PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 3 Déc - 13:00



Sociologue marocaine iconoclaste, Fatema Mernissi publie Le Harem et l'Occident. Un livre rebelle et provocateur qui dénonce les clichés sur la femme orientale, jusqu'au paradoxe.

Professeur à l'université Mohammed-V, à Rabat, c'est lune des plus brillantes intellectuelles musulmanes. Elle a publié notamment Le Harem politique, 1987, Sultanes oubliées et Rêves de femmes , 1996. Elle donne aujourd'hui des conférences dans le monde entier.




Citation :
Psychologies: Vous affirmez que les femmes occidentales vivent dans des harems. Est-ce de la provocation ?
Fatema Mernissi : Absolument pas. Toutes les entreprises dirigées par des hommes sont des harems et, comme par hasard, presque tous les magazines féminins occidentaux ont des hommes pour chef. Même une entreprise installée dans un building de verre ultrafuturiste comme il y en a à la Défense peut abriter un harem. Un lieu où le maître fait en sorte de s'entourer de dizaines de femmes dont le salaire dépend de son bon vouloir. Et la répression y est aussi terrible qu'en Orient, mais de nature beaucoup plus discrète.

Vous parlez de harem, mais pas de sexe

Le but d'un harem n'est pas d'avoir du sexe, mais de montrer son pouvoir. Si vous voulez du sexe, vous ne vous entourez pas de dizaines de personnes, vous n'introduisez pas entre les femmes rivalité et compétition. A moins d'avoir une sexualité bizarroïde

La taille 38 pour les Occidentales serait l'équivalent du port du voile pour les musulmanes. Ny allez-vous pas un peu fort ?

A Téhéran, si vous ne mettez pas de tchador, un policier vous rappelle à l'ordre. En Occident, la terreur est plus immatérielle. Il suffit de faire circuler des images pour que les femmes s'épuisent à leur ressembler. Tout va bien si vous rentrez dans du 38. Sinon, vous n'êtes pas dans la norme et vous ne pouvez même pas vous révolter. C'est surréaliste, comme type de violence. Les musulmanes jeûnent un mois par an; les Occidentales, c'est toute l'année!

Cette femme occidentale soumise et consentante dont vous parlez, où l'avez-vous trouvée ?

Dans les fantasmes des Occidentaux. Il suffit de regarder les odalisques nues de Matisse ou de lire Kant et sa conception de la beauté idéale ! Le fantasme de lhomme occidental, cest une femme muette et passive intellectuellement. Le fantasme des Orientaux, cest Schéhérazade, une femme essentiellement intellectuelle. Cest en touchant l'homme par des mots savamment choisis quelle réussit à agir sur ses émotions.

Et quels sont les fantasmes des femmes ?

Chez nous, il y a une sorte de souplesse entre les sexes. Par exemple, un homme tendre n'est pas repoussant, au contraire. Aux Etats-Unis, un homme qui montre de la tendresse ou qui pleure est ridicule. Lhomme occidental doit être dur et ne pas montrer ses émotions. Lhomme arabe, sil na pas d'émotions, est effrayant. C'est un homme fragile, qui l'exprime et qui en rit.

Selon vous, les femmes orientales voudraient saper le pouvoir des hommes  

Nous utilisons le mot "kayd", qui veut dire astucieux, malin. Ce n'est pas de la ruse, c'est pire. C'est un pouvoir irrésistible et destructeur. Les femmes orientales font peur aux hommes, car elles sont dotées dune intelligence subversive, opposées au pouvoir, au système. Elles sont reconnues comme intelligentes et stratèges quand il s'agit de détruire le pouvoir masculin. La première fois que je suis allée aux Etats-Unis, lorsque j'étais étudiante, j'ai été surprise de constater que la femme nétait pas supposée être aussi intelligente que lhomme. Je nai jamais ressenti cela dans un pays musulman.

Vous dites que la femme orientale est plus rebelle que la femme occidentale. C'est une boutade ?

Résister aux discriminations et revendiquer légalité des sexes est un réflexe très fort chez la femme musulmane. Cela na rien à voir avec le stéréotype raciste d'un être totalement passif vendu par les médias occidentaux. C'est pour cela qu'en dépit des extrémismes, nombre d'entre elles parviennent à des postes politiques importants. En Islam, la femme est considérée comme légale de l'homme.

En théorie. Mais pensez-vous quelle le soit réellement ?

Dans les années 90, le pourcentage de femmes enseignant dans les universités ou institutions équivalentes était plus important en Egypte qu'en France ou au Canada. Le pourcentage d'étudiantes inscrites dans les formations d'ingénieur était deux fois plus élevé en Turquie et en Syrie qu'aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne.

Comment expliquez-vous alors qu'en Occident, les femmes musulmanes soient toujours considérées comme soumises ?

Parce que c'est une idée reçue, véhiculée par les médias. Ces images de femmes misérables, soumises, battues, violées, sont devenues un produit de consommation pour l'Occident, comme une drogue qui vous renfloue. Cela remonte à merveille le moral des femmes occidentales. On leur dit : Estimez-vous heureuse, vous n'êtes pas dans un pays musulman.

Vous semblez dire que les femmes musulmanes ne sont pas opprimées

Beaucoup d'entre elles dirigent des compagnies, mais elles ne sont pas médiatisées. Seules celles qui sont persécutées sont intéressantes aux yeux de l'Occident !

Cet Islam existe pourtant, par exemple chez les taliban !

Je ne parle pas des extrémistes, je parle de gens normaux ! Les femmes que je rencontre remportent des batailles tous les jours. Elles, vous ne les regardez pas ! Celles qui vous intéressent portent le voile ou subissent la dictature des extrémistes.

Au cours de votre enquête, qu'est-ce qui vous a le plus surpris ?

Que les femmes occidentales croient que leur système est bon pour les femmes. Du fait quelles ont quelques avantages, elles ne voient pas tout le reste. Elles ne sont absolument pas les égales des hommes, mais se comportent pourtant comme si cétait le cas. Je trouve cela tout bonnement fascinant ! En Orient, je sais que les lois sont contre moi, donc, à chaque minute, je veille à ne pas me laisser "bouffer".


NEE DANS UN HAREM
Citation :
Fatema Mernissi est née en 1940 dans un harem à Fès, au Maroc, dune mère analphabète. Une expérience douloureuse, quelle a racontée dans Rêves de femmes. Une enfance au harem (Albin Michel, 1996). Cest en enquêtant sur la représentation du harem en Occident quelle a découvert le fossé qui séparait les fantasmes (surtout masculins) de la réalité. Le sourire embarrassé et ambigu des hommes occidentaux, lorsquelle évoquait cet espace de réclusion et de corps voilés, a poussé Fatema Mernissi à écrire son dernier ouvrage : "Le Harem et lOccident" (Albin Michel). Pour eux, le mot harem signifiait sexe ; or, pour elle, il est avant tout synonyme de famille. La sociologue a voulu en ... et a donc cherché à découvrir quel idéal féminin se cachait derrière les fantasmes européens.



Citation :
En Occident, le harem est représenté comme un lieu de plaisir où s'ébattent des femmes nues et lascives, odalisques d'Ingres et de Matisse, Schéhérazade en version hollywoodienne.

En Orient, le harem est au contraire le lieu de la réclusion des femmes qui ne rêvent que de s'en émanciper, en jouant de leur talent et de leur intelligence, qu'elles aient vécu au temps du khalife Haroun Al-Rachid ou dans le harem domestique des années 50 à Fès.

Ces deux représentations du harem - l'une fantasmée, l'autre historique - dessinent une vision différente, troublante et inattendue, non seulement de "la femme idéale" mais aussi de la séduction, de l'érotisme et des rapports entre les sexes.

"Décris-moi ton harem, je te dirai qui tu es", semble nous suggérer avec humour Fatema Mernissi, bien connue du public pour sa vision aussi pertinente qu'impertinente d'un monde arabe en pleine mutation.

Le Harem et l'Occident
: un fascinant voyage au coeur des harems, un face à face revigorant entre les cultures autant qu'une méditation sur le pouvoir de l'image et la perception de soi.






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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mer 16 Déc - 14:58




les femmes de Daesh

Lucile Quillet , 14-16 novembre

1/3 Pourquoi les jeunes filles rejoignent les rangs de l'État islamique
2/3 Le quotidien de contraintes des femmes sous l'État islamique
3/3 Pourquoi Daech ne peut pas exister sans les femmes

Série "Les femmes de Daech"-"Avant de partir" 1/3. -  La doctorante spécialiste du djihad et des femmes Géraldine Casutt nous explique les motivations des jeunes filles françaises, venues aussi bien des quartiers chic que des banlieues, qui partent faire le djihad en Syrie.

Citation :
Géraldine Casutt est assistante en science des religions à l'université de Fribourg en Suisse, où elle prépare une thèse consacrée au djihad féminin en co-tutelle avec l'EHESS à Paris. Son doctorat porte sur les modalités d'engagement des femmes musulmanes occidentales dans le djihad et leurs représentations en tant que femmes dans le djihadisme. Elle travaille notamment sur les réseaux sociaux, où elle entretient des dialogues avec certaines de ces femmes. Dans un long entretien, que nous restituons en trois parties, « pourquoi les jeunes filles rejoignent les rangs de l'État islamique », « la vie quotidienne des femmes sous l'État islamique » et « pourquoi l'État islamique ne peut pas exister sans les femmes », la chercheuse nous raconte à quel point ces jeunes filles ont le sentiment d'avoir choisi cette vie, comment elles vivent leur quotidien de contraintes, quitte à s'enfermer dans une bulle de lassitude, et leur rôle crucial au sein du système Daech.


1/3 Pourquoi les jeunes filles rejoignent les rangs de l'État islamique


Citation :
Lefigaro.fr/madame. - Peut-on estimer combien de femmes françaises ont rejoint les rangs du groupe terroriste État islamique ?

Géraldine Casutt. - Au mois de novembre, on comptait 197 femmes françaises au sein de Daech, et 51 mineures sur les 83 mineurs sur place.

On trouve aussi bien des filles de Sarcelles que des quartiers chic de Paris

Pourquoi y a-t-il plus de filles mineures que de garçons ?

Je pars du principe que garçons et filles entrent dans le djihad par la même porte, ils adhèrent au même système idéologique. En revanche, être homme ou femme dans l'État islamique ne signifie pas la même chose. Les motivations sont genrées et suscitent d'autant plus d’échos chez les mineures que chez les autres femmes. La femme est présentée dans son rôle de mère et d'épouse, avec un homme vertueux à ses côtés qui prend soin d’elle. À l'âge de l'adolescence, une jeune fille connaît ses histoires, nourrit des espoirs et se cabosse aux chagrins d'amour. On remarque très souvent l'absence du père dans les constellations familiales des candidats au djihad, filles comme garçons. Ce manque de figure patriarcale a rendu attrayantes des formes d'autorité qui répondent au besoin d'être protégées par un homme qu'elles n'ont pas eu auparavant. L’État islamique joue sur cette corde en opposant cette image d'homme idéal, combattant et droit, à celle des hommes qu'elles rencontrent en Occident et qui vont les faire souffrir. Il ne faut pas négliger que beaucoup de couples partent ensemble d'Europe, restent ensemble en Syrie sur le mode « Bonnie and Clyde », « nous contre le reste du monde ». Certaines femmes aimeraient mourir avec leur mari en se faisant sauter ensemble, c'est une forme d'idéal qui fait mouche auprès de celles en recherche d'aventure avec un homme idéal. Mais elles ne partent pas seulement car elles ont envie de vivre le grand amour, c'est aussi une idéologie qui les convainc, qui appuie sur des points sensibles de leur parcours. On trouve aussi bien des filles de Sarcelles que des quartiers chic de Paris. On dit souvent qu'elles sont manipulables mais je suis réticente à utiliser ce terme : elles ne le sont pas plus que les autres.

Pourquoi ne pas parler de manipulation ? Serait-ce un vrai choix ?

J’ai remarqué qu’on parle très souvent de manipulation chez les jeunes filles comme si c'était la seule justification possible. Si elles partent, elles sont forcément manipulées. Pour nous Occidentaux, imaginer qu'une femme puisse adhérer à une idéologie qui propose l'opposé de notre vision de la femme libérée héritée de mai 68 est difficile. La dissonance est trop forte, on refuse cette idée que la femme puisse être attirée par une forme de soumission, ça nous apparaît contre-intuitif. Or elles sont attirées par la norme et l'austérité. Si on veut comprendre le processus de radicalisation, il faut s'intéresser aux motivations de la conversion, qui est souvent axée sur les sentiments. Vous êtes en recherche de vérité, en questionnement. On vous dit qu'à partir du moment où vous vous « ressentez » musulman, il vous suffit de prononcer la Chahada (l'attestation de foi) pour vous convertir, que vous avez toute votre vie pour connaître la religion. On conforte votre intuition, en vous proposant un projet opposé au modèle occidental, qui apporte des réponses à ses défaillances et vous inscrit dans un système puissant, une utopie sociale et religieuse qui fonctionne. Les femmes avec lesquelles je parle ont vraiment l'impression de s'émanciper d'un modèle occidental qu'elles rejettent en bloc.

Elles se considèrent beaucoup plus libres que les femmes occidentales

On a du mal à comprendre que le modèle occidental soit moins attractif pour une femme que celui de l'État islamique...
Elles ne se reconnaissent pas dans l'image de la femme émancipée qu'on leur vend et qui n'est qu'hypocrisie selon elles. Elles disent que la société a voulu leur faire croire que les femmes étaient libres et détachées de la soumission du regard de l'autre. Or, en regardant la télévision ou la publicité, elles trouvent que la femme n'a jamais autant été aliénée à l'homme. Elles ne savent pas quelle est la place de la femme : elle est supposée gérer sa vie, être indépendant, mais aussi gérer son foyer, élever ses enfants... Elles en déduisent la chose suivante : beaucoup de responsabilités pèsent sur ses épaules, contrairement aux hommes, et pourtant elle aura toujours faux ou tort. Pour elles, il faut faire plus simple : rejeter cette égalité hypocrite pour revenir à une complémentarité des sexes, où chacun a une tâche particulière. Elles se considèrent ainsi beaucoup plus libres que les femmes occidentales, qu’elles jugent soumises à l'homme et d'autant plus perverses qu'elles se croient réellement libres. La grande différence qu'elles font entre leur situation et celle d’une femme au foyer des années 1950 est qu'elles ne sont pas soumises à un mari mais à Dieu. Parfois, on frôle les débats féministes.

Qu’est-ce que l’EI leur apporte qu’elles ne trouvent pas en France ?

Le djihadisme se construit sur la complémentarité des sexes. La femme a un rôle plein et entier : elle engendre et élève la future génération, qu'on souhaite encore plus radicale. À partir du moment où elle a mari et enfants, elle est actrice et donc validée dans ce système. En Occident, une femme au foyer sera pointée du doigt et perçue comme faible. Si on veut prendre le contre-pied de la culture occidentale, la femme au foyer est une figure alternative. Pourquoi se donner la peine de gagner son indépendance quand on peut être reconnue et valorisée ainsi ?

Les femmes sont-elles recrutées de manière spécifique ?

Les discussions que les candidates ont avec les djihadistes et les promesses de mariage qui en découlent peuvent être des déclencheurs puissants. Mais le recrutement s’effectue souvent de femme à femme sur les réseaux sociaux. Celles qui parlent depuis la Syrie, « les sœurs », racontent leur vie quotidienne, postent des photos de nourriture, de plats, des rues, de leurs appartements, via des blogs notamment. Elles bénéficient d'une aura particulière et représentent un modèle à suivre, un but à atteindre pour celles qui sont toujours en Europe. Les candidates se disent : « Si ces femmes qui ont eu la même vie que moi avant en sont capables, je le suis aussi ». Les « sœurs » leur servent un discours prosélytique : c'est leur devoir de musulmane d'aller là-bas, la vie y sera meilleure. Elles s’appuient sur le sentiment de persécution victimaire, en rappelant à leurs interlocutrices les faits islamophobes commis en France, en démontrant que ce n'est pas possible d'être un bon musulman en Europe. Le sentiment d'appartenance est fondamental. Ce ne sont pas des amies, mais des « sœurs » : leurs liens sont fondés sur la religion. Ce sentiment de sororité est exacerbé dans les sphères djihadistes, ce qui explique notamment la difficulté que connaissent certaines à s’en dissocier une fois qu’elles y ont goûté.


2/2 Le quotidien de contraintes des femmes sous l'État islamique


Série "Les femmes de Daech"- "Au pays des l'état islamique" 2/3. - La doctorante spécialiste du djihad et des femmes Géraldine Casutt nous décrit le quotidien, circonscrit par l'autorité masculine, des femmes françaises au sein de l'État islamique. Une vie de contraintes, qui pourrait bien finir par les lasser.

Citation :
Lefigaro.fr/madame. - Une fois arrivées en Syrie, les candidates au djihad sont-elles mariées dans la foulée ?

Géraldine Casutt. - Certaines candidates ont réalisé des sortes de pré-mariages sur Skype, qui sont validés une fois sur place. Celles qui arrivent avec leur frère ou tout autre parent masculin n'ont pas besoin de se marier tout de suite. D'autres arrivent seules, en célibataires et vont au maqqar, une maison qui regroupe les femmes qui n'ont pas de tuteurs masculins. Les sœurs vous aident à trouver un mari djihadiste. Le mariage se fait rapidement en général car les conditions de vie au maqqar sont difficiles. Qui plus est, sans homme, une femme a un accès très réduit à la vie sociale. On est dans une compréhension de l'islam selon laquelle la femme est une éternelle mineure. Elle doit avoir un tuteur masculin, qu'il soit mari, père, cousin, frère… L'engagement d'une femme dans le djihad dépend d'une figure masculine : elle a besoin d’un homme pour être membre à part entière de la sphère djihadiste, pour accéder à son rôle d’épouse et de mère. Pour nous, Occidentaux, le mariage est fondé sur la connaissance de la personne, or, dans la conception de l'État islamique, Dieu régit tout. Il mettra quelqu'un sur votre route qui est bien pour vous. Le mariage, même avec un inconnu, est censé fonctionner car Dieu est dans le mariage. Certains foyers sont polygames mais toutes les femmes n'y sont pas disposées. Il existe des mariages mixtes entre personnes qui ne sont pas du même groupe ethnique mais généralement les unions se font entre conjoints qui parlent la même langue et viennent tous deux d'une culture occidentale.

Les viols des femmes yézidies ne leur posent pas problème

Dans un document de l’EI sur la condition des femmes dans le califat traduit par la Quilliam Foundation, le mariage d'une fillette de 9 ans est légitimé. Les mariages précoces sont-ils fréquents ?

Je ne crois pas que pour le moment on marie beaucoup de fillettes de neuf ans. Les recrues sont des adultes. La question va toutefois se poser dans dix ans, quand les enfants qui ont grandi seront en âge. Est-ce que les parents, issus de sociétés occidentales, vont les marier plus tôt ? Et même si mariage il y avait, ça ne veut pas dire qu'il soit consommé.

On se demande parfois comment des femmes peuvent cautionner les atrocités commises envers les femmes dans l’EI, par exemple les viols des Yézidies et l’existence de marchés aux esclaves. Comment réagissent-elles ?

On pense qu'une femme va être rebutée, dissuadée par les souffrances infligées à d'autres femmes. Et pourtant : elles sont bien au courant que les Yézidies sont réduites en esclavage et qu'il y a un trafic, ça ne les rebute pas. Elles adhèrent à un système de pensée et une représentation du monde où il y a les méchants d'un côté et les bons de l'autre. Il faut éliminer et punir les ennemis et en l'occurence, les Yézidies sont des Yézidies avant d'être des femmes. Certaines djihadistes trouvent normal de les violer ou d'en faire des domestiques. La fonction de l'acte sexuel avec l'esclave est l'humiliation, tandis que l'acte sexuel avec son mari a une fonction reproductrice. Si les Yézidies tombaient enceintes de leur mari, l’enfant serait élevé dans la haine de sa communauté d’origine.

Les femmes de l'État islamique vivent dans des zones très éloignées des combats. On a entendu certaines djihadistes dans des reportages et documentaires confier qu'elles menaient une vie normale, qu'il y avait des magasins pour faire du shopping et les courses. À quoi ressemble leur quotidien ?

Elles vivent en effet sur des territoires qui ne sont pas directement des zones de conflit, où la guerre n'est ni ouverte ni visible. Même si l'on est en guerre, il y a une vie quotidienne. L'accès au monde extérieur est toutefois conditionné par le mari. Si elles se promènent dans la rue, c'est avec leur chaperon. La majeure partie du temps, elles restent chez elles et les sœurs se visitent les unes les autres.

Être djihadiste aura été une phase de la vie, comme on est punk ou gothique

Arrive-t-il que ces femmes soient déçues après coup de l'État islamique ?

C'est difficile à dire. Je pense qu'elles sont aussi nombreuses que les hommes déçus du système. On estime approximativement à une dizaine le nombre de femmes revenues en France. Je m'interroge sur les possibles dissonances auxquelles elles font face comparées aux hommes. Les femmes avec lesquelles je parle n'ont jamais vu de mort de leur vie, elles n'assistent pas aux exécutions ni aux combats. En général, ce sont les règles de vie qui sont trop pesantes. Pour certaines, le régime de femme au foyer ne convient pas. D'autres sont victimes de mauvais traitements de la part de leur mari. Elles ont aussi un accès à Internet limité, il faut qu'elles se déplacent au cyber café. Cet été, l'État islamique a imposé aux femmes de combattants de porter le sitar, un voile supplémentaire par-dessus le niqab qui couvre le regard, au motif que ce dernier peut être aguicheur et susciter la tentation. Plusieurs femmes ont fait part d’une certaine incompréhension face à cette mesure sur les réseaux sociaux. Elles ont le sentiment de faire déjà preuve de beaucoup de pudeur et le sitar est difficile à supporter en cas de grande chaleur. Sur le vif, certaines ont même suggéré que si le simple fait de voir un regard affolait les hommes, ils devraient se réformer. Au final, toutes ont quand même accepté ce décret.

Celles qui ont embrassé l'idéal djihadiste à l'adolescence risquent-elles de se lasser un jour ? Ce mode de vie est-il durable ?

On parle de jeunes Occidentaux qui ont grandi dans une société de consommation de choses et d'idées. C'est une génération qui a peu de chances de garder le même job pendant 20 ans. Est-ce qu'ils garderont la même idéologie pendant 20 ans ? Est-ce que les Occidentaux ont été formés pour être réceptifs à cet ensemble de règles très strictes toute leur vie ? Je me demande si ces jeunes ne vont pas se lasser et signer la chute de l'engouement des jeunes pour l'EI. Être djihadiste aura été une phase de leur vie*. Si on reste dans l'hypothèse d'un djihad canalisateur, c'est probable. Toutefois, puisque l’espérance de vie ne semble pas très élevée en Syrie, je ne sais pas si nous aurons vraiment l’occasion d’observer cette lassitude.

*L'interview a été modifiée


3/3 Pourquoi Daech ne peut pas exister sans les femmes


Série "Les femmes de Daech" - "Les femmes, le gage d'un État" 3/3. - La doctorante spécialiste du djihad et des femmes Géraldine Casutt décrypte la façon dont les femmes ont permis au système Daech de s'inscrire dans la durée
 
Citation :
Lefigaro.fr/madame. - En quoi les femmes jouent-elles un rôle crucial dans le système Daech ?

Géraldine Casutt. - Sans femmes, Daech serait juste un groupe d'hommes combattants, qui obtiennent des femmes par la contrainte. Mais à partir du moment où des femmes viennent volontairement grossir leurs rangs, elles valident leur cause durablement. De plus, homme et femme font des enfants. Il faut créer des institutions pour gérer tout ça : des écoles, des tribunaux, un système administratif. Une vie quotidienne s'installe. C'est à ce moment que vous pouvez parler de société, d'État à proprement parler. Avoir une femme permet de pérenniser votre quotidien et vos idées.

Avoir une femme permet de pérenniser vos idées

D'un côté, on dit que les femmes sont cantonnées au foyer. De l'autre, on a beaucoup entendu parler de femmes pro-actives au sein de la milice féminine al-Khansaa.

On sait peu de choses à ce sujet, les sources se mélangent, c'est très flou. Le statut des femmes qui rejoindraient cette brigade n'est pas clair. On a même entendu parler d'une dissolution de cette milice. Mais l'hypothèse de l'existence de cette police féminine est crédible : l'idéologie de Daech, basée sur la non-mixité, impose qu'il y ait des fonctions professionnelles tenues par des femmes, notamment la police.

Est-il envisageable que ces femmes combattent et commettent des attentats elles aussi ?

Je pense que ce n'est pas près d'arriver. Le jour où l’EI annonçera que les femmes peuvent combattre sur place, il sera très probablement en mauvaise posture. L'idéologie de Daech est fondée sur la complémentarité des sexes : si les femmes en viennent à faire les tâches des hommes, c'est un signe de déséquilibre, de désorganisation et d'un manque de volontaires masculins. Et puis, dans leur majorité, les femmes de l'EI ne souhaitent pas combattre. Si, dans certaines luttes laïques, des militantes prennent les armes pour légitimer leur demande de droits égaux à ceux des hommes, les femmes de l'EI n'aspirent pas à cette émancipation. Elles estiment déjà vivre dans une société idéale. En revanche, certaines émettent le souhait de se battre pour défendre la cause, mais sans désir de devenir les égales de l'homme. Dans tous les cas, elles ne le feront pas tant qu'elles n'y seront pas autorisées.

Pourtant, la participation d’une femme à des attentats présente des avantages certains pour un groupe terroriste, n’est-ce pas ?

En utilisant les femmes, vous augmentez l'effet de terreur et la couverture médiatique. Cela fait inévitablement grimper la méfiance envers les femmes voilées en Europe. Elles deviennent suspectes. Vous participez ainsi à la montée de l'islamophobie et servez le discours djihadiste selon lequel les musulmans ne peuvent vivre en Occident car on les traite mal. Raison pour laquelle ce ne serait pas étonnant de voir des louves solitaires agir ou des femmes intervenir de façon exceptionnelle dans un attentat.



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mar 22 Déc - 12:08



Les femmes saoudiennes ont voté pour la première fois, et veulent plus de droits

Traduction publiée le 21 Décembre 2015 12:16 GMT    


La Saoudienne Fawzia Al Rashid poste cet autoportrait sur son compte Twitter @fawziaalrashid après avoir voté aux élections municipales. Les femmes saoudiennes étaient, pour la première fois, électrices et éligibles.

Vingt-et-une femmes ont emporté un siège aux élections municipales en Arabie Saoudite, le premier scrutin du pays jamais ouvert aux électrices et candidates. Quelque 900 femmes concouraient contre 6.000 candidats hommes pour 2.100 sièges dans 284 conseils municipaux, compétents en matière d'affaires locales, comme les jardins publics, l'assainissement et la collecte des ordures. 1.050 autres conseillers municipaux étaient nommés, parmi lesquels on attendait aussi des femmes.

Citation :
Cette élection historique s'est déroulée samedi 12 décembre. 130.000 femmes étaient inscrites sur les listes électorales et 978 étaient candidates. Grande nouvelle pour les femmes saoudiennes, un moment exceptionnel dans un pays ultra-conservateur où les femmes n'ont pas le droit de conduire leur propre voiture et sont soumises à des lois leur imposant une tutelle masculine. Le nombre de 130.000 inscrites est à comparer aux 1,3 millions d'hommes. La participation a été estimée à 47 pour cent.

Deux militantes ont vu leur candidature invalidée : Loujain Al-Hathloul, dont la campagne pour que les femmes puissent conduire lui a valu une arrestation, et la militante des droits humains des chiites Naseema Al-Sadah.

Sur Twitter, Mme Al Hathloul a réclamé une réponse sur les motifs du rejet de sa candidature. Elle conclut :

Citation :
Malgré tous les ennuis que les autres et moi-même avons connus dans ces élections, je me réjouis du succès des hommes et femmes élus aux conseils. Félicitations à tous les gagnants, et je vous souhaite de réussir.


Interdite de compétition, Mme Al Sadah a exercé son droit de vote, et encouragé les autres femmes à faire entendre leurs voix.


Citation :
Ce moment où une femme glisse son bulletin dans une urne est un moment historique. Ne renoncez jamais à votre droit de voter et de participer.


Elle rappelle aussi aux Saoudiens que :

Citation :
Les élections ne se traduisent pas forcément par les meilleurs élus aux postes, mais font ressortir ceux qui obtiennent le plus de voix.


Malgré les revers, les femmes étaient aux anges et ont multiplié les vidéos et photos d'elles-même en train de voter.

La militante Tamador Al-Yami partage cette vidéo après avoir voté. Dans la vidéo, elle déclare :

Citation :
“Je viens tout juste de voter, puissent les femmes candidates gagner et les plus grands changements seront entre leurs mains”.


Comme de nombreuses femmes saoudiennes, Mme Al-Yami place de grands espoirs dans ces élections majeures, pour l'amélioration de la condition féminine dans le royaume.

Maintenant elles en veulent plus

La campagne du 26 octobre, avec ses opérations dans tout le pays en faveur des femmes au volant, a voulu saisir l'occasion des élections pour rappeler la revendication d'une levée de l'interdiction de conduire imposée par l'Arabie Saoudite aux femmes :

Citation :

Nous félicitons les élues et profitons de l'occasion pour rappeler notre demande de lever l'interdiction de conduire pour les femmes.


Abdulla Al-Alami fait le voeu de plus de liberté pour les femmes dans son pays :

Citation :
Réformer le code civil pour garantir les droits des femmes et faire entrer celles-ci dans les conseils municipaux. Prochaine étape, donner aux femmes la liberté de se déplacer, voyager, se faire soigner, étudier à l'étranger et travailler.


Hind Al-Zahed explique pourquoi il faut voter pour les femmes saoudiennes :

Citation :
Ma voix va aux femmes. Les femmes dans mon pays n'ont pas obtenu l'égalité des chances et c'est pourquoi je continuerai à les soutenir jusqu'à ce qu'elles deviennent égales et alors nous pourrons choisir le [ou la] meilleur[e]


Enfin, Albara Al-Auhali décrit en deux tweets le glissement de mentalité dans le royaume conservateur, qui a abouti au droit de vote pour les femmes :

Citation :
De nombreuses femmes saoudiennes sont sorties de chez elles aujourd'hui pour participer aux élections municipales, et cela paraissait tout à fait banal. Il y a seulement quatre ans, les discussions étaient enflammées sur la question.

Elections 2005 : le vote des femmes est interdit et personne n'a seulement le courage de le réclamer !
Elections 2011 : la question est débattue mais refusée par la majorité
Elections 2015 : c'est non seulement banal, c'est devenu un droit de la femme !


En 2013, 30 femmes saoudiennes avaient été nommées au Conseil consultatif de la Shoura, une instance de 150 membres qui conseille le gouvernement. Beaucoup ont loué ces “pas de bébé” faits par la monarchie absolue, et espèrent d'autres réformes sur ces traces.

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 9 Jan - 7:16


à propos de voile, d'«islamophobie» et d'«islamo-gauchisme», et de racismes :

petit détour par la traite négrière arabo-musulmane : du VIIème au XXIème siècle




I. l'obsession française anti-arabo-musulmane entretient la confusion :


ni la religion ni le terrorisme intégriste ne s'expliquent par eux-mêmes, l'islamisme et Daesh ne font pas exception


je maintiens le cap, comme je l'ai fait dans les discussions de Médiapart, de considérer que partir de la question religieuse (ou laïque), voire du terrorisme islamiste, pour en comprendre la signification est le meilleur moyen de tout embrouiller et de se retrouver bien vite sur le terrain de l'ennemi de classe, c'est-à-dire avec des arguments indiscernables

à cet égard, il suffit de voir comment, depuis les attentats de janvier à Paris, la montée de EI/Daesh et les attentats de novembre plus encore, la plupart des analyses et débats se focalisent sur l'Islam ou le terrorisme, et ceci dans tout l'arc politique de l'extrême-gauche à la post-ultragauche (de ce côté voir chez DDT21 de Gilles Dauvé Califat et barbarie (première et deuxième partie) de Tristan Leoni, et sur le blog de Temps Critiques la discussion mise en ligne le 4 janvier sous le titre L’islamisme radical n’est pas un nouveau fascisme, avec les ineffables duellistes Yves Coleman et Jacques Wajnsztejn, Dupont et Dupond du sionisme ultragauchiste toujours prêts, en bon supplétifs de l'idéologie française, à taire les crimes impérialistes et à excuser la ligne anti-musulmans des dirigeants français : l'héritage colonial, ça n'existe pas

ces discussions de comptoirs ultragauchistes ne nous concernent que peu, dans la mesure où nos considérations leurs sont inconnues tout comme la pensée décoloniale, ou du moins font-elles comme si... Vrai qu'il est plus facile de reprocher au PIR d'être "islamo-gauchiste" qu'au Porto-Ricain Ramón Grosfoguel dont il s'inspire, ou à des penseurs  décoloniaux tels que l'Argentin Walter Mignolo, le Péruvien Anibal Quijano, le Chilien Alejandro Vallega...


II. que peut-on appeler, ou pas, islamo-gauchisme ?

cela ne signifie pas que l'«islamo-gauchisme» ne signifie rien, mais la notion est si floue qu'à part Yves Coleman, les furieux antifas et les fachouillards de souche, tout le monde y met des guillemets. Voici justement ce qu'en dit Houria Bouteldja dans sa critique de "l'intersectionnalité race, classe et genre" (je souligne en gras):

Houria Bouteldja a écrit:
Pour articuler [, il faudrait que le corps social indigène dans ses tendances lourdes adhère à un projet « progressiste ». Je prétends que ça n’est pas le cas.

– D’abord, parce que depuis trente ans, on assiste à un glissement progressif de l’opinion indigène vers les « valeurs de droite » et à une défiance de plus en plus forte vis-à-vis de la gauche et de la plupart des « valeurs » qu’elle défend sauf peut-être l’égalité sociale bien que celle-ci soit concurrencée par des formes libérales de réussite sociale.

– Ensuite parce que le racisme et la relégation sociale produisent du conservatisme. Les néoconservateurs français qui vont de Fourest à Le Pen en passant par Finkielkraut, c’est-à-dire de la gauche républicaine à l’extrême droite, pensent que les quartiers sont « réactionnaires », et que l’islam l’est tout autant. Cette idée est combattue par la gauche « islamo-gauchiste » avec cette idée selon laquelle il y aurait autant d’islam qu’il y a de Musulmans, que l’adhésion à l’islam est un choix murement réfléchi, individuel, détaché de toute influence communautaire. Bref, on a ici une vision très libérale de l’islam où nous aurions des individus déracinés de leur histoire et de leur milieu, dotés d’un libre arbitre puissant et libéré de toute forme de déterminisme et d’« aliénation ».

Pour ma part, je n’ai jamais adhéré à cette construction – et je dis bien construction – de cet islam libéral et optionnel dont je pense qu’elle est déterminée

1/ par le besoin de la gauche antiraciste de justifier sa solidarité avec les femmes voilées. Et
2/ par une certaine catégorie de musulmans et de musulmanes en particulier sommés de prouver qu’ils méritent le soutien de la gauche et qui adaptent leur discours en fonction des desiderata de gauche
.

Moi, je crois que les formes que prend l’islam dans les banlieues sont effectivement « conservatrices » et je pense que cet islam-là ainsi que l’un de ses principaux symboles, le foulard, sont effectivement des concessions faites au patriarcat indigène. Je m’empresse de dire qu’il n’y a rien de dramatique là-dedans car le compromis permet des améliorations et ouvre même des marges de libertés. Souvent les femmes semblent reculer mais en fait elles prennent leur élan pour mieux sauter. Ainsi les néoconservateurs ont raison sur la forme, mais pas sur le fond. Je m’en explique avec la notion d’espace-temps.

Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes Houria Bouteldja, 14 décembre 2015



remarque : on lira à cet égard les extraits de Franz Fanon, dans Les damnés de la terre, 1961, concernant le voile en Algérie, dans mon commentaire du 4 janvier : Franz Fanon, le genre, le voile, l'amour et la révolution

bref, pour le PIR, les «islamo-gauchistes» sont des militants de l'extrême-gauche blanche voulant afficher leur solidarité avec les femmes voilées, une forme de culpabilité antiraciste universaliste avec ses arrières-pensées de récupération politique : qui ne le verrait pas ?

on peut également considérer comme «islamo-gauchiste» le soutien à certains groupes militaires islamiques au Moyen-Orient, au-delà du Hamas le Hezbollah par exemple, en tant que cet anti-sionisme anti-impérialiste serait un engagement "révolutionnaire". On retrouve ici la faiblesse de leur critique du capital, qui lui n'a qu'une religion, l'économie politique : l'argent, et le sexe, qui vient avec


III. la traite négrière arabo-musulmane


pour tempérer l'ardeur islamo-gauchiste, ou les analyses voyant dans la religion non une dialectique contradictoire (Marx : « La religion est l'opium du peuple »), mais une opposition entre aliénation absolue, oubli des choses terrestres, et une possible positivité révolutionnaire, une antidote : la connaissance de ce que fut durant 13 siècles la traite négrière arabo-musulmane, non encore éradiquée (Darfour, Mauritanie...)

un livre à cet égard utile : Le génocide voilé, Titiane N'Diaye, 2008


Citation :
Les Arabes ont razzié l'Afrique subsaharienne pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d'hommes qu'ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains.

Cette douloureuse page de l'histoire des peuples noirs n'est apparemment pas définitivement tournée. La traite négrière a commencé lorsque l'émir et général arabe Abdallah ben Saïd a imposé aux Soudanais un bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d'esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d'une énorme ponction humaine qui devait s'arrêter officiellement au début du XXe siècle.


Tidiane N'Diaye est anthropologue, économiste et écrivain franco-sénégalais. Chercheur reconnu, il est l'un des grands spécialistes des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Economiste de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et auteur de nombreuses études économiques et sociales sur les départements français d'Outre mer. Il est également Directeur de Recherches à Sup-de-Co Caraïbes.


un texte de Tidiane N'Diaye en ligne : Le crime des pays arabo-musulmans envers l'Afrique noire Étude sur la traite arabo-musulmane des Noirs Africultures, 30 novembre 2012


Maqâma al-Hârith au marché aux esclaves de Zabid au Yémen, XIIIe siècle


marché aux esclaves au Maroc


les raisons pour lesquelles je n'ai pas évoqué jusque-là la traite négrière arabo-musulmane tiennent au fait essentiel que si elle eut une raison marchande, celle-ci ne fut pas capitaliste, ni même pré-capitaliste comme accumulation primitive permettant au Moyen-Orient ou au Maghreb d'aboutir au mode de production capitaliste comme en Angleterre puis en France

mais il faut préciser pour cela souligner quelques points importants, qui permettent peut-être aussi de comprendre certains aspects des événements actuels :

1) l'esclavage proprement dit n'existait pas sauf rare exception en Afrique Noire avant la traite arabo-musulmane. Y sévissait une forme de servage sur la base d'existence de castes, mais les "captifs" étaient relativement bien intégrés à la fie familiale et sociale.

c'est l'esclavage marchand arabo-musulman qui construit un racisme des plus terrifiants à l'encontre des populations noires
, qui persiste encore aujourd'hui en Afrique, et peut sans doute expliquer certains clivages dans les banlieues françaises : la solidarité décoloniale n'est pas gagnée dans le prolétariat racialisé (le PIR n'a d'ailleurs pas atteint son objectif initial de fédérer toutes ces "communautés" racialisées, ce qui n'empêche pas les initiatives communes, mais au niveau d'associations comportant peu de ces (sous-)prolétaires

alors que c'est le colonialisme, par commerce triangulaire et surtout la plantation, qui construit le racisme moderne occidental comme intrinsèquement lié à la genèse du capitalisme, c'est la traite arabo-musulmane qui construit un racisme anti Noirs spécifique et ceci malgré le racisme anti Arabes du colonialisme occidental et de son héritage jusqu'à nos jours

corollaire : parler de traite interne à l'Afrique évite de dire qui en fut à l'origine et s'y livra massivement pendant 13 siècles, et n'est qu'une mauvaise excuse des Occidentaux pour dire « ce n'est pas nous qui avons commencé »

2) la traite intérieure de l'Afrique Sub-saharienne par les Arabo-musulmans ne commença qu'après la pénétration du colonialisme occidental (voir la carte du bas). Auparavant, elle ne dépassa pas les pays limitrophes du désert saharien et les régions côtières de l'Est (d'Oman au Mozambique et Madagascar : rôle de Zanzibar), et de l'Ouest (Empire du Mali sur les territoires actuels sur les actuels des Mali, Burkina Faso, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie et une grande partie de la Côte d'Ivoire) (carte du haut)





3) les marchands d'esclaves arabo-musulmans fournissaient les négriers européens et le commerce triangulaire, ce qui expliquent que ceux-ci fermèrent les yeux durant tout le 19ème siècle et au-delà, pour des intérêts commerciaux évidents mais aussi pour entretenir les conflits tribaux qu'engendrait cette traite, ce qui facilitait le maintien de l'ordre colonial

4) la traite, définie comme un commerce, suppose un acheteur et un vendeur...

il faut donc distinguer les dates d'interdiction de la traite et celles de l'abolition de l'esclavage
, notamment en ce qui concerne le commerce triangulaire par les puissances colonialistes européennes, mais elles furent bien plus tardives en Espagne et en Amérique du Sud (voir Chronologie des abolitions

5) la participation à la traite arabo-musulmane de chefs de tribus, roitelets voire empereurs rois noirs africains est indiscutable et participe avant l'arrivée des Occidentaux au saignage à blanc de l'Afrique noire. Le commerce des esclaves n'a fait que suivre celui de l'or et de l'ivoire, c'est-à-dire de ressources minières, et l'appropriation des femmes est une constante


mais là, peu importe la couleur


Jean-Léon Gérome «Marché d’esclaves» 1866

il y eut, dans une proportion semble-t-il plus forte, des résistances y compris de pays entiers entraînés par leurs dirigeants, ce qu'on retrouve dans la lutte anti-colonialiste avec les bourgeoisies nationales et ceci jusqu'aux compromis capitalistes des Indépendances avec les ex-puissances colonialistes (ce "néo-colonialisme" est anticipé par Franz Fanon dès la fin des années 50)

6) le fait que cette traite soit qualifiée d'arabo-musulmane parce que telle était l'origine des marchands d'esclaves n'empêche que les troupes aient pu comporter ou être constitués de captifs noirs, et l'on en voit encore la trace dans la guerre au Darfour, qui tend à être le génocide de ce début de 21ème siècle. S'il n'est pas nécessaire d'insister sur Al-Qaïda/AQMI au Mali ou Boko-Haram/EI-Daesh au Nigeria et au Cameroun, le conflit en Centrafrique, dans lequel est impliqué la France, hérite également de cette tradition de massacres racistes, et peut comporter des aspects esclavagistes


Une femme centrafricaine prise comme une esclave sexuelle par la Séléka
source, Centrafrique.com. La capitulation honteuse de la France
Centrafrique: un cas modèle pour les terroristes islamistes

Citation :
Entre 1880 et 1900, au Mali actuel, les colonels français Gallieni et Archinard détruisirent les sultanats djihadistes, libérant ainsi les populations noires sédentaires des raids esclavagistes (razzia). Dans le Sud du Tchad et jusqu’au centre de l’actuelle Centrafrique, la traite dura jusqu’en 1911, à la mort du chef esclavagiste Snoussou, tué par les troupes françaises.

Cette traite saharienne est à ce point inscrite dans la mémoire des populations noires qu’elle explique largement la réaction des milices dites anti-balaka de Centrafrique pour lesquelles les musulmans du Séléka sont vus comme les successeurs des esclavagistes d’hier. Elle explique aussi la longue guérilla (un demi siècle !) qui aboutit à l'indépendance du Soudan du Sud en 2012. Selon Malek Chebel dans son livre "L'esclavage en terre d'islam", il existerait encore 3 millions d'esclaves dans le monde musulman.

source Hélène Zanier Esclavagisme, encore un mot...


7) le rôle de l'Islam dans la traite

la religion, avec les « bons côtés » de sa morale, qu'on pourrait qualifier d'humaniste, sert évidemment de bon prétexte aux razzias. En ceci, la traite musulmane rejoint la traite colonialiste avec ses missionnaires dans l'alliance du sabre et du goupillon (les laïcards et autres anars oublient d'ajouter la bourse...)

les lois déduites du Coran interdisaient l'esclavage de croyants ou de convertis, mais elle furent très vite contournées ou adaptées aux besoins sous tous prétextes, puisqu'elles enrayaient le commerce esclavagiste et faisaient du meurtre de croyants des péchés de l'Islam... On peut donc voir dans les pratiques actuelles des groupes intégristes islamistes une certaine continuité historique


conclusion : de l'or à « l'or noir » en passant par le « bois d'ébène »

si la traite arabo-musulmane n'a pas de fonction précapitaliste ou capitaliste directe, elle alimente en « bois d'ébène » le commerce triangulaire du colonialisme occidental, invente un racisme anti-noir spécifique, et préfigure les massacres des groupes terroristes islamistes actuels, dont la fonction ne peut pas davantage être comprise sans prendre en compte les intérêts économiques qui en sont la cause, que ces intérêts soient régionaux (Qatar, Arabie Saoudite...) ou recoupent ceux des puissances occidentales. Ces considérations ne font que se croiser avec des aspects plus régionaux, notamment le conflit entre chiisme et sunnisme et la fonction d'Israël comme « rempart de la démocratie et de nos valeurs universelles »

la religion musulmane est dans tout ça un vecteur idéologique qui n'explique rien par lui-même


(à suivre)


Dernière édition par Patlotch le Sam 9 Jan - 8:37, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 9 Jan - 8:11


la traite négrière arabo-musulmane (suite)

l'exemple du Maroc



Histoire : au royaume des esclaves 6 septembre Jules Crétois

Durant des siècles, appuyé par un racisme assumé et légitimé, l’esclavage a perduré au Maroc. Entre volontés impériales, religion et logique économique, retour sur un douloureux passé.


Nous sommes au milieu du XIXe siècle. Ahmed Khaled Naciri, savant et historien slaoui, publie des diatribes antiesclavagistes. S’il reconnaît la validité religieuse de l’esclavage, il condamne sa pratique et sa légitimation par les différences raciales. À cette époque en effet, des milliers de noirs — entre 50 000 et 300 000 selon les sources — connaissaient toujours les affres de la servitude. Même si l’islam incite à libérer les esclaves, cette pratique était largement répandue dans le monde musulman, et l’empire chérifien ne dérogeait pas à cette règle. C’est ainsi que, depuis l’installation de la dynastie des Almovarides au XIe siècle, des centaines de milliers de noirs — plus de trois millions selon d’autres sources — sont raflés et acheminés à travers le désert jusqu’aux marchés de Sijilmassa, Marrakech, Fès ou Rabat.

Citation :
Des logiques esclavagistes

Le pouvoir politique ainsi que les fouqaha étaient des acteurs principaux de cette pratique. Une complicité qui arrangeait les intérêts de tout le monde. Selon l’historien Roger Botte, le sultan Moulay Abderrahman prélevait une taxe d’un esclave sur vingt aux marchands. Le souverain est allé jusqu’à statuer personnellement sur les vices rédhibitoires, comme la lèpre ou la déficience mentale, qui invalident une vente d’esclave. Mais contrairement aux idées reçues, l’esclavage au Maroc « n’a jamais été absolument nécessaire à l’économie », comme nous l’explique l’historien Mbarek Aït Add. L’esclavage répondait à différentes fonctions au sein de la société marocaine. Dans son ouvrage Black Morocco, l’universitaire Chouki El Hamel remarque en effet que la plupart des esclaves travaillaient surtout comme domestiques dans les foyers. D’autres exemples nous éclairent sur les tâches assignées à ces hommes et femmes tombés en servitude. On peut noter alors que des esclaves soudanais ont bâti une partie des murailles de la ville d’Essaouira, et qu’au XVIe siècle, ce sont des esclaves qui travaillaient dans les raffineries de sucre installées dans le Souss et la région de Chichaoua, permettant le troc de cette denrée contre d’autres biens précieux, comme le marbre d’Italie. Enfin, quelques esclaves étaient « exportés » vers les Amériques ou les îles Canaries depuis le port d’Essaouira et les côtes sahariennes au XVIIIe siècle. « Il y a bien eu des logiques esclavagistes au Maroc », conclut le chercheur Mustapha Naïmi. Des logiques qui mêlent racisme et conquêtes militaires et se trouvent souvent en butte au fait religieux.


Racisme et religion


« Les expéditions militaires en Afrique de l’Ouest ont bien sûr donné un coup de fouet à l’esclavagisme », remarque Naïmi. El Hamel rapporte les propos d’un chroniqueur marocain qui raconte que l’expédition envoyée par le sultan Ahmed Al Mansour en Afrique subsaharienne, en 1598, est revenue au Maroc avec dix-mille captifs hommes et autant de femmes. Ces actions militaires menées contre l’empire songhaï, en partie islamisé, ont choqué de nombreux ouléma qui réprouvaient l’usage de la violence contre des musulmans, pratiquant le rite malékite comme eux qui plus est. La mise aux fers de Ahmed Baba, théologien très réputé de Tombouctou, lors de cette opération, a indigné les ouléma marocains.

Ahmed Al Mansour s’est défendu contre ces critiques en invoquant l’intérêt pour le monde musulman d’une unité pour légitimer son action. Moins d’un siècle plus tard, le sultan alaouite Moulay Ismaïl aura lui aussi recours à des arguments religieux pour justifier la création de son armée noire, la fameuse garde des Abid Al Boukhari, qui comptera jusqu’à 60 000 soldats selon plusieurs sources. Le sultan comptait réduire à l’état d’esclaves même les Haratine, noirs libres et musulmans, pour les intégrer à sa garde. Pour ce faire, il argue qu’il en va de la sécurité de la communauté musulmane, menacée par les chrétiens. Les fqihs proches du pouvoir opinent du chef. Un argumentaire raciste ne tarde pas à être développé pour renforcer la position du sultan. El Hamel cite un alem soussi, soutenant la démarche de Moulay Ismaïl, qui détaille même les tares physiques et mentales des noirs pour légitimer leur asservissement.

Le racisme a bien accompagné cette opération décidée par le sultan alaouite, à tel point que le vocabulaire en a porté les marques. Les termes « Abd »    et « Aswad » ont longtemps été des synonymes interchangeables, rappelle El Hamel. Et en berbère, les Noirs étaient appelés « atig entisent » ( le prix du sel ), terme qui renvoie à l’idée que tout noir était une marchandise. Devant ce racisme éhonté et profondément aux antipodes de l’égalitarisme islamique, de nombreux ouléma se sont opposés à la réduction en esclavage de musulmans, d’autres ont défendu même les droits des esclaves païens, se basant sur divers traités juridiques malékites. Le fameux cheikh de Tétouan, Ahmed Ben Ajiba, reprochait à ses confrères leur racisme, et Abdessalam Guessous, célèbre alem de son temps, a interpellé avec virulence Moulay Ismaïl sur son projet. Irrité par le comportement de ce alem, le sultan ordonne de l’arrêter et de le tuer par strangulation.

Une abolition tardive

À l’époque moderne, les voix sont devenues plus nombreuses à s’élever contre l’esclavagisme. Le protectorat français n’abolit pas cette pratique, mais prend certaines mesures, comme la circulaire de 1922, pour la limiter. C’est dans cette ambiance que le mouvement national rejoint les religieux pour réclamer l’abolition de l’esclavage. L’historienne Rita Aouad remarque qu’au début du XXe siècle, les ouléma prenaient déjà la défense des concubines esclaves et de leurs enfants dans des affaires d’héritage. En 1934, un groupe indépendantiste publie ses revendications, parmi lesquelles figurent des dispositions abolitionnistes. Deux ans plus tard, rappelle Aouad, les Considérations sur l’esclavage au Maroc de Ahmed Khaled Naciri sont republiées, appuyant la lutte contre le servage. Selon l’historienne, la montée en puissance du mouvement nationaliste contribue ainsi à raréfier l’esclavage dans les milieux urbains éduqués.

Petit à petit, l’esclavage disparaît. Restent les stigmates d’un fait trop peu étudié. Pourtant, « l’histoire récente éclaire en partie le rapport particulier des Marocains à l’esclavage et aux noirs », concède Aouad, qui précisait dans une étude consacrée à ce sujet : « Le fait que l’esclavage n’ait pas été aboli permet d’abord de comprendre l’absence de culpabilité ». Naïmi concède lui aussi que cet épisode de notre histoire ne saurait être écarté d’un revers de main. « Pour comprendre les relations entre les pays d’Afrique du Nord et les pays d’Afrique noire, pour mieux appréhender les migrations Sud-Sud, il nous faut avoir cette histoire en tête », argue-t-il. Une longue histoire qui nous permet de mieux saisir le présent, et comprendre quelques réflexes racistes encore présents au Maroc.

Marrakech : scènes de marché


Dans son livre L’esclavage en terre d’Islam, Malek Chebel explique que Marrakech a été le plus important marché d’esclaves au Maroc. Selon l’historien Mohamed Ennaji, à la fin du XIXe siècle, on vendait, sur ce seul marché, entre 7000 et 8000 esclaves par an. Ces hommes et femmes sont soumis à la vente trois fois par semaine, immédiatement après la prière du fajr. Parfois, quelques-uns sont exposés aux marchés réservés aux animaux. Des prières aux saints de la ville et la Fatiha sont prononcées avant la vente. L’acheteur vérifie les dents, s’enquiert de l’état de santé de son « acquisition » et, dans le cas des jeunes femmes, on pratique, selon l’historien Roger Botte, l’istibra’, un rapide examen pour vérifier sa virginité. En effet, si quelques vendeurs assurent la vente d’esclaves de « qualité », parfois initiés à la langue arabe, à une clientèle triée sur le volet, d’autres commerçants moins honnêtes n’hésitent pas à bander ou maquiller les esclaves 
avant la vente pour faire ressortir leurs muscles et cacher leurs cicatrices… Le marché de Marrakech, qui côtoyait la place Jamaâ El Fna, a été fermé par les autorités coloniales en 1912.







Gnaoua : de la servitude à la pop culture

Le monde des Gnaoua est toujours entouré de mystères. L’étymologie du nom même reste incertaine, venant possiblement de « Guinée » ou « Ghana » ou encore de « guinawn », terme berbère mauritanien pour désigner des habitants du Sénégal. Une certitude cependant, l’histoire des Gnaoua est liée à celle de l’esclavage. Comme le prouve leur vocabulaire, ils ont des origines variées : soninké, bambara, haoussa… Plusieurs anthropologues relient d’ailleurs leur art à celui des griots mandingues. Et si leur lila, ou derbeba, sont des cérémonies religieuses, de transe, elles sont aussi des moments où la douloureuse histoire des esclaves du Maroc est retranscrite. Aux côtés des invocations, les paroles laissent d’ailleurs une place de choix aux thématiques de l’asservissement et du déplacement forcé, du souvenir d’une terre lointaine dont les Gnaoua ont été arrachés. Leur pratique religieuse est aussi marquée par des restes de rituels africains préislamiques, aujourd’hui diluées dans l’islam soufi marocain. Longtemps méprisée, la culture musicale gnaouie est, selon de nombreux spécialistes, similaire en plusieurs points aux cultures afro-américaines : elle a créé une identité, suscité une solidarité. Avant de devenir plus mainstream. Du père du maâlem Boubker Gania, esclave kidnappé et amené au Maroc il y a un siècle environ, à Abderrahman Paco de Nass El Ghiwane, qui s’inspira de cette musique, sans oublier le festival d’Essaouira, la musique gnaouie a une longue histoire.





PS : il n'y avait bien sûr pas seulement des esclaves noir.e.s




certaines images, source : MARRAKECH EN 1902, AVANT LE PROTECTORAT
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mar 9 Fév - 23:13

Belgique

Rue de la Loi: "Pas de racisme au nom du féminisme"

Manifestation contre les "cours de respect des femmes" pour les migrants M.J. 04 février 2016  


© RTBF

Citation :
Ce jeudi après-midi, une centaine de personnes se sont rassemblées sous une pluie intense au 18 rue de la Loi, devant le cabinet de Theo Francken, secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations. La cause ? La proposition faite par Theo Francken de mettre en place des "cours de respect des femmes" à destination des migrants, suite aux événements survenus à Cologne durant la nuit du Nouvel An.

Magali Gillard, représentante des JOC (les jeunes organisés et combatifs) qui organisaient le rassemblement

Citation :
On est ici pour dénoncer l’utilisation des valeurs féministes et des violences faites aux femmes par Theo Francken mais aussi par d’autres afin d’alimenter la haine des étrangers… Le viol c’est une réalité dont on se préoccupe peu mais là, comme ce sont des personnes étrangères, ça a fait la une des médias. Cette notion de respect, elle touche l’ensemble de la société.

Cette manifestation était soutenue par plusieurs collectifs féminins dont Vie Féminine :

la responsable du mouvement a écrit:
l’amalgame que certains ont tenté de faire après les événements de Cologne est dangereux et ne vas sûrement pas apaiser le climat de tension et de communautarisme ambiant. Des cours de respect des femmes, il faudrait en donner à tout le monde. Le respect, le machisme, le féminisme ou le mépris sont très égalitairement répartis à travers toutes les nationalités et je refuse absolument de considérer qu’il y ait un type de population qui serait plus concernée que d’autre par cette problématique

Une jeune femme sans papiers venant des zones touchées par Ebola était aussi présente pour témoigner :

Citation :
Pourquoi donner des cours aux immigrés alors que nous-mêmes (les femmes sans papiers) nous ne sommes pas protégées ? Les hommes peuvent faire de nous ce qu’ils veulent parce que si on subit des violences ou des viols, ce que la police nous demande en premier, ce sont nos papiers. Et si on n’en a pas, on n’est pas protégées, on considère qu’on n’a pas été violées… Jamais un homme demandeur d’asile n’a abusé de nous.

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 11 Fév - 19:52


« Le voile islamique est un fossile vivant qui se porte comme un charme »



Histoire des régimes de visibilité dans les cultures musulmanes et chrétiennes





Entretien avec Bruno Nassim Aboudrar

Propos recueillis par Raphaël Kempf, 7 février 2016

Et si le voile islamique masquait davantage la vue de celui qui le regarde que de celle qui le porte ? Professeur d’esthétique à la Sorbonne-Nouvelle (université Paris 3), Bruno Nassim Aboudrar vient de publier Comment le voile est devenu musulman (Flammarion, 2014), ouvrage qui explore la manière dont le regard travaille le monde, en islam et dans la chrétienté. Disséquant la peinture et la photographie orientalistes, l’auteur montre comment un certain regard colonial, révulsé par le voile, continue de se poser sur ce bout de tissu devenu l’image de l’islam, paradoxalement religion sans image.

Ce texte est issu du numéro 2 de la revue papier Jef Klak, «Bout d’ficelle», paru en mai 2015 et encore disponible en librairie.

Citation :
Vous développez dans votre livre une thèse autour du paradoxe suivant : aujourd’hui, le voile musulman montre ce qui doit être caché. Pour construire cette thèse, votre réflexion part d’une notion très intéressante, mais assez complexe, et qui demande à être explicitée : c’est la notion de « régime visuel », de « régime de visibilité » ou d’« ordre visuel ». Comment pourriez-vous la définir ?

C’est l’idée, issue des travaux de Michel Foucault, selon laquelle la vue, comme d’ailleurs l’exercice de tous les sens, est profondément culturelle et donc sensible à la fois aux évolutions de l’histoire (on ne voit pas de la même manière aujourd’hui qu’il y a cent ans, à plus forte raison qu’il y a cinq cents ans) et à la géographie, autrement dit à l’ethnographie (on ne voit pas de la même manière partout). Du moins, on ne voyait pas de la même manière partout : on assiste en revanche depuis un certain temps à une mondialisation de la vision.

Comprendre ou tenter de comprendre un régime de visibilité, c’est donc étudier, d’un peu près, le caractère culturel voire politique de la vision. Cela passe par une contextualisation de la vision, pour essayer de montrer de quoi celle-ci est faite, c’est-à-dire dans quelles conditions – fondamentalement culturelles – s’exerce le regard.

Vous distinguez deux régimes de visibilité qu’on pourrait qualifier de classiques, un régime dans la chrétienté et l’autre dans l’islam. Comment pourrait-on distinguer ou caractériser ces deux régimes de visibilité ?

Globalement, ce que j’essaie de montrer dans mon livre, c’est que le régime de visibilité du monde chrétien est au service de la vue ; c’est le plus élevé des sens. Dans son écrasante majorité, le christianisme est ainsi favorable aux images – l’un allant avec l’autre.

Le statut chrétien de la vue est certainement un héritage des Grecs (puisque les traditions hébraïques, dont il procède par ailleurs, sont rigoureusement opposées aux images), c’est-à-dire de ce que le christianisme doit à la philosophie grecque et notamment à la philosophie platonicienne. Chez Platon, la vue est déjà le plus élevé des sens. Ou plutôt le moins bas. Celui qui permet, par la contemplation de la beauté, de s’élever vers le ciel des Idées1.

On aurait des régimes de visibilité qui peuvent être, ou pas, au service de la vue ?

Un exemple de ceux qui peuvent l’être, c’est le christianisme. D’abord parce que Dieu s’est fait homme, et s’est donc donné à voir, ensuite parce qu’à partir du XIe siècle environ, les mystères – et particulièrement celui de l’eucharistie qui rejoue l’incarnation de Dieu en Jésus – sont ritualisés à l’attention des fidèles. Vers cette époque, la liturgie tend à s’organiser autour de cette ostension2 de l’hostie, qui favorise sa contemplation et son adoration.

L’islam se méfie de la vue, sens par excellence de la concupiscence (le christianisme n’ignore évidemment pas cette faculté qu’a la vue de provoquer le désir sexuel, comme en témoigne le thème de la Concupiscentia occulorum chez saint Augustin3), mais cette religion tend à la minorer. En outre, dans l’islam, Dieu ne s’incarne pas, il est radicalement invisible et irreprésentable, il reste sans forme, sans rien qui puisse être perçu par les sens, ni la vue ni aucun autre.

Il n’y a donc aucune raison dans l’islam de privilégier la vue comme permettant de s’élever, mais il y a toutes les raisons de la soupçonner, puisqu’elle est un des facteurs de la concupiscence. Or l’islam classique est une religion de tempérance, qui cherche à éviter la souffrance liée au combat contre la tentation.

Dans cette description de deux régimes de visibilité, quel rôle vient jouer ce bout de tissu qu’est le voile ? Dans votre livre, vous exhumez des textes méconnus du début de la chrétienté, et notamment de saint Paul, qui va poser une sorte de règle, presque juridique, un impératif moral, pour que les femmes chrétiennes se voilent, alors qu’on ne trouve pas de telle règle dans l’islam, ou du moins dans le Coran. N’y a-t-il pas un paradoxe à ce qu’un régime de visibilité, apparemment ouvert sur la question, vienne dire aux femmes qu’il faut se voiler, alors qu’un régime de visibilité qui justement régule le désir semble ne pas poser cette règle ? Pourquoi l’islam n’impose-t-il pas a priori le voile dès le début ?


Pour le comprendre, il ne faut pas perdre de vue que ces deux moments initiaux de la chrétienté et de l’islam n’ont pas lieu au même moment, sept siècles les séparent, ni au même endroit. Le passage de la première épître de saint Paul aux Corinthiens auquel vous faites allusion (11. 2-10) fonde ce qu’il faut bien appeler, au grand dépit des fondamentalistes chrétiens, des relations de genre ; des relations culturellement fondées entre les hommes et les femmes4.

Paul reconnait dans la chronologie de la création, qui veut que l’homme précède la femme, un principe d’ordre hiérarchique. L’homme ayant été fait à l’image de Dieu, il doit montrer cette image et donc se présenter tête nue au culte (ce qui est d’autant plus intéressant que les juifs, eux, y assistent la tête couverte – il y a là probablement l’idée très paulinienne de rompre avec le passé juif immédiat). Les femmes étant sous la domination du chef, dans le double sens du terme, la chefferie et le couvre-chef, elles doivent porter un signe de soumission. Et c’est le voile.

En même temps, à la condition du voile, saint Paul reconnaît une certaine place aux femmes dans la célébration du culte. Une place subalterne, mais une place : à l’époque, les femmes étaient admises au temple, mais n’y avaient aucun rôle, comme si elles n’étaient pas là.

Peut-on parler alors d’injonction au voile dans la chrétienté ?

Oui, chez saint Paul, pour être précis, c’est une injonction à se voiler pour la prière – il ne dit rien sur la vie quotidienne. Mais le motif du voile est repris et amplifié par les Pères de l’Église5, et notamment par Tertullien qui se donne la peine d’écrire tout un traité sur le voile, Le voile des vierges, lequel nous est parvenu intégralement. Dans cet ouvrage, il exige que toutes les femmes soient voilées de la plus jeune à la plus âgée, ce qui n’était pas le cas dans la société juive ni dans la société latine de son époque.

Mais comment expliquer cette injonction à rendre non visible une catégorie de la population dans la chrétienté alors que le régime visuel de la chrétienté, comme vous venez de le dire, est fondé sur le regard et qu’il est au service de la vue ? N’y a-t-il pas là un paradoxe ?

Posé ainsi, oui, il y a un paradoxe, mais qui repose sur le manque de sens historique de l’énoncé : si vous réinsérez les termes de votre question dans des époques historiques, ce paradoxe s’effondre. Je pourrais dire que c’est justement parce que c’est un monde où les femmes jouissent d’une relative exposition – une société en somme assez mixte – que les femmes chrétiennes doivent, pour des raisons de pudeur, se soustraire à cette exposition. Et ce ne serait pas faux.

Mais il faut surtout tenir compte de la rencontre entre une exigence phallocrate de hiérarchie et la construction progressive d’un monde fondé sur le regard et la visibilité. Ce régime de visibilité n’implique pas que tout soit visible. Les moniales sont cachées, et on peut aussi considérer les couvents, dont l’institution se développe vers le IVe siècle, comme un vaste système pour soustraire au regard une partie de la population. Le fait qu’une société privilégie la vue ne veut pas dire qu’elle privilégie absolument toutes les vues, tout le temps, dans tous les sens et à tous les moments. Il s’agit davantage d’une tendance que d’un universel.

Donc cela peut finalement s’expliquer par une hiérarchisation entre les genres ?

Oui. Tertullien est explicite, quand il dit par exemple que la femme doit se voiler car « le voile est son joug  ». C’est le signe de sa soumission à l’homme. Ce n’est donc pas là une mesure qui découle du régime visuel du christianisme, mais une mesure symbolique qui exprime la conséquence d’un impératif de soumission.

Dans l’islam, en revanche, le voile répond à un impératif visuel. L’islam organise un régime de visibilité suspicieux à l’endroit de la vue, elle n’est plutôt pas une bonne chose, et engendre toutes sortes d’inconvénients : elle provoque le désir sexuel, et les troubles sociaux qui l’accompagnent : jalousie, adultère, violences, viols, etc. Dans le Coran, le verset sur le voile est révélé à l’occasion de mauvaises pratiques de certains hommes, les « hypocrites »6, à l’endroit de certaines femmes, musulmanes sincères.

Du coup, le voile apparaît dans le Coran comme un simple conseil, une recommandation, non pas faite pour humilier les femmes, ou pour les contraindre, mais simplement pour les signaler comme des femmes respectables, ni prostituées ni esclaves, et les soustraire à la concupiscence des hommes.

De quel verset parlez-vous en particulier ?


C’est le verset 59 de la sourate 33, les coalisés, ou les factions : « Ô prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées7. » C’est le seul verset sur le voile d’ailleurs.

Mais le terme employé dans le verset 59 est djilbab et pas hidjab… alors que le hidjab est, étymologiquement, ce qui cache, ce qui dérobe aux regards. Vous citez d’ailleurs l’article « Hidjāb » de l’Encyclopédie de l’Islam qui relève sept occurrences du mot hidjab dans le Coran, et aucune d’entre elles n’impose formellement aux femmes de porter un voile8. Il y a cette occurrence que vous citez également où il est dit qu’il faut parler aux femmes du prophète derrière le hidjab. Or ce conseil du verset 59, c’est le djilbab, c’est autre chose…

Le djilbab, c’est le pan d’un tissu, oui.

Alors que la racine hadjaba signifie cacher, donc il n’y a peut être pas cette même injonction dans le verset que vous venez de nous citer…

Ce verset, c’est une injonction pratique : ayez sur vous un signe de reconnaissance qui prouve que vous êtes des musulmanes de condition libre et ce signe de reconnaissance, c’est un bout de votre vêtement9, qui a en plus le mérite de cacher, d’opacifier. Mais c’est quelque chose qui, lu dans le verset, est extrêmement pragmatique, simple et sans aucune valeur religieuse. Alors que hidjab peut intégrer des dimensions religieuses, par exemple Dieu se dissimule derrière des hidjabs.

Ce n’est donc pas une injonction, une règle de droit, si je puis dire…

Non, mais comme le Coran est aussi un texte de droit, tout conseil a sans doute pris une autorité d’ordre juridique, ce qui n’est pas arrivé aux Évangiles.

Dans le Coran, à l’exception de ce verset, il n’y a donc pas d’injonction pour que les femmes portent le voile ?

Non, à aucun moment. La seule autre occurrence du voile, c’est le conseil donné aux femmes du prophète et, par extension, aux autres femmes de se voiler la poitrine en présence d’étrangers. La même sourate (24) leur recommande aussi « de ne pas frapper le sol de leurs pieds pour montrer leurs atours cachés » et, à ma connaissance, les bijoux de cheville ne font pas l’objet d’un débat particulièrement vif aujourd’hui.

Alors peut-être allez-vous encore me faire le reproche de manquer de sens historique, mais j’aimerais poser la même question que par rapport à la chrétienté. Comment expliquer qu’on ne trouve pas dans l’islam de règle simple et précise qui enjoigne les femmes à se voiler ? N’y a-t-il pas là encore un paradoxe, puisque l’islam s’inscrit dans un régime visuel qui veut réguler les désirs et nourrit de la suspicion à l’égard du regard ?

Parce qu’on trouve une autre règle dans le Coran qui enjoint les deux sexes à baisser les yeux. La réponse coranique est claire. C’est la sourate 24, « La lumière », versets 30 et 31 : « Dis aux croyants : de baisser leurs regards, d’être chastes. Ce sera plus pur pour eux. […] Dis aux croyantes : de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles10 sur leurs poitrines11. » En fait, « être chaste » est une traduction française. Le texte en arabe est beaucoup plus cru, mot à mot, c’est : protégez vos parties génitales. Jacques Berque traduit ainsi : « Dis aux croyant(e)s de baisser les yeux et de contenir leur sexe. »

Il y a donc une égalité de gestes, qui s’impose également à l’homme et à la femme : il s’agit vraiment de baisser son regard. Si on lit très simplement ce qui est écrit, la différence est que pour l’homme, ça s’arrête là, à charge pour lui par ailleurs de cacher une zone qui va du nombril aux genoux. Tandis que pour la femme il faut en plus qu’elle se cache ; elle doit baisser son regard, puis le texte enchaîne : et qu’elle ait des atours couvrants.

Par la suite, après le Coran, quels types de textes juridiques, ou issus de la jurisprudence islamique, trouve-t-on sur cette question du voile des femmes ?

Avant le XXe siècle, le voile ne fait pas l’objet d’une jurisprudence particulière, c’est simplement un usage. Le droit islamique n’en parle sans doute pas plus que le droit français sous l’Ancien Régime n’évoque l’ombrelle, le parapluie ou la perruque. Ce qui fait l’objet en revanche, sinon d’une jurisprudence, du moins d’usages codifiés et normés, c’est bien pire que le voile, c’est l’enfermement des femmes.

Mon livre ne prétend certainement pas que les femmes jouissent, dans le monde islamique, d’une plus grande liberté qu’ailleurs. Je ne suis pas un ardent défenseur de l’islam. Je ne suis d’ailleurs, à titre personnel, l’ardent défenseur d’aucune religion. Ma position n’est pas celle des musulmans libéraux ou « modérés » comme on dit aujourd’hui stupidement, comme si une croyance quelle qu’elle soit pouvait être modérée. Cet argument consisterait à dire : bien comprise, c’est quand même une religion formidable – or je ne vois pas l’intérêt de ce type de justifications.

Ce qui est sûr, c’est que c’est sous l’autorité de cette religion que des femmes – celles dont l’époux était suffisamment aisé pour se le permettre – ont été rigoureusement enfermées dans des harems pendant une douzaine de siècles. La question du voile se modalise donc différemment. Ce n’est pas un symbole religieux de la soumission voulue par Dieu, c’est une cellule mobile, une réclusion portative, un cache que l’on revêt pour se rendre au hammam ou chez le médecin, quand il est absolument nécessaire de sortir.

Il y a donc une coercition…

Oui. Ce qui est troublant, c’est que ce qui n’avait pas de lien avec la religion, ce qui était une mesure sociale prise à un moment donné, est devenu très tardivement, au début du XXe siècle, une sorte de symbole religieux pour l’islam. Il y a maintenant une crispation religieuse autour du voile, y compris de la part des femmes qui le portent en disant : je le fais par religion, parce que c’est ma religion. Alors qu’il n’y a aucune source à ce sujet.

Dans une émission que vous avez donnée sur France Culture, Monique Canto-Sperber vous dit au cours de l’entretien que le voile musulman devient un signe de soumission 12. Vous répondez que non, et plus précisément que c’est un instrument de coercition. Quelle différence faites-vous entre coercition et soumission ? En quoi le voile contraint-il plus qu’il ne soumet ?

Dans l’idée de soumission, telle qu’elle est thématisée dans le christianisme chez Tertullien et déjà chez saint Paul, le voile fonctionne comme le symbole d’un état. Ma comparaison est pénible, mais c’est exactement comme la rouelle, l’ancêtre de l’étoile jaune, imposée aux juifs dans les États pontificaux notamment du XIIIe au XVIe siècle. C’est quelque chose qui dit : je suis soumise – c’est un symbole.

Chez les moniales aussi, le voile est symbolique. Elles se rasent les cheveux puis reçoivent un voile qui dit leur soumission, en l’occurrence à Jésus et non aux hommes. Le voile tel qu’il est voulu par Tertullien, c’est le symbole de la soumission des femmes aux hommes.

Un instrument de coercition, comme pratique dans l’islam, n’a pas de valeur symbolique, mais une fonction pratique. Le voile servait à maintenir la réclusion des femmes à l’extérieur de la maison, comme le fourgon cellulaire sert à prolonger la prison pendant un transfèrement ou comme les chaînes servaient à empêcher les esclaves de s’enfuir et de marronner.

Cela étant, la comparaison a ses limites. On ne peut pas vraiment comparer le sort des femmes à celui des esclaves, parce que ce n’est juridiquement pas la même chose : les femmes musulmanes étaient libres et non esclaves. Le Coran leur garantit une personnalité juridique nettement plus autonome que la plupart des droits européens de l’époque et recommande d’affranchir les esclaves musulmanes.

Que se passe-t-il ensuite ? Vous parlez de « vacillement du régime visuel de l’islam », de « trouble »… Ce vacillement se produit au moment de la rencontre coloniale. Que se passe-t-il à ce moment pour ce bout de tissu qu’est le voile ?

Les Français arrivent en Algérie en colonisateurs à partir de 1830. Ils y découvrent les musulmanes voilées et le tolèrent assez mal. Ils considèrent, sans doute pas à tort, que la dissimulation des femmes est une forme de contestation de leur autorité. Le général Bugeaud aurait dit : « Les Arabes nous échappent parce qu’ils dissimulent leurs femmes à nos regards13. »

On a par ailleurs d’innombrables textes qui montrent à quel point les colons sont agacés de voir des femmes voilées, ou plutôt de ne pas les voir 14. Mais ce n’est pas que la raison coloniale d’État qui veut asservir les populations indigènes : les colons et les militaires sont aussi de jeunes hommes qui aimeraient accéder aux femmes, se les approprier.

D’où l’émergence d’un fantasme obsessionnel lié au dévoilement des femmes arabes. La possibilité existe cependant de voir des Arabes nues, mais ce sont des prostituées, pour beaucoup issues de la tribu des Ouled Naïl. Une confusion est alors entretenue avec la dernière vulgarité selon laquelle ces quelques prostituées vaudraient par une espèce de métonymie pour toutes les femmes.

Et l’orientalisme, dans la peinture et la littérature notamment, s’en mêle. Un nombre étonnant de scènes très typifiées de hammams ou de ventes d’esclaves sont produites, dans lesquelles on voit des femmes contraintes de se dévoiler. Une véritable érotique de l’humiliation est élaborée. Elles pleurent, elles ont les yeux baissés, elles sont honteuses, elles tiennent leur guenille à la main lorsqu’elle n’est pas à terre ; des hommes les matent, les touchent, les tripotent. Le tout servi par une technique picturale très académique et très virtuose, dans la grande tradition occidentale 15.

Il s’agit là d’un passage très étonnant dans votre livre, avec notamment ces reproductions de tableaux, où l’on voit des peintres hommes imaginer et fantasmer ces hammams auxquels ils n’ont jamais eu accès.

Bien sûr que c’est un fantasme. Ils vendent cela comme le voyage en Orient, ce tour des colonies qui tend progressivement à remplacer l’ancien Grand Tour16 d’Italie et de Grèce du XVIIIe siècle. À partir du moment où les routes sont plus faciles, la curiosité des artistes se déplace du côté du Maghreb actuel et d’une partie du Moyen-Orient. Quelques années plus tard, au tournant de 1900, les choses vont en quelque sorte s’aggraver avec la diffusion de la photographie. On a alors une production de photos coloniales qui joue sur ces ambiguïtés, mais cette fois-ci avec de vrais sujets : ce ne sont plus des sujets fantasmés, mais de vraies femmes, et plus exactement de très jeunes filles, qui comparaissent nues devant l’objectif.

Le cas de Lehnert et Landrock est très intéressant dans leur activité de photographe pornographique. Dans les années 1900, il y a beaucoup de photos pornos, y compris en Europe, et c’est pourquoi je ne souscris pas aux thèses qui accusent cette production iconographique d’un racisme spécifique17. On y voit, certes, des jeunes musulmanes nues avec un voile sur la tête et des bijoux ethniques, mais on trouve, à la même époque, des Bretonnes en coiffe bigoudène en train de s’ébattre avec de solides matelots, et même des bonnes sœurs en cornettes s’expliquant avec des curés le froc baissé.

Là où il y a un racisme plus caractérisé, à mon avis, c’est dans une pratique dérivée de la première, qui consiste à diffuser en grand nombre des cartes postales « soft » où les femmes se contentent de montrer un bout de sein. Ce sont des photos beaucoup moins pornographiques, mais qui sont vendues sur place et à tout le monde, sous des titres pseudo-ethnographiques du genre « Bédouine » ou « Type arabe ». On est là dans une autre échelle, différenciée des objets clandestins, des photos pornos très rares, vendues sous le manteau à des amateurs avertis.

On a donc un effet de superpositions : l’État qui voit dans le voile une résistance culturelle, les jeunes militaires ou les colons qui veulent dévoiler ces femmes, et qui les dévoilent effectivement dans les bordels, la peinture orientaliste, la photographie et le pouvoir colonial qui organise des séances de dévoilement…

Le pouvoir colonial français a une attitude très compliquée à l’endroit du voile. Pendant presque toute la durée de la colonisation, et particulièrement pendant les cinquante dernières années, le pouvoir français, au nom du code de l’indigénat (1865), protège le voile, parce que le droit de l’indigénat est un droit différentiel et discriminant, avec trois catégories. Un droit pour les Européens, un droit pour les juifs, qui va se fondre dans le droit français à partir du décret Crémieux (1870), et un droit particulier pour les musulmans qui est à la fois un droit infériorisant et protecteur.

Infériorisant, puisque les musulmans ont un statut juridique inférieur perpétuel, de tous ordres : il faut deux témoins contre un, ils ne peuvent pas agir en justice, etc. Bref, beaucoup moins de droits leur sont reconnus. En revanche, le droit coutumier local se trouve protégé par le droit français comme une exception aux lois de la République, ce qui, avec le recul, est assez invraisemblable. Du coup, la polygamie est protégée comme droit coutumier, le mariage des mineures, y compris vers 12-13 ans, est protégé comme droit coutumier, jusqu’aux promesses de mariage d’enfant. Et le voile est protégé. En sorte que l’on trouve des situations où les juges français refusent que des femmes voulant témoigner en justice se dévoilent, alors qu’elles se proposaient de le faire, comme c’est l’usage attesté dans l’islam : « Non, non, ne vous dévoilez pas, vous êtes musulmane. »

Ce régime juridique complexe du droit de l’indigénat est défait progressivement dans les années 1950. À cette époque, les Français comprennent qu’ils ne vont pas pouvoir garder la colonie en l’état et essaient de redéfinir, trop tard évidemment et de manière un peu panique, le régime colonial. Dans ce contexte, on assiste à des grandes fêtes de dévoilements forcés, pseudo-volontaires, organisées notamment par Lucienne Salan, épouse du général putschiste du 13 mai 1958. Le mythe proposé est alors celui de la France libératrice, la France qui va émanciper ces pauvres hilotes en jetant leur voile au feu. Il reprend les antiennes d’un féminisme de dames patronnesses qui s’accommodaient, avant-guerre, d’une IIIe République qui ne leur reconnaissait aucun droit civique, mais que révulsait la soumission de leurs « sœurs musulmanes ».

Là, on est dans le contexte des années 1950, avec le début de la guerre d’Algérie…


Entre-temps, les choses vont s’envenimer, parce qu’à ce moment-là, les Arabes, algériens en particulier, se servent du voile de deux manières. D’abord pour montrer leur opposition à tout ce que la France prétend leur apporter. Du coup, très probablement, les femmes se sont mises à revendiquer le voile comme un signe d’appartenance à une autre culture et comme un signe de refus de « s’assimiler », pour reprendre le mot très « Algérie Française » de Jacques Soustelle. Ensuite, pendant la guerre d’Algérie, le voile permet à des hommes de se travestir pour tromper l’ennemi et de dissimuler des armes. Il fait donc partie de la panoplie de guérilla, comme le montre une scène fameuse du film de Gilo Pontecorvo, La bataille d’Alger.

On en arrive donc au paradoxe actuel de notre question, où le voile qui est censé cacher va montrer quelque chose : l’appartenance de celle qui le porte à l’islam. Vous écrivez : « Elles assument avec une forme de panache la charge de rendre l’islam visible par ce qui reste de son ancienne préférence pour une visibilité réprimée ou, du moins, rigoureusement régulée.  » Le voile des femmes devient ce qui reste d’un régime de visibilité qui cachait, qui dérobait aux regards…

Oui, mais il y a un chaînon manquant dans ma réponse précédente où j’ai décrit la situation coloniale, et anticoloniale, si je puis dire, par rapport à la question du voile. Il y a un autre phénomène qui n’est pas directement colonial, mais plutôt lié aux signes avant-coureurs de ce qu’on appelle aujourd’hui la mondialisation. Il s’agit de l’arrivée de la photographie dans le monde islamique, à un moment où celui-ci connaît un affaiblissement généralisé, avec le délitement de l’Empire ottoman au cours du XIXe siècle et son inexorable démembrement par les accords de Sykes-Picot en 1916.

Il se passe alors beaucoup de choses. Du côté du monde arabe, il y a un courant de pensée, la Nahda (le Renouveau) qui cherche soit à s’opposer terme à terme à la culture occidentale, soit au contraire, dans sa version libérale, à prendre le meilleur de la culture occidentale pour renforcer et rajeunir la culture islamique, en définissant une forme de renaissance. Dans ce cas, la Nahda entend acculturer un certain nombre d’inventions qui paraissent avoir contribué à la supériorité de l’Occident : telles que le dessin en perspective, les armes à feu, une certaine forme de démocratie, l’émancipation des femmes ou la photographie. Une bonne partie du monde arabe va d’abord résister assez longtemps à l’arrivée de cette dernière, mais au tournant 1900, sa diffusion massive l’oblige à reconsidérer son rapport aux images – et donc son système visuel.

Vous écrivez à ce propos que « bien qu’il existât des images, celles-ci étaient si rares et si peu diffusées que, pendant un peu plus de mille ans, jusqu’à l’orée du XXe siècle, on vivait et mourait, en Afrique du Nord, en Égypte, en Palestine ou en Syrie (à peine moins en Perse), sans jamais en avoir vu une, et en ayant seulement l’idée très vague qu’il s’agissait d’une mauvaise chose. ».


Oui, c’est vrai dans l’ensemble du monde arabe et particulièrement chez les sunnites du Maghreb, en Afrique musulmane et dans la péninsule Arabique.

Il y a donc là un bouleversement avec l’arrivée de la photographie, du cinéma…

L’arrivée du cinéma est très précoce en Égypte, quelques mois seulement après son invention en France. Immédiatement, un cinéma local très populaire se développe. Je pense que c’est là vraiment un élément déclencheur de cette mondialisation du régime visuel occidental. L’ascèse visuelle qu’on évoquait tout à l’heure ne va pas tarder à s’effondrer. Il en reste quelques bribes, pas beaucoup, quelques témoignages relativement bien conservés dans des villes traditionnelles – les médinas – du Maghreb.

Et donc le voile aujourd’hui, est-ce ou non une bribe de ce régime visuel qui s’est effondré ?

Le voile aujourd’hui, j’appelle cela un fossile vivant, ce n’est pas une bribe, ce n’est pas tout à fait la même chose. C’est tout ce qui reste d’un régime visuel aujourd’hui presque entièrement disparu et avec lequel il était en cohérence, comme dans un écosystème. Le voile était un instrument « d’invisibilisation » qui concourait avec d’autres, tel que l’architecture des maisons opaques, sans fenêtre sur l’extérieur (les moucharabiehs) ou la grande ascèse chromatique (villes blanches comme Alger, villes rouges comme Marrakech ; vêtements bis ou gris, etc.) à former ces mondes de visibilité retenue.

C’est difficile en fait de s’imaginer cela…

Oui, parce que ce sont des mondes disparus, mais c’est ainsi qu’ils étaient. Il y avait des interdits explicites. Le jaune de Carthame est, par exemple, réprouvé par les hadiths – tout comme le fait de porter des vêtements jaunes pour les hommes, car c’est considéré comme une marque de féminité.

Donc le voile de la femme s’insérait dans cette cohérence ?

En sorte qu’il n’était pas visible. Il ne se voyait pas. Il cachait sans être vu, comme fait une tenue de camouflage. Alors qu’aujourd’hui, toute l’économie visuelle à laquelle le voile était attaché s’est effondrée : il reste tout seul, comme une sorte de pluton granitique quand toute la roche tendre autour s’est érodée. Il devient alors le grand témoin d’un passé révolu et du coup, paradoxe des paradoxes, il devient une image des plus visibles, alors qu’il était censé cacher et qu’il entrait en cohérence avec un monde qui refusait les images.

De quoi devient-il une image ?

Il devient une image de l’islam, ce qui est un paradoxe majeur parce que l’islam n’est pas censé avoir des images. Dans le monde d’aujourd’hui, où il n’y a pas de Babel linguistique mais une Babel imaginale qui est Internet, on ne peut pas encore tout lire, mais on peut tout voir. Dans ce monde d’une transparence absolue, d’une mise en visibilité absolue, où les images circulent à la vitesse de l’immédiateté, le voile est devenu l’image de l’islam.

Vous avez dit sur France Culture que vous n’êtes pas sociologue, mais on a quand même envie de savoir ce que vous pensez des raisons pour lesquelles une jeune femme, ici, en France, va porter le voile. Que veut dire porter le voile en France en 2015, cela reste-t-il le symbole d’une coercition comme dans l’islam classique ?

Permettez-moi de vous reprendre sur un détail : je ne parle justement pas de symbole de coercition, mais de symbole d’un côté et d’instrument de coercition de l’autre. Mais votre lapsus est important parce que c’est devenu pour les féministes le symbole d’une coercition. Des féministes s’opposent au voile aujourd’hui parce qu’elles y voient le symbole d’une coercition.

Je pense d’abord que le voile reste un instrument de coercition toutes les fois qu’il est imposé aux femmes, ce qui est le cas dans d’innombrables pays musulmans et dans des circonstances qui vont de l’odieux à l’insupportable absolu. Odieux en Arabie Saoudite, où sortir sans voile est interdit par la loi ; insupportable absolu dans Daech, où c’est puni de mort. Je ne suis pas particulièrement un défenseur du voile, et certainement pas un défenseur du voile coercitif.

Mais il en va autrement là où le voile peut être un choix vestimentaire libre, comme en Europe, mais aussi dans de nombreux pays musulmans, comme le Maroc, la Tunisie ou la Turquie.

Et dans ces cas-là, les femmes qui mettent le voile le font volontairement ; ce sont des jeunes femmes, adultes ou adolescentes, dont il faut respecter les décisions précisément parce qu’elles sont libres. Il n’y a aucune raison de décider à leur place et de dire : elles ne savent pas ce qu’elles font. Elles ne se voilent pas pour manifester leur sujétion, mais pour revendiquer un signe iconique d’appartenance confessionnelle (et culturelle) dans un monde d’exhibition des signes iconiques. À la limite, le voile musulman en Occident est un phénomène qui devrait être mis en relation avec d’autres modalités collectives de présence dans un monde mondialisé d’images, comme le tatouage, le piercing ou la jupe-culotte (cette dernière, notoirement surreprésentée dans les « Manifs pour tous » et autres « Jours de colère »).

Je pense que, par un phénomène classique de clivage, les femmes qui se voilent volontairement pour inscrire leur conviction religieuse dans un système mondialisé de signes iconiques oublient que le voile est encore, ailleurs, un instrument de coercition. Mais après tout, ceux qui se tatouent oublient également que le tatouage est traditionnellement une marque d’infamie.

Pour conclure et reprendre un mot utilisé pour décrire la situation de la France face à ses colonies, le voile agace encore
et toujours.


Oui, le voile continue de révulser les Français. Ce que j’ai tenté, c’est de faire l’histoire de cette révulsion, et du coup, de déplacer le problème non plus du point de vue de la sociologie et du féminisme, mais vers des questions de regard, puisque c’est bien de regard qu’il s’agit. Cette recontextualisation nous montre que le voile est un fossile vivant, très vivant même, un fossile qui se porte comme un charme.


NOTES :
1. Phèdre, 249-251. ↩
2. Action de montrer dans le cadre liturgique. ↩
3. Saint Augustin, dans le livre X des Confessions, analyse les tentations par les sens. La vue est doublement suspecte, parce qu’elle se laisse charmer par les beautés du monde (X, xxxiv) et par les tentations de la connaissance (X, xxxv) : concupiscence et curiosité sont ainsi liées dans et par la vue. ↩
4. Première épître de saint Paul aux Corinthiens, 11. 2-10, La Bible de Jérusalem, Les Éditions du Cerf : «  Je veux cependant que vous le sachiez : le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; et le chef du Christ, c’est Dieu. Tout homme qui prie ou prophétise le chef découvert fait affront à son chef. Toute femme qui prie ou prophétise le chef découvert fait affront à son chef ; c’est exactement comme si elle était tondue. Si donc une femme ne met pas de voile, alors, qu’elle se coupe les cheveux ! Mais si c’est une honte pour une femme d’avoir les cheveux coupés, qu’elle mette un voile. L’homme, lui, ne doit pas se couvrir la tête, parce qu’il est l’image et la gloire de Dieu ; quant à la femme, elle est la gloire de l’homme. Ce n’est pas l’homme en effet qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme ; et ce n’est pas l’homme, bien sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion, à cause des anges.  » ↩
5. Depuis le XVIe siècle, l’historiographie moderne appelle Pères de l’Église des auteurs ecclésiastiques, généralement (mais non exclusivement) des évêques, dont les écrits, les actes et l’exemple moral ont contribué à établir et à défendre la doctrine chrétienne avant le VIIIe siècle. ↩
6. Il s’agit d’habitants de Médine faussement convertis à l’islam, et qui s’étaient «  coalisés » ou «  conjurés  » (d’où le nom de la sourate) pour affaiblir le Prophète. ↩
7. Trad. D. Masson, Gallimard. ↩
8. J. Chelhod, «  Ḥidjāb  », Encyclopédie de l’Islam, Brill. ↩
9. Jacques Berque, dans sa traduction du Coran, emploie le terme de « mante » pour traduire le djilbab du verset 59, cf. Le Coran, Essai de traduction, Paris, Albin Michel, 2002. ↩
10. Jacques Berque traduit ici le terme khimar – une mantille, ou voilette – par «  fichu  ». ↩
11. Trad. D. Masson. ↩
12. Monique Canto-Sperber, «  Le voile des femmes, un symbole de domination ou un signe d’appartenance ?  », Questions d’éthique, France Culture, 12 juin 2014. ↩
13. Au conditionnel, car la phrase originale de Bugeaud n’est pas retrouvée, mais a été citée par la féministe Hubertine Auclert en 1900 dans Les femmes arabes en Algérie, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 77. ↩
14. On trouve de nombreux exemples de ce sentiment ainsi que des fantasmes et expériences prostitutionnelles de déshabillages qui en est le corrolaire dans F. Laurent, Le Voyage en Algérie, Anthologie des voyageurs français dans l’Algérie coloniale, 1830-1930, Paris, Robert Laffont, «  Bouquins  », 2008, notamment p. 171 (Th. Gautier), p. 303 (E. Fromentin), p. 504 (J. Lorrain), etc. ↩
15. Les tableaux de Jean-Léon Gérôme sont à cet égard exemplaires, et notamment sa Vente d’esclaves au Caire (1871). ↩
16. Le Grand Tour, écrit de la même façon en anglais, est à l’origine un long voyage effectué par les jeunes gens des plus hautes classes de la société européenne, en particulier britannique ou allemande, à partir du XVIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle. Il est destiné à parfaire leur éducation, juste après ou pendant leurs études, qui alors étaient fondées sur les humanités grecques et latines. ↩
17. Malek Alloula, Le Harem colonial. Images d’un sous érotisme, Paris/Genève, Garance/Slatkine, 1981. ↩

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 14 Fév - 12:06



Les musulmanes et les athées militants Soumaya Ghannoushi 12 février 2016


Ghannoushi's picture

« Je refuse que des fanatiques salafistes me dictent ma façon de vivre, tout comme je m’oppose fermement aux islamophobes fanatiques qui interfèrent dans mes choix personnels »

Soumaya Ghannoushi a écrit:

Il semble qu’il n’y ait pas que l’extrême droite qui saisisse chaque calamité et attaque terroriste pour déchaîner sa rhétorique d’exclusion et de haine contre l’islam et les musulmans. Les libéraux éclairés autoproclamés le font aussi.

Quand on parle d’islam et des musulmans en général, et plus particulièrement des musulmanes, les différences idéologiques et politiques semblent disparaître
. Mis à part le jargon pompeux de la raison et de la philosophie éclairée, on aurait bien du mal à trouver beaucoup de divergences entre le discours des nouveaux athées comme Sam Harris, Richard Dawkins ou le défunt Christopher Hitchens et celui de Marine Le Pen et d’autres personnalités d’extrême droite.

Rien ne semble les irriter davantage que les foulards, les pantalons bouffants et les jupes longues des musulmanes. Nous sommes l’incarnation du monde musulman, avec toutes ses complexités et ses contradictions, et de l’islam avec ses différentes formes et expressions. À leurs yeux, nous sommes l’incarnation de l’« autre » musulman enveloppé dans le mysticisme et l’étrangeté, le mépris et la pitié, l’emblème de la subordination, de l’arriération, de l’ignorance, de la mentalité de troupeau et de l’absence de volonté et d’autonomie. Pour eux, ce simple morceau de tissu sur la tête symbolise tout ce qui ne va pas avec l’islam et le monde musulman. Nous, les musulmanes, sommes donc coupables de chaque folie commise au nom de notre foi, de crimes que nous n’avons pas perpétrés et de péchés que nous n’avons pas commis.

Il n’était guère surprenant de voir Richard Dawkins, le missionnaire zélé du nouvel athéisme, se saisir de la tragédie des attentats de Paris pour appeler les musulmanes à retirer leur voile en signe de solidarité avec les victimes. Se transformant en mufti, ce missionnaire évangélique du nouvel athéisme a déclaré que le port du voile n’était « pas obligatoire dans l’islam » et a défié les musulmanes de l’enlever, demandant : « Que diriez-vous de l’ôter maintenant en geste de solidarité islamique avec Paris ? »

Grâce à la confusion délibérée et à la généralisation intentionnelle, lesquelles contredisent tous les principes de la méthode scientifique qu’il prétend défendre, Dawkins a établi des liens imaginaires entre des sujets totalement divergents, entre les attaques terroristes de Paris et les choix vestimentaires des musulmanes. Ainsi, selon ce raisonnement tordu, moi et des millions de musulmanes à travers le monde nous retrouvons accusées de crimes que nous n’avons jamais commis et devons nous efforcer de prouver notre innocence, et ce simplement en raison de nos choix vestimentaires.

Ce discours arrogant repose sur deux piliers :

1. Une tendance exclusionniste stigmatisante, qui recycle la rhétorique de droite avec son racisme et son mépris pour l’autre ; et

2. Une forme de paternalisme missionnaire condescendant. Il ne suffit pas aux nouveaux athées militants de diagnostiquer la condition des musulmanes ; ils prétendent avoir la solution à leur supplice et la clé de la prison où elles semblent languir. Car elles ne sont plus que des mineures, dépourvues de libre arbitre, dont les nouveaux guerriers des Lumières ont la noble charge de libérer les corps et les esprits des chaînes et des entraves qui les lient.

Ce récit de domination rappelle les attitudes coloniales envers les sociétés aborigènes, qu’ils commencent par analyser « scientifiquement » et « objectivement », avant de les rejeter comme arriérées, soumises et stagnantes, prémices à l’intrusion dans leurs affaires, dans l’unique objectif de les libérer, de les rationaliser et de les sauver de la cage sombre du voile, de la superstition et de l’illusion – les mots préférés de Dawkins et de ses camarades athées militants.

Les nouveaux athées sont en réalité les héritiers des pires tendances existant dans le discours occidental moderne, avec l’essentialisme qui a façonné la perception négative, péjorative et arrogante des autres, rejetés comme des êtres inférieurs, de l’orientalisme classique ; et son positivisme imprégné de certitude de soi, de dogmatisme et de zèle missionnaire.

Et bien que les études et les théories critiques postcoloniales aient jeté le doute sur ces grandes notions et les aient affaiblies, Dawkins, cet évolutionniste, reste paradoxalement coincé au XIXe siècle, résistant obstinément à l’évolution. Quand on creuse sous sa rhétorique de raison, de rationalité, de science, d’objectivité et de lutte contre la religion et les illusions, ce qu’on trouve n’est guère plus qu’un ego euro-centrique, arrogant et prétentieux.

C’est peut-être une surprise pour Dawkins, Harris et d’autres athées militants, mais le fait est que l’athéisme n’a aucune valeur en soi, tout comme le théisme ne recèle pas d’honneur spécial en soi. Ce sont tous deux des croyances personnelles relevant de choix individuels et ne sont pas motifs à une quelconque propagande moralisatrice autosatisfaite, comme semblent le penser les nouveaux prophètes de l’athéisme. Tout comme la religion peut revêtir des formes fanatiques, l’athéisme peut prendre des formes arrogantes, intolérantes et interventionnistes. Le leur en est un bon exemple.

De même, est-ce une forme quelconque d’héroïsme que de stigmatiser les femmes et de les sermonner sur les parties de leur corps qu’elles doivent couvrir ou découvrir ? Je suis une musulmane qui choisit librement de porter le hijab. Que je choisisse de couvrir mes cheveux, de les teindre en bleu ou violet ou de tout raser ne concerne en rien Dawkins, ses collègues missionnaires éclairés ni personne d’autre. Mes cheveux sont à moi et je ne vais pas me gêner pour en faire ce que je veux !

Je refuse que des fanatiques salafistes me dictent ma façon de vivre, tout comme je m’oppose fermement aux islamophobes fanatiques qui interfèrent dans mes choix personnels, dans ce que je dois porter ou pas. Je déplore leur misogynie condescendante qui dissimule son visage hideux derrière le masque de la religion ou de la science, de la foi ou de l’athéisme.


- Soumaya Ghannoushi est une écrivaine britanno-tunisienne spécialisée en politique du Moyen-Orient. Vous pouvez la suivre sur Twitter : @SMGhannoushi

Photo : une réfugiée attend d’être prise en charge au premier point d’enregistrement des demandeurs d’asile de la police fédérale allemande à Passau, dans le sud de l’Allemagne, le 23 juillet 2015 (AFP).


Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.
- See more at: http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/les-musulmanes-et-les-ath-es-militantes-1458471582#sthash.BxokmWIt.MDRgASj9.dpuf

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mar 8 Mar - 12:54

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Traduction par Adé

Féminisme islamique / Vers une pensée islamique décoloniale

Dans le cadre de la journée des femmes

Conférence et espace de conversation avec SIRIN ADBLI SIBAI

Le féminisme islamique est un mouvement transnational qui réclame une relecture des sources de l'Islam afin d'éliminer les interprétations sexistes qui trahissent l'essence libératrice du message coranique. Les féministes musulmanes considèrent que l'Islam originel ne promeut pas le patriarcat mais au contraire l'égalité et la justice entre hommes et femmes. Il s'agit donc d'une réappropriation par et pour les femmes afin de faire émerger une pensée et une conception nouvelle des femmes de l'Islam.

Vendredi 18 Mars, Espace Francesca Bonnemaison, 7, Rue Sant Pere Mes Baix.

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 28 Avr - 19:17

orient XXI

Cette étrange obsession française pour le voile
Joan Wallach Scott Vue de l’étranger Orient XXI   27 avril 2016

L’obsession française pour le foulard ne se retrouve pratiquement nulle part ailleurs dans le monde. Pourquoi ? Analyse d’une historienne américaine spécialiste de la France


Joan Wallach Scott
Historienne, professeur émérite à l’Institute for Advanced Study (Princeton, New Jersey). Ses travaux, initialement consacrés au mouvement ouvrier français, se sont orientés à partir des années 1980 vers l’histoire des femmes dans une perspective de genre

Citation :
La crispation du gouvernement français sur «  le voile  » est sans commune mesure avec ce qui se passe dans la plupart des autres pays occidentaux. Dans le monde anglo-américain, même après le 11-Septembre, le voile n’est pas considéré comme l’étendard d’une insurrection. Le gommage de toute différence ethnique, raciale et religieuse n’est pas une condition nécessaire pour l’intégration dans la nation. Une phrase du poète américain Walt Whitman résume à peu près la manière dont la diversité est conçue : « Je suis grand, je contiens des multitudes ».

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de problèmes de discrimination terribles et persistants basés sur les différences (raciales en particulier) aux États-Unis  ; simplement ces différences sont reconnues comme partie intégrante de l’héritage national. Elles sont relevées dans les recensements, décrites dans les collections de données institutionnelles, et comprises comme étant la source de notre richesse culturelle. Les appellations composées («  Africain-Américain  », «  Italien-Américain  », «  juif-Américain  », «  musulman-Américain  ») disent assez l’acceptation du fait que les identités politiques et culturelles peuvent coexister sans porter atteinte à la nécessaire unité nationale. Si durant les primaires en cours de la prochaine élection présidentielle des failles majeures se sont révélées, elles sont plus fondées sur les disparités économiques que sur les différences ethniques ou religieuses. Ce sont les énormes inégalités de revenus et non les affiliations communautaires qui divisent l’électorat et nos hommes politiques en ce moment.

Une « hystérie politique »

Pour toutes ces raisons, l’obsession française du voile islamique nous semble correspondre à ce qu’Emmanuel Terray nommait en 2004 une «  hystérie politique  ». La rhétorique déchaînée, les menaces et les lois punitives visant les vêtements féminins (hijab, voile intégral, abaya) semblent excessives, pour ne pas dire insensées. L’alarme lancée en 1989 par Alain Finkielkraut, Élisabeth Badinter et d’autres, prédisant que la non-interdiction du hijab dans les écoles serait le «  Munich  » de la République a conduit certains d’entre nous à se demander comment ces supposés intellectuels sérieux pouvaient grossir le trait à ce point. Récemment, le commentaire de Laurence Rossignol comparant le port du voile à la soumission volontaire à l’esclavage a suscité une interrogation du même ordre : avait-elle la moindre idée de l’épisode historique auquel elle faisait allusion  ? Et quand Charlie Hebdo puis la rédaction de Libération ont mis en garde contre l’inévitable pente glissante conduisant du voile aux attentats terroristes et fustigé les «  islamo-gauchistes  » qui dénonçaient l’amalgame entre les traditions musulmanes et l’islam politique, il était difficile de ne pas lire dans leurs articles autant d’exemples de l’islamophobie qu’ils niaient si bruyamment.

Un autre aspect troublant de la focalisation sur l’habillement des femmes musulmanes est l’idée que la «  laïcité  » exigerait l’interdiction du voile au nom de l’égalité entre hommes et femmes. Ceux d’entre nous qui connaissent un peu l’histoire de ce mot sont surpris de le trouver invoqué comme principe de l’égalité de genre. Cela n’était certainement pas la préoccupation des anticléricaux qui ont inventé le terme en 1871, ni celle des auteurs de la loi de 1905 qui prescrit la neutralité de l’État en matière de religion et ne dit absolument rien de la façon dont les femmes doivent être traitées. C’est plutôt la «  nouvelle laïcité  » (ainsi nommée par François Baroin en 2003 lorsque l’interdiction du voile était en débat) qui a fait entrer l’égalité entre les hommes et les femmes dans les principes fondateurs de la République. Elle transfère l’exigence de neutralité de l’État à ses citoyens, des institutions et des représentants de l’État à tout l’espace public et à tous ses habitants. La «  nouvelle laïcité  » exige des individus qu’ils comprennent que la neutralité, définie comme l’absence du plus modeste signe d’affiliation religieuse, est la condition sine qua non de l’appartenance à la nation.

Le mot «  laïcité  » est polémique depuis sa création en 1871 par les militants anticléricaux. À l’époque, il servait à contrer le pouvoir de l’Église catholique  ; à présent, il est utilisé pour définir une identité française qui exclut les musulmans. Dans les deux cas, les femmes sont considérées comme un danger potentiel pour la République. Au XIXe et au début du XXe siècle, on soupçonnait les Françaises d’être sous l’influence des prêtres  ; au XXIe siècle, ce sont les femmes musulmanes dont les foulards sont le signe d’un «  défaut d’assimilation  » inacceptable, et d’un refus agressif de l’égalité soi-disant caractéristique de la République. Finkielkraut l’a dit sans détour dans un entretien au New York Times(1) : « la laïcité l’a emporté. Et nous ne pouvons faire aucun compromis sur le statut des femmes. (…) Tout vient de là. »


Marianne dévêtue

L’assimilation culturelle est une caractéristique bien connue de l’identité française. Le souci de représenter la France comme une nation homogène est ancien  ; des générations d’immigrants ont ainsi été sommés de perfectionner leur pratique de la langue, s’identifier à « nos ancêtres les Gaulois » et déclarer avant tout leur loyauté envers les fondamentaux culturels et politiques du pays. Mais les partisans de l’assimilation n’ont que très rarement ciblé les femmes comme ils le font actuellement. Pourquoi sont-elles devenues l’objet d’une telle attention ? La plupart des terroristes sont des hommes; les armées de l’organisation de l’État islamique sont complètement masculines. Pourquoi les politiciens français, notoirement rétifs à voter des lois sur la violence domestique, le harcèlement sexuel ou l’égalité salariale, et (pour la plupart) résistant activement à la mise en œuvre de la loi sur la parité en politique, pourquoi ces hommes — avec quelques soutiens féministes — sont-ils si soucieux du statut des femmes dès lors qu’il s’agit de l’islam ? Qu’est-ce que leur obsession du vêtement des femmes musulmanes nous dit sur les angoisses des républicains français  ?

Certes, ils en appellent à la vieille idée d’une identité française homogène et à une vision de la laïcité dans laquelle la religion est privatisée — une question de conscience individuelle qui n’a pas à être publiquement exposée. De ce point de vue, peut-être, l’habillement des femmes musulmanes est vu comme marquant plus visiblement leur appartenance religieuse que les vêtements des hommes musulmans. On puise aussi dans les réminiscences de la «  mission civilisatrice  » coloniale qui vantait le traitement supérieur des femmes françaises (bien avant qu’elles aient le droit de vote ou qu’elles soient libérées des restrictions du Code napoléonien) sur celui des femmes «  indigènes  », dont les voiles avaient alors un attrait érotique, et n’étaient pas comme aujourd’hui un signe de répression sexuelle. Et puis, il y a la Marianne dévêtue, symbole de la nation  ; poitrine nue, elle est La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix et l’icône qui figure en bonne place dans les hôtels de ville d’un grand nombre de municipalités. Dans la polémique actuelle, Marianne à la gorge offerte incarne les femmes françaises émancipées par opposition aux femmes voilées qui seraient soumises à l’islam.

Égalité du Même, inégalité de l’Autre (sexe)

Mais je pense qu’il y a plus que tout cela. Quelque chose qu’on pourrait appeler l’inconscient politique du républicanisme français, qui alimente l’hystérie autour du vêtement des femmes musulmanes. Cette hystérie dont nous sommes témoins provient d’une contradiction inavouée, mais persistante entre l’égalité politique et la différence sexuelle. Il est possible que ce ne soit pas le motif direct dans le cas de Badinter ou de Manuel Valls, mais je pense que cela va jusqu’à entacher leur défense inflexible de la République laïque et contribue à expliquer plus généralement la fixation sur les femmes musulmanes et leurs foulards.

La contradiction est évidente depuis 1789 et n’a pas disparu quand les femmes ont obtenu le droit de vote en 1944. La citoyenneté en France est basée sur un individualisme abstrait. L’individu est l’unité essentielle, indépendamment de la religion, de l’ethnie, de la position sociale ou de la profession. Une fois ôtés tous ces éléments, les individus sont tous pareils, c’est-à-dire égaux. Mais dans la longue histoire de la politique française, la différence sexuelle a constitué le principal obstacle au «  même  », à la ressemblance, vue comme une distinction naturelle et donc impossible à éliminer. La nature a décrété un manque de similitude (donc une inégalité de ce point de vue) que la société ne peut pas corriger. Il y a une profonde incompatibilité entre la promesse universelle d’égalité dans la théorie politique républicaine et la différenciation sexuelle créée par la nature. Cela n’entre pas dans la logique républicaine.

Quand les femmes ont obtenu le droit de vote, ce fut en tant que groupe particulier, non en tant qu’individu(e)s. Dans les débats sur la parité, l’argumentation qui a finalement permis à la loi de passer a été celle qui a remplacé l’individu par le couple hétérosexuel. Sylviane Agacinski a ainsi affirmé (pour la parité et contre le PACS en 1999) qu’il ne pouvait pas y avoir de Parlement monosexué comme il ne pouvait y avoir de familles monosexuées. La complémentarité s’est ainsi substituée à l’égalité des individus. Dans l’éloge de la séduction comme trait de caractère national, la complémentarité est asymétrique : les femmes «  consentent amoureusement  » à leur subordination aux hommes.

L’accent mis sur le jeu de séduction ouvert entre hommes et femmes, et en particulier l’affichage public du corps des femmes, sert à démontrer leur différence et la nécessité de les traiter autrement. En ce sens, le problème que pose le sexe à la théorie politique républicaine est nié. Paradoxalement, l’«  objétisation  » de la sexualité féminine sert à «  voiler  » une contradiction inhérente au républicanisme français : son incapacité à réconcilier la différence sexuelle «  naturelle  » avec la promesse d’égalité pour tous.

Le voile au pied de la lettre

Le voile des femmes musulmanes semble présenter un défi de ce point de vue, menaçant d’exposer la contradiction niée ou réprimée de la théorie républicaine. L’habillement «  modeste  » répond directement aux problèmes posés par le sexe et la sexualité dans les relations sociales et la politique. Il atteste que les relations sexuelles sont interdites sur la place publique. Certaines féministes musulmanes affirment que c’est ce qui les libère en fait, mais que ce soit le cas ou non, ou que chaque femme qui met un voile en comprenne le symbolisme de cette manière ou pas, le voile signale l’acceptation de la sexualité et même sa célébration, mais seulement dans des circonstances particulières — en privé, au sein de la famille. Le paradoxe ici est que le voile rend explicites — visibles pour tous — les règles de l’interaction de genre qui déclarent que les échanges sexuels se font hors de l’espace public.

C’est la reconnaissance explicite d’un problème que la politique française veut nier qui rend le voile «  visible  » au sens sexuel du terme. Le vêtement des femmes musulmanes est la preuve des difficultés que présente le sexe pour les échanges dans la sphère publique — difficultés que les républicains français veulent nier. Leurs pieuses déclarations sur l’égalité sont en totale contradiction avec leur profond malaise dès qu’il s’agit de partager le pouvoir avec l’autre sexe. La séduction est pour eux une alternative préférable.

Je ne veux pas nier les aspects patriarcaux des pratiques musulmanes, mais nous ne devons pas ignorer non plus le fait qu’il n’y a pas d’égalité de genre parfaite en France. Les femmes sont objétisées dans les deux systèmes, quoique différemment. Je veux simplement dire que l’hystérie politique sur le voile doit être comprise non pas comme une réponse simple et logique au terrorisme, ni comme la défense de l’égalité de genre. C’est plutôt une façon de nier la persistance d’inégalités à l’intérieur de la société française (inégalités qui vont du genre à la race et à l’ethnie). Ces inégalités ne sont pas accidentelles  ; elles sont consubstantielles à un système politique qui fait du «  même  » abstrait le fondement de l’égalité, et de la différence sexuelle concrète l’exception et la justification d’une inégalité qui, parce qu’elle est «  naturelle  », ne peut pas être nommée.

C’est peut-être une autre manière de dire que toute l’attention portée à l’inégalité qui caractériserait le sort des seules femmes musulmanes est un moyen d’évacuer les problèmes concernant les femmes françaises en général — différents bien sûr, mais qui n’ont pas été résolus par la loi (le vote, les modifications du Code civil, la parité) ni par d’autres moyens. Une chose est sûre, si l’inégalité de genre existe également dans le monde anglo-américain, elle n’a pas pris la forme de cette obsession des femmes musulmanes et de leurs voiles dont on peut dire qu’elle est une singularité française.

Joan Wallach Scott

(1)Adam Nossiter, «  Once Hopeful for Harmony, a Philosopher Voices Discord in France  », 11 mars 2016.

In English: The Veil and the Political Unconscious of French Republicanism

Article original, traduit de l’anglais par Françoise Feugas.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mar 3 Mai - 7:34


sous le voile au volant, la force de travail féminine

La société saoudienne décidera si les femmes peuvent conduire

VOV 25 avril 2016

« l'augmentation de la participation des femmes à la force de travail
- l'un des objectifs du plan - pourrait aboutir au droit pour elles de conduire »



La société saoudienne, et non le gouvernement, décidera si les femmes pourront dans l'avenir prendre le volant d'une voiture, a affirmé Mohammed ben Salmane, le vice-prince héritier d'Arabie saoudite où les femmes ont très peu de droits.

Citation :
Le fils du roi Salmane a fait cette annonce à des journalistes après avoir présenté un vaste plan de transformation de l'économie saoudienne, appelé "Vision à l'horizon 2030", qui vise à réformer l'économie de cette monarchie largement dépendante du pétrole.

Le prince Mohammed a été interrogé sur la chance que l'augmentation de la participation des femmes à la force de travail --l'un des objectifs du plan-- puisse aboutir au droit pour elles de conduire.

"A ce jour, la société n'est pas convaincue (...), mais nous insistons sur le fait qu'il revient à la société saoudienne" de décider, a-t-il déclaré, soutenant que le changement ne peut pas s'opérer par la force.

L'Arabie saoudite, monarchie régie par une version rigoriste de l'islam, est le seul pays au monde qui interdit aux femmes de prendre le volant.

Les femmes doivent également obtenir l'accord d'un homme --un tuteur-- pour travailler, voyager ou se marier.

Les principales villes du royaume sont en train de développer leur système de transports en commun mais il reste à ce jour limité, restreignant ainsi aux femmes l'accès au monde du travail.

Avec AFP



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 20 Mai - 7:06


Féminisme et islam : Hanane Karimi, l’orthodoxie et la révolte

Tiphaine Le Liboux Jeune Afrique 19 mai 2016

Féministe musulmane, cette fille d'immigrés marocains a été dix ans femme au foyer avant de militer pour les droits des femmes, dans la mosquée comme dans la société.


"Je résistais aux standars: l'abnégation, l'obligation pour la femme de se sacrifier, de s'effacer",
raconte la militante. © Frédérique Jouval /J.A
.
 
Citation :
Il paraît que les femmes voilées sont comme des « nègres » américains en faveur de l’esclavage… Avec son voile, aujourd’hui porté façon turban de pirate, Hanane Karimi entend démontrer l’inverse. À la ministre française des Droits des femmes comme à ceux qui pensent qu’une femme voilée est forcément opprimée. Figure française du féminisme musulman, elle milite pour les droits de toutes, contre les discriminations en général. « Ne me libérez pas, je m’en charge ! » a-t-elle écrit en guise de biographie sur son compte Twitter.

À lire aussi :
Rokhaya Diallo : « Laurence Rossignol devrait suivre un cours intensif d’histoire de l’esclavage »

La remise en question, une étape décisive

Difficile de trouver meilleure devise pour cette fille de 38 ans à la trajectoire digne d’un manuel féministe, chapitre « émancipation ». Femme au foyer pendant dix ans, cette fille d’immigrés marocains a divorcé à 31 ans et repris des études abandonnées en BTS. Jusqu’à devenir doctorante en sociologie à Strasbourg, où elle vit avec ses trois enfants, dans un « petit 57 m² ».

« Elle n’a pas eu peur de remettre toute sa vie en question, c’est très courageux », admire son amie Leila Alaouf, membre comme elle d’un collectif féministe, Les Femmes dans la mosquée. « Ça rend son discours très crédible, très fort, ajoute-t-elle. En même temps, elle évite le cliché de la fille qui se contente de raconter son parcours de bonne femme. Elle sait sortir de l’émotion. C’est une vraie intellectuelle. »

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Algérie : Soumia Salhi, militante féministe

L’intéressée le concède : ce qui la fait « vibrer », c’est « rencontrer, animer, étudier ». D’ailleurs, elle a toujours beaucoup lu. Pour imiter sa mère, qu’elle voyait, petite, plongée dans le Coran sur son tapis de prière. « Elle s’occupait de ses sept enfants toute la journée et, là, il y avait un moment où elle s’échappait, elle était ailleurs. » Avant d’enchaîner conférences et mobilisations, Hanane Karimi a pourtant longtemps jonglé entre courses, ménage et biberons. « Ça a été me trahir », dit-elle pour résumer ces années. Elle a adoré la maternité, pas les tâches domestiques. Même si se replier à la maison, c’était son choix. À 19 ans.

Laisser les femmes choisir !

Elle est en BTS de biotechnologies, porte un voile traditionnel, « à la marocaine », bien serré autour de son visage doux et rond, refuse de le retirer dans l’enceinte du lycée. On menace de la passer en conseil de discipline. La jeune fille préfère « tout arrêter et [se] marier ». Depuis quatre ans, elle se voile plus souplement, de diverses façons, alterne turban, bonnet ou foulard.

Sans s’étendre sur le pourquoi de ce changement – « trop intime » -, elle insiste pour laisser aux jeunes filles voilées le droit de faire leur propre expérience. Pour ne pas les « crisper » sur le voilement, qui peut n’être qu’une « étape de la carrière religieuse ». Pour ne pas les « ramener aux marges », les laisser penser, comme elle au lycée, que le foyer est le seul espace secure.

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Presque vingt ans plus tard, nouvelle révolte. Contre une autre exclusion, tout aussi « insupportable » À l’intérieur de sa communauté religieuse, cette fois. Octobre 2013 : la Grande Mosquée de Paris interdit aux femmes l’accès à la salle principale, les envoie prier au sous-sol, assurant vouloir leur offrir un espace plus « vaste et confortable ». La féministe y voit, elle, la mise à l’écart de trop. Avec une dizaine d’autres pratiquantes, elle monte le collectif Les Femmes dans la mosquée, essaie d’entrer de force dans la salle interdite.

À la Mosquée de Paris, les musulmanes doivent désormais entrer par une porte latérale

La seconde tentative se termine en altercation, le collectif porte plainte pour coups et blessures, renonce à ses happenings. « On s’est dit que ce n’était pas à coups d’actions symboliques que l’on pouvait changer quelque chose d’aussi ancré dans les mentalités. Nous avons décidé de miser plutôt sur la conscientisation », via des tribunes ou des débats. Depuis, la situation a « empiré » à la Mosquée de Paris, soupire la militante. Les musulmanes doivent désormais y entrer par une porte latérale.

L’activiste, qui estime pourtant que la mobilisation a eu le mérite de rompre le « tabou » de la ségrégation sexuelle dans les lieux de culte, n’a pas désarmé. Militante devenue universitaire, elle a fait de l’exclusion sociale des musulmanes voilées en France l’objet de sa thèse. « Diffuser la vision de ces femmes, être sociologue, c’est tout aussi important. C’est une partie de mon militantisme aujourd’hui. »

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Un pas vers le changement

Réconciliée avec l’école, elle jure de ne plus se fermer aucune porte, ira voir celles qui sont ouvertes, en France ou à l’étranger. Au Canada, aux États-Unis pour la carrière universitaire. Ou au Maroc, le pays de ses parents. D’autant que le royaume affiche sa sympathie pour les revendications des féministes musulmanes.

Récemment invitée par la Rabita Mohammadia des oulémas, institution de réflexion sur la charia islamique, elle a été « agréablement surprise » du bon accueil réservé à l’action de son collectif.

Il y a bien sa mère, qui a longtemps eu du mal à comprendre la deuxième vie de sa fille. « Je résistais aux standards qu’elle a voulu m’imposer : l’abnégation, l’obligation pour la femme de se sacrifier, de s’effacer. » Mais il y a peu, elle a lâché : « En fait, c’est toi qui as raison. » Hanane rapporte l’anecdote les yeux brillants. Ce jour-là, elle a eu l’impression « qu’enfin les choses pouvaient changer ».



photo Patlotch, 9 octobre 2015

Hanane Karimi a écrit:
@7Lou_Anne
Ne me libérez pas, je m'en charge! Féministe et musulmane, ne vous en déplaise! Doctorante en sociologie/Femmes dans la mosquée/Membre de la MAFED

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 3 Juin - 19:23


l'Europe épinglée pour sexisme et racisme anti-musulman

Entre racisme et sexisme, les femmes musulmanes paient le prix fort de l'islamophobie en Europe

Samba Doucouré SaphirNews 26 Mai 2016

Le Réseau européen contre le racisme (ENAR) a présenté, jeudi 26 mai, un rapport sur la condition des femmes de confession musulmane en Europe. Les questions de discriminations à l'embauche et de violences physiques et verbales sont les principales problématiques abordées dans l'étude, qui fait valoir l'importance d'une approche intersectionnelle de la discrimination dont font face les musulmanes.


Entre racisme et sexisme, les femmes musulmanes paient le prix fort de l'islamophobie en Europe Entre racisme et sexisme, les femmes musulmanes paient le prix fort de l'islamophobie en Europe

Citation :
Sur la base de l'origine, du genre et de la religion, c'est « une triple peine » à laquelle peuvent faire facilement face les femmes musulmanes. L'ENAR, réseau européen liant divers mouvements antiracistes, a travaillé pendant un an, entre décembre 2014 à décembre 2015, autour de l'impact de l'islamophobie en Europe sur les femmes de confession musulmane.

Intitulé « Forgotten Women : the impact of Islamophobia on Muslim Women », le rapport, présenté jeudi 26 mai lors d'un symposium à Bruxelles, comporte 50 pages proposant une lecture à l'intersection du racisme et du sexisme. L'enquête, basée sur des recherches documentaires, des table-rondes et des entretiens, porte sur huit pays européens : l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, l'Italie, les Pays-Bas, le Royaume Uni et la Suède.

Les femmes musulmanes face aux stéréotypes

La représentation médiatique des femmes musulmanes est le premier des points abordés par l'ENAR, qui rappelle leur sous-représentation dans les médias. « Leurs voix sont réduites au silence. On ne leur accorde aucun crédit et elles sont rarement invitées à parler pour elles-mêmes », souligne l'organisation, ajoutant qu'en France ou en Italie, « elles apparaissent dans les médias principalement comme des victimes, impliquées dans des incidents ou des procédures judiciaires ». Les histoires positives sont souvent ignorées. Selon le rapport suédois Equality Ombudsman's, ne faire apparaître à l'écran que les femmes musulmanes ayant un talent exceptionnel ne fait que renforcer l'idée qu'il s'agit d'exceptions qui confirment la règle.

L'ENAR pointe du doigt la tendance qu'ont les médias mainstream d'imposer le stéréotype de « la femme musulmane voilée » à travers des couvertures et éditoriaux des hebdomadaires tels que Le Point, L'Express ou Valeurs Actuelles en France. Les sondages d’opinion reflètent l’existence de ces stéréotypes sur les femmes musulmanes, perçues comme « un groupe homogène qui soutient la violence domestique, le terrorisme, l'homophobie et le sexisme ». « Alors qu'aucune communauté ou société n'est immunisée contre le racisme, le sexisme et la violence, pointer du doigt un groupe entier contribue à nourrir les préjugés », explique le rapport.

Soulignant que les mouvements féministes mainstream se déchirent sur la question de l'islam, le rapport indique que ce sont souvent les vieilles générations de féministes qui voient dans les vêtements dits islamiques un instrument d'oppression incompatible avec le principe d'égalité des sexes. Même constat du côté des partis politiques, notamment ceux de gauche. En France, « certains politiciens de gauche, se présentant comme humanistes, laïques et féministes se révèlent belliqueux envers la liberté des femmes à se vêtir selon leur choix », affirme l'ENAR, citant l'actuel Premier ministre Manuel Valls qui faisait valoir en 2013 que le voile est « un combat essentiel » pour la République.

De gros obstacles dans le marché de l'emploi

Côté emploi, la discrimination est un phénomène répandu pour les femmes musulmanes et « est souvent liée à la perception d’"islamité" (...). Cela est confirmé par les testings sur base de CV et les enquêtes de victimisation ». Au Royaume-Uni, 50 % des femmes interrogées portant un foulard ressentent qu’elles ont « manqué des opportunités de progression à cause de la discrimination religieuse, et que le port du voile a été un des facteurs ».

« Le cadre législatif lié à la discrimination sur le marché de l’emploi est théoriquement assez solide. Le cadre n’est cependant pas appliqué de manière cohérente, en particulier à cause de régulations régionales et nationales dans certains pays de l’Union Européenne (UE) qui ont tendance à exclure les femmes musulmanes de l’emploi à cause de leur interprétation exclusive des concepts de "laïcité" ou "neutralité". Ce type de discrimination dans les régulations juridiques est qualifié de "discrimination légale" par l’Agence des Droits fondamentaux de l’UE », fait savoir l'ENAR, qui appelle les entreprises à adopter, d'une part, des chartes de la diversité qui reconnaissent toutes les formes de discrimination et leurs conséquences et à cesser, d'autre part, l'adoption de règlements intérieurs interdisant totalement le port de signes religieux.

Mieux penser l'approche intersectionnelle de l'islamophobie

Une autre constante en Europe : les femmes musulmanes sont les principales victimes des attaques physiques et verbales (81,5 % en France selon le CCIF. Dans la plupart des cas, la victime ne connaît pas son agresseur, le plus souvent un homme, générant un « sentiment de vulnérabilité » qui « se traduit par la normalisation de la violence et le sentiment d'insécurité, ce qui conduit des femmes à faire constamment des évaluations de risques afin d'éviter toute agression dans les lieux publics ».

Si la législation des huit pays étudiés, offrent en théorie une protection solide mais « le genre n’est pas toujours inclus comme un motif possible de discrimination dans les incidents de crimes de haine ». L'ENAR préconise la mise en place par la Commission européenne des procédures d'infraction contre les Etats membres qui ne combattent pas suffisamment certaines formes de discriminations et qui n'enquêtent pas sur les motivations islamophobes des crimes visant les musulmans.

L'organisation encourage également l'instauration de plans nationaux de lutte contre l'islamophobie et des mesures incluant une approche intersectionnelle de la discrimination afin de mieux prendre en compte divers motifs de rejet dont peuvent être victimes les femmes musulmanes (religion, ethnie, genre).



cette étude ne fait que confirmer ce que j'avance depuis trois ans : il est impossible, qualitativement et quantitavement, de considérer le rapport classe-genre sans la médiation de la "race", de l'origine ethnique ou de la religion réelle ou supposée : la seule question, en terme d'analyse et de théorisation communistes, est de pouvoir construire cette articulation dans une structure à dominante du capital en sortant de la conception intersectionnelle mettant toutes les "dominations" sexiste, racistes et "classiste" (sic) sur le même plan

c'est la question sur laquelle j'ai avancé la notion de dépassements à produire des identités de luttes sur la base de l'exploitation et des dominations réellement vécues par les groupes humains considérés


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 21 Aoû - 17:38


importé du 18 août

Collector X-kini


chinoiseries

"clin d'œil" reçu de Adé, l'article est de 2012


Citation :
Une fan de Kick-Ass ? Non, la dernière tendance estivale en Chine. Une série de photos prises la semaine dernière par l’AFP sur la plage très courue de Qingdao, dans le nord-est de la province de Shandong, témoigne de la persistance d’un sentiment ancien en Chine, comme dans de nombreux autres pays : la terreur du bronzage.


De plus en plus de Chinois attirés par les plages du pays du Milieu arpentent désormais le sable chaud engoncés dans un accoutrement des plus déconcertants pour les vacanciers occidentaux en manque d’UV : une combinaison intégrale pour le corps complétée par un masque de protection, rebaptisé « face-kinis » par des internautes chinois. L’objectif ? ne pas bronzer, tout simplement.


En Asie, comme dans d’autres régions du monde, et naguère en Europe, le teint hâlé n’est guère valorisé. Loin d’être le gracieux témoignage de vos vacances luxueuses à la Barbade, il demeure le stigmate historique de la paysannerie, et est donc rarement prisé par les gens de bonne famille.





chinoiserie
Citation :
- Objet de luxe et de fantaisie, venu de Chine ou exécuté en Occident dans un goût s'inspirant de la Chine ; décor, œuvre d'art, motif de ce style.

- Familier. Subtilité excessive aboutissant souvent à des complications tracassières (surtout pluriel) : Les chinoiseries de l'Administration.

source Larousse

du burkini je n'ai rien dit. À quoi bon ? Dernier avatar du «ridicule» français relevé par la presse étrangère, au nom de «la laïcité» ou de «l'hygiène», de la menace contre les « Valeurs de la République » (Valls) ou « l'âme de la France » (Marine Le Pen), les arguments parlent d'eux-mêmes pour dire où "nous" en sommes

le soldat Yves Coleman hésite, qui affirme : « La campagne actuelle contre le "burkini" (aussi ridicule que soit cet uniforme qui n’a rien à voir avec la "pudeur" et un choix vestimentaire individuel et tout à voir avec la propagande religieuse) montre bien qu’il existe une forme particulière de haine et de discriminations contre les musulmanes (et contre les musulmans par ricochet) », mais n'en fait pas moins le lien avec l'antisémitisme, comprenne qui pourra... «Pudeur» et «propagande religieuse» s'opposent-ils vraiment, quand pour certain.e.s leur religion passe par cette pudeur, l'Islam n'en ayant pas le triste privilège ?

j'ai en mémoire un célèbre théoricien de la communisation qui, selon la légende, ne se met(tait) jamais sur la plage en maillot de bain, sans jamais se séparer de son foulard rouge, ainsi qu'une amie, communiste, rencontrée à Cuba, gardant sa robe jusqu'aux pieds et ne sortant pas de son parasol : attentats à l'impudeur ?

comme réponse, je verrais bien une ruée dans les boutiques sur les burkinis (vêtement légal dans l'espace public, contrairement au face-kini qui rappelle les cagoules des forces spéciales d'intervention), que l'on soit ou non arabe ou musulman.e. Certains sont plutôt élégants et peuvent être mis en valeur comme mettre en valeur ce qu'ils sont supposé cacher, au demeurant comme tout vêtement. Gage que ce serait mal vu tant par celles et ceux qui sont pour que contre, et c'est alors que ce vêtement deviendrait ce qu'il prétend être mais qu'il n'est évidemment pas, un banal vêtement

je n'aime pas le monde sur les plages ni son image; j'ai en horreur le bronzage et les crèmes solaires ensablées. J'aime les plages le matin ou le soir, la nuit, quand il n'y a personne pour me gâcher la mer et l'éternité : est-ce grave, docteur ? dois-je m'acheter un burkini, un face-kini, un fesse-kini, un foulard communiste ?



dans la mesure où le face-kini ne cache pas nécessairement le reste, le véritable équivalent de la burka serait le face-burkini


et voici exposé son exact opposé, chinois s'il en est

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 21 Aoû - 17:41


importé du 18 août


une campagne contre-productive...
qui n'en rapporte pas moins


La créatrice du burkini : "c'est juste un maillot de bain !"

Europe 1 18 août 2016


La créatrice du burkini, Aheda Zanetti, à droite @ AFP

Aheda Zanetti, une Australienne d’origine libanaise, s’indigne de la polémique autour de ce maillot de bain couvrant qu’elle a elle-même créé en 2004.

Citation :
En imaginant en 2004 à Sydney, le burkini, Aheda Zanetti n’imaginait pas une seule seconde que douze ans plus tard, son maillot de bain destiné aux musulmanes créerait une telle polémique en France. Cette Australienne d’origine libanaise revient pour Europe 1 sur les conditions de création du burkini et sur la controverse qui agite actuellement l’hexagone.

Comment avez-vous eu l’idée de créer le burkini ?

C’était en 2004. Je regardais ma nièce jouer au netball, un jeu qui ressemble à du basket. Elle a choisi de se voiler à un jeune âge. Je l’ai regardée et j’ai pensé qu’il n’y avait pas de tenue de sport adaptée pour ces femmes qui ont choisi de porter le voile. Je me suis donc assise un soir, en me demandant ce que moi, je porterai. Je voulais m’assurer que ce maillot de bain serait aussi adapté au mode de vie australien. J’ai donc remplacé le voile par cette capuche afin qu’on ne puisse pas dire : « c’est une fille musulmane ». Si ces filles décident de porter le hijab, et c’est leur choix, je ne voulais pas non plus qu’elles se privent d’activité physique.

Le succès a-t-il été immédiat ?

On a lancé officiellement la compagnie en novembre 2004 et ça a tout de suite été un succès. Dès que le site a été ouvert, dans la semaine qui a suivi, j’ai eu ma première commande en provenance d’Angleterre puis des Etats-Unis. Depuis, le succès ne s’est jamais démenti.

Vos clientes sont-elles exclusivement musulmanes ?

Le produit a été créé pour les femmes musulmanes mais je crois que 30% de femmes non musulmanes achètent le burkini. Cela peut-être des femmes juives, des mormones, des chrétiennes, des hindoues… ou même des femmes qui veulent protéger leur corps du soleil.

En France, plusieurs maires ont décidé de bannir le burkini des plages, créant une énorme polémique. Qu’en pensez-vous ?

Ils en font un symbole politique alors qu’ils devraient le voir comme quelque chose de positif. Ces femmes, quelle que soit d’ailleurs leur religion, peuvent continuer à être actives et aller sur la plage. Je ne comprends pas, c’est juste un maillot de bain ! Cela ne fait de mal personne ! Le burkini ne discrimine personne. La dernière chose à faire, c’est d’interdire quelque chose et donc de créer de la haine. Aucun politique ne peut arrêter une femme qui veut acheter un burkini. A la place, ces femmes vont aller passer leurs vacances ailleurs qu’en France, en Espagne…ou alors en Australie, nous nous accueillons tout le monde ici !

Etes-vous inquiète pour vos ventes à l’avenir en France ?


(Rires) Oh, non pas du tout ! Au contraire, on a eu une augmentation des ventes en France depuis plusieurs semaines, entre 35 à 40%. Ces femmes vont continuer à acheter le burkini et peu importe qu’elles aillent nager en France, en Espagne, en Suisse ou ailleurs… Personne ne pourra les arrêter de faire ce qu’elles veulent.



dommage que les sans-culottes n'aient pas déposé un brevet...



Bains de mer en 1790

Citation :
A Arcachon, en 1847, le maire crée une ordonnance « que les hommes se baignant sur la côte du Bassin seront vêtus d’un pantalon large et ils se tiendront, autant que possible, éloignés des lieux où seront les dames. Ils devront se déshabiller et s’habiller dans les cabanes, qui sont disposées pour cela sur la plage et si quelque motif nécessitait qu’ils se déshabillent dans leurs appartements, ils devraient se couvrir le corps d’une chemise de laine, ou tout autre vêtement, pour arriver aux dites cabanes. Les dames pour aller au bain et pour se baigner devront être vêtues d’un grand peignoir tombant jusqu’aux talons

source : Histoire du Balnéaire et du Maillot de bain 1900, Lingerie, Corsets & Swimwear, 16 juin 2015


en relation, Collector X-kini : chinoiseries

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 21 Aoû - 17:43


importé du 20 août

Collector burkunu


et ta sœur !




source : FUIQP 59/62 L'humour au service des luttes : "Curieusement personne ne veut interdire le Burkini chrétien"

Le président national de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) : « Le burkini ne fait pas partie du culte musulman.»


roman-mémoires 1780, publié à titre posthume, en 1796

Diderot a écrit:
Tout le monde se retira, et je restai au milieu du troupeau auquel on venait de m’associer. Mes compagnes m’ont entourée, elles m’embrassent et se disent : Mais voyez donc, ma sœur ; comme elle est belle ! Comme ce voile noir relève la blancheur de son teint ! comme ce bandeau lui sied, comme il lui arrondit le visage, comme il étend ses joues ! Comme cet habit fait valoir sa taille et ses bras !… Je les écoutais à peine ; j’étais désolée ; cependant, il faut que j’en convienne, quand je fus seule dans ma cellule je me ressouvins de leurs flatteries, je ne pus m’empêcher de les vérifier à mon petit miroir, et il me sembla qu’elles n’étaient pas tout à fait déplacées.
source : www.altersexualite.com


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 21 Aoû - 17:57


importé 19 août


la parole est à la défonce

Edwy Plenel, PIR, CCIF, identitaires... les nouveaux racistes

Fatiha Boudjahlat
Secrétaire nationale du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) à l'Education
Marianne 18 Août 2016

Fatiha Boudjahlat fustige ceux qui, dans "l'affaire du burkini" comme dans d'autres, n'ont qu'une obsession : "faire rendre gorge à l'arrogante République française." Pour elle, "le raciste est celui qui interdit de penser en dehors de son épiderme et de la communauté ethnique dans laquelle il assigne l'autre à résidence" et celui qui "interdit ou criminalise l'émancipation, c'est à dire l'autonomie, la pensée par soi-même".


Manifestation de militants du Parti des Indigènes de la République (PIR)
NICOLAS MESSYASZ/SIPA

le gras est dans le texte
Citation :
Edwy Plenel a encore frappé fort en comparant le burkini aux « bains habillés » du début du siècle. Ce faisant, il lie lui-même, sans le vouloir, la nature du vêtement à la place des femmes dans l’espace public et à leur accès sous conditions aux loisirs. Cette émancipation par le vêtement est corrélée à l’émancipation sociale et politique de la femme. Oui, un vêtement n’est pas que du textile, c’est un horizon tout autant qu’il peut être une entrave. Cette obsession de Plenel vient en appui de l’idéologie postcoloniale faisant du blanc un coupable éternel et des minorités des victimes structurelles. Cette idéologie se double d’une critique de la République en ce qu’elle émancipe des solidarités subies, celles des origines ethniques. M. Plenel a des « partenaires dans le crime », inattendus mais tout aussi militants, du côté des identitaires : faire rendre gorge à l’arrogante République française.

Oui, un vêtement n’est pas que du textile, c’est un horizon tout autant qu’il peut être une entrave.

La critique du colonialisme et du colonisateur, sans cesse mis en cause, entraîne paradoxalement les Indigénistes et les gauchistes islamophiles dans un rejeu colonial permanent. Mme Bouteldja du Parti des Indigènes de la République (PIR) condamne les mariages mixtes parce qu’une race doit préserver sa pureté. Les voilà créant la race musulmane : la pratique religieuse permettant de se purifier de l’influence occidentale, plus elle est rigoriste, plus elle se distingue de la société, mieux elle permet d’affirmer une identité ethnique et de recouvrer fierté et authenticité. Mais ce faisant, ils prolongent eux-mêmes le processus colonisateur.

Prenons l’exemple de l’Algérie française :


Citation :
« Les musulmans d’Algérie étaient non pleinement Français parce que s’appliquait à eux la charia (la loi musulmane), dont certaines dispositions étaient contraires au Code Civil. Certains d’entre eux se convertirent au catholicisme et allèrent devant le juge pour que leur soit reconnue la pleine nationalité française. Devenus catholiques, ils ne respectaient plus la charia (…). Mais, en 1903, la Cour d’Appel d’Alger déclara : "Le terme musulman n’a pas un sens purement confessionnel mais désigne au contraire l’ensemble des individus d’origine musulmane qui, n’ayant point encore été admis à la naturalisation, ont nécessairement conservé leur statut personnel musulman, sans qu’il y ait lieu de distinguer s’ils appartiennent ou non au culte musulman." »[1]


M. Plenel et ses amis accommodants donnent le sentiment de vouloir créer la race musulmane, exactement comme l’administration coloniale l’avait fait en son temps, ressuscitant les anciennes nomenclatures. Se trouvent ainsi validées ces paroles d’Etienne Picard, professeur de droit public : « Les identités ethniques défendues par les leaders indépendantistes sont des inventions forgées antérieurement par les administrations coloniales, au détriment des réalités locales qu’elles ont contribué à détruire. »[2] Cette indigénisation permettait à l’Etat colonial d’exclure des populations d’une citoyenneté politique pleine, de maintenir la sujétion. Les Indigénistes, dont les actes et les textes rappellent en tous points ceux des Afrikaners, réclament la même différenciation. Y compris dans la partition de l’espace, comme ces espaces revendiqués comme affranchis de la mixité ethnique.

Le raciste est celui qui interdit de penser en dehors de son épiderme et de la communauté ethnique dans laquelle il assigne l'autre à résidence.

Ce nouveau racialisme se traduit par la volonté de renouer avec une authenticité originelle mythique et se traduit par la racialisation des rapports sociaux. Une activiste indigéniste, Sihem Assbague, voit dans le classement faisant d’Omar Sy la personnalité préférée des Français, la preuve du racisme Français face au noir que l’on aime comique. Participer à la société, se sentir bien dans ses baskets et bien dans la République, c’est trahir la cause, se soumettre, faire le blanc. M. Plenel, lui, prétend défendre la liberté d’expression en général et celle de monsieur Ramadan en particulier. Dans les faits, il ne défend que la pratique la plus rigoriste.

Mais cette conception communautariste, l’apartheid à l’envers, c’est-à-dire à l’initiative des minorités, entre en convergence avec les identitaires selon la même volonté de différentiation, de personnalité des lois et des droits : laissons-les entre eux, leurs règles, leurs mœurs. Il n’y a qu’à lire ces propos de Jean Mabire, parus dans la revue Terre et Peuple de 2003, revue dont il était le président d’honneur, et repris dans le cadre d’un hommage posthume dans le numéro de juillet-août 2016 de la revue Eléments pour la civilisation européenne :


Citation :
« Pour les [immigrés] comme pour nous, hormis une minorité de garçons et surtout de filles qui voudront changer d’âme à défaut de changer de peau, il faut leur permettre et même les encourager à cultiver leurs différences. Donc oui au voile, oui aux écoles traditionnelles, oui aux mosquées, oui au Ramadan et même à Tariq Ramadan qui a provoqué un tel scandale chez les bien-pensants de la pensée unique. Que la République ne traite pas les Arabes et les Kabyles comme elle a traité les Bretons et les Alsaciens ! Ce serait créer, au lieu du communautarisme de tolérance mutuelle, un communautarisme de refus et de haine. »


Tout est dit. Et je suis certaine qu’Edwy Plenel, Mme Bouteldja, le CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France), Tariq Ramadan signeraient ce texte. L’adversaire est bien la République qui émancipe, ainsi que la territorialité des lois. Le projet est bien le communautarisme de type ethnique et religieux, que les accommodants drapent souvent dans les habits plus dignes du culturel. Cette République « qui saoûle » Marion Maréchal-Le Pen, je reprends ses mots prononcés l’année qui a vu 85 de nos compatriotes assassinés pour avoir participé à la fête de la Nation, fête de la République. Vouloir s’émanciper et penser par soi-même ? C’est « changer d’âme à défaut de changer de peau ». Il faut rester dans sa communauté ethnique et religieuse, la revendication politique étant en filigrane. Pas de mixité, pas de conflit. Et chacun ses règles. C’est l’assignation identitaire. Ainsi, quel est l’argument le plus entendu ? Etre contre le signe d’asservissement qu’est la burqa dans le principe et pour soi-même et les siens, défendre ce droit pour ‘les autres’, parce que conforme à l’identité culturelle qu’on leur prête. Mais n’est-ce pas du racisme sous couvert de bons sentiments ? Assigner un comportement, une unanimité de mœurs, de revendications, d’idées à une communauté…ethnique ?

Le raciste interdit ou criminalise l'émancipation, c'est à dire l'autonomie, la pensée par soi-même.

D’où la crispation des gauchistes, des islamistes et des identitaires sur la laïcité, parce qu’elle est ce qu’il y a de plus républicain dans le projet politique d’égalité des droits et d’émancipation. Il n’y a qu’à lire le Fatima Moins bien notée que Marianne de M. Durpaire et Mme Mabilon-Bonfils :


Citation :
« La ’"laïcité’’ est pour certains politiques devenue un instrument d’agression des minorités. (...) Cette laïcité conquérante se cherche et se trouve de nouvelles frontières, à moins que l’enjeu ne soit, derrière les objectifs affichés ‘émancipation’ de la femme, avancée de la rationalité, lutte contre le dit ’communautarisme’, de réduire le plus possible la visibilité des minorités au sein de l’espace public, tout en donnant des gages aux mouvements d’extrême-droite en progression électoral ».


Le fameux jeu du FN quand eux font le jeu des Identitaires et des Afrikaners-Indigénistes. Les enfants d’immigrés sont réduits dans ce livre au prénom « Fatima », religieux, quand les blancs, forcément hostiles, apparaissent sous le vocable politique de Marianne. Les ennemis sont désignés : les musulmans contre la République. C’est de l’essentialisme : tous les choix de vie, les opinions, les actes, les goûts sont ramenés à cette essence, à ces viscères, à ce biologique.

Voila pourquoi ils haïssent la République : ne reconnaissant que les citoyens, elle permet l’émancipation de sujets autonomes et politiques. Le religieux, comme le biologique, interdisent cette autonomie du sujet. « La laïcité, on l’avait un peu oubliée, comme acquise, ou passée de mode », écrivait l’historien Claude Nicolet dans un recueil rassemblant en 2000 ses articles[3].


Citation :
« Mais qui ne voit que l’ère des migrations, dans laquelle nous sommes entrés sans le savoir ni le vouloir, comme le retour en force de la transcendance, des religions et même le réveil de l’irrationnel, nous contraignent à en redécouvrir et en méditer la signification et les valeurs ? »


Quelle clairvoyance ! Cette laïcité dont Claude Nicolet nous dit « qu’elle n’exclut rien, sauf les prétentions irrecevables et illégitimes des particularismes exclusifs ». Et il répond par anticipation à cette déclaration racialiste de Jean Mabire : « La juxtaposition haineuse ou, au mieux, indifférente de communautés», les idées mêmes de Mabire sur le communautarisme de tolérance ou de haine, «auxquelles on abandonne sans recours ceux qui doivent leur « appartenir » qui est la norme aux USA, en Angleterre, en Allemagne, n’est tout simplement pas recevable chez nous. » L’autonomie et l’émancipation grâce à la laïcité les enragent, parce que le projet est politique et passe par le contrôle de clientèles captives.

Oui, qui est le plus raciste ? De nos jours, c'est celui qui somme une fille d'immigrés de retourner à une prétendue origine et authenticité, celle de la religion, pratiquée de manière radicale. Le raciste est celui qui interdit de penser en dehors de son épiderme et de la communauté ethnique dans laquelle il assigne l'autre à résidence. Le raciste est celui qui empêche de vivre heureux et libre ici, en faisant du lien avec l'ailleurs une chaîne qui aliène et oppresse. Le raciste interdit ou criminalise l'émancipation, c'est à dire l'autonomie, la pensée par soi-même.

Parce que l’identité se construit, elle est individuelle, évolutive, multiple, apaisée et alors elle est heureuse. Elle ne se reçoit pas, que se soit par le sang ou par la contrainte, elle n’est ni communautaire ni collective, encore moins religieuse. On n’est pas heureux quand on est enrôlé dans une guerre contre le pays dans lequel on est né et dans lequel on a grandi. Les islamo-gauchistes et les identitaires posent cette alternative : aimer la France, c’est trahir les siens et ce que l’on est. Comme Salomon, la justice réclame de se débarrasser de celui qui impose l’alternative, piège de la pensée. L’identité religieuse n’est pas l’identité première ou irréductible d’un individu. Il faut sortir de ce chantage à l’authenticité et à la fidélité. On ne trahit pas en aimant la France.


[1] Patrick Weil, avec Nicolas Truong, Le Sens de la République, p 109. Ed Grasset, juin 2015,

[2] Conférence donnée dans le cadre de l’Université de tous les Savoirs, 2002.

[3] Histoire, Nation, République, éditions Odile Jacob, p 35.


que les cibles de Fatiha Boudjahlat aient donné quelques bâtons pour se faire battre, c'est indéniable, et j'ai moi-même dit de et à Plenel que je le considérais comme un idéologue politicien et démagoque islamisant les enjeux politiques, un islamo-centriste*; mais quel amalgame, et qui tient ici le bâton, merdeux par les deux bouts de l'idéologie française ?

* cf son texte du 14 août, "Un vêtement comme les autres", chef-d'œuvre de jésuitisme humaniste et de déni de réalités. Défendu comme ça, le burkini deviendrait l'exact contraire de ce qu'il prétend, rejoignant sa défense de Ramadan et des Musulmans comme tels (Pour les Musulmans, Plenel 2014). Ici je fais une différence avec le CCIF ou le PIR, en ce qu'ils parlent d'eux-mêmes et des leurs, ou même avec la créatrice libanaise du burkini, Aheda Zanetti, quand elle affirme : "C’est juste un maillot !" dans des termes où elle est fondée à le dire

le MRC (Mouvement Républicain et Citoyen), dont Boudjahlat est Secrétaire nationale à l'éducation, a été fondé en 1992 par Jean-Pierre Chevènement, qui en est Président d'honneur jusqu'en juin 2015. Avec de telles idées, on comprend son choix par le pouvoir pour prendre la tête de la Fondation pour l'islam de France. Il sera un excellent complément du sous-ministre de Valls à l'antiracisme, le sinistre Gilles Clavreul, Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. On a donc à faire avec une mobilisation tous azimuts de ceux qui peuvent encore sauver la gauche française dans sa dérive nationale identitaire


« Je suis française, je suis citoyenne, je suis libre, je suis heureuse, je suis Charlie.»

Fatiha Boudjahlat, 24 Mars 2016

source

Fatiha Boudjahlat intervient aussi pour le Comité Laïcité République


quant à la démarque du discours gouvernemental, on la cherche

« Ces initiatives (camp décolonial...) confortent une vision racisée et raciste de la société qui n'est pas la nôtre.»

Najat Vallaud-Belkacem, Marianne 27 avril 2016

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 22 Aoû - 8:21


parole divine, parole doctrine, parole crétine... parole d'«expert»

Olivier Roy : "Pour les femmes qui le portent, le burkini est un compromis entre la modernité et la foi"

FranceInfoTV Propos recueillis par Juliette Duclos 21/08/2016

Spécialiste de l'islam, le politologue Olivier Roy revient pour francetv info sur l'interdiction de ce maillot de bain couvrant le corps et la tête des femmes par de nombreuses mairies côtières de France. Pour le chercheur, il s'agit d'une "tenue moderne".



Une femme en burkini, sur une plage marocaine.  (FADEL SENNA / AFP)

En pleine polémique sur le burkini, plusieurs mairies de villes côtières de France, de Corse jusqu'au Pas-de-Calais, ont pris des arrêtés pour interdire ce type de tenue de plage qui couvre le corps et la tête des femmes. La mairie de Cannes a été la première à s'être opposée, le 28 juillet, à "une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d'attaques terroristes".

Professeur à l'Institut universitaire européen de Florence (Italie), où il dirige le programme méditerranéen, Olivier Roy est un spécialiste de l'islam. Il y a consacré différents ouvrages comme En quête de l’Orient perdu, en 2014, ou La laïcité face à l'islam, en 2005. A contre-courant du débat actuel, le chercheur en science-politique estime que le burkini, loin d'être un "retour en arrière", est révélateur d'une alliance entre modernité et religion.

Citation :
Francetv info : Cannes, Villeneuve-Loubet, Sisco, Le Touquet, Nice... En quelques jours, de nombreuses communes ont pris des arrêtés anti-burkini. David Lisnard, le maire de Cannes, a expliqué qu'à ses yeux, il s'agit d'"un uniforme qui est le symbole de l’extrémisme islamiste", dans un contexte "d'actes terroristes". Le port du burkini est-il un signe d'adhésion à des "mouvements terroristes" ?

Olivier Roy : Ces amalgames sont absurdes. Le groupe Etat islamique ou les talibans n’autoriseraient jamais le burkini. Au contraire, cette tenue est l’exemple même de la gentrification de la pratique religieuse musulmane dans l'espace occidental. Ce maillot de bain couvrant est symboliquement lié l’ascension sociale de certaines musulmanes. Le porter représente une tentative, pour des femmes, plutôt jeunes, de poser un signe religieux sur une pratique moderne, c'est-à-dire la baignade en famille.

Le burkini est typiquement une tenue de femme de deuxième ou de troisième génération des descendants d'immigrés maghrébins. Ce n'est pas leurs mères qui le porteraient. Si elles avaient voulu se baigner, elles l'auraient fait tout habillé. Dans ce débat, il y a une incompréhension totale de ces stratégies individuelles d’affirmation.

Mais est-ce que le lien entre fondamentalisme et jihadisme est fondé ?

Nous n’avons aucune preuve qu’une longue pratique religieuse pousse au jihadisme. Selon moi, c’est même exactement le contraire. Tous les terroristes, que ce soit les frères Kouachi, Amedy Coulibaly, ou encore Adel Kermiche, sont ce que l’on appelle des "born again", des personnes qui font un soudain retour au religieux, dans une perspective de radicalisation. Ces jeunes ne se préoccupaient pas de l'islam avant. Leur volonté est de se révolter contre la société française. Et ce n'est pas en opposant "un bon islam" et "un mauvais islam", qu'on luttera contre le terrorisme.

En revanche, on peut contribuer à leur isolement et faire en sorte qu’ils ne représentent pas l’avant-garde de l’islam, en laissant émerger une pratique de la religion apaisée, qui se fond dans le paysage français. Mais pour cela, il faut reconnecter des marqueurs religieux avec des marqueurs culturels modernes. Et le paradoxe, c’est que le burkini, à sa manière, est une tentative de reconnexion.

Pour le maire de Sisco, en Corse, l'interdiction "n'est pas contre la religion musulmane, mais pour éviter que l'intégrisme ne se propage". Le port du burkini est-il révélateur d'une augmentation des pratiques rigoristes chez les musulmans ?

Non. Les débats sur le port du burkini et de la burka, par exemple, doivent être distingués, car le burkini est une invention récente [créé en 2003 en Australie], qui fait sauter les fondamentalistes au plafond. Pour ces derniers, une femme n’a pas à se promener sur la plage, et encore moins se baigner ! Donc le burkini est, au contraire, une tenue moderne, qui n'a rien de traditionnel ou de fondamentaliste.

De plus, l’acceptation de signes religieux, comme le burkini, dans l’espace public, est la meilleure manière de saper l’influence des fondamentalistes. Plus on éloigne la pratique religieuse de l’espace public, plus on laisse le champ libre aux extrémismes religieux. Il faut donc, au contraire, laisser aux individus une certaine forme de liberté dans l'expression de leur religiosité. Après, le problème est que ces signes religieux doivent s’inscrire dans une compatibilité avec la société française.

Mais il y a quand même une volonté d'affirmation religieuse...

Oui, évidemment. Les femmes qui portent le burkini sont croyantes, et le revendiquent, tout en essayant de trouver un compromis entre leur foi et leur vie de jeune intégrée. C’est tout le paradoxe du débat actuel. En France, on estime que le burkini est un retour en arrière. Alors que ces femmes sont dans l'invention d'un compromis entre leur modernité et leur foi. Cette tenue est un compromis, de même que le port du foulard sur une tenue moderne d'"executive woman"... Mais ce n'est pas perçu comme tel par notre société laïque.

Qu'est-ce que les gens trouvent scandaleux aujourd'hui en France ? Qu'une jeune fille, conseillère financière, arrive au travail en étant voilée. On ne comprend pas que des femmes qui réussissent affichent des signes religieux. Si on pose la question du voile à l’université, c’est certes parce que des étudiantes le portent, mais, surtout, que ces jeunes filles sont désormais visibles dans l'espace public.  

Les polémiques récurrentes sur la viande halal, le port du voile à l'université ou les prières de rue poussent certains à se demander si la pratique de l'islam est compatible avec la laïcité française...

C'est un faux débat. On peut, bien entendu, se poser de nombreuses questions théologiques sur l’islam. Mais le port du foulard à l'université, du burkini, ou le débat sur la viande halal ne sont pas des problématiques propres à l'islam. Elles sont liées à l'évolution de l'acceptation des signes religieux en France, au même titre que la soutane, la kipa ou la viande casher.

La conception de la laïcité française a considérablement évolué depuis la loi de 1905, sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Cette législation ne dit rien sur les religions. Il n'y a donc pas lieu d'interdire le voile à l'université ou le burkini. Dans son essence, la laïcité ne devait pas chasser le religieux de l’espace public, mais seulement organiser la gestion des lieux de culte. Mais la laïcité est devenue une idéologie politique, qui sert à exclure la religion vers l'espace privé. Il y a désormais une "morale laïque".

Pourquoi le débat se cristallise-t-il autour de l'islam ?

Si cette religion fait autant parler d'elle, c'est parce qu’il y a une conjonction entre une droite identitaire, qui définit le christianisme comme la religion fondatrice de la société française, et une gauche laïque et anti-cléricale. Quand Manuel Valls déclare qu'il "comprend" les maires qui ont pris l'arrêté anti-burkini, il se place dans la continuité d'une certaine gauche fondamentalement hostile aux religions. Rappelez-vous qu'en 1996, Michel Charrasse, un ancien ministre du Budget socialiste, avait refusé d'entrer dans l'église pour les obsèques de François Mitterrand, par conviction laïque.

Cette alliance hors-nature entre cette droite et cette gauche se concentre sur l’islam, qui est devenu l'ennemi commun, mais pour des raisons complètement différentes. C'est ce qui lui donne autant de résonance dans le débat public.

Pourquoi ce débat sur la compatibilité entre islam et laïcité n'a pas eu lieu avec la même ampleur en 1995, lors de la vague d'attentats terroristes perpétués par le Groupe islamique armé ?

En 1995, on était dans une logique d'intégration, dans la foulée de "la marche des beurs". Mais dans l’esprit de la gauche, à l’époque, intégration signifiait sécularisation. Aujourd'hui, ce que la gauche ne pardonne pas aux immigrés maghrébins, c’est d’avoir fait des enfants musulmans. Elle s’attendait à ce que la deuxième et la troisième génération soient sécularisées et a été très surprise de découvrir une génération de croyants...  

Que pensez-vous de la déclaration de Jean-Pierre Chevènement, pressenti pour être à la tête de la Fondation pour l'islam de France, qui conseille aux musulmans de la "discrétion" dans la manifestation des convictions religieuses ?

On est dans ce que l'on appelle une double contrainte. On impose à la population musulmane des demandes contradictoires. La première, c’est d'éviter tout communautarisme, en n'affichant pas d'identité religieuse. Mais en parallèle, à chaque attentat terroriste, on demande à ces mêmes musulmans de réagir en tant que communauté, alors qu'il n’y a pas de communauté musulmane en France. S’il y en avait une, il n’y aurait pas besoin de fabriquer le Conseil français du culte musulman (CFCM).

Après une telle polémique sur le burkini, quelles peuvent-être les répercussions dans la société française ?

Cela risque de créer un sentiment de rejet et de dégoût chez les musulmans, qui pourrait se traduire par un repli identitaire. Après, il y a des tensions, mais la France est un pays de tensions permanentes. Les gens ont complétement perdu la mémoire historique. L’identité française est un mythe : relisons Celine et Bagatelle pour un massacre, souvenons-nous de l’OAS ! Les arguments utilisés par les antisémites dans les années 1920 sont aujourd’hui repris à propos de l'islam : incompatibilité culturelle et une loyauté plus grande accordée à la religion qu'à la nation.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 22 Aoû - 22:22


'qu'est-ce qu'être français ?'

bien au-delà de son caractère "feuilleton d'été" ("à l'automne ils trouveront autre chose...") l'affaire du burkini dévoile, mais quoi ?

Mounadil al Djazaïri
Points de vue sur le monde arabe



Je vous propose un article intéressant du New York Times qui a le double avantage de présenter un point de vue extérieur sur le débat sur le burkini qui agite en ce moment la classe politico-médiatique hexagonale et de nous offrir un regard nourri des observations sur la France fournies par la sociologie et l’anthropologie américaines.

Si l’article relève bien le passé colonial de la France qui sous-tend le discours des politiques sur l’Islam et certaines de ses manifestations extérieurs comme le hidjab ou en ce moment le burkini, il omet à mon avis un facteur de désagrégation de l’identité française qu’on ne saurait sous-estimer, à savoir les effets de l’intégration dans l’Union Européenne. Ce n’est pas pour rien, à mon sens, si les contempteurs de l’intégration européenne tendent à assimiler la place de cette dernière à celle d’une colonie, en tout cas d’un Etat qui est dépouillé de l’essentiel de sa souveraineté comme l’étaient naguère les protectorats.

Les interdictions du ‘burkini’ en France ont à voir avec bien autre chose que la religion ou l’habillement


Par Amanda Taub, The New York Times (USA) 18 août 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri


Amanda Taub

Citation :
Washington – Il y a quelque chose qui donne le tournis dans ces arrêtés d’interdiction du burkini qui fleurissent sur le littoral français. L’évidence de la contradiction – imposer des règles sur ce que les femmes peuvent porter sur la base de l’idée qu’il est injuste pour les femmes de devoir obéir à des règles sur ce que les femmes peuvent porter – montre clairement que quelque chose de plus profond doit être à l’œuvre.

« Les « burkinis » sont à la base des maillots de bain qui recouvrent tout le corps en conformité avec les normes musulmanes relatives à la pudeur, et mercredi, le premier ministre Manuel Valls s’est jeté dans le débat enflammé sur les interdictions prononcées sans quelques villes balnéaires du pays, dénonçant ce vêtement qu’on voit rarement comme un élément de « l’asservissement des femmes. »



Islam & Info


Ceci ne porte évidemment pas réellement sur une tenue de bain. Les sociologues disent que cela n’a pas non plus un rapport premier avec la protection des femmes musulmanes contre le patriarcat, mais que c’est en lien avec une volonté d’éviter à la majorité non musulmane de la France de devoir se confronter à un monde qui change : un monde qui leur demande d’élargir leur vision de l’identité quand beaucoup voudraient qu’elle demeure telle qu’elle était.

« Ce genre de déclaration [celle de Manuel Valls, NdT] est une manière de sanctionner [le sociologue emploie le verbe to police qui signifie contrôler, surveiller] ce qui est français et ce qui n’est pas français, » explique Terence G. Peterson, un professeur de la Florida International University qui étudie la relation de la France avec les immigrés musulmans et avec le monde musulman.

Si cette bataille sur l’identité prend de l’ampleur au lendemain des attentats terroristes [Nice et Saint-Etienne du Rouvray, NdT], elle fait en réalité rage sous une forme ou une autre depuis des dizaines d’années dans la société française, affirme le Professeur Peterson. Ce qui semble être une confrontation sur une petite question de vêtement islamique porte en réalité sur ce que signifie être français.

Pendant l’époque coloniale, quand la France contrôlait de vastes régions musulmanes, le voile était devenu un « symbole hyperchargé » explique le Professeur Peterson. Le voile était considéré comme un symbole de l’arriération des Musulmans et les normes vestimentaires féminines françaises, plus flexibles, étaient considérées comme un signe de supériorité culturelle, des façons de voir qui justifiaient le colonialisme.

Le colonialisme est au fondement de la crise d’identité que vit la France actuellement parce qu’il a ancré un sentiment d’identité nationale française en tant que distinct et supérieur aux identités musulmanes – tout en promettant l’égalité aux Musulmans colonisés qui avaient commencé à immigrer en France en grand nombre. La choc qui en résulte prend souvent la forme de débats sur les tenues vestimentaires.

Le voile est resté un symbole puissant de l’altérité quand le colonialisme s’est effondré après la seconde guerre mondiale et que les Musulmans des pays colonisés ont afflué en France. Mais maintenant, cette altérité se joue à l’intérieur même d’un pays qui tente de définir sa propre identité post-coloniale.

Au fil des générations, le voile s’est répandu chez les Musulmanes françaises, en tant que pratique religieuse et, peut-être, comme symbole de leur héritage culturel particulier. Il était un signe visible de la manière dont la France elle-même, ainsi que son rôle dans le monde, était en train de changer.

Le résultat a été que le voile est devenu le symbole non seulement d’une différence religieuse mais du fait que les Français « de souche » n’avaient plus le monopole de la définition de l’identité française. La France était devenue une nation multiculturelle et multiethnique où les traditions signifiaient différentes choses pour différentes personnes.

Le symbole du voile à l’époque coloniale en tant que signe de l’infériorité musulmane en a fait une cible commode pour les arguments selon lesquels l’identité française « traditionnelle » devait demeurer non seulement dominante mais la seule identité culturelle en France.

Les burkinis peuvent sembler effrayants car ils sont perçus comme menaçant ce type particulier d’identité française par l’expression d’une forme alternative d’identité – dans ce cas, en tant que Musulmans. Beaucoup de Français, au lieu de croire que ces identités peuvent coexister, les perçoivent comme nécessairement concurrentes.

Il existe même un mot français péjoratif pour qualifier l’introduction de ces identités alternatives, le « communautarisme » dont le développement est considéré comme une crise nationale.

Des articles d’habillement musulmans comme le voile ou le burkini sont devenus des symboles du fait que l’identité nationale française n’est plus le domaine réservé de groupes de populations qui vivent dans ce pays depuis des siècles. Des décisions comme les interdictions cet été du burkini ont pour but d’empêcher une redéfinition élargie de l’identité française en contraignant les Musulmans non seulement à s’assimiler mais aussi à adopter l’identité plus étroite et rigide [celle qui exclut les Français issus de l’immigration musulmane, NdT].

C’est une méthode à laquelle la France a recouru pendant des dizaines d’années, et qui a à chaque fois échoué.

John Bowen, anthropologue à la Washington University de Saint-Louis, explique que la France a tendu à essayer ce genre de restrictions aux moments où elle affrontait des tensions aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur en relation avec les Musulmans et le monde musulman.

Les choses ont commencé en 1989 avec la fameuse affaire du foulard quand trois collégiennes françaises avaient été exclues pour avoir refusé de retirer leur coiffe. Ostensiblement, la raison était que les foulards étaient des symboles religieux visibles et qu’ils contrevenaient donc avec la loi française sur la laïcité, ou sécularisme. Mais la laïcité était dans la législation depuis 1905 et les foulards sur la tête étaient néanmoins autorisés en général.

Ce qui a changé, écrivait le Professeur Bowen dans un livre sur le sujet, ce sont des événements dans le monde qui ont fait que l’Islam a semblé être une force particulièrement pernicieuse. En 1989, le leader de l’Iran, l’Ayatollah Rouhollah Khomeini avait signé un décret contre l’écrivain Salman Rushdie. A la même époque, des Algériens avaient constitué le Front Islamique du Salut (FIS), un parti tenant d’une ligne dure et qui basculera ensuite dans l’insurrection.

Interdire les foulards dans les écoles françaises devenait une manière de gérer l’anxiété générée par les événements à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et d’affirmer le droit de protéger les valeurs françaises.

Les foulards à l’école sont revenus sur le devant de la scène nationale en 1993 et 1994 quand les autorités françaises craignaient de voir de jeunes hommes membres de familles immigrées algériennes rejoindre les rangs de l’insurrection islamiste en Algérie. Après les attentats du 11 septembre 2001, le voile cristallisa une fois de plus les peurs à l’égard de communautés musulmanes qui étaient à l’écart de la culture et de la société française dominantes.

Et cet été, la France est sous le choc d’une série d’agressions terroristes et est de plus en plus préoccupée par les jeunes Musulmans qui vont en Syrie pour rejoindre l’Etat Islamique ou d’autres organisations djihadistes. Une fois de plus, certains en France voient le processus d’assimilation comme une question de sécurité nationale.

Le voile est un symbole qui a une puissance anxiogène spécifique en matière d’assimilation parce qu’il est porté par choix. Tandis que des caractéristiques fixes comme la race ou la couleur de la peau n’impliquent aucun jugement sur la culture ou les valeurs françaises, l’habillement implique une décision de se différencier – de donner la priorité à son identité culturelle ou religieuse par rapport à celle de son pas d’adoption.

Les interdictions vestimentaires ont pour but, en effet, de faire pression sur les Musulmans français pour qu’ils se détournent de tout sentiment d’identité communautaire et adoptent l’identité française étroitement définie qui préexistait avant leur arrivée. Mais essayer de forcer à l’assimilation peut avoir l’effet contraire : dire aux Musulmans français qu’ils ne peuvent pas avoir simultanément une identité musulmane et une identité française, les forcer à choisir, c’est ainsi les exclure de ce que recouvre l’identité nationale au lieu de les convier à y contribuer.

La France a un autre choix : elle pourrait élargir sa définition de l’identité nationale pour inclure les Musulmans français tels qu’ils sont. C’est quelque chose qui peut effrayer beaucoup de Français, qui le vivrait comme renoncer à une identité « traditionnelle » confortable et non comme l’ajout d’une nouvelle dimension à celle-ci. En l’absence d’acceptation de ce changement, il existe une volonté de faire pression sur les Musulmans français pour résoudre la crise identitaire, mais cette démarche employée pendant des dizaines d’années n’a apporté que peu de progrès – et beaucoup de tensions.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mer 24 Aoû - 12:52


au nid soit qui mal y pense

Voile à la plage : des photos prises à Nice suscitent l'indignation outre-Manche

Iris Péron L'Express  24/08/2016

"L'interdiction française du burkini menace de tourner à la farce", selon le Daily Mail, qui publie ce mercredi les photos d'une femme voilée, à Nice, visiblement contrainte de retirer son haut à manches longues, à la demande de policiers municipaux.



A Nice, 16 personnes ont été verbalisées par des policiers municipaux qui estimaient qu'elles contrevenaient à l'arrêté
sur l'interdiction du port de tenues qui ne seraient pas "correctes et respectueuses des bonnes mœurs et de la laïcité".
afp.com/Valery HACHE

Citation :
Vue du Royaume-Uni, la polémique sur le port du burkini prend des allures de scandale. L'interdiction du port de ce type de maillot de bain, qui couvre l'ensemble du corps et des cheveux, sur certaines plages françaises, avait déjà été violemment fustigée, notamment par les Britanniques, lors du vote des premiers arrêtés municipaux dans le sud de la France.  

LIRE AUSSI >> A l'étranger, on ne comprend pas la polémique sur le port du burkini

Cette fois, le quotidien anglo-saxon The Daily Mail s'est procuré des photos d'une scène se déroulant entre une femme voilée, qui ne porte pourtant pas le maillot de bain polémique et des policiers municipaux, qu'il surnomme les "policiers du burkini".  

"Mais ça va pas la France?"

L'indignation suscitée depuis ce mercredi matin par ces images a donné lieu à la naissance du hashtag WTFFrance (comprendre: "Mais ça va pas la France?" ou plus vulgairement "C'est quoi cette connerie la France?"), utilisé à plus de 20 000 reprises avant midi.  

Les faits pointés du doigt par le Daily Mail auraient, selon le journal, eu lieu sur une plage de Nice (où le port du burkini est prohibé) et ont été immortalisés par l'agence Vantagenews. Cette dernière pourrait avoir racheté les images à un photographe amateur.  

Sur ces photos, reprises également par les quotidiens britanniques The Guardian, The Independent, ou encore The Telegraph, on voit une jeune femme, qui fait la sieste sur une plage, près d'autres personnes en maillot de bain. Elle porte un pantalon noir, un haut bleu à manches longues et, sur la tête, un foulard assorti. Quatre policiers municipaux s'approchent d'elle. Sur la photo suivante, la femme est réveillée et assise, aux pieds des agents.  






La femme retire son haut à manches longues

Puis, sous le regard des autres occupants de la plage, elle retire son haut bleu, visiblement à la demande des quatre hommes. L'un d'eux tient un carnet à la main, sur lequel il écrit quelque chose. On imagine qu'il a pu dresser un procès-verbal, menant à une amende. Mais on ne sait pas si la femme l'a payée, ni si elle a quitté la plage sur une probable injonction des agents municipaux.  

Selon les informations de L'Express, à Nice, 16 personnes ont été verbalisées pour avoir, d'après les agents municipaux, contrevenu à l'arrêté concernant les tenues jugées irrespectueuses des bonnes moeurs et de la laïcité sur les plages de la ville. A Cannes, a appris L'Express, six personnes ont été verbalisées pour les mêmes raisons, sur une vingtaine d'interventions menées par la police municipale.  

Deux autres scènes similaires évoquées

Dans son article, le Daily Mail mélange plusieurs affaires et n'hésite pas à forcer le trait, en évoquant des policiers qui se déplacent "bombes au poivre et matraques à la main". Ce n'est pas le cas sur la photo. Si le journal ne donne pas le contexte exact de la scène de Nice, immortalisée dans ses pages (date, lieu précis, dialogue entre les protagonistes), il en profite pour en évoquer une autre, dont plusieurs personnes ont été témoins, le 16 août à Cannes.  

Cette fois, une femme portant un simple voile, un legging et une tunique, avait été contrainte par des policiers municipaux à payer une amende de 11 euros, car elle se trouvait sur une plage visée par un arrêté municipal interdisant les tenues qui ne sont pas "correctes et respectueuses des bonnes mœurs et de la laïcité".  

"Honte", "tristesse" et "violence inouïe"

Le quotidien évoque aussi une autre scène du genre, immortalisée par une vidéo, le 22 août à Nice. Là aussi, sur une plage, des policiers municipaux avaient demandé à une femme de retirer son voile. "La France, qui brandit le principe de laïcité dans sa société, a interdit la burqa. Cette interdiction s'est étendue au burkini", écrit le journal. Mais, "l'interdiction française du burkini menace de tourner à la farce", déplore le Daily Mail.

La publication des photos sur les réseaux sociaux a également suscité l'indignation de nombreux internautes français. Certains estiment que la France est la "risée du monde" ou qu'ils ont "honte de ne rien entendre de la part du gouvernement". D'autres font part de leur "tristesse", et de la "violence inouïe" que leur inspire cette scène.


Citation :
Laura Slimani
‏@LauraSlimani  
Honte de la police de mon pays, et honte de ne rien entendre de la part du gvt. #burkini #StopRacism



Citation :
Sihame Assbague  ‎@s_assbague  22:57 - 23 Août 2016

MAIS EST-CE QUE C'EST NORMAL ÇA ?

JUSQU'À ÇA VA DÉSHABILLER DES FEMMES SUR LA PLAGE.

RISÉE DU MONDE QUE VOUS ÊTES



 



LIRE AUSSI >> Le maire de Cannes interdit le burkini, deux associations vont saisir la justice


mais qu'importe l'avis des Britanniques ? S'ils ont opté pour le Brexit,
c'est bien qu'ils ne partagent pas les valeurs françaises pour l'Europe, "hop hop..."


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mer 24 Aoû - 15:57


chronique avancée d'un désastre annoncé

sans douter de ses mauvaises intentions, on se demande quand même où va l'État français, par la bouche de Manuel Valls, en soutenant cette campagne et la poussant au bord du ridicule et d'un gouffre dont personne ne peut voir aujourd'hui le fond. Les analyses de David Thomson recoupent entre autres celles d'Olivier Roy plus haut

Arrêtés anti-burkini : "Les photos de Nice vont alimenter des années de propagande jihadiste"
David Thomson


propos de David Thomson recueillis par Vincent Matalon, France Info 24/08/2016

Les clichés d'une femme voilée verbalisée sur une plage de Nice ont rencontré un grand écho chez les sympathisants de l'Etat islamique, raconte à franceinfo le journaliste spécialisé dans les questions jihadistes David Thomson.


L'arrêté municipal interdisant le port du burkini affiché à l'entrée de la plage de Nice
le 19 août 2016. (JEAN CHRISTOPHE MAGNENET / AFP)

Citation :
Les clichés, publiés par le Daily Mail (en anglais), ont fait le tour du web, particulièrement sur les sites britanniques. Une femme a été verbalisée mardi 23 août au matin puis invitée par quatre policiers municipaux à retirer son voile sur la plage de la promenade des Anglais, à Nice, en application de l'arrêté interdisant le burkini sur les plages de la municipalité. Une série de photos qui apparaît après au moins deux cas de verbalisation de femmes voilées à Cannes et à Nice.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes se sont émus de la méthode employée pour faire appliquer l'arrêté municipal controversé. Mais ces photos font des heureux chez les sympathisants de l'organisation Etat islamique. C'est ce qu'explique à franceinfo le reporter à RFI David Thomson, auteur du livre Les Français jihadistes (2014, Les Arènes) et spécialistes des questions jihadistes.

Franceinfo : Comment les sympathisants de l'Etat islamique ont-ils réagi aux récentes interdictions du port du burkini sur certaines plages de France ?

David Thomson : Les sympathisants jihadistes semblent eux-mêmes surpris que la police municipale de Nice fasse leur travail de propagande à leur place. Pour eux, c'est du pain bénit. Le récit jihadiste martèle depuis des années qu'il serait impossible pour un musulman de vivre sa religion dignement en France. Alors évidemment, dès leur diffusion, ces photos sont passées en quelques minutes à peine en tête des sujets les plus discutés dans la "jihadosphère", où la tonalité générale était : "La France humilie une pauvre musulmane."

Pourtant, au début de la polémique sur le burkini, jihadistes et salafistes s'étonnaient de "tout le vacarme fait par des mécréants" au sujet d'un usage vestimentaire qu'eux-mêmes jugent contraire à leur dogme.

Plus spécifiquement, quel écho ont rencontré les photos publiées mardi par le Daily Mail ?

Depuis hier, ces images ont littéralement "cassé" l'internet jihadiste, que ce soit du côté des partisans de l'Etat islamique ou chez ceux d'Al-Qaïda. Il serait très étonnant que ces quatre photos ne soient pas abondamment reprises dans les vidéos de propagande jihadistes officielles, car elles représentent l'incarnation même de leur rhétorique anti-France.

Celle d'un pays ennemi de l'islam, présenté comme une terre de mécréance par excellence, où l'on humilie les musulmans sous le regard passif d'un public immobile, à travers des forces de l'ordre perçues comme une autorité qualifiée "d'idolâtre", c'est-à-dire découlant de la souveraineté populaire et non divine.

Sans exagérer, on peut considérer que ces clichés de Nice vont alimenter des années de propagande jihadiste.

Les mesures prises au nom du respect de l'ordre public telles que l'interdiction du burkini risquent donc d'être contre-productives ?

Vu la brutalité de son application, on peut en effet le considérer. Dans un contexte de récurrence des attentats, les municipalités qui l'ont interdit estiment que le burkini est l'expression d'un "communautarisme" qui pourrait constituer un marchepied vers une forme de radicalité. Mais à l'inverse, pour celles qui le portent, ce vêtement de bain est paradoxalement vécu comme un compromis entre leur conservatisme religieux et la société occidentale moderne.

Ce compromis est intolérable chez les salafistes et les jihadistes. Dans ces milieux, les femmes ne vont tout simplement pas à la plage ou alors dans des conditions beaucoup plus strictes et sûrement pas en burkini, entourées d'autres femmes en bikini. Le burkini est jugé non conforme à leur interprétation du Coran et de la sunna [la loi divine].

En revanche, son interdiction génère des crispations très fortes dans une grande partie de la communauté musulmane, et en donnant corps à la propagande jihadiste, il n'est pas impossible que cette polémique génère une fracture, un dégoût de la France chez certains musulmans, au-delà même des cercles salafistes ou jihadistes. A l'heure où l'on parle de la nécessité de développer un discours pour contrer le narratif jihadiste, on s'aperçoit que non seulement ce contre-discours n'existe pas, mais qu'en plus, certaines autorités françaises offrent de quoi renforcer ce contre quoi elles pensent lutter.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mer 24 Aoû - 18:36


encore une provocation anti-française !

Canada: Le port du hijab autorisé au sein de la police fédérale

20 Minutes 24.08.2016

L’annonce a été faite mardi par le gouvernement...


Illustration de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). - SIPANY/SIPA

Citation :
Les femmes musulmanes qui le souhaitent peuvent désormais porter le voile islamique (hijab) au sein de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). L’annonce a été faite mardi par le gouvernement, et survient après que le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, s’est porté lundi à la défense du burkini.

« Cette addition à l’uniforme » de la police montée a été décidée récemment par le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada, Bob Paulson, a affirmé à l’AFP Scott Bardsley, porte-parole du ministère de la Sécurité publique.

Encourager les femmes à envisager cette carrière

Objectif : encourager les femmes « à envisager une carrière » au sein de cette structure, ajoute le porte-parole, confirmant des informations de La Presse. Selon le quotidien, cette mesure serait en vigueur depuis janvier.

Avant son autorisation, la police fédérale aurait testé trois sortes de hijab, afin de retenir celui qui s’enlève rapidement, n’est pas encombrant et ne pose donc aucun risque pour la policière désirant le porter.

Selon Scott Bardsley, les services de police de Toronto, plus grande ville du Canada, et d’Edmonton, capitale de l’Alberta, permettent déjà le « port du hijab avec l’uniforme ».



La police d'Edmonton permet aux agentes qui le désirent de porter le hijab depuis 2013,
et la GRC lui a emboîté le pas en janvier.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DU SERVICE DE POLICE D'EDMONTON

source PresseÇA

en tous cas, ça prouve que le port du hijab ne change pas grand-chose au fond de l'histoire

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mer 24 Aoû - 19:18


Après avoir gardé le silence au début du débat concernant ces tenues de bain musulmanes, plusieurs associations sont montées au créneau ce mercredi...


Une femme en burkini, près de Marseille, août 2016. - AP/SIPA

Citation :
Des soutiens qui peuvent paraitre surprenants au premier abord. En pleine polémique sur les arrêtés anti-burkini adoptés dans certaines communes et après la diffusion ce mercredi de photos montrant des policiers obligeant une femme sur la plage de Niceà ôter sa tunique (qui n’est pas un burkini), plusieurs associations féministes sont montées au créneau pour défendre les femmes visées par ces mesures. Une surprise car les associations féministes ont massivement pris position contre le voile.

Parmi elles, Osez le féminisme a estimé ce mercredi dans un communiqué « que dans ces mesures, les femmes de confession musulmane sont les grandes perdantes, victimes d’actes d’humiliation, sur fond de racisme et de sexisme ». Condamnant les  arrêtés anti-burkini, l’association s’interroge sur leur sens : « Quel est le lien entre une femme voilée à la plage et des meurtres de masse commis par des djihadistes ? Est-ce en combattant ces femmes qu’on combat l’intégrisme et l’obscurantisme ? Dans ce cas pourquoi ne pas sanctionner TOUS les signes ostentatoires religieux et non pas uniquement celui-ci porté exclusivement par des femmes ? ». Sans pour autant renier sa position sur le voile : « Nous ne pouvons pas passer sous silence le combat de ces femmes iraniennes, saoudiennes, et de bien d’autres pays, qui réclament simplement le droit de se balader les cheveux au vent, dans l’espace public. Nous ne pouvons pas passer sous silence le fait qu’en France, certaines femmes vivent une oppression religieuse, qui va à l’encontre de leurs libertés fondamentales ».

«Double peine»

Même son de cloche du côté des Effrontées, qui ont dénoncé dans un communiqué « une nouvelle oppression des femmes voilées » qui sont « jetées en pâtures, humiliées au grand jour et devant témoins ». « Que se passe-t-il au pays de la déclaration des droits de l’HOMME ? Le racisme n’est-il plus puni ? Pire, il serait institutionnalisé ? », s’interroge l’association. « Par quel détour retors le voile et le burkini, dénoncés comme étant sexistes, deviennent-ils les instruments d’une double peine ? », s’offusquent-elles.

Sur Twitter, la militante féministe Caroline de Haas, a aussi réagi fermement.

En s’attaquant directement aux femmes voilées, on se trompe de cible, selon elle : « Il y a plein de trucs dans nos sociétés que font les femmes qui me gênent, me posent problème, me rendent tristes », explique-t-elle, « est-ce à elles qu’il faut s’en prendre ? Non. Vous n’êtes pas d’accord avec un comportement ? Battez-vous. Pas contre les gens », poursuit-elle. « Battez-vous contre des institutions, les organisations politiques, sociales ou religieuses. Bataillez avec les militant(e) s de ces orgas », « mais arrêtez de vous en prendre à la liberté des individus, ça ne peut rien créer de bon » conclut-elle.

Des voix qui porteront dans le débat

Ces réactions offusquées des féministes n’étonnent pas Michèle Riot-Sarcey, auteur de Histoire du féminisme* : « C’est logique qu’elles montent au créneau pour soutenir ces femmes musulmanes. Car l’on peut être à la fois hostile au port du voile, comme symbole de domination masculine et solidaire des femmes victimes de l’opprobre publique », indique l’historienne à 20 minutes. Le fait que les féministes n’aient pas pris position dès le début de la polémique, s’explique aussi selon Michèle Riot-Sarcey : « elles considéraient sans doute que cette polémique autour du burkini était un non-événement », indique-t-elle. Mais les images de Nice les ont bel et bien décidé de sortir de leur silence, ce qui donnera une autre résonance au débat.

* Histoire du féminisme, de Michèle Riot-Sarcey, La découverte 2015, 10 euros.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 25 Aoû - 23:03


Collector français


qui sera plus qu'habile pour instrumentaliser le burkini ?

bon, pas besoin d'un dessin, l'État français se contorsionne, de Conseil (d'État) en gouvernement déchirant son voile, pour savoir qu'en dire, qu'en médire, qu'en proscrire pour sauver les meubles au nom de la République universelle de la vertu française

chacun.e se place et se déplace, de Valls en Sarkousu de fil blanc, en passant par la Belkacem en sa beurité laïcarde aseptisée. Rendez-vous au tas de sable, comme disent les musicos, à ronger l'os des présidentielles

circulez, tout est à voir, on ne peut plus transparent, le racisme structurel, historique et hystérique français dans toute sa splendeur : d'État




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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 26 Aoû - 9:05

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   

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