PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Lun 19 Déc - 12:36


VERS LA COMMUNAUTE HUMAINE

Jacques Camatte, Invariance, avril 1976

En ce qui me concerne, le mouvement de libération des peuples coloniaux
faisait apparaître une donnée essentielle - étudiée déjà dans l'aire occidentale -
celle de la communauté
.


"L'être humain est la véritable  Gemeinwesen (communauté) de l'homme." Karl Marx

extrait
Jacques Camatte a écrit:
S'il n'y avait pas de révolution prolétarienne la société ne restait tout de même pas immobile, d'où la nécessité de préciser en quoi le fascisme avait gagné la guerre, pourquoi la détente succédait à la guerre froide. Les réponses à ces questions ne pouvaient venir que d'une étude approfondie du devenir du MPC en ne se limitant pas au schéma léniniste exposé dans L'impérialisme stade suprême du capitalisme. En même temps s'imposait l'investigation des phénomènes qui pouvaient accélérer la venue de la crise capitaliste seule apte à déterminer une repolarisation des forces révolutionnaires œuvrant à la reformation du parti. C'est là qu'on rencontrait la question des révolutions anticoloniales qui fut de 1950 à 1962 le phénomène immédiat le plus important.


L'étude de la question nationale-coloniale s'est faite en deux périodes séparées par la prise de connaissance du texte fondamental de K.Marx Formes qui précèdent la forme de production capitaliste (chapitre des Grundrisse) en 1958. Avant cette date on essaya de délimiter des aires géo-sociales, comme A. Bordiga l'avait fait lors de son étude de la révolution Russe. On chercha à déterminer à quel niveau de développement des forces productives elles se trouvaient et à individualiser le mode ou les modes de production y opérant. La destruction des antiques rapports sociaux était considérée comme progressive parce que permettant un développement du capital et donc la formation du prolétariat. Après la lecture du texte de K.Marx, on n'a pas abandonné réellement cette vision qui cadre avec la théorie du prolétariat mais on insista plus sur une critique du progrès, sur la glorification des antiques rapports sociaux qui étaient plus humains; d'où une exaltation de l'histoire des différents peuples se soulevant contre les métropoles capitalistes, sans sombrer dans un populisme. En outre, pointa l'idée que certaines régions de la terre pouvaient ne pas être favorables à un développement du MPC, mais on n'en tira aucune conséquence importante. Enfin, ce qui me passionna le plus dans le texte de K.Marx c'était d'y trouver une périodisation de l'histoire humaine en fonction des divers types de communauté; malheureusement l'étude immense que cela réclamait ne permit pas d'aller très loin dans l'investigation. Je me contentais de signaler, de façon schématique, ce mode d'appréhender l'histoire dans Le VI° Chapitre inédit du Capital et l'oeuvre économique de Marx.


Fondamentalement, au départ, il était évident que ces révolutions anticoloniales ne pourraient pas engendrer le socialisme; toute perspective de double révolution était également à exclure; restait à déterminer s'il ne pourrait pas y avoir une certaine transcroissance qui passait inévitablement par une radicalisation au sein des métropoles provoquant un affaiblissement de celles-ci permettant au mouvement anticolonial d'atteindre plus de profondeur et d'amplitude.


Cette perspective n'était pas fausse puisqu'elle se réalisa mais en un laps de temps plus long que prévu et sous une forme bien moins révolutionnaire. Il faut attendre 1975 pour qu'on ait réalisation du phénomène escompté en 1960: la fin de la colonisation de l'Afrique.

Dans une dernière période l'étude des pays ayant accédé à l'indépendance fut analysée en tenant compte d'un phénomène inverse : dans quelle mesure ils renforçaient le système capitaliste mondial ? Il ne s'agissait pas d'en venir à un européocentrisme mais de constater qu'une possibilité d'accélération d'un procès révolutionnaire avait été perdue.


La question des révolutions anticoloniales donna lieu au sein de l'organisation à des oppositions découlant de deux positions : une qui fut nommée, ultérieurement, en d'autres lieux, tiers-mondiste, l'autre qu'on peut caractériser comme européocentrique, ayant pour arrière fond la théorie de la décadence du MPC et l'impossibilité pour celui-ci d'accroître encore les forces productives. Cette dernière ne manquait pas d'une certaine générosité: par son action le prolétariat a au fond apporté la solution pour l'ensemble des hommes de la planète; il a permis un essor des forces productives jusqu'au capital pleinement réalisé qui est la base pour accéder au communisme; non seulement il n'y a plus rien à développer mais on ne le peut pas; la seule action progressive est la destruction du MPC. D'où, pour les partisans actuels de cette théorisation, nous vivons une espèce de Moyen-Âge, une nouvelle barbarie, etc . . . où le développement technique n'est qu'une apparence de progrès. En affirmant cela, ils manifestent de l'incohérence puisqu'ils ne mettent pas réellement les hommes et les femmes au premier plan de la transformation qui doit se produire et éviter à divers peuples les phases pénibles de la capitalisation.


La première position s'abandonnait à l'immédiat, l'autre se figeait dans un acquis historique. On a trouvé la solution; il suffit que sa connaissance soit divulguée ou que d'autres en fassent par eux-mêmes la découverte. Sous-jacente se cache l'idée de la nécessité d'une dictature du centre sur toute la périphérie.


Pour ceux qui nient totalement la caractère révolutionnaire des mouvements anticoloniaux comment pouvait-on concevoir un aller au communisme au début du siècle (moment où selon eux le MPC entre en décadence) puisque le prolétariat était absolument minoritaire à l’échelle mondiale ?
Que serait-il advenu à l'Afrique par exemple ? La logique voudrait que dans ce cas ils accordassent une importance aux autochtones, mais ce serait sombrer dans le populisme qu'ils honnissent. Le prolétariat d'Occident est alors l'avant-garde qui doit exporter la conscience dans les autres pays. Mais comment peut-elle se greffer là-bas si l'être de ces pays est différent ?


Ce qu'à la suite de A.Bordiga on craignit le plus c'était, bien qu'on la connut fort mal, le fleurissement d'une théorie populiste au sein des peuples insurgés qui aurait pu affirmer qu'une couche sociale autochtone — ou même l'ensemble de la population — assurerait l'indépendance; non pas parce qu'on était contre celle-ci mais parce qu'on y voyait alors une phase purement bourgeoise démocratique qui fixerait le processus à un stade intermédiaire de développement. Il fallait, même si le prolétariat indigène était faible, mettre en avant la dimension internationale; toute théorisation de vertus particulières à un peuple donné apparaissait en contradiction avec l'internationalisme. On ne pouvait pas ne pas miser sur une transcroissance possible, telle que l'avait montrée la révolution russe. Cependant, vue la carence du mouvement prolétarien dans ces pays, on fut bien amené à reconnaître que la lutte des races se révélait parfois beaucoup plus révolutionnaire que la lutte des classes.


C'est donc en fonction de tout cela qu'on pouvait être pour l'indépendance des pays coloniaux. En outre, on ne pouvait pas être insensible à l'aspect purement humain : la fin d'un assujettissement; le fait de l'affirmation d'une dignité humaine acquise grâce à l'indépendance et le dévoilement d'une humanité qui avait été bafouée, niée durant des siècles. Ceux qui dénigrent systématiquement ces mouvements révolutionnaires devraient méditer sur le fait que rapporte F. Fanon : des savants français faisaient des thèses pour démontrer que le cerveau des Algériens était structuré différemment de celui des Européens ce qui expliquait leur prétendue infériorité, ainsi que sur la phrase lourde de sens historique d'Aimé Césaire: "Ce qu'il (le bourgeois humaniste du XX° siècle) ne pardonne pas à Hitler, ce n'est pas le crime en soi, le crime contre l'homme blanc, c'est d'avoir appliqué à l'Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu'ici que les Arabes d'Algérie, les Coolies de l'Inde et les Nègres d'Afrique".


Le mouvement de libération fut très important pour les noirs qui en 1960 acquirent l'indépendance; certes ce fut l'émancipation du noir et non de l'homme, mais cela eut une conséquence considérable par exemple sur le mouvement révolutionnaire noir étasunien (confirmant la perspective). Pour ces hommes luttant contre un racisme puissant il y avait là des preuves tangibles de leur humanité. Avec juste raison ils purent enfin dire: "Black is beautiful". Ce qui s'est produit c'est une émancipation progressive dans le cadre du MPC, résultat identique à celui obtenu par les prolétaires en 1848 et en 1871. Ces mouvements représentent en fait une extension de la domination du capital à des zones plus vastes même si cette domination n'est pas réelle. L'essentiel c'est l'élimination de la réduction des algériens, des noir, etc. . . à un stade infrabestial. A partir de 1960 on est obligé de reconnaître que l'humanité blanche n'est pas la seule humanité. Si des conflits éclatent dans ces pays devenus indépendants cela pose la mise en cause d'un système mondial non humain et, aussi, vue l' impasse en Occident, celle de poser leur propre devenir en rapport avec leur passé qu'ils redécouvrirent et non de singer l'Occident.


La théorie de l'importance, de la nécessité de l'indépendance de ces pays est liée à la théorie du prolétariat; sur sa base on ne peut affirmer que cela (au moment historique auquel on se réfère ici); l'alternative serait une théorie populiste. Malheureu­ement (comme je le pense maintenant) il n'y en eut pas; il y eut seulement une théorie substitutionniste: on remplaça le prolétariat par le paysan comme le firent Mao Zédong ou Aimé Césaire. Ils ne cherchèrent pas, à la différence des populistes russes, le possible d'un autre devenir; ils ne posèrent pas le problème de greffer les acquis techniques occidentaux sur les vieilles formes sociales communautaires. Au contraire —on peut anticiper jusqu'à nos jours — ils veulent détruire leur vieux milieu social; tous proclament la guerre au tribalisme.

Affirmer que du moment qu'en Occident le prolétariat ne fait rien, tout mouvement social révolutionnaire ne peut que nourrir la contre-révolution, c'est vouloir faire tout tourner autour de l'Occident, c'est l'européocentrisme et une justification du colonialisme, etc. . . c'est surtout faire peu de cas de l'impasse tragique où se trouvèrent et se trouvent une multitude d'hommes et de femmes dans les diverses aires dits arriérées. Enfin cela exprime de la façon la plus aiguë le renversement de la proposition: "le prolétariat ne doit pas attendre de messie" en "le prolétariat est le nouveau messie qu'il faut attendre". En même temps, au sein de ce renversement, le prolétariat prend, aux yeux des divers "attentistes", des figures variées; chacun mettant dans cette classe ce qu'il a besoin pour résoudre sa perspective historique. [on l'a vu concernant les "communisateurs", qui redéfinissent le prolétariat sujet de la révolution sur mesure tautologique]


C'est pourquoi ce fut une grande joie quand, en 1960, une grande partie de l'Afrique accéda à l'indépendance due en grande partie à l'opiniâtreté de la lutte des Algériens, d'autant qu'on pouvait prévoir, qu'à bref délai, tout le reste suivrait et que les nouveaux pays indépendants pourraient entreprendre une croisade pour libérer leurs frères d'Afrique du Sud.


Il est un autre élément sur lequel on a insisté qui montre que nous avions bien raison de pas avoir d'illusions sur ce que pourrait donner ces mouvements: les diverses directions ne purent négocier l'indépendance qu'après avoir éliminé les groupements les plus extrémistes (révolution algérienne) ou les éliminèrent après son obtention au prix d'une période de chaos (cas du Congo-Zaïre) de telle sorte que ce tut toujours, le potentiel révolutionnaire le plus bas qui put s'affirmer.


L'analyse de ces révolutions n'apparaissait pas suffisante, encore moins exhaustive, aussi fallut-il faire une nouvelle étude plus fouillée des différents modes de production et rejeter l'unilinéarisme. En effet en glorifiant les antiques civilisations de ces pays il y avait en germe l'idée qu'il n'était pas nécessaire que ces pays passent par les mêmes étapes qu'en Occident pour produire une civilisation importante que, donc, il pouvait y avoir une autre voie de développement. Mais ceci ne pouvait pas suffire, il aurait fallu montrer qu'il n'y avait pas inéluctabilité d'un développement donné, celui de l'Occident.


Dans cette étude des révolution anticoloniales surgit une difficulté toute spéciale: la Chine. A.Bordiga apporta peu de choses; les autres membres du PCI ne firent que broder des erreurs sur le canevas classique. Ce qui me semblait important c'était le type même de la communauté chinoise (ce qui je devais analyser par la suite en. tant que communauté despotique), mais je n'avais pas le temps ni les moyens d'aborder cette investigation.


En ce qui me concerne, au-delà des questions que je viens de signaler rappeler, le mouvement de libération des peuples coloniaux faisait apparaître une donnée essentielle — étudiée déjà dans l'aire occidentale — celle de la communauté.


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Tristan Vacances



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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Ven 20 Jan - 12:10


repentance danoise

Denmark struggles to come to grips with its slave past

Justin Cremer The Local dk 5 January 2017

This year marks the centennial of Denmark's sale of the Danish West Indies and the milestone has some asking if the nation should issue a formal apology for its role in the slave trade.

[center
An image from the book 'The history of slavery and the slave trade,
ancient and modern' shows a slave being branded in the West Indies

Photo: Public Domain/WikiCommons
[/center]

Citation :
One hundred years ago today, Danish and US officials were finalising the details of the Treaty of the Danish West Indies, a $25 million sale of what are now known as the US Virgin Islands of Saint Croix, Saint John, and Saint Thomas.

While there will be various events throughout the year to mark the occasion, there are voices within Denmark calling on the nation to use the centennial to address its role in the slave trade, something that critics say has been conveniently swept under the rug in favour of focusing on the more flattering story of how Denmark became the very first nation to outlaw transatlantic slavery.

“The blood of slaves colours a dark chapter in Denmark’s history,” the newspaper Politiken wrote in an editorial on Thursday.

“We know the truth even if we would rather not know it. Very few schoolchildren hear about Danish ships that sailed 120,000 slaves from Danish forts in Africa. How 50,000 of them ended in the Danish West Indies. How one in ten slaves died on the journey and were thrown overboard. Or how the rest of the slaves toiled on plantations or were sold off,” the editorial continued.

PM: 'Shameful'

Prime Minister Lars Løkke Rasmussen used the looming centennial to acknowledge what he called “a gruesome chapter” in Denmark’s history during his annual New Year’s Day address.

“Many of Copenhagen’s beautiful houses and palaces were built with money earned off the toil of slaves and exploitation on the other side of the world,” the PM said.

“It is not a proud part of Denmark’s history. It is shameful,” Rasmussen added.

The prime minister did not formally apologize for Denmark’s participation in the slave trade, following a position the Danish government has held for years.


Prime Minister Lars Løkke Rasmussen addressed Denmark's past participation in the slave trade
during his New Year's address. Photo: Ólafur Steinar Gestsson/Scanpix

Historian Anders Bjørn, who co-counded the Centre for Colonial History, is one of a number of Danes who have called on the country to give an official apology.

“It’s important that we don’t forget that Danes have been behind the gross explotation of people in the old Danish colonies. And it is important that Denmark’s officials don’t forget it,” he told Politiken back in August.

“All other slave-owning nations have either a museum or a statue that bares witness to the slave era. We don’t have that sort of memorial in a public space in Denmark. It’s missing,” he added.

No apology

Denmark’s minister of culture, Mette Bock, said a formal apology "just doesn't make sense" and what's more important is to enter into a dialogue with the descendants of slaves.

“I think what the prime minister did is even stronger [than an apology]: to say precisely that it was shameful. And that’s because an apology, if it is to have meaning, should be given by the one who carried out the offence,” she told broadcaster DR. “One cannot apologize on behalf of others.”


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Jeu 16 Fév - 22:04


la diagonale du flou

ce que ne dit pas Macron, ni les pour ou contre sa sortie, "colonisation a été un crime contre l’humanité", c'est d'abord qu'elle fut le premier pas de la mondialisation capitaliste, occidentale de fait

à partir de là, toutes les polémiques sont possibles sur le terrain politique, 'spectaculaire' pour le coup

ce que ne dit pas Macron, ensuite, c'est que son vrai programme, qu'il non-présente avec un talent indéniable, poursuivra la nouvelle "colonisation", qui n'est plus (seulement) géographique et pas seulement à base raciale. Il est donc vrai qu'il sent le vent du monde tourner, mieux qu'un Fillon, mieux qu'un Hamon, et mieux qu'un Mélenchon

cet article est aussi une prouesse idéologique : vive le capitalisme décolonial !


L’impeccable leçon de Macron sur la colonisation

François Reynaert l'Obs 16 février 2017

"La colonisation a été un crime contre l'humanité", déclare le candidat d'En Marche !, suscitant un tollé. Quelques éléments de rappel pour les oublieux.


Macron à la basilique Notre-Dame d'Afrique.
Anis Belghoul/AP/SIPA

Citation :
On les comprend. M. Macron va en Algérie et y déclare - incroyable scandale ! - que la "colonisation a été un crime contre l’humanité". Pour eux, c’est trop beau. Mme Le Pen, fille de l’OAS par son père, se retrouve sur un terrain qui plaira à sa base historique qui n’a toujours pas digéré les accords d’Evian. Elle peut lâcher ses aboyeurs : scandale ! Traître qui "tire dans le dos de la France", etc. Et M. Fillon, l’homme qui, en septembre dernier, affirmait sans rire que la France n’avait pas à rougir d'"avoir partagé sa culture aux peuples l’Afrique", trop content de trouver n’importe quoi qui lui permette d’échapper dix minutes aux questions sur sa femme, juge les déclarations de son rival "indignes d’un candidat à la présidence de la République".

On les comprend et on les remercie, car sans leurs ululements, on n’aurait sans doute prêté qu’une attention distraite aux propos effectivement prononcés par l’ancien ministre de l’Economie à Alger, et on aurait raté quelque chose. Face aux caméras de la télé privée "Echourouk news", M. Macron a-t-il bien déclaré que la colonisation était un "crime contre l’humanité" ? Oui, mais contrairement à ce que l’on voudrait faire croire, cette phrase s’inscrit dans un raisonnement dont on avoue bien volontiers qu’on le trouve d’une grande finesse et d’une grande exactitude.

Cela fait des décennies que la classe politique cherche à se dépatouiller du souvenir complexe de l’histoire coloniale. En moins de deux minutes, le jeune candidat nous indique avec brio la voie à suivre pour le faire. Oui, dit-il en substance, la colonisation a été une horreur, une "barbarie", un "crime contre l’humanité", mais il ne faut pas enlever à cet épisode sa complexité en refusant de voir qu’il a été fondé sur un projet qui a pris le masque de l’émancipation (c’est ce qu’il résume par l’élégante formule : "La France a apporté les droits de l’homme mais elle n’a pas su les lire") et enfin, il faut réussir à dépasser enfin cette histoire pour sortir de la "culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien". Reprenons l’un après l’autre chacun de ces trois points.

Oui, la colonisation a représenté une forme de "barbarie"

La colonisation, c’est-à-dire ce long phénomène historique qui voit l’Europe réussir progressivement, à partir du XVIe siècle (conquête de l’Amérique), à dominer, en trois siècles, la quasi totalité de la planète peut-elle être considérée, dans son ensemble comme un "crime contre l’humanité" ?

Sur un strict plan juridique, c’est difficile à affirmer de façon globale : le "crime contre l’humanité", tel qu’il est défini après la Seconde guerre mondiale au procès de Nuremberg, implique une volonté d’exterminer une population ou de l’asservir. Le projet général des puissances coloniales était de dominer et d’exploiter à leur profit, les pays colonisés, non pas d’éliminer leurs populations de la surface de la Terre, d’autant qu’elles pouvaient leur servir.

Il est clair néanmoins que l’histoire coloniale dans son ensemble est jalonnée d’épisodes qui méritent largement le qualificatif de barbares. Rappelons le bilan du moment inaugural de la colonisation européenne, la conquête des Amériques par les Espagnols : en un siècle, la population indienne chute d’environ 90% ! Cet effondrement est dû au "choc microbien", bien sûr, aux maladies importées à leur corps défendant par les conquistadors, mais aussi à leurs pratiques : les Espagnols n’avaient d’autres projets pour les populations soumises que de les soumettre à l’esclavage. Nombre d’Indiens, ne pouvant y résister, en sont morts.

Citons encore deux pages atroces de la colonisation de l’Afrique, au XIXe siècle. Dans les années 1880, le roi des Belges Léopold II acquiert le Congo, un domaine d’une surface 80 fois supérieure à la Belgique, et il en laisse l’exploitation économique à des sociétés privées – dites "concessionnaires" – qui ont tout pouvoir pour contraindre les populations à procéder aux récoltes de l’ivoire, d’abord, puis du latex, pour faire le caoutchouc. Leur brutalité dépasse l’entendement. La méthode la plus classique utilisée par les agents de Léopold pour soumettre les villages consiste à couper les mains des récalcitrants.



Les mains coupées du Congo. (Domaine public)


Quelques photos montrent les membres coupés, dressés en pyramides. Au total, les massacres du Congo font des millions de victimes. Citons aussi la façon dont les Allemands, à partir de 1904, ont écrasé, dans leur colonie de Namibie, la révolte des Hereros : leur population passe, en quelques années de 80.000 à 15.000 individus.

Le sinistre exemple de l'Algérie


On dira que ces exemples ne concernent pas la colonisation française. C’est vrai. Faut-il pour autant en faire un modèle de vertu ? Ce serait oublier une réalité constante. La colonisation procède de la conquête et impose une domination. L’une et l’autre ne sont jamais allées sans la plus grande brutalité.

On pourrait prendre des exemples dans l’ensemble des colonies. De l’Indochine à l’Afrique Noire, de la Nouvelle Calédonie à Madagascar, aucune n’a échappé à ce sinistre lot. Restons en au seul exemple de l’Algérie. Toute l’histoire coloniale y est scandée, du début à la fin, par la violence.

Une décennie après la conquête, dans les années 1840, quand il faut "pacifier", le territoire, les généraux français mettent au point une technique particulière, utilisée au moins à trois reprises : alors que des villages entiers se sont réfugiés dans des grottes, on allume le feu devant. Ce sont les "enfumades". En 1871, a lieu la "grande révolte kabyle", dernier sursaut pour chasser les occupants.



Massacre de Sétif et Guelma (Domaine public)


Les Français n’hésitent pas, pour repousser les populations, à brûler massivement leurs terres, qui seront par la suite données aux colons. Le 8 mai 1945, le jour même de la défaite du nazisme, à la suite du coup de feu tiré par un gendarme sur un enfant portant un drapeau algérien lors d’un défilé, des émeutes ont lieu à Sétif et Guelma, faisant une centaine de victimes européennes. La répression se déchaîne. L’armée s’en mêle. Les historiens les plus prudents parlent de milliers de morts parmi les musulmans. Moins de dix ans plus tard, commençait la guerre d’Algérie, avec son nouveau cortège d’horreur. Les épouvantables exactions commises par le FLN – qu’il ne faut évidemment pas oublier – et, du côté français, la généralisation de la torture et les bombardements de populations civiles.

Oui, la colonisation s’est parée du masque de la "civilisation"

La droite, il y a dix ans, voulait imposer aux manuels scolaires de rappeler les "effets positifs de la colonisation". Elle montrait en cela qu’elle était restée très années 30. Elle vivait encore au temps des belles brochures  de l’Exposition coloniale qui vantait "l’œuvre accomplie par la France" en montrant des photos de magnifiques chemins de fer construits à travers la jungle africaine, et de généreux médecins vaccinant des petits Noirs dans les villages de brousse.

Il ne faut pas l’oublier en effet, le projet colonial s’est toujours pensé comme un projet bienfaisant. Au XVIe siècle, derrière la croix des évangélisateurs, on faisait le bien en apportant à des païens les lumières de la Vraie Foi. Au XIXe, au temps où l’Occident invente le "progrès", on faisait la même chose dans une version laïcisée : on apportait la civilisation à des peuples "en retard", on allait les aider à sortir de leur horrible sauvagerie.

C’est la philosophie résumée par Jules Ferry dans sa célèbre formule (1885) sur "les races supérieures" qui ont "le devoir de civiliser les races inférieures". Il ne s’agit pas de déconsidérer ce propos avec nos yeux d’aujourd’hui. Bien des individus ont cru sincèrement à ce projet qu’ils considéraient comme humanitaire. D’innombrables instituteurs, fonctionnaires, médecins ont pris le chemin de l’école coloniale car ils croyaient sincèrement à cette mission civilisatrice. Les plus intelligents d’entre eux ont compris assez vite ce qu’elle recouvrait en réalité. Tout ce discours humanitaire n’était qu’une fausse barbe masquant la réalité d’une entreprise de soumission et d’exploitation qui, sur place, se cachait fort peu.

Ainsi par exemple, toute la colonisation de l’Afrique noire, entreprise à partir des années 1880, s’est faite, du côté de tous les Européens, Français, Belges, Anglais, etc. sur un prétexte répété sans cesse, dans toutes les conférences internationales, dans toute la littérature coloniale : lutter contre l’horrible esclavage toujours pratiqué là-bas. Sitôt la conquête faite, toutes les puissances coloniales mettent en place le système du travail forcé : pour "aider" à doter ces pays d’infrastructures qu’ils n’avaient jamais demandées et qui servirent essentiellement à piller plus facilement les ressources locales, les nouveaux maîtres imposent aux populations de donner des jours ou des semaines de corvées.

Nombreux sont ceux qui tentent d’y échapper et s’enfuient. Partout les autorités recourent à des techniques pour les faire revenir, comme de prendre en otage les familles. Nombreux sont ceux qui se soumettent, et ne reviennent jamais. Les travaux exigés sont harassants. La construction du chemin de fer "Congo océan", qui a lieu dans les années 1920, a coûté, dit on, "un homme par traverse".

Bien sûr, on construit des hôpitaux, des ponts, des écoles, mais combien, et pour qui ? En 1914, en Algérie, plus de 80 ans après la conquête, le taux de scolarisation des "indigènes", est de 2% …

"La France, dit M. Macron, a apporté les droits de l’homme mais elle a oublié de les lire". C’est juste. Partout, la conquête se prévaut des principes de 89, du drapeau émancipateur, de la promesse de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. Elles n’arrivèrent jamais. A la place de la fraternité, une domination raciste constante, reposant sur la supériorité innée du "blanc".

A la place de la liberté et de l’égalité, le "code de l’indigénat", inventé à la fin du XIXe, qui régit tous les "sujets d’empire" et leur montre à tous les instants de leur vie qu’ils n’ont pas les mêmes droits que les "vrais" Français : interdiction de se syndiquer, de se réunir sans autorisation, mesures vexatoires de soumission aux plus petits fonctionnaires coloniaux.

Que dire du droit de vote ? Il n’apparaît qu’après la Seconde Guerre, mais de façon  bien prudente. Dans les départements d’Algérie, est mis en place le système du "double collège", c’est-à-dire une technique qui permet aux Français d’Algérie de voter séparément des "musulmans" et de garder sur eux toute leur prééminence : selon ce principe, une voix "française", compte autant que sept voix musulmanes.

Oui, il faudra un jour dépasser cette histoire


Et le plus étonnant, dans toute cette affaire, est de penser que nous en sommes encore là, en 2017, à répéter inlassablement cette vieille histoire, ce passé qui, selon l’expression convenue, ne passe pas. Il faut dire que la droite et l’extrême droite, tout à leurs délires nationalistes, glissent à ce propos sur une pente dont on se demande où elle va les mener. Ecoutez les criaillements de la camarilla lepeniste. M. Macron a commis un crime inexpiable, il a attaqué "l’histoire de France". Donc maintenant l’histoire de France est un bloc devant lequel on doit se prosterner sous peine de blasphème : même la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV ? Même la traite négrière ? Même Pétain ?

Que dire de la droite classique ? Mesure-t-on l’énormité de la phrase de M. Fillon, déjà citée : la colonisation a donc été un "partage [de notre] culture aux peuples l’Afrique" C’est fascinant. Et l’invasion de la Russie par la Grande Armée, c’était quoi ? Un programme Erasmus ?

Faut-il pour autant tirer le char dans l’autre sens et céder au penchant pour l’auto-flagellation qui a été de mise, à gauche, il y a 20 ou 30 ans ? Ce serait une erreur. La dénonciation de la colonisation est une nécessité. Il ne faut pas oublier pour autant à quel point elle a pu être instrumentalisée à des fins politiques. Cela a été le cas dans de nombreux pays, et plus particulièrement en Algérie.

Depuis plus d’un demi-siècle, la classe dirigeante qui tient le pays en coupe réglée et accapare ses richesses se sert de cette arme imparable dès que le besoin s’en fait sentir. Lui réclame-t-on des comptes sur la façon déplorable dont le pays est géré : c’est la faute de la colonisation ! Allons. 58 ans après l’indépendance, et c’est toujours cette même chanson ? La faute au passé, la faute au passé ! Le peuple algérien en a assez de ce refrain. Il a raison. A sa manière, Macron en parlant comme il l’a fait à la télé algérienne, a répondu avec clarté. Contrairement à ce que prétend faussement Mme Le Pen nièce, il n’a nullement versé dans la repentance. Au contraire. Contrairement à tous les hommes politiques qui se sont succédés en Algérie, il a rappelé qu’il était bon, enfin, de sortir de cette "culture de la culpabilité",  de cette obsession du passé qu’il faut enseigner, comprendre, et aussi désormais, savoir dépasser.  


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Ven 17 Mar - 19:13


d'une continuité coloniale et post-coloniale
dans les discours et les actes de François Fillon

je ne rappelle pas les sorties de l'ex-Premier ministre et du candidat à la présidentiel en matière de néo-néo-colonialisme...



L'avocat Robert Bourgi dans son cabinet a Paris, le 9 septembre 2011.
BERNARD BISSON/JDD/SIPA

L'avocat de 71 ans, figure discrète des réseaux politiques sur le contient africain, conseille et habille François Fillon...

Citation :
Il avait l’habitude de donner du « papa » à Omar Bongo, l’ancien président gabonais. L’avocat Robert Bourgi, figure discrète de la « Françafrique », est l’homme qui a offert deux costumes à François Fillon, pour 13.000 euros, indique Le Monde ce vendredi, après la révélation du JDDsur les habitudes vestimentaires du candidat LR à l’élection présidentielle. « Je ne ferai aucun commentaire. Je donne la priorité aux juges s’ils venaient à m’interroger », a soufflé à l’AFP le généreux donateur.

L’histoire d’amour, ou d’intérêts, entre Robert Bourgi, 71 ans, et la droite française, remonte à loin. Né au Sénégal en 1945, dans une famille libanaise dont il a hérité sa foi de musulman chiite, Bourgi est considéré comme le successeur du « Monsieur Afrique » de Charles de Gaulle, Jacques Foccart.

Son père, Mahmoud, l’un des premiers adhérents du Rassemblement du peuple français fondé par le général après-guerre, faisait fructifier ses affaires de grand commerçant du textile à travers les réseaux gaullistes de Foccart. Lui-même proche du RPR, Robert Bourgi avait fréquenté le « club 89 », groupe créé par Alain Juppé après la victoire de Mitterrand afin de « reconstruire le projet de la droite ». Il a par la suite conseillé Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Nicolas Sarkozy et aujourd’hui François Fillon.

« Bourgi rendait compte de toutes les humeurs d’Omar Bongo »

De tous les dirigeants africains à qui il a servi de relais, Robert Bourgi a surtout cultivé un lien particulier avec « papa » Bongo. Le journaliste Antoine Glaser, spécialiste de la « Françafrique » et fondateur de La Lettre du continent, rappelle à 20 Minutes le rôle de l’avocat : « "Le vieux" était très généreux avec un certain nombre de dirigeants politiques français pour obtenir ce dont il avait besoin. Bourgi était une sorte de porte-parole, il rendait compte de toutes les humeurs d’Omar Bongo. Par exemple, quand un ministre de la Coopération déplaisait au dirigeant gabonais, on en changeait. »

Robert Bourgi lui-même avait confirmé auprès de RTL qu’en mars 2008, sous Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Bockel avait été « remplacé » en tant que secrétaire d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie, après un coup de fil d’Omar Bongo à l’avocat : « Je suis allé voir le Président de la République à l’Elysée en présence de M. Guéant [alors secrétaire général de l’Elysée], et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du président Bongo. Et il m’a dit : écoute, dis à Omar, comme il l’appelle, et aux autres chefs d’Etat que M. Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis, un ami de M. Guéant ». « Il a eu leur tête à chaque fois, et Bourgi intervenait à chaque fois », résume le spécialiste de l’Afrique.

Conseiller Afrique de François Fillon depuis 2012


Récemment, il a usé de ses entrées auprès de Nicolas Sarkozy, pour tenter de réconcilier l’ancien président avec l’actuel candidat LR à la présidentielle François Fillon. « En vain », selon Le Monde. Bourgi tient depuis 2012 un rôle de conseiller officieux du député de Paris sur les questions africaines : « En novembre 2013, il avait notamment contribué à l’organisation de son voyage au Sénégal, puis en Côte d’Ivoire, où il entretient les meilleures relations », écrit le quotidien du soir.

Antoine Glaser précise néanmoins que son influence n’est plus la même que dans les années 80 : « Depuis la fin de la Guerre froide, l’Afrique s’est mondialisée et Bourgi a eu moins de poids. Mais à partir du moment où, à Paris, peu de gens suivent les affaires africaines, il a continué à avoir des relations dans plusieurs pays africains. » Depuis son bureau avenue Pierre-1er-de-Serbie, dans les beaux quartiers de Paris, l’avocat qui roule en Maserati joue toujours de ses réseaux. Et de son chéquier, qu’il a usé pour régler dess vêtements sur mesure pour l’ex-Premier ministre pour un montant de 13.000 euros.


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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mer 3 Mai - 11:32


je conseille une émission d'hier à France-Culture, à écouter en podcast


Money, money, money (2/4)

Du Franc CFA à l’euro : la monnaie fait-elle l’union ?

comme souvent, le côté politique des considérations n'est pas le plus intéressant, mais ici les mécanismes politico-monétaires qui enferment l'Afrique dans l'impossibilité même d'un développement capitaliste. C'est d'ailleurs face à cette réalité que des voix s'élèvent jusque dans les instances des pouvoirs de la toujours-Françafrique, relayée par l'Europe des banquiers

les explications de Martial Ze Belinga, économiste camerounais, sont limpides, et je dois avouer que je ne pensais pas que le carcan du CFA était encore aussi puissant, ne déterminant pas même une, ou des zones (selon l'Afrique de l'Ouest ou du Centre) dans lesquelles il y aurait possibilité de collaboration, l'immense majorité étant dans le commerce extérieur, et la France pas prête de lâcher son vieux pré carré

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Jeu 14 Sep - 21:39


Une ONG sud-africaine, Open Secrets, assure que la France a exporté des armes à l’Afrique du Sud malgré l’embargo qui frappait ce pays à l’époque de l’apartheid. Selon le directeur de cette ONG, Hennie van Vuuren, des agents sud-africains installés à Paris y ont acheté des armes avec l’aide des services secrets français. C’est la conclusion à laquelle Hennie van Vuuren est arrivé après avoir étudié des milliers de documents déclassifiés par l’Afrique du Sud.

Citation :
La France aurait contourné l’embargo qui frappait l’Afrique du Sud au cours de l’apartheid, afin de lui vendre des armes. C’est ce qu’affirme l’ONG sud-africaine Open Secrets. « Nous avons trouvé un nombre phénoménal de documents dans différents fonds d'archives faisant état de relations soutenues entre, d'une part, le gouvernement français, des entreprises françaises – industriels de l'armement –, les services secrets français et, d'autre part, Armscor, la société responsable des programmes d'armement sud-africain », affirme Hennie van Vuuren, directeur de l’ONG.

D’après lui, « le bureau d'Armscor à l'ambassade d'Afrique du Sud, à Paris, a joué un rôle de tout premier plan à partir des années 1970, lorsque l'embargo sur les armes décidé par les Nations unies devient contraignant (à cause de l'apartheid, des guerres en Afrique australe et de l'assassinat de Steve Biko). Au même moment, le dernier étage de l'ambassade de l'Afrique du Sud, en bord de Seine, accueille une trentaine de responsables d'Armscor. Pendant une quinzaine d'années, ils achèteront et vendront des armes en France ».

Le Zaïre comme paravent

Pour parvenir à leurs fins, les parties impliquées auraient bénéficié de l’aide d’autres Etats. « Un des pays auxquels on fait appel, a constaté Open Secrets, est le Zaire, aujourd'hui la République démocratique du Congo. A partir du début des années 1980, le renseignement militaire sud-africain est en étroite relation avec Mobutu Sese Seko. Il signe de faux certificats d'utilisation finale indiquant que le Zaire a importé des armes qui sont, en réalité, destinées à Pretoria ».

D'autres pays auraient fait de même

La France n’est d’ailleurs pas la seule à vendre des armes à l’Afrique du Sud. « Même la Chine communiste, un pays ennemi de l'Afrique du Sud, vend des armes à Pretoria via une entreprise d'État, Norinco. Des bateaux traversent la Méditerranée et longent la côte ouest de l'Afrique avant de parvenir à Malindi, au Congo. Les armes, une fois débarquées, sont mises dans des caisses indiquant qu'il s'agit de café, de bicyclettes ou de socs de charrue. » Elles repartent ensuite, « en direction des ports sud-africains de Durban ou du Cap »

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mar 19 Sep - 8:03


capitalisme et colonialisme

Un colonialisme sans Etat ?

Frédéric Deshusses Le Courrier 19 décembre 2006

HISTOIRE - Dans une monographie parue cet automne, l'historien Claude Lützelschwab examine en détail le cas d'une entreprise de «colonisation privée» financée depuis Genève: la Compagnie genevoise des colonies de Sétif.


Citation :
«Sire, une Société, composée de propriétaires et de capitalistes genevois, offrant au gouvernement les meilleures garanties de moralité et de solvabilité, sollicite la concession de 20 000 hectares de terre aux environs de Sétif, pour y fonder des villages qui seraient peuplés de familles originaires de Suisse.» Ainsi débute le rapport du secrétaire d'Etat à la guerre à Napoléon III au sujet du projet d'une poignée de riches Genevois.

L'Empereur signe, en avril 1853, un décret accordant la concession de 20 000 hectares dans les environs de Sétif en Algérie, une région de hauts plateaux entre la Kabylie et les Aurès. C'est le début de la Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif. Cette entreprise coloniale devait durer plus d'un siècle, prenant fin en 1956 avec l'expropriation de la société dans le contexte de la guerre de décolonisation algérienne.

Double intérêt

Pour les historiens, la Compagnie genevoise des colonies de Sétif présente un double intérêt. D'une part les activités de cette société permettent d'examiner en détail comment s'articulent les intérêts d'une entreprise capitaliste et la politique coloniale d'un Etat. D'autre part, le dernier directeur de la société a versé aux archives d'Etat de Genève les archives plutôt complètes de la compagnie.

L'historien économiste Claude Lützelschwab a donc consacré sa thèse de doctorat aux cent ans d'activités de cette société en Algérie. Il vient de publier le résultat de ses travaux. Son objectif n'était pas limité à la rédaction d'une «monographie d'entreprise», une forme qui reste très centrée sur la société objet de l'étude. Au contraire, il cherche à montrer comment l'entreprise genevoise s'insère plus ou moins bien à la fois dans la politique coloniale française en Algérie et dans la réalité sociale locale. Plus que de l'histoire d'une entreprise, c'est d'un travail sur la colonisation qu'il s'agit1.

Projets philanthropiques

Dès la prise d'Alger par la France en 1830, des ressortissants suisses particulièrement pauvres sont recrutés par la France pour aller s'installer en Algérie. Simultanément, des capitalistes suisses élaborent entre 1830 et 1850 toute une série de projets de colonies de peuplement. Ces projets sont surtout inspirés par des idées «philanthropiques». Encadrer l'exil des fractions les plus pauvres de la population suisse était alors envisagé comme un moyen de lutter contre la pauvreté. Aucun de ces projets ne devait se réaliser.

L'idée d'une colonisation prise en charge par des privés faisait pourtant son chemin dans l'administration française. Un des fonctionnaires du Bureau des affaires d'Algérie, cité par Lützelschwab, écrit ainsi en 1853: «L'Algérie est une chose encore trop inconnue pour les capitalistes, ou plutôt elle ne s'est encore signalée à leurs yeux que par des revers agricoles. Ils craignent de perdre leur argent. Et cependant, la colonisation ne datera que du jour où quelques expériences auront démontré le rendement de l'argent.»

Le projet genevois arrive donc à point nommé. De plus, il est porté par des hommes jouissant d'un réseau de relations considérable et de moyens financiers étendus. Les huit personnes à qui l'Empereur accorde une concession de 20 000 hectares aux environs de Sétif appartiennent en effet à la grande bourgeoisie ou à l'aristocratie genevoise, enrichie dans le grand commerce ou dans la banque internationale. A leur tête, François-Auguste Sautter de Beauregard, agent de change, dont l'arrière arrière grand-père, déjà actif dans le commerce de devises, avait obtenu la bourgeoisie genevoise en 1696.

Domination économique

Dans un premier temps, la Compagnie poursuivait l'objectif d'une domination économique complète sur la région de Sétif. Il s'agissait pour les fondateurs de développer non seulement la culture des céréales, mais également le maraîchage et l'élevage, de se livrer à des activités commerciales (établissement d'une route commerciale de Sétif vers la mer) et de développer localement le crédit.

Malgré la puissance sociale et financière des associés et la bienveillance de l'Etat français, ce projet initial ne se réalisa jamais. En 1861, l'assemblée générale des actionnaires décide de restreindre les activités de la Compagnie à l'exploitation du domaine foncier. Autrement dit, la Compagnie allait se limiter dès cette date à agir en propriétaire, mettant ses terres en métayage auprès d'agriculteurs locaux et encaissant les bénéfices de la vente des céréales produites par ses métayers.

Lützelschwab montre que ce «repli sur la rente foncière» s'explique par divers facteurs au nombre desquels l'échec du peuplement des terres de la Compagnie par des «petits colons» suisses. La Compagnie tablait sur l'existence d'une fraction de la population suisse désireuse d'émigrer et disposant de moyens financiers pour payer son voyage. Or, il s'avéra d'une part que les Suisses désireux d'émigrer préféraient les Etats-Unis d'Amérique et d'autre part que les colons européens ne pouvaient pas rivaliser avec les Algériens en matière d'agriculture. Dans ces conditions, note Lützelschwab, «une fraction importante des colons quittaient l'agriculture et les villages qui les avaient accueillis».

Le changement des plans initiaux et l'échec du peuplement par des colons européens n'ont cependant pas entravé la rentabilité de la société. Au contraire, une fois l'idée des «petits colons» abandonnée et le système du métayage mis en place, les comptes de la société furent, à deux années près, toujours bénéficiaires.

Techniques agricoles

La Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif ne s'en est toutefois pas tenue à un rôle de propriétaire distant. Elle a déployé une activité considérable – qui fait l'objet de la deuxième partie de l'ouvrage – pour modifier les pratiques agricoles locales et les adapter aux besoins spécifiques d'une agriculture capitaliste. Aucun domaine de la céréalicuture n'échappa à l'attention des employés européens de la Compagnie, chargés d'encadrer le travail des métayers. Les outils, les machines, les engrais, la planification des cultures: tout pouvait être modifié pour augmenter le rendement des terres. Lützelschwab passe en revue les fortunes diverses des multiples tentatives de transformation des pratiques locales.

Articulant ces changements technologiques avec les rapports sociaux, l'historien montre également comment, au cours de la période d'activité de la Compagnie les structures de l'ensemble de la société algérienne se sont profondément transformées: expropriation des terres, déplacement des tribus, politique du cantonnement, constitution d'un marché du travail, chômage parmi les populations agricoles, exode rural et malnutrition. Bref, un tableau classique de la catastrophe coloniale.

Capitalisme et colonialisme

Finalement, il apparaît que l'entreprise coloniale, fût-elle adossée à d'importants capitaux privés, ne peut se passer de l'Etat. Lützelschwab note en conclusion: «En laissant se constituer de grands domaines coloniaux, en acceptant l'orientation à l'exportation de la production et en accordant diverses facilités productives et commerciales aux colons, l'administration française avait permis à la terre de passer dans le secteur capitaliste bloquant tout développement du marché intérieur. [...] La concentration des terres et la polarisation dans l'allocation des ressources entraînèrent des disparités dans la répartition des richesses et un processus cumulatif de pauvreté.» La Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif constitue ainsi un cas remarquable de symbiose entre les intérêts du capital et ceux de l'Etat colonialiste. I


Claude Lützelschwab, La Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif (1853-1956): un cas de colonisation privée en Algérie, Peter Lang, Berne, 2006, 412 pages.

1 L'histoire de la Compagnie genevoise des colonies de Sétif avait déjà été abordée, partiellement et de façon oblique, dans une biographie d'Henry Dunant. Employé à Genève des agents de change Lullin et Sautter de Beauregard, fondateurs de la Compagnie, Dunant avait été envoyé en Algérie dès 1853 pour superviser le travail agricole et l'implantation des colons suisses sur la concession. En 1858, il fonde sur place sa propre société. C'est pour entretenir Napoléon III de ses propres projets algériens qu'il le suit dans la campagne d'Italie et assiste à la bataille de Solférino avec les suites que l'on sait. Voir J. Pous, Henry Dunant l'Algérien ou le mirage colonial, Grounauer, 1979.

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 24 Sep - 9:37


Pillage des ressources et néocolonialisme

Jérôme Duval CADTM 19 septembre 2017


Christophe Meneboeuf cc - pixinn.net

Citation :
Finalement, les pays dits « en voie de développement » (PED) d’aujourd’hui remplacent les colonies d’hier : les grandes entreprises multinationales occidentales se placent dans les anciennes colonies, y investissent et en extorquent les ressources pour accumuler de faramineux profits qui s’évadent dans des paradis fiscaux appropriés. Tout cela se déroule sous le regard bienveillant des élites locales corrompues, avec l’appui des gouvernements du Nord et des Institutions financières internationales (IFI) qui exigent le remboursement de dettes odieuses héritées de la colonisation. Par le levier de la dette et des politiques néocapitalistes imposées qui la conditionnent, les populations spoliées paient encore le crime colonial d’hier et les élites le perpétuent subrepticement aujourd’hui, c’est ce qu’il est convenu d’appeler le néocolonialisme. Pendant ce temps, hormis quelques tardives et bien trop rares reconnaissances des crimes commis, on se hâte d’organiser l’amnésie collective afin d’éviter tout débat sur de possibles réparations. Celles-ci, ouvrant la voie à des réclamations populaires, pourraient engager un devoir de mémoire émancipateur jusqu’à de possibles restitutions. Une perspective à étouffer avant qu’elle ne s’embrase ?

Domination esclavagiste, occupation et expropriation des ressources


Suite aux voyages de Christophe Colomb, l’invasion espagnole dévaste royaumes et régions entières, les dépeuplant et les brûlant. Les Indiens accueillent pourtant les chrétiens du mieux qu’ils peuvent, souvent en offrant hébergement, nourriture et quantité d’or. Les colons espagnols, quant à eux, répandent presque systématiquement la peur, massacrent, torturent ou brûlent les Indiens dès leur arrivée afin d’assurer leur domination et faciliter leur colonisation. Bartolomé de las Casas, un des rares à dénoncer cette extermination au moment des faits, décrira l’horreur avec laquelle ces tyrans décimèrent les populations originaires |1|. Les grandes puissances coloniales, le Portugal, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, la Hollande et la Belgique principalement, ont provoqué la mort d’une grande partie des populations autochtones des Amériques, d’Asie, puis d’Afrique afin d’en soustraire les ressources naturelles (or et argent en premier lieu), de les exploiter et d’en tirer un maximum de profit.

Argent d’esclaves

En l’an 1545, la découverte de Potosí, une énorme mine d’argent de l’actuelle Bolivie (qui à l’époque appartenait au Pérou), marque le début de l’expropriation des richesses du sous-sol latino-américain. Vers 1571, on commença à employer le mercure pour amalgamer l’or et accroître son extraction malgré les graves problèmes de pollution que cela entraîne et les dommages causés sur les mineurs contaminés. En 1572, Francisco de Toledo, cinquième vice-roi du Pérou, fit élargir les rues, commença la construction de l’église de la Matriz et de la Casa de Moneda où, dès le 28 mars 1574, on frappait le métal en monnaie. La ville de Potosí détenait le gisement le plus important du monde dans le ventre du Cerro Rico, « la colline riche », remplie d’argent, son ascension est fulgurante. « Dix-huit mois après sa fondation, elle compte 14 000 habitants et vingt ans plus tard 100 000 ; au XVIIe siècle, elle en hébergera 160 000, et sera alors, avec Mexico, la ville la plus peuplée d’Amérique. » nous dit Fernand Braudel |2|. En effet, à son apogée, vers 1580, Potosi, malgré la rudesse des conditions climatiques, compte plus d’habitants que Madrid, Séville ou Rome. Avec près de 200 000 habitants, la ville est la plus peuplée du Nouveau Monde et la plus opulente de la région, elle abrite 36 églises, plusieurs théâtres et écoles de danse, quantité de maisons de jeu et de somptueuses demeures appartenant aux riches colons espagnols.

Des milliards d’onces d’argent sont extraites par le travail forcé sous la colonisation espagnole. Des milliers d’esclaves africains ont été conduits de force dans les mines pour remplacer et pallier la perte de milliers d’autres indigènes morts au travail |3|. L’extorsion de cet argent a servi à gonfler le trésor du roi Charles Quint, à alimenter les caisses du Royaume d’Espagne pour financer ses guerres et, au-delà de l’Europe, au développement du commerce avec la zone la plus développée de l’époque, l’Asie. La monnaie issue du travail d’esclaves à Potosí, contribua au développement du capitalisme et de la révolution industrielle. Mais à quel prix ? « Chaque peso frappé à Potosi a coûté la vie à dix Indiens, morts au fond des mines », écrivait Fray Antonio de la Calancha en 1638. Qu’en est-il de l’énorme quantité d’argent extrait de la mine de Potosi à la sueur des mineurs-esclaves amérindiens et africains lorsque l’on voit l’état de pauvreté de la ville du même nom |4| ? Il est tout à fait raisonnable d’affirmer que l’expropriation des ressources et le commerce qui s’en suivit via la colonisation sont en grande partie à l’origine de la richesse actuelle des puissances coloniales. Pour ne prendre qu’un exemple, Bruxelles ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans le pillage opéré au Congo belge. Outre l’exploitation de la force de travail esclavagiste et la fortune colossale des métaux précieux extorqués, notamment or et argent, les Européens n’auraient pas eu accès à la soie et au coton, à la technique du verre soufflé, à la culture du riz et de la canne à sucre venant d’Asie ainsi qu’à la pomme de terre, à la tomate, au maïs, tabac, piment, cacao d’Amérique, aussi rapidement sans l’entreprise dévastatrice de la colonisation.

L’or au mépris de l’humain et son environnement

Le pillage des matières premières se poursuit encore aujourd’hui dans les colonies ou ex-colonies : À Arlit, dans le nord du Niger, Areva exploite l’uranium depuis 1976. Aujourd’hui, une bonne partie de cette région, balayée par les vents de sable, est contaminée |5|. « La Terre est notre mère, l’or est son cœur. Si on lui arrache, elle meurt », résumait Aïkumalé Alemin, Amérindien wayana de la région du Haut-Maroni. Le mercure utilisé par les orpailleurs en Guyane française empoisonne les populations amérindiennes vivant en forêt tropicale guyanaise. En effet, les Amérindiens sont contaminés par les poissons qui constituent une grande part de leur alimentation. « De nombreuses études scientifiques pratiquées sur les Indiens Wayana ont confirmé que le niveau de mercure est jusqu’à deux fois supérieur au seuil fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). » 40 tonnes de mercure sont rejetées chaque année dans les eaux de l’Amazonie péruvienne par les chercheurs d’or illégaux « Si rien n’est fait à court terme, on va vers une forme de génocide », dénonçait en 2014 Jean-Pierre Havard, responsable de Solidarité Guyane. Avec des salaires de misère, 3 tonnes d’or sont extraites chaque année de Guyane française au péril de la santé des populations autochtones et de leur environnement. Au total, dix ethnies seraient menacées d’empoisonnement au mercure dans les pays de la région. Au Pérou, la contamination au mercure dans les eaux des rivières de l’Amazonie, due aux mineurs illégaux, va au-delà des zones d’exploitation aurifère. Dans le cas de la communauté Nahua, qui se trouve dans la région d’Ucayali, à l’Est du Pérou, la consommation d’un poisson-chat, le Mota Punteada (Calophysus macropterus) de son nom local, dont l’organisme a la capacité d’accumuler le mercure présent dans l’environnement, est la cause de cette contamination qui provoque notamment des problèmes rénaux sérieux et des cas d’anémie. Selon le ministère péruvien de l’Environnement, 40 tonnes de mercure sont rejetées chaque année dans les eaux de l’Amazonie péruvienne par les chercheurs d’or illégaux |6|. Reconnaîtra t-on un jour l’empoisonnement des terres et rivières comme une dette écologique dont les peuples autochtones sont les créanciers ?

Le comble du paradoxe : Transformer les matières premières extorquées pour les vendre au pays producteur

En Afrique, le pillage des matières premières se poursuit et, comme aux temps des colonies, la transformation s’opère au Nord, avant que le produit ne revienne, éventuellement transformé, dans le pays producteur de la matière première. Ce dernier perdant donc au passage les gains de plus-value obtenue par la transformation.

Saignées de l’or noir

Quant au pétrole brut extrait d’Afrique, il est majoritairement destiné à l’exportation quitte à revenir, raffiné, depuis le pays importateur. Sur la quarantaine de raffineries présentes en Afrique, beaucoup pâtissent d’un manque d’investissement et de maintenance, sont sujettes à des privatisations rampantes et n’arrivent pas à satisfaire la demande régionale. Résultat, le continent reste dépendant de l’importation de produits raffinés pour sa propre consommation. Ainsi, le Nigeria, premier producteur de pétrole du continent et onzième mondial, n’arrive pas à satisfaire son marché intérieur |7| et, comble du paradoxe, importe 70 % de ses besoins en pétrole raffiné malgré une production journalière d’environ deux millions de barils de pétrole brut dont la majeure partie part à l’exportation vers les États-Unis et l’Europe ! Pour satisfaire sa demande intérieure, le Nigeria importe quotidiennement des millions de dollars de carburant (pétrole raffiné), représentant près de 14,9 milliards de dollars sur l’année 2016, une somme colossale |8|.

Le Nigeria, un des pays les plus inégalitaires au monde


Lorsqu’on commença à extraire des quantités significatives de pétrole au Nigeria dans les années 1960, des dirigeants de Shell passaient dans les villages et projetaient un film d’entreprise vantant aux habitants la prospérité qu’allait leur apporter le pétrole |9|. Pourtant, les habitants du delta du Niger d’où provient la grande majorité de cette ressource tant convoitée, se sont appauvris et ont vu leurs terres et leurs eaux polluées par cette industrie. Malgré une croissance positive jusqu’en 2016 (+ 2,7 % en 2015), 22 milliardaires et 34 000 millionnaires en dollars recensés, plus de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour, la majorité des Nigérians n’ont pas accès à l’électricité, un enfant sur 10 meurt avant l’âge de 5 ans encore aujourd’hui |10| et l’espérance de vie ne dépasse pas les 54 ans |11|.

De plus, le Nigeria subit les affres de la pollution et de son corollaire, le réchauffement climatique. Pourtant, un habitant du Nigeria émet en moyenne 10 fois moins de gaz à effet de serre qu’un habitant de la France, et 34 fois moins qu’un habitant des États-Unis, le plus gros pollueur de la planète |12|.

En plus de se faire piller leurs matières premières, les populations des pays producteurs payent la plus-value des produits transformés au Nord par les multinationales occidentales. Ce mécanisme grève les caisses des États qui, pour ne pas trop amputer dans leurs budgets, doivent s’endetter toujours plus. Les créanciers sont, dans ce système dette à leur mesure, encore une fois les gagnants d’une partie de poker dangereuse et mortifère.

Partie 1 - Occupation et génocide en guise de « découverte »
Partie 2 - Haïti : de la colonisation à l’esclavage économique
Partie 3 - Pillage des ressources et néocolonialisme


Notes

|1| Bartolomé de las Casas, Très Brève relation de la destruction des Indes, publié en 1552.

|2| Braudel Fernand. Du Potosi à Buenos Aires : une route clandestine de l’argent. In : Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 3ᵉ année, N. 4, 1948. pp. 546-550.

|3| Ces chiffres proviennent de la page Wikipedia en espagnol : https://es.wikipedia.org/wiki/Potos%C3%AD

|4| Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Pocket, p. 25. Cette histoire implacable du pillage d’un continent de l’écrivain uruguayen est parue pour la première fois en 1971 et fut aussitôt censuré dès l’instauration de la dictature militaire dans son pays en 1973, ainsi qu’au Chili ou en Argentine.

|5| La colère est dans le vent (54 min, 2016, Niger/Bénin/France), documentaire de Amina Weira, dont le père a travaillé 35 ans à la mine d’uranium d’Areva à Arlit, dans le nord du Niger.

|6| Eric Samson, « Pérou : état d’urgence déclaré en Amazonie pour pollution au mercure », RFI, 31 octobre 2016. http://www.rfi.fr/ameriques/20161031-perou-amazonie-mercure-eaux-rivieres-indiens-isoles-mota-punteada

|7| Trois des quatre raffineries du Nigeria ont été réactivées en juillet 2015, mais ne fonctionnent qu’entre 60 % et 80 % de leurs capacités (jusqu’à 210 000 b/j). Incité à la dépendance de la ressource pétrolière par les Institutions financières internationales (Banque mondiale en tête), le Nigeria tire 70 % de ses revenus et environ 90 % de ses ressources en devises des exportations de brut. Seulement 10 % de sa production est raffinée dans le pays.

|8| « En 2016, le Nigéria a dépensé 14,9 milliards $ en importation de pétrole raffiné » Agence Ecofin, 9 juin 2017. http://www.agenceecofin.com/investissement/0906-48010-en-2016-le-nigeria-a-depense-14-9-milliards-en-importation-de-petrole-raffine

|9| Peter Mass, Pétrole brut, enquête mondiale sur une richesse destructrice, ed. Autrement, 2010.

|10| Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est de 109 pour 1000 en 2015, l’un des plus élevés au monde après la République centrafricaine, la Somalie, le Tchad et la Sierra Leone. Selon l’ONU, 6,9 millions d’enfants de moins de cinq ans sont morts dans le monde en 2011, principalement à cause de maladies évitables.

|11| Direction du Trésor, « Nigeria »,https://www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/pays/nigeria

|12| Christophe Bonneuil, François Gemenne, Geneviève Azam, Jean Jouzel, Maxime Combes, Nicolas Haeringer, Stefan Aykut, Valérie Cabannes : « Climat : Nicolas Sarkozy, dangereux marchand de doute ». Tribune publiée dans Libération le 16 septembre 2016. https://france.attac.org/se-mobiliser/changeons-systeme-pas-climat/article/climat-nicolas-sarkozy-dangereux-marchand-de-doute

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Dim 1 Oct - 9:59


Le film d’Edouard Deluc, sur les écrans depuis le 20 septembre, est consacré à la vie du peintre lors de son premier voyage à Tahiti, en 1891. Mais de nombreux aspects de ce séjour sont tus.


Vincent Cassel et Tuhei Adams dans « Gauguin », d’Edouard Deluc.
MOVE MOVIE/STUDIO CANAL/NJJ ENTERTAINMENT

Citation :
Il y a quelques jours, Jeune Afrique soulevait un problème délicat : peut-on consacrer un film à un artiste sans rendre compte des réalités de son temps ? Dans une tribune intitulée « La pédophilie est moins grave sous les tropiques », qui a fait beaucoup réagir en ligne, notre confrère Léo Pajon posait cette question au sujet du film d’Edouard Deluc, Gauguin, voyage de Tahiti, sorti en salle le 20 septembre.

Dans ce film consacré au premier séjour du peintre en Polynésie, en 1891, on découvre un peintre souffreteux, maudit, sans le sou, qui veut partir pour Tahiti y retrouver l’inspiration. Il y prend une « épouse » autochtone, Tehura, plus jeune que lui, et vit modestement (voir pauvrement) parmi les Tahitiens.

Ce que le film ne mentionne pas, regrette Léo Pajon, c’est que cette « femme » (qui s’appelle en réalité Tehamana) avait 13 ans. L’actrice qui interprète Tehura, Tuheï Adams, est plus âgée. Paul Gauguin (1848-1903) a eu d’autres partenaires au cours de ses deux voyages en Polynésie et, même si l’on comprend que plusieurs histoires aient été résumées en une pour des raisons de longueur du scénario, elles étaient toutes plus ou moins du même âge.

« L’ARTISTE, PRÉSENTÉ COMME UN MARGINAL, SE COMPORTE COMME LES COLONS FRANÇAIS DE L’ÎLE »

« L’artiste, présenté comme un marginal qui ne veut rien avoir à faire avec les colons français de l’île, se comporte en fait en tout point comme eux en ce qui concerne ses relations amoureuses et sexuelles, regrette notre confrère. Que l’on puisse, en 2017, en France, se passer d’une réflexion sur le comportement révoltant des colons en dit long sur notre incapacité à se défaire de schémas mentaux profondément ancrés. »

La reproduction du mythe Gauguin

Pour Jean-François Staszak, professeur de géographie à l’université de Genève et spécialiste de l’imaginaire exotique, qui a travaillé sur la peinture de Gauguin, ce film se situe en fait dans « la reproduction du mythe Gauguin », qu’il a contribué à forger dans son récit de voyage, Noa Noa (1901) : celui de l’artiste incompris, parti à Tahiti pour vivre en « sauvage parmi les sauvages », isolé des zones où vivaient les Européens sur l’île.

« On ne peut pas faire un film aujourd’hui sur Gauguin sans le resituer dans le contexte colonial », fait d’emblée remarquer le géographe. Certes, le texte de sa plume Noa Noa raconte le dégoût de Gauguin pour l’administration coloniale et ses désillusions après son premier voyage à Tahiti, où il n’a pas trouvé le paradis primitif qu’il espérait. Et le film en rend plutôt bien compte, car on est loin du Tahiti solaire et préservé des cartes postales.



Manao Tupapau
tableau que Paul Gauguin a peint lors de son premier voyage à Tahiti en 1892.
©️ AP/SIPA

« Mais il s’est lui-même comporté comme un colon, tranche M. Staszak. Au cours de son second séjour, il a tenu un journal, il était proche des partis locaux, il a cherché à posséder une plantation et à devenir juge de paix, même s’il n’y est pas parvenu. Il voulait devenir un notable, et en cela il ne remettait pas en cause l’administration coloniale. »

GAUGUIN A COPIÉ L’ART DES POLYNÉSIENS

S’ajoutent à cela plusieurs éléments « franchement choquants » dans le film, selon le spécialiste. Par exemple, le jeune voisin tahitien du peintre qui finit par gagner de l’argent en vendant des statuettes inspirées de celles de Gauguin. « Le jeune tahitien est traité comme un copiste… mais c’est Gauguin qui a copié l’art des Polynésiens. De leur point de vue sans doute, cela serait vu comme une contre-vérité très offensante. »

Des femmes « qui ne font rien »

Même en imaginant que l’on n’ait pas voulu rentrer dans les détails des ambitions de Gauguin lors du second séjour, l’histoire « d’amour » avec Tehura pose de nombreux problèmes. Le film ne mentionne pas son âge, ni le fait que le peintre est atteint de syphilis, une maladie qu’il a donc transmis à ses quelques partenaires. « Il n’était sans doute pas pire que les autres, mais on ne peut pas faire comme si cela n’existait pas », fait remarquer Jean-François Staszak.

On objecte le fait que, dans le film, Gauguin se comporte quand même très mal avec la jeune fille, qu’il finit par enfermer parce qu’il est jaloux d’un Tahitien plus jeune que lui. « Peut-être, mais on nous présente ça comme de la jalousie, parce qu’elle le trompe. On en ferait presque une victime, s’amuse le professeur. Par ailleurs, je ne comprends pas d’où sort cet amour fou. Dans les lettres envoyées à ses amis restés en Europe, il se vante d’avoir plusieurs partenaires, de les rétribuer avec peu de chose, dans des relations qui relèvent souvent plutôt de la prostitution. Il parle de sexe, pas de sentiment. »

LES TAHITIENNES « NE PARLENT PAS. ELLES NE FONT RIEN. ELLES RÊVENT »

Le film semble donc être tombé dans le piège de l’imaginaire du peintre lui-même, qui espérait trouver à Tahiti une société idéale, préservée, exotique. Les femmes du film, offertes au regard du spectateur, sont en effet dans la même position qu’à l’époque, lorsque Paul Gauguin les peint et les donne à voir au public européen. « Elles ne parlent pas. Elles ne font rien. Elles rêvent. Elles sont offertes à notre regard, et on ne sait pas ce qu’elles pensent », déplore M. Staszak, pour qui il est regrettable de faire aujourd’hui un film sur Tahiti sans y faire parler les Tahitiens.

Lesquels ont d’ailleurs un rapport ambivalent avec le peintre qui a tant célébré la beauté de leur île. Il y est devenu un argument touristique présent dans la toponymie de l’île, puisqu’un lycée de Papeete, par exemple, porte son nom, et qu’un Musée Gauguin a ouvert en 1985.

Mais à l’occasion du centenaire de la mort du peintre, en 2003, un colloque organisé à l’université de Polynésie française avait été l’occasion d’un vif débat. Selon un compte rendu publié à l’époque dans Le Nouvel Observateur, un anthropologue présent lançait : « Si en Occident tu es un superhéros du symbolisme et du primitivisme, dans la mémoire polynésienne, tu n’as enfanté que des anecdotes douteuses et imprécises. »

il se trouve que j'ai cet été rencontré par hasard, à une terrasse de la rue piétonnière à Montreuil, un assistant réalisateur, tahitien, de Deluc. Je ne le connaissais pas. La conversation s'est engagé à je ne sais plus quel propos, et c'est moi qui ai, pourquoi ? parlé de Gauguin, ignorant pourtant que ce jeune homme était de Tahiti. Je lui ai parlé du livre de Vargas Llosa, le paradis un peu plus loin, vies croisées de Gauguin et de Flora Tristan, sa grand-mère, ce que mon tahitien ignorait, et il n'avait pas lu le livre

il m'a dit qu'en fait Gauguin n'était pas très aimé à Tahiti, mais n'eut aucune réticence quant au film. Il y a manifestement, dans le casting de réalisation, trop peu de Tahitiens, et surtout de Tahitiennes, pour que le résultat soit tout à fait honnête

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MessageSujet: Re: LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL   Mar 3 Oct - 23:39


Porto Rico, piégé entre colonialisme et ouragans

Global Voices Traduction 3 Octobre 2017


Graffiti à Porto Rico. Photo tirée de Flickr prise par l'utilisateur Juan Cristóbal Zulueta.
Publiée sous licence Creative Commons Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0).

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en espagnol.


Citation :
Tu es allée à Porto Rico pour son sable doré et son soleil — l'or, tu ne l'oublies pas, est aussi ce qui a d'abord attiré nos premiers colonisateurs. Pour ses interminables piña coladas, et ses mystères arrosés de rhum. Pour son charme colonial et son mode de vie pittoresque et modeste. La pauvreté semble si attrayante dans les Caraïbes, avec ses couleurs vives, ses eaux cristallines et son décor d'un vert exubérant — en plus, c'est seulement pour une semaine. Tes amis disent que c'est l'endroit le plus à la mode pour les vacances de printemps ; les journaux, que c'est une ruine criblée de dettes ; tes parents, que c'est dangereux et que l'eau n'est pas potable ; et les prospectus, que c'est un paradis (fiscal), un véritable éden. Et te voilà, avec ton maillot de bain et ton sarong, un mojito à la main, fin prête pour te concentrer sur ta seule tâche de la semaine : bronzer.  

Mais il apparaît que le soleil n'est pas rivé au ciel, et qu'il ne fonctionne pas avec un million d'ampoules inusables de 100 watts. La marée monte et la houle est cruelle. Les cocotiers, les palmiers et leurs branches sont des projectiles potentiels. Et un ouragan est en chemin, se dirigeant tout droit vers ton rêve libéré des soucis.

Tu tentes donc de prendre un vol loin de ce paradis devenu un enfer, parce qu'un ouragan ne faisait pas partie de ton programme de choses “à voir”. Au lieu de cela, JetBlue t'emmène dans un refuge à San Juan, un stade où il fait chaud et humide, où ton transat de plage a été remplacé par un lit de camp ; ta piña colada par une bouteille d'eau Walgreens ; ton rêve, par notre réalité.


Le courant était coupé chez moi quand j'ai imaginé le scénario ci-dessus, qui s'était déroulé la veille, juste avant l'arrivée d'Irma. Le lendemain, après le passage d'Irma, plus d’un million de foyers n'avaient plus d'électricité. L'Autorité de l'énergie électrique (Autoridad de Energía Eléctrica) prévoyait que les coupures de courant dureraient entre deux et quatre mois, et presque 80 000 foyers étaient aussi privés d'eau courante. Plus de 6 200 personnes se trouvaient dans des refuges dans le nord-ouest de l'île, et l'industrie agricole avait subi 30,4 milliards de dollars de pertes. L'Agence fédérale de gestion des urgences (désignée par le sigle FEMA en anglais) et le gouverneur Ricardo Rosselló étaient encore en train d'évaluer les dommages en termes de résidences et d'infrastructures. Et voilà qu'une nouvelle et puissante tempête était en chemin : Maria.

Porto Rico est un habitué des crises. Avant les ravages causés par Irma dans l'archipel, il était déjà plongé dans une des crises financières et sociopolitiques les plus dévastatrices de son histoire récente, avec une dette de 74 milliards de dollars qui n'a fait l'objet d'aucun audit et qui pèse sur ses épaules, 49 milliards de dollars d'obligations de retraite, et la somme de plusieurs décennies d'émissions illégales d'obligations et d'opérations commerciales en lien avec son statut revendiqué de paradis fiscal. Des politiques néolibérales telles que les coupes budgétaires draconiennes et les mesures d'austérité extrêmes avaient déjà rendu la vie à Porto Rico assez précaire. Et tout cela était supervisé et géré de concert par le gouverneur Rosselló, une Commission de contrôle fiscal non élue et antidémocratique [crée par la loi dite “Promesa”, votée par le Congrès des États-Unis en 2014] et la juge Laura Taylor Swain, tous trois à faire la navette pour assurer gestion fiscale du pays et le processus de restructuration de la dette du pays.

Mais même alors que l'ouragan Irma se dirigeait tout droit vers l'île, pour de nombreuses personnes étrangères au pays, Porto Rico demeurait juste une petite digression dans les brèves qui défilent en bas des écrans de CNN, une île enchanteresse, propriété des États-Unis, sur un prospectus touristique, cet endroit exotique où l'on a tourné le clip de “Despacito” (encore mieux avec Justin Bieber), un caillou qui sombre entre un océan et une mer qui en a trop vu.

Mais le passage et les répercussions d'Irma ont à nouveau mis en lumière le casse-tête majeur de Porto Rico : le colonialisme.

Porto Rico a été une colonie des États-Unis (qui préfère les euphémismes “commonwealth”, “territoire non incorporé” et “État libre associé”) pendant 199 ans, une relation qui a attiré le pays dans le piège d'une redoutable spirale infernale. L'actuelle crise fiscale et sociopolitique n'est qu'une des conséquences de cette relation.

Le passage de l'ouragan Irma a révélé les dégâts causés par les mesures d'austérité néolibérales imposées par la Commission de contrôle fiscal et les délits commis par les sociétés qui ont profité de la condition coloniale de Porto Rico. Tout d'abord, suite à la fermeture massive d'écoles publiques, seulement 329 écoles [en] étaient disponibles pour servir de refuge sur l'ensemble de l'île, comparées aux 327 écoles mises à disposition lors du passage de l'ouragan Bertha en 2014.

Les infrastructures portoricaines sont également à un stade avancé de détérioration, en particulier les routes, les ponts, l'Université de Porto Rico et les bâtiments des services publics, tous dangereusement menacés lors du passage d'Irma. Une bonne partie des “infrastructures de base” du pays sont situées sur la côte, ce qui les rend vulnérables aux inondations, aux marées hautes et aux ondes de tempête, surtout lors d'ouragans de l'intensité d'Irma ou de Maria.

Il faut noter qu'une grande partie de ces infrastructures a été construite pour profiter à l'industrie touristique et aux échanges commerciaux avec les États-Unis, et à eux seuls. L'argent investi dans les infrastructures tend à être destiné à revitaliser ces “éléments essentiels”, et non à réparer les chemins jonchés de nids-de-poule de nos collectivités, à rénover les bâtiments pleins d'amiante ou à remplacer les lampadaires endommagés, à la merci des vents des ouragans. Ce n'est qu'une nouvelle preuve de notre dépendance au marché colonial et de la nature, elle aussi essentiellement coloniale, de notre industrie touristique, lesquelles servent principalement la relation de Porto Rico avec les États-Unis.

Même l'état de catastrophe naturelle déclaré par le président des États-Unis, qui ouvre à Porto Rico l'aide de la FEMA, est de second ordre, puisqu'il ne vaut que pour les opérations de secours et sauvetage, la santé publique et la sécurité, ainsi que le dégagement des décombres [en]. Il ne prévoit pas la reconstruction, ni même le rétablissement de l'électricité, et avec la crise fiscale actuelle et le silence de la Commission de contrôle fiscal depuis le passage d'Irma, ces opérations vont relever de l'exploit pour Porto Rico, au vu du manque de ressources disponibles.

Selon Carla Minet, du Centre pour le Journalisme d'Investigation à Porto Rico « Les coupes budgétaires, dans une économie déjà fragile, vont probablement aggraver les conséquences sociales de la tempête.»

Carla Minet ajoute que le pronostic que le directeur des politiques du Centre pour une Nouvelle Économie, Sergio M. Marxuach, avait établi avant l'arrivée d'Irma prévoyait que le Plan Fiscal qui vient d'être approuvé déboucherait sur une autre décennie perdue, avec une baisse continue de la population due aux migrations et à des taux de natalité moins élevés, moins d'emplois, un accès plus difficile à l'éducation publique, des coupes dans les retraites, une dégradation des résultats en matière de santé, une mortalité accrue et une baisse de l'espérance de vie, et en dernier lieu, des indices de pauvreté et d'inégalités plus élevés. “Ajoutez à présent à cela le cataclysme d'un monstrueux ouragan qui ne faisait pas partie du plan”, souligne Carla Minet.

Il est probable que la Commission de contrôle fiscal se serve d'Irma comme excuse pour imposer avec agressivité les nombreuses politiques qu'elle a en réserve, comme la privatisation de l'Autorité de l'énergie électrique de Porto Rico. Il ne serait pas non plus étonnant que le gouverneur Rosselló et la Commission s'emparent de l'occasion pour démanteler et privatiser l'Université de Porto Rico, la seule institution publique d'éducation supérieure du pays, ainsi que plusieurs autres institutions publiques démunies face au gouvernement colonial de la Commission et à ses évidentes attaques néolibérales.

Aujourd'hui, à peine deux semaines après le passage d'Irma, un autre ouragan de catégorie 5 vient de nous frapper, Maria. Et ce, alors que le courant électrique était tout juste rétabli dans certains foyers, quand d'autres demeuraient toujours dans l'obscurité; alors que le sol était encore jonché d'arbres et de lampadaires arrachés qui attendaient d'embrasser leur seconde vie de projectile ; alors que de nombreuses personnes, aussi bien des Portoricains que des réfugiés des îles voisines des Caraïbes, étaient encore en train de se remettre de la perte de leur maison, de leur nouvelle réalité ; et alors que la crise et le colonialisme continuent à se donner la main, comme chaque jour.

Et toi, tu restes assise sur ton lit de camp avec ton chapeau de paille, entourée de centaines de locaux qui se bousculent autour de toi, ce qu'il reste de leur vie fourré dans un sac ou une valise, et tu te demandes pourquoi JetBlue t'a abandonnée ici et est parti si vite ; pourquoi le refuge manque autant de personnel ; pourquoi le courant est coupé alors qu'il n'a pas encore commencé à pleuvoir et qu'il n'y a même pas eu une seule rafale de vent ; pourquoi CNN n'a pas parlé du passage d'Irma par Porto Rico. “Je suis là, appelez-moi un représentant de l'Ambassade!”, cries-tu dans ta tête en regardant l'écran de ton smartphone à l'article de la mort. Pourquoi, te demandes-tu, la vie a-t-elle été si injuste avec toi, et t'a gâché ces vacances tant désirées sur cette île enchanteresse ?

Tes pensées sont interrompues par la découverte d'une fenêtre ; tu marches lugubrement jusqu'à elle, tu regardes à travers la vitre baptisée par les pigeons, et tu observes les nuages de la tempête s'agglutiner, et les rafales de vent qui secouent un drapeau des États-Unis —oh, et un drapeau portoricain, aussi.


Creative Commons License
Ecrit par Ana Portnoy, traduit par Elisa Marvena et Anne-Claire Saby

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LA LOGIQUE COLONIALE, histoire et actualité, du COLONIALISME aux COLONIALITÉS sans oublier le CAPITAL
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