dépourvu d'importance : la connaissance critique du quotidien n'exige pas un langage spécial ou parfait, distinct du discours quotidien. Encore qu'il faille viser, selon le précepte connu, à n'employer que des mots ayant un sens et un seul. Même lorsqu'il s'agit de discerner dans le quotidien le non-dit du dit, l'in-conscient du conscient, le méconnu du connu, bref de déceler ce que contient le discours de la quotidienneté, il est pas nécessaire d'inventer un lexique, une syntaxe, un paradigme différent de ce qui se donne dans le discours. La connaissance critique du quotidien s'exprime dans le langage de tous les jours et de tous : par explicitation de l'implicite. Ce qui interdit la « démonstration » mais n'exclut pas la part de jeu et de risque qu'il y a en tout discours dialogué.


philosopher ou pas

d'une côté, Lefebvre semble dire le contraire de Deleuze, il refuse ici le passage à la philosophie des concepts, mais d'un autre, il est un rusé dialecticien, puisque dans ses ouvrages « critique de la vie quotidienne », il est loin de s'en tenir à ce « Point non dépourvu d'importance : la connaissance critique du quotidien n'exige pas un langage spécial ou parfait, distinct du discours quotidien » ou à « La connaissance critique du quotidien s'exprime dans le langage de tous les jours et de tous »

je vaque un peu entre les deux avec un principe, les concepts sont nécessaires mais point trop n'en faut. Inutile de monter en généralisation abstraite si l'on ne sait pas redescendre sur terre sans se casser la figure conceptuelle dans l'indifférence totale de ceux qui font le temps

ici, j'apporte des articles témoignant de moments somme toute quotidiens, qui, même s'ils se répètent, ne traduisent rien de cyclique. Exemples : Syrisa et la Grèce, Les (im)migrants... On voit se dérouler, insensiblement ou pas rupture, les changements dans un temps linéaire, tels que nous les percevons au quotidien, mais qui, du fait d'un environnement critique et aussi un peu conceptuel (le forum comme représentation critique), prennent un sens d'eux-mêmes, « explicitation de l'implicite ». Exemple : la démission de Tsipras, par rapport à son élection, son rapport inversé à l'«ominion» (le référendum trahi), c'est un changement qualitatif, puisque cela ne pourra pas se répéter. Deleuze : « C’est dans la mesure où la banalité quotidienne développe son cours que devient possible la production d’un quelque chose de nouveau.»

bref, il y a de l'histoire au présent, et nous tentons de « déceler ce que contient le discours de la quotidienneté ». Nous sommes entre philosophie et non-philosophie, une "philosophie" d'après Marx, une pensée critique dans les choses

questions encore théoriques

une première question de la "théorie", telle que nous la concevons, est de savoir, si « la connaissance critique du quotidien n'exige pas un langage spécial ou parfait, distinct du discours quotidien, [...] s'« il n'est pas nécessaire d'inventer un lexique, une syntaxe, un paradigme différent de ce qui se donne dans le discours », pourquoi on a encore besoin de penseurs tels que Lefebvre, Deleuze, ou dit immodestement, comme Patlotch, qui a beau dire, mais qui ne sait pas vraiment se passer du passage entre concepts et banalité du quotidien

une seconde de savoir, dans l'idéologie, dans la lutte idéologique que sont les luttes de classe quotidiennes, conflits banals pour la survie ou velléité de dépasser les limites, comment se tissent des liens organiques entre luttes théorisantes et théorisation des luttes, des liens tels qu'ils acquièrent en quantité et qualité la puissance de subjectivation à même de défaire la « structure of feeling »

matériaux du moment présent

frontières extérieures-intérieures, passages...

pour terminer ici avec une piste : je suis convaincu que les phénomènes migratoires nous donnent des pistes pour discerner des changements qualitatifs à l'œuvre dans le moment présent du capitalisme, d'une part parce qu'ils sont mondiaux et se passent aussi « près de chez nous », dans la banalité des actualités à la télé, d'autre part parce qu'ils bousculent l'idée que nous nous faisons des frontières, que ces migrants portent sur eux, avec eux, comme un territoire intérieur qui est aussi celui de tous les "racialisés", et qu'enfin ils remodèlent la conception que nous pouvons avoir d'un prolétariat universel à unir, et renvoient les considérations d'un Francis Cousin sur « l'armée de réserve » au magasin des accessoires idéologiques, en l'occurrence ressortis par les fascistes et partie de l-extrême et ultra-gauche

Segesta a écrit:
il est des fois où un passage s'ouvre, ça peut être une frontière, ça peut être des langues, mais aussi entre des choses très différentes, ça peut être n'importe quoi...


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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Ven 21 Aoû - 13:13

segesta a écrit:

Qu'est-ce que l'acte de création? par Gilles Deleuze sous-title français / sub. French

https://www.youtube.com/watch?v=2OyuMJMrCRw

Ce qu'il dit au début il pose la question qu'est-ce que avoir une idée, et que l'art, les sciences, la philosophie ce sont des activités où l'idée vient comme une nécessité parce qu'elle vient parce que c'est un potentiel déjà engagé (ça me rappelle la psychomotricité de Henri Wallon…). Mais que la philosophie ne s'occupe pas de réfléchir sur les autres domaines qui inversement n'ont pas besoin d'elle pour inventer.

Alors, ce qui est intéressant c'est comment Deleuze établit des "communs" par exemple entre des personnes  très éloignées culturellement et dans l'espace voir dans le temps, parce qu'il ne le fait nullement à travers des catégories académiques, mais suivant son raisonnement à travers cette idée que l'idée s'impose comme une nécessité. Alors on a à peu près acquis que l'invention scientifique s'impose dans l'évolution humaine comme une nécessité, mais l'idée esthétique par contre, ce n'est pas courant parce qu'on a l'habitude de considérer que l'art est une expression culturelle, c'est-à-dire localisée. Avec Deleuze non, et c'est ça qui nous fait vraiment avancer dans cette conscience simultanée, à mon avis.

Dans la 3e partie il introduit la question de l'ordre en abordant les sociétés de contrôle, il termine sur le rapport entre acte de création et acte de résistance, entre la lutte des hommes et l'œuvre d'art.


Deleuze a écrit:
L'information c'est le système contrôlé des mots d'ordre qui ont cours dans une société donnée vers 37:

L'acte de résistance n'est ni information ni contre-information 38:30

Quel est le rapport de l'œuvre d'art avec la communication ? Aucun ! 38:45

L'œuvre d'art ne contient strictement pas la moindre information 39:

Il y a une affinité fondamentale entre l'œuvre d'art et l'acte de résistance 39:10


« L'art est la seule chose qui résiste à la mort » Malraux

Tout acte de résistance n'est pas une œuvre d'art, et pourtant d'une certaine manière, il en soit

toute œuvre d'art n'est pas un acte de résistance, et pourtant d'une certaine manière, elle l'est 41:

Seul l'acte de résistance résiste à la mort, soit sous la forme d'une œuvre d'art, soit sous la forme d'une lutte des hommes, et quel rapport y-a-il entre la lutte des hommes et l'œuvre d'art ? Le rapport le plus étroit, pour moi le plus mystérieux... 45:


« Le peuple manque » Paul Klee

Le peuple manque et en même temps, il ne manque pas. N'est pas claire et ne sera jamais claire cette affinité fondamentale entre l'œuvre d'art et un peuple qui n'existe pas encore 44:45


Segesta a écrit:
qu'on a l'habitude de considérer que l'art est une expression culturelle, c'est-à-dire localisée. Avec Deleuze non, et c'est ça qui nous fait vraiment avancer dans cette conscience simultanée, à mon avis

ce qui est très dommage, du moins ici et je crois pas plus ailleurs, Deleuze ne dé-construit pas l'art occidental , alors que Derrida, oui, ce qui explique que Deleuze ait pu être, avec Foucault, récupéré dans une vision eurocentriste et anti-marxiste des Cultural Studies, Derrida beaucoup moins

Deleuze ne déconstruit pas non plus l'art comme production de l'individu-artiste, parce que sinon il aurait pu aller beaucoup plus loin, d'un côté comme Debord, en « renversant l'art dans la vie quotidienne », d'autre part comme moi en partant de formes de créations dont le jazz est au XXème siècle paradigmatique, parce qu'il dépasse et réunit à la fois la geste de l'art occidental, l'œuvre-sujet du poème ou de la musique, et celle des "arts" ayant dans le quotidien une fonction sociale et sacrée

Deleuze aurait pu ainsi lever le « mystère » qu'il voit dans l'art, alors qu'à mon avis, il n'y en a pas, ou pas où Deleuze le cherche. A cet égard il cite Malraux, mais il aurait aussi bien pu citer Marx, qui disait en même temps la même chose, à propos d'œuvres d'art du passé qui nous parlent au présent, et la même chose encore qu'Henri Meschonnic

autrement dit, Deleuze comme Debord ici et tant d'autres (Gérard Genette pourtant amateur de jazz le rabat sur un « art de la performance »*), ratent magistralement la dimension décoloniale des "arts" afro-américain de l'improvisation collective, inséparables des luttes d'émancipation d'un "peuple", luttes de race sociale de classe, par un enracinement qui remonte à l'utilisation sociale de communication des tambours, lesquels tambours seront interdits dans les plantations esclavagistes

* voir Patlotch 2002 II2 Jazz, un art moderne pour la modernité et pour une critique de jazz

Deleuze a écrit:
N'est pas claire et ne sera jamais claire cette affinité fondamentale entre l'œuvre d'art et un peuple qui n'existe pas encore

si l'on accepte ce que j'écris plus haut, alors on fait mentir Deleuze, parce qu'alors on peut éclaircir, faire sortir de son mystère cette affinité entre œuvre d'art comme œuvres-sujets performatrices et luttes d'un "peuple" qui n'existe que par ses luttes en tant qu'elles sont destruction-création du nouveau, et qu'elles le sont au présent du présent, c'est-à-dire dans la quotidienneté

pour qu'une chose cesse d'être mystérieuse, ou vouée à être conceptualisée par des penseurs même les meilleurs, pas de mystère, il faut la pratiquer, ou bien connaître assez les pratiques qu'en ont eu les autres, dans une magnifique leçon de faire sans avoir à le théoriser


donc vous avez bien vu, Segesta, qu'« on a l'habitude de considérer que l'art est une expression culturelle, c'est-à-dire localisée. » Je passe sur localisé, parce que l'art est toujours produit localement, même s'il parle, s'il fait, au-delà, s'il traverse les frontières et les temps comme disait Edouard Glissant. C'est effectivement de la culture, l'« asphixiante culture » écrivait le peintre Dubuffet en 1968, qu'il importe de sortir l'art (ce que ne font pas les intermittents du spectacle en criant que l'art n'est pas une marchandise pour revendiquer des subventions d'État...)

mais vous ajoutez « Avec Deleuze non, et c'est ça qui nous fait vraiment avancer dans cette conscience simultanée ». Vous avez raison dans cette « conscience simultanée » de Deleuze de « l'affinité fondamentale entre l'œuvre d'art et l'acte de résistance », mais tort à mon sens en ce qu'il ne voit pas, ou seulement comme « mystérieux »

PS : tout cela semble un peu hors-sujet de l'individu, mais est indispensable médiation critique, parce qu'on ne peut penser le dépassement à produire de l'individualisme capitaliste occidental sans la poétique des arts décoloniaux, avec ou sans la lettre, étant donné, on le voit déjà envahir Google, que « l'esthétique décoloniale » sera mise à toutes les sauces esthétisantes, et vidée précisément de ce qui, en sa double essence historico-sociale d'œuvre d'art et de lutte humaine, révolutionne le poétique comme le politique à perspective révolutionnaire

en relation UN RENVERSEMENT POÉTIQUE et RÉVOLUTIONNAIRE de Guy Debord à... Patlotch...
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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Lun 2 Nov - 14:55


à propos de « Je est un autre »
d'Arthur Rimbaud


Aragon Traité du style 1928 Gallimard L'imaginaire p. 58-60


Aragon a écrit:
Pas un ignoble petit rentier, pas un fils d'officier, pas une graine de rond de cuir, pas un imbécile heureux à qui on vient d'offrir une motocyclette le jour de l'an, pas une fausse-couche élevée dans du papier de soie, pour qui Rimbaud ne soit un autre soi-même.

Tout ce qui attend un héritage parle de disparaître un jour. J'ai déjà dit que j'y reviendrai. Pour l'instant ce que j'étudie dans ce phénomène est la grande commodité anti-poétique du rimbaldisme contemporain.

Car l'anti-poésie n'est plus une chimère dialectique. Elle a pris corps, dans un temps sportif, elle est devenue système, elle a même au besoin des fondements métaphysiques.

Le succès de Rimbaud, puisque telle est la saloperie des faits qu'il peut être question du succès de Rimbaud, est en grande partie dû à la curieuse moralité qu'on prête à sa vie. Car ils ont si bien arrangé les choses, que la vie de Rimbaud de nos jours est prise à témoin contre la poésie même. Cette absurdité a cours.

Ainsi, chaperonnés par Rimbaud, nos jeunes industriels, nos magistrats en herbe passent superbement condamnation sur tout ce qui les emmerde de façon congénitale. Enfin plus n'est besoin le lire tous ses vers. L'ignorance est de mise. Les livres peuvent dormir dans la poussière, ça n'est pas fait pour ces mains soignées. A la rigueur, on va au théâtre, avec les femmes. Mais lire. Des poèmes. Nous avons dépassé ce stade, songez donc. Hugo, Nerval, Cros, Nouveau, on ne va pas nous faire marcher avec ces refrains d'autrefois.

Je me suis même laissé dire par un ancien ami que j'avais le goût du bibelot, avec ma façon de m'intéresser à tous les petits romantiques. Il paraît que j'ai de la condescendance pour les poètes mineurs. Et pourtant par là on entend Pétrus Borel, ce colosse.

Oui, je lis. J'ai ce ridicule. J'aime les beaux poèmes, les vers bouleversants, et tout l'au-delà de ces vers. Je suis comme pas un sensible à ces pauvres mots merveilleux laissés dans notre nuit par quelques hommes que je n'ai pas connus. J'aime la poésie. Je suis en mesure de le faire. Pouvez-vous en dire autant ?







Dernière édition par Patlotch le Dim 28 Fév - 15:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Jeu 24 Déc - 6:37


« le fœtus d'une révolution à venir »


La révolution, c'est par où exactement ? Nora Kervroëdan 13 déc. 2015

Je me promenais tranquille dans les rues de ma ville. Je marchais un peu trop vite quand j'ai percuté une femme majestueuse au coin d'une rue. Ou était-ce un homme ? Je ne sais plus. Son visage indescriptible était si complexe et multiple que ses profils n'étaient pas les mêmes. Tantôt femme, tantôt homme. Je lui ai demandé son nom, elle m'a dit "je suis la révolution".


Citation :
Citation : Révolution. C'est une question, affirmation, c'est une vision. La révolution est une prise de conscience. Être conscient des autres, de soi-même, d'eux et de nous. Être conscient, sensible, ensemble. Nous sommes un groupe d'individus, nous sommes un ensemble d'individualités, recomposées. Une conception de pluralités. Une combinaison d'opposés. La révolution est l'enfant sauvage de la Femme et de l'Homme de demain, la création de deux mains, de différents chemins qui convergent verticalement vers un même horizon.

C'est une question de vision, une capacité à voir, apercevoir–à percevoir, entrevoir. La puissance de notre imaginaire. Transmission d'imaginations. Imaginons notre monde, imaginons cette danse, un corps en mouvement qui suit les cris des premières lignes. Tout pouvoir est une aberration, disent-ils. Oui. Oui. Oui. Nous sommes une vague qui n'échoue jamais. Nous sommes l'écho d'un écho qui en crée un autre.

La vraie liberté n'est pas faite de papier. Elle n'est pas loi, louable, elle n'est pas légale. Elle n'est pas passive, elle n'est pas donnée, elle n'est pas demandée. La vraie liberté n'est pas faite de papier. Elle est anarchie. Elle est idéale. Elle est. Naturellement. Opportunité, activité. Murmurons « liberté » comme un secret qui se hurle. Pour voir plus loin que ce qu'ils proposent, plus loin qu'une superficialité nommée égalité, plus loin qu'une illusion nommée réalité.

« Oh tu planes, petite fille, tu rêves »


Mais oui, je Rêve. Rêve comme si ta vie en dépendait. Rêve parce que ta liberté en a besoin. Rêve parce que tu es humain(e), une main qui atteint. Rêve comme si les étoiles étaient des fils auxquels tes yeux s'attachent, ils te forcent à relever la tête, à regarder plus loin que tes godasses. Rêve parce qu'il ne nous reste que ça.

J'ai plusieurs noms, dit la révolution. Appelez-moi utopie, rêve ou idéal. Je suis un je et un tu. Je suis un individu et une multitude. Je suis la négation de ce qui existe, le miroir de ce qui viendra. Je ne veux plus de l'ancien sous un nom différent car je ne suis ni réformateur ni institution. Je ne suis ni autorité ni système, ni dieu ni maître. Je suis la transcendance de l'existant. Je suis un mouvement qui avance. Je suis l'humanité qu'il nous manque, je suis le destructeur de l'oppression, le broyeur de l'exploitation. Je suis le contraire de ce qu'ils nomment normal. Je suis le porteur d'un nouveau qui se renouvelle. Appelez-moi utopie, rêve ou idéal. Appelez-moi révolte !

Sur les traces d'Emma Goldman. Sur les traces d'Angela Davis. Dans les espaces qu'elles laissent derrière elles. Les blancs entre les mots, les vides entre les pensées. Je m'y insère. Je vous y attends. En tailleur, sur le sol, un cercle géant fait d'êtres humains conscients. Et puis ces vieux livres au fond d'une librairie. Trésor de l'humanité : la littérature est le spectre d'une révolution endormie, le fœtus d'une révolution à venir, la lampe torche qui illumine le chemin. Innovons.

Artistes : à vos guitares, à vos pinceaux. Écrivain(e)s : à vos mots, à vos crayons. Intellectuel(les) : à vos cerveaux, à vos idées. Ouvrier(e)s : à votre sueur. Humains : à vos cœurs, à votre liberté. Révoltés : à nos marches, à notre espoir, à nos rêves. Pour un idéal plus humain, plus fun, plus beau. Révolutionnaires : à vos marques, prêts, partez.

« Excusez-moi !

- Oui ?

- La révolution, c'est par où exactement ? »

Et alors dans un silence accueillant, ils se lièrent et en cœur s'écrièrent :

« C'est par là ! C'est par là ! »



La fin (qui n'est que début).  




le blog de Nora Kervroëdan
Littérature engagée, féminisme, anarchisme, révolution, rêve et utopie. Au bord du passé, au début du futur

texte de Nora Kervroëdan importé par ailleurs : Mon féminisme vous parle

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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Sam 2 Jan - 21:24



« Pour qu’autrui soit vraiment autrui,
il faut et il suffit qu’il ait le pouvoir de me décentrer,
d’opposer sa centration à la mienne »


Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible


cité par Matthieu Renault : Frantz Fanon et les langages décoloniaux. Contribution à une généalogie de la critique postcoloniale, p. 343 Conclusion : Du perspectivisme – guerre et paix en situation postcoloniale (PDF intégral)

voir aussi Matthieu Renault dans la revue Période

écho poétique

Je marche tu marches elle danse nous danse
Quand je nous décentre il vous la valse en transe
La flamme prend le dernier métro
Les papiers au feu et le maître au
Charbon à la mine ravie
Et si c'était ça la vie
Pour en avoir envie


extrait de La peau traverse les langages
Patlotch, 18 octobre 2003


n
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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Ven 22 Jan - 2:00

importé de IDENTITÉ COMMUNISTE : anarchiste ou communiste ? Quel besoin d'un NOM ?

retour sur l'identité communiste

mais au fond, est que (se) subjectiver individuellement et collectivement, ce n'est pas se construire une identité, nommer ce que l'on est par ce que l'on fait pour en changer ? Ici, une identité révolutionnaire, une identité de classe révolutionnaire, une identité de classe de la communisation, nécessairement multiple et non pliée à un dogme prolétarien auto-dissolvant ? Donc se donner un nom ?

j'ai critiqué autrefois l'identité communiste, mais c'était celle des militants du PCF, elle valait davantage et au-delà contre toute identité sectaire de parti ou de groupe, idée militante en tant qu'avant-gardiste, mais une fois compris, une identité communiste, c'est autre chose...  

comme nom, communiste me convient et me suffit, mais il faut bien pouvoir parler avec d'autres qui ne s'y reconnaissent pas sans que ce soit rédhibitoire : on ne demandera à personne de montrer ses papiers pour faire la révolution

théorie de la communisation
comme
critique de la raison prolétarienne


à propos de "noms"

Corinne Cerise a écrit:
Aujourd'hui [...] j'ai navigué à droite et à gauche sur le Net. Je me suis notamment attardée sur le livre-forum et sur le fameux forum "marxiste révolutionnaire de l'idéologie française".

Et donc, à propos de "noms" j'ai bien aimé que vous reteniez au final celui de "communisme/communiste" à la suite d'un débat avec vous-même (et avec d'autres, via des textes par exemple). De toute façon, ceux que le terme fait fuir pour cause de "socialisme-réel" sont des ennemis, surtout lorsqu'ils sont des faux culs honteux style NPA ou autres. À preuve...

... A preuve : sur le forum du NPA et assimilés (les "révolutionnaires marxistes" donc), j'ai remarqué quelque chose d'énorme qui m'a profondément choquée. Dans leur rubrique "syndicalisme et mouvements sociaux", ils font référence aux "Contis", aux "Goodyear", aux "Molex", etc.

En réalité ils REVENDIQUENT plein pot le fait que le capital assigne les prolétaires au travail, en tant qu'êtres séparés donc. Les "Contis", les "Goodyear", faut le faire quand même, non ? Nommer les prolétaires par le nom que leur donne le capitalisme, c'est un exploit.

Pas un seul Pierre, Paul ou Jacques sur ce forum, non, les "Contis", les "Molex" ! Une masse indistincte, lointaine, un vide sans "nom" justement. Pour ces marxistes de l'idéologie française, ça ne pose aucun problème de tirer un trait d'égalité entre prolos et travail ; ces "marxistes" ne revendiquent pour les prolos que l'existence par le travail. C'est hallucinant... Gattaz peut applaudir à deux mains.

Mais ce qui me choque le plus c'est que cela arrive encore à me surprendre.

Précision : ça ne me dérange pas qu'entre eux les ouvriers/res de Continental en lutte se soient eux-mêmes nommés ainsi, même si c'est pas génial. Ce qui est dégueulasse c'est que des "révolutionnaires" tous extérieurs aux luttes s'approprient ce vocabulaire jusqu'à en faire la caricature de ce qu'en font les patronS.



2010

Patlotch a écrit:
on pourrait admettre qu'un prolo, comme Césaire, leur retourne :

« Et quand je parlais de prolitude, c'était pour répondre précisément aux patrons qui nous considéraient comme des prolos. Hé bien non ! Prolo vous m'appelez, hé bien oui, prolo je suis !

N'allez pas le répéter mais le prolo vous emmerde. »


ce qui nous ramène au dépassement à produire d'identités de luttes sur la base de ces identités comme reconnaissance d'une existence déterminée par le rapport d'exploitation ou l'assignation à une race par la couleur de peau

un moment donc qui va au-delà de la résignation à rester ce qu'on est (esclave, genre femme, homme de couleur, prolétaire...) mais qui de ce point de vue entend ne pas le rester. Moment qui peut se scinder en deux postures :

- l'une "nationaliste identitaire" : c'est celle de Senghor dans la Négritude ou de Malcolm X dans le Black Power ,

- l'autre qui dépasse cette assignation tout en posant comme nécessaire l'autonomie de lutte (c'est celle qu'on trouve massivement dans les mouvements décoloniaux)

le moment de dépassement de ces postures s'engage avec d'autres conceptualisations : par exemple la créolisation selon Édouard Glissant, la définition « post-raciale » des "Nègres du monde » d'Achille Mbembe, mon je est des autres sur le plan individuel, et in fine l'identité de classe communiste produite par subjectivation révolutionnaire, que l'on préfèrera à la très programmatique et problématique "conscience de classe"

tel était, schématiquement, le mouvement de mon appel du 18 juin 14 à dépasser les identités de classe, genre, race, nations, religions... d'individus du capital et les identités militantes




Textes inédits - Reliure inconnue - 1955

extraits

« LES TACHES IMMÉDIATES DE LA PENSÉE RÉVOLUTIONNAIRE » Carlo Suarès, 1953

Citation :
DAUMAL
Conscience révolutionnaire est un pléonasme.

SUARÈS
Toute conscience naît d’un doute, et le doute s’attaque à toute foi, à tout dogme, à toute institution morte…

DAUMAL
… à toute prétention d’organiser la pensée et le sentiment. Elle renie le moi individuel égocentrique (nous disons le plus souvent le moi tout court) que trop souvent l’on nomme à tort la conscience.

BOUSQUET
Oui. Parfait.

SUARÈS
La fonction de la conscience doit donc être identique à celle de la Révolution.

BOUSQUET
Oui, Révolution : prise de conscience à quoi peut se résoudre toute étape d’un devenir individuel. Guerre de 1914 donnant à ceux qui y ont pris part le droit de ne plus se consi­dérer comme des Français, comme je l’écrivais dans un article pour les Cahier du Sud qui a été étouffé.

DAUMAL
Conscience : libérer l’homme du moi individuel. Révolution : libérer le social des moi-individuels.

SUARÈS
Conscience : briser le moi qui est une contradiction inté­rieure.
Révolution : briser les institutions nées sur la même contradiction intérieure.
Conscience : détruire, en l’absorbant, l’inconscient, qui est le passé.
Révolution : détruire, en les absorbant, les œuvres fon­dées sur le passé, qui était inconscient.

DAUMAL
Conscience : amener à la surface consciente les couches profondes de l’inconscient.
Révolution : amener au pouvoir les couches profondes de la société.

SUARÈS
Conscience : libérer l’homme de son passé pour lui per­mettre d’adhérer au présent.

DAUMAL
Révolution : donner à la collectivité le pouvoir d’adapter sans cesse les formes sociales au présent…

SUARÈS
… dans un état d’auto-création constante.



de fait, Corinne, votre remarque m'a conduit à considérer que, pour le meilleur et sans le pire, la théorie de la communisation est une critique de la raison prolétarienne, d'où le titre de ce commentaire

.
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MessageSujet: Re: L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION   Jeu 3 Mar - 16:43


extrait d'un échange chez Médiapart, ici


l'individu se mord là que son autre est mort, qui ne lui ressemble pas

Patlotch a écrit:
03/03/2016 14:03

je ne suis pas contre la libre expression de chaque individualité, mais comment peut-elle construire un « nous » s'il ne s'agit que de se mettre en vitrine sans apporter aux autres que son triste "je" ?

évidemment nombreux se regroupent en passant de l'égotisme à l'égoïsme collectif, comme on dit de mariages réussis. En grand ça donne l'esprit des nations, en petit la messagerie privée de Médiapart, si privée de "nous" qu'elle doit être imposée, de façon performative : je vous adhère à mon groupe,

l'individu se mord là que son autre est mort, qui ne lui ressemble pas


OLChantraine a écrit:
03/03/2016 14:47

Votre phrase :
"l'individu se mord là que son autre est mort, qui ne lui ressemble pas"
(qui n'en est pas vraiment une... Sans majuscule à l'intiale ni point au final...)
est aussi belle qu'énigmatique...

Est-ce une citation?
Pouvez-vous l'expliquer un peu, indiquer ce que vous entendez là.


Patlotch a écrit:
03/03/2016 15:44

merci de votre intérêt, ça risque d'être un peu long ...

ce n'est pas une citation, ça m'est venu comme ça, parce que j'écris parfois en brassant une approche poétique et des considérations plus "théoriques", c'est un de mes défauts dont j'essaye de faire une qualité

ce n'est pas une phrase, mais ce n'est pas à vous, spécialiste de l'Oulipo, critique littéraire et animateur d'ateliers d'écriture (trouvé ici), que je vais expliquer ce qui relève de l'invention libre d'un langage, d'une écriture, ce qu'on appelle parfois un style. Ne pas mettre de majuscule en début de phrase, ni de point à la fin, cela ne vaut qu'en allant à la ligne, comme dans la versification. C'est comme les "..." de Céline ou l'abolition de la ponctuation chez Saramengo. Quand ça devient systématique, une affectation comme dans les écrits tardifs de Céline, c'est lourd et cela perd tout sens. Dans les poèmes, c'est selon, je ponctue ou pas, majuscule ou pas, mais toujours avec un sens, un rapport au rythme, comme disait Meschonnic

la poésie, vous le savez, n'est pas quelque chose qui s'explique, mais qui se sent. L'explication peut la tuer. Si je devais (m')expliquer ce que j'ai "voulu" dire :

l'individu individualiste se mord la queue (là que...) parce qu'il est pris à son propre piège, égo-géré, comme dit Temps Critiques, prié d'être "acteur de lui-même", "l'artiste en travailleur" et réciproquement, comme l'a écrit Pierre-Michel Menger. "Là que" : où il dénie à l'autre une place comme semblable (qui ne lui ressemble pas), et donc en quelque sorte le met à mort (son autre est mort)

dans son texte Le manifeste de nos causes communes (Dire nous), Plenel évoque le Tout-Monde d'Édouard Glissant, renvoyant implicitement à ses concepts de Poétique de la relation et Créolisation, que j'ai commencé d'intégrer dans ma pensée en 2004 :  POLITIQUE DU SUJET  3.1. autocréation et 'créolisation' de soi . Aujourd'hui, je le brasse et le croise entre conception du dépassement de l'individu, poétique, et révolution, ce dont rendent compte des sujets tels que :

- L'INDIVIDU au-delà de L'INDIVIDUALISME => "Je est des autres" : COMMUNISATION 3
- POÈMES : ŒUVRES-SUJETS performatrices (Meschonnic) / POÉTIQUE de la RELATION et CRÉOLISATION (Édouard Glissant) 3
- UN RENVERSEMENT POÉTIQUE et RÉVOLUTIONNAIRE de Guy Debord à... Patlotch... 3

cela a à voir avec Marx (en substance, dans une société communiste, pas d'artiste, tout au plus des personnes pratiquant, entre autre, un art), comme avec la pensée décoloniale, cad à un dépassement de la notion occidentale d'art séparé de la vie sociale, vers une fonctionnalité relationnelle, un rapport débarrassé de l'échange de valeurs caractérisant le capital et la comparaison entre individus se mesurant les uns aux autres

voilà, désolé, long, mais je ne sais pas le dire plus simplement, c'est assez "dialectique et complexe". Maintenant est-ce plus clair ? Je n'en sais rien


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