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 AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?

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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Ven 18 Sep - 8:38

Alors que la Fed cherche desesperemment à arreter la chute des prix des matieres premieres en premier du petrole :

USA: la Fed prolonge le statu quo et laisse ses taux inchangés, proches de zéro

Citation :
Washington - La Fed a décidé jeudi de laisser ses taux d'intérêt inchangés préférant jouer la prudence face à l'impact des récents développements de l'économie mondiale et financière.

A l'issue d'une réunion à Washington fébrilement suivie par les marchés financiers, le Comité de politique monétaire (FOMC) a laissé ses taux évoluer entre 0 et 0,25%, comme c'est le cas depuis décembre 2008.

Un membre du Comité monétaire, Jeffrey Lacker ,de l'antenne régionale de Richmond, qui demandait une hausse d'un quart de point, a voté contre la décision.

Sans les citer nommément, les membres du Comité ont pris acte des dernières turbulences sur les marchés financiers, de la baisse des prix de l'énergie et des matières premières ainsi que du ralentissement de l'économie chinoise car ceux-ci pourraient influencer encore les prix à la baisse.

L'objectif de la Fed est que l'inflation atteigne autour de 2% à moyen terme aux Etats-Unis, un niveau qu'elle estime sain pour l'économie. Or cette inflation n'est que de 0,3% sur un an, selon l'indice PCE...

http://www.romandie.com/news/USA-la-Fed-prolonge-le-statu-quo-et-laisse-ses-taux-inchanges-proches-de-zero/631018.rom


La crise frappe fort le Nigeria premier producteur d’Afrique de petrole et oeil du cyclone de la nouvelle phase de la crise ?

Citation :
Banque centrale Nigeria exhorte « Ne paniquez pas » aalors que les banques (nigeriannes) stoppent les prêts les unes aux autres Soumis par Tyler Durden le 17/09/2015 22:00 -0400

 Quand la tête de la Banque centrale pousse les deux mots "pas de panique" vous savez l'économie, la monnaie, et le système financier est en Difficulté.. .et c'est juste ce que banque centrale du Nigéria gouverneur Godwin Emefiele juste fait. Après intervention de l'état de balayer la trésorerie provenant des locaux à la comptabilité centrale, les banques ont paniquées. Des rapports comme Reuters, taux des prêts interbancaires dopés à 200 %, qui Emefiele a exprimé l'avis était "une action momentanée... juste sentiment," mais le marché interbancaire naira a été paralysé pour une troisième journée jeudi, avec les banques refusent de prêter à l'autre, même lorsque le taux est retombé à 20-30 %.
 
O/N taux de dopage...

 Et CD implique une dévaluation notable est imminente...

Graphiques : Bloomberg
Rapports comme Reuters, Banque centrale du Nigéria gouverneur Godwin Emefiele exclu une dévaluation naira jeudi et dit aux gens de ne pas s'affoler sur un ordre de gouvernement qui risque de drainage milliards de dollars du système financier.


Dans une interview à Reuters, Emefiele a dit il est prêt à injecter des liquidités si nécessaire sur le marché interbancaire, qui tari cette semaine suite à la directive aux ministères du gouvernement de déplacer leurs fonds des banques commerciales sur un "compte unique de trésorerie" (TSA) à la Banque centrale.
 
La politique fait partie du nouveau président Muhammadu Buhari du lecteur pour lutter contre la corruption, mais les analystes disent qu'il pourrait aspirer autant que 10 pour cent des banques de dépôts du secteur dans l'économie de l'Afrique - jouant des ravages avec les ratios de liquidité des banques.
 
Avec les cours mondiaux du pétrole dégringolant, banques et entreprises sont déjà aux prises avec les conséquences d'une plongée dans les revenus de l'énergie du Nigeria qui a frappé la monnaie naira et déclenché des mouvements de capitaux hors du pays.
 
Alors, que JP Morgan a lancé Nigeria hors de son influent Emerging Markets Bond Index la semaine dernière en raison des restrictions que la Banque centrale a imposé sur le marché des devises pour soutenir le naira et préserver ses devises se réserve.
 
Depuis l'arrivée au pouvoir en mai, m. Buhari a juré de freiner, en dépendance du Nigeria sur les exportations de pétrole, qui représentent 90 pour cent des gains en devises. Toutefois, il a dû faire face critique auprès d'investisseurs pour avoir omis de nommer un cabinet encore ou de décrire les politiques concrètes.
Au milieu de la confusion au sujet de la mise en œuvre de la stratégie de compte unique, du jour au lendemain les taux des prêts interbancaires dopés à 200 pour cent, mais Emefiele a rejeté la politique avait provoqué une crise de liquidités.


"Il n'y a pas de pénurie de liquidités," dit-il, pointant vers une vente sursouscrite de bons du Trésor mercredi. « Un épi est une action momentanée. C'est le sentiment. »
"Je ne pense pas il n'y a aucune nécessité pour tout le monde s'affoler," a-t-il ajouté.
Néanmoins, que le marché interbancaire naira a été paralysé pour une troisième journée jeudi, avec les banques refusent de prêter à l'autre, même lorsque le taux est retombé à 20-30 % .


Dans un signe de l'oléiculture financière, des soldes de trésorerie de la Banque commerciale auprès de la Banque centrale qui sont normalement réservés pour les devises étrangères ou d'achats d'obligations a plongé à 173 milliards de naira jeudi de 486,000000002 milliards de jours il y a.
 
Les analystes avaient prédit que la édit TSA pourrait sucer 1,2 billions naira ($ 6 milliards) hors du système bancaire commercial. Emefiele a dit le montant serait inférieur à 1 billion, bien qu'il n'a pas donné de détails au-delà de disant que la mesure était destinée à extirper du greffon.
Ses commentaires ne pas inspirera confiance dans les nouvelles règles entre les économistes.

« C'est un exemple du gouvernement décider d'une politique sans y penser grâce à la mécanique de fonctionne sa mise en œuvre, » a déclaré Alan Cameron à Exotix, spécialiste londonien frontière commercialise - un sous-ensemble de risque plus élevé d'économies émergentes.
 
http://www.zerohedge.com/news/2015-09-17/nigeria-central-bank-urges-dont-panic-banks-halt-lending-each-other


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Ven 30 Oct - 1:29


Le bilan économique et social des révolutions arabes est désastreux Bachir El Khoury Slate 07.02.2014


Queue pour acheter du pain devant une boulangerie à Al Qusayr,
dans l'ouest de la Syrie, vers Homs, en mars 2012.
REUTERS/Goran Tomasevic

(l'article original conporte des graphiques)


Citation :
Croissance faible, déficit en flèche, dépréciation monétaire, tourisme en berne, chômage à la hausse… Trois ans après le début du «Printemps arabe», la Tunisie, l'Egypte, la Libye et la Syrie peinent à renouer, sur le plan économique, avec l’ère de la dictature. Panorama en chiffres.

Trois ans après la «Révolution du Jasmin» en Tunisie et «la Révolution du 25 janvier» en Egypte, qui vont marquer le coup d’envoi d’une série de manifestations et de soulèvements populaires à travers le monde arabe, le bilan économique des pays en transition n’est pas formidable.

Si ces soulèvements ont réussi dans certains pays à atteindre leur objectif primordial, celui de mettre fin à des décennies de dictature, ils n’ont pas encore produit, en revanche, les autres effets escomptés. Les révoltes populaires portaient en elles l’espoir d’un renouveau politique, certes, mais aussi d’un nouvel élan socioéconomique qui permettrait de mieux redistribuer les richesses, jusque-là concentrées entre les mains d’une minorité au pouvoir, et d’assurer justice et emplois à une nouvelle génération montante.

Mais les transitions politiques se sont avérées plus longues et ardues que prévu. Entre octobre 2011, date à laquelle le parti Ennahda était arrivé au pouvoir, et janvier 2014, la Tunisie a été soumise à des tiraillements politiques entre islamistes et forces laïques, dont les réformes et l’économie ont été les premières victimes.

En Egypte, l’élaboration d’une nouvelle constitution et la préparation aux premières élections démocratiques dans l’histoire du pays ont été suivies d’une longue épreuve de force entre islamistes et membres de l’establishment militaire, ayant mené en juin dernier à la destitution manu militari du Président Morsi, issu de la confrérie des Frères musulmans.

De son côté, la Lybie s’est enlisée dans la violence; le pays est aujourd’hui coupé en cinq zones contrôlées par des milices constituées d’éléments tribaux, tandis que les autorités centrales tentent encore de rédiger une constitution nationale et d’imposer une seule autorité militaire.


Enfin, la Syrie est en proie à une guerre civile ravageante qui oppose depuis près de trois ans le régime de Bachar el-Assad, issu de la minorité alaouite, aux combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) ainsi qu’à des milices islamistes dans un combat aux ramifications régionales et internationales.

Face à ce chaos, l’ultime objectif du passage vers des économies plus productives, capables d’absorber une demande d’emplois croissante semble loin, très loin même.


Tunisie


Des Tunisiennes manifestent pour demander la démission du gouvernement
dirigé par les islamistes, en novembre 2013, à Tunis. REUTERS/Anis Mili

La croissance à 3%, l’inflation à 6%

Le PIB a connu une contraction de 1,9% durant la première année suivant la révolution (2011) —une première historique— avant de grimper à 3,6% en 2012 et de se stabiliser autour de 3% cette année. Ces taux restent néanmoins largement inférieurs aux pics atteints au cours de la dernière décennie; la croissance s’élevait à plus de 6% en 2007.

Si l’instabilité politique y est pour beaucoup, le contexte régional précaire, la lente reprise au sein de la zone euro ainsi que la politique de la FED pèsent également dans la balance.

De leur côté, les prix ont continué d’augmenter, l’inflation passant de 3% en glissement annuel en 2010 à 6% en 2013, selon les estimations. La situation risque de se prolonger en 2014; les prix de l’électricité et du gaz devraient augmenter de 7%, selon la loi de finances mise en place récemment par le gouvernement et critiquée par certains experts comme étant truffée de contradictions et susceptible d’appauvrir davantage la classe moyenne.

Hausse des déficits externe et public


Le déficit de la balance courante devrait atteindre 3,9 milliards de dollars cette année, soit 8,5% du PIB, contre un déficit de 2,1 milliards de dollars en 2010, l’équivalent de 4,8% du PIB, tandis que le déficit budgétaire est prévu de culminer à 7% du PIB contre 1,1% en 2010.

En parallèle, la dette du pays est passée, en valeur absolue, de 26 milliards de dinars tunisiens à plus de 35 milliards entre 2010 et 2013. En termes relatifs, le ratio de la dette au PIB reste toutefois inférieur à 50% –une note positive dans le tableau– même si celui-ci a légèrement augmenté (45% en 2013, contre 40% trois ans plus tôt).

Le dinar dégringole

Sur le plan monétaire, le dinar tunisien a connu une forte dépréciation face au dollar et à l’euro au cours des trois dernières années, notamment entre mai 2011 et mai 2013 (-10% par rapport à la monnaie unique et -15% par rapport au billet vert sur cette période). Si cela est d’abord dû à l’instabilité politique, il découle également, selon certains analystes, de la décision de la Banque centrale tunisienne d’abandonner le panier des devises (euro et dollar) auquel le dinar est indexé.

D’autres facteurs exogènes, comme la politique de resserrement monétaire de la FED, et celle de rachats de titres souverains par la BCE, ont également pesé dans la balance.

Cette dépression monétaire a contribué au creusement du déficit commercial, les importations devenues de plus en plus chères; en revanche les exportations n’ont pas été dopées par un dinar moins fort. Cela est dû, entre autres, au fait que l’industrie tunisienne soit tributaire non seulement de matières premières mais aussi de biens semi-finis majoritairement importés. De ce fait, la compétitivité à l’export est réduite par le coût de ces importations nécessaires au processus de production.

En outre la baisse de la demande européenne découlant de la crise dans la zone euro —premier partenaire commercial de Tunis— a pesé sur les exportations de biens et de services, dont le volume a progressé seulement de 2,5% en 2013, selon le FMI, après avoir chuté de 7,7% en 2011. En 2013, le taux de couverture (exportations/importations) est repassé au-dessus de 70% contre 76% en 2011, après avoir marqué un trébuchement en 2012 à 69%.

Baisse des réserves internationales

Les réserves internationales représentent désormais l’équivalent de moins de 100 jours d’importation, contre plus de 180 jours en 2009 et près de 150 jours en 2010, en raison de la pression continue sur la balance des paiements. Celle-ci provient de la baisse des investissements directs étrangers (IDE) ainsi que de la contraction des tirages sur emprunts à moyen et long-termes.

Chômage: légère amélioration

Le taux de chômage a légèrement diminué en 2012 et 2013, comparé à l’année qui a suivi le renversement de Ben Ali, suite à un programme de recrutement dans le secteur public, mais il reste élevé, en particulier parmi la tranche «qualifiée» de la population; selon des estimations, plus de 30% des personnes disposant d’un diplôme universitaire sont à la recherche d’un emploi. Les femmes sont plus touchés que les hommes au sein de cette catégorie (43% des femmes sont au chômage, contre 20% des hommes).

Tourisme: progrès timide

Le nombre des touristes en Tunisie a légèrement progressé en 2013, atteignant 6,3 millions de visiteurs, en hausse de 5% par rapport à 2012, sans pour autant atteindre le niveau de 2010 (-9,2%). Les recettes touristiques ont quant à elles enregistré sur un an une baisse de 5,3% en euros (1,4 milliards d’euros) et une légère hausse de 1,5% pour les recettes en monnaie nationale (3 milliards de dinars), selon la Banque centrale.

Par rapport à 2010, dernière année de la dictature, celles-ci s’inscrivent en baisse de 7,4% en dinars et de 18,3% en euros.

La note souveraine abaissée trois fois en 2013

La note sur la dette tunisienne a été revue à la baisse à plusieurs reprises depuis la chute de Ben Ali. En novembre, l’agence américaine Moody’s a de nouveau abaissé d’un cran la note à « Ba3 » assortie d’une perspective négative. Il s’agissait de la 3e révision de la note par Moody’s en 2013. L’agence a imputé cette dégradation à «l’incertitude politique et la polarisation grandissante». Moody’s a mis en garde contre un nouvel abaissement en cas d’impasse politique persistante et d’une détérioration soutenue de la balance des paiements.

En août dernier, l’agence Standard & Poor’s avait également abaissé la note du pays de « BB-» à « B ». Ces révisions risquent d’assombrir les perspectives d’investissements et d’emprunts sur les marchés internationaux et de se répercuter négativement sur le service de la dette.

Dans une démarche assez inhabituelle, le gouvernement tunisien a demandé en décembre dernier à l’agence S&P de ne plus noter le pays, une démarche qui risque d’avoir de nouvelles retombées sur la crédibilité du pays dans le contexte actuel.

Egypte


Guides touristiques vers les pyramides de Gizeh, en août 2013
REUTERS/Youssef Boudlal

La situation économique ne diffère pas largement de celle qui prévaut en Tunisie. La destitution de Morsi en juin dernier a été suivie d’un bras de fer qui se poursuit entre l’Armée et les Frères musulmans. Des signes de reprise sont toutefois apparents, tandis que le gouvernement, soutenu par les monarchies du Golfe, tente de sortir la tête du pays de l’eau.

Le gouvernement de transition mené par Hazem Béblawi —économiste de renom et ancien ministre des Finances— a annoncé fin août un premier plan de relance sur neuf mois (à partir de 2014) d’une valeur de 3,2 milliards de dollars financé, en partie, par les aides étrangères.

En parallèle, le gouvernement a présenté un programme économique et social, dont les objectifs annoncés sont une hausse de la croissance à 3,5% cette année (contre 1,8% en 2013, selon le FMI) ainsi qu’une réduction du déficit public à 10% du PIB et du chômage à 9%, impliquant la création de 800.000 nouveaux emplois.

La croissance à moins de 2%, l’inflation à 7%



Alors que l’économie égyptienne semblait témoigner de légers signes de relance en 2012, après le ralentissement qui a suivi la Révolution, les dernières estimations du FMI tablent sur un taux de croissance de 1,8% en 2013. Il faudra attendre 2015 pour renouer avec un taux de 4%, selon le FMI. Ces taux sont en outre loin du minimum de 6% à partir duquel sont garantis les grands équilibres macro-économiques du pays.



Quant à l’inflation, elle risque de dépasser de nouveau le seuil des 10% en 2014.

Le déficit public frôle les 15% du PIB

De son côté, le déficit public s’est creusé à 14,7% du PIB en 2013, contre 10,7% un an plus tôt et 8,3% en 2010, selon le FMI. En parallèle, la dette publique a augmenté sous l’effet d’un plus grand déficit, atteignant 90% du PIB en 2013, contre 73% avant la révolution.

Chute de la livre égyptienne

En parallèle, la livre égyptienne, qui arrivait à limiter sa dépréciation à 5,1% par rapport au dollar début 2011 et à 2,4% par rapport à l'euro, a perdu 11% de sa valeur vis-à-vis du billet vert entre décembre 2012 et avril 2013.

Elle a atteint un plus bas en juillet 2013, à plus de 7 livres le dollar, au lendemain des manifestations géantes qui ont mené au renversement du président Morsi, avant de grimper progressivement, mais timidement, durant la deuxième moitié de 2013.

Les investisseurs boudent toujours le pays…

Avec un stock cumulé d’investissements directs étrangers (IDE) estimé par la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à 73,1 milliards de dollars en 2010, l’Egypte comptait parmi les premières destinations d’IDE du monde arabe, grâce à une politique volontariste d’attraction des investissements amorcée en 2004.



La crise économique mondiale, articulée aux bouleversements politiques internes, ont toutefois changé la donne. Selon le rapport annuel de la CNUCED, le montant des IDE entrants en Egypte s’est élevé à 2,8 milliards de dollars en 2012, contre un solde négatif de 483 millions en 2011. Ce redressement reste néanmoins bien inférieur aux niveaux de flux entrants atteints avant la Révolution.

Le chômage, une endémie qui ne chôme pas

Longtemps considéré comme l’un des problèmes majeurs en Egypte, à l’instar d’autres pays arabes, le chômage, notamment parmi les jeunes, n’a pas connu de répit après le renversement de Hosni Moubarak.


Conséquence d’une baisse des investissements et de la fermeture ou de l’arrêt de plusieurs milliers de sociétés (40.000, selon des estimations), le taux officiel de chômage a atteint 13,3% en juin 2013, contre 9% en 2010, tandis que le taux officieux s’élève à près de 20%, et à plus de 40% parmi la tranche 20-24 ans.

La bourse reprend des couleurs

Après plusieurs épisodes de suspension des échanges au cours des trois ans suivant la Révolution du 25 janvier, la bourse s’est ressaisit au cours des six derniers mois, portée par un regain de confiance de la part des investisseurs, après la destitution de Morsi.

L’EGX-30, principal indice de la Bourse du Caire, a dépassé la barre des 6.000 points en octobre, pour grimper à 6.200 points début décembre et culminer à plus de 7.200 points à la mi-janvier, renouant ainsi avec son niveau d’avant fin 2010.

Le tourisme tente de résister


En 2010, l’Egypte accueillait 13,8 millions de touristes, représentant 11,3 % du PIB, et employait 3 millions de personnes. L’année suivante, le pays perdait, dans la foulée de la Révolution, deux millions de touristes sur un an, puis trois millions en 2012 (à 10,9 millions de visiteurs).

Certaines destinations-clés comme Louxor se sont transformées en villes fantômes aux pics des tensions. La situation s’est toutefois légèrement améliorée l’an dernier, le nombre de touristes se hissant à 12,2 millions sur l’ensemble de l’année 2013.

Notation souveraine: un début de mieux?

Les troubles politiques ont eu raison de la notation souveraine de l’Egypte. L’agence Moody’s a abaissé en mars dernier de "B3" à "Caa1", 6e abaissement de la note souveraine depuis janvier 2011. La note “Caa1” correspond à la catégorie “risque élevé” dans l’échelle de notation de l’agence, impliquant une probabilité de défaut de paiement de 10% sur un an et près de 40% sur les cinq ans qui suivent son attribution.

De son côté, Standard and Poor's (S&P) a inscrit en mai dernier l'Egypte dans la catégorie spéculative, en abaissant sa note souveraine à "CCC+", attribuée généralement à des émetteurs de qualité médiocre ou présentant un vrai risque de non-remboursement.

Seule lueur au tableau : l'agence Fitch Ratings a confirmé début janvier la note "B-" à long terme, tout en relevant la perspective à "stable" contre "négative" jusqu'à présent, à la faveur de l'aide étrangère dont a bénéficié le pays (voir plus bas).

Les aides du Golfe, une soupape de sécurité

Depuis le début de l’été dernier, 16 milliards de dollars ont en effet été promis par les pays du Golfe (Emirats Arabes Unis, Arabie saoudite et Koweït) à l’Egypte, répartis en 6 milliards de dépôts à la Banque centrale, 3 milliards en liquide pour alimenter les réserves, 4 milliards d’aides en nature (produits pétroliers, etc.) et 3 milliards sous forme de soutien à des projets dans les domaines de la santé, de l’éducation, du logement et de l’Energie.

Jusqu’à fin octobre, 50% de ces promesses ont été effectivement traduites, avec la signature entre les autorités égyptiennes et les EAU d’un accord de 4,9 milliards de dollars.


Libye


Après l'explostion d'un pipe-line en avril 2013. REUTERS/Esam Al-Fetori

Comme dans chacun des pays du «Printemps arabe», la transition politique en Libye continue de prendre le dessus sur l’économique, alors que le pays est toujours sans constitution et en proie à des violences. L'attention du gouvernement est toujours portée presque entièrement sur ​​les moyens de rétablir l’ordre, à l’ombre des nombreux incidents qui ont jalonné jusque-là l’ère post-Kadhafi.

Attaques contre ambassades, assassinats politiques, enlèvements, démissions et remaniements ministériels, revendications séparatistes, prolifération d’armes sous le contrôle de milices et groupes radicaux présents sur le terrain… Autant de facteurs qui retardent la reprise et le chantier de réforme économique dans un des pays les moins avancés de la région. Entretemps, la production pétrolière, poumon de l’économie nationale, a renoué timidement avec la période précédent le soulèvement de février 2011.

Une croissance en dents de scie…

Grâce à une reprise progressive de la production et de l’exportation d’hydrocarbures, l’économie libyenne s’est redressée après avoir connu un fort repli dans la foulée du conflit. Le PIB réel a ainsi bondi de 105% en 2012, après une contraction de 62% en 2011, avant de reculer légèrement en 2013 (-5,1%).

Ces fortes oscillations découlent d’une grande dépendance de l’économie libyenne aux hydrocarbures, qui la rend largement tributaire de l’évolution des prix et de la production; avec 1,6 million de barils par jour (Mb/j), le pétrole (et le gaz, dans une moindre mesure) représente traditionnellement 65% du PIB, 96% des exportations et 98% des recettes de l’Etat.

En 2011, le pays ne produisait plus que 0,1Mb/j fin août, en raison des combats, de la destruction de certains sites et des sanctions internationales mises en place durant la crise. A partir de septembre 2012, la production pétrolière a toutefois retrouvé sa capacité pré-révolution.

C’est ce qui explique la croissance de 25,5% prévue cette année, portée également par la levée de la plupart des sanctions financières et de la reprise de certaines activités, notamment dans le domaine de la construction.

Alors que la croissance s’est ressaisie, l’inflation a ralenti à 3,6% en 2013, contre 6,9% en 2012 et 15,9 % en 2011 (atteignant un pic de 28% durant le conflit). Elle devrait grimper de nouveau cette année, à 9,4%, selon les dernières estimations du FMI.

… qui dicte l’état des finances publiques

La chute des exportations pétrolières en 2011 a largement affecté l’état des finances publiques, qui ont accusé un déficit équivalent à 15,4% du PIB, contre un surplus de 8,9% en 2010. La reprise de l’activité en 2012 a toutefois permis de renouer avec un excédent budgétaire, estimé à 20,8% du PIB, tandis qu’en 2013, le budget à l’équilibre adopté par les autorités prévoyait ni déficit ni excédent.

En dépit de la hausse des recettes générées par le secteur pétrolier, les importantes dépenses consacrées aux subventions et aux salaires du secteur public soumettent les finances publiques à rude épreuve. Illustrant cette pression, les dépenses totales ont augmenté de 48% du PIB en 2010 à 57% l’année du soulèvement et auraient atteint 67% du PIB en 2013, selon le FMI.

Absence de secteur privé, chômage élevé

L’une des principales entraves à un développement durable réside dans l’absence d’un secteur privé générateur d’emplois. L’économie libyenne repose essentiellement sur le pétrole, qui contribue pour moins de 5% à l’emploi total malgré son poids important dans le PIB, et un secteur public qui emploie 85% de la population active.

Malgré quelques efforts de diversification avant le conflit, l’activité économique hors hydrocarbures constituait une part négligeable des exportations totales. Celle-ci a été affaiblie davantage durant le conflit, avec la destruction d’infrastructures et de sites de production ainsi que l’interruption de l’activité bancaire et le départ des travailleurs expatriés.

Aujourd’hui, le secteur privé reste l’un des parents pauvres de l’économie libyenne. Le chômage, estimé à plus de 25% de la population active, risque de se creuser si des mesures concrètes de diversification économique ne sont pas prises, avertissent les experts.

Marché bancaire : une mesure à caractère islamique qui risque de paralyser le secteur

Le vote en janvier 2013 de la loi interdisant les transactions financières avec intérêt tend à déstabiliser le secteur bancaire, en l’absence d’une structure propre à la finance islamique.

Cette mesure est venue perturber le retour à la normale au sein du marché financier qui avait pâti durant le conflit de nombreuses sanctions, dont l’interdiction d’accès de la Banque centrale et de la Libyan Foreign Bank à environ 100 milliards de dollars d’actifs liquides, le plafonnement des retraits bancaires et d’autres mesures.

La levée de ces sanctions s’est accompagnée d’une expansion de la masse monétaire et des crédits au secteur privé, qui ont respectivement augmenté de 11,5% et 30,3% en 2012, selon le FMI.

Ni déficit extérieur ni dette…

Même si les risques d'un déficit extérieur à court terme restent limités pour la Libye, une éventuelle chute des prix des hydrocarbures affecterait l’équilibre des balances extérieures dont a toujours jouit le pays (avant et après Kadhafi). Mais les prix devraient rester plus ou moins stables en 2014. Le ministère américain de l'énergie table sur un baril à 104 dollars cette année, contre 109 dollars en 2013 et 112 dollars en 2012.

En 2012, les exportations de pétrole avaient permis de générer un surplus de 24 milliards de dollars au niveau de la balance courante contre moins de 15 milliards durant la dernière année du règne de Kadhafi. Un déficit de 4,4 milliards de dollars est néanmoins prévu en 2014 sous l’effet d’une baisse anticipée des cours mondiaux de pétrole.

La Libye reste un des rares pays non-endettés de la planète, ce qui le protège dans une certaine mesure contre les risques financiers et non-systémiques et leur impact sur les finances publiques et les risques de faillite d’un Etat.

…mais de nombreuses failles structurelles persistent

La plupart des infrastructures libyennes (logement, transports, télécommunications, éducation, santé) remontent aux années 1970, tandis que le niveau de développement socioéconomique reste bien en deçà des richesses naturelles dont dispose le pays. Ce retard est le résultat de politiques économiques inadaptées durant l’ère Kadhafi et de l’isolement du pays pendant la période des sanctions (1986-2003).

L’un des défis majeurs des gouvernements actuels et futurs consiste donc à piloter un effort de rattrapage et de remédier aux faiblesses structurelles, à travers des réformes axées sur la diversification économique, la refonte administrative, le développement du secteur privé, une meilleure gestion des finances publiques et la modernisation du secteur financier.

Pour cela, l’Etat devra investir davantage et réallouer une plus grande part de son budget pour des projets de développement. Mais la période post-Kadhafi s’annonce pour l’instant peu prometteuse.

Syrie


Dans un magasin d'armes d'Alep, en 2013. REUTERS/Muzaffar Salman.

Face à un conflit des plus meurtriers du XXIe siècle, la Syrie connaît l’un des pires dérapages économiques depuis l’indépendance, dans les années 1940.

Près de 150.000 tués, plusieurs millions de réfugiés, exilés ou déplacés, voilà pour le bilan humain. Et 103 milliards de dollars perdus à la fin juin 2013, soit l’équivalent de 174% du PIB atteint en 2010, selon un rapport publié par le Syrian Center for Policy Research (SCPR), en collaboration avec deux agences onusiennes (UNRWA et UNDP).

Dans les détails, le volume du PIB a chuté d'environ 48 milliards de dollars jusqu’à fin juin 2013 (sur un PIB de 60 milliards de dollars en 2010), auquel se sont ajoutées des pertes colossales en capital, estimées à près de 50 milliards de dollars.

L'économie syrienne a en effet subi une désindustrialisation massive à la suite de la fermeture et de la faillite de nombreuses entreprises depuis mars 2011, la fuite de capitaux, ainsi que le pillage et la destruction de nombreux sites de production.

Outre ces pertes qui totalisent près de 98 milliards de dollars, la hausse des dépenses militaires, perçue comme des pertes indirectes, a totalisé 5,5 milliards de dollars depuis le début du conflit.

Un déficit public à plus de 30% du PIB

Sur le plan budgétaire, le déficit public s’élève désormais à plus de 30% du PIB, alors qu’il ne dépassait pas 3% en 2010.

La dette publique a en outre atteint 73% du PIB, tirée vers le haut par le creusement du déficit et la nécessité d'accroître les emprunts extérieurs. En 2013, l’Iran a ouvert une ligne de crédit de 3,6 milliards de dollars pour l’achat de produits pétroliers, visant à contrer l’embargo occidental, et une autre ligne d’un milliard de dollars pour d’autres types d’achats. La dette syrienne, qui s’élevait à 23% du PIB en 2010, était l’une des plus faibles dans le monde avant le début du conflit.

Pression monétaire


La livre syrienne a continué de perdre de sa valeur, avec un taux de change officiel en chute de 115% entre mars 2011 et juin 2013. En parallèle, le marché noir a continué de se développer avec un taux de change moyen de 182 livres pour un dollar en juin 2013, selon le SCPR, comparativement à une moyenne de 107 livres/dollar trois mois plus tôt. Cela a créé un écart croissant entre le taux officiel et le taux officieux, ayant atteint près de 80 livres en juin dernier, soit 80% du taux officiel.

Le chômage et la pauvreté en forte hausse

Sur le plan social, pas moins de 2,3 millions d'emplois ont disparu depuis le début de la guerre, mettant en péril la vie de 10 millions de Syriens, d’après le SCPR. Le taux de chômage s’élève désormais à plus de 50%, contre 9 à 15% avant la crise, selon les estimations. Cette destruction massive d’emplois a provoqué une augmentation sensible du taux de pauvreté. Désormais, plus de la moitié de la population (80% selon certaines estimations) vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, dont 4,4 millions vivant désormais dans une situation de pauvreté extrême.

L’éducation et la santé frappées de plein fouet

Reflétant cette détérioration du niveau de vie, l'indice de développement humain (IDH) a perdu 20,6% de sa valeur par rapport à 2010, renouant avec ses niveaux du début des années 1980. L’indice est prévu d’atteindre un plus bas de 0,513 d’ici juin 2014, contre 0,646 en 2011.

Cette baisse est largement liée à l'impact dévastateur de la crise sur le secteur de l'éducation. Selon le rapport du SCPR, le taux de décrochage scolaire s’élevait à près de 50% à la fin du premier semestre de 2013, tandis que le système éducatif a perdu près de 3.000 écoles.

Le système de santé est également confronté à un effondrement significatif. Le nombre de médecins par rapport à la population est passé d’un ratio d’un médecin pour 661 personnes en 2010 à 1 pour 4.041 fin juin 2013. En parallèle, quelque 57 hôpitaux ont été endommagés par les combats et 37 autres sont hors service, tandis que 593 centres de soins primaires —source principale de médicaments pour les malades chroniques— sont touchés.

Déplacement et émigration

Enfin, le conflit armé a provoqué un phénomène massif de déplacement et de migration interne forcée, tandis que la population réfugiée dans les pays voisins ne cesse de croître. Selon le SCPR, plus d'un tiers des Syriens (36,9%) ont quitté leur lieu de résidence habituel, tandis que trois millions de personnes ont quitté le pays, dont 1,73 million de réfugiés (notamment au Liban, en Jordanie et en Turquie) et 1,37 million d’émigrés (vers le Canada, les Etats-Unis, la France, etc.). En outre, plus de 4,8 millions de personnes (20% de la population) ont été déplacées à l'intérieur du pays.

Bachir El Khoury



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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 2 Nov - 19:10

La marche de la dignité : sa portée et son sens pour l'Afrique 02 novembre 2015 | Par Les invités de Mediapart

Aminata Dramane Traoré, coordinatrice du Forum pour un autre Mali (FORAM) et du réseau des mères sociales et Nathalie M’dela Mounier ont soutenu la marche de la dignité qui a eu lieu à Paris, le 31 octobre. Elles délivrent maintenant un message fort à l'attention de toutes les mères de la planète.


« Sur les traces de nos enfants nous irons
Jusqu'aux barbelés de la honte nous irons
Et nous les retrouverons
Sur les traces de nos enfants, nous irons
Contre notre sein, nous les tiendrons
Morts ou vivants »

Coumba Touré




Citation :
De la France nous est parvenu, au Forum pour un autre Mali (FORAM), l’appel du collectif des femmes subissant le racisme, l’islamophobie, la négrophobie et la rromophobie, pour « la marche de la dignité » de ce 31 octobre 2015 à Paris. Nous saluons cette belle initiative et y adhérons pleinement pour plusieurs raisons :


1. L’Afrique est concernée


« Nous venons de quelque part » souligne l’une des organisatrices de la marche, majoritairement issues de l’immigration maghrébine et subsaharienne. Les préjugés, le mépris et le racisme dont elles souffrent, se nourrissent de l’image malmenée de l’Afrique qui se consumerait, toute seule, de l’intérieur, du fait des dictatures, de la corruption et des guerres ethniques ou religieuses. Dans ce récit, la violence est d’abord source de mépris.


Pour ne pas désespérer de nous-mêmes osons la question suivante : Pourquoi nos États pris individuellement comme collectivement au niveau de la CEDEAO et de l’Union Africaine (UA), seraient-ils incapables de nous protéger, qu’il s’agisse de pathologies tueuses comme Ebola, le paludisme, les maladies diarrhéiques, la tuberculose et le VIH/SIDA, ou bien d’AQMI, de Boko Haram (devenu Etat Islamique en Afrique de l’Ouest) et autres groupes armés ? Pour avoir perdu le contrôle de l’initiative à la faveur d’une histoire de développement et de démocratisation à géométrie variable qui consiste pour l’Occident à s’enrichir et à sauvegarder ses intérêts. Cet occident ne pourra pas continuer à arracher, indéfiniment, par la ruse, le chantage au financement, l’humiliation et les armes des richesses dont il devrait pouvoir bénéficier pacifiquement d’une partie dans le cadre d’un partenariat respectueux de l’humanité et de la dignité des peuples à qui elles appartiennent.


« Il est grand temps de changer radicalement nos attitudes et nos choix, donc notre politique internationale ».
« …En campant dans l’usage des recettes passées, nous aggravons les périls sans répondre aux besoins humains nouveaux; en persistant dans l’erreur, nous construisons, jour après jour, l’irréparable malheur des peuples » relèvent les signataires de l’appel pour une politique étrangère de gauche (blog.mediapart.fr).

La marche de ce 31 octobre 2015 comme d’autres formes de résistances pacifiques viennent rappeler que les rapports de force ne se jouent pas seulement sur les plans financier, économique et militaire. La capacité des êtres humains de dire « je » et « nous », de se mobiliser en vue de peser ensemble sur les choix qui engagent leurs destins est essentielle.


2. L’Afrique n’a pas d’avenir dans la mondialisation néolibérale


Les mauvais calculs de la « communauté internationale », qui sont en train de mener le monde à sa perte, nous font miroiter un avenir meilleur dans le cadre du système néolibéral qui porte en lui les germes de sa propre destruction. Il ne créera pas plus d’emplois au Mali, au Sahel en Afrique d’une manière générale, qu’en France et en Europe.
Sur dix des pays en pleine croissance, six seraient africains ! Les autres veulent rejoindre ce peloton de tête dans un contexte où le commerce mondial bat de l’aile avec un taux de progression de 2,8% au lieu de 4% selon l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Comme la Grèce, chaque pays africain a dû s’aligner, renforcer sa « compétitivité » et son « attractivité » sous la houlette des institutions internationales.

Nos marchés sont pour l’heure inondés de produits importés, parfois subventionnés. Les paysans, les éleveurs, les pêcheurs, les petits commerçants et les artisans dont une majorité de femmes et de jeunes, qui ont du mal à s’en sortir tenteront par tous les moyens dont l’émigration, le narcotrafic et le djihad, de survivre. Les accords migratoires et militaires qui visent à les tenir sous haute surveillance et à distance en mettant nos Etats et nos armées à contribution ne changent rien à leur détermination.


3. Le naufrage est global

Nous nous reconnaissons dans la douleur de nos soeurs battantes de la « marche de la dignité » pour avoir organisé il y a dix ans (du 15 au 30 octobre 2005), la « caravane de la dignité » à la suite des événements dramatiques de Ceuta et Melilla où venaient de tomber, les 29 septembre et 6 octobre 2005, les premiers migrants subsahariens tués par balles.
La criminalisation qui leur vaut ce sort, les expulsions, les humiliations et le délit de faciès visent à rassurer des opinions publiques ébranlées, à qui on laisse entendre que l’Afrique est en pleine croissance et que les jeunes émigrent massivement, parce que victimes des dictatures, de la corruption et des conflits ethniques. Le développement, la démocratie et la bonne gouvernance dont l’Occident a semble-t-il le secret, seraient les seuls remèdes à cette situation.

Proclamée « l’année européenne du développement », 2015 devait d’ailleurs être l’occasion pour l’Union Européenne (UE) de magnifier sa politique étrangère dont, bien entendu, l’aide au développement de l’Afrique.
Le commerce entre l’Europe et les ACP dans le cadre de la convention de Yaoundé (I et II), de Lomé (I, II, III et IV) suivis de l’accord de Cotonou révisé en 2010 devait éradiquer la pauvreté, la faim et promouvoir l’intégration économique régionale. A Syrte (Libye), lors du troisième Sommet Afrique-UE qui a eu lieu (Tripoli du 29 au 30 novembre 2010), il était question de création d’emplois, d’investissements, de croissance économique, de paix, de stabilité, de migrations et de changement climatique. Non seulement ces belles promesses n’ont pas été tenues, la Libye a été attaquée, le guide libyen tué et son pays déstabilisé avec des conséquences gravissimes pour le Mali, le Sahel et le Maghreb.

Les causes des futures insurrections et de l’émigration forcée continuent d’être cultivées dans le cadre d’une coopération qui vise à accélérer l’ouverture du continent à la mondialisation capitaliste. Les femmes, comble de l’horreur, sont courtisées et invitées à devenir « performantes », « émergentes », « gagnantes ». Les jeunes aussi.


3. Le défi de la connaissance et de la créativité

Nous sommes persuadées que la plupart des Africain(e)s qui émigrent dans les pires conditions, parfois au risque de leur vie, comme ceux qui prennent les armes au nom de la religion ou de l’ethnie, changeraient leur fusil d’épaule s’il leur était donné l’opportunité d’en savoir davantage sur les causes structurelles des inégalités et d’inscrire leur quête d’alternative sur le terrain de la participation politique pour un modèle économique répondant à leurs besoins prioritaires.

Il nous appartient à nous, Africains et plus particulièrement aux femmes et aux jeunes, de nous organiser et de nous mobiliser non pas systématiquement pour nous emparer d’un pouvoir politique dont l’essentiel est ailleurs mais pour la refondation du développement qui comme Wolfgang Sachs le souligne à juste titre est une idéologie en ruine. La démocratie est, elle aussi pervertie par la logique du profit et les interminables ingérences de l’Occident.

Nous nous devons d’écouter et d’accompagner, ici et là-bas, la nouvelle génération de femmes et d’hommes, de telle sorte qu’elle contribue à desserrer l’étau de la dictature du marché et à remédier à la dépolitisation induite par le viol permanent de notre imaginaire.

Aucun sujet, aucun enjeu n’est trop important ou trop compliqué pour être soumis, dans les langues nationales, à notre expertise citoyenne. Accords économiques, monétaires, migratoires, militaires, investissements étrangers, prix des matières premières, industrialisation, emploi, chômage, dette intérieure et extérieure, éducation, santé, environnement, Etat, armée, ressources naturelles, rébellions, terrorisme, intégrisme religieux, coopération sous régionale, régionale et internationale, sont autant de questions d’actualité brulante que nous pouvons affronter et contribuer à résoudre.

Imprégnées du lien entre le local et le global, dans les langues nationales et, munies d’outils théoriques culturellement pertinents, nous nous battrons mieux, ensemble, hommes et femmes, contre les inégalités, le chômage et la pauvreté de masse, les épidémies, les famines, la violence armée, les discriminations et les ingérences.


4. Les mères sociales ou comment tisser la nouvelle corde au bout de l’ancienne

Nous nous sommes saisies au Forum pour l’autre Mali (FORAM) de la notion de mère sociale (ladonba). Elle invite les Africain(e)s à dire, à propos des jeunes en situation de détresse comme en temps ordinaire, « ce sont nos enfants » comme nous savions le faire, il n’y pas si longtemps, et à nous engager à les défendre, que nous soyons leurs mères biologiques ou pas.


Nous sommes les mères sociales de tous ces jeunes demandeurs d’emplois dont le nombre augmente d’année en année alimentant les tensions et les conflits à tous les niveaux.

Nous sommes les mères de Zyed et Bouna, de Trayvon Martin, de Michel Brown et d’Éric Garner.

Nous sommes les mères de tous ces réfugiés économiques, politiques et climatiques qui arrivent morts ou morts vivants par milliers aux portes de l’Europe forteresses ou finissent emprisonnés dans l’Europe carcérale.

Nous sommes les mères de tous ces migrants dits économiques dont le nom ne sera pas même murmuré, ni écrit dans les journaux, ni inscrit dans un document d’identité ou un dossier de demande de régularisation.

Nous sommes les mères de victimes maliennes, nigérianes, kenyanes, françaises, tunisiennes et autres du djihadisme et condamnons les crimes perpétrés avec la plus grande fermeté. Mais nous ne pouvons renier ceux qui les commettent, sans essayer de comprendre l’enchaînement calamiteux des faits. Comprendre ce n’est pas faire l’apologie du terrorisme mais traiter les maux à la racine, agir pour que, désespérés et habités par le sentiment d’être humiliés et socialement morts, les jeunes et les femmes ne se radicalisent pas.

Nous sommes aussi les mères d’Amédy Coulibaly, de Moussa Coulibaly, solidaires avec leurs mères, soeurs et tantes qui ne les ont pas vus dériver ou pu les aider.

Nous sommes les mères des 219 lycéennes de Chibock qui restent introuvables en dépit de la campagne planétaire qui fait écho au cri de détresses de leurs familles « Bring back our girls ».

Nous sommes les mères des adolescentes et des fillettes devenues kamikazes et disons à leur sujet aussi « Bring back our girls ».
Ce processus s’inscrit dans le cadre de l’Université Citoyenne qui consiste à être à l’écoute des femmes et des jeunes à la base, avec une attention particulière pour les plus vulnérables.


Nous pourrons oeuvrer de concert avec le collectif de la MAFED en France puisque « notre réaction puissante, organisée, confiante est la seule façon d’enrayer notre écrasement collectif annoncé ».


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mer 4 Nov - 1:04

un prédateur français en Afrique

Pour Jean-Louis Borloo, "la croissance africaine par l'électricité de l'Afrique, c'est notre croissance en Europe" FRANCE 2 Francetv info 03/11/2015

interview vidéo


Jean-Louis Borloo est invité ce mardi 3 novembre sur le plateau de France 2. L'occasion de revenir sur son projet fou : illuminer l'Afrique. Explications

Citation :
L'ancien ministre Jean-Louis Borloo a pour projet d'électrifier l'Afrique. Aujourd'hui, trois Africains sur quatre n'ont pas accès à l'électricité. "L'électricité c'est la lumière bien sûr, mais c'est aussi l'accès à l'eau potable, première cause de mortalité au monde, c'est l'emploi, c'est l'agriculture, c'est l'avenir", affirme l'ancien ministre.

Stopper l'émigration


Pour lui, installer l'électricité en Afrique pourrait permettre plusieurs choses : développer le continent, créer de l'emploi et donner de meilleures conditions de vie aux Africains qui alors auraient moins envie de rejoindre l'Europe, ou plus près, les grandes villes africaines qui n'ont pas non plus les infrastructures pour les accueillir. Car aujourd'hui, "nous sommes complètement connectés. Tout le monde sait tout, tout le monde connaît les écarts d'avenir", remarque-t-il. Enfin, "la croissance africaine par l'électricité de l'Afrique, c'est notre croissance en Europe", conclut-il



Appel panafricain en faveur du plan Borloo  Lefigaro.fr avec Reuters 03/11/2015

Citation :
Le président du Parlement panafricain a lancé aujourd'hui un appel aux députés français afin qu'ils soutiennent le plan d'électrification de l'Afrique lancé par Jean-Louis Borloo.

L'ancien président-fondateur de l'UDI, qui fut notamment ministre de l'Economie puis de l'Ecologie, a créé il y a un an une fondation "Energies pour l'Afrique" dont l'objet est de développer et d'améliorer l'accès à l'électricité pour "75% des Africains, soit 650 millions" de personnes qui en sont dépourvues. Le Sénat français, où la droite est majoritaire, a adopté il y a quinze jours à une large majorité une résolution dont l'objet est de soutenir le plan Borloo.

S'exprimant à l'Assemblée, Roger Nkodo Dang a demandé aux pays développés qu'ils contribuent à la mise en place dès le 1er janvier 2016 d'une agence africaine de l'électrification, les besoins en fonds propres étant de "5 milliards de dollars par an pendant dix ans". Il a souhaité que le sommet Europe-Afrique sur les migrations les 11 et 12 novembre à Malte et la réunion de la COP21 début décembre à Paris soient l'occasion de parvenir à un accord.

Le Parlement panafricain, créé en 2004, est une assemblée consultative qui réunit les parlements des 54 membres de l'Union africaine.


Avant la COP21, intense lobbying de Borloo pour son projet d'électrification de l'Afrique L'Obs politique

Citation :
Paris (AFP) - Après un an de lobbying tous azimuts, Jean-Louis Borloo revient sous les feux de la rampe avec l'objectif affiché de concrétiser son projet d'une agence dédiée à l'électrification de l'Afrique, à un mois de l'ouverture de la conférence climat (COP21) à Paris.

Mardi après-midi, l'ancien député a remis les pieds, en tribune, à l'Assemblée nationale, quittée il y a un an et demi après des problèmes de santé ayant entraîné son retrait de la vie politique.

Après plusieurs mois de convalescence, l'ex-ministre de l'Environnement s'était fixé pour objectif de faciliter l'accès à la lumière et l'électricité pour plus de 600 millions d'Africains qui en sont dépourvus.

Depuis un an, il a sillonné les capitales africaines à la rencontre de plus de 40 chefs d’État, réuni des maires de grandes capitales à Paris, obtenu un feu vert au Sommet de l'Union africaine en juin... Fin septembre, il participait aux côtés du président guinéen Alpha Condé à l'inauguration du barrage hydro-électrique de Kaléta en Guinée.

L'activité de sa fondation, baptisée "Énergies pour l'Afrique" et basée à Paris, est financée par des grands groupes français comme Bolloré, Bouygues, Dalkia, Eiffage, Total, Vinci, etc. Face aux soupçons de "néocolonialisme", il répond: "Un projet par et pour les Africains".

"Toutes les conditions sont réunies!", a répété mardi le père du Grenelle de l'Environnement lors d'une conférence de presse au Conseil économique, social et environnemental (CESE). En mars, lors d'une autre de ses conférences de presse où il exhortait déjà à agir, la visite surprise de François Hollande n'était pas passée inaperçue.

- 5 milliards de dollars par an pendant dix ans -

S'il ne fait plus de politique au sens strict, Jean-Louis Borloo continue de voir des politiques de tous bords. Mardi, outre le président du CESE Jean-Paul Delevoye, étaient présents les parlementaires Yves Jégo, Chantal Jouanno, mais aussi Benoist Apparu, représentant Alain Juppé, ou Maud Fontenoy, déléguée à l'environnement du parti Les Républicains.

Les yeux sur la COP21 et jamais avare de superlatifs, Jean-Louis Borloo estime que c'est "le moment où cela peut basculer". "Clap d'ouverture pour la Borloo week", a titré lundi Jeune Afrique.

En jeu, que les Etats, Europe en tête, puissent abonder les fonds pour une agence dédiée à hauteur de 5 milliards de dollars (4,5 mds d'euros) par an pendant dix ans.

Il y a deux semaines, le Sénat, majoritairement de droite, a adopté une proposition de résolution soutenant ce plan.

A l'Assemblée mardi, le président du Parlement panafricain, Roger Nkodo Dang, a lancé un "appel solennel" pour que la France aide à décrocher un accord pour le "droit à la lumière et à l’énergie" des Africains.

"Notre pays veut être l’avocat, en Europe et dans le monde, du développement durable de l’Afrique",
a clamé le président Claude Bartolone (PS).

Le ministre de l’Économie Emmanuel Macron a assuré du soutien du gouvernement, glissant aussi que l'Afrique a besoin de "vrais idéalistes", qui sont de "grands pragmatiques". Tous les présidents de groupe ont loué le projet, parfois avec quelques avertissements, André Chassaigne souhaitant ainsi la "primauté des normes sociales et environnementales sur la finance".

Devant les députés, M. Nkdo Dang a rendu hommage "pour son engagement discret et inlassable" à un "frère", M. Borloo. Hommage repris par quasiment tous les orateurs, à commencer par l'UDI Philippe Vigier. Le président du groupe LR Christian Jacob mais aussi le patron du groupe PS Bruno Le Roux ont également rappelé le message de Jacques Chirac sur "la maison (qui) brûle".

Créé en 2004, le Parlement panafricain est l'assemblée consultative de l'Union africaine et siège en Afrique du sud. Composé de 265 députés nationaux, cinq pour chacun des 53 membres de l'UA, nommés par leurs parlements respectifs.

Début octobre, il a adopté une résolution visant à avoir "un accord concret, immédiatement opérationnel, pouvant permettre à l'agence africaine de l'électrification du continent de disposer dès 2016 des subventions indispensables".

M. Borloo espère que la décision de concrétisation - une agence avec un financement garanti, traçable et vertueux - sera prise lors du sommet "Europe-Afrique" sur la migration à Malte les 11 et 12 novembre, avant le début de la COP.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 8 Nov - 14:32



Comment les multinationales escroquent l'Afrique Christian Losson 2 juin 2015


L'évitement de l'impôt des multinationales en Afrique prive le continent d'une manne
pour faire face aux défis de lutte contre la pauvreté. Photo Philippe Huguen. AFP

Selon un rapport d'Oxfam, des investisseurs basés dans les pays du G7 ont échappé à 6 milliards de dollars d'impôt en 2010

Citation :
Comment les multinationales escroquent l'Afrique

Les Etats sont désormais minoritaires: 51 des 100 plus grandes économies du monde sont désormais des multinationales. Et cela ne va pas s’arranger avec la vague d’optimisation, d’évitement et/ou d’évasion fiscaux que mettent en œuvre, en toute impunité, les plus grandes firmes de la planète. Dans son rapport Parlons argent : l’Afrique invitée du G7, publié ce mardi, Oxfam révèle qu’en 2010, la dernière année pour laquelle des données sont disponibles, des multinationales et des investisseurs basés dans les pays du G7 ont escroqué l’Afrique de 6 milliards de dollars (5,4 milliards d'euros). Cette somme correspond à plus du triple des fonds nécessaires pour combler le déficit de financement de la santé en Sierra Leone, au Liberia, en Guinée– trois pays dévastés par l’épidémie d’Ebola.

En cause: la manipulation des prix de transfert, une astuce qui permet à une entreprise de fixer artificiellement les prix auxquels ses filiales s’échangent des biens ou services dans le but d’échapper à l’impôt. Par ce biais, des firmes ont soustrait à l’impôt 20 milliards de dollars de bénéfices réalisés en Afrique. Le taux d’imposition des sociétés s’établissant en moyenne à 28 % dans les pays africains, cela correspond donc à un manque à gagner fiscal de près de 6 milliards de dollars. Mais cette manipulation des prix de transfert n’est que l’un des procédés mis en œuvre par les multinationales pour éviter de payer leur juste part d’impôt.

«Les administrations fiscales sont dépassées»

Quelle est l’ampleur du phénomène? Diverses évaluations existent. 160 milliards de dollars (145 milliards d’euros) par an de manque à gagner pour les seuls pays en développement, estime l’ONG Christian Aid. Dans un rapport publié le 26 mars 2015, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement estime que l’ensemble des pays en développement sont privés annuellement d’environ 100 milliards de dollars. «Ces 100 milliards ne recouvrent pas tous les procédés d’optimisation fiscale utilisés par les multinationales, ni les 138 milliards de dollars que les pays en développement perdraient chaque année en octroyant à celles-ci de généreux avantages fiscaux», rappelait Action Aid en 2013.

Reste que sur ces 100 milliards, la moitié, soit 50 milliards, échappe au seul continent africain. 50 milliards, c’est aujourd’hui le double de ce que reçoit l’Afrique en aide publique au développement. «A l’arrivée, les rentrées fiscales chutent, et les mesures d’austérité redoublent, confiait à Libération Johnlyn Tromp, d’Oxfam Afrique du Sud, lors du Forum social mondial de Tunis, en mars. Les administrations fiscales sont dépassées par les montages sophistiqués et sont, de plus, décimées par les coupes budgétaires. Elles sont un peu comme ceux qui n’ont pas les moyens de s’asseoir à la table d’un restaurant et se contentent de regarder le menu.»

Or, collecter davantage d’impôts est capital pour des pays qui vont devoir s’adapter au changement climatique et s’engager, en septembre au sommet de l’ONU, à l’occasion de l’agenda de développement post-2015. Avec, comme ambition, de mettre fin à la pauvreté et à la faim, améliorer la santé et l’éducation, bâtir des villes plus durables, combattre les changements climatiques et protéger les océans et les forêts.

Oxfam entend pousser le G7, qui se réunit les 7 et 8 juin en Bavière, à agir. «Les dirigeantes et dirigeants du G7 ne doivent pas se contenter de resserrer les mailles du filet dans leur propre pays et laisser les multinationales se soustraire à leurs obligations fiscales en Afrique, affirme Nicolas Vercken, d’Oxfam France. Le G7 doit associer l’Afrique aux efforts internationaux de réforme d’un système fiscal dysfonctionnel sur un pied d’égalité. Alors seulement l’Afrique pourra percevoir les recettes fiscales qui lui sont dues et dont elle a cruellement besoin pour vaincre l’extrême pauvreté et les inégalités.»

«Faites en sorte que les multinationales paient leur part!»

Il existe bien des initiatives internationales en cours pour mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises. C’est le cas du projet BEPS de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, piloté par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à la demande du G20. Mais, assure Oxfam, le projet laissera des failles béantes que les multinationales pourront continuer d’exploiter dans les pays en développement. Nombre de pays africains ont été exclus des discussions menées dans le cadre du processus de réforme BEPS ; ils n’en bénéficieront donc pas. «La France continue d’apporter un soutien sans faille au projet de l’OCDE et de s’opposer à une réforme fiscale plus ambitieuse et démocratique», dit Nicolas Vercken.

«Il est totalement absurde qu’il existe des organisations internationales pour le commerce, la santé, le football mais pas pour les taxes», ajoute Winnie Byanyima, la directrice exécutive d’Oxfam international. Oxfam, avec d’autres ONG comme Action Aid ou Christian Aid, ont lancé une Alliance globale pour la justice fiscale, avec un mot d’ordre: «Faites en sorte que les multinationales paient leur part!». La coalition multiplie les mobilisations et lance une semaine d’action entre les 16 et 23 juin pour accentuer la pression sur les gouvernements du monde entier.

Christian Losson


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 8 Nov - 17:52

Pourquoi François Hollande aime autant l’Afrique ? 17/10/2015


François Hollande à Conakry, en Guinée, le 28 novembre 2014
(Alain Jocard/Reuters)


Comment le jeune socialiste qui ne connaissait rien à l’Afrique est devenu le chef d’État sur tous les fronts du continent ? Christophe Boisbouvier explique cette “étonnante mue”.

Citation :
Dans un nouveau livre à paraître le 15 octobre, notre chef d’État se voit affublé d’un nouveau qualificatif : “Hollande l’Africain”. Dans cet ouvrage écrit par Christophe Boisbouvier, spécialiste des questions africaines sur RFI (Radio France Internationale), le journaliste décrypte l’évolution des relations du président français avec l’Afrique, ce président qui disait vouloir “rompre avec la Françafrique”.


Avant son élection, un Hollande frileux des relations avec l’Afrique

Avant d’accéder au plus haut poste de l’État en mai 2012, François Hollande connaît très peu l’Afrique. A part quelques voyages (pour un stage, pour des vacances), il ne s’y rend presque jamais, et se prononce très peu sur les questions africaines. Pourquoi une telle distance ? Les raisons sont multiples, analyse l’auteur. Hollande en donnera lui-même une :

“En Afrique, il n’y a que des coups à prendre.”

Quand il démarre en politique, Hollande choisit donc de rester assez discret sur les questions africaines, se préservant ainsi de toute accusation d’ingérence ou de colonialisme. En outre, les questions de politique étrangère jouent très peu lors des élections, locales mais aussi nationales, ce qui éloigne de ces problématiques le jeune Hollande, qui vise le siège de député. Toutefois, le candidat aux premières primaires socialistes en 2006 change quelque peu sa tactique. Il se rend alors en Algérie, non sans arrière-pensée, décrypte Christophe Boisbouvier :


“[Hollande] reconnaît à demi-mot que son regain d’intérêt pour l’Algérie n’est pas exempt d’arrière-pensées électorales : ‘le peuple français compte en son sein près de trois millions de citoyens qui puisent une part de leurs racines en Algérie’ […], dit-il.”

Son 58e engagement : “Je romprai avec la Françafrique”

“Je romprai avec la Françafrique en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité”. Dans son engagement n°58, François Hollande pose cette promesse en des termes qui restent cependant très vagues, observe Christophe Boisbouvier. Une fois élu, il réitère ce discours dans des formules toujours abstraites :


“Le temps de la Françafrique est révolu. Il y a la France, il y a l’Afrique, et il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté, et la solidarité”.


Il développe toutefois un point : “les émissaires, les intermédiaires et les officines trouvent désormais porte close à la présidence de la République comme dans les ministères”. Une bonne nouvelle a priori, mais qui cache une autre vérité, tempère le journaliste : François Hollande réduit la Françafrique à “ses seuls réseaux et ses seules pratiques occultes”. Il “indique donc implicitement qu’il ne s’attaquera pas au système en lui-même”, mais “seulement [à ses] dérives”.

Un Hollande chef de guerre, la France gendarme de l’Afrique

Pourtant, la Françafrique, c’est aussi un système officiellement établi, dans lequel la France exerce son influence. Pour pallier l’échec de la politique intérieure française, le continent africain devient pour le président Hollande le terrain idéal pour redorer son image. Il intervient d’abord au Mali, puis en Centrafrique, au nom de la “lutte contre le terrorisme” ou pour des raisons “humanitaires”. Hollande imposera même un calendrier électoral aux Maliens, alors même que le gouvernement transitoire émet de fortes réserves. En Centrafrique, le président français parvient à faire nommer indirectement l’une des deux “candidates” soutenues par la France, Catherine Samba-Panza.

Malgré ces interventions sur de multiples terrains, Hollande se défend d’être le “gendarme de l’Afrique”. Un “déni de réalité” ? se demande Christophe Boisbouvier.

Un Hollande qui tutoie et envoie des SMS aux chefs d’État “peu fréquentables”

“Présider la République ce n’est pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris “. Lors de son discours au Bourget peu avant son élection, François Hollande vise par cette phrase ses prédécesseurs. Mais saura-t-il se démarquer ? Certes, il dénonce certains présidents avides de changer leur Constitution pour prolonger leur mandat (Blaise Compaoré au Burkina Faso notamment). Mais Hollande renforce aussi ses relations avec des autocrates notoires, avec en première ligne Idris Déby, président du Tchad. Pour Christophe Boisbouvier, c’est l’illustration-même que la realpolitik a rattrapé Hollande. Le président se dit “obligé” d’entretenir ces relations, tant pour des raisons politiques (le Tchad aidera la France dans la guerre du Mali), que pour des raisons économiques (de nombreuses entreprises françaises comme Total, Bolloré, ou Veolia sont présentes en Afrique). Dans un rapport parlementaire, deux députés dénoncent cette pression de la realpolitik :


“Notre pays est attendu sur la défense des valeurs démocratiques […] Or, on peut considérer que la realpolitik, sous la pression indéniable des circonstances, nous conduit aujourd’hui à des fréquentations africaines qu’on aurait vues naguère avec réticence […] On ne peut ignorer certaines réalités du régime. Mais tout se passe comme si on préférait aujourd’hui éviter tout sujet de friction”.

“François Hollande ne cherche plus à cacher sa proximité avec les régimes ‘peu fréquentables’ qu’il n’hésitait pas à critiquer avant son élection”, en conclut Christophe Boisbouvier. “La lutte contre le terrorisme sert bien souvent de prétexte, mais la raison profonde est parfois plus mercantile”.

En plusieurs étapes et de manière documentée, le journaliste explique en détails les raisons qui ont poussé Hollande à devenir “l’Africain”. Malgré ses belles formules, le président semble une fois de plus avoir laissé sa promesse de côté.



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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 8 Nov - 23:28



Classes moyennes africaines : qui sont ces nouveaux consommateurs ?  Laurène Sénécha 15 octobre 2015

CFAO a dévoilé ce jeudi les résultats de son enquête sur les classes moyennes africaines. Cette étude vise à identifier ces nouveaux consommateurs qui pourraient représenter 224 millions d'individus sur le continent africain à l'horizon 2040.


Environ 86% des membres de cette classe moyenne vont au moins une fois par mois au supermarché
© Olivier pour J.A

 
Citation :
Le spécialiste de la distribution CFAO a réalisé, en partenariat avec l’institut de sondage IPSOS et le cabinet de conseil BearingPoint, une étude pour quantifier la classe moyenne en Afrique mais aussi pour mieux comprendre ses habitudes de consommation.

Pour obtenir ses données, les auteurs de l’étude se sont basés sur les résultats de plus de 4 000 questionnaires et des enquêtes sociologiques conduites auprès de 50 ménages, répartis dans cinq pays moteurs du continent : Maroc, Côte d’Ivoire, Cameroun, Kenya et Nigéria.

Contrairement à l’étude de la BAD de 2011, qui comptabilisait dans la classe moyenne quiconque disposerait d’un revenu quotidien compris entre 2 et 20 dollars, l’étude publiée par CFAO adopte une approche différenciée selon les régions.

« Afin de vérifier que l’interrogé entre dans le cadre de l’étude, à savoir une classe intermédiaire entre riches et pauvres, des bornes en matière de revenus ont été déterminées, expliquent les auteurs du rapport. Ces bornes sont de 15$ à 60$ par ménage par jour (450$-1800$ par mois) pour la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Nigéria et le Kenya. Pour le Maroc, en raison du niveau de vie élevé, les bornes sont de 25$ à 60$ par ménage et par jour (750 – 1800$ par mois) »

Selon les estimations du rapport de CFAO, cette tranche représente 14 % de la population totale du continent, soit environ 150 millions de personnes (en prenant en compte l’ensemble des membres du ménage).

Cumul

L’ambition de l’étude du CFAO est également de définir les caractéristiques communes aux personnes appartenant à la classe moyenne car « la compréhension de l’évolution des classes moyennes africaines constitue l’un des enjeux structurants du développement du continent ainsi que le principal réservoir de croissance de notre groupe », explique Richard Bielle, président du directoire de CFAO.

Cette étude montre que la classe moyenne est caractérisée par un revenu stable.  Ses membres sont sortis d’une logique de survie, mais continuent de travailler dur.

Certains sont salariés, d’autres ont une activité indépendante ou entrepreneuriale et ils cumulent souvent emploi formel et informel, comme l’explique Eric qui vit à Abidjan, en Côte d’Ivoire : « Je travaille au Port comme machiniste mais j’ai des petites affaires de boulangerie ».

72 % des consommateurs de la classe moyenne épargnent

Ces nouveaux consommateurs se démarquent également par leur capacité à épargner. Environ 72 % déclarent réussir à mettre de l’argent de côté chaque mois. D’après l’étude, cela s’explique parce qu’ils aspirent à un avenir meilleur, et en particulier pour leurs enfants. Leurs investissements dans l’éducation représentent en moyenne 13 % de leur budget.

Ils épargnent aussi en raison d’une peur du déclassement. L’émergence des classes moyennes en Afrique se fait dans un contexte politique plus instable que dans d’autres pays en développement, ils se sentent obligés d’être plus prévoyants.

Sophistiqué

Autre constat, les classes moyennes ont une consommation plus sophistiquée. Elles ne consacrent que 25 % de leurs budgets aux produits alimentaires contre 50 % pour les populations plus défavorisées.

Elles développent ainsi de nouvelles habitudes de consommation. Même si elles restent attachées aux marchés et commerces de proximité pour leurs courses hebdomadaires, 86 % vont au moins une fois par mois dans un supermarché et 55 %  vont au moins une fois par mois au restaurant.

Ces nouveaux consommateurs sont également très intéressés par tout ce qui touche à la technologie : 85 % d’entre eux ont un smartphone et 73 % ont un ordinateur chez eux.

Enfin, le projet immobilier est très important pour ces classes moyennes : 39 % sont déjà propriétaires et parmi ceux qui ne le sont pas, 68 % espèrent le devenir dans un délai de deux ans.

Capital

Comme le montre cette nouvelle étude, les habitudes de consommation ont déjà commencé à évoluer et ces données peuvent être capitales pour les entreprises qui veulent toucher ces nouveaux consommateurs, d’autant plus que CFAO estime que « les membres de cette classe de consommateurs seront au nombre de 224 millions d’individus en 2040 contre 78 millions en 2010 ».




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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 9 Nov - 12:18


A l’occasion de ses 30 ans, Survie publie une grille de lecture réactualisée de la Françafrique ! En librairie depuis le 2 octobre, vous pouvez le commander dès maintenant au siège de Survie au 01 44 61 03 25 ou via notre site

FRANCAFRIQUE, LA FAMILLE RECOMPOSÉE Diplomatie, armée, entreprises Coord. Fabrice Tarrit et Thomas Noirot Editions Syllepse, 224 p., 12 euros.

Citation :
L’expression « Françafrique » est popularisée par l’association Survie dès les années 1990 sous la plume de François-Xavier Verschave pour dénoncer les pratiques néocoloniales de l’État français. Alors que le terme, parfois vidé de son sens, s’est imposé dans le débat public, comment la Françafrique s’est-elle recomposée ces dernières années, notamment sous une présidence socialiste qui clame sa disparition ?

Une politique prétendument « normalisée » vis à vis de l’Afrique est-elle compatible avec le soutien toujours apporté par l’exécutif français à des régimes dictatoriaux, sur fond de préservation d’intérêts jugés stratégiques ?

Quel sens donner au « retour à l’Afrique » qui semble s’imposer au plan politique, économique et surtout militaire, comme l’illustrent l’interventionnisme au Mali, en Centrafrique et le repositionnement de l’armée française dans plusieurs pays ?

Quelle est la réalité de la concurrence internationale pour « nos entreprises », comment se sont-elles adaptées à la mondialisation et aux différentes évolutions de la relation franco-africaine dans un contexte où la diplomatie économique s’affiche de manière totalement décomplexée ?

En s’intéressant successivement aux trois principaux pouvoirs (politique, militaire et économique) qui déterminent la politique africaine de la France, les contributions rassemblées dans cet ouvrage proposent des réponses à ces questions et offrent ainsi une analyse actualisée de ce que continue d’être la Françafrique aujourd’hui.

Les contributeurs de cet ouvrage sont des militants, chercheurs, écrivains mobilisés dans le combat contre la Françafrique de l’association Survie.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 10 Nov - 2:05

L’Afrique de Hollande, c’est la guerre 9 novembre 2015 | Par Lénaïg Bredoux et Clément Fayol Médiapart

Lundi et mardi se tient à Dakar le deuxième Forum sur la paix et la sécurité. La France y est représentée par le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, le « ministre de l’Afrique » du quinquennat. Depuis 2012, ce sont les militaires qui ont pris la main sur la politique africaine de la France. Premier volet de notre série sur la politique africaine de François Hollande

Citation :
Ce sera son 8e voyage en Afrique depuis le début de l’année. Lundi et mardi, Jean-Yves Le Drian est à Dakar pour le Forum sur la paix et la sécurité en Afrique, initié par la France. Plusieurs chefs d’État du continent ont prévu de faire le déplacement, tant le ministre français de la défense est devenu le « ministre de l’Afrique » de François Hollande.

Il n’y était pourtant pas prédestiné. Le Drian, qui se représente à la tête de la Région en Bretagne lors du scrutin de décembre, n’était pas un spécialiste de l’Afrique. Il ne la connaissait que comme élu local. Rien de plus. Là encore, il ressemble à son ami, François Hollande. Lui non plus ne s’était jamais particulièrement intéressé à l’Afrique, avant d’arriver à l’Élysée. « Le Drian et Hollande en Afrique, c'était le néant. Cela ne les intéressait pas du tout », se souvient Guy Labertit, le monsieur Afrique du PS jusqu'en 2006. Et ils ne s’attendaient pas à ce que le continent devienne une de leurs priorités. De celles qui marquent et bousculent un quinquennat.

Tout a changé avec la guerre au Mali. Déclenchée le 11 janvier 2013, neuf mois seulement après l’élection présidentielle, elle marque un véritable tournant dans la politique étrangère du chef de l'État. Elle a été suivie de l’intervention militaire en Centrafrique (RCA) puis, surtout, de l’installation durable de l’opération Barkhane, forte de 3 000 hommes, qui couvre une région très vaste : le Mali, le Niger, le Tchad, la Mauritanie et le Burkina Faso. Sans compter les coopérations avec le Cameroun et le Nigeria dans la lutte contre Boko Haram.


Jean-Yves Le Drian, François Hollande et Laurent Fabius
avec les soldats français à Bangui, le 28 février 2014

« Hollande devient Imperator. (…) Après Serval, la realpolitik va reprendre tous ses droits »,
explique le journaliste Christophe Boisbouvier, auteur d’un ouvrage complet sur le sujet, Hollande l’Africain (La Découverte, 2015) 3. « Avec le Mali, la politique africaine de la France change et commence “Hollande 2”. (…) Le fait militaire est central dans la politique africaine de la France », estiment également les deux chercheuses de l’Ifri Aline Lebœuf et Hélène Quénot-Suarez, dans une des rares études universitaires consacrées à la politique africaine de François Hollande 3.

À l’Élysée comme au gouvernement, ce sont les militaires qui ont pris la main. À tu et à toi avec les chefs d’État du continent, Jean-Yves Le Drian a vite été identifié comme l'interlocuteur privilégié des Africains, d'où le surnom évocateur de « ministre de l’Afrique », en remplacement du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius. Par glissement progressif et pour combler un vide, plutôt que par stratégie préétablie. « Le Drian ne devient pas ministre de la défense avec le projet de devenir ministre de l’Afrique, témoigne un diplomate. Mais il s’est trouvé embarqué sur ces dossiers, jusqu’à intervenir sur les questions politiques. »

« Pour s’intéresser à l’Afrique, il faut une sorte de passion, confie aussi François Loncle, député PS très introduit dans certains pays du continent. Jean-Yves Le Drian l’a, Fabius, non. En plus, les Africains l’aiment bien : ils l’ont adoubé comme ministre de l’Afrique. Y compris ceux qui ne sont pas en guerre. »

Il a été d’autant plus vite reconnu comme leur interlocuteur privilégié qu’il est très proche du président de la République. « C’est l’homme de François Hollande », glisse un visiteur de l’Élysée, spécialiste de l’Afrique. À l’inverse, Laurent Fabius a la réputation de ne pas s’intéresser beaucoup au continent africain et, depuis le début du quinquennat, il est déjà bien occupé par deux gros dossiers – la Syrie et les négociations sur le nucléaire iranien – et par sa volonté de réorienter le réseau diplomatique français vers le volet économique.

Au Quai, il a fait un grand ménage en remplaçant plusieurs spécialistes de l’Afrique. « Laurent Fabius ne connaît rien à l’Afrique et s’en désintéresse complètement, affirme Laurent Bigot, ancien sous-directeur Afrique du Quai, évincé par Fabius et reconverti dans le privé. Sa seule obsession, c’est la diplomatie des affaires. » « Les militaires ont pris la place. Les positions ne sont plus proposées par les diplomates ; ils suivent », poursuit ce fin connaisseur du Sahel, débarqué en 2013 à cause de son franc-parler.

Car Jean-Yves Le Drian va bien au-delà de la conduite des opérations militaires engagées par François Hollande. Au Tchad, au Mali ou en Centrafrique, il ne se contente pas d’évoquer la situation sécuritaire et le déploiement des forces françaises. Il se mêle de politique. Même quand Fabius est en désaccord – ce qui est assez rare, selon de nombreuses sources. Mais c’est le cas sur la Centrafrique, où les deux ministres n’ont pas la même appréciation de la présidente de la transition Catherine Samba Panza, poussée dès le début par le Quai d’Orsay, mais peu en cour chez les militaires. Selon plusieurs sources, au ministère de la défense, on la juge « pas fiable », voire « menteuse », quand Fabius continue de la défendre.

Dans ce pays déchiré par l'horreur de la guerre civile, la ligne politique de la France suit une logique militaire : « Le besoin des moyens déployés en RCA pour le dispositif Barkhane fait que la Défense est très volontariste pour partir. C’est la raison pour laquelle Paris insiste autant sur la tenue d’élections », décrypte le spécialiste du pays Thierry Vircoulon.

Jean-Yves Le Drian est également celui qui incarne de façon la plus spectaculaire le rapprochement avec certains autocrates de la région, au nom de la lutte antiterroriste. En premier lieu, le Tchadien Idriss Déby, dont il est devenu proche. Les deux hommes s’apprécient et se voient très régulièrement. « Nous avons une relation de coopération ancienne avec le Tchad. Et une relation solide et précieuse avec Déby », nous expliquait déjà en 2014 le député Gwendal Rouillard, coauteur d’un rapport sur les opérations françaises en Afrique 3.

Les diplomates, y compris à l’Élysée, sont souvent moins allants avec le régime tchadien, dont ils expliquent qu’il ne tient qu’à un fil et qu’il ne peut donc être perçu comme un pôle durable de stabilité. Quant à Laurent Fabius, sa première rencontre avec Déby, en 2012, a été un fiasco – selon un diplomate, le président l’a fait attendre une demi-heure et le ministre français, vexé, est parti avant le dîner…

Selon nos informations, le ministre de la défense a également critiqué, suivi de près par Laurent Fabius, le communiqué de l’Élysée préparé par la cellule diplomatique, qui prenait ses distances avec le référendum de Denis Sassou-Nguesso au Congo-Brazzaville, lors du conseil des ministres du 28 octobre. « Et Hollande leur a donné raison », affirme une source socialiste.

Le duo au ministère de la défense

L’influence de Le Drian s’est illustrée à Dakar, en 2014, lors du premier Forum sur la paix et la sécurité 3. C’était une idée de la France, lancée lors du sommet de l’Élysée en décembre 2013. Mais ce ne sont pas que les ministres de la défense qui sont venus : quatre chefs d’État étaient présents, et non des moindres. Aux côtés de Macky Sall, le président sénégalais hôte de la manifestation, il y avait le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, et le Tchadien Idriss Déby. « C’est une très belle marque de confiance », sourit Gwendal Rouillard, député du Morbihan et très proche de Le Drian.


Capture d'écran du Forum sur la paix et la sécurité de 2014

Et les hommes forts du Sahel, nouveaux (et anciens) alliés de la France, avaient aussi saisi l’occasion pour récolter les fruits politiques de leur collaboration dans cette « guerre contre la terreur » que Paris estime mener. Idriss Déby s’était notamment fait remarquer par une sortie sur le rôle déstabilisateur de la France dans la chute de Mouammar Kadhafi. La deuxième édition du Forum est prévue les 9 et 10 novembre, cette fois encore en présence de plusieurs chefs d’État.

En Afrique, nombre de présidents connaissent aussi le directeur de cabinet du ministre de la défense : Cédric Lewandowski. Arrivé avec son patron, il est aussi craint que respecté, lui qui peut se targuer de la plus grande longévité à la tête d’un cabinet ministériel depuis 2012. Il n’est pourtant ni énarque ni polytechnicien – une véritable rareté dans le monde politique d’aujourd’hui, qui lui vaut parfois le mépris de ses pairs. « Ils forment un duo. Cédric déleste le ministre de beaucoup de choses. C’est une très bonne répartition des rôles », témoigne le député Gwendal Rouillard. « Au cabinet, les dossiers sont bouclés à 95 % par Lewandowski. C’est le meilleur directeur de cabinet de la République, mais qui n’a pas le soutien des réseaux étatiques. Il compense par ses réseaux industriels », affirme aussi un militaire.


Capture d'écran du site d'EDF en 2010

Lewandowski, c’est surtout « un homme d’influence et de réseaux », tissés dans les milieux industriels et parmi les élus locaux, selon une source de la défense. Ancien chef de cabinet d'Alain Richard sous Lionel Jospin, c'est sous l'aile de François Roussely à EDF qu'il se fabrique un carnet d'adresses impressionnant. Responsable des relations avec les élus pour l'électricien, il démontre sa capacité de travail et rencontre beaucoup de monde. Lui qui n'est pas haut fonctionnaire apprend à compenser.

« Il cherche ses propres solutions en utilisant tout le spectre de son relationnel, y compris dans le secteur privé, rapporte une source militaire. Parce que, dans la zone grise du renseignement, des forces spéciales ou des exportations, il faut trouver des solutions hors des sentiers battus… Et Cédric, lui, ne s’interdit rien. » Le tandem a souvent secoué la Grande Muette. « Leur force, c'est qu'après une série de ministres de de la défense insignifiants et un état-major qui prenait toute la place, ils ont fait comprendre qu'ils étaient les patrons », analyse un ancien haut responsable des renseignements français.

Pourtant, Lewandowski va parfois trop loin : souvent jugé brutal, il s’est fait quelques ennemis solides, et ses choix suscitent parfois de vives critiques. Ainsi, dans la guerre secrète que se livrent les intermédiaires en tous genres, le directeur de cabinet qui fait peur aux généraux est accusé de favoritisme à l’égard des entreprises de sécurité privées proches de son courant politique et particulièrement du directeur d'Amarante, Pierre-Antoine Lorenzi, ancien espion et homme d'affaires très connecté.

Dès 2012, Lewandowski va ainsi provoquer les foudres de la DGSE 3, en parrainant Lorenzi pour lancer ses propres pistes en vue de libérer les otages français d’Areva au Niger. L’épisode aurait pu le fragiliser durablement si les réseaux Roussely et les interventions militaires n'avaient renforcé l'assise du binôme le plus efficace du quinquennat.


François Hollande et le général Puga le 17
décembre 2014, à l'Elysée © Reuters

Mais l’influence de la Défense ne s’arrête pas là : elle se niche jusqu’au cœur de l’Élysée où le général Puga, le chef d’état-major particulier du président de la République, est parvenu à tisser une relation de grande proximité avec François Hollande (Mediapart lui a déjà consacré un long portrait). Par son histoire et sa carrière, il connaît très bien l’Afrique. « C’est le vice-roi d’Afrique, persifle un militaire. Il connaît tout le monde. » Et il n’a pas de contrepoids à l’Élysée, où la conseillère Afrique, la diplomate Hélène Le Gal, concentre de nombreuses critiques (y compris parfois très machistes), dans les cercles militaires, affairistes mais aussi parmi les socialistes partisans de la “realpolitik”, qui la jugent trop critique à l’encontre de certains autocrates. « Puga a de l’importance parce qu’il n’y a rien entre lui et Hollande. C’est la faillite de la diplomatie et des conseillers », estime un ancien directeur des services français.

Depuis le début du quinquennat, les rapports ont parfois été tendus entre Puga, à l’Élysée, et la Défense. En cause : des désaccords – sur le budget des armées ou la guerre au Mali – et d’habituels jeux de pouvoir et d’influence. Mais au-delà de la place centrale occupée par le général Puga et par Cédric Lewandowski, « à la fin, c’est Jean-Yves Le Drian et François Hollande, et c’est tout, tranche le député Gwendal Rouillard, proche des deux hommes. C’est leur relation qui permet de tout réguler depuis le début ».

« L’Afrique, ce n’est pas le Gabon, le Congo et la Guinée-Equatoriale »

Cette « clef de voûte » a plusieurs conséquences de fond : une vision très sécuritaire avec une gestion militaire des crises, et la réhabilitation d’un certain nombre d’autocrates de la région, dont François Hollande avait juré qu’il voulait se tenir à distance. Le même schéma fonctionne désormais aussi dans d’autres régions du monde, en Égypte ou en Arabie saoudite. Sans que cette politique ait été pensée en amont – c’est une des marques de fabrique de François Hollande, réticent à toute théorisation de son action.

La politique africaine de la France reste donc marquée par un « impensé stratégique », qui s’appuie d’autant plus sur les tendances lourdes de la politique étrangère de la France qu’il n’a pas été réfléchi en amont, estime Aline Lebœuf, chercheuse à l’Ifri. Et elle s’appuie plus encore sur ceux qui étaient facilement mobilisables, et déjà implantés sur le terrain : les militaires. Ils ont aussi l’immense avantage de donner au président et à la France un sentiment de puissance – y compris sur la scène internationale. À l’ONU, le poids de Paris dépend largement de son influence en Afrique. « Le sujet compte notamment dans nos relations avec les États-Unis et les Nations unies », explique-t-on dans l'entourage de Laurent Fabius.

Les premiers mois du quinquennat, quand François Hollande tançait publiquement Kabila en République démocratique du Congo, semblent en tout cas bien loin. Les militaires assument. Les diplomates, eux, s’agacent. À l’Élysée comme au Quai d’Orsay, on entend souvent la même phrase : « Hollande voit plus souvent Zuma [le président sud-africain] que Biya [le président camerounais]. » Une manière de dire que l’Afrique ne peut pas se résumer à l’ancien pré carré français, que la France a tissé des liens étroits avec l’Union africaine – Hollande était l’invité de son 50e anniversaire 3 –, avec le Nigeria – le président français était l’invité d’honneur du 100e anniversaire de la création du pays – ou encore avec l’Afrique du Sud.

« L’Afrique, ce n’est pas le Gabon, le Congo et la Guinée-Équatoriale ; c’est un tout. On redécouvre l’Afrique australe et de l’Est. Et là, c’est beaucoup d’économie », explique un diplomate. « Quand on dit que le pré carré de la France n’existe plus, c’est vrai et faux à la fois, tempère Aline Lebœuf, à l’Ifri. Si on parle de la diplomatie économique et culturelle, il y a une vraie volonté de déconcentrer. Mais dès que l’on touche aux questions stratégiques et de sécurité, on y revient. D’autant plus que la France n’a pas les moyens d’intervenir partout. »

Les “diplos” rappellent aussi que la politique au Mali ne se résume pas à la guerre, certes spectaculaire. « C’est aussi une politique de développement et des négociations politiques », plaide-t-on au Quai d’Orsay. La secrétaire d’État au développement Annick Girardin se rend d’ailleurs régulièrement en Afrique – mais les cafouillages sur son budget, à comparer aux rallonges accordées à la Défense, en disent long sur l’échelle des priorités du gouvernement.


Le discours à Dakar de François Hollande, en 2014 (vidéo dans l'original)

L’Élysée et le Quai se targuent aussi de soutenir les processus démocratiques. En octobre 2014, l’Élysée a fait fuiter la lettre envoyée par le président français au Burkinabè Blaise Compaoré pour le dissuader de se maintenir au pouvoir à tout prix. Quelques semaines plus tard, le chef de l’État français avait repris le même credo. « Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, j’affirme ici que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver dans l’espace francophone le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie », avait-il déclaré en novembre 2014 à Dakar.

Il a fait quelques gestes sur la mémoire des crimes commis par la France sous la colonisation – il a par exemple remis une partie des archives du massacre de Thiaroye au Sénégal. Il continue de défendre certains dossiers de défenseurs des droits de l’homme emprisonnés, tout en restant très souvent publiquement silencieux. « C’est la politique des petits gestes », résume Clément Boursin, responsable des programmes Afrique de l’ONG Acat.

Mais au premier test important qui s’est présenté, fin octobre, François Hollande a reculé, soutenant le président du Congo-Brazzaville Denis Sassou Nguesso dans son projet de référendum pour lui permettre de se maintenir au pouvoir. Et même s’il a depuis fait machine arrière, le double jeu de la France n’a trompé personne. « Sassou s’en est amusé », sourit un Français qui l’a rencontré il y a peu. Il sait que tant que Paris aura besoin de lui, pour la Centrafrique ou la COP21, il peut compter sur son vieil allié. Comme les autres.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 16 Nov - 11:17



Jean Ziegler : « L’Algérie résiste à la surdétermination par l’oligarchie planétaire » Mohand Aziri 12/11/15


Jean Ziegler, intellectuel altermondialiste, sociologue, rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation était l’invité de l’Anep au 20ème Sila. Il a accordé cette interview au quotidien francophone algérien El Watan

Citation :
Vous parlez de cette nouvelle oligarchie planétaire qui détient, dites-vous, des pouvoirs qu’aucun pape, aucun roi ou empereur n’a jamais eus… Transposée à l’échelle locale, comment cette oligarchie s’intrique, s’organise dans des pays comme le nôtre ?

Il s’agit de la dictature de l’oligarchie du capital financier mondialisé. Elle essaie de prendre pied. Pour atteindre son but, la condition est la destruction de l’Etat national. La République démocratique du Congo, un des pays les plus riches de la terre, a eu depuis 1997 six millions de morts de faim. Un pays totalement corrompu.

Le pouvoir de l’Etat s’exerce sur à peine 10% du territoire. C’est un rêve pour toute société multinationale de cuivre, d’uranium d’avoir affaire à un Etat par terre, qui n’a pas les moyens ou la volonté de défendre l’intérêt public. C’est pour ça que l’Algérie est exemplaire. Parce qu’il y a une nation, un gouvernement légitime, des institutions qui incarnent l’intérêt public. Voyez ce qui se passe au Moyen-Orient : la destruction des Etats, la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et la Libye plus près. C’est un rêve pour le capital multinational.


En Algérie, on parle de plus en plus de cette oligarchie locale et de son essor fulgurant. Celle-ci ne peut pas être détachée de cette oligarchie mondiale, comment…

Je parle de l’oligarchie, du capital financier planétaire. L’Algérie résiste à la satellisation. Les hydrocarbures algériens sont exploités par l’Algérie. Que l’Algérie subisse les spéculations, le dumping sur les prix du pétrole, c’est évident : l’Algérie n’étant pas sur une autre planète, mais le pays, le peuple, les institutions algériennes résistent à la surdétermination par l’oligarchie planétaire.


Vous évoquiez tout à l’heure le fascisme extérieur, marque de fabrique de certaines démocraties occidentales et pour exemple, vous avez cité la France dans ses rapports avec le Niger, pays pauvre dont les richesses sont pillées par Areva, entre autres…

Je parlais de fascisme extérieur au sens de Maurice Duverger : les démocraties occidentales sont de vraies démocraties à l’intérieur, mais leurs valeurs s’arrêtent à leurs frontières ; au-delà elles pratiquent la loi de la jungle, la loi du plus fort. Le fascisme extérieur n’arrive pas à soumettre l’Algérie…


Quid du fascisme intérieur ? Des Etats comme l’Algérie dont la diplomatie défend les droits des peuples, les grands principes, etc. mais qui, en interne, brime l’expression, les libertés, dénie les droits politiques.

Mais il n’y a pas de fascisme en Algérie. Il n’y a pas de racisme, pas de discrimination de certains groupes. Ce n’est pas le cas en Algérie. Ce que je vois par contre, c’est une multiplicité de peuples présents et aucune de ces communautés qui forment le peuple algérien n’est discriminée…


Mais les discriminations existent. Il y a des discriminations linguistiques, des cultures qui ne sont pas reconnues, des communautés sous-représentées dans les institutions, etc.

Les Kabyles, qui ont leurs coutumes, leur langue, ne vont pas en prison. En Turquie, si vous revendiquez votre identité kurde, on vous met en prison. Un Kabyle qui parle sa langue s’organise, vit selon ses coutumes et n’ira pas en prison. Il jouit de ses droits constitutionnels comme tout citoyen arabe, de Ghardaïa ou un Targui.

Un Targui algérien, s’habillant comme tel, nomadise sur le territoire algérien, est un citoyen comme un autre. Il n’est pas discriminé, n’est pas mis en prison parce qu’il parle sa langue. Le fascisme est d’une définition très claire. Il s’agit d’exclusion des minorités, de discriminations racistes, d’inégalités des droits devant les pouvoirs publics… Je n’ai pas vu trace de tout cela.

Il y a eu quand même des militants jetés en prison pour avoir revendiqué ces droits… En 2001, en Kabylie, 126 jeunes avaient été tués par les forces de l’ordre parce qu’ils avaient revendiqué ce type de droits…

Je ne vois pas de trace de fascisme en Algérie.


Comment avez-vous trouvé le président Bouteflika ?


Je ne l’ai pas revu. J’ai de très, très bons souvenirs de nos rencontres, de nos discussions tant à Genève qu’ici. Mais je ne l’ai pas vu cette fois. Mais puisque vous m’interrogez sur Monsieur Bouteflika – et ce serait ridicule de ne pas en parler –, à la mort de Boumediène, il est venu dans mon bureau à l’université de Genève et s’était inscrit en thèse (de doctorat sur le Groupe des 77, ndlr), c’est à ce moment-là que je l’ai connu.

Nos liens sont humainement chaleureux. Envers lui, j’ai de l’estime. Pour l’intellectuel qu’il est. J’ai cité tout à l’heure le discours de Durban. Intellectuellement, il est fascinant. Ensuite, il incarne la génération de la Révolution. Et comme personne, il est très cultivé. Ça, c’est dans ma perception à moi.

Chaleureux et simple. Et un intellectuel n’est jamais ami avec un chef d’Etat, parce que les intellectuels ne sont rien du tout. J’ai connu d’autres chefs d’Etat, mais là, vraiment, Monsieur Bouteflika est une personnalité attachante et impressionnante intellectuellement. En plus, je trouve visionnaire la politique qu’il mène, la réconciliation…


Est-ce qu’il était prévu initialement que vous parliez dans votre conférence de la Plateforme de la Soummam ?

Non, personne ne m’a demandé de le faire. La Soummam, c’est impressionnant quand on parle de la construction nationale.
Quand on voit que le rapport avec la communauté israélite (énoncé dans la Plateforme de la Soummam) a été appliqué, que le principe de la direction collective de la Révolution a été respecté…


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mer 18 Nov - 11:15



Afrique du Sud (Le Cap) : émeutes pour la libération des étudiants arrêtés

galerie de photos texte en anglais


Citation :
There was utter chaos at the University of the Western Cape (UWC) on Wednesday when riot police clashed with student protesters and used rubber bullets, stun grenades and teargas.

GroundUp's Ashraf Hendricks documents the day-long standoff where a building was set alight, fires started and rocks thrown at police and private security.

The protests were triggered by an email from the Chairperson of Council, which criticised the #FeesMustFall movement and said the protesters needed to engage with the SRC in order to have a special council meeting.
















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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Sam 21 Nov - 9:20



Serge Michailof : « L’Afrique n’est pas sur la voie de l’émergence »  le 20 novembre 2015 Alain Faujas


Le spécialiste français des questions de développement met en garde contre la démographie galopante de l'Afrique


Serge Michailof est chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris)
© Cyrille Choupas pour J.A.

Ancien directeur opérationnel et conseiller principal de la Banque mondiale, ex-représentant de l’Agence française de développement (AFD) dans plusieurs pays africains, aujourd’hui chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Serge Michailof publie un livre dont le titre, Africanistan (éditions Fayard), va à contre-courant de l’afro-optimisme en vogue. Il répond aux questions de Jeune Afrique.

Citation :
Jeune Afrique : Dans Africanistan, vous dites que l’absence de développement rural et une démographie galopante risquent de réduire à néant les progrès économiques en Afrique. Êtes-vous afropessimiste ?

Serge Michailof : Pas du tout. Quand The Economist avait titré à sa une, fin 2000, « Africa, the hopeless continent » (« l’Afrique, le continent sans espoir »), j’avais signé la pétition qui protestait contre cette caricature. La suite nous a donné raison, car le continent a renoué avec des taux de progression supérieurs à 6 % dans les années 2000.

Mais l’Afrique n’est pas sur la voie de l’émergence pour autant, comme le prouvent les travaux du think tank ghanéen African Center for Economic Transformation (Acet). Selon lui, le continent est toujours tiré par des exportations de matières premières non transformées et risque de se borner à développer des services à faible valeur ajoutée. L’Afrique ne crée pas d’emplois, c’est très angoissant, car elle n’a pas commencé sa transition démographique.

Quand plus de la moitié de la population a moins de 15 ans et que les classes comptent entre 50 et 100 élèves, il est impossible d’assurer une éducation convenable

C’est surtout la forte croissance démographique du continent qui vous inquiète…

En Amérique latine, la baisse de la mortalité infantile a déclenché une baisse de la fécondité, tombée à 2,2 enfants par femme. En Afrique, ce taux tourne autour de 5,4 enfants, et il dépasse 7 au Sahel. Cette croissance démographique va se maintenir, car il n’y existe aucune planification des naissances. Quand plus de la moitié de la population a moins de 15 ans et que les classes comptent entre 50 et 100 élèves, il est impossible d’assurer une éducation convenable.


Si l’on prend le seul Niger, les projections sont effrayantes. Il abritait 3 millions d’habitants en 1960, il en accueille 19,5 millions aujourd’hui et il en recensera plus de 40 millions en 2035. Or 8 % seulement de son territoire reçoit plus de 400 millimètres de pluie par an et peut ainsi permettre une agriculture satisfaisante. C’est dire qu’il est d’ores et déjà en situation de pénurie alimentaire structurelle.

En quoi cela pourrait-il dégénérer de la même manière qu’en Afghanistan ?

Une forte croissance démographique, le désespoir des jeunes Afghans sans emploi, la diffusion de l’islam radical, l’agriculture en ruine mais sauvée par le pavot ont annulé l’effet des centaines de milliards de dollars déversés dans ce pays. Le Sahel peut devenir un nouvel Afghanistan : même surpopulation, même agriculture vivrière abandonnée, pas d’emplois formels à espérer.

Au Niger, le secteur manufacturier moderne emploie 4 000 personnes. Il est exclu qu’il absorbe les 240 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Le désespoir qui en résulte fait le lit des intégrismes religieux, qui ont beau jeu d’en attribuer la faute à l’Occident. Plutôt que de mourir de faim ou d’émigrer, ils proposent aux jeunes une kalachnikov et le titre d’émir à 25 ans. Et ça marche !


Au Niger, 80 % de la population vit en zone rurale, dont 0,2 % seulement est électrifiée


Que proposez-vous ?

Reconstruire les institutions régaliennes – l’armée, la gendarmerie, la justice, l’administration territoriale. Expliquer qu’il est temps de mettre en place un planning familial pour éviter une catastrophe, même si c’est politiquement difficile. Il faut aussi mettre l’accent sur le développement rural, qui va de la création de pistes à la petite irrigation et la restauration des sols – ce qui crée beaucoup d’emplois – en passant par l’électrification des zones rurales grâce au photo-voltaïque, qui devient abordable pour le moindre village.

Au Niger, 80 % de la population vit en zone rurale, dont 0,2 % seulement est électrifiée. Et sans électricité, pas de médicaments, pas de poste de soudure, pas de devoirs scolaires le soir. Le développement rural passera par la reprise de la recherche agronomique, la défense des sols, la mise à disposition d’engrais et de semences et une petite mécanisation.

Les sommes accordées à l’agriculture oscillent entre 2 % et 10 % du budget national, alors que l’immense majorité de la population est rurale. Il faut les porter à 20 % au moins. L’Afrique devra s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales. Ce n’est pas impossible, comme le prouve l’Éthiopie, mais ce n’est pas gagné, car l’énergie et le transport y sont chers.

Il serait nécessaire que le franc CFA ne soit plus géré à Francfort


Et tout cela avec quel argent ?

L’argent est là, mais il est mal affecté. Les organisations multi-latérales s’occupent de santé, d’éducation des filles ou de barrages, mais elles ne sont pas aptes à financer les institutions régaliennes ou le développement rural. Il conviendrait que la France, qui leur confie une grande partie de son aide au développement, les oblige à s’en soucier.

La création de fonds fiduciaires alimentés par tous les donateurs permettrait de lever des sommes considérables pour des projets bien identifiés. Il faudrait aussi que la France, qui affiche 10 milliards d’euros d’aides en tout genre, relève ses dons de 200 millions à 500 millions d’euros, car la petite irrigation ou le planning familial ne pourront jamais être financés par des prêts. Avec seize pays prioritaires, 200 millions d’euros ne représentent que 12,5 millions d’euros pour chacun. Une misère qui permet seulement de faire une photo de l’ambassadeur de France coupant un ruban inaugural !


Vous vous prononcez contre le franc CFA, la monnaie utilisée par quatorze pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale…

Il serait en effet nécessaire que le franc CFA ne soit plus géré à Francfort. Cela affaiblit la compétitivité des produits africains, puisque cette monnaie adossée à l’euro a gagné entre 30 % et 35 % depuis sa dévaluation de 1994.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 22 Nov - 22:29


Soudan : près de deux millions d’enfants souffrent de malnutrition le 22 novembre 2015 Par AFP

Près de deux millions d'enfants soudanais souffrent de malnutrition chaque année, a indiqué dimanche à l'AFP le représentant de l'Unicef au Soudan en appelant la communauté internationale à débloquer des fonds supplémentaires pour résoudre ce problème.


Citation :
« Plus de 38% des enfants âgés de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique au Soudan. C’est un nombre incroyable d’enfants qui sont affectés », a souligné le représentant du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), Geert Cappelaere, dans une interview.

Sur ces deux millions d’enfants, 550.000 souffrent de malnutrition si sévère qu’elle met leur vie en danger, a-t-il précisé. La plupart d’entre eux vivent dans l’est du pays, une des régions les plus pauvres du Soudan, et dans la région occidentale du Darfour.

Un conflit oppose depuis 2003 des rebelles du Darfour au gouvernement central de Khartoum. Cette guerre a causé la mort de 300.000 personnes et forcé des millions de personnes à fuir leur foyer, selon l’ONU.

L’Unicef aide 150.000 enfants parmi les plus exposés au manque de nourriture

Mais M. Cappelaere a pressé le gouvernement soudanais et la communauté internationale d’augmenter leurs contributions pour mettre fin à cette situation. « Des milliards et non des millions » de dollars sont nécessaires pour faire baisser le nombre d’enfants souffrant de sous-alimentation, selon lui.

« Nous devons encourager le gouvernement soudanais à investir davantage pour résoudre ce problème mais il y a aussi une responsabilité collective et la communauté internationale doit s’impliquer davantage si elle est sérieuse dans son engagement envers les Soudanais », a-t-il conclu.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mer 25 Nov - 3:29




Journées 2015 de l’industrialisation de l’Afrique : L’OPI réclamera un Conseil Supérieur de l’Industrie et la validation de ses six études
Ahmed M. Thiam Inf@sept - 23 nov 2015


Le Mali célébrera la Journée de l’Industrialisation de l’Afrique les 28 et 29 novembre prochain sous le thème : « Des PME pour l’éradication de la pauvreté et la création d’emplois pour les femmes et les jeunes ». Organisée par le Ministère du Commerce et de l’Industrie, l’Organisation Patronale des Industries (OPI) et l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), cette journée sera, à nouveau, l’occasion pour les principaux acteurs du secteur que sont le Gouvernement, les Partenaires Techniques et Financiers (PTF) et les acteurs du secteur privé de parler produits manufacturés avec en perspective le développement économique du pays.  C’est cette conjugaison des intelligences et des capacités qui inspira à l’OPI la politique dite des  « 4 P » : Partenariat-Public-Privé-PTF. Plus de deux ans après l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita, comment se porte l’Industrie malienne ? Arrive-t-elle à jouer son rôle de locomotive de l’économie nationale ? Toutes les doléances formulées par l’OPI, dans son livre blanc de l’Industrie, ont-elles été prises en compte ? Le vœu du Président de créer 200 000 emplois en cinq ans est-il réalisable sans industrialisation ? Que non
!

Citation :
Selon Abraham Lincoln, ancien Président des Etats Unis, « lorsque nous achetons un bien à l’étranger, nous avons le bien et l’étranger a l’argent. Mais lorsque nous achetons un bien chez nous, nous avons le bien et l’argent ». Que dire d’un pays comme le Mali où la part de l’industrie dans la production des biens est presque insignifiante soit moins de 4% du PIB  national contre 11% pour la moyenne dans l’UEMOA et 20 à 30% pour les pays développés.

La création des 200 000 emplois souhaitée par le président IBK est impossible dans un pays où le nombre d’unités industrielles se chiffre à seulement une centaine  contre des milliers dans certains pays voisins.

Au Mali sur 500 unités industrielles recensées seuls 17% sont des sociétés à capitaux inscrites au formel avec des NIF, soit 85 unités en activité. Le Sénégal recense 4000 unités soit 8 fois plus quand la Cote d’Ivoire recense plus de 6000 unités soit 12 fois plus. Au Mali, le tissu industriel est affaibli par une domination de l’importation qui se traduit par un déficit de la balance commerciale chiffré en 2011 à plus de 380 milliards.

Toute chose qui rend hypothétique le développement économique et l’idée d’un Mali émergent qui ne peut se faire sans industrialisation. Cependant, le pays regorge d’énormes potentialités dont  une liste de 22 filières porteuses a été dressée par l’OPI que sont : Bétail de viande, Cuirs et peaux, Lait, Mil-sorgho, Mais-blé, Riz, Echalote, Mangue, Tomate, Haricot vert, poids sucré, pomme de terre, Hibiscus, Coton, Poisson, Gomme arabique, Avicole, Arachide,  Karité,  Sésame, Soja et Matériaux de construction.

Toutes ces filières souffrent malheureusement de nos jours d’une sous exploitation. Un Mali émergent sur le plan industriel ce sont des entreprises qui transforment les produits locaux pour satisfaire en premier lieu les besoins de la consommation domestique et ensuite écouler le surplus à l’exportation. Mais quand on parle d’industrialisation, de quoi s’agit-il réellement ?

 
Qu’est-ce que l’Industrialisation ?

L’industrialisation est le processus de fabrication des produits manufacturés avec des techniques permettant une forte productivité du travail et qui regroupe les travailleurs dans des infrastructures constantes avec des horaires fixes et une réglementation stricte. Pour financer le développement économique national, il est impérieux de créer plus d’unités industrielles au Mali pour exploiter nos matières premières dans un processus qui emploierait un grand nombre de maliens. Pour promouvoir le « label Mali », le tout n’est pas que dans la création industrielle mais aussi et surtout dans la protection des produits « Made in Mali » contre la concurrence déloyale des produits manufacturés étrangers. Cette vision présente un intérêt triple. D’abord,  le Mali, premier pays importateur de l’UEMOA qui contribue fortement à l’économie d’autres pays au détriment du sien, sera de moins en moins un pays uniquement de consommation. Ensuite, des produits locaux, négligés et sous évalués se révèleront au grand jour qui boostera l’économie locale notamment au niveau des marchés forains au grand bonheur du Mali profond. L’Etat malien achète plus de 300 milliards de produits manufacturés par an  sur lesquels la Commande Nationale ne représente que 5%. Il est grand temps d’inverser la tendance.

Et enfin, cette vision permettrait au président d’exaucer son vœu de campagne de créer 200 000 emplois en 5 ans. Seule l’industrie permettrait de créer le quota de 40 000 emplois annuels qu’exige la réalisation d’un tel vœu.  Il faut surtout mettre en exergue une politique qui privilégie la main d’œuvre et l’expertise locale au détriment de celles étrangères. Faut-il encore le rappeler, un tiers de la population malienne vit toujours sous le seuil de la pauvreté avec moins de 2 dollars par jour et le taux de chômage dépasse largement les 30%. Tous ces maux dont souffre l’industrie malienne ont pourtant été bien diagnostiqués dans un livre blanc qui reste encore d’actualité. Que  dit-il en réalité ?

Le livre blanc de l’industrie malienne, fruit du combat et de la vision d’un industriel de père en fils : Cyril Achcar

L’OPI, en prélude à l’élection présidentielle de 2013, avait élaboré le livre blanc de l’industrie malienne qui dressait très exhaustivement l’état des lieux de la problématique et énumérait toute une série d’actions concrètes que les nouvelles autorités devraient prendre pour sortir l’industrie malienne de l’ornière. Ce livre blanc de l’industrie malienne, s’il était appliqué par l’Etat, le Mali renouerait avec l’emploi et la part de l’industrie dans le PIB serait au-dessus de de 10% et capable même de dépasser la norme de l’UEMOA qui est de 11% pour atteindre les 20%.  Mais, force est de reconnaitre que plus de deux ans après son adoption le secteur peine toujours à décoller. Les grandes préoccupations formulées dans le livre blanc ont très peu été prises en compte en dépit des nombreuses alertes données par le président de l’OPI, M. Cyril Achcar qui a maintes reprises a demandé au gouvernement l’adoption officielle des six études à même de révolutionner le secteur, validées par le comité ah doc les 30 septembre, 1er octobre et 2 octobre 2015. Et l’une des grandes mesures qu’il a toujours voulues au bénéfice des industries maliennes est la création du Conseil Supérieur de l’Industrie à l’image du Conseil Supérieur de l’Agriculture pour un meilleur suivi des politiques et programmes en faveur de l’industrialisation du Mali.

D’autres problèmes connexes sont à résoudre pour permettre un grand essor de l’Industrie au Mali. Il s’agit notamment du développement des infrastructures routières et la réduction du coût de l’énergie, de l’amélioration de la qualité de la main d’œuvre qui passe nécessairement par l’élaboration d’un programme de formation prenant en compte les besoins du secteur, de l’augmentation du financement, de la lutte implacable contre la fraude et la concurrence déloyale. Et comme si cela ne suffisait, le gouvernement a revu à la hausse la Taxe sur les Activités Financières (TAF) à 17% prenant ainsi à contre-pied les revendications de l’OPI. Beaucoup reste donc à faire. Ainsi, la Journée de l’Industrialisation de l’Afrique de cette année sera, à coups sûrs, l’occasion pour les principaux acteurs du secteur d’en débattre à bâtons rompus surtout que les Journées seront placées sous la haute présidence du Chef de l’Etat, le président IBK.

Le « Groupe Ami », pionnier de l’industrialisation au Mali avec un chiffre d’affaires autour de 35 milliards de F CFA par an

Bien que le chemin vers un « Mali industriel émergent » reste semé d’embûches, les pionniers de l’industrialisation n’ont jamais baissé pas les bras. Et comme le dit l’adage, « à cœur vaillant rien n’est impossible ». Dans le secteur formel, le « Groupe Ami » qui veut dire Achcar Mali Industries constitué par une première société privée, qu’était la confiserie a été fondé par Emile Achcar, grand-père de l’actuel président de l’OPI dès 1950. La confiserie deviendra la GCM SA en 1965. La structure sera transformée en SARL puis en SA en 1994. Aujourd’hui, Cyril Achcar est l’administrateur et directeur général du groupe AMI depuis 2006. Le Groupe fait figure de référence en matière d’unités industrielles au Mali avec un chiffre d’affaires autour de 35 milliards de FCFA par année. Il se compose de nos jours de la Grande Confiserie du Mali, SA (GCM), les Grands Moulins du Mali, SA (GMM), la Société des Eaux Minérales du Mali, SA (SEMM), la Compagnie Malienne de Développement de la Culture du Blé, SA (CMDB), le  Groupe Achcar Mali Transit, SARL (GAM Transit Sarl) ainsi que la Fondation Emile Achcar (FEA). Le volet de la formation professionnelle n’est nullement occulté par le Groupe qui par une de ses entreprises, BAGAMI Sarl et son Centre de Formation en Boulangerie et Pâtisserie (CFBP), forme plus de 200 étudiants dans différents métiers de boulangerie.

En matière d’industrialisation, le Mali est toujours derrière l’Algérie, le Niger, la Côte d’ivoire et le Sénégal et ne devance que de très peu la Guinée, la Mauritanie et le Burkina Faso, tous des pays InfoSept

Sur le sept pays InfoSept, trois  sont des exemples à suivre pour le Mali en matière d’industrialisation. Il s’agit de l’Algérie, du Niger, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. D’abord l’Algérie qui contrairement aux idées reçues ne tient pas son développement que par l’exploitation exclusive de ses hydrocarbures. L’industrie algérienne, à elle seule, contribue à 47% du PIB et emploie près du tiers de la population active avec plus de 20 000 unités industrielles. Le Niger, grâce à la rente pétrolière et uranifère, totalise aujourd’hui contre toute attente, plus de 13 445 unités industrielles au 31 mai 2014. La Côte d’Ivoire comparativement au Mali, possède 12 fois plus d’entreprises industrielles avec plus de 6000 unités industrielles représentant 21,1 % de son PIB. Le Sénégal avec ses  4000 unités industrielles a huit fois plus d’industries que le Mali qui représentent  la part de l’industrie 24,0 % de son PIB selon des chiffres de la Banque Mondiale. Face à ces géants de la région InfoSept, le Mali fait figure de petit poucet avec 500 unités industrielles dont seulement 80 relèvent du secteur formel. Si ces pays sont en avance sur le Mali, c’est parce qu’ils ont su donner à l’Industrie la place qu’elle mérite et qui lui revient de droit dans le développement.

Les pays que nous dépassons restent la Guinée avec 175 unités industrielles, le Burkina Faso avec 108 jusqu’en 1991 et la Mauritanie avec 80.

Avec ces chiffres, le Mali demeure donc très loin de l’objectif fixé par l’OPI à savoir 10 % à 20% de la part de l’Industrie dans le PIB. Le calcul est pourtant simple, faire tourner les unités industrielles permettrait de créer plus de 30 000 emplois supplémentaires en 5 ans.

La réaction attendue des consommateurs face aux difficultés de l’industrie malienne : cultiver le patriotisme économique pour consommer toujours et plus le label « Made in Mali »

Les immenses difficultés auxquelles fait face l’Industrie malienne trouvent leurs solutions à deux niveaux. Le premier est à rechercher au niveau des mesures gouvernementales d’incitation et l’autre au niveau de chaque consommateur. Si le premier est important pour définir le cadre et protéger contre la concurrence, seul le second a les vrais pouvoirs d’inverser rapidement la tendance. Si par une discipline personnelle, chaque consommateur malien privilégiait nos produits locaux, l’industrie s’en trouverait mieux. Pour cela, il faudrait un véritable sursaut en promouvant un patriotisme économique de « consommer malien ». Il faut que le Mali consomme ce qu’il produit et produit ce qu’il consomme. En Chine par exemple, avec le confucianisme, l’Etat a pu redynamiser le secteur industriel jusqu’à en faire une des plus performantes au monde. Tout près de chez nous au Burkina Faso, le régime révolutionnaire de Sankara a su imposer le consommé local avec le  « Faso Danfani ». Le président de la République est donc attendu, à défaut de donner le meilleur exemple lui-même en s’habillant et en consommant malien, en exigeant de nos Directions Administratives Financières de privilégier la Commande Nationale pour faire du Le label « Made in Mali » une réalité plus qu’un slogan. Ce doit être un comportement de tous les jours : consommer malien pour que nos industries puissent réaliser des profits et contribuer à l’essor économique du pays.

L’OPI et sa politique des « 4P » : Partenariat-Public-Privé-PTF

Pour le développement harmonieux de l’industrie malienne et donc de son Economie, le Partenariat-Public-Privé-PTF reste l’une des solutions quand on sait que 40%  du PIB est apporté par les PTF, soit sous forme de prêt concessionnel soit sous forme de subvention. C’est fort de ce constat que l’OPI, à juste titre, avait proposé qu’également 40% de l’industrialisation soit supportée par les PTF pour plus d’efficience et d’efficacité sur l’économie nationale. Une bonne application de la politique des « 4P » permettrait à l’Etat d’apporter l’assise physique en créant plus de zones franches industrielles assez incitatives et à des conditions préférentielles pour les entreprises. Aux PTF d’apporter leur assistance financière et technique. Et en définitive, au privé d’adopter des mesures standards de gestion et d’orthodoxie financière qui ont fait leur preuve ailleurs afin d’impulser un réel effet d’émulation entre les entreprises.

Ahmed M. Thiam

Encadré : Les 6 Etudes attendues pour révolutionner le secteur industriel au Mali
1.Etude relative à l’évaluation de la politique communautaire des échanges commerciaux intracommunautaires par rapport au secteur industriel du Mali
2.Etude concernant la création d’un taux réduit de la TVA application à la production industrielle nationale et l’aménagement ou la suppression de la Taxe sur les Affaires Financières (TAF) ;
3.Etude visant à instituer une Autorité Nationale de Conciliation Fiscale
4.Etude sur le renforcement des moyens de lutte contre la fraude (Révision du Décret n° 229/P-RM du 3 juin 2002 portant répartition des produits des amendes, confiscations, pénalités en matière de contentieux douanier) ;
5.Etude portant sur la problématique de l’origine des produits industriels dans le cadre de l’UEMOA
6.Etude relative à la mise en place d’un mécanisme de protection de l’industrie malienne à partir d’une exploitation des Accords de l’OMC et des règles de l’UEMOA (consignation des droits et taxes de douane.)





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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mer 25 Nov - 6:17



L'Afrique « au cœur d'un post-colonialisme qui ne dit pas son nom »  Christian Losson et Amandine Cailhol  6 août 2014


Les employés de la mine de platine du Marikana, en Afrique du Sud,
retournent au travail après une grève de cinq mois, le 25 juin dernier
Phoyo Mujahid Safodien. AFP

A l'issue du sommet États-Unis- Afrique, Yves Ekoué Amaïzo, consultant international et économiste, décrypte les relations commerciales des pays africains avec les États-Unis et l'Union européenne
   
Après trois jours de rencontres, le premier sommet États-Unis- Afrique se termine, ce mercredi, par une réunion des dirigeants africains et du président américain Barack Obama. L’avenir de l’Afrique et l’investissement sont à l’ordre du jour des débats. Yves Ekoué Amaïzo, économiste togolais et animateur du think tank indépendant Afrocentricity revient sur les questions soulevées par cet événement.



Yves Ekoué Amaïzo

Christian Losson, Amandine Cailhol a écrit:
Le sommet a-t-il été à la hauteur des enjeux africains ?

On ne peut qu’être dubitatif. Certes, c’est un grand événement, mais cela n’a rien de comparable avec les échanges que le continent entretient avec la Chine ou le Japon. À Washington, Obama a fait du business, au sens américain du terme, en organisant des rencontres avec des hommes d’affaires sur les secteurs cibles de l’énergie et de la construction. Les États africains sont tombés collectivement dans le piège, alors qu’ils plaident eux-mêmes depuis des années pour un traitement d’égal à égal.


Une mauvaise idée ?

Cela conforte la logique de la «smart diplomacy» qui lie l’aide au développement (en baisse) à la promotion du commerce, soit un retour sur investissement. Les États-Unis l’applique déjà pour l’aide bilatérale, tout comme la Banque mondiale. En Afrique, personne n’ose attaquer cela. Seul le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi s’est permis de décliner l’invitation des États-Unis, car il dispose d’un contre pouvoir solide avec l’Arabie Saoudite.


Les ONG ont aussi pointé du doigt l’absence de la société civile...

Par définition, la société civile n’a pas d’argent, donc elle n’a pas été invitée! Même chose d’ailleurs pour les pays les plus pauvres comme l’Érythrée et la Centrafrique. Quant au Zimbabwe, il avait déjà annoncé qu’il ne souhaitait pas faire de commerce avec les américains, donc il n’était pas intéressant de le convier. Cette approche stratégique a par ailleurs fait sauter en éclat l’obligation de respecter les droits humains et de réduire la corruption, même si cela a fait partie des déclarations d’Obama.


Ses appels à la bonne gouvernance ne sont pas crédibles ?

Il est plus facile de ne pas inviter le président de l’Érythrée que de refuser la venue de ceux du Tchad ou de la Guinée équatoriale, des pays mis à l’index mais assis sur une manne pétrolière. Obama se garde bien aussi de constater que la gouvernance publique ghanéenne de ces dernières années a été mauvaise au point d’amener ce pays à demander en catastrophe l’aide d’urgence du Fonds monétaire internationale du fait d’un déficit budgétaire sans précédent…


Les partenariats économiques avec l’Europe ou les Etats-Unis peuvent-ils profiter à l’Afrique ?

L’African Growth and Opportunity Act (Agoa) est un accord dangereux car ce sont les Etats-Unis qui déterminent quels produits peuvent bénéficier de la franchise de douane, selon des conditions non tarifaires dans la plupart du temps. Cette institution permet de faire entrer un peu plus de 6 000 produits sélectifs aux États-Unis, dont une majorité liée au pétrole et, dans une moindre mesure, au textile. Mais quand les Etats-Unis ne veulent pas de crevettes, car ils ont un excédent, ils inventent n’importe quelle réglementation pour ne pas les laisser entrer sur son sol ou pour faire baisser les prix. Dans le sens inverse, les autorités américaines cherchent à tout prix à exporter des machines outils made in USA et supportent mal le fait que des pays africains importent des équipements industriels chinois par exemple. Ils vivent cela comme une forme de dumping. C’est pour cette raison notamment que l’Agoa n’a pas encore été renouvelé. Ces accords sapent des pans entiers de souveraineté des pays africains.


Et du côté de l’UE ?


Si les Accords de partenariat économique (APE) n’ont toujours pas été formalisés par les pays d’Afrique, c’est bien qu'un grand nombre de leurs dirigeants, pourtant très conciliants avec l’Europe, n’y trouvent pas leur compte. A l’image de l’OMC, les pays riches veulent toujours organiser le commerce du haut vers le bas. Mais pour cela, il faut d’abord avoir des intégrations régionales fortes, ce qui n’est pas le cas. L’Europe est en position de force pour imposer un agenda. Elle contrôle des infrastructures à travers la Banque africaine de développement et pèse de tout son poids pour imposer ses vues aux ministres des finances, tout en restant très silencieuse, sauf dans la presse, sur le népotisme et les droits humains. L'Afrique est au coeur d'un post-colonialisme qui ne dit pas son nom.


Qu’est ce qui a changé depuis l’époque des plans d’ajustements structurels et la vague de néolibéralisme ?

Rien n’a vraiment changé de facto. Quelques dettes publiques ont été effacées, mais d’autres ont été contractées. L’économie reste libérale car les structures et l’environnement le sont intrinsèquement. La flexisécurité est imposée par la finance globale et met en compétition des salariés entre eux. Résultat, la plupart des salaires sont tirés vers le bas. On aménage le système avec quelques soupapes de sécurité, mais la croyance en la réussite financière, au royaume de l’argent, emporte encore tout. L’Afrique n’a jamais eu autant de millionnaires, mais la plupart le sont devenus grâce à des marchés obtenus avec l’aval des États ou des complaisances qui encouragent l’optimisation ou l’évasion fiscale. Surtout, ils privilégient les domaines où il n’y a rien à faire: l’industrie extractive, beaucoup plus simple et rémunératrice que l’industrie transformatrice.



Vue aérienne d'une installation pétrolière sur l'île de Bonny dans le sud-est du Nigéria, en mars 2013

L’industrie reste donc en panne ?

Il n’y a pas de frémissement de l’industrialisation africaine. Les télécoms sont assez développés, mais les sociétés du secteur refusent pour la plupart de faire l’assemblage ou la fabrication des téléphones portables sur le continent. Même les plus grands, comme le soudanais Mo Ibrahim, ne veulent pas s’y mettre par peur de perdre beaucoup d’argent. Trop de leaders africains ne veulent pas apporter de la valeur ajoutée manufacturière. Il faudrait atteindre un taux de 17%. Or, l’Algérie est à 7% et le Nigeria seulement à 4%! Sans concurrence réelle, ni désir d’investir dans des appareils productifs, l’Afrique représente à peine 1,5% de la valeur ajoutée manufacturière mondiale alors qu’elle pèse 15% de la population mondiale.


Il faut donc se méfier de la croissance affichée officiellement ?

Le taux de croissance - entre 5 et 6%, selon les observateurs - ne vaut rien car il s’agit d'un chiffre d’évolution, de mouvements essentiellement liés à des bons prix de matières premières. Il faut aussi le comparer à l’inflation qui est très élevée dans certains pays, mais surtout avec le déficit budgétaire. Dans beaucoup de pays, il existe des comptes parallèles qui enrichissent de façon exponentielle des individus qui gravitent autour du pouvoir et viennent garnir des comptes offshore: c’est vrai au Congo ou encore au Tchad. Les occidentaux ferment les yeux car ils permettent d’alimenter des ventes d’armes ou des trafics divers.

Dans d'autres pays, on investit dans des infrastructures qui ne bénéficient pas à la population, comme en Afrique du Sud par exemple, où un grand nombre de dignitaires de l’ANC sont actionnaires des mines, veulent s’enrichir et cherchent à tout prix à contenir les salaires. Cette course vers le bas est une aberration économique puisqu’elle a entraîné des vagues de grèves sur plusieurs mois très coûteux pour la croissance, beaucoup plus que si les dirigeants avaient d’entrée accepté d’augmenter les salaires. Il y a donc un vrai problème de leadership et de court-termisme dans beaucoup de pays africains, que le clanisme ne fait qu’alimenter.


Les institutions internationales évoquent pourtant l’émergence d’une classe moyenne africaine. Mythe ou réalité ?


La classe moyenne va un peu mieux, mais son essor est quasi indexé sur le prix des matières premières… Tout cela est très orchestré, à l’image d’un plan Marshall pour l’Afrique venant des Etats-Unis. Il faut arrêter de rêver et savoir que ce ne sont pas les contribuables américains qui paieront en totalité la dette colossale des Etats-Unis, mais bien une partie des Africains via les facilités d’accès aux matières premières, dont les prix contractuels restent largement en deçà des prix du marché.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 1 Déc - 13:15




Le président chinois Xi Jinping entame une visite de cinq jours en Afrique
01 décembre 2015 Jeune Afrique avec AFP


Robert Mugabe et le président chinois Xi Jinping
en janvier 2014 à Beijing, en Chine. © AP

Le président chinois Xi Jinping démarre mardi au Zimbabwe une visite de cinq jours en Afrique. Il participera notamment au sixième forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) organisé vendredi et samedi à Johannesburg

Citation :
Le président chinois Xi Jinping commencera sa visite à Harare, la capitale zimbabwéenne, où il doit participer à un banquet officiel organisé par son homologue Robert Mugabe et visiter le mémorial des Héros à Harare qui rend hommage aux morts de la guerre d’indépendance du Zimbabwe qui s’est achevée en 1980.

Une visite principalement économique. « Des accords vont être signés, particulièrement dans les secteurs agricoles, du transport et des infrastructures », a affirmé Joey Bimha, secrétaire d’État auprès du ministère zimbabwéen des Affaires étrangères, dans une interview au Herald, le quotidien pro-gouvernemental. « De nombreux chefs d’entreprise chinois vont rencontrer des hommes d’affaires locaux et cela va conduire à davantage d’investissements chinois, à plus de coentreprises et plus de bénéfices économiques pour le Zimbabwe » a-t-il ajouté.

Entre la Chine et le Zimbabwe, « une amitié profonde et solide »

La Chine demeure le principal importateur de tabac zimbabwéen et comme dans de nombreux pays africains elle a investi dans les secteurs miniers, manufacturiers et dans des projets d’infrastructures. C’est elle qui a construit le Stade national d’Harare dans les années 1980 mais aussi le plus grand centre commercial du pays et des hôpitaux.

La Chine a également prêté de l’argent au Zimbabwe pour la construction de centrales électriques et de réseaux de distribution d’eau. « La Chine et le Zimbabwe, malgré la grande distance qui les sépare ont maintenu une amitié profonde et solide », a indiqué le président chinois cité par le Herald.

Après le Zimbabwe, Xi Jinping se rendra mercredi à Johannesburg où il rencontrera le président Jacob Zuma puis participera vendredi et samedi aux côtés des chefs d’État de tout le continent africain au sixième forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC).

Ce sommet se tient alors que les investissements chinois en Afrique ont chuté de 40% au premier semestre 2015, après une forte baisse de la demande en matières premières chez le géant asiatique.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 1 Déc - 13:20



L'Afrique replonge dans l'endettement à outrance Damien Durand 01/12/2015  


La dette du Ghana est largement repassée au-delà de son niveau
avant l'annulation du G8 (Francisco Anzola/Flickr)

Les pays les plus développés, dont la France, avaient accepté de renoncer à une partie de ce qu'ils avaient prêté, pour aider les pays les moins avancés. Dix ans plus tard, retour à la case départ


Citation :
Que reste-t-il dix ans après? Rien ou presque. C'est en résumé ce qu'il y aurait à retenir du bilan des grandes annulations de dette octroyées aux pays africains au milieu de la dernière décennie, dette qu'ils ont pour certains entièrement reconstituée. Quand ils ne l'ont pas d'ailleurs, pour les plus mauvais élèves, allègrement dépassée.

La France passe l'éponge

Petit retour en arrière: en juin 2005, le G8, groupe des huit pays les plus industrialisés de la planète, décide lors du sommet de Gleneagles en Ecosse d'accorder à 18 pays du tiers monde, dont 14 pays africains, une annulation de leur dette pour leur permettre d'accélérer leur développement en apurant leurs comptes et libérant ainsi des capacités budgétaires pour des programmes d'infrastructures. Ce mouvement d'annulation de la dette, taxée notamment «d'illégitime», a été soutenu par des personnalités médiatiques, dont en première ligne Bono, le chanteur du groupe irlandais U2. Le montant de la dette ainsi annulée s'élevait à 40 milliards de dollars dans un premier temps, complété ensuite par des réductions, dans le cadre du même programme, sur des pays remplissant aussi les critères définis par le G8 . Un rapport de la Banque de France estimera l'ensemble de la remise de dette à ces pays (24 en 2008) à 61,6 milliards de dollars, soit une baisse moyenne de 80% des dettes pour les bénéficiaires (jusqu'à 100% pour les plus pauvres).

En tant que membre du G8, la France a donc dès cette époque accepté de renoncer à ces créances. Un rapport parlementaire a estimé l'effort français à 67 millions de dollars par an pour les trois premières années, et à 366 millions de dollars au total accumulés en 2015 (soit 346 millions d'euros, au taux de change actuel). Un effort modéré dans l'absolu, en comparaison des remises de dette que la France a décidé unilatéralement, en dehors de ce programme, comme l'annulation de la créance de la Côte d'Ivoire à l'arrivée d'Alassane Ouattara aux manettes, soit tout de même 3 milliards d'euros.

Pire qu'il y a dix ans

Effort modeste peut-être, mais effort aujourd'hui à peu près invisible dans les comptes des pays bénéficiaires en Afrique. Car selon des données du cabinet de données financières Dealogic, certains états ont voulu profiter de conditions de financement favorables pour s'endetter massivement. Parmi eux, le Ghana, qui grâce au programme de 2005 a vu son ratio dette/PIB revenir de 48,6% à 26,2%, un chiffre très favorable même à l'échelle mondiale. Depuis il est remonté à 72,8%. Le Cameroun avait vu ce même ratio revenir de 40,7% à 24%,. Depuis il est remonté à 36%. Et c'est l'ensemble des états africains qui se refinancent sur les marchés faisant décoller les dettes. Le continent africain a ainsi levé 36 milliards de dollars en dix ans.

Mais il y a pire: non seulement les états retrouvent des niveaux d'endettement qui justifiaient aux yeux de la communauté internationale une aide substantielle, mais les conditions de financement ont empiré. Face à de très faibles taux d'intérêt sur les émissions de longue durée dans la majorité des pays développés (la France est à 0,8% sur 10 ans, et même en négatif sur 5 ans…) les investisseurs se tournent vers l'Afrique, qu'ils perçoivent comme ayant un fort potentiel de croissance, en exigeant des rendements à deux chiffres. La dernière levée de fonds ghanéenne s'est ainsi négociée à un taux sur 15 ans de… 11%.Une situation potentiellement explosive, bien plus qu'il y a dix ans, si ces pays, qui encaissent en plus le choc de la baisse des matières premières, ne peuvent assurer leurs traites.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Mar 1 Déc - 13:36


je ne suis pas en mesure de saisir le mouvement en termes qualitatifs et quantitatifs dans l'équilibre mondial de la concurrence inter-capitalistes, mais ce que je crois voir, c'est une sorte de re-mondialisation "colonialiste", comparable concernant la Chine, tout à la fois à l'expansion anglaise puis au colonialisme français au 19ème siècle, et à la restructuration du capitalisme mondial à partir des années 1970




Ces usines chinoises qui se déplacent vers l'Afrique Julie Chaudier

Selon la Banque mondiale, 43 % des investissements chinois en Afrique, entre 2003 et 2014, se sont faits dans l'industrie manufacturière. Une tendance qui se renforce


Usine d'assemblage dans la zone de développement industriel COEGA à Port Elizabeth,
dans la province du Cap oriental. Elle est financée par First Automotive Works (FAW)
et le Fonds de développement sino- africain. © Xinhua


Citation :
« La Chine compte actuellement 85 millions de travailleurs dans des emplois peu qualifiés dans la fabrication qui devront être délocalisés ailleurs en raison de la hausse des salaires et des niveaux de productivité contre 9,7 millions d'emplois japonais dans les années 60 et 2,3 millions d'emplois coréens dans les années 80 », analysait dès mai 2011 le vice-président de la Banque mondiale et économiste en chef Justin Yifu Lin.

En 2011, les salaires dans l'industrie légère se montaient déjà de 237 à 296 dollars par mois en Chine, contre 78 à 130 dollars au Vietnam – les premières délocalisations des emplois chinois ont eu lieu en Asie – et de 26 à 48 dollars en Éthiopie, vérifie le cabinet de conseil en développement Global Developpment Solution. Quatre ans plus tard, la Banque mondiale en atteste : « Sur le plan des investissements dans des projets entièrement nouveaux, on remarque que les industries manufacturières sont les principales bénéficiaires des Investissements directs étrangers [IDE], sachant que les IDE en provenance de Chine et d'Inde sont associés aux plus fortes créations d'emplois », écrit-elle dans sa note « IDE et industrie manufacturière en Afrique ». Entre 2003 et 2014, 77 des 157 nouveaux projets d'investissement chinois en Afrique relèvent du secteur de l'industrie manufacturière.

Une présence chinoise bien plus ancienne qu'imaginée

Les projets d'investissements chinois dans ce secteur existent depuis bien plus longtemps, mais ont jusqu'ici été occultés par le montant des méga-deals liés à l'exploitation des matières premières et la construction, démontrent By Wenjie Chen, David Dollar et Heiwai Tang dans leur article « Why is China investing in Africa ? Evidence from the firm level », publié en août 2015. Selon la base de données du ministère du Commerce de la République populaire de Chine sur les désinvestissements d'entreprises chinoises en Afrique entre 1998 et 2012, « relativement peu d'investissements [par le nombre, mais pas par le montant des contrats, NDLR] sont faits dans le secteur des ressources naturelles. Les investissements dans le secteur des services dominent et un nombre important d'investissements est réalisé dans le secteur manufacturier », révèlent les trois chercheurs.

Des investissements importants

Fait nouveau, ces contrats, en plus d'être plus nombreux, se rapportent de plus en plus à des montants d'investissement importants. Les 77 investissements chinois dans le secteur entre 2003 et 2014 se montent au total à 13,2 milliards de dollars, soit 43 % du montant total des IDE chinois sur le continent. L'exemple éthiopien est particulièrement édifiant. Huajian, l'un des plus grands sous-traitants de chaussures du monde, y emploie près de 8 000 personnes aujourd'hui pour produire plusieurs millions de paires de chaussures chaque année depuis 2011. Les très bas coûts de main-d'œuvre attirent en Éthiopie l'activité des secteurs à haute intensité de main-d'œuvre du monde. Les Chinois ne sont donc pas les seuls à délocaliser en Afrique. La société turque My Shoes Shoe & Leather Manufacturing Plc a notamment annoncé en avril dernier un investissement de 35 millions de dollars pour installer une usine de production de chaussures sur un terrain de 70 000 m². Un mois plus tard, l'usine de Kanoria Africa Textile Plc, détenue par des investisseurs indiens, commençait à fonctionner avec 600 employés.

L'attrait des coûts réduits de main-d'oeuvre


Comme l'Éthiopie, le Rwanda et le Kenya, d'autres pays africains accueillent depuis quelques années des investissements chinois dans l'industrie grâce au coût réduit de leur main-d'œuvre, mais aussi grâce à la taille de leur marché national et régional et à leurs liens anciens avec les investisseurs chinois. L'Égypte s'est ainsi portée candidate en 2006 pour accueillir l'une des zones économiques spéciales (ZES) que le gouvernement chinois se proposait de développer dans le monde dans l'espoir d'y voir s'internationaliser ses propres entreprises.

« Au moment de son lancement officiel en 2009, […] la ZES avait attiré 18 nouvelles entreprises chinoises opérant dans les domaines des services au secteur pétrolier, des textiles et de l'habillement, des produits en acier et des meubles, avec un apport total en capital de 180 millions de dollars EU », rappelle la BAD dans sa note économique « Investissements chinois et création d'emplois en Algérie et en Égypte » publiée en 2012. En juin 2015, le ministre du Commerce extérieur et de l'Industrie, Mounir Fakhri Abdel Nour, a annoncé le lancement de 15 nouveaux projets d'une valeur de 10 millions de dollars en coopération avec la Chine. Certains d'entre eux comprennent l'expansion de la zone chinoise dans le nord-ouest du golfe de Suez, ainsi que d'un projet de fabrication de cuir et un autre pour la fabrication de pneus.

Certains pays, comme le Maroc, qui n'avaient encore jamais recherché l'attention des investisseurs chinois veulent aujourd'hui se faire une place en Chinafrique. « Ici, au Maroc, j'ai vu partir des activités vers la Chine. On a vécu cela avec difficulté, mais avec le sourire, parce que ce sont les règles du jeu : le plus compétitif récupère les emplois du moins compétitif. Les opérateurs chinois sont aujourd'hui à la recherche de source de compétitivité et certains viennent au Maroc », a assuré le ministre de l'Industrie et du Commerce, Moulay Hafid El Alamy, devant une délégation d'une petite centaine d'entreprises chinoises, à l'occasion du premier « Sino-African Entrepreneurs Summit » qui s'est tenu à Marrakech, du 25 au 27 novembre 2015.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Jeu 3 Déc - 12:01


L’avenir incertain de la présence chinoise en Afrique au menu du 6e sommet sino-africain
Le Monde.fr avec AFP 03.12.2015


Le président chinois Xi Jinping à Prétoria le 2 décembre 2015

Les investissements du géant asiatique en Afrique ont chuté de 40 % au premier semestre et l’inquiétude grandit au sein d’un continent dépendant de ses exportations de matières premières

Citation :
C’est dans ce contexte inédit que le président chinois Xi Jinping, arrivé mercredi à Johannesburg, rencontrera vendredi ses homologues africains à Johannesburg, pour le sixième sommet sur la coopération sino-africaine (Focac).

Au programme des discussions : l’avenir des investissements chinois sur le continent après des années de relations économiques au beau fixe. Depuis le début du siècle, la Chine a acheté le pétrole, le fer, le cuivre de nombreux pays africains, participant à la flambée des prix des matières premières.

Mais aujourd’hui, le ralentissement de son économie produit l’effet inverse en contribuant à la chute des cours et menace ainsi des Etats devenus hyperdépendants de leur partenaire chinois.

En Zambie par exemple, 60 % des revenus des exportations proviennent du cuivre, dont la Chine est un acheteur majeur. Avec le ralentissement de la demande et la chute des cours, la Zambie se retrouve dans une situation précaire : le géant du cuivre Glencore compte supprimer 3 800 emplois et la devise zambienne, le kwacha, a perdu 45 % de sa valeur face au dollar.

« Les prix du cuivre ont chuté donc nous devons trouver d’autres produits à exporter vers la Chine. Je suis sûre que la Chine a besoin d’autre chose que de cuivre », espère Margaret Mwanakatwe, ministre zambienne du commerce, qui attend que le Focac « renforce les liens » entre son pays et la Chine.

Mercredi, le président Xi Jinping a rencontré l’hôte du sommet, le président sud-africain Jacob Zuma. Les deux délégations ont signé 26 accords bilatéraux pour un montant de 94 milliards de rands (6,2 milliards d’euros), dans les domaines industriels, agricoles, des infrastructures ou de la coopération économique.

« Dans le domaine de l’énergie, a précisé Jacob Zuma devant la presse, j’ai informé le président Xi qu’il existe une niche pour la coopération avec la Chine dans l’éolien, le solaire et l’hydraulique ». Une main tendue intéressée, puisque l’Afrique du Sud ne parvient pas à produire suffisamment d’électricité pour couvrir ses besoins, et que les coupures de courant à répétition sont l’une des causes de la panne de croissance que connaît le pays.

Car malgré le récent repli, la Chine demeure le premier pays partenaire économique de l’Afrique, depuis 2009. Un tiers des projets chinois de construction à l’étranger sont réalisés en Afrique.

« Mines contre infrastructures »

Les volumes commerciaux entre la Chine et l’Afrique sont passés de 10 milliards de dollars en 2000 à 300 milliards en 2015 et on compte plus de 2 500 entreprises chinoises installées sur le continent.

En RDC, par exemple, les deux pays sont liés depuis 2008 par un accord « mines contre infrastructures ».

Malgré les critiques du FMI et de la Banque mondiale sur l’opacité de cet accord, la RDC a alloué d’énormes droits miniers à un consortium d’entreprises chinoises contre des prêts bonifiés et des promesses de réalisations d’infrastructures.

En Algérie, la Chine a détrôné la France depuis 2012 comme premier partenaire du pays en remportant quasiment tous les grands appels d’offres dans le BTP, comme la construction de la grande mosquée d’Alger, la troisième plus grande au monde, ou encore l’agrandissement de l’aéroport de la capitale.

D’importants accords et de nouveaux prêts devraient ainsi être signés à l’occasion du Focac.

« La coopération sino-africaine est à un stade où elle a besoin d’être améliorée et transformée », a indiqué le vice-ministre des affaires étrangères chinois Zhang Ming.

La Chine a par exemple récemment annoncé avoir débloqué un total de 117 millions de dollars d’aide pour les pays d’Afrique de l’Ouest touchés par Ebola et avoir envoyé du personnel médical par centaines pour lutter contre le virus.

« La Chine a toujours indiqué que son engagement économique en Afrique n’était pas désintéressé »,
souligne Yun Sun, chercheur chez Brookings, un think tank américain.

« Je pense que Xi va être très prudent car ses réserves de change ne sont pas illimitées », ajoute t-il, prédisant que les investissements de la Chine vers l’Afrique vont être « plus diversifiés ».

En dépit du ralentissement de son économie, la Chine affiche toujours une croissance robuste autour de 7 % et pourrait profiter de nouvelles opportunités à l’heure où les géants miniers occidentaux comme Lonmin ou Glencore ferment certains sites sur le continent africain.




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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Ven 4 Déc - 8:38


Chine-Afrique, le désenchantement

je reprends ici le titre de Claire Guéraud, dans le Monde-économie, article payant


Xi Jinping et Jacob Zuma à Pretoria en Afrique du Sud
le 2 décembre 2015. KAREL PRINSLOO / AFP

Citation :
La « Chine-Afrique » a connu des périodes plus flamboyantes. Au premier semestre, les investissements chinois sur le continent africain ont plongé de plus de 40 % à 1,2 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros). Les importations chinoises ont suivi le même mouvement (- 43 %) et, pour la première fois, la Chine affiche avec l’Afrique un excédent commercial important qui reflète, a contrario, les difficultés africaines. Le 6e Forum sur la coopération sino-africaine, qui s’est ouvert, vendredi 4 décembre, à Johannesburg (Afrique du Sud), porte la marque de cet environnement moins porteur.

Les représentants de la quasi-totalité des 54 pays africains et des principales organisations panafricaines ont fait le déplacement pour rencontrer Xi Jinping et sa délégation fournie de ministres, de banquiers et de chefs d’entreprise. A l’heure où le ralentissement de l’économie mondiale (et chinoise) et la fin du boom des matières premières accroissent la vulnérabilité et l’endettement de nombreux pays africains, pas question pour leurs dirigeants de rater une occasion de rencontrer le numéro un de l’empire du Milieu. A charge pour celui-ci de combattre la morosité ambiante en annonçant, comme ce fut le cas lors des trois précédents forums, une forte augmentation des financements chinois et quelques annulations de dettes.

Partie d’une présence assez modeste en 2000, la Chine s’est imposée, dès 2009, comme le premier partenaire commercial de l’Afrique. En mai 2014, le premier ministre chinois, Li Keqiang, s’est fixé pour objectif un doublement des échanges commerciaux...




Premier sommet sino-africain sur le continent noir avec AFP 04/12/2015


Le président chinois Xi Jinping (à droite) et le président sud-africain Jacob Zuma
arrivent pour une rencontre à Pretoria le 2 décembre 2015 © AFP - KAREL PRINSLOO

Dirigeants africains et chinois ont rendez-vous pour la première fois, vendredi et samedi, sur le continent noir pour un sommet où le président Xi Jinping doit annoncer une myriade de contrats malgré le ralentissement récent des investissements chinois en Afrique, devenue très dépendante de Pékin

Citation :
Illustration de l'importance de ce sommet: le président chinois et une quarantaine de dirigeants africains, dont les présidents nigérian Muhammadu Buhari et zimbabwéen Robert Mugabe, sont attendus à Johannesburg, dans le district financier de Sandton.

Avec plus d'un million de travailleurs et plus de 2.000 entreprises présentes sur le continent, la Chine est le premier partenaire commercial de l'Afrique, où elle a détrôné les Etats-Unis en 2009.

"En une décennie, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont été multipliés par dix environ" pour atteindre 300 milliards de dollars cette année, selon les estimations du Forum sino-africain industriel.


Le président chinois Xi Jinping (à droite) présente des membres de sa délégation
au président sud-africain Jacob Zuma à Pretoria le 2 décembre 2015 © KAREL PRINSLOO AFP

Mais l'avenir s'est récemment assombri. Les investissements chinois sur le continent noir ont chuté de plus de 40% au cours des six premiers mois de 2015, par rapport à la même période l'an dernier. Une chute attribuée au ralentissement de la croissance chinoise.

C'est dans ce contexte que le président chinois doit ouvrir le 2e sommet de coopération Chine-Afrique (Focac) placé sous le signe d'une "coopération gagnant-gagnant" et présenté comme "une nouvelle étape importante dans l'histoire des relations sino-africaines".

Xi Jinping "doit annoncer une série de nouvelles mesures pour les trois années à venir pour maintenir la coopération sino-africaine et soutenir le développement de l'Afrique", selon le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi.

"Il insistera sur la forte détermination de la Chine et ses sincères intentions à rester engagée dans une coopération croissante et amicale entre la Chine et l'Afrique", a-t-il ajouté.

- Chemins de fer au Nigeria -

Depuis une décennie, la Chine achète en grandes quantités pétrole, fer, cuivre et autres matières premières aux pays africains, contribuant à la flambée des prix. Mais le ralentissement de sa croissance produit désormais l'effet inverse, plongeant plusieurs pays africains dépendants en pleine crise, comme la Zambie, producteur de cuivre.

La devise zambienne, le kwacha, a perdu 45% de sa valeur face au dollar depuis le début de l'année en raison d'une baisse vertigineuse des prix du cuivre, qui représente 60% des exportations de ce petit pays d'Afrique australe. "Nous devons trouver d'autres produits à exporter vers la Chine", a reconnu la ministre zambienne du Commerce, Margaret Mwanakatwe, qui compte sur le Focac pour renforcer ses liens avec l'Afrique.

Le président du Nigeria, première puissance pétrolière du continent, table lui sur le financement de Pékin pour une usine électrique considérée clé par Abuja et pour des projets pharaonesques de chemins de fer.

En route pour le sommet, le président chinois a fait escale mardi au Zimbabwe, paria de l'Occident, où il a signé plusieurs accords économiques.

Mercredi, à Johannesburg, il a conclu avec son homologue sud-africain 26 accords bilatéraux pour un montant de 6,2 milliards d'euros dans les domaines industriel, agricole, des infrastructures et de la coopération économique.

Mais l'Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, insiste sur la relation gagnant-gagnant de l'Afrique avec la Chine.

Le Focac "n'est pas une conférence humanitaire, mais une conférence entre partenaires", a déclaré Ghulam Hoosein Asmal du ministère sud-africain des Affaires étrangères. "L'Afrique n'attend pas d'aides financières."

"L'Afrique doit travailler à saisir des opportunités", a insisté le ministre des Finances sud-africain, Nhlanhla Nene, ajoutant que la Chine offrait des occasions pour "faire fructifier notre commerce".

"Les dirigeants africains recherchent une émancipation économique, pas seulement de dépendance vis-à-vis de la Chine", estime Lyle Morris, analyste à la Rand Corporation aux Etats-Unis. "Les dirigeants africains ont besoin d'exploiter leurs relations (avec la Chine) dans un sens qui participe directement à l'industrialisation de l'Afrique."

Il s'agit du deuxième sommet Chine-Afrique et du premier à se tenir sur le continent noir. Pékin avait accueilli le premier Focac en 2006.

Seuls trois pays africains (Burkina Faso, Sao Tomé et Swaziland) n'ont pas été conviés à Johannesburg, en raison de leurs relations diplomatiques avec Taïwan, île séparée de la Chine continentale depuis 1949.

04/12/2015 07:12:14 - Johannesburg (AFP) - © 2015 AFP




A Johannesburg, le sommet Chine-Afrique s'ouvre dans l'inquiétude RFI 04-12-2015


Mercredi 2 décembre, la Chine et l'Afrique du Sud ont signé des accords
d'une valeur de 6 milliards d'euros dans les domaines de l'agriculture,
de l'industrie et des infrastructures. © KAREL PRINSLOO / AFP

Le Sommet sur la coopération entre la Chine et l’Afrique s’ouvre ce vendredi 4 décembre à Johannesburg. Ce sommet de deux jours est organisé par Pékin mais se tient sur le continent africain. Certains y voient un message sur l’engagement de la Chine sur le continent


Citation :
C’est un sommet qui s’ouvre sur fond d’inquiétude. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec plus de 200 milliards d’euros d’échanges commerciaux par an. Mais ces échanges sont fragilisés par le ralentissement de la croissance chinoise. Les investissements du géant asiatique en Afrique ont chuté de 40 % au premier semestre.

L’inquiétude grandit au sein de certains pays dépendants de leurs exportations de matières premières. L’économie sud-africaine s’est ainsi contractée de 1,7 % au deuxième trimestre 2015, en raison d’une baisse des exportations de platine et charbon vers la Chine. La Zambie a également perdu une grosse partie de ses revenus en raison d’une baisse d’exportation de cuivre. Certains pays attendent donc des paroles rassurantes de la part de Pékin.

D’autres, à l’instar du Nigeria, comptent demander une aide pour financer d’importants projets afin de diversifier une économie là aussi dépendante de ces exportations de pétrole.

A Johannesburg, le président Xi Jinping doit donc rassurer ses amis africains et faire passer ce message : la lune de miel entre l’Afrique et la Chine est loin d’être terminée. Son vice-ministre des Affaires étrangères a déjà préparé le terrain. « La Chine a non seulement la capacité, mais aussi et surtout la volonté politique de soutenir l’Afrique pour lui permettre un développement indépendant et durable », a-t-il déclaré. Pour certains analystes, ce n’est pas un hasard si ce sommet se tient pour la première fois sur le continent. Il s’agit d’une façon de réaffirmer l’engagement de Pékin envers l’Afrique.


La nécessité pour l'Afrique de diversifier ses économies

D'un côté, une Chine avec une croissance de 10 % pendant près de 30 ans. De l’autre, des pays africains qui veulent devenir émergents. Pour alimenter sa croissance, la Chine a besoin de matières premières : pétrole, fer, zinc... Et l'Afrique en a revendre. La Chine produit des biens manufacturés à bas coûts et l'Afrique a besoin de produits transformés à petits prix. Bref pendant 10 ans, c'est le parfait amour.

Mais quand la croissance chinoise passe sous la barre des 7 %, l'équilibre sino-africain vacille. Certains pays sont frappés de plein fouet, comme la RDC ou encore la Zambie dont 60 % des revenus proviennent du cuivre acheté en grande partie par la Chine.

Cette situation montre que les pays africains doivent diversifier leurs économies. Ils ne peuvent plus s'appuyer sur leurs ressources minières. Il faut notamment prendre le virage de la transformation industrielle et développer d'autres secteurs. La Chine est d'ailleurs intéressée par cette diversification. Mercredi 2 décembre, elle a signé plusieurs accords avec l'Afrique du Sud, d'une valeur de 6 milliards d'euros, dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie et des infrastructures.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Sam 5 Déc - 14:03



Afrique-Chine - Adama Gaye : "Un moment de vérité !"

DÉCRYPTAGE. Spécialiste des relations sino-africaines, Adama Gaye montre combien la donne est aussi compliquée pour l'empire du Milieu, obligé d'adapter ses initiatives à un contexte africain mouvant


Adama Gaye est un essayiste, spécialiste des questions sino-africaines


Propos recueillis par Viviane Forson


Citation :
La Chine demeure le premier pays partenaire économique de l'Afrique, depuis 2009. Un tiers des projets chinois de construction à l'étranger sont réalisés en Afrique. Et ce malgré, le récent repli de l'économie chinoise. Qu'à cela ne tienne, dès l'ouverture du sixième sommet Afrique-Chine qui se tient à Johannesburg, l'empire du Milieu a annoncé 60 milliards de dollars d'aide financière pour l'Afrique. C'est le numéro un chinois, Xin Jinping, qui l'a dit en personne dans le cadre du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) créé en 2000 pour accroître les échanges commerciaux entre les deux continents. À l'époque, le FOCAC a été perçu comme une démonstration de force de la Chine qui s'est mise à acheter le pétrole, le fer, le cuivre de nombreux pays africains aidant ainsi à la flambée des prix des matières premières. Très attendu, ce sixième forum a donné lieu à de nombreuses questions autour de la capacité de la Chine à rester la locomotive de la croissance africaine. Spécialiste de la Chine, Adama Gaye pense que c'est une occasion pour la Chine de réagir sur un terrain qu'elle a laissé libre à ses concurrents, notamment l'Inde. Côté africain où la sinodépendance est désormais une réalité, les États exigent un nouveau partenariat gagnant-gagnant avec une plus grande diversification dans les échanges.

Le Point Afrique : Dans quel contexte se tient ce sixième forum Afrique-Chine ?

Adama Gaye : C'est un moment de vérité. Il prouve que malgré le ralentissement de sa croissance économique passée d'un taux à deux chiffres à un peu plus de 6% seulement, la Chine ne renonce pas a son engagement africain. Que cela se passe dans un contexte où elle est en train de réviser son propre business en dit long. Ne voulant plus trop dépendre des exportations et des investissements qui ont longtemps été les deux principales mamelles de sa forte croissance, Pékin veut maintenant bâtir une économie tirée par les services et corriger les déséquilibres économiques ayant défavorisé certaines de ses régions, notamment l'Ouest et le Centre, au point d'y provoquer des remous sociaux sur fond d'irrédentisme religieux ou ethnique, comme au Tibet ou dans le Xingxiang.


Il y a quand même un sentiment d'urgence de la part de la Chine, pourquoi ?

Ce qui donne à ce Sommet sino-africain un degré d'urgence, c'est qu'il intervient à un moment où la Chine sait qu'il lui faut reprendre l'initiative diplomatique pour ne pas perdre du terrain sur le continent.

Qui menace la Chine en Afrique ?

Son grand rival asiatique, l'Inde, vient de montrer son appétit africain en organisant fin octobre un très spectaculaire Sommet Inde-Afrique à Delhi. En plus de cet adversaire de taille, il lui faut aussi contenir les percées des anciennes puissances coloniales européennes, France, Grande-Bretagne et Portugal, dont l'activisme s'est accentué du fait de leurs besoins de trouver en Afrique les poches de croissance économique qu'elles n'ont plus sur le vieux continent.

Les enjeux sécuritaires, notamment les menaces terroristes, leur ont facilité la tâche. Sous le parapluie de l'ONU, et même de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan), elles ont profité des crises africaines récurrentes pour se repositionner et, ce faisant, elles essaient bon an mal an de freiner les avancées de la Chine qui leur y avaient damé le pion grâce à ses réserves financières massives. Même les États-Unis cherchent à rattraper leur retard dû à un désintérêt vis-à-vis de l'Afrique depuis la fin de la Guerre froide.

Le changement d'état d'esprit de Washington, pour contrer Pékin, est illustré par le Sommet États-Unis-Afrique d'il y a un an à Washington où le Président américain, Barack Obama, a rencontré les dirigeants du continent, même ceux parmi les moins fréquentables. Il devenait donc clair que la Chine se devait de frapper les imaginations. Ce Sommet de Johannesburg tenu dix ans après celui de Pékin ayant réuni les chefs d'État d'Afrique et de Chine en novembre 2006 est la réponse du berger à la bergère.


Quelle est la réponse de la Chine ?

C'est enfin l'occasion pour la Chine de corriger les critiques dont elle fait l'objet sur le continent où l'on dit, à voix à peine basse, que sa politique dite du gagnant-gagnant ne profite qu'à elle avec un accès en roue libre aux ressources énergétiques et naturelles africaines essentielles à la lubrification de son économie, ou à ses entreprises qui raflent les marchés et contrats à des prix défiant toute concurrence, sans pour autant ajouter de la valeur dans l'exploitation des matières premières africaines, ni créer des emplois locaux.

Elle prend tout ce qu'elle parvient à capter sans donner grand-chose, en retour. Ce qui a fait dire à certains que la Chine est une nouvelle puissance coloniale en Afrique. Or, parce qu'il lui faut réorienter son économie qui fait face à une baisse de compétitivité face à celles de ses rivales du Sud-Est asiatique, comme le Vietnam ou l'Indonésie, Pékin n'a d'autre choix que d'offrir une carotte à l'Afrique. Elle est désormais disposée à y transférer ses usines les moins compétitives pour profiter de l'abondance et de la faiblesse du coût de la main-d'œuvre locale. Cela va créer des millions d'emplois manufacturiers sur le continent, disent les plus enthousiastes. Attendons pour voir !


Le ralentissement de la croissance chinoise affecte l'Afrique, les deux partenaires mesurent-ils l'impact de cette nouvelle donne ?

Bien sûr que nous sommes à un moment décisif dans la relation sino-africaine. Confrontée en interne à des défis nombreux, la Chine voit ses réserves financières fondre et, donc, ses capacités, déjà sous contrôle étatique, d'intervenir pour soutenir les économies africaines se réduire. Il ne faut pas se faire d'illusions. La Chine est un pays capitaliste. Ses investissements ont de tout temps privilégié les pays où ils  pouvaient trouver ce qui lui importait le plus : les matières premières énergétiques et minières. Son partenariat avec l'Afrique se concentre ainsi à 80% sur quatre pays parmi les plus riches en ressources naturelles, notamment l'Afrique du Sud, l'Angola, le Nigéria et le Soudan. Si la Chine se montre plus chiche en termes d'investissements étatiques, elle ne va toutefois pas reculer face à son impératif de sécuriser l'accès aux ressources naturelles qui lui sont vitales. Justement, la baisse des prix de ces ressources lui offre la possibilité d'en acquérir pour en bénéficier plus tard, avec l'embellie qui suit toujours les moments de déprime dans ces secteurs. N'oublions jamais que la Chine est un investisseur au long cours capable de prendre des risques commerciaux pour des bénéfices parfois politiques et parfois purement commerciaux, là où le marché dicte la conduite de ses adversaires étatiques ou non étatiques du monde occidental...


Quelles sont les conséquences sur la demande de matières premières ?

N'exagérons rien. À plus de 6% de taux de croissance, la Chine reste toujours l'économie d'un pays de 1 milliard 300 millions d'habitants. Ses besoins restent d'autant plus importants qu'elle est dépourvue de ces matières premières. Même si elle continue sa politique de réajustement vers la promotion des services, la Chine, ayant une ambition impériale, soucieuse de devenir la première puissance économique mondiale, n'a d'autre choix que de forger une relation stratégique avec le continent africain.

La grande question est celle de savoir si elle saura se montrer plus agile qu'elle ne l'a été à ce jour, surtout que les pays africains deviennent de plus en plus exigeants pour voir l'arrêt d'une relation reproduisant à l'identique les pratiques coloniales européennes, où l'on prenait les ressources naturelles du continent sans les transformer sur place afin d'en faire des produits manufacturés revendus à des prix exorbitants en Afrique.


La Chine peut-elle demeurer le premier partenaire commercial du continent africain ?

La rhétorique chinoise toujours prompte à célébrer la coopération sino-africaine comme la plus forte donne à penser que la Chine est le premier partenaire commercial de l'Afrique. En l'an 2000, les échanges commerciaux entre les deux partenaires étaient d'environ 10 milliards de dollars. Estimés l'an dernier à plus de 200 milliards de dollars - certains avancent 300 milliards de dollars -, ces échanges placent la Chine au premier rang des partenaires étatiques de l'Afrique. Seule l'Union européenne, avec ses 27 États agrégés, fait mieux...

On peut parier que pour longtemps encore, la Chine occupera cette place, car elle continuera d'avoir besoin du continent pour faire fonctionner son économie. Attention cependant à l'Inde qui montre un appétit aussi grand, sinon plus encore, vis-à-vis de l'Afrique. C'est autour de ces deux pays asiatiques, Chine-Inde, mais aussi Corée du Sud, Japon, Vietnam, Thaïlande, Singapour, Malaisie, que la ruée vers l'Afrique se fera donc. Contrairement à celle déclenchée à la Conférence de Berlin de 1884-1885 où l'Afrique a été partagée par les puissances européennes, cette nouvelle ruée s'élargira aux autres pays émergents, Turquie, Brésil, avec, en toile de fond, les États-Unis désireux d'être présents au banquet.


Les intérêts chinois sont-ils menacés sur le continent ?

Les Chinois eux-mêmes savent qu'ils ont fini de manger leur pain blanc en Afrique. Les acteurs classiques européens et également l'Amérique ne se privent plus de tenter de profiter des critiques que la présence chinoise en Afrique et son peu d'impact pour les populations africaines suscitent du fait d'une stratégie principalement stato-centriste. On peut également mesurer les violences envers les intérêts chinois à travers les attaques contre des entreprises et citoyens de Chine.

On a ainsi vu plus de 30 000 Chinois être évacués de la Libye au moment de la chute de Kadaffi, et ces temps-ci, il est fréquent, parmi les victimes du terrorisme, d'entendre des noms à  consonance chinoise. Ce n'est pas sans raison donc que le président chinois Xi Jinping a annoncé lors de la dernière Assemblée générale de l'ONU, en septembre, que son pays allait mettre en place une force de maintien de la paix de 8 000 hommes pour aider l'Afrique.

À la clé, une dotation de 100 millions de dollars pour la mise en place d'une force de réaction rapide au sein de l'Union africaine. En plus de permettre aux soldats chinois de se faire la main sur le continent, cela peut-être utile au cas où des intérêts chinois y sont menacés. Trop peu, trop tard, l'expression de ce 'soft-power' chinois qui s'inscrit dans ce que le président chinois appelle l'émergence pacifique de son pays ne suffira pas à faire taire les critiques montant des rangs des sociétés civiles africaines. La magie verbale n'opère plus : le temps où le discours mielleux chinois faisait dormir est révolu.

Désormais, mieux informés, les Africains exigent un dialogue franc, cartes sur table, qui soit un authentique gagnant-gagnant. La Chine doit faire encore plus pour convaincre les Africains qu'elle est l'alliée capable de les aider dans leur lutte pour réussir le développement et faire face aux nouvelles menaces. Rien ne la distingue au fond des anciennes puissances occidentales qu'elle combat ici de manière subliminale.


Adama Gaye est l'auteur de "Chine-Afrique : le dragon et l'autruche", paru aux éditions "Études africaines" en 2013




Citation :
DÉVELOPPEMENT ECONOMIE GÉOPOLITIQUE, RELATIONS INTERNATIONALES, DIPLOMATIE AFRIQUE NOIRE ASIE  
 
L'une étonne le monde; l'autre le désole. La Chine, le dragon rugissant du 21ème siècle, et l'Afrique, l'autruche impuissante à affronter ses défis. Qu'est-ce qui a bien pu se passer pour que leurs sorts respectifs soient si différents ?

Cet ouvrage, l'un des premiers sur le sujet, établit les causes de cette dissymétrie des destins sino-africains, en passant en revue leurs expériences au cours des 60 dernières années, mais aussi en analysant leurs ressorts politiques, économique et sociaux actuels.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Sam 5 Déc - 14:23



La Chine injecte 60 milliards de dollars d'aide en Afrique, un engagement "historique" 04/12/2015


Johannesburg (AFP)© 2015 AFP

La Chine a lancé vendredi une nouvelle offensive majeure sur le continent africain en promettant 60 milliards de dollars d'aide lors d'un sommet sino-africain à Johannesburg, un engagement accueilli avec "gratitude" au moment où l'Afrique souffre du ralentissement de la croissance chinoise

Citation :
e]i]"La Chine a décidé d'octroyer un total de 60 milliards de dollars d'aide financière, incluant 5 milliards de prêts à taux zéro et 35 milliards de prêts à taux préférentiels", [/i]a annoncé le président Xi Jinping dans un discours très attendu à l'occasion du premier sommet Chine-Afrique organisé sur le continent noir.

Cette enveloppe conséquente a été accueillie par des applaudissements nourris de la part de la vingtaine de dirigeants africains réunis dans le quartier des affaires de Sandton à Johannesburg.

Cette annonce intervient alors que l'Afrique subit l'effondrement récent des cours des matières premières, en partie lié au ralentissement de la croissance chinoise.

Les 60 milliards de dollars annoncés par M. Xi sont destinés à financer dix programmes de coopération sur trois ans dans les domaines notamment de l'agriculture, de l'industrialisation, de la réduction de la pauvreté, de la santé, de la culture, de la sécurité, de la protection de la nature ou encore du développement vert.

"C'est évidemment un gros montant, mais ce sont principalement des prêts. Tant qu'on ne connaît pas le délai de remboursement de ces prêts, c'est difficile de dire s'il s'agit du plus gros investissement jamais fait", estime Deborah Brautigan, de l'Institut Chine-Afrique, aux Etats-Unis.

Pékin a notamment promis un milliard de yuans (143 millions d'euros) sous forme d'aide alimentaire d'urgence aux pays touchés par les mauvaises récoltes liées à El Niño.

M. Xi s'est également engagé à effacer les "dettes gouvernementales sans intérêt déchues fin 2015" des pays africains les moins avancés.

Il a aussi promis "une aide sans contrepartie à l'Union africaine (UA) de 60 millions de dollars" pour financer notamment ses opérations de maintien de la paix.

Cette série d'annonces a été qualifiée d'"historique" par le chef de l'Etat zimbabwéen Robert Mugabe, actuel président de l'UA.

"Je suis sûr que vous serez d'accord avec moi pour réserver" à M. Xi "un tonnerre d'applaudissements", a-t-il lancé en prenant la parole dans la foulée de son homologue chinois.

"Je saisis cette opportunité pour exprimer ma sincère et profonde gratitude" envers le président chinois, a déclaré M. Mugabe.


- Les colonisateurs pointés du doigt -


Et le président zimbabwéen, paria de l'Occident, de profiter de cette tribune pour s'en prendre aux colonisateurs, un de ses sujets de prédilection: "Voici un homme qui représente un pays décrit un temps comme pauvre, un pays qui n'a jamais été notre colonisateur. Il fait ce que nous attendions de la part de ceux qui nous ont colonisés".

L'hôte du sommet, le président sud-africain Jacob Zuma, a insisté pour sa part sur le potentiel économique du partenariat sino-africain.

"La Chine est le principal partenaire commercial de l'Afrique et l'Afrique représente l'une des principaux marchés pour les importations chinoises et le quatrième pour les investissements de la Chine. Ce partenariat peut seulement produire des résultats positifs pour l'Afrique", a-t-il estimé.

"Ensemble, nous représentons près d'un tiers de la population mondiale. (...) Cela représente un potentiel immense", a-t-il ajouté.

En une décennie, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont été "multipliés par dix environ" pour atteindre 300 milliards de dollars cette année, selon les estimations du Forum sino-africain industriel.

La Chine compte plus d'un million de travailleurs et plus de 2.000 entreprises présentes en Afrique. Mais les investissements chinois y ont chuté de plus de 40% au cours des six premiers mois de 2015 par rapport à la même période l'an dernier. Une chute attribuée au ralentissement de la croissance chinoise.

"Je ne pense qu'il faille paniquer au sujet de la fluctuation des volumes d'échanges. Je suis pleinement confiant pour l'avenir de la coopération" entre la Chine et et l'Afrique, a rassuré Zhong Jinahua, envoyé spécial du ministère des Affaires Etrangères chinois, dans une conférence de presse, vendredi.

Une vingtaine de chefs d'Etats africains, dont les présidents nigérian Muhammadu Buhari, kényan Uhuru Kenyatta, sénégalais Macky Sall, tchadien Idriss Déby et de la République démocratique du Congo Joseph Kabila, avaient aussi fait le déplacement pour ce deuxième sommet sino-africain.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Dim 6 Déc - 17:53



La Chine promet d'aider l'Afrique à s'industrialiser Les Echos  06/12

A l'issue d'un sommet-événement à Johannesburg, la Chine a annoncé une aide de 60 milliards de dollars sur trois ans



« Nous nous rencontrons dans un contexte de crise économique mondiale difficile
qui affecte nos perspectives commerciales et les flux d'investissements dans nos pays »,

a souligné le président sud-africain Jacob Zuma - AP/SIPA


En pleine décélération économique, la Chine a décidé de passer à la vitesse supérieure en Afrique, promettant son aide au développement et à l'industrialisation du continent. Le président Xi Jinping a annoncé 60 milliards de dollars sur trois ans, lors d'un sommet-événement à Johannesburg vendredi et samedi

Claudine Renaud a écrit:
Si l'aide chinoise se concrétise –il s'agit surtout de prêts préférentiels mais aussi d'un effort massif de formation de techniciens--, ce 2e sommet Chine-Afrique (FCSA), le premier sur le sol africain, fera date. L'enveloppe financière annoncée est le double de celle promise par le président Barack Obama lors d'un somme USA-Afrique à Washington l'an dernier.

Toutes les craintes étaient permises pourtant, côté africain. La Chine représente environ un quart des échanges commerciaux de l'Afrique mais n'importe plus de matières premières comme avant (-40% au premier semestre), mettant en péril les finances et la monnaie de certains pays, comme la Zambie ou la République démocratique du Congo, grands producteurs de cuivre.

« Nous nous rencontrons dans un contexte de crise économique mondiale difficile qui affecte nos perspectives commerciales et les flux d'investissements dans nos pays »,
a souligné le président sud-africain Jacob Zuma, à la diplomatie activement pro-chinoise depuis 2009 et bénéficiaire de 26 accords bilatéraux signés par la Chine pour un montant de 6,5 milliards de dollars.

« La Chine et l'Afrique partagent un avenir commun », est venu rassurer le président chinois Xi Jinping, dont c'était la deuxième tournée africaine depuis 2013 et auquel la quarantaine de dirigeants africains présents au sommet ont fait une véritable fête. Santé, agriculture, industrie, le plan triennal chinois a remporté tous les suffrages.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, toujours persona non grata en Europe à cause des violations des droits de l'homme dans son pays et qui assure la présidence tournante de l'Union africaine, s'en est donné à cœur joie. « Voici un homme qui représente un pays qu'on disait pauvre. Un pays qui n'a jamais été notre colonisateur (…) Il réalise pour nous ce que nous attendions de ceux qui nous ont colonisés hier» a lancé le vieil autocrate de 91 ans, faisant applaudir à tout rompre M. Xi. « Nos relations sont bien plus profondes que l'extraction des ressources ».

Pour l'heure c'est surtout l'Ethiopie qui bénéficie de l'aide chinoise à l'industrialisation. Mais de manière générale, l'économie africaine ressemble à celle de la Chine dans les années 1980, avec beaucoup de main-d'oeuvre à la campagne, de jeunes au chômage, des salaires faibles et d'ici quinze ans, il y aura 1,5 milliard d'habitants en Afrique, plus qu'en Chine.

Outre sa volonté de conforter son influence diplomatique, Pékin estime que la relance mondiale passe par des investissements dans les infrastructures des pays en développement, le long de nouvelles routes commerciales. La Chine peut pour cela puiser dans ses extraordinaires réserves de changes (4.000 milliards de dollars). La voie maritime de ces « nouvelles routes de la soie » passe au port kenyan de Mombasa en Afrique de l'Est.


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 7 Déc - 2:46



Afrique: une initiative pour restaurer 100 millions d'hectares de forêts d'ici 2030


Une initiative pour remettre en état d'ici 2030 l'équivalent de 100 millions d'hectares de forêts et de terres agricoles devenues improductives en Afrique a été lancée dimanche à Paris, en marge de la conférence climat (COP21), un objectif ambitieux

Citation :
"L'échelle de ces engagements pour restaurer des terres est sans précédent", a déclaré dans un communiqué Wanjira Mathai, présidente de l'organisation Green belt movement, investie dans des projets de reforestation sur le continent africain.

Le projet, soutenu par l'Union africaine, le ministère allemand de la Coopération et le World resources institute de Washington, est baptisé AFR100 pour "African forest landscape restoration initiative"("Initiative pour la restauration des paysages forestiers africains").

Les dix pays engagés dans ce programme sont l'Ethiopie, la République démocratique du Congo, le Kenya, le Niger, l'Ouganda, le Burundi, le Rwanda, le Liberia, Madagascar, le Malawi, et le Togo.

A ce jour, ces pays se sont engagés à remettre en état 30 millions d'hectares via des actions de reforestation.

"Nous savons que la remise en état des forêts et des terres marche pour l'Afrique, nous l'avons vu au Malawi, en Ethiopie et au Mali", a estimé Ibrahim Assane Mayaki, ancien Premier ministre du Niger.

La gestion des forêts et des terres agricoles est un puissant outil de lutte contre le dérèglement climatique car elles séquestrent du carbone. Les secteurs forestier et agricole représentent environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement.

Selon le communiqué, 13 pays africains ont inclus la restauration et la protection des forêts comme moyens de réaliser leurs objectifs nationaux publiés en vue de la conférence de Paris.

Au delà du climat, la reforestation a d'autres bénéfices.

"La remise en état des paysages forestiers augmente la productivité agricole et permet aux paysans de diversifier leurs sources de revenus",
a souligné Vincent Biruta, le ministre des Ressources naturelles du Rwanda, dans le communiqué présentant l'initiative.

"Ce n'est pas seulement une stratégie environnementale, c'est une stratégie de développement social et économique", a-t-il ajouté.

Le programme AFR100 bénéficiera de financements de la Banque mondiale et de 496 millions d'euros (450 millions de dollars) d'investissements de la part du secteur privé


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MessageSujet: Re: AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?   Lun 7 Déc - 2:50



Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ? Alidou Koutou 6 décembre 2015

Les africains paient les tarifs les plus élevés de la planète, alors que les coupures de courant sont fréquentes. En cause : le prix du fioul, des réseaux inadaptés et le manque d’investissements. Le consommateur africain paie trois fois plus que celui d’Asie : en moyenne 14 cents de dollar son kilowattheure, quand celui d’Asie du Sud paie seulement 4 cents.



Citation :
Kilowattheure en Afrique : Pourquoi un tarif si cher sur le continent ?

Si l’Europe de l’Ouest affiche un prix un peu supérieur, 18 cents, le pouvoir d’achat des ménages y est beaucoup plus élevé. Conséquence : une famille qui réside dans une grande ville d’Afrique consacre environ 30% de ses revenus à l’énergie et, notamment, au paiement de son électricité. Un tarif qui n’est pas toujours synonyme de qualité de service. À chaque hausse des prix, les associations de consommateurs crient au racket. Comment s’expliquent ces factures faramineuses ? Peut-on réduire la note ? Lisez cette analyse.

Trop de pétrole

Derrière la facture d’électricité se cache d’abord le prix du pétrole. Plus que tous les autres, le continent dépend des dérivés de l’or noir, comme le fioul, pour sa production d’électricité : 46% des centrales africaines fonctionnent avec ces combustibles, contre seulement 6 % dans le reste du monde. Qu’ils soient ou non producteurs de brut, la plupart des États importent leur combustible, faute de raffineries. Résultat : une facture salée, notamment quand les cours flambent, comme entre 2001 et 2005, période où le tarif moyen de l’électricité a presque doublé en Afrique subsaharienne.

Certains pays, au moment fort des crises énergétiques n’avaient même plus les moyens d’acheter du combustible pour faire tourner les installations. À cela s’ajoute l’utilisation intensive de groupes électrogènes par les sociétés d’électricité ; ce qui devait n’être qu’une solution temporaire s’est pérennisé. Pourtant, leur emploi fait exploser le prix du kilowattheure entre 50% à 100% plus élevé que celui produit de manière classique à partir d’hydrocarbures.

À l’inverse, le recours aux barrages hydrauliques, qui délivrent une électricité à un prix défiant toute concurrence, parfois quelques francs CFA le kWh, reste trop limité. « La part de l’hydraulique dans le mix énergétique est la principale variable qui permet à un pays d’avoir des prix faibles. Le potentiel est pourtant immense, notamment en Afrique centrale.

Des réseaux trop petits

La taille des réseaux africains, conçus pour une faible demande, ne permet pas de réaliser des économies d’échelle en matière d’exploitation et consommateur. Pour résoudre ce problème, une solution existe : si un pays n’y parvient pas seul, il faut alors réunir les forces disponibles en construisant des interconnexions électriques. C’est l’un des facteurs majeurs dans la réduction des tarifs.

Le Niger par exemple est un pays sahélien, enclavé. Mais, à l’inverse de ses voisins, comme le Tchad et le Burkina, qui pratiquent des tarifs parmi les plus élevés du continent, il bénéficie depuis trente-deux ans d’un tarif bas, à 4 cents, grâce à une interconnexion avec le réseau nigérian. Au-delà des connexions pays à pays, qui existent çà et là, toutes les régions du continent ont établi des plans de « pools énergétiques » pour créer des marchés uniques.

Le projet ouest-africain (le réseau Côte d’Ivoire- Liberia-Sierra Leone-Guinée) en est au stade des appels à manifestation d’intérêt, mais plusieurs interconnexions entre pays existent déjà, autour de la Côte d’Ivoire notamment. Plus ambitieux encore sont les projets d’autoroutes de l’énergie qui traverseront le continent, notamment de l’Égypte à l’Afrique du Sud. Ces échanges interrégionaux pourraient réduire les coûts de l’électricité de 2 milliards de dollars par an sur le continent.

Pas assez d’industriels


En matière d’électricité, la consommation d’un seul industriel équivaut à celle de milliers de ménages. Les factures, beaucoup plus importantes, acquittées par ce type d’entreprises permettent aux sociétés nationales d’énergie de financer le développement de leurs réseaux. Les miniers notamment sont très « énergivores », raccorder ces grands comptes est essentiel : « Plus leur part augmente, plus celle des ménages devient marginale. »

Un élément d’autant plus déterminant que le recouvrement des factures des « usagers résidentiels »se révèle très souvent hasardeux (en moyenne, 30% de celles – ci ne sont pas honorées dans les pays n’ayant pas mis en place le prépaiement), sans parler des pertes techniques et des vols d’électricité, qu’il faut dans les deux cas répercuter sur les tarifs. Pourtant, les exemples de mauvaises pratiques sont légion.

« La Guinée a fait pendant cinquante ans, avec l’exploitation de la bauxite, ce qu’il ne faut surtout pas faire. C’est-à-dire laisser les miniers produire eux-mêmes leur électricité. En outre, c’est bien plus coûteux pour eux que de se raccorder au réseau. Le développement minier de l’Afrique, s’il ne profite pas directement aux populations, doit au moins bénéficier au secteur de l’électricité. ».

Le Burkina Faso doit donc corriger cette mauvaise pratique déjà en cours dans le secteur minier du pays. L’exemple de la Zambie doit faire cas d’école, où 80% de l’électricité produite sont absorbés par les industriels.

En plus d’une politique tarifaire raisonnable, ce type de répartition de la consommation permet notamment d’appliquer des tarifs sociaux ou de prendre des mesures équivalentes.

Trop peu d’investissements


S’il est déjà élevé, le prix de l’électricité pourrait encore augmenter à l’avenir, car de nombreuses compagnies vendent leur énergie à perte. Les tarifs ne recouvrent les coûts de revient que dans six pays sur cinquante-quatre.

On peut donc dire que les Africains ne paient pas leur électricité au juste prix, cela est- il pour compenser le service qu’ils reçoivent qui laisse souvent à désirer ?

Un cercle vicieux, cette non-couverture des coûts ne permet pas d’assurer l’exploitation et la maintenance du système électrique, et encore moins de réaliser des investissements, pourtant essentiels pour répondre à l’explosion de la demande.

Résultat, ce sont les États qui, très souvent, comblent les déficits en octroyant d’importantes subventions. Ce qui revient à financer le tiers du coût de production de l’électricité dans certains pays. À la moindre tension de trésorerie, c’est donc l’ensemble du secteur énergétique qui risque le court-circuit.

Alidou KOUTOU
M.Sc.A. Génie Électrique
Doctorant Génie-Électrique
Membre de la Conférence Internationale des Grands Réseaux Électriques
(CIGRÉ)


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AFRIQUE en mutations : du néo-colonialisme au capitalisme "africain" ?
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