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 La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois

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MessageSujet: Re: La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois   Mar 28 Juil - 21:27

9 juillet, modifié et réédité le 28 juillet

« Le problème du XXe siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs » Bondy Blog 3 juillet

William Edward Burghardt Du Bois, une des plus grandes figures de l’histoire noire américaine, ne s’était pas trompé, plus d’un siècle après sa phrase résonne comme un écho aux lendemain de la tuerie de Charleston, qui a fait 9 morts, le 18 juin dernier.


W.E.B Dubois

« Le problème du 20ème siècle est celui de la ligne de couleur - la relation entre les races plus foncées et les races plus claires en Asie et en Afrique, en Amérique et dans les Iles. » ,The Souls of Blacks Folks, 1903, cité par Nicole Bacharan, B2, p.59 in Patlotch LES jazz de LA multitude 2002


Abdoulaye Gassama a écrit:
Étrange effet de coïncidence que la rencontre dans mon esprit de William du Bois et de Charleston ! Alors que je relis Les Âmes du peuple noir, j’apprends avec stupéfaction qu’une fusillade a eu lieu dans la ville de Charleston : un jeune homme blanc de 21 ans, Dylan Roof, se serait joint à la communauté noire de l’église de Charleston lors d’une soirée de lecture biblique au terme de laquelle il a ouvert le feu et abattu neuf paroissiens. Cette phrase de Du Bois me frappe soudain comme un coup de fouet : « le problème du XXe siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs ». C’était en 1903. Nous sommes en 2015. Rien n’a changé, hélas.

Au loin, une vague rumeur qui se précise peu à peu. Elle a comme un air de déjà vu. Je finis par saisir la petite musique : c’est le traditionnel chorus d’indignation et son thrène de regrets : « infâme ! », « innommable ! », « communion », « fraternité » ! Je dois pourtant avouer que ce rituel de compassion me laisse comme un goût amer. Une sensation désagréable. Un sentiment pénible de lassitude. Sans doute parce qu’une fois encore les mêmes questions lancinantes me taraudent et restent comme en suspens dans le flot des paroles creuses et convenues : que faire ? Abdiquer ? Résister ? Comment ? Avec qui ? Une chose est sûre : je suis définitivement rassasié des bons sentiments et des professions de foi outragées. De ce bruit parasite qui m’encercle. Car que valent ces mots doux et tépides, ces mots doux de lotus quand mes frères et mes sœurs meurent comme des chiens ? On demande aux chiens de se taire ? Non, je gueulerai ma rage noire à la face imbécile du monde, car j’ai mal à ma race ! Partout, j’imposerai ma présence mélaminée ! Et je vous préviens : ne vous accommodez plus de moi ! Car hélas, rien n’a changé.

Tragédie de Charleston : acte éternellement recommençant d’un drame qui ne finit pas. Un drame qui ne finit plus. Un drame qui n’en finit pas de ne pas finir. C’est le chien qui se mord la queue. Les noms des victimes de Charleston : Clementa Pinckney, Cynthia Hurd, Sharonta Coleman-Singleton, Tywanza Sanders, Myra Thompson, Ethel Lee Lance, Susie Jackson, Daniel L. Siemens, Depayne Middleton Doctor. Ces noms de douleur rejoignent pour moi ceux de Timothy Stransbury, Sean Bell, Oscar Grant, Aaron Campbell, Aiyana Jones, Alonzo Ashley, Tarika Wilson, Kathryn Johnson, Darnesha Harris, Adaisha Miller, Alesia Thomas, Jonathan Ferrell, Tamir Rice, Eric Garner, Walter Scott, Michael Brown, Freddie Gray etc. Le mémorial de mes blessures et de mes souffrances s’élargit. Je souffre (en silence) dans ma chair noire meurtrie. Ma chair noire abîmée, écorchée, écrasée, écornée, offensée, transpercée, mutilée, entaillée, lynchée, broyée. Comme Césaire, ma mémoire est « entourée de sang » et de « cadavres ». Mais comme lui, je « réchauffe dans la paume d’un souffle fiévreux » les noms de ces « morts de boue ». Car rien n’a changé, hélas.

Racisme : idéologie laide et mortifère qui broie des vies, massacre des innocents, saccage des familles, détruit des communautés et sème partout la désolation. Racisme : l’ordinaire de l’exception pour nous autres. L’ordinaire des assassinats anonymes, de la violence policière, des brimades, des discriminations, des colères et des rancunes étouffées. J’apprends qu’aux États-Unis 28 % des personnes noires vivent en dessous du seuil de pauvreté… contre 10 % de personnes blanches (Où en est l’égalité raciale aux États-Unis, Observatoire de l’égalité, 4 novembre 2013). Rien n’a changé, hélas.

J’interroge :

— Et la France ?

— Le Déni : « Je sais bien… mais quand même. Tu n’exagères pas un peu ?! Regarde ce qui se passe aux États-Unis… »

— L’Oubli : « Le passé, c’est le passé. Et si tu arrêtais de ressasser les vieux démons et tournais la page ? Tiens un peu de café, ça te détendra »

— L’Arrogance paternaliste : « La France, raciste ? Jamais ! Pas nous, quand même ! Tu te rends compte de la chance que tu as de vivre dans le pays de Voltaire, Rousseau et Montesquieu ? Quel affront ! Quelle insolence ! Chut ! Tais — toi ! LI-BER-TE, E-GA-LI-TE, FRA-TER-NI-TE, toi comprendre ? Ces nègres, toujours à pinailler, à chicaner, à chercher la petite bête. La gratitude, petite merde, tu connais ? »

— Non, pas tout à fait. Mais je reconnais bien le charme suranné du style colonial qui te sert à pérorer. Et puisqu’on parle franc, je te laisse cette note dérisoire. Rien de très important, donc. Une simple facture coloniale.

Oui, crions-le haut et fort : rien n’a changé !

Abdoulaye Gassama



Citation :
Interrogates Du Bois on questions of race, gender, and sex 2006

This provocative collection investigates how W. E. B. Du Bois approached gender and sexuality. The essays in Next to the Color Line not only reassess his politics but also demonstrate his relevance for today's concerns.

Contributors: Hazel V. Carby, Vilashini Cooppan, Brent Hayes Edwards, Michele Elam, Roderick A. Ferguson, Joy James, Fred Moten, Shawn Michelle Smith, Mason Stokes, Claudia Tate, Paul C. Taylor.

Wikipédia a écrit:
Communisme

Du Bois fut amèrement déçu par beaucoup de ses collègues, particulièrement à la NAACP, qui ne le supportèrent pas durant le procès du PIC en 1951 alors que des noirs et des blancs de la classe ouvrière le défendirent avec enthousiasme. Après le procès, Du Bois s'installa à Manhattan où il continua à écrire, à discourir et à s'associer avec des personnages de gauche. Sa principale préoccupation était la paix mondiale et il protesta contre les actions militaires comme la Guerre de Corée qu'il voyait comme une tentative des impérialistes blancs pour maintenir les peuples de couleur dans un état de soumission.

En 1950, à l'âge de 82 ans, Du Bois fit campagne pour devenir sénateur de l'État de New York avec le parti ouvrier américain et reçut 200 000 votes soit 4 % du total. Du Bois continuait de considérer que le capitalisme était le principal responsable de l'assujettissement des peuples de couleur dans le monde et par conséquent, même s'il reconnaissait les fautes de l'Union soviétique, il continuait de penser que le communisme était une solution possible aux problèmes raciaux. Pour son biographe, David Lewis, Du Bois ne soutenait pas le communisme pour son propre compte mais parce que les « les ennemis de ses ennemis étaient ses amis ». La même ambiguïté caractérisait les opinions de Du Bois au sujet de Joseph Staline. En 1940, il parla du « Tyran Staline » mais à sa mort en 1953, Du Bois écrivit une nécrologie caractérisant Staline comme « simple, calme et courageux » et le loua pour avoir été le « premier à mettre la Russie sur la route de la fin de l'intolérance raciale et à faire une nation avec ses 140 groupes sans détruire leur individualité».

Le gouvernement américain empêcha Du Bois d'assister à la conférence de Bandung de 1955 en Indonésie. La conférence fut le couronnement de 40 ans de rêves de Du Bois ; un rassemblement de 29 nations d'Afrique et d'Asie dont la plupart avaient récemment obtenu leur indépendance et représentaient la plus grande partie des peuples de couleur du monde. La conférence célébra leurs indépendances alors que ces pays commençaient à se considérer comme non-alignés dans le cadre de la Guerre froide. En 1958, Du Bois récupéra son passeport et avec sa seconde épouse, Shirley Graham Du Bois, il visita la Chine et la Russie. Dans les deux pays, son accueil fut célébré et on lui montra les meilleurs aspects du communisme. Du Bois ne se rendit pas compte des défauts de ces deux pays même s'il visita la Chine durant le tragique Grand Bond en avant et il écrivit plus tard qu'il approuvait les conditions de vie dans les deux pays.

En 1961, Du Bois fut ulcéré lorsque la Cour suprême confirma la constitutionnalité du McCarran Act de 1950 qui imposait aux communistes de s'enregistrer auprès du gouvernement. Pour témoigner de sa colère, il rejoignit le parti communiste en octobre 1961 à l'âge de 93 ans.

Au même moment, il écrivit : « Je crois au communisme, un mode de vie planifié dans la production de richesse conçu pour construire un état dont l'objectif est le plus haut niveau de vie de son peuple et non le profit d'une partie ».


Patlotch a écrit:
Leroi Jones / Amiri Baraka rapporte puis commente cette citation de WEB Dubois :

« Trois choses caractérisent cette religion de l’esclave. Le prédicateur, la musique et la frénésie. »

Jones : « Chez le musicien noir, même de tendance profane, ces trois aspects de l’Eglise noire se combinent ! La forme de la majeure partie de la musique noire se trouve même dans la structure « appel-repons » qu’utilisent le prédicateur et l’assemblée des fidèles. En outre, la réaction responsoriale du public dans les boîtes de nuit ou les salles de concert est à peu près identique à celle d’une fervente assemblée. Il y a des « oui, messieurs », il y a des « ouais » et même des « Amen » lancés en direction du musicien, et pas seulement les murmures silencieux de l’Occidental assistant à un concert (...)» le jazz de la Nouvelle-Orléans et la mentalité africaine 2002

Dans cette vibrante ferveur que nous percevons à l’écoute d’une chanson noire, il existe le phénomène ancestral de possession par l’Esprit qui se remanifeste, que le chanteur soit Aretha Franklin, Shirley Coesar, Little Jimmy Rushing, James Brown, Stevie Wonder, Joe Le Wilson ou Sarah Vaughan.



« Les chants et les refrains d’alors n’avaient qu’un cri : liberté ! »

WEB Dubois, The Soul of Black Folk, 1903, cité par Philippe Carles et Jean-Louis Comolli, Free Jazz Black Power, in Patlotch l'éthique africaine -américaine du jazz 2002
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MessageSujet: Re: La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois   Mar 11 Aoû - 18:18

#leglob-journal
Journal indépendant d’informations et d’opinions sur la Mayenne
12juin 2015

On savait que vivre en France, être Français et en même temps perçu comme un arabe, un noir ou un asiatique, c’était loin d’être facile. Le film de Laurence Petit-Jouvet, non seulement nous le montre, mais il met des mots sur le racisme ordinaire. Car être regardé comme des non-blancs, c’est avoir à penser constamment à sa couleur de peau. En fait, La ligne de couleur qui sort le 17 juin, pose admirablement sur la table la « blanchité » comme position dominante en France. Et le spectateur ne sort pas indemne, après la projection, de la salle de cinéma.



Thomas H. a écrit:
« Être noir à Château-Gontier ce n’est pas la même chose que d’être noir à Montreuil » ; la réalisatrice qui a présenté son film à Laval (Mayenne) dernièrement et qui a décidé de distribuer elle-même son film évoque ainsi Patrice Taraoré l’un des 11 personnages de La ligne de couleur.

Le mayennais qui a grandi dans la ville du Sud Mayenne et allait se faire couper ses cheveux chez le coiffeur du coin est dans La ligne de couleur. Ainsi que le coiffeur qui l’a vu grandir. On retrouve ce dernier d’ailleurs en dialogues dans le film avec celui qui allait devenir plus tard rappeur. Le coiffeur raconte d’ailleurs le temps passé par Patrice à tergiverser et à hésiter dans son salon sur la coupe qu’il devait lui réaliser. Tout ça en raison de ses cheveux crépus.

Patrice Taraoré, le rappeur de Château-Gontier est né d’un mariage mixte. Humanist est son nom de scène à présent et il pense à son deuxième album, une oreille en France et l’autre au Burkina Faso. Dans La ligne de couleur, il raconte : « tout avait commencé pour moi dès la maternité. La sage-femme avait dit à ma mère que j’avais la jaunisse. Maman lui avait répondu : Madame, il est plutôt métis ! »

Patrice, "Humanist", rappeur, et made in Mayenne

« Être de couleur dans le monde rural ce n’est pas pareil qu’en ville » analyse donc la réalisatrice qui a souhaité faire ce film qui « atterrit dans un monde tendu » pour « montrer ce qu’est l’assignation raciale. Et pour bien s’en apercevoir, il était important que les personnages ne soient ni des étrangers, ni des cas sociaux, et ceci afin de faire tomber les défenses habituelles du style : oui, il a une autre couleur de peau, mais...il mange et pense différemment aussi ! ». Par exemple.

Avoir une peau noire, et des cheveux crépus et être Français. Ou bien avoir les yeux bridés, le type asiatique comme cette actrice typée japonaise et être Française. Ou encore Français venu des îles, et ressembler à un Arabe, dans une cité de banlieue, c’est le cas pour Jean-Michel Petit-Charles qui déclare : « je suis né à Montreuil, originaire des Antilles, donc français depuis 4 siècles. Malgré ça on m’a toujours pris pour un Arabe. ».

C’est forcément la source de malentendus, d’incompréhensions et de regards qui font mal et qui à force d’être répétés, et vécus de l’intérieur, se changent en malaises et en mal être. Ce qui fait dire à Yaya Moore dans le film et qui est retournée dans l’école de son enfance, les larmes aux yeux « j’ai raboté mon accent de banlieue, j’ai changé de code vestimentaire. Peut-être faudrait-il aussi que je change de couleur de peau ? »

Dans ce très beau film tout en pudeur, les 11 français ont écrit des lettres qui ont été mises en images. Ce que la réalisatrice appellent des « lettres-filmées ». Et ils sont, dans ce film participatif, les co-auteurs de La Ligne de couleur.

Ainsi apparaît bien « le décalage entre le discours officiel de la République qui se veut universaliste - égalitaire - "color blind"* et le traitement qui est fait à ces citoyens français […] d’autant plus cruellement ressenti qu’il renvoie à leur corps. Là pour toujours » explique la réalisatrice du film. La République aveugle parce qu’elle ne voudrait pas voir !

* "color blind", c'est ainsi que se revendique Yves Coleman, de Ni patrie ni frontières, métis franco-américain racontant que ses parents étaient ainsi, aux USA, avant d'émigrer en France. Or c'est tout le contraire qu'ont mis en avant les luttes des Afro-Américains aux États-Unis, depuis les luttes pour l'abolition de l'esclavage, et c'est ce que théorise le marxiste W.E.B Dubois au début du 20ème siècle, avec la Color-Line, ligne de couleur que cet article reprend pour titre. C'est précisément ceci qui m'a fait parlé de Coleman comme d'un « demis-négro », en quoi il n'a pas manqué de voir chez moi du racisme...
ainsi, Coleman, métis, peut se prévaloir de bien connaître le problème du racisme, tout en étant un actif diffuseur de l'idéologie blanche française en milieu anarchiste et post-ultragauche, où cette idéologie prend la forme d'un universalisme prolétarien aveugle à la race, color blind
Azzedine Benabdellah, membre du PIR, 'déconstruit' cette idéologie dominante en France dans « Le Métis » et le Pouvoir Blanc 22 juin 2015


Choisis, sollicités à prendre la parole, à travers les lettres qu’ils ont rédigées pour eux-mêmes et pour celles et ceux à qui elle sont destinées, les personnages jouent leur propres rôles et sont à l’origine de mots, de postures, de révolte, mais aussi de silence et de regards pleins d’émotions.

On y voit aussi Mehdi Bigaderne avec son écharpe tricolore de maire de Clichy-sous-bois déclarer qu’ « entrer au conseil municipal n’était pas l’étape la plus difficile. Savez-vous que beaucoup encore, ont du mal à accepter qu’un Français au nom et au faciès maghrébin brigue des fonctions républicaines ? »

Aussi le film laisse un goût amer une fois que le générique se déroule à l’écran. Car  La ligne de couleur montre en douceur, mais de façon efficace une France encore recroquevillée sur elle-même. Une France manifestement incapable ou si peu de résoudre les problèmes de racisme, et de discriminations de toutes sortes pour ceux qu’on appelle les « minorités visibles ».

Ces « non-blancs » selon Laurence Petit-Jouvet nourrissent le concept de « blanchité », qu’on appelle aussi « blanchitude ». Un concept né aux États-Unis, là bas on parle de "whiteness", c’est un concept de sciences humaines qui permet de « penser le blanc comme une couleur de peau » avec toutes les autres couleurs à coté.

Lorsqu’on est blanc cela procure en effet bien des avantages. Parmi eux, une sorte de "sérénité" dominante et dominatrice qui ne permet plus vraiment de voir ou de percevoir réellement ce qui se passe autour de soi. Avec comme premier privilège pour le blanc : ne pas être obligé de penser à sa “couleur”.
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MessageSujet: Re: La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois   Ven 8 Jan - 18:28

"Comprendre W.E.B. Du Bois", suivie de "Marxisme et psychanalyse" extrait de Marxisme et théorie de la race : état des lieux David Roediger 2011, revue Période 2015


1915

Introduction
Citation :
Les théories critiques de la race sont parfois perçues comme un élément étranger au marxisme, importées des Cultural Studies ou participant de la décomposition d’une perspective matérialiste dans la théorie. Contre ce préjugé, David Roediger dresse ici l’histoire longue ainsi que le bilan des études critique de la race : des réflexions pionnières de Du Bois aux recherches menées dans le sillage de la Nouvelle gauche sur l’histoire de la blanchité par Roediger, Ignatiev ou Allen, c’est un marxisme particulièrement original, ouvert sur d’autres formes de savoir telles que la psychanalyse et toujours fondé sur l’expérience des luttes de classe qui se révèle ainsi.

Comprendre Du Bois

David Roediger a écrit:
Ces liens entre la pensée afro-américaine, le Black Power, et l’histoire critique de la blanchité étaient particulièrement polarisés par de multiples lectures du grand penseur et militant afro-américain W.E.B. Du Bois. Son Black Reconstruction in America, interprétation classique de l’histoire du Sud après la guerre de Sécession sous l’angle de la lutte des classes, a fourni aux auteurs qui l’ont suivi à la fois la terminologie et le modèle avec lesquels entreprendre leur tâche.


1935

Ainsi, le terme « point aveugle blanc », utilisé pour la première fois par Ignatin et Allen dans leur pamphlet de 1969, modifie une citation de l’ouvrage de Du Bois ; en intitulant son article sur la race et la dynamique de l’usine Black Worker, White Worker, Ignatin renvoie aux deux premiers chapitres du chef d’œuvre de Du Bois, la première œuvre à soulever la problématique de l’« ouvrier blanc ». L’idée même du « salaire de la blanchité » vient de la phrase mémorable dans Black Reconstruction sur le « salaire public et psychologique » accordé aux pauvres sudistes blancs après la guerre de Sécession, leur conférant un privilège tout en les maintenant dans la misère et la discipline. Comme le disait Ignatiev dans un texte de 2003 publié dans Historical Materialism, « parmi les intellectuels, c’est W.E.B. Du Bois, le premier, qui a attiré l’attention sur le problème de l’ouvrier blanc 32. »


Au sein du Parti communiste et de son réseau de relations avec les organisations afro-américaines, Saxton et Allen ont été confronté aux idées de Du Bois, à l’époque inaccessibles au milieu universitaire blanc, notamment pendant la période après la Seconde Guerre mondiale, quand la répression anticommuniste a cherché à cibler et à marginaliser Du Bois. Il se trouve que Saxton avait grandi dans la même ville (Great Barrington dans le Massachussets) et fréquenté la même université que Du Bois. Pourtant, comme Saxton l’écrirait plus tard, aucun des deux lieux ne lui a appris quoique ce soit sur ce dernier. « Ce que j’ai appris sur Du Bois, affirme-t-il, je l’ai appris du Parti communiste », dont le responsable de littérature lui a vendu un exemplaire de Black Reconstruction à une époque où cette œuvre était largement ignorée.

De même, la longue expérience de Theodore Allen au sein du Parti lui a conféré une connaissance suffisante de l’œuvre de Du Bois pour en faire la base de sa réécriture de l’histoire des États-Unis à partir des années 1960 33. Comme le militant syndical et historien Jeff Perry, exécuteur littéraire de Theodore Allen, l’a noté après la mort de ce dernier, Black Reconstruction a informé la conception de tous les écrits historiques d’Allen, en particulier ses tentatives, dans les années 1960, de dépasser le « point aveugle blanc » dans son étude de la guerre de Sécession, le populisme et la Grande Dépression. En réaction à ce qu’il identifiait correctement comme un désintérêt injuste des universitaires envers Invention of the White Race vers la fin de sa vie, Allen a trouvé du réconfort dans l’idée que cette dynamique faisait penser à l’attitude « blancho-centrique » qui a accueilli Black Reconstruction de Du Bois. C’est Allen qui a introduit Ignatin à Black Reconstruction 34.

Ma propre expérience des études avec Sterling Stuckey, le grand expert afro-américain de l’œuvre de Du Bois, du nationalisme noir et de la classe, m’ont amené à lire et relire Black Reconstruction constamment. Plus largement, au moment de rassembler les textes de l’anthologie Black on White : Black Writers on What It Means to Be White, au moins deux tiers des textes choisis venaient de lectures classiques de l’histoire afro-américaine réalisées avec Stuckey. On a souvent remarqué que Black Reconstruction de Du Bois avait inspiré le titre de Wages of Whiteness, mais plus que cela, cette œuvre a donné à mon livre sa structure.


1999

Ce qui a rendu Du Bois si indispensable, c’est son aptitude à percevoir la profondeur des mouvements et la persistance des structures concernant la race – à placer l’activité de l’ouvrier noir et la blanchité de l’ouvrier blanc au centre même de l’histoire des États-Unis. Quand, par exemple, Ignatiev a entrepris de comparer le travail de Du Bois sur la Reconstruction avec les analyses plus connues d’Eric Foner, il a insisté sur l’idée qu’une « grève générale des esclaves » – si décisive, chez Du Bois, dans sa façon de voir la guerre et l’émancipation, et si attenuée chez Foner – rendait les deux œuvres qualitativement différentes. La centralité de l’autoémancipation des esclaves était en jeu, ainsi que la reconnaissance du fait que ce mouvement créait la possibilité, pour les ouvriers blancs, d’aspirer à autre chose qu’à n’être simplement « pas des esclaves ».

Dès les premières lignes, Du Bois insiste sur le fait que Black Reconstruction relevait du théâtre ; plus loin dans le texte, que le livre relève de la tragédie. Du Bois met les ouvriers noirs au centre de tout, comme étant « le vrai problème ouvrier moderne ». L’émancipation a mené à « une ascension du travail blanc », mais elle a été suivie par des réaffirmations de la suprématie blanche. Dans une des nombreuses formulations qui montrent que Du Bois fait le lien entre les origines de la race et le capitalisme, sans adopter le point de vue peu réaliste que la suprématie blanche ne pouvait pas être un facteur décisif de la domination de classe, il écrit que « la caste raciale fondée et retenue par le capitalisme », pendant et après la Reconstruction, a été « adoptée, promue et approuvée par les ouvriers blancs ». Dans le Sud d’après la guerre de Sécession, et dans le monde plus généralement, « quand les ouvriers blancs ont été convaincus que la dégradation du travail noir était plus fondamentale que l’élévation du travail blanc, la fin était proche 35. »

En essayant d’expliquer pourquoi le travail blanc acceptait – voire plus – de telles tragédies, tout en ne pouvant « discerner chez eux aucune partie de notre mouvement de travailleurs », Du Bois a écrit le passage qui donnerait son titre à Wages of Whiteness. Ce passage s’ouvre sur la reconnaissance du fait que le groupe en question, les travailleurs blancs du Sud pendant la Reconstruction, « recevaient un salaire bas », comme c’est le cas dans une région dévastée par une défaite. Toutefois, ils étaient « en partie rétribués par une sorte de salaire public et psychologique […] parce qu’ils étaient blancs ». La déférence publique et les titres de courtoisie « leur étaient nombreux, ainsi que l’admission aux parcs et aux meilleures écoles ». La police « venait de leurs rangs », et les structures juridiques, « dépendant de leurs votes », les protégeaient de la prison. L’affranchissement des esclaves n’a eu « qu’un effet minime sur la situation économique », mais un effet important sur la perception de la dignité, ajoute Du Bois, dressant une liste d’éléments touchant à la politique et à la psychologie 36.


1991/1999

On m’a objecté que le fait de traiter le « salaire de la blanchité » en grande partie comme un facteur psychologique conduisait à ignorer les avantages matériels qui lui sont liés : ainsi Ignatiev a-t-il déclaré que je prenais peut-être pour acquises les dimensions matérielles. C’est assez vrai, mais cela s’applique aussi aux tentatives de Du Bois de montrer comment fonctionnait un système quand les ressources des dirigeants étaient si maigres qu’il n’était pas possible d’acheter grand monde. Par ailleurs, ma propre tâche consistait à décrire une situation – le Nord d’avant la guerre de Sécession – où la petite taille de la population noire signifiait que le marché du travail ne pouvait pas être fondé entièrement par la concurrence raciale ni sur la segmentation, et où les appels psychologiques, politiques et culturels envers les blancs avaient bien plus d’importance que leurs intérêts économiques immédiats. Ignatiev a plutôt raison de considérer que ce n’était pas toujours, ni partout, le cas.

Dans tous les cas, la critique principale venant de l’extérieur du marxisme a été d’ordre tout à fait différent, et sa radicalité nous a peut-être aidés, Ignatiev et moi-même, à voir à quel point nos positions étaient proches, sur un spectre politique plus large. Arnesen, après une tentative peu enthousiaste de développer et de situer les idées de Du Bois sur « le salaire public et psychologique », a soudain changé de direction dans un article paru dans la revue International Labor and Working Class History, pour faire de Du Bois le problème. De prime abord – son écriture est d’une clarté exceptionnelle – il semble accuser l’étude de la blanchité d’adopter une lecture superficielle et décontextualisée de Du Bois, mais par la suite, il accuse Du Bois d’incarner une sorte de « marxisme light » idiot. Il s’avère ensuite que le côté « light » consiste à adhérer à l’idée que les ouvriers auraient des intérêts en commun, ce qui n’est pas vraiment une des idées les moins centrales du marxisme 37.

Même si nos positions ont parfois pu diverger, il semble certain que Saxton, Allen, Ignatiev et moi-même tenions pour acquis que l’intervention de Du Bois au niveau du marxisme était tout sauf « light ». Dans un article publié dans Radical America en 1970 intitulé « W.E.B. Du Bois and American Social History : The Evolution of a Marxist », Paul Richards a décrit Black Reconstruction comme nous l’aurions tous fait, pas simplement comme un ouvrage marxiste mais comme un ouvrage central dans le développement de tout marxisme américain. Ce présupposé était tellement acquis que, dans la structure de Wages of Whiteness, mon usage de Du Bois a pu prêter à confusion : je m’y référais en effet après avoir consacré un chapitre aux déficiences d’une grande partie de la pensée marxiste. Je n’aurais jamais imaginé que Du Bois puisse être considéré comme « post-marxiste », encore moins comme du « marxisme Light » : je tenais pour acquis que Black Reconstruction développait une théorie marxiste plutôt que de s’en éloigner ou de la rabaisser. Cette position coulait de source chez les auteurs des premières histoires critiques de la blanchité, mais elle a malheureusement été mal comprise par le grand public et avec le passage du temps 38.


Marxisme et psychanalyse

Un point commun des critiques dérivant vers la droite, comme Arnesen, et des critiques de gauche comme Gregory Meyerson 39, c’est leur dénigrement des analyses psychanalytiques. Mais là encore, les débats devraient reconnaitre que l’usage des idées de Freud et d’autres psychanalystes dans Wages of Whiteness vient du marxisme et des traditions révolutionnaires noires.

Quelques mots sur le grand politologue et psychanalyste marxiste Michael Rogin peuvent éventuellement servir de point de départ. À la sortie de Wages of Whiteness, même avec l’exemple de Rise and Fall of the White Republic de Saxton sous la main, je craignais que mon travail ne transgresse les barrières de l’acceptabilité ou même de l’intelligibilité, et ne soit attaqué de toute part. Alors que mon travail était encore peu chroniqué, Rogin m’a envoyé une ébauche de son article sur le livre, qui devait apparaître dans Radical History Review. Je ne le connaissais pas encore personnellement, seulement son travail extraordinaire. La longue et généreuse chronique qu’il a écrite m’a rassuré sur la réception du livre – il résumait d’ailleurs plus clairement et plus originalement mes arguments que je ne l’avais moi-même fait. Mais un problème demeurait : tout au long de l’article, une douzaine de fois au total, il a orthographié mon nom « Roedinger ». Après quelques hésitations, je l’ai contacté pour le remercier, et en espérant que l’erreur puisse être corrigée. Il m’a répondu avec enthousiasme que je devrais prendre l’erreur comme un compliment, une tentative d’intégrer toutes les lettres de son nom dans le mien, lui donnant la paternité de mon livre.


2003

Cette réponse soulignait ce que je savais déjà, à savoir que Rogin prenait la psychanalyse plus au sérieux que moi. Mais elle m’a aussi renvoyé à son Fathers and Children : Andrew Jackson and the Subjugation of the American Indian, dont je me rappelais principalement pour sa « psychohistoire », mais qui déployait aussi, de manière révélatrice, des catégories marxistes comme celle de l’accumulation, et qui comprenait une longue première partie (environ un tiers de l’ouvrage) intitulé « Blanc ». En ce sens, Rogin prétendait justement, au niveau des méthodes (y compris le matérialisme historique) et du contenu, être le « père » de l’histoire critique de la blanchité. Pendant les études de Saxton à Berkeley, Rogin, qui a été par la suite un chercheur majeur sur la blanchité et l’immigration, a été un de ses mentors 40.


1975

Alors que, comme de nombreux jeunes chercheurs de la Nouvelle Gauche, je lisais les tentatives, accomplies par des auteurs comme Herbert Marcuse, Norman O. Browne, Juliet Mitchell, Eli Zaretsky, Wilhelm Reich et surtout Frantz Fanon, pour concilier Freud et Marx, la possibilité spécifique d’appliquer les analyses de ces auteurs à la race dans l’histoire des États-Unis m’est surtout venue de la lecture des derniers chapitres de From Sundown to Sunup : The Making of the Black Community de George Rawick. Ici, Rawick s’éloigne de son histoire classique de l’esclavage pour étudier plus largement le racisme moderne, en particulier dans ses phases initiales, après la « découverte » des Amériques par l’Europe et l’expansion du commerce esclavagiste avec l’Afrique. Pendant cette transition vers le capitalisme, explique Rawick, les différentes répressions du désir nécessaires pour former des sociétés et des personnalités dévouées à l’accumulation du capital ont eu un coût humain énorme. Chez les esclavagistes et les propriétaires d’esclaves coloniaux en particulier, le racisme blanc a été développé, même inventé, par de telles répressions.


1973

Les Africains, rencontrés et transformés en marchandises lors du développement de l’économie de plantation, ont été progressivement vus comme l’incarnation non seulement d’un travail approprié, mais aussi des désirs seulement récemment – et partiellement – réprimés des élites. Dans l’organisation de leurs propres illusions et désirs, les élites imaginaient les ouvriers noirs à la fois comme dégradés et possédés par des liens à la nature, à l’érotisme, et à des rythmes de travail précapitalistes, qui conservaient leur attrait alors mêmes qu’ils étaient déplorés. Dans une phrase mémorable de Rawick, lors de ces interactions, « l’Anglais rencontrait l’Africain de l’Ouest comme un pêcheur réformé rencontre un ancien camarade de débauche », tout en créant « une pornographie de sa vie passée ».

Rawick, qui, comme ami et mentor, m’a beaucoup appris sur le marxisme dans les années 1970 et 1980, s’appuyait pour avancer ses arguments clés sur Marcuse, Fanon, Freud, et particulièrement sur l’associé autrichien marxiste de Freud, Wilhelm Reich. Le travail de Reich à l’époque nazie consistait à interpréter la « psychologie de masse du fascisme » en la rapportant à des structures caractérielles liées à l’internalisation et à l’expression de la misère. Selon Rawick, L’analyse caractérielle de Reich était un « grand classique de la pensée moderne underground » ; Rawick soutenait que sa propre analyse de l’idéologie dominante et suprémaciste blanche « n’aurait pas pu voir le jour sans la tentative monumentale [de Reich] de lier Marx et Feud ». Rawick, qui dans les années 1950 était ami du psychanalyste Erich Fromm, l’associé socialiste de Reich, a pris des risques énormes en s’appuyant autant sur la psychanalyse. Certes, C.L.R. James, dont Rawick a été l’assistant personnel dans les années 1960, a trouvé que From Sundown to Sunup était « la meilleure chose [qu’il ait] lue sur l’esclavage », prédisant que l’œuvre « ferait époque ». Mais même James a manifesté une grande insatisfaction face à l’analyse freudienne des derniers chapitres. Notons toutefois que ces risques n’étaient pas étrangers au marxisme lui-même 41.

Dans l’analyse peut-être trop simple que je développe dans Wages for Whiteness, j’ai replacé le travail de Rawick sur la race, l’esclavage et les débuts du capitalisme dans le contexte de la classe ouvrière nordiste pendant la période de formation de classes avant la guerre de Sécession. Alors que la prolétarisation a causé de nouvelles pertes d’accès aux communs et de nouvelles formes de règlementation du temps et de restrictions sociales pour un plus grand nombre de personnes, les ouvriers blancs ont supporté cette perte en projetant sur les ouvriers noirs ce qu’ils continuaient à désirer en termes d’absence imaginée d’aliénation, alors même qu’ils supportaient mal d’être traités en « nègres blancs 42 ».

Je ne me suis pas inspiré que de Rawick, j’étais également devenu proche du mouvement surréaliste, où coexistaient fidèlement les travaux de Marx et de Freud. À travers des débats amicaux avec les auteurs surréalistes Paul Garon et Franklin Rosemont notamment, j’en ai appris de plus en plus sur les premières œuvres d’Otto Fenichel sur le racisme, l’organisateur important d’un réseau mondial de psychanalystes marxistes, ainsi que Sandor Ferenci, ainsi que le travail plus récent de Joel Kovel 43.

[retour à Du Bois]

J’en suis aussi arrivé à comprendre que la psychanalyse était là depuis le début, dès le choix de Du Bois de placer un salaire spécifiquement « psychologique » au centre de l’identité blanche. La recherche récente, très utile, sur Du Bois et la psychanalyse, a tendance à dresser trop facilement des connexions entre la « double conscience » et les idées de Freud. Toutefois, comme Du Bois n’avait pas lu Freud quand il a écrit ses textes sur la « double conscience » dans The Souls of Black Folk en 1903, de telles affinités n’ont pu exister qu’à un niveau très abstrait, en tant qu’idées qui émergeaient parmi ses contemporains intellectuels 44.

Comme l’écrit Du Bois dans Dusk of Dawn, son autobiographie parue en 1940, c’est à peu près en 1930 que « le sens et les implications de la nouvelle psychologie avaient commencé à pénétrer dans ma pensée. Ma propre étude de la psychologie […] datait d’avant la période freudienne, mais elle m’y a préparé. J’ai commencé à me rendre compte que, dans la lutte contre le préjugé de race, nous n’étions pas simplement face à la détermination rationnelle et consciente des blancs de nous opprimer ; nous étions face à d’anciens complexes, à présent enfouis au niveau de l’habitude inconsciente et de la pulsion irrationnelle » 45.



1940


En 1935, à mi-chemin entre cette prise de conscience et Dusk of Dawn, Du Bois a publié Black Reconstruction, ouvrage dans lequel l’expression « salaire psychologique » n’a donc pas pu être utilisée à la légère. En un sens, donc, le critique Andrew Hartman, bien que sans sympathie aucune pour l’approche freudienne, n’a pas tout à fait tort lorsqu’il dit, en exagérant un peu, que « Roediger pousse plus loin la psychanalyse de Du Bois », même si je n’en savais pas assez, ni sur Du Bois, ni sur Freud, pour percevoir cette dimension lors de la rédaction. En résumé, et étant données ces multiples influences marxistes, Bruce Laurie ne pourrait pas avoir plus tort lorsque dans son essai récent, il fait un lien entre l’usage de la psychanalyse dans mon travail, et les exemples fournis par l’historien conservateur sudiste David Donald 46.

Comme James face aux écrits de Rawick, certains des premiers auteurs d’histoires critiques de la blanchité ont déploré les éléments de psychanalyse dans Wages of Whiteness. Allen, en particulier, a déploré le « recours au langage de la psychanalyse », bien qu’il n’y soit lui-même pas étranger, puisqu’il a largement salué le travail de Kovel et Fanon, bien que sur une base assez étroite, en disant par exemple, de façon improbable, que Fanon « part de prémisses marxistes économiquement déterministes ». Quant à Saxton, son jugement ferme a été que « les difficultés semblent particulièrement sévères pour la psychohistoire, à cause de sa supposition que les vraies causes sont psychiques, et ne sont accessibles qu’à travers des interprétations métaphoriques 47. »

Cette position impressionne tellement Hartman que son texte défend l’idée selon laquelle Saxton est le meilleur historien de la blanchité, ce avec quoi je suis d’accord ; même chose chez Eric Arnesen, qui exonère Saxton de toute participation à ces maudites études de la blanchité. Toutefois, les déclarations catégoriques de Saxton font partie de son explication des raisons pour lesquelles la psychanalyse ne peut pas révéler les origines de la suprématie blanche – point de vue avec lequel je suis encore une fois d’accord. Plus loin dans son texte, il parle des opinions de John Quincy Adams sur Othello d’une manière très différente, et explique : « Je mets bien sûr en avant un argument rejeté auparavant, qui prétend que les Américains blancs d’origine européenne construisaient des métaphores liant la négritude des Africains à des actions honteuses et aux sombres passions de la sexualité. » Il poursuit : « Bien que je ne considère pas cet argument [psychohistorique] comme étant très persuasif pour expliquer les débuts de l’esclavage africain, il semble fonctionner de manière plausible quand on le place dans une relation de dépendance avec des productions idéologiques existantes ». Là encore, c’est une position avec laquelle je suis d’accord 48.

Cependant, Ignatiev a trouvé que Wages of Whiteness perd de vue les « avantages matériels » sans lesquels il n’y aurait pas, de manière consistante, de « valeur psychologique de la peau blanche ». Mais il ajoute : « je n’en sais pas assez long sur la psychanalyse pour juger de ce qu’elle est capable d’expliquer toute seule ». Rogin, Rawick et Rosemont, par contre, ont tout à fait défendu l’usage de la psychanalyse, mais pas toute seule. Comme bien d’autres, cette question créee des divergences entre les marxistes, bien qu’elles ne soient pas aussi importantes que certaines analyses des premières histoires critiques de la blanchité le laisseraient à entendre 49.


notes

32.Noel Ignatin, White Blindspot; Noel Ignatiev, The American Blindspot, p. 243 et passim; Jeffrey Perry, In Memoriam, p. 4; David Roediger, Wages of Whiteness, p. 12; W.E.B. Du Bois, Black Reconstruction in America, pp. 3-31 et 700 f. (« salaire public et psychologique »); Noel Ignatiev, Whiteness and Class Struggle, p. 227 (« le premier qui a attiré l’attention »). [↩]
33.Cf. Alexander Saxton, The Great Midland, p. xxiv; Noel Ignatiev, The American Blindspot, p. 250. [↩]
34.Jeffrey Perry, In Memoriam, p. 4 ; Jonathan Scott, Gregory Meyerson, An Interview with Theodore W. Allen, pp. 1; Noel Ignatiev, The American Blindspot, p. 243, n.1. [↩]
35.W.E.B. Du Bois, Black Reconstruction in America, pp. 3 et 727 (« théâtre », « tragédie »), 16 (« problème moderne du travail »), 30, (« l’élévation », « la caste de couleur »), 347 (« dégradation ») ; cf. Noel Ignatiev, The American Blindspot, pp. 244 et passim. [↩]
36.W.E.B. Du Bois, Black Reconstruction in America, pp. 700 f. ; pour le suivant voir Noel Ignatiev, Whiteness and Class Struggle, pp. 230 f.; David Roediger, Wages of Whiteness, pp. 6-12; Theodore Allen, On Roediger’s Wages of Whiteness¸ p. 7. [↩]
37.Eric Arnesen, Whiteness and the Historians’ Imagination, pp. 9-11, surtout 10 (‘lite’); Paul Richards, W.E.B. Du Bois and American Social History, pp. 62 et 56-61. [↩]
38.Paul Richards, W.E.B. Du Bois and American Social History, pp. 62 et 56-61; Andrew Hartman, The Rise and Fall of Whiteness Studies, p. 34 (‘post-marxiste’). [↩]

39.Eric Arnesen, Whiteness and the Historians’ Imagination, pp. 21-23; Gregory Meyerson, Marxism, Psychoanalysis, and Labor Competition, passim; Frank Towers, Projecting Whiteness, pp. 47-57. [↩]
40.Iain Boal, In Memoriam, passim, surtout sur les liens de Rogin aux mouvements radicaux ; Laura Mulvey, Professor Miachel Rogin ; Michael Rogin, Black Masks, White Skin ; id. , Fathers and Children, pp. xxxiv, 2f., 19-113 et 165-205; id., Blackface, White Noise; Robert Rydell, Grand Crossings, p. 279. [↩]
41.George Rawick, Listening to Revolt, pp. xlii (la reaction de James), 102 (« pêcheur reformé »), 180, n.9 (sur la dette envers Reich) et 31, 66, 162, 93-119; en general, voir John Abrorneit, Whiteness as a Form of Bourgeois Anthropology. [↩]
42.David Roediger, Wages of Whiteness, pp. 66-84; id.: Notes on Working Class Racism, pp. 61-67, qui explore des dettes spécifiques envers Rawick. [↩]
43.David Roediger, Colored White, pp. 40 et 252. Sur Fenichel, voir Russel Jacoby, The Repression of Psychoanalysis. [↩]
44.Peter Coviello, Intimacy and Affliction, pp. 2 et 3-37; Christina Zwarg, Du Bois on Trauma. Tout ce qui concerne Du Bois a bénéficié du travail de recherché de Donovan Roediger. [↩]
45.W.E.B. Du Bois, Dusk of Dawn, pp. 295 ; Shannon Sullivan, On Revealing Whiteness, pp. 231 [↩]
46.Andrew Hartman, Rise and Fall of Whiteness Studies, p. 35; Bruce Laurie, Workers, Abolitionists and the Historians, p. 36. [↩]
47.Theodore Allen, On Roediger’s Wages of Whiteness, p. 9 (« déterminisme économique »); Alexander Saxton, Rise and Fall of the White Republic, pp. xvi, 13 ; la citation suivante est de ibid. p. 89. [↩]
48.Andrew Hartman, The Rise and Fall of Whiteness Studies, pp. 35 ; Eric Arnesen, Whiteness and the Historians’ Imagination, pp. 27, n. 4 et 31, n. 83. [↩]
49.Noel Ignatiev, Whiteness and Class Struggle, pp. 230. [↩]



1909 / 2010

Citation :
A moving cultural biography of abolitionist martyr John Brown, by one of the most important African-American intellectuals of the twentieth century.

In the history of slavery and its legacy, John Brown looms large as a hero whose deeds partly precipitated the Civil War. As Frederick Douglass wrote: "When John Brown stretched forth his arm ... the clash of arms was at hand." DuBois's biography brings Brown stirringly to life and is a neglected classic.


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MessageSujet: Re: La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois   Ven 8 Jan - 18:29

remarque concernant mon intérêt pour les écrits de W.E.B Du Bois


W.E.B Du Bois, le jazz, le marxisme, la France... et moi

j'ai découvert et lu quelques textes de W.E.B. Du Bois pour l'écriture, de 1999 à 2002, de JAZZ ET PROBLEMES DES HOMMES, d'une part parce qu'il était incontournable quant aux relations de la musique noire (blues, jazz...) avec l'histoire et les luttes des Noirs-Américains, d'autre part parce que le débat faisait fureur pour "mesurer" la part africaine des origines du jazz voire découvrir son "essence", avec les controverses sur les sources africaines du jazz, entre Franklin E. FRAZIER (The Negroes in the United States, New-York, Macmillan, 1949), et Melville J. HERSKOVITS (The Myth of the Negro Past, 1941


ces débats faisaient retour aux États-Unis dans les années 1980 à l'occasion du revival du jazz par Winton Marsalis et Stanley Crouch (Lincoln Center etc.), approprié par les couches moyennes noires ayant bénéficié de la discrimination positive "gagnée" par les luttes des années 60-70, et perdant alors ses racines populaires (passées dans le rap et le hip-hop), puis en France dans les années 90, avec une relecture de l'histoire du jazz qui aggravait encore l'eurocentrisme de la critique française (Gilles Mouellic, René Langel et la tonalité de revues spécialisées de plus en plus dépendantes de la publicité, et évacuant des productions musicales qui portaient encore ce que j'avais nommé l'éthique du jazz, mais sous d'autres appellations, comme le fit alors ressortir Alexandre Pierrepont, autre critique intéressé par mes écrits...)

jazz, philosophie et marxisme :
d'un déni esthétique à un négationnisme eurocentrique

il faudra attendre les études du philosophe et critique de jazz Christian Béthune pour sortir de ces écoutes et lectures occidentales du jazz, et j'avais alors eu quelques échanges avec lui, à propos de mes textes, qui furent publiés avant Adorno et le jazz. Analyse d'un déni esthétique (2003) Le Jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie (2008) :

à la seule vue de ces titres, on comprend bien que l'enjeu n'avait rien de limité au jazz mais qu'il entretenait des rapports étroits avec la pensée philosophique européenne jusqu'au plus haut niveau de sa formulation marxienne, Adorno, et que le terme de « déni esthétique » n'est pas sans rejoindre le déni de la question raciale par le marxisme européen en général, jusqu'aujourd'hui à sombrer, par eurocentrisme, dans un nouveau négationnisme :

parenthèse : nous ne tarderons pas à voir la "Contre-révolution coloniale" (Khiari, PIR) prendre des aspects de Contre- Révolution décoloniale, et nous pressentons déjà, c'est cousu de fil blanc, que ce négationnisme pourra s'exprimer aussi sous couvert de théorie communiste !


de W.E.B Du Bois à Raymond Williams :
aux sources d'une critique marxiste de la culture et de la société

comme le dit Roediger de sa lecture de Du Bois, il m'a pas alors semblé relever d'un « marxisme light ». Découvrant il y a peu Raymond Williams, je dirais plutôt qu'il ouvrait le marxisme à un champ culturel/sociétal ("Structure of Feeling"), naturellement dans un domaine limité de la "culture", mais que je connaissais bien par ailleurs

le marxisme de De Bois me semblait alors une garantie, un point d'appui à ma propre critique de la critique française du jazz, poussée plus loin que celle de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli, dont la réception fut et la réputation demeure fut celle d'une "critique marxiste du jazz", alors que pour moi, il relevait davantage d'un « gauchisme esthétique » (Eric Plaisance dans La Nouvelle critique) : c'était une imposture à prétention marxiste qui rapprochait paradoxalement l'approche de ces "anti-stalinien" soixante-huitards davantage du « réalisme socialiste », c'est-à-dire d'une compréhension des rapports mêmes entre art et engagement politique

sur W.E.B. Du Bois et le Jazz


Singer, actor and social activist Paul Robeson greets the scholar/activist Dr. W.E.B. DuBois
at the 1949 Paris Peace Conference which both men addressed.
They would later draw fire from the imperialists for their work for peace.
a photo by Pan-African News Wire File Photos on Flickr.


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MessageSujet: Re: La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois   Mar 23 Fév - 22:15


crèvent tous les merdeux théoriciens et activistes
qui prétendent penser le combat communiste sans Dubois !


un pareil texte est pour moi comme une récompense de toute une vie, avec le jazz et ses musicien.ne.s grâce auxquel.le.s j'aurai pu rencontrer la pensée de Dubois et la croiser avec des convictions communistes. Une telle exigence intellectuelle dans l'intelligence sensible, de sollicitations à penser plutôt qu'à exclure au nom de la lutte de classe, est un potlatch d'un bonheur sans nom : voilà qui a un siècle, et qui est ignoré en France !

merci à la revue Période pour nous brasser tout ça avec une claire perception de ce qui se joue, aujourd'hui, pour la pensée de tous ceux qui n'ont pas jeté le bébé Marx avec l'eau du bain marxiste


De l’aristocratie ouvrière à l’Union sacrée : Du Bois sur les origines coloniales de 1914 Alberto Toscano


Citation :
L’impérialisme et la colonisation sont les racines de la Première guerre mondiale. Alors que l’on commémore les cent ans de la guerre de 1914, Alberto Toscano revient sur l’interprétation qu’en offrit, dans les années 1910, W.E.B. Du Bois, marxiste noir américain. Pour ce dernier, la Première guerre mondiale ramène sur le territoire européen un conflit que les grandes puissances impérialistes européennes se livraient sur le territoire de l’Afrique depuis plusieurs décennies. Revenant sur les notions centrales de W.E.B. Du Bois de « salaire de la blancheur » et de « ligne de couleur », Toscano montre ainsi la difficulté stratégique qu’a posé la guerre pour les Noirs américains, et en particulier pour Du Bois : puisque la ligne de couleur traverse autant les mouvements ouvriers des pays du centre que le monde capitaliste lui-même, la question du ralliement à l’effort de guerre supposait de répondre à la double exigence de lutter contre l’impérialisme américain et contre le racisme du mouvement ouvrier.
[...]

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MessageSujet: Re: La ligne de couleur : COLOR LINE, W.E.B Dubois   Dim 28 Aoû - 11:06


FUIQP 59/62
La mémoire au service des luttes



Citation :


Il y a 53 ans, le 27 août 1963, le sociologue et écrivain William Edward Burghardt Du Bois décédait. Il fut un des fondateurs du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis et un acteur clef du panafricanisme. Né dans le Massachusetts dans une famille de petits paysans, Du Bois peut accéder aux études universitaires grâce à une collecte des membres de l’église que fréquente ses parents.

Il fréquente d’abord l’université de Fisk à Nashville réservée aux noirs dans laquelle il découvre l’ampleur du racisme qui caractérise le Sud des Etats-Unis dans les années 1880. Il découvre en particulier la pratique des lynchages du Ku Klux Klan et d’autres organisations suprématistes blanches. Premier afro-états-unien à obtenir un doctorat de philosophie, il devient professeur d’histoire, de sociologie et d’économie à la Clark Atlanta University. Il mène également la première analyse sociologique des quartiers noirs de Philadelphie qui sera publiée sous le titre « The Philadelphia Negro ». Il écrit dès 1897 une série d’articles dans lesquels il appelle les afro-états-uniens à revendiquer leur héritage africain et à sortir du complexe d’infériorité hérité de l’esclavage. La même année il inaugure une conférence annuelle intitulée « l’Atlanta Conference of Negro Problems ».

A partir de 1900 Du Bois s’engage dans le militantisme noir en appelant au combat pour l’égalité des droits et contre la ségrégation. L’élément déclencheur de son activité militante est le lynchage de Sam Hose à Atlanta en 1899. Hose fut torturé, brûlé et pendu par une foule de 2000 blancs. Il déclare alors : «il est impossible pour quelqu’un de rester un scientifique calme et détaché alors que des nègres sont lynchés, assassinés et affamés. » Il ajoute que « le remède ne consistait pas simplement à dire la vérité aux gens mais de les pousser à agir sur cette vérité. » Cela le conduit à créer le « Niagara Movement » en 1905. Le mouvement s’appelle ainsi car il est créé après une réunion de militants près des chutes du Niagara.

Les « Niagarites » sont confrontés au silence des médias. Du Bois décide alors d’acheter une imprimerie pour être autonome dans les publications du mouvement. Dès 1905 le journal « Moon Illustrated Weekly » devient le porte-parole du militantisme noir. D’autres titres succèderont et en particulier « The Horizon : A journal of the Color Line » qui comme son nom l’indique devient à partir de 1907 un outil d’organisation contre la ligne de couleur. Ce journal contribue à démaquer ceux qui appellent à « la soumission patiente aux humiliations et aux dégradations actuelles » et appelle à ne pas troquer « son humanité pour un salaire ».

En parallèle de son activité militante, il continue ses recherches et publications académiques qui furent largement ignoré par les milieux universitaires car remettant en cause de nombreuses thèses dominantes sur l’histoire et la condition noire. Il participe également à la fondation de la « National Association for the Advancement of Colored People » en 1910 qui deviendra l’organisation pour les droits civiques la plus importante du pays. Le choix du terme « colored » est proposé par Du Bois pour inclure « les personnes à peau foncée où qu’elles soient » qui sont également confronté à la ligne de couleur. Il devint directeur de la recherche de la NAACP avec comme mission principale la publication du mensuel de l’organisation « The Crisis ». Le succès est immédiat. En 1920 le journal se vend à 100 000 exemplaires.

En 1917 se déroule les émeutes de l’East Saint-Louis dans l’Illinois dans lesquelles une foule de blanc tue 250 afro-états-uniens. Du Bois appelle puis prend la tête d’une immense manifestation (« la Silent Parade ») qui regroupe 10 000 afro-états-uniens dans les rues de New-York. C’était la première grande marche pour les droits civiques.

Après la première guerre mondiale, il est un des participants du premier congrès panafricain qui se tient à Londres en 1919. Il devient dès lors un des principaux leaders du panafricanisme. Il rédige en particulier les « résolutions de Londres » du second congrès panafricain défendant l’égalité raciale complète et l’indépendance des colonies africaines. Il s’oppose dans ces congrès à Garvey qui lui ne défend pas l’égalité raciale mais la séparation et le retour en Afrique. Du Bois ne s’oppose pas à l’idée d’un retour en Afrique des noirs qui le désire mais considère que cela ne doit pas mener à l’abandon du combat pour l’égalité. De même il dénonce la volonté de Garvey d’une Afrique gouvernés par des noirs-états-uniens. Du Bois dénonce cette position comme colonialiste.

Il appelle également les artistes noirs à refuser l’exotisme et à s’engager dans le combat pour l’égalité : « Je me fiche de tout art qui n’est pas utilisé pour la propagande pour notre combat pour l’égalité des droit ». A partir de 1933 Du Bois défend l’idée d’articuler anticapitalisme et combat pour l’égalité raciale. Il participe à l’issue de la seconde guerre mondiale à la conférence de San Francisco qui fonda l’ONU en se battant au cours des travaux pour que les Nations-Unies mettent un terme à la colonisation.

Il consacre les dernières années de sa vie au combat anticolonial. Il anime le cinquième congrès panafricain de Londres qui appelle au combat pour les indépendances. Il est alors victime du Maccartysme et se voit confisqué son passeport afin qu’il ne puisse plus participer aux mobilisations internationales pour la paix et contre le colonialisme. Il fut ainsi interdit de participation au congrès de Bandung. Devenu un symbole mondial de la lutte pour l’égalité, contre le colonialisme et pour le panafricanisme, il est invité au Ghana par Nkrumah pour les fêtes de l’indépendance. N’ayant toujours pas de passeport il ne peut y aller. Ayant récupéré son passeport il décide de s’installer au Ghana qui lui propose de reprendre son vieux projet d’une « Encyclopédia Africana ». Les Etats-Unis lui refusent le renouvellement de son passeport. Il décide alors de prendre la nationalité ghanéenne à 93 ans mais la maladie l’empêcha de mener à bien le projet. Il meurt en 1995 la veille de la grande Marche sur Washington du 28 août 1963. Les centaines de milliers de participants observent une minute de silence pour ce pionnier du combat pour l’égalité raciale et sociale.

Repose en paix frère et camarade. Ton combat continue


 





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