PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 11 Juil - 18:50


Maître de conférences en géographie, habilitée à diriger des recherches, Université de Reims Champagne-Ardenne. Docteur et agrégée de géographie, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm.

Le film d’ Anna Roussillon « Je suis le peuple » permet de reconsidérer la représentation souvent trop schématique de lieux situés en périphérie du monde. Ici, en dépit de l’imbrication dans plusieurs degrés de périphérie, rurale, géographique à l’échelle de l’Egypte, et plus largement périphérie « Sud » par rapport au « Nord » à l’échelle mondiale, la démonstration est faite que les individus peuvent pleinement prendre la parole et participer aux débats qui les concernent.


Citation :
Présentation géographique du film « Je suis le peuple », Anna Roussillon, 2015, 1 h 51, France

LE FILM documentaire d’Anna Roussillon narre la révolution égyptienne de 2011 à 2013 vue depuis un village situé au sud de Louxor, en Haute-Egypte, et au travers des réactions d’une famille de paysans composée du père, Farraj, personnage principal du film, de la mère et de quatre enfants, qui interviennent beaucoup également. Des voisins interviennent aussi comme protagonistes du film et commentent l’actualité politique. Le choix de ce point de vue a été souligné par la critique comme étant très original et il l’est : on aurait pu parler de choix d’un point de vue « subalterne » représenté par Farraj et sa famille, au sens des subaltern studies développées à partir de l’Inde pour caractériser le fait de donner la parole à des groupes ou à des individus socialement et politiquement dominés et souvent invisibles. Le propos ici n’est pas d’en livrer une analyse politique ou sociologique, fort intéressante mais déjà effectuée, mais plutôt géographique, en montrant la profonde originalité de ce film et ce qu’il donne à voir implicitement quand on lui applique une grille de lecture spatiale. En particulier, les approches en termes de vie quotidienne et matérielle, d’appréciation du niveau de développement économique et humain, de rapports entre centres et périphéries à différentes échelles des territoires, local, égyptien comme mondial constituent des axes d’analyse très stimulants.


La périphérie rurale égyptienne : le quotidien à la campagne

La cinéaste se place depuis une périphérie du territoire égyptien, dans un village de la vallée du Nil situé à des centaines de kilomètres au sud de la capitale, que l’on sait proche de Louxor mais sans que son nom ne soit mentionné ni sa localisation précisée. Dans cette périphérie, le spectateur voit la vie quotidienne des fellahs du Nil. On est frappé par l’absence quasi totale de mécanisation des travaux des champs : de multiples séquences montrent Farraj et ses voisins ployés en deux pour bêcher ou effectuer un gros œuvre, comme lorsqu’on le voit les pieds dans l’eau pour consolider ses diguettes. On le voit aussi peiner pour irriguer un champ à partir d’une motopompe défectueuse. La pénibilité du travail agricole est très bien montrée. Son activité se compose d’une petite polyculture : céréales, légumes, plants de canne à sucre, bananiers, palmiers et petit élevage ovin, le tout voisinant et étant complanté. Conscient de l’irrégularité des revenus liés à l’agriculture, Farraj investit dans un moulin mécanique dans lequel il moud son blé, tout comme celui de ses voisins à qui il facture ce service afin de se constituer un revenu d’appoint. A ces travaux des champs participent également les femmes. A la maison, sa femme fait le pain et se plaint de cette activité pénible. Les autres tâches domestiques sont également lourdes et les enfants y participent, souvent en maugréant. En particulier, l’approvisionnement en bouteilles de gaz fait l’objet de tensions : le livreur venu de la ville doit faire face au mécontentement suscité par les pénuries et la hausse importante des tarifs. Les seules autres conséquences de la révolution perceptibles au village sont par ailleurs les coupures d’électricité, fréquentes, et la disparition des touristes étrangers à Louxor.

Vivre dans un village de la vallée du Nil : le quotidien domestique

Le village est composé d’habitations à plusieurs étages, en dur. Chez Farraj, le logement est assez grand, il y a l’eau courante, l’électricité, une bouteille de gaz pour cuisiner et la télévision par satellite. Il possède un téléphone portable. En revanche, l’intérieur est délabré, le revêtement mural s’écaille et les murs se lézardent, les matelas s’entassent dans une pièce et il y a peu de meubles. Mais le poste de télévision constitue un investissement jugé prioritaire. A la maison, quand il n’y travaille pas – on le voit cimenter avec de gros efforts le sol d’une nouvelle pièce - Farraj lit le journal et regarde les informations à la télévision : on est très loin du cliché du paysan analphabète, comme certains critiques hâtifs l’ont d’ailleurs écrit. Les enfants vont tous à l’école. Plus encore, Farraj est parfaitement au courant de la marche du monde, des rivalités internationales, des débats politiques internes comme internationaux et est très conscient de vivre dans une périphérie non seulement de l’Egypte, mais aussi du monde. Il émet le désir d’aller au Caire pour participer à la révolution, alors qu’aucune manifestation n’agite ni son village ni la ville voisine, sauf, tardivement, en 2013, pour demander la destitution du président Mohamed Morsi, et dit à la réalisatrice qu’il ne pourra jamais aller la voir en Europe [1].

Du village à la ville : mobilités, consommations, manifestations

Les relations entre la ville et la campagne figurent également en toile du fond du film. La mobilité géographique, très importante, fait partie de la vie quotidienne. Farraj dispose d’une moto, ses enfants de vélos et la famille se déplace également à dos d’âne. On se rend en ville pour accéder à certains services, comme le coiffeur, pour flâner, ou effectuer des emplettes spécialisées. Le spectateur ressent toutefois que ces déplacements ne sont pas fréquents. Pour le plus jeune des enfants, la ville est le lieu de contact avec des modes internationales, comme en témoigne la coupe très en vogue qu’il demande fièrement au coiffeur.

Le film montre remarquablement comment le local est connecté au « global », à l’ailleurs, cet ailleurs étant national comme international.

Enfin, la vie de la famille s’organise par le biais de l’ouverture sur le reste du monde offerte par la télévision : tous y passent beaucoup de temps, le poste est allumé même si personne ne le regarde, on cherche à capter Al Jazeera, la chaîne d’information qatarie, pour contourner en 2011 la télévision publique, on regarde également des publicités, des émissions de divertissement comme des dessins animés ou des combats de catch, tout en fumant le narguilé ou des cigarettes. Le film montre ainsi remarquablement comment le local est connecté au « global », à l’ailleurs, cet ailleurs étant national comme international. Par ailleurs, tous les éléments matériels mentionnés attestent que la famille de Farraj n’est pas pauvre : ainsi, il n’existe pas de coïncidence entre une localisation, un village de Haute-Egypte, une condition, la paysannerie, et une présupposée situation de pauvreté matérielle et de dépendance économique et sociale.

Je suis le peuple permet ainsi de reconsidérer la représentation souvent trop schématique que nombre de personnes peuvent se faire de lieux situés en périphérie du monde : ici, en dépit de l’imbrication dans plusieurs degrés de périphérie, rurale, géographique à l’échelle de l’Egypte, et plus largement périphérie « Sud » par rapport au « Nord » à l’échelle mondiale, la démonstration est faite que les individus peuvent pleinement prendre la parole et participer aux débats qui les concernent. Loin d’être passifs, ils sont acteurs de leur propre vie. C’est tout l’objectif de la réalisatrice qui déclare lors d’une interview avoir voulu montrer « les manières dont on habite au village comme un centre du monde alors que tout le désigne comme une marge de la société ».

Copyright Juillet 2016- Fournet-Guérin/Diploweb

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 16 Aoû - 18:27


Afropolitanisme et Afrofuturisme [Par Achille Mbembe]



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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Ven 26 Aoû - 19:30


Japanafrique, c'est parti ?

Actualités

A Nairobi, le Japon part à la conquête de l’Afrique

Bruno Meyerfeld Le Monde 26.08.2016


Le président kényan Uhuru Kenyatta reçoit le premier ministre japonais, Shinzo Abe,
vendredi 26 août 2016, à Nairobi

Citation :
Un vent venu de l’est souffle sur Nairobi. Les Kényans, plutôt habitués à ne connaître du Japon que l’omniprésence des voitures Toyota, quelques bars à sushis et d’assez confidentiels cours de karaté proposés par l’ambassade du Japon, ont vu arriver une vague sans précédent de plusieurs milliers de délégués en costume venus du pays du Soleil-Levant pour assister à l’ouverture de la 6e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), qui doit se tenir samedi 27 et dimanche 28 août.

Tokyo a vu les choses en grand. Les principaux axes routiers sont fermés, les hôtels remplis, des publicités en japonais accueillent le visiteur à l’aéroport. Dans le centre-ville, une vaste « foire du Japon » a été dressée, exposant le meilleur de l’industrie nippone. Il fallait mettre les formes : c’est la première fois que le Ticad, devenu l’un des principaux forums sur l’avenir du continent, a lieu en Afrique.

« Un événement historique »

Outre les délégués, Nairobi devrait accueillir une trentaine de chefs d’Etat et une bonne centaine de patrons d’entreprises japonaises. Seront présentes les grandes firmes nationales (Toyota, Mitsubishi, Honda, Canon…), mais aussi quelques nouveaux, venus tenter l’aventure africaine et séduire la classe moyenne kényane. Ainsi, le groupe agroalimentaire Ajinomoto vantera-t-il le « plaisir de manger » sur le continent, loin de l’éternel – mais parfois bien réel – cliché des famines et des privations.

La conférence marque un tournant dans les relations nippo-africaines. « C’est un événement historique ! », se réjouit Katsumi Hirano, vice-président de l’Organisation japonaise du commerce extérieur (Jetro). Longtemps, la politique économique nippone en direction de l’Afrique reposait sur des investissements publics et la traditionnelle aide au développement. « Mais avec ce Ticad, on va pouvoir s’ouvrir sur le secteur privé, investir de nouveaux secteurs comme la santé ou l’agriculture. »

Le Japon a pris du retard. Selon le Jetro, seul 1,4 % des exportations japonaises était destiné à l’Afrique en 2015. « Et l’automobile prend toute la place, représentant 60 % de ces exportations ! », complète M. Hirano. Mis à part Toyota et Canon, présentes sur tout le continent, les entreprises japonaises sont encore quasi absentes en Afrique centrale, et largement cantonnées en Afrique du Sud, à Pretoria.

Besoin du vote des 54

Alors que les Abenomics (la stratégie économique du premier ministre, Shinzo Abe) montrent leurs limites, le Japon peut espérer grappiller quelques points de croissance en Afrique, un continent sur lequel, depuis le dernier Ticad organisé en 2013, M. Abe a misé comme aucun de ses prédécesseurs. Il a incité les entreprises à y faire du business et a emmené avec lui une flopée de patrons, comme lors de sa tournée africaine de 2014, en Ethiopie, en Côte d’Ivoire et au Mozambique. Le Kenya a profité à plein de cette politique : construction d’une centrale géothermique et d’un nouveau terminal au port de Mombasa, rénovation d’axes routiers dans la capitale, ouverture à Nairobi d’une salle d’exposition par Nikon et d’un restaurant de la chaîne Toridoll… le pays a été gâté.

Pour M. Abe, le Ticad sera l’occasion de sécuriser les voies d’approvisionnement en pétrole et gaz naturel, cruciales depuis la catastrophe de Fukushima. Les préoccupations géostratégiques seront au cœur du sommet : le Japon vise un siège permanent au Conseil de sécurité et a besoin du vote des 54 Etats africains à l’ONU. « Tokyo est aussi présent en Somalie, où il participe à la force multilatérale de lutte contre la piraterie, ainsi qu’au Soudan du Sud, où sont déployés 400 Japonais des Forces japonaises d’autodéfense », rappelle Jonathan B. Miller, du Council on International Policy.

Mais, surtout, la Conférence sera l’occasion de jouer des coudes avec le voisin chinois. Tokyo court très très loin derrière Pékin. En 2015, la valeur des exportations chinoises vers l’Afrique a été onze fois supérieure à celle du Japon. L’Empire du milieu y a depuis longtemps investi tous azimuts, dans des pays petits ou grands, enclavés ou côtiers, transparents ou non, quand le Japon faisait encore la fine bouche, se cantonnant à quelques Etats stables et jugés plus démocratiques. Tout un symbole : la première visite d’un chef de gouvernement japonais en exercice en Afrique subsaharienne date seulement de… 2001 !

« Business first »


Chine ou Japon, le cœur des Africains pourrait-il balancer ? « La force du Japon, ce sont ses technologies de haute qualité et la formation du personnel », a lancé M. Abe, en embarquant pour Nairobi. Les Japonais souhaitent faire valoir leur savoir-faire dans les secteurs de l’énergie et des transports. « Ils n’amènent pas avec eux leurs ouvriers. Ils prennent davantage soin de leurs employés. Ça peut faire pencher la balance », soutient M. Miller, du Council on International Policy.

Mais Pékin et Tokyo ne sont pas seuls. En juillet, le premier ministre indien, Narendra Modi, a fait une tournée africaine, réunissant à Nairobi les membres de la grande diaspora indienne. Il y a été précédé en mai par la présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, passée par Nairobi et Kampala (Ouganda) pour signer une batterie d’accords sur la santé et l’énergie.

« Shinzo Abe est un nouveau type de premier ministre, insiste M. Miller. Au lieu de rester sagement à la maison, il fait tout pour étendre l’influence économique et diplomatique du Japon. » Sans complexe, il a mis fin en 2014 à l’interdiction datant de la seconde guerre mondiale d’exporter des armes. Une aubaine pour Mitsubishi, Hitachi ou Toshiba, toutes présentes ce week-end à Nairobi. Sans arrière-pensée, il accueillait en mars à Tokyo le président zimbabwéen, Robert Mugabe. Quelque 5,3 millions de dollars (4,6 millions d’euros) ont été promis pour le développement de routes dans le pays. Un autocrate, ce vieux dictateur de 92 ans ? « Un estimé patriarche africain », a nuancé Shinzo Abe. Décidément, business first.

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 28 Aoû - 15:29


un aspect de la double crise de l'Occident et du capital

L’OCCIDENT A LA RECONQUÊTE DE L’AFRIQUE

Mohamed Hassan ven, Août 12th, 2016[/center]

En 2008, les USA créaient Africom, un centre de commandement unique pour toutes leurs opérations militaires en Afrique. Depuis, il y a eu la Côte d’Ivoire, la Libye, le Mali… Sans compter la Somalie et le Congo, théâtres de violentes guerres indirectes depuis des années. Spécialiste de l’Afrique et auteur chez Investig’Action de « La stratégie du chaos », Mohamed Hassan nous explique les raisons de ces agressions à répétition. Menées par un Occident en pleine crise, elles ont pour toile de fond la lutte contre la Chine et le contrôle des matières premières. Premier volet d’une série de trois articles sur « Les causes et conséquences de la guerre au Mali » (IGA).


Citation :
Ce qui a précédé : crise et guerre

Depuis les années 70, le capitalisme est en crise. La réaction des dirigeants mondiaux du capitalisme dans les années 80 a consisté en une politique ultralibérale et une offensive idéologique acharnée contre le communisme. En Afrique, en Asie et en Amérique latine, cette politique a été formulée dans les fameux programmes d’adaptation structurelle (PAS) qui ont fortement affaibli les États et ont balayé tout ce qui restait encore des infrastructures et des services sociaux. Dans le monde capitaliste, toutes les règles ont été supprimées, surtout — et de la façon la plus radicale — dans le monde bancaire. La législation du travail, la sécurité sociale et les droits syndicaux ont été également remis en question.

En 1990, quand le socialisme s’est effondré en Union soviétique, l’euphorie s’est emparée de l’Occident : on a parlé de la fin de l’histoire et de la victoire définitive du capitalisme. Le sigle de quatre lettres, TINA (pour There is no alternative — il n’y a pas d’alternative), a été très en vogue. Mais, au milieu des années 90, cette euphorie s’est quelque peu tempérée et le capitalisme en crise s’est mis en quête d’une nouvelle image d’ennemi. À cette fin, la théorie du « choc des civilisations », de la guerre entre civilisations, de Samuel Huntington, s’est avérée utile. Et, déjà à l’époque, l’islam a été défini comme l’ennemi.

Sur le plan stratégique, il y a eu le livre influent de l’Américain d’origine polonaise, Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier avec, comme sous-titre, American Primacy and Its Geostrategic Imperatives (littéralement : « L’hégémonie américaine et ses impératifs stratégiques » ; c’est devenu « L’Amérique et le reste du monde », dans la version française). Pour Brzezinski, les États-Unis devaient s’appuyer sur l’Union européenne et les grands pays est-européens comme la Pologne et l’Ukraine afin de pouvoir contrôler la totalité de l’Eurasie, la plus vaste étendue de terre émergée du monde, que composent à la fois l’Europe et le continent asiatique.

À la fin de la présidence de Clinton est venu le projet PNAC (Project for a New American Century — Projet pour un nouveau siècle américain), par lequel les néoconservateurs préconisaient le remodelage du Grand Moyen-Orient. Cela allait être la politique du président américain suivant, George Bush Jr. Conséquence : la première décennie de ce siècle fut ébranlée par les guerres en Irak et en Afghanistan.

Une grossière erreur de calcul

Aussi violente et impressionnante qu’ait été la guerre en Irak lorsqu’elle débuta voici dix ans, on ne peut que constater aujourd’hui que les États-Unis ont perdu cette guerre. Après dix ans d’occupation américaine, le contrôle politique du pays est aux mains d’un gouvernement qui écoute davantage le pays voisin, l’Iran — l’ennemi de toujours de Washington — que ses maîtres américains mêmes. Si, par l’occupation de l’Irak, l’intention des États-Unis était de contrôler la production de pétrole à l’échelle mondiale, cela aussi a été un échec : une partie importante du pétrole irakien part actuellement en Chine. Et les hausses du prix de l’or noir ont également enrichi des pays producteurs de pétrole qui ne sont pas en très bons termes avec les États-Unis : l’Algérie, le Venezuela, la Libye, la Russie. Ces pays ont pu de la sorte se constituer d’importantes réserves monétaires, ce qui a accru leurs possibilités de suivre un cours indépendant.

En ce qui concerne la Russie, dans les années 90 Washington a soutenu les islamistes radicaux en Tchétchénie dans le but d’affaiblir plus encore le pays. Au cours d’une lutte sanglante, la capitale tchétchène Grozny a été réduite en ruines et on a déploré, en outre, le drame des otages à l’école de Beslan (1). Mais la Russie a tenu bon et, sous Poutine, est redevenue un pays absolument autonome et indépendant bénéficiant également d’une forte croissance économique.

Mais c’est surtout en Chine que les États-Unis se sont trompés. Leur intention, c’était de voir la poursuite de l’application du libre marché mener enfin à l’effondrement du système d’État socialiste, comme cela avait été le cas plus tôt en Union soviétique. Mais cela n’a pas eu lieu et l’économie chinoise a continué à croître. La Chine a dépassé, l’un après l’autre, les grands pays capitalistes et est devenue aujourd’hui la deuxième économie au monde, après les États-Unis, ainsi que la plus grande puissance commerciale. Si cette évolution se poursuit, ce n’est plus qu’une question de temps avant que la Chine ne dépasse aussi les États-Unis. Dans le sillage de la Chine, on trouve, par ailleurs, nombre de grands pays du tiers monde, comme l’Inde et le Brésil, tandis que quelques grands pays africains se sont mués eux aussi en pays émergents : l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigeria. Ensemble, les principaux pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) constituent ce qu’on appelle les BRICS.

À mesure que se développait cette évolution, on était de plus en plus désespéré, en Occident, par ce « printemps chinois » pro-occidental qui se faisait attendre et l’idée faisait alors son chemin d’approcher ouvertement la Chine en tant qu’adversaire stratégique, dans une deuxième « guerre froide » et une politique d’encerclement, d’endiguement et de confrontation. Quand, en novembre 2011, le président américain Obama effectua un vaste périple en Asie, il déclara que les États-Unis étaient et restaient une « puissance pacifique », faisant allusion à l’océan Pacifique qui sépare les États-Unis et l’Asie. « L’Asie est désormais la priorité numéro un des États-Unis », ajoutait-il. Ce n’est pas un hasard si le premier voyage à l’étranger d’Obama après les élections présidentielles de 2012 n’a pas eu pour destination l’Europe ou l’Amérique latine, mais bien la Birmanie, un pays clé dans la politique d’encerclement de la Chine.

L’importance stratégique croissante de l’Afrique

C’est dans ce nouveau cadre politique que l’Africom a été fondé en 2008. Il s’agit d’une importante réforme stratégique des centres de commandement suprême de l’armée américaine. L’Africom réunit désormais toutes les opérations de l’armée américaine en Afrique sous un commandement unique (dont le quartier général se trouve à Stuttgart), alors qu’auparavant elles dépendaient de trois commandements différents. Il ne s’agit pas d’une opération de chirurgie esthétique : cette réforme reflète la grande importance stratégique du continent africain dans la politique américaine de confrontation avec la Chine.

Les progrès rapides de la technologie font que de plus en plus de matières premières sont nécessaires pour l’industrie des pays capitalistes, mais aussi pour celle de la Chine et des autres économies émergentes. Dans le sous-sol africain se trouvent d’importantes réserves encore intactes de pétrole, de gaz et de métaux ordinaires ou rares. On estime que le continent possède 40 % des matières premières minérales du monde ce qui lui confère une grande importance stratégique.

La croissance spectaculaire de la Chine et des autres économies émergentes requiert en effet d’énormes quantités de matières premières. En outre, les BRICS ont grandement besoin de possibilités d’exportation et, pour eux aussi, l’Afrique constitue un marché d’écoulement très prometteur. Si les États-Unis veulent mettre un terme à l’ascension de la Chine (la politique de l’ « endiguement »), l’Afrique constitue un élément clé pour la décennie à venir. En attendant, depuis quelques années, la Chine est le principal partenaire commercial de l’Afrique. Les États-Unis viennent ensuite et tous deux ont dépassé les anciennes métropoles coloniales qu’étaient la France et la Grande-Bretagne.

Conquérir le contrôle de l’Afrique devient donc urgent pour Washington, et cela ne peut se faire uniquement par la concurrence des acteurs économiques au sein d’un marché « libre ». Pour le bloc impérialiste, il s’agit tout autant d’une question militaire. D’où le rôle décisif joué par les armées des États-Unis et des pays européens depuis 2011 dans les guerres en Côte d’Ivoire, en Libye et aujourd’hui au Mali. Ce qui surprend ici, c’est que les États-Unis se profilent de façon peut-être plus discrète, aux yeux de l’extérieur, tandis qu’en même temps, par leur Africom et leur énorme réseau politique et diplomatique, ils tiennent malgré tout fermement les rênes en main.

Cette intervention directe des armées des États membres de l’Otan dans les guerres africaines, avec un rôle clé pour Africom, ne fera que s’accroître au cours des années à venir. Par ailleurs, Africom est également impliqué dans un nombre spectaculairement croissant de programmes de collaboration militaire avec des armées africaines, sous la forme de formation et d’exercices en commun. Le but est de prendre pied au sein de ces armées et de faire mener le plus possible les guerres qui auront lieu en Afrique par des armées africaines — mais, naturellement, toujours en fonction des intérêts des États-Unis.

Cette stratégie, Washington l’applique depuis des années déjà dans deux pays qui sont très importants sur le plan géostratégique : la Somalie et la République démocratique du Congo. Les armées, respectivement, de l’Éthiopie, de l’Ouganda et du Rwanda se chargent sur place du boulot. Aujourd’hui, les États-Unis passent à la vitesse supérieure dans le travail préparatoire de ce genre d’interventions. En 2012, une brigade de l’armée américaine a reçu la mission de mener des activités dans pas moins de 35 pays africains, un nombre record.

Cette tentative de soumettre militairement l’Afrique afin de contrôler l’influence économique de la Chine et des autres économies émergentes s’effectue sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme. Et c’est ainsi que nous en arrivons au mouvement intégriste islamique et à ce que les médias ont appelé le « Printemps arabe ».

par Mohamed Hassan
Extrait de « Causes et conséquences de la guerre au Mali »


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 4 Sep - 18:09


Après vous avoir détruit le moral sur la situation des ménages du Monde Occidental, je vous parle aujourd’hui d’une partie du Monde où les gens sont (relativement) plus optimistes : l’Afrique. Selon Boston Consulting Group, le consommateur africain a le sourire et souhaite acheter de plus en plus car il est optimiste sur son avenir ! L’étude est synthétisée ici (en anglais) :
https://www.bcgperspectives.com/content/articles/globalization-center-customer-insight-african-consumer-sentiment-2016/


Citation :
Cela va paraître étrange à certains lecteurs.

Il est vrai que la vision occidentale de l’Afrique est très liées à ce que les médias véhiculent : la misère, la guerre civile, la dictature, la corruption, l’émigration illégale, etc. Il est vrai que l’Afrique, c’est aussi cela, mais pas que cela.

D'abord, l'Afrique est en forte croissance économique par rapport aux pays occidentaux qui sont en bout de course. Les chiffres des dernières années sont impressionnants, même si cette année, les chiffres sont moins bons du fait de la baisse des prix des matières premières.




Ensuite,  il y a maintenant en Afrique des millions de personnes éduquées, qui sont ambitieuses et veulent changer les choses (au moins pour eux et leur famille, ce qui est un bon point de départ pour entrainer dans un même mouvement toute la société).

Dans les villes mais aussi dans les campagnes, des millions de personnes travaillant pour la fonction publique, les ONG, les grandes entreprises œuvrant notamment dans les domaines de l’agriculture, des mines, des produits de consommations ou des équipements ont rejoint la « classe moyenne ».

Ces dernières années, de nombreuses études se sont penchées sur la question du développement d’une classe moyenne africaine.

Cependant, il n’y a pas consensus à ce sujet, pas même sur la définition. L’Afrique, c’est une diversité de langues, de peuples, d’économies et de marchés, de monnaies et de ressources. Définir ce qu’est la « classe moyenne » à l’échelle du continent est une gageure.

Quelle est la définition de la « classe moyenne » africaine ?

Dans un rapport de 2011 intitulé « The middle of the pyramid: dynamics of the African Middle Class », la Banque africaine de développement (BAfD) a défini la classe moyenne comme étant composée d’individus dépensant entre 2 USD et 20 USD par jour. A mon avis, c’est beaucoup trop large comme définition, ne serait-ce que parce que ce chiffre englobe 60 % des individus en Afrique.

La firme McKinsey définit les ménages appartenant à la classe moyenne comme ceux gagnant plus de 5.000 USD par an et ayant les ressources nécessaires pour réaliser des « dépenses discrétionnaires » (soit un niveau de revenu leur permettant de dépenser environ la moitié en biens/services de consommation, hors produits alimentaires).

La Standard Bank d’Afrique du Sud, dans une étude intitulée « Understanding Africa’s Middle Class » (2014) caractérise la classe moyenne comme les ménages gagnant entre 8 500 USD et 42 000 USD par an (la classe moyenne inférieure étant définie comme les ménages gagnant entre 5 500 USD et 8 500 USD par an et la classe moyenne supérieure comme les ménages gagnant plus de 42 000 USD par an).

Son étude sur les classes moyennes de 11 pays d’Afrique subsaharienne (Angola, Éthiopie, Ghana, Kenya, Mozambique, Nigeria, Sud-Soudan, Soudan, Tanzanie, Ouganda et Zambie), qui représentent à eux seuls près de la moitié de la population africaine et du PIB du continent, conduit à affirmer qu’entre 2000 et 2014 près de 6 millions de ménages ont été ajoutés à la classe moyenne pour atteindre un total de près de 8 millions de ménages.

D’après Standard Bank, le nombre de ménages appartenant à la classe moyenne est amené à tripler dans ces 11 économies pour atteindre 22 millions d’individus d’ici à 2030, porté par un contexte de croissance économique soutenue dans ces pays (de l’ordre de 5,8 % en moyenne sur la période 2015-2019 d’après le FMI).

Le phénomène n’en est encore qu’à ses débuts et il représente un potentiel énorme pour les investisseurs.

En effet, la classe moyenne africaine a embrassé le mode de vie occidental et son consumérisme.

Les nouveaux entrants dans le système économique expriment le souhait d’acheter davantage de biens et services avec une préférence pour les biens et services durables : habillement, automobiles, produits électroniques (télévision et téléphone), assurance et services de santé.

Groupe CFAO, leader de la distribution spécialisée, a réalisé en 2015 une étude sur cinq pays : le Nigeria, le Cameroun, le Kenya, la Côte d’Ivoire, et le Maroc.

Selon l’étude, 86% des personnes de la « classe moyenne » interrogées vont faire des courses dans les supermarchés. 9% font leurs courses sur Internet, surtout au Nigeria, qui est de plus en plus connecté, où le commerce en ligne fonctionne très bien. Par ailleurs, 39% des personnes interrogées sont déjà propriétaires de leur logement (au Maroc, ce chiffre est de 92%).

98% des personnes interrogées ont un smartphone, 73% ont un ordinateur pour aider aussi leurs enfants dans leurs études et possèdent une voiture à titre privé.

Le secteur bancaire se développe rapidement. Aujourd’hui, seulement 20 à 30 % de la population africaine a accès au système bancaire formel, ce qui signifie que la majorité de la population se trouve exclue du système financier. Mais des solutions d’e-Banking très performantes, basée sur le téléphone portable dont l’utilisation a explosé, sont rapidement mises en place pour atteindre le plus grand nombre. Boston Consulting rappelle que d'ici 2019, 250 millions d'Africains qui ne sont pas intégrés au système bancaire posséderont un téléphone portable et un revenu d'au moins 500 dollars par mois.

En Côte d'Ivoire uniquement, l'accès à Internet est passé de 200 000 abonnés en 2008 à 8 millions en 2016, grâce au réseau 3G.

Les grands distributeurs sont à l’affût : Carrefour souhaite installer une centaine de magasins d’ici à 2024 dans huit pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale. L’américain Wal-Mart ou le Sud-Africain Shoprite développent également leurs implantations en Afrique.

Les grands noms de la restauration rapide suivent à un rythme effréné sur le continent. En Afrique du Sud, par exemple, le développement de la classe moyenne noire fournit une clientèle de choix. En juin 2013, le géant du fast-food McDonald's opérait déjà 185 restaurants dans le pays.

Coca-Cola est là et bien là, dans tous les pays d’Afrique, même le Somaliland qui n’existe officiellement pas !
http://www.jeuneafrique.com/mag/305814/economie/branle-bas-de-combat-chez-coca-cola/

Comme l’affirment les présentoirs qu’on voit en Afrique dans les supermarchés, avec environ un milliard de consommateurs potentiels, il y a « un milliard de raisons de croire en l’Afrique » !

Résultat, les Sud-Africains deviennent obèses et les pouvoirs publics taxent les sodas !
http://www.boursorama.com/actualites/contre-l-obesite-en-afrique-du-sud-les-boissons-sucrees-taxees-b44ba548142240ca89c9c85ddaba84d7

Il apparaît donc que, d’ici deux ans, l’Afrique pourrait devenir le second marché mondial recevant le plus d’investissements de la part des sociétés européennes de biens de consommation.

Est-ce qu’on a une idée de cela en France, où on diffuse à longueur de temps des reportages sur Boko Haram, les émigrants qui traversent la mer sur des bateaux pourris et la guerre au Sahel ?

Savez-vous que des Occidentaux sont actuellement refoulés régulièrement de pays Africains car ils y travaillent en situation irrégulière ? Que des milliers de Portugais ont quitté l'Europe, où il n'y avait pas de boulot pour eux, et sont parti s'installer en Angola et au Mozambique ?

Pour conclure, même si on ne doit pas passer sous silence les 47 % de la population d’Afrique subsaharienne qui vit sous le seuil de pauvreté (soit avec moins de USD 1.25 par jour pour vivre exprimé en parité de pouvoir d’achat), on doit prendre en compte qu’en 2040, la population africaine devrait atteindre 2 milliards d’habitants.

La « classe moyenne » largement définie pourrait alors représenter 900 millions de personnes, soit plus que celles de la Chine et de l’Inde réunies.

L’émergence de la classe moyenne africaine n’en est donc qu’à ses débuts. Elle s’accompagne de l’émergence d’une nouvelle classe de consommateurs et donc de nombreuses opportunités d’affaires.

Pour un capitaliste occidental ou asiatique, il n’y a finalement que cela qui compte vraiment : s’il y a des CONSOMMATEURS, alors on peut peut-être s’intéresser aux Africains !


Citation :
Jean AUBIGNAT, ancien directeur juridique d’une multinationale et actuellement avocat d’affaires, est conseil dans de très nombreux dossiers dans les domaines de l’eau, de l’électricité, des déchets et des infrastructures en Europe et en Afrique. Il observe avec attention l’actualité financière et les tendances de fond de l’économie.

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 4 Sep - 18:18


Mais qui est donc la nouvelle classe moyenne noire sud-africaine ?

Dacqueline Derens blog Médiapart 21 août 2016

Après les élections du 3 août, il n’est pas trop tard pour lire The New Black Middle Class in South Africa, le passionnant ouvrage du sociologue Roger Southall, qui aborde un sujet peu étudié : la nouvelle classe moyenne noire sud-africaine, de ses origines à la place de plus en plus importante qu’elle occupe dans l’Afrique du Sud aujourd’hui.


Citation :
Loin du cliché facile « des diamants noirs », il montre combien l’Anc a contribué à son extension et combien aujourd’hui l’Anc doit veiller à satisfaire cet électorat au risque de perdre son maintien au pouvoir. Alors que la classe ouvrière noire sud-africaine  a fait l’objet de nombreuses études, la classe moyenne, celle qui est la plus difficile à définir, et Roger Southall fait appel aux grands classiques qui ont tenté d’en définir les contours : Max Weber,  Karl Marx et Pierre Bourdieu, affirme sa présence sans que l’on se soucie de ses origines, de sa place et de son rôle de plus en plus important dans la société sud-africaine après 1994.

Bien que très réduite au temps de la colonisation, une petite élite noire a été formée par les missions qui avaient à cœur, non seulement de sauver des âmes, mais de former des hommes honnêtes partageant les valeurs morales et sociales des colons, en particulier l’ascension sociale par l’éducation. Cette petite élite d’hommes d’églises, d’enseignants, de journalistes fut à l’origine de la formation de l’Anc. Ce sont eux, avec les chefs tribaux qui seront à l’origine en 1912 du South African Native National Congress (SANNC), qui prendra le nom de African National Congress (ANC) en 1923.

Avec l’arrivée au pouvoir du Parti national et la mise en place de la politique raciale de l’apartheid, cette petite élite va subir toutes les humiliations des lois raciales à partir de 1948. Privé de droits politiques, elle se ralliera à la lutte de libération. Les contradictions de l’apartheid, toutefois, ne priveront pas cette petite bourgeoisie noire de certaines activités économiques, comme la tenue de commerces dans les townships. Après les émeutes de Soweto, les dirigeants de l’apartheid n’auront de cesse de tenter de séduire « a supportive black middle class » sans succès. Après la chute du mur de Berlin, la transition vers la démocratie semblera plus sûre pour les intérêts du capitalisme blanc de passer par l’Anc que par le Parti national.

Le Front démocratique uni, ce rassemblement de plus de 300 organisations, bien décidé d’en finir avec l’apartheid, a joué un rôle déterminant en mettant sous sa bannière syndicats, mouvements de femmes, de jeunes, « civics » et églises et en organisant des défilés de masse dans les zones urbaines. Les élites urbaines seront ainsi aux cotés des dirigeants de l’Anc qui deviendra selon les termes de Roger Southall après 1994 « the party vanguard of the black middle class ».

La lecture de la Charte de la liberté, la référence incontournable pour la transformation de la société sud-africaine se fera alors selon une grille de lecture réformiste plutôt que révolutionnaire et l’enjeu sera de « déracialiser » le capitalisme et de voir dans cette classe nouvelle un « marché » à séduire par les produits de consommation, marqueurs de l’appartenance à la classe moyenne : maison, voiture, équipement ménager et produits high-tech.

L’Anc est donc en partie responsable de la création de cette bourgeoisie noire qu’elle va développer à partir de 1994 avec la mise en place de la discrimination positive, la politique du Black Economic Empowerment, qui veut rectifier l’injustice historique faite à la majorité noire de la population.

Pour séduire les jeunes noirs diplômés de plus en plus nombreux, l’Anc au pouvoir, devenu un état-parti, est aussi devenu le grand pourvoyeur d’emplois. La loi dite Equity Employment Act de 1998  qui impose au patronat des quotas de salariés noirs est beaucoup plus appliquée dans le secteur public que le secteur privé. L’état est devenu un employeur privilégié pour les jeunes noirs diplômés qui veulent profiter du BEE et qui trouvent des postes de direction au sein de l’administration de l’état ou des entreprises semi-étatiques.  Ce qui fait dire  à l’auteur que le « BEE est le résultat de deux forces complémentaires : la volonté du grand capital de faire alliance avec l’Anc et la détermination de l’Anc d’après 1994 de transformer une économie capitaliste racialisée ». D’où l’émergence de capitalistes noirs à la richesse impressionnante issus des rangs de l’Anc, Cyril Ramaphosa et Tokyo Sexwale en étant les deux exemples les plus connus.

Ces nouveaux riches n’échappent pas au plaisir de faire étalage des biens dont ils peuvent maintenant faire l’acquisition : voitures rutilantes, vêtements de marque, bijoux et autres petits riens qui vont éblouir l’entourage et témoigner de leur réussite. Ce qui entraîne parfois à des dépenses excessives et plonge les imprudents dans l’endettement.  « Les diamants noirs » ne sont pas à l’abri des difficultés financières, d’autant plus que l’argent gagné sert aussi à la parentèle moins chanceuse. Ce qu’on appelle la « black tax » finit par peser lourd dans les dépenses de cette nouvelle classe moyenne. Sans compter que des coutumes comme la lobola, dot de la future mariée, ne se paye plus en têtes de bétail mais avec un chèque plus ou moins important, ce qui décourage les hommes jeunes à se marier et accroit le nombre de familles monoparentales.

Si la nouvelle classe moyenne noire a été celle qui a le plus profité des nouvelles opportunités de l’arrivée au pouvoir de l’Anc, sa position instable n’est pas sans danger pour le parti au pouvoir. La croissance économique en berne, l’inflation et la hausse continue du coût de la vie pèse sur cette classe nouvelle qui pourrait très vite déchanter et « mordre la main qui la nourrit » et aller rejoindre les rangs des partis d’opposition.

Alors que la bourgeoisie noire a joué un rôle important dans la lutte de libération, l’auteur se demande si la diversité de la nouvelle classe moyenne noire et son hétérogénéité, ne pourrait pas l’amener à adopter des positions réactionnaires nationalistes au lieu de se joindre aux classes les plus précaires et les plus défavorisées pour exiger une véritable transformation de la société. Il imagine trois scénarios qui seraient autant de réponses à la corruption, l’incompétence et la lutte de factions au sein de l’Anc et de ses alliés.

Le livre écrit et publié bien avant les élections municipales du 3 août prend des allures prémonitoires quand on sait maintenant que l’Anc a perdu la direction de trois grandes métropoles : l’agglomération de Nelson Mandela Bay avec la ville industrielle de East London, où la classe ouvrière avait su faire alliance avec l’élite noire, Tshwane, la capitale politique où les luttes intestines de l’Anc et la corruption ont eu raison de la fidélité des électeurs et Johannesburg, la capitale économique du pays, désaveu clair de la politique menée par l’ANC. Les pauvres, eux, ont choisi l’abstention pour montrer leur désamour envers le parti qui avait promis « une vie meilleure pour tous ».

The New Black Middle Class in South Africa par Robert Southall
Editions James Curey London 2016


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 15 Nov - 12:16

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Sam 11 Fév - 11:54


Près de deux tiers des conflits entre les communautés rurales et les entreprises qui s’implantent en Afrique sont dus essentiellement à des déplacements forcés. C’est ce qui ressort d’un rapport publié, jeudi 9 février, à Dakar par le cabinet de consultants TMP Systems ainsi que par l’ONG Rights and Ressources Initiative. L'étude a porté sur 400 cas dans huit pays. Ses auteurs ont aussi parlé de disparités à travers le continent.



Villageoises revenant du marché au nord du Cameroun.

© Getty/Yvan Travert

Citation :
Le constat est sans surprise, mais il a la vertu de montrer l’ampleur du phénomène. Les déplacements forcés représentent 63% des conflits fonciers analysés ; c’est loin devant les litiges sur les indemnisations, avec 19% des cas. Selon Andy White, le coordinateur de l’ONG Rights and Ressources Initiative, les pays africains garantissent moins les droits des citoyens au niveau de l’accès à la terre qu’en Amérique latine et en Asie.

« Croyance erronée »

Il a souligné néanmoins qu’il y a des améliorations, en citant des initiatives en cours au Cameroun, au Kenya, au Liberia, au Mali ou encore au Sénégal. Rights and Ressources Initiative veut croire que les villageois sont parfois chassés de leurs terres à cause de « la croyance erronée selon laquelle l’Afrique est un continent de territoires vides et disponibles, ouverts aux projets de développement. »

Disparités importantes


Le rapport montre aussi d’importantes disparités de ce phénomène entre l’Afrique de l’Est, où il représente seulement 27% des cas de conflits entre les communautés rurales et les multinationales, l’Afrique de l’Ouest avec 30% de cas et l’Afrique australe avec un record de 73%. L’étude relève que la situation n'est pas pire en Afrique subsaharienne qu'ailleurs. Le taux de violence qu'elle y a relevé dans ces conflits est de 44%, alors que la moyenne mondiale est de 47%.

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mer 3 Mai - 11:43


je conseille une émission d'hier à France-Culture, à écouter en podcast


Money, money, money (2/4)

Du Franc CFA à l’euro : la monnaie fait-elle l’union ?

comme souvent, le côté politique des considérations n'est pas le plus intéressant, mais ici les mécanismes politico-monétaires qui enferment l'Afrique dans l'impossibilité même d'un développement capitaliste. C'est d'ailleurs face à cette réalité que des voix s'élèvent jusque dans les instances des pouvoirs de la toujours-Françafrique, relayée par l'Europe des banquiers

les explications de Martial Ze Belinga, économiste camerounais, sont limpides, et je dois avouer que je ne pensais pas que le carcan du CFA était encore aussi puissant, ne déterminant pas même une, ou des zones (selon l'Afrique de l'Ouest ou du Centre) dans lesquelles il y aurait possibilité de collaboration, l'immense majorité étant dans le commerce extérieur, et la France pas prête de lâcher son vieux pré carré

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Sam 22 Juil - 15:19


Carte. Afrique, la population rurale

Christian Bouquet diploweb

Christian Bouquet est professeur émérite de géographie politique à l’université Bordeaux-Montaigne et chercheur au LAM (Les Afriques dans le Monde) de Sciences Po Bordeaux. Il s’est spécialisé dans l’analyse des crises africaines et dans la représentation cartographique des élections africaines.

Citation :
L’Afrique n’est pas à l’abri de l’urbanisation du monde, cependant sa population reste encore majoritairement rurale dans la plupart des 54 pays du continent. Cette carte permet de les différencier. Ce qui permet d’éviter des généralisations vides de sens. L’Afrique est à la fois une et multiple comme le démontre cette carte publiée dans le cadre d’un article du Professeur émérite Christian Bouquet sur Diploweb.com, "Les villes africaines, lieux d’incubation des mouvements citoyens".



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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 3 Oct - 22:01


dans le nouveau catalogue 'Indépendances&Drapeaux'

l'Ambazonie en marche au Cameroun


Le Cameroun anglophone, en ébullition, compte ses morts

Le Monde.fr avec AFP 03.10.2017

Deux régions de l’ouest ont proclamé leur « indépendance » symbolique. Un premier bilan officiel fait état de 17 personnes tuées par les forces de l’ordre.


Le 1er october 2017 à Bamenda, des Camerounais anglophones proclament leur « indépendance » symbolique sur les réseaux sociaux et dans la rue, arborant le drapeau de leur Etat rêvé : l’Ambazonie. (Capture d’écran)

Citation :
Depuis deux jours, Georgette, son mari et leurs deux enfants sont barricadés chez eux, lumières éteintes et s’abstenant de cuisiner pour ne pas attirer l’attention des policiers et des soldats, qui tirent dès que quelqu’un sort de chez lui. Vingt-quatre heures après les manifestations du dimanche 1er octobre, la tension reste très vive à Bamenda, épicentre de la contestation anglophone dans la région Nord-Ouest du Cameroun.

Une déclaration symbolique d’« indépendance » des régions anglophones a été proclamée dimanche sur les réseaux sociaux par Sisiku Ayuk, « président » de ce nouvel « Etat » que les séparatistes veulent appeler l’« Ambazonie ». A l’appui de cette proclamation, les séparatistes anglophones ont tenté de manifester dans les deux régions.

Les contestataires ont été dispersés violemment et au moins 17 personnes sont mortes, selon Amnesty International et des sources officielles. Le gouverneur du Nord-Ouest, une des deux provinces anglophones, a parlé, à la radio d’Etat, de 11 morts dans sa seule région, dont 5 au cours d’une tentative d’évasion dans une prison.

Dans le quartier Travellers de Bamenda, Georgette et sa famille se sont retrouvés malgré eux aux premières loges. « C’est ici que se sont formés les cortèges de jeunes manifestants qui tenaient des arbres de la paix et des drapeaux de l’Ambazonie », explique Georgette en chuchotant au téléphone. Soldats et policiers ont tenté de les disperser avec des gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles. Un hélicoptère a aussi longtemps survolé la zone. « Je me suis dit qu’il y avait beaucoup de morts et de blessés, dit Georgette. J’ai entendu des cris de douleur de ceux qui avaient reçu des balles. »

« Ne sortez plus de chez vous ! »

Selon deux autres personnes du quartier, la tension est montée lorsque les forces de sécurité, excédées par les manifestants qui ne cessaient de revenir après avoir été repoussés, ont brûlé sept motos-taxis. La foule, pour se venger, a mis le feu à la station-service Tradex qu’elle croyait appartenir à la première dame du pays, Chantal Biya.

Lundi, les rues de Bamenda, la capitale du Nord-Ouest, restaient sous couvre-feu et quadrillées par les soldats et les gendarmes. Les habitants qui tentaient de sortir étaient interpellés ou pris pour cible par des tirs. A un carrefour, quatre jeunes femmes qui marchaient en file indienne ont été arrêtées par la police militaire, qui les a obligées a s’asseoir par terre. « Ne sortez plus de chez vous ! », leur a ordonné un policier avant de les relâcher. Un jeune homme qui arrivait en sens inverse a été prié de rebrousser chemin. Il a refusé d’obtempérer et a nargué les hommes armés. « Venez, venez ! », leur a-t-il crié en riant. Deux soldats se sont lancés à sa poursuite, sans parvenir à le rattraper. Il sera finalement rejoint par un pick-up de policiers cagoulés qui l’ont tabassé avant de l’emmener au poste.


Des policiers ont arrêté un manifestant à Buéa, capitale de la région du Sud-Ouest, l’une des deux régions anglophones qui ont proclamé leur « indépendance » symbolique le 1er octobre 2017. (Capture d’écran)

Dans le centre-ville, les forces de l’ordre ont nettoyé les rues des barricades de bois et de pneus dressées la veille par les manifestants. Non loin de la villa de John Fru Ndi, président du Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition du Cameroun, dans le quartier Ntarikon, trois policiers lourdement armés marchent dans la rue. « Ils vont interpeller des jeunes, s’alarme l’opposant, prévenu par l’un de ses vigiles. Ils m’ont encore provoqué, ils ont tiré des gaz lacrymogènes dans ma cour. C’est la deuxième fois que cela se produit depuis le début de la crise anglophone l’an dernier. »

Outre Bamenda, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles dans plusieurs autres villes comme Ndop, Kumbo et Kumba, selon des sources concordantes. « Avez-vous entendu que les manifestants ont tiré sur les policiers ? Qu’ils ont sorti des machettes ? C’étaient des jeunes hommes et femmes désarmés, s’insurge John Fru Ndi. Qui a donné l’ordre de tirer et tuer ces gens-là ? Je pense que M. Biya doit être amené à la Cour pénale internationale et qu’on doit le juger pour crimes contre l’humanité. »

« Marginalisation »

Le président camerounais Paul Biya, actuellement en vacances à Genève (Suisse), a condamné, dimanche, « de façon énergique tous les actes de violence, d’où qu’ils viennent, quels qu’en soient les auteurs », appelant au « dialogue ». Un porte-parole du gouvernement a prévenu que les médias n’auront plus le droit de donner la parole aux « personnes qui promeuvent l’idée de sécession ».


Le 1er october 2017, des Camerounais anglophones ont dressé des barricades dans les rues de Bamenda et proclament leur « indépendance » symbolique sur les réseaux sociaux et dans la rue, arborant le drapeau de leur Etat rêvé : l’Ambazonie. (Capture d’écran)

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone, qui représente environ 20 % des 22 millions de Camerounais, proteste contre ce qu’elle appelle sa « marginalisation » dans la société. Outre les séparatistes, des anglophones exigent le retour au fédéralisme, qui a prévalu au Cameroun entre 1961 et 1972, avec deux Etats au sein d’une même République. La crise a été exacerbée début 2017 par une coupure de l’Internet de trois mois ne touchant que les régions anglophones, et s’était amplifiée ces dernières semaines à l’approche du 1er octobre, date symbolique de la naissance, en 1961, de la République fédérale du Cameroun. L’Internet et l’accès aux réseaux sociaux ont été à nouveau limités depuis vendredi soir.

Lundi, la France s’est dite « préoccupée par les incidents (…) qui ont fait plusieurs victimes » et appelle « l’ensemble des acteurs » à la retenue. Samedi, l’Union européenne avait appelé « tous les acteurs » à « faire preuve de retenue et de responsabilité ». Jeudi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait exhorté les autorités camerounaises « à promouvoir des mesures de réconciliation nationale ».

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 10 Oct - 16:20


demain l'Afrique capitaliste ?

« L’Afrique peut devenir l’usine du monde à l’horizon 2050 »

Mihoub Mezouaghi Le Monde 04.10.2017

Mihoub Mezouaghi est économiste à l’Agence française de développement (AFD). Pour lui, l’industrialisation du continent est une priorité. La Chine, les énergies renouvelables et les technologies pourraient y contribuer.


Des ouvriers de l’usine Welele emballent des pots de miel, à Mekele, Ethiopie, le 30 mars 2017

Citation :
L’Afrique, prochaine puissance industrielle ? La question peut paraître extravagante. Pourtant, certains pays empruntent de nouveaux sentiers d’industrialisation, comme Maurice, le Maroc, l’Ethiopie et la Tanzanie. Plus encore, une nouvelle donne se dessine à long terme. Un proverbe africain ne dit-il pas : « Quand un arbre tombe on l’entend ; quand une forêt pousse, pas un bruit » ?

Dès 2050, plus de 2 milliards de femmes et d’hommes vivront sur le continent, où l’on verra éclore les prochaines mégapoles. L’Afrique de demain inquiète, tant les pressions migratoires, écologiques et sociales seront des plus fortes. Mais le XXIe siècle pourrait aussi voir l’Afrique devenir la prochaine usine du monde, une question qui est au cœur des débats du Forum économique international sur l’Afrique, organisé à Paris le 4 octobre par l’Union africaine (UA), l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et l’Agence française de développement (AFD, partenaire du Monde Afrique).

Des économies qui se désindustrialisent

Il est souvent suggéré que le dividende démographique, induit par une forte croissance de la population active, entraînera inéluctablement le décollage économique de l’Afrique, à l’instar de la Chine et de l’Inde au cours des dernières décennies. Cependant, malgré une croissance soutenue depuis dix ans, les économies africaines peinent à se diversifier. Cinq produits seulement représentent 60 % des exportations de l’Afrique subsaharienne : le pétrole, le gaz naturel, le fer, l’or et les minerais bitumeux. Plus préoccupant, certaines de ces économies se désindustrialisent. L’industrie manufacturière ne fournit que 6 % des emplois et sa contribution au PIB, en baisse, n’atteint plus que 10 % selon la Banque mondiale. L’Afrique ne pesait que 2 % de l’activité manufacturière mondiale en 2013, contre 3 % en 1970, indiquant sa marginalisation de l’industrie mondiale.

Les contraintes de l’industrialisation ne sont en fait toujours pas levées. L’hypertrophie des activités rentières, la faiblesse des institutions de gouvernance, le déficit d’infrastructures de réseaux, l’étroitesse et la forte segmentation des marchés découragent l’investissement et bloquent la diversification des économies. Les coûts de production et d’exportation sont en Afrique deux fois plus élevés qu’en Asie. L’histoire compte aussi. L’industrialisation, tardive et trop courte pour installer une base industrielle, a été brutalement interrompue par la crise de l’endettement et les sévères programmes d’ajustement structurel des années 1980.

Or 20 millions de nouveaux actifs arriveront chaque année sur le marché du travail au cours de la prochaine décennie. Les modèles de croissance fondés sur l’exploitation de ressources primaires ne sont pas soutenables. Une nouvelle ambition stratégique est nécessaire.

Tout d’abord, les pays émergents (ou « émergés ») pèseront davantage sur les nouvelles dynamiques de la mondialisation. La Chine – désormais première puissance économique mondiale – n’engage-t-elle pas à travers l’initiative One Belt One Road (la nouvelle Route de la soie) un plan Marshall pour l’Afrique ? Le financement massif d’infrastructures et des prises de capital dans de grandes entreprises du continent relève d’une logique de redéploiement de l’industrie chinoise au-delà du continent asiatique.

Stimuler l’entrepreneuriat


Les surcapacités de production de la Chine et la hausse des salaires conduiront d’abord à la délocalisation des activités les plus intensives en facteur travail, notamment dans les pays qui bénéficient de préférences commerciales avec les pays de l’OCDE ou d’autres pays africains. Le Maroc, en signant un accord avec la Chine en mars pour accueillir 200 industries dans le nord du pays, a bien compris les gains qu’il pourrait tirer d’une double insertion dans l’espace européen et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).


Une usine de filature, au Caire, en Egypte, en janvier 2017

Ensuite, la contrainte climatique transformera à long terme les modes d’accès à l’énergie. A l’avenir, l’énergie sera moins d’origine fossile, davantage produite à proximité des lieux où elle sera consommée et peut-être moins coûteuse. En Afrique, le potentiel élevé des énergies renouvelables (notamment solaire, hydraulique et éolien) – s’il était réalisé – réduirait la dépendance énergétique tout en agissant positivement sur la compétitivité industrielle. De plus, l’émergence de classes moyennes encouragerait le développement d’industries de transformation pour répondre par des circuits courts aux marchés urbains en forte croissance. La transition écologique du continent devient, en ce sens, un levier de l’industrialisation.

Enfin, la diffusion des progrès technologiques, plus récemment dans le numérique et l’intelligence artificielle, accélère la convergence des activités industrielles et de services. Des barrières à l’entrée sont encore accessibles pour stimuler l’entrepreneuriat dans des activités à forte valeur ajoutée. Des entreprises émergent en Afrique du Sud, au Nigeria et en Tunisie dans les secteurs de l’ingénierie informatique et de la robotique, malgré parfois un contexte politique et social heurté.

L’Afrique n’émergera pas en suivant le modèle de société postindustrielle défendu par certains économistes. Au contraire, grâce à une attractivité restaurée, à une main-d’œuvre qualifiée abondante, à un potentiel énergétique et technologique, la voie de l’industrie lui est ouverte. Alors, l’Afrique ne peut-elle devenir la nouvelle usine du monde en 2050 ?

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AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?
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