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 AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?

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MessageSujet: PORTO-RICO   Ven 7 Aoû - 1:18



Porto Rico est-il la Grèce des États-Unis (en pire) ? David Francis traduit par Alexandre Lassalle




wiki a écrit:
Porto Rico ou Puerto Rico est un territoire non incorporé des États-Unis avec un statut de commonwealth. Située dans les grandes Antilles, l'île est baignée au nord par l'océan Atlantique et au sud par la mer des Caraïbes. Le territoire est constitué de l'île de Porto Rico proprement dite, ainsi que de plusieurs îles plus petites, dont Vieques, Culebra et Isla Mona. Porto-Rico Wikipédia

David Francis a écrit:
L'État affilié a annoncé qu'il ne pourrait honorer sa dette de 72 milliards d'euros. De nombreux fonds de pensions américains pourraient en payer le prix.

Depuis plusieurs mois, les dirigeants portoricains avaient prévenu qu’ils ne pourraient s’acquitter de leur dette, s’élevant à 72 milliards de dollars. Mais le territoire associé aux États-Unis a maintenant officiellement fait défaut. Et l’avenir économique de l’île dépend désormais des conséquences de cette crise.

Ce qui est sûr, c’est que lundi 3 août le «commonwealth» des États-Unis n’a remboursé que 628.000 dollars sur les 58 millions dont le paiement était attendu quelques jours plus tôt. Melba Acosta, présidente de la Banque centrale du pays, a alors déclaré que le gouvernement de San Juan n’avait pas débloqué les  fonds nécessaires au remboursement total.

«Cette décision fait suite aux graves difficultés financières du pays ainsi qu’à la recherche d’un équilibre entre les obligations envers nos créanciers et celles tout aussi importantes envers les portoricains, à qui nous devons garantir le maintien des services publics indispensables»,
a-t-elle complété.

Ce défaut de paiement n’est pas une surprise: le gouverneur de l’île, Alejandro García Padilla, avait déjà annoncé que son pays, miné par des décennies de faible croissance et d’exode de sa population, n’avait pas les moyens de rembourser les créanciers.

Pas la protection des lois américaines

Il entraîne pourtant une aggravation de la crise, qui entre aujourd’hui en territoire inconnu. Selon Bloomberg, Puerto Rico doit en effet rembourser près de 5 milliards de dollars au cours des douze prochains mois. Or environ 20% des fonds de pensions américains détiennent des obligations portoricaines: les investisseurs américains seront donc pénalisés si San Juan et ses créanciers n’arrivent pas se mettre d’accord sur une restructuration de la dette.

Dans le cas contraire, des gestionnaires de fonds populaires chez les investisseurs américains, tels que Charles Schwab ou Franklin Templeton, devront accepter des remboursements inférieurs à ce qui leur est dû et les fonds possédant de telles obligations perdront de leur valeur.

À cause de la sécheresse, l’eau y est rationnée. Et des coupes dans les fonds publics ont conduit plus de 3.000 médecins à quitter l’île au cours des cinq dernières années


L'hôtel Normandie fermé depuis 2008 à San Juan.
La faiblesse du tourisme plombe un peu plus l'économie de l'île

Mais le véritable problème est que Puerto Rico, en tant qu’État associé des États-Unis, ne peut se mettre sous la protection du Chapitre 9 de la loi sur les faillites comme l’a fait Detroit en 2013, quand l’économie de la ville s’est effondrée. Cela permettrait pourtant de garantir aux créanciers le remboursement d’une partie de ce qui leur est dû.

Or, si la Chambre des représentants et le Sénat ont étudié des projets de loi offrant cette possibilité à San Juan, le processus législatif n’est pas arrivé à son terme. Et la Maison Blanche a également exclu de créer un fond de sauvetage similaire à celui que la Grèce négocie actuellement avec ses propres créanciers.

Fermer les écoles pour plus d'économies ?

Dans le même temps, les portoricains font face à un nombre croissant de difficultés. À cause de la sécheresse, l’eau y est rationnée. Et des coupes dans les fonds publics ont conduit plus de 3.000 médecins à quitter l’île au cours des cinq dernières années. Trois anciens économistes du FMI ont également récemment recommandé de fermer les écoles pour réaliser encore plus d’économies.

Dans une interview au El Nuevo Dia, un quotidien portoricain, Martin O’Malley, candidat à la primaire démocrate (loin dernière la favorite Hillary Clinton), a par conséquent demandé au Congrès américain de donner un peu d’air à San Juan. Il est le premier candidat à l’élection présidentielle de 2016 à visiter l’île.

«Il est crucial d’offrir à Puerto Rico les mêmes protections contre la faillite que celles dont nous disposons au niveau fédéral», a-t-il déclaré.

Mais, tout au moins pour le moment, aucune raison ne porte à croire en cette éventualité, ni à penser que le cauchemar économique de Puerto Rico est en passe de se résoudre.



La Perla


la mano secreta

un grand maître Porto-Ricain : Giovanni Hidalgo




voir sur mon ancien blog : TAMBOURS
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MessageSujet: Porto Rico banlieue de Cuba ?   Sam 8 Aoû - 8:54

Quand les Cubains s’y mettent :

Ready for a crisis bigger than of the 2007-08?

Central banks in the Western world have set the scene for an “even bigger version” of the 2007-2008 global financial crisis, Societe Generale’s bearish strategist Albert Edwards has claimed.

In a research note on Thursday, Edwards said that China’s intervention to stabilize its volatile stock market was part of a larger global story, in which “rock bottom” interest rates and large fiscal deficits in the western world were pushing the global economy towards a fall.

“QE (quantitative easing) will be stepped up to such a pace that you will hear the roar of the printing presses from Mars,” Edwards said.

“I have not one scintilla of doubt that the western central banks have set us up for an even bigger version of the 2008 Great Financial Crisis.”

…Given his forecast step up in money-printing, Edwards said that gold, which tends to perform well during periods of high inflation, was a “must-have” safe-haven investment.

Source:

http://www.usagold.com/cpmforum/2015/07/31/get-ready-to-relive-the-2008-crisis-albert-edwards/

Se avecina nueva crisis financiera global peor que en 2008

Los bancos centrales del mundo occidental deberían prepararse para afrontar una “versión aún más grande” de la crisis financiera mundial del año 2008, opina el estratega de la Société Générale Group, Albert Edwards, en un reporte publicado este jueves.

El economista británico, cuyo reporte cita CNBC, sostiene que la intervención que realizó China con el fin de estabilizar su volátil mercado de valores fue sólo “una parte de la historia global mucho más amplia, en la que las tasas de interés ‘tocaron fondo’ y los grandes déficits fiscales en el mundo occidental empujaron a la economía global hacia la segunda crisis financiera mundial”.

Varios bancos centrales de Occidente durante la última crisis recurrieron a la impresión de dinero con el fin de comprar activos, lo que ayudó a inyectar liquidez en los mercados y estimuló la economía en general. Pero ese efecto no será prolongado, señala Edwards.

Esta política de expansión cuantitativa (una herramienta de regulación monetaria utilizada para aumentar la oferta de dinero) se utiliza cada vez más por los bancos centrales occidentales, hecho que, según Albert Edwards, conducirá a nueva crisis financiera mundial.

Source:

http://www.cubadebate.cu/noticias/2015/08/02/economista-se-avecina-nueva-crisis-financiera-global-peor-que-en-2008/#.VcTIg90j953
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MessageSujet: la crise qui vient    Sam 8 Aoû - 15:05

Comment est fabriquée la crise qui vient :

citation Thomas, le Cimbre, le 25 janvier 2013  

Citation :
La Deutsche Bank est la plus grande banque du monde. La Deutsche Bank est la plus dangereuse banque du monde en étant au moins depuis 2008 en faillite technique avec seulement 2,6% de couverture en fonds propres. La Deutsche Bank a pourtant émis en janvier 2013 de nouveaux produits financiers titrisés à hauteur 7,7 milliards de $. Il s’agit de nouveau de CDO - Collateralized Debt Obligations, qui se fondent sur d’autres produits financiers titrisés particulièrement risqués parce qu’ils contiennent les risques de milliers d’autres crédits particuliers. Ce principe de « multi-mutualisation » de la dette permet aux banques de sortir de leurs bilans financiers les emprunts qu’elles jugent elles-mêmes irrécouvrables en en faisant un produit financier, une macédoine packagée de produits toxiques, qui reste très prisée des investisseurs.

La Deutsche Bank n'est en réalité qu'une banque de façade qui est la filiale de son propre hedge-fonds DWS qu'elle a propulsé et qui vit essentiellement du shadow banking, donc des opérations extra-bilancielles OTC - Over-The-Counter, des CDO, des CDS que le législateur, les régulateurs et les Directives Européennes MiFID et MiFID2 ont aménagées spécialement. Seulement 4% des opérations de la Deutsche Bank sont des opérations bancaires "traditionnelles", 96% passent par son hedge fonds pour alimenter la spéculation financière sans objet économique et industriel.

Selon le FMI de 70 à 90% des activités bancaires relèvent de la spéculation sur les produits financiers comme les CDS/CDO qui constituent la majorité des produits dérivés. Il ne reste plus grand-chose pour les activités de l'économie réelle des PME. Depuis 2008 les banques ne prêtent plus à l'industrie. On oublie que les CDO / CDS - Credit Default Swap sont des assurances contre la défaillance souscrites par n'importe qui, sur n'importe quoi, de préférences sur des actifs que l'on ne possède pas ou dont on n'est pas propriétaire. Les banques sont impactées par le risque systémique parce qu'elles ont des trillions de CDO/CDS dans leurs comptes. Les banques universelles qui ont des activités d'assurance sont impactées.

Les assurances elles-mêmes sont impactées parce qu'elles sont émettrices de CDO/CDS ou parce qu'elles ont placé leurs actifs auprès des banques ou qu'elles sont actionnaires des banques. Les CDS sont tous des bundles, des fagots qui ont dedans des vrais morceaux de divers actifs allant jusqu'aux Bons du Trésor. L'acheteur d'un CDO ou d'une assurance CDS achète un bundle qui a un nom de code comme Zotoïd635, etc... et il ne peut porter à sa connaissance le contenu exact de son CDO/CDS. Seules les banques-assurances ou les assurances pourraient établir la traçabilité de leur bundles. Mais souvent elles feignent de ne plus savoir. Un bundle est composé avec des macédoines d'actifs variés ayant un risque plus ou moins élevé pour cacher dedans l'actif extrêmement toxique. Ce bundle est la titrisation comme pour les Subprimes.

La titrisation n'a pas subitement disparu depuis l'année Lehman - 2008, elle git massivement et même de manière prépondérante dans tous les comptes des banques et des assurances. Comme AIG, la Wachovia ou la WaMut ont fait faillite aux USA, les assurances européennes, dont AXA, Allianz sont en situation précaire sur le chemin de la faillite et ladite Crise est tout autant une crise des assurances que des banques. Les assurances aussi doivent être recapitalisées, c'est à dire que pour elles aussi les gouvernements, et le FESF / MES qui sera une x-ième fois détourné de ses attributions d'origine, rachèteront des positions toxiques des assurances.

Le secteur du shadow banking et des hedge-fonds sont les principaux acquéreurs de ces nouveaux produits financiers titrisés dérivés émis par la Deutsche Bank qui brillait déjà avant 2008 avec une garantie de rendement de... 10, 20 et même 25%. Dans ce secteur les acteurs promettent des rendements spéculatifs à deux chiffres, mais intenables parce qu'ils ne sont qu'une pyramide Ponzi. Les velléités de Bâle III, Solvency 2 et MifID2 de contrôle et de régulation du secteur bancaire et des assurances ne concernent que les banques et les assurances, et même si les minuscules mesures sont prorogées avant même d’entrer en vigueur, elles poussent encore plus les flux financiers dans le domaine opaque et incontrôlable du shadow banking. Bâle III ne sera appliqué qu'en 2019... après l'effondrement total qui est imminent car toutes les mesures de quantitative et qualitative easing, les facilitations quantitatives, mises en œuvre depuis 2008 sont épuisées à présent.

Le projet Erkki Liikanen sur la scission des banques universelles qui détiennent les activités de crédit, d'assurance et de placement en nom propre reste au stade du bavardage depuis 2008. Hier, 30 janvier 2013, Michel Barnier, UMP, Uper-Commissaire au Marché Intérieur et à la Concurrence s'est formellement opposé à la scission des banques demandée dans la proposition de Erkki Likkanen, Gouverneur de la Banque Centrale Finlandaise. Michel Barnier prouve régulièrement sa fidélité aux lobbies financiers. Les nouvelles obligations de fonds propres réglementaires ne concernent des produits financiers qui ne représentent que 0,5% de leur chiffre d'affaire. Chaque stress-test déclare les banques comme immunes et 15 jours plus tard avec "une opération vérité sur ses comptes" une quasi-faillite de banque se révèle à chaque fois par ci et par là. Cette semaine c'est au tour su Crédit Agricole de déclarer une perte historique et aujourd'hui le gouvernement hollandais nationalise la 4ème banque systémique du pays, la SNS Reaal.

Hier le Commerzbank a annoncé une perte et aujourd'hui UBS a avoué une perte de 2,5 milliards. Aujourd'hui, en février 2013, le Groupe PSA - Peugeot Citroën est aussi au bord de la faillite et comme le Crédit Agricole pour des raisons de "dépréciations d'actifs". Je vous rappelle depuis 2008 que PSA Finance de PSA ou RCI de Renault, les banques internes de ces constructeurs automobiles, trainent aussi dans leurs bilans des toxiques depuis 2008 et qu'elles ne peuvent pas créer comme les banques une bad bank, une entité de défaisance pour "cantonner" des actifs pourris, toxiques et irrécouvrables. Il faut simplement avouer et annoncer que cet "ajustement comptable" de ces actifs de PSA, tout de même 4,7 à 6 milliards d'euros, montrent qu'ils ne valent plus rien depuis 2008. "Ce n'est qu'un ajustement comptable, cela n'affecte en rien l'opérationnel", dit-on chez Peugeot. Les banques captives de PSA (Peugeot-Citroën, PSA) et de Renault avaient titrisé les actifs de leurs groupes dans leurs filiales PSA Financial Service et Banque PSA Finance et Renault RCI Banque. Renault ou Peugeot-Citroën (PSA) avaient exercé un autre métier au travers de leurs départements Financial Products. Peugeot Société Anonyme (PSA) s'était aussi  bien amusée avec les mortgages (crédits hypothécaires et subprimes) et avait détourné dans la spéculation de titres comme les CDS/CDO les actifs gagnés avec les ventes des automobiles, tout en délocalisant et en payant au rabais son personnel ouvrier et employé. Il en va de même pour Renault. PSA et Renault, qui avaient perdu des milliards d'euros avec les opérations de titrisation avaient déjà reçu 9 milliards d'euros en 2009 comme "aide" financière de l'État français. C'est tellement monstrueux que l'on a de la peine à le croire. Ces groupes automobiles avaient déjà obtenu 5 milliards d'euros de la SFEF qui est la Société de Financement de l'Économie en France qui avait été inventée par l'état français suite à la grande crise de la finance mondiale de l'année-Lehman 2008. L'État a accordé une garantie de 7 milliards d'euros à la Banque PSA Finance, la division bancaire du groupe, en octobre 2013 dernier en échange d'un droit de regard sur "toute opération affectant le contrôle ou le périmètre du groupe". Dans le mot "périmètre" il faut entendre ce qui dépasse la production automobile de Peugeot Citroën. Le gouvernement français annonce en février 2013 qu'il a l'intention de rentrer dans le capital de PSA, donc de nationaliser ses pertes spéculatives pour éviter la faillite. ...et de disposer de son droit d'actionnaire?
Nous nous trouvons bien dans le schéma de la "destruction par les marchés" définie par la Conférence Bilderberg d’Athènes en 2009.
Cette faillite organisée permet de sauver les banques et leurs actionnaires et de déverser sur les pouvoirs publics et sur ladite Dette Publique, sur les contribuables et sur toute la société leurs trillions de pertes spéculatives. Une faillite immédiate, comme dans une normale économie de marché, aurait été surtout supportée par les banques et leurs actionnaires et les coupables auraient été facilement identifiés et désignés. Nos pouvoirs publics préfèrent culpabiliser chacun des citoyens en son for intérieur pour l'ankyloser et pour ne pas lui donner le droit de réclamer le contrôle démocratique de la société dans laquelle il vit.

Pour créer ses nouveaux produits titrisés CDO, la Deutsche Bank a mixé des actifs toxiques qu'elle a localisés dans sa propre bad bank interne qu'elle a créée le 10 septembre 2012. C'est comme si vous vendiez une automobile neuve avec un moteur cassé, récupéré à la casse automobile, sablé et repeint avec soin. Le Hedge Fonds qui achète cette automobile aura pour seule activité de la revendre au plus vite avec un fort bénéfice. La Deutsche Bank avait mis dans sa bad bank interne une première tranche de 135 milliards d'euros de papiers pourris. Elle les passe au shredder, fait des collages et les revends comme de nouveaux produits financiers prometteurs d'un rendement à deux chiffres. Les co-successeurs de Jo Ackermann, Jain et Jürgen Fitschen ont décidé de réduire cette bad bank interne à 90 milliards d'euros.
----
http://www.renovezmaintenant67.eu/index.php?post/2013/01/25/Deutsche-Bank-crée-des-milliards-de-nouveaux-produits-financiers-titrisés-/-Concours-Internet-des-actifs-les-plus-toxiques-Finance-Watch-Weed-Share

en 2015, Jain et Jürgen Fitschen ont été demissionnés..

La crise grecque,de porto rico,etc a pour origine l’enorme effet de levier utilisé par les banques, françaises et allemandes comme us, pour creer des credits monstrueux fictifs,qu’ils ont revendu à d’autres avec le risque, a partir de fonds propres ridicules .

C’est leurs pouvoirs et priviléges que nous payons tous.
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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 9 Aoû - 20:59



Ukraine : 1 - Grèce : 0 09 Août 2015

Intransigeant avec la Grèce, le FMI n'est pas toujours aussi regardant avec tous les pays auxquels il accorde ses "largesses". Un exemple avec l'Ukraine et sa ministre des Finances, une ex-membre du département d'Etat américain qui a reçu la nationalité ukrainienne la veille de sa prise de fonction.



Jack Dion a écrit:
Au sein de la troïka qui règne en Grèce, le Fonds monétaire international n'est pas le moins intransigeant. Cet organisme au-dessus de tout soupçon fait dépendre tout nouveau prêt à la mise en œuvre d'un tour de vis dont chacun sait qu'il aboutira à creuser encore plus l'endettement. Avant de débourser le moindre dollar, les boys de Christine Lagarde exigent des coups de ciseau dans les budgets publics, des privatisations en cascade, des efforts supplémentaires pour les plus pauvres et des allègements fiscaux pour les plus riches. On connaît la musique. Elle est désormais aussi célèbre que le sirtaki, quoique moins enjouée.

Le FMI n'est pas aussi regardant en d'autres contrées. Il a accordé une aide d'urgence de 1,2 milliard de dollars à l'Irak sans contrepartie. De même, il s'est engagé à verser 17,5 milliards de dollars à l'Ukraine sur quatre ans, certes en échange d'un plan drastique, mais les premiers fonds ont été alloués après de simples paroles verbales d'un pouvoir corrompu et soumis à la loi des oligarques. Il est vrai que la ministre des Finances de Kiev, Natalie Jaresko, est une ex-membre du Département d'Etat américain qui a reçu la nationalité ukrainienne la veille de sa prise de fonction. Pour obtenir les bonnes grâces du FMI, Alexis Tsipras devrait nommer comme ministre des Finances un ancien de la banque Goldman Sachs ayant aidé la Grèce à maquiller ses comptes pour entrer dans l'Europe. Tout s'arrangerait.


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Ven 14 Aoû - 16:42

Sachant que Porto Rico est une colonie US et que les hedges funds sont les faux nez des banques US

Porto Rico. La «Grèce» américaine

Barry Sheppard a écrit:
Pendant que le monde entier a eu son attention fixée sur le spectacle montrant le Fonds monétaire international, la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (la « Troïka ») en train d’écraser le peuple grec, il y a de nombreux autres exemples de pays impérialistes parmi les plus puissants qui utilisent une «crise de la dette» pour extraire plus de richesse de pays plus faibles qu’eux, ainsi que de pays non impérialistes plus pauvres.

Un cas typique est celui de la colonie de Porto Rico (de 3,6 millions d’habitants). Dans une interview accordée au New York Times, le gouverneur de la nation caribéenne a déclaré: «Notre dette, qui se monte à 73 milliards de dollars, n’est pas payable. Il n’y a pas d’autre option. Je serais heureux s’il y avait une option plus facile. Mais ce n’est pas de la politique, ce sont des maths.» Porto Rico n’a pas pu honorer un paiement de plus de 1 milliard de dollars qu’il aurait dû verser au 1er juillet dernier.

La plus grande partie de la dette est due à des fonds spéculatifs (hedge funds) américains, des fonds de placement ou autres comptes d’investissement. Les «hedge funds», connus aussi sous le terme de « fonds vautours », rachètent (sur le marché secondaire), à un prix très bas, de la dette due par le gouvernement portoricain ainsi que par des entreprises privées parce que les investisseurs savent que celles-ci n’ont quasiment pas de valeur. Ensuite, ils opèrent un revirement et exigent leur paiement à leur pleine valeur nominale (soit la valeur fixée à l’émission).

Le 30 juin, les autorités de Porto Rico ont entamé des négociations avec leurs créanciers. Parmi ceux qui assistaient à la réunion, il y avait l’ancienne directrice du Fonds monétaire international, Anne Kruger. Deux propositions de celle-ci: que Porto Rico fasse passer le salaire minimum au-dessous des $7,50 de l’heure fixés au niveau fédéral et qu’il taille dans les subventions allouées à l’Université de Porto Rico.

Des manifestants se sont réunis devant les bureaux du géant financier Citigroup à Manhattan, le cœur financier de New York, où la réunion avait lieu. Un manifestant interviewé par Democracy Now!, David Galarza, a dit : « Je vis ici à New York. Je suis portoricain et mes parents et ma famille vivent à Porto Rico… Nous disons d’une seule et même voix non aux plans d’austérité mis en place par les propriétaires des hedge funds et les gangsters qui ont créé des situations similaires en Grèce, en Espagne et même aux Etats-Unis. »

La Maison-Blanche a annoncé que le Gouvernement fédéral ne verserait pas un sou d’aide. Janet Yellen, à la tête de la Réserve fédérale (FED) américaine, a fait chorus en annonçant que cette banque ne ferait rien non plus parce qu’elle [Janet Yellen] estimait qu’il n’y avait «aucun risque» qu’un défaut de paiement de Porto Rico n’ait une quelconque incidence sur les Etats-Unis et que cela n’avait donc pas d’importance. C’est cette même Réserve fédérale qui a injecté des milliards dans des institutions financières telles que la Citicorp, et qui lui a ensuite encore prêté des milliers de milliards dans le sillage du krach financier de 2008. Nous avons donc notre propre «troika» – le Gouvernement fédéral, la Réserve fédérale et les institutions financières – qui dit tout simplement à Porto Rico de se «laisser crever».

La nouvelle pression mise sur Porto Rico par le capital financier américain survient dans le contexte d’une dépression qui affecte ce groupe insulaire [archipel] depuis 2005. Le niveau de pauvreté est presque le double de celui de l’Etat américain le plus pauvre. Le niveau de chômage est deux fois plus élevé qu’il ne l’est aux Etats-Unis. Le système de santé portoricain est sur le point de s’effondrer. Soixante pour cent de la population dépend de programmes fédéraux tels que Medicare, Medicare Advantage ou Medicaid. Grâce aux bons soins d’Obama, Porto Rico ne reçoit que le soixante pour cent des fonds que les autres Etats reçoivent dans le cadre de Medicare et le septante pour cent des fonds qu’ils reçoivent dans le cadre de Medicaid. Le manque à gagner atteint la somme d’un demi-milliard de dollars que le pays, en mal de liquidités, ne peut se permettre de dépenser pour les besoins médicaux de sa population.

Porto Rico est exclu du Supplimental Security Income Program qui aide les Américains les plus vulnérables (handicapés, aveugles, personnes âgées n’ayant que des revenus très bas ou des avoirs proches de zéro; pour la majorité des 9 millions qui touchent cette allocation dépendent totalement d’elle). Il ne participe pas non plus au programme fédéral de nutrition. Toutes ces discrépances et d’autres encore existent parce que le pays est une colonie des Etats-Unis, appelée de façon euphémistique un «territoire».

Porto Rico était à l’origine une colonie de l’Espagne. Les Etats-Unis se sont emparés de ces îles lors de la Guerre hispano-américaine de 1898, en même temps que Cuba et les Philippines. Cela a conduit à la Guerre américano-phillipine où les Etats-Unis ont tué 100’000 Philippins qui se battaient pour l’indépendance de leur pays. Quant à Cuba, elle est devenue une colonie états-unienne virtuelle jusqu’à la Révolution cubaine de 1959 et Porto Rico est resté une colonie.

Au cours des 117 années qui se sont écoulées, les compagnies américaines ont tiré d’énormes profits de Porto Rico. Au cours des cinquante premières années, ce furent les plantations américaines des barons du sucre qui tirèrent bénéfice des salaires bas dans le pays. Dans les cinquante années qui suivirent, le gouvernement américain accorda aux compagnies américaines d’importants avantages fiscaux pour qu’elles s’installent à Porto Rico. D’abord, ce furent les manufactures de chaussures et de vêtements qui en profitèrent. Puis des entreprises plus fortement capitalisées, telles que les entreprises pharmaceutiques ,s’installèrent également. Cela fit de Porto Rico l’un des leaders mondiaux dans le domaine de la fabrication de médicaments d’usage courant. A un moment donné, treize des vingt médicaments les plus demandés étaient fabriqués dans ce pays!

Puis en 1996, le Congrès a commencé à supprimer graduellement les allégements fiscaux et cela a affecté une grande partie de l’industrie du pays. En 2005, ces allégements fiscaux avaient totalement disparu et c’est depuis ce moment-là que Porto Rico est en récession (une récession rendue pire encore par le krach financier de 2008 et la Grande récession) et qu’il a été forcé d’avoir recours à des emprunts pour rester à flot. En conséquence, au cours de cette dernière décennie, ce sont principalement les vautours financiers qui ont asséché le pays.

Les Portoricains sont des citoyens américains et ils sont autorisés à venir sur le continent. Ils ne peuvent être tenus à l’écart comme les Mexicains qui, fuyant la pauvreté, sont forcés à entrer aux Etats-Unis sans papiers. Les Portoricains sont environ 50’000 chaque année à faire le voyage. Il y a maintenant 5 millions de Portoricains qui vivent aux Etats-Unis et 3,6 millions dans la colonie.

Nous sommes arrivées au point où Porto Rico n’a tout simplement plus d’argent pour payer les usuriers. La dette n’est «pas payable» selon les mots de son gouverneur. Pour s’en défaire, parce que c’est une colonie, il n’a pas le droit de se déclarer en faillite, comme un Etat pourrait le faire, ou comme une ville telle que Detroit l’a fait. Comme la Grèce, Porto Rico n’a pas de monnaie propre. [Selon un papier du FMI, pour faire face à «ses échéances» en 2016, en plus des mesures d’austérité dans les domaines de l’éducation, des retraites, des dépenses dans les infrastructures, une croissance proche de 5% (sic) serait nécessaire; cela pour un territoire en récession et ne pouvant accéder aux marchés financiers.]

L’issue de tout cela n’est pas claire. Porto Rico sera-t-il forcé, comme la Grèce, d’emprunter encore plus, toujours avec des intérêts, et de mettre en place toujours plus d’austérité afin de payer crédits précédents et intérêts accumulés? (Traduction A l’Encontre; note envoyée par l’auteur le 18 juillet 2015)

http://alencontre.org/ameriques/amelat/porto-rico/porto-rico-la-grece-americaine.html


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Ven 14 Aoû - 17:44

colonies intérieures en Occident, luttes de classes et perspective décoloniale

vlad2 a écrit:
Sachant que Porto Rico est une colonie US et que les hedges funds sont les faux nez des banques US

Porto Rico. La «Grèce» américaine

Barry Sheppard a écrit:
Pendant que le monde entier a eu son attention fixée sur le spectacle montrant le Fonds monétaire international, la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (la « Troïka ») en train d’écraser le peuple grec, il y a de nombreux autres exemples de pays impérialistes parmi les plus puissants qui utilisent une «crise de la dette» pour extraire plus de richesse de pays plus faibles qu’eux, ainsi que de pays non impérialistes plus pauvres.[...]

Les Portoricains sont des citoyens américains et ils sont autorisés à venir sur le continent. Ils ne peuvent être tenus à l’écart comme les Mexicains qui, fuyant la pauvreté, sont forcés à entrer aux Etats-Unis sans papiers. Les Portoricains sont environ 50’000 chaque année à faire le voyage. Il y a maintenant 5 millions de Portoricains qui vivent aux Etats-Unis et 3,6 millions dans la colonie.

L’issue de tout cela n’est pas claire. Porto Rico sera-t-il forcé, comme la Grèce, d’emprunter encore plus, toujours avec des intérêts, et de mettre en place toujours plus d’austérité afin de payer crédits précédents et intérêts accumulés?



ce qui est intéressant, et recoupe mon précédent message dans RESTRUCTURATION du CAPITAL mondial, c'est le côté colonie : Porto-Rico colonie intérieure des USA - comme l'était Cuba avant Castro, Cuba qui tend à redevenir avec Castro frérot colonie extérieure des USA), la Grèce colonie intérieure de l'Europe

ce n'est pas une comparaison par métaphore, cela fonctionne concrètement dans les rouages de l'économie politique

Shepard n'a pas non plus de scrupules à parler de « pays impérialistes parmi les plus puissants qui utilisent une «crise de la dette» pour extraire plus de richesse de pays plus faibles qu’eux, ainsi que de pays non impérialistes plus pauvres »

l'intérêt des luttes, d'un point de vue de classe, est qu'elles deviennent décoloniales, au lieu de s'enfermer dans une issue européenne, que ce soit avec les institutions euroépennes, sans grexit, ou avec une aide extérieure basculant dans le camp russo-chinois (option refusée par Poutine jusque-là, par les Chinois, déjà engagée - le Pyrée...). C'est aussi l'échec du joker russe qui a coincé Tsipras, et sans doute contribué à la sortie de Varoufakis, qui ne croit pas, lucide, à une réussite du plan d'aide (interview récente pour une télé...)

tout le discours anarcho-post-ultragauche « nous ne sommes pas "anti" » s'effondre, ou se retrouve piégé par celui des néo-conservateurs américains. C'est pourquoi cela les rend muets ou carrément abjects (Yves Coleman et son analyse amalgamante d'un néo social-chauvinisme, non-fides et l'ethno-différencialisme communautariste... d'Angela Davis...). Ce n'est pas une trahison, mais une production idéologique dans l'idéologie française particulièrement, dont les sources remontent où l'on veut : aussi bien aux débats anarchistes sur le sionisme, qu'aux Lumières, ou à Proudhon...
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MessageSujet: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 11:56

INTRODUCTION

comme pour l'Afrique, création du sujet spécifique pour le sous-continent américain dont l'un des moindres intérêts est qu'il est la terre d'invention de la critique décoloniale. Il cumule et brasse des éléments que l'on trouve ailleurs dans le monde, et qui l'oppose au "Nord", l'occident capitaliste de l'ancien "centre"

ce n'est plus tout à fait un continent de l'ex. "Tiers-monde", mais toujours celui d'une misère massive qui ne cesse de s'aggrave, alors qu'émerge... le Brésil émergent, cette brique des BRICS dont on ne sait trop si la "dynamique économique" est en panne ou en attente d'un redémarrage économique "boosté" par ses tentatives de communauté banquière

on y observe un mélange de souverainisme anti-américain, entre tendances à l'unité continentale contre le toujours présent yankee, avec ses multinationales extractivistes, et formes populistes et nationalistes de pouvoirs qui font l'admiration des gauchistes (Chavez, etc.); tensions frontalières plus "chaudes" dans la crise; interractions intéressantes, décoloniales, des luttes de classes et des luttes indigènes, cette fois au sens propre du mot de populations autochtone d'origine ou issues des marronnages dans la période esclavagiste des plantations, etc.

le sujet sera lancé par l'import de messages déjà postés ailleurs


(à compléter)


Dernière édition par Admin le Ven 21 Aoû - 3:24, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 11:57



Porto Rico est-il la Grèce des États-Unis (en pire) ? David Francis traduit par Alexandre Lassalle




wiki a écrit:
Porto Rico ou Puerto Rico est un territoire non incorporé des États-Unis avec un statut de commonwealth. Située dans les grandes Antilles, l'île est baignée au nord par l'océan Atlantique et au sud par la mer des Caraïbes. Le territoire est constitué de l'île de Porto Rico proprement dite, ainsi que de plusieurs îles plus petites, dont Vieques, Culebra et Isla Mona. Porto-Rico Wikipédia

David Francis a écrit:
L'État affilié a annoncé qu'il ne pourrait honorer sa dette de 72 milliards d'euros. De nombreux fonds de pensions américains pourraient en payer le prix.

Depuis plusieurs mois, les dirigeants portoricains avaient prévenu qu’ils ne pourraient s’acquitter de leur dette, s’élevant à 72 milliards de dollars. Mais le territoire associé aux États-Unis a maintenant officiellement fait défaut. Et l’avenir économique de l’île dépend désormais des conséquences de cette crise.

Ce qui est sûr, c’est que lundi 3 août le «commonwealth» des États-Unis n’a remboursé que 628.000 dollars sur les 58 millions dont le paiement était attendu quelques jours plus tôt. Melba Acosta, présidente de la Banque centrale du pays, a alors déclaré que le gouvernement de San Juan n’avait pas débloqué les fonds nécessaires au remboursement total.

«Cette décision fait suite aux graves difficultés financières du pays ainsi qu’à la recherche d’un équilibre entre les obligations envers nos créanciers et celles tout aussi importantes envers les portoricains, à qui nous devons garantir le maintien des services publics indispensables»,
a-t-elle complété.

Ce défaut de paiement n’est pas une surprise: le gouverneur de l’île, Alejandro García Padilla, avait déjà annoncé que son pays, miné par des décennies de faible croissance et d’exode de sa population, n’avait pas les moyens de rembourser les créanciers.

Pas la protection des lois américaines

Il entraîne pourtant une aggravation de la crise, qui entre aujourd’hui en territoire inconnu. Selon Bloomberg, Puerto Rico doit en effet rembourser près de 5 milliards de dollars au cours des douze prochains mois. Or environ 20% des fonds de pensions américains détiennent des obligations portoricaines: les investisseurs américains seront donc pénalisés si San Juan et ses créanciers n’arrivent pas se mettre d’accord sur une restructuration de la dette.

Dans le cas contraire, des gestionnaires de fonds populaires chez les investisseurs américains, tels que Charles Schwab ou Franklin Templeton, devront accepter des remboursements inférieurs à ce qui leur est dû et les fonds possédant de telles obligations perdront de leur valeur.

À cause de la sécheresse, l’eau y est rationnée. Et des coupes dans les fonds publics ont conduit plus de 3.000 médecins à quitter l’île au cours des cinq dernières années


L'hôtel Normandie fermé depuis 2008 à San Juan.
La faiblesse du tourisme plombe un peu plus l'économie de l'île

Mais le véritable problème est que Puerto Rico, en tant qu’État associé des États-Unis, ne peut se mettre sous la protection du Chapitre 9 de la loi sur les faillites comme l’a fait Detroit en 2013, quand l’économie de la ville s’est effondrée. Cela permettrait pourtant de garantir aux créanciers le remboursement d’une partie de ce qui leur est dû.

Or, si la Chambre des représentants et le Sénat ont étudié des projets de loi offrant cette possibilité à San Juan, le processus législatif n’est pas arrivé à son terme. Et la Maison Blanche a également exclu de créer un fond de sauvetage similaire à celui que la Grèce négocie actuellement avec ses propres créanciers.

Fermer les écoles pour plus d'économies ?

Dans le même temps, les portoricains font face à un nombre croissant de difficultés. À cause de la sécheresse, l’eau y est rationnée. Et des coupes dans les fonds publics ont conduit plus de 3.000 médecins à quitter l’île au cours des cinq dernières années. Trois anciens économistes du FMI ont également récemment recommandé de fermer les écoles pour réaliser encore plus d’économies.

Dans une interview au El Nuevo Dia, un quotidien portoricain, Martin O’Malley, candidat à la primaire démocrate (loin dernière la favorite Hillary Clinton), a par conséquent demandé au Congrès américain de donner un peu d’air à San Juan. Il est le premier candidat à l’élection présidentielle de 2016 à visiter l’île.

«Il est crucial d’offrir à Puerto Rico les mêmes protections contre la faillite que celles dont nous disposons au niveau fédéral», a-t-il déclaré.

Mais, tout au moins pour le moment, aucune raison ne porte à croire en cette éventualité, ni à penser que le cauchemar économique de Puerto Rico est en passe de se résoudre.



La Perla


la mano secreta

un grand maître Porto-Ricain : Giovanni Hidalgo




voir sur mon ancien blog : TAMBOURS
Patlotch a écrit:
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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 11:58

du 8 août 2015

vlad2 a écrit:
Quand les Cubains s’y mettent :

Ready for a crisis bigger than of the 2007-08?

Central banks in the Western world have set the scene for an “even bigger version” of the 2007-2008 global financial crisis, Societe Generale’s bearish strategist Albert Edwards has claimed.

In a research note on Thursday, Edwards said that China’s intervention to stabilize its volatile stock market was part of a larger global story, in which “rock bottom” interest rates and large fiscal deficits in the western world were pushing the global economy towards a fall.

“QE (quantitative easing) will be stepped up to such a pace that you will hear the roar of the printing presses from Mars,” Edwards said.

“I have not one scintilla of doubt that the western central banks have set us up for an even bigger version of the 2008 Great Financial Crisis.”

…Given his forecast step up in money-printing, Edwards said that gold, which tends to perform well during periods of high inflation, was a “must-have” safe-haven investment.

Source:

http://www.usagold.com/cpmforum/2015/07/31/get-ready-to-relive-the-2008-crisis-albert-edwards/

Se avecina nueva crisis financiera global peor que en 2008

Los bancos centrales del mundo occidental deberían prepararse para afrontar una “versión aún más grande” de la crisis financiera mundial del año 2008, opina el estratega de la Société Générale Group, Albert Edwards, en un reporte publicado este jueves.

El economista británico, cuyo reporte cita CNBC, sostiene que la intervención que realizó China con el fin de estabilizar su volátil mercado de valores fue sólo “una parte de la historia global mucho más amplia, en la que las tasas de interés ‘tocaron fondo’ y los grandes déficits fiscales en el mundo occidental empujaron a la economía global hacia la segunda crisis financiera mundial”.

Varios bancos centrales de Occidente durante la última crisis recurrieron a la impresión de dinero con el fin de comprar activos, lo que ayudó a inyectar liquidez en los mercados y estimuló la economía en general. Pero ese efecto no será prolongado, señala Edwards.

Esta política de expansión cuantitativa (una herramienta de regulación monetaria utilizada para aumentar la oferta de dinero) se utiliza cada vez más por los bancos centrales occidentales, hecho que, según Albert Edwards, conducirá a nueva crisis financiera mundial.

Source:

http://www.cubadebate.cu/noticias/2015/08/02/economista-se-avecina-nueva-crisis-financiera-global-peor-que-en-2008/#.VcTIg90j953


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 11:59

du 14 août

Vlad2 a écrit:
Quand les Cubains s’y mettent :

Ready for a crisis bigger than of the 2007-08?

Central banks in the Western world have set the scene for an “even bigger version” of the 2007-2008 global financial crisis, Societe Generale’s bearish strategist Albert Edwards has claimed.

In a research note on Thursday, Edwards said that China’s intervention to stabilize its volatile stock market was part of a larger global story, in which “rock bottom” interest rates and large fiscal deficits in the western world were pushing the global economy towards a fall.

“QE (quantitative easing) will be stepped up to such a pace that you will hear the roar of the printing presses from Mars,” Edwards said.

“I have not one scintilla of doubt that the western central banks have set us up for an even bigger version of the 2008 Great Financial Crisis.”

…Given his forecast step up in money-printing, Edwards said that gold, which tends to perform well during periods of high inflation, was a “must-have” safe-haven investment.

Source:

http://www.usagold.com/cpmforum/2015/07/31/get-ready-to-relive-the-2008-crisis-albert-edwards/

Se avecina nueva crisis financiera global peor que en 2008

Los bancos centrales del mundo occidental deberían prepararse para afrontar una “versión aún más grande” de la crisis financiera mundial del año 2008, opina el estratega de la Société Générale Group, Albert Edwards, en un reporte publicado este jueves.

El economista británico, cuyo reporte cita CNBC, sostiene que la intervención que realizó China con el fin de estabilizar su volátil mercado de valores fue sólo “una parte de la historia global mucho más amplia, en la que las tasas de interés ‘tocaron fondo’ y los grandes déficits fiscales en el mundo occidental empujaron a la economía global hacia la segunda crisis financiera mundial”.

Varios bancos centrales de Occidente durante la última crisis recurrieron a la impresión de dinero con el fin de comprar activos, lo que ayudó a inyectar liquidez en los mercados y estimuló la economía en general. Pero ese efecto no será prolongado, señala Edwards.

Esta política de expansión cuantitativa (una herramienta de regulación monetaria utilizada para aumentar la oferta de dinero) se utiliza cada vez más por los bancos centrales occidentales, hecho que, según Albert Edwards, conducirá a nueva crisis financiera mundial.

Source:

http://www.cubadebate.cu/noticias/2015/08/02/economista-se-avecina-nueva-crisis-financiera-global-peor-que-en-2008/#.VcTIg90j953


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 11:59

colonies intérieures en Occident, luttes de classes et perspective décoloniale

vlad2 a écrit:
Sachant que Porto Rico est une colonie US et que les hedges funds sont les faux nez des banques US

Porto Rico. La «Grèce» américaine

Barry Sheppard a écrit:
Pendant que le monde entier a eu son attention fixée sur le spectacle montrant le Fonds monétaire international, la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (la « Troïka ») en train d’écraser le peuple grec, il y a de nombreux autres exemples de pays impérialistes parmi les plus puissants qui utilisent une «crise de la dette» pour extraire plus de richesse de pays plus faibles qu’eux, ainsi que de pays non impérialistes plus pauvres.[...]

Les Portoricains sont des citoyens américains et ils sont autorisés à venir sur le continent. Ils ne peuvent être tenus à l’écart comme les Mexicains qui, fuyant la pauvreté, sont forcés à entrer aux Etats-Unis sans papiers. Les Portoricains sont environ 50’000 chaque année à faire le voyage. Il y a maintenant 5 millions de Portoricains qui vivent aux Etats-Unis et 3,6 millions dans la colonie.

L’issue de tout cela n’est pas claire. Porto Rico sera-t-il forcé, comme la Grèce, d’emprunter encore plus, toujours avec des intérêts, et de mettre en place toujours plus d’austérité afin de payer crédits précédents et intérêts accumulés?



ce qui est intéressant, et recoupe mon précédent message dans RESTRUCTURATION du CAPITAL mondial, c'est le côté colonie : Porto-Rico colonie intérieure des USA - comme l'était Cuba avant Castro, Cuba qui tend à redevenir avec Castro frérot colonie extérieure des USA), la Grèce colonie intérieure de l'Europe

ce n'est pas une comparaison par métaphore, cela fonctionne concrètement dans les rouages de l'économie politique

Shepard n'a pas non plus de scrupules à parler de « pays impérialistes parmi les plus puissants qui utilisent une «crise de la dette» pour extraire plus de richesse de pays plus faibles qu’eux, ainsi que de pays non impérialistes plus pauvres »

l'intérêt des luttes, d'un point de vue de classe, est qu'elles deviennent décoloniales, au lieu de s'enfermer dans une issue européenne, que ce soit avec les institutions euroépennes, sans grexit, ou avec une aide extérieure basculant dans le camp russo-chinois (option refusée par Poutine jusque-là, par les Chinois, déjà engagée - le Pyrée...). C'est aussi l'échec du joker russe qui a coincé Tsipras, et sans doute contribué à la sortie de Varoufakis, qui ne croit pas, lucide, à une réussite du plan d'aide (interview récente pour une télé...)

tout le discours anarcho-post-ultragauche « nous ne sommes pas "anti" » s'effondre, ou se retrouve piégé par celui des néo-conservateurs américains. C'est pourquoi cela les rend muets ou carrément abjects (Yves Coleman et son analyse amalgamante d'un néo social-chauvinisme, non-fides et l'ethno-différencialisme communautariste... d'Angela Davis...). Ce n'est pas une trahison, mais une production idéologique dans l'idéologie française particulièrement, dont les sources remontent où l'on veut : aussi bien aux débats anarchistes sur le sionisme, qu'aux Lumières, ou à Proudhon...

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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 12:01

Colombie : la dénutrition est le pire ennemi des enfants indigènes Aline Timbert AlterLatino 8 novembre 2013


Colombie : un enfant indigène sur quatre meure de faim avant 6ans à cause de la dénutrition

Aline Timbert a écrit:
En Colombie, 70 % des enfants indigènes souffrent de dénutrition chronique (chez l’enfant, elle entraîne instantanément une cassure dans la courbe de croissance), un enfant sur quatre meurt avant l’âge de six ans faute d’une alimentation suffisante adaptée à ses besoins, à cela s’ajoute un manque flagrant d’assistance médicale. Ce terrible constat a été révélé dans un rapport émis par l’agence PANDI, une O.N.G. spécialisée dans les thèmes relatifs à l’enfance, des chiffres basés sur les statistiques du Dane (le Département administratif national des statistiques) et de l’ONU. Dans ce pays d’Amérique du Sud, environ 5 709 238 individus appartiennent à un groupe ethnique, parmi lesquels 1 392 623 indigènes, ce qui représente 3,4 % de la population totale de Colombie.


Au sein de cette population indigène, 40 % sont des enfants et adolescents, le groupe d’âge le plus représenté est celui des 0-4 ans suivi de la tranche d’âge 5-9 ans. Parmi cette population vulnérable, 70 % des enfants sont confrontés à la dénutrition chronique, un véritable fléau quand on considère qu’au sein de la population non indigène le chiffre, bien qu’encore élevé, tombe à 12 %.

Confrontée à cette triste réalité, la Cour constitutionnelle, l’une des plus grandes instances juridiques du pays, considère que 34 communautés indigènes sur 102 sont menacées de disparition, de son côté l’Organisation nationale indigène de Colombie, ONIC, a identifié 32 autres groupes dont la pérennité n’est plus assurée. 66 communautés d’au moins 500 personnes qui risquent de s’éteindre si rien n’est mis en oeuvre par les autorités pour inverser la tendance.

Les natifs sont, entre autres, victimes d’exclusion sociale, de racisme, de dénutrition, de manque de soins médicaux, de discrimination, mais aussi du déplacement forcé engendré par le conflit armé qui gangrène une partie du territoire depuis plusieurs décennies. Hernán Quintero, qui travaille au centre de prévention et affaires ethniques du programme de migration et de l’enfance de l’organisation internationale des migrations (OIM), a lancé un cri d’alarme affirmant « la situation humanitaire des groupes ethniques est critique, en particulier les indigènes. Les enfants et les femmes sont particulièrement vulnérables avec le temps ».

La situation est vraiment critique, car la population indigène colombienne enregistre l’un des plus hauts taux de mortalité infantile au monde avec une moyenne de 250 décès d’enfants âgés de moins de six ans pour 1000 naissances. Ils périssent de la dénutrition et d’une insuffisance, voire d’une absence totale, de soins médicaux adaptés. La situation est particulièrement inquiétante sur la côte caraïbe, dans la région des Llanos Orientales et au sud du pays

Si 70 % des enfants indigènes souffrent de dénutrition chronique, c’est 63 % de la population totale indigène qui est confronté à une pauvreté structurelle, 47,6 % d’entre eux vivent même en dessous du seuil de pauvreté.

70% des enfants indigènes souffrent de dénutrition chronique

Un manque d’accès aux soins qui peut s’expliquer par l’isolement de certaines communautés, mais aussi par les traditions culturelles des natifs qui se méfient de la médecine occidentale et préfèrent s’en remettre à des médecins chamans et guérisseurs, une pratique qui met en péril la santé des plus fragiles. Parmi les maladies infantiles les plus meurtrières, la varicelle ou encore la pneumonie.


Enfants wounann, département de Choco

En 2010, le fonds des Nations unies pour l’enfance, l’Unicef , mentionnait que la dénutrition infantile pour les enfants âgés de 0 à 59 mois dans le département de Chocó atteignait 73 %, c’est-à-dire que 73 enfants sur 100 souffrent d’apports nutritionnels insuffisants pour leur assurer un développement sain. Le directeur du programme présidentiel pour les indigènes en Colombie, Gabriel Muyuy Jacanamejoy, a révélé que près de 550 000 indigènes, toutes catégories d’âges confondus, souffrent de la faim soit 40 % de la population indigène totale. Selon lui, le problème est avant tout lié aux conflits armés, une situation qui provoque une véritable crise alimentaire « la violence contraint les indigènes à rester confinés à leur domicile sans pouvoir chasser ni pécher, dans d’autres cas, ils ne peuvent pas semer leurs champs et la crainte des mines anti-personnels ne leur permette pas de cultiver ». Cette mobilité restreinte induit un manque de ressources alimentaires, une préoccupation constance pour ces populations essentiellement agricoles qui voient leurs conditions de vie se détériorer.

Ce pays d’Amérique du Sud est confronté depuis plusieurs décennies à différents conflits armés qui opposent forces de l’ordre et guérillas d’extrême gauche, groupes paramilitaires d’extrême droite, narcotrafiquants et bandes criminelles organisées. Les négociations actuelles à Cuba entre le gouvernement colombien et les FARC autour du processus de paix pourraient apporter un répit certain aux groupes indigènes, victimes collatérales d’un affrontement violent.


Selon le Dane, les déplacements forcés ont poussé près de 121 809 autochtones à quitter leur lieu de résidence pour fuir la guérilla qui oppose les FARC et les forces armées régulières colombiennes, des bouleversements qui ont un impact direct sur le mode de vie des personnes concernées. Les communautés déplacées abandonnent leurs terres de culture, très souvent la principale source de revenus de la famille, souvent ils quittent le milieu rural pour gagner la ville sans véritable perspective d’avenir, où ils perdent leur identité culturelle.

Autre point qui atteste de la marginalisation des natifs, les chiffres de l’analphabétisme. En effet, en Colombie il est en moyenne de 8,4 %, cependant parmi la population indigène ce taux grimpe à 30 %.

Des facteurs multiples qui menacent l’intégrité de ces communautés natives qui luttent au quotidien pour leur survie. La protection des enfants et l’assistance aux plus démunis devraient dès lors devenir une priorité pour les autorités qui mettent en place des programmes d’aide, qui selon les leaders indigènes, sont rarement en adéquation avec la réalité sur le terrain.

Citation :
Quelques chiffres :

La dénutrition est un état pathologique résultant d’apports nutritionnels insuffisants en regard des dépenses énergétiques de l’ organisme. Lorsque les apports sont inadaptés en plus d’être insuffisants on préfère parler alors de malnutrition.

Le retard de croissance (un indicateur de la dénutrition chronique) entrave le développement de 171 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le monde (source OMS)

Près de 115 millions d’enfants dans le monde présentent une insuffisance pondérale (source OMS)

5 millions de personnes souffrent de dénutrition en Colombie (source FAO)



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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 12:01

Mexique: 60 millions de personnes sous le seuil de pauvreté Edgard Garrido RFI


Dans le bidonville de Pueblo de Santa Fe, près de Mexico

Le Mexique est certes la onzième économie mondiale, mais le pays ne parvient toujours pas à réduire ses niveaux élevés de pauvreté. Au contraire, ils ont augmenté.


Edgard Garrido a écrit:
Avec notre correspondant au Mexique, Patrick John Buffe

Selon la Coneval - un organisme officiel qui évalue la politique de développement social -, la pauvreté au Mexique est passée en seulement deux ans de 45,5 à 46,2 % de la population. De sorte qu'aujourd'hui, plus de 55 millions de Mexicains vivent dans des conditions de précarité sociale et économique.

Entre 2012 et 2014, deux millions de Mexicains sont venus grossir les rangs de la pauvreté. Et cela malgré les programmes sociaux du gouvernement actuel. La raison de cette augmentation réside avant tout dans la diminution de 3,5 % du revenu des ménages. Et si l'on prend en compte seulement ce critère d'évaluation, alors plus de 60 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Soit un Mexicain sur deux !

Pas d'amélioration en 20 ans

Résultat des deux premières années du mandat du président Peña Nieto, ces chiffres sont la conséquence des problèmes économiques du pays, du travail informel, des salaires toujours très bas et d'une baisse du pouvoir d'achat. A cela s'ajoute une augmentation constante des prix, de ceux des aliments notamment, qui pèse toujours plus lourd sur le panier de la ménagère.

La situation est d'autant plus préoccupante que selon un rapport de l'OCDE, le Mexique est le seul pays d'Amérique latine qui ne parvient pas à réduire ses niveaux de pauvreté. Des niveaux qui n'ont pas changé durant les vingt dernières années, en raison d'une croissance réduite de l'économie et d'une grande inégalité dans la distribution des richesses.


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 12:04

une vision des plus citoyennistes et anti-impérialiste, dira-t-on, mais il m'est assez difficile de saisir les enjeux du moment actuel en Amérique latine. Pour l'heure, c'est comme ça

Le Journal de Notre Amérique PDF complet

(je n'ignore pas que Michel Collon, avec son site Investig'action est considéré par certains comme un « complotiste », dénoncé comme "rouge-brun" par Confusionnisme.Info, et régulièrement agressé par des "antifas". Je ne m'y arrêterai pas ici, le contenu de ce journal ne m'engageant pas, et présentant un intérêt sans rapport avec ces considérations)

le concept d'extractivisme, originaire du Brésil, me semble fécond, à la fois d'un point de vue écologiste radical, des luttes décoloniales et tout simplement de l'accaparement capitalistes des terres. Voir le sujet 'L'empire extractiviste. Vols, dette illégitime, malnutrition... accaparement de terres, luttes...

Notre Amérique a écrit:
« Les Etats-Unis, plus isolés que jamais en Amérique Latine » INTERVIEW D'OLMEDO BELUCHE par TARIK BOUAFIA

DOSSIER COLOMBIE
- “Conflits” dans l'actuelle conjoncture de paix HECTOR-LEON FERNANDEZ
- L'anéantissement du mouvement paysan colombien JULIAN CORTES
- « Le principal obstacle pour la paix en Colombie est l’intérêt géo-stratégique des USA » ALBERTO PINZON SANCHEZ

EXTRACTIVISME ET « BIEN VIVRE »
- Les Wayuu, une communauté sacrifiée TARIK BOUAFIA
- Les impacts éco-bio-politiques de l'extractivisme HORACIO MACHADO ARAOZ
- Les révolutions citoyennes en Amérique latine FRANCOIS HOUTART

L’Edito du Journal de Notre Amérique TARIK BOUAFIA & ALEX ANFRUNS

Citation :
2005 fut un tournant pour le continent latino-américain. Au Sommet des Amériques à Mar
Del Plata en Argentine, le projet du président états-unien George W. Bush de créer une
vaste zone de libre-échange du Canada à l'Argentine tomba à l'eau grâce notamment à la
résistance de pays comme le Venezuela d'Hugo Chavez ou l'Argentine de Nestor Kirchner
mais aussi aux luttes des différents mouvements sociaux. Pour la première fois depuis bien
longtemps, les États-Unis se retrouvaient isolés sur la scène continentale.
Dix ans plus tard, lors du septième sommet des Amériques, le successeur de George Bush,
Barack Obama, se retrouva lui aussi fortement isolé. La raison? Le décret qu'il avait signé
quelques jours plus tôt et qui présentait le Venezuela comme une «menace rare et
inhabituelle pour la sécurité des États-Unis». Ce décret, considéré par beaucoup comme
une agression et une ingérence n'a fait que renforcer le soutien des Etats latino-américains à
l'égard de Caracas et isoler encore un peu plus Washington...

Pendant ce temps-là, la République de Cuba participait pour la première fois au Sommet
des Amériques. Sa réintégration a été le fruit d'une lutte permanente menée par les pays du
sous-continent.

A quelques centaines de kilomètres de ce Cuba digne et révolutionnaire se trouve un État à
la politique et aux orientations totalement opposées. Ce pays, c'est la Colombie. Alors que
de nombreuses nations sud-américaines ont pris la voie de l'émancipation, du progressisme
et de l'indépendance, la Colombie, de son côté semble s'être figée. Le pillage des
ressources naturelles du pays par les multinationales occidentales ne cesse de créer misère,
exode et mort. Les paysans sont chassés de leurs terres et ceux qui osent se rebeller sont
souvent assassinés par les paramilitaires d'extrême droite. Pour les États-Unis, Bogotá
représente un pilier essentiel dans sa quête d'hégémonie et de reconquête continentale.
Mais Washington, au lieu de s'employer sans cesse à donner des leçons de morale à tous les
pays de la planète, ne devrait pas avant tout régler ses propres problèmes ? Comment se
fait-il que, dans ce pays dit des droits de l'homme et de la démocratie, il ne se passe pas
plus une semaine sans qu'un jeune noir se fasse assassiner par un policier blanc? Comment
Obama explique-t-il le fait que 40% des prisonniers aux Etats-Unis soient des afroaméricains
alors que ces derniers ne représentent que 12% de la population totale du pays ?
Pendant qu'aux USA, le sort réservé aux noirs est la marginalité et l'exclusion, en Bolivie
par exemple, les indiens, autrefois traités comme une « race » inférieure sont aujourd'hui le
moteur des transformations sociales qui secouent le pays. Cela, les médias dominants ne
vous le diront jamais. Nous oui !


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 12:13

du 16 juin

un billet chaudement recommandé, par ces temps froids, de mon amie RubyFlower, sur son blog de Mediapart, à propos de la situation en Colombie. Je ne l'importe pas, en raison des nombreux liens qu'il serait fastidieux de reconstruire ici, comme je le fais habituellement

je dis mon amie car RubyFlower est une journaliste, poète, éditrice qui connaît particulièrement bien le jazz, a travaillé avec Amiri Baraka avant sa mort en janvier 2014? Notre complicité fut immédiate, et tous azimuts, sans autre forme de procès. Une rencontre rare, et chère

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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 16 Aoû - 15:38




Les travailleurs de l'automobile canadiens, américains et mexicains font face à une lutte commune

David Brown et Jerry White WSWS 15 août 2015

Citation :
Avec le début des négociations pour une nouvelle convention collective le mois dernier, Ford, General Motors et Chrysler Fiat menacent de transférer plus de production au Mexique et vers d'autres pays à bas salaires si les travailleurs de l'automobile américains n'acceptent pas un nouveau cycle de compressions salariales et de concessions dans leurs avantages sociaux. Cette menace s'est accompagnée par l'annonce que Ford était en train de transférer la production de ses modèles Focus et C-Max de son usine de montage du Michigan en banlieue de Detroit vers un «emplacement à l'extérieur des États-Unis».

Divers médias ont souligné les activités des constructeurs automobiles au Mexique comme l'atout dans les négociations avec les Travailleurs unis de l'automobile (United Auto Workers – UAW). Pour sa part, l'UAW a déjà indiqué sa volonté d'ignorer les revendications des travailleurs pour des améliorations salariales importantes et compte imposer encore d'autres reculs en échange de supposés engagements de production dans les usines américaines.

Les efforts déployés par les constructeurs automobiles et l'UAW pour mettre un pistolet sur la tempe des travailleurs doivent être rejetés. La lutte pour des emplois bien rémunérés et sûrs soulève cependant la nécessité d'une stratégie internationale des travailleurs de l'automobile.

La mondialisation de la production, en particulier depuis l'adoption bipartite aux États-Unis de l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1994, a créé une industrie automobile intégrée au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Cela a permis aux géants mondiaux de l'automobile, avec l'aide des syndicats basés à l'échelle nationale, de monter les travailleurs du continent les uns contre les autres dans une compétition fratricide pour les emplois.

L'UAW s'est montrée incapable de répondre de quelque façon progressiste que ce soit à cette attaque. Elle a plutôt encouragé les sentiments nationalistes les plus arriérés, accusant les travailleurs japonais, mexicains ou d'ailleurs de «voler» les emplois américains. En même temps, avec pour excuse de rendre les entreprises américaines plus compétitives, l'UAW a isolé et trahi les luttes – telles les grèves de GM-Flint en 1998 et d'American Axle en 2008 – et prouvé du coup sa connivence dans la destruction de centaines de milliers d'emplois et dans l'impitoyable réduction des salaires et des avantages des travailleurs, de même que la dans la détérioration de leurs conditions de travail.

Les compressions salariales sont en fait au centre de la «stratégie de croissance» de l'UAW. Dans son rapport adressé à l'assemblée spéciale de négociation plus tôt cette année, le vice-président de l'UAW Jimmy Settles, responsable des négociations avec Ford, se vantait que l'UAW avait rendu les usines américaines du constructeur tellement compétitives que cela avait ramené aux États-Unis des pans de production du Mexique, de la Chine, de la Turquie et d'autres pays à bas salaires, ajoutant plus de 3000 membres cotisants au syndicat.

Bien que les travailleurs de l'automobile canadiens et américains étaient tous deux autrefois alliés dans l'UAW et avaient mené des luttes communes depuis la fondation de leur syndicat dans les années 1930, en 1985, les sections de la bureaucratie basées au Canada et aux États-Unis ont divisé le syndicat international selon des lignes nationales.

Les Travailleurs canadiens de l'automobile – maintenant appelés Unifor – ont réagi aux accords de compression salariale signés par l'UAW aux États-Unis, et aux salaires encore plus bas au Mexique, en imposant des reculs à leurs membres, notamment une période d'attente de dix ans aux nouveaux employés avant d'atteindre le sommet de l'échelle salariale dans le but de convaincre les constructeurs automobiles de ne pas quitter le Canada entièrement.


L'industrie automobile mexicaine

Le Mexique est un pays de 114 millions d'habitants où un tiers de la population vit avec moins de 5 $ par jour. L'exploitation de la pauvreté chronique dans ce pays par les constructeurs automobiles des trois géants américains, de Volkswagen, de Toyota, de Nissan et autres, a transformé le Mexique en une plate-forme de travail à bon marché qui exporte plus de 80 pour cent de ses véhicules aux États-Unis et sur le marché mondial. Depuis la crise économique de 2008, le nombre de travailleurs de l'automobile mexicains a augmenté de 38 pour cent, passant de 490.000 à 675.000 ouvriers. Durant la même période, la force de travail des constructeurs automobiles aux États-Unis a augmenté de 15 pour cent, pour atteindre près de 903.000 travailleurs.

L'industrie de l'automobile au Mexique

Il y a 18 usines de constructeurs automobiles mondiaux au Mexique, beaucoup d'entre elles ayant été construites au cours des 10 dernières années, et cinq autres devant être construites au cours des quatre prochaines années, ce qui entrainera une augmentation de la production de 50 pour cent, pour atteindre près de cinq millions de véhicules en 2022. La production mexicaine a déjà dépassé celle du Canada et le pays produit maintenant plus de véhicules que tous les pays européens sauf l'Allemagne.

Dans de nombreux cas, les constructeurs automobiles basés aux États-Unis produisent les mêmes modèles des deux côtés de la frontière. Par exemple, trois modèles de GM – la Sonic, le Silverado et le Sierra – sont produits dans les deux pays, ce qui facilite le transfert de la production pour réagir aux fluctuations des monnaies ou à tout signe de résistance de la classe ouvrière ou autres troubles sociaux et politiques.

Alors que les salaires varient de région en région, les travailleurs de l'automobile mexicains sont payés en moyenne 90 pesos (5,64 $US) l'heure par rapport à 27,78 $US pour leurs homologues américains. Les coûts totaux de main-d'œuvre, y compris le salaire et les avantages sociaux, sont en moyenne de 129 pesos (8 $US) l'heure au Mexique, comparativement à 58 $US aux États-Unis pour GM, et de 38 $US à l'usine de Volkswagen dans le Tennessee, le plus bas coût horaire aux États-Unis, selon le Center for Automotive Research.


Des travailleuses assemblant des autoradios dans une maquiladora à Matamoros,
ville du Mexique collée sur la frontière des États-Unis

Le salaire des travailleurs de l'automobile au Mexique est maintenant inférieur à la rémunération des travailleurs comparables en Chine, où une série de grèves en 2010 a entrainé une hausse des salaires de l'industrie automobile. La productivité des usines au Mexique, où un travailleur sur la ligne de production travaille souvent 12 heures, quatre jours par semaine, a augmenté deux fois plus vite que les salaires des travailleurs depuis 2005.

Les salaires dans l'industrie automobile sont cependant nettement plus élevés que le salaire minimum mexicain qui est de 73 pesos ou 4,50 $US par jour. Cela a conduit des dizaines de milliers de travailleurs à migrer dans les villes comme Hermosillo (Ford), Puebla (VW), Saltillo (GM) et Aguascalientes la «Motor City» du Mexique.

Mais plutôt que de trouver une vie meilleure, les travailleurs de l'automobile font face aux mêmes conditions dégradantes qui sont le lot des travailleurs d'usine du monde entier: de longues heures, un travail dangereux et épuisant, des salaires stagnants, une exploitation brutale, y compris le harcèlement sexuel de la part des superviseurs.


La frontière à Nogales (Arizona) et Nogales (Sonora), au Mexique.
L'État de Sonora est le foyer des usines de la Ford Fusionet de la Lincoln MKZ à Hermosillo,
ainsi que des fabricants de pièces automobiles Magna, Takata, Lear, Delphi, Martinrea et Goodyear

Un travailleur américain de Ford qui a travaillé des deux côtés de la frontière a décrit au World Socialist Web Site les conditions de travail dangereuses à l'usine de pièces d'automobiles mexicaine où il a travaillé. «Là où je travaillais, un gars est tombé et s'est fissuré le crâne; il est mort sur le coup, la moitié de son cerveau s'étant répandu au sol. L'ambulance est arrivée et ils l'ont ramassé. Et ils ont dit à sa famille qu'il est mort dans l'ambulance en route vers l'hôpital! C'est horrible, mais c'est une pratique courante.»

Les travailleurs de l'automobile mexicains ne sont pas simplement des victimes passives. Au cours des 20 dernières années, ils ont lutté contre ces conditions. Les 1700 travailleurs de l'usine Nissan d'Aguascalientes ont été en grève pendant un jour en 2004. À l'usine Honda d'El Salto, 2000 travailleurs ont fait la grève en 2013. Environ 13.000 travailleurs de l'usine Volkswagen à Puebla, près de Mexico, ont été en grève en 2001, 2006 et 2009.

Comme leurs homologues américains et canadiens cependant, les travailleurs mexicains sont pris dans le carcan des syndicats contrôlés par les entreprises et les partis politiques de la grande entreprise. Beaucoup de travailleurs de l'automobile sont «organisés» dans la Confédération des travailleurs du Mexique (CTM), dominée depuis sa création par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) de l'actuel président Enrique Peña Nieto. Cette centrale syndicale contrôlée par le gouvernement négocie les conventions collectives dans le dos des travailleurs et travaille en étroite collaboration avec les entreprises pour faire respecter les concessions.

Comme le travailleur de Ford qui a fait l'expérience à la fois de l'UAW et du syndicat des travailleurs de l'automobile mexicain confiait au WSWS : «Il y a une énorme similitude en ce que la plus haute strate du syndicat est essentiellement à la recherche de son propre bien-être. Il y a un manque d'intérêt pour les travailleurs de la base, un manque total. Ils essaient d'utiliser tout leur pouvoir pour promouvoir leurs propres intérêts.»

Au cours des dernières années, il y a eu augmentation des affrontements entre les travailleurs de l'automobile et les criminels à la tête des syndicats de la CTM. Craignant que la possibilité d'une rébellion contre la CTM ne conduise à une recrudescence radicale des travailleurs mexicains qui servirait de catalyseur à un mouvement unifié de la classe ouvrière à la grandeur du continent nord-américain, une coalition de syndicats américains et européens a cherché à construire des «syndicats libres et indépendants» au Mexique, basés sur le modèle corporatiste du «partenariat patronal-syndical» et le rejet explicite du socialisme et de l'internationalisme authentique.

Cet effort a été dirigé par le «syndicat mondial» IndustriAll fondé en 2012.

Son dirigeant, l'ancien chef d'IG Metall Berthold Huber, vient d'être promu président du conseil de surveillance de Volkswagen, où il prépare actuellement un plan de restructuration qui va attaquer les emplois et les salaires des 600.000 employés de l'entreprise dans le monde entier, y compris au Mexique.

Les travailleurs de l'automobile du monde entier font face aux mêmes ennemis et aux mêmes luttes. La lutte que doivent mener les travailleurs de l'automobile ne peut être laissée entre les mains des syndicats, qui ne sont plus que des outils de gestion d'entreprise. Le Parti de l'égalité socialiste exhorte les travailleurs à construire des comités d'action de la base, contrôlés démocratiquement par les travailleurs et libres de tout contrôle de l'UAW.

En opposition au nationalisme des syndicats de l'UAW, d'Unifor et d'IG Metall, le Parti de l'égalité socialiste fera tout son possible pour aider les travailleurs américains à établir des lignes de communication avec leurs frères et sœurs à l'échelle internationale et organiser une lutte politique et industrielle commune contre le système capitaliste mondial.

(Article paru d'abord en anglais le 12 août 2015 : US, Mexican and Canadian autoworkers face common fight [j'aurais plutôt traduit font face dans une lutte commune...]


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 13 Sep - 17:44



The US and the Militarization of Latin America Eric Draitser 2 September 2015



Honduras police have been accused of being active in death squads


The United States is countering the independent development of Latin American countries by using its military power and influence.



Eric Draitser a écrit:
For more than two centuries, the United States has viewed Latin America as its “backyard,” a geopolitical sphere of influence where it acts as undisputed hegemon. The history of the Western hemisphere, broadly speaking, reflects this reality as the U.S. has influenced, dominated, and otherwise controlled the political and economic development of most of the countries of Central and South America, as well as the Caribbean.  

However, recent years have borne witness to a growing independence and assertiveness from many nations in the region, owing in no small part to the rise of Hugo Chavez in Venezuela. Indeed, with Venezuela as the exemplar, and Chavez as the initiator of the process of regional integration and collective security, Latin America has grown increasingly independent of its imperial neighbor to the north.  

And it is precisely this political, economic, and cultural independence that the U.S. has moved to counteract in the most effective way it can: militarily. Using pretexts ranging from the “War on Drugs” to humanitarian assistance, and the “War on Terror,” the U.S. seeks to regain its military foothold in the region, and thereby maintain and further its hegemony.

The Silent Invasion

The deployment of U.S. military forces throughout Central and South America calls to mind the dark days of U.S. imperialism in the region, when Washington installed client regimes and fascist dictatorships for the purpose of controlling the political and economic development of nations that might otherwise have pursued the path of socialism and independence. And it is the memory of those years that is immediately evoked when one critically examines what the U.S. is doing militarily.


In Central America, U.S. military forces have penetrated key countries under the pretext of counter-narcotics operations. In Honduras for example, the U.S. has played a key role in supporting, advising and directing the military of the right-wing government that took control of the country after the 2009 coup, supported by then Secretary of State Hillary Clinton and the Obama administration. As the North American Congress on Latin America (NACLA) reported:

The steady increase of U.S. assistance to [Honduran] armed forces [is] an indicator of tacit U.S. support. But the U.S. role in militarization of national police forces has been direct as well ... The US [DEA] Foreign-deployed Advisory Support Team (FAST) … set up camp in Honduras to train a local counternarcotics police unit and help plan and execute drug interdiction operations … these operations were nearly indistinguishable from military missions ... According to the New York Times, five “commando style squads” of FAST teams have been deployed across Central America to train and support local counternarcotics units … In July 2013, the Honduran government created a new “elite” police unit called the Intelligence Troop and Special Security Group, or TIGRES (Spanish for “tigers”). The unit, which human rights groups contend is military in nature, has been deployed in tandem with the new military police force and has received training in military combat tactics from both U.S. and Colombian Special Forces units.

The deployment of this sort of combination of military, paramilitary, and militarized law enforcement is indicative of the U.S. strategy for re-militarizing the region. Rather than simply overt military occupation, Washington “provides assistance” in the form of military aid. This is further demonstrated by the recent announcement of a contingent of U.S. Marines deployed to Honduras, ostensibly to help with relief efforts during hurricane season.

Such deployments keep with recent U.S. initiatives to further penetrate these countries militarily, using small contingents of troops and Special Forces. In 2013, it was reported that in Colombia, former commander of the U.S. Special Operations Command William McRaven, “sought the authority to deploy [Special Operations Forces] teams to countries without consulting either U.S. ambassadors there or even the U.S. Southern Command (SOUTHCOM) … McRaven’s command even tried to work out an agreement with Colombia to set up a regional special operations coordination centre there without consulting SOUTHCOM or the embassy.” In fact, under McRaven Special Forces troop deployments ballooned to more than 65,000, with many spread throughout Latin America.

Colombia has long been a centerpiece of U.S. military strategy. Perhaps the most well-known U.S. regional program is Plan Colombia, launched by the Clinton administration and expanded under George W. Bush. As Foreign Affairs documented in 2002, “The Clinton administration shifted its emphasis from a comprehensive counterdrug program … to a policy that focused on the provision of military assistance and helicopters.”


Undoubtedly, Plan Colombia was always about militarization and protecting economic interests. In fact, just totaling the military, police, and economic aid to Colombia for 2010-2015, the U.S. has given nearly US$3 billion to Colombia in the form of “aid” to fight the so-called “War on Drugs.”

Under Obama, the U.S. military has expanded on the Clinton/Bush administration programs, especially with the Mérida Initiative (launched in 2008 by Bush) and the Central American Regional Security Initiative (CARSI) created by Obama in 2011. According to the Igarapé Institute, CARSI and Mérida alone received more than US$2.5 billion (2008-2013). It is an open secret that the massive funding has been channeled primarily into military and paramilitary programs. Though the U.S. touts these programs as success stories, their expansion has coincided with increased militarization in every country where U.S. funds have been provided.

In El Salvador, the Funes government has consolidated military control of law enforcement in the interests of its U.S. backers. These changes took place simultaneous to the implementation of CARSI, and should be seen as an outgrowth of U.S. militarization. In Guatemala, the government of Otto Pérez Molina, a former military leader with a record of atrocities and genocide, has further militarized the country.  

Similarly, Honduras has been transformed into the U.S. military’s primary foothold in Central America. U.S. Coordinator of the National Popular Resistance Front (FNRP) and Refoundation Party (LIBRE) Lucy Pagoada explained in a 2015 interview that “[Honduras] has turned into a large military base trained and funded by the U.S. They even have School of the Americas forces there …There have been high levels of violence and torture since the [2009] coup.”

Of course these examples merely scratch the surface of U.S. military engagement. Aside from its long-standing partnership with Colombia, the U.S. military has now further entrenched its position thereby establishing NATO-Colombia cooperation. Naturally, such announcements have been met with consternation by independent leaders such as Daniel Ortega of Nicaragua who described the NATO-Colombia deal as a “knife in the back of the people of Latin America.”

The US Agenda

Ultimately, U.S. militarization in Latin America is an attempt to check militarily the rise of regional cooperation and independence. The development of ALBA, Unasur, PetroCaribe, and other multilateral institutions not controlled by the U.S. has alarmed many in Washington who see their former “backyard” slipping out of their grasp. And so, the U.S. has moved to block this development with military force.

The regional component is also critical to the U.S. militarization agenda. Washington wants to block any further integration, while also checking the growing influence of China and other non-western actors who are increasingly penetrating the region through investments. Essentially, the U.S. is doing in the Americas, what it is doing in Africa, the Middle East, and the Asia-Pacific regions: using its military to block independent development.  

Perhaps this is an unavoidable part of imperialism. Perhaps it is indicative of an Empire’s waning influence and its desperate attempt to recapture lost spheres of influence. However one interprets its motives, the U.S. is unmistakably consolidating its military power in Latin America. Whether this allows the Empire to reassert control, or is simply a doomed attempt at reestablishing hegemony, only time will tell.  

Eric Draitser is an independent geopolitical analyst based in New York City. He is the editor of StopImperialism.org and host of CounterPunch Radio. You can reach him at ericdraitser@gmail.com.


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 13 Sep - 20:42



La crise entre la Colombie et le Venezuela risque de durer 13 septembre 2015 |  Par Jean-Baptiste Mouttet Médiapart


La décision de Caracas d'expulser des Colombiens illégaux plonge les deux pays dans une crise diplomatique profonde. Cette rupture qui menace les pourparlers de paix avec les guérillas démontre le manque d'efficacité des organisations de coopération continentales.


Jean-Baptiste Mouttet a écrit:
La crise « va être longue », déclarait dès le 28 août 2015 le président colombien Juan Manuel Santos lors d'une réunion avec les partis politiques du pays à propos des tensions entre son pays et son voisin vénézuélien. Deux semaines plus tard, les tensions diplomatiques ne laissent pas entrevoir de réconciliation à court terme. Au contraire, la crise s'approfondit. Aux 160 km de frontières déjà fermées dans l'État de Tachira, sur les 2 219 km qui séparent les deux pays, s'est ajoutée lundi 7 septembre la clôture d'un autre passage de frontière, plus au nord, dans l'État de Zulia. Ces décisions unilatérales du président vénézuélien, Nicolas Maduro, s’accompagnent de la mise en place de l'état d'exception dans des municipalités frontalières et du déploiement des forces armées vénézuéliennes. Au total, quelque 8 000 militaires ont été envoyés.

« Si a priori un conflit armé est peu probable, le risque n'est tout de même pas à écarter complètement », avertit le président de l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (Opalc-Sciences-Po), Olivier Dabène. Au moins 1 355 Colombiens en situation illégale ont été expulsés du Venezuela selon l'Organisation des Nations unies (ONU). Ils sont dix fois plus nombreux, pris de panique, à avoir fui d'eux-mêmes.


Un soldat vénézuélien garde un poste-frontière avec la Colombie qui a été fermé

La crise a débuté le 19 août 2015 avec la fermeture des premiers postes-frontières. Bien décidé à « extirper les tumeurs malignes du paramilitarisme colombien », Nicolas Maduro a justifié sa décision après que trois militaires et un civil ont été blessés lors d'une opération contre les contrebandiers. La frontière colombienne, poreuse et corrompue, est le théâtre de vastes trafics rémunérateurs. L'essence quasiment gratuite au Venezuela et les aliments aux prix subventionnés passent aisément la frontière, alors que le pays fait face à une crise économique sans fin. Des produits de première nécessité manquent toujours à l'appel et l'inflation, dont le gouvernement ne divulgue plus les chiffres, a atteint 68,5 % en 2014 et aurait dépassé les 100 % lors du premier semestre 2015 d'après certaines analyses 3.

Par ailleurs, la présence de paramilitaires au Venezuela n'est pas à mettre en doute : « Lorsque les cartels de drogue mexicains ont cherché à prendre le contrôle du trafic colombien, les seconds couteaux sont partis vers le Venezuela », explique 3 Frédéric Massé, directeur du centre d'enquête de l'université « Externado de Colombia ». Ce trafic a pris de l'importance depuis « 5 à 10 ans ».

Selon l'organisation vénézuélienne de défense des droits de l'homme Provea, la campagne contre le paramilitarisme va de pair avec une stigmatisation des Colombiens et favorise un élan « xénophobe ». « C'est la première fois depuis 15 ans que se produit ce type d'expulsions massives de personnes sans papiers », assure Rafael Uzcategui, de la direction de l'organisation, pour qui « les valeurs révolutionnaires qui existaient avec Chavez se sont transformées en des valeurs conservatrices ». Déjà 1 850 Colombiens avaient été expulsés du Venezuela en 2014, plus de 2 000 entre janvier et avril 2015 d'après Bogota. La crise actuelle franchit donc un nouveau seuil, avec plus de 1 300 expulsions en moins d'un mois.

La « guerre » contre le paramilitarisme par le gouvernement vénézuélien avait déjà pris une nouvelle dimension avec les actions, depuis mi-juillet, de l'opération policière « Libération du peuple » qui s'attaque tout autant à des bandes armées qu’à des soldats. Ces actions contre le paramilitarisme laissent les organisations de défense des droits de l'homme dubitatives. Pour Rafael Uzcategui, ce combat ne peut suffire : « Une opération policière ne va pas diminuer de manière importante les délits si elle ne s'accompagne pas d'une réforme de l'administration judiciaire pour réduire l'impunité et pour garantir à tous l'accès à la justice ainsi que d'un processus de transformation du système pénitentiaire. »

L'appel à la patrie est devenu récurrent au fur et à mesure que le pays s'enfonce dans la crise

Alors que les élections législatives du 6 décembre 2015 approchent, l'opposition vénézuélienne et certains analystes politiques voient plutôt dans cette focalisation sur les groupes armés illégaux une stratégie politique et opportuniste : créer un ennemi au pays pour resserrer les liens entre les chavistes. Nicolas Maduro, affecté par la crise économique, est au plus bas dans les sondages. En juillet, une enquête de Datanalisis lui donnait moins de 25 % d'opinions favorables.

Mais c’est un calcul bancal. 5,6 millions de Colombiens vivent au Venezuela (pour un pays qui compte un peu plus de 30 millions d'habitants). Issus de milieux populaires, ils sont un appui traditionnel aux forces chavistes et ils sont nombreux à pouvoir voter. Pointer d'un doigt accusateur les Colombiens peut se retourner contre la révolution bolivarienne. D'ailleurs les pontes du chavisme, conscients de l'enjeu, tentent de faire le distinguo entre « paramilitaires colombiens » et « Colombiens » à coups de déclarations répétées.

Reste que l'appel à la patrie est devenu récurrent au fur et à mesure que le pays s'enfonce dans la crise. Peu avant les tensions avec la Colombie, cet été, le président socialiste ravivait le souvenir du différend territorial avec le Guyana. En mai, la découverte par ExxonMobil de pétrole dans des eaux disputées avait déclenché l'ire du gouvernement vénézuélien. Le Venezuela n'a jamais reconnu la frontière avec le Guyana et réclame la souveraineté de près de 70 % du pays. Hugo Chavez avait pourtant tenté d'adoucir les relations entre les deux pays. Des traités commerciaux avaient été signés comme le « pétrole contre riz ». Dans les dernières années d'Hugo Chavez, les relations s'étaient aussi normalisées avec la Colombie. Son homologue Juan Manuel Santos souhaitait faire oublier les disputes entre Chavez et Alvaro Uribe, conscient du rôle que pouvait jouer le Venezuela dans les négociations de paix avec la guérilla colombienne.

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Aujourd'hui, le gouvernement de Bogota est dans la surenchère verbale. Dénonçant une crise humanitaire, le président de droite Juan Manuel Santos est allé jusqu'à comparer les pratiques de la Garde nationale vénézuélienne à celle employée par l'armée nazie : « Comme dans les ghettos nazis, ils ont marqué les maisons des familles avec un D pour ensuite les détruire. Quand on a découvert cette infamie, la question que tout le monde se posait était : que faisait le monde quand cela s’est passé ? » se demandait-il le 1er septembre lors d'une allocution 3 télévisée.


Juan Manuel Santos montre ses muscles, bien décidé à ne pas se faire dépasser sur sa droite. L'ancien président colombien conservateur Alvaro Uribe a sauté sur l'événement pour discréditer le Venezuela. Il avait franchi le point Godwin bien avant son successeur. Dès le 25 août, à la frontière, mégaphone en main, il comparait le génocide juif au sort des Colombiens au Venezuela : « Comme Hitler qui a attisé la haine contre les juifs (…), la dictature castro-chaviste du Venezuela se consacre à attiser la haine contre le peuple colombien. » L'utilisation de l'événement est un moyen pour discréditer les négociations de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), et le processus exploratoire avec la seconde guérilla du pays, l'Armée de libération nationale (ELN). Le Venezuela joue un rôle de médiateur dans les deux cas. Frédéric Massé craint que les négociations ne soient affectées, surtout que « l'ELN et les Farc ont ouvertement soutenu le Venezuela », note-t-il.

Face à la Colombie qui surjoue la crise humanitaire pour alerter l'opinion internationale, et un Venezuela de plus en plus nationaliste, les pays du continent ont du mal à trancher. Même si le Venezuela est en conflit avec deux de ses voisins, si les organisations de coopération internationale impulsées par Chavez, en particulier l'Alba (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique), ne donnent plus de signes d'un grand dynamisme, et que la diplomatie pétrolière est mise à mal par le cours du pétrole, le pays peut tout de même compter sur des fidèles et solides soutiens. Au grand dam de Juan Manuel Santos, l'Organisation des États américains a refusé de convoquer une réunion des ministres des affaires étrangères pour traiter de la crise. Les cinq pays qui ont voté contre (dont l'Équateur et la Bolivie) ont fait capoter la demande colombienne. Mais des pays perçus comme « amis » du Venezuela ont préféré l'abstention, comme l'Argentine ou le Brésil.

« Aucun pays ne s'intéresse aux questions internationales en Amérique du Sud pour l'instant, car ils connaissent des problèmes graves à l'intérieur de leurs frontières », note Olivier Dabène. Le Brésil de Dilma Rousseff souffre lui aussi de la chute des cours de matières premières, tandis que les scandales de corruption éclaboussent la classe politique et que la présidente est contestée. Dans ce contexte, il y a peu de chances qu’un pays tiers puisse jouer les médiateurs.


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 20 Sep - 13:18

déplacé hors-sujet, de vlad2

vlad2 a écrit:
Desolé de paraitre encore à coté :

tu ne fais pas que le paraître, tu l'es, quel rapport avec l'enquête ouvrière et Viewpoint ? Bon, peu importe. J'avais attiré l'attention sur ces points à l'occasion du 14 juillet, dans l'idéologie française...

La repression au Mexique soutenue par l’Etat Français

L’armée mexicaine : répression, exécutions, disparitions, détentions arbitraires, torture

Voilà ce que vous avez-vu défiler, à votre insu, sur les Champs-Élysées et voici les cinq raisons pour lesquelles la France n’aurait jamais dû inviter le président du Mexique au défilé du 14 juillet Luis Alberto Reygada – Le 14 septembre 2015 – Source michelcollon.info

Pourquoi la France n’aurait jamais dû inviter le président du Mexique au défilé du 14 juillet ? (en 5 points)
Luis Alberto Reygada

Luis Alberto Reygada a écrit:
Le Mexique était l'invité d’honneur de l'édition 2015 du défilé du 14 juillet. Cette participation du président Enrique Peña Nieto -sur fond de signature de contrats d’armement- a causé beaucoup d’amertume chez les Mexicains résidant en France, et ils n’ont d’ailleurs pas hésité à le faire savoir à M. Hollande. Plus d’un mois après la présence de l’armée mexicaine sur les Champs-Elysées, nous revenons sur ce déplorable chapitre dans lequel les Droits de l’Homme ont été balayés d‘un revers de dossier estampillé « diplomatie économique », en rappelant en 5 points pourquoi la France s’est salie en honorant un Président corrompu qui entraîne petit à petit son pays vers le chaos.....

http://www.michelcollon.info/Pourquoi-la-France-n-aurait-jamais.html


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Ven 25 Sep - 8:11



La Colombie en marche vers la paix après une étape historique AFP 24/09/2015


Bogota - Déchirée par plus d'un demi-siècle de combats, la Colombie entrevoit enfin la paix au lendemain d'un accord crucial entre le gouvernement et la guérilla des Farc, l'un des principaux acteurs du plus ancien conflit armé d'Amérique latine.


Le président colombien Juan Manuel Santos (g) et le chef des FARC Timoleon Jimenez alias Timochenko (d) se serrent la main devant le président cubain Raul Castro, le 23 septembre 2015 à La Havane

Citation :
La photo de la poignée de main historique entre le président Juan Manuel Santos et Timochenko, le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), faisait jeudi la une des journaux. El Tiempo titrait sur la "date limite pour signer la paix", El Espectador appelant à "bâtir un nouveau pays".

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a salué ce "progrès significatif vers la conclusion d'un accord de paix final" qui permet de "se rapprocher davantage de la fin du plus long conflit armé de l'hémisphère".

Le Vatican s'est réjoui de la "bonne nouvelle" en réponse à l'appel du pape François qui, dimanche à Cuba, avait estimé que "nous n'avons pas le droit de nous permettre un échec de plus sur ce chemin de paix et de réconciliation" des Colombiens.

M. Santos et Timochenko ont franchi une étape décisive en s'engageant à un accord de paix d'ici à mars 2016, après avoir signé un document sur le sort judiciaire des combattants, point crucial des négociations entamées en novembre 2012. Jeudi à La Havane, les négociateurs ont promis d'"appuyer sur l'accélérateur" pour tenir le délai de six mois.

- "Grand pas en avant" -

La rencontre inédite du chef de l'Etat et du guérillero, qui vit dans la clandestinité, semblait impensable il y a peu.

M. Santos n'était pas retourné à La Havane depuis l'ouverture des pourparlers avec la rébellion marxiste, sous les auspices de Cuba et de la Norvège. Quant à Rodrigo Londoño, plus connu sous ses noms de guerre de Timoleon Jimenez ou de Timochenko, les multiples poursuites à son encontre, entre autres pour terrorisme et homicide aggravé, ont été suspendues afin de lui permettre d'y aller.

Reflétant les termes du chef de l'Etat qui a salué "un pas énorme" vers la paix, le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, a parlé jeudi d'un "grand pas en avant" et le chef de la diplomatie de l'Union européenne (UE), Federica Mogherini, de "pas en avant décisif".

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Besouda, s'est félicitée que le document signé prévoie une "juridiction spéciale pour la paix" et mette "fin à l'impunité pour les crimes les plus graves".

M. Santos, dont l'escale à Cuba avait été annoncée mercredi à l'aube, est parti jeudi pour New York où il interviendra mardi devant l'Assemblée générale de l'ONU sur le thème du "Chemin vers la paix, la sécurité et les droits de l'homme".

Mais si la Colombie entrevoit la fin d'"une longue nuit", selon son président, il lui reste encore des obstacles à franchir. Car, bien qu'acteur majeur du conflit, les Farc, créées en 1964 et qui comptent encore 7.000 combattants, ne sont pas les seules forces non gouvernementales à y être impliquées.

- Un conflit aux multiples acteurs -

Au fil des décennies, se sont en effet affrontées guérillas d'extrême gauche réclamant une plus juste répartition des terres, paramilitaires d'extrême droite défendant les grands propriétaires et forces armées, sur fond d'intense trafic de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial.

En trente ans, c'est la quatrième tentative d'en finir avec cette guerre qui a fait au moins 220.000 morts et provoqué le déplacement de six millions de personnes - tandis que, selon le Centre national de la mémoire historique, quelque 26.000 personnes restent portées disparues -, les trois précédentes ayant échoué.  

M. Santos, élu en 2010 puis réélu l'an dernier, a entamé en janvier 2014 des "contacts exploratoires" avec la guérilla guévariste de l'Armée nationale de libération (ELN, 2.500 combattants), sans résultats concrets.

En outre, depuis la chute des cartels de la drogue comme celui de Pablo Escobar, les bandes criminelles - ou BaCrim comme les surnomment les Colombiens - ont récupéré des paramilitaires démobilisés au début des années 2000.

"Ce n'est pas encore la paix", souligne Christian Voelkel, de l'International Crisis Group (ICG), ONG spécialisée dans le règlement des conflits. "Il manque le dialogue avec l'ELN. Puis, il y a le problème de ceux que le gouvernement appelle les bandes criminelles, et qui pour d'autres sont clairement des acteurs


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 18 Oct - 12:18



ÉQUATEUR - Conséquences du système capitaliste dans les communautés et peuples indiens Humberto Cholango 15 octobre 2015

Après les mobilisations d’août 2015 contre le gouvernement de Rafael Correa, DIAL propose deux textes pour mettre en lumière les enjeux et acteurs des événements. Le premier texte, rédigé par François Houtart, analyse les événements d’août en les replaçant dans un contexte national et international plus large. Le second, ci-dessous, date d’août 2013 mais permet de mieux saisir les positions d’un des acteurs clés des mobilisations, le mouvement indien.

La Troisième Rencontre latino-américaine Foi et Politique [1] a eu lieu en août 2013 à l’Université andine Simón Bolívar (Quito), à l’occasion des 25 ans de la mort de Mgr Leonidas Proaño. Les présentations et débats réalisées à cette occasion ont été rassemblées et publiées en 2014 dans un ouvrage collectif sous la direction de Nidia Arrobo Rodas, directrice de la Fundación Pueblo Indio del Ecuador. Ce texte est une traduction de l’exposé [2] d’Humberto Cholango, dirigeant historique du mouvement indien équatorien, alors président de la Confédération des nations indiennes de l’Équateur (CONAIE).


Citation :
Bonsoir à tous.

On m’a demandé de parler du capitalisme et de ses conséquences dans les communautés, les peuples et les nations indiennes. Merci de m’avoir invité. Je veux saluer les organisateurs de cette rencontre et toutes les personnes présentes au nom de la CONAIE.

Nous sommes issus, par la naissance, d’une culture communautaire, d’une culture dans laquelle nous agissons de manière collective et nous vivons sur ces terres depuis que la Terre mère nous a enfantés ou – comme disent certains – depuis que Dieu nous a bénis.

En tant que peuple, en tant que civilisation, nous avons une identité, une culture, nous avons une manière d’être, une vision, une cosmovision qui détermine notre rapport à l’environnement, à la nature.

Le capitalisme est entré avec force dans les communautés indiennes et paysannes, ce dont nous discutons justement en ce moment avec de nombreux dirigeants. Par exemple, la société indienne équatorienne ou la société indienne en général, à l’échelle andine, n’est plus ce qu’elle était il y a une vingtaine d’années. Elle est très différente, au point que, souvent, le risque, le danger existe que cette société indienne devienne elle aussi une société consumériste. C’est le fruit des avancées du capitalisme, qui chasse les communautés des territoires, qui impose une vision des choses, une façon d’être distinctes de ce qui constitue chacun de nos peuples.

Souvent, à nous les Indiens, on nous demande : pourquoi est-ce que vous ne maintenez pas la tradition ? Pourquoi est-ce que vous ne restez pas en communauté ?

Mais comment maintenir tout cela si c’est précisément sur nos territoires que s’exerce le capitalisme le plus inhumain, le capitalisme le plus sauvage qui est représenté par les industries extractives, comme les entreprises pétrolières ou minières, avec les grands travaux d’infrastructure qu’elles réalisent ? Et cela se traduit en pratique par le changement d’un modèle de vie, ou, ensuite, la disparition totale de l’identité de nos peuples.

Ici, en Équateur, par exemple, avec cette opération très proche de nous réalisée par Chevron Texaco dans le nord de l’Amazonie, nous constatons que cette multinationale a provoqué une énorme destruction de la biodiversité, entraîné une pollution gigantesque et, surtout, a réduit l’espace géographique des peuples qui habitaient là-bas. Les nations siona, secoya, cofán, etc. se trouvent pratiquement en voie d’extinction, de déstructuration, et certains disent même que deux nations ont disparu. Et, malheureusement, ce n’est pas seulement le capitalisme pétrolier qui conduit à l’exploitation sur les territoires indiens, car derrière les compagnies pétrolières arrivent les entreprises forestières et la production de biocombustibles, qui toutes entraînent la colonisation de nos territoires ; et, finalement, après tout cela, survient l’imposition d’une culture très distincte, d’une « culture » consumériste qui détruit quasiment l’identité et les moyens de reproduction culturelle de nos peuples.

Sous de très nombreuses formes, le capitalisme s’infiltre dans les communautés indiennes et paysannes. Et c’est un fait que le capitalisme et le consumérisme sont arrivés jusque chez nous. Prenons l’exemple des nouvelles technologies. Qui ne possède pas aujourd’hui de téléphone mobile ? Bien sûr, posséder un mobile n’est aujourd’hui plus un luxe parce qu’il est devenu un outil de travail ou, dans le cas des émigrants, le seul moyen de communication. Évidemment, ce n’est pas seulement le cas des Indiens, mais de la société en général.

Un camarade indien d’Amazonie m’a dit un jour : « Les téléphones de toute la famille me coûtent à eux seuls environ 150 dollars par mois. » Je me demande qui sont les gagnants de l’histoire. Pas le peuple équatorien, ni même l’État. Non. Les gagnants, ce sont le grand capital transnational.

D’autre part, précisément sur les territoires indiens et dans les communautés, il y a des projets qu’on cherche avec force à développer. Le Président de la République soutient que « pour sortir de la pauvreté, et de la misère, et pour sortir de l’extractivisme, il faut faire de l’extractivisme ». C’est en gros comme si on disait à un alcoolique de boire de l’alcool pour sortir de l’alcoolisme.

Je ne sais pas, c’est une logique que nous ne comprenons pas ; peut-être que nous nous trompons, mais nous ne comprenons pas. Comment comprendre qu’on impose des exploitations minières sur les territoires indiens, sur les terres des paysans, ou qu’on impose de nouvelles concessions pétrolières ? Comment comprendre la décision d’exploiter le Yasuní [3] ? On a appris dernièrement qu’on veut imposer aussi une nouvelle concession pétrolière dans le centre sud de l’Amazonie, qui va toucher au moins sept nations et peuples indiens. Concrètement, ce sont trois millions d’hectares qui risquent d’être touchés par la politique pétrolière actuelle.

Mais ce n’est pas tout. Concernant l’agro-industrie, on a adopté des politiques avantageuses pour ces industries, les mêmes qui ont déjà bénéficié de la concentration des terres. La terre s’accumule dans un nombre de mains de plus en plus réduit. Le capital de l’agro-industrie est aussi le secteur où les Indiens et paysans les plus modestes sont exploités parce qu’ils constituent une main-d’œuvre bon marché, main-d’œuvre très prisée pour la production de fleurs, de brocoli, d’huile de palme, de bananes… Dans ce secteur, ce sont en particulier les jeunes Indiens, hommes et femmes – celles et ceux qui n’entrent pas à l’université – qui sont embauchés.

On voit ainsi comment le capitalisme se transforme, très clairement par le biais de la modification de lois et de structures, pour favoriser l’expansion d’un modèle économique. On voit en outre qu’il doit opérer un coup de force géopolitique pour arriver jusqu’à nos communautés et, quand nous lui faisons face et lui résistons comme nous l’avons toujours fait, nous sommes accusés de terrorisme non seulement dans le cas équatorien mais aussi au niveau régional.

C’est ainsi qu’en Équateur – ces dernières années – 204 camarades dirigeants indiens ont été accusés de terrorisme par le gouvernement actuel. Tous n’ont bien sûr pas été accusés directement par le gouvernement, mais le gouvernement a engagé cette politique et les entreprises pétrolières, minières, productrices de brocoli lui ont emboîté le pas en déposant accusations et plaintes contre nos dirigeants et nos leaders.

Quand nous résistons, quand nous nous opposons à la politique extractiviste, ils nous disent que nous sommes des « écologistes infantiles » [4] ou des « Indiens infantiles », mais je crois qu’en tout temps, le devoir éthique et moral de tout révolutionnaire est de défendre la nature, la biodiversité et la Pachamama. Sinon, qui mènera la lutte, qui d’autre les défendra ?

Pour cette raison, par exemple, l’affaire du Yasuní nous étonne aujourd’hui parce que le Président se rétracte et annonce l’exploitation du pétrole dans le parc national Yasuní (bloc ITT). Nous partagions auparavant avec le gouvernement l’initiative de laisser le pétrole sous terre, nous l’avons soutenue de toute notre force. À cette époque, qui ne remonte qu’à quelques semaines, oui, nous étions tous révolutionnaires, du Président au dernier frère waorani qui vit dans la jungle, en appuyant l’idée de ne pas exploiter le Yasuní. Mais maintenant que le Président retire la proposition de laisser le pétrole sous terre et que, de notre côté, nous continuons de soutenir cette proposition de défendre le parc Yasuní, on nous traite d’« écologistes infantiles ».

Une chose doit être bien claire, en particulier pour les nombreux camarades de l’étranger en visite chez nous et qui participent à cette rencontre : notre lutte et notre résistance sont contre l’extractivisme. Notre lutte n’est pas contre le gouvernement, nous n’agissons pas par opposition au gouvernement. Comme l’a dit Monsieur le recteur de l’université [5], nous reconnaissons les choses importantes qu’il a réalisées : fermer la base militaire [états-unienne] de Manta, refuser de signer le traité de libre-échange, promulguer la nouvelle Constitution de l’État, mener dans la région le mouvement en faveur de la CELAC, de l’UNASUR et de l’ALBA. Autant de propositions que nous avons toujours travaillées et défendues. Mais, de là à reculer, à s’opposer au mouvement indien, à taxer les Indiens de terroristes, personne ne comprend.

Nous avons dit en face au Président de la République que nous sommes d’accord avec lui lorsqu’il affirme que l’insurrection colombienne n’est pas terroriste. Pourquoi alors les Indiens ici seraient-ils terroristes ? Notre opposition n’est pas aveugle, elle ne relève pas du ressentiment ni du fondamentalisme ; nous pensons simplement que le mieux pour notre pays, pour les peuples indiens et pour la planète est de ne pas exploiter le Yasuní. Et nous avons des propositions que l’on pourrait mettre en œuvre pour faire entrer des devises sans nuire au parc national. Le Président nous dit que l’exploitation du bloc ITT dans le Yasuní rapportera 18 000 000 000 dollars en 25 ans ; mais, ce faisant, on mettra en péril non seulement la vie des peuples mais aussi l’énorme biodiversité que le parc abrite.

Comme alternative, nous pensons qu’il est possible d’effectuer une réforme fiscale en profondeur, en revoyant les subventions consenties aux plus fortunés, aux banques, à la grande chaîne de l’agro-industrie. Une autre alternative serait, par exemple, de nationaliser la téléphonie mobile – je signale au passage qu’en Équateur, 68 % de la téléphonie mobile sont contrôlés par une société transnationale de l’actionnaire Carlos Slim. Sur ce seul poste, on pourrait récupérer, selon les études, environ un milliard de dollars par an. En 25 ans, nous aurions ainsi vingt-cinq milliards de dollars pour la seule téléphonie mobile, beaucoup plus même que l’exploitation du Yasuní. Les propositions créatives ne manquent pas ; ce qui se passe, c’est qu’on pense parfois d’abord au plus facile, à la manière de trouver rapidement de l’argent quelque part. Les gouvernements manquent de créativité et de décision politique.

En conclusion, je vous dirai que notre mouvement indien, malgré toutes ces difficultés, va poursuivre la lutte. Nous avons résisté à des moments très durs et très difficiles. Nous avons des divergences avec le gouvernement actuel mais reconnaissons les avancées sur des points importants. Nous disons que sur les thèmes importants qui existent, nous irons de l’avant, que sur les points de désaccord, nous ferons face, nous critiquerons et mettrons sur la table des propositions, et s’il faut lutter comme dans le cas du Yasuní, nous défendrons et nous lutterons. C’est ce que nous a enseigné Mgr Leonidas Proaño et je crois que c’est ce que nous devons continuer.

Que soient bienvenues les propositions de la part des secteurs les plus humbles, des plus humiliés et des plus offensés de la patrie. Je crois que là, nous répondons avec des propositions plus démocratiques et viables mais, quand nous le faisons, nous sommes disqualifiés par un flot de termes méprisants.

Cependant, même ainsi, nous allons continuer avec notre organisation parce nous, les peuples indiens de l’Équateur, nous ne sommes pas venus sur ces terres en visite, nous ne sommes pas seulement de passage sur ces terres. Nous sommes ici sur cette terre parce que nous y sommes nés, nous y avons poursuivi la lutte et nous allons continuer ici. Nous ne sommes pas là pour dix ans, pour des circonstances données, mais pour continuer de défendre et bâtir notre patrie et notre nation.

Merci beaucoup.

• Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3343.
• Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
• Source (espagnol) : Humberto Cholango, « Consecuencias del sistema capitalista en las comunidades y pueblos indígenas del Ecuador », dans Nidia Arrobo Rodas [dir.], Memorias del Tercer Encuentro Latinoamericano Fe y Política : Pachamana, agua, territorio y territorialidad en contexto del capitalismo global y alternativas desde la fe de los pueblos – Homenaje a Monseñor Leonidas Proaño, Quito, Fundación Pueblo Indio del Ecuador, 2014, p. 46-50.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, le traducteur, la source française (Dial - www.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

Les opinions exprimées dans les articles et les commentaires sont de la seule responsabilité de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement celles des rédactions de Dial ou Alterinfos. Tout commentaire injurieux ou insultant sera supprimé sans préavis. AlterInfos est un média pluriel, avec une sensibilité de gauche. Il cherche à se faire l’écho de projets et de luttes émancipatrices. Les commentaires dont la perspective semble aller dans le sens contraire de cet objectif ne seront pas publiés ici, mais ils trouveront sûrement un autre espace pour le faire sur la toile.

Notes

[1] Dont DIAL a publié la Déclaration finale fin 2013, voir DIAL 3264 - « ÉQUATEUR - 3e Rencontre latino-américaine Foi et politique « Pachamama, eau, territoire et territorialité dans des contextes de capitalisme global et alternatives à partir de la foi des peuples » : déclaration finale ».

[2] Humberto Cholango, « Consecuencias del sistema capitalista en las comunidades y pueblos indígenas del Ecuador », dans Nidia Arrobo Rodas [dir.], Memorias del Tercer Encuentro Latinoamericano Fe y Política : Pachamana, agua, territorio y territorialidad en contexto del capitalismo global y alternativas desde la fe de los pueblos – Homenaje a Monseñor Leonidas Proaño, Quito, Fundación Pueblo Indio del Ecuador, 2014, p. 46-50.

[3] Nom d’un gisement pétrolier important situé dans un parc national – note DIAL.

[4] Une expression du président Rafael Correa – note DIAL.

[5] De l’Université andine Simón Bolívar, siège de la rencontre – note DIAL


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 18 Oct - 13:15



Mexique. Les “maquiladoras”, symboles de l’exploitation ouvrière Courrier international 23/09/2015


Membre de la Protection civile lors d’un exercice d’évacuation à Mexico organisé
pour commémorer le tremblement de terre de 1985
qui tua des milliers de personnes dans la capitale mexicaine
AFP PHOTO/ ALFREDO ESTRELLA

Il y a trente ans, un séisme dévastait des centaines d’ateliers de couture (maquiladoras) de Mexico, tuant 1 600 ouvrières surexploitées. Leurs conditions de travail ne se sont guère améliorées aujourd’hui, constate le site d’investigation Sin Embargo.

Citation :
Des centaines d’ateliers textiles réduits en poussière et 1 600 victimes officiellement, mais bien plus selon les témoins. Le 19 septembre 1985, un tremblement de terre puis sa réplique le jour suivant ont eu raison des frêles usines de confection regroupées dans un quartier de la capitale. “Elles se sont écroulées comme des maisons de poupée”, se souvient Sin Embargo, qui consacre un reportage aux survivantes de cette catastrophe.

A l’époque, raconte le site d’investigation mexicain, le drame jeta la lumière sur la vie sordide de ces petites mains, leur salaire de misère, la soumission au patron tout-puissant, les cadences impitoyables réglées sur le tic-tac de l’horloge, et bien souvent leur statut de travailleuses non déclarées pour des entreprises clandestines. L’événement avait donné naissance au premier syndicat de femmes, baptisé “Syndicat du 19 Septembre” (Sindicato 19 de Septiembre). Une organisation aujourd’hui moribonde, à l’instar d’autres syndicats du textile. Les victimes qui ont survécu n’ont jamais perçu la moindre indemnisation après l’accident.


Trois décennies plus tard, dans un secteur amaigri par la concurrence des pays asiatiques et qui compte à peine 300 000 emplois officiels, se dessine le même panorama qu’en ces jours de terreur, constate Sin Embargo. Les couturières qui ont vécu la tragédie disent même que c’est pire.” Alors que les ateliers déclarés se réduisent comme peau de chagrin, les femmes en sont réduites à travailler au noir, à la tâche, sans avenir et sans aucune protection sociale. Celles qui ont encore un emploi fixe sont confrontées à des employeurs malhonnêtes. Voici deux ans, une grève attira l’attention sur une maquila (atelier mexicain de couture) qui fabriquait des chemises pour la marque Paco Rabanne. Aucune des employées n’était déclarée, toutes avaient été licenciées sans un sou.

La condition de ces femmes décrit les fractures sociales du pays. Les petites mains de la couture sont, aujourd’hui comme hier, “des femmes immigrées dans leur propre pays [venues de la campagne], mères célibataires et de faible niveau scolaire, explique Sin Embargo. Elles deviennent toutes domestiques ou couturières et survivent avec 2 800 pesos [148 euros] par mois.”


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 8 Nov - 13:47



Comment les multinationales privent les Mexicains d’un accès à l’eau potable Marie-Pia Rieublanc 2 novembre 2015


Neuf millions de Mexicains vivent sans accès à l’eau potable. Le gouvernement s’apprête pourtant à renforcer la politique de libéralisation du secteur, en partie responsable de la situation actuelle. Les multinationales détiennent déjà d’immenses concessions d’eau, et leurs activités entraînent pollutions, raréfaction des ressources et conflits sociaux. Les entreprises françaises ne sont pas en reste : Suez et Veolia gèrent de manière controversée des systèmes de distribution d’eau, et l’entreprise Total veut y lancer l’exploitation très polluante du gaz de schiste. Une coalition citoyenne lutte pour mettre fin à la privatisation, l’accaparement et la surexploitation de l’eau. Mais la bataille s’annonce rude. Enquête


Citation :
Neuf millions de Mexicains – sur une population de 121 millions – n’ont pas accès à l’eau potable. La situation empire dans le pays : en 50 ans, la disponibilité de l’eau par habitant au Mexique a chuté de 64% [1] ! En cause notamment, la libéralisation du marché de l’eau instaurée en 1992, qui a rendu possible la vente des eaux nationales à des entreprises privées ou des particuliers sous forme de concessions. Cette libéralisation a fait entrer le secteur privé dans la gestion des systèmes d’eau et d’assainissement municipaux. Et des secteurs économiques très gourmands de cette ressource, comme l’industrie de l’eau en bouteille, des sodas ou des bières, possèdent désormais d’importantes concessions, dont une partie est pourtant située dans des zones à risque.

Coca-Cola a ainsi le droit d’extraire 33,7 millions m3 d’eau par an au Mexique, l’équivalent de la consommation annuelle minimale pour faire vivre 20 000 personnes. Le groupe américain exploite 50 nappes d’eau, dont 15 sont surexploitées [2]. À moindre échelle, la compagnie suisse Nestlé extrait 9 millions m3 d’eau par an dans le pays et exploite 16 aquifères, dont 6 sont surexploités.

Les eaux du Mexique sont à vendre

L’industrie minière – tout comme l’extraction de gaz et de pétrole – a un impact encore plus important. Elle consomme quotidiennement des millions de litres d’eau. La mine d’or Los Filos, dans l’État de Guerrero, dans le sud du pays, en utilise 418,8 millions chaque jour rien que pour la lixiviation, processus durant lequel les tonnes de minéraux extraits sont aspergés d’eau et de cyanure de sodium pour séparer l’or des détritus [3]. Cette mine, située dans une zone gangrenée par le narcotrafic, est exploitée depuis 2007 par Goldcorp, première compagnie minière des Amériques et deuxième au niveau mondial. Goldcorp prévoit d’extraire 200 tonnes d’or de Los Filos dans les vingt prochaines années, pour un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars. L’entreprise canadienne s’est installée grâce aux accords de libre-échange nord-américains (Alena). L’usage de produits toxiques comme le cyanure a de graves impacts sur l’environnement et les populations.

Ces excès sont aussi associés à de nombreux incidents, comme le déversement accidentel de 40 000 m3 de sulfate de cuivre dans le fleuve Sonora en août 2014 dans le nord du pays, dont les eaux ont viré à l’orange sur plus de 150 kilomètres après la rupture d’un bassin dans une mine de cuivre exploitée par Grupo Mexico. 20 000 habitants ont été privés d’eau, des dizaines d’autres sont tombés malades et tous attendent toujours réparation de la part du groupe, propriété de German Larrea, deuxième homme le plus riche du pays après Carlos Slim. À l’origine de ces dérives se trouve la réforme du droit agraire orchestrée par le président Carlos Salinas de Gortari (Parti révolutionnaire institutionnel, PRI) en 1992 [4]. Pour faciliter l’entrée du capital étranger, elle a impulsé la conversion des terres de « propriété sociale » en propriétés privées et simplifié l’octroi de l’usufruit des terres collectives aux entreprises, portant un coup fatal à l’héritage de Zapata.

La production d’énergie hydroélectrique a elle aussi, par définition, besoin d’eau. La multiplication des concessions octroyées à ce secteur cristallise les tensions sociales : la construction de barrages dérègle l’écosystème des rivières et peut inonder des centaines d’hectares de terres habitables et cultivables. Dans l’État du Guerrero, les habitants de La Parota résistent depuis onze ans à la construction d’un barrage destiné à alimenter en électricité la grande ville d’Acapulco, au détriment des pêcheurs et agriculteurs du village.

Arsenic, pesticides et hydrocarbures

Conséquence de ces réformes libérales, et de l’accroissement de la population, le pays se rapproche un peu plus chaque année du stress hydrique, fixé à 1700 m3 d’eau disponible par an et par habitant. Sur les 37 régions hydrologiques que compte le pays, trois pourraient passer sous le seuil fatidique d’ici à 2030 si la tendance persiste : la région du Rio Bravo (907m3), la péninsule de Basse Californie (780m3) et la Vallée de Mexico (127 m3).

L’autre grand problème auquel fait face le Mexique est l’inégal accès aux systèmes d’eau potable à travers le territoire. Les populations les plus marginalisées se trouvent en milieu rural, où cinq millions de personnes n’ont pas accès à cette denrée. Dans le Guerrero, État le plus concerné par ce problème, une personne sur trois est affectée, dans le Veracruz, une sur quatre, et dans le Tabasco, le Chiapas et le Oaxaca, une sur cinq.


Pour ne rien arranger, 21 bassins hydrographiques étaient fortement contaminés en 2009 (sur les 1471 que compte le Mexique). La Commission nationale de l’Eau (Conagua) y a enregistré la présence d’arsenic, de pesticides, d’hydrocarbures, de métaux lourds, de composants pharmaceutiques et antibiotiques, et de bactéries. Une partie de cette pollution est de source industrielle : les fuites pétrolières sont innombrables. Un rapport du ministère de l’Environnement a recensé plus de 7000 incidents en quinze ans pour la seule entreprise parapublique Petroleos Mexicanos (Pemex) [5]. Soit 1,3 incident par jour ! L’activité minière, en plus d’être régulièrement responsable de déversements accidentels de produits chimiques dans les rivières, est à l’origine de la dispersion de métaux lourds provoquée par les explosions à la dynamite. L’épandage d’engrais chimique en agriculture est lui aussi très polluant. Mais la pollution domestique est également importante dans ce pays où 11 millions d’habitants – dont 7,8 millions en zone rurale – ne sont pas reliés à un système de drainage des eaux usées et d’assainissement.

Gaz de schiste et fracturation hydraulique, la nouvelle menace

Face à cette situation critique, le président mexicain Felipe Calderón (Parti action nationale - PAN, de centre droit) fait entrer en 2012 le droit à l’eau dans la Constitution du pays, deux ans après la reconnaissance de ce droit fondamental par les Nations unies : « Toute personne a droit à une eau accessible, disponible et assainie en vue d’un usage domestique ou personnel », précise désormais la Constitution [6]. Depuis lors, le Congrès mexicain est appelé à réformer la Loi des Eaux de 1992, héritée du gouvernement de Carlos Salinas de Gortari et dénuée de vision écologique et sociale, afin d’assurer le respect de ce nouveau droit. Le gouvernement du président Enrique Pena Nieto (PRI), qui succède à Felipe Calderon en 2012, s’est promis de faire passer cette réforme avant la fin de son mandat. Va-t-il enfin remettre la population au centre de la politique de l’eau ? Il prend malheureusement la direction inverse. Sa réforme énergétique de 2014 a mis fin au monopole de l’entreprise parapublique Pemex sur le secteur des hydrocarbures, instauré en 1938. L’extraction et la distribution du gaz et du pétrole sont désormais ouvertes aux entreprises privées nationales et étrangères – avec à la clé des besoins en eau encore plus importants.


L’un des objectifs de cette réforme est d’ouvrir la voie à l’exploitation des hydrocarbures « non conventionnels », tels que le gaz de schiste, extraits au moyen de la technique controversée de la fracturation hydraulique (fracking en anglais). Chaque fracturation requiert entre 15 et 20 millions de litres d’eau [7], et les produits chimiques utilisés pénètrent dans les nappes phréatiques. Les gisements de schiste mexicains se trouvent essentiellement à la frontière avec les États-Unis, dans les régions les plus arides du pays. Leur exploitation à grande échelle risque de créer de nouvelles zones de conflits liés à l’eau.

Le géant français Total, déjà investi dans l’extraction de gaz de schiste dans le Texas voisin – il possède des parts dans des gisements de l’entreprise américaine Chesapeake – est intéressé par ces nouveaux filons. En avril 2014, son PDG Christophe de Margerie accompagne le président François Hollande lors d’une visite officielle au Mexique. Il en repart avec un accord signé avec Pemex concernant « un échange de technologie dans l’exploration et la production d’hydrocarbures » et « une évaluation des futures opportunités dans les secteurs non conventionnels, comme le gaz de schiste ».

Une nouvelle Loi des Eaux qui viole les droits humains

En mars 2015, la Commission nationale de l’Eau (Conagua), organisme dépendant du ministère de l’Environnement, présente un projet de réforme de la Loi des eaux. Un texte à rebours de l’objectif affiché par le gouvernement qui « viole le droit humain à l’eau », dénoncent chercheurs et ONG [8]. Il limite le minimum vital d’eau par jour et par habitant à 50 litres – alors que l’Organisation mondiale de la santé l’établit entre 50 et 100 – et promeut la privatisation de cette ressource, soulignent-ils.

En juin 2015, les députés enterrent (provisoirement) cette loi controversée [9], qui appelle à construire davantage de barrages hydroélectriques, à utiliser des eaux nationales « pour l’extraction de tout type de substance et pour n’importe quel processus de transformation », facilitant ainsi l’extraction d’hydrocarbures mais aussi l’activité minière qui occupe déjà près de 13% du territoire. « Le projet de la Conagua est clairement lié à la réforme énergétique car il facilite l’appropriation des ressources en eau pour l’extraction de combustibles et la production d’énergie dans le pays », explique Gerardo Alatorre, professeur et chercheur à l’Université de Veracruz.

La gestion de l’eau désastreuse de Veolia et Suez

Selon ce projet de loi, les autorités locales doivent « promouvoir » la participation du secteur privé dans les services publics d’eau et d’assainissement, qui devient une obligation, et non plus une simple possibilité comme dans la loi de 1992. La participation du secteur privé à la gestion de l’eau suscite pourtant beaucoup de critiques. « Depuis la décentralisation de la gestion de l’eau et de l’assainissement dans les années 1980, les gouverneurs des États reçoivent des fonds et en font ce qu’ils veulent, explique María Luisa Torregrosa, docteure en sociologie et coordonnatrice du Réseau de l’eau de l’Académie mexicaine des Sciences. Il y a aussi un manque de professionnalisation du personnel et de continuité dans les projets qui changent en fonction des maires. »

À Aguascalientes, dans le centre du pays, l’eau est gérée depuis 1993 par Proactiva Medio Ambiente CAASA, succursale du groupe français Veolia et de ICA, entreprise mexicaine dirigée par Carlos Slim. Bilan : le réseau de distribution n’a pas été étendu, CAASA ayant renoncé après des difficultés financières à financer la construction d’infrastructures. Les tarifs ont flambé et sont parmi les plus élevés du pays – 22 pesos par m3 par mois, quand la moyenne nationale est de 12,3 – alors que le service n’est pas satisfaisant et que l’eau manque constamment dans certains quartiers de la ville [10].

À Saltillo (Coahuila, nord), le service est opéré par la ville et par l’entreprise Aguas de Barcelona (Agbar), filiale du groupe français Suez environnement. Les tarifs ont triplé tandis que 70% de la population ne peut toujours pas boire l’eau du robinet. Agbar vient pourtant de décrocher un contrat de 30 ans avec la ville de Veracruz, dans le golfe du Mexique, pour gérer son service d’eau et d’assainissement, en tandem avec l’entreprise brésilienne Odebrecht. Nul doute que Veolia et Suez, leaders mondiaux du marché de l’eau, bénéficieront de la réforme proposée par la Conagua, si celle-ci finit par voir le jour.

Mettre fin à la privatisation, l’accaparement et la surexploitation de l’eau

Mais la résistance s’organise face à cette privatisation de la gestion et des ressources en eau. Gerardo Alatorre coordonne le collectif national Agua para Todos, Agua para la Vida (« De l’eau pour tous, de l’eau pour la vie »), qui réunit 420 chercheurs et organisations de tout le pays. Le collectif travaille depuis 2012 à une proposition de réforme citoyenne de la Loi des Eaux. Celle-ci a été déposée devant la Chambre des Députés le 12 février 2015, mais le projet de loi du gouvernement l’a vite éclipsée.

Le texte du collectif citoyen « reconnaît l’eau comme un bien commun de la Nation, provenant de la Nature et devant être géré sans fins lucratives ». Opposé à la multiplication des barrages, il propose une gestion des ressources hydriques bassin par bassin, par des instances participatives communautaires et citoyennes. Il prévoit de démonter le système de concessions « qui a mené à la privatisation, l’accaparement et la surexploitation de l’eau ». Et d’interdire « l’usage des eaux nationales pour l’industrie minière toxique et pour le fracking ».

Le projet a récolté près de 60 000 signatures. Plusieurs sénateurs de l’opposition ont promis leur soutien, assure Gerardo Alatorre, qui espère une forte mobilisation populaire si le projet initial du gouvernement était validé. Mais le gouvernement mexicain sait faire passer des réformes controversées en douce. En 2014, la réforme énergétique a été adoptée en pleine Coupe du monde de football. Et les élections de juin dernier ont permis au parti au pouvoir, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), de gonfler ses rangs à la Chambre des députés. Celle-ci est chargée d’adopter un nouveau texte au plus vite. Sera-t-il du même acabit que le précédent ?

Marie-Pia Rieublanc



Photos :

- Une : Peter Barwick @ flickr CC
- L’usine Coca-Cola exploite les eaux de San Cristóbal de Las Casas (Chiapas) depuis 1980. Son activité a suscité le mécontentement de nombreux habitants des communautés voisines, inquiets de voir leurs réserves hydriques se vider au profit de l’entreprise américaine. / © Marie-Pia Rieublanc.
- Un opposant à la fracturation hydraulique devant le Sénat mexicain le 22 juillet 2014. L’Alliance mexicaine contre le fracking venait de remettre ce jour-là aux sénateurs une pétition leur demandant d’adopter une loi interdisant cette technique polluante. / Alianza mexicana contra el fracking (libre de droits)
- Cours d’eau du sud du Chiapas menacé par l’industrie minière. / © Marie-Pia Rieublanc


Notes

[1]
De 18 035 m3 en 1950, puis 11 500 m3 en 1955 à 4 312 m3 en 2007. Source.

[2]
Selon l’économiste mexicain Gian Carlo Delgado, dans son ouvrage Apropriación del agua, medioambiente y obesidad : los impactos del negocio de bebidas embotelladas en México (UNAM, CIICH, Colección Alternativas).

[3]
Déclaration d’impact environnemental du projet minier Los Filos, 2005

[4]
Réforme de l’article 27 de la Constitution mexicaine, qui a mis fin à la redistribution des terres des grands propriétaires terriens aux paysans par l’État, mise en place après la révolution de 1910 et gênante à l’heure de signer un accord de libre-échange avec les États-Unis et le Canada (l’Alena).

[5]
Rapport publié en 2007, par le ministère de l’environnement mexicain, qui a depuis 1993 répertorié 7279 incidents chez PEMEX, Petroleos Mexicanos, entreprise paraétatique chargée de l’extraction et la production d’hydrocarbures au Mexique.

[6]
Article 4 de la Constitution mexicaine.

[7]
Selon un rapport de l’ONG Food and Water Watch. Cette technique de la fracturation hydraulique consiste à forer la terre jusqu’à plusieurs kilomètres de profondeur pour y injecter un mélange d’eau, de sable et de centaines de produits chimiques afin de libérer le gaz contenu dans la roche.

[8]
Lettre ouverte d’une trentaine de chercheurs et d’organisations dont Greenpeace. L’Union des scientifiques engagés auprès de la société au Mexique fustige également cette loi qui « promeut la privatisation de l’eau en la considérant principalement comme un bien économique et non culturel et social », « aggravant les inégalités sociales à travers la hausse des tarifs » et « compromettant la disponibilité de l’eau ».

[9]
Approuvé le 5 mars par deux commissions de la Chambre des députés dans le cadre d’une procédure accélérée qui a scandalisé l’opinion publique et une partie de l’opposition, le texte n’a finalement jamais été examiné en session plénière.

[10]
Constat réalisé en juin dernier par la Commission citoyenne d’eau potable et d’assainissement d’Aguascalientes. Source.


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Dim 8 Nov - 14:12



Extractivisme

Pollutions, sécheresses, menaces : l’inquiétant cocktail de l’industrie pétrolière en Colombie
6 novembre 2015 par Nadège Mazars


Perenco est une discrète compagnie pétrolière française, propriété de l’une des familles les plus riches de France. Basta ! et l’Observatoire des multinationales ont enquêté sur ses pratiques en Colombie, où Perenco dispose de plusieurs concessions aux côtés d’autres compagnies. L’industrie pétrolière y est accusée de contribuer à la sécheresse qui s’installe dans la savane amazonienne, et de nombreuses négligences face aux pollutions qui contaminent étangs et rivières. Face aux actions de blocages organisées par les habitants et aux centaines de plaintes déposées, les autorités locales s’illustrent par leur totale indifférence. Ceux qui osent dénoncer ces pratiques sont, eux, menacés de mort.



Citation :
Milton Cardenas a le regard las des personnes qui ont tout tenté. Assis à une table dans le patio de la maison de ses parents, il montre sur l’écran de son ordinateur les images qui, selon lui, lui ont coûté son travail et valu des menaces de mort : « Regardez ! Les produits chimiques qu’ils jettent dans n’importe quels endroits ! Ils sont très dangereux ! De la soude caustique ! Regardez ! » Une partie de ces photos a été prise quand il travaillait pour la multinationale française Perenco. « Regardez ! Tous ces poissons morts ! Quand ils font une perforation, ils entreposent à cet endroit ce qu’ils sortent, la terre mélangée au pétrole. Quand il pleut, tout s’en va dans l’étang [1]. […] Regardez ! Cette vache morte qu’on retire de l’eau ! »

Les photos défilent, illustrations de la contamination, images d’animaux tels le capybara, ce grand rongeur typique de la savane des Llanos, recouverts de pétrole. Les piscines où le pétrole se déverse ne sont pas bien isolées, les animaux peuvent entrer. L’eau de pluie qui y tombe est évacuée sans traitement dans la savane. Milton raconte aussi les camions-citernes, jusqu’à sept tous les jours envoyés pour déverser leur contenu d’eaux usagées dans les rivières alentours. Il est le président du conseil de direction communale de Tesoro del Bubuy et, depuis 2009, il participe, avec la plus grande majorité de la communauté, à une bataille devenue juridique contre la multinationale qui exploite le champ pétrolifère de La Gloria.

Ce diaporama présente une sélection d’images transmises par les riverains des sites pétroliers de Perenco dans la région du Casanare


Une région asséchée par l’industrie pétrolière

Située à trois heures de route de Yopal, la capitale du département du Casanare, au pied de la Cordillère des Andes, le village est situé au cœur de la savane des Llanos colombiennes. Les étendues de hautes herbes sont parsemées de palmeraies où naissent les multiples petites rivières qui parcourent le territoire. C’est une région riche en eau, même si celle-ci disparaît durant l’été dans les nappes souterraines. Le bassin colombien de l’Orénoque, dont fait partie le Casanare, contiendrait environ un tiers des réserves hydrauliques du pays. Le Casanare est l’une des terres de la tradition llanera, une culture créée autour de l’élevage extensif bovin. Mais, depuis une trentaine d’années, la région a connu de profondes transformations socio-économiques.

L’exploitation pétrolière est devenue la principale ressource économique, plaçant le Casanare au deuxième rang national des départements producteurs de pétrole, avec 2 286 millions de dollars de pétrole exporté en 2014. Des sécheresses inhabituelles sont apparues, comme celle de l’an passée qui a tué plus de 20 000 bêtes, sauvages et d’élevage, près de Paz de Ariporo [2]. Gourmande en eau, l’activité pétrolière est pointée du doigt. Au moins neuf barils d’eau sont prélevés pour chaque baril de pétrole généré. La captation des eaux souterraines par l’industrie pétrolière serait à l’origine de l’assèchement des étangs « d’été », ceux qui, en dépit de la période sèche, restaient à flot. Essentiels à l’équilibre écologique, ces étangs permettent d’abreuver bétail et faune dans une région où la température monte couramment à 40 °C à l’ombre.

L’eau souterraine extraite des perforations a de plus la particularité d’être salée. Rejetée dans la nature ou mal entreposée, elle contribue à déstabiliser l’équilibre écologique des Llanos et sa biodiversité. Normalement, un impôt prélevé auprès des compagnies pétrolières est prévu pour dédommager les villes de l’usage des sous-sols sur leur territoire. Mais la Contraloría, organisme de contrôle national des institutions publiques, a récemment révélé que, sur l’année passée, plus de sept millions d’euros provenant de cet impôt et destinés à la gestion de l’eau ont été perdus en raison d’une mauvaise gestion, dans le seul département du Casanare [3].

Perenco, dont nous avons sollicité la réaction sur les faits dénoncés dans cet article, assure par la voix d’un porte-parole travailler en Colombie « en coordination avec les autorités nationales dont relèvent les opérations pétrolières », et « dans le strict respect des normes environnementales et sociales en vigueur », y compris l’interdiction du rejet d’eaux non traitées dans l’environnement. « Le retraitement des eaux est en partie mené à bien au moyen de bassins de rétention, dont l’accès est fermé pour limiter au maximum les intrusions. La sécheresse qui sévit occasionnellement à l’est du pays n’est pas imputable à l’activité pétrolière mais constitue un phénomène climatique bien connu dans les Llanos. »





Milton Cardenas montre les documents des procédures judiciaires en cours, accumulées depuis un peu plus d'un an. Le dossier de déclarations du tribunal et d'échange de lettres entre la communauté, les institutions et Perenco comporte plus de 200 pages. Tesoro del Bubuy, municipalité de Aguazul, 30/04/2015.

Menaces de mort pour les dissidents du pétrole

Pendant dix-sept ans, Milton a régulièrement travaillé pour l’entreprise française, installant les conduits de l’oléoduc, aménageant les piscines de stockage, participant à des opérations de maintenance. Comme la plupart des habitants de la zone, dont les dernières générations ont progressivement abandonné l’élevage bovin pour le secteur pétrolier, il a bénéficié des accords locaux passés entre la communauté et l’entreprise. Mais, en 2009, il perd son travail pour avoir participé, en tant que président du conseil, au blocage des voies d’accès des sites de Perenco. La communauté accuse alors l’entreprise de pollution des sources d’eau et de non-respect des accords passés.

Son engagement lui coûte même de figurer sur une liste noire qui lui interdit tout travail dans la zone. Et puis surtout, on lui mentionne indirectement que sa vie est en danger. « Un employé de Perenco a dit à mon père qu’on ne savait pas ce qui pourrait m’arriver, à moi ou à d’autres, si nous continuions dans cette voie… » Dans une région que les groupes paramilitaires ont contrôlée, et où l’on sait que les démobilisés restent très actifs, le message a de quoi effrayer.

Des soupçons que Perenco récuse catégoriquement : « Perenco dément tout lien avec les organisations terroristes en Colombie, dont elle était encore victime lors d’une attaque menée contre son personnel et ses installations le 29 juin 2015. Rappelons aussi que ces organisations terroristes ont délibérément commis un écocide en déversant plus de 22 000 barils de pétrole brut dans les rivières, pour le seul mois de juin 2015. »

Mais il y a un précédent. Depuis sa prison l’un des chefs du groupe armé d’extrême droite, Nelson Vargas Gordillo, a avoué qu’il existait, treize ans auparavant, un accord entre les paramilitaires et Perenco [4]. Selon cette source, l’entreprise aurait payé au groupe paramilitaire un peu plus de 150 euros par camion-citerne accompagné pour sécuriser les trajets aux sorties des sites. C’est à cette époque que l’un des responsables du village de Tesoro del Bubuy, Wilson Pizon Romero, est assassiné.


Les propriétaires de Perenco : 13e fortune française

À l’origine, les puits de La Gloria étaient la propriété d’Elf Aquitaine, la défunte géante française absorbée depuis par Total. Perenco en reprend la gestion et l’exploitation en 1997, en partenariat avec l’entreprise nationale colombienne Ecopetrol. D’une petite entreprise œuvrant à Singapour dans la maintenance maritime au cours des années 1970, Perenco est devenue une géante opérant en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique latine. Elle est sous l’unique possession d’une famille, les Perrodo, dont le logo à l’hermine rappelle leur origine bretonne.

C’est en 2002 puis en 2012 que Perenco prend son envol. Peu connue du grand public, cultivant sa discrétion, l’entreprise a cependant produit suffisamment de capitaux pour hisser les Perrodo au 13e rang des familles les plus riches de France, avec une fortune évaluée à 5,5 milliards d’euros en 2014 [5]. Sur sa page internet, Perenco annonce la production en Colombie de 35 000 barils de pétrole par jour [6].

Pour s’implanter dans le secteur, Perenco a adopté une stratégie spécifique. L’entreprise rachète des puits dont la production est estimée en déclin pour leur donner une deuxième vie. Mais la stratégie a les défauts de ses qualités : si les installations existent déjà, elles sont aussi usées par les années d’exploitation. Tesoro del Bubuy a ainsi connu deux déversements accidentels de pétrole, un premier, fin 2012, puis un nouveau, fin 2013. La défaillance de tubes de l’oléoduc est à l’origine de la contamination de la seule source d’eau permanente, le caño Palo Blanco.

Lors des deux incidents, les habitants de la zone ont dénoncé une intervention insuffisante de Perenco, ce qui les a conduits, en mars 2014, au blocage de la route d’accès aux sites de la station La Gloria. Ils se sont aussi rendu compte que les recommandations données après le premier incident de 2012 par Corporinoquia, l’organisme régional de contrôle et de protection environnementale, n’ont pas été suivies. Le blocage leur donne l’occasion de visiter les sites d’exploitation, et leur constat est mauvais : pollution et négligence sont au rendez-vous. Au bout de un mois, Perenco et les trois communautés (Tesoro del Bubuy, Coralia, Piñalito) arrivent cependant à un accord… qui n’est par la suite pas respecté.


1 % des bénéfices au profit des communautés, vraiment ?

Un deuxième blocage commence en août 2014 et dure plus de trois mois. Deux points sont au cœur des revendications. L’attention se porte d’abord sur l’oléoduc défaillant. En février 2014, l’Association nationale des licences environnementales (ANLA) avait émis un rapport exigeant l’accomplissement de certains arrangements. L’un d’entre eux stipule la fermeture de l’oléoduc [7]. Mais Perenco se refuse à laisser la communauté en constater l’effectivité. En réponse à nos questions, l’entreprise a indiqué s’être bien « conformée à cette décision » : « Les conduites ne seront rouvertes qu’après validation par les autorités que leur remplacement a été fait dans des conditions satisfaisantes. »

Les documents récoltés dans le cadre du conflit révèlent aussi que l’entreprise n’a respecté ni les engagements pris dans l’étude d’impact ni le plan de gestion environnementale, présentés à l’ANLA. Les documents lui ont permis d’obtenir la licence environnementale obligatoire avant toute exploitation des sous-sols. La licence prévoit en compensation la création d’un parc de reforestation et, surtout, l’allocation de 1 % des bénéfices de Perenco à un aménagement des sources d’eau et des rivières dans le département. Sur ces deux points, Perenco n’avait toujours pas rempli ses engagements. En réponse à nos questions, elle précise qu’« à la Gloria, le reversement de 1 % des profits s’est fait au bénéfice d’un projet à l’échelle départementale, avec la collaboration de l’IDEAM ; la communauté avait manifesté sa préférence pour un projet de proximité mais qui n’a pas encore obtenu l’agrément de l’ANLA ».


Les critiques à l’égard de Perenco ne sont malheureusement pas des cas isolés dans le Casanare. Fin avril, les membres du Cospacc [8], organisation de défense des droits de l’homme du centre-est colombien, le constatent lors de leur visite de vérification des effets de l’action des pétrolières dans cinq autres zones du département. Outre Perenco, des entreprises comme la canadienne Pacific Energy ou Cepsa l’espagnole causent des nuisances écologiques répétées. À San Luis de Palenque et à Orocué par exemple, des procédures menées par des représentants locaux sont en cours contre Pacific Energy, pour non respect des normes. Gustavo Torres, coordinateur de l’association de contrôle environnemental du village de Surimena, explique que près d’Orocué, sur la zone d’exploitation de Cravo Viejo, Pacific Energy a installé une station trop près de l’étang d’été Matemarrano mettant en danger son intégrité. Par ailleurs, un oléoduc récemment construit passerait à proximité des maisons de Carrizales, sans respect des normes de sécurité. Quant aux actions menées auprès des institutions de contrôle, Gustavo a eu la désagréable surprise de constater que les archives déposées chez Corporinoquia pour appuyer les procédures ont été perdues…

Fuites d’oléoducs, mousse suspecte dans l’eau...

À l’opposé, les entreprises obtiennent une licence environnementale dans des délais assez courts, quand il faut plusieurs mois à un paysan pour être autorisé à couper des arbres sur son terrain. Ulvio Martín Ayala, président du conseil de direction du Cospacc, juge avec dépit le rôle des organismes de contrôle. « Leur mission est d’octroyer le plus rapidement possible des licences environnementales. Elles aident à accélérer le processus d’extraction des ressources naturelles. […] La majorité des études environnementales se font depuis un bureau. Ils ne font pas d’études depuis le terrain. Ils ne font pas non plus d’études sur l’impact environnemental. » En somme, les institutions de contrôle opéreraient depuis les bureaux de Bogotá, tel un tampon de validation certifiant la « propreté écologique » d’entreprises dont le travail sur le terrain n’a été que substantiellement contrôlé.

Les déversements pour défaillance des oléoducs sont courants, constate la Cospacc. Après la contamination du caño El Duya par un oléoduc de Perenco en 2010, les propriétaires des terres ont touché un modique dédommagement, sans que la pollution au quotidien ne cesse [9]. L’eau rejetée présente une mousse suspecte. L’un des lieux d’entreposage des déchets ne respecte pas les normes d’isolation, comme en témoigne Jorge Eliecer Oros, éleveur qui a dû laisser un de ses terrains à l’usage de Perenco [10].

Et puis il y a la sécheresse, le constat, année après année, de la baisse régulière, voire de la disparition, des étangs qui auparavant restaient à flot durant les étés sans pluie, comme on le remarque dans la réserve autochtone d’El Duya. À Trinidad, le passage constant de camions-citernes sur la piste de terre rouge soulève une poussière insupportable et contamine les herbes des prairies alentours. La solution trouvée par les entreprises pour limiter les nuages de poussière n’a pas été de goudronner pour faire une vraie route mais d’arroser d’eau. Problème, cette eau est soupçonnée d’être celle contaminée sortant du processus d’extraction, comme cela se pratique couramment dans le département voisin du Meta. Une pratique que dément le porte-parole de Perenco : « Les eaux utilisées pour les routes proviennent de sources autorisées pour les opérations ou achetées localement, avec l’approbation des autorités environnementales. »

500 plaintes, aucune enquête

La persistance de ces situations conduit Cospacc à demander la démission de la présidente de Corporinoquia, l’organisme régional de contrôle et de protection environnementale, Martha Plazas Roa [11]. « Au cours de 2014, nous avons recensé plus de 500 plaintes concernant différents puits dans le Casanare. Corporinoquia n’a mené aucune étude de responsabilité », explique Martín. « Les gens se fatiguent à déposer ces plaintes sans qu’il y ait un soutien des institutions. Dans son rapport public du 7 avril 2015, la directrice de Corporinoquia ne responsabilise aucune entreprise. C’est du cynisme de sa part, et nous demandons sa démission pour inefficacité. »

Dans leurs relations avec les communautés, les entreprises ont des attitudes tout autant irresponsables. Si la consultation locale est une obligation, les conclusions de ces consultations ne sont pas toujours respectées. Les accords d’embauche passés avec les communautés deviennent aussi des leviers d’influence. Comme dans le cas de Tesoro del Bubuy, la menace de perdre son travail plane quand se présente un conflit. Mais des blocages de route de plusieurs mois, il y en a eu beaucoup ces derniers temps. Avec la baisse des cours du pétrole, l’industrie traverse une crise et les entreprises ont choisi de réduire la masse salariale.


Les pétrolières répondent aux blocages par des procédures judiciaires contre les représentants des communautés, pour obstruction de voie et restriction à l’exploitation pétrolière pouvant conduire jusqu’à l’emprisonnement. C’est ainsi le cas d’un conseiller municipal et de deux autres personnes à San Palenque de Luis, où se conduit une bataille contre Pacific Energy. À Miralindo, à Poré, à Trinidad, d’autres personnes et dirigeants locaux sont visés par des procédures similaires que l’on met à exécution si les blocages reprennent. À Tesoro del Bubuy, Milton et deux autres personnes sont eux aussi sous la menace de cette épée de Damoclès.

« Anéantissement du territoire et des institutions publiques »

L’industrie pétrolière est devenue une priorité nationale avec l’arrivée au pouvoir de Juan Manuel Santos (droite) en 2010. La politique économique suit un « plan national de développement » où les « locomotives minéro-énergétiques » [12], comme Santos les désigne, ont pour objectif d’impulser l’entrée de capitaux étrangers parallèlement à la signature de traités de libre-commerce. Mais comme dans de nombreux cas, la logique économique va à l’encontre du respect des procédures démocratiques.

C’est ce que constate Ivan Cepeda, sénateur du Polo Democrático, qui est aussi l’un des principaux leaders de l’opposition de gauche. « Les multinationales ont leurs propres règles face auxquelles l’ordre institutionnel ne vaut rien », explique-t-il. « Il y a à la fois anéantissement du territoire et anéantissement des institutions publiques. » Le nouveau plan national de développement appuyant l’extraction minéro-énergétique dans les páramos vient d’être approuvée [13]. Ces landes d’altitude à la biodiversité spécifique sont aussi des sources hydrauliques essentielles à l’équilibre des différents étages écologiques des montagnes et plaines du pays andin. Et Cepeda de s’inquiéter, si ce qui est en jeu n’est pas « tout simplement la destruction de notre pays ».

A Tesoro del Bubuy, quelques premières victoires provoquent des étincelles dans le regard de Milton. L’un des propriétaires qui a dû laisser l’entreprise entrer sur ces terres a gagné une première bataille juridique. La nouvelle est d’autant mieux accueillie qu’elle permet d’oublier un instant les récentes menaces : une semaine après la visite de Cospacc, la famille de Miltón a été attaquée par deux hommes encagoulés. Son père et sa mère ont été attachés et retenus plusieurs heures. On leur a volé de l’argent et quelques objets. L’attaque a de quoi surprendre dans une campagne où la confiance entre voisins est telle qu’on oublie facilement de fermer la porte quand on s’absente. Difficile de dire aujourd’hui qui sont les vrais responsables de cette agression. Mais ce qui est certain, c’est que le comportement de Perenco, sur le terrain, tranche avec les intentions vertueuses affichées sur ses pages internet.

Nadège Mazars


Photos : © Nadège Mazars | hanslucas.com, sauf le diaporama, qui présente des photos transmises par les riverains des opérations de Perenco.

Légende des photos (dans l’ordre d’apparition) :
- John Eliecer Oros visite le terrain qu’il prête à Perenco. Des tas noirs de terre mélangée à du pétrole sont accumulés sans aucune condition adéquate d’isolation. Miralindo, municipalité d’Orocué, 26/04/2015. (Une)
- Milton Cardenas montre les documents des procédures judiciaires en cours, accumulées depuis un peu plus d’un an. Le dossier de déclarations du tribunal et d’échange de lettres entre la communauté, les institutions et Perenco comporte plus de 200 pages. Tesoro del Bubuy, municipalité de Aguazul, 30/04/2015.
- Un “estero” à sec, sur le terrain de John Eliecer Oros.
- Lors de la réunion annuelle de compte-rendus de Corporinoquia, les membres et soutiens du Cospacc manifestent leur désaccord avec la politique menée par l’institution de contrôle en se couvrant la bouche. Ils veulent ainsi témoigner que leur point de vue n’est pas pris en compte. Ils demandent la démission de la présidente de la corporation, Martha Plazas Roa. Yopal, 17/04/2015.
- Réunion de la communauté de Miralindo avec les membres de Cospacc. Miralindo, municipalité d’Orocué, 26/04/2015.
- Trace de l’investissement social de Perenco dans la communauté de Miralindo, municipalité d’Orocué, 26/04/2015.
- L’un des dirigeants locaux de Miralindo conduit la délegation de Cospacc vers la rivière El Duya et la conduite d’évacuation des eaux de la station Sardinas. Miralindo, municipalité d’Orocué, 26/04/2015


[1] Les esteros, ici traduit sous le terme d’étangs, sont en fait des étendues d’eau spécifiques des Llanos. Ce sont des dépressions géologiques proches des rivières, qui se remplissent d’eau au moment de la saison des pluies et qui conservent un fond d’eau au moment de la saison sèche.

[2] Semana, « Muertos de sed », 29/03/2014, et El Espectador, « Autoridades apuntan “cinco pecados” posibles como causa de sequia en Casanare », 31/03/2014.

[3] Source.

[4] Libération, « La Colombie ferme les yeux sur les entreprises alliées aux milices », 25/02/2012, et El Espectador, « La petrolera Perenco y los ‘paras’ », 14/01/2012.

[5] Voir le classement du magazine Challenges. En mars 2015, Forbes estime la richesse de la famille Perrodo à 8,1 milliards de dollars, la plaçant au 149e rang mondial et au 10e rang français des familles les plus riches.

[6] Voir http://www.perenco-colombia.com/.

[7] - Source.

[8] Pour connaître leurs actions dans la région, voir notamment le documentaire de Cospacc, Detrás de la sequia, réalisé par Amandine D’Elia. En septembre 2015, Cospacc a reçu le prix national de défense des droits humains de la fondation suédoise Diakonia.

[9] Le déversement provenait de l’oléoduc de la station Sardinas gérée par Perenco. Vidéos amateurs montrant l’étendue des dégâts.

[10] En Colombie, les sous-sols restent la propriété de la nation, qui décide, quand il y a possibilité d’exploiter une ressource naturelle, de l’attribuer à la gestion d’une entreprise. Les propriétaires des terres en surface doivent autoriser l’accès aux exploitants contre dédommagements, ces ressources étant considérées comme d’intérêt stratégique pour le pays.

[11] Nous n’avons pas pu rencontrer la présidente de Corporinoquia, celle-ci « s’excusant » d’un emploi du temps chargé, en dépit de notre insistance et de notre disponibilité… De même, la direction colombienne de Perenco n’a pas jugé nécessaire de répondre à notre demande d’interview.

[12] Voir le document Bases del Plan Nacional de Desarrollo 2010-2014 – Prosperidad para todos, Republica de Colombia, DNP, 150 pages.

[13] Voir El Espectador, « Habría al menos 347 títulos mineros en 26 páramos del país », 17/04/2015.


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MessageSujet: Re: AMÉRIQUES latine, centrale et caraïbe : histoire et présent paradigmatiques ?   Lun 9 Nov - 11:35



ÉQUATEUR - Conséquences du système capitaliste dans les communautés et peuples indiens Humberto Cholango 15 octobre 2015


Après les mobilisations d’août 2015 contre le gouvernement de Rafael Correa, DIAL propose deux textes pour mettre en lumière les enjeux et acteurs des événements. Le premier texte, rédigé par François Houtart, analyse les événements d’août en les replaçant dans un contexte national et international plus large. Le second, ci-dessous, date d’août 2013 mais permet de mieux saisir les positions d’un des acteurs clés des mobilisations, le mouvement indien.

Citation :
La Troisième Rencontre latino-américaine Foi et Politique [1] a eu lieu en août 2013 à l’Université andine Simón Bolívar (Quito), à l’occasion des 25 ans de la mort de Mgr Leonidas Proaño. Les présentations et débats réalisées à cette occasion ont été rassemblées et publiées en 2014 dans un ouvrage collectif sous la direction de Nidia Arrobo Rodas, directrice de la Fundación Pueblo Indio del Ecuador. Ce texte est une traduction de l’exposé [2] d’Humberto Cholango, dirigeant historique du mouvement indien équatorien, alors président de la Confédération des nations indiennes de l’Équateur (CONAIE).


Citation :
Bonsoir à tous.

On m’a demandé de parler du capitalisme et de ses conséquences dans les communautés, les peuples et les nations indiennes. Merci de m’avoir invité. Je veux saluer les organisateurs de cette rencontre et toutes les personnes présentes au nom de la CONAIE.

Nous sommes issus, par la naissance, d’une culture communautaire, d’une culture dans laquelle nous agissons de manière collective et nous vivons sur ces terres depuis que la Terre mère nous a enfantés ou – comme disent certains – depuis que Dieu nous a bénis.

En tant que peuple, en tant que civilisation, nous avons une identité, une culture, nous avons une manière d’être, une vision, une cosmovision qui détermine notre rapport à l’environnement, à la nature.

Le capitalisme est entré avec force dans les communautés indiennes et paysannes, ce dont nous discutons justement en ce moment avec de nombreux dirigeants. Par exemple, la société indienne équatorienne ou la société indienne en général, à l’échelle andine, n’est plus ce qu’elle était il y a une vingtaine d’années. Elle est très différente, au point que, souvent, le risque, le danger existe que cette société indienne devienne elle aussi une société consumériste. C’est le fruit des avancées du capitalisme, qui chasse les communautés des territoires, qui impose une vision des choses, une façon d’être distinctes de ce qui constitue chacun de nos peuples.

Souvent, à nous les Indiens, on nous demande : pourquoi est-ce que vous ne maintenez pas la tradition ? Pourquoi est-ce que vous ne restez pas en communauté ?

Mais comment maintenir tout cela si c’est précisément sur nos territoires que s’exerce le capitalisme le plus inhumain, le capitalisme le plus sauvage qui est représenté par les industries extractives, comme les entreprises pétrolières ou minières, avec les grands travaux d’infrastructure qu’elles réalisent ? Et cela se traduit en pratique par le changement d’un modèle de vie, ou, ensuite, la disparition totale de l’identité de nos peuples.

Ici, en Équateur, par exemple, avec cette opération très proche de nous réalisée par Chevron Texaco dans le nord de l’Amazonie, nous constatons que cette multinationale a provoqué une énorme destruction de la biodiversité, entraîné une pollution gigantesque et, surtout, a réduit l’espace géographique des peuples qui habitaient là-bas. Les nations siona, secoya, cofán, etc. se trouvent pratiquement en voie d’extinction, de déstructuration, et certains disent même que deux nations ont disparu. Et, malheureusement, ce n’est pas seulement le capitalisme pétrolier qui conduit à l’exploitation sur les territoires indiens, car derrière les compagnies pétrolières arrivent les entreprises forestières et la production de biocombustibles, qui toutes entraînent la colonisation de nos territoires ; et, finalement, après tout cela, survient l’imposition d’une culture très distincte, d’une « culture » consumériste qui détruit quasiment l’identité et les moyens de reproduction culturelle de nos peuples.

Sous de très nombreuses formes, le capitalisme s’infiltre dans les communautés indiennes et paysannes. Et c’est un fait que le capitalisme et le consumérisme sont arrivés jusque chez nous. Prenons l’exemple des nouvelles technologies. Qui ne possède pas aujourd’hui de téléphone mobile ? Bien sûr, posséder un mobile n’est aujourd’hui plus un luxe parce qu’il est devenu un outil de travail ou, dans le cas des émigrants, le seul moyen de communication. Évidemment, ce n’est pas seulement le cas des Indiens, mais de la société en général.

Un camarade indien d’Amazonie m’a dit un jour : « Les téléphones de toute la famille me coûtent à eux seuls environ 150 dollars par mois. » Je me demande qui sont les gagnants de l’histoire. Pas le peuple équatorien, ni même l’État. Non. Les gagnants, ce sont le grand capital transnational.

D’autre part, précisément sur les territoires indiens et dans les communautés, il y a des projets qu’on cherche avec force à développer. Le Président de la République soutient que « pour sortir de la pauvreté, et de la misère, et pour sortir de l’extractivisme, il faut faire de l’extractivisme ». C’est en gros comme si on disait à un alcoolique de boire de l’alcool pour sortir de l’alcoolisme.

Je ne sais pas, c’est une logique que nous ne comprenons pas ; peut-être que nous nous trompons, mais nous ne comprenons pas. Comment comprendre qu’on impose des exploitations minières sur les territoires indiens, sur les terres des paysans, ou qu’on impose de nouvelles concessions pétrolières ? Comment comprendre la décision d’exploiter le Yasuní [3] ? On a appris dernièrement qu’on veut imposer aussi une nouvelle concession pétrolière dans le centre sud de l’Amazonie, qui va toucher au moins sept nations et peuples indiens. Concrètement, ce sont trois millions d’hectares qui risquent d’être touchés par la politique pétrolière actuelle.

Mais ce n’est pas tout. Concernant l’agro-industrie, on a adopté des politiques avantageuses pour ces industries, les mêmes qui ont déjà bénéficié de la concentration des terres. La terre s’accumule dans un nombre de mains de plus en plus réduit. Le capital de l’agro-industrie est aussi le secteur où les Indiens et paysans les plus modestes sont exploités parce qu’ils constituent une main-d’œuvre bon marché, main-d’œuvre très prisée pour la production de fleurs, de brocoli, d’huile de palme, de bananes… Dans ce secteur, ce sont en particulier les jeunes Indiens, hommes et femmes – celles et ceux qui n’entrent pas à l’université – qui sont embauchés.

On voit ainsi comment le capitalisme se transforme, très clairement par le biais de la modification de lois et de structures, pour favoriser l’expansion d’un modèle économique. On voit en outre qu’il doit opérer un coup de force géopolitique pour arriver jusqu’à nos communautés et, quand nous lui faisons face et lui résistons comme nous l’avons toujours fait, nous sommes accusés de terrorisme non seulement dans le cas équatorien mais aussi au niveau régional.

C’est ainsi qu’en Équateur – ces dernières années – 204 camarades dirigeants indiens ont été accusés de terrorisme par le gouvernement actuel. Tous n’ont bien sûr pas été accusés directement par le gouvernement, mais le gouvernement a engagé cette politique et les entreprises pétrolières, minières, productrices de brocoli lui ont emboîté le pas en déposant accusations et plaintes contre nos dirigeants et nos leaders.

Quand nous résistons, quand nous nous opposons à la politique extractiviste, ils nous disent que nous sommes des « écologistes infantiles » [4] ou des « Indiens infantiles », mais je crois qu’en tout temps, le devoir éthique et moral de tout révolutionnaire est de défendre la nature, la biodiversité et la Pachamama. Sinon, qui mènera la lutte, qui d’autre les défendra ?

Pour cette raison, par exemple, l’affaire du Yasuní nous étonne aujourd’hui parce que le Président se rétracte et annonce l’exploitation du pétrole dans le parc national Yasuní (bloc ITT). Nous partagions auparavant avec le gouvernement l’initiative de laisser le pétrole sous terre, nous l’avons soutenue de toute notre force. À cette époque, qui ne remonte qu’à quelques semaines, oui, nous étions tous révolutionnaires, du Président au dernier frère waorani qui vit dans la jungle, en appuyant l’idée de ne pas exploiter le Yasuní. Mais maintenant que le Président retire la proposition de laisser le pétrole sous terre et que, de notre côté, nous continuons de soutenir cette proposition de défendre le parc Yasuní, on nous traite d’« écologistes infantiles ».

Une chose doit être bien claire, en particulier pour les nombreux camarades de l’étranger en visite chez nous et qui participent à cette rencontre : notre lutte et notre résistance sont contre l’extractivisme. Notre lutte n’est pas contre le gouvernement, nous n’agissons pas par opposition au gouvernement. Comme l’a dit Monsieur le recteur de l’université [5], nous reconnaissons les choses importantes qu’il a réalisées : fermer la base militaire [états-unienne] de Manta, refuser de signer le traité de libre-échange, promulguer la nouvelle Constitution de l’État, mener dans la région le mouvement en faveur de la CELAC, de l’UNASUR et de l’ALBA. Autant de propositions que nous avons toujours travaillées et défendues. Mais, de là à reculer, à s’opposer au mouvement indien, à taxer les Indiens de terroristes, personne ne comprend.

Nous avons dit en face au Président de la République que nous sommes d’accord avec lui lorsqu’il affirme que l’insurrection colombienne n’est pas terroriste. Pourquoi alors les Indiens ici seraient-ils terroristes ? Notre opposition n’est pas aveugle, elle ne relève pas du ressentiment ni du fondamentalisme ; nous pensons simplement que le mieux pour notre pays, pour les peuples indiens et pour la planète est de ne pas exploiter le Yasuní. Et nous avons des propositions que l’on pourrait mettre en œuvre pour faire entrer des devises sans nuire au parc national. Le Président nous dit que l’exploitation du bloc ITT dans le Yasuní rapportera 18 000 000 000 dollars en 25 ans ; mais, ce faisant, on mettra en péril non seulement la vie des peuples mais aussi l’énorme biodiversité que le parc abrite.

Comme alternative, nous pensons qu’il est possible d’effectuer une réforme fiscale en profondeur, en revoyant les subventions consenties aux plus fortunés, aux banques, à la grande chaîne de l’agro-industrie. Une autre alternative serait, par exemple, de nationaliser la téléphonie mobile – je signale au passage qu’en Équateur, 68 % de la téléphonie mobile sont contrôlés par une société transnationale de l’actionnaire Carlos Slim. Sur ce seul poste, on pourrait récupérer, selon les études, environ un milliard de dollars par an. En 25 ans, nous aurions ainsi vingt-cinq milliards de dollars pour la seule téléphonie mobile, beaucoup plus même que l’exploitation du Yasuní. Les propositions créatives ne manquent pas ; ce qui se passe, c’est qu’on pense parfois d’abord au plus facile, à la manière de trouver rapidement de l’argent quelque part. Les gouvernements manquent de créativité et de décision politique.

En conclusion, je vous dirai que notre mouvement indien, malgré toutes ces difficultés, va poursuivre la lutte. Nous avons résisté à des moments très durs et très difficiles. Nous avons des divergences avec le gouvernement actuel mais reconnaissons les avancées sur des points importants. Nous disons que sur les thèmes importants qui existent, nous irons de l’avant, que sur les points de désaccord, nous ferons face, nous critiquerons et mettrons sur la table des propositions, et s’il faut lutter comme dans le cas du Yasuní, nous défendrons et nous lutterons. C’est ce que nous a enseigné Mgr Leonidas Proaño et je crois que c’est ce que nous devons continuer.

Que soient bienvenues les propositions de la part des secteurs les plus humbles, des plus humiliés et des plus offensés de la patrie. Je crois que là, nous répondons avec des propositions plus démocratiques et viables mais, quand nous le faisons, nous sommes disqualifiés par un flot de termes méprisants.

Cependant, même ainsi, nous allons continuer avec notre organisation parce nous, les peuples indiens de l’Équateur, nous ne sommes pas venus sur ces terres en visite, nous ne sommes pas seulement de passage sur ces terres. Nous sommes ici sur cette terre parce que nous y sommes nés, nous y avons poursuivi la lutte et nous allons continuer ici. Nous ne sommes pas là pour dix ans, pour des circonstances données, mais pour continuer de défendre et bâtir notre patrie et notre nation.

Merci beaucoup.


• Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3343.
• Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
• Source (espagnol) : Humberto Cholango, « Consecuencias del sistema capitalista en las comunidades y pueblos indígenas del Ecuador », dans Nidia Arrobo Rodas [dir.], Memorias del Tercer Encuentro Latinoamericano Fe y Política : Pachamana, agua, territorio y territorialidad en contexto del capitalismo global y alternativas desde la fe de los pueblos – Homenaje a Monseñor Leonidas Proaño, Quito, Fundación Pueblo Indio del Ecuador, 2014, p. 46-50.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, le traducteur, la source française (Dial - www.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

Les opinions exprimées dans les articles et les commentaires sont de la seule responsabilité de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement celles des rédactions de Dial ou Alterinfos. Tout commentaire injurieux ou insultant sera supprimé sans préavis. AlterInfos est un média pluriel, avec une sensibilité de gauche. Il cherche à se faire l’écho de projets et de luttes émancipatrices. Les commentaires dont la perspective semble aller dans le sens contraire de cet objectif ne seront pas publiés ici, mais ils trouveront sûrement un autre espace pour le faire sur la toile.


Notes

[1] Dont DIAL a publié la Déclaration finale fin 2013, voir DIAL 3264 - « ÉQUATEUR - 3e Rencontre latino-américaine Foi et politique « Pachamama, eau, territoire et territorialité dans des contextes de capitalisme global et alternatives à partir de la foi des peuples » : déclaration finale ».

[2] Humberto Cholango, « Consecuencias del sistema capitalista en las comunidades y pueblos indígenas del Ecuador », dans Nidia Arrobo Rodas [dir.], Memorias del Tercer Encuentro Latinoamericano Fe y Política : Pachamana, agua, territorio y territorialidad en contexto del capitalismo global y alternativas desde la fe de los pueblos – Homenaje a Monseñor Leonidas Proaño, Quito, Fundación Pueblo Indio del Ecuador, 2014, p. 46-50.

[3] Nom d’un gisement pétrolier important situé dans un parc national – note DIAL.

[4] Une expression du président Rafael Correa – note DIAL.

[5] De l’Université andine Simón Bolívar, siège de la rencontre – note DIAL


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