PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 (IM)MIGRANT.E.S, RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALISME, PRÉCARIAT GLOBALISÉ, "NÈGRES du MONDE"...

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MessageSujet: (IM)MIGRANT.E.S, RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALISME, PRÉCARIAT GLOBALISÉ, "NÈGRES du MONDE"...   Ven 1 Mai - 17:53

note du 16 décembre : ce sujet sera désormais réservé au feuilleton des informations sur les mouvements migratoires et de réfugiés, leur accueil ou leur refoulement, leurs luttes... Pour le reste, voir MIGRATIONS & RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALITÉS : analyses


United Color sans Benetton (suraccumulation 2)
Patlotch photomontages 30 avril 2014

deux petits textes d'Henri Simon sur les migrations, comme introduction à cette question toujours d'actualité, et plus particulièrement concernant le rapport entre "migrations" et "exploitation capitaliste" : les êtres humains dont le 'système' se débarrasse sont-ils vraiment et encore des "prolétaires", ou une nouvelle "race" différente de "la race des travailleurs" (Marx) ? L'effarante progression du phénomène migratoire annonce-t-elle une évolution du capitalisme vers un monde (encore) plus barbare, une distinction pire que celle que produit l'exploitation dans la production, entre "prolétaires nus" et "hommes aux écus", une catégorie poubelle du capital ou simple puits à esclaves sous-prolétariens ?

questions qui n'ont rien de théoriques, c'est histoire de poser le problème de façon plus subjective...

en relation : International Organization for Migration

Communisme ou barbarie (1) : les parias à l’assaut de la forteresse nord Henri Simon, Paru dans Echanges n° 148

Communisme ou barbarie (2) : Une industrie capitaliste de l’horreur, l’exploitation de la marchandise humaine « migrant » Échanges automne 2014

Henri Simon a écrit:

Communisme ou barbarie (1) : les parias à l’assaut de la forteresse nord

Paru dans Echanges n° 148.

Chaque jour, pres­que chaque heure, nous apporte son flot d’informations sur ces guerres classiques qui n’osent pas dire leur nom, entre Etats ou à l’intérieur d’un Etat, et qui continuent de coexister même si l’une chasse l’autre dans la diffusion médiatique au gré des exactions, des atrocités, de la menace des intérêts des grandes puissances ou des interventions directes ou indirectes de celles-ci. L’Ukraine prend le devant de la scène sur Gaza qui peut supplanter l’Irak et le Kurdistan qui camoufle ce qui se passe en Syrie et met un voile sur les interventions militaires en Centrafrique, et vice et versa. Mais ce n’est pas de ces conflits « ouverts » que nous voulons parler, bien qu’ils jouent un rôle dans une autre guerre, bien plus généralisée celle-ci, mais ignorée et seulement médiatisée d’une manière parcellaire, plus comme un fait divers que comme une guerre bien particulière. Ce qui est certain, c’est que de plus en plus les populations fuient ces zones de combat ou en sont expulsées pour des raisons ethniques ou religieuses.

De temps à autre, ces derniers conflits sont supplantés ponctuellement par les faits d’armes de ces guérillas ethniques, religieuses, nationalistes, défensives contre une assimilation ou un projet capitaliste grandiose qui détruit leur environnement. On trouve de ces guérillas de plus ou moins grande dimension et de durée variable dans presque toute l’Afrique, le Sud-Est asiatique ou en Amérique centrale ou du Sud. Hors ces percées médiatiques ponctuelles, elles tombent souvent dans les coulisses de l’oubli. Qui se soucie aujourd’hui, dans la montée chaotique des guerres « régulières », de l’esclavage sexuel forcé des 270 lycéennes enlevées par Boko Haram ? Qui se soucie aujourd’hui de l’activité des FARC en Colombie ou des nuisances des Maras en Amérique centrale ? Qui se soucie de la guérilla du Front Moro islamique de libération (MILF) aux Philippines ? Qui se soucie du combat des Ouïghours dans le Xinjiang chinois ? Pourtant, tout comme les guerres « régulières », ces guérillas alimentent par leur présence et par la répression des gouvernements « légaux » les troupes de cette guerre ignorée.

Surexploitation de la nature

Au-delà de ces guerres reconnues comme telles, même si elles ne tiennent pas la vedette médiatique du moment, d’autres facteurs que tous ces conflits contribuent à alimenter cette armée de l’ombre : plus que ces guerres, ces facteurs illustrent une situation mondiale chaotique qu’un capitalisme envahissant contribue à créer et dont les conséquences créent d’autres problèmes insolubles tout en renforçant ce chaos. Tout tourne finalement autour d’une surexploitation de la nature pour l’ensemble de ses productions, qui entraîne à la fois une dépossession directe des éléments de vie de toute une population, de l’autre une dégradation générale de cette nature dont les effets contribuent indirectement à d’autres dégradations et à d’autres dépossessions.

Concrètement, d’un côté l’extension intensive du capitalisme, dans des zones où il n’avait pénétré que relativement, fait que la concurrence capitaliste dans la production agricole et l’introduction de produits de large consommation réduisent les possibilités de vie des autochtones, alimentant cette armée des ombres réduite à chercher ailleurs de quoi survivre.

D’un autre côté, renforçant éventuellement cette dépossession par les dégradations qu’elle entraîne, l’utilisation intensive, irrépressible et incontrôlée des combustibles fossiles (liée à d’autres facteurs moins importants mais relevant aussi de ce développement fou du capitalisme) est la cause d’un dérèglement climatique à l’échelle mondiale. Les conséquences de ce dérèglement se révèlent multiformes, tant par des alternances de sécheresses catastrophiques et de pluviométrie intense que par la récurrence de phénomènes ponctuels désastreux (ouragans, typhons, tornades, etc.) ou la montée régulière irréversible des eaux marines envahissant les basses plaines côtières et renforçant le pouvoir destructeur des marées et des tempêtes. Des populations entières sont réduites à l’exode et doivent chercher d’autres territoires où survivre.

Ces populations sont ainsi poussées par différentes situations, réduites à tout quitter, parfois transitant dans des camps de personnes déplacées, parfois se lançant individuellement sur le chemin d’un exode pour tenter d’atteindre ce qu’ils croient, peut-être pas tant un eldorado mais au moins un endroit où la survie devient préférable à leur misère et à leur insécurité présentes. Ils sont ainsi des milliers, des millions à mener une autre forme de guerre, un assaut contre ce qu’ils pensent être des havres que sont les pays industrialisés, les bases du capital mondial, ceux-là mêmes qui sont la cause de leur migration forcée (mais qui pourtant subissent les contrecoups de leurs dérèglements qu’ils peuvent encore surmonter présentement).

Cette guerre inégale, ces combattants de l’ombre la mènent mains nues, sans autre arme que leur détermination prête à toute épreuve, même la plus dangereuse, en face d’un adversaire puissamment armé et protégé par des barrières supposées infranchissables. C’est une guerre sournoise, constante et si réelle mais qui se cache dans les replis d’une société dite « normale ».

Les petits soldats de cette guerre dont ils ont une faible conscience, ils la mènent dans l’exode, la misère, le mépris, la discrimination et parfois la mort. Ils viennent de partout où il y a, comme nous venons de le montrer, une misère imposée d’ailleurs et/ou l’insécurité et/ou un danger quelconque si menaçant qu’il leur faut quitter les lieux où ils ont vécu pour tenter d’entrer dans les pays où ils pensent trouver ce qu’ils n’ont plus, partir à l’assaut des forteresses que ces pays ont érigées pour se protéger de cette invasion persistante qui ne dit pas son nom.

Il y a bien deux camps, dont l’un ne se sait pas ennemi de l’autre, qui, lui, le sait : on parle du Sud partant à l’assaut du Nord, mais si c’est vrai en gros, il serait plus exact de parler du conflit entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Effectivement, cette armée des ombres monte souvent du Sud vers le Nord comme fascinée par une étoile qui les guiderait vers les paradis dont ils rêvent. Ils sont ainsi des millions, venus d’un réservoir humain inépuisable, rempli précisément par ceux-là même vers lesquels ils s’acheminent. La seule chose sur laquelle ils peuvent compter, outre leur farouche détermination, c’est la solidarité de leurs frères de misère et de combat. Ils sont prêts à accepter toutes les vexations, toutes les humiliations, la faim, la soif et les violences pour atteindre ce Nord qui tient tous les espoirs d’une autre vie.

La forteresse Nord est bien protégée, une protection sans cesse perfectionnée. Une protection qui à chaque instant prélève sa part de cadavres par milliers, dans le temps par centaines de milliers.

Ces protections sont « naturelles » : les mers sans fond ou les bras de mer où se noient ceux qui se lancent sur des esquifs fragiles ou pourris, surchargés de ces volontaires de la mort programmée, les fleuves où se noient les nageurs inexpérimentés, les déserts où les attendent la soif ou la morsure des serpents. Les rubriques « faits divers » relatent régulièrement les victimes de ces tentatives dangereuses, mais seulement lorsque leur nombre est suffisant pour émouvoir les chaumières. Chacun connaît maintenant pour ces drames récurrents les détroits, celui de Sicile ou de Gibraltar, l’île de Lampedusa, le Rio Grande, mais beaucoup moins ceux de l’Océan Indien ou du Pacifique qui sont trop loin pour des larmes de crocodile (qui se souvient aujourd’hui des « boat people vietnamiens et chinois ?).

Des grillages aux drones

Là où il n’y a pas de protections naturelles de la forteresse, un peu partout dans le monde, des barrières terrestres ont été édifiées avec un luxe de techniques sans cesse perfectionnée (voir ci-contre) avec des moyens inouïs de détection qui vont de murs réels aux hauts grillages électrifiés, des caméras aux ondes radars, des miradors aux drones. Tenter de franchir ces barrières terrestres emporte aussi son lot de victimes, électrocutées ou tuées par balle, mais individuellement, ce qui n’attire guère l’attention médiatique. Pour donner aux sceptiques une idée de la dimension de l’assaut contre la forteresse Nord, citons seulement le cas de la Grèce : en 2010, 30000migrants ont été interceptés sur les rives de l’Evros en Thrace, et on évalue à 128000 ceux qui sont passés cette année-là dans les mailles du filet. En 2009, il y aurait eu 2millions d’immigrants illégaux en Grèce en transit vers l’Europe. Même quand ils se heurtent mains nues à ces murailles naturelles ou humaines répandues à travers le monde, ces milliers, centaines de milliers, millions mêmes, ne savent pas qu’ils mènent une guerre contre un ennemi non identifié – sauf par sa peur d’être submergé par tous ces parias portés par leur nombre et leurs espoirs. Un espoir de vaincre porté par un désir de vivre plus fort que la mort. Si eux ne le savent pas qu’il mène une guerre sans merci, leur ennemi, lui, le sait.

Il le sait si bien que pour contenir les possibles petits soldats de cette persistante invasion, les « personnes déplacées » par différents méfaits du capital, sont parquées, non plus dans les « camps de rétention » trop connus sur les territoires nationaux, mais dans d’autres camps édifiés un peu partout dans le monde sous couvert humanitaires par ceux-là mêmes, les « grandes puissances » du capital, qui les ont poussés dans une telle situation. Ils sont ainsi plus de 50millions à pourrir littéralement derrière des barrières destinées également à les prévenir de venir grossir ceux qui sont déjà partis à l’assaut de la forteresse, une sorte d’armée de réserve difficilement contenue.

En face d’eux, menant cette guerre implacable se trouve un ennemi bien plus dangereux que la police et l’armée des Etats et leurs protections naturelles ou pas, ces répressions connues qu’ils craignent, connaissent et peuvent tenter de déjouer les pièges et de tourner les protections. C’est un ennemi inconnu, une sorte de figure mythologique aux cent bras et cinquante têtes – cent bras qui incarnent humiliations, vols, chantages, viols, esclavage temporaire, rançons, violences physiques, participation obligatoire à des trafics dangereux. La liste n’en est pas exhaustive, mais tous sont perpétrés par des hommes de hasard avides de gain profitant de leur faiblesse, souvent des marginaux comme eux. Et quand une partie d’entre eux ont réussi à échapper aux obstacles « légaux » et aux dangereuses tentacules et pensent avoir atteint la Terre Promise, de « bons citoyens » du pays où ils ont enfin pénétré peuvent les attendre sous forme de milice pour leur donner le baiser de mort (voir Etats-Unis : frontière perméable avec le Mexique).

Et s’ils en réchappent, la galère du sans-papier constamment aux abois, le bagne de l’usine ou l’esclavage agricole les attendent. Ou un internement dans une prison ou dans un de ces innombrables camps de rétention pour l’expulsion et un retour à la case départ.

H. S.

NOTES

* « Communisme » n’a rien à voir ici avec le capitalisme d’Etat style soviétique ou chinois ou les différentes moutures social-démocrates. Il postule une société où il n’y a pas d’exploitation de l’homme par l’homme et où chacun décidera par lui-même quelle sera son activité et comment il l’assumera. Les parias que sont les migrants de partout sont à l’extrême d’un monde communiste car dans leur destin, ils ne sont maîtres de rien, soumis d’un bout à l’autre de leur vie à toutes les contraintes d’un système auxquelles ils tentent d’échapper pour tomber dans d’autres contraintes.

Communisme ou barbarie (2) : Une industrie capitaliste de l’horreur, l’exploitation de la marchandise humaine « migrant » Échanges automne 2014

Henri Simon a écrit:


Dans un premier article (Echanges n° 148, été 2014), nous avons tenté d’expliquer comment dans la période actuelle les pays industrialisés tentent de se protéger par tous les moyens contre ce qu’ils considèrent comme une invasion menaçant leur intégrité politique, économique et sociale. Nous reprenons une approche plus théorique de cette question à l’occasion de révélations sur une nouvelle forme d’organisation des filières de l’émigration.

Le capital ne peut vivre que par l’exploitation de la force de travail c’est-à-dire en trouvant au moment voulu et dans les conditions requises les êtres humains capables de lui fournir ce qui lui est ab­solument nécessaire pour sa propre survie. Historiquement et encore aujourd’hui cela signifie qu’il doit déposséder les classes sociales échappant peu ou prou à son em­prise pour les contraindre, d’une manière ou d’une autre, à venir s’enrôler sur les lieux où se fait cette exploitation de leur force de travail. Schématiquement, il s’agit pour le capital de faire passer tout être lié à l’agriculture de subsistance ou de commerce local (paysans, artisans, ouvriers agricoles) à la condition de prolétaire dans tout secteur d’exploitation de la force de travail, à commencer dans le secteur industriel. Les conditions dans lesquelles s’est fait ce passage ont pu varier au cours de l’Histoire : de la force brutale à une lente progression , mais c’est une évolution qui se poursuit encore aujourd’hui dans les Etats où la pénétration capitaliste est toujours en cours, avec des formes renouvelées suivant les circonstances et les nécessités du capital.

Une forme d’exploitation de la chair humaine se met en place peu à peu dans le monde pour extraire le maximum de profit des migrations humaines, produit par excellence de l’activité capitaliste mondiale.

Ces migrations peuvent être approvisionnées dans le plus simple des cas par la pénétration capitaliste dans des secteurs géographiques peu touchés jusqu’alors, et s’opèrent soit à l’intérieur d’un Etat, soit à l’extérieur vers d’autres Etats supposés plus « accueillants » ; de toutes façons elles sont dues :

– soit à l’accaparement des terres avec l’éviction des paysans et de tout l’environnement social qui en vit,
– soit à une « liberté du commerce » qui déverse un flot de marchandises bas prix, ruinant les agricultures, l’artisanat et les industries locales,
– soit aux conséquences terribles sur les conditions de vie locales de l’évolution dramatique des phénomènes naturels causée par l’expansion incontrôlée et incontrôlable de l’activité industrielle capitaliste,
– soit à des guerres locales, con­sé­quences elles aussi des dé­stabilisations économiques causées par l’intervention des puissances industrielles autour de res­sources naturelles,
– soit, paradoxalement, par « l’aide humanitaire » aux populations déjà déplacées ou appauvries par l’irruption du capital, cette aide « gratuite » détruisant encore plus les structures locales d’approvisionnement notamment alimentaires et alimentant encore plus la masse des « déplacés ».

Des millions, des dizaines de millions de ces migrants qui ne savent souvent pas où aller, dépossédés de tout, sont des proies faciles pour tous ordres d’exploiteurs qui cherchent à en tirer le maximum de profit. D’une certaine façon, c’est une spéculation capitaliste sur ceux qui n’ont plus rien d’autre que l’espoir d’une survie quel­conque et sont prêts à croire dans n’importe quelle promesse d’entrer dans ce paradis qui serait l’exploitation « normale » dans un monde « sécurisé ».

Un premier stade auquel chacun peut penser est, pour les victimes des guerres diverses comme pour celles des bouleversements climatiques, l’enfermement dans ces camps de réfugiés dont le capital ne sait trop que faire, certains comme en Palestine depuis bientôt près d’un siècle. Ils paraissent être des sortes de réserves pour on ne sait quelle tâche future dans l’intérêt du capital.

Migrations internes


Un second stade représente ces centaines de milliers voire millions de personnes qui à l’intérieur d’un Etat sont contraintes, par l’expansion démo­gra­phique et/ou l’irruption du capital, de quitter leur misère agricole pour une misère industrielle.
Chacun a entendu parler des migrants chinois, les mingong, mais beaucoup moins de ceux de l’Inde ou d’autres Etats de moindre dimension.

Une des étapes de ce stade des mi­grations internes passe par les con­cen­trations urbaines, dans d’incroyables conditions d’insécurité, de précarité et d’hygiène, survivant de petits boulots, sortes de réservoirs de main-d’œuvre d’où chacun tente de s’évader par tous les moyens. Ce sont ces migrants qui ali­mentent pour partie les réseaux qui approvisionnent le marché humain capitaliste des pays développés.

Ailleurs

Tous n’ont d’ailleurs pas la possibilité d’aller dans ces réserves de main-d’œuvre que sont les camps de personnes déplacées ou les ghettos des grandes villes et tentent alors d’aller « ailleurs », vers les pôles ­industriels des Etats dits développés, dans lesquels ils voient une sorte d’«  eldorado  ».

Dans un troisième stade, les migrants forment ces légions qui partent à l’assaut des innombrables barrières destinées à endiguer le flot continu de ceux qui fuient ainsi leur misère. Chacun peut voir ces images de « clandestins » qui tentent de franchir, individuellement ou en groupes ces murs de natures diverses entre les Etats-Unis et le Mexique, entre la Grèce et la Turquie, dans l’enclave espagnole de Ceuta, entre Israël et les pays voisins. Chacun peut voir ceux qui tentent de franchir la barrière naturelle des mers. Comme nous l’avons montré dans l’article précédent, le « passage » est rempli de dangers et l’émigrant et totalement entre les mains des « passeurs ».

C’est l’aspect le plus sordide de ce commerce de la marchandise « migrant » car les passeurs évidemment se font payer, on pourrait dire, le prix à la mesure des dangers encourus et de plus, passage non garanti. Le « voyage » peut se faire, tout comme le tourisme, aussi bien en indi­viduel en recourant à des moyens divers approchés au coup par coup : sous couvert de tourisme ou de voyage d’affaire impliquant souvent la corruption d’un agent consulaire ou autre, utilisation d’une filière d’un passeur puis d’un autre pour chaque frontière à traverser, etc.

Mais ces recours paraissent réservés aux plus fortunés ou à ceux qui ont pu trouver des appuis divers ou qui peuvent encourir individuellement tous les risques possibles ; beaucoup se sont ruinés ou ont endetté leur famille pour acheter un visa ou payer un passeur. La plupart des migrants doivent passer de cette approche individuelle – l’artisanat pourrait-on dire – à celui des filières organisées de bout en bout comme une sorte d’agence de voyage. Ces filières ne sont pas sans risques mais le financement en est garanti, au prix, de la part du migrant, de sacrifices familiaux ou de « prêts » qui doivent être remboursés (au besoin par une violence sur le migrant ou sa famille restée au pays) lorsque le migrant arrive « à bon port ».

Plus-value

Mais cette activité précapitaliste dans l’industrie du migrant vient de passer au stade industriel dont le but, comme dans tout capitalisme développé, est d’extraire de la plus-value par tous les moyens. D’une part il s’agit de filières mondiales im­pliquant des complicités rémunérées depuis l’aval du pays d’origine du migrant jusqu’à l’amont du pays destinataire du «  produit  » réduit à l’état absolu de marchandise, soit entièrement en chair et en os, soit en partie sous la forme d’organes pour transplantation délivrés dans le pays réceptionnaire, où, d’une manière ou d’une autre, la marchandise migrant finit par arriver (on est loin du petit commerce des mères porteuses ou des enfants vendus pour adoption).

Une enquête sur ce qui se passe dans le désert du Sinaï a révélé à quel point ces filières sont puissantes et organisées sur une véritable base capitaliste, l’usine, dernier stade de l’extraction de cette plus-value étant ces chambres de torture, tenues dans ce cas par les Bédouins réduits à la misère par la construction d’un mur sur la frontière entre Israël et l’Egypte leur interdisant la contrebande des marchandises, mais pas celle des êtres humains et/ou de leurs organes vitaux.

Torture...

Ces filières trouvent leur matériel partout où il y a des concentrations de migrants, voire aussi des « individuels ». Prenons le début d’une de ces filières dans un camp de « personnes déplacées ». Un des « pensionnaires » est vendu, par exemple 100 euros, à son insu, par un gardien à un premier maillon de la filière, la marchandise migrant croyant au début du voyage vers la Terre Promise. Cette marchandise passe ainsi successivement entre les mains de différents revendeurs pour chaque passage de frontière, prenant chaque fois un peu plus de valeur. Lorsque le bonhomme parvient dans le Sinaï, son prix a centuplé et il vaut 10 000 euros qu’il s’agit de récupérer par tous les moyens.

Comme le migrant n’a pas un sou vaillant, c’est la famille qui doit cracher. La torture est le moyen privilégié. Le raffinement de ces tortures bénéficie de toutes les avancées modernes des techniques de communication. Un portable filme les séances de tortures et un autre portable remis à la famille lui permet de voir en direct et en temps réel le supplice de leur proche. Ces tortures sont de plus en plus sévères allant jusqu’à l’ablation de doigts par exemple. Si la famille cède, la torture cesse et la marchandise est livrée – abandonnée en fait – de l’autre côté de la frontière dans une totale insécurité.

L’argent est remis sur place à un intermédiaire et acheminé aux destinataires par des filières clandestines passant par des pays européens. Un effet secondaire dévastateur fait que souvent les familles, pour réunir l’argent ont dû liquider tous leurs biens, sont réduites à la misère, ce qui désorganise les structures locales et fabrique encore plus de candidats au voyage migrant.

Vente d’organes...

Ce migrant qui finit par passer la frontière est un chanceux. Car, si la famille ou n’existe guère ou est tout aussi impécunieuse, le migrant malchanceux finit par mourir sous la torture. Il n’est pas pour autant une marchandise perdue. Un médecin israélien passe la frontière avec une valise frigorifique pour prendre livraison, moyennant finance bien sûr, de tous les organes pouvant être transplantés. C’est ainsi que, d’une manière ou d’une autre, la marchandise migrant finit par atteindre le terme du voyage ayant craché toute sa valeur. La chaîne industrielle est parfaite et particulièrement rémunératrice. On évalue que, rien que pour cette filière israélienne, en 2013, plus de 50 000 mi­grants ont été « pris en charge ». Plus de 10 000 d’entre eux auraient « disparu » c’est-à-dire passé la ligne en pièces détachées.

Bien sûr, comme dans toute industrie il y a des commanditaires. Pour cette filière du Sinaï seule, un général somalien en serait la tête, mais lui-même ne serait qu’un prête-nom du président somalien et l’argent collecté servirait pour partie à renflouer les finances locales. En 2013, ce seul trafic aurait rapporté 600 millions d’euros. Inutile de dire que ce trafic est difficile à éradiquer car la corruption officielle et/ou clandestine règne à tous les étages du processus. De plus, ce type d’industrie attire les investisseurs en ce sens que des filières identiques se mettent en place ailleurs : les maisons de torture auraient essaimé en Libye, au Soudan et au Yémen, et elles peuvent se multiplier ailleurs, y compris à la frontière Mexique-Etats-Unis, tant la rationalité du capital exige son expansion dans les secteurs qui apparaissent plus rentables.

H. S.



Dernière édition par Admin le Mer 16 Déc - 5:56, édité 11 fois
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MessageSujet: "Conflits. Plus de 38 millions de personnes déplacées dans le monde"   Mer 6 Mai - 13:39

personnes déplacées dans le monde recherche Google

"Conflits. Plus de 38 millions de personnes déplacées dans le monde" Ouest France 6 mai

Citation :
Selon un rapport publié mercredi à Genève par une ONG norvégienne, l'Observatoire des situations de déplacement internes (IDMC), il y a 38 millions de déplacés dans le monde.

Les violences et conflits, surtout en Syrie et en Ukraine, ont poussé 38 millions de personnes à quitter leurs foyers et prendre la route dans leur propre pays pour tenter d'y échapper.

Ce nombre est un record, comme l'indique le rapport d'une ONG norvégienne ce mercredi.

« Il s'agit des plus mauvais chiffres concernant les personnes forcées à se déplacer depuis une génération, ce qui prouve que nous avons complètement échoué à protéger des civils innocents », a déclaré Jan Egeland, secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés.

30 000 par jour

Rien que pour l'année 2014, 11 millions de personnes ont dû se déplacer, dont 60 % viennent de 6 pays :  l'Irak, le Soudan du Sud, la Syrie, la RDC et le Nigeria. Concrètement, cela signifie qu'il y a eu en 2014, 30 000 personnes par jour qui ont abandonné leur foyer.

Ces 38 millions de personnes représentent l'équivalent des populations cumulées de 3 mégapoles, soit Londres, New York et Pékin, ajoute l'ONG.

Déplacés mais pas réfugiés

Ce rapport ne concerne que les personnes déplacées et ne prend pas en compte les réfugiés, soit les personnes qui ont quitté leur pays pour trouver refuge à l'étranger.

En 2013, selon l'ONU, il y avait 16,7 millions de réfugiés dans le monde. Il y a par conséquent deux fois plus de personnes déplacées que de réfugiés dans le monde.
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MessageSujet: "Xénophobie business. À quoi servent les contrôles migratoires ?" Claire Rodier 2012   Sam 9 Mai - 16:52

"Xénophobie business. À quoi servent les contrôles migratoires" ?" Claire Rodier 2012

lecture par Pierre Olivier Weiss : Migrants et mercenaires Le marché de la peur
Pierre Olivier Weiss a écrit:

Le drame de Lampedusa a jeté une lumière crue sur les effets du contrôle des frontières, que l’Europe externalise et privatise afin d’opacifier les responsabilités et d’entretenir un marché de la peur. Claire Rodier révèle les implications idéologiques et économiques de ce phénomène, et ses effets pervers.

Au delà des recherches sociologiques dans le champ espace-frontière [1], Claire Rodier, juriste au Gisti (groupe d’information et de soutien aux immigrés) et cofondatrice du réseau euro-africain Migreurop, révèle les liens tacites entre l’économie, la géopolitique, l’idéologie et les contrôles migratoires. Ces derniers sont analysés à l’aune de la mondialisation, à l’heure où la mobilité internationale est plus forte que jamais ; troublant paradoxe, constate l’auteure, puisque les techniques modernes de télécommunication ont complètement pulvérisé l’effet-distance et fait disparaître un certain nombre d’attributs des frontières. L’auteure étudie ces contrôles d’une manière scientifique malgré engagement militant au GISTI (groupe d’information et de soutien aux immigrés). Le propos du livre va au delà de la dénonciation, mais cherche à rendre compte des mécanismes et enjeux qui se cachent derrière les contrôles des frontières. Les contrôles migratoires sont en nette progression tandis que depuis les années 1960, le nombre de migrants a triplé à travers la planète. Les barrières qui sont dressées face à eux sont à la fois réglementaires (visas), physiques (murs) et virtuelles (radars, capteurs de mouvements). C. Rodier explique les dispositifs de contrôle de la manière suivante : « tout se passe comme si, au lieu d’apporter la sécurité promise, chaque nouveau dispositif de contrôle mis en place n’avait pour utilité que de révéler les failles et les lacunes des précédents, et pour finalité de justifier les suivants » (p. 11). Au niveau méthodologique, l’accès à des données chiffrées fiables est complexe en raison de la charge idéologique qui pèse sur les questions migratoires. Le recensement des décès fait par les ONG est, à ce jour, la seule source disponible pour prendre la mesure d’un phénomène qui s’amplifie à mesure que les contrôles se durcissent. L’auteure appelle à la constitution de données sur les incidences économiques de l’enfermement.

La sécurité : un gâteau à partager

Les entreprises du secteur de la sécurité privée, de l’externalisation des services et de la gestion de l’immigration tiennent une place de plus en plus importante. Plusieurs facteurs concourent à ce phénomène : dans de nombreux pays industrialisés, la réduction des budgets et des effectifs de la défense a reporté vers le secteur privé des missions assurées jusqu’alors par l’armée, créant ainsi de nouveaux marchés. Un des avantages de la privatisation des missions de sécurité pour les États est le fait qu’elle favorise l’opacité et la dilution des responsabilités en cas d’accident au cours des interventions et rend plus difficile la mise en cause des institutions mandataires. Ces entreprises para-privées agissent en quelque sorte comme des mercenaires (Bigo, 2003). De fait, la course à la rentabilité, dans laquelle la fin justifie les moyens, conduit à des prises de risque et à des incidents qui peuvent aller jusqu’à la mort du migrant.

La surveillance des frontières est devenue un véritable gâteau à partager. Le marché européen de la sécurité frontalière est alimenté par la redéfinition des frontières qui marque le début du XXIe siècle ; redéfinition géographique (élargissement successif de l’UE), politique (l’externalisation du contrôle des migrants), technologique (développement des frontière virtuelles). La technologie toujours plus perfectionnée a un prix, d’autant que le recours à la technologie de pointe est en soi un facteur d’obsolescence rapide du matériel utilisé, donc de nécessité de son renouvellement. Malgré une technologie toujours plus perfectionnée et toujours plus envahissante aux frontières, l’histoire récente montre que les « verrous posés ici ou là ont surtout pour conséquence de déplacer et de multiplier les routes et les points de passage empruntés par les migrants. Mais ne serait-ce pas là un des buts ? Au jeu du chat et de la souris, le chat n’a pas forcément intérêt à éliminer sa proie » p. 45).

L’industrie du drone est caractéristique de ce processus de transfert de technologie militaire vers des usages civils, qui permet aux fabricants d’armement de profiter des financements de la recherche dans ce domaine pour développer leurs capacités. La complexité des montages associant des organismes privés et publics de recherche aux industriels en pointe dans le secteur, comme la proximité des débouchés, favorisent la porosité entre les applications civiles et militaires. Coup double pour les marchands d’armes : nouveau créneau pour la technologie de la sécurité, la lutte contre l’immigration clandestine vient aussi soutenir le développement de l’industrie de l’armement militaire.

Rematérialiser la frontière et désigner un ennemi

L’industrie carcérale constitue un carrefour stratégique où se rencontrent des intérêts privés et des acteurs publics susceptibles de les défendre. L’enfermement constitue par conséquent l’une des pierres angulaires de la logique du contrôle. Les intérêts privés des gestionnaires des centres de rétentions augmentent à mesure de l’allongement de la durée de la détention. Mais l’industrie de la sécurité n’est pas la seule à tirer profit des contrôles migratoires dont les retombées économiques ne suffisent pas à expliquer le développement. Indépendamment de leur efficacité, l’impact recherché par les gouvernements qui les mettent en place est aussi de nature idéologique. Dans un premier temps, il faut désigner les coupables, et dans un deuxième temps justifier les mesures prises. Le mur de Cueta et Melilla par exemple a une dimension symbolique en ce sens qu’il est construit au moment même où, sur l’autre rive de la Méditerranée, entrait en vigueur la convention Schengen qui abolissait les contrôles à l’intérieur de l’Union Européenne (UE) tout en renforçant les contrôles à ses frontières extérieures ; sorte de matérialisation de la différence entre le dedans et le dehors, dialogisme étudié par l’anthropologie (C. Lévi-Strauss, 1968 ; G. Balandier 1971). Telle est bien l’une des fonctions de ces murs migratoires : ces « membranes asymétriques » comme le dit Hedetoft (2009) viennent symboliser la fracture Nord/Sud. En un sens les murs ne servent qu’à faire apparaître la frontière entre deux pays.

Depuis que la Roumanie et la Bulgarie ont fait leur entrée dans l’UE en 2007, les conditions pour expulser ses ressortissants sont devenues très retreintes. Pourtant, la France continue à annoncer des expulsions massives ; simple effet d’annonce car en réalité les expulsions sont factices. L’aide au retour humanitaire a permis de gonfler fictivement les chiffres d’étrangers éloignés du territoire français. À ce tour de passe-passe, s’en ajoute un second : les retours humanitaires n’empêchent a priori pas de revenir ceux qui en bénéficient lorsqu’ils sont ressortissants de l’UE, ce qui contribuent à faire augmenter artificiellement les chiffres des expulsions.

L’OIM affirme la primauté de la protection des États face à la réunification familiale et au droit à obtenir une protection contre les persécutions. Plutôt que de remettre en cause leur rapport au reste du monde, les gouvernants ont préféré livrer à une population traumatisée par les attentats du 11 septembre 2001 une solution simple, et électoralement plus rentable : faire croire qu’on va la protéger en verrouillant les portes. Lorsque l’opération permet de faire peser la suspicion sur des groupes identifiables — en l’occurrence, les personnes de confession musulmane — c’est en quelque sorte coup double. Et « si de surcroît elle vient opportunément légitimer les orientations d’une politique en mal d’assise, c’est la cerise sur le gâteau » (p. 102). L’auteure parle d’un amalgame potentiellement explosif : « Le fait d’associer terrorisme et immigration, spécialement quand l’ombre de l’islamisme vient se glisser entre les deux, sert à légitimer bien plus que les contrôle aux frontières. Il traduit aussi la représentation binaire de la société occidentale porteuse de valeurs universelles et menacée par les terroristes étrangers, ennemis de la démocratie et de la liberté » (p. 104). Cette image qui place le bien, la liberté et la norme d’un seul côté de la frontière, exclut l’hypothèse que ceux qui sont désignés comme des agresseurs pourraient défendre la liberté ou les valeurs d’autres peuples vivant ce rapport de force comme une oppression.

Des « petits arrangements entre voisins »

Ils sont monnaie courante : « côté pile, l’Union européenne cherche à assurer la sécurité et la stabilité de la zone géographique dont elle se veut le centre en établissant des partenariats privilégiés avec ses voisins, notamment le partage de valeurs communes. Côté face, ce partage de valeurs a un prix » (p. 107). L’Europe veut affirmer sa supériorité : en imposant à ses alliés de jouer pour elle le rôle de garde-barrières, elle conserve une main héritée de la période coloniale sur la définition des frontières. En face, les dirigeants des pays sollicités savent généralement tirer profit des attentes de l’Europe à leur égard. L’inclusion d’une « clause migratoire » comme condition du soutien apporté par l’Union aux pays qui l’entourent date de 2004. C’est à cette époque qu’a été lancé la « politique de voisinage », un processus destiné, au moment de l’élargissement de l’UE, à établir une relation privilégiée avec les nouveaux voisins sur la base d’un « engagement réciproque en faveur de valeurs communes ».

Les Maghreb et l’Europe partagent des intérêts : ce rapport de forces visiblement inégal n’explique pas à lui seul que les pays du Maghreb adaptent aussi volontiers leurs calendriers et leurs priorités aux attentes européennes. Les enjeux stratégiques régionaux leurs fournissent des leviers pour la négociation. La bonne fin des négociations dépend des leviers, ou des « carottes », dont la Commission dispose, c’est-à-dire d’incitations suffisamment puissantes pour obtenir la coopération d’un pays.

Une stratégie à courte vue

Les aspects économiques, idéologiques et diplomatiques se mêlent le plus souvent pour faire des contrôles migratoires les outils d’un système complexe derrière lesquels les buts affichés de leur mise en place ont tendance à passer au second plan. Deux instruments emblématiques : la création, par l’Union Européenne, de l’agence Frontex, et la prolifération, à l’échelle planétaire, des lieux de détention des migrants en situation irrégulière. La première est en passe de servir de base européenne de lancement pour l’utilisation civile des drones, armes de guerre recyclée dans la surveillance des frontières. Les seconds, occupent une place de choix dans le processus d’externalisation, par les pays riches, des basses œuvres liées aux exigence de leur politique de mise à distance des indésirables. Frontex dessine donc le cordon sanitaire dont l’UE cherche à s’entourer pour protéger ses frontières. Si les opérations qu’elle mène, en verrouillant les points de passage empruntés par les migrants, produisent des effets immédiats, leur efficacité à long terme n’est pas prouvée. La véritable question est de savoir pourquoi les personnes arrivent si nombreuses ; interrogation visiblement écartée par les autorités publiques. Pourtant, les barrières mises en travers de la route de ceux que poussent hors de chez eux la crainte des persécutions ou la nécessité interrompent rarement leur voyage. Elles les obligent simplement à trouver d’autres itinéraires, en général plus longs et plus dangereux. Loin de tarir les flux, ce type de barrière les ont en réalité déplacés.

Double fonction de l’enfermement

Durée extensive de détention, voire détention illimitée, multiplication des centres d’enfermement, privation de liberté pour les demandeurs d’asile : telles sont les tendances marquantes du traitement des étrangers par les politiques migratoires. Les camps d’étrangers sont des messages à l’opinion des pays d’ « accueil » qu’on a nourris d’une idéologie de la peur, et qu’on rassure en donnant l’impression, par l’enfermement de ceux qu’on lui a désigné comme ennemis, qu’on a les choses en main. L’avertissement joue aussi un rôle parmi les multiples facteurs qui déterminent l’itinéraire des migrants. La multiplication des lieux d’enfermement pour étrangers chez les voisins qui collaborent à la politique d’immigration de l’UE, témoigne qu’elle fait son chemin. La sous-traitance de la détention, qui épargne aux États membres de l’UE la gestion des sans-papiers, présente un double avantage : d’une part elle éloigne du regard les mauvais traitement dont ces personnes sont souvent victimes dans les pays dont les standards sont moins élevés qu’en Europe, en permettant de s’affranchir des obligations que les lois européennes imposent ; d’autre part, elle participe du rapport de dépendance que l’UE entretient avec son voisinage proche, en nourrissant les marchandages.

Violence, viols, rackets, séquestration, faim et soif, maladie, exploitation sexuelle et travail forcé font partie du quotidien de toutes celles et de tous ceux qui, poussés à l’exil sont contraints de contourner les voies légales du fait de la multiplication des contrôles. Partant de ce constat, l’ouvrage fait un tour d’horizon des multiples enjeux géopolitiques, économiques et sociaux corollaires aux contrôles frontaliers. La politique-spectacle a une place prépondérante dans la question migratoire. L’amalgame entre les différents visages de l’ennemi constitue un des ressorts du discours gouvernemental. La récurrence d’un discours politique qui associe les immigrés, de près ou de loin aux classes dangereuses qui menacent la société, combinée avec l’injustice et la discrimination qu’ils vivent au quotidien, est un facteur d’exaspération et de révolte dont on ne saurait s’étonner qu’il conduise certains à des actes extrêmes. Les fantasmes ont la vie dure, surtout quand ils font marcher les affaires.

par Pierre Olivier Weiss , le 7 octobre 2013




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MessageSujet: Crise migratoire dans le nord est de l’océan Indien   Mer 13 Mai - 20:42

Crise migratoire dans le nord est de l’océan Indien Le Monde

Le Monde a écrit:

La mer d’Andaman, dans le nord est de l’océan Indien, est en train de se transformer en une « Méditerranée d’Asie », traversée par des groupes toujours plus nombreux de migrants musulmans venus de Birmanie et du Bangladesh dans l’espoir d’une vie meilleure en Malaisie ou en Indonésie.

Le sauvetage d’environ 1 400 personnes découvertes dans cinq bateaux au large des côtes de ces deux pays, lundi 11 mai, illustre à quel point, à l’autre extrémité du continent eurasiatique, il existe aussi une volonté farouche des plus pauvres et des plus opprimés de fuir leurs pays.

Ce sont d’abord quatre esquifs transportant des migrants qui ont été découverts par la police sur le rivage de l’archipel touristique des Langkawi, au nord de la Malaisie. Le chef de la police locale a indiqué que plus d’un millier de personnes se trouvaient à bord de ses bateaux que les trafiquants d’êtres humains avaient abandonnés au large. Le même jour et plus au sud, le long des côtes de Sumatra, à Aceh, un autre rafiot avec à son bord quelque quatre cents personnes étaient secourues par les autorités.
Fosses communes
Ce soudain afflux de migrants est la répercussion de la découverte en début de mois par les policiers thaïlandais de fosses communes le long de la frontière de Malaisie où avaient été enterrés à la hâte une trentaine de migrants. Ces derniers,...

L’accès à la totalité de l’article est protégé  

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/05/13/crise-migratoire-dans-le-nord-est-de-l-ocean-indien_4633008_3216.html#JmJfeRrh8zxps6SC.99

Qui sont les Rohingyas, peuple le plus persécuté au monde selon l'ONU Le Figaro 11 mai

Le Figaro a écrit:

Près de 2000 migrants ont été secourus lundi près des côtes d'Indonésie et de Malaisie, abandonnés par leurs passeurs. Ils sont pour la plupart Rohingyas, une minorité musulmane chassée de Birmanie par les bouddhistes.

Les côtes européennes ne sont pas les seules à secourir quotidiennement des centaines de migrants. Ces derniers jours, l'Indonésie et la Malaisie doivent gérer un afflux inhabituel de clandestins qui échouent sur leurs rivages. Quatre bateaux avec environ 1400 personnes à bord ont été secourus lundi, vraisemblablement abandonnés par leurs passeurs. La veille, 600 personnes étaient recueillies dans les mêmes circonstances. Ce nouvel afflux arrive au même moment que le durcissement de la lutte contre l'immigration illégale en Thaïlande, leur point de passage habituel. Parmi eux, de nombreux Rohingyas fuient la Birmanie, victimes de discriminations et du discours haineux de leaders bouddhistes radicaux.

● Une minorité musulmane dans un pays bouddhiste

Les Rohingyas se considèrent comme descendants de commerçants arabes, turcs, bengalis ou mongols. Ils font remonter leur présence en Birmanie au XVe siècle. Le gouvernement birman estime pourtant qu'ils seraient arrivés au moment de la colonisation britannique et les considère comme des immigrants illégaux bangladais. En 1982, une loi leur a retiré la citoyenneté birmane. Après plus de 30 ans d'exactions, ils ne sont plus que 800.000 dans un pays de plus de 51 millions d'habitants à majorité bouddhiste. Selon l'ONU, ils forment la minorité la plus persécutée au monde.

● Le nettoyage ethnique de 2012

En juin 2012, un Rohingya est accusé du viol d'une Birmane. Ce sera le point de départ d'une campagne de nettoyage ethnique dans l'Ankaran, état du nord-est birman où ils vivent. Le régime birman ainsi que plusieurs moines bouddhistes sont accusés d'avoir participé ou favorisé un «crime contre l'humanité», selon les termes de Human Right Watch (HRW). L'organisation non gouvernementale estime que les autorités ont pris part à la destruction de mosquées, lancé des vagues d'arrestations accompagnées de violences et bloqué l'accès des organismes d'aide humanitaire aux musulmans déplacés. Le 23 octobre, au moins 70 Rohingyas ont été massacrés en une journée dans le village de Yan Thei, situé dans la commune de Mrauk-U.

● Un peuple chassé du nord-est de la Birmanie

Aujourd'hui, les discriminations se poursuivent. Les Rohingyas ne peuvent pas travailler, se marier ou étudier. Ils sont régulièrement expropriés, extorqués, privés de soins... Dans les villages rasés par les émeutes de 2012, leur patrimoine culturel a été détruit. Des centaines de milliers de Rohingyas vivent aujourd'hui dans des camps, les autres sont reclus dans leurs villages contrôlés par des policiers. Près de 140.000 personnes ont été transférées dans des camps de déplacés construits autour de Sittwe, la capitale d'Arakan. Sur 26 km2, les réfugiés s'entassent et vivent dans une extrême pauvreté. Le régime entrave régulièrement le travail des organisations humanitaires.

● L'exode vers les pays frontaliers

Chaque année, des milliers de Rohingyas fuient ces exactions en faisant appel à des passeurs. Aux côtés des bangladais qui fuient la pauvreté de leur pays, ils tentent d'atteindre la Thaïlande voisine. Entre janvier et mars, ils étaient 25.000 à avoir pris la mer, soit près du double par rapport à l'an dernier. Mais une fois sur place, ils se retrouvent être la proie de trafiquants qui les réduisent en esclavage. Accusée par la communauté internationale de fermer les yeux, voire de profiter de ce trafic, la junte thaïlandaise a récemment pris des mesures pour combattre ce phénomène. Plus de 50 policiers ont été mutés depuis la découverte d'un charnier de 26 corps le week-end dernier dans un camp de trafiquants, près de la ville de Padang Besar dans la province de Songkhla. Six autres corps ont été découverts mercredi dans la jungle. Dans ce contexte, l'afflux de migrants sur les côtes malaises et indonésiennes semblent indiquer que les trafiquants se sont déjà adaptés.
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MessageSujet: Migrants à Calais, témoignages, violences policières...   Mer 13 Mai - 20:53

Violences policières sur les migrants à Calais Actualités mai 2015

Les émouvantes confidences des migrants de Calais Rapport du Secours catholique via Le Figaro 16 avril

le rapport complet  « JE NE SAVAIS MÊME PAS OÙ ALLAIT NOTRE BARQUE » Paroles d’exilés à Calais

Secours catholique a écrit:
L’ÉCOUTE DES PERSONNES EXILÉES… BOUSCULE QUELQUES IDÉES REÇUES 05
INTRODUCTION 07

CONTEXTE ET MÉTHODE 08

LES EXILÉS ET CE QU’ILS VIVENT 10

A/ Qui sont les exilés entendus ?
11

A1/ Les genres 11
A2/ Les nationalités 11
A3/ Les âges 11
A4/ Les situations familiales 11
A5/ Les ressources professionnelles 11
A6/ Les niveaux scolaires 12
A7/ Synthèse 12

B/ Les motifs de départ 13

B1/ Les motifs de départ liés à des persécutions 13
B1a/ Les Soudanais exposés à des persécutions 13
B1b/ Les Érythréens exposés à des persécutions 14
B1c/ Les Afghans exposés à des persécutions 15
B1d/ Les Syriens exposés à des persécutions 15
B1e/ Les Pakistanais exposés à des persécutions 16
B1f/ Les exilés d’autres nationalités exposés à des persécutions 16
B2/ Les motifs de départ non liés à des persécutions 17
B3/ Synthèse des motifs de départ 17

C/ Le parcours avant l’Europe 18

C1/ Les durées de voyage 18
C2/ Le voyage avant l’Europe 18
C3/ Conditions de voyage et d’établissement avant le départ pour l’Europe 19
C4/ Le passage vers l’Europe 20
C5/ Le choix, initial ou non, d’un pays de destination 21
C6/ Le coût du voyage 21
C7/ Les sources d’information sur la destination envisagée 22
C8/ Visions de l’Europe et du pays de destination 22
C8a/ Ceux qui, au départ, n’avaient pas choisi de pays de destination 22
C8b/ Ceux qui, au départ, avaient choisi un pays de destination 23
C8c/ Synthèse sur les parcours empruntés avant l’Europe 23

D/ Les continuités entre le pays de départ et l’Europe 24

D1/ Les tentatives d’établissement 24
D2/ Les attaches en Europe 24

E/ Le parcours en Europe 26

E1/ Le passage par la Méditerranée orientale et la Grèce 26
E2/ La modération italienne en matière de prise d’empreintes sur la période durant laquelle nous avons entendu les exilés 26
E3/ L’ensemble des prises d’empreintes 27
E4/ L’errance des réfugiés en Italie et au sud de l’Europe 27
E5/ Synthèse sur les parcours suivis avant l’Europe 29

F/ À Calais 30

F1/ Les durées de séjour à Calais 30
F2/ La situation des exilés à Calais 30
F3/ La situation des exilés à Calais rapportée à ce qu’ils escomptaient 31
F4/ L’état de santé des exilés 32
F4a/ Les Verbatim sur l’état de santé des exilés 32
F4b/ Regard général sur l’état de santé des exilés 33
F5/ Les besoins et attentes des exilés 33
F6/ Le centre Jules-Ferry, un futur lieu d’accueil de jour 34
F7/ Les propositions des exilés pour améliorer leur situation à Calais 35
F8/ Synthèse de la situation à Calais

Secours catholique a écrit:
Dans un rapport publié jeudi, le Secours catholique a interrogé 54 migrants, dressé leur portrait et retracé leur parcours.

Qui sont les migrants de Calais? Comment vivent-ils leur exil? Pourquoi veulent-ils passer en Angleterre? Telles sont les questions auxquelles le Secours catholique a tenté de répondre dans un rapport publié ce jeudi. En interrogeant 54 migrants, l'association a dressé le portrait de ces hommes, retracé leur parcours et fait parler ceux qu'on entend rarement dans les médias. Ce travail d'enquête* mené fin 2014 a pour objectif de nourrir une mission de réflexion lancée par le ministère de l'Intérieur l'été dernier. Deux experts missionnés par Bernard Cazeneuve doivent analyser la situation des exilés et proposer des solutions pour sortir Calais de l'impasse d'ici le mois de mai, date à laquelle ils devront rendre leurs conclusions. Si l'étude du Secours catholique est loin d'être exhaustive et ne représente qu'un échantillon de 54 personnes sur les 1900 migrants bloqués actuellement dans la ville portuaire du Pas-de-Calais, elle permet de mieux comprendre leur situation et leur parcours. Radioscopie.

Jeunes et célibataires


A Calais, cohabitent plus d'une dizaine de nationalités: les migrants sont soudanais, érythréens, afghans, syriens, pakistanais, égyptiens, kurdes d'Irak ou encore éthiopiens, marocains et mauritaniens. Les exilés sont très majoritairement des hommes jeunes, célibataires, sans familles à charge. La moyenne d'âge tourne autour des 27 ans. Sur les 54 migrants interrogés, près de la moitié appartiennent à des catégories socioprofessionnelles supérieures : ils sont par exemple enseignants, ingénieurs, étudiants, banquiers, etc.

Les motifs de leur départ

La majorité des migrants interrogés (67%) ont expliqué avoir fui leur pays en raison des persécutions subies et 22% par crainte d'être la cible d'attaques. Dans ces cas-là, les causes de départ sont incontestablement liées aux contextes géopolitiques locaux. C'est notamment le cas des Soudanais, qui ont tenté d'échapper au génocide des populations africaines du Darfour par le gouvernement de Karthoum et les Janjawids, sa milice armée. «Ma ville a été attaquée, j'ai été incarcéré et torturé pendant un mois et dix jours», témoigne Fouad, un ouvrier agricole de 32 ans. Quand ils ne fuient pas la guerre, ils tentent de quitter une dictature ou un climat d'insécurité aiguë. Ici, un étudiant érythréen de 24 ans a été emprisonné et battu pour avoir liké une page Facebook. Là, un collégien afghan de 15 ans a fui le pays car «là où je vis, il y a des Talibans, pas d'école et pas de sécurité. C'est ma famille qui a décidé de me faire partir». Sur les 54 personnes interrogées, seules trois sont parties pour des motivations économiques.

Le parcours vers l'Europe

Les exilés de Calaisis sont partis depuis 952 jours, soit environ deux ans et demi, affirme encore le rapport. La majorité d'entre eux rejoignent l'Europe via la Libye, en embarquant sur un bateau de fortune vers l'Italie. Moins nombreux, certains entreprennent le voyage à pieds, traversant l'Iran, la Turquie avant de passer en Europe centrale. Pour le Secours catholique, le passage vers l'Europe est toujours risqué et difficile: «Pour eux, il a fallu passer des heures, voire des jours, sur des navires de fortune, à la merci de passeurs souvent violents pour faire supporter aux exilés des conditions très difficiles: bateaux surchargés, absence de nourriture ou d'eau, mauvais traitements…»

Le prix du voyage

Le coût moyen du voyage s'élève à 3000 euros. «Les sommes dépensées par les exilés pour venir se réfugier en Europe sont très importantes au regard des niveaux de vie» des pays de provenance, relève l'étude. Au Soudan, le salaire moyen annuel par habitant est de 1450 dollars, d'après la Banque mondiale alors qu'il est de 570 dollars en Afghanistan. «Le coût moyen d'un voyage est ainsi de l'ordre de deux ans de salaire moyen soudanais ou de cinq ans de salaire afghan», résument les auteurs. Pour les Syriens, la facture dépasse les 5000 euros.

Le rêve de la Grande Bretagne ? Pas toujours

Fait peu connu: près de la moitié des exilés ont tenté de s'installer dans un pays voisin du leur, avant de partir pour l'Europe. Mais voyant les mauvaises conditions d'accueil (persécutions, absence d'emploi, etc), ils ont poursuivi leur voyage. Youssef, commerçant de 25 ans, parti du Soudan, a bien tenté de rester en Libye. Sauf que «tu peux être tué à tout moment, pour rien, raconte-t-il dans le rapport. Des enfants de 12 ans ont des armes, des personnes te mettent en prison et on appelle ta famille pour demander 1000 dinars pour ta libération. Je suis resté neuf mois en Lybie avant de partir pour l'Italie».

Au final, la majorité des personnes entendues n'avaient pas choisi de pays de destination quand ils ont quitté leur pays. «Rares sont ceux qui ont d'ailleurs choisi de partir pour le Royaume-Uni au moment de leur départ», notent les auteurs du rapport, rappelant que leur but est surtout de trouver un pays d'accueil pour «vivre en paix». Et quand ils hésitent sur leur destination, ils se basent avant tout sur les conseils de «leurs compatriotes», seules personnes à qui ils font véritablement confiance.

Toujours à Calais, des migrants prennent un repas chaud, distribué par l'association «La vie active» en janvier dernier.

Désillusion à Calais

Les migrants sont à Calais depuis 75 jours en moyenne et vivent dans des conditions qu'ils ressentent comme «inhumaines», malgré le travail des associations sur place. «Je n'arrive pas à dormir tellement j'ai froid, confie Mohammed, 27 ans. Je ne mange qu'un repas par jour. Je n'ai pas de vêtements propres et je ne peux pas prendre de douche». Professeur d'anglais syrien, Mohamad est à bout: «Certaines fois, je regrette d'être venu. Je risquais la mort en Syrie mais, ici, j'ai l'impression de mourir chaque jour un petit peu».

Leur projet central : demander l'asile

Une majorité des exilés interrogés souhaitent faire une demande d'asile en Grande Bretagne (54%), comme en témoigne Nasseredin, un agriculteur soudanais de 29 ans: «Je ne sais rien de l'Angleterre mais je pense que, là-bas, c'est mieux qu'ici où je suis maltraité. La France, c'est bien ; mais le début, c'est dur, il n'y a pas d'accueil. Les chiens sont mieux traités que nous. Ils se douchent, ont des manteaux, des couvertures, une maison. J'ai peur de demander l'asile ici en France et de me retrouver dehors». Par ailleurs, un quart des migrants veulent demander l'asile en France (24%). Adam Saleh, ouvrier agricole au Soudan, se montre motivé: «Je serai un bon Français. Je serai au service de la France, promet-il. Plus concrètement: j'apprendrai le français et je ferai ce que je trouverai». Pour les autres, leur choix est plus incertain (5,5%), une petite partie veut rester sans papier (9%) et une autre veut retourner au pays (5,5%).

Et si leur projet ne se concrétise pas ?

Près de 70% des migrants interrogés ne voient aucune alternative. Quant aux autres, ils imaginent un plan de secours: «Je chercherai ailleurs jusqu'à ce qu'un pays m'accueille. Je ne connais pas le mot «renoncer», sinon j'aurais [déjà] renoncé en Lybie», répond Mohamed, un carreleur de 27 ans. «Je rentrerai en Syrie, si la situation s'améliore. C'est mon seul amour», témoigne à son tour un professeur d'anglais. Abattu, Ahmad, infirmier de 25 ans ne voit pas vraiment d'autre issue: «Je ne pourrai plus vivre dans ce monde».

(1) Les entretiens individuels ont été menés en novembre et décembre 2014. Ils ont été effectués individuellement, dans des voitures ou dans les locaux du Secours catholique. Les migrants interrogés ont été repérés sur les lieux de «jungle» et de squat.

(2) Jérôme Vignon, président de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES) et au préfet Jean Aribaud.







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MessageSujet: "Traitement des déchets"   Sam 16 Mai - 11:33

Traitement des déchets Juliette Keating 14 mai 2015

Julliette Keating a écrit:

Elle tourne, elle carbure, elle s'emballe, la grande mécanique à fabriquer les profits. Il faut dire qu'ils la bichonnent, leur machine à multiplier les lingots. Bien huilée, révisée au poil, elle ronronne et si, par malheur, il lui vient un hoquet, un tour d'écrou supplémentaire et la voilà repartie de plus belle. La prolifique bécane crache toujours plus de milliards dans la poche de ceux qui sont déjà gavés jusqu'à la luette. La vie des obèses du pactole serait presque un long fleuve doré, s'il n'y avait l'encombrant souci du déchet industriel.

Que faire des déchets de la tourniquette à s'enrichir ? se demandent gravement les propriétaires réunis en commissions. Comment se débarrasser des pauvres ? Certes, nous pourrions les manger, mais après leur éreintage-laminage sous les rouleaux à essorer, ces salauds sont dégoûtants. Qu'ils se bouffent entre eux, c'est mieux. Leur flanquer la trouille, les convaincre que le pire ennemi du pauvre est le pauvre, ce criminel, ce terroriste, ce profiteur. Car les souffrances des pauvres n'ont d'autre cause que la spoliation des pauvres par les pauvres, ces fraudeurs d'allocations, ces fainéants qui se nourrissent sur la bête, ces vampires colorés du minimum social déferlant comme des nuées de sauterelles venues des contrées sauvages pour sucer le sang du pauvre hexagonal. Leur coller la haine de leur semblable puis leur taper dessus. Sous la matraque, la carne de pauvre s'attendrit même quand la matraque est symbolique. Alors tapons, tapons, tapons ! La grande dévoration des pauvres par eux-mêmes, finalement, c'est ça la solution.


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MessageSujet: Re: (IM)MIGRANT.E.S, RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALISME, PRÉCARIAT GLOBALISÉ, "NÈGRES du MONDE"...   Lun 18 Mai - 20:08

Julliette Keating a écrit:
Bonhomme ou le libéralisme Médiapart 18 mai 2015

Juiliette a écrit:
En s’avançant vers la République, Bonhomme rencontra des Blacks assis dans un campement établi le long d’un mur. La pluie fine transperçait les bâches grossièrement fixées et mouillait les matelas noircis par la poussière de la rue. Bonhomme aborda l’un de ces hommes maigres, qui buvait du thé en grattant les plaques rouges sur ses mains.

«  Eh, Mon Dieu ! lui dit Bonhomme, que fais-tu là, mon ami, dans la situation déplorable où je te vois ?

– J’attends les papiers que va m’apporter Mr. Jay des Quotas, le fameux préfet, répondit le black.

– Est-ce ce Mr. Jay des Quotas qui t’a mis dans cet état ?

– C’est le système, Monsieur ! On nous embauche sans papiers et on nous fait travailler sept jours par semaine, trois fois moins payés. Si on n’est pas productif, on est viré. Si on tombe malade, on est viré. Si on se plaint, on est viré. Je me suis trouvé dans les trois cas. C’est à ce prix que vous dormez dans des logements propres. Cependant, quand j’ai quitté l’Afrique pour faire mes études, mon père me disait : « Remercie le Tout-Puissant et adore-le toujours : tu as l’honneur d’aller étudier dans le beau pays de France ! Glorieux, tu rentreras au village fort d’un diplôme qui t’ouvrira les portes de la réussite. Va ! Tu fais la fierté de tes parents. » Hélas ! Je ne sais pas si j’ai fait leur fierté mais j’ai perdu la mienne. Aussitôt débarqué du bateau, je suis allé voir ma tante ; j’ai vu s’éloigner l’ambulance : Tantine avait sauté du sixième étage de son immeuble en flammes. J’ai cherché Tonton : il était mort, la tête brisée pendant sa garde à vue ! J’ai trouvé mon cousin, mais trop tard ! Le charter décollait. Ses frères sont en centre de rétention. J’ai dormi dans un squat, et j’y ai laissé le peu que j’avais : un matin, un groupe d’hommes cagoulés ont cassé la porte, nous ont aspergé de gaz lacrymogène et nous ont fait sortir à coups de matraque. Depuis, j’attends dans la rue les papiers que va m’apporter Mr. Jay des Quotas. Des militants viennent me parler tous les jours des Droits de l’Homme. Si ces gens disent vrai, c’est qu’il doit y avoir quelque chose en moi qui n’est pas humain. »

- Ô Manus Occulta, mon maître ! s’écria Bonhomme, tu n’avais pas deviné cette abomination. C’en est fait, il faudra à la fin que je renonce à ton libéralisme.

- Qu’est-ce que libéralisme ? demanda une fillette qui vivotait là.

- Hélas, dit Bonhomme, c’est la rage de croire qu’on est libre quand on n’est rien.

Le cri de sirènes hurlantes se rapprochait du camp tandis que Bonhomme versait des larmes en regardant son black. En pleurant, il s’engouffra dans la bouche de métro.

D'après Voltaire, Candide, ou l’Optimisme, 1877 septembre 2009

Septembre 2009 ! Il y a donc presque six ans que j'ai écrit ce texte. Le président était alors Nicolas Sarkozy, le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux. Aujourd'hui le pays a changé de gouvernement, de président et, parait-il, de politique. Mais pour les sans-papiers, la situation ne s'est pas améliorée.

Après avoir assisté au beau spectacle interprété par huit comédiens sans-papiers, membres du collectif 81 avenue Victor Hugo, au théâtre de la Commune d'Aubervilliers (mise en scène Olivier Coulon-Jablonka), spectacle émouvant qui raconte avec talent, dignité et un certain humour les voyages et les expériences des migrants, l'affligeant come-back de la politique des quotas et du tout sécuritaire européen augmente encore la nausée. Les passeurs sont coupables de l'exploitation de la détresse des migrants, les migrants sont coupables du trafic odieux des passeurs... l'Europe n'est jamais coupable de rien, de rien, de rien... Elle fait de l'humanitaire l'Europe, c'est dire !


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MessageSujet: Re: (IM)MIGRANT.E.S, RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALISME, PRÉCARIAT GLOBALISÉ, "NÈGRES du MONDE"...   Ven 22 Mai - 10:35

Grande-Bretagne Immigration Actus

Le Premier ministre britannique prépare une série de lois pour ralentir l’immigration et punir les clandestins Les Echos

Les Échos a écrit:

Le Premier ministre britannique prépare une série de lois pour ralentir l’immigration et punir les clandestins.

Renforcé par sa victoire aux législatives et décidé à négocier durement la place de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne, David Cameron s’est attaqué de front jeudi au sujet qui le fâche avec ses voisins : un plus grand contrôle de l’immigration sur le territoire britannique. Il entend notamment réduire le nombre de professionnels étrangers non européens.

Le Premier ministre a ainsi dévoilé une série de mesures pour durcir la lutte contre l’immigration illégale, qui seront présentées lors du «Queen’s Speech», le 27 mai devant le Parlement. Parmi elles, la saisie des salaires de travailleurs clandestins, l’expulsion de ceux qui auront commis un crime avant même d’avoir eu la possibilité de faire appel, ainsi que le fichage de criminels étrangers. « Le nombre de gens qui viennent dans notre pays est trop élevé et doit être diminué » , a-t-il affirmé. Il prend la tête d’une « task force » qui va mobiliser tout le gouvernement pour réussir un objectif qui tient à cœur aux conservateurs : réduire à 100.000 le solde migratoire annuel.

On en est loin. Les derniers chiffres publiés jeudi par l’Office for National Statistics montrent que le solde migratoire net au Royaume-Uni est en hausse de 52 % en 2014 par rapport à l’année précédente. il s’établit à 318.000 personnes, contre 209.000 en 2013. L’an dernier, 641.000 personnes sont entrées au Royaume-Uni, dont 268.000 en provenance de l’Union européenne (en hausse de 67.000) et 290.000 venant d’ailleurs (+ 42.000 par rapport à 2013).

Les clandestins ne sont pas les seuls visés. Déjà, en novembre dernier, David Cameron avait souhaité modifier les conditions du versement de prestations sociales aux immigrés venus de l’Union européenne . Dans le viseur, les Européens de l’Est. L’an passé, 46.000 Roumains et Bulgares sont entrés au Royaume-Uni, deux fois plus qu’en 2013.

Une période limitée

Mais il veut désormais diminuer le nombre d’entrées de « professionnels » non européens, dont le seuil est déjà limité à 20.700 par an . Les entreprises ne pourront plus, par exemple, embaucher un travailleur étranger sans avoir préalablement publié leurs offres d’emploi en Grande-Bretagne. Certains métiers où les sous-effectifs sont importants – infirmières, ingénieurs, enseignants ou chefs – ne pourront recruter que pendant une période limitée. A charge pour la Grande-Bretagne d’augmenter le niveau de compétences de ses ressortissants.

Vendredi à Riga, lors du sommet des chefs d’Etat sur le partenariat oriental, David Cameron aura l’occasion d’expliquer à ses homologues les réformes qu’il réclame de l’Union européenne, avant de les préciser lors du sommet du 26-27 juin à Bruxelles. Mais le sujet de la libre circulation des personnes est considéré comme un casus belli par la plupart des pays membres.


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MessageSujet: A en devenir folles : reportage dans un centre de détention pour migrantes en Libye   Ven 22 Mai - 14:08


À en devenir folles : reportage dans un centre de détention pour migrantes en Libye Regard sur l'Afrique 22 mai 2015

Regard sur l'Afrique a écrit:
Après avoir échoué leur traversée de la Méditerranée, des femmes sont détenues pour de longues périodes et dans de mauvaises conditions. Elles veulent rentrer chez elles, mais les moyens financiers font défaut

TRIPOLI – Deux femmes regardent au-dehors à travers la grille cassée qui recouvre une des fenêtres du centre de détention pour immigrées clandestines de Sorman. Elles font partie des sept détenues de longue durée qui sont arrivées en Libye à la recherche d’une vie meilleure et se sont retrouvées incarcérées dans une prison froide et humide qui a fini par les rendre folles.

« Voici Aiy Girma. Elle est éthiopienne et malade mentale », a déclaré Mohamed, un gardien du centre de détention, parlant à travers le masque en papier vert que portent les membres du personnel en entrant dans le centre pour se protéger contre les maladies dont, selon eux, beaucoup de femmes sont atteintes.

« Elle est l’un de nos cas les plus difficiles, car elle n’avait pas de papiers sur elle et ne pouvait pas se souvenir de son nom complet ni de son origine exacte ; nous n’avons donc pas pu contacter sa famille, a-t-il expliqué. Et voici Mary. Quand elle est arrivée ici, elle se portait bien et travaillait, mais elle a commencé à avoir un comportement étrange, et lorsque nous avons essayé de l’expulser, dans l’avion elle a commencé à danser et à devenir folle, si bien que nous n’avons pas pu la renvoyer, puisque cela aurait été contre sa volonté. »

Aucun traitement médical n’était disponible, a expliqué à Middle East Eye le colonel Ibrahim al-Mahjoubi, directeur du centre de détention de Sorman. L’année dernière, quand un maigre budget était encore disponible, il envoyait des femmes malades dans une clinique privée locale car l’hôpital public refusait de les prendre en charge, craignant qu’elles ne soient atteintes de maladies du sang.

« La dernière facture d’hôpital était de 1 700 dinars libyens (environ 1 110 euros). Je ne peux plus faire ça car il n’y a pas d’argent, a déploré Mahjoubi. Je vais jusqu’à accoucher moi-même les femmes parce qu’il n’y a pas d’argent pour payer une aide. Il n’y avait personne d’autre pour le faire et comme je suis responsable de ces personnes, je l’ai fait. » Il a aidé à accoucher dix bébés dans le centre. Lorsqu’il entre dans la prison, il est le seul membre du personnel à ne pas porter de masque, et certaines des femmes l’appellent même baba (papa).

« Ce dont nous avons le plus besoin, c’est d’une petite clinique, ici-même, au centre de détention, afin que nous puissions procéder à des tests sanguins et offrir des traitements de base, a-t-il expliqué. Nous pourrions ainsi aider les détenues et faire en sorte qu’elles se sentent moins comme dans une prison. »

« Il n’y a pas de financement »

Il est peu probable que cela se réalise. Le centre de détention de Sorman, où vivent 156 femmes et 11 enfants, est l’un des 20 établissements surpeuplés en Libye qui souffrent d’un manque chronique de financement et d’un besoin urgent de matériel et de soutien financier. « Il n’y a pas de financement, a indiqué Mahjoubi. Ici, le gouvernement paie uniquement pour les denrées alimentaires et la sécurité, et ne couvre pas les coûts de nombreuses choses indispensables. »

Un employé d’une ONG de défense des droits de l’homme a indiqué que les membres du personnel de centres de détention sont tellement désespérés face aux cas de maladies mentales graves qu’ils organisent des séances d’exorcismes lorsqu’ils pensent que les femmes malades sont possédées par des esprits maléfiques. « Quand tout le reste a échoué, ils ont recours à la religion et organisent des séances d’exorcisme, y compris au centre de Sorman. Ils sont désespérés », a-t-il expliqué sous couvert d’anonymat.

Trois des femmes atteintes des cas les plus sévères de maladies mentales dorment dans le couloir dépourvu de fenêtre du centre de détention. Dans cinq chambres adjacentes, les détenues sont organisées en fonction de leur nationalité, de leur date d’arrivée et selon une hiérarchie qui s’est mise en place entre les groupes majoritaires et minoritaires.

Lorsque MEE s’est rendu dans le centre de détention au cours des dernières semaines, celui-ci venait d’accueillir 103 femmes et enfants sauvés du naufrage d’un navire qui avait commencé à se remplir d’eau après un jour en mer. Les détenues se blottissaient l’une contre l’autre sur des matelas à même le sol dans trois chambres sombres aux murs décarrelés et décolorés par la moisissure.

Aatifa fait partie des 361 personnes qui ont grimpé à bord d’un vieux navire de pêche surpeuplé à Zaouïa, à 45 kilomètres à l’ouest de Tripoli – l’un des multiples points de départ pour les bateaux de migrants espérant atteindre les rivages européens depuis les côtes libyennes.

Avant le voyage en mer, il lui a fallu un mois pour atteindre la Libye par voie terrestre depuis l’Erythrée, son pays natal déchiré par la guerre. « Il y a un réseau, a-t-elle indiqué. Il y a un chef au Soudan et un autre en Libye. Nous avons dû les payer tous les deux. » Aatifa a expliqué qu’elle ne savait pas combien avait coûté le voyage par voie terrestre car c’est sa mère qui a payé. D’autres femmes disent avoir déboursé 1 000 dollars chacune pour la tentative infructueuse de traverser la Méditerranée.

Comme une autoroute vers l’Europe

Alors qu’a commencé la saison où les migrants tentent le plus la traversée dangereuse de la Méditerranée à bord de navires de pêche, le centre de détention de Sorman s’attend à encore plus de nouvelles arrivées. Mais étant déjà au maximum de sa capacité, Mahjoubi a indiqué que l’arrivée de nouvelles femmes pèserait encore davantage sur les ressources déjà limitées. « Avec six pays voisins, la Libye est devenue comme une autoroute vers l’Europe pour les Africains d’origine subsaharienne, a-t-il expliqué. L’objectif principal doit être d’éduquer ces femmes aux risques liés à un départ en mer et essayer de réduire les tentatives de départ à bord de ces bateaux. »

La communauté internationale devrait également investir dans des initiatives locales dans les pays vulnérables d’Afrique subsaharienne et inciter davantage les habitants à rester dans leur pays d’origine, a-t-il soutenu. « Ici, il y a une femme avec trois enfants ; ils n’avaient rien en Ethiopie, et elle a expliqué que c’était une question de vie ou de mort », raconte-t-il. Avec la fermeture de nombreuses ambassades à Tripoli depuis le déclenchement de la guerre civile dans la capitale en août dernier, l’expulsion est devenue de plus en plus difficile et la famille est là depuis plus d’un an, explique-t-il.

Les femmes détenues dans le centre n’avaient pas toutes prévu de tenter la traversée vers l’Europe depuis la Libye. Beaucoup d’entre elles étaient entrées illégalement en Libye pour y trouver un travail subalterne et envoyer de l’argent à leur famille.

« Je n’ai jamais prévu de monter sur un bateau », a déclaré Sandra, une Nigériane, debout dans l’une des chambres les plus éclairées du centre, carrelée et recouverte de lits une place. « Je travaillais à Tripoli depuis plus d’un an quand ils m’ont prise. Ils sont venus dans ma maison et m’ont arrêtée, alors que je n’avais rien fait de mal. » Elle a toutefois concédé qu’elle travaillait en Libye illégalement.

« Cet endroit n’est pas convenable ; nous ne sommes pas libres de circuler et ils traitent les femmes comme des chèvres, s’est-t-elle plainte. Ils n’ont aucun respect pour les femmes et nous n’avons pas toujours droit à notre intimité lorsque nous sommes nues. »

Sarah a déploré le fait que les rations alimentaires quotidiennes et les bouteilles d’eau de sept litres à partager entre quatre ou cinq personnes étaient également insuffisantes par rapport à leurs besoins.

« Nous voulons rentrer chez nous »

D’autres Nigérianes, allongées sur des rangées de matelas et de couvertures fournis par les organisations humanitaires internationales et distribués par des ONG locales, dissimulent leur visage. « Nous voulons rentrer chez nous », a crié l’une d’elles cachée sous sa couverture. Une autre, détenue dans le centre depuis neuf mois, s’est plainte du fait que les familles des détenus n’avaient pas été contactées et n’avaient aucune idée de ce qu’il était advenu d’elles.

Pendant que d’autres femmes allongent la liste de doléances, le gardien Mohamed fait sortir les visiteurs de la chambre, signalant que comme plus de cinquante détenues sont infectées par le VIH et l’hépatite, il est dangereux de rester plus longtemps dans la chambre.

Mahjoubi a exhorté l’UE à envoyer une aide humanitaire directement au centre de détention de Sorman et a appelé les organisations internationales à visiter le centre pour constater personnellement le besoin réel. A l’heure actuelle, a-t-il indiqué, tout l’argent donné par les ONG est filtré à travers tellement de ministères ou d’ONG différentes que le centre n’a pratiquement rien vu de cette aide. La guerre civile en Libye a en outre limité la capacité des organisations internationales à travailler sur le terrain.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) continue de travailler sur les modestes programmes de rapatriement volontaire pour les migrants en Libye depuis son siège délocalisé en Tunisie. Le département libyen de la lutte contre l’immigration clandestine poursuit pour sa part ses expulsions de petits nombres de migrants par les frontières méridionales. Mais ces opérations sont freinées par les problèmes financiers qui touchent la Libye et la situation instable en matière de sécurité.

Pour les immigrées comme Sarah, qui affirment que leur seul souhait est de rentrer chez elles, c’est un voyage qu’elles risquent de ne pas faire de sitôt.

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation
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MessageSujet: "Les affaires sont les affaires"   Mar 26 Mai - 11:12

Les affaires sont les affaires Juliette Keating, Mediapart 26 mai

Juiliette Keating a écrit:
L'être humain n'est jamais à court de ressources pour faire prospérer en toutes circonstances son florissant commerce du malheur. Ainsi, le désastre népalais, que le monde dans sa frénésie d'immédiateté et d'info-spectacle commence déjà à oublier, n'a pas fait que des morts et des sans logis. Le tremblement de terre et son exceptionnelle magnitude, ont produit aussi de la misère en abondance. Cadeau du ciel pour les affaires que ces familles d'immigrés indiens, privées désormais de boulot sans plus d'espoir d'en trouver un, sans possibilité de rentrer chez eux et sans aucun revenus pour nourrir leurs enfants. Que faire de ces bouches à rassasier, se disent les parents désolés, quand notre propre ventre est vide ? Nous les abandonner bien sûr, leur répondent les trafiquants indiens en se frottant les mains. Soyons honnêtes, ce n'est pas ce que disent ces ogres mais ils promettent aux parents de raccompagner leurs marmots en Inde, et de leur offrir une vie plus confortable grâce à un bon boulot assez bien payé, soyez tranquilles vous pouvez avoir confiance en nous car dans l'adversité il faut se serrer les coudes sinon y'a plus d'humanité. Les enfants sont conduits par leurs bienfaiteurs, directement à Mumbai, dans les usines textiles. Nous connaissons en gros et en détail les conditions de travail infligés à ces enfants dans les boites esclavagistes qui nous fabriquent nos fringues sympas et pas chères. Question salaire, c'est 150 roupies pour une grosse semaine à coudre des tee-shirts (2,10 euros). Les autorités népalaises promettent d'essayer de surveiller une frontière avec l'Inde qui ne fait que mille sept-cent cinquante-et-un kilomètres, avec très peu de moyens. Tant qu'ils y sont, ils vont aussi jeter un œil sur le commerce de petites filles prêtes à marier. Les trafiquants ont du souci à se faire...
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MessageSujet: Canal Saint-Migrant   Mar 26 Mai - 11:30

en transit vers Calais, les migrants font escale à Paris actualités

A Paris, un bidonville à deux pas de Montmartre bfmTV

bfmTV a écrit:

A Paris, boulevard de la Chapelle, un camp de migrants s'est installé sous le métro aérien.

En plein Paris, sous le métro aérien, des centaines de migrants vivent depuis plusieurs mois dans un campement improvisé, dans l'insalubrité la plus totale. Face au problème, le maire du Xe arrondissement a demandé l'évacuation des migrants.

En toile de fond, le Sacré Coeur, l'un des lieux les plus touristiques de la capitale. Mais à quelques centaines de mètres de Montmartre, sous le métro aérien, loin de la foule des touristes, Paris offre un visage très différent.

Tentes sous le métro

Sur une longue partie du boulevard de la Chapelle, en plein Xe arrondissement, un vaste camp de migrant, où les tentes -150 au total, mises à disposition par des associations, s'alignent à perte de vue, s'est installé. Comme Mohammed, des centaines de migrants s'entassent dans ce qui est devenu un véritable bidonville.

Cet Algérien de 22 ans rencontré par BFMTV explique habiter sous ces tentes depuis deux mois. Mohammed rêve de rejoindre Berlin pour y trouver du travail. "Je suis en Europe pour trouver du travail. Parce qu’en Algérie, il n’y a rien. Pas de travail, pas de RSA, il n’y a rien. Et en France, sans papiers, on ne peut pas travailler", raconte-t-il.

Misère et insalubrité

Sa tente, Mohammed, a dû la payer 10 euros à l'ancien occupant, pour avoir le droit d'y dormir. Généralement, les migrants dorment à trois ou quatre dans ces tentes, dans la misère la plus totale.

Malgré les toilettes chimiques installés par la mairie, l'insalubrité règne sur le camp. "Ils vivent dans la saleté, il y a des maladies, beaucoup de choses. C'est triste, j'ai aussi vu des mamans avec leurs bébés", témoigne Aïcha, une habitante du quartier.

Les autorités veulent un démantèlement

Pour beaucoup de ces migrants, le boulevard de la Chapelle n’est qu’une étape avant la Grande-Bretagne. D’autres espèrent obtenir l’asile en France. En 2014, 28% ont reçu une réponse favorable. Mais les délais sont longs et le campement ne cesse de s’agrandir depuis juillet dernier.

Le maire socialiste du Xe arrondissement de Paris, Rémi Féraud, a demandé, samedi, sur Twitter, l’évacuation des migrants.

"Il ne faut plus tarder aujourd'hui pour mettre en œuvre l'évacuation du campement. Il faut être pragmatique et permettre une évacuation digne, prévoir l'hébergement de tous ceux qui sont présents dans ce camp", fait-il valoir au micro de BFMTV. L'évacuation du campement pourrait avoir lieu dès le mois de juin.

Par A.S. avec Thomas Cruse, Océane Goanec et Elisa Trannin

Sur la route de Calais, les migrants campent en plein Paris, Margaux Baralon La Croix 22 mai 2015

La Croix a écrit:
Depuis six mois, un camp de migrants s’est installé dans le 10e arrondissement de la capitale.

A Paris, boulevard de la Chapelle, les migrants survivent dans ce qui est devenu une reproduction miniature du camp de Sangatte. Les 200 personnes qui y survivent cherchent à rallier d’autres pays européens, notamment le Royaume-Uni.

Une situation de transit qui ne facilite pas le travail des associations
.

Avant la découverte des tentes alignées, avant de croiser le regard hagard des personnes entassées là, c’est le bruit qui d’emblée frappe le visiteur. Celui, assourdissant, du métro aérien qui va et vient. Le hurlement des rames sur les rails vrille les tympans des nombreux hommes et quelques femmes qui campent juste au-dessous de la ligne 2, boulevard de la Chapelle, dans le 10e arrondissement de Paris. Depuis décembre, ils sont environ 200 immigrés à stationner dans ce qui est devenu une reproduction miniature de l’ancien camp de Sangatte près de Calais. Près de la gare d’Austerlitz, 300 autres migrants offrent le même tableau.

La plupart de ceux qui survivent sur ce terre-plein au milieu des voitures viennent du Soudan ou d’Érythrée. Fuyant la guerre et la misère, ils ont traversé la Méditerranée sur des embarcations de fortune. Pour la majorité d’entre eux, Paris n’est qu’une étape avant la Belgique, l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Certains ont même déjà tenté la traversée de la Manche, en vain, et préfèrent attendre ici de retrouver un passeur et suffisamment de courage pour réessayer. Malgré le froid qui traverse les tentes et les os, l’odeur d’urine, les déchets et la peur de se faire dépouiller, les conditions de vie sont moins misérables sous un pont de métro que dans la « jungle » calaisienne.

Passer la Manche tout prix

Omar est arrivé il y a trois jours. Assis sur un muret qui surplombe la voie ferrée, les yeux perdus dans le vague, ce Soudanais de 17 ans n’attend qu’une chose : passer la Manche. « L’Angleterre, c’est mieux que la France », justifie-t-il dans un anglais hésitant. Qu’y a-t-il de si bien là-bas ? « Mes cousins et le club de Chelsea », dont il est un fervent supporter. L’esquisse d’un avenir. En attendant de trouver un plan pour grimper clandestinement dans un camion, le jeune homme regarde passer le temps et les trains.

Le travail des associations est rendu d’autant plus difficile que La Chapelle n’est qu’un lieu de transit. « Chaque fois que je viens, je ne revois jamais les mêmes personnes », explique Rano Sharafetdinova, en charge du logement à France Terre d’asile (FTA). Ce n’est pourtant pas faute d’essayer.

Le camp, elle s’y rend chaque semaine depuis qu’au début de l’année l’association a commencé à faire des maraudes et informer les migrants des démarches à effectuer pour déposer une demande d’asile. Avec un succès mitigé. « Ils nous écoutent mais cela ne va pas plus loin. Même lorsque nous prenons pour eux des rendez-vous à la préfecture, ils ne viennent pas toujours. » Les propositions de logement pour quelques nuits aux plus fragiles, notamment les mères accompagnées de jeunes enfants, rencontrent peu d’écho.

Une évacuation des campements  envisagée

Jamila, qui se terre dans une tente bleue avec son fils de six mois, pourrait pourtant trouver une solution temporaire. Érythréenne, elle a 18 ans et de grands yeux noirs et fuyants. Coincée entre un paquet de couches et une pile de couvertures, elle explique avoir traversé la Méditerranée en Zodiac depuis la Libye. Elle veut prendre le train pour rejoindre son frère en Allemagne dès le lendemain. Et malgré la fraîcheur des nuits pluvieuses de mai, elle refuse les propositions de Rano. Être entourée de gens qui parlent sa langue réchauffe plus sûrement que quatre murs et un toit.

Au cabinet de Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur, on explique envisager « une solution adaptée, avec un guichet unique pour renforcer l’accès à l’asile, un diagnostic social et des propositions d’hébergement d’urgence ». Mais « aucun calendrier n’est fixé » et on n’attend pas « une grande efficacité du guichet unique » pour ces migrants de passage. La perspective d’une évacuation des campements n’est pas écartée.

Des procédures trop lentes

Pour Pierre Henry, président de FTA, « La Chapelle est devenu l’arrière-base de Calais parce que les pouvoirs publics ont laissé la situation s’embourber avec l’idée qu’un dispositif précaire est dissuasif. » Or, il n’en est rien. « Mieux vaut la misère ici que la misère là-bas », lance Farid avec résignation, disant tout haut ce que tous les migrants pensent tout bas. « Là-bas », c’est cette Algérie que le jeune homme de 25 ans a quittée il y a six mois. « Il n’y a rien dans ce pays. Pas de travail. »

Pierre Henry souligne aussi que la lenteur des réponses apportée n’aide pas. Dans le camp, certains ont déjà vu leur demande d’asile acceptée mais n’ont pas trouvé de logement. Cela « nuit à notre crédibilité » assure le responsable.

Ali, 25 ans, est dans ce cas. Ce Soudanais a obtenu le statut de réfugié il y a plus de deux mois et veut apprendre le français pour pouvoir décrocher un emploi. Mais en attendant un toit, il en est réduit à dormir dans sa tente verte montée sur une palette de chantier et un matelas. « J’aime la France et je veux y rester, murmure-t-il dans un sourire. Mais parfois, j’ai l’impression que c’est elle qui ne m’aime pas. »

À Calais, 111 exilés Érythréens obtiennent l’Asile

Sur les 1 500 exilés de la « jungle » de Calais, 111 Érythréens – dont 16 femmes – ont obtenu le statut de réfugié, a annoncé hier l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Leur dossier a été instruit directement sur site, grâce à une « mission foraine » réunissant toutes les administrations concernées. Des solutions d’hébergement leur ont été proposées un peu partout sur le territoire.

Cette opération est un signal lancé aux Érythréens, qui jusque-là avaient du mal à accéder à l’asile dans notre pays.

Ils préféraient tenter leur chance dans d’autres pays européens (Suède, Allemagne). L’an dernier, 1 671 ont obtenu la protection de la France, pour plus de 37 000 arrivées par bateau sur la même période.
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MessageSujet: Les Rohingyas : un échec régional / The Rohingya and regional failure   Mar 26 Mai - 22:41

Les Rohingyas : un échec régional
Traduction : Elsa Favreau pour Alterasia 25 mai 2015  
Source (Mathew Davies/New Mandala) : The Rohingya and regional failure

La crise humanitaire en cours remet dangereusement en question l’engagement de l’ASEAN d’être « centré sur l’humain ». L’analyse de Mathew Davies, maître de conférence et chercheur sur les droits de l’Homme et l’ASEAN à la faculté des Affaires d’Asie Pacifique de Coral Bell, à l’Australian National University.


Mathew Davis a écrit:
L’adhésion de la Birmanie à l’ASEAN, accomplie en 1997, a toujours mis à l’épreuve les règles et normes qui gouvernent cette entité régionale.

Mais la nature de ce test a évolué avec la difficile situation des Rohingyas, dont 8 000 représentants sont maintenant pris au piège en pleine mer, dans l’incapacité de poser l’ancre dans les Etats voisins. L’ASEAN et ses membres sont en train d’échouer au test, ce qui pourrait avoir des conséquences fatales pour un des peuples les plus vulnérables de la région.

Dans le passé, la Birmanie mettait à l’épreuve les règles diplomatiques de l’ASEAN (engagement de non-intervention et d’égalité souveraine). Dans le passé également, les Etats membres de l’ASEAN ont montré qu’ils étaient prêts à punir publiquement la Birmanie. Cela a été le cas en 2007 par exemple, lorsque le pays s’est engagé dans une sévère répression de la révolution safran. George Yeo, alors Ministre Singapourien des Affaires étrangères, était allé jusqu’à exprimer sa « révulsion » face aux mesures répressives, un ton radical et peu diplomatique envers un collègue de l’ASEAN.

La mise à l’épreuve de l’ASEAN dans le cadre de la crise actuelle va bien plus loin que celle des années 2000. La situation des Rohingyas remet dangereusement en question l’engagement de l’ASEAN d’être centré sur l’humain. Nous sommes passés d’un test concernant un ensemble de règles diplomatiques à un test sur la finalité morale de l’entité ASEAN. C’est une véritable épreuve pour les membres de l’ASEAN et il semblerait qu’ils soient en passe de la manquer.

Avec des milliers de vies en danger, ce n’est pas la réprobation mais un silence assourdissant qui caractérise la « réponse » de l’ASEAN. L’ASEAN en tant qu’entité n’a rien dit du tout et les Etats membres semblent plus complices du malheur des Rohingyas que désireux de trouver une solution. L’Indonésie et la Malaisie ont ordonné à leurs forces navales de remettre à la mer tous les bateaux de Rohingyas. La Thaïlande, destination traditionnelle pour beaucoup de réfugiés Rohingyas, a récemment sévi contre le trafic d’êtres humains, obligeant les bateaux à chercher des lieux de débarquement plus au sud.

Ce n’est pas la première fois que l’ASEAN et les membres régionaux accordent peu d’attention aux Rohingyas. Ils ont accueilli avec impatience l’expérience soigneusement contrôlée de démocratie limitée en Birmanie alors même que le Président Thein Sein réprimait plus brutalement les Rohingyas dans l’Etat de Rakhine. Les accusations répandues contre le rôle des forces militaires de la Birmanie attisant et exploitant les tensions ethniques dans l’Etat de Rakhine ont presque été complètement ignorées dans la précipitation à considérer la Birmanie comme un problème résolu. Les pays occidentaux s’en sont désintéressés de la même façon, levant les sanctions et s’empressant de faire des affaires avec un gouvernement qui avait du sang sur les mains.

Ce n’est pas officiellement un échec de l’ASEAN. Il n’y a en effet aucune règle stipulant que l’ASEAN devrait aider, il n’y a aucune force d’intervention à mobiliser et la Birmanie préférant appeler les Rohingyas des immigrants clandestins plutôt que des citoyens, les arguments techniques pourraient être que l’ASEAN ne peut rien faire pour un peuple qui n’a la protection d’aucun Etat de la région.

Mais tout cela est en réalité une tragédie morale cachée derrière un jargon juridique. L’ASEAN s’est en grande fanfare auto-proclamée « centrée sur l’humain ». La justification publique du projet de la communauté de l’ASEAN, qui devrait être finalisé cette année, est de faire de l’ASEAN une entité plus attentive, plus centrée sur la vie des peuples de la région, et non seulement sur celle des élites. Le sort des réfugiés Rohingyas, piégés sur des embarcations de fortune à travers l’Asie du Sud-Est, montre à quel point cette revendication d’être centrée sur l’humain est creuse.

Voilà donc un test clé pour l’ASEAN. Il ne s’agit pas seulement des Rohingyas mais c’est à travers eux que l’expérience sera faite. En fin de compte, se soucier des peuples de la région implique de leur donner la priorité sur les gouvernements qui les persécutent. Les Etats régionaux semblent très réticents à faire ce choix, préférant la platitude des chartes et des déclarations aux décisions difficiles requises pour concrétiser ces bonnes paroles.

Si les Etats de la région échouent à répondre au cas des Rohingyas, préférant les laisser mourir en mer que vivre sur la terre, il ne s’agit pas seulement d’un problème propre à la Birmanie. Chaque Etat est responsable de cette décision. Ce serait le signe que le cancer du désintérêt est présent dans les situations les plus évidentes, dans les couloirs du pouvoir en Birmanie, mais aussi à Kuala Lumpur, à Bangkok et à Jakarta.

Quelle serait alors la raison d’être de l’ASEAN ?

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MessageSujet: crime de guerre (traduction imparfaite)   Dim 31 Mai - 14:40

L’exode vers l'Europe expliqué par la soif de plus de 4 millions de personnes (la Lybie ayant employée plus d‘un million de migrants d’Afrique,avant la chute de Kadhafi ) ? :
 
Comment l'OTAN a délibérément détruit des infrastructures d'eau de la Libye

Par Nafeez Mosaddeq Ahmed

29 mai 2015" Information Clearing House "-Le ciblage militaire des infrastructures civiles, en particulier de l'approvisionnement en eau, est un crime de guerre en vertu du droit international et les Conventions de Genève.
 
C'est pourtant ce que l'OTAN fait en Libye, et les résultats ont empiré aujourd'hui.
Nombreux rapports commentaire sur la crise de l'eau qui s'intensifie dans l'ensemble de la Libye, comme la consommation dépasse la production. Certains ont fait remarquer le contexte environnemental dans la pénurie d'eau régionale due au changement climatique.
Mais ce qu'ils ignorent, c'est le fait que le système d'irrigation nationale complexe qui avait été soigneusement construit et entretenu au cours des décennies à surmonter ce problème a été ciblé et perturbé par l'OTAN.
Lors de l'invasion militaire 2011, presse rapporte refait surface, pour la plupart citant des sources de favorable aux rebelles, affirmant que les loyalistes pro-Kadhafi avaient fermé le système d'approvisionnement en eau comme mécanisme pour gagner la guerre et de punir des civils.
Il s'agit d'un mensonge.
Mais la vérité, après tout, est la première victime de la guerre - surtout pour les journaleux de médias traditionnels qui ne peuvent pas être dérangé à fait vérifier les réclamations de personnes ils interviewent en zones de guerre, tandis que sous la pression des éditeurs à produire une copie qui n'est pas rock trop de bateaux.
Installations d'eau critique bombardé - alors blâmé sur Kadhafi
C'est d'ailleurs l'OTAN qui a affaibli l'approvisionnement en eau de la Libye en ciblant les installations d'eau appartenant à l'état critique, dont une usine de pipe à eau à Brega.
L'usine, l'un de seulement deux dans le pays (celle-ci étant dans la ville natale de Kadhafi de Syrte), fabriqué de tubes cylindriques en béton précontraint pour le projet de la rivière causées par l'homme grand (GMR), un ingénieux système transporter l'eau d'irrigation des aquifères sous le désert du sud de la Libye à environ 70 % de la population.
Le 18 juillet, un rebelle commandant se vantait que certaines des troupes de Kadhafi avaient enfermé dans des installations industrielles dans Brega, mais que les rebelles avaient bloqué leur accès à l'eau : « Leur nourriture et les approvisionnements en eau sont coupés, et maintenant, ils ne pourront pas dormir. »
En d'autres termes, les rebelles, pas les loyalistes de Kadhafi, avaient saboté la canalisation d'eau GMR dans Brega. Le 22 juillet, l'OTAN a suivi en bombardant l'usine d'aqueducs de Brega sous prétexte que c'était un Kadhafi "militaire" entrepôt cachant des lance-roquettes.
"Les grandes parties de la plante ont été endommagées" , a déclaré Abdel-Hakim el-Shwehdy, siège de la société qui gère le projet. "Il pourrait être un revers majeur pour les projets futurs".
Cible militaire légitime laissé intact lors de l'attaque
Quand on lui demande de fournir des preuves concrètes de Kadhafi loyalistes tirant à partir de l'intérieur de l'usine de pipe à eau, responsables de l'OTAN n'a pas répondu. Au lieu de cela, les images satellites de l'OTAN montrés aux journalistes confirment qu'un lance-roquettes BM-21 identifié près des jours d'installation plus tôt, est resté parfaitement intact le lendemain de l'attaque de l'OTAN.
Plus tôt, les forces de l'OTAN avaient bombardé déjà nautiques à Syrte, tuant plusieurs « les employés de l'utilitaire de l'eau d'État qui travaillaient au cours de l'attaque. »
En août, l'UNICEF a indiqué que le conflit avait « mettre l'autorité de Great Manmade River, le principal distributeur d'eau potable en Libye, au risque de ne pas répondre à l'eau du pays a besoin. »
Le même mois, Agence France Presse a signalé que le GMR "pourrait être paralysé par le manque de pièces détachées et de produits chimiques" - renforcée par la destruction de l'OTAN des installations d'eau essentielles à la GMR à Syrte et Brega.
La GMR est maintenant "du mal à suivre les réservoirs à un niveau qui peut fournir un approvisionnement durable", responsables de l'ONU dit. "Si le projet devait échouer, agences craignent une crise humanitaire massive".
Christian Balslev-Olesen, responsable de l'UNICEF de la Libye du bureau, a averti que la ville fait face à "un scénario plus pessimiste absolu" que "pourrait se transformer en une santé sans précédent épidémie" sans reprise des approvisionnements en eau.

Stratfor Courriel: « merde tellement n'ajoute pas ici »

Tandis que les sources Pro-rebelles a tenté de blâmer loyalistes de Kadhafi de la perturbation de l'eau de la Libye supply, fuite de courriels de l'entrepreneur américain de renseignement Stratfor, qui a approuvé ces sources, représenter en public que la firme privée mise en doute ses propres demandes.
"Merde tellement ne correspond pas ici" , écrit persil Bayless, analyste de moyen-Orient de Stratfor, dans un courriel aux cadres supérieurs. « J'ai quasiment pas confiance dans les sources... Si quoi que ce soit, juste besoin d'être très clair comment contradictoires toutes les informations est sur ce projet... beaucoup des conclusions tirées ne sont pas vraiment étanche à l'air."
Mais l'entreprise privée du renseignement américain, qui a joué un rôle clé en liaison avec les hauts responsables du Pentagone de faciliter les opérations de renseignement militaire, était tout à fait conscients de ce que signifierait la fermeture de la GMR pour la population de la Libye :

"Depuis la première construction de la phase de la « rivière » en 1991, la population de la Libye a doublé. Supprimer cette rivière et, Eh bien, il y aurait probablement une correction naturelle très rapide retour à la normale des capacités de charge. »
"Combien de fois Libyens se baignent ? Vous auriez l'eau potable pendant un mois si vous avez sauté une douche", a plaisanté Kevin Stech, directeur de recherche de Stratfor. "Sérieusement. Couper les bains et les douches et l'eau de votre puits devraient suffire pour la boisson et l'hygiène en moins-que-option."

La vérité - fonctionnaires tentaient de garder l'eau qui coule

Pendant ce temps, l'UNICEF a confirmé que les autorités libyennes étaient ne pas saboter des installations d'eau, mais en fait travailler étroitement avec une équipe technique des Nations Unies pour « faciliter une évaluation des puits d'eau, examiner les options de réponse urgente et identifier des alternatives pour les sources d'eau. »

Néanmoins, en octobre, l'UNICEF a indiqué que la perturbation de la GMR a laissé 4 millions de libyens sans eau potable.

La GMR reste perturbée à ce jour, et la crise nationale de l'eau de la Libye continue de s'aggraver.

La destruction délibérée de l'infrastructure de l'eau de la nation, en sachant que cela entraînerait donc mort massive de la population comme une conséquence directe, n'est pas simplement un crime de guerre, mais potentiellement une stratégie génocidaire.
Il soulève de sérieuses questions sur la mythologie classique d'une guerre propre et humanitaire en Libye - questions qu'intégrer les journalistes semblent être indifférent, ou incapable de demander;

Dr Nafeez Mosaddeq Ahmed est un auteur à succès, journaliste primé et a noté le spécialiste de la sécurité internationale, ainsi qu'un expert en politique, cinéaste, consultant en stratégie et communication et changement militant. Son roman thriller de science-fiction de débuts, POINT ZERO , a été libéré en 2014.

http://www.informationclearinghouse.info/article41999.htm


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MessageSujet: Re: (IM)MIGRANT.E.S, RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALISME, PRÉCARIAT GLOBALISÉ, "NÈGRES du MONDE"...   Dim 31 Mai - 17:50

«Alter-égaux» : Race et migration, un regard comparé Rokhaya Diallo Mediapart vidéo 37 mn

Citation :
Pour la dernière édition d'Alter-égaux, Rokhaya Diallo invite James Cohen, spécialiste des questions raciales et migratoires, notamment aux États-Unis. Alors que Barack Obama a annoncé la régularisation de centaines de milliers de migrants, mais s'avère incapable d'améliorer la situation des populations noires, les deux rives de l'Atlantique peuvent-elles s'éclairer l'une l'autre ? Les Mexicains et les Maghrébins ont-ils quelque chose en commun ?

Chaque mois, Alter-égaux prend le temps de la discussion et de la confrontation sur les questions d’inégalités et d'égalité, de race et de racisme, de discrimination et d'affirmation, qui clivent la société française et partagent l’échiquier politique selon des logiques qui sont tout sauf simples et binaires.

Pour la sixième et dernière édition de ce rendez-vous vidéo, Rokhaya Diallo, auteure, journaliste, également engagée sur le terrain associatif, invite James Cohen, professeur à l’université Sorbonne Nouvelle, dont une grande partie du travail porte sur les migrations et les questions ethnoraciales aux États-Unis.

Il a notamment publié La Poursuite des illégaux. Politiques et mouvements anti-immigrés aux États-Unis, paru l’an dernier aux éditions du Croquant et codirigé un ouvrage collectif, L'Atlantique multiracial, paru chez Karthala, dans lequel il signe un article intitulé « Ce que les musulmans et les Mexicains ont en commun. Aux frontières identitaires de l'espace national en France et aux États-Unis ».
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MessageSujet: Essai sur la visibilité des migrants relégués   Sam 6 Juin - 20:29

découvert grâce à l'auteur qui l'a présenté sur son blog Médiapart (La satisfaction d'un premier livre publié)

Essai sur la visibilité des migrants relégués, Abdelkrim Bouhout 2015

Abdelkrim Bouhout a écrit:
Mon premier livre vient de paraître aux éditions l'Harmattan, collection: Questions contemporaines. Il est le fruit de deux ans de travail et de longues nuits de lecture. Cette réflexion s'incrit également dans les questions d'actualité. Le lecteur y trouvera des références nombreuses à des auteurs classiques de moins en moins lus (Mauss, König, Bateson, Elias, Saïd, Arendt, Sayad, Benjamin, Ibn Khaldun, Bourdieu, Berque, ...). Par delà le caractère érudit du texte (je suis de ceux qui pensent qu'une réflexion sur l'universel ne peut se passer des classiques de la pensée), l'essai tente de définir un concept inusité en sciences sociales: la disruption sociale en s'emparant des rituels de visibilité. L'essai se penche également sur une question devenue cruciale en France :

Comment réhabiliter le jugement critique des publics relégués.

L'essai comporte trois parties: la première est le résultat d'une recherche empirique, les deux suivants relèvent de la réflexion philosophico-politique avec un accent fort sur les théories anthropologique, psychanalytique, psychosociologique.

La préface est rédigée par M. Philippe Moureaux (ex-Ministre Belge et Sénateur socialiste actuellement)

L'illustration de la couverture est de Oustad Mohamed Chbabou (Artiste et responsable associatif engagé)

Enfin, je signale à tout lecteur potentiel que je suis disposé à débattre les idées contenues dans ce livre...

Quatrième de couverture

L’immigration est un arrachement de sa terre d’origine, la relégation urbaine, une peine d’internement dans son pays d’accueil. Le migrant-relégué coalise ces deux expériences. Il cumule le sentiment d’incomplétude suspendu au déracinement et le regard dépréciatif qui résulte de sa mise au ban de la société. La construction identitaire des enfants d’immigrés se révèle alors complexe et combinatoire. L’identité est narration. Celle de l’immigré est vouée tôt ou tard à participer à la construction du roman national. A cette fin, le migrant-relégué use joyeusement de l’artifice. Ballotté entre deux frontières, représenté par les autres comme par lui-même, seul le masque peut modérer l’angoisse d’un sujet morcelé. Dans l’espace social un art de visibilité s’empare alors de l’espace public. L’exhibition ou la dissimulation du corps révèle ainsi le caractère d’opposition qui accommode le nouveau et l’ancien chez l’immigré à l’égal du dandy au dix-neuvième siècle. Tradition et modernité s’adonnent à l’ambivalence sur la scène publique bondée de signes ostentatoires. Faut-il interpréter ces phénomènes sous le prisme du repli communautaire ou bien y déceler la reconfiguration des modèles culturels migratoires ? Faut-il chercher des accommodements raisonnables ou abdiquer à la nostalgie identitaire ? Doit-on choisir entre le multiculturalisme anglo-saxon, l’assimilation républicaine ou la reconnaissance des minorités culturelles ? Une lecture systémique de ces phénomènes peut nous aider à cultiver la nuance.

Abdelkrim Bouhout est enfant d’immigré marocain et citoyen belge. Il dispose d’un C.A.P.A.E.S et d’une Agrégation en sciences sociales et politiques. Il assume actuellement les fonctions de coordinateur des projets de cohésion sociale de la Ville de Bruxelles et quelques heures de cours dans l'enseignement supérieur de promotion sociale.


Site de L'Harmattan

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=47393

Merci à Médiapart, merci aux lecteurs intéressés

Abdelkrim Bouhout


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MessageSujet: Des migrantes et leurs bébés à Pontoise   Lun 15 Juin - 1:20

Des migrantes et leurs bébés à Pontoise - histoire d'une soirée Florence Braud Mediapart 15 juin 2015


Forence Braud a écrit:
TERRIBLE ! Il est minuit, je reviens juste d'un hôtel à Pontoise où nous avons donné à manger à 15 femmes et 10 enfants dont 6 bébés : elles viennent d'Erythrée, de Somalie et du Soudan. C'est leur 2e hôtel depuis leur expulsion des tentes du métro La Chapelle. Et avant l'Italie, la Méditerranée, le désert, l'horreur du pays de départ - l'horreur du voyage - l'horreur du non-accueil. Elles ont raconté plusieurs fois leur histoire et toujours aucun papier, aucun secours. Elles sont si fatiguées ... Et si des bénévoles, bénévoles-militants n'avaient pas pisté leur trace, cuisiné, donné des aliments, des produits d'hygiène, des vêtements ...??? D'autres de la super association United sont partis voir les hommes qui sont allés eux à Clichy ou Nanterre. Et quand il n'y a personne? Quand on perd leur trace? Oh, Eh! Gouvernement??? Oh, Eh pays des droits de l'homme??? Ce sont des hôtels 5 étoiles qu'on devrait offrir à ces résistantEs, ces véritables héros/héroines !  Rappelons-nous ce documentaire sur les Erythréens http://television.telerama.fr/television/un-documentaire-siderant-pour-raconter-l-enfer-des-refugies-d-erythree,116914.php

Alors oui, l'appel à cette MANIFESTATION DE SOLIDARITE AVEC LES REFUGIES - Départ du 18e arrondissement, à Paris,  le mardi 16 juin à 18h30.

Les organisations signataires et les représentants des réfugiés de « Pajol » constatent que les rares solutions proposées à ce jour par les pouvoirs publics, dont la Mairie de Paris, ont été obtenues par la seule mobilisation des riverain-es, des associations et avec le soutien des partis politiques. Elles ne sont pourtant pas à la hauteur des enjeux.
Dans plusieurs endroits de Paris, les réfugiés se trouvent dans des situations scandaleusement précaires. Cette situation les empêche en outre de faire valoir leurs droits.
En conséquence, nous exigeons :

- La libération immédiate de tous les réfugiés qui se trouvent en centre de rétention après leur arrestation dans les jours qui ont suivi l’évacuation de la Chapelle.

- Que la Ville de Paris tienne ses engagements faits le jeudi 11 juin soit 110 hébergements minimum mais dans des conditions décentes en termes de couvertures, propreté, soins, sanitaires, nourriture, ce qui n’est pas le cas pour tous et ce jusqu’à l’ouverture d’un lieu d’hébergement pérenne. Nous exigeons que les migrants qui n’ont pas bénéficié de ces propositions, car absents de la caserne de pompiers de Château Landon, et qui se trouvent aujourd’hui dans le jardin d’Eole disposent de mêmes conditions dès ce week-end. Ils doivent être en outre accompagnés par l’administration dans leur demande d’accès au droit d’asile.

- L’ouverture d’espaces d’accueil et d’hébergements collectifs pour accueillir ceux d’Austerlitz, de la Gare de Lyon, de La Villette et de tout autre lieu où les réfugiés pourraient se regrouper pour être logés le temps qu'il faut et de permettre aux associations de travailler avec eux notamment pour voir dans quel dispositif ils et elles souhaitent et sont susceptibles d'entrer (droit d'asile, MIE, etc.) ou simplement leur permettre un simple transit vers un autre pays dans de meilleures conditions, en particulier sanitaires. La Mairie de Paris doit prendre ses responsabilités et ouvrir au moins un espace ad hoc intra muros.

- L’ouverture d’un Guichet unique pour les réfugiés.

- Des solutions pérennes à commencer par l’ouverture de centres d’accueil.

La France est loin de prendre sa part dans l’accueil des réfugiés qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie alors même qu’elle porte sa part de responsabilité, comme l’Union européenne, dans les raisons qui les poussent à partir. Ils ne disparaitront pas du territoire par la répression et l’indifférence des pouvoirs publics. Il faut une toute autre politique en faveur des réfugiés qui prenne en compte la situation actuelle et anticipe sur celle des années à venir.

La Mobilisation doit donc s’accentuer.

Dans l’immédiat :

- Nous demandons à la Mairie de Paris qu’elle reçoive une délégation comprenant les représentants des réfugiés, pour exiger qu’elle tienne ses engagements.

- Nous appelons toutes les citoyennes et tous les citoyens à soutenir les réfugiés là où elles et ils se trouvent, notamment à travers des rassemblements organisés dès samedi dans les quartiers concernés (La Chapelle, Austerlitz…)

- Nous appelons à une manifestation partant du 18ème arrondissement le mardi 16 juin à 18h30

Signataires au 13 juin

Alternative Libertaire, EELV, Ensemble, Gauche Unitaire, NPA, Parti de Gauche, PCF, MJCF, PCOF, MJS
CGT 75, CGT-Educ'Action, Solidaires, UNEF
RESF, LDH, MRAP, DAL, CSP 75, CISPM, Femmes Egalité, FASTI, Association des travailleurs maghrébins de France
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MessageSujet: percée précaire de la visibilité   Lun 15 Juin - 9:53

la percée précaire de la visibilité de Paris à Menton :

L’effarante guerre d’invisibilité contre les migrants de La Chapelle
par Olivier Cyran
13 juin

http://quartiersxxi.org/l-effarante-guerre-d-invisibilite-contre-les-migrants-de-la-chapelle

La police disperse les migrants rassemblés à la frontière franco-italienne
Publié le 14/06/2015 par xxx | 2 Commentaires
Les News Eco, 14 juin 2015 :

https://communismeouvrier.wordpress.com/2015/06/14/la-police-disperse-les-migrants-rassembles-a-la-frontiere-franco-italienne/
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MessageSujet: Re: (IM)MIGRANT.E.S, RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALISME, PRÉCARIAT GLOBALISÉ, "NÈGRES du MONDE"...   Jeu 2 Juil - 20:57

extrait de Dans le monde, une classe en lutte Mai 2015 Echanges et mouvements

Echanges a écrit:
IMMIGRATION :
toute la misère et la mort du monde
« Un immigrant meurt toute les deux heures en Méditerranée »

De toute part, dans le monde entier, montent les voix de ceux qui fuient une mort certaine, la famine, la guerre, la répression, une menace qui pèse si lourd qu’elle donne le courage d’affronter tous les dangers d’un passage vers un avenir dont la perspective incertaine paraît enviable comparée à ce que l’on fuit. Se retrouvent ainsi toutes origines, races, ethnies, religions, venant de partout, des points précis de passage supposés plus faciles vers la terre promise, ayant épuisé souvent de faibles économies et celles de leurs proches. On ne peut citer que les chiffres les plus récents : 219 000 seraient ainsi passés de Libye vers l’Italie en 2014, deux fois plus qu’en 2012, et on prévoit qu’ils seront plus de 300 000 en 2015 (20 000 dans les trois premiers mois de 2015, 6 000 dans le seul week-end des 11/12 avril dernier). On estime que dans cette même période, 1 500 ont nourri les requins.

Monde — *Avril 2015 — 15 millions d’êtres humains vivent dans des camps de réfugiés, chiffre officiel. En 2014, 4 700 000 « personnes déplacées » ont grossi ce chiffre, aujourd’hui de 38 millions ; de plus en plus, le trafic d’êtres humains sous toutes ses formes, du simple passeur à de véritables entreprises capitalistes (le trafic d’esclaves étant plus rémunérateur que le trafic de drogue, 2 300 $ par personne soit 2 100 euros), utilisant les moyens les plus modernes de communication tout comme des pratiques ancestrales pour éluder les contrôles. Milan serait le centre névralgique de ce trafic et l’argent serait blanchi à Londres. Pour échapper aux contrôles bancaires, le retour systématique à la lettre de change de personne à personne, basé sur la confiance, permet tous les transferts vers les paradis fiscaux ; il y aurait d’autres moyens comme la multiplication de cartes de crédit ou de cartes téléphoniques dont la possession échappe à toute réglementation. Le démantèlement d’une filière, ou une opération de style militaire comme celle qui est tentée actuellement pour stopper le passage de la Libye vers l’Italie, ne fait que déplacer les bandits qui utilisent toutes les opportunités géographiques et politiques. C’est ainsi que depuis janvier, l’île grecque de Kos, à quelques encablures de la Turquie, permet facilement de mettre le pied sur le territoire grec et de gagner ensuite les pays d’Europe par la Macédoine, en plein chaos politique de corruption et de violence ; 22 000 migrants auraient utilisé cette voie. Les profits dans l’utilisation de la voie maritime sont tels que pour les passeurs organisés, la perte d’un navire est une quantité négligeable. Pour un rafiot de 100 000 euros, embarquant 1 000 migrants payant chacun 800 euros, le bateau sacrifié d’une manière ou d’une autre laisse un profit de 700 000 euros, plus de sept fois la mise. Quelle activité peut être aussi profitable ?

Corée du Sud — *26/04/2015 — 200 migrants manifestent à Séoul pour obtenir le droit de travailler (700 000 migrants sont ainsi dans l’impossibilité de travailler « régulièrement » par une législation restrictive).

Allemagne — *13/04/2015 — Au premier trimestre 2015, on a assisté à 47 attaques contre les lieux d’hébergement des demandeurs d’asile, ce qui déclenche l’organisation de manifestations contre ces attaques xénophobes.

Malaisie  — *22/05/2015 — On ne meurt pas qu’en Méditerranée en fuyant une réalité impossible à affronter. Aux confins de la Birmanie, de la Thaïlande et du Bangladesh, des camps de transit plus ou moins clandestins regroupent principalement des migrants d’une minorité ethnique musulmane, les Rohingya, persécutés par les bouddhistes. On vient de découvrir près de ces camps, plus ou moins contrôlés par des mafias de passeurs, plus de trente charniers. Ailleurs, des milliers tentent par bateaux de gagner qui la Malaisie, qui l’Indonésie, refoulés de partout, condamnés à mourir de faim et de soif sur des mers hostiles. Quelques tentatives entre États régionaux sont faites pour pallier les plus dramatiques conséquences de telles situations. Il ne fait pas bon être un migrant bangladais, dénoncé par le gouvernement comme un « malade mental » qui « pollue l’image internationale du pays ».
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MessageSujet: El Anatsoui, artiste le plus cher d'Afrique   Dim 5 Juil - 7:49

la pauvreté au service de l'art pour l'argent ?

visas

El Anatsoui Ghana 1992  
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MessageSujet: Multiplication des agressions xénophobes en Italie   Sam 18 Juil - 14:09

.

Multiplication des agressions xénophobes en Italie Anne Le Nir AFP/RFI  

A Casale San Nicola, dans la banlieue de Rome, des affrontements ont opposé vendredi 17 juillet des activistes d'extrême-droite et la police.


Anne Le Nir a écrit:
Les Italiens deviendraient-ils de plus en plus xénophobes ? La question se pose notamment dans plusieurs régions du nord du pays où, sous l'influence des partis eurosceptiques, se tiennent des manifestations hostiles aux demandeurs d'asile. Une partie de la population manifeste contre les réfugiés après la mise en œuvre d'une directive du ministère italien de l'Intérieur : le texte prévoit une répartition plus homogène des demandeurs d'asile sur le territoire national.

A Quinto, commune proche de Trévise en Vénétie, soutenus par la Ligue du Nord et le petit parti néofasciste Forza Nuova, les habitants ont obtenu gain de cause : les 101 demandeurs d’asile hébergés dans des appartements vides ont été transférés dans une ancienne caserne.

Peu avant, les résidents avaient mis le feu à des matelas, téléviseurs, lits de camp et autres objets destinés à ces personnes. Puis ils avaient quitté leur appartement et dressé des tentes dans un parc, assurant qu’ils ne se sentaient pas en sécurité chez eux.

Le gouverneur de la région, Luca Zaia, membre de la Ligue du Nord, a abondé dans leur sens déclarant qu'il fallait lutter contre l’« africanisation » de la Vénétie.

Dans la banlieue de Rome à Casale San Nicola, des affrontements ont opposé policiers, résidents et activistes du mouvement d’extrême-droite CasaPound (CPI). Les protestataires voulaient empêcher un car transportant 19 migrants d’entrer dans un tout nouveau centre d’accueil. Mais le préfet de Rome indigné par « ces manifestations d’intolérance envers des personnes qui ont tout perdu », ce sont ses propos, n’a pas cédé aux pressions.


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MessageSujet: Migrants de la rue Pajol à Paris : bout de trottoir, vagues à l'âme et survie   Sam 18 Juil - 16:15

Migrants de la rue Pajol à Paris : bout de trottoir, vagues à l'âme et survie



Des migrants et des militants qui les soutiennent se tiennent par les coudes pour résister à une opération d'évacuation
devant la bibliothèque Vaclav Havel, rue Pajol à Paris, le 8 juin 2015

Goran Gunes a écrit:
Abbas Nasser, élégant Soudanais aux yeux rieurs, se souvient avec tendresse du temps où il vivait entre Khartoum et Londres, dansait sur du Whitney Houston à Los Angeles et roulait en Cadillac. "Aujourd'hui, je n'ai même pas une Fiat."

Enfoncé dans un fauteuil usé au milieu du trottoir, il parcourt d'un regard las les matelas alignés sur le bitume, la corde à linge tendue entre un poteau et un arbre, les sacs de vivres entreposés dans un coin: sa nouvelle maison, un bout de la rue Pajol dans le nord populaire de Paris, où s'est installée depuis des semaines une centaine de migrants, essentiellement du Sahel et de la Corne de l'Afrique.

Le 9 juillet, environ 200 occupants du campement ont reçu une place en centre d'hébergement d'urgence. "Beaucoup sont depuis revenus", assure Houssam el-Assimi, membre d'un comité de soutien qui accompagne ces migrants depuis l'évacuation musclée d'un précédent campement installé sous le métro aérien de La Chapelle, début juin. "Soit parce que l'hébergement était de très courte durée, soit parce que les locaux étaient trop insalubres", ajoute-t-il.

Rescapé des geôles de son pays, puis d'un AVC qui l'a laissé hémiplégique, Abbas, "persécuté" par le régime soudanais "pour des raisons politiques", pensait trouver en France des soins et un peu de dignité: "On est traités comme des chiens", gronde-t-il. Alors, comme chacun ici, il prend soin de ce fragment de trottoir, "pas la France qu'on avait imaginée".

"Contrairement à d'autres lieux où ils sont infantilisés, ici les réfugiés participent activement à la gestion du campement", explique M. el-Assimi. Des réunions où chacun est invité à s'exprimer sur l'organisation d'une manifestation, la création d'un fonds commun ou encore la question du sexisme, sont régulièrement convoquées. "C'est une manière pour eux de retrouver une autonomie, une forme de vie sociale."

Un homme en short lave une marmite avec de l'eau qui jaillit du bitume, une jeune femme trie des vêtements donnés par des riverains. Abbas, lui, donne une leçon d'économie à quelques migrants accroupis autour de lui: "Le plus important, pour faire du business, ce sont les relations. L'argent vient après."

"J'essaie de leur inculquer des manières de gentleman: la courtoisie, la retenue", confie-t-il en lissant sa moustache grise. "Certains d'entre eux sont agités ou agressifs à cause de la frustration."


- Rien à perdre -

Une quinzaine de migrants attend devant la porte coulissante d'une camionnette de l'ONG Médecins du monde, qui vient deux à trois fois par semaine. "On traite surtout des petits bobos, des rages de dents, explique Jeanine Rochefort de MDM, en revanche il y a une demande psychologique très forte."

Ce campement est "une solution d'urgence qui n'est pas viable à long terme", reconnaît M. el-Assimi. La situation sanitaire est précaire et la mairie a récemment fait retirer l'unique toilette, accusent les occupants du campement. "On demande à la mairie de nous fournir un lieu collectif autogéré", dit M. el-Assimi.

Cette requête a reçu l'appui de personnalités de la culture qui ont réclamé la "création urgente d'un lieu d'accueil collectif" qui pourrait être cogéré par les migrants et des bénévoles. Anne Hidalgo a rappelé les 1.020 places d'hébergement déjà proposées et la promesse du gouvernement de débloquer 10.500 places supplémentaires d'ici 2016.

"Nous continuons à être attentifs (...) pour assurer notre mission de protection" des migrants, observe le directeur de l'Office de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), Pascal Brice.

Les migrants ont manifesté à plusieurs reprises pour demander "un traitement humain". Dans un autre campement de la capitale, sur le quai d'Austerlitz, on envisage de déménager rue Pajol pour faire "front commun". "C'est notre seule façon d'être vus et entendus par les autorités", estime Nasri, qui a fui le Darfour.

Les bénévoles de la rue Pajol redoutent une nouvelle évacuation du campement au creux de l'été. Abbas balaie cette perspective: "Les policiers? Qu'ils viennent!, grommelle-t-il. J'ai perdu ma santé, ma fortune, ma vie. Que reste-t-il? Ce fauteuil?"

18/07/2015 12:40:04 - Paris (AFP) - Par Gokan GUNES - © 2015 AFP

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MessageSujet: "Le capitalisme s’appuie sur un colonialisme virtuel : un précariat globalisé"   Sam 18 Juil - 23:39

Identité nationale. « Un relais des thèses de Huntington » L'Humanité 27 Février 2010

Jean-Claude Amara est porte-parole de l’association Droits devant!! qui, avec des dizaines d’autres, appelle à manifester pour la suppression du ministère de l’Identité nationale.

Jean-Claude Amara a écrit:
Plus précisément, comment reliez-vous ces thèses au nouvel ordre colonial et à la mise en concurrence des travailleurs entre eux ?

- Il ne s’agit plus du colonialisme étatique et d’oppression armé d’hier mais d’un système bien plus subtil. Quasiment virtuel, le capitalisme se nourrit d’un esclavagisme accru, non plus par la capture d’esclaves transportés d’un endroit à l’autre mais par l’installation dans les pays du Sud de transnationales, la mise en place de plans d’ajustement structurel décidés par les organisations mondiales telles que l’OMC, le FMI et la Banque mondiale.

En continuant à pomper les richesses, à spolier et à piller, elles provoquent de fait une immigration vers le nord, où les mêmes personnes sont surexploitées. En ce sens, il s’agit bien d’un nouvel ordre colonial mis en place depuis les indépendances des années 1960. Le capitalisme s’appuie sur un colonialisme virtuel. Cette mise en compétition d’une main-d’œuvre corvéable et contrainte à l’immigration est un des piliers de ce nouvel ordre.

À partir de là, se met en place un système dans lequel un précariat globalisé deviendrait la norme et le salariat l’exception. L’exploitation des immigrés sert à mettre à bas les droits de l’ensemble des travailleurs.

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MessageSujet: Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes   Dim 19 Juil - 0:01

Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes Cecilia Zamudio 14 mai 2015


Cecilia Zamudio a écrit:
Des milliers de personnes meurent toutes les années dans leur tentative de rejoindre l’Europe. Elles ne vont pas vers le « rêve européen », elles fuient le cauchemar dans lequel sombre l’Afrique à cause du pillage des multinationales: ces personnes suivent la route qu’ont précédemment empruntée les richesses extraites dans leurs pays. Mais l’Union Européenne veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes. La Dictature du Capital oblige les personnes à accomplir des exodes terribles, dans des conditions de danger extrême. Contribution

À l’aube du 19 avril 2015, un bateau en provenance de la Libye, avec plus de 900 personnes migrantes, a fait naufrage dans le détroit de la Sicile, à 110 km de la côte. Le ministère public de Catania a signalé que 950 personnes pourraient avoir péri dans ce naufrage1. 24 cadavres ont été retrouvés, et seulement 28 survivants. Les gardes-côtes avaient reçu un appel leur avertissant qu’un bateau se trouvait en danger, mais selon ces mêmes gardes-côtes, c’est lors de l’opération de sauvetage que le bateau a chaviré, car les voyageurs se sont mis tous d’un même côté, dans leur désespoir pour survivre2.


Dans le même mois d’avril 2015, plus de 400 personnes migrantes ont disparu, et 150 seulement ont survécu, lors d’un autre naufrage sur la même route le 15 avril. La Méditerranée est devenue une immense tombe. Au total 90 mil personnes ont traversé depuis l’Afrique vers l’Europe entre le 1er juillet et le 30 septembre 2014, et au moins 2.200 ont perdu la vie. Dans le trimestre antérieur ce furent 75.000 personnes qui réussirent à traverser, avec au moins 800 pertes de vies humaines, selon L’UNHCR.

Ces tragédies représentent une longue souffrance pour les familles des victimes; et d’un autre côté une longue succession de jongleries pour les politiciens de l’UE, qui essayent d’éclipser le soleil d’un doigt. Ils veulent occulter que le saccage et les « guerres humanitaires » perpétrées par l’UE et les Etats-Unis contre l’Afrique ont comme conséquence l’exode massif de populations. On voit sur les écrans les politiciens et les représentants des institutions internationales jouer des coudes pour se montrer les plus « charitables », les plus « légalistes » : rivaliser dans leurs propositions de solutions. Et chacune de leurs solutions est pire que la précédente. Ils s’acharnent à imposer l’artificielle version des « mafias » de transport comme responsable de la tragédie; alors que le supposé « mafieux » n’est dans bien des occasions qu’un pêcheur reconverti en conducteur d’embarcation clandestine, car il ne peut plus survivre de la pêche parce que la mer est saccagée par les grandes multinationales qui pratiquent la pêche industrielle. Et quand bien même cela peut s’avérer vrai que certains transporteurs de ces voyages clandestins profitent des personnes en situation d’exode, ces transporteurs ne peuvent être tenus pour les responsables de cette tragédie. À moins que ce que l’on veuille soit l’occultation des véritables responsables. Certains de ces éclipseurs de vérité vont même jusqu’au délire de proposer le bombardement des embarcations sur les côtes de sortie: le fascisme de l’Union Européenne laisse complètement tomber ses masques.


Parmi les survivants de la tragédie du 19 avril, les médias ont choisi leurs boucs émissaires: deux membres de l’équipage sont la cible de toutes les haines; boucs émissaires parfaits pour occulter les véritables responsables de ces crimes contre l’humanité. On les accuse d’homicide multiple, et les médias du grand capital s’efforcent à faire porter le chapeau de la tragédie continue qui se produit en Méditerranée et dans l’Atlantique, aux supposées « mafias de la traite de personnes ».

Cette tragédie de la mort atroce de centaines de personnes en provenance de la Libye, est aussi une conséquence de l’invasion de la Libye, perpétrée par Les Alliés en 2011. L’invasion de la Lybie fut une intervention au service du grand capital transnational, exécutée par l’OTAN avec l’aide de mercenaires paramilitaires injectés en Lybie depuis les services secrets européens et étatsuniens. Cette invasion s’est produite avec la totale complicité de l’appareil médiatique du capitalisme, qui nommait les paramilitaires« rebelles », avec la finalité de justifier l’invasion et le génocide contre le peuple libyen et son gouvernement de l’époque, celui de Muammar Al Gaddafi. Durant le gouvernement de Gaddafi, la Libye était le pays avec le meilleur niveau de vie de toute l’Afrique; raison pour laquelle de nombreux africains provenant d’autres pays avaient choisi de s’y établir. Ces africains aujourd’hui s’ajoutent aussi aux libyens et aux autres africains qui essayent d’atteindre l’Europe-Forteresse: cette UE qui saccage volontiers les richesses de l’Afrique, mais qui ensuite ne veut pas des personnes.


La Libye fut la cible de la cupidité capitaliste pour plusieurs motifs: elle a dans son sous-sol un pétrole des plus légers du monde, avec un potentiel productif estimé à plus de 3 millions de barils quotidiens. Depuis 2009 Gaddafi essayait de nationaliser le pétrole libyen, mais la nationalisation trouvait des oppositions au sein même du gouvernement. Plusieurs de ces opposants à la nationalisation jouèrent le rôle de « chefs rebelles » au service des intérêts des multinationales.

La Libye possède en plus une énorme réserve hydrique souterraine, estimée en 35.000 kilomètres cubiques d’eau, qui forme partie du Système Aquifère Nubien (NSAS). Dans les années 1980 la Libye avait initié un projet d’approvisionnement d’eau à grande échelle: la Grande Rivière Artificielle de Libye. Le système une fois fini, fournirait de l’eau à la Libye, à l’Égypte, au Soudan, et au Tchad, et il favoriserait ainsi la souveraineté alimentaire d’une région fortement touchée par la sécheresse. Ceci aurait évité que ces pays eussent eu à recourir au FMI: chose qui s’opposait au monopole global des ressources hydriques et alimentaires. D’un autre côté, la Libye possédait des millions de dollars en réserves internationales, qui furent confisquées par ses agresseurs. Ce furent là les mobiles du crime contre la Libye.


La Libye a été détruite par l’intervention impérialiste: l’infrastructure aquifère et routière, les écoles, les hôpitaux ont été bombardés. Avant l’invasion impérialiste, les femmes en Libye vivaient avec beaucoup plus de liberté que dans d’autres pays de la région, mais après la guerre, le gouvernement des mercenaires de l’UE et des États Unis décrétait, parmi ses premières mesures, l’instauration de la Loi de la Sharia, atrocement cruelle envers les femmes. Une autre des conséquences de l’invasion de la Libye, est le surgissement de groupes de terrorisme paramilitaire dans différents pays de la région: les mercenaires employés par les services secrets européens et étatsuniens se recyclent dans d’autres opérations de la terreur. Dans ce cadre surgit l’État Islamique.

La Libye fut torturée par ce que les mensonges médiatiques eurent le cynisme de nommer les« bombardements humanitaires ». La droite européenne, et aussi une partie de ‘la gauche’ furent complices de cette aberrante opération de néocolonialisme ayant pour finalité l’appropriation des immenses ressources pétrolières et aquifères de la Libye. Les transnationales gonflèrent leurs fortunes grâce à la souffrance du peuple libyen.


Le capitalisme est le responsable de la tragédie en Méditerranée; concrètement les grands capitalistes qui s’enrichissent de l’exploitation d’autrui et du saccage de la planète: ce sont eux les criminels contre l’humanité, ceux que les médias nous montreront comme des « entrepreneurs de talent ». 85 multimillionnaires possèdent une richesse équivalente à celle que se partagent 3.570 millions de personnes qui survivent à peine: exploitées dans des mines infernales, en vendant leurs organes, en travaillant dans des fabriques qui les ensevelissent vivantes, en se prostituant dès l’enfance, ou en devant se mettre en péril dans des exodes terribles, dont la culmination ne sera pas autre chose que la mort par noyade, ou la noyade de la vie, en devant travailler pour des miettes dans l’Europe Forteresse.

La mer avale des milliers de jeunes hommes, de femmes et d’enfants. Une mer dont les vagues vont et viennent entre l’Afrique et l’Europe, témoins silencieuses du génocide capitaliste, embrassant les plages des pays saccagés, et aussi les plages qui sont les portes du cynisme absolu.

C.Z.

(1) http://eldia.es/agencias/8061022-INMIGRACI-N-MEDITERR-NEO-ITALIA-Prevision-Italia-busca-respuestas-naufragio-Cuantos-eran-que-hundieron

(2) http://www.telesurtv.net/news/Barco-con-700-inmigrantes-se-hunde-en-costas-de-Libia-20150419-0010.html
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MessageSujet: Le bras de fer financier éclipse la crise des réfugiés en Grèce IRIN nouvelles et analyses humanitaires    Lun 20 Juil - 14:44

L'UE à la peine pour se partager 40'000 demandeurs d'asile

Migration : Les Européens doivent trouver un accord pour trouver des places d'accueil afin de soulager la Grèce et l'Italie Tribune de Genève 20 juillet


Des migrants attendent de pouvoir entrer en Macédoine depuis la Grèce

Citation :
Les Européens tentent le lundi 20 juillet de s'entendre pour partager la prise en charge de 40'000 demandeurs d'asile et soulager la Grèce et l'Italie, sous haute pression migratoire. Un manque de solidarité pourrait faire échouer la recherche d'un accord.

Avant le début de la réunion des ministres de l'Intérieur, qui devait débuter à 15h, le compte n'y était pas. Quelque 40'000 places doivent être trouvées d'ici à fin juillet pour respecter le mandat donné en juin par les chefs d'Etat et de gouvernement.

«Nous sommes en-dessous du chiffre», a confirmé lundi le chef de la diplomatie luxembourgeoise et ministre de l'Immigration, Jean Asselborn, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE. La présidence «va tout tenter pour éviter la déception», a-t-il insisté. Les offres jusque-là ne dépassent pas 30'000 places, selon plusieurs sources européennes.

«Relocalisation»

Le mécanisme prévu, dit de relocalisation, ne doit pourtant être que temporaire, sur deux ans, et ne concerner parmi les exilés et migrants affluant aux frontières européennes qu'un public trié sur le volet: des demandeurs d'asile éligibles au statut de réfugiés, pour l'essentiel syriens et érythréens.

Un accord avait été déjà trouvé début juillet sur le deuxième volet de ce plan, concernant l'accueil dans l'UE de 20'000 personnes bénéficiant déjà du statut de réfugiés mais vivant actuellement dans des pays tiers. Les promesses ont même dépassé les attentes, avec 22.500 places offertes, selon une source européenne.

Le projet, conçu par la Commission européenne, s'était d'emblée heurté à l'hostilité des Etats. Ils ont finalement obtenu que la répartition ne soit pas contraignante, mais se fasse sur une base volontaire.

Les pays d'Europe centrale plus réticents

Du coup, en matière de relocalisation, nombre de pays rechignent à entrouvrir leurs portes, surtout en Europe centrale et orientale, Hongrie, Slovaquie et Etats baltes notamment. L'Espagne, aux avant-postes, est aussi très réticente.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déploré que l'Europe «ne soit pas à la hauteur» de son devoir de solidarité, interne et externe. A titre de comparaison, la Turquie accueille à elle seule deux millions de réfugiés syriens.

L'Allemagne et la France, dont les ministres sont absents lundi à Bruxelles, estiment avoir fait leur part, comme le leur demandait la Commission. Elles ont respectivement offert d'accueillir 12'100 et 9100 personnes, des chiffres qui incluent relocalisation et réinstallation. (ats/Newsnet)



Le bras de fer financier éclipse la crise des réfugiés en Grèce IRIN nouvelles et analyses humanitaires


Des migrants et des demandeurs d'asile font la queue sur le port de Mytilène, à Lesbos, dans l'attente d'être enregistrés par la police

Citation :
Mytilène, 3 juillet 2015 (IRIN) - L'âpre querelle opposant la Grèce et ses créanciers a relégué au second plan de l'actualité la crise des réfugiés qui se poursuit dans ses îles, mais les bateaux qui transportent les migrants et les demandeurs d'asile continuent d'arriver et les systèmes d'accueil sont au bord de l'effondrement.

A l'extérieur du centre d'identification de Mersinidi, sur l'île de Chios, des migrants font sécher leurs vêtements sur des arbres et des buissons après la tempête qui a touché l'île au petit matin. Ces migrants, principalement des familles avec de jeunes enfants, sont arrivés la veille.

« Il n'y a pas d'endroit où s'installer ici ; il n'y a même pas d'eau dans les toilettes », raconte Ennes, un Syrien d'Alep âgé de 35 ans, en montrant le camp de fortune installé quelques semaines plus tôt par les autorités locales pour accueillir les migrants qui ne pouvaient être hébergés dans le centre d'identification.

Ennes a travaillé en Turquie pendant un an avant de tenter sa chance en Europe. Son objectif est de traverser la Grèce et de prendre la route des Balkans occidentaux pour rejoindre le nord de l'Europe. La grande majorité des migrants qui débarquent sur les îles grecques partagent cet objectif. Mais pour rejoindre le continent et traverser le pays sans se faire arrêter, ils doivent d'abord donner leurs empreintes digitales et obtenir un document délivré par les autorités grecques – les Syriens bénéficient d'un permis de séjour de six mois, les migrants originaires d'autres pays reçoivent un ordre d'expulsion qui leur laisse un mois pour quitter le territoire.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que 68 000 migrants et demandeurs d'asile sont arrivés en Grèce par la mer depuis le début de l'année – ce qui représente une augmentation de 560 pour cent par rapport à 2014 – soit un peu plus qu'en Italie durant la même période. Environ 60 pour cent des nouveaux arrivants sont des Syriens. Un représentant du gouvernement a dit à IRIN que plus de 200 000 migrants devraient arriver en Grèce d'ici à la fin de l'année.

Les centres d'accueil des îles grecques sont loin d'être adaptés au nombre de migrants et le pays ne dispose pas des ressources et des personnels nécessaires à leur amélioration à la lumière de l'actuelle crise financière. Une mission récente d'établissement des faits réalisée par Amnesty International dans ces îles décrit des conditions d'accueil « épouvantables » et note que la planification insuffisante, l'utilisation inefficace des fonds alloués par l'UE et la crise du gel de l'embauche contribuent à ce que les autorités grecques ne soient pas en mesure de répondre aux besoins des demandeurs d'asile et de protéger leurs droits.

«  La majorité des nouveaux arrivants n’ont guère, voire pas du tout, accès à un soutien médical ou humanitaire, et sont souvent obligés de vivre dans des conditions sordides dans des centres de détention surpeuplés ou des camps ouverts », a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

Les îles de Samos et de Lesbos disposent seulement de deux unités mobiles d'accueil pour déterminer la nationalité des nouveaux arrivants et leur fournir une assistance médicale et humanitaire de base. Les anciens centres de détention des îles de Samos, Lesbos et Chios, aujourd'hui appelés centres d'identification, sont surpeuplés.

Ketty Kehayioylou, porte-parole du HCR en Grèce, a confirmé que les centres étaient surchargés, et que la police locale et les garde-côtes faisaient de leur mieux, mais qu'ils étaient débordés et qu'ils avaient des difficultés à enregistrer autant de nouveaux arrivants.

Les retards qui en résultent expliquent que les migrants doivent souvent attendre plus d'une semaine dans des camps de fortune, comme celui de l'île de Chios, avant d'obtenir les documents dont ils ont besoin pour continuer leur route.


Des migrants se sont rassemblés devant le centre d'identification de Moria,
sur l'île de Lesbos, pour entendre le nom des quelques chanceux qui seront accueillis dans le centre

Alors que les conditions de vie se détériorent dans les camps, les tensions s'intensifient entre les différents groupes de migrants, et entre les migrants et les communautés locales.

Des bagarres ont éclaté entre des Syriens et des Afghans hébergés dans un camp auxiliaire installé par les autorités près de Mytilène, la capitale de l'île de Lesbos. A Mytilène, un affrontement a eu lieu entre un groupe de Syriens et des garde-côtes quand les migrants ont reçu l'ordre d'aller s'installer dans l'ancien centre de détention de l'île, à Moria, pour la procédure d'examen. Les Syriens se sont rassemblés sur le port et ont demandé un accès direct au continent grec pour continuer leur route.

Le lendemain, un autre affrontement a éclaté : un Syrien a été blessé à la tête, un officier de police au visage. Perturbés par les violences, des résidents de l'île menacent d'intervenir eux mêmes. Certains ont tenu des discours racistes et, depuis deux semaines, des messages circulent sur Internet, accusant les migrants d'avoir profané des églises et des objets religieux. Le prêtre local a nié que des actes de vandalisme aient été commis.

Le HCR augmente sa présence sur les îles et intensifie sa réponse humanitaire. L'agence distribue des articles d'urgence, y compris des sacs de couchage et des matelas, et fournit des conseils juridiques. L'agence soutient l'adoption de modifications législatives pour dépénaliser le transport de réfugiés, ce qui éviteraient à ces derniers de marcher les 70 km qui séparent Moria des côtes nord de l'île de Lesbos.

La Grèce dépend largement des fonds de l'UE pour faire face à la migration, contrôler ses frontières et financer son système d'asile. Grâce au Fonds Asile Migration Intégration (FAMI), qui a été mis en place l'année dernière, la Grèce devrait recevoir près de 290 millions de dollars de fonds européens entre 2014 et 2020. Des fonds européens supplémentaires, d'un montant de 187 millions de dollars, ont été alloués aux opérations de sécurisation des frontières grecques pour la même période.

L'éventualité d'une sortie de la Grèce de la zone euro et de l'Union européenne compromettrait l'allocation de ces fonds ainsi que l'accord difficilement obtenu à Bruxelles la semaine dernière pour la relocalisation de 40 000 demandeurs d'asile arrivés en Grèce et en Italie au cours des deux prochaines années.

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MessageSujet: Israël : l’impossible politique migratoire   Mer 22 Juil - 9:34


Israël : l’impossible politique migratoire Manon Duret Le Journal International 17 Décembre 2013


Manon Duret a écrit:
L’État hébreu accueille à bras ouvert les juifs, qui ne viennent plus. Il tolère par nécessité les travailleurs venus d’ailleurs, qui ne repartent plus. Et il ferme ses portes aux demandeurs d’asile, présents malgré tout et sans statut. Chronique d’une impossible politique migratoire du cas par cas.

Alors que les demandes de naturalisation israélienne chutent parmi la diaspora juive, qu’une énième tentative d’interruption des migrations Falash Mora a été annoncée, et que le mur de barbelé empêche tout nouveau clandestin d’entrer en Israël par la frontière égyptienne, l'Etat hébreu n'a toujours pas redéfini sa politique migratoire. Entre idéologie et réalisme, l'heure est au méli-mélo législatif.

Il y a ceux que l’on souhaite et ceux que l’on rejette. La politique migratoire d’Israël a toujours eu un caractère religieux. Nation de migrants par excellence, depuis 1949 Israël se définit comme terre d’accueil des juifs opprimés et appelle de ses vœux « le rassemblement des exilés » et l’Aliya, « la montée » des différentes communautés juives de la diaspora vers l’État d’Israël. À ce titre, la « loi du retour », votée le 5 juillet 1950, permet à tout juif de la diaspora de migrer et d’obtenir la nationalité israélienne par le biais des bureaux de « l’Agence Juive » présents dans de nombreux pays. Un grand problème se pose aujourd’hui aux autorités : que faire des migrants non-juifs demandant asile à Israël ?

L’Aliya a construit la nation israélienne. Juifs d’Europe, d’Amérique, puis d’Afrique du Nord ont constitué les vagues successives de migrants venus rejoindre la nouvelle nation. Aujourd’hui les arrivées massives proviennent de l’ex-URSS, Ukraine et Russie en tête, et d’Ethiopie. Encouragée, cette immigration n’en reste pas moins difficile. « Les Falashas sont encore les plus pauvres de la population israélienne », nous explique Lisa Anteby-Yemini, anthropologue au CNRS (IDEMEC - Université Aix-Marseille), étudiant les migrations africaines en Israël. « Anciens agriculteurs et artisans des Hauts Plateaux d’Éthiopie, ils peinent à se reconvertir dans l’économie israélienne » .
Partis pour vivre dans le pays de leur religion, mais aussi souvent pour fuir une situation économique difficile, les nouveaux arrivants sont aussi les plus dépourvus de la société d’accueil. Par définition, les membres de la diaspora juive viennent de cultures différentes. Les barrières de la langue, du niveau d’instruction, ou encore des particularismes religieux rendent inévitablement difficile l’intégration des nouveaux arrivants.

L’élection d’une Miss Israël « falasha », originaire d’Ethiopie en 2013 a encore suscité rejets et débats. Mais les difficultés d’intégrations qui ne sont pas propres aux juifs d’Ethiopie. Les migrants de l’Ex-URSS maîtrisent souvent mal l’hébreu et sont également discriminés. Malgré les difficultés d’intégration, les autorités appellent toujours au « retour » des Juifs. Cependant, les migrations strictement religieuses se tarissent. En témoigne la récente fermeture de l’Agence juive d’Addis-Abeba. Les foyers du judaïsme de par le monde se stabilisent. Aux Etats-Unis et en France, où vivent encore des communautés importantes, les candidats au départ se raréfient. Les Agences juives n’auront-elles bientôt plus de raison d’être ?

Les migrants invisibles

Il n’y a pourtant pas que des juifs en Israël. Depuis plusieurs dizaines d’années, par nécessité économique, Israël a toléré que d’autres populations viennent sur son sol. Elles ont été autorisées à venir en Israël à une seule condition : les migrants ne devaient être que de passage ; ne surtout pas s’installer. Israël a engagé des travailleurs temporaires. De nombreux accords ont été passés avec d’autres pays. Thaïlandais, Philippins, Bulgares, Turcs, Népalais et plus récemment Chinois peuvent désormais signer des contrats de travail pour une durée déterminée, d’une à trois années, et doivent retourner chez eux une fois le temps écoulé.

Les autorités israéliennes estiment que 180 000 de ces travailleurs résident actuellement sur le territoire. Main-d’œuvre de passage, arrivée souvent seule, effectuant les travaux dont personne ne veut, l’immigration de travail est vécue comme une nécessité, sans conséquence sur la société. Pourtant le bureau de la statistique israélienne estime que la moitié de ces travailleurs résident illégalement sur le territoire. Des couples se forment, des enfants naissent sur le sol israélien. Une fois leur contrat expiré, nombreux sont ceux qui continuent à exercer au noir. C’est typiquement le cas des Philippines travaillant comme domestiques. Elles seraient 1 000 à être restées cette année.

Mais le risque est ailleurs. Il provient de ces nouveaux migrants venus d’Afrique, ces familles entières, sans ressources, exilées, qui demandent asile en Israël, qui demandent à rester. Ce sont elles qui « menacent les fondements de la société, la sécurité et l’identité nationale », selon Benyamin Netanyahou. Non-juifs, ils viennent altérer la nature juive du pays. Pauvres, ils viennent poser à l’État d’Israël les mêmes problèmes qu’aux pays occidentaux. En 2012, l’État a voulu régler le problème par la construction d’un mur de barbelés de 5 mètres de haut à la frontière égyptienne. Que faire alors des milliers de refugiés présents dans le pays ? Vide juridique et cas par cas sont aujourd’hui la règle.

Israël, terre d’asile pour Africains en exil ?


Mur construit à la frontière égyptienne en 2012

Depuis une dizaine d’année, et surtout depuis 2005, affluent sur le territoire hébreu ces hommes et ces femmes venus d’Afrique. Ils sont actuellement 55 000 demandeurs d’asile. Erythréens fuyant la conscription militaire, Soudanais fuyant les persécutions et les guerres forment l’essentiel des refugiés, auxquels s’ajoutent essentiellement des Congolais et des Ivoiriens. Tous ces migrants ont traversé le désert du Sinaï pour atteindre la frontière israélienne. Parmi ceux qu’a rencontrés Lisa Anteby-Yemini, nombreux sont ceux qui projetaient de traverser la Méditerranée et se sont laissé convaincre par des passeurs de partir pour Israël. L’État hébreu est devenu l’itinéraire bis des migrations Est-Africaines du fait des dangers de la mer et de la fermeture des frontières européennes. Ceux qui arrivent jusqu’à la frontière sont retenus en détention au milieu du désert. Certains ont été victimes des trafics humains qui sévissent dans la région. La plupart nécessiteraient des soins médicaux et psychologiques.

Face à ce nouveau phénomène, l’État hébreu a adopté un dangereux système de titres de séjours provisoires, sans légiférer sur le statut juridique de ces nouveaux arrivants. Les autorités s’appuient sur un classement des demandeurs d’asile en terme de « risques » encourus dans leur pays d’origine. Les migrants venant de pays « à risques » ne sont pas sujets à un ordre d’expulsion immédiate. On leur délivre un titre de séjour de 3 à 6 mois renouvelable en fonction de la situation. Reste à savoir quels pays classe-t-on « à risques ». Pendant longtemps les Sud-Soudanais, originaires d’un « pays à risques » étaient tolérés en Israël. En juillet 2011, le Sud du Soudan est devenu un État. Israël l’a considéré comme un pays sûr. 1300 Sud-Soudanais ont été expulsés en juin 2012. Certains pays changent souvent de catégorie, c’est le cas du Congo ou de la Côte d’Ivoire. Si Erythréens et Soudanais tentent encore le voyage et représentent aujourd’hui 85% des demandeurs d’asile, c’est qu’ils savent qu’ils ne pourront pas être expulsés dans l’immédiat.

Assurés d’un sursis, leur situation reste précaire. S’ils possèdent un titre de séjour, en revanche ils n’ont pas droit au permis de travail. Les migrants sont tolérés sur le sol, mais aucune politique d’accueil ou d’aide sociale n’est mise en place. Officiellement, les employeurs faisant travailler des demandeurs d’asile sont dans l’illégalité. De fait, leur travail est toléré, évidemment. Les migrants travaillent dans les services, la restauration, et, même les municipalités les emploient pour le nettoyage des rues.

Migrants non-juifs, le cas de conscience d’Israël

Selon Lisa Anteby-Yemini, l’opinion publique israélienne distingue parfaitement ces trois figures de migrants : le juif, le travailleur et le demandeur d’asile. Et ces derniers cristallisent les tensions au sein de la société israélienne. Contre cette nouvelle immigration, mobilisations et actes racistes se sont multipliés ces dernières années, en particulier de la part des résidents des quartiers Sud de Tel-Aviv où se concentrent plus de la moitié des nouveaux migrants.

Régulièrement, associations de demandeurs d’asiles et ONG descendent dans la rue pour interpeller la population et les pouvoirs publics. Pour faire valoir leurs droits, ils en appellent à la Shoa, au souvenir de la nation juive, faite de migrants persécutés dans leurs pays, venus trouver refuge en Israël. Si la désignation de « réfugiés » leur est concédée dans le langage courant, et si ce discours touche la population, ONG et associations de réfugiés peinent à mobiliser les foules pour leur cause.

Les migrants réclament un accès aux soins, à de véritables permis de travail pour mettre fin à l’exploitation des travailleurs illégaux, un accès aux formations et surtout le statut de réfugié. Un statut qui leur permettrait de sortir de leur situation précaire et d’avoir des droits. Le statut de réfugié existe en Israël, mais il est quasiment impossible à obtenir. Depuis 1948, 200 personnes l’on obtenu, une seule l’année dernière.
Pour expliquer cette impasse juridique dans laquelle se trouvent 55 000 résidents d’Israël, Lisa Anteby-Yemini invoque un problème éminemment politique. Comment accorder le statut de réfugié, l’asile et la protection à des populations venues de lointains pays d’Afrique, alors qu’aucun statut n’est accordé aux populations palestiniennes ? Les autorités ne peuvent accorder à certains ce qu’elles refusent à d’autres.

Le mur, solution de tous les problèmes ?

Pour contrer l’afflux toujours plus important de demandeurs d’asile, Israël a construit un mur de barbelés tout le long de la frontière égyptienne. Les conséquences ont été immédiates. En septembre 2013, les autorités recensaient seulement 35 nouvelles entrées par la frontière contre 7 000 en septembre 2012. La construction du mur a permis de repousser la question légale des 50 000 Africains résidant sur le sol israélien, de repousser ailleurs les migrations illégales. Un mur qui en rappelle un autre. Israël est-il condamné à s’enfermer ?


Merci à Lisa Anteby-Yemini, anthropologue, chercheure au CNRS (IDEMEC – Université Aix-Marseille), d’avoir gracieusement répondu à nos questions.



on pourrait formuler l'hypothèse suivante

la question juive demeure paradigmatique mais, sans besoin d'amalgamer toutes les variantes du sionisme d'avant le nazisme, le tournant décisif est évidemment la création de l'État d'Israël, puisqu'elle change en quelque sorte l'identité juive (voir le texte d'Edward Said plus haut)

la figure du juif errant, apatride, volontiers cosmopolite et progressiste, socialisant ou anarchiste, « sans patrie ni frontières », dès lors que l'Etat-Nation est créé, et créé sur la base d'une identité juive qui n'a pas d'unité ni ethnique, ni 'raciale', mais seulement d'une origine religieuse, se change en son contraire le plus absolu : la citoyenneté dans un Etat à base confessionnelle, forteresse assiégée qui ne cesse d'agrandir son territoire, avec une politique qui n'a rien à envier à l'apartheid sud-africain, que les gouvernements d'Israël soutiendront et armeront jusqu'au bout

l'universalisme juif, qui pouvait comme annoncer un monde sans frontières, se transforme en son contraire, au point de devenir aujourd'hui comme un modèle d'identité nationale à base non pas ethnique (pas plus d'ethnie juive que d'ethnie française) : la vraie religion d'Israël est la religion de l'État-nation, opium des peuples nationaux

si l'on considère le discours français, autour de l'identité nationale, il se fonde de plus en plus sur ce "nous" et "les autres" qu'on relevé plusieurs auteurs (Roland Simon, Saïd Bouamama...). Dans ce discours, autour non seulement des "issus" de l'immigration (entendre arabe ou africaine, aujourd'hui labellisés "musulmans" ou "islamiques"), mais des migrant.e.s en général et de la "menace" qu'ils représentent, "LaFrance" rêve d'être un pays où ces autres n'ont pas envie, ou aucune possibilité d'émigrer (voir article ci-dessous)

de ce point de vue, la nouvelle identité "juive", définie non tant par le sionisme mais par le besoin de l'existence d'Israël pour les puissances capitalistes occidentales, devient paradigmatique du souverainisme nouveau, à forte densité raciale

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