PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 7 Déc - 2:56



Agroalimentaire

Les exportations de produits frais vers l’Afrique gagnent du terrain Lahcen Oudoud LE MATIN 06 December 2015


Les exportations agroalimentaires vers l’Afrique ont été constituées principalement de produits transformés

Les exportations agroalimentaires marocaines vers l’Afrique se sont accrues à un rythme annuel moyen de 15% sur la période 2000-2013, avec une prépondérance des produits transformés et une montée du frais dont la part a plus que doublé. Mais le potentiel reste sous-exploité, selon une étude du ministère des Finances.

Citation :
Les exportations agroalimentaires marocaines vers l’Afrique sont dynamiques, mais leur développement se heurte à de nombreuses contraintes. C’est ce qui ressort d'une étude que vient de publier la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), relevant du ministère des Finances.

En effet, ces exportations se sont accrues à un rythme annuel moyen de 15% sur la période 2000-2013, avec une prépondérance des produits transformés et une montée récente des produits frais. Elles ont été également dominées par les produits de base (farines gruaux, semoules et agglomérés de céréales, extraits et essences de café ou de thé et fromage), mais avec une tendance haussière de la demande africaine en autres produits alimentaires (légumes frais, congelés ou en saumure, agrumes, tomates fraiches et fruits frais).

La structure des exportations agroalimentaires marocaines vers l’Afrique, au cours de la période sous référence, montre que ces expéditions ont été constituées principalement de produits agroalimentaires transformés. Néanmoins, la part de ces derniers dans les exportations globales s’est repliée, passant de 93% en 2000 à 85% en 2013 avec une croissance annuelle moyenne (TCAM) de 13%. Par contre, la part des produits agroalimentaires frais s’est renforcée pour monter de 7% à 15% avec une progression annuelle moyenne de 21%.

La ventilation des exportations par région, durant la période 2007-2013, révèle que l’Afrique de l’Ouest et celle du Nord ont représenté respectivement 49 et 29% du total des expéditions vers le continent avec des TCAM de 22 et 7%. L’étude note que l’Afrique centrale a connu une dynamique importante avec un TCAM de 20% et un poids de 11%. En revanche, la part de l’Afrique australe et de l’Est ressort à à peine 2% avec une évolution moyenne de 11%.

Parmi les autres révélations de l’étude, sur la période 2007-2013, 12 pays africains ont concentré en moyenne 76,2% de ces exportations, avec une prédominance de la Guinée (14%), suivie de la Mauritanie (13,6%), de l’Algérie (8,9%), de la Tunisie (8,5%), du Sénégal (8,3%) et de la Libye (7,5%).

Par ailleurs, l’étude fait état de plusieurs entraves qu’il faudra surmonter pour dynamiser ces exportations. Il s’agit de la multiplicité des frontières nationales, du niveau élevé des coûts de transaction (transport et assurance) et de la faiblesse des infrastructures et de la logistique liant le Maroc au reste des pays africains.


L’Afrique grignote des parts aux autres continents

L’étude de la DEPF relève que les exportations agroalimentaires marocaines à destination de l’Afrique sont plus dynamiques que vers les autres continents. En effet, durant la période 2000-2013, ces exportations ont enregistré une forte croissance annuelle moyenne, et ce, pour l’Afrique et l’Asie à hauteur de 15 et 14% respectivement. Quant aux exportations vers l’Europe et l’Amérique, leur TCAM ressort à seulement 7 et 8% respective

ment. Cette donne a impacté la structure des exportations agroalimentaires marocaines. En effet, les parts de l’Afrique et de l’Asie ont augmenté respectivement de 7% à 15% dans l'ordre et de 3% à 7% entre 2000 et 2013, et ce, aux dépens des parts de l’Europe et de l’Amérique qui ont connu une baisse en passant, respectivement, de 82% à 71% et de 8% à 7% sur la même période.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 7 Déc - 3:03



Les organisations sous régionales freinent l’intégration africaine Louis-Marie Kakdeu publié en collaboration avec Libre Afrique 6 déc 2015  


Part des états dans le commerce global récent de la CEDEAO

Citation :
Au moment où de grands ensembles mondiaux se constituent pour devenir économiquement plus puissants, le diagnostic des organisations régionales et sous régionales en Afrique montre qu’il y a plutôt une tendance à la balkanisation pourtant, en 1991, l’Afrique était le premier continent du monde à créer une Communauté Economique Africaine (CEA) dans l’intention de regrouper tous les Etats. Si en principe l’intégration régionale est pertinente, la façon par laquelle elle est actuellement menée en Afrique est contre-productive. La question est de savoir pourquoi les blocs régionaux freinent la convergence vers une meilleure organisation continentale.

La première raison est la multiplicité et la superposition des organisations régionales et sous régionales en Afrique

Il en existe une bonne quinzaine (CEDEAO, CEEAC, SADC, COMESA, UMA, CEN-SAD, EAC, IGAD, UEMOA, SACU, CEPGL, UFM, CEMAC, ALG, G5 du Sahel) qui crée l’effet « bol de spaghetti » (chevauchement et complexification des actions de coordination). Par exemple, sur le plan institutionnel, l’UEMOA, la CEDEAO et l’OHADA traînent des différences notables dans les procédés d’élaboration et d’application des normes (nature du droit produit et modalités du contrôle juridictionnel).


Sur le plan sécuritaire, la lutte contre le terrorisme dans le sahel par exemple est discutée par plusieurs Etats et micro-organisations (CEDEAO, CEMAC, G5 du Sahel, CEN-SAD, etc.) qui devraient plutôt fédérer leurs forces. Pis, l’argument régional est fragilisé par l’appartenance de certains pays à plusieurs organisations. Par exemple, un archipel du golf de Guinée comme Sao Tomé et Principe est curieusement membre de la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD). Aussi, la RDC appartient à la fois à la CEEAC, à la CEPGL et à la SADC. Le Swaziland appartient à la fois à la SADC, à la SACU et à la COMESA. Le Burundi appartient à quatre Communautés Economiques Régionales (CER) et à 3 Initiatives Régionales de Coopération (IRC).


La deuxième raison est la tendance souverainiste de certains Etats et organisations sous régionales

En effet, l’instrumentalisation du sens de la souveraineté annule la rationalité des solutions trouvées aux problèmes africains. Par exemple, l’instrumentalisation des différences linguistiques engendre des implications réelles en matière de sécurité. Entre 1989 et 1997, le Groupe de surveillance du cessez-le-feu au Libéria (ECOMOG) déployé par la CEDEAO n’avait pas pu empêcher le chef rebelle Charles Taylor à prendre le pouvoir à cause d’un désaccord entre le bloc anglophone et le bloc francophone.

Ce scénario se reproduisit en 1998 en Sierra Léone où les pays anglophones sous l’impulsion du Nigéria soutenaient l’intervention militaire pour la restauration du pouvoir du Président déchu Ahmed Tejan Kabbah tandis que certains pays francophones sous l’impulsion du Burkina Faso de Blaise Compaoré s’y opposaient et soutenaient la Revolutionary United Front (RUF). Malgré la signature par les pays de la CEDEAO d’un protocole de non-agression en 1981, les pays francophones avaient préservé leur Accord de non-agression et d’assistance mutuelle (ANAD) qui leur permettait de conserver leur lien avec la France. C’est ainsi que lors de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire en 2010, il avait été difficile de trouver un fil conducteur entre les différents niveaux de souveraineté (nationale, sous régionale et africaine) et les accords de défense avec la France (intervention française).

 
Une troisième raison est le protectionnisme tarifaire et l’absence de passerelles entre les différents blocs où l’intégration économique, monétaire, fiscale, douanière n’est pas effective

L’un des exemples les plus frappants est le fonctionnement cloisonné de la zone franc : bien que les pays concernés soient attachés à leurs accords monétaires avec la France, la convertibilité n’existe pas entre le Franc CFA de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et le Franc CFA de l’Afrique centrale (BEAC), ce qui complexifie les échanges commerciaux entre ces blocs et freine la marche vers l’intégration globale. Pis, il existe un retard important dans l’application des accords et autres conventions d’intégration africaine. Par exemple, alors que s’était posée au Sommet de Banjul de 2006 la question de la rationalisation des organisations régionales, le Sommet d’Accra en juillet 2007 avait curieusement adopté un protocole sur les relations entre l’Union africaine et les Communautés économiques régionales. Or, l’institution de ces Communautés n’avait été admise qu’à titre transitoire conformément au Traité d’Abuja (1991) et au calendrier du Plan d’Action de Lagos (PAL) pour le développement économique de l’Afrique (1980-2000).


On note aussi l’instrumentalisation du principe de subsidiarité par les organisations sous régionales qui détourne ce principe des préoccupations démocratiques au profit des intérêts égoïstes

Par exemple, suite au coup d’Etat du 17 septembre 2015 au Burkina Faso, la CEDEAO avait invoqué ce principe pour tenter d’annuler les sanctions de l’Union africaine qui condamnaient fermement le putsch militaire. L’une des causes majeures de ce blocage institutionnel est l’existence des lobbies de présumés « hommes forts » appelés « panafricanistes » par certains qui gèrent le continent en fonction des intérêts « [néo]patrimoniaux ». Il revient à la société civile africaine de se renforcer comme au Burkina Faso en fin septembre 2015 pour imposer aux organisations régionales la primauté des institutions démocratiques plutôt que la négociation avec les « hommes forts ».


On peut citer enfin les guerres de leadership qui fragilisent les initiatives au niveau continental

Un des exemples les plus marquants est l’intégration tardive et l’abandon par la suite du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) qui était un programme ambitieux de développement participatif du continent. La place de ce programme avait été sujette à controverse dès sa création en raison du rôle démesuré joué par l’Afrique du Sud où est installé le Secrétariat. Ensuite en 2008 au Sénégal, il s’était développé un groupe de cinq principaux Chefs d’Etat revendiquant le projet à savoir : le Sud-Africain Thabo Mbeki, le Sénégalais Abdoulaye Wade, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, l’Égyptien Hosni Moubarak et le Nigérian Umaru Yar’Adua. Ce « micro-G5 » n’était pas de nature à faciliter l’appropriation du projet par le reste des Chefs d’Etat.

Par Louis-Marie Kakdeu, PhD & MPA
Article publié en collaboration avec Libre Afrique


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 7 Déc - 3:10



26 pays africains ont besoin d’une aide alimentaire extérieure (rapport de la FAO) 7 décembre 2015

NEW YORK (Nations Unies) - Quelque 33 pays, dont 26 en Afrique, nécessitent une aide alimentaire extérieure pour cause de sécheresse, d'inondations et pour tenir compte des besoins des personnes déplacées par les troubles intérieurs, selon un nouveau rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) publié jeudi.



image ajoutée


Citation :
Le rapport "Perspectives de récolte et situation alimentaire" indique que les conflits ont aggravé l'insécurité alimentaire, notamment en Syrie et au Yémen, mais aussi dans des pays comme le Niger, le Cameroun, la République démocratique du Congo et le Tchad qui ont accueilli des réfugiés des pays voisins.

En Afrique de l'Ouest, le nombre de personnes en situation de crise alimentaire devrait passer de quelque 8 millions actuellement à plus de 10,7 millions entre juin et août 2016, précise le rapport.

En Afrique de l'Est, marquée par une grave sécheresse en Éthiopie et par des conflits prolongés, le nombre de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire est estimé à 17 millions, soit 50% de plus qu'il y a un an.

L'Afrique australe est également mise à rude épreuve avec la sécheresse saisonnière liée à El Nino qui nuit aux activités agricoles pour les cultures céréalières de 2016.

La FAO prévoit que la production régionale de céréales secondaires de 2015 en Afrique fléchira de 12%, s'établissant à 67 millions de tonnes. La production mondiale de l'année devrait s'élever à 1,3 milliard de tonnes, en recul de 2%.  


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 7 Déc - 3:17



Karfa Diallo, ONG Enda Pronat: «la polyculture est plus viable que la monoculture» Anthony Lattier 6 décembre 2015


Karfa Diallo, de l'ONG sénégalaise Enda Pronat, défenseur de l'agro-écologie
DR Podcast


En Afrique, le changement climatique menace directement la sécurité alimentaire. Les agriculteurs voient aussi une partie de leurs terres se dégrader en passant dans la main de grandes entreprises étrangères. Les enjeux agricoles sont-ils suffisamment pris en compte dans les négociations climatiques de Paris ? On en parle avec Karfa Diallo, de l'ONG sénégalaise Enda Pronat, qui défend l'agro-écologie.

Citation :
RFI: En quoi l’avenir de l’agriculture sur le continent africain est-il lié à l’évolution du climat ?

Karfa Diallo : Eh bien parce que notre agriculture qui est essentiellement une agriculture vivrière, est basée pour la plupart des agriculteurs de l’Afrique subsaharienne, sur la pluviométrie qui est une saison qui dure de deux à six mois, suivant le pays où l’on est. Au Sénégal, nous avons une pluviométrie qui dure, en moyenne, quatre mois. Par conséquent, tous les changements que nous sommes en train de vivre – et là, il ne s’agit pas de dire dans l’avenir mais présentement - nous plongent dans une situation assez précaire, liée au climat.

Les questions du développement agricole et de sécurité alimentaire sont-elles suffisamment prises en compte d’après vous, dans ces négociations de Paris sur le climat ?

Ah non ! Pas du tout ! Prenez l’exemple du Sénégal qui est quand même le pays du continent le plus en avance sur l’océan Atlantique. Nous avons quatre embouchures, celles de Saint-Louis, de Sine Saloum. On peut compter la Gambie (ils vont me pardonner cela) et la Casamance. Tous ces fleuves qui sont normalement à eau douce se jettent dans l’océan Atlantique et les variations sur les eaux font qu’on a des remontées de sel qui précarisent l’accès de certaines terres qui jadis étaient des terres très riches. Et donc nous pensons effectivement que ce n’est pas assez pris en compte. On est souvent dans des débats de climat, de gaz à effet de serre… mais déjà concrètement, sur la nourriture et sur les besoins primaires, les changements climatiques affectent vraiment les populations.

Autre problème auquel sont confrontés les agriculteurs en Afrique, c’est le problème de l’accaparement des terres. Un documentaire vient de sortir sur ce thème où l’on voit trois agriculteurs qui s’opposent à l’accaparement de leurs terres au Cameroun et au Sénégal notamment. Ces cas de résistance, sont-ils des cas isolés ou bien un mouvement vraiment de résistance qui s’organise contre ce phénomène ?

Un mouvement de résistance s’organise, mais les cas de succès sont rares parce que l’accaparement des terres, pour le cas du Sénégal, concerne entièrement des terres arables. Ce n’est pas petit. Nous sommes parvenus, dans des combats de lutte acharnée, à occuper la presse, les marches et on a même produit un clip de rap pour dénoncer ces phénomènes qui précarisent et qui privent les gens de leur principale source de revenus. Mais ce n’est pas suffisant ! Beaucoup, en Europe, pensent que ce sont des Chinois, les Asiatiques mais les cas les plus concrets que nous avons vécus au Sénégal se sont passés avec des Européens.

L’exploitation familiale est-elle vraiment la solution idéale pour nourrir tout le monde en Afrique ?

Actuellement, elle est la solution la plus pertinente pour plusieurs raisons. D’abord parce que les agriculteurs connaissent déjà leur activité. Ils le font depuis des années mais on ne les aide pas. Le problème ce n’est pas qu’ils ne savent pas produire. Le problème c’est qu’ils n’ont juste pas les moyens ! On ne les aide pas ! Ce n’est pas comme en Europe où on a des subventions, des aides de ceci, de cela, un encadrement, des écoles agricoles et tout. Ils sont laissés à leur propre chef !

Aujourd’hui, l’essentiel de la nourriture qu’on mange en Afrique est produit par ses exploitations, sans aide. Dire qu’elles ne sont pas dans des conditions de pouvoir répondre à nourrir le monde, c’est une hérésie. Maintenant, quand on veut produire du soja et tout ce que l’on veut pour nourrir des vaches qui n’en ont pas forcément autant besoin, on peut imaginer des modèles mais qui sont contraires à ce que nous vivons et défendons. Sur le périmètre produit, le nombre de personnes qu’on peut faire travailler et qui gagnent dignement leur vie est beaucoup plus important que les modèles qu’on veut nous faire croire, comme étant la solution de l’avenir.

Mais ces grandes entreprises qui investissent sur le continent, dans l’huile de palme, par exemple, elles pourraient permettre de créer des emplois, non ?

Dans une certaine mesure, mais des exploitations familiales feraient mieux sur les mêmes surfaces. Au Cameroun, pour vous citer un exemple, une organisation accompagnée par Caritas parvient à monter, sur 5 hectares, de la polyculture, de la culture étagée, produire des légumes, des tubercules et, en plus, de l’huile de palme. Ce genre de modèles sont beaucoup plus viables qu’un modèle où l’on a une exploitation à monoculture, sur des étendues incommensurables, qui n’emploie que très peu de personnes et qui, au finish, est obligée d’utiliser des pesticides, des engrais chimiques et qui détruit l’environnement ! Ils finiront par détruire cette terre et aller ailleurs. Ils ne vont pas s’arrêter !

Le Sénégal a été connu pendant des années pour être le premier exportateur d’arachides d’Afrique ! Il est troisième au monde, aujourd’hui. Où est-ce qu’on en est ? La monoculture a détruit ses terres ! Les populations qui étaient installées et vivaient de cette terre sont des immigrés ! Ce n’est pas viable ! Les gens vivent dans la précarité parce qu’on détruit leurs moyens de production.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 8 Déc - 1:37



Economie : l'entreprenariat féminin au service du développement africain Traduction publiée le 24 Septembre 2015

Marqué par de forts taux de croissance et une économie en expansion permanente, le continent africain tente d'attirer des investisseurs et des capitaux venus de l'étranger. De plus en plus, la société civile, et notamment les femmes, souhaitent prendre part à cet essor en se mobilisant grâce à l'entreprenariat. Et les exemples de réussites individuelles et collectives ne manquent pas

Citation :
Il y'a quelques mois, le think-tank Terangaweb, organisme indépendant se présentant comme le lieu de rencontre de “l'Afrique des idées”, publiait un classement des 30 jeunes entrepreneurs africains à suivre. Dotés d'un sens de l'entreprise et d'une volonté d'agir concrètement, ces jeunes entrepreneurs montent des projets innovants, souvent destinés à répondre aux besoins immédiats et aux aspirations des populations africaines. Parmi eux, des femmes, et notamment la Nigérienne Ola Orekunrin, médecin et fondatrice de la première société d'ambulances aériennes en Afrique de l'ouest. Citons encore la Sud-africaine Rapelang Rabana, à l'origine de Yeigo Communications, jeune société développant des services de messagerie instantanée et de messagerie texte. De plus en plus, une tendance à l'entreprenariat féminin s’affirme dans beaucoup de pays africains et, dans bien des cas, avec le soutien des pouvoirs publics.

C'est aussi le cas en Côte d'Ivoire, où Dominique Ouattara, Première Dame du pays, a lancé un Fonds d'Appui aux Femmes de Côte d'Ivoire (FAFCI). Cette initiative vise à promouvoir l'entreprenariat des femmes du pays par des prêts à taux très faibles, permettant aux ivoiriennes de se constituer un capital de départ pour se lancer dans une activité professionnelle.


Le FAFCI a permis à 100 000 femmes de devenir autonomes

a affirmé Dominique Ouattara, rappelant ainsi le bilan de la structure. La Banque Mondiale prône elle aussi une adaptation de l'entreprenariat aux femmes africaines, par le développement d'un système de crédit généralisé et la mise en place d'un soutien technique. Dans ses recommandations, la Banque Mondiale encourage également le développement de l'éducation primaire, secondaire et supérieure pour les filles africaines, un meilleur accès des femmes aux moyens de production ou encore une protection juridique et un accompagnement plus poussé.


Rebecca Enonchong - CC-BY-20

Là encore, la société civile a son rôle à jouer. Certaines associations, comme “Oser l'Afrique”, proposent ainsi des conférences sur l'entreprenariat féminin, afin d'encourager les femmes à s'investir et à investir, donnant parfois l'exemple de carrières réussies et de projets concrets. C'est ainsi le cas de Rebecca Enonchong, primée par Forbes et le World Economic Forum, créatrice du “Africa Technology Forum”, organisation non-lucrative destinée à la promotion de l'entreprenariat, notamment centrée sur les nouvelles technologies et le développement des jeunes startups africaines spécialisées dans les TIC (Technologies de l'Information et de la Communication). Sur leur blog, l'association “Oser l'Afrique”, explique l'importance d'inclure plus de diversités sur le continent:

Les diverses activités proposées sur le forum, telles que les tables rondes, les témoignages, les échanges d’expériences ainsi que le networking ont mis en lumière les actions menées par de nombreuses associations accompagnant les femmes entrepreneurs. Parmi les associations présentes sur le forum, étaient présentes l’ OFAD, le CLAEE (Club des Africaines Entrepreneurs d’Europe), Action’elles (réseau de performance de l’entrepreneuriat féminin), l’APCE (Agence pour la Création d’Entreprise), SpotCréa, ellesentreprennent.fr et aussi le Réseau Entreprendre. Ce premier forum économique des femmes africaines de la diaspora a été une véritable réussite. Cela reflète le dynamisme d’acteurs qui souhaitent apporter des solutions concrètes et accompagner dans la réalisation de projets entrepreneuriaux sur le continent africain.

Autre invitée, Céline Victoria Fotso, promotrice de “Je Wanda Magazine”, dont l'objectif est de proposer une nouvelle image de l'Afrique. Loin des guerres, de la misère sociale et économique et de l'instabilité politique qui sont autant de lieux communs souvent erronés à propos du continent africain, le magazine promeut une Afrique jeune, souriante et surtout talentueuse.

Mais l'entreprenariat féminin en Afrique ne saurait se limiter aux nouvelles technologies, être réservé aux femmes diplômées et/ou des classes supérieures. Au contraire, un esprit d'entreprise semble devoir se développer au sein des populations africaines. C'est le sens du FAFCI de Dominique Ouattara, qui tend ainsi à embrasser toute les catégories de femmes ivoiriennes, exerçant dans tout un panel d'activités différentes, englobant des réalités professionnelles diverses. Si, partout en Afrique, ces projets doivent se développer, ils devront allier une politique volontariste menée par les pouvoirs publics aux actes concrets d'une société civile, désireuse de contribuer activement au développement économique du continent. Le défi n'est pas mince, mais le continent africain ne pourra se passer de ses entrepreneurs.


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Ecrit par Ismail Abbedid


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mer 9 Déc - 1:54



Discussing African Futures With Achille Mbembe


Achille Mbembe speaks at the African Futures festival in Johannesburg
(Photo: Lerato Maduna. Courtesy of Goethe-Institut South Africa)

Achille Mbembe says that the future of our planet is being shaped by movements taking place on the African continent right now. We should listen. The Cameroonian intellectual is the leading voice in discussions around “African Futures.” His work as a professor at Johannesburg’s Wits University, his publications and even his Facebook statuses have helped spark meaningful conversations regarding the future of the continent and, ultimately, the world.

Okayafrica had the opportunity to speak with Mbembe ahead of his appearance at the Goethe-Institut’s African Futures festival last month in Johannesburg. During our conversation, the political philosopher spoke of the monumental social and economic transformations occurring in Africa and highlighted the central role that young people play in fostering these shifts. Mbembe makes it clear that Africa is indeed the future, and its prodigious and charismatic youth are its trailblazers.


Citation :
Damola Durosomo for Okayafrica: What excites you about the future of the continent?

Achille Mbembe: Okay, first of all, one thing that excites me about the state of the continent today is the extent to which it has leapfrogged a series of steps other societies have had to follow in terms of their technological development. Most regions of the continent today—with the rapid expansion of mobile telephony—are moving free from the age of iron to the digital age.

This goes hand in hand with an explosion of forms of knowledge, some of which borrow from traditional knowledges, and others, from high-end technologies found in the rest of the world. That acceleration seems to me to be the main philosophical and political question, as well as economic question, that we have to put at the center of any discussion on knowledge production today.

How do you think this acceleration will affect development? What does it mean to skip these steps?

Such a rapid acceleration, if not carefully managed, will result in a number of dislocations in various areas. The striking thing with Africa, from a historical perspective, is the extent to which it has always embraced novelty and the extent to which African societies have been able to embed the novelty within some rather old cultural patterns.

I have no doubt that the digital revolution is being understood or domesticated from within the same pattern, and I can only see benefits. Especially with young people on the continent, opening themselves up to these new human-made inventions.


Virtual reality (VR) spotlighted in the ‘New Dimensions’ exhibition at African Futures in Johannesburg
(Photo: Lerato Maduna. Courtesy of Goethe-Institut South Africa)

Speaking of young people, they seem to be the focus right now of a lot of the conversation regarding Africa’s future. What role do students play in all of this?

Students in particular, are at the avant-garde of this new development. It’s important for us to remind ourselves of the fact that the continent’s demographics are expanding. We’re in the midst of a demographic revolution. The continent is composed of a majority of young people and we’re simultaneously in the midst of an urban revolution. We are witnessing from Lagos to Kinshasa, to Nairobi, Rwanda, Johannesburg to Douala and Abidjan the emergence of forms of urban civilization which we haven’t seen in the recent history of humankind.

This combination of a demographic revolution and an urban revolution is opening up Africa to a whole set of new dilemmas we have to confront. One such dilemma is the dilemma of stipulation. We need to turn the continent into a vast space of stipulation which implies the abolition of our internal boundaries, and so, young people are at the forefront of those efforts at reopening the continent to itself and technologies play a critical role in that reopening of Africa to itself.

You’ve written extensively about this idea of decolonizing knowledge. Do you think that the student movement that’s occurring right now in South Africa is one of the necessary steps to decolonizing knowledge in the country?

Let me say that the South African situation is somewhat typical of conditions of a society trying to emerge from long histories of racial domination. The main future of South Africa is being ruled by a black majority politically while still being dominated, both culturally and even more importantly, economically, by a sizable and powerful white minority.

This bifurcation between the political on the one hand, and on the other hand the economic and the cultural, manifests itself very dramatically in the institution of the university. In the sense that most universities in South Africa are still emulating the colonial morals of Oxford, Cambridge and the rest at a time when there’s a huge demand coming from the South African society, especially the black part of the society, to align the objectives of higher education with the requirements of alleviating mass poverty and upliftment. That has created a whole set of contradictions and has opened up a space for new forms of struggles which here take the name of the decolonizing movement.

The decolonizing movement is aiming at transforming the curriculum, to bring to an end what it perceives as institutional racism in the universities, recruiting more Black staff, linking up more forcefully student struggles and social struggles. It is a movement that is in its infancy; it is now trying to link up those intellectual questions with questions of democratization of access, free education for the poor and so forth and so on, which explains the recent or ongoing uprising in South African universities.


Achille Mbembe shares a joke with Nigerian singer-songwriter Keziah Jones at the African Futures festival in Johannesburg(Photo: Lerato Maduna. Courtesy of Goethe-Institut South Africa)

Why is it important to discuss African futures?

For a very long time, the question of the future was not on the agenda when we were dealing with the questions of Africa. It was understood that Africa didn’t have a future. You might remember that in the mid-90s, the main magazine, The Economist, ran a headline with the title: “The Hopeless Continent.”

Now, as we enter the twenty-first century, it appears to many, including those in the international financial sector, that Africa is in fact the last frontier of capitalism. It’s becoming more and more evident that the very future of our planet is being played out in Africa, whether one is dealing with questions of ecological crises, climate change, refugees, renewal of energies and so forth and so on, Africa is back on the agenda. The belief is that the twenty-first century will be an African century.

That’s the horizon, and now we have to make it happen. The arts are playing a powerful role in translating this horizon into fact, and the festival in Johannesburg is part of that consciousness-raising exercise.

In one of your recent Facebook status updates you explored the idea of the student movement in South Africa being a pre-revolutionary moment in South Africa’s history, and you concluded by saying that with South Africa, the rule of thumb should be openness to the unexpected. Should that be a rule used to approach the rest of the continent, or is that something that is specific to South Africa?

I think this applies to the entire continent, not simply South Africa. We are clearly at a moment when, at least those of us who live here, and who work here, who travel throughout the continent, can begin to see major political, economic and cultural shifts.

For instance, over the last 15 years, the continent has been experimenting with rates of economic growth among the highest in the world. Of course, this huge amount of wealth that’s being produced is not equally redistributed. It is not yet leading to high levels of employment, but something is going on and that requires our attention. We cannot say that nothing is happening.

I think the best way to read the continent is not to do it in an apocalyptic way nor should we read the continent within a romantic framework that doesn’t correspond to the real. The best way to read it is by opening ourselves up to that which is not expected. That’s the best way in which we will be able to understand the nature of current dynamics in this massive and colossal part of the world.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mer 9 Déc - 13:33



8 impacts du changement climatique qui affectent déjà l’Afrique Traduction publiée le 9 Décembre 2015 5:56 GMT


Oxfam International : ”Qu'ils mangent du carbone”,
campagne de sensibilisation lors du sommet climatique de l'ONU
à Durban, en Afrique du Sud, en 2011
Crédit: Ainhoa Goma / Oxfam. CC BY-NC-ND 2.0

Cet billet est tiré d'un article écrit par Bhavna Deonarain publié en anglais et en français par l'ONG 350.org, une organisation militant pour l'émergence d'un mouvement climatique mondial. Il est repris par Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Citation :
En ce moment même, les effets du changement climatique se font déjà sentir sur les populations d’Afrique. Les recherches effectuées montrent que le changement de température se répercute sur la santé, les moyens de subsistance, la production alimentaire, la disponibilité en eau et la sécurité globale des Africains.

D’après l’indice de vulnérabilité au changement climatique de 2015, sept des dix pays les plus menacés par le changement climatique sont en Afrique.


Les précipitations ont diminué dans une grande partie du Sahel et de l’Afrique australe, et ont augmenté dans certaines régions d’Afrique centrale. Au cours des 25 dernières années, le nombre de catastrophes météorologiques telles que les inondations et les sécheresses a été multiplié par deux. Cela explique pourquoi l’Afrique connaît le taux de mortalité dû aux sécheresses le plus élevé du monde.

1. Impacts sur les régimes météorologiques


Un village envahi par le désert en Mauritanie. 01/01/1984. Mauritanie
Photo ONU / John Isaac. CC BY-NC-ND 2.0

Inondations

L’inondation est la catastrophe la plus courante en Afrique du Nord, elle arrive en deuxième position en Afrique de l’Est, australe et centrale et en troisième position en Afrique de l’Ouest (AWDR, 2006).

En Afrique du Nord, les inondations catastrophiques qui ont frappé le nord de l’Algérie en 2001 ont fait 800 morts et provoqué une perte économique d’environ 400 millions de dollars. Au Mozambique, les inondations de 2000 (aggravées par deux cyclones) ont causé 800 morts, bouleversé la vie de près de 2 millions de personnes, dont environ 1 million manquait de nourriture, déplacé 329 000 habitants et détruit des terres agricoles (AWDR, 2006).

Sécheresses

Entre juillet 2011 et la mi-2012, une sécheresse intense considérée comme “la pire sécheresse depuis 60 ans” a touché l’ensemble de l’Afrique de l’Est.

2. Impacts sur l’approvisionnement en eau et la qualité de l’eau

Parmi les effets observables du changement climatique sur les ressources hydriques d’Afrique, on retrouve: inondations, sécheresses, modifications de la distribution des précipitations, assèchement des cours d’eau, fonte des glaciers et recul des masses d’eau.

Afrique de l’Ouest

Des économies entières souffrent lorsque les niveaux d’eau des énormes fleuves africains diminuent. Le Ghana, par exemple, est devenu totalement dépendant de l’énergie hydroélectrique du barrage d’Akosombo sur le fleuve Volta. Le Mali dépend du fleuve Niger pour la nourriture, l’eau et le transport. De longs tronçons du fleuve sont cependant aujourd’hui menacés de dévastation environnementale à cause de la pollution. Au Nigéria, la moitié de la population est privée d’accès à l’eau propre.


L'ampleur estimée du glacier du Kilimandjaro en 1912, et en 2002
Crédit: Delphine Digout, UNEP / GRID-Arendal

Glaciers du Kilimandjaro

La disparition progressive, mais spectaculaire, des glaciers du Kilimandjaro est le résultat du changement climatique (GIEC, 2001). Les glaciers jouent un rôle de château d’eau et plusieurs cours d’eau sont en train de s’assécher. On estime que 82 % de la glace qui couronnait la montagne lors des premiers relevés en 1912 a à présent disparu (IPCC, 2001).

3. Impacts sur l’agriculture et l’alimentation

Le paysage se transforme sur tout le continent. Les sécheresses, les vagues de chaleur et les inondations ont réduit le rendement des cultures et la productivité du bétail.

L’Afrique de l’Est fait face à la pire crise alimentaire du XXIème siècle. D’après Oxfam, 12 millions de personnes ont cruellement besoin de nourriture en Éthiopie, au Kenya et en Somalie. Les précipitations ont été inférieures à la moyenne, 2010/2011 étant l’année la plus sèche depuis 1950/1951. Cela pose un sérieux problème pour un continent dont l’agriculture dépend de la pluie.

4. Impacts sur la santé humaine


Des médicaments contre le paludisme. Nigeria
Photo: Arne Hoel / Banque mondiale. CC BY-NC-ND 2.0

Les pathologies liées au climat et les impacts sur la santé peuvent être importants dans les pays pauvres disposant de peu de moyens pour traiter et prévenir les maladies. Les impacts climatiques sur la santé comprennent, entre autres :

•Un stress thermique fréquent et intense lié à une augmentation continue de la température.

•La réduction de la qualité de l’air qui accompagne souvent les vagues de chaleur peut générer des problèmes respiratoires et aggraver les maladies respiratoires.

•Les impacts du changement climatique sur l’agriculture et d’autres systèmes alimentaires accroissent les taux de malnutrition et contribuent à la pauvreté. « Sachant qu’ une personne sur quatre est encore sous-alimentée en Afrique subsaharienne, les impacts du changement climatique rendent l’amélioration de la sécurité alimentaire et la réduction des tensions encore plus difficile à atteindre pour les gouvernements de la région. »

•La propagation du paludisme pourrait s’intensifier dans les zones où l’on prévoit une augmentation des précipitations et des inondations. L’augmentation des précipitations et de la température peut favoriser la dissémination de la dengue.

5. Impacts sur le logement

Les graves inondations et les sécheresses intenses ont détruit de nombreux logements, abris et villages sur le continent africain. Ces impacts sont exacerbés par les conflits liés au contrôle des ressources, conflits qui contribuent également aux migrations continues au sein et entre les pays africains.

Les phénomènes extrêmes déplacent un grand nombre de personnes, en particulier celles qui ne sont pas en mesure de faire face aux catastrophes et de rebâtir leur logement par manque de ressources.

“Les réfugiés du Soudan du Sud hébergés dans un camp de l’ONU vivent dans des eaux de crue contaminées par les égouts leur arrivant jusqu'aux genoux ce qui force certains parents à dormir debout pour pouvoir maintenir leurs enfants hors de l’eau”,
selon un reportage de la chaine de TV Al Jazeera d'aout 2014.


The UN is housing nearly 100,000 people in South Sudan in bases [Doctors Without Borders]

6. Impacts sur les populations vulnérables

En Afrique, les femmes, les enfants et les personnes âgées sont plus vulnérables aux impacts du changement climatique. De part leur rôle dans les réponses sociétales face au changement climatique comme après des événements météorologiques extrêmes (p. ex., migration des hommes), les femmes, en plus d’être mère, assument souvent des tâches en plus de leur travail.

La pénurie d’eau impose un fardeau additionnel aux femmes africaines, qui marchent pendant des heures et parfois des jours pour se procurer le précieux liquide (IPCC, 2014).

Les enfants et les personnes âgées sont plus exposés en raison d’une sensibilité supérieure aux maladies infectieuses, comme le paludisme, d’une mobilité limitée et d’une alimentation réduite. Les sécheresses, les vagues de chaleur et les incendies de forêt exposent les personnes âgées à un danger physique, voire au décès. La famine, la malnutrition, les maladies diarrhéiques et les inondations font de nombreuses victimes parmi les enfants. (IPCC, 2014).


Une Ethiopienne portant un baril d'eau
Crédit photo: 2006 Badadha Kule / IFPRI. CC BY-NC-ND 2.0

7. Impacts sur la sécurité nationale

Les impacts du changement climatique peuvent exacerber les problèmes de sécurité nationale et augmenter le nombre de conflits internationaux. Les conflits ont souvent pour origine l’utilisation de ressources naturelles, de terres fertiles et d’eau dont les quantités sont déjà limitées. Un accès en continu à des sources d’eau revêt une importance cruciale dans de nombreuses régions d’Afrique. La modification des périodes et de l’intensité des précipitations menace toutefois la disponibilité en eau, une ressource limitée aujourd’hui à l’origine de conflits (GIEC, 2014).

Selon un rapport des Nations Unies, l’accès à l’eau pourrait constituer la principale cause de conflits et de guerres en Afrique au cours des 25 prochaines années.

La modification des précipitations et de la température se répercute déjà sur le rendement des cultures en Afrique subsaharienne. Cela a entraîné des pénuries alimentaires qui ont déclenché une migration transfrontalière et des conflits intrarégionaux [lien inexistant] eux-mêmes à l’origine de l’instabilité politique au Nigéria, par exemple.

8. Impacts sur les écosystèmes


Bébé tortue de mer à Zanzibar
Photo par l'utilisateur Flickr Missy. CC BY 2.0

Le changement climatique a déjà altéré les écosystèmes marins et d’eau douce en Afrique de l’Est et australe et les écosystèmes terrestres en Afrique australe et de l’Ouest. Les phénomènes météorologiques extrêmes ont mis en évidence la vulnérabilité de certains écosystèmes d’Afrique australe. Les habitudes migratoires, l’aire de répartition géographique et l’activité saisonnière de nombreuses espèces terrestres et marines ont muté en réponse au changement climatique. L’abondance des espèces et leurs interactions se sont également modifiées (GIEC, 2014).

Le continent africain, bien qu’il soit moins responsable que d’autres des facteurs anthropiques à l’origine du changement climatique, est pourtant celui qui en souffre le plus.


Creative Commons License

Photo de 350.org
Ecrit par 350.org
Traduit par Blogueurs invites


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Jeu 17 Déc - 5:42


"froid et climatisation"


Tunisie: à Sidi Bouzid, cinq ans après la révolution, la désillusion s'enracine
16/12/2015

Un portrait géant de Mohamed Bouazizi surplombe le centre de Sidi Bouzid, où l'icône de la révolution tunisienne s'était immolé le 17 décembre 2010. Mais cinq ans après, la fierté a laissé la place au ressentiment, alimenté par la misère sociale et la menace jihadiste


Portrait de Mohamed Bouazizi, en plein Boulevard du Martyr. Photo par Callum Francis Hugh, Nawaat

Citation :
"La révolution? Voilà ce qu'elle m'a apporté", lance Nessim, 20 ans, montrant ses poches vides sous les rires de ses amis. "Les études ne mènent plus à rien. Alors tu as le choix entre une filière professionnelle et devenir maçon. Dans les deux cas, tu seras toujours méprisé par la société", poursuit le jeune homme qui suit une formation en "froid et climatisation".

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un vendeur ambulant de 26 ans excédé par la précarité et les brimades policières, s'immolait par le feu, déclenchant le soulèvement qui allait renverser en quatre semaines le dictateur Zine El Abidine Ben Ali puis susciter une vague de révoltes dans le monde arabe.

Cinq ans après, la Tunisie, qui a réussi sa transition politique, fait figure de rescapé dans une région tourmentée. Mais son économie, elle, reste à l'arrêt.

Au niveau national, le taux de chômage dépasse 15% et atteint même 32% chez les jeunes diplômés. Il est proche du double à Sidi Bouzid, cité de 50.000 habitants au coeur d'une région de longue date défavorisée, où l'horizon paraît désespérément bouché.

- 'Le citoyen a raison' -

La liberté acquise avec la révolution, "c'est bien mais ça ne nous donne pas de quoi manger", insiste une quinquagénaire qui vend des vêtements usagés au marché et souhaite rester anonyme.

Comme beaucoup, Mohamed Azri regrette l'ère Ben Ali. "Je ne glorifie pas la personne mais on est obligé de le constater: c'était mieux avant", assène-t-il.

"Ma fille est diplômée en chimie fine, elle ne trouve pas de travail. Et moi je me retrouve parfois obligé de vendre une brebis pour payer la note de l'épicier. (...) Rien n'a changé, les prix ont juste augmenté", déplore cet agriculteur en réchauffant ses mains au-dessus d'un brasero.

Gouverneur de Sidi Bouzid, Mourad Mahjoubi assure comprendre la déception: "le citoyen a raison. Il se dit +j'ai fait la révolution (...) essentiellement à cause de l'inégalité entre les régions+, et il ne voit toujours pas" de changement".

"Mais il faut aussi prendre en compte les circonstances exceptionnelles de l'après-révolution", affirme-t-il à l'AFP.

Jusqu'à récemment, "on gérait le quotidien. Il était impossible de planifier et le niveau des revendications était très haut. (...) Cette année, on a recommencé à prévoir sur le court, moyen et long terme", plaide le responsable.

Il évoque plusieurs grands projets, dont des autoroutes reliant Tunis et Sfax, la deuxième ville du pays, et s'efforce surtout d'insuffler de l'espoir. "D'ici deux à trois ans, nous sentirons le début d'un changement dans le gouvernorat", promet-il.


Colère et désenchantement vis-à-vis de la classe politique
Photo par Callum Francis Hugh, Nawaat


- 'Nous avons peur' -


En attendant, au marasme économique s'ajoute désormais la menace sécuritaire, dans un pays frappé en 2015 par trois attentats majeurs revendiqués par le groupe Etat islamique.

Le 13 novembre, la décapitation d'un berger de 16 ans sur le mont Mghilla, près de Sidi Bouzid, a également horrifié le pays. Des jihadistes se réclamant de l'EI l'ont accusé d'être un informateur et ont obligé son jeune cousin à ramener sa tête à la famille.

"Il était mon soutien et le terrorisme me l'a pris", dit tristement sa mère Zaara, qui vit comme toute la famille dans une grande pauvreté à Daouar Slatniya, au pied de la montagne.

L'Etat est en train de lui construire une nouvelle maison, juste à côté des deux pièces sans eau courante où elle dort sur un mince matelas à même le sol. Des travaux sont aussi en cours pour transformer en route la piste qui mène à ce hameau isolé, entouré d'oliviers et de figuiers de Barbarie.

16/12/2015 14:58:24 - Sidi Bouzid (Tunisie) (AFP) - Par Inès BEL AIBA - © 2015 AFP




photos tirées du reportage A Sidi-Bouzid, l’abstention est la voix des Sans-voix !  Témoignages recueillis par Henda Chennaoui, photos et vidéo par Callum Francis Hugh




Porteur d’espoir, un enfant de Sidibouzid
Photo par Callum Francis Hugh, Nawaat


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Sam 19 Déc - 8:32


Dieretou Diallo, blogueuse Guinéenne. Avec sa permission

Témoignage d'une blogueuse guinéenne sur les abus de la police des frontières commis au nom des mesures anti-terroristes

From Africtivists to Mondoblog, péripéties d’une guinéenne à Dakar 15 décembre 2015


Cars Rapides à Dakar. Crédit Photo : fraggedreality (flickr.com)

Par trois ou quatre fois, j’ai failli ne pas m’y rendre. Qu’y ferais-je ? Avec des gens que je ne connais pas, que j’ai brièvement côtoyé seulement sur internet. Est-ce que ça vaut le coup au final ? Je n’avais pas la tête à ça, je ne voulais pas me forcer à sourire, à faire mine de m’intéresser aux discussions, aux ateliers de formation ou même aux gens alors que j’étais en deuil, et que papa me manque férocement. Cela faisait une semaine que j’enchainais les nuits blanches, aux prises avec de coriaces insomnies. Puis on m’y a encouragée, on m’y a obligée presque et je ne regrette tellement pas d’avoir cédé.


Citation :
Du Sénégal, je ne connaissais que le nom et de lointaines anecdotes contées par ma mère, Toucouleur d’origine sénégalaise. J’étais conviée au premier sommet de la ligue des blogueurs et activistes africains, rencontre physique de plusieurs e-citoyens engagés pour la démocratie dans leurs pays respectifs et ayant pour objectif de concrétiser l’initiative du réseau Africtivistes. Le sommet durerait trois jours puis je basculerais dans un nouveau bain, non moins coloré, non moins diversifié : celui des Mondoblogueurs qui tiennent leur formation à Dakar avec l’équipe de l’Atelier des Médias de Radio France Internationale.

Je suis quelqu’un de nature extravertie, rencontrer du beau monde ne me fait pas peur, j’adore tenir de longues discussions, débattre à souhait de tout et de rien (dès lors qu’il y a matière et que le sujet m’intéresse). Aussi en règle générale, de telles rencontres sont choses qui m’enchantent. Mais voilà, papa était parti et je n’étais même pas sûre d’être prête à affronter mon quotidien habituel, banal ici à la fac, à plus forte raison participer à d’aussi grands et ponctuels croisements de cultures et de personnalités différentes qui laissent des impressions indélébiles. Maintenant avec du recul, je pense m’en être bien sortie même si la succession de malencontreux événements ont quelque peu terni mon séjour mais n’en n’ont pas moins révélé la saveur et l’intensité.

En effet j’aurais dû me douter que ce ne serait pas un voyage comme les autres lorsque le 25 Novembre, alors que j’embarquais de Nice pour Paris, les douaniers ont jugé utile de retourner la moitié de ma valise de cadeaux destinée à ma famille en Guinée (qu’un ami blogueur croisé à Dakar devait leur faire parvenir) sans raison apparente. Irritée, je décide de faire contre mauvaise fortune, bonne figure. Ce n’est pas bien grave, avais-je dédramatisé. Je rachèterais d’autres cadeaux sur place, une fois arrivée que je ferai emballer. C’est ainsi que j’arrive à Paris Roissy Charles De Gaulle en escale, le temps est tellement grisâtre par ces temps d’attentats, de prochaines législatives (mais aussi de COP21) que je suis bien heureuse de pouvoir m’échapper de cette atmosphère au moins quelques jours.

Embarquement pour Dakar, catastrophe. Je tombe sur un douanier plein d’aigreur et raciste. Je ne pense pas ressembler à quelque extrémiste dans mon jean moulant, mon débardeur et mes escarpins de 10cm. Pourtant je fais l’objet d’une fouille mesquine, désagréable, et plus loin d’abus de pouvoir avec cette phrase lancée avec dédain face à mon impatience : « Je prends autant de temps que je veux, je peux décider que l’on descende vos bagages de la soute pour les fouiller sans explications, je le fais si j’en ai envie et vous raterez votre avion puis c’est tout ». Il me balance les yeux méchants : « Vous parlez français ou pas ? » Ce à quoi je rétorque du tac au tac « : Je ne sais pas, essayez pour voir. » La couleur de notre entretien est donnée. Questions poussées : objet de mon voyage, durée de mon voyage, raison de ma présence en France, date d’arrivée en France et j’en passe. Mon bagage de cabine est minutieusement retourné, mon passeport est ausculté sous toutes ses facettes, mes chaussures sont renversées, histoire de voir si quelque chose y est caché, ma trousse de maquillage est passée au peigne fin. Exaspérée, j’avance cinglante : « Vous voulez pas que je me foute à poil non plus ? Est-ce que j’ai l’air d’une terroriste ? « . Je ne me laisse pas faire et cela le met de mauvaise humeur car annihilant la piteuse autorité qu’il veut imposer, il s’acharne, je m’énerve : « J’ai hâte de finir mes études et de me barrer d’ici ». Il répond : « Oui c’est ça, partez tous ! ». Sourire ironique, je lui réponds que je resterai, rien que pour le plaisir de faire chier des gens comme lui. Je bous de colère, d’impuissance.


C’est aussi cela la France d’aujourd’hui, un pays qui cède de plus en plus au repli identitaire et à la xénophobie.

Plus de quarante cinq minutes d’élucubrations, de va-et-vients au bout desquelles je suis au bord des larmes, je n’ai pas d’énergie pour lutter en ce moment. Je trouve tout de même l’ultime force de lancer  : « Si l’avion part, et que vous ne trouvez rien dans mes bagages en soute par la suite, je ne répondrai plus de moi. Je ferai un scandale, je m’en fiche d’aller au commissariat. Je viens de perdre mon père et la dernière chose dont j’ai besoin, c’est qu’on me traite comme une moins que rien. » Petite tirade qui a du trotter dans leurs esprits. Ils ne trouvent rien, et sont bien obligés de me laisser partir après quelques vaines tentatives de justifications et recommandations pour la suite de mon parcours. J’embarque en dernier toute chamboulée, les portes de l’avion se referment juste après moi. « Dakar commence bien » me dis-je. Le vol se déroule sans encombre et l’aventure commence à Dakar. Sauf,… sauf qu’une valise est restée à Charles De Gaulle. Nouveaux tiraillements avec Air France qui tarde à me l’expédier et je n’obtiens ma valise que 72h après mon arrivée, c’est-à-dire à la fin de mon sommet, après avoir porté le même Jean plus de 48 heures.

C’étaient trois jours palpitants, rythmés de séances de discussions animées, d’ateliers instructifs de pauses café, déjeuners succulents, de rencontres passionnantes. J’ai rangé la perte de mon père dans un coin de ma tête et j’ai profité de chaque instant. J’en ressortais nettement plus outillée, plus vivante. Des Africains de l’est, de l’ouest, du nord, du sud, du centre, des rires à gorge déployée, des cultures différentes. Cet excellent orateur et maître de cérémonie que fut l’Ivoirien Cyriac Gbogou, juste équilibre entre sérieux et ton badin tout au long du sommet. L’opportunité de rencontrer physiquement le ministre sénégalais de la culture et très célèbre artiste Youssou N’dour venu nous dire bonjour mais aussi Cheick Fall, Aisha Dabo, Mohamed Diaby, Moussoukoro Diop,Demba Gueye, Cedric Kalonji, Anna Gueye, … des personnes engagées, des monuments dans leurs pays, et sans aucun doute des exemples pour tous.

Certes il m’arrivait de devoir me retirer une heure environ dans un coin seule, coupée de tous pour souffler, reprendre mes esprits, penser à papa, faire le point moralement de la journée car avant tout, c’est dur de sourire constamment à des inconnus quand le cœur n’y est pas, de devoir montrer que l’on est forte quand on a juste envie de s’effondrer. Mais ma cachette fut bientôt découverte (comment ? je ne sais pas, je pense avoir été suivie par un indic’ :-p ) et chaque fois que je m’y refugiais, un activiste arrivait plein de sollicitude : « Tout va bien Dieretou ? » ou encore « Tu es sûre que ça va ? ». Et un de ces jours, on m’a envoyé le président de l’association des blogueurs guinéens lui-même : « Elle se cache là-bas, va la voir ». J’avais envie de leur crier : « Mais OUI, tout va bien, j’ai juste envie de me retrouver seule un petit moment . » Si bien que j’arrêtai de m’y rendre, craignant de passer pour la dépressive du coin. Smile

Mais j’étais emplie de joie, car tous ces gens qui ne me connaissaient ni d’Adam ni d’Eve faisaient malgré tout attention à moi, à mon bien-être, me prenaient dans leurs bras, me taquinaient, félicitaient mon courage d’être là lorsqu’ils apprenaient la raison de ces retraites solitaires. J’ai eu droit à un nombre incalculable de câlins, j’ai pleinement aspiré les parfums de chacun d’eux, senti des odeurs agréables d’After-shave que je retiendrai toute ma vie. J’ai fait ma réserve de bisous pour le reste de l’année, avec des barbes d’un jour qui me piquaient agréablement les joues. Tout ça me regonflait, me boostait. J’étais choyée, c’était exactement de cela dont j’avais besoin. Et cette chaleur humaine gommait presque toute ma tristesse. Africtivistes a été une cure pour moi, j’étais en de bonnes mains. De la nourriture pour l’âme, le cœur et l’esprit. L’aventure s’est terminée avec une escapade à Gorée, chaque particule de mon corps a pleinement vécu l’expérience, cette île ainsi que son histoire vous agrippent à la gorge. Pendant que la chaloupe naviguait sur l’océan, je sentais un bien-être inégalé m’envahir. Je m’étais faite une nouvelle famille et elle était juste là à mes côtés.

Puis je suis passée avec les blogueurs du réseau Mondoblog, toute autre expérience mais tout autant plaisante. A laquelle j’aurais aimé profiter comme avec Africtivistes mais le sort continuait à m’en faire voir de toutes les couleurs. Bientôt, je me rendis compte que j’avais perdu ma pièce d’identité française quelque part entre mon déménagement de l’hôtel N’diambour où je résidais pour le sommet vers la villa Keur Mithiou, document sans lequel je ne peux pas revenir en France. Sans tarder, il faut engager les démarches auprès du consulat français au Sénégal afin qu’ils me fournissent de nouveaux papiers pour rentrer chez moi, je ne pouvais pas m’absenter longtemps et mon billet retour est déjà pris. Les cours m’attendent, les examens, etc. Je commence à stresser de ne pouvoir pas rentrer dans les temps, car il faut un délai de traitement du dossier au consulat même en cas d’urgence. Je participe aux ateliers de formation de l’Atelier des Médias, mais j’ai un peu l’esprit ailleurs, je dors mal. Le séjour prend une teinte ocre pour moi.

Mais Mondoblog 2015, ce fut tout de même des rencontres intéressantes, originales. Pendant une semaine, c’étaient des trajets en bus partagés, des repas pris ensemble, une atmosphère bonne enfant et certains ateliers qui me parlaient plus que d’autres. Tout le monde était d’une gentillesse inouïe avec moi, j’ai reçu des condoléances avec des mines attristées mais je me veux rassurante en les remerciant : je vais mieux et même bien. Je tisse une relation particulière avec les Mondoblogirls de ma chambre : Françoise une française énergique et qui est toujours de bonne humeur et Emma, une Haitienne aussi tendre que son prénom, avec qui je me lie tout de suite d’amitié, complice de mes sorties nocturnes.

Les jours passent avec une vitesse affolante et je m’attache au Sénégal en dépit des mésaventures administratives qui me poursuivent avec constance car bientôt je ne tarde pas à perdre mon portefeuille tout entier cette fois, avec tous mes papiers et mes devises étrangères dans un taxi le jour J de mon départ (déjà repoussé une fois) mais bon passons. Je retiens des Mondoblogueurs, des gens joyeux, portés sur des moments partagés autour d’une bonne bière (salutations au Crew de la « dibiterie » Chez La Congolaise


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Jeu 24 Déc - 10:46


Hocine Aït Ahmed



1926 - 2015

wikipédia a écrit:
Hocine Aït Ahmed (en kabyle : Ḥusin At Ḥmed), né le 20 août 1926 à Aït Yahia (Ain El Hammam, dans la wilaya de Tizi-Ouzou) en Algérie, et mort le 23 décembre 2015 à Lausanne (Suisse)1, est un homme politique algérien.

Après avoir été pendant la guerre d'indépendance algérienne l'un des principaux chefs du Front de libération nationale (FLN), Aït Ahmed démissionne du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et de tous les organes du nouveau pouvoir lors de la crise de l'été 1962. En septembre 1963, il fonde le Front des forces socialistes (FFS), qui réclame le pluralisme politique face au verrouillage de la vie politique imposé par le système du Parti unique.

Arrêté et condamné à mort en 1964, il s'évade de la prison d'El Harrach le 1er mai 1966. Exilé en Suisse, il devient docteur honoris causa. Il rentre en Algérie après les émeutes de 1988 mais quitte de nouveau son pays après l'assassinat du président en exercice, Mohamed Boudiaf, en 1992. Il reviendra à plusieurs reprises en Algérie, notamment à l'occasion du 50e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération (1er novembre 1954).[...]


Hocine Aït Ahmed, combattant de l'indépendance et infatigable militant de la démocratie en Algérie est mort
Saïd Djaafer  HuffPost Algérie  23/12/2015
 
Hocine Aït Ahmed, dirigeant historique de la lutte pour l'indépendance et militant de démocratie en Algérie est mort aujourd'hui, 23 décembre 2015, à Lausanne, en Suisse, apprend-on de sources familiales. Le corps du valeureux militant de la cause nationale et de la démocratie va être rapatrié en Algérie, indique-t-on de même source


Citation :
Hocine Aït Ahmed, 89 ans, a été victime au début de l'année d'un accident vasculaire cérébral qui l'a affaibli. Militant de la cause nationale depuis sa jeunesse, Hocine Aït Ahmed, a présenté, au comité central du Parti du Peuple Algérien (PPA) en 1948, un rapport qualifié de décisif sur les formes et la stratégie de la lutte armée pour l’indépendance.

Il dirigera l'Organisation Spéciale (OS) en successeur de Mohamed Belouizad, atteint de tuberculose. Il a accompli un grand travail de structuration de l'Organisation Spéciale. Hocine Aït Ahmed est l'une des dernières grandes figures de la révolution algérienne. Il incarne aussi l'opposition démocratique en se positionnant, dès l'indépendance, contre le parti unique et la mise en place d'un système autoritaire.

Son mot d'ordre qui continue d'avoir une grande résonance et qui reste d'actualité est: "le patriotisme aujourd'hui, c'est la démocratie". Hocine Aït Ahmed est probablement l'homme politique algérien qui a subi les campagnes de dénigrements les plus systématiques et les plus longues en Algérie.


Hocine Aït Ahmed actus
v



Délégation des principaux dirigeants du FLN (de gauche à droite : Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella) après leur arrestation à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l'armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis, en direction du Caire (Égypte)

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Ven 22 Jan - 16:37

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la patience a fini par se tarir

En Tunisie, la contestation sociale s’étend Charlotte Bozonnet (avec Khansa Ben Tarjem à Kairouan) Le Monde 22.01.2016


Devant le siège du gouvernorat de Kasserine, le 21 janvier MOHAMED KHALIL / AFP

« Je suis sans travail depuis treize ans et je suis un technicien qualifié. On ne demande pas la charité mais seulement un droit au travail », racontait Mohamed Mdini, un des manifestant

d'autres photos
Depuis plusieurs jours, des milliers de jeunes Tunisiens manifestent à Kasserine, et dans sa région, située dans le centre-ouest du pays. Le mouvement de protestation a débuté après le suicide, le 17 janvier, de Ridha Yahyaoui, un homme qui se serait vu refuser un emploi dans la fonction publique. Ces manifestations se sont étendues à plusieurs villes du pays, dont Kairouan, ou Sidi Bouzid, d’où était parti le mouvement qui avait conduit à la destitution du président Ben Ali, en 2011.

Citation :
A Kasserine, le 20 janvier. Les incidents ont débuté dimanche 17 janvier après le décès, la veille, d’un chômeur de 28 ans, Ridha Yahyaoui, mort électrocuté après être monté sur un pylône. Il protestait avec d’autres contre son retrait d’une liste d’embauches dans la fonction publique.

Des membres des forces de l'ordre à Ennour, près de Kasserine.

D'autres affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont été signalés, comme ici, à Ennour, près de Kasserine.

Dans une rue de la ville, située à moins de cent kilomètres de Sidi Bouzid, où, en janvier 2011, Mohamed Bouazizi s'était immolé par le feu.

Manifestations de chômeurs, routes coupées, heurts avec la police, occupations de gouvernorats : une semaine après la mort d’un jeune chômeur dans la ville de Kasserine (centre-ouest), la contestation continue de s’étendre en Tunisie. Après les villes de l’intérieur du pays, plusieurs quartiers de la capitale, Tunis, ont été à leur tour le théâtre d’incidents dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 janvier, notamment la grande cité populaire d’Ettadhamen. Les autorités ont décrété vendredi un couvre-feu dans toute le pays entre 20 h et 5 h, en réaction aux « atteintes contre les propriétés publiques et privées ».

Le premier ministre Habib Essid a annoncé jeudi qu’il écourtait son séjour en Europe, où il participait au Forum de Davos, et doit présider samedi matin un conseil des ministres exceptionnel alors que le pays vit une crise sociale sans précédent depuis la révolution de décembre 2011. Il a déclaré vendredi que la situation était « maîtrisée ».

Le détonateur a été la mort, à Kasserine, samedi, d’un jeune de 28 ans, Ridha Yahyaoui, électrocuté après être monté sur un pylône alors qu’il protestait contre son retrait d’une liste d’embauches dans la fonction publique. Dans les régions déshéritées de l’intérieur du pays, l’entrée dans la fonction publique est quasiment la seule chance de trouver un emploi stable pour une jeunesse dont le taux de chômage atteindrait les 30 %. La décision du premier ministre, lundi, de limoger le sous-préfet de Kasserine, soupçonné d’avoir manipulé les listes d’embauche, n’aura pas permis de calmer les esprits.


Transition politique périlleuse

En une semaine, les mouvements de protestation contre le chômage et les inégalités se sont étendus à d’autres villes de la région dont Thala, proche de Kasserine, ou encore Sidi Bouzid, le berceau de la révolution, faisant plusieurs centaines de blessés, et un mort mercredi à Feriana (30 km de Kasserine) : un policier dont le véhicule se serait renversé.

Les manifestations ont gagné, jeudi 21 janvier, de nouvelles régions, comme à Siliana (gouvernorat du Kef, nord-ouest) ou encore Kairouan (nord). Dans la soirée, de jeunes manifestants sont sortis dans le quartier populaire d’Ettadhamen en périphérie de Tunis. Selon les médias, certains s’en seraient pris à des magasins et à une agence bancaire. Vendredi matin, les autorités ont affirmé que 16 personnes avaient été interpellées au cours de la nuit à la suite de « saccages et pillages ». Le ministre de l’intérieur, Walid Louguini, a dénoncé une « tentative, de la part de criminels, de profiter de la situation ».  


« On veut juste avoir du travail, rien d’autre. On veut les mêmes mesures que pour Kasserine  », explique Ahmed, chômeur, lors d’une manifestation à Kairouan


A Kasserine, la police a tiré des gaz lacrymogène pour disperser des manifestants qui bloquaient des routes. Selon l’AFP, le couvre-feu instauré depuis deux jours n’était pas plus respecté que la veille. A Kairouan, un groupe de chômeurs avait envahi dans la matinée le gouvernorat, installant dans le hall du bâtiment les drapeaux de l’Union des diplômés chômeurs et exigeant de rencontrer le gouverneur. « On veut juste avoir du travail, rien d’autre. On veut les mêmes mesures que le gouvernement a décidées pour Kasserine », expliquait Ahmed, chômeur, veste en jean et casquette bleue sur la tête.

Face à la contestation, le gouvernement avait en effet annoncé pour la grande ville du centre la création de 5 000 emplois. Une annonce qui avait provoqué la formation, jeudi devant la municipalité, de longues files d’habitants espérant en bénéficier. Mais quelques heures plus tard, le ministère des finances expliquait qu’une erreur avait été commise : il ne s’agissait pas de 5 000 emplois mais de 5 000 chômeurs pouvant bénéficier d’un dispositif d’aide à l’emploi. Erreur de communication ou prise de conscience que l’objectif ne pouvait être tenu ? La bourde n’a en tout cas pas contribué à apaiser la situation.

L’inquiétude est nourrie par la similitude des événements actuels avec le scénario qui avait abouti à la chute de Zine El-Abidine Ben Ali. En décembre 2010, l’immolation d’un vendeur de rue, Mohamed Bouazizi, avait déclenché des manifestations à Sidi Bouzid, suivie par les villes de Kasserine puis Thala au centre avant de s’étendre au reste du pays et au Grand Tunis, à travers la cité d’Ettadhamen. Un mois après, le président Ben Ali quittait le pays, après vingt-trois ans de règne.


« Pas de baguette magique »

Les motifs d’exaspération étaient alors le manque d’emplois, la corruption, les inégalités sociales et régionales sur fond d’accaparement des richesses par l’entourage du président Ben Ali. Les mots d’ordre étaient ceux de la dignité et de la justice sociale. Or, cinq ans plus tard, les habitants des régions de l’intérieur sont exaspérés par l’absence de changements dans leurs conditions de vie. Présentée comme une exception dans le paysage des révolutions arabes, la Tunisie a été entièrement absorbée par sa périlleuse transition politique. Les urgences économiques et sociales sont, elles, restées en suspens. « Depuis 2011, les gouvernements successifs se sont contentés de la gestion des affaires courantes, sans proposer de politique ni de vision réelle », estime Iyed Dahmani, député de Siliana.

Le tourisme, en déclin déjà avant la révolution, qui représente 7 % du PIB, a souffert des attentats qui ont ensanglanté le pays en 2015. Les investissements étrangers sont également à la baisse. La croissance a plafonné à 0,5 %. Dans ce contexte économique morose, les régions de l’intérieur du pays, traditionnellement marginalisées par rapport au littoral, ont doublement souffert. En outre, depuis des décennies, les gouvernements successifs ont promis des plans d’investissement massifs qui n’ont jamais vu le jour.

A Davos, le premier ministre a déclaré que le chômage était « le problème essentiel (…) et l’une des priorités du gouvernement ». Mais « nous n’avons pas de baguette magique pour en finir en peu de temps », a plaidé Habib Essid. Un appel à la patience que reprend M. Dahmani : « Les chômeurs, les jeunes, savent que la création d’emplois ne pourra se faire du jour au lendemain mais ils ont besoin de voir qu’un processus est en cours. »


Charlotte Bozonnet avec Khansa Ben Tarjem à Kairouan

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 25 Jan - 19:18

Algérie

Tunisie

citoyens-flics, nous voilà !

Les citoyens s’associent aux forces de l’ordre contre les pillages

La Tunisie sur une poudrière 24.01.16

Les manifestations contre la pauvreté et le chômage ont cédé la place, durant les dernières 48 heures, à des actes nocturnes de pillage, à travers la République, obligeant le ministère de l’Intérieur à instaurer le couvre-feu


Mourad Sellami a écrit:
Les citoyens ont prêté main-forte aux forces de l’ordre pour rétablir la situation. D’ailleurs, plusieurs manifestations citoyennes ont été organisées en soutien à l’armée et aux forces de l’ordre, notamment à Feriana, Kasserine, Siliana, Bizerte et Menzel Bourguiba.

Sur un autre plan, des groupes d’auto-défense ont été organisés par les citoyens dans les villes de Gabès, Sfax, Nabeul, Bizerte, Kasserine et bien d’autres pour soutenir les forces de l’ordre à faire face aux casseurs et braqueurs.

Dans le même ordre d’idées, les cités Ennour et Ezzouhour à Kasserine, sièges d’affrontements jeudi soir entre les manifestants et les forces de l’ordre, ont été nettoyées par leurs habitants durant la journée d’avant-hier. Kasserine, berceau des dernières manifestations, n’a pas vécu d’attaques des institutions gouvernementales ou privées.

Donc, là où la société civile est forte et assume son rôle d’encadrement, les casseurs et les délinquants ont été maîtrisés.
Dans d’autres régions, comme Le Kram, Bab Jedid ou la cité Ettadhamen à Tunis, Sidi Bouzid, El Alia, Bizerte et d’autres points chauds, des bandes de délinquants ont essayé d’enfreindre le couvre-feu pour attenter aux biens publics ou privés. Mais le couvre-feu et la vigilance citoyenne aidant, la situation a été maîtrisée.

Le ministère de l’Intérieur a mis à la disposition des citoyens des numéros verts pour dénoncer les agissements suspects. Sur un autre plan, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a adressé avant-hier un discours aux Tunisiens pour annoncer le couvre-feu et réclamer du gouvernement de faire davantage d’efforts contre le chômage et la pauvreté. Le président tunisien a également tenté de rassurer ses citoyens et les pays étrangers sur la stabilité de la Tunisie.

La surenchère de Marzouki

La situation désormais instable en Tunisie a fait réagir l’ex-président Moncef Marzouki qui a appelé, dans une interview avant-hier sur France 24, à un dialogue national pour discuter de l’avenir du pays et installer un gouvernement de sortie de crise. Marzouki n’appelle pas clairement à des élections anticipées, mais considère que le gouvernement de Habib Essid n’a aucun avenir et que le chef du gouvernement n’est qu’un «agent administratif auprès du président de la République».

Comble de la surenchère, Marzouki accuse clairement les Emirats arabes unis de fomenter des troubles contre le Printemps arabe et contre la révolution en Tunisie. L’ex-président tunisien défend par contre le Qatar et le présente comme un allié des pays du Printemps arabe.

Les propos de Marzouki sur les Emirats ont obligé le ministère tunisien des Affaires étrangères à publier, illico presto, un communiqué condamnant fermement ces déclarations qui pourraient nuire aux excellentes relations de fraternité entre la Tunisie et les Emirats.

Concernant l’alternative politique du congrès de salut national, proposée par Marzouki, le président du parti Ennahdha, Rached Ghannouchi, a considéré qu’il est inadmissible de tout recommencer à zéro après une seule année de pouvoir. «Personne n’a la capacité de réaliser le miracle de trouver un emploi à 700 000 chômeurs  d’un seul coup», s’est-il exclamé avant d’ajouter qu’il faut donner le temps au gouvernement Essid pour pouvoir mener à bien sa stratégie, sachant que ce cabinet n’est ni idéal ni nul.

«C’est un gouvernement qui comprend des compétences en son sein», a-t-il enchaîné, en mettant l’accent sur le fait qu’on avait, par le passé, promis monts et merveilles après le départ de la troïka du pouvoir.

Mais les choses ne se sont pas arrangées, même après son départ, a-t-il ajouté. «C’est plutôt la situation qui est très compliquée en Tunisie», a conclu Ghannouchi.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Sam 13 Fév - 1:16


l'amande à Mandela ?



L’Afrique du Sud traumatisée par des scandales à répétition Martin Mateso@GeopolisFTV 12/02/2016


Les députés de l'opposition radicale vêtus de leurs combinaisons rouges quittent l'hémicyle du parlement sud-africain dans le vacarme, le 11 février 2016. Ils ont interrompu pendant une heure le discours de Jacob Zuma
© Photo AFP/Schalk Van

Citation :
Des députés l'opposition radicale quittent parlement sud-africain

Tous les observateurs le reconnaissent, l’Afrique du Sud n’a jamais connu une crise aussi grave depuis la fin de l’apartheid en 1994 et l’arrivée au pouvoir de l’ANC de Nelson Mandela. Depuis des semaines, l’opposition veut pousser le président Jacob Zuma à la démission. Empêtré dans une affaire d’abus de bien sociaux, le chef de l’Etat a été très fragilisé en pleine crise économique.

Jacob Zuma a dû patienter pendant une heure, alors qu’il prenait la parole au parlement du Cap, le 11 février 2016. Son discours sur l’état de la nation a été interrompu par les députés de l’opposition radicale vêtus de leurs traditionnelles combinaisons rouges et de leurs casques d’ouvriers.
 
Ils ont chanté des slogans hostiles au chef de l’Etat avant de quitter l’hémicycle dans le vacarme.
 
«Zuma ne mérite le respect de personne. Il nous a volés, il a corrompu l’économie de l’Afrique du Sud, nous ne le reconnaissons pas comme président», a martelé Julius Malema, leader des Combattants de la liberté économique.
 
«Rends l’argent ! Rends l’argent !»


Jacob Zuma voleur ? Ses détracteurs le traite de tous les noms depuis qu’il est au cœur du «scandale Nkandlla», du nom de sa luxueuse résidence provinciale privée, rénovée aux frais du contribuable pour l’équivalent de 20 millions d’euros. Même ses avocats ont fini par reconnaître que l’affaire a «traumatisé la nation».
 
Le scandale de Nkandla est devenu un véritable boulet pour le président et un symbole des accusations de corruption qui planent sur son gouvernement et son parti, le Congrès national africain.
 
Sous couvert de travaux de sécurité, la maison avait notamment été enrichie d’un poulailler, d’un amphithéâtre ou encore d’une piscine, décrite comme «un réservoir d’eau en cas d’incendie». Tout cela aux frais du contribuable.
 
En 2014, la médiatrice de la République chargée de veiller à l’utilisation des deniers de l’Etat s’empare du dossier et rend un rapport accusant Jacob Zuma d’avoir «indument bénéficié» des travaux. Elle recommande que l’intéressé rembourse une partie des sommes.
 

Le président sud-africain Jacob Zuma arrive au parlement du Cap, le 11 février 2016
pour prononcer son discours sur l'état de la nation

© Photo AFP/Rodger Bosch

Depuis de longs mois, Jacob Zuma ne peut plus paraître au Parlement sans que certains députés ne scandent « Rends l’argent ! Rends l’argent ! »

«Il y a eu un abus de biens publics d’un niveau extraordinaire, au profit d’une seule famille, dans un pays où la plupart des familles ont tout juste accès à la nourriture, l’éducation, la santé et le logement», confie à l’AFP Anton Katz, avocat du parti libéral Alliance démocratique (DA).
 
Jacob Zuma a d’abord nié les faits et refusé de rembourser le moindre centime, avant de faire volte-face en annonçant qu’il était prêt à rembourser une partie des 20 millions d’euros d’argent public utilisés pour rénover sa résidence.
 
Mais cette concession surprise ne suffira sans doute pas à balayer le scandale. L’opposition, qui a saisi la cour constitutionnelle, veut aller jusqu’au bout. Elle espère faire chuter le chef de l’Etat.

Les inégalités alimentent le démon du racisme

Le mécontentement politique et populaire qui agite le pays s’explique aussi par la grave crise économique que traverse l’Afrique du Sud, avec un taux de chômage très élevée (plus de 25%) et des inégalités criantes qui alimentent de violentes attaques raciales.
 
En janvier 2016, une membre blanche du parti d’opposition libéral (Alliance Démocratique) s’est plainte sur Facebook «des Noirs qui jettent des déchets sur les plages», les comparant à «des singes». Une employée du gouvernement avait répliqué sur les réseaux sociaux que «les Noirs devaient se comporter avec les Blancs comme Hitler avec les juifs.» Les deux femmes ont ensuite présenté leurs excuses.
 
La presse sud-africaine craint le déclenchement d’une «violente révolte politique et populiste», à moins, écrit l’éditorialiste de News24, que Jacob Zuma ne soit évincé de la présidence par son parti.

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 28 Mar - 20:32

TUNISIE



De la criminalisation à la «jihadisation» des luttes sociales Sadri Khiari 28 Mar 2016  

Ce ne sont pas les mouvements de revendication des chômeurs, des habitants des régions de l’intérieur, des ouvriers, des petits fonctionnaires qui ont alimenté le jihadisme mais la lutte de classe victorieuse des hommes d’affaires et du patronat, soutenue par les plus hauts sommets de l’Etat et les puissances impériales.


Sadri Khiari a écrit:
Au nom de la révolution, le gouvernement de la Troïka avait déjà tenté de briser les mouvements sociaux. Moncef Marzouki, lui-même, alors président de la République, n’avait pas été en reste. Je n’ai pas la patience de relire l’ensemble de ses discours pour vous en donner une citation exacte mais en substance, il tenait ce langage : les luttes sociales, c’est sympa, on les comprend, mais faut pas abuser et le mieux serait quand même de s’en abstenir. Au nom de l’économie, c’est-à-dire du patronat, et au nom de la sécurité, c’est-à-dire de la police, les nouvelles autorités se font plus menaçantes encore. Khaled Chouket, le porte-parole du gouvernement a la réputation de dire à peu près n’importe quoi. Il n’est pas cependant l’être complètement acéphale que l’on croit et il arrive qu’une parole sensée lui échappe. Sensée bien sûr du point de vue de la politique de ceux qu’il représente.

Dans la déclaration qu’il a faite en marge du dernier Conseil ministériel, quelques mots à peine lui ont suffit pour résumer la quintessence du nouveau pouvoir. Evoquant « les protestations qui ont lieu aussi bien sur les sites d’extraction des richesses naturelles qu’ailleurs », il n’a pas hésité à les assimiler à du « terrorisme économique » et prévenu que l’Etat saurait y mettre un terme par « tous les moyens légaux ». Et l’on sait que la matraque fait partie des « moyens légaux ». Il a annoncé également des mesures destinées à mater les mosquées « hors-contrôle ». N’importe quel imbécile aura ainsi compris qu’il faut associer les mouvements de contestation sociale et l’action des groupes jihadistes.

En vérité, si l’on reprenait la rhétorique de l’anti-terrorisme, il faudrait dire, à l’encontre des déclarations du porte-parole du gouvernement, que les « terroristes » ne sont pas les grévistes mais les briseurs de grèves. Car il y a effectivement un lien entre les luttes sociales et l’expansion du jihadisme. Mais ce lien n’est pas celui que suggère Khaled Chouket. Sans que cela n’en épuise l’explication, c’est bien au contraire parce qu’il n’y a pas eu assez de luttes sociales ou qu’elles ont été réprimées que s’est développé le jihadisme. Ce ne sont pas les mouvements de revendication des chômeurs, des habitants des régions de l’intérieur, des ouvriers, des petits fonctionnaires qui ont alimenté le jihadisme mais la lutte de classe victorieuse des hommes d’affaire et du patronat, soutenue par les plus hauts sommets de l’Etat et les puissances impériales. Je l’ai déjà écris ailleurs mais je le redis ici : la dégradation des conditions économiques des classes populaires, le chômage croissant, les augmentations faramineuses des prix, ne sont pas le fait de la révolution mais de la contre-révolution. Les phénomènes que l’on appelle « crise économique », « chute de la croissance », « baisse de l’investissement » et dont on veut faire porter la responsabilité aux « demandes exagérées » des classes populaires, à leurs grèves et aux blocages de route, sont les formes que prend la grève politique contre la révolution, autrement dit contre les pauvres, menée par la bourgeoisie – il est temps de réhabiliter ce terme – et tous ceux qui bâtissent des fortunes sur leur dos.

Dites tant que vous voulez que c’est là faire preuve de simplisme et de dogmatisme archéo-marxiste. Allez consulter si cela vous chante les sociologues, les politologues et même les psychologues pour comprendre comment un type gentil, travailleur et de bon voisinage est devenu un affreux jihadiste coupeur de têtes. Pour ma part, je reste convaincu que le caractère désormais massif du jihadisme en Tunisie comme ailleurs dans le monde arabe trouve sa cause, non pas seulement dans les manœuvres des forces de la contre-révolution, mais également dans l’incapacité de la révolution – c’est-à-dire aussi de ceux qui l’ont dirigée – à se déployer jusqu’au terme destructeur de sa dynamique.

Allez !, juste pour le plaisir de faire peur aux transitionnistes – sale race ! -, je vous cite une phrase de Kurt Tucholsky, un auteur dont j’ai déjà utilisé un extrait sur ce site :


Kurt Tucholsky a écrit:
On fait aujourd’hui pas mal de tintouin autour d’un changement de statuts qui s’est passé dans l’énervement. Des vitres brisées et des crânes défoncés ne sont pas la preuve d’un renversement : ce qui compte, c’est d’avoir le courage de démolir l’ancien avec un fracas d’enfer et alors – mais alors seulement – de construire du nouveau.
— Kurt Tucholsky, « Panizza », in Bonsoir révolution allemande !, PUG, Paris, 1981, p.33


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Ven 29 Avr - 17:07

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 1 Mai - 6:40

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L'OCCIDENT VU PAR UN AFRICAIN

Chokri Boussetta avec Josiane Alépée.


Citation :

Quand ils font la guerre, elle devient mondiale.

Quand ils ont une opinion, elle est internationale.

Quand ils s'expriment, ils le font au nom de la communauté internationale.

Quant à leurs valeurs, elles sont universelles.

Quand ils ont une crise, elle est mondiale.

Quand ils parlent d'eux c'est une langue.
Quand ce sont les autres c'est forcément des dialectes.

Leurs fruits ont des noms du genre pomme, abricots, pèche. Ceux de l'Afrique sont exotiques, sauvages.

Ils se sont installés de force en Amérique, au Canada, en Australie, en Afrique du sud, Amérique du sud et ils nous traitent d'immigrés. Lamentable !

Quand ils viennent chez nous ils disent qu'ils sont expatriés et quand c'est nous qui allons chez eux ils nous traitent d'immigrés. Mesquinerie quand tu nous tiens.

Ils disent d'eux qu'ils sont en situation irrégulière dans un autre pays. Et quand il s'agit de nous, ils disent que nous sommes des sans papiers, des clandestins.

Quand ils s'attaquent à l'occupant, ce sont des résistants. Et quand nous on s'attaque à l'occupant, nous sommes des terroristes.

Ils sont les seuls à pouvoir se doter des bombes atomiques et bizarrement ce sont les autres qui fabriquent et utilisent des "armes de destruction massive".

Quand ils croient en Dieu, le monde entier doit croire en Dieu. Et maintenant qu'ils n'y croient plus y croire est devenu ringard.

Quand on se met tout nu avec un cache sexe, nous sommes des sauvages. Et quand c'est eux, ils font du naturisme. Quand nos femmes se voilent, nous les opprimons. Quand les leurs se voilent, ce sont des saintes (sœurs).

Quand ils usent de violence on parle de noble art. Mais quand nous les terrassons, on parle alors d'acte barbare et de violence gratuite.

Quand ils nous prêtent de l'argent, ils parlent d'aide. Quand ils viennent nous piller, ils nous parlent de partenariat ou d'accord de partenariat.

Quand ce sont eux qui le font, c'est du lobbying. Quand c'est nous, c'est de la corruption, du clientélisme, du népotisme.

Ils traitent nos scarifications (marque de reconnaissance ethnique) de sauvage. Aujourd'hui ils pratiquent le tatouage à outrance et c'est devenu de l'art et une façon d'être "branché".

Ils disent chez eux que la femme est plus libre, mais ils oublient que le corps de la femme se vend en vitrine à Amsterdam et ailleurs et que le star système leur impose d'être squelettiques et des femmes-objet. Quel culot !!



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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 1 Mai - 6:51



Canada : l’Occident encore à l’assaut du sous-sol africain ! David-gone Avr 18, 2016

Le Canada ou l’Occident faut-il dire, par l’entremise des Groupes Goviex et Denison Mines, ne démord pas dans sa volonté subtile d’exploiter de fond en comble les richesses du sous-sol africain. L’uranium congolais qui avait servi aux Américains à raser Hiroshima et Nagasaki continue d’être prisé cette fois par les Canadiens à l’assaut de toutes les terres africaines où l’on peut snifer l’odeur de l’uranium, des sources de JeuneAfrique.


Citation :
L’Occident et l’uranium africain

L’Occident, pour obtenir tout l’uranium du Niger, de la Zambie, du Mali et de la Namibie pour l’heure, a décidé d’un échange d’actions entre Goviex et Denison Mines, deux puissants groupes canadiens. Le 17 Mai prochain devrait sonner le glas de cette transaction au cours de laquelle Denison Mines disposerait de 25% du capital de Goviex. Plutôt qu’une séparation des capitaux pour exploiter l’uranium du continent africain, ces consortiums ont fusionné leurs actifs pour constituer un véritable « véhicule juridique » qui les positionnerait davantage sur le continent qui aspire pourtant à une liberté totale pour prendre son destin en main. Au lieu de cela, David Cates, le PDG de Denison Mining, oriente sa vision ailleurs: « Cette transaction va fournir à nos actionnaires une exposition importante à la mine de Madaouela au Niger».




Non pas uniquement le Niger, mais aussi la liberté d’exploiter toutes les mines de Mutanga en Zambie, au Mali avec le projet Falea et en Namibie, avant d’explorer d’autres pays africains.

Le chant de Renaissance africaine et du profond besoin de voir l’Afrique libre, unie et développée, disposant et jouissant des richesses de son sous-sol, ne semble pas bercé l’Occident. Quand on sait que l’uranium aide à la fabrication de bombes atomiques, est-ce à faire en sorte qu’un jour l’Afrique ne puisse pas aussi disposer de bombe atomique par manque d’uranium avéré ?




Citation :
Denison is a uranium exploration and development company with interests focused in the Athabasca Basin region of northern Saskatchewan – including its 60% owned Wheeler River project, which hosts the high grade Phoenix and Gryphon uranium deposits. Denison also owns a 22.5% interest in the McClean Lake uranium mill, which is currently processing ore from the Cigar Lake mine under a toll milling agreement, and is the manager of Uranium Participation Corp., a publicly traded company which invests in uranium oxide and uranium hexafluoride. Denison is a member of the Lundin Group of Companies and is listed on the TSX Exchange under the symbol DML and on the NYSE MKT under the symbol DNN.

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Uranium Exploration, Athabasca Basin, Uranium Company, Uranium Mining

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 16 Mai - 6:56


Assongmo Necdem a écrit:
La classe moyenne africaine n’a toujours pas explosé, elle qui a pourtant fait l’objet des prévisions les plus optimistes. Le sujet est à la grande Une du magazine trimestriel « Strategic Marketing Africa », qui vient de livrer son premier numéro de l’année 2016. C’est une publication de la Confédération africaine du marketing (African Marketing Confederation–AMC).

Le traitement accordé aux performances de la classe moyenne africaine montre bien l’inquiétude chez les professionnels du marketing. En effet, à la lumière des préoccupations des experts, le magazine de l’AMC se demande si les projections sur la classe moyenne africaine n’ont pas été surévaluées.

Le journal cite le directeur général de Spar Group, chaîne de supermarchés présente dans 11 pays d’Afrique au sud du Sahara. Graham O'Connor déclare : « J’ai de sérieux doutes sur la croissance miraculeuse de la classe moyenne africaine. » Ces inquiétudes rejoignent les propos du patron de Nestlé dans la région Afrique équatoriale, Cornel Krummenacher. « Nous avions pensé que l’Afrique serait la prochaine Asie, mais nous réalisons que la croissance de la classe moyenne est extrêmement faible et ne croît pas vraiment », avait-il dit, reconnaissant que la croissance n’est pas du tout à la hauteur des estimations faites en 2008. En juin 2015, le groupe Nestlé, géant mondial de l’agroalimentaire, avait déjà émis des préoccupations sur sa propre croissance en Afrique équatoriale, et annonçait une réduction de 15% de ses effectifs, ainsi qu’une diminution de moitié de sa gamme de produits dans cette région.

Pourtant, bon nombre d’investisseurs sont arrivés en Afrique ces dernières années en se fondant sur les bonnes perspectives concernant le pouvoir d’achat et la capacité de consommation d’une classe moyenne en pleine croissance. On se souvient du fameux rapport publié en avril 2010 par la Banque africaine de développement (Bad) intitulée « The Middle of the Pyramid : Dynamics of the Middleclass in Africa ».

L’étude annonçait l’explosion prochaine de la classe moyenne sur le continent. L’étude avait eu un fort retentissement et avait contribué à changer le regard pessimiste que le monde portait sur l’Afrique. Ce revirement était alors résumé dans ces écrits du grand magazine international The Economist en 2011 : « Après des décennies de croissance lente, l’Afrique a une chance réelle de suivre les traces de l’Asie. » Les espoirs étaient un peu trop grands, constate le monde du marketing africain, 5 ans plus tard
.

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 29 Mai - 13:37


à propos de "capitalisme africain"

Les Fonds vautours et le bradage des terres arables, sur fond d’évasion de capitaux

René Naba les7duQuébec 24 mai 2016

L’Argentine a conclu le 1er Mars 2016 un accord avec les fonds vautours, qui bafoue les résolutions de l’ONU sur les dettes souveraines et ressemble fort à une extorsion. Les vautours ont dicté leurs conditions en contrepartie d’un rabais de 25%

Argentine, Grèce, Afrique… Les Fonds vautours fondent, tels des rapaces, sur les proies offertes à eux par les lois d’airain de l’hypercapitalisme, dans la pure tradition du capitalisme sauvage qui a marqué l’essor de la société industrielle occidentale, lors de la conquête de Far West américain et le pillage coloniales des autres continents.



Retour sur ce phénomène particulièrement sur le rôle perverse du fonds Elliott du milliardaire Paul Singer.

René Naba a écrit:
L’argentine, 3e pays d’Amérique du sud à subir les rigueurs du formalisme juridique des États-Unis et de son ordre ultra capitaliste

La décision de la Cour suprême des États-Unis, en juin 2014, enjoignant à l’Argentine de régler sa dette à ses créanciers au taux nominal et non au taux effectif remet en mémoire la nature fondamentalement prédatrice des Fonds vautours.
L’Argentine est le 3e pays latino-américain, après le Pérou et le Nicaragua, à subir les rigueurs du formalisme juridique des États-Unis et de son ordre ultra capitaliste. Le continent sud-américain a été, en effet, le premier terrain de chasse de ces «fonds-charognards». En 1999, le Pérou a été contraint par la Cour d’appel de New York à payer 58 millions de dollars au fonds vautour Elliott Associates pour une dette rachetée seulement à 11 millions de dollars. La même année, une juridiction étasunienne a condamné le Nicaragua à payer 87 millions de dollars pour une dette rachetée par le fonds Leucadia à 1,14 million de dollars, soit une plus-value de 7500%.

La crise de la dette a constitué une aubaine pour les fonds vautours, qui leur a donné la possibilité de racheter pour une bouchée de pain des créances impayées sur les pays en développement et accroître leurs gains en les attaquant en justice, une fois que ces pays auront retrouvé un peu d’oxygène financier.

Ce fut un véritable coup de tonnerre dans le ciel argentin. Buenos Aires, qui avait fondé tous ses espoirs sur la Cour Suprême américaine, a vu sa condamnation confirmée dans le procès qui l’oppose à des fonds spéculatifs. La Cour a refusé de s’impliquer dans cette affaire, qui a pris des allures de psychodrame planétaire. L’Argentine doit donc rembourser 1,3 milliard de dollars à ces fonds.

Le fonds Elliott du milliardaire Paul Singer

Elliott est le plus célèbre d’entre eux. Fondé par le milliardaire américain Paul Singer, il a connu la notoriété par un coup de maître: Mettre la main sur des titres obligataires argentins lorsque ceux-ci ne valaient quasiment rien, du fait de la faillite du pays en 2001, et obtenu de la justice américaine une décision favorable. Les juges de New York ont ordonné à Buenos Aires de rembourser le fonds à 100 %, et non à hauteur du prix que celui-ci a réellement payé.

Plus rocambolesque encore, les juges ont déclaré que la seule façon légale d’échapper à cette injonction était, pour l’Argentine, de ne plus payer aucun de ses autres créanciers. En somme, de se déclarer en défaut de paiement.
Un comble pour un pays qui est passé par deux accords de restructurations de dette, en 2005 et 2010, et qui vient, après des années de négociations de conclure un accord pour apurer sa dette envers le Club de Paris (qui réunit la France, l’Allemagne, le Japon..). L’Argentine, dont les réserves de changes fondent, craint de devoir rembourser beaucoup plus que 1,3 milliard de dollars si d’autres investisseurs s’engouffrent dans la brèche.

L’Afrique, proie de choix des Fonds vautours et sa parade «La facilité africaine de soutien juridique»

L’Afrique est, elle aussi, depuis des années la proie préférée des fonds vautours: ces fonds d’investissement privés qui extorquent en toute légalité des ressources financières vitales pour le développement des pays du Sud. Leur méthode consiste à racheter à très bas prix, sur le marché secondaire de la dette, des dettes de pays en développement à leur insu pour ensuite les contraindre par voie judiciaire à les rembourser au prix fort, c’est à dire le montant initial des dettes, augmentées d’intérêts, de pénalités et de divers frais de justice.

Ces prédateurs de la finance, basés majoritairement dans les paradis fiscaux, auraient déjà engrangé au minimum 2 milliards de dollars. Leur funeste entreprise pointe en justice une dizaine de pays africains dans une cinquantaine de procès. Pour y parer, une structure de soutien a été mise sur pied œuvre sinon pour neutraliser les raids des fonds vautours, à tout le moins en réduire les effets: La «Facilité africaine de soutien juridique» (en anglais ALSF: African Legal Support Facility) désigne le Fonds international initié par la BAD pour fournir l’assistance juridique aux États attaqués par les fonds vautours. Constitué le 29 juin 2009 à Tunis, ce Fonds n’est pas exclusivement destiné aux pays africains puisqu’il sera mis à la disposition de tous les États membres de la BAD (77 au total dont 53 africains) mais aussi aux pays non-membres qui en feraient la demande comme ceux d’Amérique latine, victimes également des fonds vautours.

L’évasion fiscale: une hémorragie substantielle

Aux fonds vautours se superpose l’évasion fiscale. L’hémorragie est substantielle, infiniment supérieure au budget affecté aux dépenses d’infrastructure en Afrique. 90 milliards de dollars quittent, en fraude, chaque année l’Afrique pour enrichir les riches pays occidentaux ou se nicher dans les paradis fiscaux, appauvrissant d’autant le continent, dont le déficit annuel de financement de l’infrastructure s’élève à 31 milliards de dollars par an.

En surcroît aux nombreux maux dont pâtit l’Afrique, un mal est plus que tout autre corrosif et ravageur : l’incivisme en ce que l’Afrique, plus que tout autre contient, a subi de plein fouet les effets pervers de la colonisation, la dépossession et l’exploitation. La situation est si alarmante que l’Union Africaine a invité les états membres de l’organisation continentale africaine pour prendre les mesures appropriées pour freiner la fuite des capitaux qui prennent la dimension d’une hémorragie. La somme exportée au titre de flux financiers non déclarés par les pays en développement, chaque année, est «près de dix fois les flux d’aide internationale annuelle et deux fois le montant de la dette annuelle des pays en développement», indique un rapport du Consortium pour la recherche économique en Afrique (CREA), publie par la revue «Afrique Asie», en date de Mai 2014.

Les milliardaires d’Afrique

Autre incongruités: l’Afrique compte 55 milliardaires, un nombre supérieur aux prévisions encore qu’il s’agit d’une «estimation basse», estime le fondateur de Ventures, Chi-Chi Okonjo dans son édition en date du 7 octobre 2013.

Le Nigeria est le pays qui en compte le plus, avec 20 milliardaires ayant généralement fait fortune dans le pétrole. Viennent ensuite l’Afrique du Sud et l’Égypte, avec respectivement neuf et huit milliardaires parmi leurs concitoyens.
Si l’Afrique compte de plus en plus d’hommes très riches, la crise mondiale et la pauvreté ne reculent pas pour autant. L’Afrique sub-saharienne, qui comptait 205 millions d’habitants vivant dans un état d’extrême pauvreté (avec moins de 1,25 dollar par jour) en 1981, en comptait 414 millions en 2010, soit plus du double, selon la Banque mondiale. Selon Ventures, certaines grandes fortunes du continent refusent d’évoquer leur richesse parce qu’elles souhaitent rester discrètes sur leurs affaires et que leurs relations avec le pouvoir ne sont pas toujours claires. Cela explique peut-être pourquoi le classement 2012 de Forbes, qui retrace en quelques lignes le parcours des plus grands millionnaires d’Afrique, ne donne pas exactement les mêmes résultats.

Les deux magazines s’accordent néanmoins sur l’homme le plus riche d’Afrique. Il s’agirait de l’entrepreneur nigérian Aliko Dangote. Ce dernier serait à la tête d’une fortune de 20,2 milliards de dollars. Son empire industriel comprend des usines de farine, de sucre, d’autres denrées alimentaires et du ciment.

Le Maroc compte, à lui seul, 6 milliardaires dans le Top 50: Othman Benjelloun, Miloud Chaabi, Anas Sefrioui, Moulay Hafid El Alami et Alamy Lazraq, ainsi que le surprenant Aziz Akhannouch. Le ministre de l’Agriculture et propriétaire du groupe Akwa détient une fortune estimée à 1,4 milliards de dollars.

Ce conglomérat marocain de plusieurs milliards de dollars a des intérêts dans le secteur pétrolier, le gaz et les produits chimique, ainsi que les médias, l’immobilier et l’hôtellerie. Othman Benjelloun reste, toutefois, une nouvelle fois en tête au niveau du royaume avec 2,8 milliards de dollars. Sur le plan africain, il est classé en 10e position alors qu’il était 7e en 2012. Le président de la BMCE et propriétaire de l’assureur RMA Watanya est suivi de Miloud Chaabi qui détient une fortune estimée à 1,9 milliard de dollars. Le numéro 2 au Maroc arrive en 17e position sur le continent contre une 12e place un an auparavant.

La première femme en 24e position du classement

Selon Ventures, Folorunsho Alakija, également nigériane, serait la femme la plus riche d’Afrique. Cette dernière n’apparaît cependant qu’en 24e position dans le classement de Forbes. Sa compagnie pétrolière, Famfa Oil, exploiterait un des blocs pétroliers offshore les plus prolifiques du Nigeria. Styliste de formation, elle aurait obtenu ce dernier à un prix relativement bas en 1993 grâce à son amie Maryam Babangida, épouse de l’ancien dirigeant militaire Ibrahim Babangida.

Du côté de l’Afrique du Sud, les cinq plus gros milliardaires sont des Blancs âgés de plus de 60 ans. Ils ont fait fortune dans la finance et la distribution et tirent une large partie de leurs revenus de leurs investissements à l’étranger (Londres, New York, Zurich). Classé 5e dans Ventures et 2e dans Forbes, Nicky Oppenheimer doit sa fortune, estimée à 6,5 milliards de dollars, aux mines de diamants dont il a hérité et dont il s’est séparé récemment.

Le capitalisme : Un grand avenir en Afrique, sous réserve de la globalisation des entreprises africaines


L’Afrique dispose d’un immense potentiel, propulsé par la démographie, la productivité et le capitaux: 6 des 10 pays du monde ayant la plus forte croissance sont africains et, en 2012, cinq ont dépassé la Chine et vingt et un l’Inde, alors que l’Afrique contribue encore pour moins de 2% aux échanges mondiaux.

En dépit de ces handicaps, le capitalisme a un grand avenir en Afrique, sous réserve que les entreprises africaines deviennent «globales». Le constat, catégorique, émane du très sérieux «Boston Consulting» dans un rapport de 2010 intitulé «The African Challengers».

Masquant mal sa vision ultra libérale de l’Afrique, la prestigieuse institution nous ressert la rengaine du consensus de Washington et son prolongement le consensus de Bruxelles, si désastreux en coûts humains pour l’économie occidentale avec ses quatre prescriptions (privatisation, déréglementation, dérégulation, fléxibilisation). Le développement, l’éducation et le niveau de vie suivront si les pays «suppriment les barrières des investissements étrangers», estime le rapport sans trop se préoccuper de l’intérêt des populations ou de la concordance de leur intérêt et celui des entreprises.

Le credo est rodé: L’avenir de l’Afrique repose sur la globalisation de ses entreprises. Pour le Boston Consulting Group (BCG) cela ne fait aucun doute. «Le capitalisme produit des gagnants et des perdants, et il y aura certainement des moments difficiles en chemin pour les compagnies africaines» mais peu importe finalement puisque «le futur est radieux pour un continent qui commence à peine à contracter ses muscles capitalistes», prédit le rapport.

Les Lions, plus forts que les Tigres ou le BRIC.

Les auteurs expliquent que la vision d’une Afrique qui a été «au plus bas tellement longtemps qu’il sera difficile de remonter un jour» est aujourd’hui dépassée. Le continent a connu une croissance économique de 5,3% en moyenne entre 2000 et 2008. En 2009, au moment où les économies occidentales et, dans une moindre mesure asiatiques et sud-américaines, reculaient, l’Afrique voyait son PIB augmenter de 2%. Entre 2000 et 2010, les exportations ont progressé de manière constante. «En termes d’espérance de vie, d’alphabétisation, et de niveau de vie, les Lions Africains sont comparables aux pays du BRIC ou aux Tigres Asiatiques» et «la facilité pour faire des affaires est approximativement similaire», est-il écrit. Parmi les «lions africains», sélectionnés sur la base de facteurs socio-économiques dont le PIB, figurent l’Algérie, l’Égypte, la Libye, la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du Sud et le Botswana.

Corruption

Deux cas illustrent cette forme lancinante de la gangrène africaine: Le Sénégal en ce que son président d’Abdoulaye Wade, fut un universitaire brillant, professant un enseignement marxiste en contradiction avec son comportement à son passage au pouvoir. La Guinée Équatoriale en ce que le président de ce pays parvenu un tardivement à la richesse pétrolière a développé un comportement de «parvenu».

Sénégal: Les fonds acquis de manière illicite par Karim Wade sont estimés à 700 milliards FCFA. Une fortune amassée au moyen de prises illégales d’intérêt dans plusieurs sociétés s’activant au Sénégal dans les secteurs des transports aérien et maritime.
La justice a par ailleurs saisi 47 milliards d’une ex-sénatrice du PDS Aida Ndiongue, 47 milliards 675 millions FCfa, découverts par des enquêteurs dans sept coffres, des comptes bancaires et des sociétés appartenant à la femme d’affaires proche de l’ancien président Abdoulaye Wade, dont «des bijoux d’une valeur estimative de 15 milliards de FCfa.

Guinée équatoriale: La justice française a saisi, en septembre 2011, une quinzaine de voitures de luxe : Ferrari, Maserati, Porsche, Bentley… appartenant toutes à Teodoro Nguema Obiang (TNO), dit Teodorin, fils du Président de Guinée Équatoriale. En février 2012, ce sont 3 pleins camions de biens de luxe, dont du mobilier d’époque, des œuvres d’art, des bouteilles de vin millésimé.

Les transferts de fonds


Les émigrés africains transfèrent chaque année 40 milliards de dollars dans leurs pays d’origine, mais le manque d’information, de concurrence et de régulation empêche cet argent d’agir pleinement sur le développement. Selon l’ONG Overseas Development Institute, L’Afrique perd entre 1,4 et 2,3 milliards de dollars par an en frais de transferts excessifs, selon Overseas Development Institute.

«L’Afrique subsaharienne est la région la plus pauvre au monde mais elle essuie les frais de transfert les plus élevés. Les frais sont en moyenne de 12% sur les transferts de 200 dollars US, ce qui équivaut quasiment au double de la moyenne mondiale», précise cette ONG basée à Londres. L’ODI cite le «manque de concurrence» pour expliquer ces coûts élevés, puisque seules deux sociétés de transfert de fonds -Western Union et MoneyGram- contrôlent le marché des virements à l’étranger. «Cette surtaxe sur les transferts détourne les ressources dont les familles ont besoin pour pouvoir investir dans l’éducation, la santé et la construction d’un avenir meilleur. Elle fragilise un lien vital pour des centaines de milliers de familles africaines», estime Kevin Watkins, le directeur de l’ODI.

Le rapport calcule que l’alignement des frais pour les Africains sur la moyenne mondiale produirait suffisamment de revenus pour financer la scolarisation de quelques 14 millions d’enfants, soit presque la moitié des enfants non scolarisés en Afrique subsaharienne, et pour fournir de l’eau potable à 21 millions de personnes.

Résultat, le marché des transferts est détenu à 64 % par deux acteurs seulement, Western Union et MoneyGram. Faute de concurrence, le taux des commissions est d’environ 10 % en moyenne en Afrique, où il peut même atteindre 25 %, contre 5,6 % en moyenne dans le monde.

L’agence des Nations unies propose de transformer les bureaux de poste en points de retrait, alors qu’ils n’en ont aujourd’hui pour la plupart ni le droit ni les moyens. L’IFAD vient de signer un accord avec l’Universal Postal Union pour travailler en ce sens.

D’autres solutions existent. Au Kenya, le téléphone mobile devient un des moyens les plus économiques d’effectuer des transferts d’argent. Le Kenya est aussi un des rares pays à autoriser les institutions de micro-finance à opérer ces envois de fonds.

Dans toute l’Afrique, ces organismes ne forment que 3 % des points de retrait. Leur ouvrir le marché des transferts suffirait à doubler le nombre de guichets, selon l’IFAD. Surtout au lieu d’un simple mécanisme de consommation, « cela créerait une dynamique locale d’épargne et de microcrédit, qui donnerait une tout autre dimension à l’économie », estime l’institution.

À la lumière de la jurisprudence concernant l’Argentine, il y a fort à parier que de nouveaux fonds vautours vont faire surface, tant est lucratif ce «business de la dette». La Facilité africaine de soutien juridique ne sera certainement pas en mesure de secourir tous les pays tombés dans l’escarcelle des fonds vautours. D’autres mesures devront être prises pour stopper l’hémorragie et enfin éradiquer ces prédateurs.

La lutte contre les fonds vautours doit se mener partout, au Sud comme au Nord. Pour être efficace, les États ont intérêt d’adopter immédiatement des lois visant à enrayer leurs actions mortifères. Une gangrène que ne saurait compenser l’important flot de transfert opéré par les migrants africains à destination de leur natal, de l’ordre de 40 milliards de dollars par an, soit la somme équivalente aux intérêts de la dette payés annuellement par l’Afrique à ses créanciers.

Autre plaie de l’économie africaine : le bradage des terres arables

Depuis 2006, près de 20 millions d’hectares de terres arables ont fait l’objet de négociations dans le monde car d’ici à 2050, la production agricole devrait croître de 70 % pour répondre à l’augmentation de la population, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Mais cette offensive sur les terres ne se fait pas sans dérapages. Le recadrage des investissements s’impose, faute de quoi ils risquent de déséquilibrer le pays cible, à l’image des visées du coréen Daewoo à Madagascar.

Aux fonds souverains d’états soucieux d’assurer leur stratégie d’approvisionnement, parmi lesquels les pays du Golfe ou la Chine, se sont ajoutés des investisseurs privés, locaux ou étrangers. Les acquisitions de terres se sont accélérées avec la crise alimentaire de 2008. L’Arabie saoudite a mis sur pied une société publique pour financer les entreprises privées du royaume qui achètent des terres à l’étranger.

Au Mali, les nouvelles mises en culture bénéficient surtout aux investisseurs libyens. L’octroi de 100 000 hectares à la société Malibya, liée à l’ancien dirigeant libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, a fait grand bruit. « Les hectares des Libyens sont au début des canaux d’irrigation, ils seront servis en eau avant nous ». Les producteurs redoutent aussi les intentions des Chinois de développer la canne à sucre, gourmande en eau. Ils en cultivent déjà 6 000 hectares et contrôlent la sucrerie Sukala, résume Mamadou Goïta, de l’ONG malienne Afrique verte.

Fonds vautours, évaporation de recettes, corruption, gabegie des transferts des fonds des migrants, bradage des terres arables. L’Afrique est-elle condamnée à demeurer un tonneau des danaïdes?



Citation :
Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIème siècle (Golias).


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 29 Mai - 13:57


la démographie comme facteur décisif de l'évolution africaine

quitte à le lire avec les lunettes de la critique de l'économie politique (le capital), un texte éclairant,

Le défi africain : « bombe démographique » ou « dividende démographique » ?

Roland Pourtier diploweb.com 28 mai 2016

Professeur émérite des Universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Laboratoire de géographie PRODIG. Président de l’Association de Géographes Français (AGF). Il a notamment publié "Afriques noires", éd. Hachette Éducation

Le « dividende démographique » ne sera qu’un mirage s’il n’y a pas une forte accélération de la baisse de la fécondité en Afrique dans les prochaines années. Pourquoi ? Voici une réponse solidement argumentée. Le Professeur Roland Pourtier partage ici sa contribution au 8e Festival de Géopolitique de Grenoble.


Citation :
LA QUESTION démographique est cruciale pour l’avenir de l’Afrique. Personne n’en doute, même si les interprétations divergent. Le rythme de croissance de la population, depuis le milieu du XXe siècle, est en effet unique dans l’histoire de l’humanité à l’échelle d’un continent et dans la longue durée.

230 millions d’Africains en 1950, 1,2 milliard en 2015, peut-être 2,4 milliards en 2050. La population aura été multipliée par 10 en un siècle, contre 3 pour le reste du monde, 1,3 pour l’Europe. Conséquence : la part de l’Afrique dans la population mondiale de l’ordre de 9% en 1950 compte pour 16% en 2016 et devrait atteindre 25% en 2050.

Cette croissance hors du commun pose d’énormes défis. Défis internes d’une croissance économique confrontée au ras de marée d’une population jeune. Défis externes des relations de l’Afrique au reste du monde, forcément marquées par les conséquences d’une explosion démographique sans précédent.

Peut-on pour autant parler de « bombe démographique » ? En 1968 paraissait aux Etats-Unis «  The Population Bomb   » de Paul Ehrlich, traduit et publié par les Amis de la terre sous le titre « La bombe P  » en 1971. Ce livre s’inscrit dans un courant intellectuel néo-malthusien né aux Etats-Unis après 1945. Parmi les ouvrages fondateurs, « Our Plundered Planet  » de Fairfield Oborn, 1948, a été réédité en 2008 par Actes Sud sous le titre « La planète au pillage  », avec une préface de Pierre Rabhi. En réalité, les préoccupations humanitaires et écologiques, masquaient alors la « menace » supposée de la croissance démographique de l’Amérique latine et de l’Asie.

Y aurait-il aujourd’hui, symétriquement, un « péril africain » - un « péril noir » qui viendrait en quelque sorte en écho au « péril jaune » agité dès la fin du XIXe siècle ? La question démographique est toujours très sensible. De nombreux Africains y voient la résurgence d’un impérialisme occidental, un reliquat de néo-colonialisme. Tout ce qui peut ressembler à une ingérence démographique  provoque une levée de boucliers.

En France, les interrogations sur la démographie africaine s’imbriquent étroitement avec la question des migrations ; elles suscitent compassion devant les drames qui se jouent en Méditerranée tout en alimentant des peurs. La présence au sud de l’Europe de deux milliards d’Africains dans une génération inquiète.

Dans ce contexte, l’Institut de géopolitique des populations (IGP), créé en 2000, met en exergue le rôle déterminant de la démographie sur la géopolitique, les migrations internationales, l’histoire des sociétés. Par exemple dans « L’Europe face à l’Afrique noire : du choc démographique au choc des civilisations », sous la direction d’Yves-Marie Laulan, publié par l’Harmattan en 2010. L’IGP, parfois catalogué d’extrême droite, exprime des préoccupations d’une fraction de la population française et européenne devant la « bombe démographique africaine ».

Changeons d’écurie. En 2004, un colloque organisé par Action contre la faim s’intitulait : « La bombe urbaine : comment nourrir villes en guerres et bidonvilles ?  ». La bombe était en l’occurrence appréhendée de son côté interne plutôt que de celui de ses projections externes.

Pour en terminer avec ces quelques flash historiographiques, Serge Michailof a publié en 2015 « Africanistan. L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? ». Au-delà du titre provocateur, des questions géopolitiques de fond, longtemps éludées, sont abordées de front.

La dramatisation des enjeux démographiques renvoie à un face à face implicite entre deux visions du monde : celle, pessimiste, des malthusiens. Celle, optimiste, des cornucopiens, en référence à la corne d’abondance. Au-delà de ces deux idéologies globales, un constat s’impose : ce qu’expérimente la démographie africaine est absolument nouveau. Et annonce des bouleversements géopolitiques que l’on pressent mais dont on a du mal à mesurer l’ampleur.

Avant d’aller plus loin, il convient de rappeler que l’Afrique n’est pas homogène. L’explosion démographique ne concerne que l’Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est, pour faire simple l’Afrique tropicale. Le Maghreb est sur le point d’achever sa transition démographique, avec un nombre d’enfants par femme de 2,1 en Tunisie, de 3 en Algérie. En Afrique australe l’ISF n’est plus que de 2,7. L’Afrique tropicale est la seule grande région du monde à être restée au milieu du gué de la transition démographique. La baisse rapide de la mortalité ne s’est pas accompagnée d’une baisse significative de la fécondité. Le nombre moyen d’enfants par femme est actuellement de l’ordre de 5,5 et les scénarios n’envisagent qu’une diminution assez lente de l’ISF.

Face à ce défi majeur, que faire ? Si bombe démographique il y a, comment la désamorcer ?

Le retour depuis 2000 à un optimisme porté par les performances macroéconomiques - 5% de croissance annuelle - peut-il être durable ? Ces pourcentages doivent être relativisés car on part de très bas : la plupart des Etats africains se situent sur les échelons inférieurs du développement mesuré par l’IDH.

La vraie question est celle de l’avenir. Or la démographie ouvre une « fenêtre d’opportunité  » correspondant à une modification de la structure par âge de la population. Les projections démographiques montrent que la population en âge d’être active (15-65 ans) deviendra majoritaire. Cela réduira ce qu’on appelle le taux de dépendance, donnant accès à ce fameux « dividende démographique  » qui, depuis une douzaine d’années, a enrichi la boîte à outil de la Banque mondiale et investi le champ sémantique du développement.

Pour ne considérer que l’actualité le plus proche :

La 7ème Conférence africaine sur la population tenue à Johannesburg du 30 novembre au 5 décembre 2015 avait pour thème « Dividende démographique en Afrique : Perspectives, opportunités et défis ». La 7ème Conférence africaine sur la santé et les droits sexuels et reproductifs tenue à Accra du 10 au 12 février 2016 s’intitulait « Réaliser le dividende démographique en Afrique : l’importance cruciale de la santé et des droits sexuels et reproductifs des adolescents et des jeunes ». Enfin, le sommet de l’UA de 2017 doit porter sur le dividende démographique.

Ce paradigme à la mode ne sera-t-il, après tant d’autres, qu’une formule magique  ?

Le dividende démographique, en tout cas, n’est pas automatique comme le rappelle le FMI dans une étude d’avril 2015 « Afrique subsaharienne. Faire face aux vents contraires » : « Pour obtenir le dividende le plus élevé possible, les pays d’Afrique subsaharienne devront faire baisser plus rapidement la mortalité infantile et la fécondité et créer de nombreux emplois (18 millions par an en moyenne entre 2010 et 2035)… S’ils ne se saisissent pas de cette occasion offerte par la transition démographique, le chômage pourrait monter en flèche et entraîner des conséquences sociales et économiques potentiellement graves  ».

Le défi africain : « bombe démographique » ou « dividende démographique » ? Carte. L’Afrique : un continent "riche" miné par les fractures économiques et sociales




A ce stade de la réflexion, la question centrale du défi africain appelle une réponse globale articulant population et développement. Elle peut se résumer en trois points essentiels : la croissance démographique africaine est inéluctable (1) ; les économies africaines sont-elles en mesure de répondre aux défis démographiques ? (2) ; la solution migratoire et ses limites (3).

1. La croissance démographique africaine est inéluctable

La baisse de la mortalité va continuer. La mortalité infantile, de 135 pour mille en 1970, n’est plus que de 59 pour mille en 2015. Dans le même temps l’espérance de vie à la naissance est passée de 35 à 58 ans. Il reste une marge de progression importante.

La fécondité baisse lentement.

La structure par âge est telle que les classes fécondes sont très nombreuses : c’est le « momentum de population ». La question cruciale est celle du rythme de décélération de la fécondité. Dans tous les scénarios il y a croissance de la population.

Or, la baisse de la fécondité est « une des conditions nécessaires pour que l’Afrique puisse capturer à son tour un « dividende démographique » après l’Asie de l’Est  » selon John May du Population Reference Bureau. La contraception est au cœur du problème. En Afrique subsaharienne, seules 25% des femmes y ont recours, contre plus de 60% dans le monde.

Face à cet énorme retard, il faudrait impulser une «  révolution contraceptive » .

Quels sont les obstacles ?

La population demeure majoritairement rurale. L’enfant est perçu comme force de travail et assurance vieillesse. Le désir d’enfant reste puissant : la famille idéale serait de 8 à 10 enfants dans des enquêtes au Sahel. A cela d’ajoutent le retard de la scolarisation, notamment celui des filles dans le secondaire, la précocité du mariage des filles, la quasi absence de politiques publiques de population dans la plupart des pays.

La question démographique n’est entrée que tardivement dans les Documents stratégiques de réduction de la pauvreté (DSRP). De plus, ces derniers s’intéressent surtout à la santé reproductive : le contrôle des naissances reste marginal. Les réticences culturelles au planning familial sont toujours très fortes. S’ajoute, plus ou moins consciemment, la notion d’une revanche historique sur l’Europe, jadis dominante, aujourd’hui en déclin démographique. La population comme constitutive de la puissance est une idée toujours actuelle. Autre argument justifiant la timidité, sinon l’absence, des politiques de population : « le développement est le meilleur des contraceptifs  ».

Cependant, des sociétés jugées bloquées il y a 50 ans, notamment en pays d’islam ont réalisé leur « révolution contraceptive » en une génération, comme l’Iran, le Bangladesh ou la Tunisie. L’engouement pour la Chine pourrait inciter à changer de sensibilité démographique. Le rôle des médias contribue à diffuser de nouveaux modèles sociaux et culturels : les blocages actuels, notamment dans le pays du Sahel, pourraient rapidement céder.

L’avenir de l’Afrique est en jeu et se joue aujourd’hui. Comme l’a déclaré en ouverture d’une conférence de l’AFD le 1er avril 2014, la Directrice générale de l’AFD, Anne Paugam, sa « situation démographique peut constituer un formidable potentiel ou, au contraire, une bombe sociale à retardement ».

2. Les économies africaines sont-elles en mesure de répondre aux défis démographiques ?

Le « dividende démographique » reste une notion abstraite s’il n’est pas mis à l’épreuve de l’économie réelle.

La question de la sécurité alimentaire est posée. Globalement, depuis 1960, la production alimentaire a suivi la croissance démographique grâce à l’agriculture familiale. Celle-ci s’est de plus en plus ouverte sur le marché. La demande urbaine et les infrastructures d’échanges ont impulsé le développement du « vivrier marchand ».

Toutefois, l’augmentation de la production agricole résulte davantage de l’extension des superficies cultivées que de gains de productivités. Cela pose inéluctablement le problème du disponible foncier. Les régions désertiques mises à part, l’Afrique dispose d’un potentiel cultivable très important. Celui-ci nourrit d’ailleurs les convoitises d’investisseurs étrangers (fonds de pension américains, fonds souverains des pays du Moyen-Orient, investisseurs asiatiques etc.). Mais cette « mise en valeur » se ferait principalement au détriment des forêts. Elle se heurterait aux lobbies écologistes occidentaux qui dénoncent le « landgrabbing » et militent pour que l’Afrique participe à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre en sanctuarisant ses forêts.

Mais là n’est pas le problème : l’Afrique n’a pas vocation à résoudre les équations écologistes des pays du nord. Le problème tient au fait que la saturation foncière peut être génératrice de conflits. Ces conflits pour la terre ou l’accès aux ressources sont de plus en plus fréquents dans les espaces de forte densité. Le génocide au Rwanda en 1994, point d’orgue de massacres récurrents depuis quelques décennies, peut se lire comme une « régulation démographique et foncière ». Il n’est pas impossible de penser qu’il ait engendré une sorte de catharsis collective : l’Indice synthétique de fécondité est tombé de 8 au moment du génocide, à 4,2 en 2015. Dans le même temps, le taux d’urbanisation a bondi de 5 à 28%.

L’explosion démographique tend à généraliser le schéma des violences associées à la compétition foncière, dans des affrontements autochtones/allochtones/étrangers. C’est le cas de la guerre sans fin du Kivu (République démocratique du Congo). Ce fut un facteurs essentiel de la guerre civile en Côte d’Ivoire, un pays comptant 25% d’étrangers. Toutefois, à l’échelle du continent, le problème fondamental est sans doute moins l’espace – ou la compétition pour l’espace – que le rythme de croissance du nombre de jeunes : près de 10 millions par an aspirant à entrer sur le marché du travail.

Or, la structure des économies africaines est peu favorable à la création d’emploi.

Les économies rentières fondées sur l’exportation de matières premières peu valorisées, restent dominantes, et contrôlées par des multinationales. Le secteur manufacturier peu présent, sauf en Afrique du Sud et Maurice, stagne autour de 7- 8% du PIB. Le made in Africa se fait attendre, même si certains pays comme l’Ethiopie adoptent semble-t-il avec succès un « modèle asiatique ».

Des obstacles culturels, les solidarités notamment qui peuvent compromettre l’accumulation de capital, ne favorisent pas l’esprit d’entreprise, quand bien même il existe de brillantes exceptions et un nombre croissant de millionnaires africains, voire milliardaires, une trentaine dont le nigérian Aliko Dangote (fortune de 15,7 milliards de $, équivalent du PIB de la Guinée).

Surtout le poids des rentes bureaucratiques entrave l’initiative privée.

Enfin la concurrence chinoise a été très destructrice (industrie textile ivoirienne sinistrée).

Tout cela se traduit par une urbanisation sans industrialisation, phénomène unique dans l’histoire de l’urbanisation, celle de l’Europe au XIXe siècle, de l’Asie au XXe siècle, qui furent accompagnés par la forte croissance de l’industrie manufacturière, grande pourvoyeuse d’emplois.

Or l’urbanisation africaine explose. Depuis 1960, la croissance démographique de l’Afrique subsaharienne a été multipliée par 4, celle des villes par près de 10. Elle s’accompagne d’une prolifération de l’informel et d’immenses quartiers d’habitat précaire : la bidonvilisation peut à tout moment amorcer la bombe urbaine.

Cependant, l’urbanisation présente de nombreux aspects positifs : baisse significative de la fécondité concomitante de la croissance des classes moyennes.  Le nexus urbanisation-dividende démographique- classe moyenne est désormais au cœur du développement.

Cette fameuse classe moyenne, fait l’objet d’autant de débats que le dividende démographique - et de définitions très contrastées. Pour la BAD, Banque africaine de développement, elle comprend les individus au revenu compris entre 2 et 20 $ par jour. En deçà les pauvres, au-delà les riches. Selon ces critères, la classe moyenne compterait plus de 300 millions de personnes. Une étude récente du Cabinet Deloitte divise ce chiffre par deux. Les chiffres sont très discutables. De 2 à 4 $ la « classe flottante » (plus de la moitié de l’effectif des classes moyennes) reste très vulnérable ; de 4 à 10 la classe intermédiaire, plus régulièrement solvable, entre dans la « petite prospérité  » chère aux Chinois. De 10 à 20 dollars l’investissement (maison notamment) devient envisageable.

Les classes moyennes seraient-elles en mesure de résoudre l’équation cruciale croissance démographique-emploi  ? La BAD fait preuve d’un optimisme excessif. Certes, la classe moyenne croît deux fois plus vite que la population. Mais le nombre de pauvres vivant en ville augmente plus vite que les effectifs de la classe moyenne : que le cercle vertueux du développement repose sur les classes moyennes urbaines, ne doit pas masquer cette réalité.

Les villes sont potentiellement explosives. Les émeutes de la faim en 2008 pourraient n’être qu’un signe avant-coureur d’autres déflagrations. Quel avenir pour des jeunes sans travail, socialement marginalisés : délinquance, réseaux de la drogue, recherche du salut dans les formes extrêmes de la religion, dans l’islamisme, embrigadement dans des milices ou des mouvements terroristes ? Ou bien émigration.

3. La solution migratoire et ses limites

Les mobilités intra-africaines ont toujours été importantes : des hautes pressions vers les basses pressions démographiques, des « réservoirs démographiques  » vers les bassins d’emploi ; de l’intérieur enclavé vers les littoraux. Mais il existe un effet de seuil. Quand les autochtones se sentent submergés par les allochtones qui menacent leurs prérogatives foncières et politiques. La Côte d’Ivoire a montré comment la tradition d’accueil pouvait muter en xénophobie.

Les migrations internes à l’Afrique deviennent conflictuelles quand la compétition pour l’accès aux ressources ou à l’emploi dresse les autochtones contre les étrangers. Le remplissage en cours des espaces africains ne pourra éviter de générer des conflits violents.

Les migrations extra-africaines soulèvent d’autres problèmes. Elles sont beaucoup moins importantes en valeur absolue que les migrations intra-africaines, mais elles traduisent chez les jeunes un puissant désir d’émigrer. Les enquêtes dans les écoles disent clairement un désir de quitter l’Afrique. Le grand sondage mondial Gallup va dans le même sens : l’Afrique subsaharienne est la région du monde où le désir d’émigrer est le plus fort. Quels que soient les chiffres, l’émigration s’est installée au cœur des relations euro-africaines – et du débat politique national, notamment en France. Mellila, Lampedusa en sont les douloureux symboles. Une fois la crise syrienne terminée, l’essentiel de la pression migratoire viendra d’Afrique subsaharienne.

Les proximités continentales, la réalité géopolitique du fuseau euro-africain, imposent de dépasser les visions euro-méditerranéennes pour y intégrer l’Afrique subsaharienne. Comme le soulignent J.M. Sévérino et O. Ray, dans une réflexion sur l’avenir de l’Afrique : « le sujet n’est pas le regret historique… le sujet est ailleurs, dans la géographie : que nous le voulions ou non, le continent de deux milliards d’habitants est notre voisin, et nous sommes le sien ».

*

Peut-on être optimiste ?

Sans une diminution drastique de la fécondité, comme la Chine l’a fait, l’Afrique s’expose à de graves déboires. Or, la révolution contraceptive tarde à venir. Nonobstant le réel développement de la classe moyenne, les villes africaines ne semblent pas en état d’absorber, dans des conditions satisfaisantes, une croissance démographique inégalée, surtout si le contexte de faible industrialisation persiste. Dire qu’en 2050 il y aura plus de jeunes en Afrique qu’en Asie de l’Est, c’est ne rien dire si les conditions d’emploi et d’employabilité de ces jeunes ne sont pas réunies, ce qui suppose un niveau d’éducation beaucoup plus élevé que l’actuel.

En tout état de cause, le « dividende démographique » ne sera qu’un mirage s’il n’y a pas une forte accélération de la baisse de la fécondité.

Là se trouve la clé de l’avenir de l’Afrique subsaharienne. L’urbanisation y contribue fortement. Mais cela ne suffit pas, les masses rurales sont insuffisamment mobilisées. Il faut beaucoup de pédagogie et de volonté politique pour faire prendre conscience des risques d’une démographie incontrôlée. Or, les responsables africains renâclent à s’engager dans le combat démographique comme l’ont fait tous les pays aujourd’hui émergents.

Au Sahel, au bord d’un « effondrement malthusien  » selon l’expression de Serge Michailof. il serait plus avisé d’investir dans le planning familial, que de conduire des opérations militaires dont on sait qu’elles seront vaines. Le combat n’est pourtant pas perdu, car les prises de conscience de l’urgence démographique se multiplient.

En 2012 à Londres, la fondation Bill et Melinda Gates a relancé les efforts en faveur de la planification familiale à hauteur de 8 milliards de $ sur 8 ans. La lutte contre les fécondités excessives va peut-être prendre le relais de la lutte contre le sida.

On ne peut souhaiter qu’une chose, c’est que l’ampleur des financements internationaux conduise les responsables africains à reconnaître la légitimité d’un devoir d’ingérence démographique. Ce devoir d’ingérence démographique, est plus important que le devoir d’ingérence humanitaire car il intervient en amont, comme moyen de prévention des conflits, et non pas en aval pour en panser les plaies. Il pourrait s’exercer par une conditionnalité de l’aide

La mobilisation en faveur de l’accélération de la transition démographique est en tout cas la priorité absolue, car existe-t-il d’autre alternative en Afrique subsaharienne que le préservatif ou la Kalachnikov ?

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 7 Juin - 21:59


Mbembe : « Sur les frontières, l’Afrique doit devenir le contre-exemple de l’Europe »

Joseph Confavreux Médiapart 22 mai 2016

« il faut ouvrir... abolir les frontières »

L’historien et professeur de science politique constate les « impasses de l’humanisme », face à la croissance des « politiques de l’inimitié ». Et explore la manière dont les politiques migratoires et frontalières peuvent renverser, plutôt qu’accentuer, la défiance vis-à-vis de l’autre.


Achille Mbembe revient avec un « bref essai fait de hachures, de croquis, de chapitres parallèles », intitulé Politiques de l’inimitié, qui vient de paraître aux éditions La Découverte. Le professeur d’histoire et de science politique à l’université du Witwatersrand à Johannesburg y creuse les objets de recherche et les préoccupations politiques élaborés dans ses précédents ouvrages, Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée (La Découverte, 2010) et Critique de la raison nègre (La Découverte, 2013). Mais avec une gravité et une inquiétude davantage sensibles.

Citation :
En janvier dernier, lors d’un passage à Paris durant lequel il avait participé à la « Nuit des idées » organisée par le Quai d’Orsay, Achille Mbembe avait expliqué parler «depuis l’expérience sud-africaine par laquelle nous avons appris que nous n’avions pas d’autre choix que de vivre exposés les uns aux autres, si l’on ne voulait pas revenir au vieux fantasme de la séparation et de son corollaire, l’extermination».

Mais aujourd’hui, explique-t-il : « La brutalité aux frontières nous pose au moins une question : comment revenir à une idée du commun et à des généalogies communes, là où la guerre constitue à la fois le remède et le poison de notre époque ? Comprendre, en ouvrant toutes les archives du monde, que l’autre n’est pas hors de nous, mais en nous, nous indique que nous ne pourrons pas sanctuariser une part du monde en semant le chaos dans d’autres parts du monde, et en obtenant ainsi sécurité et liberté. »

En conséquence, il propose l’ouverture totale des frontières africaines, comme un contre-exemple radical à la trajectoire que prend aujourd’hui l’Europe, « pour que l’Afrique redevienne sa puissance propre en devenant un véritable espace de circulation ».

L’historien, qui vit entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, traverse ainsi les continents et les histoires pour explorer des notions comme les « politiques de l’inimitié », la « sortie de la démocratie », « l’état de terreur permanent des démocraties occidentales » ou le « nanoracisme ». Il appelle en conséquence à une « fête de l’imagination » susceptible de nous sortir des situations « mortifères » dans lesquelles nous sommes enferrés.


Citation :
Lire aussi

Achille Mbembe : « Pas de monde sans circulation libre des hommes »  
Par Joseph Confavreux

Discussion avec Achille Mbembe autour de « la raison nègre » 1/2
Par La rédaction de Mediapart

Discussion avec Achille Mbembe autour de « la raison nègre » 2/2
Par La rédaction de Mediapart

L’indépendance de l'Afrique vue par Achille Mbembe (1/3): La mémoire volée
Par Jade Lindgaard

L’indépendance de l’Afrique vue par Achille Mbembe (2/3): «Un laboratoire des dictatures»
Par Jade Lindgaard

L’indépendance de l'Afrique vue par Achille Mbembe (1/3): La mémoire volée
Par Jade Lindgaard


Corinne Cerise vous donne accès gratuitement à un article sur Mediapart.fr, journal d'investigation indépendant et participatif. Son message personnel :

Corinne Cerise a écrit:
Bonsoir Jean-Paul,

Voici un passionnant entretien avec Achille Mbembe sur MDP. Ce n'est pas si courant. Je l'aurais bien publié sur le livre-forum, mais dans la mesure où il s'agit d'un article du journal, c.a.d payant, je ne suis pas certaine que l'article soit libre de droits de reproduction. Ce qui pourrait causer des ennuis à monsieur Admin ;-)

Amicalement.

Corinne


Patlotch a écrit:
Merci Corinne,

monsieur Admin est abreuvé chaque jour du sommaire de Médiapart dont il n'a rien à foutre, et de relance pour se réabonner, en conséquence de quoi Monsieur admin dit merde et mercià Médiapart ;-)


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 12 Juin - 14:36



Image illustrative

Qui disait que l’Afrique est la poubelle de l’Occident ?


Citation :
Selon le docteur guinéen Gaoussou Fadiga, les causes de l’insuffisance rénale sur le continent sont en partie à chercher dans les déchets venus d’ailleurs.

Il détaille : « 42 % des produits pharmaceutiques éliminés du marché européen en 2012 sont vendus en Afrique et sont considérés comme des produits pharmaceutiques qui causent l’insuffisance rénale. » C’est pourquoi, le médecin, cité dans Le Populaire de ce lundi, recommande les produits bio, à base de plantes.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Jeu 16 Juin - 19:31


En République Démocratique du Congo (RDC), des pères japonais ont systématiquement abandonné leurs enfants métis.


Nana est très remontée contre son géniteur
Image copyright  Image caption

Citation :
A Kasumbalesa, une petite cité du Sud-Est de la RDC, à la frontière avec la Zambie, le flot des camions transportant des minerais est incessant. C’est dans cette petite ville poussiéreuse que vivent une cinquantaine de métis nés d’unions entre des Japonais et des mères congolaises dans les années 70 et début 80.

D'après Poly Muzalia, correspondant BBC en RDC, les enfants nés de ces unions ont été abandonnés par leurs pères. Certains d’entre eux auraient même été assassinés à leur naissance, d’après des témoignages concordants.


Shibata aimerait retrouver la trace de son père. Image copyright  Image caption

Avec ses yeux bridés, sa peau cuivrée et ses cheveux lisses, Shibata a 40 ans. Cet enseignant est le fruit de l’union d’un ingénieur japonais et d’une paysanne congolaise. Plus que tout, il aimerait retrouver la trace de son père.

"Nous voulons que nos pères puissent nous reconnaître, qu'ils puissent reconnaître qu'ils ont abandonné des enfants en RDC. Mon père est retourné au Japon, il m'a laissé tout bébé. Alors si je le voyais ce serait vraiment un sentiment de joie. Je serais très content".

Nana, 39 ans, est aussi métis. Contrairement à Shibata, cette mère de deux enfants est très remontée contre son géniteur.

"Moi si je voyais mon père, je lui dirais tu nous as abandonnés. Un véritable parent se serait occupé de ses enfants, nous aurait scolarisés comme les autres enfants avec qui nous avons grandi. Je lui dirais tu es méchant, tu es un assassin. Tu nous as abandonnés avec notre mère qui n’avait pas étudié et qui n’avait pas les moyens de nous élever".


Comment expliquer l’abandon systématique de ces enfants par leurs pères japonais ? La plupart des mamans interrogées évoquent le racisme, indique notre correspondant.

"A l'époque des Japonais"

La mère de Shibata explique que son fils a survécu grâce au fait qu’elle évitait de l’emmener à l’hôpital de la Sodimico. Aujourd’hui, cette entreprise minière est en faillite, son hôpital aussi.

Yvonne, une infirmière de l'établissement, témoigne: "Avant, à l'époque des Japonais, des Canadiens, il y avait beaucoup plus de médicaments. Aujourd'hui les malades viennent avec leurs produits, et puis nous avons une pharmacie ici où on peut acheter quelque chose si on a besoin".

"Aujourd'hui plus personne ne s'occupe de l'hôpital, confirme-t-elle, la société est en faillite".

Les autorités de cet hôpital n’ont pas souhaité répondre aux questions de notre correspondant.

Sans illusions



Sagara fabrique du charbon de bois pour survivre
Image copyright

 Cette communauté métis ne se fait plus guère d’illusions. Sagara, 34 ans, fabrique du charbon de bois pour survivre. Il sait qu’il ne pourra jamais aller vivre au pays de son père.

"Je suis habitué avec le climat congolais. Au Japon peut-être que ce serait difficile de vivre. Mais je suis en train de souffrir, alors peut-être le gouvernement japonais peut nous aider un peu, nous faciliter la vie, les miens et moi, ici au Congo".


Plaider la cause de ces oubliés du Katonga, c’est le cheval de bataille de Moise Chokwe, avocat et député élu de Kasumbalesa. Il nous confie que malgré ses efforts, il n’a jamais reçu de réponse, ni des autorités congolaises, et encore moins de l’ambassade japonaise à Kinshasa.

"Le gouvernement congolais doit assumer ses responsabilités et aider ces enfants, ces rescapés-là, à obtenir des dédommagements, et le gouvernement japonais doit le prendre en compte".


L’ambassade du Japon n’a pas répondu à la demande d’interview de la BBC, tout comme les autorités congolaises.


Une petite-fille de la 2ème génération, dont le père métis est marié à une Congolaise


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Ven 17 Juin - 7:00


et l'Indafrique ?

Le président indien en Afrique pour resserrer les liens économiques

RFI 14-06-2016


Le président ghanéen John Mahama au côté de son homologue Pranab Mukherjee
à Accra le 13 juin 2016 © AFP

Citation :
Le président indien arrive ce mardi 14 juin à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Pranab Mukherjee poursuit sa tournée africaine débutée dimanche pour six jours après s'être rendu d'abord au Ghana et avant d’aller en Namibie. Un voyage éminemment économique, alors que l'Inde poursuit son développement économique et entend profiter du ralentissement chinois pour gagner quelques points en Afrique.

Avec une croissance à 7,6%, l'Inde est l'économie la plus dynamique du monde. Puissance industrielle, elle a un besoin vorace de matières premières et notamment de pétrole.

Pour s'approvisionner en or noir, l'Inde compte sur le Soudan, l'Angola ou encore le Nigeria, dont elle est devenue en 2014 le premier importateur de brut. Mais le géant asiatique a toujours besoin de sécuriser ses approvisionnements et donc de diversifier ses fournisseurs. Une visite au Ghana et en Côte d'Ivoire, jeunes producteurs de pétrole prend ainsi tout son sens.

Rattraper son retard sur la Chine

En mettant le cap sur l'Afrique de l'Ouest, le président essaie de resserrer les liens avec l'ensemble du continent et de talonner son principal concurrent, la Chine.

Pour cela, New Delhi peut s'appuyer sur un solide réseau d'investisseurs privés qui ont déjà des intérêts en Afrique. Le constructeur automobile Tata dispose d'une usine en Afrique du Sud et aujourd'hui ses bus défilent dans les rues d'Abidjan. Mais l'Inde a un sérieux train de retard sur son concurrent. En 2008, les investissements chinois sur le continent atteignaient 60 milliards de dollars, le double de l'Inde la même année.





Alors que les relations tissées entre la Chine et l’Afrique suscitent un intérêt important (et au passage certaines inquiétudes), l’émergence de l’Inde sur le continent est pratiquement passée inaperçue.


Citation :
Si le volume des échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique reste trois fois moins élevé que celui avec la Chine, le poids de l’Indafrique est réel et en plein boom. Ces échanges aujourd’hui estimés entre 40 et 60 milliards de dollars par an, pourraient atteindre 90 milliards d’ici 2015.

Une présence ancienne

Les relations commerciales entre les rives de l’Océan Indien sont séculaires, grâce à la mousson qui permettait de conduire les épices indiennes jusque dans les ports d’Afrique de l’Est.

L’immigration indienne en Afrique, qui date de la période coloniale anglaise, a joué un rôle majeur dans le développement de ces relations et permis d’établir des communautés importantes en Ouganda, Tanzanie, Kenya et Afrique du Sud.

Ainsi, Gandhi a vécu en Afrique du Sud et y a exercé en tant qu’avocat durant de nombreuses années. Jeune avocat arrivé en 1893, c’est en Afrique qu’il mettra pour la première fois en pratique sa vision d’une désobéissance civile non-violente, et son combat politique commencera donc par la lutte pour les droits civiques de la communauté indienne en Afrique du Sud.

Ces liens économiques et humains ont été renforcé par la solidarité politique née de la décolonisation et du mouvement des non-alignés. L’Inde et l’Afrique entretiennent des relations politiques depuis les années 1950, même si les relations économiques en sont restées à un niveau limité.

Les groupes indiens en force dans les télécoms

Dans un premier temps, l’initiative du développement des échanges en est surtout revenue à aux groupes privés indiens. Le groupe Tata a été le fer de lance de la stratégie africaine de l’Inde depuis les années 1960, principalement dans les secteurs des télécommunications et de l’automobile.

Activant également dans le secteur des télécoms, Bharti-Airtlel est même devenu le troisième plus grand opérateur mobile sur l’ensemble du continent africain, et déploie son réseau dans plus de dix-sept pays.

Dans les transports, Kalinda Rail, le constructeur du métro de New Delhi, a été chargé de rénover les chemins de fer du Ghana. Le laboratoire pharmaceutique Cipla et ses médicaments génériques contribuent à améliorer la situation sanitaire dans de nombreux pays comme l’Ouganda, le Togo, le Cameroun, le Nigeria.

Enfin, Karuturi Global, l’un des leaders mondiaux de la production de roses, investit prés de 100 millions de dollars pour produire des denrées alimentaires en Ethiopie.

Les groupes indiens cherchent souvent à se différencier des entreprises chinoises, et à avoir un plus grand impact social. Elles s’attachent ainsi à employer davantage une main-d’œuvre locale, et à établir des partenariats avec des entreprises africaines.

Ces dernières années, le secteur privé indien a ainsi acquis des dizaines de sociétés dans différents secteurs et vise des investissements à long terme. Il mise surtout sur les besoins d’un continent de plus d'un milliard d'habitants, au profil de consommation très similaire à celui de l'Inde.

« L’institutionnalisation » de l’Indafrique depuis 2007

Une nouvelle étape de la coopération entre l’Inde et l’Afrique a été franchie en octobre 2007, avec la visite du Premier ministre indien, Manmohan Singh au Nigeria. Ce fut en fait la première visite d’un chef du gouvernement indien en Afrique de l’ouest depuis celle de Nehru, en 1962!

Cette visite a été suivie par le premier sommet Inde-Afrique à Delhi en avril 2008 auquel ont participé quatorze chefs d’État africains. Les liens économiques entre les deux continents ont encore été renforcés lors du second sommet Inde-Afrique qui s’est tenu en mai 2011 à Addis-Abeba. Ces deux rencontres au sommet ont permis de lancer un véritable partenariat stratégique entre l’Inde et les États africains.

En termes de commerce, cinq pays Africains absorbent près des deux tiers des échanges avec l’Inde. Sans surprise, l’Afrique du Sud est son premier partenaire commercial, devançant le Nigéria, le Kenya ou l’Egypte.

A l’instar de la Chine, la machine économique indienne fait face à des besoins économiques colossaux. Avec une croissance supérieure à 8 %, 1,2 milliard d’habitants, et plus de 70 % de la consommation pétrolière du pays achetée à l’étranger, l’Inde cherche à se placer sur les marchés africains et à sécuriser ses approvisionnements.

Le pays manifeste en échange sa confiance dans l’avenir de l’Afrique en y consacrant des investissements importants dans la construction d’infrastructures, les nouvelles technologies et la santé (par exemple avec le développement de la télémédecine depuis 2009). L’Inde a également dépensé plus de 200 millions de dollars dans le Nouveau partenariat pour le développement africain (NEPAD).

Les défis d’un partenariat durable

S’il est sans doute encore trop tôt pour mesurer l’impact de l’Indafrique sur le développement du continent, il convient de noter que la balance des échanges commerciaux entre l'Afrique et l'Inde reste clairement déséquilibrée.

L'Inde exporte en Afrique des produits manufacturés comme des voitures, des produits cosmétiques (en Egypte, un produit sur six serait indien), ou d'autres produits de consommation. Les exportations africaines relèvent quant à elles toujours du secteur primaire, à savoir essentiellement les hydrocarbures, l’agriculture et les produits miniers.
La place de l’Afrique dans les échanges commerciaux de l’Inde est encore marginale comparée aux autres parties du monde (moins de 5% du commerce du total des échanges commerciaux).

Aujourd’hui, l’Inde s’impose en tant que puissance émergente avec des ambitions mondiales. Elle voit dans le continent africain (et les 54 pays qui le composent) à la fois un allié politique de taille, un fournisseur de matières premières, et un marché de plus d’un milliard de consommateurs.

Du coté Africain (et tout comme la Chine), l’Inde ouvre la voie à de nouvelles opportunités à saisir, puisqu’elle permet une diversification des partenaires du continent et permet de réduire le poids économique (donc politique) des anciennes puissances coloniales.
L’Afrique a certainement beaucoup à gagner de sa coopération avec l’Inde. Elle pourrait en particulier s’appuyer sur l’Inde pour assurer des transferts de technologies à moindre cout, notamment dans le domaine informatique. Elle pourra également bénéficier du savoir-faire agricole de l’Inde, dont la « révolution verte » est toujours considérée comme une référence.

Les Etats Africains pourront en outre s’inspirer des réformes indiennes en vigueur depuis 1990 pour permettre le développement d’un secteur privé performant capable non seulement de tirer la croissance intérieure, mais aussi d’être compétitif au niveau international.

Nacim KAID SLIMANE


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mer 22 Juin - 14:34


Comment Pékin est devenu le banquier de l'Afrique

Jacques Hubert-Rodier Les Échos 21/06  

Depuis plus de quinze ans, la Chine s'est imposée comme le partenaire économique incontournable de l'Afrique, devenant l'une des principales sources de financement de projets. Une dépendance qui commence à inquiéter.


Françoise Ménager pour « Les Echos »

Jacques Hubert-Rodier a écrit:
« Les Chinois disent toujours : si vous voulez devenir riche, il faut construire des routes. »

La formule du ministre sud-soudanais des Affaires étrangères, Barnaba Marial Benjamin, à l'issue du sommet Chine-Afrique de l'année dernière, résume l'un des maux de l'Afrique, « le continent de l'avenir » : l'inadaptation de ses infrastructures. Un retard qui est « l'un des principaux obstacles à la croissance économique » du continent, notait récemment, dans une revue du FMI, Amadou Sy, responsable du programme Afrique à la Brookings Institution. Le besoin de financement non couvert de l'Afrique subsaharienne dépasse les 41 milliards de dollars par an, selon des estimations du Fonds monétaire international. Une partie des financements est toujours assurée par les institutions financières multilatérales et la Banque mondiale, ainsi que des sources privées.

Mais, depuis plus de quinze ans, la Chine s'est imposée comme le partenaire économique incontournable de l'Afrique, devenant l'une des principales sources de financement de projets. La médaille a son revers : une nouvelle dépendance, souvent mal perçue, plus d'un demi-siècle après les indépendances africaines. « Aujourd'hui le Congo [Brazzaville, NDLR] est quasiment aux mains de la Chine », affirme par exemple Benoît Koukébéné, ancien ministre des Hydrocarbures dans le gouvernement de Pascal Lissouba, qui vit en exil depuis le retour au pouvoir de Sassou-Nguesso. A ses yeux, la progression de l'endettement de son pays est due « à une gestion chaotique » du gouvernement, qui « a recommencé à gager le pétrole » avec comme principal créancier la Chine.

En vertu d'un système « dangereux », selon l'ancien ministre, qui a renégocié en son temps les contrats pétroliers de son pays, une partie de la production pétrolière est ainsi destinée à rembourser la dette à l'égard de la Chine. Mais le Congo est loin d'être le seul pays dans ce cas en Afrique. D'après une professeure d'économie à l'université Badji Mokhtar, Nadia Chettab, citée récemment par « El Watan », la logique est toujours la même : la Chine prête de l'argent pour financer des infrastructures, fait réaliser les travaux par ses propres entreprises, et se rembourse en prélevant des ressources naturelles du pays concerné. Certes, Pékin s'est rapproché des agences internationales depuis le début des années 2010, mais une partie de l'endettement reste opaque. Rémy Rioux, le nouveau directeur de l'AFD (Agence française de développement), affirme ainsi que ces prêts ne sont pas forcément cachés, mais ils sont parfois accordés « à des conditions plus coûteuses que la dette apportée par les institutions multilatérales ou l'AFD ».  « Ils peuvent également être attachés à des contrats à long terme sur les matières premières, dont les clauses ne sont pas complètement connues », ajoute-t-il.

La Chine n'est pas l'unique pays à se lancer en Afrique. D'autres émergents y sont présents, notamment en République du Congo, comme l'Inde, la Turquie ou encore le Brésil. « Sassou-Nguesso empile les dettes », résume Benoît Koukébéné. Les pays du Golfe, Arabie saoudite et Qatar en tête, sont également devenus des prêteurs.

Le risque d'un réendettement est d'autant plus fort que les pays africains, et particulièrement ceux qui exportent du pétrole, sont confrontés au ralentissement économique de la Chine, à la faiblesse de la croissance européenne et à la baisse des prix des matières premières. Ce qui risque d'affecter encore plus leur capacité de remboursement. Certes, on est loin encore de connaître une nouvelle crise de la dette africaine. Mais certains signaux sont inquiétants. Pendant quinze ans, l'Afrique a dégagé un excédent commercial avec la Chine. Or la balance commerciale, selon le FMI, est récemment devenue déficitaire.

Pour Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), le réendettement est un sujet d'inquiétude. Car, rappelle-t-il, l'Afrique est repartie grâce aux allégements de dette décidés dans les années 2000 pour soulager le fardeau des pays pauvres les plus fragiles. Son réendettement est d'autant plus rapide qu'il est lié à des achats d'armes et à la volonté de dirigeants de s'assurer la paix sociale par des dépenses budgétaires, ajoute le chercheur. Dans ses perspectives économiques d'avril dernier sur l'Afrique subsaharienne, le FMI estime que, de 2014 à 2015, le ratio médian dette publique-PIB a augmenté de 5,25 points pour s'établir à environ 43 % du PIB, avec des hausses particulièrement marquées pour des pays comme la République du Congo, le Cameroun et le Gabon. Un autre phénomène a également contribué à l'augmentation de la dette comme en Angola et en Tanzanie : la dépréciation de la monnaie. Paradoxalement les pays importateurs de pétrole comme la Côte d'Ivoire, le Kenya et le Sénégal ont nettement mieux résisté, grâce à la vigueur de la consommation privée. Selon les dernières prévisions du FMI, la croissance en Afrique devrait chuter à 3 % cette année, soit le niveau le plus faible depuis plus de quinze ans, après 3,4 % en 2015 et loin des 6,8 % par an observés entre 2004 et 2008. Des perspectives en tout cas trop faibles face à la croissance démographique de l'Afrique, dont la population devrait dépasser les 2 milliards en 2020, contre 1,2 milliard actuellement. La Chine, dans ce contexte, a incontestablement un rôle à jouer. A condition de déterminer les bons projets, de les financer de façon transparente et de contribuer à l'emploi.



Les points à retenir
Citation :

Le besoin de financement non couvert de l'Afrique subsaharienne dépasse les 41 milliards de dollars par an, selon le FMI.

Omniprésente, la Chine prête de l'argent pour financer des infrastructures, et se rembourse en prélevant des ressources naturelles des pays concernés.

A la clef, un risque de réendettement, et une nouvelle dépendance, souvent mal perçue, plus d'un demi-siècle après les indépendances africaines.


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AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?
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