PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

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 VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste

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MessageSujet: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Mar 4 Aoû - 9:10

il m'a semblé intéressant d'ouvrir un tels sujet, que je mets directement en relation avec des questions posées par le texte de Sic, revue internationale pour la communisation

Incendier et revendiquer. Sur les émeutes en Suède Zaschia Bouzarri novembre 2014

Zaschia Bouzarri a écrit:
Comment la limite intrinsèque de l’émeute, son existence en tant qu’émeute, c’est-à-dire comme une explosion sociale, comme l’expression du malaise accumulé contre, mais toujours au sein de, la société capitaliste pourrait-elle être surmontée ? Comme le suggère le rapport entre activisme et émeutes en Suède, ce qui est à surmonter n’est pas la destructivité, pour la création d’un esprit constructif, ni la constructivité, pour libérer la destructivité de ses chaînes.

Dans une situation comme celle des banlieues suédoise, il serait d’abord question de surmonter le confinement de l’émeute à la banlieue, ce qui impliquerait bien plus que de brûler les voitures des riches dans le centre-ville. Il s’agirait d’ébranler la géographie de l’accumulation capitaliste, le rapport entre son centre, l’Europe ou le centre-ville, et sa périphérie, l’immigration ou la banlieue.

Ceci ne pourrait être produit que dans des luttes internes au prolétariat, parce que s’il y a une chose que les émeutes en Suède peuvent nous apprendre sur la révolution de notre époque, c’est que nous ne pouvons pas espérer que les luttes frappent le capital droit au cœur pour uniquement affecter les capitalistes. En un mot, il n’y a pas de luttes pures.



Disqualification socio-spatiale dans les villes françaises et japonaises

Regards croisés entre l’histoire et la sociologie
17 mars 2015

João Fernandes a écrit:
Organisé par deux établissements de recherche, l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et l’université de la Ville d’Osaka (Japon), ce colloque se propose de réfléchir à la disqualification socio-spatiale dans les villes françaises et japonaises. Du point de vue sociologique, historique et sociolinguistique, nous entendons donner l’occasion dans ce colloque de discuter de ce thème à travers la question de la pauvreté, de l’immigration, de la marginalité urbaine, de la banlieue, de l’intégration et du colonialisme, et de comparer les situations au Japon et en France du XIXe siècle à nos jours.

Programme du colloque

- André GUESLIN (historien, Univ. Paris VII/ICT) : La disqualification spatiale. Approches en termes d'histoire de la grande pauvreté urbaine en France du Moyen Âge à nos jours
- Gérard NOIRIEL (historien, EHESS/IRIS) : Les espaces de l'immigration ouvrière en France 1880-1939
- Serge PAUGAM (sociologue, EHESS/CMH-ERIS) : Les quartiers socialement disqualifiés au XXIe siècle : l’exemple de l’agglomération parisienne

L’espace historique de la marginalité urbaine


- Ashita SAGA (historien, Univ. de la Ville d’Osaka) : La marginalité urbaine à Osaka : Dans la période de transition de l’époque moderne à l’époque contemporaine
- Katsuhiko SHIMADA (historien, Univ. Momoyama Gakuin) : Les milieux de sous-prolétariat à l’époque contemporaine d’Osaka : Le cas de débardeurs dans les années 1930.




L’espace sociale de la pauvreté contemporaine


- Michel KOKOREFF (sociologue, Univ. Paris VIII/ GTM) : Ségrégation et discrimination dans les cités de banlieues françaises
- Eiji KAWANO (sociologue, Univ. de la Ville d’Osaka) : L'effet de la disqualification urbaine et de la ségrégation spatiale à Osaka




L’espace de l’immigration et l’intégration


- Takeshi CHUJO (linguiste social, Univ. de la Ville d’Osaka) : La problématique de l’« intégration » - Analyse du discours sur la politique d’accueil de l’étranger au Luxembourg
- Noriko IJICHI (sociologue/ethnologue, Univ. de la Ville d’Osaka) : Le colonialisme et le racisme au Japon. Autour des Coréens Zainichi


Lieu : EHESS Paris





Dernière édition par Admin le Sam 20 Aoû - 9:35, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Dim 16 Aoû - 22:14

voir en relation
'ÉMEUTES et REVENDICATIONS, à propos de la SUÈDE'... Incendier et revendiquer, Zaschia Bouzarri pour SIC, revue internationale pour la communisation, novembre 2014

et sur les bidonvilles



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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Dim 16 Aoû - 23:18



Bidonville de La Courneuve : le bel humanisme des verts et des communistes 16 août 2015

Citation :
Qu’il est bon de vivre dans un pays riche, comme la France. D’autant que, grâce aux très nombreuses bonnes œuvres socialistes, les inégalités y sont en chute libre ahem brm kof kof et que la pauvreté et la misère y reculent donc de façon sensible. Partout ? Pas tout à fait, puisqu’on apprend qu’il y aurait encore, ici et là, des bidonvilles…

C’est étonnant, ce problème de bidonvilles, parce que bon, toute considération économique mise à part, c’est tout de même un problème qu’on trouve plutôt dans les pays pauvres ou en voie de développement (émergents est le mot à la mode actuellement), même si, d’après l’ONU, le pourcentage de citadins qui y vivent est passé de 47 à 37% dans ces pays entre 1990 et 2005. Bien sûr, à ce point du billet, on pourrait se poser la question de savoir si la France est elle-même un pays émergent ou si, plus pragmatiquement, c’est un pays s’enfonçant. Mais comme je suis de bonne humeur, je vais passer pudiquement à autre chose pour m’intéresser plutôt à un bidonville en particulier, celui de la Courneuve.

Mais les bidonvilles, c’est tout de même assez insalubre. Entre le manque évident d’eau (ou son trop-plein), d’électricité, d’égouts ou de gestion des déchets en général, les rats et autres parasites pullulent. Pour les riverains et les autres habitants de la ville dans laquelle les bidonvilles s’installent, tout ceci est franchement gênant.

Certes, ces bidonvilles sont plein de pauvres, et on sait que la Socialie aime les pauvres à s’en lécher les babines à longueur de discours. Mais ces pauvres-là sont si pauvres qu’ils ne sont pas sur les listes électorales. Alors, quand on est maire d’une municipalité contenant un bidonville, quand bien même on est communiste, on peut se permettre de taper dans cette pauvreté là.

En plus, ce n’est pas comme si c’était des pauvres français bien de chez nous, et ce n’est pas comme si les communistes en étaient à leur coup d’essai en matière de xénophobie détendue et de nettoyage de bidonvilles par la force. On pourra rappeler utilement ce jour de décembre 1980 où le maire communiste de Vitry-sur-Seine, armé d’un bulldozer et secondé par des centaines de militants locaux, chasse les travailleurs maliens immigrés qui avaient trouvé refuge dans un bâtiment en cours de rénovation sur la commune. Eh oui, comme l’expliquait fort bien le patron du PCF de l’époque, George Marchais,

Georges Marchais a écrit:
« En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. »


Bref, même si bien des années ont passé depuis 1980, le discours de l’actuel maire de La Courneuve, Gilles Poux, communiste lui aussi, confronté au même problème de bidonville dans sa commune, trouve globalement les mêmes réponses. En effet, depuis 2008, environ 300 personnes, essentiellement Roms et Roumaines, se sont installées dans le bidonville du Samaritain en bordure de la voie du RER B et de l’A86. Et tant pis si, d’après des militants, un projet inédit de « résorption progressive » et « une proposition de sortie en trois ans élaborée à partir du terrain » avait été élaboré : pour la mairie de La Courneuve, il n’y a pas d’autres solutions que l’expulsion.

Rien qu’à ce point du billet, on ne peut encore une fois que constater l’immense décalage entre les bonnes intentions dégoulinantes affichées dans les discours et les programmes politiques de tous ces fiers militants du Camp du Bien, de gauche ou à gauche de la gauche, et leurs actes lorsqu’ils sont confrontés à la réalité, tangible et loin de leur imaginaire rose et sucré qu’ils tentent de nous vendre depuis plus d’un siècle, malgré les échecs, les déroutes, les dérapages, les dictatures, les goulags, et les morts par millions. Que voulez-vous : le communisme et le socialisme, délicieusement internationalistes lorsqu’ils ne sont pas au pouvoir, sont toujours farouchement nationalistes voire carrément xénophobes pour les cas les plus dramatiques une fois parvenus aux commandes.

Mais se contenter de remarquer, une fois encore, l’hypocrisie habituelle du Camp du Bien dans sa gestion des miséreux en bidonvilles serait oublier l’autre partie de l’affaire. Pour la peine, je vous encourage à jeter un petit coup d’oeil rapide sur l’article de Libération qui évoque, très furtivement et aussi discrètement que possible, l’autre pan du problème : l’embêtant bidonville est situé le long de la voie de RER et de l’autoroute A86, c’est-à-dire le long des voies qui permettent d’atteindre le lieu choisi pour la prochaine conférence du COP21.


Oui, vous l’avez compris : en décembre de cette année se tiendra au Bourget la COP21, la Méga Conférence Sur Le Climat Qui Doit Redorer Le Blason Passablement Défraîchi de François, et pour celle-ci, il faut bien faire un peu de ménage. Nettoyer les moches camps d’immigrés sur le trajet menant de la capitale au lieu de festivités est donc nécessaire. C’est qu’il ne faudrait surtout pas que nos hôtes, nombreux, qui viendront gober du petit-four équitable en pleurant sur un réchauffement en panne, s’aperçoivent qu’ils se trouvent en réalité dans un pays qui n’a plus franchement les moyens de ses ambitions et qu’avant de se lancer dans une très coûteuse lutte contre les énergies polluantes et les méchants leprechauns climatiques, il lui faudra sans doute remettre de l’ordre dans ses finances.

Mais là encore, difficile de ne pas évoquer le discours subtilement hypocrite de ces écolos qui d’un côté souhaitent ardemment le retour à la terre, à la nature et à la décroissance et qui de l’autre, confrontés en direct avec ceux qui, justement, sont en prise directe avec la terre, la nature et la décroissance, font tout pour s’en débarrasser en les expulsant à coups de bulldozers.

En toute logique, le gouvernement, tout acquis à la cause réchauffiste, aurait largement dû faire la part-belle à ce magnifique exemple d’application, in vivo, des principes de moindre consommation tant on peut parier sans risque que l’empreinte carbone des populations de ces bidonvilles doit largement pouvoir rivaliser, par le bas, avec celle de l’éco-conscient le plus affûté de la capitale. Oui, plutôt que d’expulser ces Roms, Hollande et sa clique royale auraient pu proposer des séminaires et autres conférences directement depuis ce « camp », et conscientiser la grosse foule des pique-assiettes environnementaux aux problèmes de la république bananière française.

Il faut se faire une raison : il n’en sera rien. Alors qu’il faut d’habitude des années de procédures pour nettoyer ce genre de camps (ou pour virer des squatteurs d’une maison privée, du reste), ce bidonville sera effacé du paysage en quelques jours. Alors qu’à Calais, le problème des migrants se pose tous les jours avec plus d’acuité, les éventuels problèmes de la petite poche de la Courneuve seront balayés sans la moindre vague médiatique. Quant au différentiel de discours des communistes ou des écologistes, il ne sera jamais mentionné.

Pas de doute : le socialisme, c’est vraiment magique™.



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MessageSujet: QUELQUE CHOSE NOIR Y VOIR   Lun 17 Aoû - 0:01


QUELQUE CHOSE NOIR Y VOIR

Fable dyonisienne

« Le temps, c'est pas de l'argent, Le temps c'est le temps. Vous avez fait l'argent. Nous avons fait le chant.»
James BALDWIN, Jimmy's Blues, poèmes, 1983

« Le squat historique de Saint-Denis évacué Les 30 habitants du 76, rue Gabriel-Péri ont été contraints de quitter l’immeuble insalubre, où certains vivaient depuis dix ans.
Depuis l’incendie de Pantin c’est le 4e squat fermé [...] 12 hommes, onze femmes et 7 enfants, pour la plupart originaires de Côte d’Ivoire — vivaient dans cette copropriété frappée depuis plusieurs années d’un arrêté « d’insalubrité irrémédiable » et d’un arrêté de « péril imminent » [...]
« Ce drame a été un véritable traumatisme, reconnaît Stéphane Peu, maire adjoint (PC) à Saint-Denis.»
Le Parisien 8 12  


À défaut de cette "inspiration" qui fait le charme discret de la poésie véritable,
j'emprunte à cet article un vocabulaire qui me fait des faux,
dans l'espoir de recycler durablement quelques déchets journalistiques.
C'est ma déconstruction. Tra déri dada...

Aux Frères Jacques, pour La Marie-Josèphe, et dont le ton me semblerait bon, pour répartir les voix de ce poème


On voit quoi là d'Ivoire ?
Que du feu ? Que du noir !
Un squat où des lézardes
font perdre la face à d'...

À personne, pensez-vous, jamais !  
Les démons ont jeté leurs dés
dans l'ire et... mais... diable !
l'irr-é-mé-diable insalubrité

Longtemps l'on a, et de bonne heure,
Péri en la demeure au 76 Péri
de chaud, de froid, de plomberie
du cœur, d'humidité... on meure
de tout toujours un peu traumatisé

- Faut bien mourir de quelque chose

Un peu beaucoup passionnément
à la folie carbonisé...
Sous-maire du malsain déni
par le trauma dramatisé
l'autre Peu un peu trop m'a tiqué



(Re-frein) Encore heureux qu'il était beau

qu'il était beau dans l'incendie qu'il était beau
et qu' la mairie coco soit un bon bateau

Ah quel maire veille ! Un coq au refroidi
passe un plat réchauffé (être maire se mérite)

Qu'est-ce que tu dis coco ?
(c'est décembre il médite)
et soudain cet indécent dit
« Nous ne sommes pas opposés par principe aux évacuations qui servent à quelque chose... relogement durable...»

- Un sous-maire doit servir à quelque chose

Qu'un quelque chose durable reloge durablement !
Voyons, voyons... Tic tac...  heure et squat... Tic tac... heure et quoi ? Eurêka !
L'horloge ! L'or ! L'or dure ! L'or loge !
L'or dure hein l'or durable loge durablement  
Or le temps n'est-il point de l'argent ?

- Si si mais durable est si lent, si lent...
Silence ! Si lent c'est d'or... a dit la préfecture
Or si généralement le relogement ment, la parole est de peu
ce Peu là dit tant que faire se peut un peu
la vérité : « Nous ne sommes pas opposés...»

Le Peul ira s' fair' voir
Noir d'Ivoire se cacher
Qui peut le moins loger
peut le plus déguerpir
Quelque part où il pleut

Dans les rues dépérir
du 76 pourri
cette rue où l'on pleure
éliminant péril
Quelque jour où qu'il meure

Dehors mis en demeure
de l'or l'ordre est à l'heure putain
de l'horreur à l'honneur d'un pantin
« de l'ordre sur ordre de la préfecture »

En termes élégants quelque chose fut dit
« le 76 Péri a doncque toute chance... »


8 décembre 2011
[/font][/size]

Patlotch Crise en vers 22 juil - 31 déc 2011


Citation :
Bref, même si bien des années ont passé depuis 1980, le discours de l’actuel maire de La Courneuve, Gilles Poux, communiste lui aussi, confronté au même problème de bidonville dans sa commune, trouve globalement les mêmes réponses. En effet, depuis 2008, environ 300 personnes, essentiellement Roms et Roumaines, se sont installées dans le bidonville du Samaritain en bordure de la voie du RER B et de l’A86. Et tant pis si, d’après des militants, un projet inédit de « résorption progressive » et « une proposition de sortie en trois ans élaborée à partir du terrain » avait été élaboré :

pour la mairie de La Courneuve, il n’y a pas d’autres solutions que l’expulsion.






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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Lun 17 Aoû - 23:26

via UJFP




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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Lun 31 Aoû - 17:33

Les Lilas - Bagnolet : des sans-papiers du collectif Bara à nouveau expulsés M.-P.B. | 31 Août 2015 31 Août 2015


Pantin, tribunal d’instance, janvier.
Le collectif Bara manifestait en vain contre l’expulsion du squat de la rue Carnot à Montreuil.
Début août, les sans-papiers ont été évacués de Montreuil et,
ce lundi, d’un bâtiment des Lilas où ils s’étaient réfugiés

Citation :
Leur errance paraît sans fin. Une partie des squatteurs, pour la plupart maliens, expulsés il y a un an de l’usine Emerson à Bagnolet sont de retour dans cette ville. Ces sans papiers du collectif Bara — du nom de la rue qui accueille un foyer de travailleurs africains à Montreuil — ont, en effet, été délogés des Lilas où ils avaient trouvé refuge au mois d’août, après leur expulsion d’un bâtiment de la rue Carnot à Montreuil.

Sur le même sujet
Citation :
3 août 2014 : Plus de 200 Maliens expulsés à Bagnolet
11 août 2014 : les anciens squatteurs trouvent un nouveau refuge à...
5 août 2015 : à Montreuil, les squatteurs maliens de la rue Carnot évacués

Après cette nouvelle évacuation, ils sont revenus auprès de leurs frères d’infortune restés à Bagnolet, dans les anciens locaux administratifs de Pôle emploi. « Les squats ne sont pas une solution durable. Nous demandons notre régularisation pour sortir de ce cercle infernal », insiste l’un d’entre eux. Un même message répété depuis de longs mois, qui semble vain.

Les premiers membres de ce collectif sont arrivés en France après avoir fui la Libye en guerre il y a plus de deux ans. Ils étaient une petite centaine au départ, d’abord accueillis au foyer Bara de Montreuil, avant d’occuper les locaux vides de l’usine Emerson à Bagnolet. Délogés la première fois l’été dernier, ils errent de squats en foyers Adoma ou chez des habitants de Bagnolet et Montreuil qui leur apportent leur soutien.

Le collectif estime représenter 250 à 300 personnes.


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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Lun 31 Aoû - 22:12

pour les non-anglophobes

Kaneshka Goonewardena: "Colonialism and Urbanization in Critical Theory and Radical Politics"


Ramón Grosfoguel: "White Cities, Multiculturalism and the Westernized Left Paradigms of Urban Political Economy"
moderated by Noa Ha

Citation :
This talk addresses the imperative of decolonizing the city and why it matters to the Western Left in particular. The city has not only been an object of research but also a place of revolutions, revolts and social movements. Therefore, the city figures as a place of political action, but has not been sufficiently addressed as a site of decolonization in Western cities within leftist, progressive movements -- this is particularly striking for the German context.

However, postcolonial migrants and their children form the informalized and precarized labor army serving the elites of transnational and diverse corporate companies. The parallelizing of urban society is often addressed as a threat by White politicians but not considered a daily-life experience of non-belonging in public places (such as schools, universities and public spaces), labor markets or in the media. Through urban design and planning, the city mediates dominant power relations and naturalizes these power relations by materializing them into concrete/territorial/spatial formations of everyday life.

The Western Left exacerbates and re-produces the colonial implications of city-making by reducing these processes to an economist understanding. In this way it dis-connects with the struggles of survival inavoidable for postcolonial migrants in metropolitan Western cities.


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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Ven 11 Sep - 23:52




"L'égalité des territoires", pour dissimuler les banlieues Afriscope 42 : Diversité, un symbole, et après ? Erwan Ruty

"Un apartheid territorial, social, ethnique qui s'est imposé à notre pays…", osait Manuel Valls en janvier 2015. Poussée par la droite dure, la gauche élabore une nouvelle politique, qui portera le nom "d'égalité des territoires", et aura son ministère. De quoi ces "territoires" sont-ils donc le nom ? De celui de la dissimulation des banlieues et de leurs habitants "non-Blancs".

Citation :
 L'ouvrage de référence qui trône sur la table de tous les dirigeants de gauche à l'arrivée de Hollande à l'Elysée en 2012 est Fractures françaises de Christophe Guilluy, qui analyse le séparatisme territorial, condensé de phénomènes économiques, sociaux, culturels ("raciaux", dirait-on aux Etats-Unis). Et finalement politiques. "Pour parler de ces questions, on est allé de banlieues à apartheid, en passant par ghetto. Cela témoigne de la tension croissante autour de la question raciale", estime le géopolitologue Jérémy Robine, auteur d'un essai intitulé Les ghettos de la nation. Depuis 2014, les institutions comme le Défenseur des droits luttent contre les discriminations territoriales, en introduisant un 19e critère, la "discrimination à l'adresse". Légalisation témoin d'une prise de conscience. Pour autant, à notre connaissance, si certains parlent d'apartheid, il n'y a pas (encore) de bantoustans en France.


Ghetto (ethnique) or not ghetto ?

Le sociologue Loïc Wacquant tranchait déjà provisoirement la question de l'existence ou non de ghettos sur le sol hexagonal, dans la postface à l'édition de 2006 de son ouvrage Parias urbains (analyse comparative de quartiers de La Courneuve et de Chicago) : "Les mêmes causes -déprolétarisation, relégation et stigmatisation- ont produit les mêmes effets", mais "sur une échelle géographique plus vaste et sur un rythme accéléré" aux Etats-Unis. Ainsi, pour lui, les quartiers européens "ne sont pas des incubateurs de communautés ethniques homogènes (…), les revendications de leurs habitants [ont trait] à l'égalité face à la police, l'école, le logement, la santé et surtout l'emploi. Elles relèvent de la sphère de la citoyenneté et non de celle de l'ethnicité".


Ghettos du gotha

On signalera, à l'instar des Inconnus et de leur "Neuilly-Auteuil-Passy, tel est notre ghetto", que les sociologues Michel et Monique Pinçon-Charlot tombent d'accord : les "ghettos de riches" ("les ghettos du gotha") sont certainement les plus fermés, les plus impénétrables de France (Neuilly-sur-Seine, villa Montmorency dans le 16e arrondissement parisien, "gated communities" de Marseille et de la Côte d'Azur…). à ce titre, les auteurs parlent clairement de "ségrégation urbaine", "d'agrégation des semblables" (essentiellement Blancs), décrivant les processus par lesquels la grande bourgeoisie perpétue sa domination en inscrivant celle-ci dans l'espace urbain. Et Eric Maurin a amplement documenté les phénomènes de "séparatisme social" qui frappent la société française, poussant les classes supérieures mais aussi dorénavant les classes moyennes, à fuir les quartiers de grands ensembles, notamment en esquivant la carte scolaire. Banlieues métissées versus France périphérique "blanche" ? Le géopolitologue Christophe Guilluy regarde ces réalités sous un nouvel angle : ceux qui peuplent la "France périphérique" s'étendant au-delà des anciennes "banlieues rouges", les zones pavillonnaires, sont celles qui sont le plus en déclin, car échappant aux dynamiques de la mondialisation. "La désindustrialisation provoque le séparatisme social. Ce n'est pas seulement le petit Blanc qui ne veut pas vivre avec le Noir : il y a toujours une majorité et une minorité, et personne n'a envie d'être minoritaire sur un territoire donné. Le bobo qui vote Delanoë est le premier à fuir la carte scolaire. C'est partout comme ça, même au Maroc avec les Subsahariens ! Le vote FN, c'est un vote de blédard."


Séparatisme territorial = séparatisme social + racial ?

Selon Guilluy, il y a bien une raison objective à ces phénomènes : les zones rurales et périurbaines sont dorénavant les plus touchées par la crise, car les plus éloignées de la mondialisation, même de la mondialisation par le bas qui est incarnée par les migrations les plus pauvres. Leur bas coût de main d'oeuvre en fait des ressources prioritaires pour l'économie tertiaire et peu qualifiée (sécurité, logistique, restauration, propreté, transports, sanitaire et social…). L'économie n'a plus besoin d'une partie de la "France périphérique plus ou moins rurale. La géographie des problèmes sociaux et de la radicalité le prouve : les " Bonnets rouges " ne viennent pas des métropoles bretonnes, Rennes ou Brest, mais des toutes petites villes, qui ne sont pas toujours dans la grande précarité, mais qui ne sont pas intégrées à la mondialisation libérale. Elles savent que si leur boîte ferme, elles n'ont plus rien.

C'est pareil dans les DOM-TOM qui vivent de la redistribution. Pour la première fois, ces classes populaires ne vivent plus là où se crée la richesse. "Traduction directe dans les politiques publiques, selon le sociologue Jacques Donzelot : "Le message de la nouvelle politique de la ville depuis Lamy (1) est qu'il ne faut plus qu'on ait l'air de filer de l'argent aux quartiers, car cela fait monter le Fn. La politique de la ville, qui était une politique d'intégration qui ne pouvait plus dire son nom est devenue une politique sociale comme une autre. C'est même une dissolution de la politique de la ville à laquelle on assiste, puisqu'on dit : " il n'y a pas de ghettos ou de minorités, mais seulement des gens dont le niveau de vie est en dessous des autres " !"



Des "territoires" qui masquent la question raciale ?


Jérémy Robine insiste : "80% des gens habitent aujourd'hui en banlieue, c'est une réalité culturelle ancienne (…) Mais dans les années 60, il y avait une valorisation de ces territoires, avec les banlieues rouges notamment. Le sens du mot change radicalement après le 11 septembre 2001 et les émeutes de 2005, et se raccroche au " jeune de banlieue ", terme qui euphémise " Noirs et Arabes ". Mais on parle de territoire, de questions spatiales pour refuser de penser la question raciale. C'est un impensé des élites blanches, une sorte de bouchon républicain qui nous empêche de réfléchir à ce que nous sommes culturellement. Quand Valls [aborde ces questions], c'est pour parler de " peuplement ". C'est-à-dire placer des gens en fonction de leur " race " ! Les Hlm l'ont fait de manière systématique, jusqu'aux années 80, et SOS Racisme a obtenu des victoires contre ça."

Conclusion, pour Robine : "L'organisation territoriale ne crée pas le problème racial, mais le fait de ne pas avoir pensé cette question a des conséquences sur certains territoires. Toute l'histoire de la politique de la ville, c'est de parler de territoire pour ne pas parler de la question raciale. Or, le territoire, c'est identitaire, c'est à la fois là où je vis, mais ce que j'ai perdu et ce à quoi je rêve."


Biblio : Territoire, égalité, vivre-ensemble…

Les livres dont il est question dans l'article "L'égalité des territoires pour dissimuler la banlieue".

◊ Historien et sociologue Jacques Donzelot travaille depuis les années 1970 sur les questions de l'urbain, de la Ville. Auteur notamment de : Vers une citoyenneté urbaine : la ville et l'égalité des chances (Éditions de la rue d'Ulm, 2009) et

La France des cités. Le chantier de la citoyenneté urbaine (Fayard, 2013).

◊ Polémique, le géographe Christophe Guilluy a publié notamment Fractures françaises (Bourin, 2010) et La France Périphérique, Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion, 2014).

◊ Un regard d'économiste avec Eric Maurin, Le ghetto français, Enquête sur le séparatisme social (République des idées, 2004).

◊ Sociologues, Michel et Monique Pinçon-Charlot étudient la Haute société : Les Ghettos du gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces (Seuil, 2007).

◊ Se définissant comme "antiraciste décolonial", Jérémy Robine avait pour sujet de thèse : Les ghettos de la nation. Ségrégation, délinquance, identités, islam (Vendémiaire, 2011).

◊ Une comparaison des ghettos noirs des Etats Unis et les banlieues ouvrières françaises : Parias urbains, De Loïc Wacquant (La Découverte, 2007).

◊ Et aussi : Le grand repli de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Ahmed Boubeker (La Découverte, 2015). Après Fractures coloniales et Ruptures postcoloniales, les trois historiens et sociologues analysent les replis et crispations identitaires à l'aune des débats autour de la laïcité, de l'immigration et des banlieues. Préfacé par Achille Mbembe qui parle de nanoracisme et postface par Benjamin Stora.  


(1) François Lamy, ministre délégué à la ville de mai 2012 à mars 2014.
- See more at: http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=13184#sthash.2wt0niLU.dpuf


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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Lun 14 Sep - 0:21

un article à lire "en creux", du point de vue où l'on se situe ici


La carte, le territoire et la politique 13 septembre 2015 |  Par Joseph Confavreux


Peu d’ouvrages de sciences sociales récents ont suscité autant d’intérêt médiatique et politique que ceux du démographe Emmanuel Todd et du géographe Christophe Guilluy. Alors que les essais font leur rentrée, comment comprendre cette nouvelle hégémonie de la cartographie et des problématiques territoriales dans la description de la société ?


Citation :
Avec le démographe Emmanuel Todd et son Qui est Charlie ? et le géographe Christophe Guilluy et sa France périphérique, c’est désormais à travers la représentation cartographique que la polémique arrive et que le débat public s’empare des sciences sociales. Chacun de ces deux best-sellers a en effet focalisé davantage l’intérêt des médias et des responsables de tous bords que l’ensemble des essais publiés ces deux dernières années, à l’exception de l’ouvrage de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle. Même s’ils ont aussi suscité une avalanche de tribunes et d’articles scientifiques (lire par exemple ici 3, là 3 ou encore ceci 3) pour en discuter, et souvent contester, les thèses, les méthodes et/ou les conclusions…



Alors que l’histoire, éclatée et mondialisée, ne constitue plus le réservoir du récit national qu’elle a longtemps nourri, que la sociologie peine de plus en plus à se faire entendre, que la prétention hégémonique de l’économie s’est heurtée à la grande crise de 2008, tout se passe comme si les cartes étaient devenues le moyen privilégié de faire passer des idées et des positions sur la société.

Le spatial aurait-il ainsi définitivement pris le pas sur le social dans la manière de comprendre la société ? « Il se joue quelque chose sur la capacité à agir dans les enjeux du débat public, reconnaît le sociologue des politiques urbaines Renaud Epstein 3. Pour les sciences sociales, il n’y a rien de nouveau dans le fait d’articuler social, spatial et politique. Mais ce qui est neuf est que les seuls ouvrages qui réussissent aujourd’hui à passer la rampe sont ceux qui articulent ces trois dimensions. »

Si Emmanuel Todd et Christophe Guilluy comptent parmi les chercheurs qui attisent le plus l’excitation des médias et des politiques, ce n’est pas uniquement en raison de leur méthodologie démographique ou géographique. Leurs positions de francs-tireurs, leur habileté à trouver une prise directe sur le débat public, l’usage aisé, et parfois paradoxal, de leurs analyses pour lire les résultats électoraux, voire leur propension à porter une parole directement politique, en sont des ingrédients essentiels.


Mais les deux chercheurs se révèlent néanmoins être à la fois les catalyseurs et les révélateurs du fait que la cartographie devient le véhicule préféré du débat public et politique en France. Un phénomène nouveau ? Pas tant que ça, tant avec les travaux d’André Siegfried, la transcription des résultats électoraux à travers des cartes se trouve au fondement même de la science politique.


« Entre 1913 et 1960, confirme Emmanuel Todd, la science politique française, c’est avant tout la cartographie électorale, éclipsée ensuite par le sondage d’opinion, qui donnait l’impression de pouvoir tout atteindre, puisqu’on pouvait poser toutes les questions et étudier toutes les attitudes. Mais le sondage d’opinion a deux défauts : il détruit la perception de l’espace et réduit la perception de l’humain à ses opinions conscientes. Si les cartes mettent les gens dans un tel état, c’est qu’avec elles, il est beaucoup plus difficile de mentir. Elles décrivent des comportements objectifs, pas des opinions. »

Pour le géographe Jean Rivière 3, « le statut d’icône médiatique de la carte n’est pas récent, mais a évolué. La force de la preuve par l’image est quelque chose de classique. Mais aujourd’hui on a des cartes à la fois plus fines en termes d'échelle d'analyse et plus faciles à réaliser pour des non-géographes, grâce au développement des open data et à l’accessibilité accrue de la prise en main technique. Elles sont aussi adaptées à l’essor de la presse en ligne, notamment avec des cartes interactives. La convergence des deux phénomènes que sont la délégitimation des sondages d’opinion et l’accessibilité accrue des outils géographiques entraîne aussi une redécouverte de la carte par les politistes ».

Selon Renaud Epstein, « l’amélioration des techniques cartographiques joue dans le revival de la carte, qui redevient moderne, alors que les graphiques et charts des sondages, qui semblaient modernes dans les années 1960, nous paraissent fades ». Mais, à ces questions matérielles s’ajoute, selon le chercheur, « l’inintelligibilité des catégories de lecture traditionnelles des sciences sociales, telles que la catégorie de classe ouvrière, qui encourage de manière croissante une lecture du monde social par le territoire. Cette lecture fait aussi écho à une expérience quotidienne et généralisée. Aujourd’hui, quand on se promène, on sait moins qu’hier si la personne que l’on croise est un ouvrier ou un cadre. Par contre, on voit très bien quand on passe de la banlieue au centre-ville. En outre, le territoire est aussi devenu la manière acceptable de parler d’ethnicité, comme le faisait déjà la politique de la ville en évoquant les "quartiers" parce qu’il n’était pas possible de dire qu’on parlait des Noirs et des Arabes ».



La cartographie se situe en effet à la jonction de questions scientifiques et politiques, et sa mode actuelle tient non seulement à sa capacité à révéler et exprimer certains phénomènes sociaux, mais sans doute aussi à en reléguer ou en déplacer d’autres. Pour le professeur au CNAM 3 Laurent Davezies, auteur de La Crise qui vient – La nouvelle fracture territoriale, « la montée de la question du territoire aux dépens de la question sociale est notamment liée à l’effondrement du marxisme. La question sociale est minée, alors que, sur le territoire, on peut trouver du consensus et du compromis historique. La gauche et la droite peuvent se retrouver pour dénoncer les inégalités territoriales, même si elles ne mettent pas la même chose sous ce terme. Pourtant la question des inégalités territoriales demeure un triangle des Bermudes conceptuel. L’idée que la lutte contre le creusement des inégalités territoriales serait une modalité progressiste de la lutte contre les inégalités sociales est particulièrement discutable ».


Cette relégation de la question sociale au profit de la question territoriale n’est pas sans effets, comme l’indique Emmanuel Todd. « En s’incarnant dans des phénomènes de relégation territoriale, la question sociale change de sens. Quand on pense "question sociale", on pense verticalement, avec des gens qui sont dans un même lieu et sont prêts à se mettre les uns sur les autres. Avec le spatial, on pense moins la lutte des classes que la séparation des classes. Ce qui est pour moi encore plus violent, car une société de lutte des classes est une société saine, au contraire d’une société où les classes sont séparées. »


La montée en puissance de l’usage de la carte pour comprendre les comportements sociaux a donc bénéficié de la remise en question des sondages, des progrès techniques en matière de cartographie, de l’essor de la presse en ligne ou de l’inadéquation entre les transformations de la société et les catégories constituées jusque-là pour l’analyser.

Mais l’essor de l’approche territoriale ne se comprend pas sans référence au moment politique contemporain : montée continue du FN que les sondages ont longtemps manquée et que les cartes permettent de voir plus précisément, déclin de la lecture en classes de la société telle qu’elle était portée par un parti communiste puissant ou un parti socialiste non encore converti au néolibéralisme, élargissement et/ou surgissement d’inégalités, reconditionnées en « fractures », qu’on perçoit – ou qu’on préfère percevoir – par le prisme de l’espace et du territoire.


Si les livres d’Emmanuel Todd et de Christophe Guilluy ont suscité autant de réactions, c’est bien parce qu’ils prenaient en compte ces mutations politiques, tout en livrant leurs propres thèses présentées sous couvert de l’autorité cartographique. Les critiques qui leur ont été adressées divergent cependant. À Christophe Guilluy, dont le premier ouvrage, Atlas des nouvelles fractures françaises, coécrit avec Christophe Noyé, est reconnu comme une référence même par ses principaux détracteurs, on reproche souvent d’avoir tiré, dans les suivants, des conclusions dépassant ses analyses cartographiques initiales, notamment à travers son usage de « l’insécurité culturelle ».

Pour Renaud Epstein, « dans le livre qu’il a coécrit avec Noyé, il y a des cartes intéressantes et il ne fait pas de lecture univoque. Mais dans les livres suivants, il néglige complètement toutes les analyses qui ne vont pas dans son sens et critique les catégories de l’Insee seulement pour en proposer de pires ».

« Il a bien vu quelque chose que les chercheurs encartés n’avaient pas vu, explique Laurent Davezies, à savoir la question des "petits blancs" et la montée d’un problème social localisé de gens habitant en deuxièmes couronnes ou dans les petites villes, alors que la politique spatiale était concentrée sur les banlieues et les cités. Beaucoup de ses propositions sont séduisantes, mais il les a ensuite poussées de manière inacceptable. Il a eu un succès que peu d’intellectuels ont eu et un véritable impact, puisque, par exemple, la loi sur l’égalité territoriale de François Lamy reprend ses thèses en mettant sur le même plan les petits bourgs en déshérence et les quartiers de la politique de la ville. Il est haï pour cela et s’est fait lyncher par l’establishment académique, mais il est passé de l’autre côté du cheval. »



Patrick Simon, chercheur à l’Ined 3, juge, lui, que « sa thèse tient sur un élément qui n’est pas dans ses cartes, à savoir qu’il existe des personnes en difficulté qui ne vivent pas dans les "quartiers", une France des "petits blancs" dont la souffrance serait masquée par l’emphase d’une politique urbaine centrée sur les quartiers. Sa rhétorique marche bien pour le vote, parce qu’il existe en effet un vote pavillonnaire, mais pas si on considère la réalité des politiques publiques. Il uniformise en effet la France périphérique et comme il ne fait pas d’étude complète des politiques publiques, il se trompe en estimant qu’on ne s’occupe pas de ces espaces et de leurs habitants. Quand on viabilise des quartiers périphériques, par exemple, cela coûte cher à la collectivité ». Laurent Davezies abonde : « On met plus d’argent par élève dans une école de la Creuse que dans une école de Seine-Saint-Denis. »

À Emmanuel Todd, on reproche plutôt une démarche qui consisterait à trouver une martingale interprétative impossible. Pour Patrick Simon, « Todd cherche la pierre philosophale autour de cadres anthropologiques, en voulant retrouver des invariants qui structureraient les opinions et les comportements. Mais pour étudier comment les structures socio-spatiales influencent les comportements, il faut pouvoir descendre à une échelle beaucoup plus fine. Ses analyses se situent à un niveau géographique trop macro, d'une part, et se fondent sur une hypothèse de l'inertie historique très discutable de l’autre : comment imaginer que le fonds anthropologique du début du XXe siècle n'ait pas été profondément transformé en 100 ans ? Il y a quelque chose qui tient de la pensée magique. Aujourd’hui, Todd, c’est comme un horoscope, il balaie tellement large qu’on peut toujours trouver quelque chose de convaincant ou de stimulant intellectuellement. Mais dans une approche scientifique, si une partie du matériau est faux ou incertain, la thèse ne tient pas ou, au mieux, il est impossible de conclure. Ça ne suffit pas de fonctionner par analogies spatiales ».


« L’Invention de la France, de Todd et Le Bras, publié en 1982, a été un livre magnifique, hyper appareillé techniquement, estime quant à lui Laurent Davezies. Mais, à force de vouloir tirer un fil rouge historique sur les permanences territoriales, les auteurs prennent le risque de ne plus voir les bouleversements et les mobilités, alors qu’aujourd’hui il existe très peu de départements ou de régions dans lesquels la majorité des habitants sont nés. »

En rappelant qu’il est « un empiriste de tradition anglaise », docteur en histoire du Trinity College de l’Université de Cambridge « qui a eu plus de prix Nobel que toute la France », Emmanuel Todd répond en ces termes : « Dire que je ne prends pas en compte la mobilité est une injustice suprême. Je remarque précisément qu’il existe des territoires qui perdurent alors que les formes sociales antérieures ont disparu et que les gens bougent. Si quelqu’un d’autre a une autre interprétation, il est le bienvenu, mais les faits sont ahurissants et il faut bien parler de mémoire des lieux. Mes détracteurs critiquent un livre écrit en 1982 alors que j’ai moi-même éliminé une partie de mes interprétations antérieures. J’avais un modèle pseudo-psychanalytique, où ce qui expliquait la permanence des valeurs était lié à des structures familiales. Mais je pense aujourd’hui que les valeurs ne sont pas transmises de parents à enfants, de manière verticale, mais de façon plus mimétique et diffuse par les voisins, les enseignants, les amis... Ce qui peut expliquer que des systèmes territoriaux forts se perpétuent même avec une mobilité forte, parce qu’il existe une adaptation rapide à la société dans laquelle on s’installe. »

Quoi qu’il en soit, si Todd et Guilluy aimantent autant les réactions indignées des chercheurs et l’intérêt des médias et des politiques, ce n’est pas seulement par leur position de trublions volontiers provocateurs. C’est sans doute parce que tous deux prétendent donner le fin mot à une question infiniment complexe, mais centrale pour l’avenir de notre société minée par les inégalités et les replis sur soi, et inquiète du séparatisme social et du communautarisme. Patrick Simon la résume ainsi : « Est-ce que les milieux de vie déterminent les comportements ou est-ce que les personnes ayant les mêmes comportements se retrouvent dans les mêmes milieux de vie ? »

Pour le socio-démographe, les « résultats de différentes enquêtes répondent de manière mitigée à cette question. Aux États-Unis, la politique expérimentale Moving To Opportunity (MTO) a proposé à des familles vivant dans des quartiers pauvres de les aider financièrement à changer de ville et de quartiers en les réinstallant dans des environnements meilleurs. Des milliers de familles ont ainsi été déplacées et suivies sur plusieurs années. Les résultats montrent que les conditions de vie se sont améliorées, mais que les effets socio-économiques ont été faibles, qu’il n’y a pas eu de meilleur accès à l’emploi et que les discriminations ont perduré ».

La question est particulièrement sensible pour l’école, où plusieurs monographies ont montré que, contrairement à ce que l’on avait longtemps cru, un élève en difficulté « plongé » dans une bonne classe voyait le plus fréquemment son retard s’accentuer. Il existe des conditions particulières pour que la mixité sociale soit bénéfique, dans le quartier comme à l'école. Mais, précise encore Patrick Simon, « si on transpose cela à l’échelle territoriale, là encore les conclusions demeurent ambiguës. Si cela peut être plus dur pour un élève venant d’un quartier défavorisé de se retrouver dans une bonne école où l'accompagnement ne prend pas en compte sa situation, une famille pauvre dans un quartier aisé bénéficiera de certaines externalités positives des plus riches, notamment de meilleures écoles, mais y perdra en termes de réseaux de solidarité et de ressources sociales correspondant à ses besoins ».

Une complexité des problématiques sociales et territoriales à mettre en regard avec l’efficacité politique et discursive, parfois simplificatrice, des cartes. « Guilluy a allumé le pétard du spatial et du social », juge Laurent Davezies. Il ne semble pas près de s’éteindre.  


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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Dim 11 Oct - 11:29

un article trop long pour être importé en totalité, je me contente dessous-titres et de la conclusion...

Démolition et contre-révolution : la rénovation urbaine dans la région parisienne Stefan Kipfer



La question urbaine souffre aujourd’hui de deux écueils à gauche : ou bien elle est exclusivement envisagée sous l’angle des dynamiques structurelles du capitalisme financiarisé, ou bien elle est référée à des initiatives de « gentrification ». Pour Stefan Kipfer, il est indispensable de penser la rénovation urbaine comme une stratégie d’État, en grande partie conditionnée par la race.

Kipfer rassemble ici des hypothèses issues d’un terrain mené dans les banlieues de région parisienne, et conclut que les agences de rénovation mènent une « [i]contre-révolution coloniale
».

Combinant les intuitions d’Henri Lefebvre et de Frantz Fanon, Kipfer dresse un tableau détaillé de la guerre préventive de l’État contre les mouvements de l’immigration et des quartiers. Les luttes raciales sont une composante irréductible du combat pour le « droit à la ville ».[/i]

Citation :
L’État, le capital et le néocolonialisme dans la production de l’espace

La rénovation urbaine en pratique : gentrification, rééchelonnage de l’État et gestion néocoloniale

C’est la même logique que Haussmann…. On crée des espaces pour que la police puisse charger plus rapidement (Animateur, Haut-Montreuil, Entretien 14)

« Valorisation » = Gentrification ?

Recentraliser l’intervention de l’État? Rééchelonnage et rapports de force locaux

La recomposition sociale et la rénovation en tant que conquête : classe, race et dynamiques néocoloniales

Les critères ethniques, c’est interdit […] mais ils sont utilisés, on le sait […] dans un quartier où il y beaucoup de maliens, on va mettre moins de maliens […] on sait parce qu’il y a des gens là-dedans et qui nous le racontent. C’est pas écrit

La démolition et la recomposition sociale visent parfois affaiblir ou prévenir la résistance politique collective.

La mixité sociale comme projet néocolonial

Méfiez-vous des apparences!  Les contradictions des stratégies étatiques

Avec la rénovation urbaine, on refait du ghetto, mais en plus propre.


La démolition comme projet hégémonique? Violence structurelle, résistance et intégration


Conclusion :

Dans toutes les régions du monde, les luttes pour le contrôle et l’emploi des villes sont actuellement intenses. L’idée que l’urbanisation conduit à l’intégration sociale n’est plus très prometteuse, même pas en tant que mythe populaire. Les espaces et les objets de l’espace urbain sont manipulés de plus en plus souvent pour des revendications particularistes et pour consolider les zones de désengagement. Les idéaux de l’échange social apparaissent forcément lointains et abstraits […] Les proximités territoriales et culturelles ne facilitent donc ni collaboration ni négociation. (Simone 2010 314-5)

Dans cet article, j’ai mis au premier plan les aspects spécifiquement politiques de la rénovation urbaine dans la région parisienne. À partir d’une perspective inspirée d’Henri Lefebvre, de Frantz Fanon et de recherches françaises sur les interventions étatiques néocoloniales, j’ai suggéré que ces projets ne peuvent être compris adéquatement comme exemples de néolibéralisme urbain (voir aussi Morel, Journel et Sala Pala 2011). Ils ne sauraient être seulement compris comme des tentatives visant à rééchelonner le développement économique étatique pour faciliter l’accumulation à travers la valorisation foncière et le développement économique. Ils redéploient territorialement les rapports d’oppression.

S’inscrivant partiellement en réponse à – ou en anticipation de – trajectoires de lutte locales et nationales, les projets de rénovation urbaine tentent de réorganiser les rapports sociaux de classe et de race à travers des rapports spatiaux de proximité physique et d’intégration fonctionnelle.

Dans la mesure où la mixité sociale et la planification post-fonctionnaliste redéploient des répertoires étatiques développés au début et au cours des luttes anticoloniales, de Mai 1968 et de l’antiracisme issu des années 1980, ils représentent des stratégies contre-révolutionnaires de « recolonisation » non seulement au sens métaphorique du terme, mais aussi en son sens racialisé et spécifiquement néocolonial. Bien entendu, les effets politiques des projets de rénovation urbaine sont contradictoires : ils entraînent souvent la microségrégation et non l’intégration sociale (sans parler de paix sociale).

Toutefois, en déstructurant la composition sociale et physique des grands ensembles, ces projets accentuent une décomposition et une recomposition sociospatiale plus vaste de groupes subalternes, en particulier les résidents non blancs (Lambert 2015 28-32). Ils soulèvent ainsi des questions plus larges sur l’avenir des revendications au droit à la ville. Est-ce que les « banlieues » peuvent continuer à être des bastions de mobilisation populaire menant à des formes de convergence politique plus vastes comme le présument à la fois Lefebvre et les militants antiracistes actuels ? Et, étant donné l’engagement de l’État dans la mixité sociale par le haut, comment la déségration peut-elle demeurer un médium de transformation émancipatrice, tel que Lefebvre et Fanon l’ont tous deux conçu, selon leurs approches humanistes radicales ?

Comme l’indique la citation d’AbdouMaliq Simone, le réaménagement des cités à Paris n’est pas une affaire isolée. Spatialement nuancés, les projets de réhabilitation ou d’éradication de taudis, de réaménagement de parcs de logements sociaux, de gentrification ou d’opérations militaires urbicidaires dans d’autres parties du monde, malgré leurs différences, démontrent également que les stratégies d’État de déségrégation imposée par la force et le dispersement d’espaces subalternes n’apportent pas l’émancipation, mais de nouvelles formes de domination politique à une époque de violence socioéconomique et de polarisation intensifiée (Kipfer et Goonewardena, 2007, 2014).

L’accent que j’ai mis sur le poids politique du réaménagement urbain à Paris reflète en partie le rôle de l’histoire révolutionnaire en France et dans les colonies relativement à la politisation des stratégies spatiales étatiques, un rôle qui nous rappelle la signification spécifiquement contre-révolutionnaire de la pacification dans ce contexte impérial.

Il serait cependant trompeur de voir les stratégies spatiales étatiques comme dérivant seulement d’un « modèle » français. Ceci ne découle pas uniquement du fait que le républicanisme français est contradictoire et traversé par des trajectoires subnationales et inégales de luttes et d’intervention étatique (Amiraux 2010). Il faut également voir que la politique urbaine française se situe en relation symbolique et institutionnelle avec d’autres contextes impériaux actuels
. Elle s’est développée en partie en réponse à la menace perçue du « ghetto » américain (et ses équivalents britanniques supposés, Brixton et Toxeth). Par ailleurs, elle continue d’être exportée comme modèle, servant à la fois d’anti-modèle (« le danger de la banlieue ») et de référence positive pour les projets de pacification dans des contextes historiquement moins portés à l’insubordination en Europe et en Amérique du Nord (Saberi à paraître; Ronneberger et Tsianos 2009). Loin d’être un cas unique, Paris est un point de départ crucial pour la recherche comparée.

Appuyée sur Lefebvre et Fanon, mon analyse des stratégies étatiques néocoloniale atteste du rôle de la politique urbaine dans l’organisation du pouvoir en tant que consentement et coercition. Ceci a des implications variées pour la recherche. Laissez-moi en souligner une : le besoin de développer la recherche sur les aspects postcoloniaux du capitalisme contemporain, particulièrement l’État. Il est bien connu que le terme postcolonial était utilisé en référence aux réalités concrètes de la formation des États postindépendance (Alavi 1971) plusieurs années avant qu’il le nom d’une approche déconstructionniste (ou post-structuraliste) spécifique du (néo)colonialisme.

Cet article relève le besoin de revigorer la recherche, non seulement sur les États (post)coloniaux du Sud (Elsenhans 1984; Goswami 2004; Amin-Khan 2012;), mais aussi sur les dimensions néocoloniales de la forme de l’État et de l’espace étatique dans le Nord impérial, un aspect inexploré de la théorie de l’État euro-américaine. De telles recherches peuvent contribuer à un tournant matérialiste de la recherche postcoloniale, ce qui inclut les recherches françaises sur l’État impérial sur lesquelles je me suis appuyé, et qui aident à informer les positions marxistes et dialectiques au sein de récents débats postcoloniaux français11.

Pour éviter le « tout colonial », porter l’attention sur le rôle de l’État dans l’organisation territoriale hiérarchique permet de montrer que les réalités postcoloniales sont des recompositions – des modifications et des réinventions – d’un passé colonial qui interagit avec divers autres aspects de la totalité, spécifiques à la classe et au genre (Khiari 2008). À son tour, une telle perspective peut aider à illuminer dans quelle mesure l’analyse de Nicos Poulantzas – selon laquelle les groupes subalternes peuvent être présents dans l’Etat à travers « des effets à distance », en tant que menaces réelles ou potentielles (2013, 208) – doit être empreinte de la théorie décoloniale.

Traduit de l’anglais par Joëlle Rondeau. Une version raccourcie et adaptée de ce texte a paru dans la revue Antipode.


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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Sam 7 Nov - 16:37

Oasis et Métropoles Fabrice Aubert 7 novembre 2015


Fabrice Aubert a écrit:
QUELLES VILLES EN MEDITERRANNEE ? Pour la 9ème année consécutive, se dérouleront à Marseille « la semaine économique de la méditerranée », dont la thématique centrale porte cette année sur « les villes, comme acteur du développement économique durable ». Observons tout d’abord que l’on ne parle pas de « Métropole », mais de ville. L’interrogation posée est majeur du fait de l’approfondissement des crises (Crise écologique, crise migratoire, crise financière, crise des dettes, crise économique et sociale), qui est en fait une crise de la mondialisation, comme système économique dominant. De ce fait, les villes sont-elles ou peuvent-elles être une réponse à cette « agglomération » de crises ?

QUELLE PRESENTATION ? Dans le cadre de cette nouvelle conférence de réflexions, un atelier a pour titre :

« OASIS URBAINES Lab.... Vers des villes durables :

- Face au dérèglement climatique, vive les villes vertes- »

S’en suit la précision suivante : « Cette table-ronde sera pour nous l’occasion de présenter officiellement le projet « OASIS URBAINES Lab. » »

LE MELANGE DES MOTS : Comment ne pas être attiré par l’intitulé, comment ne pas être sensible aux mots utilisé ??? « Villes durables », « villes vertes », « Oasis Urbaines »…. Le mélange des mots qui sont à la mode, et qui suivent l’interrogation majeure du siècle « Dérèglement climatique », ne peuvent qu’attirer le désir de « consommer », une « tranche de connaissances » au milieu de la « jungle urbaine » du « territoire de la Métropole » et de ses « mobilités imposées ». Observons déjà cependant l’ambiguïté des mots utilisés. Car pour faire moderne, l’anglais du marché est appelé à la rescousse, d’où l’expression « oasis urbaines lab. »…. Mais question s’agit-il de « Lab » de Labour (« Travail ») ou de « Labory », qui signifie « laboratoire ». Seuls ceux qui parlent et utilisent au quotidien « l’anglais du marché », savent que, dans l’économie de marché on ne parle jamais du « labour », hormis pour condamner ses couts (« couts du travail ». De ce fait, pour développer sa compétitivité le marché a besoin d’un « laboratoire urbain », qui s’appelle d’ailleurs METROPOLE.

LA PRECISION DES MOTS : Le français a cette caractéristique désagréable pour les « anglo-saxons du marché », de posséder un dictionnaire, qui depuis les encyclopédistes, causes profondes de la Révolution de 1789, donne le sens profond des mots utilisés. Alors commençons :

Depuis 1789, notre Pays est politiquement organisé en communes. Que dit le Larousse sur la commune ?

COMMUNE : « Qui appartient à tous, qui concerne tout le monde, à quoi tous ont droit ou part : Les parties communes d’un immeuble. S’en suit une deuxième approche : « Qui est propre au plus grand nombre ; général, public : L’intérêt commun » [1].En fait la commune représente l’association de tous les citoyens à la décision commune. Il n’y a pas plus démocratique que la Commune.

Poursuivons par la ville :

VILLE : « Ensemble des habitants de cette agglomération ». De fait les communes importantes du fait du nombre d’habitants de la diversité des activités économiques (Agriculture, industries, services, commerces), et de leur densifications urbaines (cités) prennent le nom de ville. Cela ne modifie en rien le processus de décision, qui reste celui de la Commune.

METROPOLE : « Chez les Grecs, cité mère, par opposition aux colonies ou clérouquies qu’elle fondait ». Dans cette définition, on n’est déjà plus dans la « cité » grecque de la « République » chère à Platon, mais dans une logique de domination de la « cité mère » sur ses « territoires », définis comme coloniaux. Vient alors le deuxième sens : « Chef-lieu d’une province ecclésiastique et siège de l’archevêque métropolitain ». Nous ne sommes plus là dans la République et la laïcité, mais dans l’organisation administrative de la religion catholique. Vient enfin le troisième sens pris : « État considéré par rapport à ses colonies, à ses territoires extérieurs ». Où l’on retrouve ici, le sens premier grec, d’un centre de commandement et d’une périphérie commandée.

LES EMEUTES URBAINES DE 2005 : En 2005, suit à une nouvelle bavure, eurent lieu des émeutes urbaines de grande ampleur, qui durèrent une vingtaine de jours environ [2]. Des jeunes des « quartiers défavorisés », dans des grandes villes, faisant Métropole (Paris, Lyon, Lille, Toulouse). L’Etat d’urgence avec couvre-feu, fut pris pendant trois semaines, un peu comme si nous étions en guerre, mais une « guerre intérieure » et de nature sociale. Cet événement a tellement marqué les esprits, qu’un article vient encore d’en rappeler l’importance : « Soulèvement urbain : Le spectre des émeutes de 2005 hante encore les forces de l’ordre » [3]. Mais que signifie le mot émeute : « Soulèvement populaire, mouvement, agitation, explosion de violence ». L’émeute ne nait donc pas de rien, elle est une réaction face à la violence sociale subie au quotidien. En un sens elle est une éruption des violences sociales subies.

LA NOVA LANGUE METROPOLITAINE : La loi qui impose les métropoles poursuit sans le dire, l’œuvre de destruction sociale, engagé par la rupture des années 80 et du système économique mis en place, dénommé « mondialisation » et dont les « krachs boursiers successifs » [4] sont l’apanage et la marque. Mais à chaque crise financière qui « brûle » l’argent de la spéculation, les Etats doivent trouver les moyens réels pour nourrir la bête, dont la prédation n’a pas de fin. Alors au nom du « marché libre et non faussé », on « baisse les charges », on réduit les « dépenses publiques », on « soutient l’investissement » par baisse des impôts des plus riches, la contrepartie du marché étant de « déclamer » qu’il va « créer de l’emploi » [5].

Et pour ce faire, le politique impose les METROPOLES, dont le seul objectif est la compétitivité (Art 52-17 de la loi). Avec la Métropole, c’est la « nova-langue » patronale qui s’impose. Il faut développer des politiques « d’attractivité » et de « marketing » pour « promouvoir » le « territoire » avant la « dead-line ». Le « management territorial » [6] se substitue à l’aménagement, et il faut développer une politique de « mobilité » métropolitaine, qui facilite les flux. Pour briller en « société métropolitaine » [7], il suffit de connaitre environ une cinquantaine de mots dont certains, évidemment sont obligatoirement à glisser « in english » dans le texte (Dead-line, marketing, cluster, benchmarking, urban-lab, Think-tank, insider, outsider etc…).

Placer ces mots au bon moment vous offre la possibilité de pouvoir réaliser du « business ». Bien entendu les mots de « prolétariat », « classe ouvrière », ou « lutte des classes », seraient plus que déplacés…

MAIS POURQUOI LA METROPOLE A-T-ELLE BESOIN D’OASIS ? A écouter les promoteurs de la METROPOLE, celle-ci représenterait l’avenir de la ville, son évolution inéluctable, permettant de régler des problèmes que la ville, ne peut pas régler.

La Métropole serait la clef de tous nos problèmes d’emplois, de logements, de pollution, des déplacements etc.). Si la métropole se fixe comme objectif de développer la « ville durable », et partagée, pourquoi ont-ils besoin de créer des oasis ? Et d’en parler comme un objectif ?? Mais sait-on précisément ce qu’est la définition d’oasis ?

•OASIS : « Îlot de terrain, apte à la végétation et à l’habitation humaine, perdu au milieu d’espaces désertiques »…. « Zone fertile dans une étendue de terrains arides »….. « Tout lieu, toute situation qui offre une détente, un repos, qui se présente comme une exception au milieu de ce qui est désordre ».



C’est par la définition de ce qu’est une oasis et de ce qu’elle propose, qu’on comprend mieux ce que va nous « offrir » la METROPOLE…

Si l’oasis est un « ilot de terrain… perdu au milieu d’espace désertiques », c’est que les « territoires de la métropole » seront ces « espaces désertiques » et qu’il faudra bien constituer « des zones fertiles de détente et de repos » pour le « capital nomade », d’où la politique des « gratte-ciels », attribut des métropoles du monde.

Pire, la définition précise qu’il s’agit d’offrir un espace d’exception, face au « désordre ». Il y aurait donc un « ordre métropolitain », qui s’opposerait de fait au « désordre des territoires ».

La métropole, ne permet donc en aucun cas, une société apaisée, mais réalimente, comme jamais antérieurement…. « la lutte des classes ».

METROPOLE ET LUTTE DES CLASSES : Là encore, il suffit simplement de lire quels sont les objectifs de la métropole : La lecture des documents valorisant les métropoles, insiste sur la nécessité de capter « la classe créative », c’est-à-dire l’ensemble des actifs dont l’activité tourne autour de la « création d’idées », qu’il n’y aurait plus qu’à valoriser, rôle dévolue à la « classe entrepreneuriale », dont le rôle et l’utilité serait de financer en vue de valorisation. Pour y arriver, la Métropole a besoin de la « classe créative », objet de toutes les attentions, d’où les politiques « d’attractivité, et de rénovation urbaine », visant à, les « capter » et à les « fixer ». Observons dans ce cadre, que la métropole réintroduit le concept de « classes sociales », car si la « classe créative » est reconnue en tant qu’acteur majeur, au côté de la « classe entrepreneuriale », il existe de fait, à côté, une autre classe qui habite la métropole ou plutôt ses « appendices périphériques », dénommés ici « territoires » [8], traité comme « variable d’ajustement » du système métropolitain, et pourtant indispensable au fonctionnement global. Cette question d’analyse en termes de « classes sociales », renvoie à notre histoire économique et la première analyse effectuée par Quesnay, qui ne voyait chez les « paysans producteurs » que la seule « classe productive », comme aujourd’hui, les « politiques métropolitaines » ne reconnaissent que la « classe créative ». Rappelons qu’à cette époque, la classe complémentaire, s’appelait …. la « classe stérile », constitué notamment des artisans. On peut donc à l’image de Quesnay, et en s’appuyant sur les concepts utilisés, représenter le « tableau économique de la Métropole ». Observons dans ce cadre, que les fonctionnaires sont mis dans la case improductive, ce qui explique tout le discours tenu aujourd’hui (trop nombreux, trop couteux, etc).


Faut-il de ce fait, considérer ceux qui n’appartiennent ni à la « classe créative », ni à la « classe entrepreneuriale » comme improductifs, en rapport à l’objectif de compétitivité, objectif premier des métropoles ? Cette approche qui s’applique à la métropole, expliquerait en fait, ce qui suit…

1] La pauvreté souterraine : Elle n’est jamais visible sur les « photos marketing », pourtant elle existe et elle percute les voyageurs, ceux du quotidien [9] comme ceux au long cours [10]. Cette pauvreté ne reste pas comme au moyen âge, confinée dans « la cour des miracles », si bien décrite par Victor HUGO, dans « notre dame de Paris ». Utilisant les canaux de la « mobilité métropolitaine », elle déborde au point d’envahir « l’hyper-centre » et « cancériser » l’image que l’on cherche à vendre, dont il ne reste plus après coup, que le « clinquant marseillais ». Ce mécanisme engendre de fait, une forme de « tourisme d’archipel » conséquence de « l’économie d’Archipel » [11] spécifique aux métropoles.

Les politiques de promotions oublient bien souvent un aspect essentiel, la « richesse attire la pauvreté », car, pour un pauvre, qui applique lui aussi la « loi du marché », il n’est pas « rentable » de faire la manche en bas des cités dans les quartiers pauvres. Au moyen-âge, les mendiants se rendaient sur les marches des églises, sachant que la noblesse du château s’y rendrait et qu’après le sermon du curé, l’obole serait ainsi jetée. Il en n’est de même aujourd’hui dans la métropole. Les pauvres ne font plus la manche au pied des églises délaissées, mais sur les carrefours de la métropole. A se demander l’efficacité réelle des politiques de marketing développée de manière intensive, mais pouvant être détruite… au coin de la rue.


Remarque théorique
: La pauvreté se justifie dans le cadre libéral. Les pauvres, les chômeurs, les exclus, sont de fait considérés comme des « acteurs de marché » ayant fait les mauvais choix « ex-anté ». Leur situation sociale, ne vient que sanctionner cette erreur d’appréciation au même titre que lorsqu’une entreprise perd un marché, voir disparait, c’est qu’elle a elle aussi fait un mauvais choix. En rangeant les fonctionnaires, les pauvres, les précaires, dans la « classe stérile », on retrouve cette forme de raisonnement du « mauvais choix ». C’est ce raisonnement poussé jusqu’au bout, qui explique la position qui consiste à dire que ce sont des « assistés » et qu’en réduisant (d’où la hausse des contrôles) voire en supprimant les aides, le précariat (précaires-chômeurs), serait obligé de chercher une activité ou de la créer (Autoentrepreneur), réduisant d’autant les « dépenses sociales », augmentant de fait la compétitivité de la Métropole.

2] Gentrification et segmentation sociale : A force de rechercher à capter la seule « classe créative », en expulsant en périphérie, la population résidente, on assiste à un mécanisme de « gentrification de l’Hyper centre », et de la paupérisation des quartiers : « Le Compas publie pour la seconde fois des données sur les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France, des chiffres inédits. Les taux s’échelonnent de 7 à 45 % et montrent les écarts qui structurent la France des grandes villes. Cette année, nous mettons un coup de projecteur particulier sur les arrondissements des trois plus grandes communes de France : Paris, Lyon et Marseille. Là aussi, les taux moyens masquent des inégalités considérables, avec des taux pouvant dépasser 40 % dans certains territoires. La pauvreté se concentre dans certaines parties de territoire, qui constitue par effet d’agglomération, des « ghettos de pauvreté ».

3] Les quartiers, ou le retour de la « cour des miracles » : La cour des miracles était au « moyen-âge » un espace de « non droits » [12] de Paris, où se retrouvaient les gueux et les miséreux. Ainsi dénommé, car, comme par miracle toutes les infirmités montrés aux passants étaient guéris à l’entrée de cette cour, l’aveugle retrouvait la vue, le manchot son bras… etc. Aujourd’hui à Marseille, on retrouve ces « espaces de non droits » qui se retrouvent dans les quartiers, à tel point que certains élus voulaient faire intervenir l’armée : « Ça ne sert plus à rien d’envoyer un car des CRS pour arrêter des dealers. Quand dix d’entre eux sont arrêtés, dix autres reprennent le flambeau ! C’est comme combattre une fourmilière. Aujourd’hui, face aux engins de guerre utilisés par les réseaux, il n’y a que l’armée qui puisse intervenir. Pour désarmer les dealers d’abord. Et puis pour bloquer l’accès des quartiers aux clients, comme en temps de guerre, avec des barrages. Même si cela doit durer un an ou deux, il faut tenir. » [13]


4] Métropole et politique de ségrégation ? De fait, de nombreuses villes et élus sont confrontés depuis le début de la « crise du XX ème siècle » [14] à un mécanisme de paupérisation des quartiers, conséquence de la montée du chômage de masse, consécutif à la fermeture des entreprises industrielles, induits par le tryptique Libre échange/ Compétitivité/ concurrence, imposé par le Capitalisme mondialisé.

Au-delà des licenciements, cette situation ne permet plus à la jeunesse de ces quartiers, même qualifiée de pouvoir trouver un emploi. Cette réalité est connue jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, puisque le premier ministre lui-même évoquant les « misères sociales » parle « d’apartheid social, territorial, ethnique » [15]. En favorisant la « captation » de la seule « classe créative », les processus de métropolisation, ne renforcent-ils pas ces aspects ???

5] Quand la médiation se substitue aux « rapports sociaux » : La ville se définit, au-delà des routes, du béton et des bâtiments, par un « rapport social », qui définit aussi un rapport politique, qu’entretiennent les gouvernants avec les gouvernés qu’exprime le conseil municipal. Dans l’Histoire, la ville a été objet de confrontations, dont les révolutions de 1838 [16], 1848, et 1871 ont marqué notre histoire commune, que traduisent les lois. Par ces faits, constitutifs de la ville, leurs responsables politiques, quelques soient la sensibilité politique, intégraient la « question sociale » comme une question essentielle dans la « gestion commune ». Nous sommes alors, non dans une politique de libéralisation, mais « d’économie mixte », définie par le programme du C.N.R [17]. Quand dans l’entreprise, le syndicalisme de lutte est puissant, il existe alors des rapports sociaux (I.R.P) [18], qui donnent la possibilité de négocier sans conflits, c’est ce qui se passe depuis 1968, dans les grandes entreprises. Les luttes sociales ont fait la ville et ont contribué à définir le « vivre ensemble », qu’exprime avec force le mot de Solidarité, que formalise l’impôt sur les revenus (Progressifs).


La métropole imposant la priorité de la « compétitivité » détruit les rapports sociaux de la ville et de ses équilibres, pour imposer les seuls rapports financiers, d’où l’objectif de « compétitivité », qui nécessite pour s’imposer, la « gouvernance » [19], qui mets à mal la démocratie. C’est cette logique optimisée sur Marseille, qui explique en retour le développement des « trafics de survie », et ses traductions en termes de « règlements de comptes », tel que le visualise la carte. C’est au vu de la violence générée, que la ville, pour compenser cette dégradation, développe les « médiateurs sociaux », notamment dans les transports publics. L’introduction des « médiateurs sociaux » démontre que les rapports sociaux de la ville ont été détruits.

Remarque : Quand des autorités locales introduisent le concept de « médiateurs sociaux », c’est que la nature profonde de la ville a changé, car la ville est un rapport social. Y compris au moyen âge, la ville était plus collective. Les pauvres, les mendiants utilisaient la même rue. La « segmentation sociale » se faisait par étage. La bourgeoisie en bas, la « chambre de bonne » en haut. Dans la métropole, la segmentation se fait par « territoire » (quartiers). Les quartiers pauvres de la périphérie devenant la nouvelle « cour des miracles » de la Métropole. Observons aussi que le concept de « territoire » est le terme commun tant pour l’économie sous terraine des trafics (« garder un territoire »), que pour l’économie de la métropolisation (« territoires métropolitains »). A Marseille, le concept de « quartiers nords » définit un espace social dégradé, pas un « point cardinal ».

QUAND L’ESTHETIQUE URBAINE SE SUBSTITUE A L’ESTHETIQUE SOCIALE : Qui ne voudrait pas habiter et vivre dans ces photos-là, où tout semble paisible, décoré, illuminé donc maîtrisé, « vivable et plus…. si affinité » ?

C’est là où « la lumière aveugle l’esprit », car derrière ces photos d’apparat se cache aussi une « violence sociale » diurne et nocturne engendrant les mécanismes de pauvreté et de ségrégation urbaine visualisés plus haut.

Les « photos métropolitaines » ne montrent que la face éclairée des métropoles, jamais le monde sous terrain, celui de l’économie « sous terraine » et des trafics en tout genre, liés aux logiques de survie [20]. On se situe à ce niveau d’images, dans le « clinquant urbain », susceptible de pouvoir développer de l’attractivité, et de de la captation, au sens cosmologique du terme.


Mais où se cache le développement réel, derrière cette féerie de lumières ? Les images elle-même trichent avec la réalité, transformant une pollution (les voitures qui circulent) en « traits de lumière ».

L’esthétique urbaine a donc une fonction de déguisement, qui permet de masquer la réalité des rapports sociaux. Ceux-ci opposant les « in » et les « out », les « intégrés » de la métropole et les « marginalisés » des « territoires de relégation », créant ce qu’on appelle : « une économie d’archipel ».

UNE ECONOMIE D’ARCHIPEL : En fait ce que cachent véritablement ces images de lumière, c’est la réalisation d’une « métropolisation de la ville », axée sur la « mondialisation des territoires » [21], favorisant le développement d’une « économie d’Archipel », au sens où le définit Pierre Veltz : « Ce livre explore les relations entre les trois grands processus contemporains : la mondialisation et la globalisation de l’économie ; la mutation en chantier des firmes, de la production du travail, qui s’éloignent de la production de masse taylorisée ; la concentration territoriale croissante de l’économie, en faveur des grandes métropoles mondiales, et les écarts qui se creusent à toutes les échelles, entre zonez intégrées et zones périphériques ou délaissées du territoire. [22] ».


La « métropolisation des rapports sociaux »
configure un territoire formaté sur la mondialisation, entre des espaces réduits « d’accumulation de richesses », d’investissements, d’urbanisme de qualité, de culture et de mode de vie intégré (des « classes créatives et entrepreneuriales »), et de vastes espaces délaissés ou relégués, dénommé territoires, sur lesquels se retrouvent, « la classe stérile », vaste « armée industrielle de réserve » [23], dont a besoin de manière épisodique la Métropole, expliquant par ailleurs les flux pendulaires permanents, dénommés, mobilité, qui pourtant pèse négativement, sur la perception de la « classe créative », que l’on cherche tellement à capter .

On ne peut dans ce cadre, qu’assister à une montée des inégalités sociales, débouchant sur un « système fractal », d’où le besoin absolu « d’OASIS URBAINS » expliquant l’objet de cet article.

TOURS DU BUSINESS OU CATHEDRALES DE LA FINANCE : Au moyen-âge, le peuple allait prier dans des cathédrales. L’observation attentive de l’architecture des métropoles dévoile des tours, là aussi dressés vers le ciel comme une prière bien souvent adressée au dieu du « business ». Mais le « business mondialisé » a aujourd’hui, plus à voir avec ce qui est faussement dénommé, « industrie financière » [24], qu’avec de l’industrie proprement dite, seule base productive effective [25]. Ces « tours du business », à la ressemblance frappante avec nos cathédrales d’antan, jouent donc bien le rôle des « cathédrales de la finance », avec un effet mimétisme saisissant. Si la mondialisation a débouché sur la « financiarisation des entreprises » [26], la Métropole est le processus de « financiarisation des villes », processus dans lequel la ville, « espace public du vivre ensemble », est là aussi traitée comme une marchandise, expliquant les thèses de privatisation des villes [27]. La métropole n’est donc pas un objet neutre, elle est une construction politique.

LA GOUVERNANCE METROPOLITAINE : Dans la métropole, le conseil municipal et la politique ont disparu, trop compliqué. S’y est substitué, la « gouvernance », concept qui synthétise deux mots « gouvernement-Finance). La gouvernance, c’est donc bien le « gouvernement de la Finance » et non plus celui de la commune des « citoyens associés ».


NEW-YORK 1997 : Les américains ont parfois cette faculté de faire des films médiocres mais dont l’analyse sémiologique [28] permet de visualiser les anticipations de notre société. Ce film fut réalisé en 1981 et décrit l’ile de Manhattan, comme une immense prison. Il montre surtout New-York, comme une métropole où les gangs se disputent le territoire, à travers de multiples trafics. Toute ressemblance avec une situation actuelle, révélerait donc bien, un film d’anticipation.

VI LE CRI DES VILLES, LE SILENCE DES METROPOLES : La ville n’est pas née de rien. Elle n’est pas non plus une suite de bâtiments plus ou moins bien construits, reliés entre eux par une voirie plus ou moins entretenue. Au-delà des effets d’apparence, la ville est le produit des « luttes sociales » qui s’y sont produites car souvent les manifestations ouvrières sortaient de l’usine pour inonder la rue, afin de montrer leur colère. C’est le cas à « Fourmies en 1891 », où l’armée tire et fait 9 morts dont 4 femmes et un enfant. C’est dans ce genre d’évènements que la « conscience de classe » se constitue pour déboucher sur la création de la C.G.T en 1895 (concomitance des temps), mais ce sont aussi les mineurs du nord et les corons, ou les canuts de Lyon. La ville se définit avant tout comme un « rapport social et politique », en lien avec la révolution industrielle, et dont les luttes sociales en sont une matrice [29]. A Marseille les manifestations sociales ont aussi souvent envahi les artères de la ville, nourries par les salariés de l’industrie, du port et des services publics, au point d’entendre dire que Marseille était la « capitale des luttes sociales ».



Aujourd’hui, le « silence social » des métropoles montre bien la domination d’un nouveau rapport d’exploitation, que les organisations ouvrières ne savent pas encore combattre (« la financiarisation »), car le capitalisme s’est profondément remanié, abandonnant l’entreprise productive, pour se réfugier sur les réseaux impalpables d’une « finance dématérialisée »
[30].

Mais le « silence social », dont le patronat local se réjouit, n’est pas signe de bonne santé. Le « silence social » cache de fait, un mouvement invisible, qui ressortira un jour, mais dont on ne peut déterminer à l’avance les formes qu’il revêtira. Là aussi, comme pour la métropole, qui avance masquée, un mouvement sous terrain existe, y compris à San-Francisco (lutte contre la « Google city »).

POLTIQUES D’OASIS ET EMANCIPATION : La Métropole n’est pas un projet de société, car si la société a comme objectif premier d’intégrer tous les citoyens, la Métropole n’a comme objectif que d’intégrer les dominants (« classe créative », « classe entrepreneuriale ») en abandonnant les autres (les prolétaires).

Il en découle de fait un système économique fondé sur les « archipels de richesse » et des « océans de pauvreté », dénommé « territoires », autrement dit « no man’s land ». Le fait de croire comme le pense sérieusement le marché, d’où ses colloques sur la question, que la « métropole oasis » est « durable » au sens où ce système de spoliation, pourrait durer est une douce illusion, surtout en France, où les fondamentaux de l’équilibre, fondé sur le tryptique « Liberté, Egalité, Fraternité » défini par Robespierre sont la matrice de notre contrat social et politique.

Dans ce cadre, Métropole et Commune s’opposent de front, car leurs objectifs sont antinomiques, l’une (la Commune) vise l’intérêt général, quand la métropole ne vise que l’intérêt des seuls marchés financiers mondialisés, qui de plus concourent à la spoliation des biens et espaces publics, transformant tout, y compris les plages en marchandises : « Marseille veut privatiser une partie de ses plages  » [31].

De fait, la métropole n’est que le nom donné à une politique de domination des forts sur les faibles, des Maitres sur les esclaves, des possédants sur les expropriés, des capitalistes sur les prolétaires, et pour finir, des marché financiers, sur les citoyens, d’où le concept de « Gouvernance métropolitaine » [32]. De ce fait, la métropole active un système politique qui n’est plus la démocratie, mais la « démocratie de marché » système dans lequel le marché est au-dessus de la démocratie, expliquant les promesses électorales jamais tenues : « je n’ai qu’un adversaire, le monde de la finance » [33].

La métropolisation de la société, n’est qu’un avatar de plus dans la longue marche historique de l’émancipation humaine.

Fabrice AUBERT

Marseille, le 28 Octobre 2015

Notes

[1] Renvoyant ainsi à la République, question publique.

[2] Commencé le 27 Octobre 2005

[3] 20 minutes / Le 26 Octobre 2015

[4] 1987, 2000, 2008.

[5] Déclamation du MEDEF.

[6] C’est-à-dire organiser les villes, leurs espaces et les métropolisés de la même manière que les entreprises, la finance d’abord, les besoins et l’humain après.

[7] D’où la recherche permanente d’attractivité de la « classe créative » ».

[8] Rappelons ici, que le concept de « territoire » qui s’associe tellement à Métropole, n’est pas un concept « hig-tech », mais l’expression d’un passé très lointain, du paléolithique ancien, quand les hommes pour survivre, « étant incapable de gérer leur espace », n’avaient comme solution que de « capter les richesses d’un territoire » et une fois celles-ci épuisées, se trouvaient « contraints » de se déplacer vers un autre territoire, expliquant le « nomadisme permanent » appelé aujourd’hui mobilité, engendrant les « guerres tribales », appelée aujourd’hui « concurrence ».

[9] Les « prolétaires de la métropole » qui y viennent pour toucher un salaire et de ce fait survivre, avant de retourner en périphérie, expliquant les flux pendulaires permanents, qui provoque l’Asphyxie de Marseille.

[10] Les fameux touristes.

[11] Aspect abordé plus tard.

[12] C’est aujourd’hui la même expression qui est utilisée, pour certains de nos quartiers.

[13] Samia Ghali, sénatrice PS et maire des 15 et 16e arrondissements de la cité phocéenne

[14] « La crise du XXème siècle » / 1980/ J. H. LORENZI O. PASTRE & J. TOLEDANO

[15] Vœux à la presse, Manuel Valls / publié par Le Point du 20 janvier 2015

[16] Que symbolise le tableau de Delacroix

[17] Conseil National de la Résistance.

[18] Instances de Représentation du Personnel

[19] La Gouvernance est la contraction de deux mots : « gouvernement- Finance »

[20] Dont là encore Marseille et les règlements de comptes nocturnes, pour la maitrise d’un marché ou d’un territoire,

[21] La métropole n’étant que la « territorialisation de la mondialisation ».

[22] « Mondialisation villes et territoires, l’économie d’Archipel » Pierre Veltz / 1996

[23] Au sens où l’utilise Karl Marx.

[24] Le fondement de l’industrie est de transformer une ou des matières premières, de telle manière que le produit fini, n’ait plus rien à voir avec la matière première d’origine. « L’industrie financière », n’a qu’une fonction, transformer de l’argent en plus d’argent. La seule chose qui change c’est la quantité. En ce sens, parler d’industrie pour la finance est une tromperie sémantique.

[25] Il y a aussi tromperie statistique, sur les services. De nombreux emplois industriels ont juste été transformés en emplois de service, par un simple jeu d’écriture (« sous-traitance » à une société de service).

[26] Processus par lequel, tout projet d’entreprise (investissement) est d’abord mesuré à l’aune de sa rentabilité attendue.

[27]  « la Ville privée, utopie du XXIème siècle », / les Echos 31 Mars 2015

[28] Etude de l’image

[29] « Le droit à la ville » Henry LEFEVBRE

[30] Dénommée « monétique » utilisant le « trading » et « l’hyper-trading », qui déclenche du fait des algorithmes automatiques, des minikrachs.

[31] Le Figaro du 26 Octobre 2015

[32] La Gouvernance est la contraction de deux mots : Gouvernement / Finance.

[33] François HOLLANDE / Discours du Bourget.


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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Ven 22 Jan - 15:15




Citation :
La ségrégation urbaine est souvent considérée comme un facteur essentiel de la crise urbaine, liée à l’idée de ghetto et aux quartiers populaires stigmatisés à forte concentration d’immigrés.

Réduite à cette seule figure, elle est vue comme contraire à l’idéal républicain, et sa réduction est un axe central de la politique de la ville en France.

Mais, pour en comprendre la nature, les causes et les effets, il faut aller au-delà de cette simplification, la définir rigoureusement et considérer la diversité des profils sociaux et ethniques des quartiers d’une ville. Comment mesurer la ségrégation ? Quelles sont les méthodes, les catégories et les échelles pertinentes ? Quels sont les processus à l’œuvre ? Quels en sont les effets aux différentes échelles et pour l’ensemble des groupes sociaux ? Contribue-t-elle toujours à amplifier les inégalités ?

Ce livre apporte des éléments de réponse en mobilisant les outils et les paradigmes de la sociologie urbaine, et en élargissant le regard à d’autres sociétés. Il s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la ville, étudiants, chercheurs, praticiens ou décideurs.


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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Dim 14 Fév - 14:55

Clichy-sous-Bois : ghetto un jour, ghetto toujours ? L'Obs 31-01-2015

Dix ans après les émeutes qui l’avaient embrasée, la commune de Seine-Saint-Denis a été en partie rénovée mais souffre toujours d’un manque cruel d’activité


Vie quotidienne dans le Haut Clichy, ancienne cité vétuste reconstruite avec des nouveaux quartiers
Corentin Fohlen / Divergence

Citation :
C’est un vestige des émeutes : un bâtiment sans porte, dont le temps a épluché les façades qui tombent en lambeaux. Les boîtes aux lettres sont éventrées ou restées grandes ouvertes. Sur les murs du hall, des centaines de mots, dessins et blases renvoient à des adolescences évaporées. Dans ce dernier pan d’immeuble de la Forestière à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, quelques rares habitants achèvent de mettre leur vie en cartons.

Cette semaine, Ahmed quittera à son tour les 100 mètres carrés où il a élevé ses enfants, pour un logement neuf à deux pas de là. Il s’en réjouirait s’il n’avait le sentiment de voir ainsi partir en fumée l’investissement de toutes ses années de travail. Il raconte :

Citation :
Je suis arrivé à Clichy en 1985, j’ai d’abord été locataire. Et puis j’ai acheté en 1992. Aujourd’hui, avec ce qu’on me donne pour que je parte, je ne peux même pas me racheter un studio.

Le nouveau confort ne panse pas son amertume.


Dans certains quartiers de Clichy, on remplace les tours par des pavillons
Corentin Fohlen / Divergence pour "l'Obs"

Clichy-sous-Bois a changé, c’est vrai. Dans le Haut Clichy, les vastes tours de béton ont été rasées et remplacées par de petites résidences proprettes et modernes, aux façades boisées ou colorées, ceinturées d’enclos verdoyants. Les résidents ont gagné des boîtes aux lettres, des parkings sécurisés et des entrées à Digicode. Le maire PS, Olivier Klein, annonce :

Citation :
En tout, 1.000 nouveaux logements ont été construits et 700 démolis depuis 2004. Avec ces nouveaux habitats, on espère enfin retenir les familles qui, jusque-là, partaient de Clichy dès qu’elles le pouvaient.

Les 600 millions d’euros du programme de rénovation urbaine (PRU) enclenché par la loi Borloo de 2003 ensevelissent sous les apparences la misère et les larmes engendrées par la mort injuste de Zyed et Bouna, 17 et 15 ans, électrocutés dans un transformateur EDF après avoir été coursés par la police en 2005.

"Vous êtes marrants, les journalistes"

La ville peut bien raser ses mauvais souvenirs, offrir un cadre de vie plus esthétique aux habitants de certains de ses quartiers, quelques façades ravalées ne l’arrachent pas à son histoire. Deux semaines après les attentats de Paris, de Montrouge et de la porte de Vincennes, des journalistes venus d’Espagne, des Pays-Bas, de Grande-Bretagne et même de Russie débarquent comme une armée. Lamya Monkachi, directrice de la communication de la municipalité, s'agace :

Citation :
Ils demandent si la poudrière est toujours là. J’ai l’impression d’être renvoyée en 2005, quand les médias découvraient subitement la vie en banlieue.

Lors de ses vœux à la presse, le Premier ministre a choisi de braquer les projecteurs sur les quartiers populaires. En revenant sur "ces maux qui rongent notre pays", Manuel Valls a soutenu qu’il existe en France "un apartheid territorial, social, ethnique", avec des zones de "relégation périurbaine", des "ghettos". Alors Clichy-sous-Bois, laboratoire de toutes les politiques de la ville depuis quinze ans, se sent à nouveau montré du doigt, observé à la loupe.

Juste à côté de la mosquée, un trentenaire voit bien venir la presse :

Citation :
Vous êtes marrants, les journalistes… Vous venez, vous stigmatisez un petit coup, vous repartez, et puis vous recommencez ! Vous croyez qu’on ne comprend pas ce jeu qui fait de nous les perpétuels boucs émissaires de toutes les misères de la République ?

L’homme a vécu ici. Aujourd’hui, il dirige une entreprise de location de voitures de luxe, s’est acheté un petit pavillon dans une ville résidentielle. Mais dès qu’il a un peu de temps, il revient, "là où j’ai grandi, ce lieu que vous ne daignez regarder que sous un œil misérabiliste, voire paternaliste, mais où j’ai kiffé mon enfance, où il y a assez de joie, d’amitié, d’égalité et de fraternité pour faire de nous des adultes intelligents". Mais différents.

Comme ces trois gars âgés de 20 à 26 ans qui, quelques barres d’immeuble plus loin, avouent ne pas savoir qui est Manuel Valls :

Citation :
Le Premier ministre ? C’est que du bluff, des bla-bla qu’on n’écoute plus. Nous, on est sur les réseaux sociaux, sur YouTube, on regarde ce qui se passe dans le monde. Le reste du temps, on galère… Plombier, titulaire d'un bac ou d’un CAP, nous pointons chaque jour à Pôle Emploi, pour rien, depuis des mois.

Loin de la République, ils en sont pourtant l’avenir. Ici, les moins de 25 ans représentent plus de la moitié de la population. Et le taux de chômage, deux fois plus important que la moyenne nationale, s’élève à 23,5%, et frôle même 40% dans certains quartiers.

Une ville-monde mais enclavée


Marché à Clichy-sous-Bois
90 pays d'origine sont représentés dans la ville

Corentin Fohlen / Divergence pour l'Obs

Parmi ses 30.000 habitants, Clichy-sous-Bois compte 33% d’étrangers, et 90 pays d’origine y sont représentés, de la Turquie au Kurdistan en passant par le Mali, l’Algérie et le Cambodge. Une ville-monde "devenue plus belle avec ses travaux, certes, mais où l’activité manque", assure Osman Sezer, conseiller municipal UDI et ingénieur aérospatial.

Située à 15 kilomètres de Paris, Clichy-sous-Bois reste l’une des villes les plus enclavées de la région, avec 1h30 de transport en moyenne pour rejoindre la capitale. C’est donc par choix qu’Osman est revenu habiter sa commune après de brillantes études. Aujourd’hui, il milite pour que les Clichois ne limitent par leur avenir. Il explique :

Citation :
Ici, il faut se battre deux fois plus qu’ailleurs parce que les jeunes, pour beaucoup issus de l’immigration, ne bénéficient pas du réseau professionnel de leurs parents. Ils n’ont pas d’exemples vers lesquels se tourner.

Osman Sezer sait de quoi il parle : à la maison, ses parents ne parlaient que le turc. Pierre Mouget, directeur de la mission locale pour l'emploi, voit les jeunes défiler. Certains ne parlent pas un mot de français, "la plupart sont déscolarisés et ne peuvent même pas prétendre s’inscrire à Pôle Emploi". Le chemin est long. Et en l’absence de centre de formation, "on fait du cousu main". Parfois, ça paie. "L’année dernière, poursuit Pierre Mouget, 14% de nos effectifs ont décroché un CDI, notamment dans l’unique hypermarché du coin, le BTP, les transports logistiques et l’hôtellerie, seuls secteurs pourvoyeurs de travail."

C’est la mairie, avec 400 fonctionnaires, qui constitue le plus gros bassin d’emplois, suivie de l’hôpital et du centre Leclerc. Des patrons aussi retroussent leurs manches. Comme Willy Sarazin qui dirige Sedap Distribution, une entreprise de huit salariés spécialisée dans les fournitures de peinture. En 2012, il a fondé le Club des Entrepreneurs pour les dirigeants qui, "la tête dans le guidon", n’ont pas le temps de suivre dans le détail les changements législatifs, comme le dispositif d’aide à l’embauche après le vote du pacte de responsabilité.

Aucune vision à long terme

Ancienne zone agricole située en lisière de la forêt de Bondy et peuplée de maraîchers jusqu’au début des années 1960, Clichy-sous-Bois a été aménagé en cité-dortoir par l’architecte prix de Rome et artisan du Cnit de la Défense, Bernard Zehrfuss. Contrairement à ses voisines, comme Sevran avec les usines Kodak, ou Aulnay-sous-Bois avec la firme Peugeot-PSA, la ville n’a pas de passé industriel.

Aujourd’hui, les dispositifs "coups de pouce", tels que les "emplois francs" ou les "emplois d’avenir" promis par Hollande se sont heurtés au manque d’entreprises. Osman Sezer remarque que "tout ce qui a été fait jusqu'à présent l'a été dans l'urgence, sans vision à long terme" :

Citation :
Il faut maintenant créer des zones d’activité économique, donner une image positive de la ville qui vit encore à 50% grâce aux aides de l’Etat.

C’est vrai, Clichy ne survit qu’avec ses très petites et moyennes entreprises (TPE et PME), quelques commerces de proximité maintenus tant bien que mal grâce à la création, en 1997, d’une zone franche. Un centre commercial pour espace de rencontres, une galerie commerciale quasi déserte à proximité de la mairie, où les enseignes discount et le traiteur turc ne se disputent pas les clients. Le tabac-PMU, lui, a cessé de vendre la presse depuis six mois. Hormis "le Parisien", "parce qu’il diffuse des informations locales". "Ça fait bien longtemps qu’ils ont coupé le cordon ombilical avec le pouvoir", confie le commerçant.


Les commerces de proximité sont maintenus tant bien que mal
Corentin Fohlen / Divergence pour l'Obs


Clichy la débrouille


Les après-midi d’hiver, chacun occupe son vide à Clichy-sous-Bois. A défaut de centre-ville, les gens se retrouvent au pied des bâtiments. Sur les parkings ouverts à tous les courants d'air, le parc automobile est dans un sale état : tôle froissée, ailes cabossées, phares arrachés, pare-chocs défoncés – certains sont rafistolés avec des blocs de mousse synthétique.

Une des plaies de la ville est l'apparition des garages sauvages, source de pollution quand les huiles de vidange, les liquides de refroidissement et autres matières toxiques s'échappent sur les terre-pleins bitumés. Des gars s'improvisent garagistes pour retaper des voitures moyennant un petit billet. Clichy la déglingue, c'est aussi Clichy la débrouille. "L'informel prend le pas sur le formel", euphémise le maire socialiste, Olivier Klein. Première à déplorer cette activité parallèle, la mairie envisage l'ouverture d'un "garage économique, social et solidaire" afin d'y remédier.


Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois
Bruno Coutier pour l'Obs

Dans la cité du Chêne-Pointu, construite en 1965, des rats courent sur le parking. Les containers à poubelles débordent le long des trottoirs, où s’amoncellent aussi les encombrants. Les halls d’immeuble sont rongés par le manque d’entretien. Le plafond de l’un d’eux est resté béant et calciné depuis qu’un incendie l’a consumé. A Clichy, 45% des logements sont gérés en copropriété, dont les habitants, frappés par les crises successives, n’assument plus les charges d’entretien depuis bien longtemps. L’insalubrité règne. Le maire ajoute :

Citation :
Les barres et les tours qui abritaient 23.000 personnes se sont peu à peu dégradées, faisant fuir les heureux propriétaires des débuts et attirant les promoteurs indélicats et les marchands de sommeil."

Les parents d’Olivier Klein, eux-mêmes propriétaires au Chêne-Pointu, sont partis, ruinés. Aujourd’hui, des panneaux plantés au bord de la rue affichent la trace de mesurettes qui réparent sans rénover : "Remplacement des ascenseurs, début des travaux octobre 2012. Coût : 2.651.502 euros." Le matériel ne fonctionnait plus depuis plus de dix ans, "et un mois après les travaux, les ascenseurs étaient à nouveau en panne, raconte Mohamed, habitant du Chêne-Pointu. Depuis, on prend les escaliers tous les jours". Et Mohamed loue son appartement de type F3 pour 960 euros par mois. Il y vit avec ses trois enfants et ses parents. Livreur de pizzas dans le Val-de-Marne, il trime chaque jour.


Dans le quartier du Chêne-pointu
Bruno Coutier pour l'Obs

"Le problème, c'est le clivage entre le centre-ville et les banlieues"

Pour Moriba, 24 ans, enfant de Clichy-sous-Bois devenu chauffeur de super-poids lourds, "la vie est dure, même avec un boulot". Il s’appelle Coulibaly. Au travail, on le vanne : "Ah, Charlie Coulibaly !" Lui "serre les dents partout, au milieu de la misère et des tensions". Il raconte que sortir le soir à Paris est une épreuve parce qu’il est noir :

Citation :
A plus de deux ou trois, on sent bien les regards inquiets. Le problème, ce n’est pas les blancs… C’est le clivage entre le centre-ville et les banlieues.

Clivage, ghetto, ségrégation, et aujourd’hui apartheid : les politiques ne manquent pas de mots depuis les années 1980 pour décrire les quartiers populaires. Les discours ont exacerbé et ancré un sentiment qui se transmet de génération en génération. Pour Fatima, 50 ans, mère de trois garçons et habitante de Clichy, il y a une "volonté politique d’abandon. Les mères se battent seules depuis des décennies contre les risques de dérive et de décrochage de leurs enfants. Ils sont persuadés que l’école ne les aidera pas".

A Clichy-sous-Bois, Mehdi Bigaderne, 32 ans, s’est senti grandir dans un monde à part. "J’en ai pris conscience en partant régulièrement à l’étranger grâce à une association." Deux mondes, deux pays, deux réalités sociales. "A Amsterdam, je passais mes étés au bord d’un lac, dans une grande maison confortable, et quand je rentrais c’était la zone, moche et grise." Mais il l’aimait, c’était sa zone. Parce que dans les quartiers de Clichy, on pousse "comme dans un village, jamais seul, jamais anonyme", ajoute Samira Tayebi, 43 ans, adjointe au maire, "profondément attachée à [son] territoire".


Mehdi Bigaderne, fondateur de l'association AC le feu
Corentin Fohlen / Divergence pour l'Obs

Appartenir à un sous-monde

Enseignante de maternelle à Clichy depuis vingt ans, Samira Tayebi constate que "les habitants de la ville sont très fiers d’en être. Le problème, c’est la manière dont on les regarde, à l’extérieur, qui les renvoie à un complexe".
Celui d’appartenir à un sous-monde, où les gens n’auraient droit ni aux mêmes chances ni aux mêmes rêves.

A commencer par l’école. Mehdi a dû se battre contre une institution qui s’acharnait à faire de lui un mécanicien quand lui rêvait d’être chef opérateur au cinéma. Samira s’est trouvée inculte quand elle a débarqué à la fac : "Je ne connaissais rien à la peinture ni à la musique classique. Je sais aujourd’hui que ma culture n’est pas moindre, mais double."

Samira comme Mehdi auraient pu partir, s’installer de l’autre côté, dans la capitale. Là où vivent des gens riches. Mehdi raconte :

Citation :
En fac de ciné, j’ai atterri dans un autre monde dont je n’avais aucune idée : celui des bobos, du showbiz, de l’insouciance, des people. Le jour, j’étais dans les beaux quartiers, stagiaire à la télé, avec des gens qui n’avaient que des problèmes d’ego. Le soir, je me retrouvais à Clichy, éducateur social, face à des familles qui ne mangeaient pas à leur faim."

"Tout ira mieux dans dix ou quinze ans"

Après sa licence, Mehdi a choisi son camp, il a préféré la réalité au cinéma. Après les émeutes de 2005, il a fondé AC le Feu, pour promouvoir l’image des quartiers populaires. Car l’apartheid est aussi dans les têtes de ceux qui nous gouvernent, et fantasment une certaine France. Samira explique :

Citation :
Il reste beaucoup à faire, les institutions ne sont pas aux couleurs de notre pays, qui a bien changé depuis les années 1950.

Et la République peine à reconnaître ses propres enfants. Fadela Amara, ancienne secrétaire d’Etat à la Politique de la ville, remarque qu’en trente ans, on est passé du mot “immigré” à “jeune issu de l’immigration”, puis “musulman”". Donc jamais français. "L’appartenance à la nation se définit par rapport au fait de partager le même destin."

Samira, elle, refuse de disserter sur le sens des mots : "Notre priorité, c’est les transports". Le maire insiste : "Cet enclavement endémique est notre plus gros problème." Voilà des années que les habitants, déjà privés d’autoroute, s’accrochent à des promesses toujours repoussées. Olivier Klein poursuit :


Citation :
Ici, on n’ose plus inviter des amis à venir déjeuner ou dîner le week-end, tant Clichy est loin de tout. On n’arrête pas de répéter que tout ira mieux dans dix ou quinze ans.


Les travaux pour le tramway doivent commencer cette semaine, pour une mise en circulation en 2018. L’arrivée du métro, ligne 16, est prévue à l’horizon 2023. Les jeunes Clichois prendront le train vers la capitale.


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MessageSujet: Re: VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste   Sam 20 Aoû - 8:59


balade à Belleville en août

on comprendra le titre en lisant mon commentaire plus bas : j'étais à Belleville hier soir... J'ai trouvé cet article en tapant "gentrification Belleville", c'est le premier qui est sorti, je l'ai trouvé pas mal, malgré quelques points discutables, pour des raisons plus idéologiques que de véracité de cette enquête

jeunes, bobos, coupables : et si on n'avait rien compris à la gentrification ?

Malou Briand Rautenberg The Vice Channel 6 janvier 2016

Le discours politique et médiatique semble s'accorder pour dénoncer ce phénomène urbain, culpabilisant une partie du peuple qui ne fait pas nécessairement partie de la vraie classe dominante. Et si on se trompait de cible ?


Beaucoup d'encre a coulé sur le Sephora qui s'est installé rue du Faubourg du Temple. Belleville Hills est à la mode, en voici la preuve tangible. Déjà cet hiver, Vêtements organisait un défilé de mode au Président, le restaurant chinois emblématique du quartier. Journalistes, sociologues et politiques s'en donnent à cœur joie pour décrier ce phénomène urbain qui embourgeoise les quartiers populaires parisiens et détruit sur son passage l'âme prolétaire qui y règne depuis toujours. Parmi les pourfendeurs, nombreux sont ceux qui y habitent, y vivent et aiment (à demi-mot) son éclectisme. Ce sont les premiers à courir les vernissages des artist-run spaces qui y fleurissent, à boire en terrasse des troquets qui brassent les générations et à s'émerveiller devant les boucheries halal et les karaoké chinois. Alors quoi ? Où se cache le mauvais gentrifieur et qui est-il ?

Pour Anne Steiner, maître de conférences en sociologie à Paris Ouest Nanterre, le coupable n'est pas nécessairement celui qu'on croit. La sociologue s'est longuement penchée sur la fonction sociale du café dans les quartiers populaires, elle est notamment l'auteure de Belleville Cafés, publié aux éditions de L'Échappée. Rencontre.

Citation :
Vous avez beaucoup travaillé sur les cafés de Belleville. Selon vous, la population de ces cafés a changé ?

Ça a changé depuis la fin de ma dernière phase de recherche (années 2008-2009) mais le changement est surtout intervenu au tournant des années 2000. Jusqu'à cette date, anciens et nouveaux habitants s'y retrouvaient, se mélangeaient. Même si en fonction des âges et des milieux sociaux, ce n'étaient pas exactement les mêmes plages horaires, ni les mêmes espaces à l'intérieur du café. Aujourd'hui, le soir, les terrasses sont beaucoup plus peuplées, plus homogènes, et plus jeunes aussi. Ce qui est nouveau, depuis une dizaine d'années, c'est que ces cafés attirent des gens extérieurs au quartier, qui n'y habitent pas. Avant, la clientèle jeune des cafés de Belleville était une clientèle essentiellement locale.

Le quartier de Belleville se gentrifie, non ?

Le quartier de Belleville n'est pas si "gentrifié" que ça. Le bas-Belleville ne l'est pas. Il y a encore beaucoup de marchands de sommeil dans des immeubles en apparence rénovés. Pas mal de nouveaux propriétaires qui misaient sur une "gentrification" (et donc une augmentation de la valeur de leurs bien) sont contraints de revendre car les inconvénients liés à la présence des marchands de sommeil sont trop lourds - charges non payées, surpopulation des appartements, dégradation et refus d'investir dans des travaux. Et puis il ne faut pas oublier que le 20ème et le 19ème comprennent plus de 30% de logements sociaux. Avec une population aux revenus modestes et qui a vocation à rester. Avoir plus d'un tiers de logements sociaux dans un arrondissement, c'est un frein à la ''gentrification''.

Vous parlez de ''frein'' à la gentrification c'est la penser comme un problème. Quelles en sont les conséquences néfastes, selon vous ?

Le souci, lorsqu'on déplore la gentrification, c'est qu'on se trompe de cible : on ne tape jamais sur les gens du 8ème ou du 6ème qu'on trouve très légitimes à vivre dans ces quartiers là ! La véritable bourgeoisie occupe de vastes appartements dans les arrondissements bourgeois (territoire assez étendu par rapport à la surface de Paris), vit dans l'entre-soi, et on ne lui reproche rien. Les analyses radicales de certains sociologues ou de certains journalistes sont en réalité extrêmement bénéfiques aux véritables classes dominantes : les membres de ces classes là sont épargnés, ne sont jamais accusés d'être illégitimes de vivre là où ils vivent. Ils habitent dans leurs quartiers historiques et achètent à leurs enfants dans ces mêmes quartiers.

En revanche, on reproche à des jeunes diplômés qui gagnent 1500 euros par mois et qui se contentent de toutes petites surfaces, d'habiter ces quartiers de l'Est parisien. Eux sont considérés comme illégitimes sur des territoires dont ils priveraient le peuple ! Et bien, il faut accepter l'idée que le peuple c'est aussi cette jeunesse qui enchaîne les CDD, les stages, les statuts d'intermittents. Et fait parfois les fins de marchés pour se procurer des légumes frais. Alors oui, c'est une jeunesse qui s'habille bien, souvent pour pas cher dans les friperies, c'est une jeunesse qui est belle, comme on est beau à cet âge, qui boit en terrasse des cafés et qui vit avec pas grand chose, sans voiture, sans permis, sans équipement électro-ménager... etc. Mais cette jeunesse, c'est le peuple ! Une partie du peuple ! Je me demande comment ces gens qui pourfendent la gentrification au nom d'un certain peuple rêvent Paris. Si l'on réfléchit un peu sociologiquement, je suis le peuple et toi aussi tu es le peuple. En terme d'origine sociale et en terme de revenus, et aussi parce que plus d'un tiers de la population est aujourd'hui diplômée du supérieur. Donc ce n'est plus un critère permettant de tracer une ligne de démarcation entre peuple et non peuple. C'est une petite minorité qui fait partie de la véritable bourgeoisie. C'est à peine 10% de la population française. Le reste c'est le peuple. Celui qui n'a ni pouvoir, ni biens. Et qui a vocation à se soulever, à inventer un autre monde, c'est le peuple. Ce ne sont pas les seuls travailleurs manuels dont les effectifs ont drastiquement fondu. Le peuple n'est jamais semblable à ce qu'il a été. Il mute. Après, ce qui est déplorable, c'est que ces quartiers seront bientôt dépourvus de familles de classe moyenne car lorsqu'on a des enfants, qu'on est juste au-dessus des revenus qui permettent l'accès à un logement social, et qu'on doit vivre (contrairement aux jeunes) dans un espace suffisamment grand, Belleville n'est plus assez abordable. À partir du deuxième enfant, il faut souvent se résoudre à partir.

Vous disiez tout à l'heure ''pseudo-gentrification'', comme si le terme vous dérangeait...

Sur le territoire français, toute la structure de l'emploi s'est élevée vers le haut : en 2015, on compte beaucoup plus de cadres supérieurs, beaucoup plus de professions intermédiaires et surtout, moins d'ouvriers sur toute la France qu'en 1975. Alors pourquoi voudrait-on que certains quartiers restent uniquement peuplés d'ouvriers et d'employés subalternes ? Ces universitaires ou journalistes qui pourfendent la gentrification ont une espèce de nostalgie d'un Belleville fantasmé avec ses tailleurs, ses gars du cuir, ses bottiers, ses petits métallos, nostalgie d'un peuple qui ne reviendra pas, car le peuple est par essence en perpétuelle évolution. Mais aussi, implicitement pour eux, seuls des immigrés ou descendants d'immigrés post-coloniaux (à condition de n'avoir pas connu de mobilité sociale) seraient légitimes dans certains quartiers. Les autres sont d'affreux "bobos".

D'ailleurs, on parle tout le temps des bobos, c'est un peu une obsession française. Qu'est-ce que ce terme définit exactement, selon vous ?

Le terme bobo vient de bourgeois bohème mais c'est en réalité un terme américain qu'on a récupéré et qui évoquait les trentenaires américains travaillant dans la communication ou les métiers créatifs, avec des revenus conséquents et un mode de vie marqué par le non conformisme. Mais aujourd'hui en France, la plupart de ceux qu'on appelle ''bobos'' sont loin d'être fortunés, c'est pour ça qu'ils fréquentent des cafés comme Les Folies d'ailleurs, parce que la pinte y est moins chère qu'ailleurs! C'est un mot fourre-tout qu'utilisent aussi bien les militants du FN que du NPA, donc un terme dont il conviendrait de se méfier, quand même ! Ce sont ces soi-disant "bobos" qu'on tient pour responsables de la perte d'une identité populaire dans les quartiers de l'Est parisien. Mais pourquoi donc n'auraient-ils pas droit de cité dans ces quartiers ? Où doivent aller les jeunes qui sont pourvus d'un capital culturel et n'ont pas d'argent ? Devraient-ils partir pour quelque lointaine banlieue ? On finirait par le leur reprocher aussi. Ils font le choix de se priver de plus de la moitié de leur revenu pour vivre dans quelques mètres carrés à Paris et ça les regarde !

Mais la gentrification fait monter les prix d'un quartier et empêche les classes populaires de continuer à y vivre. C'est quand même un problème, non ?

C'est la spéculation immobilière qui fait que les quartiers deviennent plus chers. Comme on ne peut plus acheter ou louer à prix raisonnable dans certains arrondissements, les gens se déplacent vers les anciens quartiers populaires. Ces quartiers deviennent alors plus jeunes, leur particularité est d'avoir une rue plus vivante, ce qui les rend de plus en plus attractifs pour une certaine jeunesse.

Vous diriez des cafés de Belleville qu'ils continuent d'être des moteurs de lien social ?

Oui, certains cafés comme Le Mistral par exemple, peu chers, sont fréquentés par des gens de tous les âges, de toutes les classes sociales. Ils occupent parfois des espaces bien particuliers à l'intérieur du café. Le comptoir par exemple plutôt que la terrasse. Beaucoup d'anciens habitants relogés à l'extérieur du quartier, se donnent rendez-vous dans les cafés. Certains viennent même chaque jour, et d'assez loin. Quand les cafés sont restés aux mains de kabyles ou des aveyronnais qui les ont transmis à leurs enfants ou neveux, ils ont trouvé une continuité dans le temps, malgré l'évolution du quartier. Le café qui chasse les classes populaires, c'est celui qui est repris par des gens extérieurs au quartier qui arrivent avec l'idée de faire de l'établissement qu'ils achètent un lieu totalement différent. Et du coup, ils peuvent être confrontés à des réactions d'hostilité de la part des jeunes habitants des classes populaires nés dans le quartier.

Le souci d'intégrer tout le monde, particulièrement dans le milieu des cafés, vous pensez que c'est en train de disparaître ?

Les hommes âgés musulmans et juifs se retrouvaient jusqu'à la fin des années 1990, dans les petits cafés de Belleville tenus par des kabyles ou des juifs tunisiens... Ils jouaient pendant des heures aux cartes ou aux dominos et commentaient l'actualité. Il y avait aussi dans ces cafés pas mal de travailleurs est européens (Serbie, Pologne, Croatie..) qui consommaient juste au comptoir. Vite fait. Quelques Africains aussi. Dans ces lieux, on s'échangeait des tuyaux pour l'emploi ou le logement. Les patrons avaient un vrai rôle social : ils gardaient les médicaments de certains clients dans leurs frigos, ils aidaient des clients à remplir des dossiers pour obtenir des allocations ou des prestations. Le patron pouvait être un confident, ce que Leyret appelait au XIXème "un confesseur social". Mais la plupart de ces petits cafés ont disparu aujourd'hui après la mort ou la retraite de leur propriétaire. C'étaient de minuscules établissements avec un tout petit chiffre d'affaire. Pas de repreneur donc ! Et c'est un manque pour la population pauvre, précaire, bien sûr. Cette population allait encore au Folies il y a quelques temps mais aujourd'hui, elle est intimidée par toute cette jeunesse qui en a fait son QG.

On entend tout le temps parler de mixité sociale, qu'est-ce ça veut dire au juste ?

On confond souvent ce terme avec mixité ethnique. La véritable mixité sociale, au sens de mélange des classes, n'existe pas et n'a pas de raisons d'exister. Il y a des barrières entre les classes. Et de la haine éventuellement ! Elle était même bien plus vive autrefois.

Mais justement, dans la presse, la gentrification est souvent vue en termes manichéens : blancs riches vs populations immigrées. C'est une réalité pour vous ?

Aujourd'hui on peut très bien être d'origine maghrébine ou africaine et être médecin ou ingénieur. C'est loin d'être exceptionnel et c'est heureux ! Quand on a le même niveau scolaire et un statut social proche, même si les revenus ne le sont pas, on se mélange aisément quelle que soit l'origine. Dans le cas inverse, c'est plus difficile car les normes, les valeurs, les centres d'intérêt divergent. Les classes ne sont pas faites pour cohabiter, elles sont faites pour se combattre. Ça n'a jamais existé les quartiers où bourgeois et ouvriers vivaient en parfaite harmonie, c'est un mythe. Il y a 50 ans, les bourgeois ne se risquaient guère dans les quartiers populaires, et un ouvrier ne se promenait pas, nez au vent, dans un quartier bourgeois ! Et personne n'évoquait un mièvre "vivre ensemble"! Ce que je reproche à tous ceux qui pourfendent la gentrification, c'est qu'ils ont déplacé le problème de la classe au problème de la race. Sans le dire tout à fait. Quant aux élus, ils mélangent tout à fait sciemment les termes de mixité sociale et de mixité "ethnique". La seconde est souhaitable et réalisable, la première ne l'est pas. On cherche à cohabiter avec son semblable sur le plan social (et non ethnique), en partie d'ailleurs pour donner aux enfants un environnement favorable sur le plan scolaire. Et ce qu'on regarde alors c'est la CSP des parents, et pas leur origine. On les préfère bac +++ plutôt que manutentionnaire dépourvu de diplôme. C'est comme ça et ce le sera tant que l'accès aux biens matériels et immatériels sera inégalitaire, tant que travail manuel et travail intellectuel seront disjoints. Et tant que l'école sera ce qu'elle est !

Pour vous il n'existe pas de problème de "race" en France ?

Il est clair que des immigrés de fraîche date, ayant bénéficié d'un très court temps de scolarisation dans leur pays d'origine vont occuper les postes subalternes ici. Et que leurs enfants auront plus de difficultés scolaires que les enfants de cadres, mais pas moins (les statistiques le montrent) que les enfants d'ouvriers non immigrés. Alors bien sûr, "race" et "classe" se recoupent partiellement. Mais ce n'est pas une raison pour substituer une notion à l'autre.

Pourquoi ne pense-t-on plus en terme de classe mais en terme de "race" aujourd'hui en France ?

Parce que ça désarme les gens ! Cela divise et cela émousse la combativité des uns et des autres. Si on posait le problème en terme de classe, on se battrait ensemble contre la vraie bourgeoisie qui possède les capitaux et les moyens de production, au moins sous forme de portefeuille d'actions. Et on se battrait avec efficacité contre la spéculation immobilière !

Belleville est surtout à mes yeux un quartier où la jeunesse vit, bouge et vibre. Quel est votre message pour elle aujourd'hui ?

Il faut qu'elle se politise, et qu'elle se batte, qu'elle ne se trompe pas de cible ! Qu'elle ne se laisse pas culpabiliser ! Qu'elle fasse peuple, précisément !


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Texte : Malou Briand Rautenberg

Photographie : Le défilé Vêtements Printemps-Été 2016 au Président par Jason Lloyd Evans pour i-D


j'étais à Belleville hier soir. Je n'y avais pas mis les pieds depuis deux ou trois ans, alors que les phénomènes sociologiques rapportés étaient déjà bien avancés. Nous y étions ma compagne et moi parce que nous voulions manger une soupe Pho. Pour 7 à 10 € t'as mangé, bon, sein si les produits sont frais et pour ça il faut une forte clientèle quotidienne, mais "notre" restaurant habituel à Fontenay était fermé. Direction Le Président, dont je, puis nous, fûmes des habitués dans les années 1989-2005. Le Président d'en-bas, une quasi cantine, était fermé, remplacé par un "Chen-Market"; demeure celui d'en-haut, plus cher et luxueux ( « Ce grand restaurant chinois de 350 places à Belleville est le plus bel établissement chinois en France à ne pas manquer...», dont parle l'introduction à l'article. Fermés aussi les petits restos ne payant pas de mine, fréquentés par les "Chinois" du quartier, où l'on était assuré de manger bon pas cher



comme dit dans l'article à propos des cafés, « la plupart de ces petits [restaurants] ont disparu aujourd'hui après la mort ou la retraite de leur propriétaire.», et nous nous sommes souvenus de la ? gérante et des serveurs/serveuses du Président qui étaient tout sauf jeunes... Nous avons opté pour un petit restau plus haut dans la rue de Belleville, repéré dans un journal japonais parisien, ovni : « Salon de Thé Wen Zhou “Le meilleur restaurant chinois de la rue de Belleville” ». Pas déçus, mais passons...


ce qui m'a frappé, nous étions entourés de ces jeunes dont parle Anne Steiner, et de familles françaises et étrangères manifestement à Paris en touristes. Autour dans les rues, sur le boulevard depuis le Père Lachaise et Ménilmontant, un mélange des petits restaurants et cafés "orientaux" traditionnels, fréquentés par les autochtones, et de ceux dont parle l'article, aux terrasses bondées de jeunesse, aux prix variables, Happy Hours oblige, mais tout sauf donnés  : "grande assiette de charcuterie à 18 €" aux "Triplettes", et le prix très "parisien" des boissons : même logé petit il en faut de la thune...


nous avions eu envie un temps d'habiter Belleville au début des années 2000, mais pas assez ou trop d'argent pour un appartement à louer pour trois. De Charonne nous avons émigré à Vincennes. Aujourd'hui, je ne voudrais pour rien au monde habiter Belleville ni même mon ancien quartier, en haut de Charonne limite du 20ème ardt, et qu'on le prenne comme on voudra quoiqu'en dise la sociologue et bien que j'admette ses explications, je n'aime pas cette faune-là, je ne me sens plus à l'aise comme avant dans ces quartiers de l'Est parisien que j'ai sillonné des années. Nostalgie ? Voire. Quand elle affirme :

Citation :
Ces universitaires ou journalistes qui pourfendent la gentrification ont une espèce de nostalgie d'un Belleville fantasmé avec ses tailleurs, ses gars du cuir, ses bottiers, ses petits métallos, nostalgie d'un peuple qui ne reviendra pas, car le peuple est par essence en perpétuelle évolution. Mais aussi, implicitement pour eux, seuls des immigrés ou descendants d'immigrés post-coloniaux (à condition de n'avoir pas connu de mobilité sociale) seraient légitimes dans certains quartiers. Les autres sont d'affreux "bobos".

... je n'ai pas ce genre de pensée, "bobos" en raison de son flou ne fait pas partie de mon vocabulaire, et j'ai connu ces quartiers avec une population ouvrière blanche aussi, certains de très près quand je m'y suis installé, militant encore au PCF à la fin des années 80. L'article est assez juste dans ses descriptions*, mais pas besoin d'être « universitaire, journaliste, militant NPA ou FN » pour sentir que quelque chose cloche (et clocharde...). Ma promenade et la lecture de cet article m'ont plutôt rappelé Nuit debout et les discussions sur la composition sociale des rassemblements Place de la République, en bas de la rue du Faubourg du Temple qui descend de Belleville, alors que certains bars et cafés plus haut, sur Ménilmontant, sont lieux de rendez-vous anarchistes et antifas qui composaient plutôt les "têtes de cortèges", peu ou prou de la même composition sociale (« cette jeunesse qui enchaîne les CDD, les stages, les statuts d'intermittents. Et fait parfois les fins de marchés pour se procurer des légumes frais... »). J'avoue ne pas les fréquenter non plus et j'en ai eu dans les meetings et débats sur la communisation un aperçu qui m'en a vacciné

* « Anne Steiner est maître de conférences en sociologie à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense1 et membre du laboratoire de recherche SOPHIAPOL. Elle est l'auteure d'ouvrages de référence sur la Fraction Armée Rouge, le mouvement individualiste anarchiste et les luttes sociales à la « Belle Époque ». Elle a écrit de nombreux articles et un ouvrage sur l'évolution des cafés bellevillois entre 1990 et 2010. Elle a participé au Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone publié en 2014. » source Wikipédia


alors quand Anne Steiner affirme :

Citation :
Mais cette jeunesse, c'est le peuple ! Une partie du peuple ! Je me demande comment ces gens qui pourfendent la gentrification au nom d'un certain peuple rêvent Paris. Si l'on réfléchit un peu sociologiquement, je suis le peuple et toi aussi tu es le peuple. En terme d'origine sociale et en terme de revenus, et aussi parce que plus d'un tiers de la population est aujourd'hui diplômée du supérieur. Donc ce n'est plus un critère permettant de tracer une ligne de démarcation entre peuple et non peuple.

... je suis dubitatif, sans parler de la chute nonobstant ses référence "de classe" plus haut : « Il faut qu'elle se politise, et qu'elle se batte, qu'elle ne se trompe pas de cible ! Qu'elle ne se laisse pas culpabiliser ! Qu'elle fasse peuple, précisément ! »

ai-je pris un coup de vieux, avec un décalage générationnel qui fait trop souvent le regard du troisième âge sur les jeunes, leurs habillement et leurs coupes de cheveux, leurs modes de vie ? Toujours est-il je n'y trouve pas de véritables potentialités de révolte, mais une jeunesse armée de rêves d'adaptation plus que de contenus révolutionnaires. J'avoue que c'est quelque chose que je sens plus que je ne saurais la théoriser, mais l'un ne va pas sans l'autre, et c'est comme ça


la nostalgie n'est plus ce qu'elle était
la classe moyenne ne refera pas la Commune de Paris

Jean Pierre Chabrol "Le Canon fraternité"

vidéo INA 15 oct. 1970 12min 35s

Dans le décor du quartier de Belleville où il a situé le cœur de son roman Jean-Pierre CHABROL répond aux questions d'André BOURIN sur la Commune et le rôle des bellevillois lors de cet épisode historique. Une balade dans le quartier agrémente le dialogue.



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VILLES, l'urbain disqualifiant : 'gentrification', division sociale de l'espace, banlieues, bidonvilles, intégration post-colonialiste
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