PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?

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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Sam 9 Jan - 9:15


"un taylorisme sexuel"

LA PROSTITUTION COLONIALE FRANÇAISE AU MAROC rol-benzaken 02/08/2015

Dès le début de la colonisation française au Maroc, en 1914, les forces "protectrices" ont décidé d'organiser la prostitution pour limiter les dégâts hygiéniques et ainsi protéger la société blanche et métropolitaine des risques épidémiologiques.




Ce sera notamment le cas à Casablanca. En effet, les prostituées locales font alors peur à cause de la syphilis. On décide donc de les parquer et d'ainsi mieux les contrôler dans quelques ruelles faciles à surveiller



Citation :
Quelques lots furent de fait affectés à la réalisation du premier quartier réservé de Casablanca sur des terrains appartenant à M. Prosper Ferrieu. Ce dernier, né à Casblanca en 1866, d'abord chargé du Consulat de France, puis vice-consul de Grèce, conseiller politique du général d'Amadou et enfin conseiller du commerce extérieur de la France au Maroc, en tant que personnalité publique, s'y opposer vertemment, il ne put empêcher la fixation du quartier réservé à qui, à son plus grand désespoir, il devait donner son prénom, Prosper, déformé par la prononciation marocaine en Bousbir. Se trouvant juste à côté du centre-ville construit par les Français, à Bab Marrakech, en bordure de l'Ancienne Médina, il fut décidé, en 1923, par le chef des services municipaux de Casablanca, de le déplacé dans un quartier moins central. On fit alors appel à l'initiative privée et une société immobilière "La Cressonière", fut crée.


Le quartier réservé se retrouva alors déplacé loin des regards, dans la Nouvelle Médina, avec tout de même une ligne de bus direct qui le relie au centre-ville européen et dont il était l'unique destination. Entièrement clos de murs, il ne possédait qu'une entrée, située sur sa face Est, gardée par un double poste, militaire et policier. Dès que l'on franchissait la grande porte, on se trouvait dans une rue de dix mètres de large et de soixante mètres de long qui se terminait sur une place rectangulaire de vingt mètres sur quarante-huit.


Les guides touristiques de l'époque en parlent assez abondamment : "Les touristes amateurs d'études de mœurs (sont invités) à gagner la ville close de Bousbir, quartier neuf réservé aux femmes publiques (...) Un cadre qui ne manque pas de poésie."... Véritable bordel à ciel ouvert, Bousbir comptera, sur 24 000 m², de 600 à 900 prostituées qui, y vivant comme en prison, sont astreintes aux visites médicales régulières, peuvent commencer dès l'âge de 12 ans et finir usées à 25.

Pour leur recrutement, la police n'hésite pas à mettre la main à la pâte, fournissant régulièrement Bousbir en "chair fraîche", majoritairement mineure. Les femmes et les filles "travaillant" dans le quartier étaient soumises à l'autorité inflexible d'une "patronne", perdant totalement leur indépendance. Sans salaire fixe, soit elles travaillaient "au pair" et n'avaient donc comme ressources que les maigres "pourboires" consentis par les clients, soit elles participaient aux "bénéfices", étant entendu qu'après soustraction du prix de la nourriture, des vêtements et des avances consenties à taux usuraires, il ne leur restaient alors plus grand chose...


Un astucieux système qui permettait d'asseoir définitivement, pour le plus grand plaisir des "consommateurs" une situation d'esclavage des femmes soumises ainsi aux désidératas de leur patronne.


Cité prostitutionnelle, cité carcérale, Bousbir, qui sera le modèle des quartiers réservés au Maroc et ailleurs au Maghreb, s'illustrait par sa règlementation administrative, par son contrôle individuel et sanitaire, et, surtout, par le travail d’abattage des prostituées "indigènes", qui pouvait subir jusqu’à 70 rapports sexuels journaliers – un « taylorisme sexuel » selon Christelle Taraud, auteur de "La prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc (1830-1962)"–.



Pour les forces coloniales, cela répondait un double objectif :

D'une part assouvir les fantasmes de l’imaginaire relationnel et sexuel occidental, épris d'orientalisme, qui faisant écho à l'ébauche des revendications d'autonomie des femmes occidentales, véhiculait, pour la femme maghrébine, une image de féminité oisive, passive et offerte qui traduit l’idée que dans nos pays il serait encore possible de retrouver un rapport entre les hommes et les femmes qui soit “naturel” et “simple”, conforme à la traditionnelle domination masculine (vague orientaliste qui, paradoxe de l'inculture, joui encore chez nombre de nos élites d'une image plus que positive...).

D'autre part, il s'agissait d'inscrire dans l'esprit du colonisé un rapport de force clair et net ;
si les femmes marocaines sont à la disposition pleine et entière des hommes européens, les prostituées européennes, cantonnées dans les maisons closes, sont strictement interdites aux indigènes. Plus qu'un simple commerce de la chair, il s'agissait d'inféoder les femmes "indigènes" et, par là, les hommes, à la domination coloniale. Un système discriminatoire qui sert à avilir et à inférioriser le colonisé par rapport au colonisateur.


Bref, loin des clichés le présentant comme un Eden de sensualité, ou des rapports complaisants le présentant comme une "soupape de sécurité", Bousbir était avant tout un lien d'esclavage sexuel moderne et racialisé, dont l'impact dans la représentation que se feront les hommes de ce qu'allait devenir le Maroc indépendant de leurs femmes sera forcément néfaste : prostituée potentielle ou traîtresse à "sa race", la femme marocaine subira durablement les préjudices de l'image véhiculée par les Bousbir et autres BMC (bordels militaires de campagnes, réservés aux soldats).

Si l’abolition du régime de la prostitution réglementée en métropole en 1946 n'a pas concerné les colonies d'Afrique du Nord (officiellement du fait d'un "sous-développement sexuel(!)"), la prostitution, assimilée à juste titre la domination coloniale par les mouvements nationalistes, sera interdite et les quartiers réservés fermés dès avant l'accession à l'indépendance. Bousbir disparaîtra ainsi comme lieu de tolérence en 1953, notamment du fait du militantisme abolitioniste des médécins Jean Mathieu et P-H Maury, auteurs de l'étude "La prostitution marocaine surveillée de Casablanca. Le quartier réservé", parut en 1951 et qui a mis en exergue les conditions de vie atroces des prostituées de Bousbir et le caractère "concentrationnaire" du quartier.

Après l'indépendance, Bousbir, hormis sa fonction de quartier prostitutionnel, a été conservé tel quel et n'a subi aucun changement qui aurait affecté son cachet architectural certain. Le seul rappel du passé aura été la conservation, jusqu'en 2002, du nom des rues (celles de la "Fassia", de la "Doukkalia", de la "Chaouia"...), la plupart de ces habitants n'ayant aujourd'hui aucune idée de son histoire. Une histoire peu reluisante volontairement occultée des deux côtés de la Méditerranée.






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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Mer 3 Fév - 11:01


je ne pense pas que faire apparaître qu'il y a de l'argent quelque part prouve que « des solutions existent », puisque cette accumulation de richesse à un pôle suppose qu'il entretienne l'autre dans la pauvreté, mais bon, c'est pour les infos...



Liban : la terrible vie des femmes réfugiées 02/02/2016

Plus d’un million de réfugiés de Syrie sont accueillis au Liban. La moitié sont des enfants. Un quart sont des femmes. Le manque d'aide humanitaire et les politiques discriminatoires contre les réfugiés transforment le quotidien des femmes réfugiées en véritable parcours du combattant


Citation :
ÊTRE RÉFUGIÉ : ÊTRE PAUVRE ET VULNÉRABLE

L'aide humanitaire censée couvrir les besoins de ces personnes déracinées est sous-financée au Liban : il manque 43% des fonds nécessaires.

Beaucoup de ménages ont dû être privé de leurs allocations alimentaires en 2015.

Couvrir les frais de nourriture et de loyer devient alors impossible. Les femmes sont particulièrement touchées.Leur pauvreté rend ces femmes vulnérables.

Les femmes qui parviennent à trouver un travail sont souvent exploitées par des patrons qui leur donnent un salaire extrêmement maigre.

Ils savent qu'on va être d'accord avec la proposition de salaire peu importe le montant car nous sommes dans le besoin. 'Hanan', une réfugiée palestinienne au Liban

Elles doivent faire face à des avances sexuelles en contrepartie d'aide financière. De nombreuses femmes réfugiées ont d’ailleurs démissionné ou refusé un travail pour cette raison.

Ma fille travaillait dans un magasin. Le patron l'a harcelée et lui a fait des attouchements. C'est pourquoi, je ne laisse plus mes filles travailler.
'Asmaa', une réfugiée palestinienne de 56 ans qui vit à Shatila, un camp de réfugiés


Les réfugiés syriens migrent vers Beyrouth © Getty Images


NE PAS AVOIR DE PAPIER : SANS JUSTICE, SANS PROTECTION

En 2015 les autorités libanaises ont imposé aux réfugiés des règles strictes accompagnées de coûts exorbitants pour renouveler leur titre de séjour.

S’ils n’ont pas de titre de séjour, les réfugiés sont en infraction au regard de la loi libanaise.
Ils peuvent être arrêtés, détenus voire même expulsés. Les naissances et les mariages ne peuvent pas être enregistrés. Se faire soigner ou envoyer ses enfants à l’école devient risqué.

'Hanan', une réfugiée palestinienne de Syrie est allée porter plainte suite à une agression par le chauffeur d'un bus. Mais, la police a refusé d'enregistrer sa plainte car elle n'avait pas de 'statut légal'.

Déposer plainte auprès de la police peut même être source de menace.

Mouna a écrit:
Peu de temps après la police venait passer devant notre maison, ou ils nous appelaient et nous demandaient de sortir avec eux. C'était les mêmes trois policiers qui ont fait notre rapport. Comme nous avons pas de titre de séjour, ils nous ont menacé. Ils ont dit qu'ils allaient nous mettre en prison si on ne sortait pas avec eux. (…) Etre en possession d’un titre de séjour nous donnerait plus de confiance et nous serions plus à l’aise pour nous déplacer. On se sentirait comme les autres résidants de ce pays. Je n’aurais pas peur des postes de contrôle.

‘Mouna’, actuellement à Chtaura  


Un des quartiers pauvres de Beyrouth avec une très forte concentration de réfugiés syriens
© Spencer Platt/Getty Images

DES SOLUTIONS EXISTENT !

Le nombre de réfugiés présents au Liban au regard de sa population en fait le premier pays d’accueil au monde.
Selon l’ONU, 450 000 réfugiés sont dans une situation particulièrement vulnérable et ont besoin d'être réinstallés dans un autre Etat.

Or, depuis 2013, la communauté internationale s'est engagée à accueillir seulement 165 000 réfugiés de Syrie. C’est un échec des Etats, notamment les plus riches, à se montrer solidaires du Liban et protecteurs des réfugiés.
Cet échec international ne justifie ni l'absence des autorités de protéger des réfugiés d'exploitation ni les restrictions imposées qui augmente leur vulnérabilité.

Nous demandons que :

- Les autorités libanaises assurent que les réfugiés, et notamment les femmes réfugiées, ont une protection réelle et que tous les réfugiés puissent renouveler leur permis de séjour sans contraintes.

- Les pays les plus riches, comme les pays européens, les pays du Golfe, les Etats Unis augmentent leur aide humanitaire.

- Les pays accueillent plus de réfugiés en 2016 afin de leur de commencer une nouvelle vie en sécurité et en stabilité.
L'accueil des réfugiés est de la responsabilité de tous, pas seulement des pays les plus proches de la Syrie.


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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Lun 29 Fév - 17:18


en lien sur le site Invariance de Jacques Camatte




LE CORPS FÉMININ CONFISQUÉ

Brigitte Pengam-Ferriere
23 mars 2015

introduction et plan
Citation :
La femme, qui se veut libérée de la domination masculine, ne cesse d'être réduite, dépossédée de sa puissance sexuelle et de celle, extraordinaire ,de donner la vie. Elle est prise au piège de la médicalisation marchande de son corps, la revendique même et a perdu de vue sa naturalité, dans son sens de mode de manifestation du procès de vie au niveau d'une individualité-gemeinwesen ( voir définition naturalité et gemeinwesen dans le glossaire du sommaire des documents sur le site de la Revue Invariance) si tant est qu'elle en ait eu la perception. Elle est engluée dans une imprégnation simpliste, moraliste et répressive , cautionnée par l'idée d'une “nature féminine” immuable.

Pouvoir médical sur la sexualité et la procréation

Le déni du clitoris

Vagin normé et consommable

L'anatomie de la femme à la merci de la médecine depuis des siècles

Indifférenciation et virtuel

Procréation artificielle généralisée

Le massacre oncologique

Vision médicale

Glorification de l'image

La “vie” augmentée


En conclusion de ce survol sommaire d'une situation des femmes dont la dépendance intériorisée à des normes instituées par l'homme est toujours prégnante, il me paraît urgent de chercher à approfondir, à rendre de plus en plus visible l'oppression subie, chercher à comprendre la construction de cette différenciation sociale des sexes en dépassant la vision simpliste de deux sexes biologiques avec leurs rôles sociaux déterminés, en analysant les modes de contrôle masculin sur le travail, la sexualité, la reproduction et la conscience des femmes. Tout est à requestionner si l'on accepte d'envisager l'hétérosexualité, le mariage, “l'amour conjugal”, comme un conditionnement à une sexualité de service.



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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Lun 7 Mar - 12:49


importé du sujet ouvert par Résistance La libération de la femme ne passe pas par la minijupe


Résistance a écrit:

Il nous est arrivé au moins mille fois, en marchant dans la rue ou en feuilletant une revue, de tomber sur une publicité mettant en scène de jeunes garçons ou de jeunes filles. On pourrait presque dire qu’il n’y a plus lieu de s’indigner, tant le phénomène est répandu.

Il convient pourtant d’analyser ce dernier très attentivement, surtout lorsqu’il s’agit de faire de la publicité en mettant en scène des femmes nues ou légèrement vêtues, car cette façon de concevoir la femme est tout simplement dégradant pour les deux sexes, masculin et féminin. Le but est bien évidemment de provoquer pour choquer et pouvoir ainsi mieux vendre le produit.

La femme, objet sexuel, doit attirer le regard du public sur la publicité, bien que n’ayant aucun rapport avec le produit ou le service (imprimante, voiture…). Elle est de plus en plus souvent représentée de façon provocante, dans des postures suggestives, à demi dénudée ou totalement nue, la demi-nudité n’étant pas toujours la plus licencieuse. Les poses sont souvent dégradantes ou indécentes : lascivité exagérée, impudeur, geste équivoque, pornographie…

Ces derniers mois, la nudité de la femme apparaît de plus en plus fréquemment et souvent dans des situations provocantes et équivoques. La publicité nous apporte de plus en plus d’agressivité, de scènes crues, dures, violentes. C’est la femme elle-même qui est parfois représentée comme un être violent et cynique. Dans le domaine de la mode, des parfums et des accessoires de luxe, la tendance est à la notoriété de la marque avant celle du produit. On fait appel maintenant à d’éminents photographes, l’esthétique des images est parfaite. Mais sous le couvert de « création artistique » il y a une surenchère dans l’indécence, la provocation voire la violence, et les limites sont souvent dépassées. On retrouve dans tous les pays européens les mêmes publicités et les mêmes tendances, sachant que les grands annonceurs sont en général de grandes firmes internationales.

Le « pornographisme » de la publicité n’utilise pas que la nudité féminine ; il met également en scène la soumission des femmes et leur asservissement sexuel. Le produit promu est associé à l’accès sexuel des femmes. Le « porno chic » joue sur tous les tabous, y compris sur celui de la pédophilie : des gamines utilisées comme mannequins sont agenouillées, jambes écartées, seins dénudés (Sisley), léchant une sucette (Lee). La « vogue sex-shop de la publicité » a été la marque de commerce de groupes comme Gaultier, Helmut Lang et Mugler. Mais aussi des marques de luxe Gucci, Versace, Dior ou Vuitton.

Les magazines pour femmes et pour adolescentes multiplient les dossiers racoleurs autour du sexe. Ces derniers véhiculent des codes et des messages à caractère clairement affichés comme sexuels voire « pornographiques ». La pornographie étant présentée comme « la » nouvelle norme de libération sexuelle des femmes voire des jeunes filles. Le sociologue remarque avec justesse : « les magazines féminins véhiculent un message sur la sexualité qui est loin d’être subtil. C’est, en substance, le suivant : presque tout le monde sauf vous a une vie sexuelle fascinante et variée. Adoptez d’autres positions sexuelles, apprenez à aimer les actes sexuels vus dans la pornographie, amusez-vous avec les gadgets sexuels et vous connaîtrez l’épanouissement sexuel » (Richard Poulain in Apparence, hypersexualisation et pornographie).

Toutefois, le monde de la publicité n’est rien de plus que la partie émergée d’un autre phénomène encore plus déroutant : les concours de beauté pour enfants. Si, en France, ils sont désormais interdits pour les moins de treize ans et soumis à autorisation préfectorale pour les 13-16 ans, il suffit de taper les mots clés « concours mini miss usa » sur You tube pour accéder à une flopée de vidéos évocatrices du phénomène. Dès leur plus jeune âge, parfois quelques mois seulement, les fillettes sont présentées à un jury et rivalisent de strass, de sourires et de bisous pour séduire et remporter le sacre de la reine suprême de beauté.

Les parents perçoivent ces concours comme une activité quelconque, au même titre qu’un sport par exemple. Ils y voient parfois une possibilité pour leur fille de s’émanciper et se socialiser. Mais si le jeu est une activité essentielle chez l’enfant parce qu’il sollicite sa créativité et son imagination tout en développant sa capacité physique, que dire des défilés en talons hauts pointure 29, robe affriolante et démarche déhanchée ? La frontière entre le monde enfantin et adulte tombe et les repères de l’enfant s’en trouvent bouleversés. Il est évident que ces spectacles n’ont pas été conçus pour les plus petits, mais comme des produits de consommation destinés à rapporter le plus d’argent possible à leurs organisateurs. L’enfant et sa famille sont ici des objets jetables. Car ici, respect de l’adversaire ou coopération ne figurent pas vraiment au programme. La pression est parfois portée à son comble comme par exemple, lors des cérémonies de « découronnement » durant lesquelles les lauréates de l’année précédente remettent leur titre en jeu. Au moment de se défaire de leur couronne, ces « reines » d’un temps sombrent souvent en larmes. Sans compter les pleurs de celles qui n’accèdent jamais au podium. Avec des conséquences néfastes liés à ces échecs : « ils sont sources d’une perte de l’estime de soi et d’une culpabilité chez nombre d’enfants perdants, autour d’une faute tout à fait imaginaire (ne pas être la plus belle) », explique Jean-Yves Hayez.

L’hypersexualisation de notre société qui n’hésite plus à diffuser les codes de la pornographie sur les écrans comme sur les murs, a des conséquences culturelles et sociales rarement soulignées. Elle véhicule une image dégradante de la femme et ce, quel que soit son âge. Cette image est associée à celle du mâle dominant, ce qui va à l’encore des comportements égalitaires et respectueux dans les couples… et la vie en générale.
Capitaine Martin

http://www.resistance-politique.fr/archives/2868


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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Dim 15 Mai - 8:52


« mon corps, mon choix »

Manifestations en Pologne 2/3

La révolte des femmes

Jean Yves Potel, écrivain et historien de l'Europe centrale, blog Médiapart 14 mai 2016

En Pologne, un sondage récent suggère une fragilisation du PiS : 38% pour l’opposition rassemblée le 7 mai par le KOD, 34% pour le PiS. Mais dans les stades, on voit monter la haine au service du pouvoir : des banderoles appellent au lynchage ! Quant aux femmes, elles montrent une autre contestation en s'opposant à un projet de loi pro-life interdisant totalement l'avortement.

Citation :
« Je suis optimiste ». Antonina Lewandowska est une éducatrice. Elle a vingt ans. Elle a immédiatement accepté de me rencontrer. Nous buvons des jus d’orange, elle est gaie mais sérieuse derrière ses grandes lunettes. Je sens qu’elle veut me faire passer sa détermination. Depuis un an, elle est volontaire dans des groupes et associations qui interviennent dans les écoles pour donner les leçons de « préparation à la vie familiale », c’est-à-dire des cours d’éducation à la sexualité.  Elle va dans des collèges et des lycées. Son optimisme, après m’avoir présenté un tableau effroyable des violences sexuelles et de l’ignorance des filles enceintes à quatorze ans, vient de sa colère.



Varsovie le 2 avril 2016. "Mon corps, mon choix"

Mon corps, mon choix !

De la colère des femmes qui se mobilisent depuis quelques semaines en Pologne. « Quand je vois ces femmes de tous âges qui généralement ne bougeaient pas, blasées et fatiguées par la politique, sortir défendre le droit à l’avortement, se rassembler avec nous, dire qu’enfin elles peuvent faire quelque chose d’utile, d’efficace, je suis optimiste. » Elle sent un réveil. C’est la première fois que tant de femmes manifestent pour le droit à l’IVG.

En fait, raconte-elle, depuis des années les catholiques « pro-life » font signer des pétitions sur les parvis des églises. Ils demandent un durcissement de la loi, une interdiction complète de l’avortement. La loi en vigueur est pourtant très restrictive. Elle date de janvier 1993. On la présente comme un « compromis », alors qu’elle fut imposée sans consultations, par un accord entre l’Eglise et le gouvernement centre droit de l’époque. Les femmes n’avaient pas été écoutées alors que tous les sondages indiquaient une forte majorité en faveur d’une loi plus libérale.  

Cette loi n’autorise l’interruption de grossesse que dans quatre cas extrêmes (vie le la mère en danger, malformation de l’enfant, viol et inceste) et à des conditions drastiques. La décision n’appartient pas directement à la femme. Dans les deux premiers cas elle dépend du médecin, et dans les autres d’un juge. A cela s’ajoute la « clause de conscience » très répandue, qui autorise les médecins de refuser d’interrompre une grossesse. En pratique, les avortements légaux sont rares (deux ou trois cents par ans), quand la Fédération du planning familial en Pologne estime entre 80 et 100 000, le nombre des femmes qui décident, chaque année, d’interrompre leur grossesse. En croisant diverses enquêtes, elle a établi que depuis le vote de cette loi, près d’un quart des Polonaises ont connu un avortement ! Et souvent dans des conditions dramatiques. Les femmes qui ont les moyens, se rendent à l’étranger ou parviennent à se procurer une pilule abortive (RU486, interdite en Pologne). Mais pour la plupart, notamment les plus jeunes, c’est hors de prix. Elles se rabattent sur des moyens rudimentaires.

Un des les plus dangereux qui produit souvent des hémorragies, c’est le curetage avec un fil de fer, généralement un porte manteau que l’on adapte. C’est pourquoi, dès que la Première ministre, Beata Szydło, s’est déclarée favorable à la loi déposée à la Diète par les pro-life, des milliers de femmes se sont rassemblées en brandissant des porte-manteaux, devant son ministère et les sièges du PiS, dans 18 villes, samedi 2 avril. Elles étaient huit mille à Varsovie. Elles criaient leur « droit de choisir ». Au micro, se succédaient des témoignages, des protestations. On pouvait suivre le rassemblement en direct sur facebook, et toutes les deux ou trois secondes, apparaissaient de nouveaux post venant de toute la Pologne, des femmes mais aussi nombre d’hommes y exprimaient leur rage, leur solidarité, leur volonté d’être là.

En plus des déclarations de la Première ministre, le présidium de la Conférence épiscopale publiait le 31 mars, un communiqué qui a choqué. On y lisait : « S’agissant de la protection de la vie des enfants encore à naître, on ne peut pas en rester au compromis actuel ». Les évêques  appelaient « tous les gens de bonne volonté, croyants comme  non-croyants, à agir pour protéger pleinement sur le plan juridique la vie des enfants encore à naître  ». C’était clair. L’Eglise catholique s’engageait du côté des pro-life. D’ailleurs, ce  communiqué devait être lu à haute voix dans les paroisses, le dimanche 3 avril. Dans les manifestations des pancartes  se moquaient de l’Eglise : « Protégeons les femmes contre l'épiscopat », « La Mère de Dieu a eu le choix »…

« Il devenait évident, me dit Antonina, que si on laissait faire, la loi passerait. » Habituellement ces pétitions faisaient long feu, « à peine déposées, elles étaient repoussées par la majorité. Or cette fois, ils avaient la cheffe du gouvernement et l’épiscopat, c’était très dangereux. » En une journée, toutes sortes de groupes et d’associations se sont mobilisés. Une association, Dziewuchy dziewuchom [Filles pour filles] a réuni sur facebook des dizaines de milliers de signatures en quelques heures. « Nous sommes toutes différentes mais nous sommes toutes des filles. » Ces groupes ont multiplié les rassemblements et les initiatives. Ainsi à Varsovie et Gdansk, des femmes ont commencé à sortir ostensiblement des églises lorsque le prêtre lisait le communiqué de l’épiscopat.



Varsovie le 2 avril 2016


Elzbieta Jachlewska, militante du Parti des femmes et responsable d’une association de travail social dans un quartier pauvre, que je retrouve à Gdansk[1], me confirme cette explosion spontanée. Elle connait les filles de Dziewuchy dziewuchom. « Ce sont en réalité deux copines qui ont passé des nuits sur facebook, elles se sont même mises en congé pour gérer ça et organiser les rassemblements. Elles ne sont pas des féministes patentées, elles n’ont jamais rien fait avant, elles n’ont pas d’option politique, c’est un mouvement de jeunes femmes. »

Jusqu’à présent, m’explique cette militante chevronnée, épuisée par les réunions et les nuits blanches, il était très difficile de les sensibiliser. « Les mouvements féministes en Pologne rassemblent surtout des femmes de quarante ou cinquante ans. Nous sommes leurs mères, voire leurs grands-mères ! »  Bien sûr, plusieurs organisations politiques les ont rejointes. Principalement trois : le petit parti de gauche Razem (modèle Podemos), le Parti des femmes et Inicjatywa Polska (gauche indépendante). Elles discutent de projets de lois alternatifs. « Certaines femmes veulent conserver la législation en l’état, d’autres soutiennent des versions plus ouvertes, et travaillent. » Plusieurs contre projets sont à l’étude. Et le pouvoir hésite à légiférer. Kaczynski tempère, l’épiscopat réfléchit, on les sent impressionnés par ces réactions.



Varsovie le 2 avril 2016. "Je vis J'aime Je choisis"


Ignorances et violences

Pour Antonina, cette mobilisation est une révélation. Elle conforte son engagement comme éducatrice. Elle me raconte au fond de notre café bruyant, l’ignorance et le bourrage de crâne que dispense l’école sous l’influence de l’Eglise. Selon les textes officiels,  l’éducation à la sexualité doit être dispensée à l’école primaire, au collège et au lycée. Elle doit préparer les élèves à la connaissance et aux transformations de leur corps, leur enseigner des notions élémentaires de biologie et d’anatomie, les informer sur les maladies sexuellement transmissibles, la contraception, l’IVG, la diversité des orientations sexuelles, etc.

En pratique, ce n’est pas ça, le contenu de l’enseignement est parfois tendancieux. « D’abord, tout le monde ne suit pas ces cours. Il faut une autorisation des parents qui ne vient pas forcément. Si la fréquentation est estimée à 90% dans le primaire (où l’on parle surtout d’anatomie et de reproduction), elle tombe à 60% au collège et à 20% au lycée. »

Beaucoup d’enseignants refusent aussi de parler de ces questions à leurs élèves, soit par honte soit par manque de formation. La tâche incombe normalement aux professeurs de sciences naturelles ou de … gymnastique. Faute d’enthousiasme les directeurs d’écoles sollicitent alors des intervenants extérieurs comme les groupes d’Antonina. Toutefois, ce n’est pas la règle. L’association la plus importante, active depuis une quinzaine d’années dans tout le pays, Ponton, intervient encore trop peu. Et elle ne peut pas se proposer, c’est à l’établissement de demander.

En revanche, on estime que dans environ 10% des écoles, les cours sont assurés par des prêtres. Des témoignages d’élèves publiés par Ponton, sur le contenu de ces cours sont accablants. Comme les manuels utilisés d’ailleurs. Ponton et le Planning familial ont analysé en détails ces manuels ou documents accrédités par le ministère de l’Education nationale. Ils arrivent à la conclusion que « les auteurs de ces manuels semblent ignorer vingt ans de recherches sur la sexualité et la santé, ou refusent les faits et propagent des mythes et des stéréotypes sur la sexualité humaine ». Ils « citent des autorités religieuses pour prouver leur dire. » La sexualité n’est envisagée que dans le cadre du mariage hétérosexuel, la femme est cantonnée à son rôle de mère. « La manière dont sont présentées les autres orientations sexuelles ne peut que susciter l’homophobie [2]. »

Comment s’étonner alors du nombre de personnes en situation de détresse après des rapports sexuels non protégés ? Antonina me raconte ses cours et ce qu’elle y entend : « Nous avons deux fois 45 minutes pour tout dire, c’est impossible ! En général les élèves n’ont aucune idée du sujet. Ils peuvent nous interroger sur tout. J’entends des histoires incroyables, des questions du genre : est-il vrai qu’en cas d’avortement on détruit tout l’appareil génital et qu’on n e peut plus avoir d’enfant ? Ou bien : comment fonctionne un condom ? Le coca cola est-il un contraceptif ? Quelquefois je laisse mon numéro, et ils m’appellent après la leçon. »

L’accès à la contraception n’est pas seulement limité par l’ignorance. Elzbieta me donne à Gdansk l’exemple de la pilule du lendemain, vendue en pharmacie. Dorénavant l’ordonnance d’un gynécologue est nécessaire. Cette décision du gouvernement revient à une interdiction pour celles qui n’ont pas assez d’argent. « Il faut trouver le médecin et acheter la pilule dans les 12 à 24h qui suivent le rapport. Si vous n’avez pas les moyens d’aller vite chez un praticien privé, c’est impossible. Il faut en moyenne deux à trois semaines pour obtenir un rendez vous dans un dispensaire public. » En plus, la pilule coûte entre 10 et 30 € ! (4 à 10 € en France)



"Des enfants avec amour, pas sous la contrainte ni pour l'argent"


« Dans le climat actuel », Antonina insiste sur ce travail d’éducation. « La plupart des jeunes, surtout les garçons, ne savent rien ni comment faire avec leur partenaire. Ils sont très étonnés lorsque nous leur disons que l’homosexualité n’est ni une faute ni une maladie. C’est terrible ce que nous entendons. » Elle m’impressionne par sa volonté d’agir malgré sa conscience d’être très minoritaire. « Il y a beaucoup de groupe comme le mien, un peu partout en Pologne. Mais quel est leur impact ? Je n’en sais rien. » Je comprends mieux son ravissement devant ces manifs pour l’avortement. Elle a le sentiment qu’une force se consolide. Mais elle tempère aussitôt. « J’ai des amis qui sont dans un groupe de lutte contre l’homophobie, ils reçoivent des subventions publiques, ils ont un local. Depuis début mars, leur local a été attaqué trois fois. Ils ont appelé la police. Que leur a dit le flic ? Avec ce que vous faites, pourquoi vous étonner que des gens se retournent contre vous ? »

Avant mon départ, Elzbieta m’a envoyé de Gdansk les résultats d’une enquête sur les violences sexuelles faites aux femmes, étude réalisée dans deux régions (Gdansk et Rzeszów) par une équipe de sociologues avec son association et une autre[3]. C’est une autre dimension du même problème. Des données recueillies, de janvier 2014 à juin 2015, auprès de juges et de policiers (5525 procédures ont été étudiées), ont été confrontées à une enquête quantitative sur un échantillon représentatif de femmes de ces régions (méthode des quotas). Au total, 451 femmes ont été interrogées (47 questions fermées et deux ouvertes). Le rapport nous fournit une image détaillée de ces violences, comme une triste synthèse de la condition féminine face au pouvoir masculin, ou plus exactement au sexe masculin. Quatre types de violences sexuelles ont été étudiés. Je me limiterai à leurs fréquences et à leurs auteurs, qui disent tout : 49,6% des femmes interrogées ont dit avoir subi des harcèlements sexuels plusieurs fois (un quart plus de dix fois) ; 37,5%  subit des activités sexuelles non désirées ; 23% des tentatives de viol et 22% des viols. « Il n’y a pas de différence, note le rapport, selon les milieux sociaux ou les lieux de résidence, seulement en fonction de l’âge. Plus la femme est âgée, plus elle a subi de viols. »

Des chiffres effarants. La grande majorité de ces violences ne sont pas déclarées à la police, et sont le fait de proches. Elles ont lieu dans la famille ou des cercles privés. Seuls les harcèlements ont lieu principalement sur les lieux de travail, de formation ou dans la rue et les parcs, et sont le fait d’inconnus de la victime. Dès notre première rencontre en janvier, Elzbieta Jachlewska avait insisté. « La violence domestique et sexuelle est le problème le plus grave des femmes en Pologne. Les rapports officiels ne reflètent pas la réalité comme le montre notre étude. » Et elle espérait que la crise actuelle allait enfin « les détacher des écrans de télé et de leurs rêves de vacances en Crète… »

En quittant ces deux femmes, la fougueuse et jeune Antonina au milieu de la rue du Nouveau Monde à Varsovie, et à Sopot, Elzbieta la militante avisée qui pourrait être sa mère, je quittais deux visages d’une même colère féminine en Pologne. Révolte profonde qui culmine en ce moment dans ces manifestations pour le droit à l’IVG, pour « retrouver le droit de choisir ». Et je me disais qu’il sera bien difficile de l’étouffer.

A suivre, troisième épisode la semaine prochaine...



Varsovie le 2 avril 2016

.
[1] Cf. « Retour à Gdansk » le 22 février sur ce blog.

[2] Voir ce rapport et beaucoup d’autres (en anglais) sur le site www.ponton.org.pl 3

[3] Rapport deMagdalena Grabowska et Marta Rawłuszko, encore inédit, présenté publiquement à Gdansk, le 14 avril 2016. Etude financée par l’Espace économique européen dans le cadre du programme « Citoyens pour la démocratie », réalisée par les fondations STER (Rzeszów) et WAGA (Gdansk) et un département de l’université de Gdansk.


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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Sam 25 Juin - 17:54


Venezuela : sois belle et tais-toi

Quand les Vénézuéliennes dénoncent une oppression sociétale : la beauté

Global Voices Traduction publiée le 23 Juin 2016
       
Les réseaux sociaux vénézuéliens ont réagi violemment aux déclarations de D'Agostino, concernant l'apparence des femmes participant à la vie politique de l'Etat, et plus généralement les femmes vénézuéliennes. Capture d'écran de l'interview diffusée sur Globovision.


Diana D’Agostino, épouse du président de l’Assemblée Nationale vénézuélienne

Citation :
Lorsque Diana D’Agostino, épouse du président de l’Assemblée Nationale vénézuélienne, critiqua sévèrement l’apparence des adeptes vénézuéliennes du chavisme, elle ne s’attendait certainement pas à susciter des réactions de la classe politique. Ces déclarations ripostaient aux reproches consécutifs à son apparition en une d’un magazine consacré aux célébrités. D’Agostino, affirmant que ses détracteurs étaient issus du parti chaviste, a répondu :


Citation :
Le gouvernement ne s’est jamais habitué à ce que les femmes soient mal apprêtées, sales, non maquillées […] Nous, les Vénézuéliennes, ne sommes pas comme ça.


Les ripostes ne se sont pas fait attendre. Une vidéo d’un extrait de l’interview est devenue virale, et les commentaires diffusés sur Internet ont ouvert. Parmi les réactions, l’aspect politique a laissé place à une réflexion sur les attentes concernant l’apparence féminine, qui constitue l’une des plus fortes oppressions de la société vénézuélienne.

Le Venezuela est réputé pour son obsession de la chirurgie esthétique et les concours de beauté. Selon les statistiques, le pays se distingue comme étant le territoire au plus grand taux d’interventions esthétiques par habitant ; il est également l’un des quatre pays de la région détenant le plus grand nombre de cas de désordres alimentaires. Les 13 couronnes de Miss Univers, le concours de beauté international le plus suivi dans le pays, pèse sur les idéaux esthétiques des jeunes.

Les déclarations de D’Agostino ne provoquent pas seulement la réprobation, mais aussi les préoccupations des internautes qui témoignent de leurs difficultés à vivre avec des valeurs esthétiques heurtant le bien-être des femmes, jeunes et adultes.

Sur le site Onda Feminista, Mariana González souligne les points les plus pertinents se cachant derrière les observations de D’Agostino :


Citation :
« Nous, les Vénézuéliennes, ne sommes pas comme ça. » Et qui sont ces femmes dont les priorités sont plus importantes que celles de se maquiller ? Dont la vie ne tourne pas autour de leur apparence ?  Des extraterrestes ? […] Qu’une représentante du gouvernement soit bien habillée ou en pyjama, qu’elle soit maquillée ou qu’elle ait l’air de sortir du lit, est totalement hors de propos. Son travail ne consiste pas à jouer les mannequins […] En plus d’être misogyne, ce commentaire est stupide, absurde et complètement déconnecté de la réalité.


Le débat a également amené des blogueuses à témoigner, comme l’artiste Yole Quintero. Dans son billet intitulé Para Diana D’Agostino, Quintero partage des anecdotes concernant son adolescence, sa difficulté à s’accepter, les problèmes rencontrés avec son entourage, la pression sociale et la chirurgie esthétique :


Citation :
… je n’ai pas grandi dans le but de développer mon intelligence. J’ai grandi dans le but d’être jolie. A tel point que je me comportais comme une sotte, afin que les gens ne me repoussent pas. Je suppose qu’il est plus facile de cacher son intelligence que sa laideur. Il ne reste pas beaucoup de photos de cette époque, précisément parce que je n’aime pas me voir.


Et de continuer :


Citation :
Il y a plus ou moins sept ans, j'ai subi la seule opération de ma vie […] J'ai fait modifier une partie de mon visage afin de me sentir bien avec moi-même lorsque je me regarde dans le miroir. Une intervention esthétique, mes craintes étaient esthétiques. Je souffrais tellement que je pensais que si j’étais née belle, j’aurais économisé du temps, de l’argent et des souffrances.


Dans l’une de ses Chroniques de la féministe défectueuse, Aglaia Berlutti a mis l’accent sur la pression, vécue de façon particulière, dans la société vénézuélienne :


Citation :
Quiconque n’étant pas vénézuélien ne peut comprendre la pression invisible vécue comme un véritable fardeau. Il est compliqué d’expliquer à quelqu’un qui n’a pas grandi en étant stigmatisé et méprisé à cause de son apparence physique, comment vivre dans un pays où la beauté est exigée, où être « beau » – peu importe ce que ça signifie – est nécessaire et même indispensable à la réussite sociale.


Berlutti a aussi souligné la complexité des valeurs de la beauté dans la perception de l’identité :


Citation :
Et il ne s’agit pas seulement de la culture de l’apparence, connue et bien répandue dans le monde grâce aux médias, à l’heure d’une époque égocentrique et infantile, mais de quelque chose de plus complexe, trouble et douloureux. Au Venezuela, la beauté est le symptôme de quelque chose de plus dur à supporter. D’une perception de l’identité qui annihile l’individualité. Comme si l’esthétique était un but, un processus et un triomphe que peu de gens peuvent atteindre et qui vous définit, la façon dont le Venezuela se perçoit. Ou autrement dit, la façon de déprécier la différence.


N’oublions pas non plus les réactions plus humoristiques. El Chigüire Bipolar, un populaire site humoristique d'information, met en exergue le contexte de crise économique, dans laquelle les pénuries d'approvisionnement a créé une crise alimentaire et de santé :


Citation :
L’avocate et épouse du président de l’Assemblée Nationale (AN), Diana D’Agostino, a demandé aujourd’hui, en conférence de presse, l’aide humanitaire de la communauté internationale en produits de maquillage et sèche-cheveux.



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Ecrit par Laura Vidal


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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Mer 3 Aoû - 16:59


lecture par Rada Iveković 01/08/2016

Citation :
Depuis que des successeurs et épigones de Foucault ont repris le terme et l'ont popularisé en en élargissant la portée et en en diluant le sens, tout est devenu biopolitique, comme la référence à Foucault – « infréquentable » académiquement de sa vie - est devenue obligée. Conférences et séminaires sur la biopolitique et les biopolitiques se sont enchaînés les uns après les autres, se référant à toutes sortes de sujets et à toutes les époques historiques. Ces diverses « applications » sont elles-mêmes bienvenues, même si la signification première de la biopolitique est parfois quelque-peu occultée, alors qu’une certaine valeur politique en a été détournée, puisque applicable à tout. Il s’agit sans doute du déplacement d’un terme et concept d’une discipline (la philosophie) vers d’autres disciplines, littéraires et historiques, déplacement qui les libère et les fait revivre dans de nouveaux contextes. Le même geste, par ailleurs, bouscule la hiérarchie reçue des disciplines institutionnalisées, ainsi que l’ordre épistémique établi, et c’est tant mieux. Il s’agit d’un ébranlement bénéfique dont les implications vont encore plus loin. Alors que Martine Spensky et ses auteurs s’inscrivent dans le courant de trouble de l’ordre du genre et des sexes, le désordre introduit par elles et eux dans la construction des savoirs soutient l’assertion qui est la leur. Il le fait même indirectement et par le côté formel, quasiment au delà des contenus démontrés et du seul genre. Les implications en sont sociales et politiques, de même que les conclusions à tirer.

Le concept de biopolitique lui-même vient au moins de Carl Schmitt1, de sa théologie politique et du rapport qu’il conceptualise entre ami-et-ennemi2, et non de Foucault, qui le remanie. Schmitt définit le souverain « comme celui qui décide sur l'état d'exception », et le « souverain est celui dont on reconnaît le pouvoir de proclamer l'état d'exception et de suspendre, de telle manière, la validité de l’ordre juridique ». « C’est dans la souveraineté ainsi entendue qu'on peut reconnaître le nœud biopolitique dans lequel elle serre la vie », écrit à ce sujet Ottavio Marzocca3.

La biopolitique porte sur les populations en tant que vivantes, prises collectivement et passées par les statistiques afin d’être « traitées » et « servies », mais surtout contrôlées, et ceci en condition de modernité directe (occidentale, métropolitaine) aussi bien qu’« alternative » ou « dérivée », comme c’est le cas des modernités (post)coloniales. Dans la modernité, il a fallu adapter les modes de gestion et de contrôle des populations et de la vie, surtout en vue de la base matérielle – la planète commune, le climat, la santé, l’air, l’eau (les « commons ») etc. - à sauvegarder. La biopolitique contrôle les humains – de manière graduée et inégale - et essaye de gérer la nature (la vie) dans un intérêt général où l’économie rejoint l’écologie dans le cas idéal (toujours en privilégiant les humains sur les autres espèces). Foucault parle en premier lieu d’un nouveau « biopouvoir » qui se démarquerait du pouvoir plus traditionnel relevant de la souveraineté, selon lequel il s’agissait de « laisser vivre ou faire mourir ». Or, le biopouvoir à l’âge classique4, qui est accompagné de la discipline dans les usines et les casernes (le pouvoir sur le corps comme machine), à l’inverse, prend la vie comme objet et produit de la résistance subjectivante (« production de soi ») et dispersée en retour, ce qui deviendra biopolitique : « vivre et laisser mourir ». Les deux formes de pouvoir coexistent tant bien que mal, et le premier (la souveraineté) serait plus contraignant et plus visiblement brutal, si ce n’est que la biopolitique s’articule aussi et encore avec un aspect purement disciplinaire : d’une part la discipline, d’autre part le biopouvoir, produisent des technologies du pouvoir différentes5 et se rejoignent dans la biopolitique. Celle-ci, comme un type de rationalité, gère les (humains) vivants dans le but d’en faire tirer le maximum de profit. Les définitions et lectures de la biopolitique peuvent être différentes selon les auteurs mentionnés.

Philosophiquement parlant, la biopolitique n’est pas tant l’ « entrée de la vie humaine en politique » : la vie humaine et les humains sont en politique originairement en quelque sorte, ils sont politiques immédiatement. La vie humaine, qui implique la sociabilité, relève du politique même dans les circonstances où on ne leur plaque pas la biopolitique. C’est même le contraire qui est vrai, philosophiquement parlant. La biopolitique – en philosophie – serait même en quelque sorte une dépolitisation historique et brutale des corps, autrement dit – ici - des humains. Cette réduction consiste justement en la réduction des hommes et des femmes à leurs seuls corps, qui peuvent alors être comptabilisés catégorisés, classifiés etc. pour le plus grand bien des sciences « supérieures », pour la production, ainsi que pour l’agissement de l’Etat providence. Et nous effleurons à peine ici, sans la creuser, la question de l’absolue priorité de la vie par rapport à l’humain, ou la question de la spéciation, qui reste entière à nos yeux dans la problématique de la biopolitique à étudier. Elle regarde aussi bien les espèces vivantes que les disciplines des savoirs établis: car une stratégie épistémique de reconstruction des savoirs autrement devrait prendre en compte la sauvegarde et le maintien d’un monde durable (sustainable) ainsi qu’une solidarité de toutes les formes de vie6.

Il est à noter que le livre, ainsi que l’intéressante conférence qui fut à son origine, passent en revue les empires coloniaux, c’est-à-dire des histoires en relation avec la modernité occidentale, rapports qui, aux yeux de ce type de travail, concernent au premier lieu l’esclavage moderne et le genre. C’est bien sûr justement dans les colonies ainsi qu’à propos des femmes que la biopolitique a été inventée, s’appliquant aux corps « dociles » ou supposés sans défense, en tout cas aux corps contrôlés : contrôlés au moyen d’une nouvelle technologie du pouvoir – la biopolitique. La modernité y est introduite par les méthodes les plus brutales et fait elle-même partie de la colonisation.

Mais cette origine n’a pas été d’emblée reconnue en philosophie « européenne » ni même « occidentale », puisque la colonie était traitée comme extrapolitique, extraconstitutionnelle, extraterritoriale, comme exception et comme hors modernité, et donc comme étant sans intérêt en philosophie politique ou sciences politiques. Il a fallu que des philosophes depuis Foucault, ainsi que des spécialistes des cultural studies et des différentes orientations d’études (post)coloniales et décoloniales s’y mettent, pour renverser l’image d’une seule modernité monolithique, européenne, en les modernités plurielles et « alternatives » des continents colonisés. Les perspectives changent. Il est désormais acquis que la modernité occidentale constitue cette scission historique où est imposé aux « cultures » des continents colonisés (et donc dans les empires) le renoncement à leurs propres antiquités comme condition d’accès à la modernité et au « progrès ». La biopolitique se charge d’inculquer ce protocole. Ce n’est que graduellement que l’on s’est rendu à l’évidence du rôle primordial de la biopolitique dans les colonies et sur les colonisés, puisque tout l’intérêt de l’invention de la biopolitique était de reconnaître d’abord comment pouvait être mise en œuvre une dépolitisation ou démobilisation politique de ceux qui seraient en principe citoyens, et donc en premier lieu voués au politique. Mais dans les empires coloniaux les sujets n’étaient pas citoyens, de même qu’en métropole la citoyenneté des femmes n’était pas mise en œuvre dans les faits : il y a, en plus, l’esclavage, il y a la condition différentielle des femmes, il y a les métis au statut peu clair et tous les « subalternes ». Cependant, presque toutes les formes de pouvoir ont en général d’abord été expérimentées dans les colonies et sur les subordonnés sous les formes les plus brutales, pour être ultérieurement introduites en Europe, en général sous des formes moins cruelles ou en tout cas oublieuses de la très particulière violence coloniale. Les habitants des (anciennes) métropoles découvrent souvent ces méthodes avec surprise, y compris en notre temps, quand elles leurs échoient, sans se rendre compte que les populations colonisées avaient été les premières à y être soumises.

Le livre Le contrôle du corps des femmes dans les Empires coloniaux a le grand avantage d’articuler la hiérarchie des classes et l’étude des colonies impériales par celle du genre, avec ce constat important - « le contrôle du corps des femmes est l’un des enjeux majeurs des politiques coloniales »7, ainsi que de déborder le cadre du seul occident (et donc aussi les limites de l’approche foucaldienne). Il démontre comment les rapports raciaux sont au centre de la préoccupation coloniale en tant qu’inquiétude primordiale. Ils sont renforcés par les rapports de sexe et le genre, enchevêtrés et faisant partie de la même stratégie de contrôle et de pouvoir.

C’est en tant que partage et séparation ou même scission que le sexe marque la race, la nation, et même la citoyenneté dont il maintient, reproduit et renforce les hiérarchies et les contradictions ; car la subordination des femmes les fonde toutes. Le principe de maintien de l’identité, ainsi que la souveraineté - immobilisent. Ils opèrent l’auto fondation du propre par le partage de la raison : c’est bien « notre » raison (et nos « raisons ») qui est partagée par le genre au service des autres hiérarchies à maintenir – la race, la nation, la classe etc. Les constructions telles que la différence des sexes, la nation, sont instrumentales à cet effet, et interdépendantes. Mais la conservation de la continuité est faite d’interruptions. De sorte que le prix de la communauté (sous l’égide de l’un-ego) est paradoxalement - ce qui sépare. Cette scission constitutive est la condition même de la communauté. Or, la différence des sexes est un tel « premier » différend, constitutif lui-même de la communauté et de la nation. Partout, il exaspère l’inégalité des races établie, la différence dite nationale, ainsi que les autres inégalités et hiérarchies sociales. Il ramène tout à la souveraineté, qu’elle soit nationale ou impériale.

Quel est le sens de la souveraineté ? C’est la surabondance de soi. La politique est, sous cet aspect là, passion (une passion de soi-même) et « homodoxie ». Il n’est pas étonnant alors que la sexualité soit un enjeu de pouvoir – Foucault l’avait bien compris - pouvant aller jusqu’à sacraliser la domination et l’hégémonie. Mais la « différence des sexes », et plus encore le « genre », ne sont qu’une forme – fondamentale, car normative – du partage de la raison, ou de son arrêt. Ils sont ontologiquement « faibles », d’où leur caractère rituel, directif, répétitif, suppléant à leur manque de substance. Le sexe est une idée forte, constituante de l’ « identité » sexuelle comme de toute identité. Il agit comme idée et par la force des idées, il sert à maintenir l’ordre. Il ne s’agit pas seulement de l’ordre concernant les femmes, bien que celles-ci en soient l’enjeu à tous les niveaux : le sexe (en tant que scission) contribue à reproduire et entretenir l’ordre social, étatique, colonial et impérial. C’est sous cette forme qu’il est genre, et normatif, utilisé dans l’établissement, la reconduite et le maintien des diverses formes de pouvoir, comme le montrent tous les chapitres du livre.

On n’est pas obligées de s’en tenir à Foucault ou à Agamben au sujet de la biopolitique, traduite dans la réalité par des manœuvres d’immunisation. Toni Negri tente de retenir la dimension économique de la subjectivation en tant que résistance vitale interne au biopouvoir, et positive, dans la biopolitique, alors que Roberto Esposito, quant à lui, spécule sur le côté positif d'une immunité relative inclusive8, et alors que la même est, pour Agamben9, une question de choix épistémologique et une sorte d'éthique cognitive de principe et de « témoignage ». Pour Esposito, la « vaccination immunitaire » extrême est suicidaire (car meurtrière). Et pourtant, l'immunité est également vitale, dans un équilibre impossible à théoriser. Ceci est à l’opposé du système construit par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe10 et surtout par cette dernière, en tant que système fermé. Les systèmes fermés dans des limites strictes ne permettent pas de gradation. Vous êtes dedans, ou vous êtes dehors, inclus ou exclus. Mais les frontières sont reconnues par tous. Etienne Balibar11 aussi reconnaît un cadre donné (réaliste), mais il est au moins critique à l'égard des limites préalablement prescrites plus ou moins tacitement12. Ainsi Chantal Mouffe n'admettrait point la Turquie en Europe (même si à ce stade de la politique turque et européenne en 2016, cela importe désormais peu). Du même coup, elle ne peut pas reconnaître les migrants et les réfugiés ou des éléments qui dépasseraient le cadre ou les frontières. Selon le binaire normatif prévalent maintenant - les migrants sont ceux qui ne sont pas citoyens. Nancy Fraser, bien qu’elle soit beaucoup plus flexible sur la question, ne traite pas non plus des migrants, ni de tout ce qui peut dépasser le système13. Les migrants, les refugié-e-s, les citoyens manquants, sont aujourd'hui notre principal problème, outre le sexe et le genre. A d’autres époques, c’étaient les esclaves ou d’autres sujets, mais de tout temps et toujours, ce sont aussi les femmes. C’est ce que démontrent les chapitres de ce livre, très divers entre eux mais passionnants.

Après l’exemplification et l’apparente diversification des cas de figure, c’est l’universalité de la subordination des femmes, et plutôt leur inclusion subordonnée car constitutive du système, que leur exclusion, qui réunissent et rassemblent à nouveaux les arguments, les approches et les situations historiques très divers en un livre cohérent en principe sur les (bio)politiques du genre des empires, mais finalement, au-delà de ces derniers.

Dès le premier texte de l’ouvrage collectif après l’introduction de Martine Spensky, celui de Paola Domingo sur le Paraguay colonisé, on comprend le lien profond entre le genre et la question des « races » à propos du traitement des indigènes : les deux représentent conjointement un même opérateur politique, bien sûr au-delà du pays étudié. Cela est renchéri dans le chapitre de David Richardson avec Judith Spicksley et celui d’Arlette Gauthier. La dernière montre la valeur ajoutée que représentent les esclaves femmes dans la caraïbe française, en tant que mères d’esclaves. La même chose est démontrée par les premiers, qui étudient, de manière comparée, la traite d’humains de l’Afrique vers le monde arabo-musulman, avec cette « nuance » que les femmes esclaves pouvaient y être intégrées à la famille de leurs maîtres en tant que concubines, et leur donner des enfants. Des enfants soit à accepter et à élever, soit à vendre, d’ailleurs. Les autres chapitres, comme celui de Christelle Taraud, qui étudie la prostitution comme elle est ouvertement réglementée par les autorités françaises au Maghreb, se rapprochant de plus en plus de la traite, ne font que confirmer ces recherches avec des exemples différents. La politique du genre, en fonction de la hiérarchie raciale, décide alors du partage des femmes entre celles qui sont à disposition, et celle qui sont « préservées » pour garantir l’honneur de la communauté et maintenir la hiérarchie entre les groupes. Dans tous ces exemples, on voit que des relations de pouvoir tendues et même antagonistes existent entre les hommes selon les communautés. Ils peuvent ainsi exercer des pressions et un pouvoir contradictoires et divisifs sur les femmes, tout en renforçant une homogénéisation masculine et nationale de la société.

Deux chapitres étudient le Congo belge, celui de Valérie Piette, et celui d’Amandine Lauro. Les deux évaluent la politique coloniale des sexes – très dure et violente – par le contrôle des femmes, de leurs corps et de la maternité. Le genre, dont la portée s’étend jusqu'à l’élevage des enfants indigènes, est un opérateur politique important pour les autorités qui, en cela, se font aider par les associations plus ou moins philanthropiques ou les églises et religions qui interviennent auprès des mères. L’enjeu est toujours la surveillance des femmes pour maintenir l’ordre social et la soumission, mais la question se pose de savoir dans quel régime, monogame ou polygame, les femmes seraient le mieux contrôlées ? L’ordre à maintenir, bien entendu, présuppose une domination coloniale, donnant une grande liberté aux colons qui doivent conserver un accès aux femmes et filles congolaises en toutes circonstances. Violaine Tisseau, qui étudie Madagascar, identifie cela comme le problème du métissage, auquel les autorités coloniales réservent des politiques très ambiguës et contradictoires, selon les époques. Car le métissage, salué quand, dans une colonie, il n’y a pas suffisamment de femmes blanches, peut s’avérer être « indésirable » et condamné politiquement plus tard, quand il y en aura « assez ». L’Etat recourt volontiers à l’aide des organisations religieuses et de la société civile pour résoudre les « problèmes » créés par le métissage - l’excès d’enfant métis abandonnés, les femmes « déchues ». Le métissage apparaît d’ailleurs dans les diverses aires étudiées. L’exemple donné par Claude Grimmer de la vie d’une jeune métisse camerounaise, confirme ce qui est déjà dit, et rend compte du louvoiement de la législation coloniale française en la matière. Que faire des métis et du concubinage, de ceux qui « dérangent » l’ordre racial et donc l’ordre tout court ?

Dans son excellent texte intitulé « Empires et biopolitiques vus du Royaume-Uni » à la fin du livre, bien qu’il parle des îles britanniques, ainsi que dans son introduction au livre qui donne le cadre historique de la problématique du genre dans les empires, Martine Spensky, qui a dirigé le livre collectif, réussit le difficile pari de rassembler ces exemples et toute la diversité des approches et des aires géographiques étudiées, par une très bonne synthèse politique. Avec les dissimilitudes et les écarts historiques et géographiques, ce n’était pas évident ; pourtant, le pari est bien réussi grâce à l’universalité de la subalternité dans la condition des femmes, mais aussi grâce à la coopération conjointe, en un opérateur politique unique, de divisions telles que la race, la classe, le genre, la nation, la colonialité.

Ce livre est à lire urgemment, en particulier par les étudiants et chercheurs travaillant sur la condition des femmes, les empires, la condition coloniale, l’esclavage, le métissage, la colonialité des pouvoirs!


1. Carl Schmitt, Théologie Politique, trad. par J-L. Schlegel, Gallimard 1988 (3e éd.).

2. C. Schmitt, « La distinction spécifiquement politique, sur laquelle se laissent ramener l’action et les motifs politiques, est la distinction entre ami et ennemi », C. Schmitt, La notion de politique. Théorie du partisan, (Flammarion/Champs 1999) cité depuis l’original allemand par Michael Turnheim, « Les raides-fous. Autisme, biopolitique et déconstruction », in L'en-je lacanien n. 2005/1 (no 4), p. 192.

3. O. Marzocca, « BIOPOUVOIR, BIOPOLITIQUE, POLITIQUE DÉclinaisons italiennes », dont nous tirons la citation de Schmitt concernant le souverain (Politische Theologie, pp.33-34), http://1libertaire.free.fr/OMarzocca02.html

4. 17-18e siècles.

5. Creuser plus loin cet aspect signifierait de s’embarquer dans une lecture « anglo-saxone » de Foucault, ce qui n’est pas utile pour notre but plus modeste d’une simple recension.

6. Solidarité de toutes les formes de vie : en sanskrit, c’est karma. Le concept est vieux et existe en dehors du système de l’hégémonie occidentale des savoirs.

7. M. Spensky, p. 10.

8. Esposito, Roberto. « Communauté, immunité, démocratie ». Transeuropéennes 17, 1999, p. 35-45; Immunitas. Protezione e negazione della vita. Turin: Einaudi, 2002.

9. Agamben, Giorgio, Homo sacer. I: Il potere sovrano e la nuda vita, Einaudi, Turin 1995; Quel che resta di Auschwitz. Homo sacer III, Bollati Boringhieri, Turin 1998.

10. Depuis: Ernesto Laclau & Chantal Mouffe, Hegemony and Socialist Strategy: Towards a Radical Democratic Politics, Londres, Verso 1985. Ernesto Laclau, On Populist Reason, Londres, Verso 2005. Chantal Mouffe, The Democratic Paradox, Londres, Verso 2000; Le politique et ses enjeux. Pour une démocratie plurielle, Paris, La découverte 1994 ; Chantal Mouffe, une interview « Antagonisme et hégémonie » in La Revue internationale des livres et des idées n° 3, pp. 30-34. Chantal Mouffe, Agonistique : Penser politiquement le monde, tr. by Denyse Beaulieu, Paris, ENSBA 2014. A propos de Laclau et Mouffe, R. Iveković, « Populisme et politique », Cultures&Conflits n° 73, 2009, pp. 125-133.

11. Etienne Balibar & Immanuel Wallerstein, Race, Nation Classe. Les identités fictives, La Découverte, Paris 1990.

12. Voir tout le travail de Balibar sur la politique et sur l’Europe: Europe, crise et fin?, Le Bord de l’eau, Bordeaux 2016; Violence and Civility: And Other Essays on Political Philosophy (The Wellek Library Lectures). Trans. James Swenson. Columbia UP, New York 2009; La proposition de l’égaliberté. Paris:PUF, 2010; « Cosmopolitanism and Secularism: Controversial Legacies and prospective Interrogations », Grey Room 44, Summer 2011(2), pp. 6-25.

13. Nancy Fraser, Transnationalizing the Public Sphere, Polity Press, Malden 2014; Fortunes of Feminism: From State-Managed Capitalism to Neoliberal Crisis, Verso, Londres-NYC 2016.


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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Sam 21 Jan - 13:05


Féminisme et nudité : un corps à corps historique ?

France Culture 20.01.2017
audio en ligne

Nu ou déshabillé ? Exhibé ou libéré ? Support d’expression, arme de contestation, le corps des femmes n’est plus le corps objet d’hier. Quels sont les liens historiques et sociaux tissés entre la nudité et le féminisme ? Quelle signification acquiert le corps dénudé dans l’espace public ?


Féminisme et nudité• Crédits : Maren Klatt / EyeEm - Getty

Citation :
Audacieux, ironique impudique, à l’heure où les photos circulent partout dans le monde, ce corps mis à nu sert-il ou dessert-il la cause des femmes ?

Un débat enregistré en 2015.

Emmanuelle de L’Ecotais, chargée des collections photographiques au musée d’art moderne de la Ville de Paris et commissaire de l’exposition "Linder"

Geneviève Fraisse, philosophe, historienne de la pensée féministe, auteur de "Les excès du genre, concept, image, nudité"

Joseph Paris, réalisateur du documentaire "Naked War".


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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Ven 27 Jan - 13:25


S'il renvoie aux hommes un mystère «naturel», le corps des femmes est pourtant toujours assujetti à de drôles de croyances chiffrées.


Women | Yasser Alghofily via Flickr CC License by

Béatrice Kammerer a écrit:
Rien n’émeut plus les humains que de penser qu’ils peuvent décrypter les secrets les plus intimes de la nature. Si les scientifiques se donnent effectivement pour objectif de rendre compte des phénomènes naturels, ils gardent non moins à l’esprit qu’ils n’en proposent que des modèles, des approximations. D’autres franchissent le pas qui confine à l’hérésie en prétendant que la nature n’est pas seulement appréhendable par des équations, mais qu’elle recèlerait en son sein les grandes vérités scientifiques ou philosophiques.

Ceux-là seraient capables de chercher la spirale de Fibonacci dans la forme des crottes de pigeons, les tables de logarithme dans la croissance des poils pubiens, et la suite des nombres premiers dans les modulations des vagissements du nouveau-né. Comme si l’Univers avait gentiment semé des théorèmes et des chiffres ronds un peu partout comme autant de clins d’œil affectueux aux microbes que nous sommes. S’agissant du corps des femmes et du mystère de la naissance, la tentation est encore plus grande et nombreux sont ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont succombé au romantisme d’une métrique superstitieuse. De la durée du cycle menstruel, à celle de la grossesse en passant par la dilatation du col de l’utérus, voici un petit tour d’horizon des préjugés populaires (et médicaux!) qui ont tenté de faire du corps des femmes, un idéal mathématique.

La jalousie

Il n’est pas facile de comprendre pourquoi, aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire et aussi diverses que soient les sociétés, les hommes ont, semble-t-il, toujours cherché à imposer leur domination sur les femmes. Françoise Héritier, célèbre anthropologue et féministe s’est longtemps intéressée à cette question et a formulé l’hypothèse que la domination des femmes reposait d’abord sur la jalousie des hommes à ne pouvoir eux-mêmes procréer. Dans le deuxième tome de son livre Masculin/Féminin paru en 2002, elle explique :

Citation :
Pour se reproduire à l’identique, l’homme est obligé de passer par un corps de femme. Il ne peut le faire par lui-même. C’est cette incapacité qui assoit le destin de l’humanité féminine. […] Cette injustice et ce mystère sont à l’origine de tout le reste, qui est advenu de façon semblable dans les groupes humains depuis l’origine de l’humanité et que nous appelons la “domination masculine”.

De cette crainte teintée d’envie seraient issues de nombreuses croyances et pratiques dans lesquelles la femme apparaît tout à la fois comme celle qui a le pouvoir d’enfanter, de saigner sans être blessée (et d’y survivre) mais aussi comme un être d’essence maléfique. À ce titre, le sang qui coule de l’utérus, aussi bien pendant les règles qu’après un accouchement, a souvent été considéré comme impur (voir malfaisant) et a donné lieu à des pratiques de bannissement.

La psychologue Lise Bartoli, qui s’est particulièrement intéressée aux rites périnataux à travers le monde, en témoigne. Dans son livre Venir au monde, elle montre la quasi-universalité des pratiques de réclusion post-natale s’étendant de quelques jours à plusieurs mois. On pourrait y voir la reconnaissance de la nécessité d’un repos bien mérité, après l’événement éprouvant qu’est l’accouchement, si toutefois cette réclusion ne s’accompagnait pas d’une forte stigmatisation religieuse :

Citation :
Au Guatemala, […] la nouvelle mère ne pourra pas entrer dans une église pendant les quarante jours qui suivent l’accouchement. En Asie du Sud-Est, elle ne devra pas entrer dans un temple ni aucun lieu de culte, par respect pour les dieux.

La femme représente la lune dans sa nature corporelle: ses cycles sont à l’unisson du rythme lunaire; son union charnelle avec l’homme reproduit les noces de la lune et du soleil

D’autres sociétés justifient la réclusion des accouchées par la crainte de puissances maléfiques d’apparence féminine assoiffées de sang maternel: en Malaisie, on craint Langsuir; au Cambodge, la sorcière Ap. Enfin, la stigmatisation peut aussi être sociale et s’incarner jusque dans l’intimité familiale:

Citation :
La mère diola, au Sénégal, ne peut pas prendre ses douches au foyer. La mère tamoule sera baignée séparément de son enfant pendant une période allant de sept à quinze jours. […] Pour la femme taïwanaise, […] on lui demandera aussi de ne pas sortir de la maison entre le coucher et le lever du soleil, sinon elle salirait la terre et le ciel.

La liste est infinie! S’il est difficile de distinguer la pratique effective actuelle du folklore, il faut toutefois se souvenir que la stigmatisation qui entoure les menstruations est régulièrement pointée par les ONG comme un facteur limitant la scolarisation des filles ou encore, que des adolescentes meurent régulièrement en raison des rites de réclusion menstruelle.

1. Un cycle menstruel = une lunaison


Les superstitions masculines face au corps féminin n’ont pourtant pas été l’apanage des contrées lointaines, loin de là! En Europe par exemple, la science des Lumières s’est particulièrement attachée à justifier biologiquement et médicalement le préjugé populaire qui rattachait la femme à la nature et l’homme à la culture. L’ambivalence vis-à-vis du corps des femmes devenant le prolongement naturel de celle entretenue à l’égard de la nature, dont on peut louer la beauté tout en poursuivant le but de la domestiquer.

C’est cette disposition d’esprit qui a profondément marqué dans le courant du XVIIIe siècle l’émergence de l’obstétrique en tant que discipline médicale et scientifique et qui a entériné la rupture des pratiques entre sages-femmes et obstétriciens : aux sages-femmes, la gestion des accouchements non pathologiques (c’est à dire «naturels») ; et aux obstétriciens (à l’époque, uniquement des hommes), la pratique des extractions instrumentales (expression de la culture).

On peut donc penser que c’est d’une complexe hybridation entre croyances populaires et préjugés sexistes que sont nées nombres de normes gynécologiques aux allures de superstition, particulièrement répandues dans la société et résistantes aux réfutations scientifiques. La première d’entre elles serait que le cycle menstruel durerait idéalement vingt-huit jours, soit environ le temps d’une lunaison. Parmi les associations entre la figure de la femme et la nature, le rapprochement avec la Lune est récurrent dans de nombreuses cultures.

On en trouve trace en Europe dès 1578 dans un livre consacré au mariage de l’écrivain de langue allemande Johann Fischard: un poème y compare l’homme au soleil, et la femme à la lune. De manière plus approfondie, Makilam, une historienne kabyle s’est attachée à décrire dans un livre inspiré de son travail de doctorat le lien particulier qu’entretenaient les femmes et la Lune dans la culture kabyle. Dans la recension qu’en fait l’ethnologue Béatrice Lecestre-Rollier, on peut lire :

Citation :
[Dans la culture kabyle], la femme représente la lune dans sa nature corporelle: ses cycles sont à l’unisson du rythme lunaire; son union charnelle avec l’homme reproduit les noces de la lune et du soleil; enceinte, elle gonfle comme la pleine lune et accouche d’un enfant de nature lunaire.

Entre 24 et 32 jours

En Occident, on trouve trace de ce rapprochement symbolique dans la croyance –erronée – que la pleine Lune déclenche les naissances. De même, l’opinion commune continue de penser que la durée de 28 jours représente la norme pour le cycle féminin: on en veut pour preuve le mode d’administration des pilules contraceptives. En effet, malgré le caractère totalement artificiel (et inutile) des saignements survenant sous pilule (qui ne sont pas des «règles» au sens premier), le packaging de ces médicaments est pourtant prévu pour mimer un cycle de 28 jours.

Cette durée n’est pourtant pas qu’une trace de notre fascination pour l’astre de la nuit, il correspond aussi à une réalité scientifique: la moyenne des cycles menstruels reportés par les femmes. Le problème est qu’une moyenne n’est pas forcément représentative de la réalité, notamment lorsque les valeurs sont très dispersées. Ainsi, la note de 10 ne sera pas représentative des notes 0 et 20.

En 1968, une importante étude avait collecté 30.655 données menstruelles de quelques 2316 femmes: 95% des femmes avait un cycle menstruel compris entre quinze et quarante-cinq jours, et parmi elles, la durée moyenne était de 28,1 jours avec un écart-type de 3,95 jours ce qui signifie mathématiquement que seulement 68% des femmes ont une durée de cycle comprise entre 24 (28,1 – 3,95) et 32 (28,1 + 3,95) jours. Bref, que la diversité semble la seule véritable règle.

2. Un bébé = 9 mois

Neuf mois pour venir au monde dit le quidam, 40 semaines d’aménorrhée disent les médecins, ou 10 lunes disent les poètes, mais quand tempérerons-nous notre désir de chiffres ronds?! Une étude prospective parue en 2013 et portant sur 125 grossesses avait pourtant pu montrer que la durée normale de la grossesse depuis l’ovulation jusqu’à l’accouchement était sujette à d’importantes variations interindividuelles: elle allait de 245 jours (35 semaines) à 285 jours (40 semaines et 5 jours). Cette durée dépendait notamment de la diversité des temps nécessaires à l’embryon pour s’implanter dans l’utérus, qui pouvait varier d’une femme à l’autre de près d’une semaine.

La durée normale de la grossesse depuis l’ovulation jusqu’à l’accouchement était sujette à d’importantes variations interindividuelles: elle allait de 245 jours (35 semaines) à 285 jours (40 semaines et 5 jours)

Pourtant, pouvoir établir de manière relativement précise si un fœtus est ou non à terme est un enjeu majeur pour l’obstétrique d’aujourd’hui: cette connaissance permet de déterminer s’il est nécessaire de prévoir des soins spécifiques aux prématurés ou au contraire s’il est nécessaire d’envisager le déclenchement de l’accouchement. En effet, le dépassement de terme est statistiquement associé à un risque majoré de complications.

Selon le Collège national des gynécologues et obstétriciens français, le risque de décès périnatal passerait par exemple de 0,7 pour mille à 5,8 pour mille entre 37 et 43 semaines d’aménorrhées, ce qui leur fait néanmoins conclure que «l’incidence de ces risques reste cependant faible en valeur absolue». Pour autant, leur minimisation passe aujourd’hui par la datation aussi précise que possible de l’âge gestationnel. Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), c’est l’échographie du premier trimestre, réalisée entre 11 et 13 semaines d’aménorrhée qui permet la détermination de l’âge gestationnel par mesure de la taille de l’embryon. Compte tenu de cette donnée, le déclenchement de l’accouchement pour dépassement de terme sera envisageable dès la fin de la 41e semaine d’aménorrhée et vivement recommandée six jours après.

En pratique, certains problèmes subsistent, notamment en raison des incertitudes des mesures échographiques et du fait que cette méthode d’évaluation repose sur l’hypothèse d’une forte corrélation entre taille de l’embryon et âge gestationnel: en 2003, des chercheurs avaient tenté de vérifier cet élément en relevant tout au long du premier trimestre la taille d’embryons se développant suite à une fécondation in vitro (c’est-à-dire dont on connaissait l’âge exact). Ils ont pu montrer que 2% des embryons avaient une taille différant de +/- 7 jours des normes actuellement utilisées; 6% des embryons, une taille différant +/- 5 jours; et 25%, de +/- 3 jours.

Néanmoins, compte tenu de la variabilité des cycles menstruels et de celles des temps d’implantation, il se pourrait que la mesure de la longueur de l’embryon reste la méthode la plus fiable pour déterminer de l’âge gestationnel. Ceci fait conclure au CNGOF:

«Dans un souci d’homogénéisation des pratiques et si la LCC [longueur cranio-caudale, ndlr] a été correctement mesurée, la datation échographique devrait être retenue pour déterminer la date de début de grossesse, quel que soit l’écart par rapport à la date présumée par la patiente ou estimée d’après la date des dernières règles.»

Un déni de la parole des patientes qui procède certes d’une bonne intention mais qui n’améliore pourtant pas le vécu des femmes enceintes.

3. Un accouchement = 12 heures

S’il est un événement lié au corps des femmes que nous aimerions maîtriser, c’est bien celui de la naissance. En particulier, l’incertitude inhérente à l’accouchement est perçue comme insupportable et incompatible avec notre société contemporaine. Il y a d’abord l’incertitude temporelle: quand l’accouchement va-t-il survenir? Combien de temps va-t-il durer? Et puis, il y a l’incertitude médicale: va-t-on ou non rencontrer des complications? Ces incertitudes ont à la fois des conséquences financières pour les institutions (mobilisation du personnel soignant), psychologique pour les parents (quand vais-je accoucher? Comment puis-je m’organiser pour la garde de mes aînés? Pour obtenir le soutien dont j’ai besoin?), et sanitaires pour la société (Comment garantir au mieux la santé de la mère et de l’enfant?).

Au départ utilisée uniquement dans les cas pathologiques (souffrance fœtale), elle est aujourd’hui injectée à chaque parturiente pour mieux contrôler le travail du col et surtout l’accélérer

La sociologue Béatrice Jacques, a montré en 2007 dans son livre La Sociologie de l’accouchement comment, à partir des années 1980, l’évolution de la technologie médicale couplée aux aspirations sociales et à l’émergence d’une culture du risque obstétrical a conduit au développement conjoint de pratiques de «rationalisation du travail soignant et du “travail” de l’utérus». Deux protocoles spécifiques ont alors pris de l’ampleur: le déclenchement de l’accouchement et le travail dirigé. L’un comme l’autre sont en réalité détournés de leurs indications premières. Du travail dirigé, Béatrice Jacques dira :

Citation :
La perfusion d’ocytociques [hormones stimulant l’utérus, ndlr] est devenue un acte faisant partie du protocole de la prise en charge de l’accouchement. Au départ utilisée uniquement dans les cas pathologiques (souffrance fœtale), elle est aujourd’hui injectée à chaque parturiente pour mieux contrôler le travail du col et surtout l’accélérer. […] L’accélération de la dilatation du col serait devenue un rituel dont on a perdu le sens.

Dès lors la justification par les soignants de cette pratique, inefficace et même délétère, ne reposait plus que sur ce qui ressemblait à une superstition médicale: selon cette croyance, une primipare devait accoucher dans une durée comprise entre huit et douze heures; la dilatation du col devant progresser au rythme d’un centimètre par heure.

Les mythes ont la vie dure, et ceux d’origine médicale ne font pas exception. Il fallut donc attendre décembre 2016 pour que de nouvelles recommandations soient émises concernant l’administration d’ocytocine de synthèse pendant le travail. Fruit d’une collaboration inédite entre le Collège National des Sages-femmes de France, le Collège National des Gynécologues-Obstétriciens Français, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et les usagers de la périnatalité représentés par le Collectif Interassociatif Autour de la NaissancE (CIANE), ces nouvelles recommandations plaident en faveur d’une plus grande souplesse dans l’appréciation des anomalies de progression du travail et ce, dans le but de limiter l’administration d’ocytocine.

En se basant sur une revue de la littérature scientifique internationale et sur la comparaison avec les recommandations des autres pays, ce collectif a proposé de restreindre les motifs d’intervention: l’accouchement ne sera considéré comme étant entré dans une phase active qu’à partir de 5 ou 6 cm de dilatation (contre 3-4cm avant); la phase de latence précédant devra être abordée «avec patience» par les soignants; une fois arrivée la phase active, la dilatation ne sera considérée comme trop lente que si elle est inférieure à 1 cm/4H entre 5 et 7 cm de dilatation, et inférieure à 1cm/2H à partir de 7 cm; et enfin, une fois parvenue à dilatation complète, il sera encore possible d’attendre jusqu’à 2 heures que l’enfant s’engage dans le bassin maternel. Espérons que les femmes (et les soignants) y gagneront un peu de sérénité !

Ainsi se termine ce tour d’horizon des superstitions en forme de chiffres ronds dont a fait l’objet le corps des femmes. Il est amusant de constater qu’en dépit du renvoi récurrent de la femme à la «nature», ce stéréotype n’a jamais conduit à une forme de confiance vis-à-vis de la mécanique biologique féminine, bien au contraire. À croire que si les hommes étaient des femmes, on les astreindrait à mesurer à chaque éjaculation le volume de sperme émis, à en noter la couleur et à en apporter annuellement un échantillon à leur médecin; sans oublier d’examiner chaque mois la consistance de leurs testicules à faire échographier tous les deux ans.


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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Mer 17 Mai - 13:21


« Je n'avais aucune liberté et nulle part où demander de l'aide. J'étais piégée», raconte une victime d'abord obligée de poser nue puis de tourner dans des films pour adultes...

Paul Brown / Rex Featur/REX/SIPA

En 2015, 83 Japonaises auraient été obligées de tourner dans des films pornographiques après avoir subi des pressions de sociétés de production. L’année précédente, 29 victimes de ces pratiques avaient été recensées par Lighthouse, une association luttant contre le trafic humain.


Citation :
Un sondage japonais a par ailleurs révélé l’année dernière qu’un quart des jeunes femmes interrogées qui s’étaient vues proposer un contrat de mannequinat avaient également été encouragées à se mettre nues ou à avoir des relations sexuelles face à une caméra.


Alison Young @scotinoz

Speaking out against the porn industry in Japan: https://www.theguardian.com/world/2017/may/15/forced-into-porn-japan-moves-to-stop-women-being-coerced-into-sex-films … #CRIM90033 #crimeinjapan #trafficking #
3:54 AM - 15 May 2017
Photo published for Forced into porn: Japan moves to stop women being coerced into sex films
Forced into porn: Japan moves to stop women being coerced into sex films
Reports of women tricked into X-rated appearances has prompted authorities to confront the booming porn industry
theguardian.com


« Je n’avais aucune liberté »

Trois hommes ont également été arrêtés au Japon après avoir forcé une jeune femme à tourner dans plus de 100 films X en la menaçant de révéler ses activités à sa famille si elle ne s’exécutait pas.

The Guardian évoque quant à lui le cas de Kurumin Aroma qui, âgée de 26 ans a rencontré un photographe « qui avait une carte professionnelle sérieuse et parlait très respectueusement » et a accepté de poser avec lui lors d’une séance « glamour ».

« J’étais piégée »

Soumise à des demandes incessantes, la jeune Japonaise, sous une pression répétée et trop forte, a fini par céder, posant d’abord pour des clichés dénudés et tournant ensuite dans des films pour adultes. « Mes responsables masculins me disaient que je leur appartenais. Je n’avais aucune liberté et nulle part où demander de l’aide. J’étais piégée », raconte Kurumin Aroma.
Face à l’ampleur du phénomène, l’autorité japonaise qui représente l’industrie pornographique, qui génère dans le pays un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros par an, a indiqué qu’elle allait « encourager les producteurs à prendre des mesures pour améliorer rapidement la situation ».

>> A lire aussi : Une actrice porno japonaise se retrouve par erreur sur la couverture d’un livre de maths

Si Human Rights Now applaudit ces mesures et la répression policière de ces pratiques au Japon, l’association constate cependant qu’« il n’y a pas de loi contre la contrainte des femmes à apparaître dans ces films et aucune supervision gouvernementale de l’industrie ».

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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Mer 17 Mai - 14:11


à lire comme un aspect de cette appropriation des corps féminins par les hommes :

AFRODITE CHEZ LES PHALLOCRATES, antiroman sans repentir

plongée intempestive d'une jeune femme noire bisexuelle dans l'enfer du marché du sexe phallocratique



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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Mer 12 Juil - 15:51


ni loi Veil ni merveille
le père veille !


Arkansas : l'avortement interdit sans autorisation masculine

Le Point 12/07/2017

Une nouvelle loi décrète qu'un fœtus humain devra être considéré comme un enfant décédé, imposant le consentement préalable des deux parents avant une IVG.


Citation :
L'État conservateur de l'Arkansas aux États-Unis a récemment adopté une loi établissant de nombreuses restrictions d'accès à l'avortement. Une femme âgée de plus de 18 ans devra désormais obtenir le consentement du père du fœtus, dorénavant considéré comme un « membre de la famille décédé », pour solliciter un avortement médical.

La loi rédigée en 2009 stipule que les mineurs concernés devront, eux, obtenir l'autorisation de leurs parents – les grands-parents du fœtus –, mais elle reste vague quant au contexte dans lequel a lieu l'avortement. Dans la mesure où toutes les parties sont requises avant l'opération, une femme enceinte à la suite d'un viol devra ainsi demander l'autorisation légale de son violeur pour procéder à une interruption volontaire de grossesse.

Dans un entretien pour Vice News, la déléguée de l'American Civil Liberties Union auprès des droits à la reproduction Talcott Camp dénonce une violation fondamentale de la vie privée, déclarant qu'« une femme est en droit de refuser l'interférence de qui que ce soit », concernant son intégrité physique.

Bien que l'avortement soit considéré comme un droit constitutionnel depuis l'arrêt Roe v. Wade de la Cour suprême, en 1973, de nombreux États fédérés à l'instar du Mississippi, du Nebraska ou du Missouri en restreignent fortement l'accès. L'interdiction totale de l'IVG dans le Dakota du Sud a été rejetée à l'occasion de deux référendums en 2006 et 2008. Mais depuis l'élection de Donald Trump, la nouvelle administration ne cesse de donner des gages aux « prolife », en coupant notamment toute subvention au planning familial.



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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    Mar 10 Oct - 6:39

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MessageSujet: Re: FEMMES : CORPS à prendre ? CORPS à vendre ? CORPS à ventres ? CORPS à aimer ? CORPS à danser ? CORPS à jouer... de quoi de quoi ?    

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