PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!

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MessageSujet: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Jeu 9 Juil - 15:39


29 août 2016 : titre de ce sujet modifié par adoption du slogan inspiré par Zahra Ali : « Décoloniser le féminisme »



Elisseievna blog féministe anti-totalitaire

la connectrice a écrit:
Elisseievna est, comme moi, une féministe historique qui anime un blog féministe et participe à la revue du CERF. Je partage la plupart de ses idées et prises de position, en particulier contre l’islamisation de la France qui instille la charia sexiste dans notre vie quotidienne et nos institutions.

Elisseievna envoie certains de ses articles à Riposte laïque comme le font quelques autres féministes historiques qui ont su évoluer avec les changements sociétaux.

Elisseievna m’a fait parvenir sa réponse à ces féministes qui n’ont rien compris au drame qui se joue actuellement et l’accusent de xénophobie.

Il est triste de constater que les féministes historiques, avec lesquelles j’ai partagé de merveilleux moment dans le Mouvement de Libération des Femmes au début des années 70, se soient enfermées dans des idéologies dépassées et mortifères et qu’elles ne veuillent pas ouvrir leurs yeux et leur tête sur les réalités d’un monde dominé par l’idéologie islamique qui est en grande partie responsable du terrible recul de la condition des femmes françaises et de leur mise en danger permanente.

En s’accrochant à des idées de gauche staliniennes et sclérosées, elles font du mal à la philosophie et à l’idéal féministe et donc à toutes les femmes de France et du monde.

La Connectrice





Dernière édition par Patlotch le Dim 21 Aoû - 17:43, édité 9 fois
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MessageSujet: à propos de Liliane Kandel   Jeu 9 Juil - 16:22

importé de décolonialité, vue des 'marxismes', 'anarchismes' et féminismes dogmatiques... et la 'communisation' ? 9 mai


aucune surprise de constater que l'on retrouve la même argumentation dans le Huffington Post
Le contraire du "philosémitisme" Liliane Kandel à qui on doit ces deux perles : « Il me semble néanmoins que le mouvement des femmes a bien travaillé : pour l'essentiel, dans les pays occidentaux, le féminisme a gagné.» "Le centre de gravité du féminisme s'est déplacé" Le Monde 19 octobre 2011. « je suis toujours surprise par la qualité de haine qu'Alain Finkielkraut suscite chez un certain nombre de personnes - sur les plateaux télé, dans les blogs, voire sur les listes "amicales" d'internet...» 20 octobre 2013

Liliane Kandel a écrit:

Le 8 mai 2015, le PIR (Parti des Indigènes de la République) fête ses dix ans d'existence. Invitée vedette: Angela Davis. C'est l'occasion de revenir sur l'évolution récente des positions de ce courant, et de ses compagnons de route.

Le 7 janvier 2015, douze personnes -dessinateurs et collaborateurs de Charlie hebdo, agents de police, agents de maintenance- étaient massacrées de sang froid par les frères Chérif et Saïd Kouachi.

Le 9 janvier, ce fut le tour de la policière stagiaire Clarissa Jean-Philippe puis des quatre clients juifs de l'épicerie casher de la porte de Vincennes de tomber sous les balles d'Amedy Coulibaly. Les trois assassins prétendaient agir au nom de l'islam.

Le 11 janvier, près de quatre millions de personnes manifestaient ensemble, pacifiquement, leur horreur des massacres, du fanatisme et de l'intolérance; ce fut la plus grande manifestation que la France ait connue depuis la Libération.

Les fausses notes, puis les réserves, la contre offensive enfin ne tardèrent pas. Une semaine après le massacre, Le Monde leur consacrait une double page. On y lisait qu'un "hebdo satirique n'est pas la France", et que "certains usages de la liberté d'expression sont offensants". D'aucuns réclamaient que le "droit à l'outrance s'applique à tous", et notamment aux négationnistes (Dieudonné, sans doute un oubli, n'était pas cité). Des universitaires lançaient un définitif "Non à l'union sacrée!" (celle du 11 janvier!) laquelle, selon eux, ne servait qu'à "désamorcer les colères sociales". Des militants du PIR, secondés par des journalistes, proclamaient: "Plus que jamais il faut combattre l'islamophobie". Le fanatisme, le terrorisme islamiste venaient de tuer 17 personnes; à peine étaient-ils mentionnés, du bout des lèvres, dans l'un des articles: les vrais ennemis s'appelaient union sacrée et islamophobie.

Bientôt, Mediapart publia l'appel à un meeting le 6 mars, là encore "contre l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire". Parmi les signataires, on relevait, en un étrange amalgame, les noms du PCF, du NPA, d'"Ensemble!", d'EELV, d'ATTAC, mais aussi du CAPJPO-EuroPalestine, des Indigènes de la République ou encore de l'UOIF, et de Participation et Spiritualité Musulmane. Les deux derniers avaient soutenu la Manif pour tous et refusaient le droit à l'avortement. Une grande partie des autres signataires avaient combattu depuis la première heure la loi de 2004 sur l'interdiction ("islamophobe") des signes religieux à l'école.

Les féministes furent cette fois les premières (et presque les seules) à réagir, avec véhémence. Certaines, alliées traditionnelles voire membres actives des groupes signataires (tels Attac ou le NPA) dénoncèrent d'emblée "des alliances contre nature". Elles se refusaient à "lutter contre le racisme avec des misogynes et des homophobes" et s'indignaient de voir, parmi les participants au colloque, des associations "militant activement contre la laïcité et contre l'émancipation des femmes". Elles rageaient: "Des partis et organisations 'de gauche' abandonnent les femmes? Les femmes s'organisent sans eux!". 25 associations féministes de toutes tendances dénoncèrent "la récupération de trop" ! A la veille de la Journée Internationale du Droit des Femmes le 8 mars, toutes ressentaient cet appel comme une véritable trahison de la part des organisations de gauche partenaires du meeting.

Caroline Fourest, compagne de longue date de Charlie, laissa éclater sa colère. A ces "progressistes qui crachent sur les morts du 7 janvier", elle rappelait que, depuis cette date, "les équipes de protection sont débordées par le nombre de cibles à abattre, d'amis menacés, en pleine explosion". Elle demandait: "les signataires de l'appel, habituellement si opposés entre eux, étaient-ils 'ensemble' contre le fait de nous protéger? 'Ensemble' pour nous traiter d' 'islamophobes'? 'Ensemble' pour refuser le droit au blasphème? 'Ensemble' pour légitimer l'intégrisme et l'extrême droite musulmane? 'Ensemble' pour refuser de soutenir Charlie Hebdo?"

Seul EELV, après un débat interne houleux, retira sa participation en raison de la présence d'organisations par trop "sulfureuses", notamment l'UOIF et le PIR, laquelle brouillait totalement le message que le meeting prétendait envoyer.

Celui-ci eut lieu, devant plusieurs centaines de personnes. Selon les témoins on y déplora autant le traumatisme du petit Ahmed, 8 ans, convoqué au commissariat pour avoir dit "je suis avec les terroristes" ou celui des mères voilées interdites d'accompagnement scolaire, que l'assassinat des dessinateurs de Charlie.

Et, dans la foulée, on appela à une grande manifestation pour le 21 mars, journée mondiale de lutte contre le racisme. Cette fois, les organisations les plus "sulfureuses", UOIF, CCIF ou PIR ne figuraient plus parmi les signataires. Certaines y appelaient néanmoins, de leur côté. Le PIR publiait, ainsi, un appel intitulé: "Non au(x) racisme(s) d'État, non au philosémitisme d'État!"; l'on y dénonçait "le traitement privilégié dont bénéficie la répression de l'antisémitisme par rapport aux autres racismes,... [traitement qui désigne] les Juifs à la vindicte des plus défavorisés dans la hiérarchie des racismes". Traduisons: si Myriam Monsonego, les trois Sandler, les quatre clients de l'épicerie casher sont morts, la faute en revient non à des islamistes fous mais....au "philosémitisme d'Etat", gauche et droite confondues, dont Merah, les Kouachi et Amedy Coulibaly sont les premières et principales victimes [1].

On aurait tort de croire à une initiative calamiteuse, un tract composé à la va- vite par un rédacteur moins précautionneux dans ses formulations qu'à l'ordinaire. Car la lutte contre ce "philosémitisme d'Etat" semble bien faire partie des nouveaux thèmes de mobilisation du PIR, longuement développés par Houria Bouteldja lors d'une conférence faite à Oslo le 3 avril: "Racisme (s) et philosémitisme d'Etat ou comment politiser l'antiracisme en France?";

ILS NE NOUS PARDONNERONT JAMAIS LE MAL QU'ON NOUS A FAIT

"Contre le philosémitisme d'Etat"! A-t-on pris la mesure de ce slogan, surgi deux mois après les massacres de janvier (et, manifestement, en réaction à ceux-ci)? En a-t-on mesuré la portée, et les résonances historiques? Les conclusions inéluctables? Suffit-il de souligner dans un amer sourire que, si l'antidote au "racisme d'Etat" est incontestablement l'antiracisme -d'Etat et/ou l'antiracisme citoyen-, l'antidote au "philosémitisme d'Etat" ne saurait être que... l'antisémitisme -antisémitisme d'Etat (exemple: Vichy) ou, pire encore, antisémitisme de masse (exemple: un pogrom)? Suffit-il de hocher la tête et d'affirmer, avec une sinistre Schadenfreude: "on le savait" ou: "enfin leur antisémitisme éclate au grand jour"? Je ne le pense pas. Car, si "antisémitisme" il y a (et pour autant que ce terme ait aujourd'hui le même sens pour tous ceux qui l'utilisent), ce n'est clairement pas celui des années 30, ni celui du facétieux fondateur du FN; ce n'est pas non plus celui, gras et glauque, de Dieudonné et de son acolyte Soral, ni celui des négationnistes, banalisateurs ou relativistes de tous ordres.

Le problème du PIR est ailleurs, et H. Bouteldja l'explique très clairement: "Je crois, dit-elle, qu'après la Seconde Guerre mondiale... et progressivement et de manière accélérée dans les années 1980, l'État-Nation a donné aux Juifs [une mission]: devenir la bonne conscience blanche, et faire de la Shoah une nouvelle 'religion civile' en la dépouillant de toute historicité." [2]

Les Indigènes de la République et leurs proches, dans leurs discours du moins, ne haïssent pas les Juifs en tant que tels (j'en ai connu qui avaient toujours un excellent ami juif, qui adoraient les histoires juives, prisaient les livres des frères Singer voire même, à l'occasion un concert de musique klezmer...). Leur haine virulente, l'objet unique de leur ressentiment est ailleurs: c'est la Shoah. Ou, plus exactement, sa signification historique et philosophique dans la mémoire et la conscience collective européenne. La Shoah comme inconcevable dans la pensée des dominations -persécutions, discriminations ou injustices de tous ordres-, comme événement impossible à rabattre sur les injonctions militantes rituelles de la lutte "contre tous les racismes".

Comme le disait à peu près un personnage de l'admirable trilogie d'Axel Corti Welcome in Vienna, les Indigènes de la République non plus "ne nous pardonneront jamais le mal que l'on nous a fait". Et cela n'a rien à voir avec la (trop fameuse) "concurrence des victimes". Cela a à voir avec l'incapacité de sortir d'une doxa omniprésente, et le refus farouche de penser l'histoire, le monde, l'extrême, autrement qu'en termes de rapports dominants / dominés.

Une étude récente (cf Libération du 17 avril), notait un "retour à l'antisémitisme classique des années 30". On aurait tort de négliger, pour autant, cette forme, autrement plus insidieuse, de l'antisémitisme moderne: la haine de la Shoah. Elle est largement partagée, bien au-delà des seuls Indigènes de la République.

______________________________________
[1] On remarquera la proximité notable de ce discours avec celui, prétendument plus savant, d'E. Todd dans son dernier livre "Qui est Charlie?"

[2] H. Bouteldja, ibid. Elle ajoute qu'il les aurait investis d'une seconde "mission": "devenir les porte-paroles de l'Occident ou plus exactement ses goumiers notamment par le biais d'un autre État-Nation colonial: Israël, qui, lui, a pour mission de garantir les intérêts occidentaux dans le monde, (les rendant ainsi ) complices de ses crimes"

Christine Delphy a écrit:

Déjà à cette époque [MLF années 70] je ne comprenais pas pourquoi certaines s’en prenaient au Coran et aux musulmans. Et un jour j’ai compris : elles sont féministes mais elles ont des préjugés anti-arabes et anti-musulmans. Préjugés qui viennent de la société mais qui viennent aussi de leurs propres opinions : elles soutiennent les politiques colonialistes de l’Etat d’Israël, qui s’appuient sur ce racisme et le suscitent. De plus Claudie Lesselier, Liliane Kandel, Catherine Deudon et Françoise Picq, mettent en concurrence l’oppression des femmes et l’oppression des Juifs  – alors que personne ne leur demande de choisir
.

Le contraire de la «haine de la Shoah». Sur un billet de Liliane Kandel Les invités de Mediapart 18 mai 2015

Le philosophe décolonial Norman Ajari, proche du Parti des indigènes de la République, revient sur la polémique qui a opposé Houria Bouteldja, porte-parole du PIR, et Liliane Kandel, ancienne du MLF, autour de la place de la destruction des juifs d'Europe dans les luttes anti-racistes en France.

Norman Ajari a écrit:
Au milieu du concert de réactions aussi vindicatives qu’incompréhensives suscitées par les prises de position de Houria Bouteldja et du Parti des Indigènes de la République sur le « philosémitisme d’État », un texte me semble mériter une attention particulière. Son auteure, l’ancienne militante féministe Liliane Kandel, fait partie de celles qui, selon Christine Delphy, « sont féministes mais […] ont des préjugés anti-arabes et anti-musulmans. Préjugés qui viennent de la société mais qui viennent aussi de leurs propres opinions : elles soutiennent les politiques colonialistes de l’Etat d’Israël, qui s’appuient sur ce racisme et le suscitent. De plus Claudie Lesselier, Liliane Kandel, Catherine Deudon et Françoise Picq, mettent en concurrence l’oppression des femmes et l’oppression des Juifs  – alors que personne ne leur demande de choisir » (Les Inrockuptibles, 6 mars 2015).

Toutefois, ce n’est pas le parcours de Kandel, ni ses prises de positions passées, qui m’intéressent, mais le billet qu’elle consacre au PIR. Il n’est pas d’un grand intérêt de répondre à ceux qui, peu imaginatifs, décrivent les Indigènes comme les héritiers des nazis ou des vichystes. Chaque texte émis par le parti suffirait à les contredire. Par contre, l’examen de l’intervention plus « audacieuse » de Kandel me semble à même d’éclairer l’opportunisme de ceux qui accusent aujourd’hui d’antisémitisme une parole qu’ils veulent voir disparaître, ainsi que les fondations théoriques de telles attaques. Penchons-nous donc sur cet ennemi dont je crois qu’il y a quelque chose à appendre.

Peut-on ne pas haïr la shoah ?

Le propos de Kandel, dans son billet intitulé « Le contraire du “philosémitisme” » (elle semble d’ailleurs avoir créé son blog sur le Huffington Post pour l’occasion), est le suivant. Au terme d’un « rappel des faits » confus et laborieux mêlant, pour mieux perdre le lecteur, Charlie Hebdo, célébration de la supériorité morale des féministes blanches, et dénonciation de la lutte contre l’islamophobie, la bloggeuse finit par abattre ses cartes. Dans un premier temps, elle lance qu’en dénonçant le philosémitisme d’État, le PIR en appellerait virtuellement à renverser la vapeur, à proclamer que l’antisémitisme est le seul antidote possible. Écrire cela c’est oublier, ce qui est pourtant clair dès les premières lignes du texte de Houria Bouteldja, que le philosémitisme n’est pas l’autre ou le contraire de l’antisémitisme. Ç’en est une variation contemporaine, dictée par les impératifs politiques et géopolitiques de notre temps. Le philosémite, selon la boutade fameuse, c’est un antisémite qui aime les Juifs – mais qui, comme le rappellent les sorties de Barre, Chirac et Hollande citées en exergue du texte de Bouteldja, n’arrive toujours pas à se résoudre à les tenir pour pleinement français.

Toutefois, et c’est le point le plus intéressant, Kandel prend la peine de distinguer cet antisémitisme supposé du PIR d’autres formes de racisme anti-Juifs. Les négationnistes, les fascistes, l’extrême droite, sont écartés. L’affaire se précise : celui qu’elle prête aux indigènes se distingue de l’antisémitisme blanc. Toutefois, plutôt que de s’aventurer sur le terrain très fréquenté du « nouvel antisémitisme des banlieues », elle emprunte un chemin de traverse. Les indigènes nourriraient un ressentiment féroce contre l’holocauste. Et cela car leur pensée politique se heurterait comme à un mur à ce qu’elle décrit ainsi : « La Shoah comme inconcevable dans la pensée des dominations – persécutions, discriminations ou injustices de tous ordres –, comme événement impossible à rabattre sur les injonctions militantes rituelles de la lutte “contre tous les racismes”. »

Que la destruction des Juifs d’Europe n’ait rien à voir avec la domination, et plus précisément la domination raciste, voilà une thèse bien invraisemblable, assénée à coups de masse ! Si bien que l’auteure n’a pas su rassembler les forces nécessaires pour l’étayer d’arguments. Éclairons à présent ce malheureux billet à la lumière d’un autre texte. Kandel semble avoir oublié que la revue Les Temps Modernes (alors même qu’elle faisait à l’époque partie de son comité de rédaction !) publia en janvier 2006 un article remarquable de Jean Améry, penseur juif rescapé d’Auschwitz. Dès la première page, on y lit ces lignes :

« L’expérience vécue du Noir décrite par Fanon correspondait à certains égards aux expériences que j’avais moi-même vécues comme juif interné dans un camp de concentration » (1). À certains égards seulement, bien sûr. Mais la force de la comparaison suffit à mettre en doute le caractère « inconcevable » de la shoah revendiqué par Kandel. D’autant que dans ce chef-d’œuvre de la littérature concentrationnaire qu’est Par-delà le crime et le châtiment, Améry convoquait déjà Les Damnés de la terre de Fanon pour exposer les minces possibilités, pour le prisonnier du camp, de reconquérir sa dignité (2).

La thèse hallucinée de Kandel semble vaciller, mais c’est le lecteur qui est ahuri en parvenant à la conclusion de son billet : « Une étude récente (cf Libération du 17 avril), notait un “retour à l'antisémitisme classique des années 30”. On aurait tort de négliger, pour autant, cette forme, autrement plus insidieuse, de l'antisémitisme moderne: la haine de la Shoah. Elle est largement partagée, bien au-delà des seuls Indigènes de la République ». La « haine de la Shoah », voilà le crime dont elle accuse les indigènes. Que répondre ?

Évidemment, nous haïssons la shoah, de la même haine immense qui doit s’abattre sur tous les crimes de masse. Nous la haïssons comme nous haïssons les colonialismes modernes, comme nous haïssons ce qu’a été la traite transatlantique. Et nous les haïssons d’autant plus franchement, avec d’autant moins de réserves, que nous savons que tous ces crimes abjects ont la même source : l’obsession de la suprématie blanche, dans ses infinies nuances et déclinaisons meurtrières. Césaire l’a dit dans son Discours sur le colonialisme, il y eut, avec le nazisme, importation à l’intérieur des frontières de l’Europe de la méthode colonialiste :

Césaire a écrit:
« Oui, il vaudrait la peine d’étudier cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »
(3)

Il n’est pas d’objectif plus absurde, ni plus malhonnête, que de transformer en délit la haine du crime en soi dont parle Césaire. C’est pourtant bien ce que cherche à faire Kandel. La tentation est grande alors de retourner à mon tour sa proposition, d’en faire voir l’envers caché, et de me demander si ce qu’elle proclame en vérité ne serait pas un terrifiant « amour de la Shoah » ?

L’obsession des génocides

Je n’accuse pas Kandel de vouer un culte aux bourreaux nazis ou de célébrer l’extermination des Juifs. Pour autant, il me semble qu’il y a bien un fond de vérité dans l’étrange injonction à « aimer la Shoah » qui transparaît en filigrane de son billet. C’est ce qui a été mis en lumière par le politologue Norman G. Finkelstein dans L’Industrie de l’Holocauste. Dans ce bref essai, l’auteur déconstruit ce qu’il nomme l’Holocauste (avec un H majuscule), à savoir une représentation idéologique de la destruction des Juifs d’Europe, caractérisée par sa définition comme un événement absolument unique et incomparable, ne devant être confronté à aucun autre crime de masse que ce soit (4). Or on a vu, avec le propos de Kandel sur le caractère « inconcevable » de la shoah, qu’elle se coule dans le moule de cette idéologie.

Dans la conclusion de son ouvrage, Finkelstein montre le paradoxe créé dans la pensée antiraciste contemporaine par la shoah. D’une part, elle a rendu les Européens plus sensibles à des formes de racisme qui auparavant allaient de soi, et pouvaient même participer du tissu social. Mais d’autre part, faire de l’extermination un étalon de mesure de la violence tend à en banaliser d’autres formes, et même à les rendre acceptables. Il me semble que cela éclaire l’objectif d’un argumentaire comme celui de Liliane Kandel, et le danger qu’il représente pour une réflexion politique décoloniale. La bloggeuse cherche à faire passer pour dérisoires les crimes coloniaux et les luttes anticoloniales, en les comparant à l’image divinisée et grossièrement idéologique de l’Holocauste qu’elle promeut. Une telle image rend insignifiant tout ce qui n’est pas elle-même. Kandel « aime la Shoah » en tant qu’elle est l’instrument qui lui permet d’exclure les discours de ses adversaires politiques, les indigènes, en les déguisant en complaintes négligeables.

Malheureusement, il me semble que les influences perverses de discours de ce genre sont bien réelles. J’en veux pour preuve des tentatives de bonne foi, mises en œuvre par des sœurs et frères afro-descendants, de faire reconnaître la traite transatlantique comme un génocide (et j’insiste bien sur ce terme de génocide). Le critère émis en 1948 par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l’ONU, selon laquelle un génocide, pour être reconnu, doit avoir été mû par une « intention » de détruire les victimes n’est pas problématique en soi. Il le devient si, et seulement si, notre pensée politique est obnubilée par l’idée que le génocide est le seul crime de masse, le seul crime contre l’humanité, qui mérite que ses victimes soient honorées et que son histoire soit connue et enseignée. Admettre cette idée, malheureusement, c’est déjà faire une concession décisive à l’industrie de l’Holocauste, et en conséquence nous condamner au silence.

Françoise Vergès est lucide lorsqu’elle écrit que : « C’est la privation du droit “naturel” à la liberté et la propriété de soi qui constitue le crime contre l’humanité de l’individu asservi. […] [Ce n’est pas parce que la traite négrière et l’esclavage ne sont pas comparables dans leur finalité avec le génocide des Juifs d’Europe qu’ils ne constituent pas un crime. Point n’est besoin d’entrer dans une rivalité obscène. » (5)

La violence raciale a malheureusement adopté de nombreuses formes au cours de l’histoire, et la vigilance décoloniale doit être attentive à chacune. Elle doit le faire en aiguisant sa propre pensée, ses propres valeurs, sa propre politique, en se gardant de ce que Fanon nommait les « mimétismes nauséabonds ». C’est bien cette expérience-là que la lecture de ce dernier provoqua chez Jean Améry. En guise de conclusion, cédons-lui la parole :

Jean Améry a écrit:
« Pour la première fois, moi, un Européen qui, pendant sa jeunesse, trouvait tout à fait normal d’entendre parler des colonies ou du colonialisme et qui regardait sans indignation des photos de Noirs transportant des fardeaux sous la surveillance de Blancs affublés de casques coloniaux, je me rendais compte qu’il n’y a rien de “naturel” à être l’esclave colonisé du colonisateur. […] Fanon expose la mystification qui se cache sous l’humanisme “blanc”, il met en question les valeurs “blanches” en général. » (6)

Merci à Liliane Kandel d’avoir participé à la publication d’un tel texte ; il mérite aujourd’hui d’être relu.

(1) Améry Jean, « L’homme enfanté par l’esprit de la violence » (1971), trad. Julie-Françoise Kruidenier et Adrian Daub, in : Les Temps Modernes, n° 635-636, Paris, Gallimard, 2005, p. 175.

(2) Améry Jean, Par-delà le Crime et le Châtiment. Essai pour surmonter l’insurmontable (1966), trad. Françoise Wuilmart, Arles, Actes Sud, 1995, pp. 191-192.

(3) Césaire Aimé, Discours sur le colonialisme (1955), Paris, Présence Africaine, 2004, pp. 13-14.

(4) Finkelstein Norman G., L’Industrie de l’Holocauste. Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs (2000), trad. Éric Hazan, Paris, La Fabrique, 2001.

(5) Vergès Françoise, La mémoire enchaînée. Questions sur l’esclavage, Paris, Hachette Littératures, 2006, p. 144.

(6) Améry Jean, « L’homme enfanté par l’esprit de la violence », p. 176.
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MessageSujet: Comprendre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes pour résister   Jeu 9 Juil - 20:20

Comprendre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes pour résister Capucine Larzillière et Lisbeth Sal 15 septembre 2009 Contretemps


Capucine Larzillière et Lisbeth Sal a écrit:
Ces derniers mois, la médiatisation des violences sexuelles faites aux femmes a atteint l’élite politique : affaire DSK, affaire Tron ont tenu une bonne place dans les médias. Déplacement significatif du problème, puisqu’auparavant, le traitement médiatique des violences sexuelles s’était focalisé sur les banlieues, présentées comme le lieu de tous les dangers pour les jeunes femmes. Ainsi, en septembre 2010, la programmation de La Cité du Mâle, documentaire de Cathy Sanchez produit par Dock en Stock pour Arte présentait un tableau particulièrement outrancier de la situation : énumération macabre des meurtres et violences sexuelles subies par les jeunes femmes en particulier racisées[1] en banlieues, à l’exclusion de tout autre lieu, vocabulaire spécifique (« lapidation », « immolation »), portraits très fabriqués de jeunes hommes arabes violents[2]. Mais entre ces deux manifestations des violences inadmissibles faites aux femmes, rien de commun dans l’analyse qui en est dressée par les médias et la plupart des intervenants politiques : la culpabilité de DSK est apparue très improbable, voire impensable, et la contre-offensive de ses avocats mettant en cause sa victime a été accueillie avec soulagement. Si les faits sont avérés, ils traduiraient le penchant de séducteur de son auteur ou éventuellement ses problèmes psychologiques : un complot, un malentendu ou une déviance mais en aucun cas le résultat d’un système de domination. L’irruption de l’affaire Tron, accusé de viols en réunion, ne conduit à aucune généralisation sur le machisme des hommes français blancs, particulièrement en situation de pouvoir. Aucune conclusion n’en est tirée concernant la civilisation occidentale, il s’agit de cas individuels. Rien de tel en ce qui concerne les violences en banlieue : l’énumération des faits fait système. L’explication coule de source : la violence renvoie à l’image d’un homme étranger vu comme forcément barbare, le musulman incarnant ce rôle actuellement. Toute une série de stéréotypes attachés à l’islam sont mobilisés dans ce sens : arriération des mœurs faisant courir de graves dangers à la société moderne, traditions machistes et patriarcales (excision, lapidation, polygamie, etc.).

Cette vision de l’homme étranger barbare permet aux hommes blancs de se positionner en sauveur à la fois des femmes étrangères oppressées mais aussi des femmes blanches qu’ils présentent comme potentiellement menacées par cette oppression. Cela a plusieurs conséquences néfastes. La première est de faire des femmes un enjeu de pouvoir entre les hommes et de les mettre en position d’objet (à libérer, à émanciper) au lieu de les voir comme des sujets. La seconde conséquence est la stigmatisation de celles qui portent les signes de la barbarie.

Cette différence de traitement nous interpelle en tant que féministes : c’est un des multiples exemples où le sexisme est utilisé comme le marqueur d’une différence culturelle irréductible entre la « civilisation occidentale » émancipée, et l’islam porteur de régression en matière d’égalité hommes-femmes. C’est pourquoi il nous semble pertinent aujourd’hui de parler d’instrumentalisation raciste du féminisme dans le sens où le féminisme est intégré puis transformé, et perverti. Cette expression signifie que le « label » féministe est instrumentalisé et non le mouvement dans son ensemble ni celui des années 1970 ni celui d’aujourd’hui. Elle soulève pour le mouvement féministe un défi stratégique qui nous semble bien peu pris en compte en France actuellement : comment être féministe aujourd’hui sans servir d’alliés involontaires aux discours et projets racistes ? Comment proposer un féminisme inclusif, pour toutes les femmes, et non pas seulement pour celles qui ne subissent pas l’oppression raciste ? En un mot, comment être porteur d’un projet d’émancipation pour toutes les femmes quand le discours de l’égalité hommes-femmes est régulièrement détourné pour stigmatiser une partie d’entre-elles ?

Il ne suffit donc pas de dénoncer le racisme mais de construire une riposte féministe à cette perversion de notre lutte. C’est dans cette perspective que nous voulons ici étudier les mécanismes de l’utilisation du discours féministe par la droite et l’extrême droite dans la stigmatisation des populations musulmanes qui suscitent de nombreuses discussions aujourd’hui dans les rangs féministes majoritairement blanches et de classes moyennes[3] en France[4]. Cela nous conduit à nous interroger sur les racines de cette instrumentalisation, à partir des années 1980, avec l’institutionnalisation du féminisme. Puis au positionnement des féministes face à cette question stratégique pour proposer enfin des pistes d’orientation stratégique.

La perversion du discours féministe par l’extrême droite et la droite

La droite et l’extrême droite n’hésitent pas aujourd’hui à reprendre le discours féministe.


Le « relooking » du FN

« J’entends de plus en plus de témoignages sur le fait que dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme ni homosexuel […] »[5] s’insurgeait Marine Le Pen dans un discours prononcé à Lyon en décembre 2010. Cette déclaration fait écho à plusieurs prises de position de sa part concernant le PACS ou le droit à l’avortement, qu’elle a affirmé ne pas vouloir abolir si elle arrivait au pouvoir. Prenant ainsi à rebrousse poil une partie de son électorat, son attitude est l’une des facettes du « relooking » du FN. Mais qu’on ne s’y trompe pas, le programme du FN n’a pas changé pour autant : son programme sur la défense de la famille française est axé sur la mise en place d’un revenu parental dès le premier enfant visant implicitement le retour des femmes au foyer et l’affirmation du droit à la personne dès la conception qui remet en cause l’IVG. Il interdit clairement tout mariage ou adoption homosexuels. Quand Marine Le Pen prend la défense des femmes et des homosexuels dans «certains quartiers» il s’agit donc clairement d’une perversion du discours féministe et LGBTI qui poursuit différents objectifs : rallier un électorat nouveau et allonger la liste des « victimes » de la religion musulmane identifiée comme la source de l’oppression : « Je réitère qu'un certain nombre de territoires, de plus en plus nombreux, sont soumis à des lois religieuses qui se substituent aux lois de la République »[6] déclare-t-elle dans la suite de son discours.

La politique de la droite

La politique menée par l’UMP au pouvoir s’inscrit dans la même logique. D’une certaine manière, le gouvernement tient un discours de défense des droits des femmes. Ainsi, la loi « relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants » du 9 juillet 2010 reprend-elle une revendication ancienne du mouvement féministe, dont un certain nombre d’associations (CNDF, FNSF, Femmes pour le dire, Femmes pour agir, Femmes solidaires, ADFEM, Le Planning familial, Amnesty international – Commission Femmes et ECVF) ont d’ailleurs été auditionnées dans le cadre de l’élaboration de la loi. Ces associations ont ensuite exprimé leur déception devant son contenu définitif, en retrait par rapport à leurs ambitions, mais elles ont cependant mis en place à l’automne 2010 un comité de vigilance pour son application[7], ce qui montre que la loi est évaluée comme une avancée du point de vue des droits des femmes et c’est ainsi d’ailleurs qu’elle est perçue à une large échelle. Il faut s’interroger sur la logique politique d’un gouvernement qui d’un côté affiche cette posture de défense des droits des femmes et de l’autre, mène une politique sociale qui aggrave considérablement leur situation : remise en cause de l’IVG par la baisse des crédits, réformes des retraites qui pénalise en premier lieu les femmes… Comment expliquer une telle ambivalence ? Les mesures proposées pour lutter contre les violences faites aux femmes relèvent pour l’essentiel de la protection des victimes et surtout de la répression des coupables, sans que soit mise en place une réelle politique de prévention. Dans cette logique, la violence est considérée comme le fait d’individus dangereux et déviants, mais en aucun cas comme le résultat d’un système de domination patriarcale. En effet, dans cet esprit, la République française ayant adopté le principe de l’égalité hommes-femmes ne connaîtrait pas en son sein la domination masculine. C’est en tout cas le constat que faisait Nicolas Sarkozy le 8 mars 2011 à l’occasion de la journée internationale des femmes : celle-ci est « sympathique », mais pas « essentielle » puisqu’aujourd’hui « la vie des femmes ressemble à la vie des hommes ; les choses ont changé considérablement. »[8] La menace vient donc d’ailleurs, des autres et plus précisément de l’islam : « prenons garde de ne pas offrir aux adversaires de la démocratie, de la dignité et de l’égalité entre les sexes l’opportunité d’une victoire qui mettrait notre société dans une situation bien difficile »[9] déclarait ainsi Nicolas Sarkozy pour défendre la loi interdisant le port du voile intégral. Ainsi s’articule le discours de la droite : la défense des droits des femmes qui sont par ailleurs attaqués par la politique d’austérité mise en œuvre est opportunément invoquée comme alibi pour légitimer le discours raciste.

Une instrumentalisation qui vient de loin

Déjà, en 1993, Charles Pasqua utilisait le prétexte de la lutte contre la polygamie pour mettre en œuvre des mesures racistes à travers les lois dites « Pasqua » restreignant l’accès à la nationalité. Depuis, c’est la surenchère. Nina Power le constate à propos des États-Unis dans La Femme unidimensionnelle : « la manière dont, au cours de la décennie passée, les républicains ont usé et abusé du terme "féminisme" nous donne une ahurissante leçon d’opportunisme linguistique en matière politique. Alors que jadis la droite aurait mis dans le même sac les pédés, les gauchistes, les féministes, les pacifistes et autres déviants, alors qu’elle les aurait tous traités en ennemis intérieurs, quand il lui a fallu justifier l’invasion de l’Afghanistan, elle a soudain extrait le langage du féminisme de la poubelle de l’histoire, pour la brandir en tant que valeur spécifiquement "occidentale". "Le respect des femmes […] peut triompher au Proche-Orient et au-delà", s’écria Bush devant les Nations Unies, oubliant peut être que, le jour même de son accession à la présidence, il avait coupé les vivres aux associations internationales de planning familial qui offraient services et conseils en matière d’avortement. »[10] Tout cela, bien sûr, sans se préoccuper des campagnes que menaient les féministes musulmanes sur le terrain : « la dernière chose dont elles avaient besoin, c’était que les droits des femmes soient brandis comme l’instrument des envahisseurs, des occupants et des impérialistes culturels ».[11]

Ainsi, l’extrême droite et la droite ont repris à leur compte une partie du discours féministe non pas pour défendre effectivement les femmes, mais comme un critère de différenciation qui sert à dresser une barrière entre « nous », société occidentale égalitaire et émancipée et « eux », islam oppresseur et menaçant.

De l’institutionnalisation du féminisme à l’échec de l’intégration

Comment le discours de l’égalité hommes-femmes, considéré pendant longtemps comme subversif, a pu ainsi être approprié et utilisé par les gouvernements occidentaux ? A quoi sert cette appropriation ? Quelles en sont les conséquences pour le projet féministe ?

Institutionnalisation du féminisme et modèle d’intégration à la française

À partir des années 1980, une bonne partie du mouvement féministe s’est institutionnalisée, à la faveur de l’arrivée de la gauche PS-PC au pouvoir et d’une législation progressivement obtenue permettant une mise en œuvre partielle des revendications que les féministes avaient portées. Certaines chercheuses, telle Anne Revillard, vont jusqu’à parler de « féminisme d’Etat », concept qu’elle définit comme « les activités des structures gouvernementales qui sont formellement chargées de faire avancer le statut et les droits des femmes ».[12] Élaboré dans un premier temps au Danemark, en Suède et en Australie, le recours à la notion de « féminisme d’État » se pose aussi pour la France, tandis qu’Yvette Roudy devient ministre des Droits de la femme. Françoise Thébaud, dans Un féminisme d’État est-il possible en France ? L’exemple du ministère des Droits de la femme, 1981-1986, nous invite à la nuance sur la question, évoquant les difficultés d’Yvette Roudy dans la mise en œuvre de ses réformes[13].

À la fin des années 1980, dans un contexte d’offensive idéologique libérale, le féminisme militant était présenté comme une bataille d’arrière-garde : l’égalité des droits étant obtenue, s’ouvrait soi-disant une nouvelle ère de relations hommes-femmes apaisées. Des intellectuelles comme Mona Ozouf ou Irène Théry sont très représentatives de cette conception. L’idée de l’égalité hommes–femmes devenait donc consensuelle, mais d’une manière très paradoxale, puisque ce consensus niait le maintien des discriminations et des stéréotypes sexistes.

Parallèlement, dans cette même période, se construit un discours de l’intégration républicaine s’appuyant sur l’idée de l’universalisme de la société française. Ce discours a été accueilli avec espoir par la population immigrée, qui se féminise à la fin des années 1970 avec le regroupement familial et l’installation définitive en France des travailleurs immigrés et de leurs descendant·es. Les Cahiers du féminisme, en 1983, se font par exemple l’écho de cet enthousiasme avec le témoignage de Yamina, jeune femme née en France de parents marocains qui se bat pour poursuivre ses études comme « échappatoire » à la vie qui lui est tracée par sa famille plutôt « traditionnelle » : rester à la maison en attendant le mariage. L’école est pour elle un lieu de libération où elle considère qu’elle ne vit ni discriminations ni racisme.[14]

L’adhésion au modèle de la « femme libérée » devient alors un critère important mesurant le degré d’« intégration ». C’est le cliché paternaliste teinté de néocolonialisme de la « beurette émancipée » mise en avant par SOS Racisme, puis par Ni putes ni soumises ou son dernier avatar, Ni violée ni voilée. Le corps des femmes et leur sexualité deviennent un enjeu majeur de ces rapports sociaux, comme en témoigne l’ampleur des débats sur le port du foulard.

L’échec du modèle d’intégration

Malheureusement, les promesses de l’« intégration » s’évanouissent souvent devant celles qui y croient, engendrant déception et contestation. Christelle Hamel, dans une étude sur des descendantes de migrant·es du Maghreb et la virginité[15] en 2006 décrit ainsi finement le changement de la perception par ces jeunes femmes du modèle d’« intégration ». Quelle que soit en effet leur attitude vis-à-vis du principe de virginité, les jeunes femmes interrogées expriment clairement leur scepticisme vis-à-vis du modèle « occidental » de sexualité. Ainsi, celles qui revendiquent le principe de virginité « soulignent que la liberté sexuelle dont bénéficient "les Françaises" n’implique pas forcément que les garçons les respectent. À l’inverse de ces dernières, elles disent parvenir à se faire respecter grâce au principe de virginité qui leur permettrait d’évaluer les intentions des garçons. En cela, elles égratignent les discours faisant de "la liberté sexuelle des femmes" le signe de "la modernité française" et de la virginité celui du "traditionalisme arriéré" des familles maghrébines. »[16] Quant à celles qui décident de transgresser, elles portent également un regard critique et « pensent leur sexualité par opposition aussi bien au sexisme attaché à la virginité qu’au sexisme qui enjoint aux femmes "occidentales" de se conformer aux désirs masculins ».[17] Christelle Hamel décrit enfin le parcours de trois jeunes femmes qui quittent le domicile parental pour fuir une éducation jugée trop sévère. « Elles décidèrent donc de partir, en rejetant tout ce qui venait de leurs parents : la religion, les valeurs de l’honneur et de la virginité, et même l’identité arabe. Elles insistaient alors sur leur identité française pour revendiquer plus de liberté. Elles semblaient avoir pleinement intégré l’idée que leur oppression était le produit de leur culture d’origine et qu’aucune "Française" ne pouvait vivre une situation comparable. » Mais leur départ s’assimile plutôt à une descente aux enfers : discriminées dans l’emploi, elles deviennent sans-logis et subissent dans la rue des viols à répétition, faisant ainsi l’amère expérience du sexisme bien réel de la société française. « Autant dire que l’appel à s’émanciper n’est pas suivi d’une meilleure "intégration des filles" ». Logique d’un système qui ne s’intéresse pas réellement au sort des jeunes femmes présentées comme les victimes d’une culture oppressive dont l’intégration à la « culture française » pourrait seule les libérer, mais qui utilise en réalité le discours de l’émancipation à des fins stigmatisantes et finalement racistes.

En effet, ce « modèle d’intégration » proclamé universel n’est finalement qu’un leurre. Les défenseurs du « modèle républicain » mettent souvent en avant le fait qu’il n’a jamais pratiqué de discrimination raciale légale, à la différence des États-Unis par exemple. Cette idée est à remettre en cause, d’une part parce que la législation coloniale a maintenu jusqu’en 1946 un code de l’indigénat qui a forcément des implications quand la majorité des immigrés proviennent de l’ancien Empire colonial, d’autre part parce que cet « universalisme », l’égalité des individus « sans distinctions », masque une domination culturelle raciale bien présente mais non dite parce que le racisme et son déni structurent en profondeur la société française. L’« universel » invoqué fonctionne comme un déni des discriminations.

Au final, cette situation a des conséquences importantes pour un projet d’émancipation des femmes.

Tout d’abord, fondamentalement, une telle « intégration » n’est possible que pour des individus rejetant dans le même temps leurs origines, leurs quartiers, etc. Cette logique individuelle vient contredire toute possibilité d’une émancipation collective et auto-organisée des femmes racisées.

De plus, les expériences vécues par les femmes varient selon leurs positions dans les rapports sociaux de genre, de classe et de race. Pour reprendre l’exemple du rapport à la virginité, l’attitude des descendantes de migrant·es du Maghreb vis-à-vis de cette tradition (réinventée dans le contexte de l’immigration) est notamment guidée par le fait que « maintenir la tradition est surtout pour les jeunes une manière d’exprimer leur loyauté et leur solidarité avec leurs parents, dans un contexte où le groupe majoritaire ne cesse de dénigrer ces derniers ».[18] C’est pourquoi toutes les femmes ne vivent pas la même expérience du sexisme, certaines étant enjointes à jouir sous peine d’être considérées comme frigide tandis que d’autres le sont à rester vierges jusqu’au mariage, par exemple.

Enfin, proposer aux « femmes issues de l’immigration » un « modèle d’émancipation » consistant à adopter le mode de vie et les valeurs de la société occidentale peut conduire à exiger d’elle, par la même occasion, de cautionner la stigmatisation dont leur communauté fait l’objet. L’exemple-type de ce phénomène est Fadela Amara qui a choisi de participer à un gouvernement qui multiplie les lois racistes. Plus généralement, les femmes racisées sont prises entre deux feux et enjointes soit de « s’occidentaliser » pour être considérées comme des femmes libérées, soit de n’être perçues que comme des victimes soumises. Ces assignations identitaires les placent face à des choix problématiques entre refus du racisme et refus du sexisme.

Loin de l’universalisme, c’est donc la « racialisation du sexisme » qui opère pour conduire au « sexisme identitaire puisqu’il s’inscrit dans un processus défensif vis-à-vis du racisme » comme le souligne Christelle Hamel.[19]

À quoi sert l’instrumentalisation du féminisme ?

« choc des civilisations » et nouveau visage du racisme


Les discours instrumentalisant le féminisme aujourd’hui sont finalement le nouveau visage de ceux de l’« intégration » des années 1980. Si les thématiques se sont déplacées, les ressorts en sont les mêmes. À la faveur du « choc des civilisations », le racisme s’est reconstruit autour du thème de la différence des cultures, plus présentable que le racisme « naturel » et désignant l’islam comme ennemi principal. C’est l’apologie de la guerre contre le terrorisme, dont les gouvernements occidentaux font chacun un usage à leur façon. La France, et plus généralement l’Europe, l’utilise davantage à des fins de politique intérieure, comme le développe Éric Fassin : « L’Europe propose toutefois une déclinaison particulière de cette rhétorique : en effet, dans un contexte marqué par la restriction de l’immigration davantage que par la guerre contre le terrorisme, il s’agit non pas d’exporter "nos" valeurs, mais plutôt de les préserver. Autrement dit, la ligne de partage entre "eux" et "nous" apparaît de ce côté de l’Atlantique comme une frontière intérieure qui divise les espaces nationaux en fonction des cultures d’origine : la démocratie sexuelle définirait la limite entre les centres-villes et les banlieues. Aussi ne faudrait-il pas réduire les controverses autour du voile islamique ou des violences sexuelles, en raison de leur tonalité républicaine, à quelque singularité française : un peu partout en Europe, la différence entre "nous" et "eux" tient aujourd’hui à la manière dont les uns et les autres sont réputés se conduire avec les femmes. »[20] S’attachant à l’homophobie, Éric Fassin arrive à une conclusion qui s’applique tout aussi bien au sexisme : « Il ne s’agit donc pas de taire l’homophobie des cités ; mais de la dire sans la renforcer, il convient de déjouer les pièges d’une rhétorique qui, en opposant "eux" à "nous", condamne les premiers à se définir en opposition aux seconds, comme en réaction à la bonne conscience, non dénuée de racisme, d’une démocratie sexuelle dont l’exigence n’est hélas, le plus souvent, imposée qu’aux autres. »[21]

L’instrumentalisation de l’égalité hommes-femmes s’appuie donc sur la rhétorique du « eux » et du « nous » : « nous » on ne voile pas les femmes, « eux » le font, « nous » on ne lapide pas les femmes, « eux » le font, « nous » on ne les viole pas ou seulement par déviance psychique, « eux » le font par nature, etc. En plus de resserrer les liens de la communauté des blancs en désignant un bouc-émissaire, cette rhétorique remplit deux fonctions : donner un visage acceptable et une justification morale au racisme et dédouaner la société française de son propre système patriarcal.

L’émergence du « femonationalism »[22]

Au-delà des ressorts du discours, il nous semble primordial de chercher à comprendre les objectifs de l’idéologie dominante lorsqu’elle a recours à la perversion du féminisme : ne s’agit-il pas, pour elle, de renouveler son panel de valeurs pour construire une identité nationale particulière qui ne peut souffrir le « eux » ? Sara R. Farris, auteure du concept de « femonationalism », décrit l’alliance contemporaine entre les discours des féministes occidentales et les mouvements nationalistes et xénophobes sous le drapeau de la guerre contre le voile et le patriarcat musulmans. Bien qu’il s’agisse de l’instrumentalisation des luttes LGBTI, l’exemple de l’affiche, mettant en avant un coq à l’occasion de la Marche des Fiertés 2010 est révélateur de ce phénomène. Les Lesbiennes of colors[23] ne s’y trompent pas lorsqu’elles dénoncent : « Pourquoi donc un coq ? Pourquoi lier le patriotisme, le nationalisme, l'identité nationale... et, pourquoi pas, la "préférence nationale", aux espaces LGBT censés éviter des schémas et des discours d'oppression ? […] Par cette affiche, l’inter-LGBT signe son adhésion au racisme ambiant, décomplexé […] Tout un contexte nauséabond qu’il faudrait dénoncer au lieu de détourner des emblèmes nationaux en l’occurrence un coq. »[24]

Le « femonationalism » et l’« homonationalisme » s’intègrent dorénavant aux propagandes gouvernementales de l’Occident. Sirma Bilge évoque à ce propos l’exemple du Québec ou le Conseil du statut de la femme « a recommandé en 2007 au gouvernement provincial d’amender la Charte québécoise des droits de la personne pour y instaurer une hiérarchie entre les motifs de discrimination prohibés de façon à primer l’égalité des sexes sur la liberté religieuse. En demandant au gouvernement de déclarer haut et fort que l’égalité entre les sexes est une valeur collective et un « marqueur de l’identité québécoise », le Conseil affirme en creux que la liberté religieuse est moins importante. »[25] Finalement, le corollaire de la racialisation du sexisme conduisant au sexisme identitaire est la racialisation du féminisme conduisant au « femonationalism ».

Les féministes face à l’islamophobie

Comment les féministes répondent-elles à cet enjeu ? On considère ici comme féministes toutes celles qui interviennent publiquement à ce titre, sans prétendre à l’exhaustivité.

Le ralliement

Le discours islamophobe de l’extrême droite et de la droite parvient de plus en plus à faire des adeptes dans les rangs des féministes de la gauche et même de l’extrême gauche. Depuis quelques temps déjà, Anne Zelensky, « féministe historique » accuse l’islam de tous les maux au travers de Riposte laïque. Elle développe l’idée que « la culture machiste venue d’islam est une grave menace pour notre difficile marche vers plus d’égalité des sexes. […] Je ne peux accepter que sur ce territoire de France, où des décennies de luttes ont réussi à faire reculer la discrimination sexiste, une idéologie venue d’ailleurs tente d’imposer ses modèles archaïques de séparation des sexes et d’oppression des femmes. Le respect élémentaire du territoire de l’autre et de ses us, impose de ne pas mettre en avant des coutumes qui les bafouent : polygamie, mariages forcés, port des voiles, relégation et mépris des femmes, soumission aveugle à une religion particulièrement obscurantiste. »[26] C’est bien l’opposition entre le « eux » et « nous » qui est reprise ici. Au nom du féminisme, parce que le « eux » menace nos acquis, il s’agit maintenant pour elle de faire la guerre à l’islam par tous les moyens. Le glissement s’est opéré. L’islamophobie fait son chemin sur le terreau du féminisme. Dernier avatar en date : Fabien Engelmann, ex-militant de LO puis du NPA et de la CGT, est passé au Front National sur la base de l’islamophobie, considérant entre autre que Marine Le Pen est « la seule à défendre véritablement la loi de 1905, à dénoncer la banalisation du halal et les prières illégales sur la voie publique. » et que « le voile est un symbole de soumission de la femme, totalement à l’opposé du principe de l’égalité des hommes et des femmes, contraire à notre modèle civilisationnel et à nos valeurs progressistes. »[27]

Il n’est pas question pour Anne Zelensky de parler d’instrumentalisation du féminisme dans la mesure où le féminisme qu’elle défend est ouvertement raciste. Il n’a pas été approprié par d’autres pour servir une autre cause, c’est bien elle qui en fait directement usage ainsi.

L’appropriation du modèle « eux » - « nous »


La polémique récente par presse interposée, autour du « féminisme à la française » est l’exemple le plus flagrant de l’intégration de ce modèle. À travers l’affaire DSK, les conceptions soutenues, entre autre par Mona Ozouf[28] en 1995 dans Les mots des femmes[29], ont resurgi. En effet, dans cet ouvrage, elle développe l’idée d’un « féminisme modéré » et se félicite qu’en France, prédomine « un commerce heureux entre les sexes », hérité des salons aristocratiques. Plus récemment dans Le Monde, Irène Théry[30] défend un « féminisme à la française » qu’elle qualifie d’« universaliste » et considère que ce dernier doit refuser « les impasses du politiquement correct, veut des droits égaux des sexes et les plaisirs asymétriques de la séduction, le respect absolu du consentement et la surprise délicieuse des baisers volés ». Très justement, Joan Scott[31] soulève la contradiction que l’on peut observer entre le consentement et « la surprise des baisers volés ». Dans tous les cas, ce que ces discours démontrent c’est que l’on trouve des excuses au « nous » en la personne de Dominique Strauss-Kahn tandis que Nafissatou Diallo, représentante du « eux » n’a pas de crédit à leurs yeux en tout cas pas à ceux d’Élisabeth Badinter qui s’empresse de s’offusquer de la cabale et l’injustice qui s’abattraient sur DSK, et de dénoncer les mensonges supposés de sa victime[32]. La solidarité entre femmes s’arrête là où commence celle entre gens du même monde.

La majorité silencieuse

Une telle complaisance ne se retrouve pas chez les grandes associations des féministes de gauche, qui ont clairement pris position dans l’affaire DSK. Par ailleurs, Suzy Rojtman, du CNDF[33] écrit dans une tribune pour l’hebdomadaire Tout est à nous ! : « Le Front national va bientôt se déclarer le meilleur garant des droits des femmes. Non contente d’instrumentaliser la laïcité pour dégainer son discours anti-islam, Marine Le Pen prétend vouloir se battre contre les inégalités salariales et pour la parité, thèmes qui étaient jusqu’à aujourd’hui totalement étrangers au FN. »[34]

Mais ce constat ne conduit à aucune campagne particulière. La question du racisme est singulièrement absente de leurs publications. Ainsi, sur le site du CNDF, le dernier article auquel renvoie l’entrée « racisme » date de 2006 et consiste en une motion de solidarité avec les travailleurs sans-papiers. Les entrées « burqa », « voile » ou « islam » ne renvoient à aucun article concernant la France. Du côté d’Osez le féminisme, le premier numéro du journal OLF se proposait d’aborder en dossier central, « Les religions et les droits des femmes ». Bien que les articles évoquent l’ensemble des religions, il est particulièrement fait référence à l’islam dans l’article sur l’interdit vestimentaire : « On trouve aujourd’hui des retours de cette oppression dans l’islam à travers le voile et, d’une manière intégrale dans la burqa. »[35] Choisir d’aborder ce thème dès le premier numéro dans le contexte actuel au mieux porte à confusion, au pire, participe de la stigmatisation islamophobe qui s’opère dans la société. Il semble que, paralysées par leurs divisions concernant la question du foulard, les féministes soient rendues silencieuses face à la stigmatisation des populations musulmanes.

Le constat de l’utilisation du label féministe ne provoque pas de réaction. C’est ainsi qu’au moment où le gouvernement interdit le port du voile intégral « au nom » de la dignité des femmes, les organisations féministes se taisent, tout comme lorsque Luc Chatel annonce l’interdiction des sorties scolaires pour les mères portant un foulard. Ainsi, lorsque le gouvernement s’attaque spécifiquement à des femmes musulmanes en France, ces organisations ne réagissant pas, d’autres cadres se forment à côté. Elles se trouvent incapables de construire un « Nous les femmes » qu’elles appellent pourtant de leurs vœux : en cherchant à les homogénéiser, elles finissent par exclure des femmes du combat du féministe.


Les prémisses d’une articulation

L’articulation entre racisme et sexisme fait pourtant l’objet d’une réflexion ancienne, qui s’est en particulier construite en Amérique du Nord, avec le courant du black feminism. Des réflexions universitaires fructueuses existent également en France, notamment autour des travaux de Danièle Kergoat, d’Elsa Dorlin ou des auteur·es précédemment cité·es.

Des réseaux militants y font écho. Ainsi, le 20 mars 2011, Les Indivisibles, Les Mots sont importants, Les Panthères roses et Les TumulTueuses co-organisaient un débat refusant l’islamophobie au nom du féminisme. Le tract d’appel à cette réunion commençait ainsi : « Nous, féministes, dénonçons l’instrumentalisation des luttes féministes et LGBT à des fins racistes et islamophobes ». Ce fut la mise en place d’un cadre de débat croisant des militants LGBTI, féministes et antiracistes.

Dans un autre registre, le projet de Luc Chatel d’interdire l’accompagnement des sorties scolaires aux mères portant un foulard, une pratique déjà en œuvre dans certaines écoles avec son soutien, a suscité la création d’un collectif Mamans Toutes Égales, à l’initiative de mères voilées qui regroupe à la fois des associations qui luttent contre le racisme et l’islamophobie et des associations féministes.

Mais, globalement, le mouvement féministe, dans sa diversité, semble bien peu prendre en compte cette problématique, qui questionne pourtant ses propres fondements : l’expérience du racisme vécue par les femmes noires ou arabes ne se surajoute pas à celle du sexisme qui serait commune à toutes les femmes. C’est leur expérience même du sexisme, compte tenu de leurs places respectives dans la société qui diffèrent entre femmes blanches et racisées. Au fond, cette question soulève donc des enjeux stratégiques plus larges encore. De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque « le » féminisme ? N’y a-t-il pas plusieurs féminismes ? N’est-ce pas le sujet « Nous les femmes » qu’il s’agit de questionner derrière ce débat sur l’instrumentalisation ?


Pistes pour un féminisme antiraciste combatif

Repenser la catégorie « Nous les femmes » pour résister à l’instrumentalisation


Il n’est pas question ici comme peut le proposer Nina Power d’« abandonner » le mot féminisme ou même d’« en limiter l’usage ». Il s’agit au contraire de lui redonner le contenu subversif qui l’a conduit aux victoires que nous connaissons.

Dans les années 70, la catégorie « Nous les femmes » a été le moteur du mouvement féministe occidental. Si la construction de ce nouveau sujet politique a été une avancée quand le masculin neutre dominait, il s’agit maintenant de la repenser à l’instar de ce qu’a proposé le black feminism aux États-Unis. En effet, la catégorie « Nous les femmes » a finalement eu une prétention réuniversalisante puisqu’elle a cherché à constituer un sujet politique unique alternatif au masculin. Elle s’est fondée sur une expérience commune : « Nous revendiquions simplement la réalité de l’expérience des femmes comme terrain de positionnement de ce mouvement, comme base pour une action politique consciente. Finalement, une fois sorties de leur flagrante invisibilité, on pouvait illustrer de bien des façons les réalités vécues par les femmes et presque tout le monde pouvait les comprendre en s’y impliquant avec un minimum de sympathie. »[36]

Or, selon Elsa Dorlin, « si toutes les femmes font bien l’expérience du sexisme, malgré cette commensurabilité de l’expérience, il n’y a pas pour autant d’expérience "identique" du sexisme, tant les rapports de pouvoir qui informent le sexisme modifient ses modalités concrètes d’effectuation et partant les vécus des femmes ». [37] En permanence, la classe, la race et le sexe, entre autre, produisent des expériences diverses. C’est pourquoi, il ne nous semble plus possible de partir d’un sujet préalable, le « Nous les femmes ». Les conditions matérielles et les discours les accompagnant ont opéré un fossé entre les femmes blanches et les femmes racisées et en particulier musulmanes. Chercher à reconstituer ce sujet revient à lui donner une essence, une façon d’être femme même si le pluriel admet quelques différences (lesquelles ? qui en décide ?). Même les féministes de la majorité silencieuse n’ont pas cherché à le résorber pour reconstruire ce sujet politique. Finalement, « aller vers un féminisme à vocation universelle » implique donc de renoncer à une posture universalisante et à la construction d’un modèle de l’oppression ou d’un modèle de la libération.

À l’instar de Judith Butler, il nous semble que c’est dans la lutte que le sujet se construit. Elle explique dans Trouble dans le genre qu’il n’y a pas besoin d’un « acteur ou une actrice caché-e derrière l’acte puisque celui/celle-la, se construit de toutes sortes de manières dans et par l’acte. »[38] C’est donc, en se battant sur des revendications concrètes, telles que le retrait du projet Chatel que nous parviendrons à construire un mouvement féministe de masse, qui ne soit pas dupe de l’instrumentalisation raciste en cours.

Articuler féminisme et antiracisme

Mais cet antiracisme ne peut se contenter d’être un supplément d’âme pour la stratégie féministe. Tout d’abord, il implique de tenir compte de la position qu’occupent les un·es et les autres dans les rapports de pouvoir au sein de la société. Comme le soutiennent Patricia Roux, Lavinia Gianettoni et Céline Perrin : « Si l’on admet que le Nord domine le Sud, que les modalités de l’"intégration" (cet euphémisme utilisé tant pour dissimuler une volonté politique d’assimilation que pour affirmer l’incommensurabilité de l’Autre, étranger) ne sont jamais définies par les personnes migrantes mais par le pouvoir national en place, il nous faut aussi penser la position que nous occupons dans ce rapport de pouvoir : en tant qu’Occidentales et Blanches (en tout cas pour beaucoup d’entre nous dans les collectifs féministes où nous militons), nous occupons une position de supériorité et nous tirons un certain nombre d’avantages, comme tous les dominants, de cette position occidentale. »[39] Ainsi, l’auto-organisation des personnes racisées est nécessaire pour construire un cadre de solidarité et de défense collective mais aussi, pour proposer des orientations et des campagnes féministes antiracistes à tout le mouvement féministe.

Ensuite, il s’agit de repenser l’articulation entre les différentes oppressions qui ne peut s’opérer de la même manière en tout temps et en tout lieu. Pour ce faire le concept d’intersectionnalité peut être un outil. Élaboré par Kimberley Crenshaw, ce concept signifie que les oppressions sont en interaction. Autrement dit, les oppressions croisées n’impliquent pas forcément une addition de ces oppressions et des difficultés qui se cumulent. Leurs existences conjointes produit des effets en particulier dans les résistances mises en œuvre. Naima Anka Idrissi explique en effet : « Pour prendre un exemple, dans les quartiers populaires, la stigmatisation liée à la race touche les filles au même titre que les garçons. Il se crée alors des résistances collectives face à cette oppression. Dans un entretien réalisé avec une élève d’origine tunisienne, la jeune fille expliquait que selon les contextes elle privilégiait le respect de la norme de genre ou la transgressait pour résister à une domination de race et/ou de classe. Dans sa cité, au milieu de ses pairs, elle explique qu’elle porte une attention particulière à son vocabulaire car "Je suis une fille, faut parler bien", cependant dans le cadre scolaire qui est souvent vécu comme un lieu d’exclusion et qu’Éric Debarbieux définit comme un lieu où s’exerce "un affrontement entre une ‘violence civilisatrice’ et une ‘résistance à cette force’"[40] elle affirme que "Je réponds, j’m’en fous de dire des gros mots, faut pas qu’elle [l’enseignante] se croit supérieure à moi." » Il y a donc des choix de résistance qui s’opèrent suivant les situations et selon qu’elles mobilisent tel ou tel rapport de domination. »[41] La question se pose alors concrètement de savoir, selon Sirma Blige, « si oui ou non on peut accorder plus de poids à un des axes dans un contexte donné, si l’on doit nier tout effet autonome des systèmes de race, de genre, de classe etc. »[42] lorsqu’il s’agit d’élaborer des revendications.

Conclusion

Ainsi, comme le note Sylvie Tissot : « Le féminisme est devenu une des "métaphores du racisme" : il alimente des représentations et des pratiques racistes, mais sur un mode euphémisé et par conséquent "respectable". Il est devenu légitime en effet, paré de la caution féministe, de stigmatiser "l’islam", désigné comme religion sexiste, de renvoyer les femmes musulmanes, a fortiori voilées, à leur aliénation. Ce discours n’a pas seulement libéré la parole raciste, mais il a aussi été mobilisé concrètement, à l’occasion de lois restreignant les droits humains, c’est-à-dire aussi bien des hommes que des femmes. »[43]

Il semble donc primordial d’élaborer et de dénoncer les offensives idéologiques actuelles. Tout d’abord, il est indispensable de mesurer les effets de cette instrumentalisation pour construire une contre-hégémonie féministe. Elle constitue en effet un véritable piège pour le mouvement féministe : elle conduit à casser la solidarité entre femmes, en mettant d’un côté les femmes musulmanes, avec ou sans foulard, victimes soumises et jamais considérées comme actrices de leur émancipation, sauf si elles manifestent leur adhésion aux « valeurs occidentales », de l’autre la société occidentale, voire le féminisme occidental, capable d’édicter les normes de l’égalité hommes-femmes et les chemins de la libération. Les féministes ne doivent faire aucune concession devant l’instrumentalisation qui s’opère : tenir les deux bouts, en permanence. Dénoncer pied à pies, jours à après jour ces perversions. Il en va de l’avenir du combat féministe.


[1] racisées : « victimes du racisme ». Ce terme fait débat. Nous avons choisi de le garder parce qu’il marque le processus de catégorisation.

[2] Voir la présentation sur le site d’Arte : http://www.arte.tv/fr/3388100,CmC=3388108.html.

[3] Il nous semble important de le signaler. Non qu’il s’agisse de féministes blanches par essence mais d’une place particulière qu’elles occupent dans les rapports sociaux de race, de classe et de sexe.

[4] Nous ne nous appesantirons pas sur la gauche dont la façon d’aborder ou de ne pas aborder le débat recoupe celle de certaines féministes.

[5] Marine Le Pen, AFP, 11 décembre 2010.

[6] Ibid.

[7] Communiqués disponibles sur le site du CNDF : http://www.collectifdroitsdesfemmes.org/spip.php?article300.

[8] « Sarkozy s'interroge sur l'utilité de la Journée internationale des femmes », AFP, 8 mars 2011.

[9] http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/01/13/voile-integral-sarkozy-veut-une-resolution-sans-ambiguite-avant-un-texte-de-loi_1291389_3224.html.

[10] Nina Power, La Femme unidimensionnelle, Les Prairies ordinaires, 2010, p. 17.

[11] Katha Pollitt, « After Iraq and Afghanistan, Muslim Feminists Are Leery of Seeming Close to the West », The Nation, 23 juin 2007, citée par Nina Power, p. 23.

[12] Anne Revillard, « féminisme d’État : constructions de l’objet », 2006. Elle reprend cette définition de McBride Stetson et Mazur, Comparative State Feminism, Sage, Thousand Oaks, p. 333.

[13] Françoise Thébaud, Une féminisme d’État est-il possible en France ? L’exemple du ministère des Droits de la femme, 1981-1986, in Ian Coller, Helen Davies and Julie Kalman (eds), French History and Civlization. Papers from the Gerorge Rudé Seminar, vol. 1, University of Melbourne, 2005, p. 236-246.

[14] Cahiers du féminisme, n° 26, automne 1983, p. 16-19.

[15] Christelle Hamel, « La sexualité entre sexisme et racisme : les descendantes de migrant-e-s du Maghreb et la virginité », Nouvelles Questions féministes, vol. 25, n° 1/2006.

[16] Ibid.

[17] Ibid.

[18] Ibid.

[19] Ibid.

[20] Éric Fassin, « Homosexuels des villes, homophobes des banlieues ? », Métropolitiques, 2 décembre 2010.

[21] Ibid.

[22] Sara R. Farris, « Femonationalism and the "regular" army of labor called migrant women », History of the present, n° 2, 2011.

[23] LOCS, groupe féministe de lesbiennes originaires d’Afrique, des Amériques, des Antilles, des Caraïbes, du Moyen-Orient et d’Asie.

[24] LOCS, « Basta, le racisme et la xénophobie au nom de le lutte contre le racisme », le 12 avril 2011 : http://www.espace-locs.fr.

[25] Sirma Bilge, « Théoriser la différenciation sociale et l’inégalité complexe », in L’homme et la société, L’Harmattan, 2011.

[26] http://www.disons.fr.

[27] http://ripostelaique.com, 31 janvier 2011.

[28] Historienne de la révolution française.

[29] Mona Ozouf, Les mots des femmes. Essai sur la singularité française, « L'esprit de la cité », Fayard, 1995.

[30] Sociologue spécialisée dans le droit, la famille et la vie privée, auteure de la tribune « La femme de chambre et le financier », Point de vue, lemonde.fr, le 23 mai 2011.

[31] Historienne américaine, spécialiste de la France, tribune parue dans Libération, le 9 juin 2011.

[32] Intervention sur France Inter le 6 juillet 2011.

[33] Collectif national pour les droits des femmes,  constitué en 1995 et regroupant l’essentiel du mouvement social.

[34] Tout est à nous !, 25 mai 2011.

[35] OLF, n° 1, septembre 2009.

[36] Catharine Mackinnon, « Féminisme, marxisme et postmodernisme », traduit par Elizabeth Tuttle et Annie Bidel Mordrel, in Annie Bidet-Mordrel (dir.), Rapports sociaux de sexe, Actuel Marx, n° 30, septembre 2001.

[37] Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités, PUF, 2008, p. 84.

[38] Judith Butler, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, La Découverte, 2005, p. 267.

[39] Patricia Roux, Lavinia Gianettoni et Céline Perrin, « Féminisme et racisme. Une recherche exploratoire sur les fondements des divergences relatives au port du foulard », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, n°1 , 2006, p 86.

[40] Éric Debarbieux et al., « Le construit "ethnique" de la violence », in Bernard Charlot et Jean-Claude Emin (dirs), Violences à l’école. État des savoirs, Armand Colin, 1997.

[41] Naima Anka Idrissi et al., « Some of us are brave… » : http://quefaire.lautre.net/que-faire/que-faire-no06-fevrier-avril-2011/article/some-of-us-are-brave.

[42] Sirma Bilge, « Théoriser la différenciation sociale et l’inégalité complexe” » in L’homme et la société, op. cit.

[43] Sylvie Tissot, « Bilan d’un féminisme d’État », février 2008, LMSI.net.

date:  15/09/2011 - 23:15

Capucine Larzillière et Lisbeth Sal
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MessageSujet: Christian Delarue en geurre contre l'auto-organisation des femmes racialisées   Ven 10 Juil - 9:49

de Christian Delarue, du MRAP, ATTAC, etc., monte au créneau contre l'émergence en France d'un féminisme non-blanc, qui se revendique des mêmes nécessités organisationnelle autonomes que le Black Feminism. sa composition écarte d'emblée une position essentialiste, communautariste, et donc raciste... Delarue, « taupe de Ménard au MARP » comme l'a surnommé quelqu'un, chevauche donc les thèses "identitaires de souche" du racisme anti-blanc »

Féminisme MULTICOLORE ou Féminisme RACISTE Christian Delarue 10 juillet 2015

(je souligne en gras)

Christian Delarue a écrit:
On va aborder non pas les "races" mais la diversité des couleurs de peau !

Rien n'empêche de dire que l'humanité est belle car elle est "genrée", car il y a des hommes et des femmes et, plus rarement, des êtres humains indéterminés (on ne sait pas trop à priori et la prudence antisexiste recommande alors de ne pas dire des bêtises faciles) , car il y a aussi une humanité colorée (non divisée en "races" précises) blanche ou noire ou jaune ou autre !

Le patriarcat historique a donné des avantages aux hommes contre les femmes, lesquelles ont du se battre, comme "féministes" pour réduire ou abolir ces privilèges et aller vers l'égalité entre hommes et femmes ! C'est un combat qui a débouché sur des conquêtes indéniables ici ou là lors du XX ème siècle mais qui est n'est pas terminé, mais si les situations sont diverses !

FEMINISME ANTIRACISTE

Le féminisme dominant est multicolore [ça ne veut rien dire]

Il existe évidemment des femmes racistes (cf dernier rapport CNCDH) et aussi un féminisme raciste en France mais le féminisme dominant est nettement multicolore au moins dans son principe, donc antiraciste

Multicolore, antiraciste et interculturel mais divisé idéologiquement car il y a DES féminismes multicolores

Lire par exemple "Féminismes pluriels" - Nicole Van Enis (Ed Aden) - Amitié entre les peuples

le site Amitié entre les peuples (sic) diffuse ce texte :
FÉMINISME UNIVERSALISTE: MISE AU POINT Monica M. 04 avril 2015 [repris en message plus bas]


Féminisme multicolore et "classisme"

1) Un féminisme multicolore et internationaliste n'oublie pas l'affrontement capital-travail et combat aussi les patrons et l'exploitation capitaliste dans les syndicats de travailleurs et travailleuses salariées (diversité du syndicalisme ici) car les travailleuses sont souvent plus exploitées que les travailleurs

2) Un féminisme "multicolore" combat aussi la finance prédatrice au sein du ou des peuples-classes multicolore(s), ce qui signifie que ces féministes sont aussi antiracistes et altermondialistes (ATTAC, CADTM, Fondation Copernic, etc) [c'est l'antiracisme universel abstrait traditionnel, prolétarien ou humaniste...]

3) Un féminisme "multicolore" est enfin plus lié à la thématique républicaine et démocratique avec développement des droits sociaux comme celui de Nadia Geertz par exemple

Il existe sans aucun doute des féministes blanches racistes, mais elles sont très minoritaires car la diversité est largement admise au sein du féminisme (si on laisse de côté le clivage sexo-religieux sur le voile islamique) ! Il y a - on l'a vu - d'autres clivages au sein du féminisme mais cela n'a rien à voir avec les "pseudo races"

Féminisme raciste non blanc

Il y a des féministes racistes blanches et aussi un afro-féminisme non blanc qui réunit (ou qui veut réunir) les féministes noires sans les féministes blanches ! Ce féminisme est ouvertement et explicitement raciste ! La recherche de solutions à des problèmes particuliers dans certains groupes sociaux - ici africain - débouche sur une logique racialiste qui débouche fatalement sur du racisme ! [Christain Delarue affirme apprécier Angela Davis, plus difficile à critiquer que le PIR, mais là, il considère ni plus ni moins le Black Feminism comme raciste anti-blanc»]

L'article des Inrockuptibles est repris par des sites racistes qui en profitent pour stigmatiser ces femmes noires féministes, ce qui n'est pas - de mon point de vue - acceptable ! Ma réfutation "théorique" antiraciste ne va pas jusqu'au mépris et jusqu'à l'ignorance volontairement entretenue des raisons qui font qu'un tel féminisme émerge ! J'y reviendrais car c'est nécessaire d'opérer une distinction ici

TRIPLE REPONSE

Heureusement il existe des féminismes "multicolores" ou toutes les femmes sont admises sans distinction de pigmentation de peau, (bref non raciste) et, le cas échéant, avec les hommes qui soutiennent ces féministes ! Hommes de toutes couleur de peau aussi !

Il y a nécessité de riposter à minima sur trois fronts (voir plus) soit contre le sexisme, le racisme, le "classisme" (rapports sociaux de classes)

France multicolore : contre la racialisation des rapports sociaux
http://blogs.mediapart.fr/…/france-multicolore-contre-la-ra…

Pour la promotion d'un peuple-classe multicolore. (sic)
http://blogs.mediapart.fr/…/pour-la-promotion-dun-peuple-cl…

Les Inrocks - Qu'est-ce que l’afro-féminisme ? [article dans le message suivant]

Victimes à la fois de sexisme et racisme, certaines femmes d'origine africaine ne se reconnaissent pas dans les courants féministes actuels. Ces “Afro-descendantes” souhaitent aussi faire entendre leur voix. Focus sur l’afro-féminisme, un combat...



Dernière édition par Patlotch le Ven 10 Juil - 10:07, édité 2 fois
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MessageSujet: Qu’est-ce que l’afro-féminisme ?   Ven 10 Juil - 9:57

Qu’est-ce que l’afro-féminisme ? Les Inrocks 30 juin 2015

« C’est une absence de prise en compte de problématiques spécifiques, qui justifie l’existence de l’afro-féminisme aujourd’hui »  Rokhaya Diallo.

Les membres du collectif afro-féministe Mwasi lors de la marche de la journée de la Femme du 8 mars 2015 (©Mwasi)

Les Inrocks a écrit:
Victimes à la fois de sexisme et racisme, certaines femmes d’origine africaine ne se reconnaissent pas dans les courants féministes actuels. Ces “Afro-descendantes” souhaitent aussi faire entendre leur voix. Focus sur l’afro-féminisme, un combat qu’elles jugent indispensable.

Féminisme égalitariste, matérialiste, ou postmoderne… A l’heure où les courants féministes fleurissent, l’un d’eux reste encore peu connu en France. Son nom ? L’afro-féminisme.

Ce courant part d’un constat simple : les femmes noires sont à l’intersection de deux grandes oppressions : le racisme et le sexisme. C’est ce qu’on appelle “l’intersectionnalité”. Ces discriminations ne sont pas hiérarchisées, aucune n’est plus forte qu’une autre.

L’afro-féminisme considère avant tout la voix des femmes noires ou afro-descendantes comme oubliée par un certain féminisme. Ces militantes tentent alors dereprendre cette parole en leur nom pour parler de leurs propres expériences vécues du sexisme et du racisme, et essayer d’élaborer un agenda propre”, explique Elsa Dorlin, professeure de philosophie politique et sociale au département de sciences politiques de l’Université paris-VII, et a coordonné Black Feminism : Anthologie du féminisme africain américain, 1975-2000, (L’harmattan, 2008).

“Notre but c’est l’émancipation des femmes noires”, revendique Bénédicte, membre du collectif afro-féministe Mwasi.

Le Black feminism

“L’afro-féminisme n’est pas une nouvelle tendance” rappelle Bénédicte. Ce courant tire son origine de la période des grandes mobilisations contre l’esclavage aux Etats-Unis du début du XIXe siècle. Les femmes américaines blanches, dans une démarche philantrophique, se mobilisent en faveur de l’abolition.

“Cette prise de position publique va les amener à réfléchir sur leur propre condition de femme. Mais de femme blanche… Dès le départ, se créé une forme de hiatus, une mise en concurrence contre les luttes. Le féminisme qui se ‘blanchit’ et la lutte pour l’abolition”, analyse Elsa Dorlin.

C’est surtout autour du Mouvement des droits civiques du milieu des années 1950 que les contours de l’afro-féminisme se dessinent aux Etats-Unis. C’est la naissance du Black feminism. Des femmes afro-américaines se rassemblent afin de lutter contre l’oppression subie à cause de leur couleur de peau et de leur sexe.

Angela Davis, ancienne membre des Black Panthers et militante pour le droit des femmes est une des figures majeures de ce mouvement. Elle est l’une des premières femmes à soulever les enjeux autour de l’intersectionnalité. Elle montre comment, dans les années 1970, les combats pour l’émancipation des femmes n’étaient pas les mêmes pour les Noires et les Blanches. A cette époque, les féministes blanches se soucient des enjeux autour de la légalisation de l’IVG afin de faire cesser les avortements clandestins alors que les femmes noires américaines sont victimes d’un programme de stérilisation contrainte à cause de ce que les racistes considéraient comme un risque de “dégénérescence raciale”.

Bien que les principaux mouvements afro-féministes se soient développés aux Etats-Unis, ce courant a toujours existé et été revendiqué en France, mais son appellation a été récemment médiatisé.

Pourquoi est-il nécessaire aujourd’hui ?

Les questions de racisme et de sexisme sont encore très prégnantes aujourd’hui. Les constructions de genre et de sexualité empruntent beaucoup aux stéréotypes racistes. “Les représentations de la femme idéale, c’est souvent une femme blonde, blanche aux yeux bleus. Ce sont des normes esthétiques très racialisées et qui sont aussi incorporées par les femmes elles-mêmes” révèle la philosophe Elsa Dorlin.

On me dit souvent que je m’exprime bien pour une fille noiretémoigne Audrey, auteur du blog afro-féministe Many Chroniques. La représentation du corps de la femme noire est aussi très souvent exotisé “Certaines personnes se permettent de mettre leurs mains dans mes cheveux, ils veulent savoir ce que ça fait de toucher des cheveux crépus” raconte Bénédicte. Elle ajoute :

“On me demande souvent :

– D’ou est-ce que tu viens ?

– Je suis normande et j’habite à Paris depuis dix ans.”


Ces femmes afro-descendantes ne se retrouvent pas dans le féminisme relayé par les médias et par l’Etat, le “féminisme mainstream”. Ce courant est très souvent représenté en majorité des femmes non racisées, des femmes blanches en majorité. Pour elles, la priorité c’est la lutte contre le sexisme, elles ne prennent pas en compte nos spécificités”, déplore Bénédicte, membre du Mwasi.

Je ne me reconnaissais dans aucun mouvement féministe jusqu’à aujourd’hui confie la bloggeuse Audrey. C’est pourquoi on a besoin d’un espace où on peut se retrouver et lutter pour la spécificité qui est la nôtre en tant que femme noire” ajoute la représentante du Mwasi.

L’association Osez le féminisme est par exemple souvent accusée de ne pas prendre en compte la couleur de peau, la religion ou les origines. On lui reproche de promouvoir un féminisme qui n’a pas le visage de toutes les femmes. C’est ce que beaucoup, comme la militante Rokhaya Diallo, dénoncent :
Rokhaya Diallo a écrit:

“Le fait de vouloir interdire la prostitution, alors qu’il n’y a aucune prostituée à Osez le féminisme, c’est problématique. Le fait de considérer le voile comme un problème quand, parmi elles, il n’y a aucune femme voilée, c’est un souci. C’est le fait de parler à la place de certaines femmes qui me gêne.”

Un mouvement non mixte

Ne pas parler à la place des autres. C’est sans doute une des caractéristiques majeures revendiquées par les afro-féministes. C’est pourquoi le collectif Mwasi se revendique comme “non mixte”. Nous avons souhaité nous rendre à une de leur réunion afin de les rencontrer. Elles nous ont alors poliment refusé l’accès, sous motif que leurs événements internes ne sont réservés qu’aux femmes afro-descendantes.

Collectif a écrit:
“Ce collectif est non mixte car nous pensons être les mieux placées pour saisir les armes de notre émancipation. Mwasi n’est ni contre les hommes ni contre les autres groupes ethno-raciaux. En effet, ils pourront se joindre à nos actions en tant qu’alliés après concertation des membres du collectif”,
peut-on lire sur le site de l’association.

Ces militantes disent avoir besoin d’un espace où “elles se sentent libres et surtout comprises”. Que répondent-elles alors à ceux
“C’est une absence de prise en compte de problématiques spécifiques, qui justifie l’existence de l’afro-féminisme aujourd’hui”, conclut Rokhaya Diallo.qui les accuseraient de racisme “antiblanc” ?

Benedicte a écrit:

“Ces personnes-là ne se rendent pas compte qu’elles sont dans des situations de dominants. Elles ne peuvent pas comprendre le racisme que nous subissons au quotidien. Nous ne pouvons pas être racistes antiblancs car on n’établit pas de hiérarchie entre les races et le système discriminatoire que l’on nous accuse de mettre en place ne nous profite pas à nous directement. On demande simplement la liberté d’avoir un espace pour échanger et préparer notre émancipation”,
justifie Bénédicte.

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MessageSujet: le "féminisme matérialiste" et "marxiste" à la rescousse ?   Ven 10 Juil - 10:18

Christian Delarue (MRAP, ATTAC, "Peuple classe"...) recommande le site Amitié entre les peuples (sic), qui diffuse ce texte :
FÉMINISME UNIVERSALISTE: MISE AU POINT Monica M. 04 avril 2015 [repris en message plus bas]

extraits
Monica M. a écrit:
Certains de ces pays, remettant la religion à la place qui aurait dû toujours être et rester la sienne (s'occuper de spiritualité, de culte,  et non de contrôle social et politique) ont combattu les règles patriarcales, la loi du genre et ont parfois plus ou moins promu la laïcité. C'est le cas de la Turquie et de la Tunisie, où la religion tente aujourd'hui de reprendre son emprise. Dès que ces pays ont été libérés des dictats religieux, les femmes ont acquis des droits, et le voile qui cachait leurs cheveux s'est envolé. Dès que la religion revient en tant que force politique,  les droits des femmes tendent à reculer et le voile des femmes à étendre de nouveau son ombre.

La France, qui a colonisé des pays du Maghreb, est devenue une terre d'immigration de personnes venues de ces pays. Certaines de ces personnes se sont installées et leurs enfants sont nés français, puisque la France est régie par le droit du sol et non du sang. Une grande partie de ces personnes (désignées comme musulmanes, arabes, maghrébines, beur, rebeu, immigrées ou de la diversité) vit dans des conditions socioéconomique très défavorables et leurs enfants, bien que bénéficiant en théorie des mêmes droits que tous les autres enfants, se sentent insuffisamment reconnus, ils sont discriminés, stigmatisés, ni tout à fait de France, ni du pays de leurs ancêtres. Les filles et les femmes sont écartelées entre d'une part des valeurs de laïcité et d'égalité des droits des hommes et des femmes qui prévalent  en France,  et d'autre part leur désir d'être solidaires de la communauté musulmane stigmatisée, leur besoin d'affirmer leur dignité et leurs différences, y compris à travers le voile.

Le problème est que les religieux salafistes se sont infiltrés "en douceur" depuis des années dans les mosquées et dans les quartiers (ainsi que le dénoncent avec d'autres Ghaleb Bencheikh et Boualem Sansal), et qu'ils ont profité du malaise, du désarroi et de la colère des citoyens d'origine musulmane pour proposer leurs réponses et imposer leur mode de contrôle social archaïque, peu conforme aux sociétés laïques et séculières. Le voile islamique est toujours l'une de leurs premières prescriptions, car il marque doublement les femmes du sceau patriarcal et religieux, les assignant à être potentiels objets sexuels  (devant cacher leurs cheveux pour ne pas tenter le désir des  hommes) et membres visibles de la religion musulmane. Le voile qui couvre les cheveux des femmes est fondamentalement l'un des  symboles de la discrimination  des femmes et de leur soumission à la loi du genre et au patriarcat. C'est le principal étendard de l'intégrisme musulman, figé dans ses antiennes et refusant de les réformer. Nos amis laïcs du monde musulman, comme le Collectif Femmes  sans voile d'Aubervilliers, le disent sans hésitation.

"Le fait que le port du voile n'est exigé que pour les femmes est une discrimination en soi et met la femme dans un rapport inégal avec l'homme dans la société. Le port du voile réduit la personne des femmes à leur sexualité. Il affirme la domination et le contrôle de la femme par l'homme, ce qui revient à restreindre ses libertés dans l'espace public comme ses libertés de choix liées à son corps. Le voile n'est ni un simple tissu ni une relation à Dieu, il est l'instrument privilégié de la remise en cause de ces droits fondamentaux que sont l'égalité et la liberté pour les femmes"
(7).http://www.marianne.net/Le-voile-ou-l-etendard-du-patriarcat-antifeministe_a243240.html

Dés lors, vu la complexité et le caractère contradictoire des enjeux, comment s'étonner de la place prise par Ce voile qui déchire la France selon le titre de Fawzia Zouari ( 8 ) et des conflits qui opposent parfois Islam et laïcité comme l'a finement analysé Abdelwahab Meddeb (9)?

Comment ne pourrait-il pas y avoir de tension en France entre, d'une part, les aspirations féministes et laïques de confinement des religions à l'espace spirituel et cultuel,  de dépassement de la loi du genre et, d'autre part, le besoin de certains citoyens d'afficher leurs croyances religieuses, d'affirmer leur identité et leur appartenance communautaire, notamment en recourant à ce qui est  un indéniable symbole de discrimination des femmes dans l'ensemble du monde ?


On nous rétorque que des femmes musulmanes en France portent librement le voile, que son sens n'a rien à voir avec celui qui a cours dans les autres pays musulmans et que, en critiquant le voile, nous  ne respectons pas leur liberté.

A cet argument, on peut répondre de trois façons.

- Étant femme moi-même, et ayant fait un long et coûteux parcours pour affirmer ma liberté, je sais quels mécanismes d'aliénation j'ai dû dénouer en moi,  quels mensonges intériorisés j'ai dû déjouer pour m'extirper du carcan et arriver à penser ce qui était impensable. J'y ai été aidée par des femmes, plus avancées que moi dans leur prise de conscience, qui m'ont interpellée, sollicitée, parfois bousculée, pour que je m'extirpe de cette étouffante idéologie du genre. J'y ai été aussi aidée par des hommes, qui m'ont encouragée à exprimer ma force, mon indépendance, mon autonomie. J'ai pu mesurer ainsi la profondeur terrible du consentement à l'oppression. Ces leçons de nos expériences de femmes, nous devons pouvoir continuer à les transmettre aux femmes musulmanes sans qu'il nous soit envoyé à la figure des accusations de paternalisme, de mépris néocolonialiste ou, pire encore, de racisme criminel.

- Des filles et femmes musulmanes de France sont tout à fait libres de voiler leur chevelure partout, sauf à l'école lorsqu'elles sont mineures et dans certains espaces publics qui sont assujettis à la neutralité.  Il faut cependant qu'elles sachent exactement  pourquoi ce "morceau de tissu" choque tant de leurs concitoyens. Qu'elles sachent que notre pays, si décrié par certains avec raison pour son passé colonial, n'est pas seulement critiquable et rance. Qu'elles sachent que l'histoire de ce pays, et notre mémoire à tous, portent la trace de combats violents toujours en cours pour les droits des femmes, la laïcité, l'égalité, la solidarité.

- Vu l'universalité de l'oppression des femmes, il est radicalement impossible aux féministes universalistes d'oublier ce que le voile islamique représente pour tant de femmes dans le monde, et de penser qu'en France il pourrait être complètement différent. D'ailleurs, des femmes musulmanes en France demandent qu'on les soutienne pour se débarrasser de ce carcan. Il faut donc traiter cette contradiction : ne pas contrarier la quête identitaire et religieuse de celles qui veulent se voiler, et accompagner la quête de citoyenneté et de laïcité de celles qui veulent se dévoiler.

et tout le sel de cet article ressort quand on découvre l'image qui l'illustre


le mot d'ordre de Théorie Communiste en mauvaise compagnie ? Oui et non...

en effet, c'est Monica M. qui pratique l'amalgame, avec une branche du féminisme qui dit à peu près le contraire de son billet

cf Le féminisme matérialiste radical français face au racisme Une analyse de l’évolution du sujet politique du féminisme matérialiste radical français entre 1981 et 2011 Marie Gravot
Mémoire de Master 2 Albert-Ludwigs-Universität Freiburg Ecole Normale Supérieure de Lyon Septembre 2012 voir PDF et sommaire dans le lien

Citation :
1
La conception du sujet politique du féminisme matérialiste radical français en tant qu’une « classe des femmes », au sens marxiste du terme, fait, depuis des années, l’objet de nombreuses critiques. La définition de la catégorie « femmes » en tant qu’une « classe » ne permettrait pas, jugent un grand nombre de féministes se situant dans la continuité du Black Feminism et du féminisme postcolonial, de tenir compte de l’hétérogénéité des femmes et de leurs antagonismes et postulerait un sujet féministe unifié, réduisant toutes les femmes à une seule femme, blanche et occidentale. Le féminisme matérialiste français occulterait et ne théoriserait pas les rapports de pouvoir qui traversent la catégorie « femmes ».

2
La critique de féministes « noires » et postcoloniales date des années 1970 et reproche aux féministes occidentales d’universaliser leur situation particulière d’oppression et d’ignorer le vécu des femmes non-blanches non pas uniquement victimes de sexisme mais également simultanément de l’oppression de classe et de « race ». Prises en compte au sein du féminisme américain et de la plupart des pays d’Europe, ces critiques ont du mal à se faire entendre en France.

3
S’il est vrai que la théorisation initiale de la « classe des femmes » par les féministes matérialistes françaises a eu tendance à homogénéiser le groupe « femmes » et n’a pas pris en compte l’imbrication des rapports sociaux de sexe, de « race » et de classe, deux numéros de la revue phare du féminisme matérialiste français, Nouvelles Questions Féministes (NQF), parus en 2006 semblent pourtant indiquer un changement. C’est pourquoi ce mémoire est parti de l’hypothèse d’une évolution du sujet politique de la lutte féministe matérialiste française depuis 2006 découlant d’une transformation au sein de sa théorie féministe. Une évolution qui irait dans le sens de l’abandon d’une vision homogène de la catégorie « femmes » et de la prise en compte de son hétérogénéité.

4
L’étude d’une sélection d’articles parus dans la revue NQF entre 1981 et 2011 a permis de vérifier cette hypothèse. L’analyse a montré que l’année 2006 a conduit à un tournant théorique et politique au sein du féminisme matérialiste français entraînant une redéfinition de son sujet politique. Les numéros parus en 2006 indiquent que ce sont les thématiques soulevées par la troisième « affaire du foulard » en France, notamment le racisme de la société française, qui font prendre conscience aux féministes matérialistes de la dimension raciste et faussement universelle du féminisme occidental. Depuis la parution de ces numéros, révèle l’examen de NQF entre 2006 et 2011, on assiste à un féminisme matérialiste français renouvelé se confrontant au racisme et à l’ethnocentrisme du féminisme occidental et tentant d’établir à quoi peut ressembler une pratique féministe dépassant racisme et classisme.

5
Cependant l’analyse montre que les réflexions des féministes matérialistes concernant le statut théorique et politique à donner au sujet politique du féminisme au regard des différences entre femmes ne les conduit pas à abandonner la possibilité d’un sujet uni, ni à rejeter la conception de celui-ci en tant qu’une « classe des femmes ». Ainsi, les féministes matérialistes partent toujours, en 2011, du principe que la « classe des femmes » constitue le préalable à l’action politique féministe. Mais celle-ci est définie de telle manière qu’elle prenne en compte l’hétérogénéité du groupe « femmes ». Le concept de « classe », à partir de 2006, ne met plus l’accent sur la similitude de l’oppression mais est conservé en ce qu’il indique un rapport constitutif des catégories de sexe. En effet, l’analyse laisser penser que c’est parce que le concept de « classe » permet aux féministes matérialistes de théoriser les catégories « femmes » et « hommes » en tant que constructions sociales constituées dans un rapport de pouvoir des hommes sur les femmes, qu’elles le conservent. Dans les articles publiés depuis 2006, les féministes matérialistes expliquent que toutes les femmes font l’expérience de ce rapport d’exploitation par les hommes et constituent, de ce fait, une « classe des femmes », mais elles insistent sur le fait que les femmes n’en font pas une expérience identique.

6
Ainsi la définition du sujet politique du féminisme matérialiste français semble aujourd’hui être la suivante : une lutte au nom d’une « classe des femmes » définie en tant qu’une « classe » hétérogène dont les membres, les femmes, vivent des expériences très différentes, mais qui, en même temps, sont victimes d’un rapport social de domination et de hiérarchisation commun, le rapport de sexe, qui se manifeste néanmoins sous des formes diverses en fonction de la place occupée par les femmes au sein d’autres rapports sociaux de domination. Concernant la pratique féministe, les féministes matérialistes considèrent qu’une lutte collective et solidaire des femmes contre toutes leurs oppressions est indispensable malgré leurs différences.

moralité, le primat à « la classe des femmes » aboutit à une position transclassiste du point de vue de la contradiction capital-travail. Les catégorie de "racisme" et de "classisme" (sic) traduisent ce positionnement théorique, comme si las classes étaient le produit non des rapports antagoniques dans l'économie politique du capital, mais le fait d'idéologie politiques...

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MessageSujet: Le féminisme français est-il raciste ? Christine Delphy" : 'séparer et dominer, feminisme et racisme'   Mer 22 Juil - 20:51

Le féminisme français est-il raciste ?

La sociologue Christine Delphy a fait paraître dans le Guardian [plus bas] une tribune à charge dans laquelle elle accuse le féminisme français traditionnel d’être islamophobe.

Citation :
C’est un débat qui a comme un goût de déjà vu. De Caroline Fourest à Rokhaya Diallo, le difficile positionnement sur la question du voile de celles qui se réclament du féminisme en France, est une source intarissable de conflits.

Dans une tribune du Guardian, Christine Delphy, co-fondatrice de la revue «Nouvelles, Questions féministes» avec Simone de Beauvoir en 1977, accuse le féminisme français dit «mainstream» d’être devenu islamophobe, notamment à cause de sa lutte contre le voile.

Christine Delphy a écrit:
«Si les femmes voient les Musulmanes qui portent le foulard comme une minorité opprimée, ça devrait être une raison de les accepter et de les comprendre, et non pas de les mettre au centre d’un des pires déchirements de la société française

Autrefois active dans le MLF (Mouvement de Libération de la Femme), le divorce de la sociologue spécialiste des études de genres avec le féminisme traditionnel semble être consommé. Fâchée avec l’argument de la laïcité –défendu par exemple par Elisabeth Badinter– elle le présente comme un cache-misère du rejet des Musulmans, et verse dans un positionnement davantage inspiré du multiculturalisme à l'anglo-saxonne:

Christine Delphy a écrit:
«Les Féministes blanches devraient accepter que ces femmes veulent développer leur propre féminisme en fonction de leur situation et ce féminisme devra prendre leur culture islamique en compte


Feminists are failing Muslim women by supporting racist French laws Christine Delphy  20 July 2015
Christine Delphy a écrit:


If women’s groups see Muslims wearing headscarves as an oppressed minority, it should be a reason to embrace them and understand why, not collude in widening one of the worst rifts within French society


Muslim students outside their university in Algiers

Is mainstream French feminism racist? I co-founded Nouvelles Questions Feministes (New Feminist Issues) with Simone de Beauvoir in 1977 and have long been involved with Mouvement de Libération des Femmes (MLF) but increasingly, it’s clear to me that French attitudes towards the hijab and Muslim women are not just incomprehensible, but reprehensible.

The first openly anti-Muslim law was passed in 2004, banning schoolgirls from wearing a headscarf, based on the belief that “religious signs” are contrary to laïcité – political secularism. But the ideological campaign against Islam started more than 40 years ago. Journalist Thomas Deltombe established that, between the 1980s and the mid-2000s, not a week passed without one or the other of the two main French weeklies asking “Should we be afraid of Islam?” or “Is Islam incompatible with democracy?”.

Dailies, radio and TV programmes exhibited the same obsession. It became worse over time, as the audience became convinced that western civilisation was being threatened by Islam in general, and that this danger was embodied in France by the 5 million Muslims who are the sons and daughters of North African immigrants living in France.

Now laïcité is used as an argument against Muslims, as this law has undergone a radical reinterpretation by politicians, journalists and lobbyists, and has been falsified. As Saïd Bouamama wrote in 2004, the French version of Islamophobia, trying to pass as political secularism, is just a way of making racism respectable. Even before the 2004 law meant scarf-wearing teenagers would be excluded from schools – thus violating their fundamental right to education – France’s established feminist groups did not accept scarf-wearing women in their meetings.

They decided early on these women could not be feminist, indeed must be against everything that feminism stands for, that the hijab was a symbol of oppression. It has taken the few of us who are opposed to this discriminatory law to start discussing whether high heels, lipstick and multiple signals of femininity might just as well be labelled symbols of oppression.


This contempt is ironic: it is assumed these women wear a scarf as they are forced to do so by their menfolk, and that the solution to that undue influence is to expel them from school and send them back to the same oppressive families. If French feminists saw scarf-wearing Muslims as oppressed women, it should be a reason not to expel them from school or to curtail their movements, but to embrace them. Across the country, Muslim women are not seen as “real” French.

In these conditions, wearing an ostensible religious sign has one of many possible meanings, or all of them: it may mean Muslim women expressing solidarity with people of the same racial group; it may mean an attempt to escape that condition by taking refuge in the spirituality that religion offers them; it may be an unspoken way of showing defiance towards the establishment. Scarf-wearing women share patriarchal oppression, with the added handicap of racial discrimination.

White feminists should accept that these women want to develop their own feminism based on their own situation, and that this feminism will take their Islamic culture into account. Instead, my fellow feminists are colluding in widening one of the worst rifts within French society, when time is running out.

Separate and Dominate: Feminism and Racism After the War on Terror by Christine Delphy (Verso, £14.99) is out now


Counterpunch a écrit:
 Ron Jacobs

Christine Delphy is a French feminist. She founded the journal Nouvelles questions féministes (New Feminist Issues) with Simone de Beauvoir in 1977 and is a key proponent of the branch of feminism known as material feminism. This type of feminism is one that utilizes a Marxian class analysis to inform the role of women in capitalist society. Instead of the lukewarm and individualist feminism prevalent in the United States (and present in other Western nations including France), this approach challenges the essentially biologist emphasis of the mainstream movement and makes class and race a fundamental part of its analysis of women’s oppression and resistance.

In recent years, she has been an outspoken opponent of the racist laws against Arabs and Muslims in France, especially those that are aimed specifically at women and girls. Foremost among these laws are those forbidding girls to wear the hijab in France’s public schools. Besides calling out these laws for the tools of oppression they are, Delphy has recently published a text that examines the language and structure of the US-led global war on terrorism, France’s role as willing accomplice in most of its aspects, and the nature of the French republic’s insistence on secularism, at least when it comes to the Muslim religion. In the course of these discussions, the nature of colonialism and its aftermath are also discussed. So are racism in France and the French power structure’s continued treatment of “second and third generation” immigrants as something less than French citizens—mostly because of their heritage and skin tone.9781781688809-48930db95a97e34184c2a1f6218f99d6

To begin the book, which is titled Separate and Dominate: Feminism and Racism After the War on Terror, Delphy discusses the concept of the Other. The essential point of this discussion is one that not only goes to the root of the concept; it takes that root and cracks open the seed from which it came. The Other exists, writes Delphy, because of a total lack of reciprocity in regards to those that determine who the Other is. In other words, the Other exists solely and only because of its lack of power in relation to the part of those who dominate. In other words, the role of the Other cannot be turned around to create a situation where the dominant groups (the Ones) become the Other. This is because the very definition of what defines the Other is based in its subordination to the Ones. The Other can be based on race, gender, sexuality or class; it can be any combination of these, and it is always subordinate to the Ones, because it is the master groups that have created the definitions of race, class, gender and so on. The subversion of this matrix is the only way to ending it. Delphy underlines her argument by pointing out that our understanding of the Other is a purely Western invention and is part of the sociology of colonialism.

The shortest essay in this collection is titled “War without End.” It was written after the US invaded Afghanistan and challenges the war’s entire rationale. By attacking “terrorism,” writes Delphy, Washington is providing itself with a rationale for never-ending war, since the war itself will create more of those fighters the West calls terrorists. This argument is well-worn by now; almost fourteen years after those first planes attacked the mountains populated by the Pashtun in 2001. Ina subsequent essay, the author discusses the rationale belatedly put forth by George Bush and company that the war on Afghanistan was for the liberation of the Afghan women. While Delphy notes that the liberation of women is always desirable, she pointedly argues that imperial war cannot achieve that goal. The discussion that ensues is a valuable and insightful look at the language of western empire in the twenty-first century and the contradictions of white feminism.

The book’s final essay, titled “Anti-sexism or Anti –Racism” is an insightful and well-crafted discussion of every idea presented earlier in the text. By once again utilizing the battle in France over banning the wearing of the hijab as both a metaphor for more fundamental differences and as the crucial element in the debate it creates, Delphy rips apart the hypocrisy of French society—including the so-called Left—in its defense of the oppression of Arabs and Muslims in the name of secularism. Insisting essentially that this secularism relies on intolerance no different than that practiced by fundamentalist religion, she elucidates the need for a true feminism and radical critique that defies the structures of domination, not one that reinforces them. Certain to challenge her English-speaking readers as much as she challenges her readers in French, Christine Delpy’s text is an important addition to the discussion around religion, racialism, and the aftermath of colonialism.


Ron Jacobs is the author of Daydream Sunset: Sixties Counterculture in the Seventies published by CounterPunch Books. He lives in Vermont. He can be reached at: ronj1955@gmail.com.
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MessageSujet: l'afro-féminisme « ouvertement raciste »...   Sam 25 Juil - 23:42

il faut de tout pour faire un monde... blanc

site d'extrême-droite

L’afro-féminisme : un courant de féministes noires et racistes 4 juillet 2015 par Pierrot

Pierrot a écrit:
« L’afro-féminisme », c’est le qualificatif d’un courant de militantes féministes ouvertement raciste. « Notre but c’est l’émancipation des femmes noires » revendiquent fièrement les névrosées du groupe Mwasi. Au programme : pleurniche sur le racisme supposé des méchants Français de souche, revendications féministes, anticapitalisme et interdiction aux femmes blanches d’adhérer au groupuscule.

C’est pourtant « grâce » au capitalisme que ces dames sont dans notre pays, bénéficient d’une protection sociale avantageuse, ne sont pas victimes de la guerre à l’africaine (machette), ne connaissent pas la famine.

Alors que cette racialisation du pseudo combat féministe va à l’encontre de toutes les valeurs de la République maçonnique, les Inrock (revue bobo) consacre un énorme article à ce groupe et la justice ferme les yeux sur ces harpies racistes.

commentaire
Yvette Larivière a écrit:

Savannakhet Hight School (SHS)
qu'est ce qu'on nous bassine les oreilles avec le racisme . Pour elles, c'est plutôt le complexe d'infériorité qu'elles prennent pour du racisme . Je connais le problème, j'y suis passée par là . Peut être même le complexe de supériorité . Après, quand on est français, il n'y a plus de couleurs . On est français ou on ne l'ai pas, c'est tout

on relèvera que le qualifiquthâtif de « féminisme raciste » est le même que celui de Christian Delarue, altermondialiste d'ATTAC et antiraciste du MRAP. Ici : Féminisme MULTICOLORE ou Féminisme RACISTE : « Féminisme raciste non blanc : Il y a des féministes racistes blanches et aussi un afro-féminisme non blanc qui réunit (ou qui veut réunir) les féministes noires sans les féministes blanches ! Ce féminisme est ouvertement et explicitement raciste ! »

Christian Delarue n'a pas rencontré la catégorie "Féminisme raciste blanc", Christine Delphy, oui...

cela étant, je les remercie pour l'image qui illustre leur article

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MessageSujet: La question du voile crée une scission à Osez le féminisme   Lun 3 Aoû - 0:32

La question du voile crée une scission à Osez le féminisme Les Inrocks 04/06/2015




L’antenne lyonnaise d’«Osez le féminisme» a annoncé par communiqué de presse sa démission collective de l’association le 27 mai. En cause, un fonctionnement jugé trop “pyramidal”, et des désaccords sur le voile. Jusqu’où iront les divisions ?


Mathieu Dejean a écrit:
C’était la plus importante des 20 antennes actives d’Osez le féminisme ! à l’échelle nationale en 2013, elle ne compterait aujourd’hui plus que trente adhérentes, et elle vient de jeter l’éponge en annonçant sa démission collective dans un communiqué, le 27 mai. La section lyonnaise d’OLF invoque notamment un “fonctionnement pyramidal, parisianiste et centralisé”, mais surtout un désaccord de fond sur “des interventions médiatiques récentes”, jugées “honteuses et irrespectueuses envers les femmes voilées”.

En cause, les propos tenus par la porte-parole d’OLF, Anne-Cécile Mailfert (qui a passé le relais à Claire Serre-Combe et Margaux Collet le 30 mai lors de l’Assemblée générale annuelle du mouvement), sur le plateau du Supplément de Canal + début mai. Suite à un portrait d’elle dans lequel la militante féministe Rokhaya Diallo l’interpelle sur la position d’OLF sur les femmes voilées, elle répond : “Nous on a une position, c’est de dire : les voiles, pas seulement le voile musulman, c’est un signal qui est de se cacher pour les femmes, et ça c’est vrai que nous on est contre.”

“Je ne dis rien d’islamophobe”


OLF69 explique dans son communiqué avoir pâti sur le terrain de ces déclarations : “Difficulté de créer des partenariats, absence de crédibilité, de pertinence sur le terrain”. La démission des huit membres du conseil d’administration et des quatre membres du comité d’organisation devrait prendre effet le 18 juin, lors d’un Conseil d’administration extraordinaire.

Contactée par Les Inrocks, Anne-Cécile Mailfert se défend d’avoir tenu des propos islamophobes, et dénonce “une tempête dans un verre d’eau” provoquée de manière opportuniste :

Citation :
“Nous n’avons jamais rien dit qui vise la religion musulmane en particulier. Les militantes démissionnaires d’OLF69 instrumentalisent une interview dans laquelle je ne dis rien d’islamophobe. Le premier numéro du journal d’Osez le féminisme était consacré au voile il y a six ans. Elles ne peuvent donc pas faire comme si elles découvraient maintenant notre position à ce sujet. On a toujours dénoncé le fait que toutes les religions pèsent dans les instances internationales contre les droits des femmes. Elles n’ont jamais été des moteurs de leur émancipation.”


Journal d’Osez le féminisme ! n°1, septembre 2009

“Ces déclarations ont remis en question leur engagement à OLF”


D’après nos informations, la prise de distance d’OLF69 vis-à-vis de la ligne politique de la direction centrale d’OLF a été progressive, et serait le fruit d’une prise de contrôle de l’antenne par un petit noyau de sept militantes. Le 14 mars dernier, certaines d’entre elles ont participé à une manifestation contre la loi de 2004 interdisant le port du voile à l’école, 11 ans après son vote. A cette occasion elles auraient rencontré des militantes du CRI (Coordination contre le racisme et l’islamophobie).

Puis, le 21 mai, OLF69 a organisé un atelier-débat décisif, qui avait pour thème la double oppression des femmes victimes de racisme et de sexisme. Il a été animé par la secrétaire nationale du CRI, Safia Akoudad. Contactée par Les Inrocks, celle-ci affirme que la décision des militantes d’OLF69 de démissionner du CA était alors déjà prise : “Les déclarations de leur porte-parole sur les femmes voilées ont remis en question leur engagement à OLF”, relate-t-elle.

“Nous considérons le voile comme un symbole d’oppression patriarcale”

Interrogée par Les Inrocks, la nouvelle porte-parole d’OLF, Claire Serre-Combe, précise la position d’OLF sur le voile :
Citation :

“Nous considérons le voile comme un symbole d’oppression patriarcale. Cette position a fait l’objet d’un vote en conseil d’administration il y a un an et demi, auquel les militantes d’OLF69 n’ont pas participé car elles n’étaient pas présentes. Cependant nous n’avons pas de solution pour le combattre, car les femmes musulmanes sont victimes d’une double oppression, raciste et sexiste, et nous ne voulons pas les stigmatiser”.

OLF69 a officialisé sa démission le 27 mai, peu avant l’Assemblée générale annuelle du mouvement, qui a eu lieu à Nanterre le 30 mai. L’ambiance promettait d’être pesante. Selon Claire Serre-Combe, il ne fût pourtant pas question de cet événement. Le texte d’orientation adopté lors de cette AG réaffirme les combats féministes d’OLF contre les violences économiques faites aux femmes, pour les libertés des femmes à l’international, et pour l’abolition de la prostitution.

“Intégrer la notion d’intersectionnalité” [sic]

On y lit une définition inclusive du féminisme : “Le féminisme, et il faut le rappeler, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes, quelles que soient leurs origines, leur orientation sexuelle, leur orientation religieuse”. Et la mention de l’”intersectionnalité” des luttes (de classe, de genre et de race) :
Citation :

“Il nous revient de travailler avec les collectifs anti-racistes pour intégrer la notion d’intersectionnalité et la double peine subie par les femmes racisées, mais également de porter au plus haut niveau de l’Etat l’urgence de mettre des moyens dans la lutte contre le sexisme face aux menaces de l’extrême-droite et des extrémistes religieux.”

Pas de quoi réconcilier les deux parties. Claire Serre-Combe affirme regretter la manière dont cette rupture a été consommée, par voie de presse interposée, et espère que de nombreuses militantes participeront à l’AG extraordinaire qui devrait avoir lieu à Lyon le 18 juin. Selon la secrétaire nationale du CRI, Safia Akoudad, qui est contact avec certaines militantes démissionnaires d’OLF69, elles ont l’intention de militer dans d’autres structures, quoi qu’il arrive.

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MessageSujet: vidéo : "une femme très islamophobe"   Lun 3 Aoû - 0:40


"INTERVIEW : UNE FEMME TRES ISLAMOPHOBE"



Christine Tassin : « l'Islam est une saloperie »

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MessageSujet: «Le féminisme est incompatible avec l'islam»   Lun 3 Aoû - 0:43

en miroir...

«Le féminisme est incompatible avec l'islam», affirme Suleiman al-Hayiti, un wahhabite de Montréal, citant du même souffle un verset du coran adressé aux femmes: «Restez dans vos demeures, et ne vous exhibez pas à la manière des femmes d'avant l'islam» [sourate al-Ahzab, verset 33].



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MessageSujet: l'avis de Catherine Fourest sur le voile    Lun 3 Aoû - 0:49



l'avis de Catherine Fourest sur le voile



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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 3 Aoû - 1:49







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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 3 Aoû - 2:30

Islam et laïcité : interdire le voile au nom du droit des femmes, c'est une tyrannie David Simard Philosophe, psycho-sexologue

Le vendredi 10 juillet à Paris, une manifestation contre le voile s'est déroulée place de la République à Paris. Elle était organisée par l'antenne française de l'organisation canadienne des "Femmes sans voile", dans le but de "dénoncer l'obscurantisme". Problème : est-ce vraiment féministe d'imposer le non-port du voile aux femmes qui l'ont choisi ? La réponse de David Simard.


Une jeune femme portant le voile lors d'un cours à l'université

En France, l’islam pose problème à beaucoup de monde, dans un large spectre iconoclaste : d’organisations d’extrême-droite à certaines organisations féministes, en passant par les électeurs de droite mais aussi, de plus en plus, de gauche.

David Simard a écrit:
En effet, si la tolérance à la diversité telle que mesurée par la Commission nationale consultative des droits de l'homme est idéologiquement et considérablement plus faible à droite qu’à gauche, elle est en recul persistant à gauche depuis 2009 selon le rapport de 2014 de ladite commission, alors qu’elle a connu à droite, après un recul persistant sur 4 ans, une légère hausse en 2014.

Plus précisément, les victimes les plus touchées par cette intolérance générale sont d’abord, pour reprendre la terminologie du rapport, les Tziganes et les gens du voyage, puis les musulmans et les Maghrébins (notons que toutes ces données datent par ailleurs d’avant les attentats de janvier 2015).

L'argument de la laïcité : un racisme qui ne dit pas son nom

À droite et surtout à l’extrême-droite, le rejet de l’islam est associé au racisme envers les Maghrébins ou identifiés comme tels, même si le FN par exemple masque ce racisme derrière une défense de la laïcité faisant écho à la théorie du choc des civilisations dans une optique identitaire. Mais qu’en est-il à gauche ?

La sociologue féministe Christine Delphy, co-fondatrice avec Simone de Beauvoir de la revue "Nouvelles Questions Féministes", s’interrogeait il y a quelques jours à ce sujet dans les colonnes numériques du "Guardian". Selon elle, la laïcité est utilisée par certaines organisations féministes établies comme argument contre l’islam, au point de refuser, dit-elle, que des femmes portant le voile, "symbole de l’oppression des femmes", puissent assister à leurs meetings.

Christine Delphy vise particulièrement des féministes blanches, qui utiliseraient la laïcité pour masquer leur racisme, dans un pays où les femmes musulmanes ne sont pas considérées comme de "vraies" françaises.

Le problème n'est pas le voile, c'est l'imposition du voile


De fait, le voile dans l’islam est utilisé comme non seulement un symbole mais aussi un moyen de l’oppression des femmes. D’une manière plus générale, les trois grandes religions monothéistes, dont les histoires sont bien plus imbriquées que ce que l’on a coutume de penser, n’ont cessé d’inférioriser les femmes, et ce n’est pas à elles que l’on doit les avancées en matière de droits des femmes et d’égalité des sexes.

Il est donc tout naturel que des mouvements féministes se positionnent contre l’imposition du voile, et plus généralement contre ce qui, dans les religions, soumet les femmes aux hommes. En revanche, la laïcité telle que conçue en France, outre la séparation des églises et de l’État, garantit la liberté de conscience, qui inclut la liberté religieuse. Ce point est souvent omis.

Combattre l’imposition du voile ne peut donc se faire par la stigmatisation des femmes voilées ni par l’objectif d’interdire le voile. On voit mal effectivement comment justifier la lutte contre une oppression par l’instauration d’une autre oppression. Que l’État soit laïque signifie en effet qu’il n’y a pas de religion d’État, que partant l’État n’impose aucune religion, et qu’ainsi il laisse la liberté aux citoyens de leurs croyances religieuses, y compris de ne pas en avoir.

Une configuration tyrannique du féminisme

L’islam n’a en aucune manière à être exclu de ce principe de laïcité et de la protection par l’État des musulmans, au même titre que les autres croyants et les athées. C’est d’ailleurs là le pendant à l’imposition de la séparation du religieux et du politique aux pratiques de l’islam en France, qui exclut par exemple que puisse être reconnu dans la loi un délit de blasphème.

La liberté est un principe républicain. L’égalité en est un autre. La liberté religieuse n’a donc pas à être discriminatoire. Le féminisme ne saurait ainsi se revendiquer de la laïcité pour interdire des pratiques religieuses, quand bien même ces pratiques symboliseraient à leurs yeux rien d’autre que l’oppression des femmes. Ce qui peut être combattu conjointement au nom du féminisme et de la laïcité est l’imposition de pratiques religieuses à des femmes. Ainsi, concernant le voile, on peut réclamer qu’il ne soit pas imposé à des femmes, aussi bien par féminisme (parce qu’imposé à des femmes en raison de leur sexe) que par laïcité (parce que pratique religieuse imposée).

En revanche, vouloir interdire à des femmes de porter le voile constitue une atteinte à la laïcité : cela revient en effet à vouloir interdire une pratique religieuse, alors que la laïcité garantit la liberté religieuse. Certes, au nom du féminisme, on pourrait invoquer que les femmes portant le voile volontairement ont assimilé la domination masculine, et qu’il conviendrait de les libérer malgré elles si besoin. Mais un tel féminisme est tyrannique, et peut très vite justifier les pires pratiques de police des mœurs en prétendant incarner le Bien.

Appréhender le port du voile selon le critère de la volonté

De plus, si l’on considère que nulle n’est libre absolument, mais que toutes et tous nous assimilons des représentations sur lesquelles nous n’exerçons pas de recul critique, y compris les féministes, cette logique inquisitoire peut être étendue à tout un chacun, ce qui conduira à ce que le plus fort impose sa tyrannie au nom de sa propre vision du Bien. C’est le même genre de problématique que l’on voit à l’œuvre notamment dans le domaine du travail sexuel (ce qui plaide plutôt, du coup, pour dire que le rejet de l’islam par des féministes n’est sans doute pas qu’une affaire de racisme larvé).

Il s’agit donc d’appréhender le port du voile non en tant que tel mais selon le critère de la volonté : cette femme est-elle obligée par un tiers de porter le voile, ou le porte-t-elle parce qu’elle l’a choisi ? Sans quoi, on stigmatise les femmes qui portent le voile volontairement, éventuellement jusqu’à les montrer du doigt en affirmant qu’elles insultent celles qui refusent de porter le voile et qui le paient parfois de leur vie face à des groupes islamistes tyranniques et meurtriers, comme le fait le titre de cet article de 1997 et actualisé en janvier 2015, relayé sur Facebook par le Planning familial de Paris ces derniers jours.

Être libre par rapport au voile, en un sens qui soit à la fois féministe et laïque, signifie pouvoir choisir soi-même de le porter ou non. Sinon, soit on a affaire à un féminisme lui-même tyrannique qui prétend libérer les femmes malgré elles et même contre elles, soit on a affaire à une conception identitaire et non égalitaire de la laïcité, ou qui défend un universalisme de l’uniforme et non de la diversité.

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MessageSujet: A la recherche des féministes musulmanes du Maroc à l’Iran   Lun 3 Aoû - 13:15



A la recherche des féministes musulmanes du Maroc à l’Iran Pauline Chambost 27 juillet


Sarah Zouak est partie dans cinq pays différents à la rencontre de musulmanes qui se battent pour les droits des femmes


Pauline Chambost a écrit:
C’est à peine sa soutenance de mémoire passée que Sarah Zouak, 25 ans, a pris son sac à dos pour partir à la recherche des musulmanes « actrices de changement ». Cette Franco-marocaine qui a grandi en France est partie d’un constat, ou plutôt d’un malaise : « Etre musulmane en France n’est pas toujours facile. Dans l’image qu’on me renvoyait de moi-même, mon côté marocain et musulman était tout le temps résumé à la tradition et mon côté français et féministe résumé à la modernité. Les deux étaient perçus comme contradictoires ». « J’ai pendant longtemps cherché des modèles de femmes, en vain. Les féministes qui me ressemblaient étaient souvent critiques envers l’islam », nous raconte la jeune femme.



« Dans les médias la musulmane est perçue comme une personne faible, aliénée. Je me suis alors demandé ‘ n’existe-t-il pas des musulmanes qui font bouger des choses’ ? », se questionne la jeune femme. C’est alors qu’elle décide de vérifier par elle-même, en partant à la recherche de musulmanes engagées pour les droits des femmes, pour échanger avec elles, les aider, et les faire connaître.


Vivre avec ces femmes

Elle s’est donc accordée cinq mois pour découvrir cinq pays et y rencontrer des musulmanes, présidentes d’association ou chef d’entreprise sociale par exemple, pour réaliser son projet, le « Women sense tour in muslim countries ». Le Maroc s’est imposé à elle, pour découvrir le pays qu’elle ne connaissait qu’à travers sa famille et ses vacances. Sarah voulait aller dans un pays qui avait vécu la révolution du Printemps arabe, elle s’est alors rendue en Tunisie. Elle a choisi la Turquie pour son aspect laïc, l’Indonésie parce qu’il reste le premier pays musulman et enfin l’Iran « un pays qui choque et suscite le plus de fantasmes ». Des Marocaines Aïcha Ech-Channa de l’association Solidarité féminine à Khadija Elharim fondatrice d’une coopérative féminine d’argan, à l’Iranienne Zahra Bonyaniyan fondatrice d’une association pour les mères célibataires, en passant par Lita Anggraini qui vient en aide aux petites bonnes indonésiennes, au total, Sarah a rencontré 25 femmes, aux parcours bien sûr très différents.


Sarah aux côtés de Khadija El Harim, fondatrice d’une des plus grosses coopératives d’argan du Maroc

Elle vivait environ cinq jours avec chacune d’elle pour découvrir leur activité mais aussi les aider dans leur projet. Les concernées choisissaient donc ce qu’elles considéraient comme étant leur plus grand défi (la finance, la communication, l’organisation), invitaient leur réseau et Sarah animait ainsi un court atelier, elle-même étant diplômée d’une école de commerce et d’un master en relations internationales, et accumulant plusieurs expériences dans le domaine associatif. Quand elles étaient mariées, vivre avec ces femmes était aussi l’occasion pour Sarah de découvrir quelque peu les rapports qu’elles entretenaient avec leurs époux et leurs enfants.


Fatemeh Ashrafi, fondatrice de l’association HAMI (Iran), pour la protection des femmes et des enfants des réfugiés

La foi et un déclic

D’après Sarah, pour toutes ces femmes, la religion n’est pas un obstacle à leur action mais plutôt son moteur. « Certaines citent parfaitement le coran, où l’on retrouve plusieurs versets parlant d’égalité hommes/femmes, mais ces femmes tirent aussi leurs arguments d’autres sources. Elles vivent toutes leur religion différemment ».


Sarah Zouak à Persépoli

Ce voyage lui a permis de déconstruire les préjugés qu’elle avait. « Je pensais que je n’allais rencontrer que des femmes super courageuses, expertes dans leur domaine, avec un mental de leader. Mais en fait, ce sont souvent des personnes qui ont juste eu un déclic et qui sont parties au départ avec de tous petits projets ». C’est le cas par exemple de Nora Belahcen Fitzgerald, qui a juste rencontrer une sans abri de Marrakech puis lui a trouvé un travail dans un restaurant, pour finalement être à la tête d’un des plus gros restaurants solidaires du Maroc qui embauche des dizaines de femmes nécessiteuses.

Les déclics arrivent à des moments différents de la vie, lors d’événements bouleversants ou bien anecdotiques : la mort d’un mari, une réflexion de son père, la rencontre d’une fillette.


En Indonésie, l’association Panca Karsa vient en aide aux travailleuses migrantes

«Je suis maintenant fière de dire que je suis féministe et musulmane»

Aussi, Sarah a été étonnée par les relations qu’entretiennent ces femmes avec leur entourage : « 99 % des femmes que j’ai rencontrées ont le soutien de leur mari et de leur père ». Bien sûr, il y a peut-être un biais : de nombreuses femmes, faute de soutien, n’arrivent pas à entreprendre. La plupart de ces personnes ne se définissent pas comme féministes, et n’ont même pas conscience d’être des « actrices du changement », comme les appelle Sarah.

Parmi ses surprises ? La division de la société turque sur le port du voile et l’idée de certains que l’objet devient un instrument politique, la grande facilité pour une jeune fille de voyager, l’hospitalité des Iraniens, heureux de rencontrer des étrangers ou bien encore le nombre de Tunisiennes qui se mobilisent depuis la révolution de peur de perdre leurs acquis.


En Iran, Sarah avec Leïla Arshad, fondatrice d’un centre d’accueil pour les femmes droguées

Après ces dizaines de rencontres et quelques larmes d’émotion, Sarah est à l’heure du bilan, deux mois après son retour. Et elle le sait, cette expérience a changé sa vie. Surtout, « Je suis maintenant fière de dire que je suis féministe et musulmane sans qu’il y ait contradiction », commente-t-elle. Prochaine étape : la réalisation de son documentaire, puisqu’elle a filmé toutes ces femmes. Après ce tour du monde, Sarah réalisera un tour de France, pour diffuser ces images, dans les écoles notamment.




bémols

[quote="Sarah Zouak"Je suis musulmane mais je l’ai longtemps caché parce que je me définissais aussi comme féministe et je pensais que c’était contradictoire, regrette-t-elle. Ici, on ne nous donne pas de modèles de femmes qui allient sereinement leur foi et leur activisme. Quand une femme musulmane est mise sur le devant de la scène, c’est qu’elle lutte au prix de sa vie : c’est Malala contre les talibans.

Moi-même j’ai appris plein de choses et je me suis rendu compte que j’avais des a priori, avoue-t-elle. Quand on a vu un de nos rendez-vous arriver en tchador, on s’est dit : “Oula, ça doit pas être facile pour elle…” Mais en fait, plus féministe tu meures !
[/quote]



Au Maroc, en Tunisie, Turquie, Indonésie et Iran, Sarah a donc partagé le quotidien de musulmanes présidentes d’associations, directrices d’entreprises coopératives, députées, etc., toutes engagées pour l’émancipation des femmes.

Citation :
Morocco

– Aicha EchChenna, founder of Solidarite Feminine
– Khadija Elharim, founder of the first argan cooperative in Tafraout
– Nora Belahcen Fitzgerald, founder of the association Amal in Marrakech

Tunisia

– Ikram Ben Said, Founder of ASWAT NISSA in Tunis for encouraging women to be political candidates
– Sana Ben Achour, Founder of the Association BEITY in Tunis for the women living on the streets
– Sarah Toumi, Founder of the Association Ajmi Toumi and the project Accacias for All in Bir Salah

Iran

– Fatemeh Ashrafi, founder of the association HAMI for the women refugees (mostly from Iraq or Afghanistan)
– Leila Arshad, founder of the association Khaneh Ye Khorshid (The House of the Sun) for the female drug addicts
– Zahra Bounyanyan
– Marjaneh Halati, founder of the association Omid-e-Mehr, for disadvantaged young women from ages 15 to 25

Indonesia

– Lita Anggraini – Founder of the National Network of Domestic Workers Advocacy (ou JALA PRT)
– Masnuah Mba Nuk, Founder of the Fisherwomen cooperative Puspita Bahari.

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 3 Aoû - 20:21


c'est la faute du kart, pas du voile !



Etranglée par sa burqa, prise dans la roue de son kart Regard Sur l'Afrique 3 août

Citation :
C’est ce qu’on peut appeler mourir bêtement. Ce sont les saoudiens qui vont être contents. Ils ont maintenant un argument pour leur loi empêchant les femmes voilées de conduire. Qui dira à certaines de ces femmes voilées que l’habit ne fait pas le moine ? Ce n’est pas parce qu’elles sont couvertes de la tête aux pieds en toute circonstance qu’elles seront des saintes. Certaines situations exigent de s’habiller en conséquence, ou alors il faut soit les éviter, soit prendre des précautions. Mêmes les curés, pour courir, soulèvent leur soutane. RI
 


30 juillet
Citation :
Une jeune femme de confession musulmane est décédée des suites d’un accident de karting survenu jeudi après-midi sur un circuit en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, lorsque sa burqa s’est prise dans la roue de l’engin qu’elle pilotait.

En pleine course, la mère de famille, âgée de 26 ans et originaire de Sydney, a malencontreusement coincé son vêtement dans la roue du kart et a été étranglée par le tissu, d’après des témoins.

La victime a été emmenée d’urgence au John Hunter Hospital, mais les médecins n’ont rien pu faire. Une enquête a été ouverte sur les circonstances de l’accident. Le kart a été saisi par la police pour être inspecté plus en détails.





Dernière édition par Patlotch le Mar 8 Mar - 13:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 10 Aoû - 2:13



Nathalie ne fait pas dans la dentelle : une réponse à Christine Delphy (page 1, 22 juillet)

Féminisme et racisme, les errements de Christine Delphy Nathalie Raulin, Journaliste au service France Libération, 26 juillet 2015  

Nathalie Raulin a écrit:
Ainsi, le féminisme français, canal historique, aurait viré raciste. Stupéfiante accusation qu’on prendrait avec dédain si elle n’était portée par une pionnière du mouvement, Christine Delphy, cofondatrice de la revue Nouvelles Questions féministes avec Simone de Beauvoir en 1977. Dans une tribune publiée le 20 juillet dans le quotidien britannique The Guardian, la sociologue tire à vue sur ses camarades de lutte, coupables de «connivence» avec les islamophobes du seul fait du soutien qu’elles ont apporté à l’interdiction légale du port ostentatoire de signes religieux à l’école, et plus généralement de leur réticence à l’égard du port du voile dans l’espace public. «La laïcité est utilisée comme un argument contre les musulmans», assène Delphy, à l’évidence plus attachée à la «compréhension des minorités opprimées» qu’à la dynamique du mouvement émancipateur. Dans un étourdissant renversement de perspective, cette laïcité politique, qui, il y a un demi-siècle, avait permis la conquête par les Françaises du droit à disposer d’elles-mêmes, est là présentée comme un instrument d’oppression d’autres femmes issues de minorités raciales et religieuses. Les féministes «blanches» qui voudraient échapper à l’accusation de racisme sont donc sommées d’accepter l’idée d’un nouveau féminisme «qui prendrait en compte la culture islamique». Autrement dit, qui verrait dans le port du voile non le signe d’une soumission à un ordre patriarcal et religieux, mais le symbole d’une solidarité avec les «membres du même groupe racial». L’énoncé laisse circonspect sur les contours - et les revendications - que pourrait avoir un tel mouvement subordonnant d’emblée la solidarité féminine à la solidarité raciale. Les prétentions universalistes des suffragettes et de leurs descendantes en seraient à tout le moins absentes… Au lieu d’insulter les féministes françaises, de leur prêter des aversions qu’elles n’ont pas, Christine Delphy devrait plutôt se souvenir que la liberté d’une femme (de disposer de son corps, d’exercer ses droits, de critiquer, etc.) réclame aussi de mener le combat contre les siens (sa famille ou son «groupe racial») pour peu que l’ordre social qu’ils défendent repose sur sa propre soumission. Le féminisme français canal historique n’a, lui, pas oublié. Ses conquêtes sont suffisamment récentes, fragiles et imparfaites pour qu’il se refuse à en saper le fondement laïc. On le comprend. Nul racisme là-dedans. Juste de la mémoire.

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MessageSujet: Dephy, Raulin, Tissot...   Lun 10 Aoû - 2:26



une réponse à Nathalie Raulin (message précédent)

De Calandra à Raulin

Sur les errements sans fin d’une certaine caste de néoconverties
Sylvie Tissot 30 juillet 2015

Sylvie Tissot a écrit:
Dans un billet stupéfiant paru le 26 juillet, la journaliste Nathalie Raulin de Libération fustige les « errements de Christine Delphy ». Afin qu’un large public puisse en juger, nous avons reproduit ici (voir plus bas), en français, l’objet du litige : une tribune publiée par la sociologue française Christine Delphy dans Le Guardian, qui invite les féministes françaises à combattre les lois islamophobes votées dans leur pays plutôt que de s’en prendre à d’autres femmes, les femmes portant un foulard.

Cette position, basiquement anti-sexiste et anti-raciste, a comme effet récurrent de faire s’étrangler de rage un certain nombre de personnalités auto-proclamées féministes : c’était le cas il y a quelques mois de la maire du vingtième arrondissement Frédérique Calandra, qui interdisait à Rokhaya Diallo d’intervenir dans un débat public en raison de ses prises de positions féministes et anti-islamophobes. C’est le cas aujourd’hui de Nathalie Raulin.

Le point commun entre ces deux femmes, et quelques autres ? Il y en a trois.

1) Leur réécriture de l’histoire du féminisme, dont aucune conquête, contrairement à ce qu’affirme Nathalie Raulin, n’a jamais eu de « fondement laïc ». Le combat des femmes pour disposer de leur corps, par le droit à l’avortement notamment, n’a pas été mené au nom de la laïcité. Les plus grands défenseurs de la laïcité étaient quant à eux des hommes, radicaux de gauche, par ailleurs farouches opposants au droit de vote des femmes – sous prétexte que, loin d’être des sujets libres disposant de leur voix, elles allaient voter comme leur curé. La confusion entre « féminisme » et « laïcité » est le résultat d’une opération idéologique dénaturant ce qu’est la laïcité pour en faire le bras armé du combat anti-musulman.

2) L’ignorance de ce qu’est le féminisme musulman ou islamique, courant divers et ancien qui regroupe à la fois celles « qui s’efforcent d’établir la compatibilité entre l’islam et l’émancipation des femmes » et celles « qui mettent l’accent sur la spécificité de la domination des femmes musulmanes indépendamment des sociétés dans lesquelles elles se trouvent », selon Sonia Dayan-Herzbrun, Zahra Ali, Fatima Mernissi, Saba Mahmood, Leila Ahmed, Asma Lamrabet ou encore Nilüfer Gole : autant d’auteures auprès desquelles Nathalie Raulin pourrait utilement s’instruire.

3) Plus grave encore, leur complaisance voire leurs accointances avec Dominique Strauss-Kahn. Alors que ce dernier constitue une menace assurément plus grave pour l’intégrité des femmes que quelques carrés de tissu, Nathalie Raulin n’hésitait pas, dans un article récemment publié dans Libération, à faire un usage douteux d’un sondage également très douteux pour annoncer une « envie » de DSK chez « les électeurs ». Volant déjà à la rescousse du même DSK juste après son arrestation en 2011, elle s’était élevée en faux contre l’idée, pourtant largement partagée dans le milieu, selon laquelle « on ne peut envoyer une femme seule interviewer l’ancien directeur du FMI ». Pour elle, il n’y a rien de « répréhensible » à aimer « le sexe et le libertinage ». Les femmes harcelées et violées par DSK apprécieront cette belle solidarité féministe.

Quelle est donc la crédibilité de Nathalie Raulin pour juger des « errements » de Christine Delphy, dont les engagements sont d’une autre envergure ?

Aucune.

Nathalie Raulin prétend défendre un soit disant « canal historique » injustement accusé. Elle n’en représente qu’une ramification exsangue, malheureusement soutenue par les grands médias, mais de plus en plus isolée dans le mouvement féministe. Comme le montre la scission d’Osez le Féminisme à Lyon [voir plus haut] , le mouvement militant semble peu à peu évoluer vers un féminisme inclusif, luttant contre les violences faites aux femmes, et à toutes les femmes, et refusant cette obsession maladive du « voile ».



Quand des féministes soutiennent des lois racistes

Retour sur dix ans de dérives idéologiques Christine Delphy 30 juillet 2015

L’attitude française majoritaire à l’égard du « hijab », c’est-à-dire du foulard porté par certaines femmes musulmanes, est incompréhensible pour le reste de la planète. Pas seulement incompréhensible : elle est répréhensible. C’est ce qu’explique Christine Delphy dans une tribune publiée dans The Guardian. Nous publions ici la traduction en français du texte original.

Christine Delphy a écrit:
La première mesure ouvertement anti-musulmane a été le passage d’une loi en 2004 qui interdit aux jeunes filles d’aller à l’école en portant un « foulard islamique » – ce qu’il était appelé alors, avant de devenir, dans le patois journalistique, un « voile ».

Cependant, l’islamophobie, la peur et la haine de l’Islam et des Musulmans, n’est pas spécifiquement française : elle est répandue en Europe, en Amérique du Nord, bref dans tout le monde occidental. Bush Jr a décrété l’Islam ennemi du monde occidental, et c’est ainsi que ce monde en est venu à justifier l’invasion et la destruction d’une grande partie du Moyen-Orient et de l’Asie centrale depuis les années 2000.

En France, cependant, en sus des raisons géopolitiques (l’alliance avec les Etats-Unis), l’islamophobie a des racines proprement françaises. La campagne idéologique contre l’Islam a commencé il y a plus de quarante ans. Thomas Deltombe a montré qu’entre les années 1980 et le milieu des années 2000, pas une semaine ne s’est écoulée sans que l’un ou l’autre des principaux hebdomadaires ne publie un numéro ayant un titre comme : « Devrions-nous avoir peur de l’Islam ? » ou « L’Islam est-il compatible avec la démocratie ? ». Les quotidiens, les radios et les télés faisaient preuve de la même obsession. Cela n’a fait qu’empirer au cours des années, au fur et à mesure que le public est devenu convaincu que la « civilisation occidentale » était menacée par l’Islam, et que ce danger était incarné en France par les cinq millions de descendants d’immigrés d’Afrique du Nord vivant en France – des Musulmans potentiels.

La loi de 2004 interdisant le port du foulard dans les écoles publiques se base sur la croyance que les signes religieux sont contraires à la laïcité, c’est-à-dire au sécularisme politique. Celui-ci repose sur une loi – la loi de 1905. Cette loi abroge la loi précédente (datant de Napoléon) qui établissait des liens forts entre l’Eglise (surtout catholique) et l’Etat, qui rémunérait les prêtres, les pasteurs et les rabbins. La loi de 1905 mit en place une nouvelle règle, qui est de fait celle de tous les Etats modernes : pas de religion d’Etat, toutes les opinions et croyances – religieuses ou non – étant mises sur un pied d’égalité. Pas d’interférence du clergé dans les affaires de l’Etat, ni de l’Etat dans les affaires religieuses. La liberté de conscience implique la liberté d’expression, et cette liberté signifie que les opinions – sur n’importe quel sujet – peuvent être exprimées en public comme en privé.

Aujourd’hui pourtant, cette loi est utilisée contre les Musulmans, car elle a subi une réinterprétation radicale de la part des politiciens, des journalistes et des lobbies ; elle a été, comme le dit Jean Baubérot, falsifiée. Elle est présentée comme disant le contraire exact de ce que la loi française et les Conventions internationales disent. Le président actuel, dans son dernier discours de campagne en 2012, a utilisé les mots des polémistes anti-musulmans : « la religion, a-t-il dit, est du ressort du privé, et même de l’intime ». Mais ni la loi française, ni les Conventions internationales ne font de distinction entre les opinions religieuses et les autres opinions : toutes ont le droit à l’expression publique. Or aujourd’hui, la réinterprétation de la loi de 1905 implique qu’on ne pourrait avoir d’expression religieuse que dans le secret de sa salle de bains.

Même avant la loi de 2004 excluant les adolescente portant foulard de l’école publique – violant ainsi leur droit fondamental à l’instruction – les groupes féministes établis n’acceptaient pas les femmes portant foulard dans leurs réunions. Elles avaient décidé, assez tôt, que ces femmes ne pouvaient pas être féministes, et même, qu’elles étaient contre tout ce que le féminisme représente. L’une des ironies de leur posture est qu’elle les a menées à essayer physiquement de sortir des femmes portant foulard d’une manifestation… pour le droit à l’avortement (2005) ! En 2003, les féministes blanches décidèrent que le foulard est un « symbole d’oppression », et seulement cela – et pour elles il va sans dire que porter un symbole d’oppression ne peut signifier qu’une chose : que vous êtes pour l’oppression.

Ces féministes blanches n’ont jamais mis en question ce qu’elles portent elles-mêmes. Seules les quelques féministes opposées à cette loi discriminatoire ont commencé à demander si les talons hauts, le rouge à lèvres et des centaines d’autres « signes de féminité » peuvent tout aussi bien être appelés des signes d’oppression. Les premières – les pro-loi – n’ont jamais non plus discuté des différents sens que l’on peut donner au même vêtement, ni demandé aux femmes portant le foulard quel sens elles donnent à celui-ci.

Ce mépris est contradictoire avec l’une de leurs positions principales : celui que ces femmes portent un foulard parce qu’elles y sont forcées par leurs hommes (maris, pères, frères), une position que l’on retrouve dans la loi elle-même : cette position est contradictoire en ce que, prétendant que les adolescentes sont forcées par leur famille, elles soutiennent une loi qui les renvoie dans ces familles jugées oppressives, justement en les excluant de l’école.

Si les féministes blanches voyaient vraiment les femmes portant le foulard comme des femmes opprimées, loin d’être une excuse pour les renvoyer de l’école et des mouvements féministes, ce devrait être une raison de les « prendre dans leurs bras ». L’attitude de ces féministes blanches pose une question : se voient-elles comme opprimées, ou estiment-elles qu’elles ont déjà surmonté leur oppression, et l’ont jetée sur le sol comme les serpents abandonnent leur vieille peau ? Voient-elles l’oppression comme quelque chose qui n’affecte que les « autres » femmes ? Se conçoivent-elles comme agissant non pour elles-mêmes mais pour d’autres femmes qui ne peuvent pas agir parce qu’elles sont « aliénées » ?

Le fait est qu’elles voient ces femmes portant le foulard comme des victimes consentantes de leurs hommes, et même comme des collaboratrices de ces derniers : en d’autres termes, comme des traîtres. Ou plutôt, comme des idiotes.

Les femmes qui portent le foulard sont pour la plupart les filles ou les petites filles de gens qui ont émigré d’Afrique du Nord, d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, c’est-à-dire de territoires qui ont été conquis et colonisés par les Français. Ceux-ci leur ont attribué le statut d’ « Indigènes ». Durant toute la colonisation, qui a duré 130 ans pour l’Algérie, si les « Indigènes » étaient français, ils n’étaient pas des citoyens, mais des « sujets » de l’Empire français. C’est ainsi que les Français les connaissaient, et c’est ainsi qu’ils continuent de les voir : comme « pas vraiment » Français. C’est aussi ainsi qu’ils veulent les garder. Les femmes autant que les hommes subissent les manifestations de ce racisme. Les Blancs, quand on les interroge, expriment des sentiments extrêmement négatifs envers les Noirs et les Arabes. Ils adoptent aussi une posture de déni total vis-à-vis de la discrimination que notre société inflige aux Arabes et aux Noirs. Les femmes sont aussi discriminées que les hommes, et ont une conscience vive de cette communauté de destin.

Dans ces conditions, porter un signe religieux ostensible peut avoir plusieurs sens différents, et tous à la fois : cela peut signifier leur solidarité avec les autres membre du groupe racisé ; cela peut signifier la tentative d’échapper mentalement à leur condition objective en s’échappant dans la spiritualité que la religion leur offre ; ou revendiquer des racines que les Blancs jugent infamantes ; ou encore une protestation muette contre la façon dont les traitent les Blancs. Et bien d’autres sens encore.

Mais les Blancs, et parmi eux, un grand nombre de féministes, refusent de comprendre leur situation, et continuent de demander qu’elles agissent comme si elles n’étaient pas discriminées et humiliées tous les jours de leur vie ; comme si elles étaient « comme tout le monde », c’est-à-dire comme les Blancs ; or elles ne le sont pas. Au contraire elles font partie d’un groupe opprimé et défavorisé dans la société. Les fils et les filles d’immigrés africains, né.e.s en France, sont citoyen.ne.s aujourd’hui. Et cependant elles et ils sont deux fois plus au chômage que la population globale, sont persécutés par la police, et insultés par les Blancs.

Ainsi un sécularisme politique – la laïcité dévoyée de son sens – est utilisé pour priver les Musulmans de leurs droits fondamentaux – car en France les Musulmans sont majoritairement des Arabes. Ceci atteint d’abord les femmes. Les femmes musulmanes portant le foulard sont progressivement privées – loi d’exception après loi d’exception – de la plupart des possibilités d’emplois rémunérés.

Comme Saïd Bouamama l’a écrit en 2004, la version française de l’islamophobie n’est ni plus ni moins qu’une façon de rendre un racisme classique respectable. Que des féministes aident et encouragent une telle série de mesures racistes qui sont à la fois ouvertes et illégales, c’est plus qu’inquiétant. Les féministes devraient comprendre que les femmes portant le foulard partagent avec les autres l’oppression patriarcale, avec en plus le handicap de la discrimination raciste. Elles devraient comprendre que ces femmes, portant le foulard ou non, aient envie de développer leur propre féminisme, en partant de leur propre situation, et que ce féminisme prendra forcément en compte leur culture islamique d’origine. Les féministes blanches contribuent à aggraver l’une des pires coupures de la société française, alors qu’il est urgent de la réparer.

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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 10 Aoû - 2:48

debriefing rapide

dans ces débats interminables, je n'ai bien sûr aucune peine à me sentir plus proche de Christine Delphy et Sylvie Tissot que de Nathalie Raulin et Claude Guillon, écrivain anarchiste, dont on connaît le respect revendiqué des femmes depuis la Révolution française

pourtant quelque chose cloche

passant par la case religieuse, "islamophobie", "racisme anti-musulman" (sic), comme Edwy Plenel et sa garde rapprochée de Médiapart, le débat peut durer et s'enliser dans le transclassisme qui caractérise peu ou prout toutes ces approches féministes de couches moyennes tentant d'embarquer celles d'en-bas

Christine Delphy n'y échappe pas, puisque sa thèse d'une luttes des classes entre femmes et les hommes, ou le patriarcat remplace le capital du schéma marxiste, évacue la dimension sociale qu'il est pourtant facile de voir dans cette histoire, que ce soit en France ou ailleurs

comme je l'ai montré sur la base des situations de luttes des femmes les plus nombreuses et massives - que je ne qualifie d'ailleurs pas de féministes car elles sont loin de le faire elles-mêmes - on ne peut trancher ses question sans la médiation de la classe sociale, des rapports de pouvoir dans le travail, la vie publique, le travail domestique professionnel, etc.

le problème est qui symétrique du refus de considérer que la question raciale est une  médiation quasi constante du rapport entre classes et races dans les dominations comme dans les luttes - c'était mon principal argument contre la construction théorique classe-genre de Théorie Communiste (TC), son peu de rigeur quant aux matériaux utilisés pour bâtir sa thèses de la double contradiction de classe et de genre, précisément dans une confrontation serrée avec les thèses de... Christine Delphy

l'aporie de la classe chez Delphy, celle de la 'race' dans la théorie de la communisation (TC n'est pas le seul, mais les autres, n'ayant pas théoriser la domination masculine, n'ont pas ce problème) peuvent ici être renvoyée dos à dos

quant à tous les franchouillards d'extrême-gauche et anars, le nez collé sur leur culture de la laïcité française, il n'est pas étonnant de les voir, in fine, défendre de fait une loi de l'État français, n'est-ce pas, "compagnon-camarade" "communiste libertaire, Claude Guillon, écrivain-anarchiste, petit-bourgeois, et...
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Lun 14 Sep - 0:41

L’islamophobie à la française – Entretien avec Christine Delphy, seconde partie Sylvia Duverger, publié le 17 août 2013 sur le blog Féminismes en Tous genre Féministes en tous genre

Seconde partie d’un entretien avec la sociologue féministe Christine Delphy, auteure de plusieurs textes analysant le sexisme et le racisme qui ont présidé aux lois contre le port du foulard (2004) et du voile (2010).


La première partie : https://delphysyllepse.wordpress.com/2015/08/15/du-voile-a-la-prostitution-entretien-avec-christine-delphy-1/

Citation :
La France n’est pas le fanal du monde

Sylvia Duverger. Plus de 60 %  des Français.es seraient opposé.es au port du voile dans la rue1, plus de 80 % le seraient au port du voile et même du foulard, par des femmes travaillant dans un lieu accueillant du public (commerce, supermarché, cabinet médical, crèche, école privée comme école publique…)2 ; et, désormais, près de 80 % le seraient au port de l’un comme de l’autre dans les universités3.

Que répondez-vous à celles et ceux qui, comme Élisabeth Badinter, font valoir que « dans la religion musulmane, le voile doit être porté parce que les cheveux, voire même le visage de la femme peuvent tenter l’homme et inciter au péché » et que si « nombre de femmes portent le voile par conviction, mode ou convention », néanmoins « certaines le portent également parce qu’elles y sont obligées et que, si elles ne se soumettent pas, (elles) sont traitées de mauvaises musulmanes ou de filles dévoyées »4 ?  ou à celles qui comme Cynthia Fleury, arguent que dans les 3 religions monothéistes, « le voile raconte une histoire de différenciation inégalitaire entre l’homme et la femme. Point barre (sic) » ?


Christine Delphy Je ne puis que redire ce que j’ai dit déjà à ce sujet, par exemple dans « La fabrication de l’ ’Autre’  par le pouvoir »5 : tous les vêtements sont signifiants, tous les vêtements sont des signes, tous les vêtements sont genrés. Ils expriment les rapports sociaux de sexe, la hiérarchie entre les hommes et les femmes, et ils y participent. Les vêtements dits « féminins », les vêtements ajustés qui entravent les mouvements, les talons hauts, qui ralentissent la marche, tout comme le voile intégral (niqab), qui limite aussi la mobilité et le confort, donnent à vivre et à voir que pour convenir aux hommes, il faut que les femmes contraignent “volontairement” leur corps, qu’elles se privent de la possibilité de courir, qu’elles autolimitent leur liberté de mouvement. L’attribution aux femmes de vêtements dans lesquels elles ne sont pas à leur aise résulte de leur infériorité statutaire, et en même temps qu’elle la signifie, elle y concourt6.  Mais en France c’est seulement le voile intégral que l’on veut remiser au placard. Même s’il est vrai qu’il relève d’une exigence de pudeur ne s’adressant qu’aux femmes, comment se fait-il qu’il soit constitué en signe par excellence de leur soumission à la domination patriarcale ?

Élisabeth Badinter, Cynthia Fleury et beaucoup de féministes françaises semblent, curieusement, ne pas s’offusquer de la disponibilité sexuelle requise des femmes et signifiée notamment par les vêtements « sexy ». Au lieu de cela, elles répètent à l’envi que le foulard ou le voile sont avant tout et à jamais des emblèmes de l’assujettissement à une religion et à une culture qu’elles estiment être particulièrement sexistes.

Ce disant, elles cautionnent des hommes politiques qui tentent de légitimer des positions postcoloniales et islamophobes en les enduisant d’un pseudo-féminisme.

En passant, je rappellerais qu’Élisabeth Badinter n’a pas hésité à partir en guerre dans Fausse route (2003) contre les féministes dénonçant les violences envers les femmes, et qu’en 2011, elle a aussi fait partie de celles qui ont pris la défense de DSK contre les féministes7. Dans Classer, dominer, j’ai montré comment l’attribution du sexisme aux musulmans allait de pair chez elle avec le déni de l’oppression des occidentales8.

S. D. Que pensez-vous de l’opinion,  implicitement défendue par Élisabeth Badinter, Cynthia Fleury, Manuel Valls et Cie, selon laquelle la France devrait se constituer en exemplaire matrice des droits des femmes9 ?

C. D. On voit ici une mégalomanie française à l’œuvre10. Non, la France n’est pas le fanal du monde, ni sa conscience; prendre des mesures islamophobes ne risque pas d’améliorer le sort des femmes afghanes, ce serait plutôt le contraire !

Cette mégalomanie, cette nostalgie de l’ère de Louis XIV, où la France jouait dans le monde un rôle important, pousse nos hommes politiques à se comporter de façon à la fois ridicule et contre-productive : à donner, partout où ils vont, des leçons aux autres pays. Ils devraient plutôt, avant de poser aux défenseurs des droits humains, commencer à les appliquer en France : se soucier des enfants, qui sont violés et tués par leurs parents dans l’indifférence générale et l’inaction de l’État11, réduire la détention préventive – avant jugement – dont la durée moyenne est de un an et demi, cesser d’entasser 4 détenus dans une cellule de 9 m2 – quand chaque prisonnier est censé disposer de 4m2 (ce qui ne paraît pas une requête extravagante, puisque l’Union européenne exige des agriculteurs la même superficie pour chaque poule pondeuse) ; ce ne sont que quelques exemples, car la liste est longue des réformes du système judiciaire et pénal qui seraient nécessaires pour mettre la France en conformité avec ses engagements internationaux et avec ses propres lois.

Ces faits sont connus « à l’international » (comme dit Fleury). Cela entame quelque peu la crédibilité de nos hommes politiques et de leurs sermons. Il ne suffit pas de se proclamer « le pays des droits de l’homme », quand tout le monde peut voir que le petit caporal est tout nu. « A l’international », et aussi « au national », on voudrait que ce pays, avant de parler, balaie devant sa porte.

S. D. Que pensez-vous du sort qui a été fait à Amina ?

C. D. Ce qui lui est arrivé a été horrible, et elle n’imaginait sans doute pas de telles conséquences. Mais en France aussi, il est interdit aux femmes d’être torse nu. Cependant interdire que des femmes se couvrent comme elles l’entendent, ce n’est pas mieux.

C’est aussi mal d’interdire que d’obliger, cela a été dit maintes fois, et en particulier en 2004 par Shirin Ebadi, l’iranienne qui a eu le prix Nobel et qui lutte contre l’imposition du tchador.

S. D. Néanmoins, vous ne partagez pas le point de vue de Manuel Valls, qui le 7 février dernier a repris la perche islamophobe que lui a tendue Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, considérant dès lors qu’il y un « fascisme islamiste » en Tunisie12. En 2005, vous faisiez l’hypothèse que sévissait en France un système de castes raciales et que les Français.es non blanc.hes étaient maintenu.es dans une citoyenneté de seconde zone13. La société française n’aurait-elle donc pas rompu avec le racisme colonial ?

C. D. La déclaration de Manuel Valls sur le ‘fascisme islamiste’ » qui menacerait la Tunisie (le 7 février 2013), était typique de cette même mégalomanie ; elle pousse des hommes politiques à insulter d’autres pays. La Tunisie a convoqué l’ambassadeur de France – mais personne dans le gouvernement français ne s’est excusé. Et cette ingérence dans les affaires d’autres pays, surtout quand ces autres pays ont été colonisés par la France, ne peut produire qu’un réflexe nationaliste en faveur du phénomène critiqué par l’ex-colonisateur. On peut parier par exemple que les salafistes tunisiens se sont réjouis de cette déclaration, qui a sans nul doute apporté quelques recrues de plus à leurs rangs, en confirmant que l’Occident hait les musulmans.

Et, dans le cas de Manuel Valls, ils ne se trompent pas. Sa haine de l’islam exsude de tout son discours, et de toutes ses mimiques faciales. Mais la haine n’est pas importante si on ne lui permet pas de devenir agissante. Or, on permet à Valls d’agir, et d’enfreindre nos lois – qu’il est censé faire respecter –  à chaque fois qu’il ouvre la bouche. Ainsi, il contrevient toutes les semaines à la loi de séparation des églises et de l’État (loi de 1905), en demandant aux musulmans de « se réformer », et de présenter un front uni, et « convenable »: sans extrémistes. C’est absurde, car aucune religion, y compris les plus organisées, comme l’Église catholique, ne peut contrôler les interprétations qui sont faites d’elles ; toutes les religions ont leurs « conservateurs » et leurs « réformistes », et toute la gamme entre les deux. Mais surtout, ce n’est pas le rôle de l’État que d’organiser les religions. Son rôle, et son obligation sont exactement inverses ; la loi de 1905 interdit à l’État de s’ingérer dans les religions, comme aux religions de s’ingérer dans l’État.

Manuel Valls pratique ici la politique dite « gallicane » de Louis XIV, suivie par Napoléon, qui voulait une Église (catholique) « française », qui suive les instructions de l’État et non celles de sa propre hiérarchie. Monsieur je-sais-tout, qui sait mieux que les femmes ce que sont les femmes14, sait aussi ce qu’est l’islam mieux que les musulmans. Mais il ne suit cette politique qu’en ce qui concerne l’islam – (et les femmes, car il ne dicte rien aux hommes) : il ne se mêle pas des affaires des catholiques, ni de celles des juifs, des bouddhistes, ou des protestants ; d’ailleurs personne ne s’en est mêlé depuis longtemps.

L’État français n’a pas pris parti dans la querelle qui a suivi le concile dit « Vatican II », et abouti à l’excommunication des évêques traditionnalistes, comme Mgr Lefebvre, qui continuaient à dire la messe en latin et non en langue du pays (cette excommunication a été annulée par Ratzinger quand il est devenu Benoît XVI). Les États n’ont pas commenté les nombreux scandales qui ont fini par atteindre l’Église catholique dans le monde entier, quand il a été révélé que toute la hiérarchie catholique – papes y compris, du premier au dernier – a protégé les prêtres qui violent les enfants. Mieux, l’État ne se défend même pas contre les ingérences de cette église catholique, la dernière en date étant celle du nouveau pape : sa demande faite à l’UMP d’abroger dès que possible la récente loi sur le mariage pour tous !

Valls trouve très mal le voile qui « signifie l’infériorité de la femme » mais très bien la kippa (qu’on peut « porter avec fierté »), qui signifie la supériorité de l’homme. Il ne trouve rien à redire aux crânes rasés, puis recouverts de perruques des juives orthodoxes, qui à ses yeux, ne les empêcheraient nullement, contrairement au voile et au foulard, « d’être  ce qu’elles sont ». Il ne demande pas au judaïsme de se débarrasser des Hassidim, pas plus qu’il ne demande aux catholiques d’en finir avec les traditionnalistes.

Non, d’un ministre de l’intérieur à l’autre, de Sarkozy à Hortefeux et de Guéant à Valls, on n’entend que des exhortations à se réformer adressées aux croyant.es qui ont le moins, à ceux qui ne bénéficient d’ aucune subvention – alors que les églises catholiques sont entretenues par l’État et les collectivités ; les seul.es qui ne demandent rien, ni argent ni permission d’organiser des processions sur la voie publique – permission prévue par la loi de 1905 et accordées aux catholiques; ceux qu’on culpabilise sans arrêt, qu’on accuse sans aucune raison de vouloir remplacer le code civil par la charia, qu’on traîne dans la boue à tout bout de champ.

Mais l’État n’a aucun droit de demander à quelque religion que ce soit de « se réformer », il n’a aucun droit de prétendre constituer un « islam français » (ou un « bouddhisme français »).

L’État, par ses ministres de l’intérieur, ne se permet de le faire à l’encontre des musulman.es que parce qu’il est en face d’une communauté exploitée et humiliée depuis presque deux siècles, une communauté de descendant.es de colonisé.es qui sont elles-mêmes et eux-mêmes discriminé.es et insulté.es tous les jours.

Cette islamophobie d’État surfe sur une « opinion publique » qui, selon les sondages, est elle-même islamophobe.

Ou peut-être est-ce l’islamophobie d’État qui crée, ou au moins encourage cette opinion publique ? Car après chaque mesure islamophobe, on voit l’islamophobie monter dans les sondages et dans les comportements. Cela n’est pas pour étonner.

Le foulard interdit à l’école donne aux gens le sentiment que le foulard est « mauvais » : et s’il l’est à l’école, comment serait-il « bon » ailleurs ? La loi sur le voile intégral, renchérissant sur la loi contre le foulard, a aussi conforté et disséminé l’idée que l’islam est « quelque part » illégal. Bien sûr, sinon pourquoi ses signes seraient-ils devenus illégaux ?

La responsabilité des politiques

S.D. Fort heureusement, en réponse aux recommandations du Haut Conseil à l’intégration, qui visent à limiter chez les étudiant.es les possibilités d’expression d’une opinion religieuse, et notamment, bien sûr, le port du foulard, Geneviève Fioraso a rappelé que l’université est « le lieu de toutes les cultures », et qu’il faut poursuivre l’objectif que les jeunes filles qui portent le voile y entrent car « le fait de faire des études est un facteur d’émancipation »15. Mais Valls a  jugé bon de répéter qu’il était lui « partisan d’une laïcité qui permet d’émanciper les femmes »16. Or il venait de déclarer « dignes d’intérêt »17 les propositions du HCI dont la mise en œuvre priverait un certain nombre de musulmanes de la possibilité de faire des études supérieures…

Il peut bien dès lors, dire, le 1er août, qu’ « il y a trop de mots, trop de gestes, trop d’hostilités qui visent aujourd’hui les musulmans de France » ou déclarer, le 31 juillet, « combattre férocement ceux qui commettent des actes racistes à l’encontre des musulmans », il peut bien condamner les profanations de mosquées ou les agressions de femmes voilées, et qualifier celle commise le 11 août à Trappes de « manifestation de haine et d’intolérance anti-musulmane qui porte atteinte aux valeurs de la République et au principe de liberté de conscience » …

Lui-même ne cesse de signifier que la République française ne saurait admettre que des musulman.es deviennent un peu trop visibles…

Dès lors, même si Benoît Hamon, le ministre de l’Économie sociale et solidaire dénonce, le 13 août, « la stigmatisation systématique de l’Islam, les amalgames entre Islam et terrorisme ainsi que la violence verbale ordinaire à l’encontre des musulmans » qui « permettent à certains de se sentir autorisés à franchir le cap de la violence physique», tant que Valls demeurera au ministère de l’Intérieur, l’islamophobie se trouvera encouragée18.


C. D. Les politiques portent ici une grave responsabilité ; en créant l’idée que la visibilité de l’islam est condamnable – et elle doit bien l’être… puisqu’elle est condamnée – ils créent l’idée que l’islam lui-même est condamnable, et devrait être interdit. Mais l’islam, ce n’est pas une idée, ce sont des gens, et pour l’immense majorité, en France, les musulman.es sont des français.es.

Elles et ils ne vont pas partir – pour aller où ? Et qui aurait le courage politique de les chasser, comme l’inquisition a chassé les juifs…et les musulmans d’Espagne du 14e au 17e siècle ? (C’est là d’ailleurs que cet « international » tant aimé de C. Fleury aurait son mot à dire. Ou plutôt, il le dit déjà, sur la loi de 2004 contre le foulard à l’école, et sur les Roms, car le racisme français est condamné à l’international.)

En attisant la haine d’une partie du peuple français, la majorité, contre la minorité musulmane, ce sont donc les conditions d’une guerre civile larvée que sont en train de créer, avec la bénédiction des gouvernements qui les ont nommés, nos ministres de l’intérieur. Cette guerre a commencé avec les émeutes de 2005, se déroule dans tous les ghettos, et atteint maintenant les centres-villes ; les agressions de femmes portant foulard à Argenteuil, Reims, Orléans19 en témoignent. Elle se joue à Trappes, avec un énième contrôle de « voile intégral » par une police brutale, allant bien au-delà de ce que la loi de 2010 lui permet, soit un simple contrôle d’identité, une police qui n’a apparemment rien de mieux à faire, par exemple arrêter les conjoints violents, les pères incestueux, prévenir le viol ; une police dont les agissements illégaux20 sont couverts, avant toute enquête, par un procureur, et, comme d’habitude, par le ministre de l’Intérieur.

Le véritable rôle, la mission et le devoir des ministres de l’Intérieur, c’est de garantir la paix civile ; celui de Manuel Valls eût été, non d’encourager l’agressivité et le racisme de la police et des citoyen.nes, mais au contraire de rappeler la loi : de déclarer fermement que l’islam a, comme les autres religions, le droit d’exister et le droit d’être visible, et que ces droits font partie des droits fondamentaux et inaliénables.

Avec sa fameuse phrase « le voile qui empêche les femmes d’être ce qu’elles sont (sic) restera pour moi et doit rester pour la république un combat essentiel »21, Manuel Valls a donné le signal que la chasse aux musulmanes était légale et ouverte.

Les dix agressions contre des femmes qui ont eu lieu en mai, en juin, en juillet, à Argenteuil, à Reims, à Orléans, sont le résultat prévisible de cette déclaration. Pendant un mois et demi après la première agression du 20 mai, Valls reste sourd et aux demandes d’audition des associations musulmanes et refuse de recevoir les victimes. Mais Hollande, ayant admis le 24 juin qu’il s’agissait d’actes anti-musulmans, Valls doit lui emboîter le pas. Le 28 juin, avec cinq semaines de retard, il se décide enfin à recevoir les victimes. Mais ce n’est que le 20 juillet qu’il promet que ces agressions seront poursuivies.

Qu’il ait été forcé de manger son chapeau cette fois est une bonne nouvelle : par la déclaration de Hollande, celles de plusieurs membres du gouvernement, dont la ministre Fioraso, s’opposant à l’exclusion des femmes portant foulard de l’université, grâce à la déshérence du haut comité à l’intégration, qui n’avait eu de cesse de prôner des lois de plus en plus islamophobes, le gouvernement semble se rendre compte, enfin ! que frotter des allumettes n’aboutit qu’à allumer l’incendie. Mais cette sagesse tardive ira t-elle jusqu’à se séparer des pyromanes en son sein ?

Non, pas encore, car on a laissé Valls, le 2 août, assortir ses promesses de protection des musulman.es de menaces à l’endroit de « ceux qui voudraient faire de la France un terrain de conquête ; qui voudraient, au nom d’une croyance dévoyée, imposer d’autres lois que la loi de tous.»

Qui ça ? Qui veut « imposer d’autres lois » ?  Où ? Comment ? Car il faut le rappeler : les femmes que Valls a en tête et qui portent le voile intégral sont défendues par les lois supérieures – celle de 1905, et les conventions internationales –, les vraies lois de la République, contre une pseudo-loi qui  n’est pas « la loi de tous », mais celle de ceux qui se permettent d’attenter aux libertés fondamentales.

Valls, ici, sans donner aucun corps à ses prédictions alarmantes, procède (après maints essayistes et politiques) au renversement pervers qui transforme les bourreaux en victimes et les victimes en bourreaux, grâce à une construction rhétorique hélas classique : les victimes fomenteraient un complot contre l’État et la société, et il s’ensuivrait que les attaquer deviendrait de la « légitime défense ». L’invention d’un danger imaginaire pour justifier des persécutions ethnico-religieuses a été si largement utilisée dans l’Europe du 20e siècle, et avec des conséquences si abominables, qu’il est inadmissible d’entendre des propos si irresponsables de la bouche d’un ministre.

Notes :

1 Selon un sondage Ifop réalisé en ligne pour Le figaro du 15 au 18 octobre 2012.

2 Selon un sondage Ifop réalisé du 19 au 21 mars 2013, au moment où la cour de cassation a estimé que l’interdiction du port du voile  dans le règlement intérieur de la crèche Baby Loup n’était pas légitime : source :article du Parisien du 23 mars 2013  et sur le site du Nouvel Observateur ici et là.

3 Selon un sondage Ifop réalisé en ligne pour Le Figaro les 6 et 7 août 2013.

4 E. Badinter, propos recueillis par Nicolas Truong, « Banaliser l’image de la femme voilée, c’est l’ériger en norme », Le Monde, 23 mars 2013.

5 C. Delphy, « La fabrication de l’’Autre’» par le pouvoir », entretien avec Christine Delphy, Propos recueillis par Daniel Bertaux, Catherine Delcroix et Roland Pfefferkorn, publié dans Migrations et sociétés, vol. 23, n°133, janvier-février 2011, republié sur le blog de C. Delphy.

6 Voir Mona Cholet, Beauté fatale : Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, Paris, Zones, 2012.

7 Le 6 juillet 2011, interrogée par Hélène Jouan, sur France Inter.

8 Voir notamment « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme » in Classer, dominer. Qui sont les « autres » ?,  Paris, éditions La fabrique, p. 210 sqq.

9 Le 22 juillet, sur France Culture (Les matins d’été), Cynthia Fleury a déclaré : « Quand vous avez des voiles qui prolifèrent en France, ça résonne en France, mais pas tellement, puisque c’est pas là l’enjeu, ça résonne intégralement, ça résonne à l’international, et ça met en danger, en tout cas moi c’est mon opinion,  à un autre niveau d’autres femmes qui sont ailleurs » France culture.

10 Voir sur ce point C. Delphy, « La fabrication de l’«Autre» par le pouvoir», op. cit.

11 Voir, Anne Tursz, Les oubliés, enfants maltraités en France et par la France, Le Seuil : 2010.

12 Déclaration de Manuel Valls le 7 février 2013 sur Europe 1 « Oui il y a un fascisme islamique qui monte un peu partout, attention aux mots évidemment que nous utilisons, mais cet obscurantisme qui parfois porte le nom d’un certain nombre de frères musulmans ou d’un salafisme doit être condamné, puisque là on nie, encore une fois, cet État de droit, cette démocratie pour lequel les peuples libyens, tunisiens, égyptiens se sont battus. »

13 C. Delphy, Classer, dominer, Qui sont les ‘autres’, Paris, éditions La Fabrique, 2008, p. 139, p. 154 ; voir aussi , dans le même ouvrage, « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme », p. 175.

14 Pour un florilège de ses déclarations, lire « Variations vallsiennes sur l’islam de 2010 à 2013.

15 Le 9 août sur France Inter.

16 Sur BFMTV, le 9 août, lire ici la retranscription.

17 Dans Le Figaro, le 9 août 2013.

18 Voir « Variations valsiennes sur l’islam de 2010 à 2013 ».

19 Voir « Que dévoilent les agressions de femmes voilées ? »

20 Voir les informations rassemblées par le site Copwatch publiées surIndymedia ; plus de sources ici.

21 Le 7 février 2013 sur Europe 1.


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 18 Sep - 17:45

au cœur du sujet, un billet d'Anissa Haroun, dont je reproduis plus bas mon commentaire soutenant son intervention

Prise en otage 17 septembre 2015 | Par Anissa Haroun



Patlotch a écrit:
18/09/2015, 14:41 à Anissa Haroun auteure du billet


au-delà de la mise en scèce -obscène - des Femen, qui a été pour vous un élément déclencheur pour prendre la parole ici, je retiens votre introduction


Anissa Haroun a écrit:
Je suis Française, née en France de parents Algériens naturalisés français en 1994. Je suis de confession musulmane. Et aujourd'hui, je n'en peux plus. La misogynie et le paternalisme font partie des discours de tout bord, et les musulmans n'ont pas l'apanage du machisme. C'est un appel que je lance aux femmes qui me ressemblent, femmes de confession musulmane, desendantes d'immigrés, je vous demande de vous exprimer en votre nom!

et votre conclusion

Anissa Haroun a écrit:
Mesdames, chères sœurs, ne baissons pas les bras, manifestons-nous, ayons confiance en nous et prenons la parole! Nous avons tant de valeurs à défendre! Féminisme, anti-racisme, anti-colonialisme, humanisme, dignité, sans oublier : liberté, égalité, fraternité.


je pense que votre billet peut s'adresser aussi bien à des hommes, et si vous permettez, pour l'essentiel, je me sens ici votre frère : bien que n'étant ni musulman, ni descendant d'immigrés, ce sont aussi les miens depuis longtemps, ceux que j'appelle les prolos racialisés et que je croise au quotidien dans mon quartier


le mot "dignité", dont le sens et l'exigence semblent mal comprise par des militants "antiracistes" sincères et a priori bien intentionnés, évoque inévitablement l'APPEL MARCHE DE LA DIGNITÉ LE 31 OCTOBRE 2015, 11 septembre 2015 |  Par Patlotch  : une semaine, aucun commentaire ! C'est dire l'importance que des personnes comme vous s'expriment aussi ici


pour le reste, puisque j'en fais aussi un combat personnel, j'ai abordé ces questions ici : Communisme décolonial, et plus particulièrement dans les sujets de la catégorie FEMMES, CLASSES, COLONIALITÉS : abolir la DOMINATION MASCULINE => auto-organisation... dont FÉMINISME et ISLAM, VOILE... FÉMINISME et RACISME...


bon courage donc, de tout cœur avec vous et les vôtres avec et sans voiles, et je serais heureux que vous acceptiez ma demande de "contact"


la suite de nos échanges à la queue du billet, où l'on découvrira des positions et propos exposées, analysées, critiquées ou "soutenues" dans ce forum
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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Sam 17 Oct - 21:29

le site Incendo Genre & Classe a choisi son camp, suite à la diffusion par Yves Coleman de ce texte, dans le contexte et contre contre l'Appel à la Marche de la dignité du 31 octobre
10.14.2015

Contre les racialisateurs Marc-Antoine Mathieu, 1959 (3)
Nouvelle brochure et nouveau blog contre les racialisateurs:

Citation :
A propos du texte « Pour une approche matérialiste de la question raciale », du dossier sur la « race » publié par la revue Vacarme et, au-delà, de la sale racialisation que certains s’échinent à faire advenir.

Remarque préalable de vocabulaire : on appellera dans ce texte « racialisation » toute analyse contribuant à développer et à diffuser une théorie de la race. C’est le seul terme qu’on a choisi de conserver pour nommer ceux-là même qui, de « racisé » à « indigénisation » en passant par « blanchité », veulent en imposer toute une palanquée. Si un nouveau mot a paru nécessaire, c’est parce que l’existence publique d’une théorie de la race est elle-même, et sous cette forme, relativement nouvelle. Le racialisateur partage le monde en différentes races et nous assigne à tous une place dans ce partage. Parfois le partage est grossier : on est « blancs » ou « non blancs », parfois il est plus détaillé mais perd alors en cohérence. Si on ne trouve pas le moyen de refuser d’obéir à ces assignations qui se font passer pour des constats, on risque fort de se condamner à devenir ce dont ils nous prédiquent. Aujourd’hui, et sous nos latitudes, contrairement à ce qu’a pu être l’Amérique ségrégationniste par exemple, dont on importe les théories, le modèle et le vocabulaire, ce n’est pas l’État qui racialise. La diffusion actuelle de la théorie de la race est l’œuvre d’un courant situé à gauche, voire à l’extrême gauche, qui, tout en cultivant ses polémiques et contradictions internes, travaille à constituer ce qu’on peut appeler une « aire racialisatrice ». C’est pour contribuer à contrer ce mouvement que ce texte a été écrit.

Depuis quelques temps, il est de bon ton, il tendrait presque à devenir normal, dans différents milieux, plus précisément dans une couche de la gauche et jusque dans ses extrêmes, d’employer à tour de bras le terme « race » et ses dérivés aussi récents qu’approximatifs : « racisé, racialisés, racisations, racialisations ». Lors d’un meeting récent, on a pu entendre une intervenante de la tribune affirmer qu’elle pouvait désigner du doigt les « blancs » dans l’assemblée, « blancs » dotés de « privilèges », les opposer aux « non blancs », et, pour défendre la validité de la notion « d’intersectionnalité », défendre « l’obligation » de prendre en compte « la race » à laquelle « elle appartient », face à un public quelques fois critique, mais plus généralement atone, voire enthousiaste — « c’est vraiment chouette, ce qui se passe pour l’instant » entend-on commenter une « féministe matérialiste ». On peut donc affirmer, entre autres choses, qu’il y a des « blancs » et des « non blancs », que c’est ainsi que se partage le monde, et c’est chouette.

SOURCE : Racialisateurs go home !


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Dim 18 Oct - 12:58

un bougé au MRAP ?

Femmes et racismes : Vers une meilleure visibilité des problématiques et des luttes (MRAP Lyon 1-4 et Villefranche-Tarare)

18 Octobre 2015 , Rédigé par Repères anti-racistes Publié dans #MRAP expressions plurielles, #Discriminations, #Racisme


Congrès du MRAP, 10 et 11 octobre 2015- Motion (forcément pas exhaustive) proposée par le comité de Lyon 1er /4ème et le comité de Villefranche/Tarare

La situation complexe des femmes étrangères, immigrées ou migrantes a longtemps été une problématique non posée, une réalité invisible.

Citation :
Et pourtant, les « étrangers » en France sont pour moitié des femmes. Si l’immigration était majoritairement masculine dans les années 50/60, elle s’est d’abord féminisée par le regroupement familial à partir des années 70. Aujourd’hui, presque 50% des 214 millions de migrants dans le monde sont des migrantes ! Et elles viennent aussi seules, et elles viennent aussi pour travailler.

Femmes et migrantes, elles sont exposées à un risque élevé de mauvais traitements et de violences physiques et sexuelles sur la route de l’exil parce qu’elles sont femmes.

Femmes immigrées et travailleuses, leur invisibilité les rend encore plus vulnérables à l’exploitation salariale, à des déqualifications professionnelles, à des bas salaires. Vrai pour les femmes immigrées en général mais plus encore pour les femmes étrangères en situation irrégulière car nombreuses sont celles qui subissent les politiques migratoires racistes, xénophobes et sexistes une fois arrivées en France. Qualifiées ou non, elles se retrouvent, en tant que travailleuses sans papiers, largement cantonnées à des secteurs professionnels « féminins » et « ethnicisés » : nounous, garde-malade, femmes de ménage, etc…

Femmes immigrées, migrantes dans un cadre privé ou familial, elles peuvent subir des pressions complexes sans accès aisé aux droits.

Ces femmes subissent des discriminations croisées, non seulement liée à leur origine ethnique et au racisme mais aussi au fait qu’elles sont des femmes. Et ces discriminations traduisent plusieurs formes de domination, notamment raciste, sexiste voire lesbophobe et de « classe » qui s’articulent ensemble et qui influent les unes sur les autres (cf. « FEMMES, race et classe » d’Angela Davis). La place des femmes immigrées est souvent pensée pour elles mais sans elles.

Victimes de discriminations croisées et « invisibilisées », mais ces femmes sont aussi en lutte et de plus en plus présentes dans la sphère publique comme le montrent :

- le mouvement des travailleuses sans papiers en grève : comme dans les secteurs des services à la personne qui réclamaient leur régularisation et des droits à partir de 2009 (http://katstein.wifeo.com/campagnes-des-travailleurs-ses-sans-papiers.php ), ou comme les travailleuses chinoises sans papiers en grève dans leur salon de coiffure en 2014 (http://www.femmesenlutte93.com/article-travailleuses-sans-papiers-en-geve-122569795.html ) ou encore

- l’émergence de mouvements féministes post-coloniaux dont les femmes souhaitent être actrices, à leur façon de leur libération (cf. Black feminism, féminisme africain, cf. Aminata Traore, féminisme musulman (Ismahane Chouder ;https://amnis.revues.org/593), féminisme rom (Claire Auzias) etc….)

Le MRAP doit s’emparer de ces questions complexes qui imbriquent racisme et sexisme. Il doit les décortiquer, les nommer, les rendre visibles.

Le MRAP doit également oeuvrer pour rendre visibles les luttes de ces femmes en résistance qui se battent pour leurs droits. Si le sexisme n'a pas besoin du racisme pour opérer, l’instauration de l'égalité des femmes et des hommes sera nécessairement productrice d'antiracisme.

Une première étape sera de rendre visibles ces femmes dans nos textes, nos tracts du MRAP en les féminisant : Discriminé-e-s, migrant-e-s, ils et elles ont des droits !


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Mar 20 Oct - 19:16


Les actes anti-musulmans cachent-ils une misogynie ? Aude Lorriaux Slate 19.10.2015


Une femme au marché de Mantes-la-Jolie en août 2013

Les agressions contre les musulmans concernent beaucoup plus de femmes que d’hommes: elles représentent plus de 81% des victimes et la quasi totalité des agressions violentes. Ce n'est pas un hasard.

Citation :
Le 4 juillet dernier, une jeune femme voilée est agressée. Des insultes fusent, de toutes sortes: «sale arabe», «sale musulmane», et aussi «sale pute». Les agresseurs se seraient, selon le Collectif contre l’islamophobie (CCIF) qui rapporte l’histoire à Slate, jetés sur la jeune femme pour lui arracher son foulard. Racisme, sexisme, ou les deux à la fois?

Selon Elsa Ray, porte-parole du CCIF ( le Collectif contre l'Islamophobie en France), ce type d’agressions visant les femmes voilées et s’accompagnant de commentaires sexistes est courant. De fait, les agressions contre les musulmans concernent beaucoup plus de femmes que d’hommes: elles représentent plus de 81% des victimes et la quasi totalité des agressions violentes, selon le CCIF. Des statistiques du Ministère de l’Intérieur aboutissent à un constat similaire, selon la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), qui s’est inquiétée dans un rapport en avril 2014 que sur les 17 actions violentes à l’encontre des musulmans, 14 concernaient des femmes. «La typologie des faits infractionnels met en lumière un phénomène particulièrement préoccupant, celui d’une recrudescence des agressions à l’encontre des femmes, et particulièrement de celles portant le voile», écrit l’institution. Si bien qu’on peut se demander si ces actes ne cachent pas une forme de misogynie.

De fait, le débat en France autour de l’Islam et des musulmans s’est largement focalisé sur les femmes. A tel point que le commissaire européen aux droits de l’homme, Nils Muiznieks, s’en est alarmé dans un rapport en février dernier, inquiet de cette «stigmatisation». Et dès le début: la loi sur les signes ostentatoires religieux à l’école, votée en 2004, concerne certes tous les signes religieux, mais dans les faits, les femmes voilées sont les principales touchées. Selon un bilan établi un an après la loi par l’inspectrice de l’Education nationale Hanifa Chérifi, sur 639 signes religieux recensés en 2004-2005, 626 concernaient des foulards islamiques.



Une manifestation contre la loi sur le port des signes religieux visibles, en 2004


Le foulard gêne, et pas qu’à l’école


Loin d’avoir apaisé les tensions, le vote de cette loi a ensuite suscité d’autres débats, cette fois autour d’organismes privés. Avec le licenciement d’une salariée de l’association Baby-loup en 2008, des élus se sont demandés s’il fallait autoriser le foulard au sein des crèches associatives, recevant des subventions publiques. Puis c’est la question du voile intégral dans l’espace public qui a fait débat, finalement interdit par les députés en 2010 et officiellement banni depuis 2011.

Un nouveau front a également été ouvert à l’université, notamment par un membre du gouvernement, en mars 2015: «L’université, c’est un lieu où on doit pouvoir parler de tout […] Je ne suis pas sûre que le voile fasse partie de l’enseignement supérieur», déclare Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes. «Je ne vois pas la cohérence d'un système où on interdirait le voile à l'école, au collège, au lycée et où on l'autoriserait à l'université», lui emboîte le pas le patron de feu l’UMP, de concert avec sa Secrétaire nationale en charge des Valeurs de la République et de la Laïcité. A droite, le féminisme est d'ailleurs souvent le cache-sexe d'une islamophobie non-assumée, comme l'avait illustré l'affaire du maillot de bain à Reims, qui a suscité nombre de réactions de responsables politiques d'habitude peu prompts à défendre les droits des femmes.

La loi de 2004 n’a pas réglé les problèmes à l’école

Même au sein de l’école, où l’on aurait pu croire les choses réglées par la loi de 2004, les limites et contours du texte semblent toujours flous, toujours remis en question. Les activités connexes à l’école, comme les sorties scolaires, sont dans le viseur de certains responsables politiques. En novembre 2014, l’actuel président des Républicains s’est ainsi opposé à ce que des mères voilées puissent être présentes lors des sorties scolaires. Là encore, ce sont des femmes qui étaient essentiellement visées. Un député de son parti, Eric Ciotti, a d’ailleurs déposé en février une proposition de loi en ce sens, quelques jours avant que Nicolas Sarkozy affirme:


«Nous ne voulons pas de femmes voilées»


Quelques semaines plus tard, ce sont les filles aux jupes «trop» longues qu’on veut exclure. Sarah K., âgée de 15 ans, est interdite d'entrée au collège Léo-Lagrange de Charleville-Mézières par deux fois en avril. Son vêtement est jugé contraire à la laïcité. Le 6 mai, c’est une autre jeune fille qui explique dans les colonnes de la République du Centre avoir été priée de laisser sa jupe chez elle, suscitant une nuée de tweets sous le hastag #JePorteMaJupeCommeJeVeux.

Cette crispation sur le foulard et les femmes musulmanes n’existe d’ailleurs pas qu’en France. Au Canada le Premier ministre Stephen Harper a récemment déclaré que le voile était «contre les femmes» et s’est opposé à une décision qui les aurait autorisées à porter un niqab durant les cérémonies d’accueil dans la citoyenneté canadienne. Une étude de l’université Teesside au Royaume Uni montre que quatre agressions dans la rue sur cinq visant explicitement des musulmans touchent des femmes.



Femme voilée par l'Europe


Des femmes jugées plus faibles

Pour expliquer ce phénomène, une première raison vient en tête: les femmes avec leur foulard sont tout simplement plus facilement identifiables comme musulmanes que ne le sont les hommes avec leur barbe. Pour Abdallah Zekri, vice-président du Conseil Français du Culte Musulman et président de l'Observatoire de l'islamophobie, ce serait même la seule et unique raison de l'agression des femmes musulmanes, et il n'y aurait derrière ces gestes aucune «misogynie» cachée. «La femme musulmane qui porte le voile se fait agresser, la femme musulmane sans voile ne se fait pas agresser. C'est un attribut uniquement religieux qui est visé. Les agressions sont des agressions cela n’a rien à voir avec le sexisme», juge-t-il, concédant néanmoins que c'est aussi parce que la femme est selon lui plus «vulnérable» qu'elle est visée.

«C’est le seul signe visible sur laquelle la loi pouvait agir. Le débat s’est donc focalisé sur les femmes», estime la militante et journaliste Rokhaya Diallo. A cela s’ajoute, selon la fondatrice de l'association Les Indivisibles, la peur qu’inspirent chez beaucoup de gens «l’homme arabe», qui renvoie dans l’imaginaire collectif une image de violence et d’agressivité. Cette image découragerait les amateurs d’agressions islamophobes: en somme, il serait plus facile de s’en prendre à des femmes, jugées plus faibles. Il est d’ailleurs assez courant que les victimes soient des femmes en position particulière de fragilité, souligne Elsa Ray, comme des femmes enceintes ou des femmes accompagnant des enfants.

Des agressions «connotées sexuellement»

Mais par delà ces explications les plus immédiates, n’y aurait-il pas aussi dans ces agressions une autre cause, moins évidente, et comme masquée par la discrimination la plus visible: le sexisme? Une discrimination pourrait-elle en cacher une autre?


68% La part d'agressions de femmes voilées commises par des hommes en 2014 en France

Regardons d’abord le sexe des agresseurs. Selon le CCIF, qui a procédé pour Slate à un décompte genré des agressions commises en 2014 et 2015, une majorité d’entre eux sont des hommes, mais ils ne sont pas tous des hommes, loin de là. Sur 19 agressions de femmes voilées commises en 2014, 13 l’ont été par des individus de sexe masculin (68%). Pour l’année 2015, du 1er janvier au 20 juillet, ce chiffre est de 58% (15 hommes pour 11 femmes). C’est un premier élément intéressant, mais insuffisant. Si le sexisme ou la misogynie semble être plus souvent une affaire d’hommes envers les femmes, il émane aussi de femmes, et n'est pas exclusivement attaché à un genre: les femmes ont même pu à certaines époques être encore plus «traditionnalistes» et attachées aux rôles genrés que les hommes, votant par exemple massivement moins à gauche que les hommes.

Analysons donc la nature de ces agressions. Nombre de ces actes seraient accompagnés, selon Elsa Ray, d’insultes sexistes, ou seraient «connotés sexuellement». Vêtements arrachés, parfois suivis d’attouchements sexuels: ce n’est pas seulement le voile qui est visé, mais le corps des femmes et ses attributs typiquement féminins, juge la responsable du CCIF.

Le dévoilement de l'indévoilable

«Il s’agit bien sûr d’actes misogynes», commente la chercheuse Christine Delphy, chercheuse au CNRS sur les questions de genre, et leur lien avec les notions de race et de classe. «Les agresseurs expriment le sentiment qu’ils peuvent imposer aux femmes ce qu’ils veulent. On continue de décréter ce que les femmes doivent pouvoir porter. C’est évidemment une mainmise sur la liberté des femmes», estime la chercheuse.


L'idée que les femmes rendent inaccessible leur corps au regard contredit la construction dominante de la féminité selon laquelle les femmes doivent se rendre disponibles

Pour la chercheuse Amélie Le Renard, membre de l'équipe Professions, réseaux, organisations du centre Maurice-Halbwachs et qui a animé l'année dernière un séminaire de recherche sur «classe, race et genre», «l’idée que les femmes rendent inaccessible leur corps au regard contredit la construction dominante de la féminité selon laquelle les femmes doivent se rendre disponibles», et c’est ce qui expliquerait aussi cette réaction de la part d’hommes qui ne supporteraient pas cette indisponibilité.

La figure de la «beurette», très recherchée dans les films pornographiques en France, serait aussi un symptôme de cette «frustration» d’essence machiste, puisqu’elle joue précisément sur le dévoilement de l’indévoilable. Elsa Ray souligne par ailleurs que bon nombre de commentaires désobligeants sur les femmes musulmanes qui fleurissent dans la fachosphère sont souvent accompagnés de contenus pornographiques, ou de commentaires à caractère sexuel. Elle cite en exemple les propos de l’adjoint du maire de Wissous, un élu qui avait refusé des femmes voilées sur la plage de sa commune. Son bras droit avait déclaré, sous un post du compte Facebook de son patron: «S’ils croient qu’on risque de leur piquer leurs laiderons parce qu’elles montreraient leurs cheveux… Il faudrait avoir vraiment faim.»

Plus généralement, au delà de ces agressions, ce sont les attaques et discours contre le voile, ou du moins certaines attaques contre le voile, dont on peut se demander s'ils ne sont pas empreints de «sexisme», comme le relevait dans une tribune il y a deux ans la politologue Virginie Martin et deux co-auteurs:


Virginie Martin a écrit:
«On est bien face à un cumul de sexisme et de racisme car cette guerre déclarée au voile agresse directement les libertés des femmes musulmanes et non celles des hommes musulmans. Toutes les mesures législatives qui depuis 2004 visent l'Islam en France, visent uniquement les femmes musulmanes. Sexisme et racisme sont donc les deux fléaux qui dévastent main dans la main les Droits humains, c'est donc à eux, grâce à un féminisme renouvelé, que la société française doit déclarer la guerre.»


Occultation de la dimension sexiste

Mais bien souvent, quand il existe, le caractère sexiste des agressions contre les femmes musulmanes est passé sous silence. «Quand on couple la question de genre avec un autre critère, il y a quelque chose qui coince, on a du mal à voir de l’intersectionnalité», estime Slimane Laoufi, le chef du pôle «emploi privé» du Défenseur des droits.

Concept sociologique forgé en 1989, l'intersectionnalité désigne la prise en compte des mutiples discriminations qui visent une même personne, en les considérant globalement. Pour la féministe noire Kimberlé Crenshaw, il consistait à prendre en compte à la fois le sexisme et le racisme, pour mieux inclure les femmes noires dans la lutte féministe, et éviter par exemple d'avoir à leur demander de choisir entre différents aspects de leur personnalité, indissociables.

Mais les victimes de sexisme et de racisme peuvent elles-mêmes occulter une de ces dimensions, notamment lorsqu'elles leur semblent entrer en contradiction ou en conflit, comme ce peut être le cas aujourd'hui pour certaines femmes qui portent un foulard et voient d'un mauvais oeil tout ce qui est lié au féminisme, résumé à un mouvement anti-voile. Depuis son poste d'observation, Slimane Laoufi estime par exemple que près des trois quarts des discriminations à caractère religieux dans l’emploi en France concernent les femmes, en grosse majorité pour des raisons liées au foulard. Pourtant, quand ces discriminations ont aussi un aspect sexiste, cette dimension est souvent occultée par les victimes. «Elles n’en ont pas conscience, voire refusent qu’on mette en avant cet aspect, même quand il est manifeste. C’est comme ancré en elles. Elles ont du mal à appréhender ce critère et attachent plus d’importance à la liberté religieuse qu’à l’égalité hommes-femmes», souligne Slimane Laoufi.

D’autres, estime l’expert, vont laisser se développer des remarques sexistes au travail et ne vont en prendre conscience ou commencer à s’en offusquer qu’à partir du moment où ces prétendues «blagues» vont s’accompagner de remarques sur la religion ou l’origine. Comme si le sexisme en lui-même n’était pas suffisant à déclencher leur exaspération.

Une histoire récente

La raison en est d’abord que le sexisme a été mis en lumière de manière plus récente que le racisme ou la xénophobie, et qu’il fait sans doute encore l’objet d’une plus grande acceptation sociale: «La prise en compte de la discrimination sexiste a été très tardive en France au niveau juridique, et sa mise en oeuvre effective est récente», commente le chef du pôle «emploi privé» du Défenseur des droits. L'occultation par les victimes de la dimension sexiste de la discrimination qui les touche «est le prolongement de cette histoire».

Par ailleurs, souligne Amélie Le Renard, il peut aussi être difficile de démêler dans une agression, une injure ou un propos dénigrant ce qui serait simplement «raciste» de ce qui viserait ensuite plus spécifiquement la «religion» et enfin le caractère «sexiste» de l’acte.


On n'est jamais juste une femme

Amélie Le Renard a écrit:
Ces violences sont indistinctement sexistes et islamophobes. La question de savoir si c’est plutôt sexiste ou islamophobe est une impasse. En vrai, on n'est jamais juste une femme. On n’est pas dans la tête des agresseurs non plus: le passage à l’acte est très complexe. Mais ce qu’on peut analyser, ce sont des statistiques. Et on voit des violences sur les femmes qui portent le voile et qui sont spécifiques


Les femmes voilées, «une population d’enfants»

Deux faces d’une seule et même réalité, donc. Et qui se font écho, femmes et immigrés étant deux populations souvent regardées comme simplement inférieures, moins capables de volonté, moins «éduquées» que les blancs non-immigrés, et qui écopent toutes deux de remarques infantilisantes. «Je ne compte plus le nombre de fois où les gens me disent "tu t’es mariée avec un arabe" pour expliquer pourquoi je porte un voile, comme si je n’avais pas la capacité à prendre la décision moi-même», affirme Elsa Ray.

Ce regard sur les femmes des quartiers qui seraient nécessairement sans capacité d’analyse et de décision propres, des «femmes-enfants», a été analysée par Christine Delphy, dans « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme». Il a été révélé et renforcé par les discours sur le foulard qui ont fait irruption en 2004, où les adversaires de la loi sur les signes religieux ont été nombreux à prétendre que les femmes devaient tout simplement fuir leurs quartiers:


Citation :
«Le seul point commun à ces "raisons" diverses, souvent contradictoires entre elles et avec leurs objectifs affichés, réside dans le regard porté sur les Françaises d’origine immigrée, un regard qui les construit comme des êtres incapables de discerner le vrai du faux, le bon du mauvais: une population d’enfants qui ne peuvent que "se tromper". Des enfants à la place desquels on doit décider, pour leur bien; plus: imposer cette décision par la contrainte s’il le faut. Que des politiciens aient cette attitude n’étonne pas. Mais comment des féministes qui dénoncent le paternalisme des hommes peuvent-elles ne pas voir que la même logique est à l’œuvre dans la prétention à "sauver" des femmes malgré elles et contre leur gré?»

Des cérémonies de «dévoilement» forcées

Misogynie et racisme ont souvent fait bon ménage dans l’histoire de l’immigration, estime Rokhaya Diallo, qui cite à titre d’exemple les cérémonies de dévoilement dans l’Algérie des années 50, dont le but était de «normer le corps des femmes indigènes», dans le cadre d’une «guerre contre le voile» menée par les épouses des généraux français et responsable de l’OAS, Jacques Massu et Raoul Salan, comme le raconte le livre Les Féministes blanches et l’empire. Ces cérémonies ont été décrites par Frantz Fanon, dans le livre L’An V de la révolution algérienne, au chapitre «L’Algérie se dévoile». La plus célèbre de ces cérémonies est celle du 13 mai 1958, où selon Frantz Fanon, «des domestiques menacées de renvoi, de pauvres femmes arrachées de leurs foyers, des prostituées, sont conduites sur la place publique et symboliquement dévoilées aux cris de “vive l’Algérie française!”».



Affiche «Dévoilez-vous». Via TV5monde.com
Ces cérémonies étaient à tout le moins des démonstrations de force où les femmes étaient instrumentalisées, la «libération» devant servir à l’armée française d’abord à «déstructurer la culture algérienne», selon Frantz Fanon.

Ainsi cette affiche éditée par le 5ème bureau d’action psychologique de l’armée française proclame ainsi à la fin des années 1950 à l’encontre des femme algériennes: «N’êtes vous pas jolie? Dévoilez vous!», comme le raconte la directrice du Centre des études féminines en Islam Asma Lamrabet dans une intervention à l’université de Grenade qui retrace l’histoire de l’utilisation politique et religieuse du foulard.

Scission au sein du féminisme entre pro et anti-foulard


Cette constante lutte autour des vêtements des femmes et de leur corps est d’autant plus mal vécue par les femmes voilées qu’elle serait encouragée, estiment certaines d’entre elles, par des groupes féministes, censés, pensent-elles, les protéger. La bloggueuse Ndella Paye a résumé ce problème dans un billet symbolique de ce déchirement, où elle décrit selon elles ces «violences sur d'autres femmes»
Ndella Paye a écrit:

Comment des femmes arrivent-elles à reproduire sur d'autres femmes ces mêmes mécanismes qu'elles dénoncent, sans que cela ne les ébranle le moins du monde? (...) C'est tellement infantilisant de se voir expliquer constamment le monde, de se voir traitée d'aliénée, d'éternelle enfant

« Si les féministes françaises regardaient vraiment les musulmanes portant le foulard comme des femmes opprimées, alors elles devraient précisément s’abstenir de les exclure des écoles ou de restreindre leur liberté de mouvement, au contraire, elles devraient essayer de mieux les inclure», affirme quant à elle Christine Delphy dans une tribune au Guardian.

Un déchirement tel qu’il a conduit à une véritable scission au sein du féminisme, entre pro et anti-voile, pour le dire grossièrement, ou plus précisément entre des militantes d’un côté dénonçant le foulard, considéré comme anti-féministe, et refusant en leur sein les féministes qui le portaient et de l’autre des femmes qui s’inquiètent de cette stigmatisation et estiment qu’un grand nombre des critiques qui lui sont adressées sont d’essence xénophobe. Un conflit résumé dans le livre de Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem, Les féministes blanches et l’empire, qui estime que le «féminisme hégémonique» comme il le nomme («regroupant les forces autour du Collectif national pour les droits des femmes, Ni putes ni soumises et Osez le féminisme!») a été incapable de penser les relations entre sexisme et racisme, et aurait même favorisé l’agenda de l’Etat qualifié de «raciste» en excluant les couches sociales invisibilisées ou précaires.

Aude Lorriaux


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MessageSujet: Re: DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!   Ven 6 Nov - 15:45


Où sont les féministes mainstream ?
Océane Rose Marie, Auteure et comédienne Tribune Libération 5 novembre 2015 à 18:08  


A la Marche de la dignité, le 31 octobre à Paris. Photo Marie Rouge
 
Plus de trente ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983 et dix ans après les révoltes urbaines de novembre 2005, un collectif de femmes a organisé une Marche de la dignité, samedi 31 octobre, à Paris.

Citation :
Samedi après-midi a eu lieu un événement historique : pour la première fois en France, une marche a été organisée par des femmes qui luttent au quotidien contre le racisme, des femmes qui sont en premières lignes, des femmes de terrain, des militantes. Militantes parfois malgré elles, parce que leur frère ou leur fils a été tué par la police, et qu’elles ont vu leur vie basculer. Une marche splendide, pas organisée par des syndicats, un parti politique ou une association pilotée par le gouvernement. Non, une marche dont l’appel a été lancé par Amal Bentounsi, sœur d’Amine, tué d’une balle dans le dos par la police en 2012, et rejoint par d’autres familles de victimes de crimes policiers, celles de Lamine Dieng, Ali Ziri, Amadou Koumé, Abdoulaye Camara, Mourad Touat, Hocine Bouras, Wissam El Yamni, Lahoucine Ait Omghar… Des noms qu’on ne connaît que trop peu, des noms qui racontent des morts injustifiées, et des policiers qui s’en sont tous sortis malgré tous les éléments à charge.

Une marche organisée avec ces familles, par des femmes racisées (pour rappel, être «racisé», c’est être victime de racisme et désigné comme «autre», ce n’est pas essentialiser la race, hein, bisou Nadine), des associations antiracistes et des collectifs féministes : le collectif Mwasi, Femmes en lutte 93, Mamans toutes égales, Collectif des féministes pour l’égalité, les Femmes dans la mosquée et j’en passe. Une marche soutenue par des partis et syndicats de gauche (dont EE-LV, le NPA, Ensemble, le Parti de gauche et la CGT Paris) qui ont rejoint la fin de cortège. Pas devant mais derrière, en soutien à l’initiative… et c’est ça qui était enfin cohérent. Parce que les luttes doivent être portées par les personnes concernées en premier lieu.

Derrière ces femmes, en revanche, aucune trace d’Osez Le féminisme, Féministes en mouvement, La Barbe, les Femen (lol), les Chiennes de garde, Ni putes ni soumises (double lol), ou autre association féministe de premier plan. Cela interroge. Faut-il en conclure qu’aucune de ces associations ne s’est reconnue dans le combat pour la justice porté par les 70 femmes de la Mafed (Marche des femmes pour la dignité) ? Le message était clair : nous vivons dans un pays où la justice et la police sont à deux vitesses et où celles et ceux qui ont une gueule d’Arabe, de Rom ou de Noir, pour peu qu’ils vivent en plus dans un quartier populaire, en font les frais. La routine se résume à un contrôle au faciès, à des violences policières (verbales ou physiques) et peut conduire, dans le pire des cas, à des crimes policiers.

J’étais à cette marche en tant qu’alliée certes, mais aussi parce que je suis concernée : je refuse de vivre dans une société injuste, où le racisme d’Etat s’exprime quotidiennement au travers de ces abus policiers, de l’arbitraire judiciaire et carcéral. Beaucoup de gens «de gauche» m’ont reproché d’avoir signé l’appel et d’y avoir participé. Ce serait une initiative «communautariste», «identitaire», ou encore «dangereuse». Ah bon ?

Ce n’est pas ce que j’ai vu samedi. Ce que j’ai vu ce sont des femmes et des hommes affirmant leur dignité et dénonçant les discriminations structurelles qui les touchent. Une mère m’a expliqué s’être engagée auprès de la BAN (Brigade antinégrophobie) quand elle a eu son fils. Parce qu’elle a peur pour lui. Qu’elle se sente, elle, dans une certaine insécurité passait encore, m’a-t-elle dit, mais imaginer que son fils puisse subir ça, qu’il puisse se faire courser par des flics pour rien, que sa vie soit en danger pour rien, ça non elle ne pouvait pas le supporter. Qu’on m’explique ce qu’il y a de «communautariste» dans cette démarche.

A tous les gens de gauche, voici ce que je voudrais dire : je suis blanche, lesbienne, bourgeoise, féministe, militante des droits LGBT, j’ai été à la marche de la Dignité et je déplore l’absence de toutes les féministes dites «intersectionnelles» et de toutes celles et ceux qui partagent mes combats. A ces gens, je voudrais poser une simple question : Quand il s’est agi d’aller marcher le 11 janvier avec une pancarte «Je suis Charlie», vous êtes passés outre la présence de certains dictateurs ou de personnalités de la droite française… par ce que la «liberté d’expression» et le deuil national étaient plus importants que ça et qu’il fallait à tout prix être rassemblés autour de valeurs communes, malgré les divergences sur de multiples sujets. Alors sincèrement, pourquoi, quand il s’agit de soutenir ici aussi des familles de victimes, de combattre un racisme systémique, d’exiger que notre système judiciaire, carcéral et policier soit le même pour tous, pourquoi tout d’un coup la présence de «signataires louches» pour cet l’appel vous gêne-t-elle ? Comment justifiez-vous ces différences de traitement ?

Je crois que j’ai la réponse. Au fond, vos «valeurs républicaines» se foutent pas mal des injustices qui s’abattent sur les plus pauvres, les descendantes de l’Empire colonial français, ceux qui ne vous ressemblent pas et qui vous renvoient à la gueule une image brisée de la société. Ce ne sont pas vos potes qui étaient dans la rue ce samedi 31 octobre, pas vos connaissances, pas votre réseau. On m’a accusée d’avoir osé répondre à un appel du PIR (Parti des indigènes de la République), qui a participé à cette manifestation ; l’initiative a beau avoir été lancée par une sœur de victime et une multitude de femmes, on prend toujours quelques signatures pour essayer de discréditer (en multipliant les amalgames et les raccourcis d’ailleurs) un événement.

Je serais inconséquente, stupide, naïve, «angeliste» et désormais sans doute aussi antisémite et islamiste… Le comble pour une gouine féministe ! Mais vous, qui m’accusez de marcher avec le PIR, vous faites quoi au juste ? Vous, les associations féministes qui vous battez pour l’égalité des salaires et contre la taxe tampon (ce que je trouve super au demeurant), vous la Dilcra (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, ndlr), vous organisez quoi pour les femmes qui se font agresser tous les jours parce qu’elles portent un voile, pour les familles des victimes de violences policières, encore une fois ?

Je crois qu’on peut avoir vos idéaux (que la prostitution disparaisse, que le voile disparaisse, etc.) et être néanmoins pragmatique, mener des combats politiques dans lesquels les principes ne priment pas sur les victimes, et ne pas incriminer ceux et celles qui sont déjà en première ligne des discriminations.

Vous qui vous êtes battues pour qu’on ne parle pas à votre place quand on vous disait manipulées, incapables de tenir un chéquier ou d’avoir le droit à l’avortement, vous qui savez l’importance de faire entendre vos voix quand les dominants voudraient parler à votre place : allez à la rencontre de ces femmes, des familles des victimes, de toutes les signataires de l’appel, et osez me dire en face que ce ne sont pas des femmes autonomes, qu’elles ne pensent pas par elles-mêmes ou qu’elles sont manipulées par je ne sais quel courant extrémiste qui n’existe que dans des fantasmes propres aux délires racistes.

S’il vous plaît, ne reproduisez pas un système d’oppression construit sur la suspicion, la délation, l’incitation à la haine, sans écouter celles et ceux qui exigent d’être enfin entendues, fatiguées qu’on parle à leur place.

Malheureusement, quand on veut changer les choses, on doit s’associer à des groupes ou des individus qui ne pensent pas comme nous sur TOUT. Si je ne marchais qu’avec des gens qui pensent comme moi de A à Z, et donc militent à la fois pour les droits des trans à changer d’état civil, la PMA, l’abrogation de la loi de 2004 sur le voile et contre la loi abolitionniste qui menace les prostituées, je pense qu’on serait 12, et encore, je compte ma mère et mes chatons ! Donc oui, je pense qu’il faut respecter certains agendas, entendre que les questions de vie ou de mort sont prioritaires sur tout le reste, et surtout ne pas oublier que ces questions de droits humains et de justice nous concernent tous.

Et si demain encore il faut aller dans une manif aux côtés de certaines personnes qui ne soutiennent pas le mariage pour tous, avec une association pro-Hamas, ou encore avec des partis politiques dont je ne partage pas la vision, et bien vous savez quoi, j’irai quand même, tant que le mot d’ordre de cette manif ne sera autre que «JUSTICE POUR TOUS ». Et je ne saurai que trop vous encourager à faire de même au lieu de crier aux « replis communautaires », quand le plus gros et le plus violent repli communautaire auquel j’assiste aujourd’hui est celui d’une élite blanche, bourgeoise, dominante, agressive, serrant en tremblant contre son sein son lot de privilèges comme Harpagon s’agrippe à sa bourse.

Océane Rose Marie Auteure et comédienne

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