PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» la VIOLENCE venue dans la "CONTRE-RÉVOLUTION" CAPITALISTE...
Aujourd'hui à 18:07 par Patlotch

» MACRONISME, ÉTAT français et RESTRUCTURATION de la géoéconomie du CAPITAL
Aujourd'hui à 18:00 par Patlotch

» EXTIMITÉ, les confessions de Patlotch : un rapport aux autres et au monde
Aujourd'hui à 17:38 par Patlotch

» JOHNNY HALLYDAY, ROCK FRANÇAIS et IDÉOLOGIE POLITIQUE du MACRO N' POPULISME
Aujourd'hui à 14:51 par Patlotch

» PALESTINE et ISRAËL
Hier à 17:18 par Patlotch

» 9 - QUE SE PASSE-T-IL ? hypothèses et validations empiriques... Quelles contradictions, quelle dynamique historique ?
Sam 9 Déc - 17:00 par Patlotch

»  "GREAT BLACK MUSIC"... pour "double paire d'oreilles"
Sam 9 Déc - 9:47 par Patlotch

» ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme... Identité juive... UJFP, JJR...
Jeu 7 Déc - 21:13 par Patlotch

» au-delà du vrai et du faux, tragique comédie
Jeu 7 Déc - 16:44 par Tristan Vacances

» LA NOUVELLE GAZETTE DES VANNES (Franzoseur Zeitung)
Jeu 7 Déc - 15:55 par Patlotch

» LA RÉVOLUTION COMMUNISTE SERA FÉMINISTE OU NE SERA PAS (féminisme et marxisme)
Jeu 7 Déc - 15:43 par Patlotch

» la classe écologiste du capital
Jeu 7 Déc - 12:54 par Patlotch

» LA FRANCE AIME LES "ARABES", d'ailleurs, et riches : l'émir lave plus blanc
Jeu 7 Déc - 12:04 par Patlotch

» 8. poèmes, fables et contes pour en causer
Mer 6 Déc - 15:02 par Patlotch

» ENFANTS au TRAVAIL dans le monde
Mar 5 Déc - 22:33 par Patlotch

» NOTES de STYLISTIQUE et POÉTIQUE
Mar 5 Déc - 19:04 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Mar 5 Déc - 18:17 par Admin

» les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness, BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'... NON-MIXITÉ
Mar 5 Déc - 17:48 par Patlotch

» la DOMINATION MASCULINE en FRANCE : machisme, travail, domesticité, violences...
Mar 5 Déc - 17:20 par Patlotch

» vous avez dit "OUVRIER" ?
Mar 5 Déc - 15:07 par Patlotch


Partagez | 
 

 DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 26 Aoû - 11:40


on s'y attendait : communion et confirmation

Burkini : Jean-Luc Mélenchon partage l'affront fait aux musulmanes

Michelle Guerci Blog Médiapart 24 août 2016

Dans Le Monde du 24 août, JLM condamne les « militantes provocatrices en burkini ». En quelque sorte, il choisit son camp. Les citoyens de gauche, musulmans ou non, étaient en droit d'attendre autre chose du candidat dit de la France insoumise. La gravité du climat qui s'installe dans ce pays nécessite de revenir sur l'immense responsabilité de la gauche « républicaniste » dans la situation.

Citation :
Dans une interview au Monde de ce jour (1),  à une question sur le burkini, Jean-Luc Mélenchon répond : «C’est une provocation.» On aurait pu croire que ladite provocation concernait l’arrêté pris par le maire de Nice et ceux qui l’ont suivi (2). Ou encore Manuel Valls qui a clairement affiché son soutien à ces maires. Ou encore ces policiers municipaux qui se baladent sur les plages de Nice et demandent aux femmes voilées de se dévêtir. Non. La provocation qu’évoque Jean-Luc Mélenchon concerne les femmes musulmanes qui se baignent en burkini. Et le candidat de la France Insoumise de poursuivre : «L'instrumentalisation communautariste du corps des femmes est odieuse. C'est un affichage militant. mais quand on est l'objet d'une provocation, mieux vaut ne pas se précipiter dedans [...] La masse des musulmans est excédée par une histoire qui les ridiculise. Valls a eu tort d'en rajouter. »

Il ressort de cette interview que JLM, ne condamne ni les maires qui ont pris ces arrêtés, ni Manuel Valls qui les a soutenus,  ni la droite sarkoziste qui a orchestré cette campagne, ni le gouvernement qui laisse faire (3), mais des femmes accusées d’instrumentaliser leur propre corps ou de l’être par leurs maris, pères, cousins... Bref la fameuse COMMUNAUTE. JLM n’aurait-il pas été informé des derniers événements de Nice ? N’a-t-il pas vu ces photos d’une femme en legging et tunique turquoise, foulard sur la tête, se reposant paisiblement sur la plage pendant que ses enfants se baignent, sommée par ces policiers municipaux en tenue de se déshabiller, puis verbalisée, et contrainte de payer une amende pour pouvoir rester sur la plage ? (4)

Tout à sa tactique de campagne, il utilise la même réthorique qu’un Valls : dénoncer l’extrême droite en en se faisant son propagandiste. Car sur cette question, il y a une feuille de cigarette entre le candidat de la France insoumise, la droite et MLP. Marine Le Pen demande l’interdiction du burkini salafiste, et JLM dénonce des provocatrices militantes (salafistes), sauf qu’il appelle à ne pas tomber dans la provocation, cad l'interdiction. Divergence de fond, on le voit. Et les arguments sont les mêmes : rengaine sur la libération des femmes et le communautarisme…. Le communiqué officiel du PG rédigé par son secrétaire à la lutte contre les discriminations et la laïcité (incroyable intitulé, quel rapport entrée les deux ?) est précis : « Le burkini est le fruit d'une offensive religieuse salafiste qui ne concene qu'une partie de l'islam[...] La question politique à résoudre reste celle du combat des femmes pour accéder librement à l'espace public.» Sic. On est tenté de rire pour ne pas pleurer.

Une tenue militante salafiste : contrevérités grotesques

Pour ne pas proférer des contre-vérités aussi grotesques, on ne saurait trop conseiller aux responsables du PG  de lire les chercheurs spécialistes de l’islam, qui comme Olivier Roy (4), expliquent que ce vêtement est interdit sur les plages wahhabites où les femmes sont interdites de baignades de fait, qu’il il est né en Australie très récemment (2003), conçu par une femme qui voulait faciliter les bains de mer de femmes ne souhaitant pas se déshabiller à la plage. JLM et le PG ont le droit de ne être en accord avec ce type de tenue mais c’est une liberté individuelle imprescriptible. En tout cas, les femmes pourchassées pour burkini ou, depuis hier pour legging avec tunique, doivent savoir qu’elles ne seront pas défendues par le candidat de la France insoumise.

Alors il faut que les choses soient claires. Car ce climat nauséabond de chasse à la femme en burkini ou au voile est une ignominie. La masse des musulmans est excédée par cette affaire, mais pas «parce qu'elle les ridiculise», contrairement aux propos de JLM. La masse des musulmans n’en peut plus d’être stigmatisée tantôt au nom d’une laïcité totalement détournée de ses fondements (jupes longues, tenue ostentatoire, viande hallal, menus de substitution...), au nom des droits des femmes dont toute la classe politique de contrefout, sauf quand il s’agit des musulmans, au nom de la lutte contre le terrorisme où elle sommée de se prononcer tout en se faisant discrète, au nom des troubles à l’ordre public (cf ces arrêtés municipaux) alors qu’ils n’ont qu’une fonction : créer du désordre public contre les musulmans. (4)  Mélenchon, le vieux briscard, quarante ans de politique professionnelle au compteur, n'aurait pas compris que cette campagne sur le burkini et ces arrêtés orchestrés par le Parti des républicains étaient des ballons d'essai ? Que demain, ils iraient plus loin, eux, les seuls provocateurs dans cette affaire ?

« C’est quoi l’étape d’après, le fichage ?»

La masse des musulmans, par ailleurs électeurs et celle des non musulmans de gauche tout aussi électeurs n’est plus dupe. Le racisme républicain à « gauche » a une responsabilité majeure dans le désastre actuel. Olivier Roy le redit, la focalisation sur l’islam (depuis des décennies maintenant, donc bien antérieure aux attentats), est liée à la conjonction entre une droite traditionnelle liée à la défense du christianisme et une gauche laïcarde et anticléricale qui a voulu ériger l’athéisme en religion d’Etat.

Pour  rappel, voici, par exemple, une liste non exhaustive de personnalités politiques ou médiatiques passées de la gauche de Jean-Pierre Chevènement, l’homme choisi par François Hollande pour la direction la Fondation de l’islam de France, à l’extrême droite ou à la droite dure  : Florian Philippot, Paul Marie Couteaux,  Eric Zemmour, Elisabeth Levy, Natacha Polony,.. (5) Pas encore nommé ledit « Che » s’est précipité pour demander aux musulmans de France de la discrétion. Aucun responsable politique n’a dénoncé ces propos de l’ancien préfet de la région d’Oran qui ont ulcéré les musulmans. Et pas qu'eux si l'on en juge les multiples réactions sur twitter. « C’est quoi l’étape d’après, le fichage ?» ont réagi certains d’entre eux dans l’Obs.

1933, un journaliste objectif : «Les Juifs ont manqué de prudence. On les remarquait trop»

Pour l'écrivain Serge Quaddrupani, « Un cran vient d'être franchi, qui ressemble beaucoup à un point de non-retour dans la fabrication d'un bouc émissaire. [...] Et de rappeler qu’en septembre 1933, un journaliste qui se voulait objectif et mesuré […] , laissait tomber à propos de l'Allemagne hitlérienne et, à propos des persécutions antijuives, laissait tomber : «A coup sûr, les Juifs ont manqué de prudence. On les remarquait trop.» (6) JLM est un homme dont on vante la culture. Pourquoi n’est-il pas capable de faire ce rapprochement ? Comme tous ceux instrumentalisent qui la question musulmane pour faire des voix ou par peur d’en perdre ? Mélenchon draguerait-il en eaux troubles, comme certains l'ont dit après sa sortie à propos des travailleurs détachés «qui viennent manger le pain des Français » ?

Mais cette prise de position burkinienne vient de plus loin. JLM appartient à ce camp à « gauche » comme un Valls, un Chevènement… qui n’ont cessé de répéter, depuis des années, que la religion est une affaire privée devant s’exercer dans l’espace privé. En contradiction absolue avec la lettre et l’esprit de la loi de 1905 qui autorise l'expression religieuse dans l'espace public, comme l'a rappelé l’Observatoire de la laïcité dirigé par Jean-Louis Louis Bianco. Lequel, n’a d’ailleurs pas bénéficié non plus du soutien de JLM lors de la campagne acharnée pour sa démission orchestrée par Manuel Valls devant le très communautaire Crif, en janvier 2016. A ce camp à «gauche» qui au nom de cette fiction la "république une et indivisible", n'ont cessé de combattre le «multiculturalisme» incontournalble pourtant de la société française.

Des "sauvageons" de Chevénement aux "larbins du capitalisme" de JLM

Sur les discriminations que subissent les populations issues de l’immigration postcoloniale, sa discrétion est assourdissante. Lors de la mort d’Adama Traoré après son interpellation le 19 juillet 2016,  JLM dénonce « une militarisation de l’action policière » et ajoutera « M. Adama Traoré n’est mort que du fait de son interpellation.» Prise de position saluée par des militants associatifs mais brocardée sur twitter par des membres de familles de victimes de crimes policiers rappelant son silence lors de la mort d’un des leurs. Pendant l’été, la caravane de la France insoumise est allée en banlieue…Devant les déclarations de JLM les appelant à voter, les militants associatifs sont plus que circonspects. Pourquoi faire le déplacement de l’autre côté du périphérique maintenant et pas avant ? Comme le PS de Hollande en 2012. Les habitants des banlieues savent que leurs voix sont recherchées pendant les élections. Mais ils ont de la mémoire. En août 2012, des émeutes éclatent à Amiens Nord, à la suite d’une énième intervention musclée de la BAC, au cours d’une repas de deuil cette fois. L'alors porte-parole du Front de Gauche qualifiera les jeunes révoltés de « bouffons, crétins, larbins du capitalisme ». Ce qui lui valut une lettre ouverte de membres de son parti en désaccord sur le site Rue 89. Dans les années 1990,  Chevènement parlait, lui, de « sauvageons ».

La guerre d'Algérie, "une guerre civile"

JLM voudrait ne pas parler de ces questions de religion et de discrimination qui "éloignent des vrais problèmes". Sauf que cette vieille réthorique (utilisée sur les combats féministes, les luttes antiracistes) ne fonctionne plus du tout. Parce que tout un pan de la population de ce pays est mise à l'index. Impossible pour un homme politique responsable de reléguer cette réalité au second plan. Impossible aussi de ne pas faire le lien entre ces « trous noirs » du candidat de la France insoumise et son rapport à l’histoire de la colonisation algérienne. Lors d’une conférence  Alger, en févier 2013, il sidère son auditoire, en qualifiant la guerre d’indépendance du peuple algérien, de« guerre civile ». Et la condamnation par la France de ses crimes en Algérie, de « perte de temps ». Ce qui a hérissé, la encore, jusque dans les rangs de son propre parti (7). Enfin, l’homme qui considère que Tarik Ramadan est infréquentable peut-il comprendre l’effet que produit sur l’électeur de gauche, ses amitiés (passées mais d'un passé très récent) avec un Zemmour ou un Buisson ? (Cool

Nous sommes nombreux à avoir honte de ce qui se passe. A avoir honte –parce que nous sommes de gauche – de cette gauche qui se tait devant les abjections que subissent les musulmans de ce pays, et notamment des femmes pour un simple vêtement. Le drame qui se prépare en 2017 nécessite de mettre les pendules à l’heure. Toutes les pendules. Un responsable politique, surtout s’il se prépose à la candidature «suprême» ne peut attendre que l'on se se taise sur le passé. La meilleure façon d'éviter le passif.


1 http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2016/08/24/jean-luc-melenchon-je-suis-le-bulletin-de-vote-stable-et-sur_4987052_823448.html

2 http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/08/16/01016-20160816ARTFIG00290-plusieurs-communes-interdisent-desormais-le-burkini-sur-leurs-plages.php 3

3 Et ce n’est pas la déclaration d'un B. Cazeneuve, qui a reçu le CFCM a la demande de ce dernier, appelant à ne pas "stigmatiser" qui change quoi que ce soit au problème

4 http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160822.OBS6680/siam-verbalisee-sur-une-plage-de-cannes-pour-port-d-un-simple-voile.html 3

5 http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2014/11/08/et-zemmour-devint-zemmour_4520705_823448.html 3

"Au milieu des années 1990, Eric Zemmour flirtait vec la Fondation Marc-Bloch, où des journalistes, comme Elisabeth Lévy, dénonçaient la « pensée unique » de l’intelligentsia française. Une petite bande souverainiste dont la trajectoire laisse rêveur. En 2002 (Zemmour vote pour Chevènement), ces « nationaux-républicains » commencent par dénoncer le front anti-Le Pen et l’antifascisme de salon qui fait descendre la jeunesse dans la rue. Puis décontaminent patiemment les idées du FN, quand ils ne rejoignent pas directement la formation d’extrême droite, comme l’ex-plume du « Che » Paul-Marie Coûteaux, et investissent les médias. "

6 Le blog de Serge Quaddrupani

7 http://vivelepcf.fr/1822/pour-melenchon-la-guerre-dalgerie-na-ete-quune-guerre-civile/

8 http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2014/11/08/et-zemmour-devint-zemmour_4520705_823448.html 3


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 26 Aoû - 17:17


cet article est d'avril 2016, mais ce qui valait hier pour le "voile islamique" vaut aujourd'hui pour le burkini : Lafrance se rapproche un peu plus de la noyade


Cette étrange obsession française pour le voile

Orient XXI 27 avril 2016

Article original : The Veil and the Political Unconscious of French Republicanism (Le voile et l’inconscient politique du républicanisme Français*) traduit de l’anglais par Françoise Feugas

* titre somme toute plus précis, et qui montre mieux le caractère inconscient de l'idéologie)


L’obsession française pour le foulard ne se retrouve pratiquement nulle part ailleurs dans le monde. Pourquoi ? Analyse d’une historienne américaine spécialiste de la France.

Citation :
La crispation du gouvernement français sur « le voile » est sans commune mesure avec ce qui se passe dans la plupart des autres pays occidentaux. Dans le monde anglo-américain, même après le 11-Septembre, le voile n’est pas considéré comme l’étendard d’une insurrection. Le gommage de toute différence ethnique, raciale et religieuse n’est pas une condition nécessaire pour l’intégration dans la nation. Une phrase du poète américain Walt Whitman résume à peu près la manière dont la diversité est conçue : « Je suis grand, je contiens des multitudes ».

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de problèmes de discrimination terribles et persistants basés sur les différences (raciales en particulier) aux États-Unis ; simplement ces différences sont reconnues comme partie intégrante de l’héritage national. Elles sont relevées dans les recensements, décrites dans les collections de données institutionnelles, et comprises comme étant la source de notre richesse culturelle. Les appellations composées (« Africain-Américain », « Italien-Américain », « juif-Américain », « musulman-Américain ») disent assez l’acceptation du fait que les identités politiques et culturelles peuvent coexister sans porter atteinte à la nécessaire unité nationale. Si durant les primaires en cours de la prochaine élection présidentielle des failles majeures se sont révélées, elles sont plus fondées sur les disparités économiques que sur les différences ethniques ou religieuses. Ce sont les énormes inégalités de revenus et non les affiliations communautaires qui divisent l’électorat et nos hommes politiques en ce moment.

Une « hystérie politique »

Pour toutes ces raisons, l’obsession française du voile islamique nous semble correspondre à ce qu’Emmanuel Terray nommait en 2004 une « hystérie politique ». La rhétorique déchaînée, les menaces et les lois punitives visant les vêtements féminins (hijab, voile intégral, abaya) semblent excessives, pour ne pas dire insensées. L’alarme lancée en 1989 par Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter et d’autres, prédisant que la non-interdiction du hijab dans les écoles serait le « Munich » de la République a conduit certains d’entre nous à se demander comment ces supposés intellectuels sérieux pouvaient grossir le trait à ce point. Récemment, le commentaire de Laurence Rossignol comparant le port du voile à la soumission volontaire à l’esclavage a suscité une interrogation du même ordre : avait-elle la moindre idée de l’épisode historique auquel elle faisait allusion ? Et quand Charlie Hebdo puis la rédaction de Libération ont mis en garde contre l’inévitable pente glissante conduisant du voile aux attentats terroristes et fustigé les « islamo-gauchistes » qui dénonçaient l’amalgame entre les traditions musulmanes et l’islam politique, il était difficile de ne pas lire dans leurs articles autant d’exemples de l’islamophobie qu’ils niaient si bruyamment.

Un autre aspect troublant de la focalisation sur l’habillement des femmes musulmanes est l’idée que la « laïcité » exigerait l’interdiction du voile au nom de l’égalité entre hommes et femmes. Ceux d’entre nous qui connaissent un peu l’histoire de ce mot sont surpris de le trouver invoqué comme principe de l’égalité de genre. Cela n’était certainement pas la préoccupation des anticléricaux qui ont inventé le terme en 1871, ni celle des auteurs de la loi de 1905 qui prescrit la neutralité de l’État en matière de religion et ne dit absolument rien de la façon dont les femmes doivent être traitées. C’est plutôt la « nouvelle laïcité » (ainsi nommée par François Baroin en 2003 lorsque l’interdiction du voile était en débat) qui a fait entrer l’égalité entre les hommes et les femmes dans les principes fondateurs de la République. Elle transfère l’exigence de neutralité de l’État à ses citoyens, des institutions et des représentants de l’État à tout l’espace public et à tous ses habitants. La « nouvelle laïcité » exige des individus qu’ils comprennent que la neutralité, définie comme l’absence du plus modeste signe d’affiliation religieuse, est la condition sine qua non de l’appartenance à la nation.

Le mot « laïcité » est polémique depuis sa création en 1871 par les militants anticléricaux. À l’époque, il servait à contrer le pouvoir de l’Église catholique ; à présent, il est utilisé pour définir une identité française qui exclut les musulmans. Dans les deux cas, les femmes sont considérées comme un danger potentiel pour la République. Au XIXe et au début du XXe siècle, on soupçonnait les Françaises d’être sous l’influence des prêtres ; au XXIe siècle, ce sont les femmes musulmanes dont les foulards sont le signe d’un « défaut d’assimilation » inacceptable, et d’un refus agressif de l’égalité soi-disant caractéristique de la République. Finkielkraut l’a dit sans détour dans un entretien au New York Times(1) : « la laïcité l’a emporté. Et nous ne pouvons faire aucun compromis sur le statut des femmes. (…) Tout vient de là. »

Marianne dévêtue

L’assimilation culturelle est une caractéristique bien connue de l’identité française. Le souci de représenter la France comme une nation homogène est ancien ; des générations d’immigrants ont ainsi été sommés de perfectionner leur pratique de la langue, s’identifier à « nos ancêtres les Gaulois » et déclarer avant tout leur loyauté envers les fondamentaux culturels et politiques du pays. Mais les partisans de l’assimilation n’ont que très rarement ciblé les femmes comme ils le font actuellement. Pourquoi sont-elles devenues l’objet d’une telle attention ? La plupart des terroristes sont des hommes ; les armées de l’organisation de l’État islamique sont complètement masculines. Pourquoi les politiciens français, notoirement rétifs à voter des lois sur la violence domestique, le harcèlement sexuel ou l’égalité salariale, et (pour la plupart) résistant activement à la mise en œuvre de la loi sur la parité en politique, pourquoi ces hommes — avec quelques soutiens féministes — sont-ils si soucieux du statut des femmes dès lors qu’il s’agit de l’islam ? Qu’est-ce que leur obsession du vêtement des femmes musulmanes nous dit sur les angoisses des républicains français ?

Certes, ils en appellent à la vieille idée d’une identité française homogène et à une vision de la laïcité dans laquelle la religion est privatisée — une question de conscience individuelle qui n’a pas à être publiquement exposée. De ce point de vue, peut-être, l’habillement des femmes musulmanes est vu comme marquant plus visiblement leur appartenance religieuse que les vêtements des hommes musulmans. On puise aussi dans les réminiscences de la « mission civilisatrice » coloniale qui vantait le traitement supérieur des femmes françaises (bien avant qu’elles aient le droit de vote ou qu’elles soient libérées des restrictions du Code napoléonien) sur celui des femmes « indigènes », dont les voiles avaient alors un attrait érotique, et n’étaient pas comme aujourd’hui un signe de répression sexuelle. Et puis, il y a la Marianne dévêtue, symbole de la nation ; poitrine nue, elle est La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix et l’icône qui figure en bonne place dans les hôtels de ville d’un grand nombre de municipalités. Dans la polémique actuelle, Marianne à la gorge offerte incarne les femmes françaises émancipées par opposition aux femmes voilées qui seraient soumises à l’islam.

Égalité du Même, inégalité de l’Autre (sexe)

Mais je pense qu’il y a plus que tout cela. Quelque chose qu’on pourrait appeler l’inconscient politique du républicanisme français, qui alimente l’hystérie autour du vêtement des femmes musulmanes. Cette hystérie dont nous sommes témoins provient d’une contradiction inavouée, mais persistante entre l’égalité politique et la différence sexuelle. Il est possible que ce ne soit pas le motif direct dans le cas de Badinter ou de Manuel Valls, mais je pense que cela va jusqu’à entacher leur défense inflexible de la République laïque et contribue à expliquer plus généralement la fixation sur les femmes musulmanes et leurs foulards.

La contradiction est évidente depuis 1789 et n’a pas disparu quand les femmes ont obtenu le droit de vote en 1944. La citoyenneté en France est basée sur un individualisme abstrait. L’individu est l’unité essentielle, indépendamment de la religion, de l’ethnie, de la position sociale ou de la profession. Une fois ôtés tous ces éléments, les individus sont tous pareils, c’est-à-dire égaux. Mais dans la longue histoire de la politique française, la différence sexuelle a constitué le principal obstacle au « même », à la ressemblance, vue comme une distinction naturelle et donc impossible à éliminer. La nature a décrété un manque de similitude (donc une inégalité de ce point de vue) que la société ne peut pas corriger. Il y a une profonde incompatibilité entre la promesse universelle d’égalité dans la théorie politique républicaine et la différenciation sexuelle créée par la nature. Cela n’entre pas dans la logique républicaine.

Quand les femmes ont obtenu le droit de vote, ce fut en tant que groupe particulier, non en tant qu’individu(e)s. Dans les débats sur la parité, l’argumentation qui a finalement permis à la loi de passer a été celle qui a remplacé l’individu par le couple hétérosexuel. Sylviane Agacinski a ainsi affirmé (pour la parité et contre le PACS en 1999) qu’il ne pouvait pas y avoir de Parlement monosexué comme il ne pouvait y avoir de familles monosexuées. La complémentarité s’est ainsi substituée à l’égalité des individus. Dans l’éloge de la séduction comme trait de caractère national, la complémentarité est asymétrique : les femmes « consentent amoureusement » à leur subordination aux hommes.

L’accent mis sur le jeu de séduction ouvert entre hommes et femmes, et en particulier l’affichage public du corps des femmes, sert à démontrer leur différence et la nécessité de les traiter autrement. En ce sens, le problème que pose le sexe à la théorie politique républicaine est nié. Paradoxalement, l’« objétisation » de la sexualité féminine sert à « voiler » une contradiction inhérente au républicanisme français : son incapacité à réconcilier la différence sexuelle « naturelle » avec la promesse d’égalité pour tous.

Le voile au pied de la lettre

Le voile des femmes musulmanes semble présenter un défi de ce point de vue, menaçant d’exposer la contradiction niée ou réprimée de la théorie républicaine. L’habillement « modeste » répond directement aux problèmes posés par le sexe et la sexualité dans les relations sociales et la politique. Il atteste que les relations sexuelles sont interdites sur la place publique. Certaines féministes musulmanes affirment que c’est ce qui les libère en fait, mais que ce soit le cas ou non, ou que chaque femme qui met un voile en comprenne le symbolisme de cette manière ou pas, le voile signale l’acceptation de la sexualité et même sa célébration, mais seulement dans des circonstances particulières — en privé, au sein de la famille. Le paradoxe ici est que le voile rend explicites — visibles pour tous — les règles de l’interaction de genre qui déclarent que les échanges sexuels se font hors de l’espace public.

C’est la reconnaissance explicite d’un problème que la politique française veut nier qui rend le voile « visible » au sens sexuel du terme. Le vêtement des femmes musulmanes est la preuve des difficultés que présente le sexe pour les échanges dans la sphère publique — difficultés que les républicains français veulent nier. Leurs pieuses déclarations sur l’égalité sont en totale contradiction avec leur profond malaise dès qu’il s’agit de partager le pouvoir avec l’autre sexe. La séduction est pour eux une alternative préférable.

Je ne veux pas nier les aspects patriarcaux des pratiques musulmanes, mais nous ne devons pas ignorer non plus le fait qu’il n’y a pas d’égalité de genre parfaite en France. Les femmes sont objétisées dans les deux systèmes, quoique différemment. Je veux simplement dire que l’hystérie politique sur le voile doit être comprise non pas comme une réponse simple et logique au terrorisme, ni comme la défense de l’égalité de genre. C’est plutôt une façon de nier la persistance d’inégalités à l’intérieur de la société française (inégalités qui vont du genre à la race et à l’ethnie). Ces inégalités ne sont pas accidentelles ; elles sont consubstantielles à un système politique qui fait du « même » abstrait le fondement de l’égalité, et de la différence sexuelle concrète l’exception et la justification d’une inégalité qui, parce qu’elle est « naturelle », ne peut pas être nommée.

C’est peut-être une autre manière de dire que toute l’attention portée à l’inégalité qui caractériserait le sort des seules femmes musulmanes est un moyen d’évacuer les problèmes concernant les femmes françaises en général — différents bien sûr, mais qui n’ont pas été résolus par la loi (le vote, les modifications du Code civil, la parité) ni par d’autres moyens. Une chose est sûre, si l’inégalité de genre existe également dans le monde anglo-américain, elle n’a pas pris la forme de cette obsession des femmes musulmanes et de leurs voiles dont on peut dire qu’elle est une singularité française.

Joan Wallach Scott

(1)Adam Nossiter, « Once Hopeful for Harmony, a Philosopher Voices Discord in France », 11 mars 2016




Joan Wallach Scott
Historienne, professeur émérite à l’Institute for Advanced Study (Princeton, New Jersey). Ses travaux, initialement consacrés au mouvement ouvrier français, se sont orientés à partir des années 1980 vers l’histoire des femmes dans une perspective de genre. Elle est notamment l’auteur de The Politics of the Veil (Princeton University Press, 2010).

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 26 Aoû - 19:00


burkini : dénouement provisoire

sans faire de juridisme, nous considérons ici le droit comme la prise en compte de contradictions entre l'État et la société civile, l'entérinement d'une situation de faits, d'un rapport de forces. Comme nous avons pris le feuilleton en route, allons au bout, en attendant la suite...

le Conseil d'État sort ici l'État français d'un mauvais pas par lequel il s'enfonçait dans le ridicule, mais tout n'est pas dit, car comme j'écrivais à côté : ce que l'État fait, Conseil d'État ou pas, il peut le refaire, le défaire, et ainsi de suite... Ce qui est illégal aujourd'hui peut devenir légal demain, et la droite ne s'y est pas trompé, qui demande de légiférer pour interdire le burkini. Cf Conseil d'État et burkini. C'est, disons, affaire de conjoncture...



JUSTICE Le Conseil d'Etat a suspendu ce vendredi l’arrêté dit « anti-burkini » pris le 5 août dernier par le maire de Villeneuve-Loubet...


La plage de Villeneuve Loubet, en 2010 - BEBERT BRUNO/SIPA

Citation :
Le verdict très attendu du Conseil d’Etat est tombé ce vendredi. La plus haute juridiction administrative française a suspendu l’arrêté dit « anti-burkini » pris le 5 août dernier par le maire de Villeneuve-Loubet, Lionnel Luca (LR). Une trentaine d’autres communes littorales avaient pris des mesures similaires, et environ autant de procès-verbaux ont été distribués cet été. Quelles vont être les conséquences de l’ordonnance du Conseil d’Etat ?

Que dit exactement le Conseil d’Etat ?

L’ordonnance suspend l’article 4.3 de l’arrêté pris le 5 août dernier. « Cela rend l’article illégal », explique Michel Lascombe, professeur de droit constitutionnel à Sciences-Po Lille.

Le principal argument du Conseil d’Etat est que la restriction de l’accès aux plages ne peut être justifiée qu’en cas de « risques avérés » pour l’ordre public. Or « aucun élément produit devant le juge » n’a permis d’établir l’existence de tels risques, indique l’ordonnance. Dans ces conditions, le maire ne pouvait interdire l’accès à la plage et la baignade en se basant sur « des risques avérés à l’ordre public, ni sur des motifs d’hygiène ou de décence », précise le Conseil d’Etat.

Par conséquent, cet article 4.3 a « porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et de venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle », tranche la juridiction.

Quelle est la portée de cette décision ?

« Cette ordonnance rappelle les limites des restrictions de la liberté religieuse. Dans l’espace public, en l’absence de troubles avérés, chacun peut se vêtir comme il veut et porter des signes de distinction religieuse. Une nonne, un rabbin, une femme voilée, ont le droit d’être ainsi vêtus sur la plage, ou ailleurs dans l’espace public », détaille Michel Lascombe.

Par ailleurs, le Conseil d’Etat balaie l’invocation de « l’émotion » et des « inquiétudes résultant des attentats terroristes », qui ne peuvent justifier une telle interdiction. « Le sentiment d’insécurité n’est pas l’insécurité », souligne le juriste.

Les arrêtés similaires pris dans trente autres communes sont-ils annulés ?


Non, répond Michel Lascombe. « Cette ordonnance ne suspend pas les autres arrêtés anti-burkini et elle n’entraîne pas leur illégalité. Ces textes restent en vigueur, sauf si les maires décident, logiquement de les retirer. Mais ils sont quasiment inapplicables. L’ordonnance du Conseil d’Etat fait jurisprudence et permettra vraisemblablement de contester leur application et d’éventuels procès-verbaux. Une femme verbalisée au nom d’un arrêté dit anti-burkini peut donc refuser de payer l’amende ».

L’avocat de la Ligue des droits de l’homme qui avait saisi le Conseil d’Etat, Patrice Spinozi, a déclaré ce vendredi que si les maires ne retiraient pas leurs interdictions, « des actions judiciaires sont susceptibles d’être introduites contre ces arrêtés ».



En France, trente communes ont pris de tels arrêtés, en grande majorité dans le Sud-Est du pays.
Visactu Source Ouest-France


Si les municipalités persistent, des associations pourront à nouveau saisir les tribunaux administratifs, qui devraient probablement suivre l’avis du Conseil d’Etat. Il existe une autre possibilité : si la préfecture estime que les arrêtés ne sont pas conformes à la loi, en vertu de la décision du Conseil d’Etat, elle a le pouvoir de les suspendre.

Cet été, une trentaine de procès-verbaux ont été distribués à des femmes en application d’arrêtés dits « anti-burkini », à Nice, Cannes et Mandelieu-la-Napoule notamment, selon les informations rassemblées par 20 Minutes auprès des communes. Ces amendes, entre 11 et 38 euros, pourront-elles être remboursées ? Il sera a priori possible de contester les verbalisations devant la justice.

Est-ce un coup d’arrêt pour toute velléité de légiférer contre le burkini ?

Lors de son premier meeting officiel en tant que candidat à la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy a critiqué le burkini jeudi à Châteaurenard et prôné une loi pour interdire le voile « à l’école, à l’université, dans les services publics, dans les entreprises ». D’autres voix à droite réclament une loi anti-burkini.

« Si un gouvernement faisait un projet de loi dans ce sens, il reviendrait au Conseil Constitutionnel de se prononcer sur la légalité d’une telle loi. Cela serait assez improbable que le Conseil Constitutionnel la valide, et même si c’était le cas, un tel texte pourrait être invalidé car contraire à la Convention européenne des droits de l’homme », explique Michel Lascombe. « Créer une police de l’habillement dans l’espace public est irréaliste », estime le juriste. Cela n’empêchera probablement pas le débat politique de se poursuivre…


ces considérations juridico-politiques ne doivent effectivement pas masquer l'essentiel. Le droit n'arrêtera pas la polémique ni l'idéologie française de poursuivre ses ravages. Croire le contraire serait naïf, ou relèverait si l'on préfère d'une confiance aveugle en la démocratie politique : l'État de droit

une caution a été ainsi donnée à ceux qui dans le gouvernement ou à gauche étaient plus retenus, c'est le grand jeu électoral. On aura remarquer que Valls place ses billes dans tous les camps... c'est aussi ça la politique

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 27 Aoû - 16:00


d'un athée errant au Québec

désislamiser la «question» du voile

de telles considérations, avec d'autres dont j'ai fait part, devraient inviter à désislamiser et dépolitiser la "question" du voile : chiche !?


Ysengrimus aidé de Paul Laurendeau les7duQuébec 25 août 2016


Bas relief représentant l’Arche d’Alliance
(surmontée de la menorah)
portée fièrement par le Peuple Juif comme signe
de son entente éternelle avec le dieu unique

Citation :
Le critère le plus indiscutable pour discerner un signe religieux c’est le critère philologique, c’est-à-dire le critère des textes. Si un objet est explicitement décrit comme signe religieux dans le texte sacré de la religion auquel il se rapporte, c’est incontestablement un signe religieux. Exemple. Prenons une minute pour nous imprégner de la très méticuleuse description prescriptive suivante. Nous sommes dans le cadre du judaïsme et c’est dieu qui donne ses consignes aux fondateurs de son alliance :


Citation :
Tu feras un candélabre d’or pur; le candélabre, sa base et son fût seront repoussés; ses calices, boutons et fleurs, feront corps avec lui. Six branches s’en détacheront sur les côtés: trois branches du candélabre d’un côté, trois branches du candélabre de l’autre côté. La première branche portera trois calices en forme de fleur d’amandier, avec bouton et fleur; la deuxième branche portera aussi trois calices en forme de fleur d’amandier, avec bouton et fleur; il en sera ainsi pour les six branches partant du candélabre. Le candélabre lui-même portera quatre calices en forme de fleur d’amandier, avec bouton et fleur: un bouton sous les deux premières branches partant du candélabre, un bouton sous les deux branches suivantes, et un bouton sous les deux dernières branches — donc aux six branches se détachant du candélabre. Les boutons et les branches feront corps avec le candélabre et le tout sera fait d’un bloc d’or pur repoussé. Puis tu feras ses sept lampes. On montera les lampes de telle sorte qu’elles éclairent en avant de lui. Ses mouchettes et ses cendriers seront d’or pur. Tu le feras, avec tous ses accessoires, d’un talent d’or pur. Regarde et exécute selon le modèle qui t’est montré sur la montagne.

(L’Exode, 25 —31-40, second livre du Pentateuque, dans La Bible de Jérusalem)


C’est la menorah et une description aussi méticuleuse et tataouine issue directement du texte sacré fait qu’il est parfaitement impossible de contester que la menorah soit un signe religieux. Tel est le critère philologique. Ceci dit, le critère philologique doit être complété d’autres critères, plus historiographiques, si on peut dire. Pour dégager l’ensemble des signes religieux explicites, le critère des textes est très important tout en n’étant pas le seul à opérer. Il y a aussi celui de la pratique sémiologique élémentaire reposant sur une tradition culturellement reçue dans le cadre de l’historiographie réelle ou mythologisée des grandes religions.

L’Hexagramme (étoile de David) se généralise comme symbole visuel du judaïsme seulement au dix-septième siècle et son origine remonte aux amulettes juives du Moyen-âge.

La Croix a nettement une origine pré-chrétienne mais se répand comme symbole chrétien depuis le deuxième siècle après Jésus-Christ (le signe de ralliement initial des chrétiens était le poisson) et ladite Croix (inséparable de son vis-à-vis plus iconique, le crucifix) est aujourd’hui inévitablement perçue comme une représentation stylisée du gibet romain sur lequel le fondateur de ce culte fut supplicié.

Le Croissant islamique (souvent accompagné d’une ou de quelques étoiles) trouve ses origines dans des cultes lunaires pré-islamiques absorbés dans le syncrétisme musulman. Le fait qu’on corrèle le calendrier lunaire au Ramadan est une explication ex-post, un peu comme quand on dit que les sept branches de la menorah symbolisent les sept tribus israélites. Mais surtout, quoi qu’il en soit des fluctuations interprétatives sur l’origine historique effective de ces trois symboles, c’est leur caractère de signal de ralliement imparable qui les démarque et les place incontestablement dans la sphère d’une sémiologie non-laïque.

Attention, premier petit jeu du jour : cherchez la synagogue, cherchez l’église, cherchez la mosquée. Nous avons essayé de vous brouiller la vue ici en choisissant des trésors architecturaux sciemment orientaux, tout ballonnés, donc, de beaux dômes oblongs aux couleurs claires, pour éviter que, involontairement ethnocentristes comme nous le sommes toujours un peu, vous invoquez des critères culturel afférents.



synagogue


eglise copte


minaret et mosquée


Imparablement, vous gagnez à tous les coups. La première de ces bâtisses, c’est la synagoque, la seconde, c’est l’église, la troisième, c’est la mosquée. Pas de danger de se tromper, où que vous voyagiez de par le vaste monde. Le signe de ralliement se trouve au bout des tours et/ou sur les façades. Et si c’est si parfaitement imparable, c’est parce que, contrairement au dôme oblong de couleur claire qui, lui, est un objet culturel architectural sans sémiologie particulière et parfaitement non-exclusif à une religion, un peuple ou une contrée, l’Hexagramme, la Croix, et le Croissant, eux, sont des signes religieux. Et ce, redisons-le : imparablement.

Maintenant, eh bien, passons au voile. Première constatation : il n’y a AUCUNE mention prescriptive de voile, de foulard, de hidjab, de tchador, de niqab ou de burqa dans le Coran. Aucune. Les seuls «voiles» mentionnés dans ce texte sacré sont des toiles tendues dans un local pour séparer l’espace alloué aux femmes de l’espace alloué aux hommes (selon une pratique d’ailleurs amplement pré-islamique) ou encore des attributs vestimentaires des femmes mentionnés narrativement comme on mentionne les objets ordinaires que l’on manipule ou qui nous entourent. Rien de plus. Contrairement, par exemple, à la menorah (dont on retrouve la description prescriptive susmentionnée dans le Pentateuque, lui-même un texte sacré hébraïque), le voile ne nous donne à lire aucune formulation dans le texte religieux fondateur qui se proposerait de le décrire, de le promouvoir ou de lui assigner des fonctions pratiques ou symboliques dans le culte islamique. Cela le disqualifie déjà fortement comme signe religieux.

Mais puisque, dans l’ambiance actuelle, il faut en rajouter une bonne couche pour bien compléter le tableau démonstratif, on devra patiemment œuvrer à faire observer que ce vêtement n’a aucune valeur distinctive imparable (insistons: la menorah, l’Hexagramme, la Croix, et le Croissant sont des signes religieux intégralement imparables). Alors maintenant, du haut de notre belle stature occidentale, on va regarder cela de plus près. On va jouer au second petit jeu du jour : cherchez la musulmane voilée. Des quatre femmes voilées qui vous sont présentées ici, pouvez vous distinguer imparablement l’unique musulmane. Attention googler n’est pas jouer.










La première femme est une copte d’Égypte (chrétienne donc) lisant son petit missel, la seconde est une indienne de religion hindoue, la troisième c’est notre musulmane, la quatrième est une maronite libanaise (chrétienne aussi, donc). Éloquent, vous admettrez. Il est patent que, toutes religions confondues, un grand nombre de femmes orientales et moyen-orientales porte des voiles. Ce n’est pas un signe religieux mais un signe culturel. C’est comme les dômes architecturaux, dans l’exemple précédent… sans plus. D’ailleurs, si vous êtes parvenus à distinguer la musulmane parmi ces quatre femmes, il est quasi certain que des critères autres que les critères religieux vous auront subrepticement guidés (critères ethniques ou vestimentaires. Ou alors des particularités du décors. Allons, admettez-le!). Il n’y a pas de symboles religieux vestimentaires sur ces photos. Point barre. Ces femmes modernes sont sans cornette, sans poignard sikh et sans collet romains. Ce sont des citoyennes ordinaires du monde. Leur tenue est intégralement laïque. Ne pas l’admettre est un acte d’exclusion ethnocentriste, rien de plus. Bon, les tataouineux et autres casuistes me la joueront peut-être à l’histoire du temps d’avant le grand nivellement mondialiste, et exigeront que l’on compulse de la documentation plus ancienne. Des photos de femmes voilées d’autrefois, peut-être, comme celles-ci :






Manque de bol pour nos cyber-croisés de service, ces deux femmes voilées de jadis sont des chrétiennes. La première est une orthodoxe arménienne et la seconde, une copte égyptienne d’Alexandrie, celle-ci démontrant magistralement, d’autre part, que le voile intégral lui non plus ne fut pas une exclusivité musulmane. Contribue à la même démonstration, du reste, avec une touche plus actuelle et moderne, la demoiselle suivante se voilant majestueusement le visage :




tout en étant de plain pied une indienne bengalie de religion hindoue. Ce n’est donc certainement pas le Prophète de l’Islam qui la pousse à agir comme ça, n’est-ce pas… ni aucun diktat issu de la morale du bien pesant programme monothéiste (attendu qu’elle est polythéiste). Cessons de flagosser et admettons une bonne fois qu’on a plus ici un geste procédant d’une sorte de pudeur ou de discrétion universelle nous rappelant qu’il est toujours bien délicat de dicter aux gens ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire avec ce qui procède de la plus intime des libertés individuelles corporelles: leurs vêtements.

Alors CQFD. Foutons la paix une bonne fois aux femmes voilées et instaurons une vraie laïcité, notamment en jetant les écoles confessionnelles à terre pour vrai, sans s’en prendre comme toujours aux plus vulnérables de nos compatriotes. Et, puisqu’il faut continuer d’élever notre conscience multiculturelle, souffrons un petit rappel des critères que j’ai appliqué ici, explicitement ou implicitement, pour clairement distinguer les signes religieux des signes strictement culturels.

A) le critère philologique : L’objet est explicitement décrit, préférablement de façon prescriptive, comme signe religieux dans un des grands textes sacrés. C’est alors imparablement un signe religieux (exemple: la menorah ou l’Arche d’Alliance, toutes deux décrites très explicitement dans le Pentateuque).

B) le critère du signal infaillible : sans avoir été nécessairement décrit dans le texte sacré d’origine de la religion à laquelle il se rapporte, l’objet est reçu culturellement comme signe historique explicite d’une religion (notamment comme signal, pour fins d’identification ou de ralliement) et l’indique imparablement (exemples: l’Hexagramme, la Croix, le Croissant et, pour le code vestimentaire: le collet romain, le poignard sikh ou la kippa).

C) le critère de la non-exclusivité culturelle : Quand l’objet n’est pas décrit dans un texte sacré et ne fait pas l’objet d’une exclusivité sémiologique imparable acquise historiographiquement, ce n’est pas un signe religieux mais un signe (ou même un simple objet) culturel. C’est le cas, par exemple, des jolis dômes dodus aux couleurs claires des bâtisses orientales de toutes allégeances, des barbes (qui, Karl Marx et ZZ Top en témoignent, ne sont pas exclusives au Christ, à Moïse ou à Abou Bakr As-Siddiq) et des tenues magnifiques de mes compatriotes voilées qui, je le redis sans faillir, feront toujours l’objet de mon indéfectible solidarité rationnelle et fraternelle.


Tiré de l’ouvrage de Paul Laurendeau (2015), L’islam, et nous les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.




je trouve cependant que l'argument sémiologique, "le voile n'est pas un signe religieux", est un peu tiré par les cheveux (exemple, l'image de la femme copte est aussi datée que celle de certaines nonnes qu'on ressort, mais qu'on rencontre rarement dans la rue). Le voile signifie en situation, et il en existe plusieurs, et non sa signification n'est pas que "culturelle". Une différence est qu'il fasse signe pour qui le porte, ou provocation pour qui le voit. Mais c'est marié avec d'autres considérations qu'il est à prendre en compte

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 28 Aoû - 19:38


les clivages dans le féminisme et dans l'antiracisme vont de conserve
... avec un clivage social ?


Les féministes blanches et aisées aiment un peu trop le capitalisme

Aude Lorriaux Double X Slate.fr 25.08.2016

Les féministes riches et blanches ont-elles laissé le capitalisme faire en permettant l'exploitation des femmes non-blanches et pauvres? C'est la thèse de la philosophe Nancy Fraser qu'il faut relire alors que des chiffres publiés aux États-Unis montrent les inégalités croissantes entre femmes noires et femmes blanches.


Sheryl Sandberg, directrice des opérations (COO) de Facebook,
le 22 juin 2016 à Washington, DC | MANDEL NGAN / AFP

Citation :
. Pendant que la France s'acharne contre le burkini, le fossé économique entre femmes blanches et femmes non-blanches, femmes riches et femmes pauvres, ne cesse de se creuser. Du moins aux États-Unis, selon une étude de l'Institute for Women’s Policy Research, repérée par Slate.com. De 2004 à 2014, le revenu réel des femmes a baissé de 1,6%. Mais ce sont les femmes hispaniques, noires et amérindiennes qui ont vu leur revenu le plus décliner, respectivement de 4,5%, 5% et 5,8%. Alors que celui des femmes blanches a baissé de 0.3%.

« Les femmes noires sont plus nombreuses proportionnellement dans les emplois faiblement rémunérés (comme les emplois de services à la personne, de santé, et l’éducation) et moins nombreuses dans les emplois bien rémunérés comme l'ingénierie, les nouvelles technologies et les postes de responsables », expliquait l’association l’année dernière.

Les tâches domestiques déléguées

Cette étude rappelle la thèse de la philosophe féministe américaine Nancy Fraser qui, dans une conférence donnée en juin à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales), expliquait que le progressisme féministe, ces dernières années, avait beaucoup fait avancer la cause des femmes blanches et des femmes des classes moyennes et supérieures, mais avait laissé sur le bord de la route la cause des femmes noires et non-blanches, qui appartiennent plus souvent aux classes populaires.

Pire, explique Nancy Fraser, les féministes, voyant dans le travail un moyen d’émancipation, se sont alliées au capitalisme et ont accepté, pour que de nombreuses femmes puissent accéder à des postes à responsabilité et gravir les échelons, que soient déléguées à des femmes pauvres les tâches domestiques et de soin des enfants qu’elles ne pouvaient plus assumer. Elles ont largement encouragé l’ascension des femmes blanches des catégories les plus aisées, sans se préoccuper suffisamment des conséquences sur les femmes pauvres, et généralement non-blanches.

Des «sphères séparées» au «revenu familial»

La condition des femmes est étroitement liée aux évolutions du capitalisme. Pour nourrir sa démonstration, la philosophe retrace trois phases du capitalisme depuis le XIXe siècle, à travers la notion de « reproduction sociale » –définie comme « la mise au monde et l’éducation des enfants, la sollicitude envers amis et membres de la famille, la tenue des foyers et des communautés sociales, ainsi que, plus généralement, la pérennisation des liens sociaux ». La reproduction sociale est une « condition de possibilité de l’accumulation du capital sur la longue durée », selon Fraser. Mais, en même temps, le capitalisme tend à scier la branche sur laquelle il repose, en exerçant toujours plus de pression sur ces conditions.

C'est l’idéologie des «sphères séparées» qui a d'abord dominé au XIXe siècle –la première phase–, où les femmes étaient confinées au foyer et où les hommes avaient accès à l’usine. La reproduction sociale était essentiellement assurée par les femmes. Cette situation les rendait dépendantes économiquement de leurs maris, et leur a parue, à la longue, intenable.

Ensuite, les mouvements féministes, tant libéraux que socialistes, ont misé sur le travail pour dynamiter ce schéma. Sous la pression de ces mouvements, le capitalisme a dû se réorganiser dans la première moitié du XXe siècle pour permettre aux femmes d’accéder à un revenu minimal, complémentaire de celui de leur conjoint masculin, et leur accordant un minimum d’autonomie. C’est le modèle présenté comme idéal et plus juste du «revenu familial», dans lequel l’État prend en charge une partie des fonctions d’éducation et de soin des enfants traditionnellement dévolues aux femmes.

Organisation duale de la reproduction sociale

C’est à partir des années 1960 –troisième phase– que s’est amorcé le délitement du « capitalisme géré par l’État ». Devenu mondialiste et néolibéral, mais aussi progressiste d'une certaine manière puisqu'il célèbre la diversité, la méritocratie et l’émancipation, le nouveau régime « pousse l’État et les entreprises à se désinvestir de la protection sociale, tout en intégrant les femmes dans la main d’œuvre salariée » :

«Dans un contexte d’inégalités croissantes, il en résulte une organisation duale de la reproduction sociale : marchandisée pour ceux qui peuvent payer, “familialisée” pour ceux qui ne le peuvent pas (...) Ce régime emploie dans les pays plus riches des travailleurs migrants qu’on fait venir des pays plus pauvres. Sans surprise, ce sont les femmes racialisées et/ou issues du monde rural pauvre qui prennent en charge le travail reproductif et de soin qui était auparavant assuré par les femmes plus privilégiées.»

Les mouvements progressistes coupables ?

Dans cette mutation, explique Nancy Fraser, le régime s’est allié contre les défenseurs de la protection sociale aux « nouveaux mouvements sociaux progressistes » ou « mouvements pour l’émancipation » – antiracisme, multiculturalisme, mouvements de libération LGBT, écologie– qui ont donné naissance, selon elle, à «̀ des courants néolibéraux favorables au marché ».

« Mais c’est la trajectoire féministe qui s’est révélée particulièrement lourde de conséquences étant donné l’imbrication historique entre genre et reproduction sociale dans le capitalisme », accuse-t-elle.

L’accusation est grave et mérite d’être discutée, vérifiée, bousculée. Mais la théorie de Nancy Fraser a ceci de stimulant qu’elle permet de rendre compte de nombreuses transformations en cours, que ce soit au sein du féminisme ou à l’extérieur. Elle permet de réfléchir à la scission de plus en plus béante entre les « afro-féministes », souvent pro-voile et alliées aux forces anticapitalistes d’extrême-gauche (que l’on qualifie parfois d’«islamo-gauchistes») et de l’autre les féministes dites « mainstream » (que leurs rivales appelle aussi les « féministes blanches ») plus volontiers proches de la gauche de gouvernement.

Et surtout, elle explique la forte croissance des emplois de service à la personne, dont 90% en France sont occupés par des femmes. Un sujet qui, quoi qu’il en soit, devrait intéresser les féministes françaises, alors que la pauvreté augmente et touche d’abord les femmes.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 28 Aoû - 21:02


au diable l'avarice, cet article me donne l'idée d'ajouter au titre le slogan « décoloniser le féminisme ! »





Lier féminisme et islam n’est pas sans faire question : souvent, les féminismes occidentaux redoutent l’intrusion du religieux — patriarcal et régressif — et les espaces musulmans craignent le chantage néocolonial à l’émancipation des femmes. Sociologue et auteure, en 2012, de l’essai Féminismes islamiques, Zahra Ali s’empare de cet « oxymore » pour en exposer ce qu’elle nomme les « a priori » réciproques. Celle qui milita contre l’exclusion des élèves portant le foulard appelle à contextualiser, historiciser et rejeter les essentialismes : condition nécessaire à la création d’un féminisme international et pluriel.


Citation :
. « On me nie le droit de me revendiquer en tant que féministe », avez-vous déclaré un jour, lorsque vous portiez le foulard. Qui sont donc les juges et les distributeurs de licences en conformité ?

Bonne question. Dire que l’on parle depuis la marge ne veut certainement pas dire que l’on érige celles et ceux qui sont au centre en modèles normatifs. Mais c’est faire reconnaître que celles et ceux qui ont le monopole et la légitimité de se définir comme féministe, progressiste et égalitariste le font dans l’exclusion d’autres formes d’émancipation — et, de ce fait, ne sont pas aussi féministes et égalitariste qu’ils le prétendent. Le féminisme blanc, bourgeois, dominant est porteur, en France, d’une vision normative de l’appartenance au collectif : c’est celui qui nie les expressions alternatives de la lutte contre le patriarcat et pour l’égalité. Un discours et des pratiques de « féministes » qui n’appliquent leur conception de l’égalité qu’à une catégorie de femmes : celles qui assimilent émancipation à occidentalisation et sécularisation.

Vous vivez à présent en Grande-Bretagne et faites savoir qu’il y est beaucoup moins difficile pour les femmes de porter le foulard, de trouver un emploi ou de poursuivre des études. Vous assurez que les autorités françaises ont condamné les diplômées le portant à faire des ménages. Comment comprendre ce décalage ?


« La Grande-Bretagne a aussi son passé colonial et son propre racisme : je ne veux absolument pas l’ériger en modèle. »


Sur le voile, la France est en dehors du monde : archaïque dans sa focalisation et son incapacité à reconnaître et régler son héritage colonial. Les femmes qui portent le foulard sont considérées comme la figure par excellence de l’opprimée à libérer ; elles sont essentialisées et infantilisées. En plus d’être clairement raciste et paternaliste, ce discours — qui est aujourd’hui celui du « sens commun » en France (pour reprendre l’expression bourdieusienne) — enferme les femmes et les jeunes femmes qui portent le foulard dans leur étrangeté et leur aliénation. D’autant plus lorsqu’il est suivi d’une législation contre-productive. On exclut de l’école et du travail, principaux lieux de socialisation, des femmes et des jeunes femmes au prétexte de les libérer. La Grande-Bretagne a aussi son passé colonial et son propre racisme : je ne veux absolument pas l’ériger en modèle. Néanmoins, il est clair que lorsque l’on porte le voile, ou que l’on veut exprimer et pratiquer toutes formes de religiosité, elle est un espace de vie plus accueillant. Le monde académique anglo-saxon est aussi plus intéressant pour parler des questions de religion, de racialisation et de féminismes alternatifs. En France, les études post-coloniales sont, par exemple, encore à leur stade d’émergence — alors qu’elles sont considérées, ailleurs, comme des acquis.

Vous distinguez la laïcité originelle, dans sa lettre et son esprit, et l’usage « laïcard » qu’il en est trop souvent fait : faites-vous vôtre cette notion de « laïcité falsifiée » portée par l’historien Jean Baubérot ?

Oui. J’aime beaucoup ses travaux sur le sujet. Je pense aussi qu’il y a falsification d’un idéal très positif, à l’origine, à savoir la neutralité de l’État face aux différentes confessions et religions — et, de ce fait, leur traitement sur une base égalitaire. Or, ce qui est aujourd’hui à l’œuvre, c’est que l’on évoque la laïcité pour dissimuler des prises de positions racistes et islamophobes. Car c’est toujours de la religion musulmane dont il est question. Une religion toujours reléguée à son statut de culte « étranger », mais aussi archaïque et barbare. D’ailleurs, s’il y a bien une dimension de rejet de la religion en tant que telle chez de nombreuses féministes qui stigmatisent les musulmanes, il serait faux de réduire cette question à une histoire franco-française de la laïcité. C’est bien d’une histoire franco-française dont il est question, mais c’est surtout d’une histoire coloniale, ou la religion de l’Autre, l’Arabe, le musulman, doit s’effacer de la sphère publique.



Christian Science Monitor / Getty Images


Certaines formations révolutionnaires et internationalistes avaient approuvé l’interdiction du foulard à l’école au nom de l’égalité des sexes ou du combat contre l’aliénation monothéiste – songeons à Lutte ouvrière. Concevez-vous que certains puissent s’opposer au foulard de façon émancipatrice ou est-ce forcément un marqueur de rejet ethnique ou confessionnel ?

Je pense qu’on peut s’opposer au port du voile sans être raciste, évidemment. Mais on ne peut pas décontextualiser le débat. Ce débat et la loi de 2004 ont eu lieu en France, dans un contexte où l’islam était stigmatisé — on évoquait l’archaïsme et l’obscurantisme d’une catégorie de la population uniquement, celle considérée éternellement « d’origine étrangère », et celle des banlieues. Encore une fois, je peux tout à fait imaginer qu’une partie de l’extrême gauche, en France, ait une réticence quant à l’association entre lutte politique et pratique religieuse. Oui, il y a eu une histoire de l’Église dans ce pays, qui a opprimé pendant des siècles et fait la promotion d’une organisation sociale et familiale inégalitaire et patriarcale. Mais, encore une fois, ayant vécu cette période des débats sur le voile de 2004-5, et ayant participé aux mobilisations et aux discussions avec les militants d’extrême gauche à l’époque, ce n’est pas uniquement la frilosité vis-à-vis de ma pratique religieuse dont j’ai été témoin, mais bien d’un mépris lié à mon arabité, mon « étrangeté » et mes soi-disantes « coutumes barbares ». J’ai été reléguée au statut de victime, considérée comme aliénée par mes pères et frères ; j’ai été considérée comme dangereuse ou opérant pour des réseaux obscurantistes et fondamentalistes. Et puis, encore une fois, la guerre d’Algérie n’est pas si loin. Je crois au contraire que ces débats ont dévoilé un héritage colonial inassumé — y compris dans l’extrême gauche. Il faut le dire : souvent, les forces politiques qui s’érigent comme progressistes en France sont également teintées d’un universalisme républicain qui se croit supérieur et souhaite éduquer ou civiliser… Il est dangereux de se croire le détenteur d’un modèle d’émancipation et, tout à la fois, de s’inscrire dans un discours d’identité nationale excluant. C’est là que se situe une partie de l’extrême gauche dans ce pays.


« J’ai été reléguée au statut de victime, considérée comme aliénée par mes pères et frères. »


Vous avez beaucoup travaillé sur la question du féminisme islamique. Vous y brossez trois courants principaux. Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette notion, ou qui la trouvent paradoxale dans son seul énoncé : que sont-ils, à grands traits ?

D’abord, j’utilise ce terme au pluriel pour montrer qu’il y a diversité des expressions des féminismes s’inspirant du cadre religieux musulman, et diversité de ses contextes d’expression et de déploiement. L’idée étant que des femmes se ressaisissent du cadre religieux et réinterprètent les sources scripturaires — notamment le Coran, dans un sens égalitariste et émancipateur. Les féministes musulmanes ont en commun de considérer que le message coranique est émancipateur et que ce sont les lectures patriarcales qui se sont imposées à travers le temps qui ont trahi ce message. Le spectre va de féministes radicales à des féministes plus réformistes quant à leur appréhension desdites sources. Il y a une vraie diversité et autant de lectures que de contextes. Maintenant, en termes d’engagement social et politique, les féminismes qui s’inspirent de la religion musulmane opèrent selon des stratégies très différentes : dans le contexte français, les féministes musulmanes sont aussi des militantes qui cherchent à imbriquer antiracisme à antisexisme. Dans d’autres contextes, comme celui des pays dont la population est majoritairement musulmane et qui imposent aux femmes le Code de la Famille, les stratégies sont différentes. Le Code de la Famille repose sur une lecture conservatrice de la jurisprudence religieuse. Dans ce contexte, les féministes musulmanes, comme celles réunies autour de la plateforme Musawah, travaillent à la réforme de ses codes en proposant une lecture féministe des différentes jurisprudences musulmanes.

Les féminismes islamiques ont, expliquez-vous, deux adversaires : le féminisme occidental, qui lui nie ses qualités féministes, et une partie de la pensée islamique qui rejette le féminisme comme création occidentale. Vous expliquez pourtant que le féminisme non-occidental est né à la même période et qu’il existe un « protoféminisme » dès les premiers temps musulmans. C’est-à-dire ?

Déjà, il faut commencer par dire qu’il n’y a pas de « féminisme occidental » : les différents mouvements féministes de cette aire géographique que l’on appelle l’Occident sont pluriels. C’est un courant parmi cette aire, hégémonique malgré tout, qui considère qu’émancipation est synonyme d’occidentalisation. Pour se libérer du patriarcat, toutes les femmes devraient suivre un modèle unique qui consisterait à mettre à l’écart le religieux, à faire la promotion de valeur dites « occidentales ». Au final, parmi les musulmans, ceux qui considèrent le féminisme comme une forme d’occidentalisation rejoignent complètement le discours islamophobe des féministes hégémoniques. Ce qu’ont en commun ces deux discours est leur essentialisation de l’islam et de l’Occident — or ni l’un ni l’autre n’existe au singulier. Il y a différentes manières d’appréhender et de vivre la religion musulmane. Cet « Occident » n’a pas le monopole des valeurs humaines d’émancipation et d’égalité. Il a existé partout, y compris dans des contextes où la population est majoritairement musulmane, des formes d’émancipation et de lutte contre le patriarcat et les inégalités.



2 octobre 2012 devant le tribunal de Tunis © REUTERS/Zoubeir Souissi


Ce refus des essentialismes et ce souci de la pluralité est d’ailleurs au centre de l’ouvrage État des résistances dans le Sud, auquel vous avez contribué…

Oui. J’insiste sur l’importance de la prise en compte du contexte et le refus de tout essentialisme. Certaines féministes musulmanes elles-mêmes ne sont pas à l’abri de tomber dans l’essentialisme, en voulant faire la promotion d’« un » islam qui serait émancipateur. Ici, la question de la classe est aussi importante : la pensée féministe musulmane s’articule dans des cercles intellectuels, bien-pensants, très élitistes. Il faut rester très attentif aux dimensions de classe, car les féministes musulmanes de classes moyennes éduquées ne sont pas nécessairement les mieux placées pour parler d’égalité. Pour moi, être féministe, c’est englober toutes les formes d’inégalité, c’est être intersectionnelle, c’est remettre en question sa position de manière permanente, c’est reconnaître la pluralité des expressions de l’émancipation des femmes et des hommes.


« Il faut rester très attentif aux dimensions de classe,
car les féministes de classes moyennes éduquées ne sont pas nécessairement les mieux placées pour parler d’égalité. »


L’Irak occupe une place importante de votre réflexion. Vous écrivez notamment que ce pays permet de comprendre les liens entre genre, nationalisme et impérialisme. De quelle façon ?

Ce serait très long à expliquer ! Mais ma recherche s’intéresse à l’histoire sociale, économique et politique des femmes irakiennes et à l’évolution des mouvements féministes irakiens depuis la formation de l’État moderne. Je m’intéresse notamment à la manière dont ces mouvements se sont organisés après l’invasion américaine de 2003. Je montre comment, notamment à travers les mobilisations autour du Code de la Famille (ou Code du Statut personnel), les questions de genre se sont reposées en Irak sur un mode confessionnel, lié à l’état général de destruction et de défaillance des institutions de l’État irakien — qui, depuis 2003, sous l’impulsion de l’administration américaine, est régi par un système ethno-confessionnel. La société et le territoire irakien sont maintenant fragmentés sur une base ethno-confessionnelle (Arabes/Kurdes, sunnites/chiites) et le régime au pouvoir a proposé, dans ce contexte, d’imposer cette fragmentation à la sphère des droits des femmes. Dans un contexte de résurgence de conservatismes sociaux et religieux et de violence politico-confessionnelle généralisée, la confessionnalisation du Code du Statut personnel signifie un retour en arrière en matière de droits des femmes.

Vous vous revendiquez d’Angela Davis et de Chandra Talpade Mohanty. Nous avions interviewé la première, qui nous fit savoir qu’il fallait « comprendre la manière dont la race, la classe, le genre, la sexualité, la Nation et le pouvoir sont inextricablement liés ». Comment, pour votre part, concevez-vous la lutte du peuple contre les possédants, c’est-à-dire la lutte des classes ?

C’est encore une question qui mériterait des heures de discussion. Ce que je peux dire, très simplement, c’est qu’on ne peut pas promouvoir l’émancipation humaine sans prendre en compte les différentes dimensions de l’oppression et des inégalités. Cela ne veut pas dire que tout se vaut : la classe, la race, le genre, la sexualité, etc. Mais qu’il faut rester attentifs à la manière dont les inégalités s’imbriquent et se nourrissent les unes aux autres. Il faut rester vigilant quant à leurs transformations et savoir revoir ses catégories au gré de l’évolution sociale et politique. J’aime cette idée de Chandra Talpade Mohanty qui dit qu’être féministe, c’est rester au « plus près » des réalités — et donc les analyser telles qu’elles émergent, et non à partir d’un schéma idéologique ou politique préétabli. Il faut écouter et être attentif à la souffrance pour ce qu’elle est, et non pas uniquement à partir de notre manière personnelle et située de la vivre et de la définir. Commencer par se situer soi-même est essentiel. Situer sa parole, situer d’où l’on parle, plutôt que d’universaliser ses énoncés, est une première étape. Tout le monde est situé socialement, économiquement, politiquement, etc. Et construit un discours depuis une position — et pour certaines raisons.



UCLA professor Angela Y. Davis. (Katie Falkenberg / Los Angeles Times)


Vous l’avez évoqué : toutes ces études sont parfois vues comme des productions universitaires et élitistes qui ne trouvent pas d’écho dans la base, sur le terrain…

… Cela est directement lié à ce que je viens d’évoquer : tout le monde est situé. C’est sûr, les productions universitaires et intellectuelles sont élitistes : il faut maîtriser certains codes, avoir un « capital » culturel et intellectuel pour pouvoir y accéder. Mais cela n’empêche pas leur nécessité. Aussi, il me semble que via Internet et des médias alternatifs comme votre site, il y a un accès plus grand aux outils de la pensée critique.

Bien des hommes se découvrent féministes dès qu’il est question d’islam, alors qu’ils sont les premiers à se moquer des féministes toujours trop « excessives ». Vous appelez donc à « décoloniser le féminisme », expliquant que ce serait même « une chance » historique pour l’ensemble du mouvement féministe…

… Décoloniser le féminisme veut dire reconnaître les dimensions de classe et de race dans la pensée féministe hégémonique, et mettre à égalité les différentes expressions de la lutte contre le patriarcat, sans supposer une forme linéaire d’évolution des formes de luttes sociales et politiques.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mar 30 Aoû - 19:11


le texte, bof... et bien que québecquois, ce n'est qu'un homme, me direz-vouEs, mais j'ai bien aimé le dessin, alors je fais une exception


La liberté forcée

Philippe David les7duQuébec 25 août 2016

Il y a des jours où la politique m’épuise. C’est une des raisons pourquoi je la déteste avec passion. C’est un jeu dégoûtant où tout le monde tente d’imposer son point de vue à tout le monde. Par imposer, je ne veux pas dire tenter de convaincre les autres par les arguments du bien-fondé de sa position, mais de littéralement imposer son point de vue par la force. C’est exactement ce que vous faites chaque fois que vous dites la phrase «Il devrait y avoir une loi…».


Citation :
Voyez-vous, une loi n’est rien d’autre qu’une opinion avec un fusil. Pourquoi? Parce que désobéir à une loi va inévitablement vous amener en présence de quelqu’un avec un fusil qui a la licence d’utiliser toute la force nécessaire pour vous obliger à y obéir. Que ce soit par le vol de votre propriété (l’amende), l’abduction et le confinement (l’emprisonnement) ou le meurtre (la peine de mort ou l’utilisation de force létale). Même si cette dernière est rarement utilisée dans un pays comme le Canada, elle n’en demeure pas moins une option. Donc dire qu’il devrait y avoir une loi équivaut à dire que vous aimeriez les soumettre à toutes sortes de violence si elles refusent de se soumettre à ce que vous jugez être correct et dans leur intérêt, que ce jugement soit fondé sur des arguments valides ou non.

Évidemment, il y a tout de même des situations qu’il faut interdire. Une société ne pourrait vivre en harmonie sans règles. Ça va de soi. Nous ne pourrions tolérer que les gens s’entretuent ou qu’ils volent les biens de leur prochain ou quoique ce soit d’autre qui viole les droits fondamentaux des autres membres de cette société. Mais il y a un bail que nous avons outrepassé la simple défense de ces droits et que nous utilisons plutôt les lois pour les piétiner allègrement et favoriser les uns aux dépens des autres. Nous le faisons souvent avec les meilleures intentions du monde, pour redresser ce que nous percevons être un tort. Mais fréquemment, nous perdons de vue ce qui est vraiment moral. Nous oublions aussi que ce que nous pouvons percevoir comme un tort, n’est pas nécessairement perçu de la même façon par les autres. Ou aussi que ce que nous imaginons être la bonne solution n’est pas nécessairement la meilleure. On va jusqu’à s’imaginer quelques fois qu’on puisse «forcer» quelqu’un à se «libérer» d’une quelconque oppression. C’est une erreur. Bien intentionnée, mais une erreur tout de même.

Ce qui m’amène au sujet du jour: le burkini.

Un droit fondamental.

J’ai entendus tous les arguments de ceux qui voudraient interdire un tel accoutrement. Ils sont les mêmes que pour la burqa, le niqab ou même le hijab. Que ces vêtements sont imposés aux femmes par une culture arriérée, parfois par la force et la menace. C’est certainement le cas dans certains pays comme l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan ou l’Iran ou il existe même des polices religieuses qui n’hésitent pas à battre à coup de bâton une femme musulmane qui ose se promener seule et sans voile dans les rues sans aucune autre forme de procès.

Ce n’est cependant pas le cas au Canada. Ici, aucune loi n’impose le port d’un tel vêtement. Mais ça ne veut pas dire que personne ne force les musulmanes à se voiler ou de se baigner avec un burkini, mais ça ne veut pas dire non-plus que certaines d’entre elles ne font pas par choix personnel. Vous me direz peut-être que c’est par endoctrinement et c’est possible, mais comment en être sûr? Et si c’est par conviction personnelle, qui êtes-vous pour lui dire qu’elle a tort et lui imposer votre jugement de valeur? Tout n’est pas blanc et tout n’est pas noir et le fait qu’elle porte ce vêtement ou non vous cause-t-il un tort à vous? Parce qu’à ce que je sache, son choix ne vous engage d’aucune manière à faire pareil et ne donne pas le droit à quiconque de vous l’imposer. Donc qu’une femme choisisse de porter un burkini librement ou non est vraiment son problème, pas le vôtre. Désolé si ça vous choque. Et si une femme choisit librement de porter un burkini, c’est son droit le plus strict, point à la ligne. Que son choix vestimentaire vous offense d’une quelconque manière n’est absolument pas son problème, c’est le vôtre, mais vous n’avez aucun droit à ne pas être offensé plus que les musulmans n’ont un droit à ne pas être offensés par notre propre liberté d’expression.

Oui, mais…

Et si ce n’était pas volontaire? Ne devrait-on pas l’interdire? Juste pour que leur communauté ne puisse pas leur imposer?

Je serai toujours étonné de constater à quel point les gens ne comprennent pas le concept de liberté. Croyez-vous peut-être que parce que vous ouvrez la porte de la cage d’un oiseau, il va forcément s’envoler et ne jamais y revenir? Croyez-vous que si vous brisez les chaines d’un esclave, il va nécessairement comprendre ce que c’est qu’être libre? Vous croyez que si vous empêchez des femmes musulmanes soumises de porter un voile ou un burkini, elles cesseront d’être subjuguées par leur culture et leur religion? Vous croyez les libérer? Malheureusement, non. Parce que le problème n’est pas le bout de tissus. Le problème, c’est leur culture et un problème de culture ne se règlera pas par la législation.

La liberté ne s’impose pas

Peu importe vos bonnes intentions, vous ne pouvez pas forcer ces femmes à se libérer en restreignant leurs choix vestimentaires. Pour être libre, il faut vouloir être libre et pour vouloir être libre, il faut d’abord être conscient que nous ne le sommes pas. Vous seriez probablement choqués d’apprendre que vous n’êtes pas libres vous-même, mais ça c’est une toute autre discussion. Suffise de dire que la première étape pour aider ces femmes est de leur montrer ce qu’est la liberté et leur imposer un code vestimentaire va plutôt dans le sens contraire. Il faudrait plutôt trouver le moyen de les convaincre que vous êtes plus libres qu’elles. Là-dessus, je vous souhaite bonne chance.



Vive la québecquoise libre !

affraid

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 1 Sep - 16:24


annoncé pour fin septembre



ayant lu son premier livre, Dans la peau d'un thug, forte surprise tant sur le contenu (la "vraie vie" dans les quartiers), que par son indéniable talent d'écriture, je pense me procurer celui-ci, ne serait-ce que pour le plaisir de la lecture





Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 1 Sep - 18:00


rien ne dit que la femme (blanche) qui s'en est prise à une autre (noire) soit féministe, mais je ne peux multiplier les sujets, d'autant qu'à mon avis le clivage à base "raciale" dans le féminisme ne fait qu'en traduire un, plus vaste et profond, dans l'ensemble de la population, et il ne faudrait pas gratter beaucoup pour y trouver un clivage de classe



La scène d'une femme blanche insultant une Noire sur une plage de Rio a provoqué un véritable tollé au Brésil, dans un contexte social déjà tendu.


capture d'écran, vidéo visible dans l'article

Citation :
Le Brésil vit des heures difficiles sur le plan politique avec la destitution de Dilma Rousseff. Une période où les tensions sociales et ethniques rejaillissent, comme en témoigne cette scène ahurissante filmée sur une plage de Rio de Janeiro. Sur l'extrait vidéo, visionné plus de 6 millions de fois en trois jours sur Facebook, on y voit une femme blanche s'en prendre violemment à une Noire.

À peine installée sur le sable, la victime, venue profiter de la plage de Recreio dos Bandeirantes avec des amis, fait l'objet de remarques désobligeantes de la part d'un groupe de Blancs. C'est une fois qu'elle décide d'immortaliser la scène avec son smartphone qu'elle est prise à partie par l'un de ses membres, une enseignante de 54 ans en maillot de bain noir. « Tu peux filmer cette merde », enrage cette dernière avant de se lancer dans un florilège de formules bien senties telles que « tu n'avais qu'à naître blanche », « une mulâtresse n'a rien à faire ici, elle n'a pas besoin de bronzer », ou encore « mulâtresse, tu es complexée par tes cheveux crépus ».

L'auteure des faits arrêtée, puis libérée

La vidéo, postée par les amis de la victime, a permis l'arrestation de l'auteure des faits, finalement libérée sous caution contre une amende de 500 réis (140 euros). L'affaire illustre le climat socio-ethnique tendu au Brésil, où la politique de redistribution des richesses entreprise par Dilma Rousseff et son prédécesseur Lula, dont bénéficient majoritairement les populations noires, souvent plus pauvres, crispe une partie de la classe moyenne blanche


Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 1 Sep - 19:29


l'été est fini, après le feuilleton "burkini" la rentrée sans "jupe longue"

Yasser Laouti a écrit:
@yasserlouati  

La rentrée scolaire commence bien. Ma fille: "Le prof nous demande de ne pas venir en jupes longues car cela poserait problème"


https://twitter.com/MonsterrrrrGEEK/status/771312879781896194

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 1 Sep - 22:47




via ‏@Dounia_26a  28 août  : On attend.

Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 3 Sep - 11:35


Le New York Times a compilé plus de mille témoignages recensant la souffrance quotidienne des femmes musulmanes en Europe, plus particulièrement en Belgique et en France.


Une supportrice de l'équipe de France attend le cou d'envoi d'un match de l'Euro en juillet 2016
PATRIK STOLLARZ / AFP

Citation :
« La polémique autour de l’interdiction du burkini divise la France, et l’Allemagne se penche sur une proposition de loi ​limitant le port du voile. Nous aimerions recueillir des témoignages de musulmanes en Europe qui vivent avec ces débats au quotidien.» Telle était l'annonce du New York Times publiée le 22 août dernier

Plus d'un millier de femmes ont répondu, «de France, de Belgique et d'ailleurs», faisant part de leur détresse et des discriminations quotidiennes dont elles font l'objet parce qu'elles sont musulmanes - voilées ou non. Le New York Times publie aujourd'hui les témoignages de celles dont on s'est tant accaparé la parole cet été sans pour autant chercher à les entendre. Elles s'appellent Laurie, Dina ou Hajer. Beaucoup disent vouloir quitter la France.

«Peur un jour de porter une lune jaune sur mes habits»

Charlotte étudiante de 23 ans à Toulouse explique ainsi : « On m’insulte, me crache dessus (littéralement) tous les jours dans le métro, le bus, mon école. Pourtant, je n’ai jamais insulté, frappé quelqu’un. Non, je suis juste musulmane. Je pense sérieusement partir vivre ailleurs, où le regard des autres ne me fera plus pleurer chaque soir dans mon lit. J’ai peur un jour de porter une lune jaune sur mes habits, comme l’étoile de David pour les Juifs il n’y a pas si longtemps. Merci à vous de nous écouter et nous donner la parole.»

De son côté, Nora, étudiante en école d'ingénieurs à Paris, décrit son quotidien qu'elle compare à celui de l'apartheid : «Je me sens mal à en devenir parano! Élève en classe préparatoire, je me suis fait insulter de salafiste et menacer de mort par un de mes camarades de classe. Pourquoi? Car il m’a vue dans la rue avec mon voile. Quand je suis partie voir le proviseur-adjoint du lycée, la seule solution qu’elle a trouvée était notre renvoi à tous les deux si nous n’apaisions pas les tensions qu’il avait provoquées. Un vrai cauchemar, où toutes les issues mènent à l’injustice.
 
En écrivant ces mots, j’ai les larmes aux yeux, et sans vouloir nous positionner en tant que victimes, leurs acharnements sur ces détails vont faire que je vais partir de ce pays tôt ou tard. Ils auront sûrement obtenu ce qu’ils veulent, mais je n’ai pas la force de Rosa Parks. Une ingénieure en moins en France, voilà leur punition.»

Des témoignages édifiants à retrouver dans leur intégralité sur le site du New York Times.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mer 7 Sep - 19:54


perso, à l'inverse de l'auteur, je pense comprendre pourquoi et comment non seulement Valls, mais Lafrance, en est arrivé là... donc pas terrible de ce point de vue, mais témoignage intéressant et qui fait du bien par où il passe. Cela dit, non et malheureusement,, la France est loin d'être « seule contre le reste du monde »

 
Burkini : la France contre le reste du monde

Julien Suaudeau, Libération, 7 septembre 2016

L'écrivain Julien Suaudeau réagit à la tribune de Manuel Valls sur les femmes musulmanes et fustige la position de la classe politique française qui allie burkini et islamisme radical. Enseignant à Philadelphie, où nul ne comprend un tel point de vue, il appelle à cesser ce qu'il nomme un «délire».


Place de la Nation à Paris, le 16 janvier 2015. Photo DR

Citation :
Manuel Valls a été très vexé par cet article paru le 2 septembre dans le New York Times. Tellement vexé, qu’il y a répondu lundi dans le Huffington Post : « En France, démarre-t-il sur les chapeaux de roue, les femmes sont libres.» Doit-on en déduire qu’elles sont enchaînées partout ailleurs dans le monde ? Que nous, Français, laïcs, épris de féminisme et de tolérance, avons raison contre la Terre entière ? Qu’il nous incombe de faire rayonner une fois encore l’esprit de nos chères Lumières sur les autres peuples, plongés dans l’obscurantisme et inconscients complices de cette bête immonde 2.0, «l’islamisme radical» ? Que le burkini – puisqu’il ne s’agit en définitive que de ça – procède de la même logique que le jihadisme ?

Cette hystérie collective, les Américains ou les immigrés à qui je parle tous les jours à Philadelphie – mes voisins, les parents des copains de mes enfants, mes collègues, mes étudiants – essaient de la comprendre, mais ils n’y arrivent pas (je précise que la plupart ne sont ni arabes, ni musulmans, ni islamo-gauchistes, ni atteints du syndrome de Stockholm). Ils ne comprennent pas qu’on puisse empêcher les gens de vivre leur vie au nom de principes républicains, ni interdire l’expression de leur foi au nom d’une laïcité plus ou moins rigide selon la religion.

J’avoue que je ne comprends plus du tout, moi non plus, les obsessions et les névroses identitaires du pays d’où je viens. Et encore : névrose, le mot est faible. Les Français, du moins leur classe politique, sont en train de devenir des monomaniaques, des psychotiques, des sollipsistes du burkini, qui devient à son tour une métaphore de l’islam envahissant la sphère publique : on peut leur dire ce qu’on veut, même dans l’un des quotidiens les plus réputés du monde, ils sont persuadés d’être dans le vrai. Envers et contre tout. Demain, un jour, les 8 milliards d’ignorants qui peuplent la planète s’apercevront de leur erreur.

C’est du délire. Alors délirons nous aussi : dans les montagnes corses, où il m’arrive de passer mes vacances, on croise des femmes vêtues de noir, couvertes de la tête au pied. Même si elles ne font de mal à personne, un républicain pur et dur comme Manuel Valls ne saurait le tolérer : combien de temps encore devra-t-on supporter que nos principes soient foulés aux pieds par ces accoutrements moyenâgeux ? On est en France, oui ou non ?


Julien Suaudeau est l’auteur du roman Ni le feu ni la foudre (Laffont, 2016)


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 10 Sep - 19:15


Mwasi-Collectif participait au forum des Féminismes noirs, les 5 et 6 Septembre 2016, cette rencontre a donné lieu à la rédaction d’une déclaration  commune pour affirmer notre combat pour la libération et la justice


Citation :
Nous, plus de 200 Féministes Noir.e.s provenant de tous les continents et dans toutes nos diversités, réuni.e.s au Brésil au forum des Féminismes noirs sous le slogan “Les chemins parcourus ensembles”

Défiant nos propres frontières et celles qui s’opposent à notre révolution, en tant que féministes heureus.e.s, sain.e.s et fièr.e.s, de réaliser nos rêves les plus fous de libération, pour nous-mêmes, nos terres, nos territoires, et les vies que nous défendons dans la diversité de notre Négritude, de nos capacités et nos identités.

Durant ces 2 jours, nous avons discuté de l’avenir, de la construction des Féminismes Noirs dans le monde, de la défense de nos territoires, de nos communautés, des nos peuples, de la résilience, de la résistance, du colonialisme, de la guerre, des droits reproductifs, du racisme, du sexisme, du patriarcat, des orientations sexuelles, des identités de genre, de l’art, de la violence, d’alliances transnationales, intergénérationnelles,  entre beaucoup d’autres thèmes.

Reconnaissant nos spiritualités ancestrales  et nos identités culturelles en constante réinvention comme des piliers fondamentaux pour la défense de nos droits en tant que communauté.

Nous reconnaissons la résistance active des Femmes Noires, qui vivent toujours dans des conditions de pauvreté, d’exclusion, d’invisibilisation  et de  marginalisation social, politique et économique. Nous manifestons à la fois l’urgence de transformer les modèles de pouvoir, de production et de partage du bien être  pour qu’ils respectent nos existences.

Nous reconnaissons  les apports historiques des Féministes noir.e.s dans la réinvention  des Féminismes depuis une approche intersectionnelle, articulant le racisme, le patriarcat et le capitalisme.

Nous rappelons que  le racisme est un facteur d’aggravation de nos conditions en fonction de nos orientations sexuelles, identités de genre, notre classe, conditions migratoires, âge, de leur handicap, entre autres choses,

Nous dénonçons le racisme environnemental derrière les épidémies de dengue, zika, chikungunya et autres dans les communautés noires, indigènes et pauvres, et la violation de notre autonomie reproductive.

Nous dénonçons les rapports de domination et le monopole sur les ressources féministes des organisations occidentales majoritairement blanches, ayant accès à tous les espaces pendant que nous luttons pour créer les nôtres.

Nous dénonçons la militarisation mondiale de la police et le complexe industriel carcéral d’Amérique du Sud, à l’Afrique, en passant par les Etats-unis, responsable d’un génocide des Noir.e.s et nous demandons à ce que le forum dénonce ces pratiques afin de déclarer clairement et avec force que TOUTES LES VIES NOIRES COMPTENT.

Nous réclamons que nos réalités en que sujets politiques soient explicitées et prises en compte dans tous les débats, décisions et conclusions de ce 13e forum féministe international de AWID

Nous dénonçons le coup d’Etat contre la présidente du Brésil, Dilma Roussef, comme constitution d’une attaque à la démocratie, la primauté du droit et un obstacle à la participation politique des femmes.

Nous exprimons notre solidarité féministe au peuple brésilien, en particulier les personnes noires et autochtones, les plus affectées par ce recul politique, nous exhortons le 13e forum féministe international de AWID à se prononcer de manière claire contre cet outrage politique.

Nous reconnaissons les énergies, la disponibilité et les efforts , des organisations, artistes, et militant.e.s  Noir.e.s du monde qui ont intégré l’équipe de travail du forum des Féminismes Noirs, et qui ont permis que celui-ci soit possible. »


Déclaration additionnelle relative à la francophonie

Cette partie est issue des discussions au sein du forum des Féminismes Noirs, des personnes utilisant le français comme langue de  communication

« Quant à la francophonie, qui découle de la domination coloniale et impérialiste, elle ne peut être pensée comme un espace neutre politiquement. Toutefois, la langue française, qui en découle, est la langue qui nous rassemble.

Nous, les organisations francophones présentes au Forum AWID de 2016, sommes navré-e-s de constater que l’espace dit « francophone » au forum aie été géré par une organisation dont le siège social est basé en France, ceci, malgré le fait que la majorité des membres francophones de l’AWID viennent de l’Afrique ou vivent dans des pays occidentaux où les féministes d’ascendance africaine sont systématiquement marginalisé-e-s en faveur des autres courants féministes.

Nous aurions aimé être associé-e-s à la création de cet espace. Nous demandons une explication à propos du processus employé par Genre en action en partenariat avec l’AWID pour former l’espace ainsi que plus de transparence à l’avenir. Il ne devrait pas y avoir de village francophone sans que toutes et tous les francophones soient mises à contribution dans le processus d’organisation (ressources, visibilité, gestion, responsabilités, communication, etc.). Nous aimerions utiliser l’espace francophone dans nos propres termes.»


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 10 Sep - 19:22




Mark Wallace ‏@wallaceme · 24 août
Bathers at Asnières 2016, mostly painted by Georges Seurat



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 10 Sep - 19:26


image déjà importée mais pas complète




Daniel Sandford ‏@BBCDanielS  · 24 août  
Burkini beach police. USA 1922

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 10 Sep - 19:42


The Lady of Percussion

Matrioshka Films
vimeo


Citation :
2014, Cuba (10min) Documentary short film about Deborah (63), a female percussionist from Old Havana who has had to fight to be part of the world of the batá drum, an instrument who has traditionally only been played by men.

Official selection: London Feminist Film Festival, Mzansi Women Film Festival, MICGenero, 7th International Unseen Film Festival "Film Sozialak", Vox Feminae Festival.




Dernière édition par Admin le Dim 11 Sep - 18:22, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 11 Sep - 18:22


Les féministes blanches contre le hijab


Feminism Borderline 15 juillet via État d'exception 24 avril 2016


Citation :
Il est trop tôt dans ma carrière de bloggeuse pour commencer mon florilège critique de citations de la Bible qui ne sont même pas prises hors contexte. Je n’ai même pas, en tout cas pas encore, de personnes qui me suivent ! (Comment en avoir ? Est-ce magique ?)

Alors, au lieu de me tourmenter avec tous mes moments préférés de la Bible qui m’interpellent et me font dire « wtf », nous allons directement aborder le sujet qui nous intéresse ici, à savoir les féministes blanches et leur mépris absolu pour toute femme musulmane portant un hijab [Ndt : le terme « féministes blanches » ne désigne pas nécessairement les féministes qui sont blanches, mais celles qui n’articulent pas leur féminisme avec la race ou qui n’adoptent pas une approche intersectionnelle].

Permettez-moi de commencer en disant que je suis une femme blanche, ce qui est assez évident. Je ne porte pas de hijab, je ne suis pas musulmane… Mais j’ai lu la Bible, et j’ai beaucoup de mépris pour les féministes chrétiennes blanches qui se répandent en injures contre les femmes musulmanes alors que la Bible déclare clairement que toutes les dévotes doivent couvrir leurs têtes.

C’est écrit là, dans la Première Épître aux Corinthiens, chapitre 11: 5-6 :

Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef, c’est comme si elle était rasée.

Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile…

Il va sans dire que les hommes ne doivent pas se couvrir la tête parce qu’ils sont l’image et la gloire de Dieu, et les femmes sont la gloire de l’homme et… Nous n’allons quand même pas aborder mes « moments wtf de la Bible », d’accord ? Alors passons.

Il est temps de partager une de mes photos préférées !



J’ai maintes et maintes et maintes fois entendu les féministes blanches jurer leurs grands dieux qu’elles savent pertinemment que toutes les femmes musulmanes sont opprimées par leurs hijabs. Elles le savent tellement, que lorsque des musulmanes leur disent que non, elles ne sont pas opprimées, elles l’ont choisi, ces « féministes » ont alors le culot de dire en face à ces femmes qu’elles en savent mieux qu’elles sur leur vie. Comment cela peut-il être logique de quelque manière que ce soit ?

Si une femme musulmane dit que son hijab fait partie de sa foi et qu’elle l’a choisie et qu’elle la respecte, il faut respecter cela. C’est son choix ! C’est ce pour quoi nous nous battons ! Nous nous battons pour la liberté de vivre de la façon dont nous voulons aussi longtemps que notre croyance ne blesse personne. En quoi son hijab vous heurte-t-il, à part votre petit ego idiot qui vous dit que la seule vraie liberté est de montrer sa peau en signe de « défi » ?

Certaines femmes tirent leur confiance et leur force en se dénudant, en montrant leur peau et en affichant leur corps. Ça va, il n’y a rien de mal à cela. Mais il y a aussi des femmes qui tirent leur confiance et leur force dans le fait d’être couvertes, en gardant leurs apparences pour leurs proches et non pas pour les étranger-e-s.

Laissez les femmes choisir elles-mêmes comment elles choisissent de se respecter. Ce n’est pas votre rôle de dire à une autre femme qu’elle ne sait pas qu’elle est opprimée. Et ça ne va pas du tout de faire la « leçon » à une autre femme sur sa propre culture et ensuite de ne pas écouter quand elle vous réfute. Tout cela ne tourne pas autour de vous, de votre ego, et de ce que vous pensez être juste !

Fondamentalement, si vous êtes religieuse et que vous êtes contre le port du hijab par des femmes, vous êtes une hypocrite. Si vous êtes athée et que vous êtes contre le port du hijab par des femmes parce que la religion est une oppression, alors vous êtes aussi fautive. Parce que la religion est, encore une fois, un choix. Et ce n’est pas votre rôle de dire à des personnes qui elles peuvent ou ne peuvent pas adorer et les moyens appropriés pour elles de pratiquer leur foi. Arrêtez de le faire.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 12 Sep - 0:35


pas encore vue celle-ci



source : France Burkini Ban Photos Spark Heated Debate: ‘What If A Nun Was Forced To Remove Her Habit?
‘This is anything but Liberté, Equalité, Fraternité’
Washington Post 24/08/2016

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 13 Nov - 9:14


Les paysannes de l'Inde du Nord enlèvent leur voile et défient le patriarcat

Global Voice 12 Novembre 2016


Des femmes voilées se rendent au travail (désert du Thar, Inde du Nord)
Image de Nagarjun Kandukuru, source Flickr. CC BY 2.0

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 26 Nov - 17:36




lecture de Rocío Munguía Aguilar

Sabine Masson, Pour une critique féministe décoloniale, Lausanne, Éditions Antipodes, coll. « Regards anthropologiques »,
2016, 259 p., ISBN : 978-2-88901-120-9.

Rocío Munguía Aguilar a écrit:
1
Engagée depuis une quinzaine d’années dans la « recherche-action », une pratique participative « tournée vers [la] transformation sociale » (p. 20), Sabine Masson nous propose dans cet essai une approche novatrice sur la manière dont les rapports de force hérités de l’époque coloniale continuent de déterminer des formes de domination, notamment sur les femmes issues de milieux minoritaires (noires, indigènes, chicanas…). Son ouvrage articule, en effet, un travail de terrain mené au Mexique et en Amérique centrale depuis les années 1990 avec ses recherches sociologiques inscrites dans les courants postcoloniaux et du féminisme noir et chicano. Par là même il donne corps et sens à des concepts théoriques (intersectionnalité, colonialité, décolonisation…) que l’auteure a « appris » dans l’action et le dialogue avec des femmes indigènes en lutte1.

2
Sous le titre « Défaire la colonialité aujourd’hui », l’introduction s’ouvre sur l’actualité de la question coloniale, constatant que « là où le colonialisme a pris fin, une véritable décolonisation des rapports sociaux (économiques, géopolitiques, culturels) a fait défaut » (p. 11). À travers une analyse des constructions négatives de l’altérité que l’Europe continue de produire et de véhiculer et qui, dans le contexte migratoire et de demandes d’asile actuel, sont exacerbées, – l’étranger étant devenu « le “nouvel ennemi intérieur” des sociétés occidentales chrétiennes et blanches » (p. 25) –, Masson confronte l’Europe à ses paradoxes. En effet, alors que des acteurs politiques de pays comme la Suisse et la France multiplient les discours racistes, sexistes et islamophobes (le vote anti-minarets en Suisse et les mesures prises par rapport au port du foulard et du niqab en Suisse, en France et en Belgique sont commentés), ils continuent de représenter leurs nations comme « expression d[e] progrès » (p. 47), d’humanisme et de modernité.

3
Assumant pleinement l’ancrage de sa réflexion dans sa militance, Sabine Masson s’inscrit ainsi d’emblée dans la lignée des courants féministes décoloniaux qui cherchent à décentrer le regard sur « les autres », et dont elle retrace la généalogie dans le premier chapitre2. Ces féminismes, parfois qualifiés de « dissidents », voient le jour dès la fin des années 1960 dans le contexte anglo-saxon (Black feminism) mais aussi latino-américain et caribéen (feminismo negro, indígena et chicano) comme des alternatives à un féminisme « universel » à dominance blanche qui ignorait « les contextes et les histoires [particuliers] dans lesquels se construisent les oppressions croisées des femmes » (p. 93). La force de ces mouvements réside aussi bien dans la déconstruction des stigmates coloniaux-eurocentrés, que dans la solidarité qu’ils manifestent entre eux. Au tournant des années 1990 la notion d’intersectionnalité (Kimberlé Crenshaw3) est venue cristalliser cette unité avec une approche intégrée « contre le sexisme, la norme hétérosexuelle, le racisme et l’exploitation capitaliste » (p. 64).

4
Ce premier volet est par ailleurs l’occasion pour l’auteure de mettre au jour « “l’envers” de la modernité » (p. 70). En revenant sur l’histoire « globale », Masson dénonce les actes de barbarie menés par les actuelles puissances européennes (génocides, esclavage, travail forcé…) qui ont contribué à les positionner comme centres de pouvoir économique, politique et culturel4. Cette critique, qui est apparue « à l’époque même du colonialisme » (Fanon, Césaire) (p. 79) et qui s’est développée dans les milieux académiques anglophones dès les années 1980 sous le nom d’« études postcoloniales », est revisitée par la sociologue, laquelle insiste sur la marginalité de la perspective de genre dans ce champ.

5
Le deuxième chapitre est consacré aux critiques de la « colonialité » en Amérique latine5. Partant de l’influence mitigée des études postcoloniales sur cet espace (expliquée par l’incompatibilité de certaines représentations historiques et culturelles liées à des indépendances et à des rapports coloniaux distincts), Masson évoque la genèse des Latin Subaltern Studies (années 1990) et leurs contradictions. En effet, cette « critique radicale des cultures des élites, des épistémologies et projets libéraux » (p. 100), inscrite dans une tradition anti-impérialiste, est née dans des centres académiques du « Nord », éclipsant ainsi des travaux pionniers du « Sud » (Julieta Paredes, Aura Cumes, Silvia Rivera6) qui, pour Masson, ne sont pas reconnus à leur juste titre. L’invisibilisation de la contribution de la brésilienne Léila Gonzalez7, féministe noire dont la pensée constitue pour l’auteur un véritable jalon de la réflexion décoloniale (p. 101), montre d’ailleurs la marginalité du genre dans cette approche. Cette situation est accentuée par la fracture du féminisme latino-américain et des Caraïbes qui a eu lieu au milieu des années 1990, opposant des féministes « institutionnelles » (suivant les agendas de l’ONU et des ONG à des fins « pratiques ») et des féministes « autonomes » (contestataires des politiques de l’État et des organismes internationaux, et cherchant un changement profond à des fins idéologiques).

6
Les troisième et quatrième chapitres abordent les politiques néolibérales déployées au Mexique et en Amérique centrale au cours des dernières décennies, ainsi que les résistances des mouvements indigènes face au « nouveau projet de civilisation » porté par ces politiques (p. 113). En dressant une critique des logiques productivistes de développement, Sabine Masson dénonce les stratégies que les centres de pouvoir mettent en place (privatisations, accords de libre-échange, projets extractifs de ressources, brevetage des connaissances indigènes…) au détriment de l’écologie et du droit d’autodétermination des peuples autochtones. Le programme « Oportunidades » d’aide financière aux familles en situation de pauvreté extrême, lancé par le gouvernement mexicain, le projet touristique « La Ruta lenca » au Honduras, ainsi que la construction du luxueux hôtel Indura Beach & Golf Resort dans le territoire garífuna8 témoignent de la manière dont les gouvernements et les industries instrumentalisent des arguments humanitaires, de revalorisation ethnique et de sauvegarde écologique, pour contrôler les ressources naturelles, matérielles et humaines de la région. Or, la sociologue démontre que ces leviers peuvent fonctionner aussi comme des moyens de (ré)pression dans des zones de conflit comme le Chiapas, siège de l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale), en lutte depuis 1994. Dans ce contexte, les femmes sont particulièrement ciblées : le gouvernement ayant compris le rôle majeur qu’elles jouent au sein de la famille, de l’économie locale et dans le soutien civil à l’EZLN, il les a choisies comme « bénéficiaires » de ses programmes, position qui les met face à deux fronts : les hommes de leur famille, qui exigent l’argent des « aides », et l’État. À cela s’ajoutent les représailles de l’armée qui utilise la violence sexuelle comme arme de domination physique et symbolique. Malgré les intérêts, la corruption et les menaces qui se cachent derrière ces initiatives néolibérales, des organisations féminines réussissent, depuis différents espaces (coopératives d’artisanat, moulins, potagers, échoppes…), à mener une « lutte intégrale » (p. 195) contre des oppressions multiples et simultanées.

7
Dans son dernier chapitre, Masson réfléchit à l’impact de son expérience aux côtés des collectifs de femmes paysannes indigènes, sur ses propres pratiques féministes en tant qu’universitaire-blanche-européenne dotée de privilèges. L’exercice d’autocritique qui traverse son ouvrage (p. 18, 21, 49, 54, 175, 206), culmine par une mise en question de l’« assimilation des études subalternes et féministes aux espaces du savoir “scientifique” dominant » (p. 208). En effet, pour la sociologue, l’institutionnalisation de ces études a entraîné la reproduction des hiérarchies qu’elles étaient précisément censées combattre (les critères de légitimation des producteurs et des pratiques de connaissances sont analysés). Dans ce sens, elle constate que la résistance passe par une décolonisation non seulement du savoir mais aussi des méthodes. Autrement dit, pour éviter de reproduire des pratiques verticales, ethnocentriques et paternalistes, il faut élaborer une nouvelle « épistémologie plurielle » (p. 220) et horizontale qui s’appuie sur l’action collective et des combats concrets. Depuis sa position d’« apprentie » (p. 176), Sabine Masson entend ainsi parler non pas sur les subalternes mais avec elles, tout en reconnaissant les limites de sa démarche (par exemple, l’utilisation des langues et des outils ethnographiques occidentaux pour sa recherche).

8
La discussion de cette « éthique de la décolonisation » (p. 208), à travers des exemples en provenance des deux côtés de l’Atlantique, nous paraît être l’une des forces majeures de cet ouvrage d’une grande honnêteté intellectuelle, et qui est manifestement d’actualité.

Haut de page


Notes

1 Le travail ethnographique et pédagogique (coordination d’ateliers d’alphabétisation) que Masson a entrepris avec la coopérative de femmes tojolabales « Tzome Ixuk », dans l’état de Chiapas (sud du Mexique), a constitué pour elle un espace privilégié pour une meilleure compréhension de l’imbrication d’oppressions et des différentes manières d’y faire face.

2 Soulignons l’importance que l’auteure accorde à la pluralité des féminismes ainsi qu’à la notion de « décolonial » formulée par des militantes féministes latino-américaines dont elle s’inspire et qui s’ancre dans une « perspective de transformation sociale et de connaissance » (p. 78). À son sens, le « décolonial » caractérise mieux le « processus inachevé de décolonisation des rapports sociaux, des pratiques et des représentations » (p. 101), contrairement au terme « postcolonial » avec lequel « la définition d’un “après” est problématique » (p. 86).

3 Kimberlé W. Crenshaw, « Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color », Stanford Law Review, vol. 43, n° 6, 1991, p. 1241-1299.

4 Masson ne manque pas de rappeler l’implication de la Suisse dans l’entreprise coloniale, pays où les études sur cette question restent marginales.

5 Proposée par le sociologue péruvien Aníbal Quijano, le terme de « colonialité » renvoie à « l’empreinte coloniale » qui continue de dicter les rapports sociaux mais aussi les mentalités (p. 12-13).

6 À propos des travaux pionniers de ces trois critiques, l’auteure renvoie à Mónica Cejas, « Desde la experiencia », Entretien avec Ochy Curiel, Andamios. Revista de Investigación Social, vol. 8, n° 17, 2011, p. 181-197.

7 Lélia Gonzalez, « Por un feminismo afrolatinoamericano », Isis internacional, n° IX, juin 1988, p. 133-141.

8 La communauté garífuna se situe dans la partie nord-occidentale du littoral atlantique hondurien et se caractérise par la double discrimination qu’ils subissent, se revendiquant afro-descendants et indigènes
.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 30 Jan - 12:48


Salut camarades racistes

Labo Décolonial19 janvier 2017

Aujourd’hui, 19 janvier 2017, nous pouvons enfin communiquer sur la situation que notre collectif a subi tout au long de 2016, enfin libérées du chantage et du harcèlement que l’Université Populaire de Bordeaux nous a administré.

Citation :
Contraintes au silence pendant plus de 6 mois, au risque ne pouvoir avoir accès à la subvention tri-annuelle que nous avions réussi à obtenir auprès du CGET, (2016/2019) nous avons dû composer avec la stratégie d’un bureau démissionnaire et d’une salariée omnipotente, visant d’abord à nous ostraciser, puis nous invisibiliser, nous diaboliser, jusqu’à nous exclure, tout en se victimisant, nous reprochant d’être « trop autonomes » et « trop typées »(propos tenus en CA par la trésorière et la salariée) et ce, afin d’obtenir le consentement à notre propre éviction.

Notre réponse fut alors de les renvoyer à leurs responsabilités, et ainsi assumer leur logique ségrégationniste jusqu’au bout : c’est donc par le biais d’une Assemblée Générale Exceptionnelle _ décidément le traitement d’exception ne nous lâchera jamais _ que sera prononcée l’exclusion de l’ensemble de la commission Labo Décolonial de l’Université Populaire de Bordeaux.

Car à l’instar des éducatrices populaires du réseau des SCOP d’éduc pop politique, qui à leur détriment ont découvert qu’au sein de leurs orgas la domination masculine était bien présente et agissante, nous femmes prolos, immigrées, et banlieusardes avons mis en évidence le racisme de gauche au sein de l’UPB (cf le site de la Trouvaille).

En effet c’est progressivement que va se mettre en place, à notre insu, une coalition extrêmement soudée qui va se servir du conflit intrinsèque qui existe au sein de l’UPB depuis son origine, ainsi que du conflit politique qui existe aujourd’hui entre la gauche blanche et les militant-e-s décoloniales, pour justifier l’exclusion de la seule commission qui met en acte l’intégralité de l’objet politique dont s’est dotée l’association, à savoir : «Œuvrer à mobiliser, créer et diffuser des savoirs et des pratiques, permettant à toutes personnes, et en particulier celles de milieux populaires, d’acquérir de la puissance d’agir et d ‘œuvrer à la transformation sociale ».

La création du Labo Décolonial en 2014 visait justement à combler le manque de congruence entre l’objet politique et les forces vives et publics de l’UPB, car bien forcés de constater que malgré la volonté affichée des membres de l’association et de son projet politique, l’Université Populaire de Bordeaux comme la plupart des initiatives ayant une visée émancipatrice en France, n’arrivait pas à « toucher » les personnes « issues de l’immigration » et les « classes populaires ». La proposition sera la suivante: changer de paradigme, c’est à dire qu’au lieu de chercher « à toucher les gens des quartiers » pourquoi ne pas aborder des thèmes qui les touchent… qui les concernent directement.

Cette inversion va faire mouche, et le succés grandissant de la commission, va renvoyer en miroir les limites et incapacité des autres commissions à fonctionner. Mais au lieu d’admettre que le « centre » a à apprendre de la « périphérie », les dominants vont s’employer à la fabrique de l’« ennemi intérieur » dont il faut à tout prix se débarrasser pour la paix sociale au sein de l’organisation.

Aujourd’hui en France, nous assistons à la montée en puissance d’organisations pensées, portées et incarnées par ceux et celles qui subissent, et donc connaissent, les effets délétères des discriminations systémiques cumulées. Véritable lame de fond secouant le pays et les forces de gauche, cette nouvelle génération ébranle la gauche-blanche-petite-bourgeoise-et-mysogine, qui au lieu de laisser la place, et la parole aux concerné-e-s préfère faire des crises d’auto-victimisation, racisme inversé et autres élucubrations, et ce afin de maintenir le statu quo et préserver ses privilèges.

D’où, pour nous, le besoin de communiquer sur cette situation vécue, afin d’en produire une analyse politique et un objet de connaissance transmissible à la communauté d’éducation populaire politique et au delà, dans le but de partager des savoirs et d’éviter que ça n’arrive à d’autres femmes comme nous.

Bien que pas mal sollicitées, invitées à contribuer, intervenir, former… demandes auxquelles nous faisons tout pour répondre au regard de l’urgence de la situation sociale de ce pays, nous nous faisons un point d’honneur à transformer cette expérience en matière à création, analyse et réflexion, qui prendra sans doute la forme d’une conférence gesticulée dans les bacs fin 2018…




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mer 1 Fév - 6:56


InterGender Course, Decolonial Feminisms

Linköping February 22-24, 2017
Publiziert am 10. Januar 2017 von nara
InterGender Course

Decolonial Feminisms
February 22-24, 2017
Application Deadline Extended: January 17, 2017; 7,5 + 7,5 credits;
Course Location: Linköping University, Sweden.

Course description:

Citation :
This InterGender course will introduce the decolonial option as a contemporary non-western critical thought and practice. We will dwell on the key concepts and tools of decolonial analysis, particularly in relation to Western and other non-Western feminisms. The course will also consider intersections and differences in various kinds of decolonial feminist critique stemming from diverse local histories, geopolitics and corpopolitics of knowledge, being and sensing. The course is divided into three interrelated strands. The first strand will discuss the seminal decolonial feminist texts (by authors such as Maria Lugones, Chela Sandoval, Sylvia Marcos and others) thereby engaging in a critical discussion of such vital issues as coloniality of gender, the modern/colonial gender paradox, the deep coalitions, etc. The second strand will focus on indigenous feminisms in Mesoamerica. We will review some of the salient epistemic issues reclaimed from the ancestral roots that indigenous feminisms are building upon today. These roots constitute categories that give their struggles for justice a decolonial thrust. For instance, a concept like equality, when reinterpreted within an indigenous philosophical background, becomes gender parity, duality, equilibrium and gender fluidity. Such poly-facetic reinterpretations will be presented through an analysis of contemporary actions and struggles by women, specifically within the Zapatista Movement. The third strand will explore the possibility of applying decolonial tools in the context of postsocialist Eastern Europe. In particular, this strand will consider whether decolonial framework could be a useful thinking technology to trouble the Western-centric and universalizing tendencies characteristic to certain predominant articulations of transnational feminisms that commonly attribute a lag narrative to Eastern Europe.

Teachers:

Madina Tlostanova, Professor, Gender Studies, Linköping University, Sweden.
Sylvia Marcos, Researcher/Professor and founder of the Permanent Seminar on Gender and Anthropology at the Institute for Anthropological Research (IIA, UNAM) at the UNAM, Universidad Nacional Autonoma de Mexico. www.sylviamarcos.wordpress.com
Redi Koobak, Assistant Professor, Gender Studies, Linköping University, Sweden.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Florage



Messages : 161
Date d'inscription : 13/01/2017

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 5 Fév - 15:59


Appel à contributions – Journée d’études les 17 et 18 mai 2016

« Décoloniser le féminisme »

Journée autour du travail de Soumaya Mestiri et des féminismes décoloniaux


EXeCO 05/02/2017

Organisation : Marta Dell’Aquila, Manon Garcia, Mona Gérardin-Laverge

Citation :
À l’occasion de la venue de Soumaya Mestiri en tant que professeure invitée au sein de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (chaire Tepsis), une journée d’études autour de son travail est organisée le 18 mai 2017 à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, qui vise à appréhender les différentes déclinaisons du « féminisme décolonial » et leurs usages dans les sciences humaines et sociales.




Citation :
Quel féminisme pourrait aujourd’hui réunir les Nords et les Suds ? Sans nul doute un féminisme non hégémonique, qui prenne en compte les spécificités des unes et des autres mais qui, ce faisant, ne cherche pas opposer centre et périphérie. Ces caractéristiques, qui représentent autant d’exigences, sont précisément celles d’un « féminisme de la frontière », capable de se projeter, qui croise sans recouper, et qui rejette aussi bien la fusion que l’hybridation : un féminisme « transversal », foncièrement décolonisé.

Cet ouvrage se propose de déconstruire des catégories classiques assimilées ou appliquées au féminisme, comme le care ou l’empowerment, dans une approche qui emprunte tout à la fois à la philosophie sociale et à la pensée décoloniale, pensée qui se définit à la fois contre la postmodernité et la postcolonialité. Féminismes du Nord et du Sud d’hier et d’aujourd’hui sont ainsi soumis à une critique de fond, à la fois historique et épistémologique, s’agissant aussi bien de décoloniser la Shéhérazade médiévale que la Fat(i)ma adepte du féminisme dit musulman, et les femmes du Kazanistan rawlsien autant que celles de la Tunisie post-révolutionnaire.


L’ouvrage de Soumaya Mestiri, Décoloniser le féminisme. Une approche transculturelle (Paris, Vrin, 2016) fera l’objet de deux manifestations : le 18 mai, une journée d’études en présence de Soumaya Mestiri, avec plusieurs interventions sur les thèmes qu’elle aborde dans son livre et une discussion préparée collectivement lors d’un atelier de lecture ouvert à tou.tes (masterant.es, doctorant.es, enseignant.es, militant.es, etc.) le 17 mai 2017.

Dès son apparition dans les années 1970, le concept de « féminisme décolonial » a été intégré au sein de nombreuses théories féministes. Loin d’être univoque, ce concept naît de l’exigence de décoloniser les pensées, les pratiques et les politiques féministes ; de contester l’hégémonie blanche dans les mouvements féministes ; de mettre en évidence l’intersectionnalité (Crenshaw, 1991) des identités sociales et politiques, du point de vue du genre, de la race, de classe, de la sexualité ; de faire reconnaitre les points de vue subalternisés.

Ces « Autres », que le féminisme occidental avait exclu.es, en les considérant comme périphériques, minoritaires, marginales et locaux, questionnent les approches universalistes et sapent l’idée d’une condition universelle des femmes, d’une homogénéisation, en proposant de « fédérer la différence sans l’annihiler », pour le dire avec les mots de Soumaya Mestiri. Le féminisme décolonial se place donc dans une perspective qui veut valoriser les formes créatives de résistance au colonialisme, en récusant toute forme de fermeture à la fois théorique et pratique.

La parution de l’oeuvre de Soumaya Mestiri crée un espace de dialogue et d’examen de ce champ fertile et innovateur, qui questionne et s’oppose à une raison impériale raciste, et qui donne de la place « aux consciences et aux modes d’actions spécifiques des dominés ». La démarche décoloniale de Soumaya Mestiri, qui ouvre de nouvelles pistes pour penser la méthode et l’analyse philosophiques du réel et de la pratique, constitue un prisme critique majeur sur la philosophie politique, le féminisme et l’action publique et politique.

Comme la conjugaison plurielle « féminismes décoloniaux » dans le titre l’atteste, l’objectif de cette journée d’études consiste à faire l’état des lieux des approches qui entendent remettre en cause le racisme, le classisme et l’hétérosexisme épistémiques habitant la pensée politique féministe de style occidental.

Des contributions provenant de la philosophie (morale, politique, sociale, du langage), de l’histoire de la philosophie féministe, de l’épistémologie, seront les bienvenues. Il est demandé d’envoyer une proposition d’une page ainsi qu’un curriculum vitae, avant le vendredi 3 mars 2017 aux adresses suivantes : marta.dellaquila@univ-paris1.fr et Mona.Gerardin-Laverge@malix.univ-paris1.fr

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Admin
Admin


Messages : 6262
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 28 Mai - 17:44




demandez le programme !









pas de quoi fouettez un chat, mais c'est reparti comme avec le camp décolonial "interdit aux Blancs"...

festival afro-féministe Licra FN... Hidalgo demandent l'interdiction

un peu de clarté : Aux origines de la polémique sur le festival afroféministe Nyansapo Frantz Durupt Libération 28 mai 2017


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   

Revenir en haut Aller en bas
 
DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 3 sur 4Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant
 Sujets similaires
-
» [ Marine à voile ] Race for Water, le catamaran solaire
» le féminisme
» Pour vous, qu'est ce que le féminisme?
» voile deriver 445
» L'Argent-Dette

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION :: ENTRÉES THÉMATIQUES : CAPITALISME, MONDE, COLONIALITÉS... LUTTES :: 'FEMMES' & 'hommes'... Domination masculine -> machisme structurel et sociétal-
Sauter vers: