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 PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !

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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Sam 19 Déc - 11:36



du 17 décembre...




Camp d'internement du Mesnil-Amelot - non à l'industrialisation de la rétention

Citation :
Le MAN national est signataire de la pétition contre l'ouverture du Centre de rétention du Mesnil-Amelot 2, dont vous trouverez l'appel ci-dessous :


le CRA de Mesnil-Amelot

Citation :
"Non à l'ouverture d'un camp d'internement des étrangers !

Alors que les audiences du procès des inculpés de l'incendie du centre de rétention de Vincennes se poursuivent, l'administration s'apprête à créer à nouveau les conditions d'un drame. La construction du nouveau centre de rétention du Mesnil-Amelot (77) est achevée.

L'ouverture est prévue dans quelques semaines. Avec 240 places de rétention, ce centre sera le plus grand de France. Il s'ajoutera au premier centre de rétention du Mesnil-Amelot qui compte déjà 140 places.

L'entrée en fonction de ce véritable camp marque une nouvelle étape de ce que les associations de défense des droits des migrants ont qualifié depuis 2004 d'industrialisation de la rétention.

D'exceptionnel, l'enfermement des personnes en situation irrégulière devient peu à peu un outil banal de la politique migratoire. Le centre de rétention comptera 240 places dont 40 places réservées aux familles. Il est organisé en 6 unités de vie de 40 places autour de deux bâtiments administratifs jumeaux eux-mêmes reliés par une passerelle de commandement. Une double enceinte grillagée et barbelée entoure l'ensemble du camp. Des dizaines de caméras, des détecteurs de mouvements s'ajoutent à cet univers carcéral.

Comme pour le CRA de Vincennes, l'Administration utilise la fiction de deux centres de rétention mitoyens pour contourner la réglementation : celle-ci limite à 140 places la capacité d'un centre de rétention.

La construction envisagée de deux salles d'audiences à proximité immédiate du camp instituera une justice d'exception éloignée de tout regard de la société civile. Un centre de 240 places représente une moyenne de 40 arrivées par jour (c'était le cas au CRA de Vincennes avant l'incendie du 22 juin 2008).

Comme l'a montré la situation de Vincennes, ce type d'univers déshumanisé favorise, encore plus qu'ailleurs, le non-droit, les violences, les auto-mutilations et les tentatives de suicide. Les associations signataires s'opposent à l'ouverture du futur centre de rétention du Mesnil Amelot. Elles dénoncent la criminalisation des migrants et appellent les citoyens et les élus à se mobiliser contre l'internement administratif des étrangers".

Signer la pétition


A Rodez, le prochain cercle de silence, pour dénoncer la politique du chiffre en matière d'expulsion des étrangers, aura lieu la mardi 23 février 2010 à 18h devant la préfecture.


le coût des expulsions : un demi-milliards d'euros par an !

Sur le même site, vous trouverez de nombreux éléments d'information sur ce qu'on peut désormais appeler la politique d'industrialisation de la rétention :

Dans son rapport à la commission des finances du Sénat, le sénateur Bernard-Reymond, s'appuyant notamment sur des travaux de la cour des comptes, a estimé la somme consacrée chaque année aux expulsions s'établit à 533 millions d'euros ! [certains coûts administratifs n'ont pas été pris en compte]

Citation :
"Ainsi c'est plus d'un demi-milliard d'euros qui est affecté à cette politique chaque année. En les comparant au nombre de reconduites forcées réalisées chaque année (20 000 en 2008), on constate que chaque expulsion coûte près de 27 000 euros.

Les sommes considérables engagées aujourd'hui par les pouvoirs publics sont un indice des moyens démesurés et disproportionnés employés pour atteindre les quotas d'expulsion fixés chaque année. Coûteuse et à bien des égards inefficace, l’application de la politique du chiffre entraîne nécessairement une réduction des droits des étrangers et des atteintes graves aux droits fondamentaux de la personne humaine.

L’allongement de la durée de rétention, l’augmentation du nombre comme de la taille des centres de rétention, la systématisation de l’enfermement, l’importance des moyens consacrés à la politique du chiffre, révèlent la construction d’une machine administrative à expulser.

En France comme ailleurs en Europe, c’est une logique de mise à l’écart qui est à l’œuvre, une logique qui fait de l’enfermement un mode de gestion des populations migrantes.Très loin des valeurs fondatrices de l’Union européenne, à l’heure de la mondialisation, nous assistons au retour de l’internement administratif de ceux que l’on appelait, à une autre époque, les indésirables." source



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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Sam 19 Déc - 11:37

(Australie)

Private prison operators still hide from scrutiny, despite reform 17 décembre 2015

Jane Andrew Associate Professor, University of Sydney Business School, University of Sydney
Max Baker Lecturer, University of Sydney
Philip Roberts Research Assistant, University of Sydney

Déclaration d’intérêts [sic]

Citation :
Jane Andrew has been awarded an Industry Partnership Grant. The University of Sydney Business School and the Western Australian Prison Officer's Union are parties to that grant.
Max Baker has been awarded an Industry Partnership Grant. The University of Sydney Business School and the Western Australian Prison Officer's Union are parties to that grant
Philip Roberts is research assistant to Jane Andrew and Max Baker, whose work is funded by an Industry Partnership Grant. The University of Sydney Business School and the the Western Australian Prison Officer's Union are parties to that grant.


Partenaires

University of Sydney
University of Sydney apporte un financement en tant que membre de The Conversation AU.




Concern about the level of transparency in the prison sector remains
Flickr/ Kate Ter Haar

The recent final report of Economic Regulation Authority (ERA) into the efficiency and performance of Western Australian prisons confirms ongoing concerns about transparency in the prison sector, with a legal wall still protecting private prisons from operational scrutiny

Citation :
The ERA’s proposed reforms are intended to make custodial services more accountable, more transparent and more comparable.

For public prisons this would involve the introduction of benchmarking, service level agreements, annual reviews and improvements in external reporting. For private prisons this would involve new reporting requirements around a set of sector level benchmarks, but beyond this, there is little that will change.

The recommendations appear to reflect the widely held view that Western Australia’s private prisons are already more transparent than their public sector counterparts. As a consequence, many of the recommendations are designed to bring the public sector into line with the expectations already imposed on the private sector.

In the words of the ERA:
Citation :
Private prisons are performing to high standards because they are held to clear and robust standards of accountability and transparency.


However, a legal wall protects private prisons from operational scrutiny. The operating costs and internal efficiencies within the WA’s private prisons remain off limits to the public. This includes information about the way private providers spend taxpayer money.

If the proposed reforms are implemented, and participation of private providers increases, this opaqueness around the provision of custodial services may actually intensify. This presents a serious impediment to the public accountability aspirations of the ERA’s final report.

Not only could this information support a proper comparison between prisons, it may also help the public sector understand and learn from the operations of their private sector counterparts.

Unfortunately, commercial-in-confidence remains a standard practice in Australia and it means that private operators are able to avoid disclosing the amount of profit they make from government contracts. Some might suggest that this is unimportant, and that savings to the taxpayer are the only relevant concern. However, when it comes to prisons, cost savings can have fairly serious consequences.

Both here in Australia and overseas, efforts by private contractors to reduce staff numbers and associated costs has led to a number of scandals. For instance, it has been reported that in an attempt to cut costs by foreign giant Serco reduced staff training, leaving prison officers at risk of assault and injury at Mt Eden, in New Zealand.

At home, it has been claimed that similar reductions in staffing levels at Victoria’s Fulham prison by another foreign conglomerate, GEO, led to riots as scant officer numbers were unable to control inmates. There are obvious problems with a loss of control in any prison, but in these cases the public has no means to interrogate the consequences of private providers resource allocation.

Commercial-in-confidence agreements not only benefit private operators they can also protect state governments from detailed public scrutiny. In NSW at least, this lack of scrutiny has meant that the payment of performance linked fees has been profoundly confusing and inconsistent.

For instance, GEO was still awarded their performance bonus despite failing to meet performance targets for NSW’s Junee Prison in 2006. The justification given by Commissioner Ron Woodham was that performance linked fees were designed to encourage performance rather than be “punitive”.

This contrasts with the decision to reduce Parklea’s (NSW) performance linked fee in 2011 due to poor performance.

Similarly, in Victoria, commercial-in-confidence agreements have meant that the public has no idea whether their taxes have been used to pay a performance linked fee in any given year. Indeed, it is possible that private operators may have received these fees despite significant mismanagement, like the riots at Fulham Prison.

The ability of the public to hold both public and private operators accountable requires that there is enough information in the public domain to enable the public to scrutinise and interrogate their operations. To do that meaningfully, neither provider should be able to function behind a veil.

That being said, if we were to agree that there are issues of security or commerce that warrant privacy, then this privacy shouldn’t function to privilege the protection of private sector interests.

At the end of the day, privately-run prisons are still funded by the taxpayer. Knowing how these operators spend public money is in the public interest. If we are serious about prison transparency, private operators need to tell us more about how they execute their dual goals of profit maximisation and public service delivery.

Associate Professor Jane Andrew, Dr Max Baker, and Dr Philip Roberts, from the University of Sydney Business School are currently collaborating on a nationwide study of prison privatisation.


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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Sam 19 Déc - 11:38



State's largest prison over capacity, with plumbing and cell lock problems Keoki Kerr HawaiiNewsNow Dec 18, 2015


wikipédia a écrit:
Hawaï ou Hawaii (en hawaïen Hawai‘i, en anglais Hawaii) est un des États des États-Unis.

Constitué d'un archipel de 137 îles2, il s'agit du seul État américain situé en dehors du continent nord-américain, puisqu'il est situé en Océanie, et de l'un des deux États américains non-contigus, avec l'Alaska. Les huit principales îles sont Niihau, Kauai, Molokai, Lanai, Kahoolawe, Maui, l'île d'Hawaï et Oahu, où se trouve la capitale Honolulu.

L'archipel fait partie de la Polynésie et se situe dans l'océan Pacifique central, à environ 3 900 kilomètres au sud-ouest des côtes californiennes, au sud-est du Japon, et au nord-est de l'Australie.

En outre, il est le 50e et dernier État à avoir été admis dans l'Union, le 21 août 1959. La variété de ses paysages, marqués notamment par un volcanisme très actif (Hualālai, Kīlauea, Mauna Kea, Mauna Loa), un climat tropical humide et un patrimoine naturel endémique, en fait une destination prisée aussi bien des touristes que des scientifiques
.



Halawa Prison

An overloaded plumbing system is taking away much-needed prison cells at Halawa Prison, which is running at or over capacity

Citation :
The state's largest prison, which houses medium- and high-security inmates, has made some improvements but like many other prisons across the state, it suffers from two major problems: it's overcrowded and its facilities are very old.


Two inmates share a cell designed for one person at Halawa Correctional Facility.
Crowded prisons may be one factor behind many states seeking alternative applications of criminal justice.

Advertiser library photo • July 11, 1998

The cells in Halawa's medium security facility were built in 1987 to house just one inmate each. But they all have double that now and every night some cells have three men in them with one sleeping on the floor.


Crowding at the Halawa prison forces some inmates to sleep on the floor.
Many states spend more on prisons than on higher education.

Advertiser library photo • June 28, 1998

"We have 1,124 beds and as of today, every bed is filled. So we're teetering on having to triple-bunk to address the influx of the population," said Warden Francis Sequeira. "We try to keep them off the floor. Just think of that scenario when your head is next to the toilet, it's not a pretty scene."

The daily population count Thursday was 1,126, (two more than the number of available beds), with 18 additional inmates arriving from the neighbor islands.


Sequeira said Halawa deals with the most difficult inmates that other facilities in Hawaii or on the mainland won't take: those with medical problems, the mentally ill, and inmates serving life terms who don't behave.

"So that's our biggest challenge, of trying to keep control over inmates that we know are incorrigible. Problematic because they can't go anywhere else and they know that," Sequeira said.


Ige wants to build more prison capacity adjacent to the Halawa Correctional Facility
on the largely industrial land owned by the state

source : Ige: Number of Hawaii Inmates Imprisoned in Arizona Will Go Up Before it Goes Down

The new hands-free visitation area where inmates speak to friends and family through plexiglass has cut down on contraband coming into the facility and requires fewer guards to monitor visits.

Gov. David Ige is happy that prisons like Halawa have solved a long-standing problem.

"Most importantly, we've ended the practice of having to cancel family visitations," Ige told Hawaii News Now.

But Halawa is plagued with basic problems: The state plans to spend $10 million replacing every lock and door throughout the prison, after the system broke down in the fall of 2014.


Corrections officers overlook one of the prisoner modules in Halawa Prison
Photo by Dean Sensui, Star-Bulletin

Millions of dollars in upgrades are also planned for the nearly-30-year-old plumbing system whose toilets constantly backup. On Thursday, five cells were out of commission because of sewage leaks, adding to overcrowding.

"We're antiquated mechanically, our plumbing is God, we're built for 500 and we have 1124, so you can imagine everything is rotted out," Sequeira said.

The lock replacement project was originally scheduled to begin in March 2016, but prisons officials plan to do the lock and plumbing upgrades together, so the project won’t get underway until next October.

The improvements will take more than a year to complete, since the prison will have to do the work one module at a time, and then move prisoners sequentially out of the old units and into the newly-fixed ones. Halawa plans to send nearly 250 prisoners to Saguaro Prison, a privately-run facility in Arizona, to free up space during the upgrades, costing another $6 million.

The state already houses about 1,500 inmates at Saguaro Prison to help ease prison overcrowding in the islands.

Copyright 2015 Hawaii News Now. All rights reserved.



By Dennis Oda, Star-Bulletin
Mark Kaleleiki shows off a Christmas card that he had
to save up to buy in the prison shop



images ajoutées
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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Ven 1 Jan - 21:29

Brèves du désordre

Orvault (Loire-Atlantique) : Feu à la prison pour mineurs !

Loire-Atlantique : 6 gardes à vue après des heurts dans une prison pour mineurs Le Parisien 30 Déc. 2015

Citation :
Cinq mineurs et un jeune majeur sont en garde à vue après des incidents qui ont éclaté mardi soir à l’établissement pénitentiaire pour mineurs d’Orvault (Loire-Atlantique).

« Un départ de feu a eu lieu dans une cellule aux alentours de 21h 30, suivi de deux autres », selon la direction interrégionale des services pénitentiaires du Grand-Ouest. Pompiers et forces de l’ordre ont été alertés, ainsi que les Eris (Équipes régionales d’intervention et de sécurité) « au regard de l’agitation présente au sein de la détention », précise-t-on de même source. « Tout est revenu dans l’ordre aux alentours de 2 heures du matin », selon la direction qui précise que « cinq mineurs et un jeune majeur sont en garde à vue. Ils répondront de leurs actes devant les instances compétentes ».

Selon un communiqué du syndicat Ufap-Unsa, ce sont « pas moins de six feux de cellules » qui « ont été allumés simultanément ». « A peine les agents sortaient un détenu menotté sur la cour pour le mettre en sécurité qu’il fallait qu’ils repartent sur un autre feu de cellule, et ainsi de suite... », précise l’Ufap-Unsa. Le syndicat FO des personnels de surveillance évoque aussi « au moins cinq départs de feu ».

L’EPM d’Orvault accueille actuellement une quarantaine de jeunes détenus pour 75 personnels pénitentiaires et une quarantaine d’éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse selon France 3 Pays de la Loire. Selon une source proche de l’enquête un des jeunes détenus placé en garde à vue a été conduit au CHU. Il se serait blessé à la tête en se cognant, selon cette source.


Orvault Incidents en série à l’établissement pour mineurs : six gardes à vue Presse Océan, 30.12.2015 11:25

Citation :
Cinq départs de feu, au moins, ont été déclenchés. Six mineurs ont été placés en garde à vue. Des départs de feu en série. Des cris et des insultes depuis les fenêtres des cellules. Et du mobilier saccagé. Gros coup de colère, dans la nuit de mardi à mercredi, derrière les hauts murs de l’établissement pénitentiaire pour mineurs d’Orvault.

A partir de minuit, plusieurs incendies ont été allumés, avec des briquets et du papier notamment. Par chance, personne n’a été blessé. Mais le procureur, la police et les ERIS (équipes régionales d’intervention ) se sont déplacés sur les lieux. Sur la quarantaine de jeunes détenus actuellement incarcérés dans cet établissement, six ont été interpellés et placés en garde à vue au commissariat central de Nantes.

Un autre a été transféré en uregnce pendant la nuit. "Du jamais vu" depuis l’ouverture de cet EMP, a souligné sur place ce mercredi matin William Cozic, permanent syndical FO à Nantes.

Le calme est revenu vers 3 h. "Et ce mercredi matin, la situation est apaisée", rapporte William Cozic. La dizaine d’ERIS mobilisée se trouve toujours à l’intérieur de l’établissement, "par mesure de sécurité".

On ignore ce qui a déclenché ces incidents. "La journée d’hier s’était déroulée tout à fait normalement", indique le permanent syndical. "Les tensions ont éclaté sans préavis. Comme souvent, avec les mineurs..."

Ce mercredi matin, l’un des gardés à vue a été conduit au CHU. Il se serait blessé à la tête, en se cognant contre les geôles du commissariat.


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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Mer 10 Fév - 15:17



Derrière les barreaux, des vies de femmes Audrey Loussouarn L'Humanité 9 Février 2016


@WHAT'S UP FILMS
Détenues France 2. 23 heures. La journaliste de France 2 Marie Drucker s’est munie d’une caméra pour filmer le quotidien de femmes en prison. Une magnifique plongée dans leur intimité et leurs réflexions

Citation :
Dans l’atelier, les femmes, blouses sur le dos, sont à leur poste. Elles discutent. Rien de bien léger : elles réfléchissent ensemble de la possibilité ou non d’un « deuil ». Celui d’avoir commis un crime. Marie Drucker plante le décor de sa nouvelle réalisation. Durant deux ans, elle a intégré les murs d’une prison pour femmes, dont elle tait le nom. Françoise, Édith ou encore Danielle, toutes ont été condamnées à de très longues peines. Betty a pris 25 ans. Elle avait 18 ans quand elle a commandité le meurtre du mari de celle qu’elle aimait. Sa jeunesse, elle la vit entre ces murs clos. Ces femmes viennent de toutes les conditions sociales, certaines ont eu des vies dures. Aucune n’est floutée. « Je voulais leur donner un visage et une voix », souligne à ce propos Marie Drucker : « Je me suis rendu compte, concernant les femmes, qu’il existait beaucoup de travaux sur la dépendance, l’anorexie ou les violences conjugales. Mais rien sur les femmes en prison. C’est une marginalité jusqu’au bout. »

Marie Drucker laisse aux images le temps de parler d’elles-mêmes, chose rare aujourd’hui à la télévision. La réalisatrice s’immerge dans ce que ces femmes ont de plus intime, avec tout de même une certaine pudeur. Face caméra ou entre elles, elles confessent leurs préoccupations, leurs regrets et leurs angoisses, sur ce qui fait que tout bascule, l’enfermement, la peur d’en sortir ou ce qui les fait tenir. Les femmes sont d’une transparence absolue. « Nous avons respecté leur rythme. Parfois, nous arrivions et elles n’étaient pas en forme. Alors nous attendions le lendemain. L’avantage de ne pas être dans un rythme de reportage », dit Marie Drucker. Parfois, elles se montrent extrêmement dures avec elles-mêmes. « Apparemment, c’est très féminin. Les hommes, eux, se retranchent beaucoup derrière l’erreur judiciaire », tente d’expliquer la journaliste. Leur amitié, tournée vers le réconfort, est forte. Preuve en est quand l’une d’elles se verra refuser son allégement de peine…

On le devine au visionnage, Marie Drucker reste en retrait, filme sans trop s’immiscer. D’ailleurs, elle a choisi de ne faire aucun commentaire en fond. « Ce n’est pas un sujet sur la prison, par ses chiffres et ses conditions de vie. Je n’avais pas de données factuelles à ajouter. Ensuite, qu’aurais-je pu dire de plus fort que leurs paroles ? Je voulais m’effacer derrière leurs mots », souligne la présentatrice du JT de France 2. Les postes de télévision sont omniprésents dans le film. Du coup, pour elle, pas facile de casser son image de personnalité publique. « Il n’y a eu aucune familiarité. J’ai passé des mois à leur rendre visite, sans filmer, pour qu’elles se familiarisent avec moi. Ce n’était pas évident pour elles. » L’administration pénitentiaire, tout comme les femmes, a eu complètement confiance en Marie Drucker. Aucun droit de regard n’a été demandé.

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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Jeu 18 Fév - 12:36



Prisons : la contrôleure Adeline Hazan dénonce la «discrimination» subie par les femmes AFP 18 février 2016


La prison pour femmes le 28 février 2014 à Rennes
Photo FRANK PERRY. AFP

Ne représentant que 3,2% de la population carcérale, elles bénéficient d'une prise en charge moins adaptée que les hommes.

Minoritaires en nombre, les femmes privées de liberté sont l’objet de discriminations importantes dans l’exercice de leurs droits fondamentaux, dénonce la contrôleure des prisons, Adeline Hazan. Dans un avis publié jeudi, elle recommande des modifications dans leur prise en charge.

Citation :
Maintien difficile des liens familiaux, hébergement insatisfaisant, accès réduit ou inadéquat aux activités, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) dresse un portrait critique de la prise en charge des femmes dans les établissements pénitentiaires, mais aussi dans les commissariats, les centres de rétention et les établissements de santé. Parmi ses recommandations, elle propose d’introduire une forme de «mixité» contrôlée dans les établissements pénitentiaires pour notamment «accroître et diversifier l’offre des activités pour les femmes».

Son avis, déjà transmis aux ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires sociales et de la Santé, est publié jeudi au Journal officiel.


Eloignées de leurs proches

Les femmes ne représentent que 3,2% de la population carcérale et 5% à 6% pour les centres de rétention administrative. Les jeunes filles constituent 6% des mineurs des centres éducatifs fermés et 38,21% des patients admis en établissement de santé mentale sont des femmes, selon le texte. «Il serait loisible de penser que ce faible nombre de femmes privées de liberté faciliterait la prise en charge et permettrait un strict respect des droits fondamentaux mais il n’en est rien et la réalité est que les femmes ne bénéficient pas des mêmes droits que les hommes privés de liberté», constate la contrôleure.

La première discrimination pointée est géographique : la France ne compte que 43 maisons d’arrêt ou centres pénitentiaires dotés d’un quartier hébergeant des femmes et seuls deux établissements, à Fleury-Mérogis et Rennes, sont entièrement réservés à l’accueil de femmes. La situation est particulièrement sensible dans le sud de la France, la plupart des établissements étant implantés dans la moitié nord. «Du fait de ce maillage territorial déséquilibré, les femmes sont souvent éloignées de leurs proches, ce qui porte atteinte à leur droit au maintien des liens familiaux. Cette situation alimente aussi la surpopulation carcérale», souligne Adeline Hazan.


Reproduction de certains stéréotypes

Ce problème d’accueil se pose aussi dans les centres de rétention administrative (CRA), les établissements psychiatriques et pour l’accueil des mineures. Si ces dernières doivent, selon la loi, être hébergées dans des unités spécifiques, elles se retrouvent la plupart du temps, faute de place, «dans le quartier des femmes majeures, sans aménagement au regard de leur âge». Ce déséquilibre général se traduit par une limitation de l’accès des femmes aux aménagements de peine ou à une gestion individualisée de leur détention : peu de places sont réservées aux arrivantes et peu de quartiers d’isolement sont consacrés aux plus vulnérables.

L’interdiction légale de côtoyer les hommes, même brièvement lors d’un déplacement, a pour conséquence de restreindre l’accès des femmes aux unités sanitaires, aux zones socioculturelles, aux terrains de sport ou bibliothèques. «D’une manière générale, le CGLPL constate que les locaux réservés aux femmes sont souvent plus réduits que ceux des hommes, les intervenants moins nombreux et les équipements plus sommaires.»

Adeline Hazan pointe aussi «la reproduction de certains stéréotypes dans l’univers carcéral». «Les hommes ont accès à des activités professionnelles de production, pratiquent le sport en extérieur tandis que les femmes ne peuvent souvent que travailler au service général : cuisine, buanderie, entretien des locaux», souligne-t-elle. Mais la recherche d’un traitement plus égalitaire ne doit pas empêcher une prise en charge spécifique des femmes, souligne la contrôleure, qui recommande que les détenues puissent accéder plus facilement aux soins gynécologiques ou disposer de «kits hygiène» spécifiques. Quant aux mesures de sécurité, elle les juge parfois «attentatoires à leur dignité». «Les examens gynécologiques doivent avoir lieu sans menottes et hors présence du personnel pénitentiaire», rappelle la contrôleure, qui dénonce aussi la pratique consistant à retirer systématiquement les soutiens-gorge des femmes gardées à vue.

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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Jeu 18 Fév - 19:06



Etats-Unis, la plus grande prison du monde ? les USA c’est deux fois plus de prisonniers que le Goulag !

« C’est un fait incontestable que les Etats- Unis qui représentent moins de 5% de la population mondiale compte 25% de la population total de prisonnier du Monde » Hillary Clinton 29 avril 2015

Citation :
Ce n’est pas de fumeux gauchistes qui le disent, mais bien Hillary Clinton qui le dit, les Etats Unis sont l’une des plus grande prisons du monde. Chiffres confirmés par le fort peu suspect de sympathie anticapitaliste Washington Post.

L’Union Américaine pour les Libertés Civiles relèvent elles les chiffres suivants qui font froid dans le dos :

• Entre 1978 et 2014 la population en prison a augmenté de 408% soit une multiplication par 5 !
• Un adulte sur 110 est incarcéré en prison
• Un adulte sur 35 fait l’objet d’une mesure de privation de liberté (contrôle pénal, emprisonnement, liberté conditionnelle et liberté surveillé etc…)

Le dernier rapport officiel du Bureau des Statistiques Judiciaire (BJS) indique que

• Près de 7 millions de prisonniers : 6851000 personnes étaient soumises à une privation de liberté par le système judiciaire à la fin 2014
• Correspondant à 2,8% de la population adultes des Etats-Unis.

Les Etats Unis emprisonnent plus de personnes qu’il n’y en a jamais eu au Goulag.



Sur le gratte-ciel en haut à droite "Wall Street". A gauche, en haut "liberté de la presse" à travers un porte-voix qui produit tous les journaux (les canards) ; en bas "liberté d'opinion" sur un arrière plan de prison... À droite, en haut "liberté individuelle" devant un arbre auquel est pendu un noir, des membres armés et cagoulés du Ku-Klu-Klan ; en bas "liberté de réunion et de manifestation" un camion bourré de policiers et de soldats fonce sur une manifestation.

À droite, en haut « liberté individuelle » devant un arbre auquel est pendu un noir, des membres armés et cagoulés du Ku-Klu-Klan ; en bas « liberté de réunion et de manifestation » un camion bourré de policiers et de soldats fonce sur une manifestation.

Rappelons qu’à son pic la population emprisonnée, internée dans les camps de travail du Goulag ou déplacée en URSS n’a jamais dépassée les 2,5 millions de personnes ni durant la période des Grandes Purges, ni même durant la seconde guerre mondiale. [Victims of the Soviet Penal System in the Pre-war Years: A First Approach on the Basis of Archival EvidenceJ. Arch Getty, Gdbor T. Rittersporn, and Viktor N. Zemskov – American Historical Revue 1993 ] C’est moins de la moitié du nombre de prisonniers aux Etats Unis.

En 2008, 7,3 millions de personnes étaient privées de liberté, dont 2,3 millions emprisonnés et 4,3 millions en liberté surveillée (probation). En 2014, l’état du Texas à lui seul emprisonne 700 000 personnes ! Dans 34 états plus de 3% de la population est privée de liberté. Et l’on parle ici d’un pays les Etats Unis se trouvant en état de paix, ne souffrant d’aucune menace extérieures.

Pour comparaison,en URSS ce taux n’a jamais dépassé les 1,5% !

Alors les USA pays symbole du système capitaliste c’est le pays de la liberté ? assurément non !


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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Sam 27 Fév - 20:59




Les jeunes Noirs du ghetto sous la menace de la prison
L’incarcération de masse vue d’« en bas »  


Akim Oualhaci 26/02/2016

 
À partir d’une longue enquête ethnographique à Philadelphie, Alice Goffman interroge les conséquences de l’expansion carcérale sur la vie quotidienne de jeunes Afro-Américains. Dans une société où un jeune Noir sur neuf est en prison, elle montre combien la traque par la police et la justice structure l’existence et les modes de (sur)vie de cette minorité.


Alice Goffman, On the Run. Fugitive Life in an American City,
University of Chicago Press, 2014

Citation :
On the Run. Fugitive Life in an American City constitue une contribution importante à la sociologie des quartiers populaires et des divisions raciales aux États-Unis. Alice Goffman y livre le récit détaillé du quotidien de jeunes d’un quartier afro-américain de Philadelphie qui sont sortis du système scolaire, luttent pour se maintenir sur le marché du travail, vivent de combines et d’économie informelle tout en étant les cibles de la police et de la justice pour des faits mineurs (possession d’une petite quantité de marijuana) ou des crimes plus sérieux (vente de crack, voies de fait avec circonstances aggravantes, attaques à main armée). Dans une société où un jeune Noir sur neuf est en prison, et dans un contexte de fortes tensions entre la police et les Afro-Américains à la suite des décès de plusieurs jeunes Noirs tués par la police – à l’origine de l’émergence d’un mouvement social Black Lives Matter –, le thème abordé dans cet ouvrage paru en 2014 prend tout son sens.

Ethnographier le « continuum carcéral » aux États-Unis

Ce livre s’inscrit dans un ensemble de travaux qui portent sur les effets sociaux de l’incarcération de masse aux États-Unis, surtout d’un point de vue « quantitatif » ou « macroscopique », insistant sur le rôle de l’État ou sur la longue durée (Western 2006 ; Sharkey 2013). L’apport central du livre est de traiter des « pratiques cachées » (p. 16) de l’expansion carcérale, de ce que font les acteurs qui demeurent les cibles premières de ces politiques pénales et de ce harcèlement policier. L’ethnographie longue d’Alice Goffman, qui a passé six ans à étudier un quartier populaire, prend pour toile de fond l’incarcération de masse, transformation historique majeure qui touche principalement les jeunes hommes des quartiers pauvres. 70 % des jeunes hommes noirs seront incarcérés une fois au cours de leur existence, encore davantage pour les pauvres et les sans diplômes (Pettit 2012). Environ 60 % des jeunes Noirs qui arrêtent l’école avant le bac iront en prison d’ici l’âge de 35 ans. Grâce à la force évocatrice de la narration, l’auteur nous fait pleinement entrer dans les carrières de « fugitifs » de ces jeunes Noirs, toujours sur le qui-vive, pris dans les nasses du « continuum carcéral » (Foucault 1975, p. 354) de l’Amérique contemporaine. Les rapports de domination deviennent incarnés dans des individus et dans des interactions en grande partie déterminées par leur « statut légal » (p. 5). C’est le cas des frères Tim, Reggie et Chuck (qui finira assassiné par un rival), dont le père est absent et la mère une consommatrice de crack, tous passés par la prison ou soumis au contrôle de l’institution judiciaire.

Bien que localisé, son récit ethnographique, proche du roman, fait état d’un ensemble de données qui informent sur la situation plus générale de la jeunesse des quartiers populaires afro-américains pris sous le triple feu de la domination raciale, d’une forte ségrégation socio-spatiale et des politiques pénales. L’un des intérêts du récit ethnographique est de montrer toute la violence sociale des rapports de domination dans lesquels les jeunes Afro-Américains d’un quartier relativement pauvre sont insérés, mais sans négliger les stratégies que ces derniers adoptent pour y faire face. Les scènes décrites sont suffisamment explicites pour montrer les effets désocialisants de « l’incarcération de masse » et de la traque policière et judiciaire, poussant ces jeunes à s’éloigner davantage des institutions qui pourraient leur servir de vecteurs de mobilité sociale ou de stabilité, annihilant toutes leurs aspirations de réussite.

La fuite et le marché informel comme ressources face au harcèlement pénal et policier


C’est, nous dit Goffman, parce que les interactions entre les jeunes hommes de la 6e Rue et le système judiciaire sont si fréquentes que les enquêtés en viennent à les accepter comme faisant partie de leur quotidien et à développer des stratégies d’adaptation ou d’évitement (repérer une voiture banalisée ou les formes de présentation de soi des policiers, où se cacher, comment négocier une arrestation), acquises dès le plus jeune âge, qui transforment le quartier, et d’autres, en « communautés de suspects et de fugitifs » (p. Cool. Une fois que les enquêtés sont fichés et deviennent les porteurs d’un stigmate pénal, la fuite comme stratégie d’évitement des autorités judiciaires et policières occupe leur quotidien. Ils « cultivent une routine secrète et imprévisible » (p. 36) pour se protéger de la police, mais aussi des proches qui peuvent les « balancer ». Goffman indique toutefois, et c’est un point intéressant, que plus que des « victimes » du « système », les jeunes enquêtés montrent une capacité à se réapproprier ce dernier, à naviguer dans ses interstices, jusqu’à ce qu’il devienne une ressource.

Les enquêtés acquièrent la capacité à percevoir un danger qui arrive (attaque d’un rival, arrivée de la police) et à éviter les endroits où ce danger est le plus présent (urgences de l’hôpital, funérailles d’un ami, tribunal). Vivant comme des « fugitifs » (p. Cool, Mike, Chuck et sa bande voient ainsi l’espace de leurs déplacements possibles dans le quartier se réduire comme peau de chagrin. Goffman montre également que les enquêtés impliqués dans des carrières déviantes sont à leur tour évités par les établis du quartier, qui ne veulent pas, dans leur quête de respectabilité, leur être associés. D’autres personnages « clean » (« propres ») [1] entretiennent des relations plus ambivalentes avec les « dirty » (« sales ») [2] : Ils sont pris entre la « rue » et les aspirations à la mobilité sociale, et en subissent parfois les conséquences sur la stabilité de leur vie sociale et professionnelle. La classification « clean »/« dirty », qui n’est pas sans rappeler celle d’Elijah Anderson (« decent »/« street » ; Anderson 1999), est cependant insuffisamment interrogée par Goffman. En les distinguant clairement des catégories analytiques, il aurait été peut-être plus pertinent de réinscrire ces catégories indigènes dichotomiques le long d’un continuum ou, mieux, de les articuler à l’espace des stratégies, aux formes de sociabilité et aux trajectoires des diverses fractions du quartier plutôt que de les rattacher uniquement à une carrière morale. C’est néanmoins la description fine de ces stratégies et des carrières morales des enquêtés qui fait la richesse de l’ouvrage.

Mais, si Goffman affirme que ses enquêtés, malgré les séjours en prison et la constante surveillance policière, parviennent à se construire un destin social et un univers moral qui leur confèrent de la dignité (p. Cool, elle ne montre pas suffisamment cet aspect de la vie des habitants de la 6e Rue, illustré par l’« estime » que reçoit Anthony de la part de son entourage parce qu’il a su bien « gérer » sa « cavale » et son incarcération en attente d’être jugé (p. 125). Cette estime dépend aussi des risques légaux que les enquêtés sont prêts à prendre (ou pas) pour un proche, délimitant des frontières morales entre eux, et s’inscrit dans une relation d’échange.

Goffman traite, peut-être trop brièvement, des stratégies des enquêtés pour tirer quelques bénéfices d’une vie à la fois très précaire et sous haute surveillance. Parce qu’elle touche à une question sociologique fondamentale – la relation entre rapports de domination et autonomie –, cette partie aurait méritée d’être approfondie. Les matériaux empiriques mobilisés nous donnent toutefois des pistes. Face à l’incarcération de masse, aux politiques pénales et au harcèlement policier et judiciaire, Mike et les autres se servent des rouages du système judiciaire et de leur connaissance fine de l’espace du quartier pour « résister » au traitement punitif de l’État. Ils peuvent, par exemple, trouver refuge en prison lorsque la « rue » devient trop dangereuse et qu’ils se sentent directement menacés par un gang rival en se faisant volontairement arrêter. C’est le cas de Chuck, qui, pendant une « guerre » contre le groupe de la 4e Rue, fuit la police en motocross avant de se rendre (p. 93).

Malgré les effets écrasants des politiques punitives et la fragilité des relations interpersonnelles dans la 6e Rue, on voit comment les relations d’échange avec l’entourage dans le quartier leur permettent de « résister », comme dans le cas d’un quartier portoricain pauvre des environs de Boston étudié par Mario Small, qui souligne que, paradoxalement, même si elle confine spatialement les habitants, la pauvreté augmente la disponibilité de ressources locales (Small 2004). On est alors en droit de se demander si les enquêtés de la 6e Rue n’ont pas d’autres types de ressources à faire valoir au quotidien. L’emprise du système pénal serait telle sur les enquêtés qu’elle tendrait à réduire fortement le rôle des autres instances de socialisation telles que l’école, dès leur adolescence. Cette thèse, la principale du livre, mériterait d’être au minimum nuancée, au risque de ne donner à voir qu’un seul aspect des quartiers noirs populaires et de la vie des habitants, fortement déterminée par le système judiciaire, en occultant leur complexité. Ainsi, les stratégies décrites par l’auteur ne sont-elles pas également déterminées par d’autres facteurs ou d’autres aspects de la trajectoire ?

Goffman parvient mieux à montrer le fonctionnement d’un marché informel lié aux effets de l’incarcération d’individus du quartier et profitable économiquement à de nombreux jeunes sans emploi tout en offrant un supplément de revenus à ceux qui ont un emploi stable. Il y circule des biens et des services (vente d’urine « propre » pour réussir les tests, faux documents) nécessaires ou utiles à ceux de la 6e Rue qui sont enserrés dans les filets du système judiciaire. En s’intéressant au marché de l’incarcération plutôt qu’au trafic de drogues (Bourgois 1995), elle offre un éclairage nouveau sur les économies informelles dans les quartiers ségrégués en dévoilant un effet peu étudié des politiques pénales.

Le système pénal, le quartier et les rapports sociaux de sexe

Goffman pointe une « division genrée » vis-à-vis du statut légal et décrit le sort des mères et petites amies, en particulier leurs stratégies face à la menace de l’arrestation ou de l’incarcération que rencontrent les jeunes hommes de la 6e Rue. Alors que Mike et sa bande sont les premiers visés par l’activité policière, Goffman montre que leur entourage est également touché, « par extension », par ces incursions récurrentes de la police, décrite par la mère de Chuck et Tim comme une « force d’occupation » (p. 60). La police exerce une pression sur les femmes, qui pour la plupart plient, afin qu’elles donnent des informations sur les jeunes hommes recherchés en les menaçant de les arrêter, les expulser de chez elles et leur retirer la garde de leur enfant.

Les mères voient leur carrière maternelle de plus en plus déterminée par la supervision de leurs fils par le système pénal. Si leur relation avec leur compagnon se tend, les petites amies peuvent le menacer d’appeler son contrôleur judiciaire pour lui dire qu’il n’a pas respecté les contraintes de sa liberté conditionnelle (couvre-feu, par exemple). Placés sous la menace d’être « balancés » par leur petite amie, les enquêtés se font beaucoup plus discrets sur leurs faits et gestes. Ces formes de pressions policières contribuent à la déstructuration des couples et des familles de la 6e Rue. L’un des points forts de cet ouvrage est de mettre la lumière sur les rapports de genre en donnant à voir un univers social spécifique dans sa complexité relationnelle, même si l’on peut regretter que cet aspect original de l’enquête n’ait pas été plus approfondi. Par ces récits denses et détaillés, Goffman donne de la chaire à « la translocalité émergente de la vie sociale carcérale » (da Cunha 2008) en la resituant à l’échelle localisée du quartier, et c’est là l’un des principaux apports du livre. Loin d’une Amérique soi-disant « post-raciale », on voit clairement comment le système pénal pénètre et régule la vie des classes populaires afro-américaines jusque dans l’intimité des relations de couple [3] et comment cette « symbiose entre le ghetto et la prison » reconfigure la « race » et redéfinit le statut de citoyen (Wacquant 2001).

Alice Goffman, qui s’est insérée dans un autre groupe de jeunes plus stables d’un quartier proche après l’incarcération de son principal informateur, décrit les relations ambivalentes entre les « clean » et les « dirty ». Il apparaît que ce groupe, dont les membres cherchent à « ne pas avoir de problèmes » (p. 169), n’a finalement que peu de relations avec les jeunes moins stables de leur quartier. Se pose alors la question de l’encadrement de la jeunesse des ghettos noirs. Qui s’en charge ? Selon quelles modalités ? Ces rôles socialisateurs sont-ils désormais davantage dévolus aux femmes qu’aux hommes respectables [4], celles-ci n’apparaissant dans le livre que dans leur rôle maternel ou matrimonial ? Il aurait été intéressant de voir plus dans le détail le type de socialisation que les enquêtés développent sur d’autres scènes sociales (culturelles, sportives, etc.) et les modes d’interactions qui s’y nouent avec différents acteurs locaux.

Qui fait l’ethnographie des quartiers noirs pauvres aux États-Unis ?

Goffman revient en fin d’ouvrage, dans une annexe méthodologique qui constitue à notre avis la partie la moins originale du livre, sur les conditions de l’enquête. L’identité sociale de l’auteur relance le débat sur la production et la réception de l’ethnographie : qui s’autorise à étudier un groupe social dominé et pour quel public ? Elle insiste sur les difficultés rencontrées, au début, à nouer une relation d’enquête fructueuse parce que la distance sociale objective entre elle – blanche, issue d’une famille d’universitaires de renom [5], étudiante à UPenn puis Princeton – et ses enquêtés – des jeunes Noirs, issus des classes populaires, délinquants – était trop grande. Rappelant la fragile légitimité de l’ethnographie comme méthode d’enquête, la polémique déclenchée par l’ouvrage [6] nous semble en partie liée au mode d’administration de la preuve, à la fois ethnographique et mobilisant des procédés littéraires de mise en récit et en intrigue.

Le choix d’écriture ainsi qu’une conception interactionniste de la « réflexivité », comme récit de soi plutôt qu’usage contrôlé de ses outils de production sociologique, rendent difficile la distinction entre le récit et l’analyse. L’annexe aurait été mieux mise à profit si Goffman y avait plutôt discuté, par exemple, de son usage de notions comme « dirty », « clean » ou les catégories raciales américaines. Si certains passages du livre en apprennent plus sur le rapport de l’auteur à l’objet que l’objet lui-même, Goffman a su néanmoins se distancier du « terrain » et laisser de la place à ses enquêtés. La quantité impressionnante de matériaux ethnographiques mobilisés et le degré de détail, qui font cependant parfois perdre le récit en clarté, ont pu nourrir la controverse, au risque d’occulter toute l’importance du thème traité et du destin social des enquêtés. En se saisissant d’un tel objet, Alice Goffman, avec d’autres jeunes sociologues (voir, par exemple, Rios 2011 ; Duck 2015), renouvelle, par l’approche ethnographique, l’étude de la marginalité urbaine et de la domination raciale dont les enjeux, à la fois sociaux et politiques, dépassent largement les frontières du monde académique.

Bibliographie

• Anderson, E. 1999. Code of the Street : Decency, Violence, and the Moral Life of the Inner City, New York : Norton.
• Bourgois, P. 1995. In Search of Respect. Selling Crack in El Barrio, Cambridge : Cambridge University Press.
• Comfort, M. 2008. Doing Time Together : Love and Family in the Shadow of the Prison, Chicago : University of Chicago Press.
• da Cunha, M. P. 2008. « Closed Circuits : Kinship, Neighborhood and Incarceration in Urban Portugal », Ethnography, vol. 9, n° 3, p. 325‑350.
• Duck, W. 2015. No Way Out. Precarious Living in the Shadow of Poverty and Drug Dealing, Chicago : University of Chicago Press.
• Foucault, M. 1975. Naissance de la prison, Paris : Gallimard.
• Pettit, B. 2012. Invisible Men : Mass Incarceration and the Myth of Black Progress, New York : Russell Sage Foundation.
• Rios, V. 2011. Punished : Policing the Lives of Black and Latino Boys, New York : New York University Press.
• Sharkey, P. 2013. Stuck in Place : Urban Neighborhoods and the End of Progress Toward Racial Equality, Chicago : University of Chicago Press.
• Wacquant, L. 2001. « Deadly symbiosis. When ghetto and prison meet and mesh », Punishment and Society, vol. 3, n° 1, p. 95‑134.
• Western, B. 2006. Punishment and Inequality in America, New York : Russell Sage Foundation.


Notes

[1] Ceux qui n’ont pas affaire à la justice, plutôt des femmes.

[2] Ceux qui ont affaire à la justice, plutôt des jeunes hommes non diplômés.

[3] L’ouvrage vient ainsi compléter les travaux de Megan Comfort à l’intérieur de la prison (Comfort 2008).

[4] Anderson (1999) parle des « old heads » comme des hommes qui valorisent le travail, la famille et l’Église et qui, faisant office de figure paternelle de substitution, socialisent les jeunes hommes du ghetto selon un cadre respectable. Selon lui, ces acteurs tendent à disparaître des ghettos et à être remplacés par des hommes plus jeunes, affiliés à un gang et qui valorisent la réussite matérielle plutôt que la famille et le travail.

[5] Sa mère est la sociolinguiste Gillian Sankoff, son père adoptif est le fameux sociolinguiste William Labov et son père « biologique » n’est autre qu’Erving Goffman.

[6] Un long courriel anonyme a été envoyé à des centaines de sociologues américains pointant des incohérences supposées et mettant en doute la véracité de certains aspects du livre.



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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Mar 19 Avr - 16:21


Plongée dans l’enfer des prisons européennes 15/04

(avec une vidéo)

Citation :
Dans ce nouveau numéro d’Insiders, Sophie Claudet vous fait visiter l’enfer des prisons européennes. Nous vous ouvrons les portes de plusieurs prisons en France et en Italie. Des pays qui reflètent la réalité des conditions de détention aujourd’hui en Europe. En France, le taux de suicide en prison est deux fois plus élevé que dans les autres pays d’Europe.

Notre reporter Lilia Rotoloni a rencontré la soeur d’un détenu français qui s’est donné la mort, mais aussi des détenus, des infirmiers et des psychiatres qui jettent une lumière crue sur les conditions de détention dans le pays : les antidépresseurs sont prescrits à tour de bras, et 20 à 30 % des prisonniers souffrent de troubles mentaux.

Une autre visite, elle, se déroulera dans les prisons italiennes, surpeuplées, qui datent pour la plupart de plus de cent ans, et où les activités de réinsertion manquent cruellement.

Mykola Gnaotvskyy, Président du comité européen pour la prévention de la torture (CPT), livrera aussi son analyse et son témoignage sur les conditions de détention en Europe.


Sur le même sujet (liens dans l'original)

Immersion en eaux troubles dans les prisons italiennes
Le suicide, plaie béante des prisons françaises
Le statu quo dans les prisons malgré la condamnation des Etats
Le suicide en prison, le point de vue d’un psychiatre



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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Jeu 12 Mai - 17:39


sur les prisons, Indymédia Bruxelles a construit un sacré dossier !

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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Ven 13 Mai - 18:51


Les activités en prison, un instrument de maintien de l’ordre

Observatoire international des prisons - section française, 13 mai 2016

Entretien - Les sociologues Yasmine Bouagga et Corinne Rostaing ont enquêté sur le quotidien des personnes détenues, dans les maisons d’arrêt pour l’une et dans les établissements pour peine pour l’autre. Les activités y ont en commun d’être insuffisamment pensées, contraintes par des moyens limités et soumises à une logique de gestion de la détention plutôt qu’orientées vers la réinsertion.


En maison d'arrêt, la plupart des détenus passent 21h/24 en cellule, porte fermée
© Grégoire Korganow / CGLPL

Citation :
Au vu de vos observations, comment le temps carcéral est-il pensé ?

Y. B : Le temps carcéral est théoriquement pensé par rapport à un « parcours d’exécution de peine », devant permettre de donner un contenu au temps passé derrière les barreaux, avec des perspectives pour la suite. Mais cette philosophie trouve rapidement ses limites en maison d’arrêt. Certes, c’est un lieu d’exécution des courtes peines, mais c’est aussi et surtout un lieu d’attente : d’un jugement, d’un transfert vers un établissement pour peine... Toute l’organisation de la maison d’arrêt est pensée pour la sécurisation de ce temps d’attente, pas pour donner une consistance à ce temps. Elle est régie par des questions de planning et d’organisation du travail des personnels, pour assurer que l’on a bien compté les détenus à telle heure et que la relève entre deux services se fait dans de bonnes conditions de sécurité. Le régime en maison d’arrêt étant celui des portes fermées, l’essentiel de la journée des personnes incarcérées est passé dans la cellule, à attendre l’heure de promenade, ou une heure d’activité. Une attente que l’on comble en regardant la télévision, ou, dans le meilleur des cas, en discutant avec le codétenu.

C.R. : En établissement pour peine, le temps n'est pas non plus tellement pensé, ni organisé. Comme toute organisation de masse, il y a bien sûr la mise en place d’horaires pour le travail, les activités, le service des repas… Mais il n'y a plus d'obligation de travail comme autrefois. On n'est plus dans ce modèle-là. On est dans un temps atomisé, moins collectif. Pour chaque activité, le détenu doit faire la demande. Et attendre – longtemps – une réponse. C'est donc à chaque détenu d'essayer d'organiser son temps en fonction de l'offre d'activité proposée par l'établissement. Si bien qu’une personne qui n'aura pas l'énergie, l'envie ou les ressources pour s'organiser, n'aura rien à faire.

Est-ce que des contraintes particulières pèsent sur l’organisation des activités en détention ?

Y.B. : Une première contrainte est liée au type de population détenue en maison d’arrêt : il s’agit majoritairement de prévenus et de personnes en attente de transfert. Il y a donc une grande instabilité des effectifs présents, qui complique l’organisation d’activités. Les durées d’incarcération sont parfois très courtes, trop pour envisager une réelle activité de formation. Autre problème, structurel : le nombre de détenus est souvent bien supérieur à la capacité théorique de l’établissement. Or, c’est à partir de ce nombre théorique que sont calculés les moyens accordés, en personnel et en activités. La conséquence directe de la surpopulation est un temps d’attente très long pour accéder à n’importe quelle activité. Ne serait-ce que pour la musculation, il y a plusieurs semaines voire mois d’attente. Ce constat vaut aussi pour les activités qui relèvent des libertés fondamentales des personnes. Les détenus doivent parfois patienter trois mois pour participer à la prière musulmane… Les prévenus sont particulièrement mal lotis : par définition, on ne sait pas s’ils seront condamnés, ni pour combien de temps. Les condamnés sont donc jugés prioritaires, et les prévenus subissent plus que les autres un temps mort en prison, un temps perdu. De même pour les très courtes peines. Quelqu’un qui arrive pour deux mois va être découragé d’emblée de demander des activités au vu des délais.

Pourtant, les intervenants témoignent que le quota de places pour les activités qu’ils animent est rarement rempli…

Y.B. : Cette réalité est liée à des problèmes d’organisation de l’établissement, à un manque de moyens, matériels et humains. Un surveillant doit gérer une centaine de détenus. A ces problèmes se surajoute une autre contrainte : la priorité, assignée politiquement et institutionnellement à ce type d’établissement, est celle de la sécurité. Un nombre de personnel réduit doit gérer de nombreux mouvements dans des conditions de sécurité extrêmement strictes. Les contraintes se superposent les unes aux autres, de sorte qu’amener tel détenu à telle activité en temps et en heure devient très compliqué. Les détenus arrivent donc souvent en retard aux activités, ou ne sont tout simplement pas appelés. Des « arrangements » sont parfois trouvés pour contourner ce problème : dans certaines maisons d’arrêts par exemple, on demande à tous les détenus d’aller en salle d’attente à 7 h, y compris pour des activités qui commencent à 9 h. Les détenus préfèrent parfois refuser la participation à une activité plutôt que de passer deux heures entassés dans une toute petite salle d’attente.

C.R. : L’administration pénitentiaire est une institution pauvre, qui dispose de faibles budgets, surtout dans le domaine des activités, l’essentiel des moyens étant consacré à la sécurité. Un problème, que l’on retrouve dans tous les types d’établissements, est celui du manque de locaux dédiés aux activités. Il y a une salle polyvalente, dans laquelle il faut faire rentrer toutes les activités, aussi bien artistiques que cultuelles ou culturelles… Cette situation est parfois source de gros conflits. Pour le reste, les problématiques sont différentes en maison d’arrêt et en établissement pour peine. Ces derniers ne sont pas marqués par la surpopulation. Les détenus jouissent en outre d’une plus grande liberté de circulation, variable suivant les prisons, les quartiers, et les régimes de détention. En régime « portes ouvertes », ils peuvent se rendre sans surveillant aux activités. Le problème du nombre – souvent limité – de places n’est pas central, l’offre de travail, de formation et d’activité étant bien plus importante qu’en maison d’arrêt. Le problème est même parfois inverse : on peine à trouver des détenus pour participer aux activités. S’agissant des longues peines, on se trouve face à la question de la lassitude, de l’usure. Le temps carcéral compte double. Certains vous disent qu’au fur et à mesure des années, ils ont l’impression de se voir toujours proposer les mêmes activités. Il y a une sorte de redondance, une routine insupportable, qui participe de cette désertion des activités.

Quelles sont les principales fonctions attribuées aux activités ?

Y.B. : Maintenir le calme est la première préoccupation en maison d’arrêt. On propose surtout des activités pour s’assurer que ça n’explose pas, que ça ne déborde pas, qu’il n’y ait pas de mutinerie ou de suicide. La priorité est de faire en sorte que l’attente se passe dans le bon ordre, pas de préparer la sortie. Dans les commissions pluridisciplinaires que j’ai pu observer, où l’on discute de qui va pouvoir accéder à l’activité, voilà comment on raisonne : cette personne a-t-elle un profil dangereux qui, si on lui autorisait l’accès à cette activité, mettrait en péril le bon ordre de l’établissement ? Ou au contraire, a-t-elle un profil vulnérable et faut-il lui donner une activité pour la divertir et éviter un suicide ? A mon sens, c’est bien la question du bon ordre qui est discutée. Après, ça n’empêche pas que certaines compétences ou que l’intérêt du détenu soient aussi pris en compte.

C.R. : Une des premières missions de l’institution et des personnels en établissement pour peine est de préserver les personnes du suicide. Pour cela, on cherche à occuper les gens : pendant qu'elles sont occupées à travailler, à faire de l'alphabétisation, du dessin, du patchwork, les personnes détenues ne ruminent pas seules en cellule. La question de la sécurité va aussi intervenir, mais surtout au moment de sélectionner les participants. « On ne peut pas mettre n’importe qui ensemble », « ceux-là ne s’entendent pas, ça pourrait créer des tensions, autant ne pas les mélanger »… La priorité de l’administration est de composer un groupe qui soit « gérable ». Bien sûr, on nous dit qu’il y a le critère des ressources, les personnes indigentes étant théoriquement prioritaires pour les formations rémunérées ou pour le travail, mais ce n’est pas toujours le cas en pratique. De la même façon, quand on sélectionne pour une activité professionnalisante des personnes condamnées à perpétuité, on peut s’interroger… On va parfois prioriser les détenus influents en détention en échange de calme. Il y aussi souvent en établissements pour peine des formes « d’autogestion » entre prisonniers : ce sont les « gros profils » qui gèrent, pas l’administration, en s’octroyant certaines activités et en excluant certaines catégories de détenus stigmatisés, comme les « pointeurs ». Cela passe par des formes d’intimidation : « Tu n’es pas le bienvenu. Si tu viens, tu sais ce qui va t’arriver… » Inversement, dans un établissement, la rédaction du journal interne était assurée uniquement par des délinquants sexuels. On leur avait « laissé » cette activité. Dans les autres espaces (activités, travail ou formation), ils n’avaient aucune place possible.

Les détenus ont-ils accès à un programme d’activités équilibré leur permettant d’avoir des contacts humains et sociaux quotidiens, comme le recommande le Conseil de l’Europe ?

Y.B. : Même s’il n’y a pas que des ateliers macramé en prison, l’administration propose majoritairement de l’occupationnel. Des expérimentations sont mises en place pour essayer de proposer des activités de qualité aux détenus. Il y a une vraie volonté de professionnalisation des intervenants. Certains établissements offrent une programmation culturelle de qualité, tout ce qui est de l’ordre de l’enseignement est assuré par l’Education Nationale… Le problème est que seule une minorité de détenus y a accès. Si bien que la plupart des détenus en maison d’arrêt passent en réalité vingt-deux heures sur vingt-quatre en cellule. Quant aux contacts sociaux, on peut dire qu’ils en ont, dans la mesure où ils ne sont jamais seuls en cellule… mais ce n’est pas forcément le type de contact qui va les aider au moment de la sortie.

C.R. : Il faut aussi dire qu’il existe en France presque autant de régimes que d’établissements. Chaque fonctionnement est influencé par la politique de la direction, l’histoire de la prison, les habitudes des personnels… C’est encore plus fort en maison centrale. On voit ainsi de grandes variations dans la mise en place des activités. L'impact des ressources locales est aussi important. Certaines villes ont un milieu associatif très dense, qui peut proposer de nombreuses activités. En ce sens, la localisation de la prison, à proximité d’un centre urbain ou non, joue un rôle très important. Et au sein d’un même établissement, les quartiers pour femmes sont souvent plus pauvres en activités. Minoritaires numériquement, les femmes détenues sont complètement marginalisées, oubliées. Et lorsqu’il y a suffisamment d’activités, ces dernières sont souvent très stéréotypées : on propose encore des activités couture, patchwork, rotin, tricot ou des activités liées au bien-être, à l’esthétique... Je n’ai jamais vu ça chez les hommes. Même s’agissant des formations professionnelles, ce sera dans le soin des enfants et le service à la personne. Inversement, chez les hommes, on propose essentiellement des activités sportives, qui permettent d’occuper un grand nombre de personnes pour un faible coût. Encore trop peu d’établissements mélangent des détenus des deux sexes le temps des activités. On est vraiment dans un système archaïque. Au-delà de la question du genre, il existe une grande inégalité d’accès aux activités. Les causes sont multiples. Les personnes n'ont pas toutes les ressources, l'énergie pour faire les demandes, ou même les moyens pour trouver l’information. L'administration dit souvent : « On a informé chaque détenu. » Mais ce n'est pas toujours le cas. Il y a des détenus qui s'informent très vite, auprès des uns et des autres, font les demandes à temps, et d'autres non.

Les personnes détenues sont-elles préparées à la sortie ?

Y. B. : Le sport, les activités socioculturelles sont bénéfiques, car elles permettent une certaine ouverture sur le monde. Mais elles n’offrent généralement pas de perspectives concrètes de réinsertion. Il y a malgré tout des formations à visée professionnelle en prison, en électricité, plomberie, des stages d’accompagnement vers l’emploi, etc. Mais là encore, quand on regarde le nombre de personnes concernées, ce sera toujours une douzaine de personnes maximum, ce qui est dérisoire par rapport au nombre de détenus qui passent par l’établissement chaque année.

C.R. : Les activités de réinsertion sont aussi résiduelles en établissement pour peine. Des petits ateliers sont mis en places, souvent à l’initiative d’associations, par exemple pour aider à la rédaction de CV, on essaie de préparer les personnes incarcérées à la rencontre avec un employeur… Mais c’est limité à une période très courte, proche de la sortie, et cela ne concerne pas non plus tout le monde. Quand une personne est condamnée à vingt ans, trente ans, que la sortie est pour dans dix ou vingt ans, on a du mal à se projeter dans l’après. Plus largement, on peut s’interroger : comment organiser dans les murs une activité qui préparerait à la vie future à l'extérieur ? En prison, on n’a pas les mêmes possibilités qu’à l’extérieur. Par exemple, l'accès à internet n'est pas possible, celui au téléphone est limité. Trop de choses manquent. Ceci dit, des activités, même éloignées, a priori, d’un objectif de réinsertion, apportent toujours quelque chose. C’est une façon d'être reconnu, non pas comme une personne incarcérée, un délinquant ou un criminel, mais comme une personne qui fait de la peinture, du théâtre, qui suit une formation. Ça permet aussi d'établir d'autres contacts entre détenus. La plupart disent : « Dans cette activité, on se considère les uns les autres et on se parle autrement qu'en détention, avec respect. » Du moment où elles sont animées par une personne extérieure à la détention, les activités apportent du nouveau. C'est une ouverture, une fenêtre sur l'extérieur, et cela apporte énormément aux personnes, surtout dans un monde où peu de choses se passent.

Du côté des personnes détenues, quelles sont les principales postures que vous avez pu observer vis-à-vis des activités ?


C.R. : Certaines personnes sont dans une logique de participation à l’extrême : elles vont saisir absolument toutes les opportunités qui se présentent et s’inscrire systématiquement aux activités, au point de suivre plusieurs formations similaires dans leur carrière carcérale. L’objectif est de s’occuper à tout prix. A l’autre extrême, certains sont dans une logique de résistance, de refus des activités, qu’elles perçoivent comme un assujettissement supplémentaire. Et puis il faut tenir compte de la lassitude exprimée par rapport à des activités qui sont toujours un peu les mêmes, au fil du temps. Alors on peut se dire, de l’extérieur : « Oh, ils ont de la chance, ils font du théâtre ». Mais à un moment donné, le théâtre, toujours dans le même espace, avec les mêmes personnes, avec parfois même le même intervenant, ça peut rebuter. Le vieillissement de la population carcérale est aussi à prendre en compte. Les détenus sont en effet souvent âgés et n’ont plus l'énergie ou la santé pour participer, n'arrivent plus à avoir la motivation suffisante. Les gens se referment, ne sortent même plus en promenade. Ils ont été cassés. Dans un centre de détention pour femmes, il y avait un atelier de « redynamisation » : tout est dit. J'ai ainsi été témoin de situations surprenantes : un grand musée national propose un programme culturel intéressant qui pourrait concerner dix personnes. On fait de la publicité, on organise des réunions. Une trentaine de détenus se déplacent. Finalement très peu s'inscrivent, parce que les conditions sont trop contraignantes : pour une personne qui ne sait pas dans quel état elle sera le lendemain, ça peut être très difficile de s’engager sur le long terme.

Y.B : La posture majoritaire, en maison d’arrêt, est également d’occuper le temps. Les détenus vont à des activités surtout pour sortir de la cellule et faire quelque chose d’autre que d’être devant la télévision. Mais c’est parfois aussi l’occasion de se découvrir un intérêt réel pour l’activité en question, que ce soit une formation, un enseignement, etc. Et possiblement de vraiment s’y investir, de trouver là une ressource pour donner un sens au temps passé derrière les barreaux, d’avoir des perspectives pour la sortie même si ce n’est pas forcement directement utilitaire. Quand on travaille, on est aussi moins au crochet de sa famille, on peut même parfois la soutenir en envoyant une part de sa maigre rémunération. C’est une source de valorisation non négligeable.

Recueilli par Laure Anelli


Cet article est issu de la revue trimestrielle Dedans-Dehors, éditée par l'Observatoire intertional des prisons. Pour le citer : Observatoire international des prisons, "Activités en prison : le désoeuvrement", Dedans-Dehors, n°91, avril 2016, pp.22-26 Pour vous abonner à la revue papier, c'est ICI.



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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Ven 3 Juin - 4:44


surveille et tais-toi !

Menacée de révocation pour avoir parlé dans l’Humanité !

Mehdi Fikri Humanite.fr31 Mai, 2016

Dans les prisons, les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation sont peu à peu transformés en agent de renseignement. L’une de ces « CPIP », Mylène Palisse, en avait témoigné dans l’Humanité. Elle est aujourd’hui menacée par sa hiérarchie.


AFP

Citation :
Dans l’édition du 13 avril de L’Humanité, un article intitulé « Cochez la case djihadiste » dénonçait l’enrôlement des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) dans l’effort de guerre antiterroriste. Il y était question des « grilles de repérages d’un risque de radicalisation », des fourre-tout délirant dont l’usage est actuellement à l’étude. Et de la manière dont les CPIP, soumis à une pression culpabilisatrice, sont invités à dénoncer les personnes dont ils ont la charge au moindre soupçon de radicalisation. Mylène Palisse, CPIP à Tarbes et déléguée CGT, témoignait dans cet article de ses conditions de travail, rappelant qu’un CPIP est avant tout un travailleur social. Le lendemain, Mylène Palisse a été convoquée à la direction interrégionale de Toulouse, où elle s’est vue notifier une procédure disciplinaire. Article à l’appui, sa hiérarchie la menace aujourd’hui d’un conseil de discipline, où elle pourrait écoper d’une sanction allant du blâme à la révocation pure et simple.

L’administration pénitentiaire déploie une violence et une mauvaise foi qui ferait pâlir d’envie le MEDEF. « Il est reproché à Mylène Palisse d’avoir manqué de loyauté et de discrétion. C’est délirant », poursuit Delphine Colin, secrétaire de la CGT Insertion Probation. En creux, il est possible que l’AP tente de lui faire endosser la diffusion des « grilles de repérages d’un risque de radicalisation », avec laquelle Mylène Palisse n’a pourtant rien à voir. Au passage, la direction s’assoit sur la protection syndicale dont devrait bénéficier Mylène, jugeant qu’elle ne s’exprimait pas en tant que syndicaliste... Cette sévérité n’arrive pas n’importe quand. Elle intervient alors que l’intersyndicale des SPIP, mobilisée dans un mouvement d’une ampleur rare, durcit le ton pour demander des avancées en termes de recrutement, de revalorisations statutaires et indemnitaires.

Cette menace disciplinaire extravagante est permise par l’absence de garanties solides protégeant les CPIP, lorsqu’ils se piquent de réfléchir à leur travail et de l’évoquer dans les médias. « Nous sommes toujours sous un statut spécial, mis en place pendant la guerre d’Algérie, qui nous interdit notamment le droit de grève », précise Delphine Colin, de la CGT Insertion Probation. Du coup, le code qui régit l’exercice des CPIP n’a de « déontologique » que le nom. Il prétend réglementer jusqu’à la vie privée des agents, comptable de leur administration même hors de leur poste. Et il instaure un « devoir de moralité » qui laisse pantois. En gros, charge aux directions de déterminer ce qui est moral ou pas. Dans le cas de Mylène Palisse, l’AP a estimé que pointer les dérives sécuritaires et malsaines des services n’est pas du tout « moral ».

Contactée, la direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse a refusé de répondre à nos questions. « Nous ne répondons jamais sur ce type d’affaire », nous a-t-elle précisé. La suite de la procédure disciplinaire dira si, en 2016, il est possible pour les CPIP de rappeler que leur travail n’est pas celui d’un agent de renseignement, mais consiste à prévenir la récidive, favoriser le maintien des liens sociaux et l’insertion professionnelle.



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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Mar 19 Juil - 14:48


Le record de surpopulation carcérale établi en 2014 a été explosé au début du mois. L'administration pénitentiaire comptait le 1er juillet 69 375 personnes incarcérées  



Les prisons françaises connaissent un nouveau record de surpopulation en juillet 2016.
afp.com/Thomas Samson

Citation :
C'est un triste record. En juillet, le nombre de détenus incarcérés dans les prisons de l'Hexagone a atteint les 69 375, a annoncé ce mardi l'administration pénitentiaire (AP) sur son site internet. Depuis plusieurs mois, les statistiques frôlaient le précédent record historique de nombre de détenus établi en avril 2014 avec 68 859 personnes incarcérées. Les nouveaux chiffres publiés ce mardi par l'AP démontrent une hausse de la population carcérale de 1,2% sur un mois et de 3,8% sur un an.

La surpopulation ne cesse de s'accroître. Au 1er juillet, la capacité des établissements pénitentiaires n'était que de 58 311 places opérationnelles pour les détenus. Et 1648 étaient installés directement sur des matelas posés au sol.  

"Nos prisons annoncent les malheurs de demain"

Cette surpopulation a des conséquences graves et quotidiennes: tensions et violences entre détenus et contre les surveillants, diminution des activités et moindre disponibilité des conseillers d'insertion. En mars, un rapport du Conseil de l'Europe classait la France parmi les mauvais élèves en matière de surpopulation carcérale, à la 7e place sur les 47 membres de l'organisation paneuropéenne. Le pays est par ailleurs fréquemment épinglé par la Cour européenne des droits de l'Homme pour "traitements dégradants" des détenus.

La prison peine toujours à préparer les détenus à leur sortie, ce qui favorise la récidive. "Nos prisons annoncent les malheurs de demain", a récemment mis en garde Jean-Jacques Urvoas.


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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Lun 8 Aoû - 11:49


"surpopulation carcérale"

France



Archives Ouest-France/ Franck Dubray

La contrôleuse des prisons veut des alternatives

Lefigaro.fr avec AFP 08/08/2016

La réponse à la surpopulation carcérale ne réside pas seulement dans la création de places supplémentaires, a estimé aujourd'hui la contrôleuse général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, arguant que "plus on construira de places de prison, plus elles seront occupées".

Citation :
Le 1er juillet, le nombre de détenus dans les prisons françaises a atteint un nouveau record avec 69.375 personnes incarcérées pour 58.311 places. "Je pense que plus on construira de places de prison, plus elles seront occupées et que ça n'est pas une bonne solution, cette inflation carcérale d'année en année ou de décennie ou décennie", a déclaré sur France Inter Adeline Hazan.

"L'Histoire a montré que plus on construisait de places, plus elles étaient remplies", a-t-elle poursuivi, ne se disant "pas du tout d'accord" avec la droite qui réclame 10.000 à 20.000 places de prison supplémentaires. "Bien sûr qu'il faut un certain nombre de places de prison" supplémentaires, a-t-elle convenu. "Quand Madame Taubira avait parlé d'un programme de 6.000 nouvelles places en 2014, je pense que c'était suffisant et en créer davantage ne réglera pas la situation".

Préférant des "alternatives à la détention", Adeline Hazan a plaidé pour que "la prison soit véritablement, comme la loi l'indique, le dernier recours et qu'à la place de la prison, on tente, en tout cas autant que faire se peut, des aménagements de peine".

Elle évoque ainsi la possibilité de proposer des "sursis mise à l'épreuve, des libérations sous contrainte, des contraintes pénales, des obligations qui seraient fixées aux détenus mais à l'extérieur de la prison, avec une surveillance" ou encore un "numerus clausus, un seuil au-delà duquel il ne serait plus possible d'incarcérer".







Surpopulation carcérale : Va-t-on construire de nouvelles prisons ?

Samuel Etienne La matinale d'Europe 1 08 août 2016

La presse quotidienne revient ce lundi sur la surpopulation carcérale qui est de plus en plus dangereuse.

Citation :
À la Une des journaux ce matin, il y a notamment la surpopulation carcérale.

"Ça déborde" titre Le Républicain Lorrain. Effectivement, c'est mathématique, 69.375 détenus pour 58.311 places, ça déborde.

Les Dernières nouvelles d'Alsace rappellent que la surpopulation carcérale alimente la violence en détention. "Dangereux trop plein", commente le journal.

Alors le Dauphiné Libéré s'interroge : "Va-t-on construire de nouvelles prisons ?".

Réponse peut-être aujourd'hui de Manuel Valls et du Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas qui se rendent aujourd'hui à la prison de Nîmes : on vous en a parlé ce matin dans nos journaux.

Le Midi libre rappelle qu'en 2012, François Hollande avait annoncé la création de 6.500 places pour 2016, et que finalement il n'y en a eu que 1500.
[...]


Citation :
La surpopulation carcérale a diminué en Europe depuis 2011 mais demeure un problème dans de nombreux pays, selon un rapport du Conseil de l’Europe dévoilé mardi 8 mars, qui classe la France parmi les mauvais élèves du continent.

■ La densité carcérale pour 100 places est passée de 99 détenus en 2011 à 96 détenus en 2013 et 94 en 2014 ;
■ les prisons d’Europe restent toutefois « proches de la saturation de leur capacité d’accueil, avec 1 600 324 personnes détenues » ;
■ sur les 47 membres de l’organisation paneuropéenne, la France se situe à la 7e place des Etats dont les prisons sont les plus surpeuplées, derrière la Hongrie, la Belgique, la Macédoine, la Grèce, l’Albanie et l’Espagne.

En 2014, la France ne comptait pourtant que 101 détenus pour 100 000 habitants, quand la moyenne européenne s’établissait à 124 pour 100 000.





USA Californie

images ajoutées

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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Mar 23 Aoû - 16:00


Prison et quartiers : un destin collectif

Laure Anelli Observatoire international des prisons - section française
via blog Dedans-Dehors, Médapart 17 août 2016

Cet article est issu du n°92 de la revue trimestrielle Dedans-Dehors, éditée par l'Observatoire intertional des prisons. Pour consulter l'intégralité du dossier ou vous abonner à la revue papier, c'est ici.


Les quartiers « sensibles » sont les premiers pourvoyeurs de détenus dans les maisons d’arrêt des grandes villes. A tel point que pour les jeunes incarcérés, la prison est une « cité avec des barreaux ». Comment l'expliquer? Quelles sont les conséquences sur le quotidien en prison? Sur les trajectoires de ces jeunes? Quelles solutions pour sortir de l'engrenage? Premier volet de notre dossier.

Citation :
Ce qui n’était jusqu’alors qu’un secret de polichinelle est désormais confirmé par la recherche : les quartiers « sensibles » peuplent, plus que les autres, les prisons. Les travaux de la géographe et sociologue Lucie Bony en Ile-de-France montrent ainsi que les quartiers prioritaires, ou qui en ont le profil, affichent des taux proches des 150 détenus pour 100 000 habitants, près de 40 points de plus que la moyenne nationale. Une réalité que les premiers intéressés verbalisent sans détour : « En prison, il n’y a que des gens comme nous » disent-ils, ou encore, « la prison, c’est une cité avec des barreaux ». Le sentiment d’un « destin collectif » se dégage nettement des discours des jeunes détenus rencontrés par la chercheuse comme par l’OIP. Illustration de ce phénomène, le sociologue Didier Lapeyronnie constatait, à l’occasion d’une recherche dans un « ghetto »  d’une ville moyenne de l’ouest en 2008 3, qu’« un tiers des hommes du quartier âgés de 18 à 35 ans étaient en prison ou avaient été en prison au cours des deux années précédentes ».

Rien d’inédit à ces résultats, si l’on s’en tient à une lecture « classiste »1 : au XIXe siècle déjà, 87,5 % des hommes détenus étaient « des pauvres ou des miséreux »2. Mais les quartiers prioritaires n’ont pas pour seule caractéristique de concentrer des ménages à bas revenus. Ils accueillent également de fortes proportions d’immigrés, ces deux catégories se recoupant d’ailleurs souvent3. Si Lucie Bony s’en est tenue à des indicateurs territoriaux, Didier Fassin a lui étudié le poids de l’origine et de la couleur de peau à l’occasion d’une enquête dans une maison d’arrêt francilienne 3. En se fondant sur les patronymes et l’apparence physique des détenus sur les photos d’identité consignées dans les registres, il observe que « les hommes noirs et arabes représentent les deux tiers de l’ensemble des détenus et même plus des trois quarts des moins de trente ans »4. Si le chercheur a dû bricoler des statistiques « maison », c’est parce qu’elles sont encore interdites en France, sauf dérogation. Les partisans du maintien de cette interdiction la justifient par la crainte, légitime, que de telles statistiques ne réifient des catégories forcément contestables. Autre source d’inquiétude : le risque que les données ainsi produites soient instrumentalisées à des fins de stigmatisation.
Mais refuser la production de données objectives revient aussi à taire cette réalité dérangeante : oui, les maisons d’arrêt renferment essentiellement des hommes, jeunes, issus des quartiers populaires et de l’immigration. Surtout, refuser de l’objectiver, c’est éviter de s’interroger sur ses causes profondes. C’est refuser de s’attaquer aux inégalités socio-économiques à la source du problème. C’est aussi refuser de faire face aux discriminations à l’oeuvre dans la chaîne pénale.

« Tous les milieux et classes sociales partagent les mêmes fins, les mêmes objectifs sociaux : consommer, s’affirmer, être reconnu socialement, rappelle le sociologue Marwan Mohammed. Seuls les moyens d’y accéder diffèrent, selon les positions sociales. » Outre les violences, le vol et les trafics5 sont souvent ce qui conduit ces jeunes derrière les barreaux. Une façon parmi d’autres de « compenser » les inégalités sociales et économiques, décrypte Marwan Mohammed, dans des quartiers où le taux de chômage atteint 26,7 %, où le niveau de pauvreté est trois fois supérieur à la moyenne nationale et où le décrochage scolaire est plus important qu’ailleurs, si bien que 61 % des moins de 30 ans ont un niveau d’étude inférieur au baccalauréat6. En outre, « quand on parle de population pénale, on parle de population sélectionnée », précise Marwan Mohammed. Autrement dit, si on  enferme ces jeunes plus que d’autres, c’est aussi parce qu’on les cible eux plus que d’autres. « On » ? Les politiques pénales, en sanctionnant plus durement la délinquance de désoeuvrement que la délinquance en col blanc par exemple. La Police, qui focalise son activité sur ces quartiers et sur ces jeunes. Et enfin la Justice, qui condamne aussi plus facilement cette jeunesse à de la prison ferme. Mais dans ces maisons d’arrêt surpeuplées, où le temps par jour dévolu aux activités ne dépasse pas l’heure et demi, ils ne font guère que reproduire leur quotidien à l’extérieur, entre « business et galère ». Pire, loin de résoudre le problème, la prison renforce l’exclusion de ces jeunes, qui trouveront encore plus difficilement un emploi à la sortie. En mettant directement en relation des délinquants aux origines et profils variés, l’enfermement « participe de la reproduction de l’espace de la criminalité », souligne en outre Marwan Mohammed. « Plutôt que de penser enfermement ou éloignement, il faudrait travailler à réduire le vivier, en amont des parcours de délinquance », estime le sociologue. On ne peut qu’abonder. Des initiatives existent. Zonzon93, Makadam, 100murs : ces trois associations, parmi d’autres, oeuvrent des deux côtés du mur à des actions de prévention et d’accompagnement vers la désistance aussi variées que nécessaires. Et dont les pouvoirs publics feraient bien de s’inspirer.

(1) Qui étudie les discriminations à travers le spectre de la classe sociale.
(2) Jean-Jacques Petit et al., Histoire des galères, bagnes et prisons, Bibliothèque historique Privat, 1991.
(3) L’Observatoire des inégalités établissait en mars 2016 que les immigrés ont un niveau de vie inférieur d’un tiers à celui des non immigrés. Leur taux de pauvreté approche les 40 % contre 14 % en moyenne en France.
(4) Didier Fassin, L’ombre du monde, Seuil, 2014.
(5) Au 1er avril 2012, 23 % des personnes écrouées à la maison d’arrêt de Nanterre l’étaient pour délinquance d’acquisition (ensemble des vols et cambriolages), 21,2 % pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, 16,4 % pour des violences interpersonnelles, 5,2 % pour  outrage, rébellion et violences à personnes dépositaires de l’Etat ou encore dégradation de bien publics ou privés et 0,1 % pour délinquance en col blanc. Source : Lucie Bony, « De la prison peut-on voir la ville ? », à partir du fichier national des détenus.
(6) Observatoire national de la politique de la ville - Rapport 2015, Bibliothèque des rapports publics, La Documentation française, mars 2016. 3


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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Ven 26 Aoû - 11:30


La prison, «une cité avec des barreaux»

Lucie Bony propos recueillis par Laure Anelli, Observatoire international des prisons - section française
via Blog Médiapart Dedans-Dehors 22 août 2016

La sociologue et géographe Lucie Bony a étudié les logiques de recrutement de la population détenue en maison d’arrêt, une recherche centrée sur l’Ile-de-France qui mériterait d’être étendue à d’autres régions. Son constat : les jeunes hommes des quartiers populaires de banlieue alimentent plus que les autres les prisons, à tel point que ces dernières font figure d’annexes du quartier. Entretien.


© Grégoire Korganow / CGLPL

Citation :
D’où viennent les détenus incarcérés dans les maisons d’arrêt franciliennes et quel est leur profil ?

Lucie Bony* : La première aire de recrutement de la population détenue est constituée de villes de banlieue, plus précisément de quartiers ciblés par la politique de la ville, ou qui en ont le profil. Ces territoires peuvent compter jusqu’à 150 détenus pour 100 000 habitants – presque le double de la moyenne régionale. Il s’agit de quartiers populaires marqués par la précarité, avec de grands ensembles. La population y est jeune, avec une part importante d’immigrés, de familles nombreuses et monoparentales et de personnes non diplômées. A l’image de celle des quartiers, la population des maisons d’arrêt franciliennes est jeune : la moitié des détenus y a moins de 30 ans. La majorité purge une peine de moins d’un an, pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, des faits de violence, de troubles à l’ordre public et ont des faits d’outrage à agent ou de dégradation de biens publics inscrits à Le grand entretien leur casier judiciaire. Il s’agit donc très majoritairement d’une petite délinquance urbaine.

Comment expliquer ce lien entre prison et quartiers ?

On peut formuler plusieurs hypothèses. D’abord un effet de composition : l’incarcération étant davantage prononcée à l’encontre de  personnes de milieu social défavorisé, les territoires dans lesquels ces populations sont concentrées sont logiquement davantage touchés par l’incarcération. Mais on peut aussi supposer que d’autres effets jouent. La focalisation de l’appareil répressif sur ces quartiers, le fait que l’institution judiciaire ait tendance à condamner plus sévèrement les personnes déjà repérées… Des facteurs qui, combinés, concourent à ce que les circulations prisonsquartiers s’auto-entretiennent. Ces logiques de recrutement ne sont sans doute pas le mais aussi produites par l’institution judiciaire, policière, à travers des mécanismes qui mériteraient d’être creusés. Aux Etats-Unis, des travaux montrent qu’il existe une forme de « discrimination territoriale » : les personnes, selon les endroits d’où elles viennent, n’ont pas les mêmes risques d’être condamnées à de la prison ferme. Il faudrait mener ce genre de recherche en France, pour déterminer si, aux différents stades de la procédure judiciaire, de l’arrestation à la condamnation, il y aurait une discrimination liée à l’adresse, indépendamment de la position sociale ou de l’origine ethnique.



Aires de recrutement et de non-recrutement de la population détenue
à Paris et dans la petite couronne d'Île-de-France
© Données : Lucie Bony / Graphisme : OIP-SF


D’après vos observations à la maison d’arrêt de Nanterre, les quartiers ont tendance à se reconstituer à l’intérieur des murs

« D’où tu viens ? », « Tu as grandi où ? » sont parmi les premières questions que les détenus se posent mutuellement. La question de l’origine territoriale est déterminante, et constitue un critère d’identification et de classement très important entre eux. Ceux qui viennent du département sont chez eux, c’est « leur » prison. Venir d’un quartier chaud ou médiatique, même s’il n’est pas dans le département, permet aussi de jouir d’un certain prestige en détention, davantage que lorsque l’on vient d’un quartier dont personne n’a jamais entendu parler. Certains quartiers sont étiquetés en fonction de leur « spécialité ». « Dis-moi d’où tu viens et je te dirai qui tu es » : telle cité est connue pour le trafic de stupéfiants, telle autre pour les braquages, etc. Des affiliations se créent ensuite selon les territoires d’origine. On peut ne s’être jamais parlé à l’extérieur, mais le fait de se trouver des connaissances communes, de fréquenter le même gymnase ou d’avoir été scolarisé dans la même école, même à des époques différentes, suffit à créer des solidarités.

De quels types de solidarités s’agit-il ?

Les premiers jours, quand les détenus sortent de garde à vue et sont envoyés directement en prison, ils se retrouvent sans vêtements, sans cigarettes. Des solidarités basées sur cette origine commune peuvent s’enclencher dès l’arrivée. L’autochtonie facilite aussi beaucoup l’insertion en détention. Les plus expérimentés prennent les nouveaux venus sous leur aile. Certains demandent même à ce qu’ils soient placés dans leur cellule, afin de pouvoir prendre en charge leur vie quotidienne et de leur offrir un soutien moral. Une forme de conseil juridique s’organise en interne. Ceux qui ont un certain bagage accompagnent les plus inexpérimentés : « Là, c’est le moment de demander un aménagement de peine », « Là il faut que tu t’inscrives à des activités pour avoir une remise de peine »... Ils leur expliquent aussi comment se comporter en détention. Il y a beaucoup d’autorégulation entre les détenus dans les maisons d’arrêt. Le pendant négatif de l’importation de ces rapports sociaux, c’est la reproduction de rapports de domination, d’une forme de caïdat, même s’ils en refusent le terme : « Je te prends dans ma cellule, je te protège, mais en échange tu fais le ménage et tu n’as pas ton mot à dire pour choisir le programme télé. » Le soutien se paie aussi parfois.

Comment se positionne l’administration pénitentiaire (AP) face à la reproduction de ces réseaux de sociabilité en détention ?

Dans les entretiens d’entrée, on pose systématiquement la question aux nouveaux arrivants : « D’où viens-tu ? Est-ce que tu connais quelqu’un en détention ? » Cela permet aux personnels de détecter d’éventuelles tensions. L’information est consignée, et au moment de l’affectation en  cellule par le chef de bâtiment, les détenus peuvent faire part de leur désir d’être avec Untel ou Untel. Je ne pense pas qu’une consigne soit donnée au niveau national. Certains conflits opposant les villes du nord et du sud du département, à Nanterre, la politique était plutôt d’accompagner ce désir de regroupement par origine résidentielle, en les répartissant dans les différentes ailes. Les personnels de surveillance disent qu’ils ont tout intérêt à créer des groupes de détenus qui s’entendent bien : cela évite des tensions, des explosions, qui occasionneraient de nouveaux déménagements, des commissions disciplinaires, des placements au mitard, etc. Le revers de la médaille, c’est que les surveillants peuvent menacer un détenu qui poserait problème de le séparer de ses connaissances : comme tout privilège accordé en prison, il n’y a qu’à le retirer pour qu’il se transforme en punition. Regrouper les détenus par affinités est donc un instrumentde maintien de l’ordre, une façon d’assurer la paix sociale en détention. D’autant que dans ces établissements surpeuplés, les personnels doivent pouvoir compter sur la façon dont les détenus s’autorégulent pour tenir la détention. L’encadrement étant en nombre assez limité, une forme de délégation de pouvoir s’organise de façon implicite : des détenus plus âgés du quartier sont là pour tempérer les plus jeunes.

Les détenus qui ont un certain « bagage carcéral » parlent souvent de choc des cultures avec les plus jeunes. Avez-vous pu l’observer ?

Il y a un vrai clivage entre les « jeunes » et ceux que j’appelle les « anciens », qui ont plus de 30 ans et ne viennent pas forcément du même type de territoire. Les plus jeunes, qui n’avaient encore jamais connu la prison, mobilisent la « culture de rue » pour décrypter les logiques de structuration des rapports sociaux entre les murs des maisons d’arrêt. Des têtes de toutes les cités sont réunies dans un même lieu, alors forcément, on « refait » le quartier : ils importent leur définition du respect, de l’honneur, l’importance de la flambe. « Si t’as rien, t’es rien » : le fait d’avoir des ressources économiques et de le montrer prend encore plus d’importance à l’intérieur. Pour les plus anciens, qui purgent parfois d’assez longues peines, le passage en maison d’arrêt est souvent vécu comme un moment particulièrement « pénible », au-delà des conditions difficiles de détention : c’est « plein de gamins », « bruyant », ça les « fatigue ». Eux s’identifient moins à leur quartier d’origine qu’à leur parcours en détention. Ils se réfèrent à la culture carcérale plutôt qu’à celle de la rue, à un code de l’honneur propre à la prison – « on est solidaires contre les surveillants », « on ne balance pas même son ennemi ». Ils rejettent souvent la culture de rue, dont ils pensent qu’elle déstabilise l’ordre classique, traditionnel en détention.

La prison est vécue comme un exil total par bien des détenus, totalement coupés de leurs proches et de leurs repères. C’est moins le cas pour ces jeunes ?

Je parle de continuum entre les prisons et les quartiers car il existe une vraie porosité entre ces deux mondes, en banlieue parisienne tout du moins ; parce qu’ils partagent la détention avec des connaissances du quartier, que la proximité de la prison de leur lieu de résidence habituel facilite la venue des proches au parloir… Même quand ils n’ont pas personnellement de parloir, leurs copains en ont et peuvent jouer les intermédiaires. Des informations entrent et sortent par parloirs interposés, mais aussi des vêtements : on donne le linge du codétenu à sa mère, pour qu’elle le remette à celle qui n’aura pas pu venir… La présence en détention de personnes des mêmes quartiers génère finalement une démultiplication des contacts avec l’extérieur. Sans compter les allers-retours en détention de personnes condamnées à de courtes peines. La porosité est aussi matérielle, au-delà du simple échange de linge, par projection d’objets par-dessus les murs d’enceinte par exemple. Elle est d’autant plus importante que le réseau relationnel des détenus est géographiquement proche de l’établissement.

A écouter les éducateurs de rue, l’expérience carcérale est souvent banalisée dans les discours des plus jeunes…

Ils ne vivent pas vraiment la prison comme une rupture dans leur parcours. Ils baignent dans un univers où elle est omniprésente, connaissent tous quelqu’un qui y est passé, que ce soit dans l’entourage ou dans la famille. Sur ces territoires, on fait l’expérience collective de l’incarcération. Dans certaines fratries, il y a même une sorte de passage de relais : le grand frère fait un séjour, puis c’est au tour du frère du milieu, etc. si bien que dans ces familles, il y a en permanence au moins un membre incarcéré. On retrouve cet effet de succession dans les groupes de pairs : il y a toujours au moins un ou deux membres de la « bande » en prison, avec parfois aussi des effets de génération. Dans les quartiers, il y a le sentiment d’une trajectoire commune, d’un destin collectif, écrit d’avance, un cercle vicieux dont on n’arrive pas forcément à sortir.

Le quartier et la prison sont les deux faces d’une même réalité ?

Certains le disent très bien : « la prison, c’est une cité avec des barreaux », « c’est un grand quartier ». Prison et quartier sont très liés dans les discours. Quand ils décrivent leurs journées, c’est « business, galère, on descend en bas, on joue au foot, y’a pas le [restaurant] grec comme au quartier mais bon… On remonte dans la chambre, on parle » : ils voient de telles similitudes entre leurs quotidiens dedans et dehors qu’ils assimilent la cellule à leur chambre, la liberté et le confort en moins. Bien sûr, il ne faut pas oublier qu’on est dans le registre des discours, de la présentation de soi : dire que « dedans, c’est comme dehors » est aussi une façon de nier la réalité de l’incarcération et ses difficultés, de garder la face et passer pour un « dur ». Cela ne veut pas dire qu’ils ne pleurent pas en cellule et qu’ils ne sont pas déprimés quand ils pensent à leur avenir. Toujours est-il que ces discours montrent à quel point la circulation entre ces deux univers est intériorisée, banalisée. Finalement, lorsqu’ils sont détenus, les jeunes gens rencontrés décrivent davantage le quartier comme une forme de prison qu’ils ne décrivent la prison comme une prison. Ils parlent beaucoup de l’enfermement dans le quartier, qu’ils ne pourront pas en sortir. Les frontières, les barreaux, ne sont pas placés entre le quartier et la prison, mais à l’extérieur du complexe quartier-prison.

Vous parliez d’avenir. Comment se l’imaginent-ils ?

Il y a un conformisme assez surprenant. Quand on leur demande ce qu’ils aimeraient pour leur futur, la réponse est pour beaucoup : « un pavillon, une femme, des enfants, un travail », parfois même un chien. La prison reste une épreuve et un moment de prise de conscience, de réflexion sur soi, sur son avenir. Une idée revient beaucoup : « Si je veux arrêter de retourner en prison, il faut que je parte du quartier. » Quand ils relisent leur trajectoire, le quartier est presque considéré comme un acteur à part entière, à l’origine de toutes leurs difficultés. Le « quartier », c’est très large : ça englobe « l’école, qui ne nous a pas donné notre chance », « les grands qui donnent le mauvais exemple », « la police qui nous suspecte », « l’environnement pourri », « le ghetto »… Le quartier englobe toutes ces difficultés. C’est finalement une représentation assez classique du « quartier criminogène ». Le rêve du pavillon s’inscrit dans ce désir de quitter le quartier, puisqu’il amène à la campagne ou dans le péri-urbain. C’est une envie d’ailleurs, pour devenir autre et recommencer sa vie. Ces discours, quasiment tous les tiennent. Une fois dehors, ils trouvent rapidement leur limite. Car les démarches de recherche d’emploi et de logement prennent du temps, d’autant plus avec un casier. Si l’on n’est pas soutenu par ses proches, le temps de trouver du travail, on est « en galère », sans argent, donc on reprend ses habitudes, on se remet à fréquenter les mêmes personnes, etc.

Quitter le quartier n’est donc pas forcément la solution ?

L’idée n’est pas idiote : la détention, on l’a vu, ne les dépayse pas, ne les coupe pas de la vie qui les a conduits derrière les barreaux. Mais disperser, écarter, éloigner ne suffit pas. Cela peut même être contre-productif. Pour pérenniser cette prise de conscience, cet élan, il faut avoir de la ressource, sous toutes ses formes : économiques et relationnelles, mais aussi psychologiques, pour être en mesure de se projeter autrement. Pour cela, il faut un accompagnement, des soutiens. Le quartier peut représenter une ressource. Les groupes de pairs ne font pas nécessairement que proposer de faire du trafic. Ils peuvent aussi aider à trouver du travail, prodiguer de bons conseils. Il se passe aussi plein de choses positives
dans les quartiers.

* Lucie Bony est chercheuse au CNRS. Elle est l’auteure d’une thèse intitulée « De la prison, peut-on voir la ville ? Continuum carcéral et socialisation résidentielle ».

Cet article est issu du n°92 de la revue trimestrielle Dedans-Dehors, éditée par l'Observatoire intertional des prisons. Pour consulter l'intégralité du dossier ou vous abonner à la revue papier, c'est ici.

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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Mer 31 Aoû - 15:44


« Dans les prisons françaises, on travaille pour 12 centimes de l'heure.
Au moins au bagne il y avait le soleil


‏@LeTempsDesLilas 31 août



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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Lun 5 Sep - 15:38


« En pleine campagne Clinton-Trump et dans le prolongement du mouvement Black Lives Matter, l’émergence d’un mouvement anti-carcéral de masse dénonçant le racisme institutionnel à l’intérieur et à l’extérieur des prisons pourrait s’avérer explosif. »


Citation :
Depuis des mois, une mobilisation sans précédent se met en place. Dans toutes les prisons américaines, des prisonniers s’apprêtent à se mettre en grève de la faim, des plateaux ou du travail. À l’extérieur des manifestations sont prévues dans tous les états.

La date n’a pas été choisie au hasard, ce 9 septembre on commémorera le 45e anniversaire de la mutinerie d’Attica. [1]

Le système carcéral américain avec ses 2,3 millions de détenus (près d’un adulte sur cent dont 40% sont afro-américains) est une des conditions même du maintien de l’ordre et de l’économie. En pleine campagne Clinton-Trump et dans le prolongement du mouvement Black Lives Matter, l’émergence d’un mouvement anti-carcéral de masse dénonçant le racisme institutionnel à l’intérieur et à l’extérieur des prisons pourrait s’avérer explosif.

Nous avons interviewé un membre du Comité d’Organisation des Travailleurs Incarcérés (IWOC) qui se mobilise avec beaucoup d’autres pour que le 9 septembre soit historique.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il va se passer le 9 septembre ?


Dans quasiment chaque état du pays, il y a au moins un groupe de prisonnier qui s’est engagé à se mettre en grève et une action prévue à l’extérieur des prisons. Peut-on imaginer que cela soit, dans l’histoire de la prison, la plus grande grève de détenus jamais organisée ?Du point de vue de la résistance des prisonniers aux Etats-Unis, cela sera certainement la plus grande action jamais vue. Et ce sera certainement plus ample que ce qui s’était passé à Attica il y a 45 ans.

Depuis deux siècles, le système pénitentiaire est l’un des dispositifs clef du capitalisme et des sociétés de contrôle, comment pensez-vous que le gouvernement et la police vont réagir au mouvement du 9 septembre ?Nous sommes très inquiets de la répression des prisonniers. Nous les incitons à communiquer vers l’extérieur dès que cela arrivera. Si nous espérons qu’il n’y aura pas de répression, nous nous attendons à voir des gazages, des tabassages et possiblement des morts. Les prisonniers en grève de la faim seront certainement alimentés de force. Le soutien de l’étranger est particulièrement important, nous invitons donc vos lecteurs à se tenir au courant et à agir. En ce qui concerne les manifestations à l’extérieur des prisons, nous nous attendons aussi à de nombreuses arrestations. Nous souhaitons des manifestations pacifiques, mais c’est la police qui en décidera. Nous n’avons prise que sur nous-mêmes.

Dans quelle mesure cette grève nationale des prisonniers est-elle liée aux mouvements massifs de protestation qui se sont déroulés ces deux dernières années aux Etats-Unis à la suite des meurtres répétés de personnes noirs par des policiers ? Depuis la mort de Mike Brown à Ferguson, les victimes de la brutalité policière ont bénéficié d’une énorme coup de projecteur.

Particulièrement Black Lives Matter mais aussi les hispaniques, les trans, et les autres minorités qui se font tuer par la police. La proportion d’incarcération dans le pays en est une extension. Le réflexe raciste qui pousse un policier à supposer qu’une personne est plus dangereuse ou mérite moins de rester en vie est le même que celui qui le pousse à arrêter une personne qu’il aurait laissé repartir si elle bénéficiait de privilèges blancs. Un homme afro-américain sur quatre est incarcéré. Il est certain que cette prise de conscience de la brutalité policière a ouvert la voie à ce que les travailleurs incarcérés se soulèvent eux aussi. De fait, l’un des hashtags de la grève des prisonniers est #IncarceratedLivesMatter. Beaucoup des activistes mobilisés à l’extérieur sont d’ailleurs impliqués dans les deux campagnes.

Pouvez-vous donner aux lecteurs français un aperçu de ce qu’est le système pénitentiaire américain ? Pourquoi parlez-vous de « Complexe carcéral industriel » ?

Il existe un mythe selon lequel les prisons américaines auraient pour but de réhabiliter les prisonniers, ou bien que les prisons seraient nécessaires afin d’isoler les populations dangereuses et de sécuriser la communauté. La réalité c’est que les prisons sont un gigantesque business. Construire des prisons est une entreprise extrêmement lucrative car les prisonniers constituent une main d’oeuvre gratuite exploitable à merci. Ils élèvent des troupeaux qui sont vendus à McDonald’s, travaillent dans des centre d’appel pour AT&T et Verizon, produisent des vêtements, du papier, des meubles. Tu prends n’importe qu’elle marchandise, il y a de grandes chances qu’elle soit produite dans une prison quelque part. Ces travailleurs ne sont pas payés ou au mieux quelques cents de l’heure, il y a donc quelqu’un quelque part qui gagne de l’argent sur leur travail. Ce serait peut-être acceptable si cet argent servait à indemniser d’éventuelles victimes, mais ce n’est pas le cas. Il en va de même avec l’idée que la prison « sécuriserait » la société. Lorsqu’ils sortent, ces hommes et ces femmes, sont encore plus accoutumés à la violence et souffrent souvent de Syndromes de Stress Post-Traumatique. Le taux de récidive aux Etats-Unis est incroyablement élevé au point que l’on pourrait se dire que l’objectif est de disposer à l’infini de cette main d’oeuvre bon marché.



Slavery in the USA from subMedia.tv on Vimeo


De ce que nous en avons lu sur internet, il semble que la campagne autour du 9 septembre s’articule beaucoup autour des questions raciales, pouvez-vous nous en dire plus ?

Je suis certain que jusqu’en France, on sait que le maintien de l’ordre aux États-Unis est profondément raciste. Une personne de couleur a beaucoup plus de chances d’être tuée ou arrêtée par la police qu’un blanc. De fait, à chaque étape, une personne de couleur a plus de chance de passer à celle d’après : plus de chance de se faire arrêter, plus de chance de passer en procès, plus de chance d’être reconnu coupable, plus de chance d’écoper d’une peine sévère. Un homme afro-américain sur quatre est incarcéré. Au sein du système carcéral américain, les détenus s’organisent souvent à partir de distinctions raciales – parfois par choix mais aussi du fait d’une stratégie mise en place du « diviser pour mieux régner ». La prison crée les conditions pour que les gens s’organisent autour de ces lignes raciales. Par exemple, des blancs qui ne sont a priori pas particulièrement racistes vont rejoindre des groupes suprémacistes pour obtenir leur protection. Je connaissais un gars qui s’était allié au « cercle arien », il se détestait pour ça, mais après trois mois de bagares chaque soir pour éviter d’être violé, il a accepté leur protection. Pour défaire la suprématie blanche dans ce pays, il faut lutter contre complex carcéral industriel, qui produit des gens racistes et dévaste les communautés des personnes de couleur. C’est une question majeure.

De ce que l’on perçoit ici de la campagne qui oppose Clinton et Trump, il semble qu’une partie gigantesque de la population américaine est intégralement et irréductiblement tenue à l’écart du spectacle électoral. Pensez-vous que le néant qu’incarne la représentation politique américaine aujourd’hui peut favoriser l’émergence marginale mais massive d’agrégations politiques nouvelles ?

Je l’espère ! (rire) Ce qui est certain, c’est que beaucoup de gens qui auraient pu se laisser embringuer dans la campagne pour Bernie Sanders s’aperçoivent un peu plus tôt que prévu du caractère désuet du spectacle électorale ; ce qui les amène à se tourner vers des actions plus directes pour changer les choses. L’une des raisons pour lesquelles nous encourageons les gens à écrire aux prisonniers c’est que c’est une acte qui a un impacte immédiat sur la personne qui reçoit le courrier, et cela peut aussi aider à créer un changement structurel. Les communications d’un côte à l’autre des fils barbelés rendent plus difficile pour le pouvoir de maintenir cette mentalité « Hors de la vue, hors de l’esprit » qui est nécessaire pour que la brutalité et l’exploitation des prisonniers perdure. Si Clinton gagne, il n’est pas impossible qu’elle prenne le revers des politiques mises en place par l’administration de son mari et qui avaient amené à une explosion de l’incarcération de masse. Enfin disons que c’est plus un espoir qu’une prédiction. (Cependant, mon avis personnel qui n’implique pas l’IWOC c’est que j’ai plus peur d’une victoire de Clinton, précisément parce qu’il y aura moins de mobilisation si c’est une « Démocrate » qui gagne la présidence – on se rappellera d’ailleurs qu’elle avait commencé sa carrière auprès de Nixon avant de changer de camp, ce qui n’était certainement pas le signe d’un changement idéologique mais plutôt lié aux plus grandes possibilités de carrières pour une femme chez les démocrates. Elle est par ailleurs l’une des forces qui a influencé le partie démocrate à se droitiser.) Si Trump l’emporte, je pense que la mobilisation anti-raciste va massivement s’intensifier, par pure nécessité. J’ai confiance dans le fait qu’il y a un « esprit » qui nous mène à travers l’histoire et le matérialisme vers une libération universelle et que cela sera la fin de l’économie et un anarchisme durable. Mais c’est peut-être une croyance religieuse. Quoi qu’il en soit cette élection est vraiment terrifiante pour beaucoup de gens et certainement que nous sommes de plus en plus nombreux à nous rendre compte que la politique électorale ne change rien et que l’action directe et là seule manière d’avancer.

(suite dans l'article original)


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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Jeu 8 Sep - 15:45

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The Prisoner Issue September 2016 #32

Rebellion and Reprisals

How outside support can impact the outcome of prison struggles


Art by Mike Funk

On September 9, prisoners in more than seventeen US states are planning a nationally coordinated work stoppage and protest, according to the Incarcerated Workers' Organizing Committee of the Industrial Workers of the World (IWOC). IWOC also counts 35 states where numerous captives are aware of the strike and the growing mobilization of outside support. On the date of this writing, that outside support involves events or actions in over fifty cities across the country.

nombreux liens dans l'original
Citation :
It is likely the strike will kick off in only some of these places, but once it does, it could spread to correctional facilities across the country. We might not know what will happen, but one thing is for sure: prison authorities are paying close attention, and have been especially busy punishing prisoner leaders. Siddique Abdullah Hasan, one of the most public spokespeople for the strike, has been framed in a fake islamophobic suicide bomb plot. Melvin Ray, Kinetik Justice, and Dhati Khalid of the Free Alabama Movement (FAM) have been sent to solitary, assaulted and otherwise under constant attack by the Alabama Department of Corrections (ADOC). Cesar DeLeon and LaRon McKinley-Bey of the Dying to Live hunger strike in Wisconsin are currently subject to a force-feeding regimen.

If the rebellions continue and expand past September 9, so will the retaliation. In fact, if this will be anything like previous prison uprisings in the US, we can assume that the response will be quite violent, maybe even deadly. But from past historic prison uprisings, we can also learn that the role outside supporters decide to play and are able to play has a significant impact on the outcome.

Narratives of Past Struggles

The September 9 protest is scheduled for the 45th anniversary of America’s most famous prison uprising at Attica prison in New York. On that day, over two thousand prisoners took control of Attica for four days. They held 42 staff members hostage and went to great lengths to negotiate a peaceful resolution before the state sent in the national guard to violently suppress the uprising and regain control of the facility.

During the Attica prison riot, journalists were allowed unto the occupied yard to interview prisoners. This meant that the governor and prison officials were forced to answer questions about not only the events of the takeover, but also about conditions in the prison and the prisoner’s claims of abuse and torture. Notably, Attica occurred at the height of anti-prison struggle. It happened a few weeks after George Jackson was killed, in the middle of Angela Davis’ trial and defense. It was followed by strong prisoner self-defense and self-determination actions in Angola, Walpole, and Walla Walla. During this time, prisoner struggles were not secret things happening on the invisible edges of our society, and people were in active revolt against all the institutions of white supremacy and social control.

After the national guard went in and started shooting, the state tried to pursue charges against the surviving prisoners. But those prosecutions went nowhere because huge protests erupted across New York and around the nation in response. These protests eventually broke the silence of a medical examiner who destroyed the prosecution’s case by publicly admitting that all but three of the deaths were caused by bullets, while none of the prisoners had guns. This admission fueled further protests until Governor Carey issued a blanket amnesty in 1976.

Four years later, another major prisoner uprising took place, with disastrous results. This time the New Mexico State Penitentiary was controlled by prisoners for only 36 hours, but during that time 33 prisoners died and hundreds were injured. Negotiations failed, but the state retook the prison without the kind of slaughter that occurred in Attica. After the uprising, only a few prisoners were prosecuted, and the longest sentence was nine years.

In Santa Fe, the media and public atmospheres were far from sympathetic with the rioting prisoners. By 1980, the Reagan-era backlash was well underway, including the war on drugs and the mass incarceration boom. The coverage of the event was grisly and highly sensationalized. Most of the deaths occurred in the protective custody wing, where rebelling prisoners got hold of acetylene torches and used them to cut into cells, and then tortured and killed the snitches, queers, and sex offenders inside.

One explanation for the comparatively light sentences and low number of prosecutions in Santa Fe was that the NMSP administration was under a lot of scrutiny. According to researcher Mark Colvin, the years leading up to the riot saw steadily degrading conditions and security concerns, including 36 escapes. Because of this, when the prosecution cases went to trial, defense attorney William Summers was able to argue that the prison officials must share responsibility for what happened.

Standing in stark contrast to both Attica and the Santa Fe Uprising is the 1993 Lucasville Uprising at the Southern Ohio Correctional Facility (SOCF). Over forty people were indicted after Lucasville, five were sentenced to death, and more than a dozen others are serving long sentences or life bids. As described by Staughton Lynd in his Statement for the Re-examining Lucasville Conference in 2012, Lucasville involved fewer deaths but far worse outcomes for the prisoners than either Attica or Santa Fe. At 11 days, it is the longest uprising in which people died, and it is also one of the few that ended with a negotiated surrender. So why was the state able to place so much harsher penalties on the Lucasville rebels than any other uprising?

The key difference between Lucasville and these other uprisings was that the government was able to control public awareness and sympathies which allowed them to hand down punishments against targets of their choice. By 1993 Bill Clinton and other “third way” democrat strategists had swallowed the tough-on-crime rhetoric of the Reagan years, forming a spectrum-wide bipartisan hatred and dehumanization of prisoners. Lucasville shared the media stage with the Waco Texas massacre, and the State of Ohio aggressively and successfully silenced the prisoner’s voices during the uprising. There was no outside support. In fact the community of southern Ohio was looking for revenge. Petitions advocating summary executions for anyone the state fingered were circulated and signed.

The Ohio Department of Rehabilitation and Corrections (ODRC) and the special prosecutors exploited this environment to win their cases and expand their prisons. They sensationalized the riot, forced defense lawyers off cases, recruited and trained snitches and arranged the trials to put black prisoners in front of racist white juries in Scioto county, and white prisoners before black judges and Anti-Racist Action protesters in Columbus.

One could argue that they were able to do this because, unlike Attica or Santa Fe, the prisoners killed a hostage guard, named Robert Vallandingham, but the story is not that simple. First, Vallandingham was killed under desperate circumstances, after authorities had shut off electricity and water and surrounded the prison with national guard troops. Secondly, he was most likely killed by one group of prisoners, who later cooperated with the state to escape punishment. Vallandingham died while George Skatzes was on the phone with the authorities, literally begging them to negotiate a surrender rather than storming in like Attica or Waco, but he is awaiting execution while Anthony Lavelle, the man believed to be actually responsible for the killing walks free, because he snitched and made up lies against the other prisoners.

Attica, Santa Fe, and Lucasville are three of the biggest and bloodiest prison uprisings in US history. No one wants to see something like this happen in 2016, but even as examples of the worst case scenario, their lessons apply to any prison struggle. In summary, each of these historic uprisings led to very different outcomes for the prisoners, and those outcomes were largely determined by the support and protest movements on the outside. In Attica, the prisoners killed one guard and were initially indicted for the deaths of other guards, but because of the protests they were granted general amnesty. In Santa Fe, prisoners took 10 guards hostage severely beat and sexually assaulted them, along with hundreds of prisoners, but only a few were convicted and the harshest sentence among them was 9 years. In Lucasville, by contrast, one guard was killed under complicated circumstances, which arguably led to a surrender and less loss of life than an Attica style raid, but the state indicted and charged the people who negotiated that surrender.

We can see the significance outside support has played in recent protests as well. In December of 2010, prisoners in Georgia set a new high-water mark for prisoner resistance by staging a state-wide shutdown and work stoppage. During the resistance, outside supporters and alternative media organizations like the Black Agenda Report were able to get the story into mainstream media, and exposed violence of guards who attacked and disappeared leaders.

In part thanks to this, word of the protest got out, and inspired three survivors of the Lucasville Uprising, including Siddique Abdullah Hasan, to stage an ambitious hunger strike against solitary confinement in January of 2011. This action resulted in a rare success, significantly expanding the prisoners’ access to rec time, legal resources, phone and visitation, which they then used to increase their organizing capacity and win further communication access.

The hunger strike in turn helped inspire hunger strikes in Pelican Bay, California and Menard, Illinois. The protests in Pelican Bay had such robust outside support that it generalized to include 30,000 prisoners. It also got the support of the Center for Constitutional Rights, which helped prisoners win a lawsuit limiting the use of solitary confinement to ten years.

In 2014, the Free Alabama Movement (FAM) entered the national spotlight with a work stoppage to rival Georgia’s, but thanks to the media attention given to Georgia and California, they were able to go much more public with their efforts, eventually inspiring the Free Mississippi, Free Virginia, and Free Ohio Movements. Expanding communication and outside support allowed Siddique Abdullah Hasan to connect with FAM, starting conversations that grew to include prisoners and supporters elsewhere, eventually producing the call to action for September 9.

This narrative outlines only one trajectory of the growing anti-prison protest movement. It is the story I am most familiar with, because it includes prisoners I’ve talked and organized with. Other writers have highlighted stories that start with immigrant detention centers in Texas. There are trajectories focusing on queer and trans prisoner resistance, like Ed Mead of the George Jackson Brigade and the Walla Walla resistance movement which published a newsletter to help coordinate California prisoners during the hunger strikes. Efforts to coordinate and expand national-level communication between and about prisoners in women’s facilities, who have been largely overlooked are underway. In all of these cases, outside support and storytelling have been and continue to be key to successful prisoner organizing.

The primary role and most important task of outside support for prison rebels is responding to repression. IWOC and others have created practical systems for shining a protecting light into the invisible corners of the carceral state and giving solidarity and strength to prisoners in struggle, but we also need to ensure that whatever happens to our comrades, their tormentors aren’t the only ones telling the story.


Ben web
Ben Turk is a radical theatre artist and ardent prison abolitionist. He has toured the country with Insurgent Theatre organized with the survivors of the Lucasville Uprising and other prison rebels across the US. He built and helps maintain SupportPrisonerResistance.net. He is currently an Inreach Co-Chair of the Steering Committee of IWOC: the Industrial Workers of the World's Incarcerated Workers Organizing Committee.

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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Ven 9 Sep - 16:54


ce ne sont "que" des dessins, quelques-uns...



 





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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Ven 9 Sep - 18:30


45 ans après les émeutes de la prison d'Attica, le 13 septembre 1971, un album de circonstance, que j'achetai à sa sortie en 1972





tiré de l'histgeobox, 6 octobre 2008
Citation :
Le 13 septembre 1971, 1200 détenus du pénitencier d'Attica prennent en otages leurs gardiens pour exiger de meilleures conditions de détention. Le gouverneur Rockfeller ordonne pourtant l'assaut qui provoque la mort de 29 détenus et 10 de leurs otages, toutes causées par la police. La commission d'enquête chargée de faire la lumière sur ce drame déclarera alors qu'à l'exception de massacres d'indiens à la fin du XIXème siècle, cet assaut entre Américains fut le plus sanglant depuis la guerre de sécession.

Pape du free jazz, Archie Shepp est un saxophoniste de très grand talent. Après avoir enregistré plusieurs albums dans le nouvel idiome free sur le label Impulse, Shepp entend renouer en 1972 avec un public moins élitiste que celui du free. L'album "Attica Blues", lui est inspiré par la mutinerie de la prison noire d'Attica. Les compositions du disque s'inspirent du funk, de la soul music, mais aussi du gospel.

Le jazzman s'entoure pour ce disque de toute une armée de freejazzmen, mais aussi le poète Bartolomew Gray ou l'avocat William Kunstler, défenseur des jeunes leaders adeptes du black power, tels Angela Davis ou Bobby Seale, co-fondateur des black panthers.

Toutes les compositions de l'album ont un caractère politique. Ainsi, Shepp compose "Steam" en mémoire de son jeune cousin de 15 ans, victime de la répression policière dans un manifestation pour les droits civiques. Dans Attica blues, il récite un titre poignant du batteur Beaver Harris dénonçant "ceux qui pensent qu'ils sont dans leur bon droit quand, en ayant le pouvoir, ils prennent la vie d'un homme noir".  

Toujours en 1972, Shepp poursuivra dans cette veine populaire avec "The Cry Of My People", dans lequel  les thèmes Gospels ou inspirés des Negro Spirituals sont à l'honneur, tout cela sur fond de rythmiques funk ou africaines.

Liens : la musique au temps des Black Panthers
.








Attica, il y a 45 ans


Cases rebelles septembre 2016

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RYTHMES et COMMUNISATION : JAZZ & Black Music, IMPROVISATION,
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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Jeu 22 Sep - 17:34

déplacé de "marxisme décolonial" hors sujet

vlad2 a écrit:
La plus grande gréve de l'histoire ?, des prisons US, dans 24 états, 40 à 50 prisons, en 2eme semaine :

THE LARGEST PRISON STRIKE IN U.S. HISTORY ENTERS ITS SECOND WEEK

Alice Speri

Sep. 16 2016, 6:19 a.m.

https://theintercept.com/2016/09/16/the-largest-prison-strike-in-u-s-history-enters-its-second-week/


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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Dim 9 Oct - 6:01


vidéo dans l'original
Citation :
Ce qu’on est en train de faire, là, ils ne veulent pas que ce soit possible. Ils ne veulent pas qu’on se serve de ces téléphones pour montrer ce qui se passe vraiment à l’intérieur de ces prisons.”

L’homme qui témoigne s’appelle Bennu Hannibal. Condamné pour meurtre, il est prisonnier dans l’Alabama et l’un des organisateurs du mouvement contre les mauvaises conditions de vie et le travail forcé. Le 9 septembre, 24 000 détenus américains ont lancé ce qu’ils estiment être la plus grande grève de prisonniers de l’histoire du pays.

Vice News s’est entretenu avec Bennu Hannibal, qui est actuellement placé à l’isolement. Si sa prison n’a pas participé à la grève, il a utilisé un téléphone de contrebande pour encourager des prisonniers de tout le pays à se faire entendre.

— Pour voir les sous-titres en français, cliquez sur l’icône en bas à droite de la vidéo


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MessageSujet: Re: PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !   Lun 30 Jan - 22:03


La gestion de la « radicalisation » en détention :

chronique des Temps Modernes en milieu carcéral


Labo Décolonial 17 novembre 2016

Cet article a été publié sur le site de nos camarades de Contres-attaque(s).
Par Rachel Cesari Mazzoleni, membre du Labo Décolonial.


Citation :
« Préambule conclusif » : de l’usage dévoyé du concept de radicalité, à l’heure de son éminente nécessité.

Les mots sont importants, ils peuvent « faire des ravages[. Ils] créent des fantasmes, des peurs, des phobies ou, simplement, des représentations fausses » (53).

Pour le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, est radical ce « qui est relatif à la racine, à l’essence de quelque chose » et ce qui est « complet, total, absolu; sans exception ou atténuation ». Le Larousse parle de ce « qui appartient à la nature profonde, à l’essence d’un être ou d’une chose » et de ce « qui présente un caractère absolu, total ou définitif ».

J’ai choisi d’utiliser des guillemets chaque fois que j’ai employé les termes « radicalisé », « radicalisation » par souci d’honnêteté intellectuelle et de précision sémantique. Les mots sont importants et désormais l’emploi des notions de radicalité, radicalisme, islam, islamisme, sont injustement empreintes du sceau de l’infamie.

Re-signifier les mots pour les extirper de l’obscurantisme de la langue de bois, c’est se redonner un pouvoir et une puissance de réflexion collective parasitée par des manipulations sémantiques. C’est se réapproprier une définition collective des concepts, des idées, se doter de savoirs communs.

Pour rappel, jusqu’aux années 1970, l’islamisme désignait en France « la religion des musulmans » (même si le mot était déjà concurrencé par la dénomination Islam dès le début du XXème siècle).

Actuellement, l’emploi quasiment quotidien du mot islamisme, et à fortiori islamisme radical, pour désigner des attaques terroristes violentes et meurtrières revendiquées éhontément au nom de l’Islam, entretient la fabrication de la stigmatisation et du rejet qui s’enracinent profondément dans la société française, face à toute personne de confession musulmane qui refuserait de se plier à l’injonction du « musulman modéré » ; ce « musulman discret » cher à Chevènement, qui devrait raser les murs (et surtout sa barbe) et s’excuser d’exister.

Il faudrait donc comprendre, à la lumière de ces précisions sémantiques, que pour ceux qui en parlent le plus et qui en font leur fonde de commerce (à savoir les pouvoirs publics et les médias, fabricants de l’opinion publique), l’Islam est violent dans sa racine, dans sa nature, puisque islamisme et radical ne sont désormais plus dissociés l’un de l’autre dans leurs éléments de langage. Inutile de s’appesantir sur un développement élaboré pour comprendre les conséquences dramatiques de « l’hybridation sémantique » globale qui touche la religion musulmane, d’autres l’ont fait mieux que moi(54).

De la même manière, si aujourd’hui dans l’imaginaire collectif, être radical c’est être un ennemi de la paix sociale, de l’humanité, une sorte d’artisan du néant adepte de la violence physique, ce n’est vraiment pas un hasard non plus.

Car la radicalité, c’est finalement la hantise du possédant, du dominant. La radicalité pousse le dépossédé, le dominé, à remettre en question le système qui l’oppresse à sa racine, à son essence, et à le combattre de manière absolue, totale ou définitive. Il n’y a donc qu’une posture radicale qui puisse initier une véritable porte de sortie du système capitaliste, patriarcal et raciste qui fonde notre civilisation ô combien Moderne. Dévoyer cette notion, c’est s’assurer que personne ne voudra en être le représentant, et que ceux et celles qui oseront le faire seront comme marqués-ées de l’opprobre générale.
Malheureusement pour ceux qui ont tout intérêt à la combattre, la radicalité est l’option que choisissent les militants-tes et les actrices et acteurs d’un véritable changement social à l’échelle mondiale.

La détention n’est pas la solution, c’est un fait. Et c’est l’ampleur du travail que ce constat implique qui désintéresse profondément la minorité d’agents économiques et politiques qui en bénéficient.

C’est à travers la rencontre des études et des pratiques non-répressives initiées en Occident (insertion, probation, justice réparatrice…) et celles des approches décoloniales(55) qu’apparaît aujourd’hui une piste de réflexion pour décrypter l’élaboration et la fabrique des classes dangereuses et déconstruire la nocivité de nos rapports aux secteurs pré- et post-sentenciels.

Désaliéner le rapport à la norme et à la peine est une tâche de longue haleine nécessitant de travailler sur un grand nombre de chantiers parallèles.

Nous ne pouvons pas prétendre ou espérer sortir du tout carcéral en un claquement de doigt parce que cela impliquerai de traduire une pensée émancipatrice du passage à l’acte.
La société, la communauté, refuse encore de s’interroger sur sa responsabilité dans le passage à l’acte dit déviant : elle valide pourtant l’écriture et l’exécution d’une politique pénale et pénitentiaire qui maintient des rapports de domination très intenses.

La gestion de la « radicalisation » n’en est qu’une nouvelle et édifiante manifestation : chronique donc, d’une macabre modernité.





Introduction

« Un dispositif créé dans la précipitation, voire l’improvisation, avec des résultats potentiellement contre-productifs : voilà le constat dressé par le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) au sujet des  » unités dédiées « (1).




Voilà en effet la conclusion du rapport(2) remis le 6 juillet 2016 par Adeline Hazan, Contrôleuse Générale des Lieux de Privation de Liberté, au sujet des 5 « unités dédiées » à la détention des prisonniers dits « radicalisés », formellement mises en place depuis le début de l’année 2016 et présentées comme la mesure phare du projet de lutte contre l’épineux problème de la « radicalisation » en détention.

Si Mme Hazan parle de la « complexité de la tâche » à accomplir par l’administration pénitentiaire en ce qui concerne cette nouvelle et éminente priorité ministérielle, certains commencent déjà à parler eux, de « vacuité »(3) en la matière.
Parce qu’alors que la France est l’un des pays européens les plus sanctionnés pour les injustices structurelles de ses systèmes policier et pénitentiaire, et qu’un nouveau  » record  » de surpopulation carcérale vient d’être atteint, le fait que la gestion des détenus dits « radicalisés » soit un véritable casse-tête qui préoccupe prioritairement l’administration pénitentiaire(4) peut paraître pour le moins inapproprié.

Avec la hausse des événements revendiqués par diverses organisations dites « radicales » et commis sur le sol français depuis 2012, les établissements pénitentiaires n’ont donc bien sûr pas été épargnés par l’intensification des atteintes sécuritaires qui ont touché l’ensemble de nos espaces et de nos expressions publiques et privées-s. La question de la « radicalisation islamiste » en prison et de la gestion des détenus dits « radicalisés » est donc devenue un élément central des efforts fournis dans les textes et sur le terrain. Dès 2012, cette focalisation sur la question des détenus dits « radicalisés », ou « en voie de le devenir », semble avoir été orchestrée avec beaucoup d’attention.

Si les dispositifs mis en place portent apparemment le sceau de l’improvisation, le paradigme sécuritaire, certes déjà gagnant en milieu pénitentiaire, trouve un terrain très fertile dans l’image du détenu « radicalisé » : la figure de l’ennemi intérieur/ennemi de l’intérieur est un champ d’expérimentation idéal pour tous les acteurs du marché sécuritaire. C’est ce qui explique actuellement les efforts de recrutement, de budgets et le soutien appuyé aux plans de recherche-action sur le sujet, alors qu’en parallèle, aucune véritable politique publique en faveur de la réinsertion n’est impulsée sérieusement.

Pour le dire rapidement, l’Histoire et les théories de la gestion des classes laborieuses transformées en classes dangereuses ont prouvé qu’on peut légitimement craindre, à terme, l’extension de certains dispositifs utilisés en milieu carcéral dans les zones péri-urbaines malmenées par la politique de la Ville, où le rapport confinement/mise à l’écart est comparable(5). Il ne s’agit donc malheureusement pas de croire que les inquiétudes développées ci-dessous sont strictement circonscrites au seul domaine carcéral et pénitentiaire.




Cette focalisation sur la « radicalisation islamiste » en prison sert tout à la fois deux objectifs. Tout d’abord, il s’agit de conforter l’élan sécuritaire post-2012 avec la création d’un arsenal législatif global digne d’un gouvernement qui se croit ironiquement « radical », fabricant Etat d’urgence et état de siège à l’emporte-pièce, stigmatisant et persécutant une partie de la population pour son appartenance, réelle ou supposée, à la religion musulmane ; et par un simple principe de détournement de l’attention, cela sert un deuxième objectif : éviter de parler des vrais problèmes des prisons françaises et continuer d’ignorer les quelques propositions tangibles de lutte contre la  récidive à travers le recours aux dispositifs non-répressifs.

Les multiples condamnations de la France pour des conditions de détention jugées dégradantes et/ou inhumaines, une politique pénale et pénitentiaire de la domination qui nourrit la surpopulation et la récidive, l’échec patent des réformes pénitentiaires successives…tout cela est occulté face à une problématique qui est certes existante (le travail à réaliser avec les criminels incriminés pour fait de terrorisme), mais qui ne concerne qu’une petite minorité de la population pénale et pénitentiaire.

Partant de là, pourquoi ne pas considérer cette obsession sur la « radicalisation » en détention comme un épiphénomène(6) de la politique du spectacle carcéral, qu’on serait tenté de qualifier de mineur, concernées-s que nous sommes par les éminentes priorités de la situation pénitentiaire et carcérale en France ? Ce serait dommage, car cet épiphénomène est un bien commode point d’entrée dans le sujet carcéral. Alors que la France transforme ses prisons en « zoos humains »(7) , (j’allais dire « sans que ça ne choque personne », mais ce serait oublier l’indignation de nos députés au regard des trop bonnes conditions de détention de Salah Abdeslam…( 8 ) il est raisonnable de s’interroger sur la manière dont l’intensification actuelle du dispositif sécuritaire global se traduit en détention. Quelles conséquences sur l’incroyable chemin de croix que connaît le système pénitentiaire et sa très espérée lutte contre la récidive et en faveur de la réinsertion ?

Etat d’urgence permanent

Pour nous, ceux et celles du dehors, depuis 2015 il y a l’état d’urgence… mais l’état d’urgence c’est l’intégration des mesures d’exception dans le droit commun. Or le régime de détention, c’est tout sauf du droit commun.

Dans un espace confiné où la règle c’est l’interdiction, c’est concrètement l’état d’urgence en permanence.

On aurait donc pu penser que tout cela n’aurait aucune conséquence en détention. Mais dans les faits, dès janvier 2016, l’Observatoire International des Prisons a commencé à alerter sur la systématisation de fouilles intégrales à l’issue de parloirs pour certains détenus : le cadre de l’état d’urgence avait alors été invoqué par l’administration pénitentiaire pour légitimer ces mesures de contrôle(9) .

Malheureusement, la question des fouilles intégrales dépasse largement le cadre de l’état d’urgence. Il faut peut-être préciser que les surveillants sont souvent les premiers à souhaiter la généralisation de ces fouilles intégrales, et pas seulement aux détenus dits « radicalisés »(10) mais à l’ensemble des détenus qui présenteraient – plus ou moins ponctuellement – un risque pour la sécurité des agents , des usagers et des biens : il s’agit en somme de quiconque interférerait plus ou moins avec le strict cadre du « sous-droit pénitentiaire »(12) qui s’applique en détention. Un droit de l’arbitraire et de l’ultra-sécuritaire contre lequel toute résistance est, pour moi, humainement compréhensible.




Pour la petite histoire, la systématisation des fouilles intégrales réalisées sans motif dûment motivé par un risque tangible de trouble à la sécurité de l’établissement, a été interdite par la réforme pénitentiaire de novembre 2009 portée par Rachida Dati(13) … Cette même année, J.J. Urvoas, alors député, se prononçait résolument contre ces fouilles à nu, jugées inhumaines et dégradantes par la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, et le Comité européen pour la prévention de la torture.

Mais il faut croire qu’à fonction et contexte politiques changeants, convictions ébranlées, puisqu’en 2016 le respect des conditions humaines de détention, édictées par l’ensemble des règlements internationaux qui se rapportent à la dignité humaine, n’est clairement pas une priorité pour un gouvernement socialiste français. A contrario, la Sécurité fait encore une fois un large consensus : début avril 2016, le même Jean-Jacques Urvoas, maintenant Ministre de la Justice, faisait ainsi voter au Sénat une proposition d’amendement concernant la systématisation des fouilles intégrales(14) au plus vaste projet de loi sur « la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale » (15) .

Sachez d’abord que l’ensemble de ce projet de loi a connu un rapide cursus de navettes parlementaires et qu’il a massivement été adopté(16), puis promulgué le 3 juin 2016 dans un murmure médiatique généralisé. La loi est alarmante de… « radicalisation ». « Radicalisation » d’un pouvoir qui désarticule quelques grands principes bien fondamentaux de démocratie et, osons le dire, de vivre-ensemble, sacrifiés sur l’autel de la politique du spectacle et de l’obsession sécuritaire.

Prenons le temps de nous pencher sur certains points de cette loi.

Nous y retrouvons donc l’amendement d’Urvoas qui concerne les fouilles intégrales, qu’il a défendu en ces termes devant le Sénat : « Les fouilles que je propose de modifier étaient permises et autorisées. Simplement, elles étaient individualisées, et donc mal utilisées. ».

Il est édifiant de constater que les fondements criminologiques et des sciences pénale et pénitentiaire sont à nouveau mis à bas, sans scrupule, pour servir une conjoncture politique extrêmement peu propice à la réflexion.

Il faut bien comprendre : l’individualisation de la peine et de son exécution, c’est juste le B-A-BA des postulats pénologiques, criminologiques et de la science pénitentiaire, de la mission même de l’Administration Pénitentiaire. Entendre Urvoas, ministre de la Justice, dire qu’une mesure pénitentiaire qui attente à la dignité humaine est mal employée parce qu’individualisée, c’est encore une fois constater l’imperméabilité de la pensée politique aux influences de la raison.

Voilà donc, depuis juin, ré-intégrée à l’arsenal législatif la possibilité de pratiquer des fouilles intégrales systématiques dans un cadre réglementaire sciemment opacifié et discrétionnaire, puisque « le chef d’établissement – pénitentiaire – peut ordonner des fouilles dans des lieux [– parloirs, promenades…-] et pour une période de temps déterminés, indépendamment de la personnalité des personnes détenues », et ce, « lorsqu’il existe des raisons sérieuses de soupçonner l’introduction d’objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens » ( 17) .

Bien que nous ne doutions pas du sérieux de l’administration pénitentiaire et de ses agents, il paraît aisé de percevoir l’in-définition de ces « raisons sérieuses » et l’ouverture aux dérives qu’elle induit. Car, même s’il est précisé que « ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées », et qu’elles doivent être « spécialement motivées et [faire] l’objet d’un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l’administration pénitentiaire », toute cette terminologie ne fait que s’ajouter à la longue liste des vœux pieux que l’administration pénitentiaire a prononcé depuis qu’elle existe.

Pour preuve, depuis 2009 et malgré la loi, les fouilles intégrales continuent d’être pratiquées à chaque fois que le motif de sécurité est invoqué, autant dire plus que de raison(18) . La question des fouilles à nu – systématiques ou pas – appartient ainsi à ces communs de l’affrontement entre sciences pénitentiaire/probationnaire, et logique sécuritaire ; il s’agit là d’un sujet central de la gestion des corps en milieu coercitif qui concerne l’ensemble de la population carcérale et pénitentiaire. Dans l’état actuel des pratiques, et tant que les politiques publiques n’encourageront pas réellement les alternatives à l’emprisonnement et à l’ensemble des dispositifs non-répressifs, l’administration fait et fera le choix de recourir à des méthodes inhumaines et dégradantes pour tenter d’atteindre un illusoire risque zéro. Il y a peu de doute sur le fait qu’à terme, ces interactions entre humains soient remplacées par des équipements mécaniques ou robotiques fournis et entretenus par la poignée d’entreprises françaises qui se partagent le marché carcéral.

Agent du renseignement pénitentiaire : un métier d’avenir

Revenons-en au texte de loi promulgué le 3 juin 2016.

A sa lecture, un chapitre relatif aux « Dispositions renforçant la répression du terrorisme » (19)a retenu toute mon attention. L’analyse paraîtra probablement hâtive, exagérée ou impertinente à certains, pourtant ce que la loi formule pour moi ici, c’est une simple et dangereuse subordination du Ministère de la Justice au Ministère de l’Intérieur. Laissez-moi m’expliquer avec un rappel historique.

Depuis 1911, les corps de métiers liés à l’administration pénitentiaire sont rattachés au Ministère de la Justice(20) . Il s’agit là tout bêtement de la reconnaissance du fait que la gestion de l’exécution de la peine appartient au domaine judiciaire et non au pouvoir exécutif, que les questions post-sentencielles sont une prérogative de la justice, pas de la sécurité intérieure. Ainsi, les agents de l’administration pénitentiaire, séparés entre missions de surveillance et de sécurité, et missions d’insertion et de probation, doivent normalement répondre aux missions générales de leur ministère, prioritairement des prérogatives judiciaires. Avec la réforme Amor de mai 1945, l’administration pénitentiaire devenait garante de « l’amendement et du reclassement du prisonnier » : en 2016, si on parle plutôt de « travail sur le passage à l’acte » et de « réinsertion » (toujours dans l’optique de favoriser la lutte contre la récidive) c’est que pendant plusieurs dizaines d’années, des générations d’agents pénitentiaires ont été considérés comme des travailleurs sociaux chargés de produire un travail de diagnostic et d’accompagnement en faveur des détenus. Le système a ainsi produit, presque malgré lui, un corps de fonctionnaires compétents qui crient aujourd’hui leur colère face à l’instrumentalisation dont ils font l’objet (21) .

Par ailleurs, motivée par l’éminence du projet de Sécurité Intérieure, l’existence de « passerelles » en matière de Renseignement entre administrations n’est pas une nouvelle. Qu’il existe un renseignement pénitentiaire, en relation avec l’administration centrale du renseignement, n’est ni nouveau ni surprenant.

Toutefois, ce qui l’est, c’est que la subordination des SPIP(22) et des personnels pénitentiaires de surveillance aux impératifs des services de renseignements et de sécurité intérieure fasse l’objet d’une loi.

Car voilà, depuis le 3 juin 2016, il est législativement entériné que les questions de Sécurité Nationale prévalent sur les missions des services pénitentiaires. En effet, grâce au chapitre relatif aux « Dispositions renforçant la répression du terrorisme » du nouveau texte de loi, « les agents individuellement désignés et habilités appartenant à l’administration pénitentiaire peuvent être autorisés à : », très concrètement, devenir des agents du renseignement, (je laisse le soin à chacun d’aller consulter la longue liste des nouvelles « autorisations » – missions – des services pénitentiaires) (23) .




Ce que le texte signifie dans la pratique, c’est donc que les agents de l’Administration Pénitentiaire « désignés » – par une instance non précisée – , « des personnels triés sur le volet »(24), doivent désormais servir de courroie de transmission aux services de renseignement pour prévenir la Menace Intérieure. Outre la création de postes et l’accroissement des moyens alloués au renseignement pénitentiaire, cette mission générale – et désormais prioritaire – de l’administration appelle à l’implication de tous ses agents, aux dépends de leurs missions initiales.




Des « référents radicalisation » avaient déjà été mis en place dans les Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation dans le cadre des PLAT(25) pour être les intermédiaires de cette entreprise. A présent, des grilles d’évaluation sont distribuées aux agents qui interviennent en milieu carcéral (surveillance, insertion et probation, même les services médicaux subissent des pressions(26) pour participer à la collecte et au partage d’informations normalement protégées par le secret professionnel) pour signaler la menace de « radicalisation » d’un détenu – ce, au mépris complet de la déontologie et de la relation travailleur social/détenu(27).

L’orientation de ces détenus dits « radicalisés ou en voie de le devenir » est désormais diligentée, pour une prise en charge, vers des binômes éducateur/psychologue qui n’ont la plupart du temps aucune expérience en milieu pénitentiaire, qui agissent dans un périmètre d’intervention indéfini, et dont les méthodes et les pratiques sont déjà invalidées par des CPIP(28) dépossédés de leur savoir-faire d’expertise et de prise en charge. Pour remplacer ces champs de compétences, J.J. Urvoas compte sur « des recrutements de personnels venant des services de renseignement du premier ou deuxième cercle afin d’accélérer la transmission des savoirs » (29) … Quelle va être la marge de manœuvre des agents pénitentiaires dans cette exigence de récolte de renseignements ? Plusieurs d’entre eux ont déjà réagi, non sans conséquences(30) .

La voie de la « dé-radicalisation » : le parcours du combattant

Maintenant qu’il est admis que le fait de « créer, au sein de l’administration pénitentiaire, un service de renseignement de plein exercice appartenant au second cercle de la communauté du renseignement (art. L. 811-4 CSI) »(31) est une priorité inter-gouvernementale, et que ça ne dérange personne sauf les associations de veille et de défense des détenus, passons à l’autre volet de la question de la « radicalisation » en détention : la prise en charge concrète de ces détenus dits « radicalisés », ou en voie de le devenir.

A cet effet, les cinq « unités dédiées » évoquées en introduction de ce développement rassemblaient au 1er juin 66 détenus sur 4 établissements(32). Comme je l’annonçais également en préambule, la Contrôleuse Générale des Lieux de Privation de Liberté dresse déjà un bilan négatif de cette expérience qui mobilise pourtant plus l’énergie et l’attention de nos représentants politiques que les nombreuses impasses carcérales, qui elles, sont déjà multi-séculaires…

Les Unités Dédiées ont été mises en place pour endiguer la menace de prosélytisme dans un contexte de surpopulation carcérale généralisée : c’est là le premier motif invoqué pour justifier le rassemblement, dans des quartiers dédiés, de détenus signalés « radicalisés ou en voie de radicalisation ». Bien que l’opportunité même de rassembler des détenus poursuivis pour association de malfaiteur est remise en question, on nous explique qu’il faut faire avec la réalité des murs : le taux de surpopulation, effectif et important dans presque tous les établissements où sont incarcérés les détenus dits « radicalisés »(33) , empêcherai la prise en charge de ces derniers et amplifierai la menace de prosélytisme qu’ils représenteraient.




Peu importe, une fois rassemblés, qu’ils puissent avoir une influence néfaste les uns sur les autres, malgré le fait que les UD réunissent des profils extrêmement différents, ou peu importe que cette réunion offre une proximité inespérée pour affilier d’éventuels réseaux jusque-là déconnectés. Fi également des phénomènes de prophétie auto-réalisatrice ou des conséquences de l’affectation en UD sur les suites du parcours pénal et pénitentiaire des détenus concernés. On n’a pas plus cure que même les magistrats qui doivent annoncer leur transfert en UD aux détenus signalés par le renseignement pénitentiaire sont incapables de leur signifier la cause de ces transferts tant le motif même du signalement par les renseignements pénitentiaires est flou(34) . On continue simplement de mobiliser de plus en plus de moyens humains et matériels sur des protocoles inaboutis et déjà invalidés, et ce pour des groupes de détenus de plus en plus petits…on saisit là une opportunité inespérée d’expérimenter des dispositifs sécuritaires exorbitants. L’une des particularités de ces expérimentations, c’est qu’elles concernent un public pénitentiaire essentiellement composé de prévenus, c’est à dire en attente de jugement. Des personnes dont la culpabilité est fortement soupçonnée au regard de l’instruction, mais qui n’ont encore fait l’objet d’aucune condamnation, et sur lesquelles on emploie les mesures les plus répressives de l’arsenal carcéral. C’est dire la capacité des pouvoirs publics à traiter cette problématique avec la distance et le sérieux qui s’imposent.

Dans ces UD, les situations sont sensiblement disparates(35) mais les détenus doivent normalement y bénéficier d’un régime de détention ordinaire, où l’encellulement individuel, prescrit par la loi depuis 1875 (l’un des plus vieux credo de l’AP) y est… radicalement respecté. Mais pour le reste, ce régime de détention dit ordinaire des UD n’est que supposé selon les unités et selon les détenus : alors qu’à Osny et à Lille-Annoeullin la direction des établissements a élaboré un support réglementaire additif pour définir le cadre de ce régime de détention sui generis, dans les autres UD les protocoles précis du cadre de détention restent à l’appréciation discrétionnaire des établissements, un bricolage réglementaire plus ou moins défini et arbitraire.

Sur l’ensemble des détenus en UD interrogés par les contrôleurs des lieux de privation de liberté, une partie dit être satisfaite de cette affectation : pour certains d’entre eux l’affectation en UD signifie l’extraction d’un quartier surpeuplé et/ou insalubre et donc l’accès à un quotidien moins dégradant ; pour d’autres il s’agit de se féliciter de la reconnaissance de leur statut et de la satisfaction d’être réunis.

Mais la majorité des affectés en UD révèlent de nombreux points négatifs : sentiment – justifié – de stigmatisation, peur d’être influencé voire instrumentalisé par des personnalités ascendantes, souffrance provoquée par le confinement exorbitant du régime de détention, éloignement familial, accès compliqué aux soins, accès souvent impossible aux activités socio-culturelles et à l’emploi, craintes – justifiées – des répercussions de l’affectation sur la suite du parcours pénal et pénitentiaire, incompréhension de ce qu’on attend d’eux face au flou délibéré des programmes de dé-radicalisation qui sont censés accompagner l’affectation…

Car en effet, outre la mise en place des UD, l’Administration Pénitentiaire entend promouvoir des « programmes de dé-radicalisation » qu’elle tente, plus ou moins maladroitement, de mettre au point depuis 2012. On l’a dit, plusieurs recherches-action ont été élaborées à ce sujet(36). Pourtant, au moment où l’UD de Lille-Annoeullin accueillait déjà ses premiers détenus, les agents chargés de mettre en place les dits-programmes recevaient comme consigne de « faire preuve d’imagination »(37) … Le contenu de ces programmes est donc encore largement indéfini et difficile à mettre en place, mais cela n’empêche pas notre optimiste ministre de la Justice de déjà vouloir les étendre sur 27 établissements(38) .

Un budget conséquent alloué au renseignement pénitentiaire mais des recrutements insuffisants et une mise sous tutelle des SPIP ; des programmes de dé-radicalisation fourre-tout et inexécutables du fait de l’absence des moyens qui y sont consacrés ; des stratégies de détection et de signalement contre-productives et discriminatoires ; des régimes de détention extrêmement coercitifs, dont ni le bien-fondé ni les bienfaits n’ont été prouvés ; et tout ça aux dépends de l’ensemble de la population pénitentiaire : voici ce que de concert, la société civile, la société marchande (le consortium des entreprises du partenariat public/privé ou système de « gestion déléguée ») et l’Etat valident comme paradigme pénitentiaire à travers la fumeuse politique de lutte contre la « radicalisation » en détention
.

Attention, il est évident qu’il existe en France des réseaux de criminels affiliés aux actions et aux revendications de groupes « radicaux islamistes » ou prétendus tels. Il est également tangible qu’il arrive parfois que leurs routes se croisent en prison. Mais alors que même la directrice de la Direction de l’Administration Pénitentiaire, Isabelle Gorce, admet « qu’il n’y a pas de relation de cause à effet directe entre le fait d’avoir été incarcéré et de se retrouver aujourd’hui en prison pour des faits de terrorisme », comment expliquer que quelques centaines de détenus fassent priorité sur plus de 69 000 autres ?
Que nos hommes politiques soient incapables de faire le lien entre les ingérences occidentales dans des zones géo-stratégiques clairement identifiées et la hausse des atteintes à la sécurité physique des populations occidentales n’est pas vraiment envisageable. En revanche, ce qui l’est, c’est que la figure idéale du « terroriste islamiste » – réel ou supposé – est une opportunité parfaite pour développer un arsenal sécuritaire qu’on ne manquera pas de voir étendu à terme aux autres catégories de l’ensemble de la population pénitentiaire.

Voilà donc le véritable programme de ce quinquennat socialiste en matière pénitentiaire. Car qu’on ne s’y trompe pas : toutes les bonnes intentions manifestées dans la réforme pénitentiaire de 2014, en elle-même déjà inaboutie, ne manqueront pas de rester lettre morte dans un tel contexte. J’entends déjà ceux qui affirmeront que l’un (la focalisation sur la question des détenus dits « radicalisés ») n’empêche pas l’autre (la résolution des problématiques qui concernent l’ensemble des détenus) … Bien sûr que si . Bien sûr que la mobilisation des budgets, des agents et de la recherche-action institutionnelle sur la question de la « radicalisation » monopolise de plus en plus les ressources aux dépends des autres urgences carcérales, qui n’avaient déjà pas besoin de ça… Ce ne sont pas de vagues – bien que parfois sincères – professions de foi en faveur des alternatives à l’incarcération qui résorberont l’inflation carcérale. Ce n’est pas non plus, n’en déplaise à ceux à qui ça profite, la construction de nouveaux établissements pénitentiaires : l’histoire, l’expérience, les sciences nous prouvent le contraire depuis la création de la peine-prison.

Tableau de la surpopulation carcérale : expression d’un néo-colonialisme pénitentiaire

En attendant de réinventer notre rapport aux phénomènes de délinquance et de criminalité, et aux manières dont la société choisit d’y réagir, la nécessité de vider les prisons est plus éminente que jamais(39). Au 1er juillet 2016, l’administration pénitentiaire dénombre 69 375 détenus pour 58 311 places opérationnelles.

Comme presque toujours pour les services publics, la situation est pire dans les Outre-Mer(40), dont tous les établissements les plus importants connaissent les taux de surpopulation les plus dramatiquement élevés de France(41). La palme de l’horreur revient au centre pénitentiaire de Faa’a Nuutania en Polynésie française : au 1er avril 2016, 411 détenus y étaient présents pour une capacité opérationnelle de 165 places.




En 2008, un rapport d’information parlementaire faisait état à son sujet de « conditions de détention observées sur place [qui] sont indignes de notre pays [et] méconnaissent les droits fondamentaux ». Des élus d’une République coloniale exigeant l’application de leur conception du droit sur des territoires globalement paralysés par le système de colonialité qui assure à ces mêmes élus leur position dominante… je ne sais pas si vous me suivez mais il y a là de quoi rester songeuse.

Toujours est-il qu’actuellement, l’Observatoire International des Prisons compte sur ses propres formulaires, fournis aux détenus sur place, pour espérer garder un œil sur l’évolution de la situation dans l’établissement, l’Administration Pénitentiaire ne lui ayant pas fourni pas ses derniers rapports d’activité(42).

Pour résumer, Faa’a Nuutania peut tout à fait faire office de paroxysme de l’inhumanité systémique des conditions de détention qu’impose l’Etat français, du fait d’une surpopulation qu’on soupçonne encouragée : des locaux incroyablement vétustes, une insalubrité extraordinaire, un accès quasi inexistant à l’emploi, à la formation, aux activités socio-culturelles, aux services d’insertion et de probation, et même aux services médicaux, soit autant de matières propices à une socialisation carcérale nocive et à la récidive.

A la vue de ce tableau on pourrait vraiment croire à une situation inextricable…

Il existe pourtant, depuis plusieurs dizaines d’années maintenant, un appareillage théorique qui suggère des perspectives pratiques pour refonder notre approche et notre gestion de la peine. Les champs de recherche concernant la délinquance, la criminalité et la peine sont ainsi investis depuis longtemps par les apports des sociologues, criminologues, historiens, économistes ou démographes, qui proposent des voies d’issue à ce modèle faussement indépassable qu’est la prison.

Pour se raccorder à l’actualité, je cite ici Martine Herzog-Evans, éminente spécialiste de l’exécution des peines, radicalement critique envers la réforme pénitentiaire de 2014, qui appelle par exemple à une redéfinition de l’article 723-15 du Code de Procédure Pénale(43) , au recours à des peines ultra-courtes (accompagné de la suppression des peines courtes et moyennes) et réaffirme l’importance de l’individualisation humaine, matérielle et psychologique de la préparation de la sortie de prison(44). Elle prévient également de l’inutilité de l’inflation législative, totalement inopérante dans le domaine et qui accapare l’effort réformateur « de terrain ». Selon son analyse, que partagent certains agents d’insertion et de probation interrogés, la loi de 2014 est un condensé des mesures les plus « consensuellement » admises à droite comme à gauche : le texte propose un appareillage apparemment plus coercitif (avec ses éléments de langage et ses illusions complètement en décalage avec la réalité matérielle des services d’insertion et de probation), tout en promettant de libérer à tour de bras, faisant ainsi baisser drastiquement et donc visiblement le taux de surpopulation(45). Pourtant, et c’est aussi quelque chose que l’on sait depuis longtemps, ces sorties sèches induites par l’application de la loi, ne signifient la plupart du temps que des futurs retours en détention.

La simple analyse des trajectoires pré-sentencielles constitue encore un outil quasiment inexploité par les pouvoirs publics en matière de délinquance et de criminalité alors qu’elle constitue l’une des plus probantes grilles de lecture de la fabrique de la délinquance.




Les recherches de Lucie Bony(46), de Marwan Mohammed (47) ou de Didier Fassin (48) viennent rappeler que la communauté de destin entre quartiers et prisons ne doit rien au hasard. La prison, cette « cité avec des barreaux » savamment entretenue par le croisement de plusieurs systèmes de domination, et alimentée par des cohortes de jeunes aux destins volés, reste un laboratoire éprouvé de gestion des « classes dangereuses ». Que penser de la prédisposition des magistrats à user de peines de plus en plus longues ou à recourir de plus en plus souvent à des comparutions immédiates avec mandat de dépôt à l’issue de la sentence, un non-sens absolu au regard de la situation démographique carcérale, qui participe à maintenir des politiques pénales, pénitentiaires et sociales dites « de la domination »?

Il ne s’agit pas de diaboliser une administration et ses agents, mais comment expliquer l’échec patent et maintenant deux fois séculaire d’une mission aussi importante que celle de l’Administration Pénitentiaire ? Loin de protéger de la récidive, les effets de dé-socialisation/re-socialisation de l’incarcération la facilitent. L’essor du recours aux alternatives à l’emprisonnement et aux dispositifs non-répressifs est dramatiquement lent. L’intention sociale de justice et de réparation de l’éminente question de la peine semble toujours et irrémédiablement devoir souffrir d’une loi d’airain, et le développement des discours et des politiques qui l’entretiennent pose la question fatale…

… A qui profite le crime ?


Je ne crois pas qu’un directeur pénitentiaire se réjouisse de voir grimper le taux de surpopulation de son établissement, ni que cela arrange les surveillants de « gérer » des populations poussées à bout, déshumanisées et parfois prêtes à revendiquer violemment leur droit à la dignité. Ce ne sont d’après moi ni les agents, ni les « usagers » du service pénitentiaire (détenus, familles) qui profitent de l’accroissement du nombre d’occupants des prisons.

Le véritable gagnant de l’inflation carcérale, ou en tous cas celui qui n’a aucun intérêt à voir les prisons se vider, c’est le concessionnaire privé qui investit dans ce marché.

Bouygues, Sodexo, Engie ou Eiffage ont rapidement compris les enjeux de la privatisation des établissements pénitentiaires, initiée en 1987 avec le programme dit « 13 000 »(49) . Alors qu’à ce jour aucune évaluation comparative des coûts ne permet de conclure à une performance et une efficacité budgétaires supérieures au modèle de gestion publique, la privatisation des prisons mène son petit bout de chemin sereinement depuis la fin des années 1980(50).

Inspirée du modèle états-unien du « tout privé », la loi de 1987 autorise en France la délégation de toutes les prestations carcérales à l’exception des fonctions de direction, de greffe, de surveillance et d’insertion et de probation : il s’agissait initialement de la restauration , de la blanchisserie, de la cantine(51) , de l’entretien, du nettoyage et de la maintenance des locaux, ainsi que du transport. Depuis, sont venus s’ajouter à cette liste l’emploi et la formation professionnelle, mais aussi l’accueil des familles aux parloirs.

Depuis 2008, les partenariats public-privé (anciennement AOT-LOA – Autorisation d’Occupation Temporaire- Loyer avec Option d’Achat) permettent à l’Etat de s’endetter auprès d’une entreprise privée sur une durée d’un minimum de 25 ans, pour la conception, la construction et la maintenance des établissements pénitentiaires, franchissant ainsi un nouveau pallier dans la délégation des services pénitentiaires à un tiers privé. L’Etat devient un simple locataire, soumis à un engagement exorbitant auprès de ses bailleurs : presque 6 milliards d’euros par an de « loyer » et la promesse de ne rien changer de sa politique carcérale, sous peine de compensations financières à verser à l’entreprise(52) .

Maintenant que l’administration, l’Etat et les contribuables se sont engagés auprès de Sodexo, Bouygues et consorts, et que cet engagement les lie à une politique en faveur d’un maintien d’une importante population carcérale, nous pouvons craindre de voir arriver le pire. Bientôt, les politiques publiques carcérales achèveront bel et bien le tournant libéral qu’elles ont amorcé depuis la fin des années 1970, et les derniers budgets alloués aux dispositifs non-répressifs convergeront en totalité vers l’essor continu du marché sécuritaire.

Fouilles intégrales systématiques, multiplication des équipements dédiés à une gestion des corps exorbitante, maintien de l’inflation carcérale : la politique de lutte contre la « radicalisation » en détention se concrétise (dans les faits et les pratiques) presque systématiquement par des dispositifs guidés par une approche sécuritaire, répressive, et mercantile.

Il est pourtant acté que nous sommes dotés de l’appareillage scientifique pour expliquer que plus de cellules construites, ça fait simplement plus de prisonniers, sans faire baisser la surpopulation ; et que les politiques pénales et pénitentiaires ultra-répressives n’ont aucun impact positif sur la lutte contre la récidive.

C’est comme ça, quand ça ne marche pas ça ne marche pas.

Mais comme tôt ou tard les gens finissent bien par se rendre compte que leurs impôts servent des politiques in-opérationnelles, on se met à parler radicalisation en prison, on élabore un solide écran de fumée qui masque l’expression, depuis la création de l’enfermement comme principal outil de la réponse pénale, du pire reflet de notre société.
Il faut dire que c’est plus dans les cordes d’un bon vieux partenariat entre portefeuilles de la coercition que de mettre au point de véritables actions interministérielles qui prendraient au sérieux les avancées en matières criminologiques, d’économie sociale et solidaire, et des sciences humaines développées par des chercheuses-rs et des actrices et acteurs de terrain compétents à travers le monde.

Photos et illustrations :

http://www.foulexpress.com/wp-content/uploads/mots1

http://www.ouest-france.fr/societe/prison/la-population-carcerale-en-constante-augmentation-4409151

http://www.oip.org/index.php/bibliotheque/itemlist/tag/fouilles

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=9119168798E53D87E44D4DDF62DCE40F.tpdila10v_3?cidTexte=JORFTEXT000032627231&categorieLien=id

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