PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» COMMUNISME : pensées de traverse
Aujourd'hui à 0:39 par Patlotch

» BIDONVILLES : SLUMS : BARRIOS DE TUGURIOS
Hier à 11:27 par Patlotch

» DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE
Jeu 17 Aoû - 18:27 par Patlotch

» LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
Jeu 17 Aoû - 17:02 par Admin

» COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)
Jeu 17 Aoû - 16:59 par Admin

» AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, une vision renouvelée
Jeu 17 Aoû - 16:37 par Tristan Vacances

» ÉTATS-UNIS, CANADA, QUÉBEC LIBRE
Jeu 17 Aoû - 8:56 par Admin

» POPULISME de GAUCHE : CHANTAL MOUFFE et ERNESTO LACLAU théoriciens trans-classistes / TONI NEGRI, ses ambiguïtés et les limites de l'OPÉRAÏSME, PÉRONISME...
Jeu 17 Aoû - 8:43 par Patlotch

» ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important
Jeu 17 Aoû - 8:10 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Jeu 17 Aoû - 7:47 par Patlotch

» PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?
Mer 16 Aoû - 16:41 par Tristan Vacances

» SEXE, GENRE, CLASSES, et CAPITALISME / FÉMINISME, INTERSECTIONNALITÉ et MARXISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James, etc.
Mer 16 Aoû - 13:33 par Admin

» FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !
Mar 15 Aoû - 7:55 par Patlotch

» actualités de la CRITIQUE DÉCOLONIALE
Mar 15 Aoû - 7:32 par Patlotch

» 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)
Mar 15 Aoû - 7:07 par Patlotch

» des MOTS que j'aime et d'autres pas
Jeu 10 Aoû - 17:40 par Patlotch

» EXTIMITÉ, les confessions de Patlotch : un rapport aux autres et au monde
Mar 8 Aoû - 13:38 par Patlotch

» ROBOTS contre PROLÉTARIAT ? mais... quelle plus-value ? UBÉRISATION et EXPLOITATION
Mar 1 Aoû - 10:23 par Patlotch

» THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse
Lun 31 Juil - 15:18 par Tristan Vacances

» les visites du forum : provenance, sujets les plus actifs et les plus lus
Dim 30 Juil - 12:17 par Patlotch


Partagez | 
 

 LA GRANDE BOURGEOISIE CAPITALISTE : EXPLOITEURS et POLITIQUES

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: LA GRANDE BOURGEOISIE CAPITALISTE : EXPLOITEURS et POLITIQUES   Sam 7 Nov - 9:09

j'ouvre ce sujet, puisqu'il s'agissant de classes sociales dans le mode de production capitaliste, il en existe deux antagoniques, la bourgeoisie et le prolétariat. Ces termes, pour aussi désuets qu'ils apparaissent, sont à prendre d'abord au sens conceptuel de l'implication réciproque entre économie politique fondée sur l'exploitation de la force de travail et activités de luttes de la classe ouvrière productive de plus value, source de la valeur et du profit...

il ne s'agit pas de figer les caractéristiques de ces deux classes à la sociologie qu'elles aveint à l'époque de Marx, mais bien entendu de prendre en compte leurs réalités actuelles, tant sur ce plan sociologique que celui plus structurel de la nature de leurs activités et de leur affrontement

ce sujet est donc le nécessaire complément de PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ? et "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie...

d'un point de vue plus phénoménologique qu'analytique, ou de la morale de l'histoire et des temps présents, on pourra consulter PAUVRETÉS et RICHESSES : produit de l'exploitation et des dominations capitalistes

créé tardivement relativement aux autres sujets du forum, celui-ci sera abondé progressivement de documents et textes analytiques

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: LA GRANDE BOURGEOISIE CAPITALISTE : EXPLOITEURS et POLITIQUES   Sam 7 Nov - 9:32

les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot sont considérés, en France, comme des meilleurs spécialistes de la sociologie de la grande bourgeoisie. Comme pour tous chercheurs en sciences humaines, on pourra consulter avec avantage leurs ouvrages, tout en distinguant leurs travaux théoriques ou scientifiques de leurs positions politiques

quelques titres


1989

Citation :
Entre Trocadéro et Monceau, Neuilly et Passy, vivent les grandes familles. Dans ces quartiers de l'Ouest parisien se concentrent les héritiers des lignées aristocratiques et des vieilles dynasties bourgeoises. L'élite sociale vit entre elle au rythme de ses rites. Pendant deux ans, les auteurs ont parcouru les beaux quartiers, interrogé les représentants de ces groupes privilégiés. Grâce à une enquête fouillée et minutieuse, ils en révèlent la vie quotidienne, racontent les rallyes pour adolescents, pénètrent les cercles très fermés. Par ce voyage ethnologique, ils dévoilent un monde d'ordinaire interdit aux profanes. Ils expliquent finalement pourquoi le gotha se rassemble dans un ghetto.



2005


réédition 2009

Citation :
Les discours sur l'effort individuel récompensé par le marché, sur les créateurs d'entreprise nouveaux maîtres du monde, sur les investisseurs institutionnels ou sur la " démocratisation " des placements financiers escamotent l'existence de la bourgeoisie. Pourtant, aucun milieu social ne présente à ce degré unité, conscience de soi et mobilisation. Ce livre lève un coin du voile qui recouvre les mystères de la bourgeoisie et montre ce qui constitue en classe sociale ce groupe apparemment composite. La richesse de la bourgeoisie est multiforme, alliage d'argent – de beaucoup d'argent – de culture, de relations sociales et de prestige. Comment les bourgeois vivent-ils ? Comment sont-ils organisés ? La bourgeoisie est-elle menacée de disparition ? Dans quelles conditions ses positions dominantes se reproduisent-elles d'une génération à l'autre ? Quel est le rôle des lignées dans la transmission de ces positions ? La bourgeoisie est-elle la dernière classe sociale ? C'est notamment à ces questions sur cet univers méconnu et qui préférerait le rester que répond ce livre rigoureux et accessible.



2006

Citation :
Qui dit grandes fortunes ne dit pas seulement argent. Lorsqu'elles sont anciennes, les fortunes économiques et financières sont aussi synonymes de culture et de sociabilité ; elles se trouvent au cœur de réseaux très denses, familiaux et extra-familiaux, aux ramifications internationales et aux échanges intenses, si bien qu'elles sont, en quelque sorte, mises en commun. Entretiens avec des représentants de ces familles, observations dans les lieux chics de France, les châteaux et les villas balnéaires, recours aux informateurs les plus divers, des directeurs de palaces aux gestionnaires de fortunes privées : les auteurs ont soigneusement démonté les rouages de cette cumulativité des fortunes et de cette quasi collectivisation chez les possédants. Un classique de la sociologie.



2007

Citation :
Les riches défendent leur pré-carré grâce à un réseau dense d'associations, de comités, de conseils, de cercles. Des rivages bretons aux châteaux de l'Oise, des beaux quartiers parisiens aux parcs et jardins de Normandie, les élites fortunées se mobilisent pour leurs espaces.

Les auteurs ont mené l'enquête auprès de militants peu ordinaires. Ils ont assisté aux dîners et aux cocktails où, à Neuilly et dans le 16e arrondissement, la haute société se retrouve et se concerte pour préserver la qualité de ses lieux de vie et veiller sur un entre-soi qui lui est vital. La grande bourgeoisie se protège des autres, quitte à former des ghettos. Les ghettos du Gotha.



2010

Citation :
[i]Depuis la parution du Président des riches en septembre 2010, les relations incestueuses entre le pouvoir politique et le monde de l'argent ont engendré de nouveaux rebondissements dans l'affaire Woerth-Bettencourt et dans l'incroyable feuilleton Lagarde-Tapie. Par ses amitiés et ses réseaux, Nicolas Sarkozy est toujours concerné. Ce qui est encore le cas dans la tourmente qui affecte les tableaux de la famille Wildenstein, ou le Mediator des laboratoires Servier. La violence des rapports sociaux atteint des sommets. La réforme rétrograde des retraites, le mépris affiché envers les enseignants et les magistrats, l'appel à la xénophobie en sont des expressions. L'allègement de l'impôt de solidarité sur la fortune est emblématique de cette guerre des classes menée par les plus riches alors que les déficits et les dettes leur servent d'armes et de moyens de chantage pour que le peuple accepte la baisse du pouvoir d'achat et la destruction des services publics. Décidément, Nicolas Sarkozy est bien toujours le président des riches. Ce nouveau livre continue à apporter des faits, des analyses et des arguments qui justifient de mettre à bas la puissance de la finance et des spéculateurs sans foi ni loi qui règnent sans partage.


voire leur bibliographie ICI





Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: LA GRANDE BOURGEOISIE CAPITALISTE : EXPLOITEURS et POLITIQUES   Ven 4 Déc - 8:59


de chacun selon son talent, à chacun selon sa richesse



Placide


Bernard Tapie devra rembourser plus de 404 millions d'euros Les Échos 4 décembre

Bernard Tapie : « Je suis K.-O., mais ça ne va pas durer longtemps » Le Monde 4 décembre



Bernard Tapie a réagi, dans une interview au « Monde », à la décision de la cour d'appel de Paris
selon laquelle l'homme d'affaire n'a pas été lésé par le Crédit lyonnais, sa banque,
lors de la revente d’Adidas en 1993. BRUNO FERT / PICTURETANK POUR "LE MONDE"





Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: LA GRANDE BOURGEOISIE CAPITALISTE : EXPLOITEURS et POLITIQUES   Lun 9 Mai - 12:28




Près de trente ans après sa parution initiale, la traduction française de Family Fortunes donne enfin accès à cet ouvrage classique qui analyse la genèse de la bourgeoisie anglaise. Celui-ci souligne combien la construction de cette classe sociale est indissociable d’un processus de séparation entre espaces de résidence et lieux de travail, ainsi que d’une redéfinition des normes de la féminité et de la masculinité venant reléguer les femmes dans la sphère privée.

Leonore Davidoff et Catherine Hall, Family Fortunes. Hommes et femmes de la bourgeoise anglaise, 1780‑1850, Paris, La Dispute, 2014 (recension Google)


Citation :
Family Fortunes est tout d’abord un livre passionnant. Dès la première section intitulée « Plantons le décor », les auteures nous introduisent dans les rues de l’industrieuse Birmingham remplies « de bruit et de fumée », dans les « verts jardins » de la banlieue résidentielle d’Edgbaston, et dans la maison de John et Candia Cadbury, où la vie familiale, désormais séparée du monde masculin des boutiques, s’organise autour des nouvelles missions assignées aux femmes. Subtilement se dessinent les idées fortes du livre. Durant ses 434 pages, nous assistons à l’histoire extraordinaire de la formation de la bourgeoisie anglaise et, surtout, au dévoilement d’une dimension occultée de cette histoire : la manière dont le genre a construit culturellement et spatialement un groupe social.



image ajoutée

La dimension sexuée de la construction des classes sociales

Dans la lignée des travaux de Edward P. Thompson sur la classe ouvrière anglaise (1991), Leonore Davidoff et Catherine Hall se donnent pour objectif de restituer les logiques de formation de la bourgeoisie anglaise. Rien d’automatique, en effet, dans l’émergence des classes sociales, contrairement à ce qu’une lecture marxiste, trop économiciste, pourrait supposer. La formation des groupes s’opère par le biais d’une « culture commune », qui vient les cimenter et en définir les frontières : comme le souligne Eleni Varikas dans l’introduction, Family Fortunes, modèle de finesse et de rigueur, marque un tournant dans l’étude de la formation des classes sociales. L’ouvrage montre comment, en cherchant à se distinguer d’une aristocratie dont elle subit la domination à la fin du XVIIIe siècle, la bourgeoisie anglaise va lier son sort à la religion, dans laquelle elle trouve des lieux de sociabilité, des valeurs, un style de vie. L’égalité spirituelle et la possibilité pour tous d’être racheté par le Christ viennent justifier son nouveau pouvoir.




À l’encontre, toutefois, d’une historiographie androcentrée, l’attention accordée aux relations entre hommes et femmes permet aux auteures, pionnières dans l’introduction de la notion de genre en histoire, de mettre au jour une dimension essentielle de ce processus. Cette lecture relationnelle, qui sera développée dans la revue Gender and History, fondée par Leonore Davidoff en 1989, deux ans après la publication de Family Fortunes, s’avère particulièrement fructueuse. La redéfinition des rapports entre les hommes et les femmes autour de normes et de destins fortement contrastés constitue le socle de la culture bourgeoise. Si la bourgeoisie s’impose en effet, c’est en imposant un « monde » profondément genré, où la différence des sexes est posée, sur une base religieuse, comme naturelle. Alors que les femmes étaient auparavant souvent « associées » aux affaires, et que, au sein de l’élite, leur droit à s’exprimer publiquement avait progressé, les deux sexes sont désormais appelés à évoluer dans des univers fortement ségrégés. Le déménagement progressif dans les banlieues résidentielles accélère ce phénomène, par ailleurs codifié dans les fonctions attribuées aux femmes : la maternité, la gestion du foyer et l’élévation religieuse et morale de tous ses membres.




Le processus même de constitution des classes sociales est donc sexué. Ce résultat essentiel fait de Family Fortunes un ouvrage indispensable pour tout sociologue contemporain des classes sociales, notamment dans le cadre des débats tels qu’ils sont encore posés en France. Alors que les discussions sur l’importance respective des rapports sociaux de classe et de sexe sont souvent une manière de réaffirmer le caractère « central » des premiers, les deux sont en réalité indissociables et doivent être pensés et étudiés empiriquement ensemble.




L’autre apport de cette histoire genrée des classes sociales consiste à prendre pour objet la bourgeoisie. Rares sont, en effet, les travaux qui appréhendent les normes de genre en haut de la hiérarchie sociale, les classes populaires étant généralement considérées comme le terrain propice à de telles analyses. Pourtant, les normes sexuées sont loin d’être l’apanage (et la caractéristique essentielle) des plus pauvres. À la lecture de Family Fortunes, on se rend même compte que la codification de la différence des sexes à travers des normes et des lieux strictement distincts est l’œuvre de la bourgeoisie de la fin du XVIIIe au milieu du XIXe siècle.

Non seulement la naturalisation de la différence des sexes se renforce au sein de la bourgeoisie sous l’effet de la doctrine religieuse et de l’idéologie domestique, mais on voit aussi s’y développer une masculinité bien particulière, celle du « chrétien bourgeois ». Par opposition à la virilité des aristocrates fondée sur le sport, la guerre et la conquête des femmes, les « hommes de bien » se définissent par le travail et l’investissement dans la vie familiale, la maîtrise de soi et la respectabilité. En parallèle, si elle bénéficie d’une égalité spirituelle, c’est une subordination sociale brutale qui frappe la femme, « épouse et mère pieuse ». La définition de l’homme comme subvenant aux besoins de sa famille, l’idéal du « mari d’âge mûr prenant soin de sa jeune femme, la guidant et la conseillant » (p. 319) renvoient de facto celle-ci à la dépendance.



ça donne des boutons et des rêves d'amant jardinier


Frontières

Un monde commun s’édifie ainsi sur la base de nouvelles frontières. Ces frontières délimitent un groupe, défini par son pouvoir économique mais aussi par sa culture, qui vient en retour définir l’activité économique, confondue avec l’identité masculine. Ces frontières sociales sont indissociablement symboliques : elles permettent à la bourgeoisie d’affirmer la supériorité morale de son style de vie par rapport à l’aristocratie mais aussi à la classe ouvrière. Surtout, ces logiques de distinction se marquent dans des frontières matérielles. Là réside, en effet, un apport précieux de Family Fortunes. L’ouvrage raconte la naissance des banlieues résidentielles bourgeoises où, contre la vie urbaine débridée, peut se développer une vie domestique régulée. Il donne à voir la transformation des villes industrielles (« Birmingham la noire ») en cités « aux rues spacieuses et bien pavées » (p. 423), dont les édifices publics témoignent de la nouvelle prospérité. Mais la formation de la bourgeoisie anglaise s’accompagne d’une autre distinction, elle aussi profondément genrée : celle du privé et du public, inconnue des travailleurs passant la plus grande partie de leur vie chez leurs patrons et leurs maigres temps de loisir dans les places publiques et les tavernes.

Le développement économique de la bourgeoisie implique une réorganisation stricte des sphères de la vie sociale, la vie privée étant redéfinie à la fois spatialement par le déménagement en banlieue, loin des boutiques, et moralement par l’importance de la vie religieuse et familiale. Si la contribution des femmes à l’entreprise reste déterminante, le dogme de leur dépendance économique rend celle-ci invisible et gratuite. Ces nouvelles divisions s’incarnent dans des frontières matérielles qui viennent à la fois consacrer et renforcer les hiérarchies (Bourdieu 1993). La mobilité des femmes est ainsi restreinte dès lors qu’il est considéré comme plus convenable de se déplacer en calèche plutôt que seule à cheval. « Des portails, des haies, des allées et de murs autour des maisons et des jardins » protègent désormais le « chez moi », celui de la « chaumière blanche, avec son porche fleuri de roses et de chèvrefeuille » (p. 348). Comme l’expliquent les auteures dans un des chapitres, le jardin, « symbole et pratique », est une extension de la demeure bourgeoise. Il incarne l’amour d’une nature sous contrôle et, près des pelouses soigneusement tondues, les garçons, qui plantent des arbres et des fougères, et les filles, des fleurs, s’initient à la différence et à la complémentarité des sexes.




Progressivement, la vie économique se fond dans un domaine public qui devient celui des hommes et est construit matériellement ainsi, notamment par l’« architecture des nouveaux édifices publics affectés aux sociétés bénévoles [qui] conservent la division sexuée rigoureusement établie par la culture de la taverne » (p. 410) : là, des salles séparées (et des temps séparés de prière) sont prévues pour les hommes et pour les femmes.

Dans Family Fortunes, les enjeux de pouvoir d’un monde où « rien n’était plus important que de définir et de classer des personnes, des lieux, un temps et une matière » (p. 311) sont finement restitués. Les auteures nous montrent que ces classements font l’objet de discussions incessantes, preuve qu’ils sont toujours débattus, et parfois contestés. Elles nous en livrent quelques témoignages, comme celui de ce marchand de laine, tellement fier de son rôle de père qu’il comparait sa famille à une « république » : « une république ainsi que nous le disions, mes frères et moi en sourdine, présidée par un dictateur » (p. 312), précisait malicieusement sa fille.

L’étude de la genèse des groupes permet ainsi de mettre au jour les logiques complexes des processus de séparation entre les sexes. La classification hiérarchise. Mais se constitue également, par la séparation des sphères et des fonctions, un domaine d’influence séparé pour les femmes, celui des foyers et des paroisses, tandis que la religion leur ouvre la possibilité d’une « carrière religieuse » où elles peuvent s’affirmer individuellement. La moralité, centrale dans le monde de la bourgeoisie, dépend bel et bien des femmes. Certes, la différence des sexes fonde l’inégalité entre ces derniers. Néanmoins, en dessinant des territoires séparés, la relégation de la femme dans la sphère domestique lui ouvre un espace d’intervention immense, tant l’éducation morale devient cruciale. C’est bien au sein de ces contradictions, source de craintes chez certains commentateurs de l’époque, que naissent les germes de recompositions futures.

Comme l’expliquent Leonore Davidoff et Catherine Hall, l’activisme philanthropique des féministes de la deuxième moitié du XIXe siècle viendra remettre en cause les évidences qui se constituent dans les décennies 1780‑1850, et notamment le cantonnement des femmes dans le privé. Au siècle suivant, d’autres féministes s’attaqueront à la famille comme « forme primaire et naturelle de l’organisation sociale », ou encore aux hiérarchies qu’institue l’idée même de différence entre les sexes. En prenant conscience des enjeux attachés à la construction de ces évidences – rien moins que la formation d’une classe dominante, la bourgeoisie –, on comprend qu’elles ne soient encore que tout juste ébranlées.

Bibliographie

• Bourdieu, P. 1993. « Effets de lieu », in Bourdieu, P. (dir.), La Misère du monde, Paris : Seuil, p. 159‑167.
• Thompson, E. P. 1991. The Making of the English Working Class, Londres : Penguin.





Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: LA GRANDE BOURGEOISIE CAPITALISTE : EXPLOITEURS et POLITIQUES   Lun 9 Mai - 12:51


" 1900 : triomphe du Bourgeois. Mais son épouse ? "


2014 ça voir plus

Citation :
Cette femme qui parade, élégante, au Bois, suscite bien des craintes et des interrogations : est-elle honnête ? Qu'est-ce au juste qu'une honnête femme ? Que peut-elle faire pour n'être point oisive ? Comment entretiendra-t-elle le nid familial et accomplira-t-elle les milles devoirs qui la rendront digne de ses titres d'Épouse, de Mère, de Femme au foyer ? Quelle fonction sociale pour elle, en dehors de la garde de la famille? Et quelle éducation peut-elle recevoir sans trahir, demain, sa vraie vocation ?

Ces questions engendrent toutes sortes de discours qui, dans leur diversité et leurs contradictions, codifient le rôle dévolu aux femmes de la bourgeoisie. Ce livre analyse le modèle ainsi formé et montre comment, en suivant l'évolution des mœurs, il perdure, de la ligne d'Épouse et Mère chapeautée et corsetée du début du siècle à la jeune Femme-qui-travaille d'aujourd'hui.



Revenir en haut Aller en bas
 
LA GRANDE BOURGEOISIE CAPITALISTE : EXPLOITEURS et POLITIQUES
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Grande Tétée 2010 - Lyon
» Opération de police de grande ampleur à Villiers-le-Bel
» Charia en Grande-Bretagne
» CHerche barnum ou grande tente pour petite fête
» Les partis politiques

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE :: ENTRÉES THÉMATIQUES : CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS... LUTTES :: CLASSES et CAPITAL comme économie politique/exploitation du prolétariat-
Sauter vers: