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 LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 1 Nov - 22:55

quelqu'un disait qu'il était contre les images pour penser, mais un dessin comme ça vaut son pesant de cacahuètes, en équivalent intelectuel

finalement, c'est un peu la différence entre Médiapart et ici : là-bas, je me sens colonisé, ici je me colonise avec mes conflits intérieurs théoriques, que j'ai l'immodestie de trouver plus féconds

cela dit, Robinson a survécu longtemps avant l'arrivée de Vendredi, mais je ne tiens pas à entretenir avec quiconque le même rapport, ou alors, pour de bon : la vie sauvage, le communisme primitif du XXIème siècle !
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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mar 3 Nov - 18:30



La CGT Guadeloupe asphyxiée par la famille Huyghues-Despointes 03 novembre 2015 | Par Mathilde Goanec

Mathilde Goanec a écrit:
Deux poids, deux mesures. La CGT Guadeloupe a organisé ce mardi 3 novembre une marche de protestation sur l'île afin de dénoncer sa condamnation à 53 000 euros d'amende pour avoir écrit dans un tract que la famille Huyghues-Despointes « avait bâti sa fortune sur la traite négrière, l'économie de plantation et l'esclavage salarié ». Asphixiée financièrement, l'organisation syndicale craint de devoir cesser toute activité militante, faute de moyens.

La décision du tribunal s'entend au regard de la relative impunité dont bénéficie la famille Huyghues-Despointes, célèbre famille de "békés" antillaise, qui s'est illustrée il y a quelques années sur la question raciale. Alain Huyghes-Despointes, chef du groupe familial, avait, en février 2009 dans un reportage diffusé sur canal + sur les descendants d'esclavagistes, déploré que les historiens ne s'intéressent pas davantage aux "bons côtés de l'esclavage". L'assertion avait fait scandale, en plein mouvement antillais contre la vie chère et de revendication identitaire. La condamnation de la CGTG a ravivé les souvenirs de ce mouvement exceptionnel aux Antilles.

Alain Huyghes-Despointes expliquait, dans la même interview, vouloir "préserver sa race", pestant contre le métissage : "Quand je vois des familles métissées avec des blancs et des Noirs, les enfants naissent de couleus différentes, il n'y a pas d'harmonie"... Attaqué par diverses associations, Alain Huyghes-Despointes a bien été condamné, par deux fois, pour "crime contre l'humanité", puis réhabilité en 2013 par la cour de Cassation. Une procédure longue que la CGTG n'a pas les moyens de s'offrir.

Le tract qui a mis le feu aux poudres a été rédigé après l'annonce de 28 licenciements au sein de l'hypermarché Milenis, propriété du groupe Sophyper, dont les deux frères Jean et Martin Huyghues-Despointes sont actionnaires. La famille Huyghues-Despointes, propriétaire de plusieurs magasins aux Antilles et en Guyane, mais également de la dernière sucrerie de Guadeloupe, fait partie des 500 plus grosses fortunes de France selon le magazine Challenges.

" Cette condamnation en appel signifie qu'on n'a plus le droit de dire la vérité aux Antilles, a réagi Louis-Georges Tin du CRAN (conseil représentatif des associations noires de France). Un jugement destiné à protéger des intérêts coloniaux interdit désormais à quiconque de dire d'où vient l'argent des békés dans les anciennes colonies -ce que pourtant, personne n'ignore."

Le 6 octobre, la CGTG a demandé au juge d'application des peines un étalement du paiement de la condamnation. Le tribunal doit rendre sa décision le 10 novembre. Dans l’attente, la CGTG a lancé un appel à la souscription.


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mer 4 Nov - 1:12

un prédateur français en Afrique

Pour Jean-Louis Borloo, "la croissance africaine par l'électricité de l'Afrique, c'est notre croissance en Europe" FRANCE 2 Francetv info 03/11/2015

interview vidéo


Jean-Louis Borloo est invité ce mardi 3 novembre sur le plateau de France 2. L'occasion de revenir sur son projet fou : illuminer l'Afrique. Explications

Citation :
L'ancien ministre Jean-Louis Borloo a pour projet d'électrifier l'Afrique. Aujourd'hui, trois Africains sur quatre n'ont pas accès à l'électricité. "L'électricité c'est la lumière bien sûr, mais c'est aussi l'accès à l'eau potable, première cause de mortalité au monde, c'est l'emploi, c'est l'agriculture, c'est l'avenir", affirme l'ancien ministre.

Stopper l'émigration


Pour lui, installer l'électricité en Afrique pourrait permettre plusieurs choses : développer le continent, créer de l'emploi et donner de meilleures conditions de vie aux Africains qui alors auraient moins envie de rejoindre l'Europe, ou plus près, les grandes villes africaines qui n'ont pas non plus les infrastructures pour les accueillir. Car aujourd'hui, "nous sommes complètement connectés. Tout le monde sait tout, tout le monde connaît les écarts d'avenir", remarque-t-il. Enfin, "la croissance africaine par l'électricité de l'Afrique, c'est notre croissance en Europe", conclut-il



Appel panafricain en faveur du plan Borloo Lefigaro.fr avec Reuters 03/11/2015

Citation :
Le président du Parlement panafricain a lancé aujourd'hui un appel aux députés français afin qu'ils soutiennent le plan d'électrification de l'Afrique lancé par Jean-Louis Borloo.

L'ancien président-fondateur de l'UDI, qui fut notamment ministre de l'Economie puis de l'Ecologie, a créé il y a un an une fondation "Energies pour l'Afrique" dont l'objet est de développer et d'améliorer l'accès à l'électricité pour "75% des Africains, soit 650 millions" de personnes qui en sont dépourvues. Le Sénat français, où la droite est majoritaire, a adopté il y a quinze jours à une large majorité une résolution dont l'objet est de soutenir le plan Borloo.

S'exprimant à l'Assemblée, Roger Nkodo Dang a demandé aux pays développés qu'ils contribuent à la mise en place dès le 1er janvier 2016 d'une agence africaine de l'électrification, les besoins en fonds propres étant de "5 milliards de dollars par an pendant dix ans". Il a souhaité que le sommet Europe-Afrique sur les migrations les 11 et 12 novembre à Malte et la réunion de la COP21 début décembre à Paris soient l'occasion de parvenir à un accord.

Le Parlement panafricain, créé en 2004, est une assemblée consultative qui réunit les parlements des 54 membres de l'Union africaine.


Avant la COP21, intense lobbying de Borloo pour son projet d'électrification de l'Afrique L'Obs politique

Citation :
Paris (AFP) - Après un an de lobbying tous azimuts, Jean-Louis Borloo revient sous les feux de la rampe avec l'objectif affiché de concrétiser son projet d'une agence dédiée à l'électrification de l'Afrique, à un mois de l'ouverture de la conférence climat (COP21) à Paris.

Mardi après-midi, l'ancien député a remis les pieds, en tribune, à l'Assemblée nationale, quittée il y a un an et demi après des problèmes de santé ayant entraîné son retrait de la vie politique.

Après plusieurs mois de convalescence, l'ex-ministre de l'Environnement s'était fixé pour objectif de faciliter l'accès à la lumière et l'électricité pour plus de 600 millions d'Africains qui en sont dépourvus.

Depuis un an, il a sillonné les capitales africaines à la rencontre de plus de 40 chefs d’État, réuni des maires de grandes capitales à Paris, obtenu un feu vert au Sommet de l'Union africaine en juin... Fin septembre, il participait aux côtés du président guinéen Alpha Condé à l'inauguration du barrage hydro-électrique de Kaléta en Guinée.

L'activité de sa fondation, baptisée "Énergies pour l'Afrique" et basée à Paris, est financée par des grands groupes français comme Bolloré, Bouygues, Dalkia, Eiffage, Total, Vinci, etc. Face aux soupçons de "néocolonialisme", il répond: "Un projet par et pour les Africains".

"Toutes les conditions sont réunies!", a répété mardi le père du Grenelle de l'Environnement lors d'une conférence de presse au Conseil économique, social et environnemental (CESE). En mars, lors d'une autre de ses conférences de presse où il exhortait déjà à agir, la visite surprise de François Hollande n'était pas passée inaperçue.

- 5 milliards de dollars par an pendant dix ans -

S'il ne fait plus de politique au sens strict, Jean-Louis Borloo continue de voir des politiques de tous bords. Mardi, outre le président du CESE Jean-Paul Delevoye, étaient présents les parlementaires Yves Jégo, Chantal Jouanno, mais aussi Benoist Apparu, représentant Alain Juppé, ou Maud Fontenoy, déléguée à l'environnement du parti Les Républicains.

Les yeux sur la COP21 et jamais avare de superlatifs, Jean-Louis Borloo estime que c'est "le moment où cela peut basculer". "Clap d'ouverture pour la Borloo week", a titré lundi Jeune Afrique.

En jeu, que les Etats, Europe en tête, puissent abonder les fonds pour une agence dédiée à hauteur de 5 milliards de dollars (4,5 mds d'euros) par an pendant dix ans.

Il y a deux semaines, le Sénat, majoritairement de droite, a adopté une proposition de résolution soutenant ce plan.

A l'Assemblée mardi, le président du Parlement panafricain, Roger Nkodo Dang, a lancé un "appel solennel" pour que la France aide à décrocher un accord pour le "droit à la lumière et à l’énergie" des Africains.

"Notre pays veut être l’avocat, en Europe et dans le monde, du développement durable de l’Afrique",
a clamé le président Claude Bartolone (PS).

Le ministre de l’Économie Emmanuel Macron a assuré du soutien du gouvernement, glissant aussi que l'Afrique a besoin de "vrais idéalistes", qui sont de "grands pragmatiques". Tous les présidents de groupe ont loué le projet, parfois avec quelques avertissements, André Chassaigne souhaitant ainsi la "primauté des normes sociales et environnementales sur la finance".

Devant les députés, M. Nkdo Dang a rendu hommage "pour son engagement discret et inlassable" à un "frère", M. Borloo. Hommage repris par quasiment tous les orateurs, à commencer par l'UDI Philippe Vigier. Le président du groupe LR Christian Jacob mais aussi le patron du groupe PS Bruno Le Roux ont également rappelé le message de Jacques Chirac sur "la maison (qui) brûle".

Créé en 2004, le Parlement panafricain est l'assemblée consultative de l'Union africaine et siège en Afrique du sud. Composé de 265 députés nationaux, cinq pour chacun des 53 membres de l'UA, nommés par leurs parlements respectifs.

Début octobre, il a adopté une résolution visant à avoir "un accord concret, immédiatement opérationnel, pouvant permettre à l'agence africaine de l'électrification du continent de disposer dès 2016 des subventions indispensables".

M. Borloo espère que la décision de concrétisation - une agence avec un financement garanti, traçable et vertueux - sera prise lors du sommet "Europe-Afrique" sur la migration à Malte les 11 et 12 novembre, avant le début de la COP.


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mer 4 Nov - 8:58



Quand les effets du colonialisme deviennent une gangrène Kamal Guerroua 03 Nov 2015


Le colonialisme a éliminé les braves(ici Ben M'hidi)
pour laisser le pouvoir à des dirigeants corrompus et compromettants


Kamal Guerroua a écrit:
Rien ne justifie l'absurde, rien n'explique la régression d'un pays si jeune, si riche et au passé glorieux comme le nôtre. Or chaque année, le mois de novembre nous rappelle au rendez-vous de nos désillusions.

L'épopée des héros de la Toussaint est une de ces pages fastes de notre histoire qu'on tend à oublier si facilement. Loin est le temps de ces hommes intrépides qui sont montés au maquis en prenant leur courage en bandoulière. Ces hommes qui ont dit non à l'asservissement colonial, à l'injustice, à l'exploitation, à l’acculturation, à l'aliénation et aux abus de toutes sortes. Et pourtant, aucun Algérien ne peut aujourd'hui rester insensible en voyant cette rare séquence du colonel Amirouche, le lion de la Djurdjura, étendu à même le sol, entouré d'une troupe de soldats français à la fois pris de peur et fascinés par la grandeur de l'homme qu'ils venaient d'abattre. De même, aucun des nôtres n'est en capacité d'effacer de sa mémoire le sourire éclatant d'un certain Larbi Ben M'hidi qui, menottes aux poignets, aurait émerveillé par son courage légendaire et la presse hexagonale de l'époque, et ses compatriotes et même ses bourreaux.

Défendre sa terre et mourir pour elle fut pour ces hommes l'idéal suprême devant lequel les ambitions périssent, les haines fondent, les rivalités disparaissent. Animés d'un extraordinaire souffle fraternel d'émancipation, les révolutionnaires de 1954 ont balayé les réticences des uns et des autres (des Messalistes d'un côté et des Centralistes de l'autre s'entend) pour aller de l'avant et s'arracher quoiqu’il leur en coûtera le prix l’indépendance. Ne dit-on pas d'ailleurs que la force de l'espoir permet à l'homme de faire revivre des arbres morts ? De ces indigènes méprisés (Décret Crémieux 1871, Indigénat 1881, enfumades, massacres collectifs, politique de terre brûlée, extermination, etc), prisonniers d'une vie sans joie, sans plaisir, sans justice, jalonnée de surcroît d'humiliations, ils en ont promis de faire des hommes libres, des citoyens authentiques et des acteurs à part entière de leur destin, celui de la nation que le leader Ferhat Abbas (1899-1985) aura un temps auparavant cru inexistante même dans les cimetières.

Enfin, le 5 juillet 1962, le rêve qui n'était au départ qu'une utopie est devenu pure réalité. Les pans d'ombres de ce système colonialiste inique sont envahis par des rayons de lumière, le soleil de la liberté a brillé de ses mille feux sur un pays martyrisé jusqu'au sang durant 132 ans de privation et de souffrances. Bref, un autre jour s'est levé sur cette Algérie rebelle, ses plaines, ses dechras, ses villes, ses montagnes alors que les bidasses de cette France coloniale, vaincus et humiliés, sont partis.

Or si ce colonialisme-là a plié ses bagages et quitté nos terres, ses poisons y sont restés. Décidément. Mais comment ? Et c'est quoi le colonialisme en fait ? A dire vrai, je me suis souvent posé cette question. Un ami à moi m'a expliqué dernièrement que ce monstre prédateur n'est autre qu'"une machine de destruction massive" qui ne laisse à ses victimes aucune chance de survie. "Tiens ! me dit-il, prends une fourmi et coupe-lui la tête, tu verras bien qu'après un laps de temps, tous ses membres bougent avant d'être enfin inanimés". S’efforçant d'être convaincant, mon interlocuteur continue «le colonialisme, c'est ça mon ami! En te coupant la tête, il te prive de la culture, tue ton intelligence, suce jusqu'aux os ton sang. Puis, en te jetant complètement exsangue dans l’ère d'une liberté que tu as dû, bien sûr, arracher par la force, tu porteras pour longtemps les blessures qu'il ta faites dans ta chair comme autant de séquelles corporelles, d'ecchymoses mémorielles, de vides générationnels, d'absences culturelles..etc.", "mais, lui dis-je en souriant, on ne peut en aucun cas imputer tous nos maux à ces colons partis de chez nous il y a maintenant plus de 50 ans, ce n'est pas possible! C'est à nous d'agir maintenant, la responsabilité de ce gâchis nous incombe" "Certes, ce n'est pas facile de l'imaginer, me répondit-il, mais c'est bel et bien la réalité.

Le colonialisme a empoisonné les pensées des colonisés, inoculé les virus du sous-développement dans leur esprit et les a abandonnés enfin à leur triste sort. Cela est comparable à un viol commis par un malade du SIDA dont les effets sur sa victime tarderont à apparaître mais agiraient quand même efficacement au long cours. Ils prendront peut-être vingt, trente, quarante ans si ce n'est pas toute une vie pour détruire son corps mais finiront par flotter à la surface et être visibles à l’œil nu... avant de l'achever..."

"Tu veux dire qu'on n'en finit jamais avec ?". "effectivement, le grand malade que nous sommes sera toujours aux prises avec les symptômes de sa maladie. C'est un cycle-bis de la nature fabriqué par l'ex-colonisateur lui-même. Un jour, on aura par exemple des boutons sur le visage, un autre on se grattera le ventre, parfois on aura aussi des tumeurs malignes dans notre jambe ou sur les bras, souvent des migraines qui nous mènent aux vertiges, puis aux vomissements et ainsi de suite... puisque la gangrène rampe doucement...mais sûrement". "Mais, là je te répète ma question de tout à l'heure autrement : Comment peux-tu justifier tout notre malheur par les lointaines conséquences du colonialisme alors que d'autres pays ont réussi (Le Canada, la Chine et la Malaisie à titre d'exemple) même s'ils ont comme nous un antécédent colonial?" "Non mon ami, tu te trompes lourdement. Tu sais c'est quoi le synonyme du colonialisme ? C'est la souffrance. Et bien entendu toutes ses victimes seront ses fils, puis deviendront au fur et à mesure que le temps passe des frères germains de cette même souffrance. Celle-ci quoique commune à tous, se manifeste sous différents aspects : en Égypte et en Algérie, c'est la dictature et l’islamisme, en Libye, c'est le tribalisme, au Liban, c'est le confessionnalisme, en Amérique Latine, ce sont les juntes militaires, la mafia urbaine et la corruption, en Afrique de Sud, c'est l'Apartheid, en Australie, l'extermination effrénée des aborigènes, en Afrique subsaharienne, c'est le sous-développement chronique et le militarisme, en Inde, c'est le système clanique, etc.

Nicolas Sarkozy aura beau fait étalage dans son fameux discours de Dakar en 2007 des bienfaits de la colonisation en estimant que les africains ne sont pas encore entrés dans l'histoire, c'est-à-dire que la faute de leur retard leur appartient entièrement, et qu'il y a eu sous l’ère coloniale des médecins qui ont soigné, des routes qui ont été construites, des hôpitaux édifiés, des écoles, des infrastructures, etc., il n'a pu heureusement convaincre personne! Car le problème du colonialisme ne se passe pas au niveau matériel, si tant est que celui-ci existe déjà, mais absolument dans la sphère morale : le cerveau du décolonisé.

Je te donne un petit exemple pour illustrer mon propos : il y a plein de pays anciennement colonisés qui juste après leur indépendance dans les années 60-70 ont importé des technologies lourdes pour moderniser leurs infrastructures et élever la conscience de leurs citoyens, à l'arrivée rien n'y fait! Pourquoi à ton avis ? La réponse est bien simple : D'autant qu'au bout de quelques années, leurs leaders pour la plupart illégitimes se sont rendu compte de l'énorme décalage qui sépare leurs populations de la culture, les arts, la science, le développement, etc. Donc, ils ont eu l'impression que cela ne servait plutôt à rien de suivre cette démarche que j'appelle «réacculturation», en se résignant au fait accompli pour se tourner, ironie du sort, vers l'importation des armes, des munitions et des blindés dans l'unique but de renforcer leur pouvoir et, par ricochet, entretenir des différends frontaliers illusoires (Érythrée-Éthiopie, Inde-Pakistan, Égypte-Soudan, Maroc-Algérie, Timor Oriental-Indonésie..., etc).

Le problème de ces pays-là est, semble-t-il, plus profond qu'il n'y paraît. Il est à la fois historique, colonial, culturel, anthropologique, sociologique, structurel, etc. De toute façon, je ne vais pas revenir ici sur "le discours sur le colonialisme" d'Aimé Césaire ni sur "Le portrait du colonisé" d'Albert Memmi, encore moins sur "Les damnés de la terre" de l'illustre Frantz Fanon. Car, bien que ces œuvres-là racontent vrai, il n'en demeure pas moins que de nos jours, leurs enseignements deviennent parcellaires vu l'adjonction de d'autres facteurs aggravants aux anciennes lacunes : l'impérialisme économique, les multinationales, le Compradore, les guerres humanitaires, etc. Il suffit de puiser dans le vivier de notre actualité pour s'en rendre compte. Le colonialisme et son avatar le néocolonialisme gardent de beaux restes et ont, paraît-il, des beaux jours devant eux, hélas! Regarde comment partout les élites de ces pays-là font usage du double discours un cheval de bataille pour conquérir leur électorat et la berner : nationalisme-bidon frisant l’extrémisme et la xénophobie à l'intérieur de leurs frontières et soumission quasi complète au néocolonialisme à l'extérieur.

On dirait que la plupart d'entre elles font de leur pays d'origine une monnaie de rechange. Elles se baladent dans les capitales des ex-puissances coloniales comme si celles-ci étaient les leurs, elles mentent à leurs masses, les méprisent, les répriment et leur dénient le droit à l'expression et à la parole libre. Leur lien de vassalité coloniale est toujours vivant. Il est même presque charnel. Somme toute, le moyen le plus sûr pour pérenniser leur domination, leurs privilèges et leur influence sur leurs sociétés respectives" "mais excuse-moi, je vois que tu es un peu pessimiste quant au pouvoir de l'élan populaire dans le changement démocratique et que tu nies l'apport déterminant des indépendances nationales aux pays colonisés..." "Le hic n'est pas dans ces indépendances-là dont tu parles mais exactement dans leur exploitation machiavélique par des dirigeants sans scrupules : les uns en invoquent la légitimité révolutionnaire, les autres le droit inaliénable et presque imprescriptible des vieille-garde nationaliste, tandis que la plupart s'appuient simplement sur l'autoritarisme et la dictature pour s'imposer. Or tout est conditionnel en démocratie dans la mesure où les élites au pouvoir, quel que soit leur poids, influence, savoir, charisme ou je ne sais pas quoi, doivent apporter un plus moral, matériel, symbolique à leurs peuples à savoir la dignité, la citoyenneté, la légalité, le respect des lois, la justice, etc. sinon ils feront bien de se retirer de la scène, carrément ! C'est la règle de la démocratie mon ami".


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mer 4 Nov - 11:22



Guillaume Ancel : « Le débat sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda reste tabou » 03 novembre 2015 Par Mehdi Ba

La plainte contre X déposée mardi par l'association Survie pose une nouvelle fois la question du rôle de la France dans le génocide des Tutsis du Rwanda. La réaction de Guillaume Ancel, ancien officier membre de l'opération française Turquoise.


Par Mehdi Ba a écrit:
Mardi 3 novembre, l’association Survie a annoncé avoir déposé une plainte contre X visant des responsables politiques français pour des livraisons d’armes aux régimes rwandais qui ont planifié puis mis en œuvre, entre janvier et juillet 1994, le génocide des Tutsis du Rwanda. À l’appui de cette plainte, Survie a fourni, pour l’essentiel, des documents déjà connus, dont certains se rapportent à des livraisons d’armes antérieures au déclenchement des massacres à grande échelle commis à partir du 7 avril 1994.

Dans un pays où la justice n’a jamais montré beaucoup de zèle à explorer la possible implication des responsables politiques français dans un génocide qui aura causé près d’un million de morts en 100 jours, on est en droit de rester circonspect quant à la possibilité que cette procédure prospère. Au moins cette initiative a-t-elle le mérite de relancer un débat tabou, depuis 20 ans, au pays des droits de l’homme : les autorités françaises ont-elles, en connaissance de cause, favorisé l’entreprise d’extermination des Tutsis mise en œuvre par leurs alliés rwandais du « Hutu Power » ?


Guillaume Ancel

Ancien officier de l’armée de terre, Guillaume Ancel a pris part à l’opération française Turquoise, officiellement mandatée par l’ONU alors que le génocide était largement consommé et dont l’objectif reste controversé. En juillet 1994, il a été témoin de livraisons d’armes françaises aux auteurs du génocide, alors réfugiés en RDC. Il revient pour Jeune Afrique sur les dimensions occultes de l’action militaire française au Rwanda.

Jeune Afrique : Avez-vous été sollicité par Survie dans le cadre de cette plainte ?

Guillaume Ancel : Non. Je pense que l’association a souhaité baser sa démarche judiciaire sur les documents qu’elle a pu réunir.

Vous avez pourtant été le témoin direct d’une livraison d’armes aux forces génocidaires par l’armée française en pleine opération Turquoise, en juillet 1994…

Je pense qu’il est important de distinguer le soutien que la France a pu apporter au régime rwandais au moment où il dérivait, avant avril 1994, et celui d’après le début du génocide. Tant que les massacres n’avaient pas débuté, même si des signaux permettaient de redouter ce scénario, on ne pouvait pas le prédire avec certitude. Cela est très différent du soutien apporté par la suite, en connaissance de cause, au régime qui commettait le génocide.

J’ai participé à l’opération Turquoise, dont l’ambiguïté était évidente : elle a été « habillée » comme une opération humanitaire alors qu’elle consistait initialement à apporter un soutien militaire au régime génocidaire. C’est dans ce cadre que j’ai assisté à une scène qui, à elle seule, sur le plan pénal, pourrait justifier la mise en cause de responsables français pour complicité de génocide. Sous couvert de cette opération humanitaire, la France a en effet livré des armes aux forces génocidaires exilées dans les camps de réfugiés de la RDC. C’était durant la deuxième quinzaine de juillet 1994. Officiellement, le génocide venait de prendre fin. Mais à cette date, on savait tout. Il ne pouvait s’agir d’une erreur de jugement. C’était un acte délibéré.

S’agissait-il d’une livraison d’armes ou leur a-t-on restitué des armes qu’on leur avait saisies avant leur fuite vers le Congo ?

J’ai longtemps pensé qu’on leur avait restitué leurs propres armes. Mais grâce au témoignage d’un officier de la Légion étrangère, j’ai compris que le volume des armes confisquées à l’ancienne armée rwandaise n’aurait pas permis d’alimenter le convoi que j’ai vu passer : entre sept et dix camions chargés de containers maritimes. Un officier français m’avait demandé de détourner l’attention des journalistes présents sur place pour qu’ils ne remarquent pas ce convoi, dont il m’a dit clairement qu’il contenait des armes pour les réfugiés hutus. Il s’agissait bien d’un stock pour soutenir délibérément l’armée génocidaire. Il ne pouvait donc s’agir que d’une décision politique prise au plus haut niveau de l’État.

Depuis que vous avez révélé certaines dimensions cachées de l’opération Turquoise, en avril 2014, vous avez publié des textes sur le sujet et participé à des colloques. Qu’est-ce qui vous motive ?

Il s’agit pour moi d’un enjeu démocratique. J’ai quitté l’armée de terre il y a dix ans, après une carrière très intéressante. Et je trouve choquant que dans une société qui se revendique démocratique, et qui passe son temps à donner des leçons politiques au monde entier, on soit incapable de tenir un débat sur le rôle que nous avons joué dans un génocide. C’est un blocage culturel des grands partis, lesquels entendent protéger leurs décideurs qui étaient aux affaires en 1994.


Qui, en France, s’accapare le droit d’empêcher les citoyens français de savoir ce qui a été accompli en leur nom ?

En tant que citoyen et qu’ancien officier ayant participé à Turquoise, je veux obtenir la garantie qu’on saura éviter qu’un tel drame se reproduise à l’avenir. Or pour l’éviter, on doit savoir ce qu’il s’est passé. Qui, en France, s’accapare le droit d’empêcher les citoyens français de savoir ce qui a été accompli en leur nom, notamment en empêchant la déclassification des archives du Quai d’Orsay, de la DGSE et de l’Élysée?

En 21 ans, seuls deux anciens militaires – vous-même et un ancien adjudant du GIGN – ont accepté de livrer leur témoignage sur le rôle qu’on leur a fait jouer au Rwanda. Comment expliquez-vous cette omerta ?

Pour ceux qui sont encore en service, il s’agit du strict respect de l’obligation de réserve. S’ils s’exprimaient sur le sujet, ils mettraient fin à leur carrière, contrairement à moi qui ai acquis une liberté de parole en quittant l’armée. Pour les autres, il ne faut pas minimiser le fait que ce dossier met en lumière la relation trouble de la France dans un génocide. C’est très dur d’en parler. Moi-même, ça m’a coûté de devoir dire : « Oui, je pense qu’on s’est lourdement trompé au Rwanda. »

À titre privé, j’ai reçu des témoignages de militaires français qui sont intervenus là-bas. Ils considèrent avoir agi comme des professionnels, en conduisant avec efficacité les missions que les décideurs politiques leur avaient confiées. Ils estiment aujourd’hui que ce qu’ils ont fait n’était pas propre mais que dans le contexte de l’époque, ils n’en avaient pas forcément conscience car ils ne maîtrisaient pas les tenants et aboutissants de la crise rwandaise. Mais ils refusent d’exprimer publiquement leurs états d’âme par crainte des ennuis qu’on pourrait leur créer. Personnellement, j’ai tout de même fait l’objet de pressions juridiques, physiques, professionnelles… Le débat sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda reste tabou.


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Ven 6 Nov - 15:58

L’art français de la guerre. Les mots et les maux du colonialisme 12 février 2012 |  Par Serge Koulberg


Serge Koulberg a écrit:
Alors que nos gouvernants s’appliquent à conduire notre civilisation vers la concentration des pouvoirs et des avoirs que combattent les révolutions arabes ou les oppositions russes, sans mégoter, l’actualité en déborde, sur les médiocrités idéologiques de la colonisation intérieure, il est réconfortant de lire un vrai roman qui met en parallèle cette colonisation intérieure avec celle de l’Indochine ou de l’Algérie : tous Français, mais les uns citoyens, les autres sujets.

Quelques jours après le discours extrêmement juste, de mot et de ton, de Serge Letchimy et la grande dignité des réactions et commentaires sur Médiapart, j’ai pensé que le livre d’Alexis Jenni avait toute sa place dans ce débat.

C’est le livre dont nous avions besoin. Un signal d’alarme qui fait confiance au lecteur pour le construire avec son propre solfège. Un récit qui prend place proprement dans le poisseux débat sur l’identité nationale. Une écriture qui tente “de montrer”, même si le doigt n’essaye pas de rester neutre.

“Ecrire n’est pas mon fort, dit le narrateur, mais poussé par la nécessité et le manque de moyens, je m’y efforce alors que je ne voudrais que peindre, montrer du doigt en silence et que cela suffise.”

Mais que d’esquisses pour parvenir à épurer l’image, quelle coulée de mots avant d’atteindre au mot juste, à la phrase tracée d’un seul trait de plume. Alexis Jenni n’a rien effacé de ces esquisses, de ces coulées primitives : au lecteur d’utiliser ses propres révélateurs, de saisir le tableau, de se rendre visible l’image latente que travaille l’écriture. Le lecteur peut percevoir alors la réalité d’aujourd’hui que reflètent ces phrases.

“Je réfléchis, je construis un miroir, je ne fais que refléter.”

Non Alexis Jenni ne fait pas que refléter, il laisse couler en abondance le fleuve des mots et des images, au risque parfois de nous submerger de sang, de sueur, de boues. Il faut tenir. N’est-ce pas au prix de ce travail de lecture, qu’en littérature, il est possible de parler de fraternité.

Voici donc une écriture qui dessine et qui montre, sur un sujet qui partitionne les Français et que les gouvernants médiocres tentent de lancer, comme des grenades dégoupillées, dans l’arène sociale avec pour seul objectif de provoquer du dégât. Voici un sujet qui est aussi au cœur de toute évolution de l’humanité vers un peu plus d’humanité :  vers l’affirmation de l’égalité fondamentale de tous les êtres humains que corrode en permanence de vieux relents de races, de droit du sang ou de la terre, tout cet arsenal de justification pour dissimuler que la terre est à tout le monde, et que “L’origine des troubles, ici comme là-bas n’est que le manque de considération, et aussi, que l’inégale répartition des richesses ne fasse pas scandale.”

Il existe tout une histoire du colonialisme et des affrontements rituels à la chorégraphie immuable entre défenseurs et dénonceurs de notre passé colonial. Ce qui est moins fréquent c’est de traquer les restes de colonialisme qui tournent dans nos têtes et dans les mœurs. ( mais peut-on parler de restes ?)

Il y a Salagnon, fougueux résistant devenu officier parachutiste “La colonie, dit-il, est un vers qui ronge la République.” Combattant valeureux, il peut être crédible à poser sur les guerres coloniales un regard qui sans nier les fraternités de combat n’en observe pas moins, avec une douloureuse lucidité, les illusions tragiques de la force. “la pourriture coloniale rentrera avec eux.” S’alarmait-il, en parlant de ceux qui avaient exercé cette force en Algérie.

Le narrateur, deuxième personnage de ce livre, souffre de voir cette prophétie se réaliser sous ses yeux dans la société d’aujourd’hui De sa fenêtre il observe la Force qui tente de terroriser ces quartiers et ces communautés “qui ne veulent plus vivre ensemble”. Cela revient comme un   leitmotiv :

“Si la nation est volonté de vivre en commun, la nôtre se délite à mesure que se bâtissent les quartiers, les lotissements, que se multiplient les sous groupes qui ne se mélangent plus. Nous mourons à petit feu de ne plus vouloir vivre ensemble.”

Alexis Jenni a conscience d’aborder un sujet dont il est extrêmement difficile de parler.

Salagnon tente d’écrire son autobiographie mais dès la première phrase il se rend compte de la distance irréductible qui sépare ce qu’il porte en lui et ce que ses mots relatent. Il faut bien commencer par le début, se dit-il, mais la mémoire n’a pas de début lui répond le narrateur “Il y a dans un événement quelque chose que son récit ne résout pas. ” Il sait pourtant “qu’un seul instant vécu contient plus que n’en peut décrire tout une caisse de livres.” Mais le narrateur ne cesse de douter de sa propre capacité à traduire dans les mots. Il lui semble que la peinture pourrait dire mieux, donner à voir.

Il demande à Salagnon de lui apprendre à peindre : “…“qu’il m’apprenne à tenir un pinceau mieux que je ne tiens le stylo, et qu’enfin je puisse montrer.”  

Salagnon, la peinture lui a permis de mettre assez de distance entre les événements de la guerre coloniale et lui pour qu’il ne s’y noie pas, qu’il n’en ressorte pas tout hérissé de haine comme son frère de combat Mariani.

Un narrateur en somme qui se choisit un maître  à une époque où la mode est de se faire tout seul.

Le narrateur a beau se plaindre des mots, il sait les utiliser. Il sait leur faire dire des images qu’on n’oublie plus.

Les images de la guerre coloniale sont ahurissantes : image de Trambassac, le colonel “qui semait sur toute la Haute région une multitude de petits Duguesclin”, image des militaires dont la vie se résume à tirer, se faire tirer dessus : “ça marche parce qu’on ne pense pas”, précise Salagnon. Sur le moment il est possible de ne pas penser. “… La pensée est un travail de calcul qui ne tombe pas toujours juste, mais continue toujours.”

Image fantastique de la forêt indochinoise : “… les animaux s’y déchirent avec des raffinements, et les végétaux n’ont pas même le temps de tomber sur le sol, ils sont dévorés debout par ceux qui poussent autour, et dessus.”

De France on se fait de fausses images de la forêt vierge, “car celle des romans d’aventure est copiée sur les grosses plantes qui poussent à côté de la fenêtre dans les salons surchauffés, et les films de jungles sont tournés dans les jardins botaniques. Cette forêt en livres, bien charnue, on lui prête une admirable fertilité ; on lui croit un ordre dans lequel on progresserait au sabre d’abattis, avec au cœur la joie de l’appétit, au ventre la tension de la conquête, tout ruisselant de la bonne sueur de l’effort qu’un bain dans la rivière dissipera. Ce n’est pas du tout ça”  

( à rapprocher de la description de Lyon l’hiver : la boue qui envahit tout)

Images tenaces du quadrillage d’Alger en 58 : “Tout ce qui bougeait  fut arrêté. Tout arrêta de bouger”   (passage qui va revenir comme un refrain)

“Nous allions avoir du mal à vivre encore ensemble.”

L’obsession et la justification du renseignements : “ or ils n’arrêtaient pas des coupables : ils les construisaient.” Commente Salagnon.

Autre flash sur l’esprit colonial en Indochine : un Allemand qui se bat désormais dans l’armée française, à Salagnon qui doute de la culpabilité d’un instituteur arrêté : “La culpabilité personnelle n’a pas d’importance. La terreur est un état général. Quand elle est bien menée, bien implacable, sans répit et sans faiblesse, alors les résistances s’effondrent.”

Problème technique : obtenir des renseignements, solution technique : la torture. Entre les deux, de la réalité humaine que le pinceau de Salagnon saisit au vol.

Et tout ça pour rien, pour faire la guerre, parce que “La guerre est la forme la plus simple de la réalité.”  Parce que “Les nœuds où on vit, on veut finalement les trancher par l’usage de la force. Pour simplifier.”

Mais la force ne résout rien : “Il est tragique d’oublier, rappelle Salagnon, qu’à la fin, nous avons perdu..”

Mais “La force ne se donne jamais tort, quand son usage échoue, on croit toujours qu’avec un peu plus de force on aurait réussi. (…)”

Ce n’est pas le récit d’un historien, mais Alexis Jenni ne s’interdit pas quelques rappels sans lesquels on ne comprendrait rien.

Le rappel, par exemple, des massacres de mai 1945 où s’origine la guerre d’Algérie : “massacres qui donna aux nations une place dans l’Histoire. (Guerre qui assure à la France dix ans de paix déclare le Général Duval)

“On n’apprend pas impunément la liberté, l’égalité et la fraternité à des gens à qui on la refuse.” Commente Salagnon.

Et en contrepoint les images du parallèle. Parallèle entre la guerre dans les colonies et les mouvements de police ici, aujourd’hui en France, le fameux “ le savoir-faire Français” qui a fait couler beaucoup d’encre.

Le grand décalage entre les guerres et le récit des guerres : “Par le blindage nous nous sentions protégés. Nous avons brutalisé tout le monde ; nous en avons tué beaucoup, et nous avons perdu toutes les guerres. Toutes.”

Même décalage avec les interventions de police dans les quartiers: “Les policiers sont jeunes, très jeunes. On envoie les jeunes en colonnes blindées reprendre le contrôle des zones interdites. Ils font des dégâts et repartent. Comme là-bas. L’art de la guerre ne change pas.” Descriptions ahurissantes de la Force carapaçonnée en cosmonautes.

Mais la torture n’est pas le pire affirme Salagnon, “le pire c’est d’avoir recréé chez nous ce même monde colonial où certains sont citoyens et d’autres sont sujets.”

Le mal ne date pas des guerres d’indépendance, il était là tout entier durant la colonisation : “ Nous avons manqué à l’humanité… Nous avons créé un monde où selon la forme d’un visage, selon la façon de prononcer le nom, selon la manière de moduler une langue qui nous était commune, on était sujet ou citoyen.”

C’est dans cette brèche que s’engouffrent les haines : les mots méchants qui soufflent sur la race. ( et la civilisation)

“La race n’est pas un fait de nature, elle n’existe que si on en parle.” Ceux qui en parlent ici et aujourd’hui dans ce récit, Alexis Jenny les appelle les Gaffes. Les Gaffes s’emploient à ne pas laisser oublier les races : “ils brassent du vent et tout le monde croit que le vent existe.”

On croit de nouveau en la division de l’humanité. On utilise de nouveau des mots qui balafrent des frontières. Les mots du livre ici deviennent écrasants.

“Je filais dans a rue, emportant avec moi une bouffée de puanteur, celle des égouts de la langue un instant entrouverts.”

Mais derrière cette lourde réalité un aspiration à la beauté, au silence, à la fraternité, présente tout au long du livre, le dominant de toute sa force de création :

“ Salagnon dessinait dans le plus grand silence, et même intérieurement ne prononçait aucune parole.”


Il peint les supplétifs thaïs: allongés, assis, accroupis, pliés ou debout, “ils pouvaient adopter bien plus de poses que ne pouvaient l’imaginer les Européens.”

Il montre au narrateur une table rouillée transfigurée par la neige : les tables rouillées devenues sous la neige des chefs-d’œuvre d’harmonie :  “Regarde comme c’est bien fait le monde, quand on le laisse faire. Et regarde comme c’est fragile.”

Mais jamais Salagnon ne se prend pour un artiste.

Quand le narrateur lui demande pourquoi il veut se débarrasser de ses dessins il répond : “Ce qui reste de ces moments-là m’encombre”. Je dessinais ce que je voyais pour qu’Eurydice le voie. Quand elle l’avait vu, le dessin était fini.”

Eurydice c’est la femme que Salagnon aime et qui remplit toute sa vie, c’est la femme qu’il va chercher dans l’enfer de Babel oued en 1962. Eurydice c’est sa femme, c’est une belle histoire d’amour qui traverse tout le livre, des taches de respects, de tendresse, de beau désir qui défie le temps et qui coule avec toute sa fougue dans tous les interstices de la monstruosité coloniale de guerre. Il faut oser tant de beauté dans les sentiments, avec toute la foi des grands commencements qui durent. Il faut oser laisser toute sa place à cette beauté impalpable comme le blanc des pages : “la vie est ce qui reste, ce que les traces  n’ont pas recouvert.” (les traits de pinceaux comme les traces de mémoire)

Et Salagnon garde jusqu’au bout son amitié pour Mariani qui l’a sauvé en Indochine et qui est maintenant FN, amitié parce que “ Je me fous de la mort. Et Mariani aussi. C’est ce qui me donne cette indulgence pour lui.” Mais aussi parce que  “L’amitié vient d’un seul geste, elle se donne tout d’un coup, ensuite ça roule.”  

Et quand le roman doit finir et que Salagnon et Mariani cherchent la sortie au fond de l’eau du fleuve où ils sont partis pêcher,  ils précisent : “comme ça nous pourrions disparaître sans nous être disputés. Sans que l’un de nous ait raison et l’autre tort.”

La chute rappelle le désastre de l’esprit colonial :

“ Le français, je l’ai utilisé pour faire taire. Les mots entre nous étaient des fils de fer, et pendant des années encore, quand on utilisera ces mots qui furent utilisés, alors, on s’électrocutera à leur contact.”

Alexis Jenni: L'Art français de la guerre (Gallimard, 634 p., 21€)




Dernière édition par Patlotch le Ven 6 Nov - 16:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Ven 6 Nov - 16:05



Prix Goncourt. Le roman du remords colonial 23 août 2011 | Par Antoine Perraud

L'Art français de la guerre, d'Alexis Jenni, pourrait s'appeler Du sang, de la volupté et de la mort comme l'essai de Maurice Barrès. Il renverse toutefois cet ordre, d'un souffle propre à une conscience révulsée par l'injustice coloniale, mais fascinée par les vaincus escamotés de cette aventure. Ce roman d'une ampleur cosmique fore somptueusement nos traumas bellicistes



Citation :
En cette rentrée littéraire, certains écrivains, à leur manière, répliquent aux criailleries de Nicolas Sarkozy concernant l'identité nationale. Boualem Sansal, dans Rue Darwin (à paraître le 25 août chez Gallimard), produit une fresque fabuleuse et véridique sur les angoisses et les joies des appartenances multiples et inextricables dans l'Algérie d'hier et d'aujourd'hui. Un hymne contre l'assignation à résidence familiale, tribale, clanique, nationale: «J'étais de deux familles, deux mondes que tout séparait, et la vérité qui pouvait les réconcilier en moi était inaccessible, personne ne la savait, ou ceux qui la savaient ne la diraient pas, elle les aurait détruits.»

De son côté, le psychanalyste Ali Magoudi avait raconté pour Mediapart, à l'été 2008, son tiraillement consubstantiel entre un père algérien et une mère polonaise, qu'un destin embrouillé avait fait se croiser à Varsovie en pleine Seconde Guerre mondiale. Il retrace par le menu sa collecte intime mais universelle, sa traque dans les archives ou parmi les témoins survivants. Et cela donne Un sujet français (Albin Michel). Ce périple haletant, méticuleux, se veut une exploration des complexités foisonnantes, que tentèrent de figer dans une simplicité grotesque et grosse d'injustices les marottes de MM. Sarkozy et Besson.

Là où une droite française munie d'œillères rétrécit les réalités, l'écrivain augmente, dilate, libère: «Je décide de rendre public le récit de ma quête pour me forcer à ne pas faire l'impasse sur l'essentiel: la vie d'Abdelkader Magoudi a été marquée par la colonisation française, par son statut d'immigré nord-africain, par l'occupation allemande dans l'Hexagone, l'État français de Vichy, l'expansion nazie dans toute l'Europe et au-delà, le communisme en Pologne, les mouvements de décolonisation. Retrouver dans l'intime de la vie de mon géniteur les marques de la grande Histoire me paraît d'emblée nécessaire», écrit Ali Magoudi à l'orée de son livre.

À la fin du sien, exactement à la page 605 de L'Art français de la guerre (Gallimard), Alexis Jenni fait dire à son narrateur: «À quoi rime cette identité nationale catholique, cette identité de petites villes le dimanche? À rien, plus rien, tout a disparu; il faut agrandir.»

La puissance du projet et du propos d'Alexis Jenni, 48 ans, dans ce premier opus publié, consiste précisément à élargir en récapitulant, de romanesque façon, le long tunnel d'une histoire française, européenne et coloniale: comment les frais vainqueurs de la barbarie nazie en vinrent à casser du Vietnamien puis de l'Algérien; comment une violence sur la défensive irrigua le mental français de l'occupation allemande jusqu'à l'indépendance algérienne; comment une telle traînée de haine, contre la menace d'un envahisseur félon, se voit réactiver, avec pour cible les immigrés ou leur lignée, maudits jusqu'à la septième génération...

Alexis Jenni, pour décrire la désunion française, associe, combine et relie deux récits: celui du narrateur, à la première personne du singulier, auquel s'adjoint la relation des mésaventures de Victorien Salagnon, jeune résistant respirant la liberté à pleins poumons dans le maquis, avant que de finir en officier parachutiste dévoyé au fin fond du pandémonium algérien: «Nous avons manqué à l'humanité. Nous l'avons séparée alors qu'elle n'a aucune raison de l'être. Nous avons créé un monde où selon la forme du visage, selon la façon de prononcer le nom, selon la manière de moduler une langue qui nous était commune, on était sujet ou citoyen. Chacun consigné à sa place, cette place s'héritait, et elle se lisait sur les visages. Ce monde, nous avons accepté de le défendre, il n'y a pas de saloperie que nous n'ayons faite pour le maintenir. Du moment que nous avions admis l'immense violence de la conquête, faire ceci ou cela n'était plus que des états d'âme. Il ne fallait pas venir; je suis venu.»

Voilà ce que finit par lâcher Victorien Salagnon, à l'issue d'un roman à la composition si musicale, avec ses voix qui se passent le relais, que le lecteur ressent la même sorte d'extase, en se plongeant dans le livre, qu'à l'écoute du «Tuba mirum» du Requiem de Mozart; quand les chants des solistes s'échelonnent pour dire l'horreur trompetée avec éclat («Turba mirum spargens sonum») à travers l'ensevelissement universel («per sepulchra regionum»).


Trompeur donc créateur, retors donc romancier, illusionniste donc styliste

Trompeur donc créateur, Alexis Jenni jumelle deux verbes, deux personnages dépareillés, pour raconter l'effondrement de toute possibilité d'un vivre ensemble, l'anéantissement de toute concorde nationale massacrée sous un regain de barbarie coloniale. La beauté de ce qui se noue entre le vétéran Salagnon et son interlocuteur, double de l'auteur, accentue l'effroi de ce qui s'écroula: la douceur d'un duo qui se forme donne à comprendre la défiguration psychique, politique et sociale à l'œuvre.


Retors donc romancier, Alexis Jenni laisse croire qu'il écrit sur la peinture: Victorien Salagnon, vieil asiate devenu, apprend au narrateur le maniement du pinceau et de la trace qu'il laisse. Mais si le regard est magnifié tout au long de ces 634 pages, comme pour nous avertir que l'homme perdrait la vue à s'enterrer comme une taupe, histoire de se protéger d'autrui, L'Art français de la guerre a l'ouïe pour toile de fond. La sonorité si riche de cette épopée va des balles qui sifflent aux hésitations, aux inflexions, aux rodomontades et aux non-dits de la langue. Qu'elle soit piaillée ou éructée, modelée ou chuchotée, la langue, invisible symptôme, parcourt le roman comme un arc électrique.

Illusionniste donc styliste, Alexis Jenni fait mine de prendre le mal à la racine et de décrire un déluge de feu. Mais son élément est d'abord et avant tout liquide. Mathias Enard, dans Zone (Actes Sud), puissant roman récapitulatif ayant marqué l'automne 2008, s'appuyait sur le chemin de fer pour soutenir son épopée. L'Art français de la guerre vogue sur tout ce qui s'écoule: l'eau, l'encre, le sang et ses vaines cascades, sans oublier la sueur, obsessionnelle, ressentie telle «la bave d'un baiser non souhaité»...

Tout le roman peut se lire comme la lutte inégale entre ce qui se déverse et ce qui tente de stopper un tel dégorgement: les cailloux, les corps, les véhicules, les mots: «Je m'entêtai à raconter l'histoire d'une communauté de gens qui peuvent se parler car ils partagent la même langue, mais qui échouent à se parler car ils trébuchent sur des mots morts. Il est des mots que l'on ne prononce plus, mais ils restent, et nous parlons avec des grumeaux de sang dans la bouche, cela embarrasse les mouvements de notre langue, nous risquons de nous étrangler alors nous finissons par nous taire.»

Tout est organique chez Alexis Jenni: «Les molécules ne meurent jamais, elles se transmettent, comme les mots. Les molécules sont les mots dont nous sommes les phrases.» Si bien qu'une poésie étrangement politique happe le lecteur. On lui fait sentir les choses plutôt que de l'effleurer avec des idées: «Le corps social se tait; et quand il ne va pas bien il s'agite. Le corps social dépourvu de langage est miné par le silence, il marmonne et gémit mais jamais il ne parle, il souffre, il se déchire, il va manifester sa douleur par la violence, il explose, il casse des vitres et de la vaisselle, puis retourne à un silence agité.»

L'homme redevient nature et le paysage se fait humain, comme ces «hêtres râblés» que les jeunes maquisards de 1943 découvrent, «tordus par toute une vie d'alpage». Il en résulte une implacable et douce synesthésie. Marionnettiste des sensations, l'auteur donne à croire que nous avons éprouvé ce qu'il prouve. L'Indochine devient ainsi «ce pays perdu dont il ne reste qu'un nom, un mot seul avec majuscule, habité d'une vibration douce et maladive, conservé au fond du langage».

Ce roman alternant l'allegro vivace d'une poursuite dans la jungle et l'andante moderato d'énigmatiques tracées à l'encre de chine, ce roman aux descriptions empoignantes et aux aléas tragiques offre des trouées philosophiques, stratégiques, médiologiques. Un colonel du maquis en 1943: «Les grosses machines ne sont pas tout, messieurs. Et les machines, ce sont les Allemands qui les ont. Nous n'avons d'autres richesses que d'hommes et nous allons mener une guerre d'infanterie. Ils tiennent le pays? Nous serons la pluie et les ruisseaux qu'ils ne peuvent tenir. Nous serons le flot qui use, les vagues qui frappent la falaise, et la falaise n'y peut rien car elle est immobile; ensuite, elle s'effondre.»

Ou encore, à propos des chars de la Wehrmacht en 1944: «Ni la pierre ni le fer ne protègent des coups. Si l'on reste nu, on peut courir parmi les hommes identiques, et les balles au hasard peuvent hésiter et manquer leur but; les probabilités protègent mieux que l'épaisseur d'un blindage. Nu, on est oublié; mais protégé d'un char, on sera visé avec obstination. Les protections impressionnent, elles font croire à la puissance; elles s'épaississent, elles s'alourdissent, elles deviennent lentes et visibles, et elles-mêmes appellent à la destruction. Plus la force s'affirme, plus la cible grossit.»

Au sujet de la guerre d'Indochine, de l'armée lâchée à la va-vite sur la péninsule avec son armement: «Mais la machine avait un mode d'emploi clair: incendier. Et ici il n'était à incendier que les villages et leurs maisons de paille et de bois, avec tout ce qu'il y avait dedans. L'outil même empêchait que cela tourne autrement.»

Au regard des émeutes urbaines actuelles et de leur répression: «Jadis, nous confiions en totalité notre violence à notre État et le policier municipal faisait sourire. Il descendait du garde champêtre, avec une simple réduction de la moustache, et ne portait pas de tambour (...) Puis cela se perfectionna, comme tout. On engagea un autre type d'hommes. Ils furent plus nombreux. Ils n'eurent pas d'armes à feu mais des outils de contention dont on leur apprit à se servir. Ils étaient bâtis en force, ils ressemblaient aux hommes de guerre.»

Ou encore: «Il est inutile d'être si fort. L'usage de la force est absurde car la nature du monde est liquide; plus on cogne, plus il durcit, plus on le frappe fort, plus il résiste, et si l'on frappe encore davantage, on s'y écrase. Notre force même produit la résistance. On peut, bien sûr, rêver de tout détruire. C'est l'aboutissement rêvé de la force.»



«La ressemblance, confondue avec l'identité, permet le maintien de l'ordre»


Alexis Jenni brasse des thèmes, des informations et des analyses sur lesquels s'attarde souvent Mediapart: regard admiratif et pourtant critique sur Charles de Gaulle, dont des propos de comptoir sur «Colombey-les-deux-mosquées» furent rapportés par Alain Peyrefitte; brève apparition (p. 490) d'un sociologue pointant les contrôles au faciès pratiqués par la police...

Le leitmotiv de L'Art français de la guerre, outre celui ayant trait à la langue (lire l'extrait sous l'onglet «Prolonger»), concerne l'entre-soi illusoire et fantasmé, fondé sur la prétendue notion de race, que «la pourriture coloniale» étendit de l'Algérie à la métropole, où la guerre contre les différences culturelles et cultuelles ne sera jamais achevée aux yeux des revanchards: «La race n'existe pas, mais elle est une identité effective. Dans la société sans classes, dans la société moléculaire livrée à l'agitation, tous contre tous, la race est l'idée visible qui permet le contrôle. La ressemblance, confondue avec l'identité, permet le maintien de l'ordre. Ici comme là-bas.»

On a même droit à ceci: «La race est une pensée inconsistante, qui repose sur notre avidité éperdue de ressemblance; et qui aspire à des justifications théoriques qu'elle ne trouvera pas, car elles n'existent pas. Mais cela indiffère, l'important est de laisser entendre (...) Et derrière, dessous, dans l'obscurité des coulisses, pendant que le public applaudit au petit guignol racial, se jouent les vraies questions, qui sont toujours sociales.»

Alexis Jenni réussit le prodige, en inscrivant de tels propos dans l'amplitude narrative, dans la magie romanesque et dans la sorcellerie littéraire, de ne jamais verser dans le prêchi-prêcha politiquement bienséant. Il n'est pas dans la détestation qui claque les portes au nez. Il va le plus loin possible vers les baroudeurs et les tortionnaires, sans pour autant se laisser vampiriser. Cet intérêt soutenu pour les rebuts de l'Histoire, cette façon de remonter le cours des raisonnements tortueux propres aux interrogateurs sadiques et désespérés des sous-sols de la villa Sésini d'Alger (jamais nommée comme telle, le romancier se fait cotonneux là où le journaliste se doit d'être factuel), cette obstination à donner la parole aux salauds plutôt que de la réfuter d'office, donne son prix au livre.

D'où, soudainement, un éclat de rire de la part du lecteur, qui vaut bien des indignations. Ainsi, quand un ancien para, désormais pilier de l'extrême droite dans la banlieue lyonnaise, découvre à la télévision un coureur noir portant les couleurs de l'Irlande: «Les Irlandais ne sont pas noirs, reprit Mariani. Sinon plus rien ne veut plus rien dire. Fait-on du camembert avec du lait de chamelle? Et cela s'appellerait encore camembert? Ou du vin avec du jus de groseille? Oserait-on sans rire appeler ça du vin? On devrait étendre la notion d'AOC aux populations. L'homme a plus d'importance que le fromage, et il est tout autant lié à la terre. Une AOC des gens, ça éviterait des absurdités comme un Irlandais noir, qui gagne les courses.»

De l'expédition d'Irak découverte en 1991 sur le petit écran aux tensions dans les banlieues de l'Hexagone vues de la fenêtre du narrateur, des conflits infinis dans lesquels s'embourba la France à une scène de ménage sur fond d'abats cuisinés avec une débauche ahurissante d'incongruité, L'Art français de la guerre envoûte. Il y a la ronde des personnages épisodiques. Il y a la hantise du révolu, la tendresse pour les vaincus et l'inaltérable dignité conférée à l'altérité. Il y a des climats pénibles comme des linceuls, des végétations folles, impossibles, profuses. Il y a le bruit des armes, le cri des bêtes, le silence des hommes. Il y a des caresses féminines entre deux égorgements virils. Il y a Victorien Salagnon, ami de papier, sage d'entre les mots et les morts.

Malgré les crépitations incertaines et les grondements confus, le roman, avec constance, oppose à la contagion des répugnances la transmission de la finesse, du savoir, de la civilisation. Homère surgit parfois en coryphée de cette tragédie. L'oncle de Victorien Salagnon, passeur égaré finissant parmi les fusillés de l'OAS après tant d'héroïsme dispensé dans un maquis de la Saône, avait appris L'Odyssée par cœur: «Allons! écarte-toi de la fosse! détourne la pointe de ton glaive: que je boive le sang et te dise le vrai!»

Malheureux qui comme l'Ulysse français a fait un long voyage, de l'affranchissement anti-nazi à l'asservissement colonial. Adieu la douceur angevine ! Voici, poussée à bout et toujours recommencée, la furia francese entièrement contenue dans L'Art français de la guerre, avoisinant la langueur et l'émotion des rares délivrances individuelles.

À lire un extrait du roman sous l'onglet «Prolonger».





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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 8 Nov - 14:32



Comment les multinationales escroquent l'Afrique Christian Losson 2 juin 2015


L'évitement de l'impôt des multinationales en Afrique prive le continent d'une manne
pour faire face aux défis de lutte contre la pauvreté. Photo Philippe Huguen. AFP

Selon un rapport d'Oxfam, des investisseurs basés dans les pays du G7 ont échappé à 6 milliards de dollars d'impôt en 2010

Citation :
Comment les multinationales escroquent l'Afrique

Les Etats sont désormais minoritaires: 51 des 100 plus grandes économies du monde sont désormais des multinationales. Et cela ne va pas s’arranger avec la vague d’optimisation, d’évitement et/ou d’évasion fiscaux que mettent en œuvre, en toute impunité, les plus grandes firmes de la planète. Dans son rapport Parlons argent : l’Afrique invitée du G7, publié ce mardi, Oxfam révèle qu’en 2010, la dernière année pour laquelle des données sont disponibles, des multinationales et des investisseurs basés dans les pays du G7 ont escroqué l’Afrique de 6 milliards de dollars (5,4 milliards d'euros). Cette somme correspond à plus du triple des fonds nécessaires pour combler le déficit de financement de la santé en Sierra Leone, au Liberia, en Guinée– trois pays dévastés par l’épidémie d’Ebola.

En cause: la manipulation des prix de transfert, une astuce qui permet à une entreprise de fixer artificiellement les prix auxquels ses filiales s’échangent des biens ou services dans le but d’échapper à l’impôt. Par ce biais, des firmes ont soustrait à l’impôt 20 milliards de dollars de bénéfices réalisés en Afrique. Le taux d’imposition des sociétés s’établissant en moyenne à 28 % dans les pays africains, cela correspond donc à un manque à gagner fiscal de près de 6 milliards de dollars. Mais cette manipulation des prix de transfert n’est que l’un des procédés mis en œuvre par les multinationales pour éviter de payer leur juste part d’impôt.

«Les administrations fiscales sont dépassées»

Quelle est l’ampleur du phénomène? Diverses évaluations existent. 160 milliards de dollars (145 milliards d’euros) par an de manque à gagner pour les seuls pays en développement, estime l’ONG Christian Aid. Dans un rapport publié le 26 mars 2015, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement estime que l’ensemble des pays en développement sont privés annuellement d’environ 100 milliards de dollars. «Ces 100 milliards ne recouvrent pas tous les procédés d’optimisation fiscale utilisés par les multinationales, ni les 138 milliards de dollars que les pays en développement perdraient chaque année en octroyant à celles-ci de généreux avantages fiscaux», rappelait Action Aid en 2013.

Reste que sur ces 100 milliards, la moitié, soit 50 milliards, échappe au seul continent africain. 50 milliards, c’est aujourd’hui le double de ce que reçoit l’Afrique en aide publique au développement. «A l’arrivée, les rentrées fiscales chutent, et les mesures d’austérité redoublent, confiait à Libération Johnlyn Tromp, d’Oxfam Afrique du Sud, lors du Forum social mondial de Tunis, en mars. Les administrations fiscales sont dépassées par les montages sophistiqués et sont, de plus, décimées par les coupes budgétaires. Elles sont un peu comme ceux qui n’ont pas les moyens de s’asseoir à la table d’un restaurant et se contentent de regarder le menu.»

Or, collecter davantage d’impôts est capital pour des pays qui vont devoir s’adapter au changement climatique et s’engager, en septembre au sommet de l’ONU, à l’occasion de l’agenda de développement post-2015. Avec, comme ambition, de mettre fin à la pauvreté et à la faim, améliorer la santé et l’éducation, bâtir des villes plus durables, combattre les changements climatiques et protéger les océans et les forêts.

Oxfam entend pousser le G7, qui se réunit les 7 et 8 juin en Bavière, à agir. «Les dirigeantes et dirigeants du G7 ne doivent pas se contenter de resserrer les mailles du filet dans leur propre pays et laisser les multinationales se soustraire à leurs obligations fiscales en Afrique, affirme Nicolas Vercken, d’Oxfam France. Le G7 doit associer l’Afrique aux efforts internationaux de réforme d’un système fiscal dysfonctionnel sur un pied d’égalité. Alors seulement l’Afrique pourra percevoir les recettes fiscales qui lui sont dues et dont elle a cruellement besoin pour vaincre l’extrême pauvreté et les inégalités.»

«Faites en sorte que les multinationales paient leur part!»

Il existe bien des initiatives internationales en cours pour mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises. C’est le cas du projet BEPS de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, piloté par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à la demande du G20. Mais, assure Oxfam, le projet laissera des failles béantes que les multinationales pourront continuer d’exploiter dans les pays en développement. Nombre de pays africains ont été exclus des discussions menées dans le cadre du processus de réforme BEPS ; ils n’en bénéficieront donc pas. «La France continue d’apporter un soutien sans faille au projet de l’OCDE et de s’opposer à une réforme fiscale plus ambitieuse et démocratique», dit Nicolas Vercken.

«Il est totalement absurde qu’il existe des organisations internationales pour le commerce, la santé, le football mais pas pour les taxes», ajoute Winnie Byanyima, la directrice exécutive d’Oxfam international. Oxfam, avec d’autres ONG comme Action Aid ou Christian Aid, ont lancé une Alliance globale pour la justice fiscale, avec un mot d’ordre: «Faites en sorte que les multinationales paient leur part!». La coalition multiplie les mobilisations et lance une semaine d’action entre les 16 et 23 juin pour accentuer la pression sur les gouvernements du monde entier.

Christian Losson


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 8 Nov - 17:36



Côte d’Ivoire: S’unir contre le colonialisme ou périr David-gone oct 30, 2015

Le colonialisme a fait de terribles horreurs en Afrique. On se souvient du massacre de » Sakiet Sidi Youssef » et du contexte répressif généralisé entretenu par le gouverneur Pechoux en Côte d’Ivoire, répression qui allait voir » l’élimination physique de Biaka Boda (alors Sénateur) », le 28 juin 1950. Si ce n’est pour exploiter ou jouer les paternalistes, railler les peuples dominés ou refuser de croire à la maturité des Africains, qu’est-ce qu’Obama et Hollande plaident-ils au juste sous le couvert de la réconciliation en Côte d’Ivoire, juste après cette pseudo-élection dite présidentielle ?



Citation :
La nature du colonialisme.

Le colonialisme renvoie à toute doctrine qui vise à légitimer l’occupation d’un territoire ou d’un État, sa domination politique et son exploitation économique par un État étranger. Frantz Fanon précisait que c’est « la conquête d’un territoire national et l’oppression d’un peuple », une oppression inhumaine, cruelle, féroce et barbare. La nature du colonialisme consiste à asservir, à assujettir, à violer les Droits et les Libertés de l’Homme partout en Afrique. Sans humanisme et guidés par le racisme, les colonialistes asservissent les États africains et les infériorisent de part en part.

Aujourd’hui, avec le néocolonialisme, sous le couvert d’une prétendue bonne foi, les États-Unis et la France se moquent de l’opposition en Côte d’Ivoire croyant avoir fait une bonne prise à la Haye en la personne du président Laurent Gbagbo, et de bonnes affaires économiques et politiques grâce à tous ces prisonniers politiques encore détenus sans procès et les matières premières qui bientôt vont s’envoler vers leurs cieux. C’est une injure faite à l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Cette forme nouvelle qui consiste à dominer sur les peuples déclarés « libres » en rendant caduques toutes leurs lois et leurs Constitutions va à présent raffiner ses méthodes en Côte d’Ivoire.


Pour cela, l’Ivoirien nouveau doit être celui qui a constamment à l’esprit ces paroles de Kwame N’krumah, à savoir que le néocolonialisme est un « déguisement », « une sirène, un monstre qui attire ses victimes par une douce musique », » la pire forme de l’impérialisme (…) qui signifie le pouvoir sans la responsabilité (pour ceux qui le pratiquent) et, pour ceux qui le subissent, l’exploitation sans contrepartie ».


La Côte d’Ivoire divisée par le colonialisme.


Au regard de la configuration politique que présente la Côte d’Ivoire, on peut parler déjà de balkanisation politique ivoirienne. Léopold Sédar Senghor définissait la Balkanisation comme l’action de

« diviser artificiellement les territoires pour en faire des entités politiques et culturelles qui n’ignorent pas la métropole, mais s’ignorent entre elles. Des entités sans réalité. Car, c’est l’évidence, les frontières actuelles des territoires ne sont que les fruits du hasard militaire et des intrigues des bureaux. Elles ne correspondent à aucune réalité: ni géographique, ni économique, ni ethnique, ni linguistique… »

Or, que constatons-nous justement dans le système politique actuel de la Côte d’Ivoire? Le Nord et le Sud du pays sont artificiellement opposés, le premier comme entité politique pro-colonialiste dont Obama et Sarkozy (avec Hollande malgré ce duo) sont en train de raffiner la culture politique de sorte à ne pas être ignorés dans le partage du butin, mais à ignorer plutôt le Sud de Laurent Gbagbo et ses « frères » opposants même s’ils comptent en leur sein des capitalistes. Et pourtant, la Côte d’Ivoire, « une et indivisible », ne correspond aucunement à cette réalité qu’on veut lui imposer. Personne n’est dupe, il s’agit de la sempiternelle méthode impérialiste « divide ut regnes » (diviser pour régner). Que faire?


S’unir ou périr.

A l’ensemble des populations ivoiriennes du Nord, du Sud, de l’Est, de l’Ouest et du Centre, aux pays limitrophes à la Côte d’Ivoire, avant que ces rivalités et cet assujettissement ne fassent détonner cette poudrière en faisant sauter la première vraie étincelle, chers citoyens ivoiriens de tout bord politique, évitez d’être étroitement liés aux grandes puissances. Les États-Unis, la France, l’URSS, la Chine, pour ne citer que ceux-là, ont la même nature: l’Impérialisme. Ne faut-il pas s’unir à présent vu que le chaos n’est plus loin?


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 8 Nov - 17:51

Pourquoi François Hollande aime autant l’Afrique ? 17/10/2015


François Hollande à Conakry, en Guinée, le 28 novembre 2014
(Alain Jocard/Reuters)


Comment le jeune socialiste qui ne connaissait rien à l’Afrique est devenu le chef d’État sur tous les fronts du continent ? Christophe Boisbouvier explique cette “étonnante mue”.

Citation :
Dans un nouveau livre à paraître le 15 octobre, notre chef d’État se voit affublé d’un nouveau qualificatif : “Hollande l’Africain”. Dans cet ouvrage écrit par Christophe Boisbouvier, spécialiste des questions africaines sur RFI (Radio France Internationale), le journaliste décrypte l’évolution des relations du président français avec l’Afrique, ce président qui disait vouloir “rompre avec la Françafrique”.


Avant son élection, un Hollande frileux des relations avec l’Afrique

Avant d’accéder au plus haut poste de l’État en mai 2012, François Hollande connaît très peu l’Afrique. A part quelques voyages (pour un stage, pour des vacances), il ne s’y rend presque jamais, et se prononce très peu sur les questions africaines. Pourquoi une telle distance ? Les raisons sont multiples, analyse l’auteur. Hollande en donnera lui-même une :

“En Afrique, il n’y a que des coups à prendre.”

Quand il démarre en politique, Hollande choisit donc de rester assez discret sur les questions africaines, se préservant ainsi de toute accusation d’ingérence ou de colonialisme. En outre, les questions de politique étrangère jouent très peu lors des élections, locales mais aussi nationales, ce qui éloigne de ces problématiques le jeune Hollande, qui vise le siège de député. Toutefois, le candidat aux premières primaires socialistes en 2006 change quelque peu sa tactique. Il se rend alors en Algérie, non sans arrière-pensée, décrypte Christophe Boisbouvier :


“[Hollande] reconnaît à demi-mot que son regain d’intérêt pour l’Algérie n’est pas exempt d’arrière-pensées électorales : ‘le peuple français compte en son sein près de trois millions de citoyens qui puisent une part de leurs racines en Algérie’ […], dit-il.”

Son 58e engagement : “Je romprai avec la Françafrique”

“Je romprai avec la Françafrique en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité”. Dans son engagement n°58, François Hollande pose cette promesse en des termes qui restent cependant très vagues, observe Christophe Boisbouvier. Une fois élu, il réitère ce discours dans des formules toujours abstraites :


“Le temps de la Françafrique est révolu. Il y a la France, il y a l’Afrique, et il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté, et la solidarité”.


Il développe toutefois un point : “les émissaires, les intermédiaires et les officines trouvent désormais porte close à la présidence de la République comme dans les ministères”. Une bonne nouvelle a priori, mais qui cache une autre vérité, tempère le journaliste : François Hollande réduit la Françafrique à “ses seuls réseaux et ses seules pratiques occultes”. Il “indique donc implicitement qu’il ne s’attaquera pas au système en lui-même”, mais “seulement [à ses] dérives”.

Un Hollande chef de guerre, la France gendarme de l’Afrique

Pourtant, la Françafrique, c’est aussi un système officiellement établi, dans lequel la France exerce son influence. Pour pallier l’échec de la politique intérieure française, le continent africain devient pour le président Hollande le terrain idéal pour redorer son image. Il intervient d’abord au Mali, puis en Centrafrique, au nom de la “lutte contre le terrorisme” ou pour des raisons “humanitaires”. Hollande imposera même un calendrier électoral aux Maliens, alors même que le gouvernement transitoire émet de fortes réserves. En Centrafrique, le président français parvient à faire nommer indirectement l’une des deux “candidates” soutenues par la France, Catherine Samba-Panza.

Malgré ces interventions sur de multiples terrains, Hollande se défend d’être le “gendarme de l’Afrique”. Un “déni de réalité” ? se demande Christophe Boisbouvier.

Un Hollande qui tutoie et envoie des SMS aux chefs d’État “peu fréquentables”

“Présider la République ce n’est pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris “. Lors de son discours au Bourget peu avant son élection, François Hollande vise par cette phrase ses prédécesseurs. Mais saura-t-il se démarquer ? Certes, il dénonce certains présidents avides de changer leur Constitution pour prolonger leur mandat (Blaise Compaoré au Burkina Faso notamment). Mais Hollande renforce aussi ses relations avec des autocrates notoires, avec en première ligne Idris Déby, président du Tchad. Pour Christophe Boisbouvier, c’est l’illustration-même que la realpolitik a rattrapé Hollande. Le président se dit “obligé” d’entretenir ces relations, tant pour des raisons politiques (le Tchad aidera la France dans la guerre du Mali), que pour des raisons économiques (de nombreuses entreprises françaises comme Total, Bolloré, ou Veolia sont présentes en Afrique). Dans un rapport parlementaire, deux députés dénoncent cette pression de la realpolitik :


“Notre pays est attendu sur la défense des valeurs démocratiques […] Or, on peut considérer que la realpolitik, sous la pression indéniable des circonstances, nous conduit aujourd’hui à des fréquentations africaines qu’on aurait vues naguère avec réticence […] On ne peut ignorer certaines réalités du régime. Mais tout se passe comme si on préférait aujourd’hui éviter tout sujet de friction”.

“François Hollande ne cherche plus à cacher sa proximité avec les régimes ‘peu fréquentables’ qu’il n’hésitait pas à critiquer avant son élection”, en conclut Christophe Boisbouvier. “La lutte contre le terrorisme sert bien souvent de prétexte, mais la raison profonde est parfois plus mercantile”.

En plusieurs étapes et de manière documentée, le journaliste explique en détails les raisons qui ont poussé Hollande à devenir “l’Africain”. Malgré ses belles formules, le président semble une fois de plus avoir laissé sa promesse de côté.



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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Lun 9 Nov - 12:15



L’armée française complice au Congo ?   8 novembre 2015 Thomas Noirot

L’épisode de violence qui a précédé le référendum est emblématique du pouvoir de Brazzaville. Mais l’armée française, qui coopère activement avec les forces armées et la gendarmerie congolaises, pourrait aussi voir sa responsabilité engagée


Citation :
Dans un communiqué publié le 2 novembre, les organisations membres de la campagne « Tournons La Page » et l’ACAT [1] réclament « qu’une enquête indépendante détermine s’il y a eu un usage disproportionné de la force létale par les forces de l’ordre et si ces dernières ont manqué de partialité dans leur mission de maintien de l’ordre ». Les ONG ne se font pour autant pas d’illusion sur la nature du régime, précisant qu’il « est vain d’espérer des autorités congolaises la moindre enquête indépendante et impartiale sur de tels faits.

L’impunité des éléments des forces de l’ordre est en effet patente en République du Congo depuis des décennies et les instances judiciaires, normalement compétentes en la matière, manquent cruellement d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif ». Ces organisations demandent donc « une enquête internationale » et « appellent la communauté internationale, et plus particulièrement l’Union africaine, l’Union européenne, le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies, à se concerter avec les autorités congolaises en vue de la mise en place d’une telle commission d’enquête et de son déploiement rapide sur le terrain ».

Or, comme Survie l’a signalé en amont du référendum, « la France a une responsabilité particulière au Congo-Brazzaville  » : et il n’est pas simplement question ici de l’appui historique à Sassou Nguesso dans son accession au pouvoir, via le faux-nez de l’entreprise publique Elf, mais bien de la façon dont la responsabilité française pourrait éventuellement être engagée pour les violences de ces dernières semaines. En effet, l’accord de coopération militaire signé en 1974 entre le Congo et la France est toujours en vigueur [2]]].

Et il n’est pas tombé dans l’oubli, loin de là : quelques mois avant ce nouvel épisode de répression sanglante, les deux pays ont signé des conventions que les autorités françaises se sont bien gardées de rappeler dans leur communication sur la crise : l’une, signée en janvier dernier, concerne notamment la formation, l’entraînement et l’organisation du commandement opérationnel des Forces armées congolaises (ADIAC-Congo, 24/01) ; une autre, fin juin, concerne les liens entre les gendarmeries française et congolaise. Des liens étroits, puisqu’un officier français, le Lieutenant-colonel Eric Misserey, est mis à disposition du commandant de la gendarmerie congolaise [3].

Ce type de coopération française, bien plus directe que la coopération militaire faite de fourniture d’armes que la Suède a interrompue au printemps avec l’Arabie Saoudite du fait des violations des droits humains (AFP, 10/03), n’est évidemment pas une spécificité du Congo, en Françafrique (voir par exemple le Togo, cf. Billets n°245, avril 2015). Mais cette fois, une convention est signée ou renouvelée et, seulement 4 mois après, « la police et la gendarmerie vont tirer, parfois à balles réelles » (Jeuneafrique.com, 3/11), peut-on lire même sous la plume barbouzarde de François Soudan, neveu par alliance de Sassou Nguesso (cf. Billets n°250, octobre 2015).

Le journal en ligne The Dissident (2/11) a interrogé le Quai d’Orsay, qui « n’a pas souhaité donné les raisons qui justifiaient de maintenir ces accords militaires avec le Congo, estimant que "les autorités françaises se sont [déjà] exprimées sur ce scrutin" ». Si le silence médiatique et politique persiste sur cette coopération criminelle, la justice ne pourrait-elle pas désormais s’en mêler ?


[1] Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture

[2] « Accord de coopération technique en matière de formation de cadres et d’équipement de l’armée populaire nationale entre la République française et la République populaire du Congo », signé en 1974 et téléchargeable ici (pp 6 à 10 du document pdf)

[3] voir l’article « Signature de la convention de gendarmerie » sur le site internet de l’ambassade de France au Congo.



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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Lun 9 Nov - 12:17


A l’occasion de ses 30 ans, Survie publie une grille de lecture réactualisée de la Françafrique ! En librairie depuis le 2 octobre, vous pouvez le commander dès maintenant au siège de Survie au 01 44 61 03 25 ou via notre site

FRANCAFRIQUE, LA FAMILLE RECOMPOSÉE Diplomatie, armée, entreprises Coord. Fabrice Tarrit et Thomas Noirot Editions Syllepse, 224 p., 12 euros.

Citation :
L’expression « Françafrique » est popularisée par l’association Survie dès les années 1990 sous la plume de François-Xavier Verschave pour dénoncer les pratiques néocoloniales de l’État français. Alors que le terme, parfois vidé de son sens, s’est imposé dans le débat public, comment la Françafrique s’est-elle recomposée ces dernières années, notamment sous une présidence socialiste qui clame sa disparition ?

Une politique prétendument « normalisée » vis à vis de l’Afrique est-elle compatible avec le soutien toujours apporté par l’exécutif français à des régimes dictatoriaux, sur fond de préservation d’intérêts jugés stratégiques ?

Quel sens donner au « retour à l’Afrique » qui semble s’imposer au plan politique, économique et surtout militaire, comme l’illustrent l’interventionnisme au Mali, en Centrafrique et le repositionnement de l’armée française dans plusieurs pays ?

Quelle est la réalité de la concurrence internationale pour « nos entreprises », comment se sont-elles adaptées à la mondialisation et aux différentes évolutions de la relation franco-africaine dans un contexte où la diplomatie économique s’affiche de manière totalement décomplexée ?

En s’intéressant successivement aux trois principaux pouvoirs (politique, militaire et économique) qui déterminent la politique africaine de la France, les contributions rassemblées dans cet ouvrage proposent des réponses à ces questions et offrent ainsi une analyse actualisée de ce que continue d’être la Françafrique aujourd’hui.

Les contributeurs de cet ouvrage sont des militants, chercheurs, écrivains mobilisés dans le combat contre la Françafrique de l’association Survie.


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Lun 9 Nov - 13:22





Citation :
Cet ouvrage invite à entendre la voix des esclaves des Antilles, de la Guyane et de la Louisiane françaises, qui, longtemps, ont été considérés comme des « sans voix ». Des documents extraits de sources judiciaires et infra-judiciaires, impliquant directement des esclaves ou exceptionnellement des témoins non-esclaves des XVIIIe et XIXe siècles, donnent à découvrir leur histoire dans toute sa complexité.

En permettant l’accès directement au document, par une transcription rigoureuse quoique modernisée, tout en accompagnant le lecteur par des introductions et des compléments bibliographiques, cette anthologie est une première en langue française, en particulier pour le XVIIIe siècle.

Le résultat est impressionnant. Il nous révèle des hommes et des femmes, africains ou créoles, noirs ou métis, citadins ou ruraux, exprimant leurs peurs, leurs humiliations, mais aussi leur « agency », leur capacité à agir, dans un univers trop souvent hostile en continuant à vivre, par l’insolence, l’humour, les relations de sociabilité, la négociation ou la fuite.

L’ouvrage est né de la collaboration d’une quinzaine de chercheurs, coordonnés par Dominique Rogers, maître de conférences à l’université des Antilles et de la Guyane, membre du laboratoire AIHP-Géode et du CIRESC. Historienne, elle travaille sur les sociétés esclavagistes du monde atlantique et particulièrement de la Caraïbe.








Vies d’esclaves d’après les archives judiciaires 5 novembre 2015 10 novembre 2015 à 18h aux Archives départementales

Voix d’esclaves : Antilles, Guyane, Louisiane françaises, XVIIIe-XIXe siècles, sous la direction de Dominique Rogers et Maîtres accusés, esclaves accusateurs : les procès Gosset et Vivié (Martinique, 1848) de Caroline Oudin-Bastide

animé par :

Myriam Cottias, directrice de recherches au CNRS
Caroline Oudin-Bastide, docteure en histoire et civilisations de l’EHESS
Dominique Rogers, maître de conférences à l’Université des Antilles

Citation :
Longtemps inexploitées par les historiens spécialistes de l’esclavage, les archives judiciaires se révèlent essentielles pour qui s’intéresse à la vie quotidienne des esclaves : à la barre des tribunaux, au cours de procès où ils sont présentés comme accusés ou témoins mais aussi comme victimes, les esclaves sortent du silence et se racontent. Grâce aux récents travaux d’un groupe de chercheurs du projet européen EURESCL-FP7 CIRESC, leurs voix parviennent aujourd’hui jusqu’à nous. L’ouvrage Voix d’esclaves, recueil d’extraits de textes des XVIIIe et XIXe siècle, nous invite à entendre la voix des esclaves des Antilles, de la Guyane et de la Louisiane françaises. Il nous révèle des hommes et des femmes, africains ou créoles, noirs ou métis, citadins ou ruraux, exprimant leurs peurs, leurs humiliations, mais aussi leur « agency », leur capacité à agir, dans un univers trop souvent hostile, en continuant à vivre, par l’insolence, l’humour, les relations de sociabilité, la négociation ou la fuite. L’ouvrage Maîtres accusés, esclaves accusateurs revient quant à lui sur deux grands procès qui ont secoué la Martinique à la veille de l’abolition de l’esclavage, celui des maîtres Louis-Hippolyte Gosset et Pierre-Germain-Sully Vivié, accusés par leurs esclaves de mauvais traitements. Tour à tour à la barre, colons et esclaves mettent en lumière par leurs témoignages les conditions de vie sur les habitations (nourriture, habillement, logement, soins apportés aux malades, accès à la monnaie, travail des jardins et concession du samedi, châtiments légaux et illégaux).

A l’initiative de la Société des Amis des Archives, co-éditrice du recueil Voix d’esclaves, et en partenariat avec les Archives départementales, cette soirée mettra en lumière les travaux menés par trois chercheures, spécialistes de l’histoire de l’esclavage dans le monde caribéen, Myriam Cottias, Caroline Oudin-Bastide et Dominique Rogers et, auteures de deux publications parues en 2015 :  Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe-XIXe siècles, sous la direction de Dominique Rogers, co-édition Karthala, CIRESC et Société des Amis des Archives de la Martinique et Maîtres accusés, esclaves accusateurs : les procès Gosset et Vivié (Martinique, 1848), de Caroline Oudin-Bastide, Presses universitaires de Rouen et du Havre.


Dominique Rogers est maître de conférences à l’Université des Antilles, membre du laboratoire AIHP-Géode et du CIRESC (Centre international de recherches sur les esclavages). Elle est spécialiste d’histoire caribéenne moderne et particulièrement de la partie française de Saint-Domingue.  Elle a dirigé l’ouvrage Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe-XIXe siècles, co-édition Karthala, CIRESC et Société des Amis des Archives de la Martinique, paru en octobre 2015. Elle vient également d’achever avec Boris Lesueur Sortir de l’esclavage : stigmates, assimilations et recompositions identitaires du XVe au XXe siècle (Europe, Afrique et Amériques), Karthala (en cours de publication).

Myriam Cottias est directrice de recherche au CNRS, membre du CRPLC (Université des Antilles), directrice du CIRESC. Historienne, spécialiste du fait colonial et de l’esclavage dans l’espace transatlantique, elle est l’auteur de nombreux travaux sur le sujet et a contribué à la sélection et au commentaire de plusieurs textes de l’ouvrage  Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe-XIXe siècles. Entre 2008 et 2012, elle a coordonné le projet EURESCL-FP7. Depuis mai 2013, elle présidente le Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.

Caroline Oudin-Bastide est docteure en histoire et civilisations de l’EHESS. Historienne, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’esclavage aux Antilles françaises. Elle a contribué à l’ouvrage  Voix d’esclaves : Antilles, Guyane et Louisiane françaises, XVIIIe-XIXe siècles. Elle est également le directeur scientifique de plusieurs récits d’esclaves commentés parmi lesquels Maîtres accusés, esclaves accusateurs : les procès Gosset et Vivié (Martinique, 1848) paru aux Presses universitaires de Rouen et du Havre en 2015.


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mar 10 Nov - 2:06

L’Afrique de Hollande, c’est la guerre 9 novembre 2015 | Par Lénaïg Bredoux et Clément Fayol Médiapart

Lundi et mardi se tient à Dakar le deuxième Forum sur la paix et la sécurité. La France y est représentée par le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, le « ministre de l’Afrique » du quinquennat. Depuis 2012, ce sont les militaires qui ont pris la main sur la politique africaine de la France. Premier volet de notre série sur la politique africaine de François Hollande

Citation :
Ce sera son 8e voyage en Afrique depuis le début de l’année. Lundi et mardi, Jean-Yves Le Drian est à Dakar pour le Forum sur la paix et la sécurité en Afrique, initié par la France. Plusieurs chefs d’État du continent ont prévu de faire le déplacement, tant le ministre français de la défense est devenu le « ministre de l’Afrique » de François Hollande.

Il n’y était pourtant pas prédestiné. Le Drian, qui se représente à la tête de la Région en Bretagne lors du scrutin de décembre, n’était pas un spécialiste de l’Afrique. Il ne la connaissait que comme élu local. Rien de plus. Là encore, il ressemble à son ami, François Hollande. Lui non plus ne s’était jamais particulièrement intéressé à l’Afrique, avant d’arriver à l’Élysée. « Le Drian et Hollande en Afrique, c'était le néant. Cela ne les intéressait pas du tout », se souvient Guy Labertit, le monsieur Afrique du PS jusqu'en 2006. Et ils ne s’attendaient pas à ce que le continent devienne une de leurs priorités. De celles qui marquent et bousculent un quinquennat.

Tout a changé avec la guerre au Mali. Déclenchée le 11 janvier 2013, neuf mois seulement après l’élection présidentielle, elle marque un véritable tournant dans la politique étrangère du chef de l'État. Elle a été suivie de l’intervention militaire en Centrafrique (RCA) puis, surtout, de l’installation durable de l’opération Barkhane, forte de 3 000 hommes, qui couvre une région très vaste : le Mali, le Niger, le Tchad, la Mauritanie et le Burkina Faso. Sans compter les coopérations avec le Cameroun et le Nigeria dans la lutte contre Boko Haram.


Jean-Yves Le Drian, François Hollande et Laurent Fabius
avec les soldats français à Bangui, le 28 février 2014

« Hollande devient Imperator. (…) Après Serval, la realpolitik va reprendre tous ses droits »,
explique le journaliste Christophe Boisbouvier, auteur d’un ouvrage complet sur le sujet, Hollande l’Africain (La Découverte, 2015) 3. « Avec le Mali, la politique africaine de la France change et commence “Hollande 2”. (…) Le fait militaire est central dans la politique africaine de la France », estiment également les deux chercheuses de l’Ifri Aline Lebœuf et Hélène Quénot-Suarez, dans une des rares études universitaires consacrées à la politique africaine de François Hollande 3.

À l’Élysée comme au gouvernement, ce sont les militaires qui ont pris la main. À tu et à toi avec les chefs d’État du continent, Jean-Yves Le Drian a vite été identifié comme l'interlocuteur privilégié des Africains, d'où le surnom évocateur de « ministre de l’Afrique », en remplacement du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius. Par glissement progressif et pour combler un vide, plutôt que par stratégie préétablie. « Le Drian ne devient pas ministre de la défense avec le projet de devenir ministre de l’Afrique, témoigne un diplomate. Mais il s’est trouvé embarqué sur ces dossiers, jusqu’à intervenir sur les questions politiques. »

« Pour s’intéresser à l’Afrique, il faut une sorte de passion, confie aussi François Loncle, député PS très introduit dans certains pays du continent. Jean-Yves Le Drian l’a, Fabius, non. En plus, les Africains l’aiment bien : ils l’ont adoubé comme ministre de l’Afrique. Y compris ceux qui ne sont pas en guerre. »

Il a été d’autant plus vite reconnu comme leur interlocuteur privilégié qu’il est très proche du président de la République. « C’est l’homme de François Hollande », glisse un visiteur de l’Élysée, spécialiste de l’Afrique. À l’inverse, Laurent Fabius a la réputation de ne pas s’intéresser beaucoup au continent africain et, depuis le début du quinquennat, il est déjà bien occupé par deux gros dossiers – la Syrie et les négociations sur le nucléaire iranien – et par sa volonté de réorienter le réseau diplomatique français vers le volet économique.

Au Quai, il a fait un grand ménage en remplaçant plusieurs spécialistes de l’Afrique. « Laurent Fabius ne connaît rien à l’Afrique et s’en désintéresse complètement, affirme Laurent Bigot, ancien sous-directeur Afrique du Quai, évincé par Fabius et reconverti dans le privé. Sa seule obsession, c’est la diplomatie des affaires. » « Les militaires ont pris la place. Les positions ne sont plus proposées par les diplomates ; ils suivent », poursuit ce fin connaisseur du Sahel, débarqué en 2013 à cause de son franc-parler.

Car Jean-Yves Le Drian va bien au-delà de la conduite des opérations militaires engagées par François Hollande. Au Tchad, au Mali ou en Centrafrique, il ne se contente pas d’évoquer la situation sécuritaire et le déploiement des forces françaises. Il se mêle de politique. Même quand Fabius est en désaccord – ce qui est assez rare, selon de nombreuses sources. Mais c’est le cas sur la Centrafrique, où les deux ministres n’ont pas la même appréciation de la présidente de la transition Catherine Samba Panza, poussée dès le début par le Quai d’Orsay, mais peu en cour chez les militaires. Selon plusieurs sources, au ministère de la défense, on la juge « pas fiable », voire « menteuse », quand Fabius continue de la défendre.

Dans ce pays déchiré par l'horreur de la guerre civile, la ligne politique de la France suit une logique militaire : « Le besoin des moyens déployés en RCA pour le dispositif Barkhane fait que la Défense est très volontariste pour partir. C’est la raison pour laquelle Paris insiste autant sur la tenue d’élections », décrypte le spécialiste du pays Thierry Vircoulon.

Jean-Yves Le Drian est également celui qui incarne de façon la plus spectaculaire le rapprochement avec certains autocrates de la région, au nom de la lutte antiterroriste. En premier lieu, le Tchadien Idriss Déby, dont il est devenu proche. Les deux hommes s’apprécient et se voient très régulièrement. « Nous avons une relation de coopération ancienne avec le Tchad. Et une relation solide et précieuse avec Déby », nous expliquait déjà en 2014 le député Gwendal Rouillard, coauteur d’un rapport sur les opérations françaises en Afrique 3.

Les diplomates, y compris à l’Élysée, sont souvent moins allants avec le régime tchadien, dont ils expliquent qu’il ne tient qu’à un fil et qu’il ne peut donc être perçu comme un pôle durable de stabilité. Quant à Laurent Fabius, sa première rencontre avec Déby, en 2012, a été un fiasco – selon un diplomate, le président l’a fait attendre une demi-heure et le ministre français, vexé, est parti avant le dîner…

Selon nos informations, le ministre de la défense a également critiqué, suivi de près par Laurent Fabius, le communiqué de l’Élysée préparé par la cellule diplomatique, qui prenait ses distances avec le référendum de Denis Sassou-Nguesso au Congo-Brazzaville, lors du conseil des ministres du 28 octobre. « Et Hollande leur a donné raison », affirme une source socialiste.

Le duo au ministère de la défense

L’influence de Le Drian s’est illustrée à Dakar, en 2014, lors du premier Forum sur la paix et la sécurité 3. C’était une idée de la France, lancée lors du sommet de l’Élysée en décembre 2013. Mais ce ne sont pas que les ministres de la défense qui sont venus : quatre chefs d’État étaient présents, et non des moindres. Aux côtés de Macky Sall, le président sénégalais hôte de la manifestation, il y avait le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, et le Tchadien Idriss Déby. « C’est une très belle marque de confiance », sourit Gwendal Rouillard, député du Morbihan et très proche de Le Drian.


Capture d'écran du Forum sur la paix et la sécurité de 2014

Et les hommes forts du Sahel, nouveaux (et anciens) alliés de la France, avaient aussi saisi l’occasion pour récolter les fruits politiques de leur collaboration dans cette « guerre contre la terreur » que Paris estime mener. Idriss Déby s’était notamment fait remarquer par une sortie sur le rôle déstabilisateur de la France dans la chute de Mouammar Kadhafi. La deuxième édition du Forum est prévue les 9 et 10 novembre, cette fois encore en présence de plusieurs chefs d’État.

En Afrique, nombre de présidents connaissent aussi le directeur de cabinet du ministre de la défense : Cédric Lewandowski. Arrivé avec son patron, il est aussi craint que respecté, lui qui peut se targuer de la plus grande longévité à la tête d’un cabinet ministériel depuis 2012. Il n’est pourtant ni énarque ni polytechnicien – une véritable rareté dans le monde politique d’aujourd’hui, qui lui vaut parfois le mépris de ses pairs. « Ils forment un duo. Cédric déleste le ministre de beaucoup de choses. C’est une très bonne répartition des rôles », témoigne le député Gwendal Rouillard. « Au cabinet, les dossiers sont bouclés à 95 % par Lewandowski. C’est le meilleur directeur de cabinet de la République, mais qui n’a pas le soutien des réseaux étatiques. Il compense par ses réseaux industriels », affirme aussi un militaire.


Capture d'écran du site d'EDF en 2010

Lewandowski, c’est surtout « un homme d’influence et de réseaux », tissés dans les milieux industriels et parmi les élus locaux, selon une source de la défense. Ancien chef de cabinet d'Alain Richard sous Lionel Jospin, c'est sous l'aile de François Roussely à EDF qu'il se fabrique un carnet d'adresses impressionnant. Responsable des relations avec les élus pour l'électricien, il démontre sa capacité de travail et rencontre beaucoup de monde. Lui qui n'est pas haut fonctionnaire apprend à compenser.

« Il cherche ses propres solutions en utilisant tout le spectre de son relationnel, y compris dans le secteur privé, rapporte une source militaire. Parce que, dans la zone grise du renseignement, des forces spéciales ou des exportations, il faut trouver des solutions hors des sentiers battus… Et Cédric, lui, ne s’interdit rien. » Le tandem a souvent secoué la Grande Muette. « Leur force, c'est qu'après une série de ministres de de la défense insignifiants et un état-major qui prenait toute la place, ils ont fait comprendre qu'ils étaient les patrons », analyse un ancien haut responsable des renseignements français.

Pourtant, Lewandowski va parfois trop loin : souvent jugé brutal, il s’est fait quelques ennemis solides, et ses choix suscitent parfois de vives critiques. Ainsi, dans la guerre secrète que se livrent les intermédiaires en tous genres, le directeur de cabinet qui fait peur aux généraux est accusé de favoritisme à l’égard des entreprises de sécurité privées proches de son courant politique et particulièrement du directeur d'Amarante, Pierre-Antoine Lorenzi, ancien espion et homme d'affaires très connecté.

Dès 2012, Lewandowski va ainsi provoquer les foudres de la DGSE 3, en parrainant Lorenzi pour lancer ses propres pistes en vue de libérer les otages français d’Areva au Niger. L’épisode aurait pu le fragiliser durablement si les réseaux Roussely et les interventions militaires n'avaient renforcé l'assise du binôme le plus efficace du quinquennat.


François Hollande et le général Puga le 17
décembre 2014, à l'Elysée © Reuters

Mais l’influence de la Défense ne s’arrête pas là : elle se niche jusqu’au cœur de l’Élysée où le général Puga, le chef d’état-major particulier du président de la République, est parvenu à tisser une relation de grande proximité avec François Hollande (Mediapart lui a déjà consacré un long portrait). Par son histoire et sa carrière, il connaît très bien l’Afrique. « C’est le vice-roi d’Afrique, persifle un militaire. Il connaît tout le monde. » Et il n’a pas de contrepoids à l’Élysée, où la conseillère Afrique, la diplomate Hélène Le Gal, concentre de nombreuses critiques (y compris parfois très machistes), dans les cercles militaires, affairistes mais aussi parmi les socialistes partisans de la “realpolitik”, qui la jugent trop critique à l’encontre de certains autocrates. « Puga a de l’importance parce qu’il n’y a rien entre lui et Hollande. C’est la faillite de la diplomatie et des conseillers », estime un ancien directeur des services français.

Depuis le début du quinquennat, les rapports ont parfois été tendus entre Puga, à l’Élysée, et la Défense. En cause : des désaccords – sur le budget des armées ou la guerre au Mali – et d’habituels jeux de pouvoir et d’influence. Mais au-delà de la place centrale occupée par le général Puga et par Cédric Lewandowski, « à la fin, c’est Jean-Yves Le Drian et François Hollande, et c’est tout, tranche le député Gwendal Rouillard, proche des deux hommes. C’est leur relation qui permet de tout réguler depuis le début ».

« L’Afrique, ce n’est pas le Gabon, le Congo et la Guinée-Equatoriale »

Cette « clef de voûte » a plusieurs conséquences de fond : une vision très sécuritaire avec une gestion militaire des crises, et la réhabilitation d’un certain nombre d’autocrates de la région, dont François Hollande avait juré qu’il voulait se tenir à distance. Le même schéma fonctionne désormais aussi dans d’autres régions du monde, en Égypte ou en Arabie saoudite. Sans que cette politique ait été pensée en amont – c’est une des marques de fabrique de François Hollande, réticent à toute théorisation de son action.

La politique africaine de la France reste donc marquée par un « impensé stratégique », qui s’appuie d’autant plus sur les tendances lourdes de la politique étrangère de la France qu’il n’a pas été réfléchi en amont, estime Aline Lebœuf, chercheuse à l’Ifri. Et elle s’appuie plus encore sur ceux qui étaient facilement mobilisables, et déjà implantés sur le terrain : les militaires. Ils ont aussi l’immense avantage de donner au président et à la France un sentiment de puissance – y compris sur la scène internationale. À l’ONU, le poids de Paris dépend largement de son influence en Afrique. « Le sujet compte notamment dans nos relations avec les États-Unis et les Nations unies », explique-t-on dans l'entourage de Laurent Fabius.

Les premiers mois du quinquennat, quand François Hollande tançait publiquement Kabila en République démocratique du Congo, semblent en tout cas bien loin. Les militaires assument. Les diplomates, eux, s’agacent. À l’Élysée comme au Quai d’Orsay, on entend souvent la même phrase : « Hollande voit plus souvent Zuma [le président sud-africain] que Biya [le président camerounais]. » Une manière de dire que l’Afrique ne peut pas se résumer à l’ancien pré carré français, que la France a tissé des liens étroits avec l’Union africaine – Hollande était l’invité de son 50e anniversaire 3 –, avec le Nigeria – le président français était l’invité d’honneur du 100e anniversaire de la création du pays – ou encore avec l’Afrique du Sud.

« L’Afrique, ce n’est pas le Gabon, le Congo et la Guinée-Équatoriale ; c’est un tout. On redécouvre l’Afrique australe et de l’Est. Et là, c’est beaucoup d’économie », explique un diplomate. « Quand on dit que le pré carré de la France n’existe plus, c’est vrai et faux à la fois, tempère Aline Lebœuf, à l’Ifri. Si on parle de la diplomatie économique et culturelle, il y a une vraie volonté de déconcentrer. Mais dès que l’on touche aux questions stratégiques et de sécurité, on y revient. D’autant plus que la France n’a pas les moyens d’intervenir partout. »

Les “diplos” rappellent aussi que la politique au Mali ne se résume pas à la guerre, certes spectaculaire. « C’est aussi une politique de développement et des négociations politiques », plaide-t-on au Quai d’Orsay. La secrétaire d’État au développement Annick Girardin se rend d’ailleurs régulièrement en Afrique – mais les cafouillages sur son budget, à comparer aux rallonges accordées à la Défense, en disent long sur l’échelle des priorités du gouvernement.


Le discours à Dakar de François Hollande, en 2014 (vidéo dans l'original)

L’Élysée et le Quai se targuent aussi de soutenir les processus démocratiques. En octobre 2014, l’Élysée a fait fuiter la lettre envoyée par le président français au Burkinabè Blaise Compaoré pour le dissuader de se maintenir au pouvoir à tout prix. Quelques semaines plus tard, le chef de l’État français avait repris le même credo. « Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, j’affirme ici que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver dans l’espace francophone le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie », avait-il déclaré en novembre 2014 à Dakar.

Il a fait quelques gestes sur la mémoire des crimes commis par la France sous la colonisation – il a par exemple remis une partie des archives du massacre de Thiaroye au Sénégal. Il continue de défendre certains dossiers de défenseurs des droits de l’homme emprisonnés, tout en restant très souvent publiquement silencieux. « C’est la politique des petits gestes », résume Clément Boursin, responsable des programmes Afrique de l’ONG Acat.

Mais au premier test important qui s’est présenté, fin octobre, François Hollande a reculé, soutenant le président du Congo-Brazzaville Denis Sassou Nguesso dans son projet de référendum pour lui permettre de se maintenir au pouvoir. Et même s’il a depuis fait machine arrière, le double jeu de la France n’a trompé personne. « Sassou s’en est amusé », sourit un Français qui l’a rencontré il y a peu. Il sait que tant que Paris aura besoin de lui, pour la Centrafrique ou la COP21, il peut compter sur son vieil allié. Comme les autres.


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 15 Nov - 2:09

L'exceptionnelle infographie de Slate, visualisation unique des quatre siècles de la traite négrière transatlantique

11 NOVEMBRE 2015 |  PAR LOÏC CÉRY




Dans le cadre du MOOC "Connaître l'esclavage" produit par l'ITM, nous recommandons, parmi les ressources externes du Module N° 3 (Niveau 1)

Lien direct :

LA TRAITE NÉGRIÈRE ET L'ESCLAVAGE COLONIAL : UN PANORAMA HISTORIQUE  

un document que nous donnons en référence et qui est à proprement parler exceptionnel, tant par l'ampleur des données exploitées que par le résultat technique atteint : une infographie de haute qualité permettant de visualiser en deux minutes les flux de la traite transatlantique, à partir des bases de données répertoriées par le projet "The Atlantic slave trade database", consultable sur le site Slavevoyages.org. Des bases de données considérables, alliées à l'efficacité de l'infographie établie par Andrew Kahn, rédacteur des éditions numériques de Slate.

Ce document est exceptionnel également par la capacité de visualisation synoptique qu'il offre, du déroulement de la traite transatlantique sur plusieurs siècles, et de l'importance des flux qu'ont représenté sur un temps aussi long le déploiement du commerce esclavagiste et la déportation de plusieurs millions d'Aflicains.

Lien, sur Slate :

La traite négrière transatlantique résumée en une infographie de deux minutes


NB.

Les liens vers les détails fournis par les bases de données étant apparemment rompus, consulter directement Slavevoyages.org
Après avoir cliqué sur "pause", sélectionnez n'importe quel point mobile, qui représente un navire négrier, et accédez à sa fiche.
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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 15 Nov - 3:07

c'est effectivement impressionnant, une mitraille, un véritable bombardement... et songer que ce sont des êtres humains dont on fait le commerce. Je ne sais pas si l'on peut accélérer, freiner ou arrêter le défilement. Il y a des périodes avec des gros paquets...

on voit aussi que les lieux de provenance d'Afrique et d'arrivée en Amériques varient dans le temps  : elle était fonction des savoir-faire agricoles ou autres, suivant les besoins, telle culture dans tel climat et conditions de relief, de terrain, d'humidité...

toute une science économique du calcul de résistance du matériau... humain, qui préfigure littéralement l'exploitation capitaliste, la force de travail comme marchandise, jusqu'au corps-marchandise, qu'il tend à redevenir aujourd'hui, y compris assisté par les bio-technologies

pas pareil aux Caraïbes, au Brésil, en Guyane ou en Louisiane, et chaque fois des formes de l'esclavage et de la plantation en conséquences, sans parler de l religion...

pour revenir au" commerce", ya quand même un gros hic, ils partent d'Afrique, arrivent aux Amériques, mais on ne voit pas que c'est dans le cadre du commerce triangulaire, sans quoi ça n'a pas de sens, puisque pas de raisons économiques - sauf sur le tard et surtout pour les Yankees


commerce triangulaire images




commerce triangulaire bateau





commerce triangulaire vidéos

Le commerce triangulaire et l'esclavage


sans dénier tout intérêt à ces infographies, qui permettent d'avoir une vue d'ensemble en quelques minutes, ou de présenter un résumé dans un média ou à l'école, leur utilisation pour creuser un sujet est limité, et le recours aux textes, ou aux livres est vite indispensable

les vidéos sont utiles, mais pour les utiliser comme ici, il faut les transcrire en textes, ou alors sans dépasser le stade de donner des liens vers... sans l'utiliser comme matériau d'analyse, voire de théorisation

c'est là la différence entre le caractère documentaire de ce forum, et l'usage qu'on peut en faire pour aller plus loin. Cela se mélange un peu, si bien que je me demande qui y comprend quelque chose en dehors de moi et quelques fidèles, dont vous, Segesta   Wink


remarque : à "comparer" aux mouvements migratoires mondialisées, et à leurs fonctions économiques particulières selon les provenances et arrivées, sans parler des boat-people de la mort en Méditerranée
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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 15 Nov - 6:33

J'ai pensé que l'infographie viendrait illustrer l'article Race, Colonialité et Eurocentrisme, Race, une catégorie mentale de la modernité Anibal Quijano sur lequel je me suis arrêtée car il articule race, classe et patriarcat sans s'alourdir sur la théorie, mais plutôt en traçant une synthèse historique tout en expliquant sa théorie de la construction de la hiérarchie sociale sur ces trois critères. Bien sûr le travail conceptuel est beaucoup plus présent dans le texte, et l'infographie n'est pas indispensable pour comprendre, c'est un plus dans le sens où on n'imagine pas forcément la colonisation en termes de flux.

Pour arrêter les points, on met en pause et cliquant sur un point, une fenêtre s'ouvre avec quelques informations pour chaque bateau - par contre je n'ai pas réussi à ouvrir le lien sur l'encadré, ça donne sur une page bizarre. Moi j'avais plutôt regardé le petit documentaire dont le texte était assez bien construit et cru (contrairement à la musique agaçante), ça reste néanmoins une simple introduction de quelques minutes.

Pour l'explication du commerce triangulaire, elle y est dans la petite vidéo de quelques minutes (en lien dans le billet de L. Céry) mais votre lien en donne à foison.

Concernant la compréhension du site, moi je me débrouille de plusieurs façons, actuellement je trouve que l'entrée DÉCOLONIALITÉS pour des COMMUNISMES PLURIVERSELS, sans frontières et sans classes me convient comme intro générale, disons que j'ai trouvé là plusieurs choses à lire qui me permettent de me repérer (plus qu'avec la structure à dominante par laquelle j'avais commencé auparavant). Comme toutes les théories complexes, il faut un certain temps pour comprendre les termes. De plus ici on est dans un forum, quelque part c'est un coup de force, l'idéal pour ne pas se perdre est de pouvoir connecter des articles ou des termes venant de plusieurs sources différentes.

Lorsque je perds un peu le fil, je reviens ici :

COMMUNISME, FEMINISME & DECOLONIAL :: COMMUNISME FÉMINISME DÉCOLONIAL : quelles LUTTES et THÉORISATION ? Visions du monde cherchent émancipations
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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 15 Nov - 12:44

il n'y a pas de problème, Segesta, avec cette infographie, et Loïc Sery, qui l'a signalée chez Médiapart, étant un grand connaisseur d'Edouard Glissant et responsable du site consacré à son œuvre, a bien fait de la recommander. Nombre de documents sur cette période existent maintenant qui ont d'abord des vertus pédagogiques réelles, et celui-ci crée un choc qui peut être déclencheur d'un "prise de conscience" du caractère massif de la traite esclavagiste

merci pour l'utilisation plus fine de cette infographie

évidemment, le texte de Quijano, qui s'inscrit dans la pensée décoloniale est d'un autre intérêt : comme comprendre la modernité occidentale avec une approche théorique recoupant les critères de "classe, femme, race", et en montrer la continuité historique et structurelle, voilà qui dépasse la simple connaissance et son approche classique du colonialisme, comme étant une page de l'histoire lue et tournée, dont nous serions sortis, rendant impertinents ceux qui justement font le lien par leurs luttes, et qu'on accuse de se tromper d'époque :

il n'y aurait plus d'indigènes en France, alors que le PIR utilise de façon ironique ce terme de la République française dans ses colonies, et que les événements montrent cette continuité : état d'urgence pour la 3ème fois après la Guerre d'Algérie et les émeutes de 2005, focalisation sur les banlieues où il faut "chercher les armes cachées", y promouvoir la laïcité, etc. comme le dit un commentateur de Médiapart hier

donc aucun problème pour apporter ce type de documents, aussi valables que des articles de presse qui n'ont en eux-mêmes de critique, peuvent même être réac voire faux, dès lors qu'ils font sens. Le problème est plutôt le mien, pour faire en sorte que de ce fatras complexe il ressorte malgré tout une simplicité, plutôt qu'une complication et des idées simplistes, comme celles de certains "marxistes", "anarchistes", "féministes" ou "écologistes", plus universalistes qu'eux l'on meurt, et les autres n'auraient rien compris

sur la compréhension du site, chacun peut y entrer par ce qu'il connaît mieux ou à quoi il est plus sensible, ou l'inverse, ce qu'il connaît le moins : j'ai moi-même constitué comme ça la catégorie "humain, nature, science, progrès... écologie radicale" sans y connaître grand chose, et l'on avance en marchant, en reliant...

mais chaque fois, l'important est de saisir que chaque catégorie de la page d'accueil est le "point de vue" d'une partie sur le tout, et leur articulation. En quelque sorte, comme disait Edgar Morin de la "complexité", une vision "hologrammatique", chaque partie contient le tout, à la différence près qu'ici, cette complexité n'est pas un "tout est dans tout", une somme de dominations et les intersectionnalité sur un même plan, mais une vision "dialectique complexe" qui cherche les contradictions dans une structure à dominante, la totalité capitaliste qui n'existe pas sans l'exploitation du prolétariat, l'économie politique



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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Jeu 19 Nov - 12:59

The International Solidarity Movement :

L'état d'urgence : une législation coloniale et néo-coloniale

Citation :
Dans les jours qui viennent, le gouvernement va demander au Parlement de prolonger de trois mois l’état d’urgence mis en place pour 12 jours par décret le 14.11.2015. La procédure est valide. Mais l’histoire de l’état d’urgence constitue un trame juridique et institutionnelle de l’histoire coloniale de la France et des rapports particuliers qu’elle ne parvient pas à cesser d’entretenir avec les populations colonisées ou issues de la colonisation.

1955 : Vote de la loi sur l’état d’urgence

Aux prises avec la guerre de libération algérienne initiée six mois plus tôt, le gouvernement français, présidé par Edgar Faure, fait voter le 3 avril 1955 la loi n°55-385 « instituant un état d’urgence et en déclarant l’application en Algérie ». Cette loi introduit la notion d’état d’urgence dans la législation républicaine. L’état d’urgence est prolongé pour 6 mois le 7 Aout 1955.

Loi n° 55-385 du 3 avril 1955 instituant un état d’urgence et en déclarant l’application en Algérie
Article 1
L’état d’urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire, métropolitain, de l’Algérie et des départements d’Outremer soit en cas de péril imminent résultant de troubles graves à l’ordre public, soit en cas d’évènements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique
.

Mais l’état d’urgence ne suffit pas et le gouvernement de Guy Mollet fait voter la loi sur les pouvoirs spéciaux qui confirme que les « départements d’Algérie » sont soumis à des règles d’administration autoritaires exceptionnelles et ne sont déjà plus des départements comme les autres.

Loi n° 56-258 du 16 Mars 1956 autorisant le Gouvernement à mettre en œuvre en Algérie un programme d’expansion économique, de progrès social et de réforme administrative et l’habilitant à prendre toutes mesures exceptionnelles en vue du rétablissement de l’ordre de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire.

Article 5
Le gouvernement disposera en Algérie des pouvoirs les plus étendus pour prendre toute mesure exceptionnelle commandée par les circonstances en vue du rétablissement de l’ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire.
Lorsque les mesures prises en vertu de l’alinéa précédent auront pour effet de modifier la législation elles seront arrêtées par décret pris en conseil des ministres.


1958

Après le coup d’état du 13 mai à Alger, le gouvernement Pflimlin assure la transition avec le gouvernement provisoire du général de Gaulle qui sera installé le 01 juin et déclare le 18 mai l’état d’urgence pour trois mois sur l’ensemble du territoire métropolitain.

1961

La loi de 1955 bien que non intégrée formellement - voir plus loin - dans la Constitution de la V° République connait une nouvelle application à l’occasion du putsch des généraux d’Alger.

Alors que la population française consultée par référendum en janvier a approuvé à une large majorité de 70% le principe d’un vote d’autodétermination pour l’Algérie, quatre généraux à la retraite appuyés par quelques unités d’active et leurs officiers supérieurs tentent de s’opposer à la décision du peuple.

Le complot qui n’a pas réussi à impliquer une majorité de l’armée échoue. Prorogé plusieurs fois l’état d’urgence est en vigueur jusqu’au 31 mai 1963.

1984

Laurent Fabius, Premier ministre, décrète l’état d’urgence en Nouvelle Calédonie. A cette occasion, le Conseil Constitutionnel saisi par le RPR valide la loi de 1955 qui n’avait pas été intégrée formellement dans la Constitution de 1958.

« Considérant que, si la Constitution, dans son article 36, vise expressément l'état de siège, elle n'a pas pour autant exclu la possibilité pour le législateur de prévoir un régime d'état d'urgence pour concilier, comme il vient d'être dit, les exigences de la liberté et la sauvegarde de l'ordre public ; qu'ainsi, la Constitution du 4 octobre 1958 n'a pas eu pour effet d'abroger la loi du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence, qui, d'ailleurs, a été modifiée sous son empire ».

2005

C’est au tour de Jacques Chirac, Président et de Dominique de Villepin, Premier ministre de recourir le 8 novembre à l’état d’urgence sur une partie du territoire français en réponse aux émeutes des banlieues. La période initiale est prolongée de trois mois par le parlement. Il y est mis fin le 4 janvier 2006 alors que les émeutes sont finies depuis bien longtemps.

Il ne s’agit plus là d’une circonstance directement liée à la colonisation, mais d’un conflit social mettant en cause sur le sol français des citoyens français issus de populations colonisées ou anciennement colonisées.

2015

14 Novembre - François Hollande et Manuel Valls inscrivent leur action dans la même législation.

De nombreuses réactions à l’adoption de cette mesure ont déjà eu lieu, lire entre autres : "Attentats : Le communiqué du Syndicat de la Magistrature" sur Les actualités du Droit, le blog de Gilles Devers.

Notre propos étant simplement de souligner que la République coloniale est toujours présente dans la législation et dans l’esprit des gouvernants français, qu’ils soient socialistes ou de droite, et que l’état d’urgence n’a jamais été utilisé dans d’autres circonstances de la vie nationale pourtant troublées, comme par exemple la grève générale de masse – 10 millions de grévistes - de mai 1968.
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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Sam 21 Nov - 23:28

limites du "citoyennisme" ? Certes, mais quand on ne fait rien, au nom du communisme, que de belles théories, on ferme sa gueule, comme on le voit : la pudeur a aussi ses limites, et la frontière passe désormais entre qui franchit le pas, ou pas

Archipel des Comores : le « visa Balladur » tue ! Abolissons-le !
De nombreuses organisations en appellent à la mobilisation citoyenne



Le silence médiatique et politique persiste au large de Mayotte où plus de 10 000 personnes sont mort·e·s depuis 1995, année de l’entrée en vigueur du « visa Balladur »

Citation :
En effet, le 18 janvier 1995, le gouvernement Balladur décidait d’entraver la circulation des personnes dans l’archipel des Comores en imposant un visa d’entrée à Mayotte aux habitant·e·s des trois autres îles comoriennes (Mohéli, Anjouan, Grande Comore). Ainsi se concrétisait l’isolement de l’île de Mayotte détachée vingt ans plus tôt de l’État indépendant de l’Union des Comores à la suite d’une décision unilatérale française contestée par les Nations unies.

Depuis, par une véritable militarisation du contrôle des frontières - navires armés, radars, hélicoptères, etc. -, Mayotte est érigée en forteresse hostile à la plupart des personnes cherchant à la rejoindre : comorien·ne·s mais aussi malgaches ou exilé·e·s originaires des pays de l’Afrique des grands lacs. Un énième naufrage est survenu vendredi 30 octobre dernier dans les eaux comoriennes, faisant au moins huit victimes supplémentaires.

Que ce soit dans l’archipel des Comores ou dans l’espace méditerranéen, la politique menée par la France et l’Union européenne poursuit le même objectif : rendre les frontières toujours plus infranchissables en livrant une véritable guerre aux personnes déclarées indésirables au mépris des droits fondamentaux.

Vingt ans après l’instauration du visa « Balladur », nous avons décidé de réagir. Une première étape de notre mobilisation collective a été la publication du communiqué du 13 janvier 2015  :

« 1995 – 2015 : des milliers de mort·e·s au large de Mayotte. Le « visa Balladur » tue ! »

Aujourd’hui, nous appelons à un sursaut citoyen et vous invitons à signer la pétition en ligne « Le « visa Balladur » tue. Abolissons-le ! » : http://petitionvisaballadur.wesign.it/fr

Citoyen·ne·s et organisations réuni·e·s, nous interpellons les autorités françaises qui, sans en référer à d’autres pays, peuvent arrêter les drames dans l’océan Indien en supprimant « le visa Balladur ».


Signataires :

Association comorienne des droits de l’Homme (ACDH)
Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF)
Attac-France
Collectif de défense de l’intégrité et de la souveraineté des Comores (CDISCOM) :
Collectif des associations et amis des Comores (CAAC)
Collectif Migrants outre-mer (MOM)
Comité Maoré
Centre de recherche et d’information pour le développement (CRID)
Emmaüs International
Ensemble !
Fédération des associations de solidarité avec tou-te-s les immigré-e-s (Fasti)
Femmes plurielles
Groupe d’information et de soutien des immigré-e-s (Gisti)
Groupe de réflexion pour l’intégrité du territoire des Comores (GRITAC) :
Guilde des artistes comoriens (GAC)
Immigration développement démocratie (IDD)
Ligue des droits de l’Homme (LDH)
Mouvement pour l’unité et la souveraineté des Comores (MUSC)
Nouveau parti anticapitaliste (NPA)
Parti communiste français (PCF)
Réseau Euro-med France (REF)
Réseau pour une gauche décoloniale
Respaix conscience musulmane
Sortir du colonialisme
SOS démocratie Comores
Union juive française pour la paix (UJFP)
Village d’Éva


Collectif Migrants outre-mer (MOM)
mom@migrantsoutremer.org

http://www.migrantsoutremer.org/Le-visa-Balladur-tue-Abolissons-le

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Lun 23 Nov - 5:58

article intéressant de l'auteur de On ne naît pas noir on le devient, du moins au début, mais faute de toute compréhension du capital cela s'enlise à la fin dans les sables du désert idéologique à la française : misère de la collaboration de classe, danse bien optimiste avec le diable

A BAMAKO, UN PAS VERS LA FIN DE LA GUERRE DE 500 ANS

21 novembre 2015 / Jean-Louis Sagot-Duvauroux
 

Il y a environ un demi-millénaire, quelques nations européennes engageaient contre les autres peuples de la planète une guerre de conquête qui allait durer cinq cents ans. C’est sans doute le seul conflit qui, dans l’histoire humaine, mérite vraiment la qualification de guerre mondiale. Certains aspects des événements du 20 novembre à Bamako signalent peut-être un autre voie


je souligne en gras


Jean-Louis Sagot-Duvauroux a écrit:
Engagés à la fin du XVe siècle, l’invasion des deux Amériques, la dislocation de l’Afrique du fait de la traite négrière, puis sa colonisation, l’asservissement de l’Asie et de l’Océanie établissent sur le monde ce qu’il est convenu de nommer la domination occidentale. De génération en génération, cette suprématie s’enkyste dans les esprits, établissant une hiérarchie « raciale » qui fait des Blancs le sommet de l’hominisation, délégitimant l’apport des autres civilisations à l’humanisation de l’espèce, instaurant un vertigineux déséquilibre économique entre l’Occident et le reste du monde.

Cette histoire est aujourd’hui sur le reflux. La tectonique de l’histoire est en évolution rapide. Beaucoup de nations naguère assujetties conduisent désormais seules leur destin et la Chine est devenue, pacifiquement, le premier producteur mondial de richesse marchande. La décolonisation, plus qu’imparfaite, a néanmoins donné partout le goût de la libre souveraineté.En dépit du racisme persistant, partout certains s’aiment, se marient, font des enfants sans considération de couleur. Dans les pays autrefois dominants comme la France, une part significative de la jeunesse porte sur son corps et dans ses patronymes le signe d’une ascendance dans les pays dominés. Malgré la pesante injonction souvent réflexe qui leur est faite de se dissoudre dans l’identité de leurs compatriotes « de souche », beaucoup inventent à tâtons, avec beaucoup de leurs frères et de leurs sœurs à peau blanche, une France déracialisée. Ils ouvrent ainsi l’avenir de ce pays qui n’a nul besoin d’en dominer d’autres pour exprimer sa fécondité séculaire.

Les plaques tectoniques de la domination sont en mouvement. En certains points de l’humanité, le glissement se fait sans trop de heurts. L’Asie orientale en est l’exemple le plus probant. Le rééquilibrage produit par sa montée en puissance désenkyste peu à peu des représentations naguère hégémoniques. On n’entend plus dire des Chinois, des Japonais ou des Coréens qu’ils sont « des Jaunes », on ne le voit plus, on se demande même parfois comment on a pu leur attribuer la couleur du citron. En d’autre lieux, là où les rapports de force et les cicatrices de l’histoire sont encore à vif, des failles se creusent, des colères volcaniques explosent, menaçant indifféremment les uns et les autres, des séismes ravagent les corps et les esprits. Et l’on sait que certaines éruptions peuvent obscurcir le ciel et geler l’atmosphère. Pour tous.

Construire une issue pacifique à la guerre de 500 ans est l’autre versant de l’alternative. C’est, avec l’enjeu climatique, la grande et passionnante question devant laquelle est placé notre siècle. Sans garantie de bon aboutissement.

L’attaque de l’hôtel Radisson à Bamako[1], venant une semaine après les tueries de Paris[2] rend manifeste la nature du danger. Pour tous. Danger des éruptions aveugles. Danger de l’aveuglement face à ce qu’il faut entreprendre pour les maîtriser. Au cours de ces événements dramatiques – quelques heures –, il s’est passé quelque chose que peut-être beaucoup de Français ou d’Occidentaux n’ont pas vu, mais qui, je le devine, s’est inscrit dans le cœur d’une écrasante majorité de Maliens. Très vite après l’attaque, les forces de l’ordre maliennes sont arrivées sur les lieux, les ont investis avec intrépidité, efficacité, ont arraché des dizaines de personnes de toute nationalités et de toutes « races » à une menace mortelle. Je ne suis pas dans le cœur de ces braves, mais j’imagine sans peine que leur bravoure s’alimentait aux hautes valeurs transmises par la civilisation malienne. Le respect de la vie – Nin bèè nin, ni man koro nin yé, nin man fsa nin yé[3] – dit en ouverture la charte du Manden, établie sur ce sol au XIIIe siècle. Le courage : Saya ka fsa malo yé[4]. La jatigiya, cette hospitalité vigilante qui impose à l’hôte de protéger toujours son étranger. Je sais aussi que la plupart des personnes engagées dans cette opération sont des musulmans et que leur foi a donné sens et puissance à un engagement si audacieux. L’entraide solidaire avec des frères humains en péril est une vertu musulmane, de l’aumône qu’on accorde aux nécessiteux jusqu’au sacrifice de sa vie. Dans ces moments où ils étaient sous le feu de furieux sataniques, ils ont représenté les valeurs de l’Islam telles que je les constate et que je les admire chez mes très nombreux amis et parents qui partagent cette confession.

Cet événement survient dans un Mali travaillé par le doute et la frustration, depuis que des bandes de narco-djihadistes ont mis en péril l’existence même du pays, sans résistance efficace de l’armée malienne, au point que l’Etat défaillant a dû faire appel à l’ancienne puissance coloniale pour éviter la noyade. Ce doute et cette frustration paralysantes sont consubstantielles à l’histoire coloniale. La longue défaite inaugurée par l’invasion française à la fin du XIXe siècle, étayée par une propagande présentant la suprématie blanche comme un fait de nature, chaque jour relayée par le spectacle de la prospérité du vainqueur et par la précarité de la vie quotidienne interroge forcément les âmes. Il faut toucher à sa grandeur pour se remettre debout. De ce point de vue, les combats du 20 novembre sont une vraie bifurcation. Ils révèlent qu’un vrai chemin a pu être accompli depuis l’humiliation de 2013. Ils libèrent l’espoir dans une reconstruction efficace des instruments de l’intérêt général.

Un autre aspect de cette journée sanglante fait lui aussi symbole. Des soldats français ont apporté leur soutien à l’opération. Mais cette fois-ci, ils participaient à un combat commun, engagé et conduit par des Maliens. Deux peuples attaqués par un même ennemi, s’appuyant chacun sur des hautes valeurs issues de leurs civilisations et de leurs fois respectives prenaient en commun le risque de rétablir la paix et la sécurité. L’intérêt commun était évident. Le dispositif, où le Mali avait l’initiative et la conduite de l’action, était en bon ordre. Le déséquilibre entre les deux nations, qui est un des effets de la longue domination, reste ailleurs patent et démesuré, mais momentanément, il prenait du plomb dans l’aile. Cette fraternité équilibrée et profitable aux deux peuples a pu se vivre durant ces quelques heures historiques. C’est un élément de la boussole qui permettra, si nous nous y mettons vraiment, de trouver le chemin par lequel prendra fin la guerre de 500 ans. Alors pourra s’établir cette paix durable qui ne peut s’installer vraiment que par un partage de la prospérité. Alors les ressentiments criminels nuisibles à tous et qui ruinent notre humanité même n’auront plus de carburant et s’assècheront [sic : le pétrole n'intéresse personne, surtout pas la France, c'est bien connu].



[1] 20 novembre 2015

[2] 13 novembre 2015

[3] Toute vie est une vie, nulle vie ne l’emporte sur une autre vie, nulle vie n’a l’aînesse sur une autre vie.

[4] Plutôt la mort que le déshonneur


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Lun 23 Nov - 9:01

pour apprécier la clairvoyance du démocrate Jean-Louis Sagot-Duvauroux ci-dessus

Les forces spéciales américaines déployées au Mali après l’attaque d’un hôtel à Bamako Thomas Gaist WSWS 23 novembre 2015

Thomas Gaist a écrit:
Des hommes non identifiés armés de grenades et de fusils d’assaut ont investi, le vendredi 20 novembre, l’hôtel de luxe Radisson Blu dans la capitale malienne Bamako, tuant au moins 27 personnes et capturant jusqu’à 170 otages

Alors que des avions de guerre français survolaient l’hôtel, des troupes françaises, américaines, onusiennes et maliennes le cernaient et donnait l’assaut; ils finirent par sécuriser l’établissement haut de gamme après un siège qui dura une bonne partie de la journée.

Des forces spéciales américaines ont participé à l’opération et évacué une douzaine de ressortissants américains se trouvant à l’intérieur durant l’attaque, selon les médias américains. Les forces américaines ont également fourni des renseignements et au moins un drone « Reaper » en soutien à l’opération de sauvetage.

Des dizaines de soldats des forces spéciales américaines et françaises, en plus des substantielles forces de commandos déjà maintenues par les deux pays dans la région, ont été déployés à Bamako en réponse à l’attaque. Au moins 25 soldats américains étaient déjà présents à Bamako et ont coordonné leur action avec celle du gouvernement.

Un Américain au moins a été tué dans l’attaque a rapporté CNN le 20 novembre au soir. Jusqu’à cinq membres du Département américain de la Défense se trouvaient dans l’hôtel au moment de l’attaque ont dit des responsables anonymes du Pentagone au Los Angeles Times.

Le gouvernement du Mali a déclaré l’état d’urgence nationale pour 10 jours à partir de vendredi minuit en réponse aux attaques.

La milice islamiste Al Mourabitoun, une scission d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, formée par le terroriste international notoire Mokhtar Bel Mokhtar, a revendiqué l’attaque dans un message Twitter et un enregistrement immédiatement après l’attaque. Dans sa déclaration audio, Al Mourabitoun a affirmé que l’attaque avait été lancée en représailles d’atrocités commises par les forces gouvernementales maliennes et françaises contre la population dans le nord.

Venant à la suite des attentats terroristes politiquement chargés de Paris et celui visant un avion de ligne russe au-dessus du Sinaï, l’attaque de l’hôtel très en vue Radisson Blu, fréquenté par une clientèle internationale et de classe supérieure a des implications inquiétantes.

Washington et Paris se sont déjà saisis des attentats de Paris pour amplifier leurs guerres en Irak et en Syrie et imposer des mesures autoritaires à leurs propres populations. Dans la semaine écoulée depuis les attentats, les avions français ont intensifié massivement leurs bombardements en Syrie et les villes françaises ont été placées sous la loi martiale.

La France entretient déjà une garnison transsahélienne substantielle de plus de 3.000 soldats, chargés d’opérations « antiterroristes » illimitées au Mali, en Mauritanie, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad dans le cadre de l’opération Barkhane.

S’exprimant vendredi, les dirigeants français ont comparé les événements de Bamako avec les attentats de Paris et promis d’organiser une réponse « nationale et internationale. »

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a dénoncé sur un ton belliqueux l’« idéologie meurtrière » des assaillants islamistes présumés et annoncé que les diplomates français rédigeaient une résolution onusienne appelant à de nouvelles initiatives antiterroristes transnationales.

« Il n'est pas possible de négocier avec eux car tout ce qu'ils veulent, c'est tuer quiconque n'accepte pas leur domination. Nous devons donc les combattre… au niveau national et au niveau international » a dit Fabius.

« Une fois encore les terroristes veulent marquer de leur présence barbare tous les lieux où ils peuvent tuer, où ils peuvent impressionner et massacrer, »
a dit le président français François Hollande

Les responsables américains ont eux aussi signalé que Washington allait intensifier son intervention au Mali. Le gouvernement américain allait « rester un partenaire indéfectible du gouvernement du Mali et d’autres dans la région de la lutte contre les groupes terroristes, » a déclaré vendredi le porte-parole de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, Ned Price.

« Nous sommes prêts à aider le gouvernement malien dans les prochains jours », a-t-il dit.

Les experts militaires cités par les médias américains appellent de plus en plus à une présence militaire accrue dans la région. Le déploiement français Barkhane est actuellement « trop ​​éparpillé », selon des experts cités par le Los Angeles Times.

« Il y a tellement de groupes différents qui essayent de faire un nom. Nous allons continuer à subir ces attaques » a dit au Wall Street Journal un analyste de la sécurité européenne.

Les réseaux islamistes armés se sont développés rapidement dans toute l’Afrique du Nord ces dernières années au fur et à mesure que se déstabilisait rapidement l’ordre régional dû aux retombées de la guerre USA-OTAN de 2011contre la Libye.

La désintégration de l’État libyen sous l’assaut des États-Unis et de l’OTAN a transformé la Libye et les pays voisins en aires de rassemblement pour groupes islamistes et autres milices ethniques, et a inondé d’armes et de combattants la moitié nord du continent.

Les nombreuses milices « rebelles », dont des forces islamistes affiliées à Al-Qaïda, mobilisées contre le régime de Kadhafi par les puissances occidentales comme forces mandataires ont continué à faire la guerre en Libye et dans les pays voisins. Beaucoup de ces forces sont ensuite allées se battre dans la guerre civile fomentée par les Etats-Unis en Syrie, introduites dans le pays grâce à des filières terroristes secrètement gérées par les renseignements américains.

La destruction de la Libye par les États-Unis et l’OTAN a également fourni des forces pour une guerre civile au Mali, y poussant par le sud de la Libye des milices touareg, islamistes et autres armées jusqu’aux dents avec les armes pillées dans les arsenaux libyens ou données par les gouvernements occidentaux.

La saisie des villes du nord du Mali par des combattants tribaux Touareg et des milices islamistes juste sorties de la guerre libyenne a rapidement provoqué une guerre civile et précipité un putsch militaire à Bamako, dirigé par un officier formé aux États-Unis.

La France a répondu en envahissant le pays en janvier 2013, soutenue par les Etats-Unis. Présentée comme une mission antiterroriste, l’intervention française a en réalité été lancée dans le cadre plus large de la campagne des puissances impérialistes pour réimposer une domination politique et militaire directe en Afrique, et massivement accélérée depuis 2008.

Depuis la création officielle en 2008 du Commandement américain en Afrique (AFRICOM), des détachements américains sont engagés dans littéralement chaque pays africain dans des opérations militaires ou couvertes. En plus des forces conventionnelles importantes d’AFRICOM, les forces spéciales américaines ont mis au point de vastes opérations en République centrafricaine, en Somalie, au Mali, en Ouganda et ailleurs. Durant toute l’année 2015, quelque 1.400 soldats des forces spéciales américaines ont été en opération dans au moins 23 pays africains, selon le chef du Commandement des opérations spéciales pour l’Afrique (SOCOM), le général Donald Bolduc.

AFRICOM affirme mener des opérations pour « démanteler » des dizaines de groupes terroristes présumés différents, dans chaque sous-région majeure en Afrique.

Les forces spéciales américaines visaient, outre la Lords Resistance Army d’Ouganda, au moins 43 groupes terroristes et milices dans la seule sous-région d’Afrique centrale, a dit le général Bolduc plus tôt ce mois-ci

Le gouvernement français a fait pression pour que les États-Unis continuent de soutenir ses opérations au Mali et en général au Sahel, a dit au Huffington Post l’ancien ambassadeur français aux États-Unis, Gérard Araud.

L’Impérialisme allemand prépare ses propres missions de combat « indépendantes et robustes » au Mali. Les opérations allemandes seront étroitement coordonnées avec quelque 600 membres des forces néerlandaises déjà stationnées dans le pays et y « déploieront toute la gamme des moyens à sa disposition », selon les directives de l’opération.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a déclaré à propos des événements de vendredi, « l’attaque terroriste d’aujourd’hui montre clairement qu’il y a un long chemin à parcourir avant que le Mali ne soit stabilisé » et, « le terrorisme islamique dans la région n’a pas encore été vaincu ».

Le gouvernement allemand prévoyait des « joint-ventures » et de « l’investissement direct » en Afrique centrale, a déclaré Steinmeier vendredi depuis la Zambie.

Les nouvelles opérations au Mali correspondent aux lignes directrices de la politique adoptée par Berlin l’an dernier et appelant à des interventions militaires et politiques allemandes agressives sur le continent. Celles-ci déclaraient ouvertement que ces efforts visaient un contrôle allemand sur une Afrique « riche en ressources naturelles. »

La dissolution de l’Union soviétique a ouvert de nouvelles perspectives africaines aux Etats-Unis et aux pouvoirs européens, qui y ont réagi par une ruée féroce pour repartager les ressources et les marchés de l’Afrique.

En collaborant à ce projet, les élites bourgeoises nationales de l’Afrique sont devenues riches mais elles se sont par là discréditées aux yeux des masses. Partout sur le continent, les gouvernements chancellent et l’agitation sociale atteint des niveaux historiques. Le gouvernement malien, malgré l’importante aide militaire de l’Occident, ne peut même pas sécuriser les rares enclaves riches de sa capitale.

(Article paru d'abord en anglais le 21 novembre 2015)


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mer 25 Nov - 4:45



20e SILA: Les massacres du colonialisme français en centre des débats 02/11/2015 Ennaharonline

La responsabilité des hommes politiques de la France coloniale dans les massacres des populations perpétrés en Algérie depuis le début de la colonisation était au centre des débats qui ont réuni dimanche à Alger des historiens algériens, français et allemands


Citation :
Lors d'une journée dédiée à l'histoire et à la commémoration des massacres du 8 mai 1945, organisée dans le cadre du 20ème Salon international du livre d'Alger (SILA), des universitaires ont expliqué l'idéologie coloniale d'"éradication" des populations locales dans les colonies de peuplement.

Pas moins de 800 000 enfants ont été assassinés en moins de quatre ans lors d'innombrables massacres et exactions de l'armée coloniale afin, selon l'universitaire Mohamed Abbas, de remplacer les autochtones par une population de colons.

L'historien français Alain Ruscio a pour sa part exposé cette idéologie d'éradication considérée comme un facteur commun à tout l'empire colonial français où la pratique de la torture, le bombardement au napalm, les exécutions sommaires et la guillotine étaient des pratiques "courantes et approuvées par les gouvernements de l'époque depuis le début du 19e siècle.

Au delà du cas de l'Algérie, la violence coloniale est perçue, par l'historien allemand Hermut Elsenhans, comme un instrument de maintien des relations structurelles dans un système politique imposé par le colonisateur refusant au colonisé tout droit à la participation à la vie politique dans une logique d'"éradication des élites".

Cette même idéologie est également évoquée par l'historienne française Claire Mauss-Copeaux qui a tenté dans ses entretiens avec plusieurs soldats du contingent de comprendre les causes des massacres de l'armée coloniale.

L'auteure de Appelés en Algérie: la parole confisquée et de Algérie, 20 août 1955 " oeuvre pour la réhabilitation de la mémoire de tous les massacres commis en Algérie avant et après ceux du 8 mai 1945 dont celui de Oudjehane en mai 1956.

Pour l'historienne, il est aujourd'hui nécessaire de reconnaître les faits et les circonstances de tous les massacres commis depuis les enfumades de la Dahra en 1845 dans l'écriture de l'histoire " pour sortir les témoins de cette horreur du confinement du statut de victime", signalant que les archives militaires françaises restent une source importante d'informations sur cette époque.

Aps

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mer 25 Nov - 4:49

Entretien, Ouerdia Yermeche : « Le colonialisme français a cassé la généalogie des Algériens à travers le mode patronymique » 31-10-2015

Lors de notre tournée au SILA, nous avons croisé fortuitement une conférence intéressante sous l’intitulée «Les noms propres de personnes en Algérie, entre histoire et état civil» animée par la professeur Ouerdia Yermiche, spécialiste en sciences de langage dans l’ensemble des universités algériennes, particulièrement en onomastique (étude des noms propres), elle nous livre dans ce bref entretien un bref historique de l’anthroponomie algérienne avant pendant et après l’occupation française qui a complètement dénaturé les noms.
[/i]


Ouerdia Yermiche

Citation :
Quel est, selon vous, la période tournante de l’histoire des noms en Algérie ?

Les noms propres algériens étaient traversé par différentes influences, l’origine du nom berbère a duré avant d’être chamboulé par les différentes invasions qui ont ciblé le sol algérien à l’exemple des romains, vandales, turques, espagnoles et turcs et enfin les français. L’événement marquant de l’histoire des noms algériens a été l’année 1882. Il a été instauré un nouveau mode de désignation de personnes qui est le mode patronymique, et c’est à partir de 1882, avec la loi sur l’état civil que nous avons donné un nom de famille à l’algérien.

Contrairement aux anciens noms d’Algériens qui n’étaient pas choisis de façon arbitraire, peut-on dire que la France a dénaturé tout le sens des noms ?

Les noms à leur origine berbère n’étaient pas choisis arbitrairement, ils étaient essentiellement liés à la tribu, au village, à ses caractéristiques et à ses us et coutumes. C’est à partir de la colonisation française que les noms de famille ont été complètement dénaturés le système coloniale n’a pas respecté les normes traditionnelles de désignation. Les Français ont utilisé des procédés pas du tout honnêtes pour désigner des personnes, ils les désignaient pas des noms d’animaux, d’insectes ou d’insultes, et ça n’avait aucun lien avec l’origine généalogique. Le colonialisme français a cassé et opéré une rupture dans la généalogie des personnes à travers le mode patronymique.

Après l’indépendance, est-ce qu’il y a eu des efforts pour que les Algériens reprennent leurs anciens noms ?

L’état civil algérien post indépendance n’a été que la suite d’erreurs commises par l’occupation française, rien n’a été fait pour rétablir l’authenticité de la patronymie algérienne.

Pour que les choses se rétablissent, il faut une forte décision politique afin de revoir, de réfléchir et d’observer le système anthroponymique tel que transcris par la France. Il faut essayer de corriger l’ancienne fixation du nom en français qui comportait des altérations, et réfléchir par la suite sur des normes qui peuvent faire une transcription en arabe qui rétablit le nom dans sa prononciation d’origine.

Vous avez effectué une étude sur pas moins de 77.000 noms. Parlez-nous en…

J’ai travaillé sur l’anthroponomie algérienne en essayant de relever un large échantillon de noms de famille à travers tout le pays, notamment au nord. A travers cet échantillon du chiffre qui est énorme déjà, j’ai pu quand même relever les incohérences aussi bien au niveau de la sémantique des noms que de la forme. J’ai montré combien le disfonctionnement lié à l’organisation des anthroponymes est grande.

Croyez-vous qu’il y a assez de livre qui aborde le sujet des noms algériens et leur histoire ?
Je suis la première depuis l’indépendance à avoir fait une thèse universitaire sur l’anthroponomie algérienne. Farid Benramdane a fait sa thèse sur les toponymes (le nom des lieux) et je suis fière de dire que nous avons encadré plusieurs générations d’étudiants qui travaillent dans ce domaine depuis notre début aux années 1980.

Nous avons publié seulement des travaux universitaires sur l’histoire de noms en Algérie, mais l’idée de publier des livres de la vulgarisation a germé, et je prépare un livre intitulé L’histoire du nom de famille en Algérie.

Entretien réalisé par Kader B.
 

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mer 25 Nov - 4:56



Vidéo - Le Professeur Malick Ndiaye: "Autant les attentats à Paris sont inacceptables, autant le colonialisme terroriste de la France dans le monde est inacceptable"


Citation :
Le Professeur Malick Ndiaye condamne fermement les attaques terroristes qui ont ensanglanté la capitale française, la semaine dernière. Selon lui, aucun être humain ne doit commettre de crimes de masse au nom de la religion musulmane. Pour autant, le sociologue dénonce la politique de la France au Proche-Orient et dans ses anciennes colonies. "Autant ces attentats sont inacceptables, autant le colonialisme terroriste de la France dans le monde est inacceptable", dit-il. Dans cet entretien, l’ancien ministre conseiller du président de la République s’est prononcé sur l’arrestation des imams soupçonnés de terrorisme et la menace terroriste au Sénégal.


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LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL
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