PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!

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Patlotch



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 29 Mai - 18:42


beaucoup de bruit pour rien

franchement, c'est gonflant, comme si les Afroféministes et leurs présupposés théoriques ne méritaient pas mieux que ces merdes politiques... et le silence des "camarades antiracialisateurs" : un progrès ?

Hidalgo assure avoir trouvé une « solution »pour la tenue du festival afroféministe Nyansapo Le Monde

Après avoir demandé l’interdiction de cette manifestation en partie réservée aux femmes [/b]noires, la maire de Paris a annoncé que les ateliers non mixtes se dérouleront dans un cadre privé.

bof... la "solution" était celle envisagée d'emblée par le collectif Afroféministe...


Depuis ce week-end, la polémique enfle autour du festival Nyansapo, en partie "non mixte" (c'est-à-dire réservé aux personnes habituellement discriminées). Entretien avec la sociologue Christine Delphy, qui nous explique l'intérêt de la non-mixité.


THOMAS SAMSON / AFP

Mathilde Goupil a écrit:
Deux mois avant sa tenue, il fait déjà parler de lui. Le festival afroféministe Nyansapo, organisé par le collectif Mwasi du 28 au 30 juillet à Paris, a beaucoup fait réagir ce week-end. La cause de ce courroux généralisé ? Une majorité des ateliers sont réservés aux "femmes noires", aux "personnes noires" ou aux "femmes racisées" (soit l'assignation à une "race" dans le regard des autres) – même si un "espace ouvert à tou.te.s" est aussi prévu.

Festival "afroféministe" accusé d'être "interdit aux Blancs" : la polémique en 4 actes

Christine Delphy, sociologue et figure historique du féminisme français, a travaillé en Amérique du Nord avant de devenir directrice de recherche émérite au CNRS dans les années 1960. En 1970, elle participe à la fondation du Mouvement de libération des femmes (MLF). Au côté de Simone de Beauvoir, elle est l'une des représentantes du féminisme matérialiste, qui applique la théorie marxiste à la question des femmes, considérées comme une classe sociale. En 1981, elle cofonde la revue "Nouvelles questions féministes". Engagée contre l'islamophobie, elle se déclare en 2003 contre la loi encadrant le port des signes religieux (dont le foulard islamique) à l'école. En novembre 2015, elle fait partie de l'"Appel des 58", qui revendique le droit de manifester durant l'état d'urgence. Interview.

Qu’est-ce que la non-mixité ?

C'est la réunion de gens qui vivent de manière objective et subjective une situation commune de discrimination. Les groupes discriminés comme les personnes racisées ou les femmes peuvent ainsi confronter leurs expériences, et savoir qu'ils ont quelque chose en commun.

Vous dites qu'elle est "nécessaire" aux mouvements de lutte. Pourquoi ?

Si vous mettez des personnes qui vivent une situation de discrimination avec des membres du groupe qui les domine (que ce soit les Blancs pour les personnes racisées, ou des hommes pour les femmes), vous n'avez pas le même rapport à la parole au sein de ces espaces.

Aux débuts du MLF, il y avait toujours un homme pour venir aux réunions et nous expliquer qu’il fallait des hommes dans le mouvement. On discutait avec eux, et ça prenait du temps sur des réunions qui étaient organisées pour autre chose. Des femmes qui participaient à des réunions mixtes m'ont aussi expliqué qu'elles ne parlaient jamais de sexualité devant les hommes présents, pour ne pas leur faire de peine – car ils sont de bonne volonté, se sont déplacés, etc.

Quand il sont présents, les dominants tirent la discussion sur les sujets qui les intéressent, se plaignent, rappellent qu'eux ne sont pas racistes, pas sexistes, etc. Ils imposent leurs vues sans même s'en rendre compte, car ils pensent tout savoir, mieux savoir. Donc les discriminations se reproduisent automatiquement, même si les dominants sont de bonne volonté. Et même s'il la combat, le groupe dominé a une certaine déférence vis-à-vis des dominants, ce qui leur donne plus de poids dans ces réunions.

On en parle beaucoup ces derniers jours, pourtant l'utilisation de la non-mixité n'est pas nouvelle ?


La non-mixité a toujours été pratiquée. Je pense qu'elle existait déjà lors de la première vague du mouvement féministe, au XIXe siècle. Le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, lancé par Martin Luther King, l'a aussi utilisé dans les années 1960, après avoir démarré avec des groupes mixtes. Au MLF, on a tout de suite vu – et c'était un accord parfait entre les différentes composantes – qu'il fallait qu'il n'y ait que des femmes.

Mais la non-mixité existe aussi ailleurs, chez les syndicats par exemple : personne ne rappelle que la CGT ou FO ne rassemblent que des salariés, pas des patrons. Ça ne choque plus aujourd'hui car la lutte syndicale est considérée comme "gagnée", mais jusqu'en 1884, les syndicats étaient interdits en France.

Si elle est si commune aux mouvements de lutte, pourquoi la non-mixité fait-elle encore peur ?

Le principe du dominant, c’est qu’il est partout chez lui, qu'il a accès à tout. Au contraire, et c'est ce qui constitue la domination qu'ils subissent, les dominés n’ont pas accès à tout – regardez la situation des jeunes du 93, des femmes dans certains endroits. Les membres du groupe dominant n’acceptent pas qu’un espace leur soit interdit. Ils sont habitués à ce qu’on se préoccupe d’eux et ont du mal à concevoir qu'ils sont dominants, car ils ont été élevés comme ça, ils prennent leur position sociale comme quelque chose de naturel. Quand les groupes dominés prennent conscience qu'ils ont besoin de s'organiser entre eux pour mener eux-mêmes leur révolte, c'est très menaçant pour la société.

L'année dernière, certains Blancs ont fait une histoire invraisemblable d'un "camp d'été décolonial" non mixte. Mais je n'ai jamais vu de Blancs se presser pour aller aux réunions des Indigènes de la République [parti politique opposé aux "inégalités raciales", que Christine Delphy a soutenu à son lancement en 2005, NDLR] : ils ne savent pas quand elles ont lieu, et ça ne les intéresse pas. Les réunions non mixtes qui ont lieu de temps en temps et en petit groupe, ça va. Mais avec le festival afroféministe Nyansapo, c'est déclaré : il y a un endroit, un moment, qui est inaccessible aux dominants, et ils ne l'acceptent pas.

Les critiques de la non-mixité reprochent à ses partisans de s'enfermer dans leur lutte, de refuser la main tendue du reste de la société, voire de se définir avec l’étiquette des "oppresseurs" : les "Noirs", les "femmes", etc. Qu’en pensez-vous ?


Je comprends que ces critiques existent, mais pour moi c’est de la mauvaise foi. Il ne faut pas parler de "race" mais le racisme existe : les gens sont capables de distinguer – et le font – des "races". Ce ne sont pas les racisés qui s’enferment dans ces catégories avec des espaces non mixtes, ce sont les autres qui créent ces catégories. La couleur de peau, comme le fait d'être identifiée comme femme, est un signe d'infériorité sociale.

Est-ce que la non-mixité fait débat au sein même des groupes qui l’utilisent ?

Quand le MLF s'est créé en 1970, je me rappelle qu'Yvette Roudy [animatrice du Mouvement démocratique féminin, NDLR] était stupéfaite qu’on soit non mixte, car son mouvement à elle essayait sans arrêt d’attirer des hommes. Avoir des hommes dans un mouvement féministe était la preuve que le combat était valable, c'était prestigieux.

Ensuite, il est arrivé qu'on ait au MLF des femmes appartenant à des groupes gauchistes mixtes qui viennent nous faire la leçon. Mais après avoir assisté à quelques réunions, elles étaient convaincues car elles réalisaient que ça ne se déroulait pas comme s'il y avait eu des hommes. On avait une liberté de parole et un focus sur ce qui nous réunissait vraiment, sur des expériences que nous avions eues en tant que femmes. Avec des hommes, la moitié du temps est consacré à dire que les discriminations existent et à tout leur expliquer. A un moment, les groupes militants en ont marre de faire de la pédagogie pour les groupes qui les dominent !

Selon vous, la non-mixité doit-elle être temporaire ?

La mixité vient ou ne vient pas, ça dépend de la façon dont certains dominants acceptent de discuter. La mixité, ce n'est pas juste mettre des membres du groupe dominant dans le groupe dominé : il faut qu'elle se fasse sur la base des analyses des dominés eux-mêmes, c'est-à-dire que les dominants doivent accepter l'oppression telle que définie par les opprimés. Tant qu’une partie des classes dominantes ne renonce pas à imposer ses vues, il ne peut pas y avoir de mixité.

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 29 Juil - 21:44


Professeur d’université en Tunisie, Soumaya Mestiri est l’auteur de Décoloniser le féminisme : Une approche transculturelle. Dans cet ouvrage, cette intellectuelle revient sur les clichés qui entourent les femmes « du sud », mais aussi de la domination d’une élite que l’on pourrait qualifier de « blanche » dans ce débat. Une réflexion particulièrement d’actualité ces dernier mois. Rencontre.


2016

Citation :
Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet, au point d’écrire ce livre ?

Initialement, je n’étais pas du tout destinée à travailler sur ce sujet. On suit normalement son sujet thèse, et j’ai travaillé sur le libéralisme de John Rawls, qui est un philosophe américain (mort en 2002, ndlr). Rien à voir avec le sujet de ce livre !

C’est quand je suis rentrée en Tunisie, en 2005, que le sujet m’est venu progressivement. Je me suis rendue compte que les outils que j’avais intégré, assimilé et sur lesquels j’avais travaillé ne correspondaient pas trop à notre vécu. Ils ne peuvent pas être importés tels quels  et plaqués sur notre vécu à nous, au sud. Cette idée a fait son chemin… En réalité, je ne saurais pas dire comment mais je me suis mise à m’intéresser d’abord à une critique du libéralisme, par le républicanisme par exemple, puis en venir aux études postcoloniales de premières générations, donc je me suis intéressée à Fallon, qui a une grande histoire avec la Tunisie donc ça a aidé, puis les études postcoloniales en genre, et enfin la pensée proprement coloniale.

Est-ce que vous parlez d’un féminisme « colonisé » ? Comment le définiriez-vous ?


Je dirais un féminisme colonisant, colonisateur ou colonial. On se rend compte qu’il y a un courant majoritaire que l’on pourrait qualifier de « blanc » au sens conceptuel de la blanchité. Un féminisme donc « mainstream » porté par un certain nombre de femmes qui, sous couvert de bienveillance, de volonté d’apporter la vraie émancipation à leurs consœurs indigènes, veulent imposer une certaine idée de ce qu’est la vie bonne. C’est un féminisme dominateur, hégémonique, qui s’exerce d’une part et d’autre de la Méditerranée. En France, il y a quelques figures comme ça de féministes blanches qui se sentent investies d’une mission un peu civilisatrice. Mais en retour, nous aussi en Tunisie, nous avons ces figures de dames progressistes qui veulent imposer une certaine manière d’être. On peut y voir une forme de maternalisme…

Concrètement, quand vous parlez de ces figures tunisiennes, vous parlez d’une certaine classe sociale, non ?

C’est vrai qu’on n’a pas envie de caricaturer mais c’est le féminisme de l’élite. De la même façon que celles à qui on veut imposer ça viennent de régions paupérisées, dans des quartiers défavorisés.

Pourquoi ne reconnait-on très majoritairement comme grandes figures du féminisme des femmes blanches, et en général, qui datent un peu ?

D’abord, c’est un problème politique. Il y a une volonté de rendre invisibles les féministes qui tiennent un autre discours. Elles sont dénigrées si elles arrivent à accéder aux médias. Si l’on n’est pas acquise aux valeurs progressistes telles qu’on nous les sert, on serait une conservatrice, une réac, une voilée de l’intérieur …

La question est assez sensible. Cela rappelle les polémiques en France pour le camp décolonial l’année dernière, ou encore l’assemblée non-mixte pour les femmes à Nuit debout, sur la place de la République, à Paris …

C’est vrai que c’est très sensible. On peut être accusé de communautarisme. Pourtant, le but est d’établir une solidarité globale entre les féministes, mais de la bonne manière, sans verticalité avec une véritable réciprocité. Après, il est important de parler entre soi, pour savoir ce que l’on veut, ça n’empêche pas de faire l’éloge de la diversité.

Question de diversité, justement. On a l’impression qu’au niveau du féminisme musulman, c’est surtout un courant proche des islamistes, qui est plus mis en avant dans les médias. Que pensez-vous de ce féminisme ?


Le féminisme musulman n’est pas monolithique, il est très diversifié. Il est un peu dommage qu’on n’ait le choix entre le féminisme blanc et le féminisme dit musulman… Quel est le but de ce dernier ? C’est quand même de porter des revendications, une parole, et d’aider en l’occurrence les croyantes – dans cette question de féminisme religieux- dans leurs questionnements quotidiens. C’est ça dans le fond. Dans ce sens, à mon avis, le féminisme musulman échoue puisqu’il est dans une normativité, dans un discours lui-même élitiste. Il ne correspond pas aux aspirations de la croyante lambda.

D’un point de vue théorique, on a des femmes qui s’intéressent au féminisme musulman qui ne sont pas vraiment des musulmanes, comme Zahra Ali. Après il y a aussi des féministes musulmanes « atypiques » comme Hanane Karimi, qui a un parcours unique ! C’est une personnalité remarquable et digne de respect. Après, c’est toujours la même question : pourquoi voit-on toujours la féministe musulmane comme radicale et prête à radicaliser ? Parce que c’est pratique, c’est tout ! C’est de l’assignation identitaire pure et simple. C’est sécurisant de dessiner les contours bien définis, sans nuance.

On peut être une féministe « laïque », « musulmane », « laïque de culture musulmane », « catholique », « afrodescendante », « blanche » … Est-ce qu’au final, cette question d’étiquette ne nuit pas au féminisme ?


Je plaide pour un féminisme décolonial qui ne serait ni blanc, ni religieux et éminemment horizontal et solidaire. Je suis tombée récemment sur le livre d’une féministe musulmane décoloniale, alors évidemment toutes les combinaisons sont possibles. Mais ça montre qu’il y a un élan, il est possible de sortir des alternatives.

Je suis plutôt pour la pénétration des paradigmes. Ça ne me semble pas totalement lunaire d’être féministe laïque de culture musulmane. C’est le cas de la féministe marocaine Fatima Mernissi (activiste et sociologue, décédée en 2015, ndlr). Après, le problème, quand vous avez ce discours un peu mouvant mais hyper-intéressant, c’est que vous êtes facilement récupérable par des mouvements extrémistes. C’est difficile de pouvoir capter la manière dont les autres peuvent percevoir votre discours. Mais c’est sain aussi de ne pas savoir comment se définir…

Le féminisme maintenant ne sert pas à dénoncer le sexisme, le machisme, mais à dénoncer les rapports de domination qui existent dans certains types de revendications féministes. C’est surtout ça aujourd’hui. Le féminisme type MLF (Mouvement de libération des femmes, ndlr), hyper vindicatif, ce n’est plus vraiment à l’ordre du jour.

Dans votre livre, vous abordez une notion, celle du « harem occidental ». Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

C’est relativement lié au livre de Fatima Mernissi. Le harem occidental est la vision de la femme que les Occidentaux se sont faits via des perspectives hyper clichées, confinée entre quatre murs, lubrique, dédiée au plaisir de l’homme… Puis il y aussi cette vision de l’homme, à la merci de cette femme, quasi nymphomane, il est dévirilisé mais quelque part c’est le vrai machiste… C’est une vision très Mille et une nuits.

Décoloniser, c’est aussi déconstruire ce sous-érotisme de carte postale, en montrant que ce n’est pas ça l’Orientale dans le harem. Les courtisanes sont des femmes qui essaient de s’élever via le savoir, elles sont très éduquées.

Concernant le féminisme, ne va-t-on pas vers un débat mondial, sur tous les pays, notamment via la question du racisme et des croyances, en tout cas plus qu’une « opposition » nord / sud ?

Je récuse l’idéal de métissage. Ça n’existe pas l’hybridité, il y a toujours un trait qui monte plus que l’autre. Je penche pour l’importance de préserver les particularismes. Un féminisme solidaire accepte qu’on ne se ressemble pas et qu’on n’arrive pas toujours à se comprendre, ni à se retrouver les unes dans les autres. Déjà, se trouver soi-même est un objectif en soi !

Décoloniser le féminisme, c’est aussi un problème global, lié au libéralisme exacerbé. A partir du moment où on arrivera à donner une vie digne, on pourra dialoguer dans un environnement sain
.

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 25 Sep - 13:07


document. Très foucaldien, démocratiste et pro-« laïcité ouverte », mais bon...


Joan Scott, féministe ostentatoire

France Culture 35mn 25/09/2017

L'historienne américaine Joan Scott dresse une histoire des controverses suscitées par le port du voile islamique en France depuis les années 1980 dans son essai "La politique du voile" (USA 2007, France, septembre 2017)


Citation :
Ce livre ne traite pas des musulmans de France : il porte sur la perception dominante des musulmans dans le paysage français. Je m’intéresse à la manière dont le voile est devenu un écran sur lequel sont projetés des images d’étrangeté et des fantasmes de dangerosité – dangerosité pour le tissu social français et pour l’avenir de la nation républicaine. Je m’intéresse, en outre, à la manière dont la représentation d’un « autre » homogène et dangereux est venue conforter une vision mythique de la République française une et indivisible. J’explore les multiples facteurs qui alimentent ces représentations fantasmatiques : racisme, culpabilité et peur postcoloniales, idéologies nationalistes, notamment le républicanisme, le sécularisme, l’individualisme abstrait et, tout particulièrement, les normes françaises en matière de conduite sexuelle, considérées comme étant à la fois naturelles et universelles.

Joan W. Scott est historienne, professeure à l’Institute for Advanced Study de Princeton. Son travail, principalement consacré à la France, interroge la catégorie de genre et la différence des sexes. Elle a notamment publié en français Théorie critique de l’histoire (2009) et De l’utilité du genre (2012).


Manifestation à Paris en juin 2014

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 25 Sep - 13:18


Féministe, communiste et arabe : la Soudanaise Fatima Ahmed Ibrahim

Danielle Bleitrach Investigactions 30 août 2017

 
Citation :
Alors qu’en Grande-Bretagne, le Guardian et le Times lui ont chacun consacré une longue nécrologie, on ne trouve pas une ligne dans la presse francophone pour évoquer la Soudanaise Fatima Ahmed Ibrahim (فاطمة أحمد إبراهيم), décédée le 12 août dernier. Cette absence totale d’intérêt pour l’une des plus grandes féministes arabes du XXe siècle en dit long sur le sérieux de ceux et celles qui prétendent si souvent s’intéresser au sort des « malheureuses femmes voilées ».

Née officiellement en 1934 (mais plus vraisemblablement en 1929), Fatima Ahmed Ibrahim entame son long combat pour les droits des femmes dès son adolescence en affichant sur les murs de son lycée ce qu’on n’appelait pas encore un dazibao. Contemporaine de sa première action politique (une grève, réussie, pour protester contre la remplacement des cours de science par des enseignements en éducation familiale), cette publication, intitulée La Pionnière (الرائدة), est vite prolongée par des articles qu’elle écrit sous pseudonyme dans la presse soudanaise.

Faute de moyens, elle doit se résigner à ne pas entrer à l’Université et devient enseignante. Elle a à peine vingt ans quand elle fonde en 1952, avec une autre militante, l’Union féminine soudanaise (الاتحاد النسائي السوداني) qui milite, entre autres objectifs, pour les droits civiques des femmes. En 1954, elle rejoint le Parti communiste soudanais (à l’époque la seule organisation politique à ne pas être strictement masculine) et prend en charge la rédaction de La voix de la femme (صوت المرأة), une publication qui s’efforce, à travers une série de dossiers très concrets, de convaincre les femmes soudanaises de prendre en main leur destin.

Elle fait partie des personnalités que place sur le devant de la scène la révolution de 1964 contre Ibrahim Abboud (au pouvoir depuis 1958). Première femme élue au Parlement soudanais (mais aussi dans le monde arabe et même en Afrique), elle devient membre du Comité central du Parti communiste soudanais en 1965. Dans un pays où les dictatures succèdent aux gouvernements militaires, elle paie son engagement au prix fort. Son mari est exécuté en 1969 alors que Gaafar Nimeiry, déjà Premier ministre, a rompu la brève alliance qu’il avait passée avec les communistes. Elle-même restera en prison plus de deux ans et demi, suivis de nombreuses années plus ou moins en résidence surveillée jusqu’au renversement de Nimeiry en 1985.

Alors qu’elle s’oppose à la politique du Front national islamique du président Omar el-Béchir (et de Hassan al-Tourabi) qui, sous prétexte « d’authenticité », s’en prend notamment aux droits des Soudanaises, Fatima Ahmed Ibrahim est à nouveau arrêtée. Une forte mobilisation internationale en sa faveur permet sa libération et son exil, en 1990, vers la Grande-Bretagne. Honorée, ainsi que l’Union des femmes soudanaises, par le Prix des droits de l’homme des Nations unies en 1993, elle retourne dans son pays en 2005 et est à nouveau élue au Parlement, avant d’abandonner définitivement la vie politique quelques années après.

La nécrologie que lui a consacrée le Guardian fait allusion aux positions intellectuelles de Fatima Ahmed Ibrahim, et en particulier à sa manière d’associer féminisme et « identité, ou encore « traditions », autant de noms de code pour évoquer une question dérangeante, notamment pour de nombreuses militantes d’aujourd’hui, celle de l’islam vis-à-vis de la question féminine.

Dans son article publié par le site Soudan Tribune (à ne pas confondre avec le quotidien qui porte le même nom), Magdi el Gizouli revient à sa façon sur cette question en montrant comment la militante de toujours est restée fidèle à une conception, osons le mot, « marxiste » des luttes féministes, ce qui la met sans doute en porte-à-faux avec des positions plus contemporaines. Il va même jusqu’à reconnaître que la « praxis » imaginée par la responsable politique soudanaise est allée jusqu’aux alliances les plus improbables avec l’institution religieuse locale.

Citant (plus que probablement en la traduisant) Fatima Ahmed Ibrahim, il explique que, pour elle, il ne s’agit pas d’abandonner les valeurs et les traditions [comprendre : islamiques] ou, pour les Soudanaises, de devenir une copie supplémentaire des femmes occidentales mais, avant toute chose, de mener, par l’éducation, un combat pour la justice sociale :


Citation :
Emancipation does not mean getting rid of our national good traditions and values, or for us Sudanese women to become another copy of the Western woman. It is emancipation from illiteracy, backwardness, disease, unemployment, poverty and discrimination in the home and in society; Equality does not mean for Sudanese women to become another copy of the man. It means for women to be completely equal to men in rights and in decision-making at all levels; Men, as males are not responsible for discrimination against women. Most of them are also exploited and discriminated against. For this, women and men should work together to make social changes that preserve democracy, which is based on social justice and human rights.

Plus loin, Magdi el Gizouli fait le lien entre ce type de position, très critique du pseudo-universalisme d’un certain féminisme occidental, et le combat politique de cette militante formée au temps des luttes anti-coloniales. Contre l’explication « culturaliste » (dans laquelle l’islam joue presque toujours le rôle du coupable idéal), the Red Fatima Ahmed Ibrahim, comme il l’écrit, prône une lecture politique selon laquelle une véritable émancipation féminine est indissociable de la justice sociale :

Magdi el Gizouli conclut cette riche lecture de l’héritage politique laissé par Fatima Ahmed Ibrahim en rappelant que, s’il peut paraître « démodé » aux yeux de biens des militantes au Soudan – et aussi dans le monde arabe et ailleurs –, il n’est peut-être pas si étranger que cela au féminisme postcolonial et transnational d’une Chandra Talpade Mohanty défendant une réelle prise en compte des relations de pouvoir entre féminisme du « Premier » et du Tiers-Monde.


Toujours à propos de féminisme arabe, je ne peux que conseiller vivement la consultation attentive d’un passionnant web-documentaire intitulé نسوية Womenhood. Sous forme d’un abécédaire interactif, 15 femmes égyptiennes y donnent leur « vision du monde », à travers 75 entrées lexicales autour de la notion de Genre (7 heures de témoignages, divisées en 80 petites vidéos-définitions).


Unrestrained Joy. For the first time in the history of the Sudan, a woman, Miss Fatima Ahmed Ibrahim,
editor of a woman's newspaper, has been elected to the Constituent Assembly.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 17 Nov - 13:20


PENSÉES DE DAKAR. Comment se décoloniser ? C'est la question que pose la politologue Françoise Vergès au sortir de ces Ateliers de la pensée de Dakar. Elle y apporte son propre regard.


Françoise Vergès lors de la Nuit de la pensée à l'Institut français, Dakar, 2017 © Antoine Tempé

Citation :
La même joie de se retrouver et de retrouver un public, la même énergie et le même esprit de convivialité ont présidé à la deuxième édition des Ateliers de la pensée à Dakar. Il faut souligner ces aspects qui sont pourtant essentiels au succès de ces Ateliers, car ils démontrent que mettre en commun, dont il fut beaucoup question, n'est pas qu'un désir, un objectif, mais d'abord une pratique. Danser toute la nuit, partager les repas, boire un verre, faire de nouvelles connaissances, se déplacer ensemble dans Dakar, avoir des fous rires, écouter le public, tout cela constitue aussi la trame sur laquelle se tissent les Ateliers, tissage et métier à tisser ayant été d'ailleurs proposés comme métaphores par les poètes Jean-Luc Raharimana et Rodney Saint Éloi.

Les Ateliers de la pensée, nouvel espace d'amitié et de la relation


Il faut donc remercier Felwine Sarr et Achille Mbembé d'avoir créé les conditions de cette possibilité car il ne peut y avoir de production de pensée sans une mise en confiance, une bienveillance, une politique de l'amitié. Et ainsi prendre le contrepied des politiques de l'inimitié dont Achille a fait l'analyse. Que cela se déroule au moment où les États multiplient les frontières et les murs, où les simples gestes de solidarité humaine sont criminalisés, où les Africains sont rejetés aux frontières de l'Europe, où la xénophobie et le racisme constituent les fondements de politiques d'État, est remarquable. Les Ateliers de la pensée offrent un espace de l'amitié et de la relation, cette dernière notion étant aussi revenue à plusieurs reprises.

Ceci étant dit, ne cachons pas l'existence de tensions, d'une différence d'approches épistémologiques, d'une compréhension différente de concepts comme le genre, le féminisme, les religions, le rapport à l'Occident, qui ont surgi au cours des Ateliers. Ce n'est en aucun cas surprenant. Genre et féminisme – ici, tels qu'ils ont été conceptualisés dans la théorie féministe ou queer décoloniale – déclenchent encore et toujours des débats vifs car ils questionnent les généralités, les évitements, les essentialismes. En partant des théories féministes et queer du Sud global, donc de l'Afrique, le débat évitera l'opposition binaire Afrique/Occident. Que ce dernier ait imposé sa propre conception du genre et des droits des femmes, nul ne saurait l'ignorer et nul ne saurait ignorer leur portée impérialiste, fémonationaliste ou pink washing. Cependant, il existe depuis plusieurs années des textes ou des créations visuelles (le travail de la photographe Zanele Muholi) qui rendent visible la présence d'une « Queer Africa » (titre d'ailleurs d'une collection de textes sous la direction de Karen Martin et Makhosazana Xaba) qui donnent à voir la diversité des expressions genrées et queer sur le continent africain. La question d'un féminisme décolonial ne pourra être évitée, elle était déjà inséparable du thème de cette année, « Condition planétaire et politique du vivant ».

Comment se décoloniser ?

Un sujet est revenu à plusieurs reprises : comment se décoloniser ? Comment décoloniser les pratiques, les institutions, les mentalités ? Je reprendrai la remarque de Frantz Fanon : « La décolonisation est un processus historique ». Autrement dit, il nous revient dans ces Ateliers de clarifier dans quel processus historique nous sommes et, donc, quelles politiques de décolonisation en découlent ? Ce qui implique de croiser sciences humaines et sociales et sciences de la vie et de la nature, de définir une politique décoloniale africaine sur le changement climatique, sur la reproduction (et non la « démographie »), sur le travail, sur la souveraineté, la citoyenneté. Décoloniser les méthodologies, dénationaliser les récits historiques, faire apparaître encore plus clairement les routes de circulation des idées, des sons, des gestes, qui échappent à la logique de la marchandise et de l'axe Nord/Sud. Reprendre les fils de la trame tissée par les générations précédentes et y ajouter de nouveaux fils, couleurs, graphisme.

Les Ateliers étant une rencontre entre Africain.e.s basé.e.s sur le continent et celles/ceux de la diaspora, ils ont aussi montré l'hétérogénéité du signifiant « Afrique », notamment dans la littérature, la culture et les arts, champs foisonnants et vibrants, parfois plus libres de contraintes que le champ de la recherche universitaire. Cette dernière, en effet, ne s'est pas entièrement affranchie des codes académiques occidentaux qui entravent la collaboration et une réelle transdisciplinarité, qui favorisent la suprématie de l'auteur. Dans la littérature, les arts et la culture, j'ai moi-même pu constater à quel point les afro-descendants se sont saisis du signifiant Afrique pour parler de la beauté, des mémoires, du corps, de la sexualité, de la folie, des figures oubliées.

* Françoise Vergès est politologue et présidente du comité pour la mémoire de l'esclavage. Elle vient de publier "Le Ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme", Albin Michel, « Bibliothèque des idées ». 240 pp., 20 euros.

j'ai rendu compte des Ateliers de la pensée par cinq articles de presse ici

« on ignore souvent en France où on a du mal à reconnaître qu’il existe des théoriciens africains,
que de la théorie se fabrique en Afrique
»

Françoise Vergès

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