PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Lun 16 Mai - 7:51


Et si 2016 était l’année de la revanche des hommes blancs ? Et des femmes aussi ! Ce bloc électoral détient les clés de la Maison Blanche par sa capacité à faire la différence dans les fameux "Etats décisifs" (swing states). Et c’est justement ce bloc électoral qui est à la source de la popularité de Trump à droite, comme de Sanders à gauche.

Citation :
Le succès de Donald Trump a été largement imputé aux "hommes blancs en colère" ("angry white males" selon la terminologie américaine). Une explication un peu sexiste car elle semble exclure les femmes, alors qu’il suffit d’observer les meetings de Trump pour s’apercevoir qu’elles y sont aussi nombreuses que les hommes, sinon plus…

De son côté, Bernie Sanders continue de remporter des victoires surprenantes face à Hillary Clinton. Mardi 8 mars dans l’Etat du Michigan, il l’a devancée de deux points et dix-huit mille voix, 50% contre 48%.

Depuis le début des primaires, Bernie Sanders a également gagné dans le Colorado, le Minnesota, l’Oklahoma, le Vermont, le Nebraska, le Kansas, et le Maine. Tous ces Etats ont en commun d’avoir une population blanche beaucoup plus importante que la moyenne nationale : 82% ou plus contre 63%.

Par contre, Hillary Clinton a remporté tous les Etats du Sud, là où la proportion d’Afro-américains est largement supérieure à la moyenne nationale, tout particulièrement au sein de l’électorat démocrate. Dès que l’électorat blanc domine, elle se retrouve en difficulté. Dans le Michigan, 60% des électeurs démocrates blancs ont voté Sanders quand Hillary bénéficiait de près de 90% du vote noir. Elle a pour elle les minorités. Sanders a les blancs, surtout les jeunes. Il a aussi une majorité des hommes, 54% contre 44%.

Il ne s’agit pas de parler d’un vote "ethnique" ou racial. Ce n’est pas le cas. Mais le parti démocrate est devenu le parti des minorités, ethniques et sexuelles, et la petite classe moyenne blanche aux idées traditionnelles ne s’y reconnait plus. Sauf quand arrive un Bernie Sanders, qui d’ailleurs jusqu’à peu n’était pas un Démocrate, et qui tient un discours beaucoup moins convenu, et à l’écoute des attentes de cette population désormais délaissée par le parti de l’âne.

La petite classe moyenne blanche est le segment de la société américaine qui a le plus souffert au cours des trente dernières années : une souffrance économique d’abord, face aux avancées de la mondialisation ; et une souffrance sociale et culturelle ensuite, face aux avancées des minorités, du multiculturalisme et à l’émiettement des valeurs dites "traditionnelles". En 2016, ce bloc électoral a décidé de laisser éclater sa colère. Elle se retrouve, chez les Démocrates dans le vote Sanders. Et chez les Républicains dans le vote Trump. Le rejet des élites, qui est au cœur du message de chacun de ces candidats, colle parfaitement à l’état d’esprit quasi-insurrectionnel de ces électeurs.

Reste à savoir si cette frustration et ce bloc électoral sont assez forts pour porter l’un de ces deux candidats à la Maison Blanche en novembre.

La frustration de cet électorat est d’abord économique. Cela a été particulièrement perceptible dans le Michigan. Cet Etat est le berceau de l’industrie automobile américaine. Dans les années 1960, Detroit, sa capitale économique, était le fleuron du "rêve américian". Le paradis de la classe ouvrière, c’était là. Des enfants d’immigrés emménageaient dans des maisons avec trois chambres et deux garages. Ils envoyaient leurs enfants à l’université et passaient leurs week-end dans des petits chalets au bord du lac… A l’époque, un certain George Romney, père de Mitt, était gouverneur. Depuis les années 1970 et le premier choc pétrolier, l’industrie automobile américaine n’a cessé de décliner. Jusqu’à manquer disparaitre lors de la crise de 2008. Des millions d’emplois ont été supprimés ou délocalisés. La crise des " subprimes " fut dévastatrice pour certaines banlieues devenues des villes fantômes.

Une évolution malheureusement à l’image d’un recul économique national. Selon les statistiques fédérales, le nombre d’emplois dans le secteur manufacturier a reculé de sept millions en trente ans, soit une baisse de 36%, alors même que la population augmentait de 90 millions, soit 40%. En termes de capacité de pouvoir d’achat, le revenu de la classe moyenne stagne depuis 1980. Alors que les revenus des plus pauvres ont progressé et ceux des plus riches explosé…

En l’an 2000, un autre changement capital s’est produit : la classe moyenne américaine s’est mise à diminuer en nombre
. Cela était déjà arrivé. Mais jusqu’alors, les ménages quittaient la classe moyenne par le haut. Ils accédaient (en termes de revenus) à la classe supérieure (foyer avec plus de cent mille dollars de revenus par an). Depuis l’an 2000, les foyers quittent la classe moyenne par le bas! Ils se retrouvent avec moins de 35 000 dollars par an.

La raison de ce recul pour les électeurs américains tient à deux choses : l’émergence de la Chine, via son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce, et le passage du NAFTA, l’accord de libre-échange avec le Mexique.

Ces deux changement ont bouleversé le paysage industriel américain, avec à la clé des dizaines de milliers d’emplois parti "au Sud de la frontière".

Dans le Michigan, 60% des électeurs ont indiqué que l’économie était leur premier souci et qu’ils étaient, dans la même proportion, opposés au libre-échange. Or, Sanders comme Trump sont de virulents critiques des accords de libre-échange. Le premier, par principe idéologique; le second, parce qu’il estime que la mondialisation et les manipulations monétaires faussent le jeu.

La frustration de cette petite classe moyenne blanche est aussi culturelle. En 1980, un certain nombre de démocrates s’étaient détournés de Jimmy Carter pour voter Reagan. Ils avaient rallié le conservateur qui prônait une croissance économique forte aux dépens du démocrate épris d’égalitarisme et de justice. Ils l’avaient fait d’autant plus facilement que sur les questions de société et de religion, ils n’étaient pas très loin de Reagan – c’était des religieux pratiquants qui croyaient à la famille traditionnelle et aux valeurs américaines.

Mais les choses n’ont pas évolué dans leur sens. La " famille " d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de leur enfance. Elle s’est décomposée et recomposée, elle est devenue monoparentale, homo-parentale, ou simplement éclatée. Les valeurs de travail, d’économie, d’effort, d’abnégation, et de mérite qui ont fait les Etats-Unis, semblent dérisoires face à l’argent trop vite gagné dans la musique, le spectacle, la télévision, ou les start-ups d’Internet. Le droit ancestral de posséder une arme, symbole d’individualisme et de liberté, est sans cesse battu en brèche. Le pays qui avait guidé le monde libre vers une victoire dans la Guerre froide semble n’être plus respecté à l’étranger. Il a perdu plusieurs milliers de ses enfants dans des combats qui n’ont débouché sur rien, sinon l’horreur de voir des islamistes mettre en ligne des vidéos de décapitations d’Occidentaux …

Leur ressentiment est profond, et Bernie Sanders autant que Donald Trump ont parfaitement su l’exploiter. Face à cette perte de repères, la petite classe moyenne blanche avait besoin d’un ou plusieurs boucs émissaires. C’est humain. On le sait depuis René Girard. Nos deux candidats en avaient justement plusieurs à leur jeter en pâture. Pour Sanders, le bouc émissaire c’est Wall Street, et par extension tous les politiciens qui s’acoquinent avec Wall Street. Dont bien sûr, Hillary Clinton. D’ailleurs, lorsqu’il débat avec elle, il ne dit pas "Wall Street" mais "vos amis"… Pour Trump, le bouc émissaire, ce sont les immigrants clandestins, les Chinois, et les dirigeants américains actuels "qui sont stupides". Il suffirait donc de mettre les clandestins dehors et de changer les dirigeants pour que tout aille mieux…

Il n’est pas dit que les électeurs de Bernie Sanders et de Donald Trump soient naïfs au point de croire béatement à ces différents discours. Contrairement à ce que pensent certains cadres du parti républicain, dont Mitt Romney, ils ne sont pas en train de se laisser bernés. Les électeurs de Donald Trump sont capables de discerner les failles dans la personnalité de leur nouveau champion. Ils passent outre parce qu’ils ont trouvé en lui quelqu’un qui comprend leur désarroi et ose enfin y répondre après des décennies pendant lesquels ils ont été ignorés.

Dans la perspective de l’élection de novembre, cet électorat possède un poids réel et ce poids est nettement à l’avantage des Républicains. Même s’il recule depuis 40 ans, l’électorat "non-hispanique blanc" reste le premier bloc électoral, à 69%. Contre 89% en 1976. Il représente 156 millions d’électeurs, contre 27 millions d'Afro-américains, autant d’Hispaniques, et 9 millions d’Asiatiques.

Au sein de ce groupe, les ménages avec un revenu inférieur à 50 000 dollars par an vote majoritairement républicain. En 2012, 54% d’entre eux avaient voté Romney et seulement 37% Obama. De fait, les dix Etats les plus pauvres de l’Union votent régulièrement républicain aux élections présidentielles. Compte tenu de l’appauvrissement continu d’autres Etats, notamment dans la ceinture de rouille du Nord et Nord-Est, il n’est pas exclu de voir certains Etats "bleus", c’est-à-dire démocrates, devenir "rouges", c’est-à-dire républicains. Une plus forte participation de ces électeurs au scrutin de novembre pourrait faire ainsi basculer l’Ohio, le Wisconsin, l’Illinois ou la Pennsylvanie. Or, le fait le plus marquant des primaires républicaines, en dehors de la popularité de Donald Trump, est justement la très forte hausse de la participation. Et l’on parlera peut-être bientôt des "Trump democrats", comme on a parlé en 1980 des "Reagan democrats"…

En attendant, la Caroline du Nord, la Floride, l’Illinois, l’Ohio et le Missouri tiennent leur primaire ce mardi 15. Donald Trump vise un grand chelem, de quoi être quasi assuré de la nomination, bien qu'il pourrait finir un peu court. Bernie pourrait créer à nouveau la surprise, cette fois dans l’Ohio.

Citation :
Gérald Olivier est journaliste et partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour occuper le poste de rédacteur en chef au mensuel Le Spectacle du Monde. Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Jeu 19 Mai - 21:44


exposé d'une grande qualité, vidéo conseillée


L'invention de la « race blanche »


Citation :
« Blancs », « non-Blancs ». S'il est désormais évident de considérer les fractures raciales comme des produits de l'histoire, on sait moins quand et comment elles sont nées et se sont reproduites dans les lois, les pratiques d'État et les rapports sociaux. Pour aborder cette question complexe, cette séance de formation sera consacrée à la naissance de la distinction de race entre Blancs et Noirs aux Amériques et plus spécifiquement aux États-Unis. Comment les Européens-Américains sont-ils devenus blancs ? C'est en répondant à cette interrogation que l'on saisira mieux les origines du racisme contemporain.

Felix Boggio Ewanjé-Epée, doctorant en économie. A coordonné Race et capitalisme et co-écrit Les féministes blanches et l'empire.

- La « race blanche » ou la catégorie raciale oubliée : émergence des Whiteness studies comme limite des racial/ethnic studies

Maboula Soumahoro, spécialiste en civilisation US, Etudes afro-américaines et de la diaspora noire-africaine. Elle enseigne au sein du département d'anglais de la fac de Tours
.

Félix Boggio Éwanjé-Épée est par ailleurs membre du Comité éditorial de la revue Période
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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Sam 28 Mai - 13:30


les "jaunes" forment-ils une race à part

Pepe@dndf écrivait qu'un hasard avait fait que les Blancs ont pris le dessus dans la production historique du capitalisme, ce qui n'est pas si éloigné d'une remarque de Frantz Fanon (à retrouver). À quoi Adé rétorquait à juste titre qu'avec des si... Il n'est pourtant pas exclu qu'avec la restructuration du capitalisme mondial pouvant aboutir à une suprématie asiatique dans la domination capitaliste globale, le suprématisme raciste change de couleur

cette publicité chinoise vient à point nommer nous rappeler que le fantasme d'éclaircir les "noirs" n'est pas l'apanage de l'Occident blanc, et que cela fait d'abord des dégâts chez les Africain.e.s ou leurs descendants



Le blanchiment de la peau, un vestige du colonialisme

Collector noir et jaune

Raciste, une pub chinoise montrant un comédien noir poussé dans une machine à laver avant d'en ressortir en jeune Asiatique ? Les médias étrangers sont "trop susceptibles", réagit la marque


Citation :
Après la controverse suscitée par une vidéo publicitaire chinoise raciste montrant un comédien noir poussé dans une machine à laver avant d'en ressortir en jeune Asiatique, l'entreprise à l'origine de la pub se défendait samedi, jugeant les "médias étrangers" "trop susceptibles".

« Nous ne voulions rien faire d'autre que promouvoir notre produit. Les médias étrangers sont peut-être trop susceptibles", a déclaré M. Wang, un porte-parole du groupe de cosmétique Shanghai Leishang, cité par le quotidien officiel "Global Times". »

Cette publicité pour la marque de lessive Qiaobi, largement diffusée sur internet ces derniers jours, mettait en scène un musculeux homme noir au tee-shirt souillé de peinture, à qui une jeune Chinoise faisait ingurgiter du détergent avant de le glisser tête la première dans une machine à laver.

Quelques instants plus tard, un Asiatique au teint pâle sort alors de la machine vêtu d'un tee-shirt blanc immaculé, devant la femme émerveillée.


l'occasion de lire cet excellente "enquête historique", déjà signalée


2013

Citation :
« Les Chinois n'ont pas inventé les échecs. Mais depuis quatre mille ans, ils disposent, avec leur jeu de go, d'un redoutable exercice de stratégie aux règles très subtiles. Les joueurs placent leurs pions noirs et blancs sur un damier de 361 intersections. Le principe consiste à conquérir ou à contrôler le maximum de territoires. C'est à cela que jouent les Chinois en Afrique contre les anciennes tutelles coloniales. Autrement dit, l'empire du Milieu y applique une stratégie précise et calculée au détail près, pour bouter l'adversaire occidental hors de l'espace africain. C'est presque réussi, l'épopée africaine de Pékin ressemble à une conquête triomphale. »

La stratégie millénaire et récente de la Chinafrique, sa traite intercontinentale et son racisme olympique, cette Chinafrique à qui le passif colonial occidental sert de cheval de Troie, avec ses gigantesques dévastations aux pillages subtilement organisés : voici l'enquête historique de l'anthropologue franco-sénégalais Tidiane N'Diaye qui fait éclater, preuves en main, un nouveau scandale planétaire, comme à la lecture de ses trois livres précédents publiés dans Continents Noirs.





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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mar 7 Juin - 11:13


« le système des réserves indiennes tel qu’il fonctionnait au Canada
a été étudié par les Sud-Africains pour créer l’apartheid. »


Joseph Boyden : “Quiconque affirme que la question de la race ne se pose plus ne peut être qu’un Blanc”

Télérama 03/06/2014

Il est l’un des plus talentueux écrivains canadiens. Issu d’une double culture, indienne et anglo-saxonne, le formidable conteur a entrepris de rendre justice aux nations premières de son pays. Joseph Boyden est l'invité de “Télérama” cette semaine.


Citation :
Joseph Boyden s'est imposé comme l’une des voix majeures de la littérature canadienne anglophone. Ecrire l’histoire des communautés indiennes du continent nord-américain, rendre ainsi justice à ces « nations premières » persécutées et niées durant des siècles, c’est ce à quoi s’emploie ce formidable conteur – doublé d’un grand styliste.

Né en 1966 à Toronto, dans le sud de l’Ontario, au sein d’une famille aux racines complexes et savamment enchevêtrées, tant indiennes qu’européennes, Joseph Boyden vit depuis quelques années à La Nouvelle-Orléans.

C’est en France que nous l’avons rencontré, quelques semaines avant l’ouverture du festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, dont il est l’un des écrivains invités.

De quelle façon la dimension autobiographique est-elle présente, ou non, dans votre œuvre romanesque ?

Pendant longtemps, j’ai revendiqué le fait que personne ne pourrait jamais m’accuser d’écrire des fictions qui soient, en réalité, de l’autobiographie plus ou moins déguisée. Il y a quelque chose, dans la démarche autobiographique, que je ressens presque comme de la tricherie. Où est l’imagination ? Où est la vraie création ? Comment se croire passionnant au point d’écrire sur soi ?

J’appartiens à une famille nombreuse – j’ai dix frères et sœurs –, et c’est une situation qui laisse peu de place à la tentation de l’autoglorification. Elle a enraciné en moi, dès mon plus jeune âge, le sentiment que je ne suis qu’un parmi les autres. De même, il m’est rarement arrivé de créer un personnage basé sur quelqu’un que je connais. Un personnage peut, bien sûr, présenter des traits de caractère empruntés à des personnes que j’ai rencontrées, mais certainement pas à une seule.

Christophe, le jésuite de Dans le grand cercle du monde, est inspiré par la vie réelle du ­jésuite français Jean de Brébeuf, mais seu­lement inspiré – si j’avais décidé de faire de Brébeuf le ­modèle de mon personnage, je me serais senti ligoté par le devoir de respecter la vérité historique, les détails biographiques, tout ce qui fait obstacle à l’écrivain de fiction.




Historiques ou contemporains, vos romans offrent une vision du colonialisme et de l’impérialisme, de leurs ravages qui perdurent jusqu’à nos jours…

Oui, mais toute fiction qui s’empare d’un sujet sérieux et ambitieux peut ­appeler une lecture politique de la part de certains lecteurs. J’ai aggravé mon cas, depuis deux ans, en m’opposant ouvertement et à plusieurs reprises à l’actuel gouvernement canadien et à certains de ses objectifs économiques à courte vue qui me semblaient mettre en péril l’environnement…

La défense de l’environnement est un de vos combats. Vous avez aussi pris la parole pour dénoncer le racisme de la société canadienne d’aujourd’hui.

N’importe où dans le monde, quiconque affirme que nous vivons enfin dans des sociétés où la question de la race ne se pose plus ne peut être qu’un Blanc… Le racisme demeure florissant partout où j’ai eu l’occasion de me rendre, et cela inclut certainement le Canada.

Vu de l’extérieur, notre pays est longtemps apparu, me semble-t-il, comme un endroit aussi idyllique qu’ennuyeux, où les gens se comportaient correctement les uns envers les autres. En réalité, il s’agit d’un pays qui a mené l’une des expériences sociales les plus grotesques jamais vues sur toute une population – au point que le système des réserves indiennes tel qu’il fonctionnait ici a été étudié par les Sud-Africains pour créer l’apartheid.

Aujourd’hui encore, les Indiens qui vivent dans les réserves ne sont pas propriétaires de la terre sur laquelle ils habitent, et leur statut n’est pas si éloigné de celui des pupilles de l’Etat…

Retrouvez l'entretien intégral dans Télérama, en kiosques mercredi 4 juin 2014
.


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Lun 4 Juil - 13:39


dans la peau métissée

Être ou ne pas être soi-même dans une société blanche

Amélie Koulanda État d'exception 23 février 2016

Il y a quelques années j’assistais à une représentation d’une poétesse afro-américaine à Paris. Partageant son expérience de vie en France, elle fit cette déclaration qui résonna en moi comme une évidence : « La France n’aime pas vraiment les noir-e-s, elle aime certaines « cultures noires » mais elle n’aime pas vraiment les noir-e-s ».

Ces mots faisaient référence à un adage tristement populaire aux Etats-Unis, mais en France, je n’avais jamais entendu une femme noire s’exprimer publiquement avec autant de justesse et de franchise.


Citation :
Née au début des années 8o, issue de ce que l’on appelle un couple « mixte », père noir, mère blanche, la conscience raciale est une réalité avec laquelle j’ai grandi, mais que j’ai appris à taire et à enfouir, pour m’ « assimiler », pour plaire, ne pas contrarier, et être aimée. Car dès le plus jeune âge, le monde autour de vous vous apprend que parce que vous n’êtes pas blanche vous n’êtes pas la bienvenue, vous n’êtes pas belle, vous n’êtes pas respectable. Ainsi, en grandissant, la tentation est grande de se nier soi-même pour ce que l’on prend pour du respect, de l’amitié ou de l’amour.


Quand Fanon parle dans Peau noire, masques blancs de la « mentalité du colonisé », j’ai le sentiment de reconnaître parfaitement l’histoire de mon père, et celle de nombreuses personnes issues des anciennes colonies de sa génération, des précédentes, et aussi souvent hélas des suivantes.

Mon père est né au Congo Brazzaville au début des années 50, il a donc grandit sous la colonisation française, une partie de ma famille a travaillé sous l’ordre des colons, à la construction du chemin de fer.

La République du Congo a connu officiellement son indépendance le 15 août 1960. Je naquis jour pour jour, vingt-deux ans plus tard.

De l’enfance sous l’emprise coloniale de mon père, et de sa vie au Congo je ne sais presque rien. Comme beaucoup d’ex-colonisés, son rapport au pays était conflictuel, et la transmission, meurtrie par le souvenir de possibles violences et l’injonction de s’ « intégrer » fut quasiment nulle.

J’ai grandi dans la promesse jamais réalisée, le projet inachevé d’un voyage au Congo, pays que je ne connaissais qu’à travers quelques anecdotes enfantines contées avec parcimonie par mon père, à travers sa langue qui imprégna la première partie de ma vie comme un mystère, un autre monde qui lui appartenait, et quelques chansons en lingala blotties quelque part dans un recoin de ma mémoire.

Lorsque mon père rencontra la famille blanche de ma mère à la fin des années 70, il lui fallut « montrer patte blanche », gagner leur confiance, du moins en surface, démontrer qu’il était un être digne de respect, bref jouer au « bon nègre ». Ce « bon nègre » qui rit aux blagues racistes pour ne pas contrarier, montre son bon français, sa culture française, fait des courbettes pour rassurer que les colons ont bien fait leur travail. Mes parents ont été mariés pendant 13 ans, et ensemble pendant plus de quinze ans, et à chacune des visites à ma grand-mère maternelle, mon père avait droit à son régiment de bananes. « Roger je vous ai acheté vos bananes », car oui le saviez-vous les noirs sont des singes, bons à manger des bananes.

A mon tour j’appris à vivre dans le racisme de ma famille, et bien sûr il ne fallait rien dire, car avec des enfants métis et un homme noir dans leur famille, ils ne « pouvaient pas être racistes ». C’est moi qui n’avais pas d’humour parce que je ne riais pas à cette fameuse blague du noir qui sourit, à leurs « taquineries » saupoudrées de Banania. C’est moi qui n’avais rien compris, bien sûr mes tantes n’étaient pas racistes même si elles ne voulaient surtout pas que leurs filles sortent avec un noir ou un arabe (bien qu’il y ait les deux dans la famille), etc. etc.

Enfant je croyais que la famille pouvait être un refuge face aux agressions extérieures, mais très vite je compris que c’était un leurre. Comment recevoir de la compassion de la part de personnes qui considéraient par exemple qu’un jeune d’origine maghrébine, tué par la police pour un maigre larcin, avait mérité de mourir, mais que des jeunes blancs qui avaient saccagé un cimetière juif n’avaient commis là qu’une « erreur de jeunesse » ? Je compris peu à peu que l’amour et le respect familial, et plus largement celui de la société, étaient des choses auxquelles je n’aurais pas droit si je ne jouais pas à mon tour le rôle de la « bonne négresse ».

Enfant quand on est né-e métis-se, dans un environnement majoritairement blanc, on prend très vite conscience de soi, conscience d’être « autre » à un âge où on a envie et on croit être comme tout le monde. Je fus souvent la seule métisse ou noire de ma classe, ou de mon école. J’ai connu quelques camarades noirs ou métis dans mon enfance avec lesquels je me liais souvent d’amitié, mais il y en eu si peu que je pourrais les compter de la maternelle jusqu’au lycée.

Les premières années d’école demeurent un très mauvais souvenir. Je me souviens, j’avais trois ans lorsque pour la première fois des enfants refusèrent de jouer avec moi ou de me tenir la main pour ne pas se « salir ». J’en ai développé un sentiment à la fois d’attrait et de crainte envers le groupe, et la peur parfois phobique du rejet. Certains enfants allaient plus loin : des insultes, des coups, des intimidations ou des humiliations physiques et intimes. Dès le plus jeune âge j’ai été exposée à cette violence qu’est le racisme et à cette autre violence qu’est l’indifférence d’autrui. Indifférence des adultes, des enseignants qui faisaient semblant de ne pas voir, ou lorsque j’avais le courage de leur rapporter ce qui m’arrivait, me disaient que ce n’était « pas grave ».

Je me souviens enfant la peur que j’avais d’aller à l’école, d’être toute seule, et d’être frappée. J’avais trois ou quatre ans et je me souviens encore comme je courais après mon père le matin, m’échappant de la classe, pour le supplier de ne pas me laisser à l’école. Je changeai trois fois d’école, et je finis par être davantage respectée lorsque j’intégrai une école ou ma mère enseignait. Avoir une mère blanche permet en certaines circonstances de gagner en respectabilité quand on ne l’est pas soi-même.

Plus que tout lorsque j’étais enfant, je voulais être blanche, je pensais que c’était ce qui me permettrait d’être belle et d’être aimée. Je n’avais pas trois ans lorsque je fus admise aux urgences après avoir avalé un produit toxique, un « effaceur », qu’on appelle d’ailleurs « un blanco », en espérant que cela me permettrait de devenir blanche. Plus tard, je m’accrochais à quelques modèles de femmes noires, des athlètes ou des chanteuses américaines, souvent des modèles inaccessibles, rompues autant que possible aux standards de beauté blancs.

Ces premières expériences du racisme furent nombreuses et sonnèrent le « la » de la suite de ma vie. Au collège il y eut le harcèlement, les crachats, les insultes (« Bamboula » etc.), et les intimidations ou agressions physiques. Plus tard en recherchant du travail ou un logement, je fus rappelée à la division et discrimination raciale qui quadrille souvent dans l’indifférence consentie notre société.

Quand je cherchais un logement à Paris, mon interlocuteur/interlocutrice au téléphone me demandait mon nom de famille, dans 95% des cas j’avais droit à : un silence, un refus poli « je pense que finalement ce logement ne vous correspond pas » ou bien des questions pour le moins douteuses : « C’est pour vous ou votre famille ? », « Vous allez faire venir votre famille ?» « Vous êtes de quelle origine ? »… tout ça pour un studio de 25m2 ou moins.

Parfois, il y eut des périodes d’accalmie, je n’ai pas vécu chaque jour de ma vie dans ces violences fort heureusement. J’ai toujours eu conscience, avant même d’entendre parler de colorisme, que les choses auraient été bien pires pour moi si j’avais été noire, de deux parents noirs, et avec une carnation plus foncée.

Le métissage que la société nous vend comme un idéal, fruit du multiculturalisme, comble de l’ironie dans la société française qui refuse d’adopter un modèle multiculturel, n’échappe ni au racisme ni à la racialisation. Le métissage noir/blanc est souvent présenté comme une valeur « esthétique », positive, comme s’il était préférable d’être métis-se plutôt que noir-e. Il suffit de regarder par exemple les publicités où des noir-e-s sont représenté-e-s, ce sont généralement des personnes métisses et/ou à la peau claire. Le métissage est perçu comme un « exotisme » qui attire ou fascine parfois, mais qui n’en est pas moins chosifiant et raciste. Nos corps sont hyper-sexualisés, et ne nous appartiennent pas vraiment.

Combien de fois des personnes que je connaissais à peine se sont permises des commentaires sur des parties de mon corps, sur mes fesses cambrées, alors qu’elles ne se l’autorisaient pas de manière frontale avec des femmes blanches. On entend souvent les gens dire « un-e beau/belle métis-se » (idem avec noir-e-s, arabes, asiatiques etc.) alors qu’on ne dit pas un-e beau/belle blanc/blanche). Il n’y a rien de flatteur à être « complimenté » à travers le prisme racial. Dans le regard des autres, lorsque je croyais être comme tout le monde, j’ai souvent été renvoyée au fait d’être « autre. Même si la mentalité « colorblind » (« aveugle/insensible à la ‘couleur de peau’/ au faciès’») dans laquelle se complaît la société française selon sa convenance est à proscrire, force est de constater que l’identité raciale est stigmatisée, essentialisée selon le bon vouloir d’autrui.

Il a été longtemps difficile pour moi d’apprécier, de célébrer mes origines car toujours associées à des perceptions ou clichés fétichisants et exotisants, et autres idées racialistes et racistes. Je ne dis pas merci à Julien Clerc et sa « Mélissa, métisse d’Ibiza » ! On me demande souvent d’ « où je viens » ou bien « ce que je suis » ; de parfaits inconnus qui parfois ne prennent même pas la peine de faire une phrase : « Antillaise ? Guadeloupe ? Martinique ? …Brésilienne ? ». Mais ce n’est que de la curiosité n’est-ce pas ? Il faut donc accepter d’être un objet de curiosité, de satisfaire la curiosité et le besoin d’ « exotisme » des autres, de justifier son faciès.

Aujourd’hui, je n’ai plus envie d’accepter. Accepter les « blagues » racistes, les moqueries soi-disant pas méchantes, cet « accent africain » que beaucoup adorent imiter au nez et à la barbe des noir-e-s eux-mêmes. Ah oui, parfois on rit de guerre lasse, mais imiter les accents d’un autre groupe racial que le sien c’est tout bonnement raciste. Je n’ai plus envie d’accepter d’entendre « black » au lieu de noir, dans ce pays malade, qui ignore l’approche sociale et sociologique de la race, et a même honte de nous nommer, veut décider pour nous de la façon de nous nommer, et arrive parfois à le faire accepter par nos esprits asservis et meurtris.

Je n’ai plus envie d’accepter d’être acceptée tant que je renie une partie de moi-même, que je ne contredis pas les blanc-he-s dans leur vision des questions raciales, que je n’assieds pas ma légitimité en tant que personne concernée et conscientisée. J’en ai assez de tolérer que mes expériences, que mon vécu du racisme, soit ignoré, diminué, comparé à ce qui n’est pas comparable, silencié. Car oui, même les plus progressistes veulent avoir le dernier mot, et apprendre aux personnes concernées ce qui relève ou non du racisme, utilisant parfois un-e ami-e, un-e compagnon/compagne (etc.) racisée comme caution. Et très souvent, cela fonctionne car nous, les non-blancs, les personnes racisées, avons grandi dans cette injonction de ne pas se plaindre, d’accepter, de ne pas « faire de scandale », de ne pas « voir le racisme partout », de ne pas être « trop sensible », d’accepter que les blancs sachent mieux que nous, qu’ils soient plus « objectifs », comme si les blancs étaient extérieurs à la race et au racisme.



La route vers la conscientisation, et l’affirmation de soi, est longue et parsemée d’embûches, et aussi de nombreuses éclaircies. Je me souviens du jour où adolescente je découvris Angela Davis, quelle révélation alors ! Pourtant les sirènes de l’assimilationnisme et de la politique de respectabilité eurent souvent raison de moi, me conduisant à un déni de mes idées et de mes souffrances, et parfois à un quasi racisme-intériorisé, phénomène très répandu chez les personnes racisées. Mais aujourd’hui cette période de ma vie est terminée.

Être soi-même, en toute circonstance, quand on n’est pas blanche dans une société blanche, dominée par l’hégémonie blanche, est un luxe quasi impossible à atteindre. Donc je sais que j’aurais peut-être encore à courber l’échine, mais autant que faire se peut, autant que doit se faire, je veux être moi-même, entièrement, sans nier cette identité raciale qui ne définit pas toute ma personne mais qui définit mon rapport à la société et au monde. Je sais que parfois je serai acceptée selon ses limites invisibles, tues, tant que mon silence laissera croire que qui ne dit mot consent. Parfois je ne serai pas aimée, mais je n’aime pas tout le monde non plus. Advienne que pourra et que voudra.


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Lun 4 Juil - 13:49


Je suis blanche. J’écris et enseigne sur ce que signifie être blanc dans une société qui proclame que la race n’a pas de sens, mais qui reste profondément divisée par la race. Une partie fondamentale mais très difficile de mon travail consiste à amener les Blancs d’une compréhension individuelle du racisme – à savoir que seules certaines personnes sont racistes et que ces personnes sont mauvaises – vers une compréhension structurelle.


Citation :
Une compréhension structurelle reconnaît le racisme comme un système défaillant qui institutionnalise une répartition inégale des ressources et du pouvoir entre les Blancs et les racisé-e-s [people of color]. Ce système historique est pris pour acquis, profondément ancré, et travaille à l’avantage des Blancs.

Les deux croyances les plus efficaces qui nous (les Blancs) empêchent de voir le racisme comme un système sont :

1. Les racistes sont de mauvaises personnes ; et

2. Le racisme est une aversion consciente.

Si nous sommes bien intentionné-e-s et ne détestons pas consciemment les racisé-e-s, nous ne pouvons être racistes. Voilà pourquoi il est si commun pour les Blancs de citer leurs amis et membres de leur famille comme preuve de leur absence de racisme. Cependant, quand vous comprenez le racisme comme un système de relations structurées dans lequel nous sommes tou-te-s socialisé-e-s, vous comprenez que les intentions sont hors de propos. Et quand vous comprenez comment fonctionne la socialisation, vous comprenez que la plupart des préjugés raciaux est inconsciente.

Les messages négatifs sur les racisé-e-s circulent tout autour de nous. Bien qu’avoir des ami-e-s racisé-e-s soit mieux que de ne pas en avoir, cela ne change pas le système dans son ensemble et n’empêche pas le racisme de faire surface dans nos relations. La valeur par défaut de la société, c’est la supériorité blanche, et nous en sommes abreuvés 24h/24, 7 jours/7. Ne pas chercher activement à mettre fin au racisme revient à l’intérioriser et à l’accepter.

Dans le cadre de mon travail, j’enseigne, dirige et participe à des groupes affinitaires, anime des ateliers, et encadrer d’autres Blancs sur la manière de reconnaitre et interrompre le racisme dans nos vies. En tant que facilitatrice, je suis en mesure de donner aux Blancs des retours sur la manière dont leur racisme involontaire se manifeste. Cela m’a permis d’observer de façon répétée plusieurs modèles communs de réponse. Le plus commun est de loin l’indignation : « Comment osez-vous suggérer que je pourrais avoir dit ou fait quelque chose de raciste ! »

Compte tenu de la compréhension dominante du racisme comme étant des actes individuels de cruauté, il en résulte que seules des personnes terribles qui n’aiment pas les racisé-e-s peuvent les commettre. Bien que cette compréhension soit mal informée, elle fonctionne magnifiquement pour protéger le racisme en le rendant impossible à intégrer dans un dialogue et une autoréflexion nécessaires, qui peuvent mener au changement.

L’outrage est souvent suivi d’une juste indignation sur la manière dont les évaluations ont été données. J’ai découvert (comme d’innombrables personnes racisées) qu’il y a apparemment un ensemble tacite de règles sur la façon de faire aux Blancs des commentaires sur le racisme.

Les règles d’engagement

Après des années de travail avec mes collègues blancs, j’ai trouvé que la seule façon de faire correctement un retour sur expérience est de ne pas en faire du tout. Ainsi, la première règle est cardinale :

1. En toutes circonstances, ne pas me faire de retours sur mon racisme. Si vous le faites, vous enfreignez une règle cardinale.

2. Une tonalité appropriée est cruciale : le retour d’expérience doit être fait calmement. S’il y a une émotion quelconque dans les commentaires, ils seront considérés comme invalides et n’auront pas à être pris en considération.

3. Il doit y avoir confiance entre nous. Vous devez avoir confiance dans le fait que je ne suis nullement raciste avant de pouvoir me faire des commentaires sur mon racisme.

4. Notre relation doit être sans problèmes. S’il y en a entre nous, vous ne pouvez pas me faire de commentaires sur le racisme.

5. Le commentaire doit être fait immédiatement, sinon il sera disqualifié pour ne pas avoir été donné plus tôt.

6. Vous devez faire votre commentaire en privé, indépendamment du fait que l’incident ait eu lieu devant d’autres personnes. Faire votre commentaire en face de quelqu’un d’autre, même en face de celles et ceux qui sont impliqué-e-s dans la situation, c’est commettre une transgression sociale grave. Le commentaire est donc invalide.

7. Vous devez être aussi indirect-e que possible. Être direct-e équivaut à se montrer insensible, ce qui annulera le commentaire et nécessitera réparation.

8. En tant que personne blanche, je dois me sentir complètement en sécurité lors de toute discussion sur la race. Me faire des commentaires sur mon racisme me fera me sentir en danger. Vous aurez donc besoin de reconstruire ma confiance en ne me refaisant plus de commentaires sur mon racisme. Un point de clarification : quand je dis « en sécurité », ce que je veux dire vraiment c’est « à l’aise ».

9. Me faire des commentaires sur mon privilège racial invalide la forme d’oppression dont je fais l’expérience (à savoir le classisme, le sexisme, l’hétérosexisme). Nous allons ensuite avoir besoin de nous concentrer sur la façon dont vous m’opprimez.

10. Vous devez vous concentrer sur mes intentions, qui annulent l’impact de mon comportement.

11. Suggérer que mon comportement a eu un impact raciste c’est m’avoir mal compris-e. Vous devez me permettre de m’expliquer jusqu’à ce que vous puissiez reconnaitre que le malentendu venait de vous.

Ces règles sont enracinées dans la fragilité blanche.

Leurs contradictions ne sont pas pertinentes ; leur fonction est de masquer le racisme et de protéger la domination blanche, ce qu’ils font très efficacement. Pourtant, à partir d’une compréhension du racisme comme un système de pouvoir institutionnel inégal, nous devons nous demander d’où ces règles proviennent et qui elles servent.

Beaucoup d’entre nous qui travaillons activement à mettre fin au racisme, entendons sans cesse les plaintes au sujet de la culture « inquisitrice » de l’antiracisme blanc. Selon un certain stéréotype, nous serions à la recherche du moindre incident pour pouvoir jaillir, pointer du doigt, et crier : « Vous êtes un-e raciste ! » Il y a bien sur des Blancs qui se démarquent avec arrogance des autres Blancs en agissant de cette façon. Mais mon expérience de plus de 20 ans me montre qu’il ne s’agit pas de la norme. C’est beaucoup plus fréquent pour des Blancs sincères d’agoniser sur quand et comment faire des commentaires à une personne blanche, compte tenu de l’omniprésence de la fragilité blanche.

La fragilité blanche fonctionne pour punir la personne qui fait les commentaires, et essentiellement l’intimider pour la ramener au silence. Cela maintient également la solidarité blanche : l’accord tacite selon lequel nous allons protéger le privilège blanc et ne pas nous tenir mutuellement responsables de notre racisme. Lorsque la personne qui fait le commentaire est une personne racisée, l’accusation portée contre elle est celle de « jouer la carte raciale », et les conséquences de la fragilité blanche sont beaucoup plus pénalisantes.

Le racisme est la norme plutôt qu’une aberration. Le retour d’expérience est la clé de notre capacité à reconnaître et réparer notre collusion inévitable et souvent inconsciente.

En reconnaissance de cela, je suis les directives suivantes :

1. La manière, le lieu, et le moment où vous me faites des commentaires est sans importance – c’est le commentaire que je veux et dont j’ai besoin. Comprenant qu’il est difficile à donner, je vais le prendre de n’importe quelle manière. De ma position de privilège et de pouvoir social, culturel, et institutionnel blanc, je suis parfaitement « à l’aise » et peux gérer la situation. Si je ne peux pas la gérer, c’est à moi de construire mon endurance raciale.

2. Je vous remercie.

Les directives ci-dessus reposent sur la compréhension qu’il n’y a pas de face à sauver et que d’une certaine manière, c’est cuit ; je sais que j’ai des angles morts et des investissements inconscients dans la supériorité blanche. Mes investissements sont renforcés chaque jour par la société. Je n’ai pas mis ce système en place, mais il me profite injustement et je suis responsable de l’interrompre. Je dois travailler dur pour le reconnaître moi-même, mais je ne peux pas le faire seule. Cette compréhension me conduit à la gratitude quand les autres m’aident.

Dans mes ateliers, je demande souvent aux personnes racisées : « Combien de fois avez-vous fait à des Blancs des commentaires sur notre racisme inconscient mais inévitable, et est-ce que cela s’est bien passé pour vous ? »

Ils tournent des yeux, hochent la tête, et s’ensuit un rire pur et simple, accompagné d’un consensus général selon lequel cela ne se produit jamais. Je demande alors : « Que se passerait-il si vous pouviez simplement nous donner votre avis, que nous le recevions gracieusement, y réfléchissions, et travaillions à changer de comportement ? »

Récemment, un homme racisé soupira et dit : « Ce serait révolutionnaire »

Je demande à mes collègues blancs de considérer la profondeur de cette réponse. Ce serait révolutionnaire que nous recevions, réfléchissions et travaillions à changer de comportement. D’une part, cela souligne combien nous sommes compliqué-e-s et fragiles. Mais d’autre part, à quel point le fait de prendre nos responsabilités pour notre racisme peut être facile.



bémol : voir Ce que le mot « racisé-e » exprime et ce qu’il masque

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mar 5 Juil - 14:19

L'ONU dit :

Plus d'un milliard d'êtres humains vivent avec moins d'un dollar par jour.

• 2,8 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, vivent avec moins de 2 dollars par jour.

• 448 millions d'enfants souffrent d'insuffisance pondérale.

• 876 millions d'adultes sont analphabètes, dont deux-tiers sont des femmes.

• Chaque jour, 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies qui auraient pu être évitées

• Plus d'un milliard de personnes n'ont pas accès à de l'eau salubre.

• 20% de la population mondiale détient 90% des richesses

http://www.atd-quartmonde.org/qui-sommes-nous/faq/combien-y-a-t-il-de-pauvres/

Tant que ces données ne seront pas enseignées dans les écoles occidentales ,ni affichées dans les mairies et lieux publics,rien ne changera...
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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mar 5 Juil - 14:33

vlad2 a écrit:
L'ONU dit etc.

sans nier des différences raciales de poids, ça n'est pas vraiment un sujet "de couleur". Au sein de la population "blanche" il y a aussi des pauvres, des analphabètes, des sans eau potable, etc.

ou alors il faut croiser ces données avec celles de "races"

déplacé dans PAUVRETÉS et RICHESSES : produit de l'exploitation et des dominations capitalistes

.
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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Sam 9 Juil - 10:34


Marxism and White Skin Privilege

Le marxisme et le privilège de la peau blanche

Chris Wright cominsitu 8 juillet 2016


Citation :
Marxism, in both the authoritarian (“Orthodox”) tradition and in the libertarian tradition, has had a few noticeable Achilles’ Heels, which have had drastic consequences. Gender and race top the list. Here, I mostly intend to focus on race, although at least passing comments on gender will be unavoidable.

[...]

I structured the piece as follows:

I. Introduction;
II. Is Race Central?;
III. America Contra Whiteness?;
IV. The Cult(ure) of America;
V. Race, Other Races and Ethnicity: Codas of Race;
VI. The Idea of Ends or The End of Ideas.


Each section begins with (and usually contains a series of) quotes from various RT articles and editorials. I do this in order to ground the critique in a thorough reading of the ideas RT presents, and to pose each question as sharply as possible.



dans ce long texte, Chris Wright, qui écrit aussi pour la revue Endnotes liée à la théorie de la communisation, discute le rapport entre "marxisme" (classes) et "races", à partir des points de vues de la revue Race Trailor (Noel Ignatiev, David Roediger...), focalisés sur la critique de la Whiteness (blanchité)

ce débat est intéressant, et je n'ai pas suivi tous les méandres des arguments de l'auteur, mais à mon sens il ne permet pas, et de moins en moins, de poser l'articulation races-classes dans les termes où elle devient seulement un aspect de contradictions plus larges et ouvertes par la double crise de l'Occident et du Capital. Comme dit Achille Mbembe, la race n'est plus (seulement) une affaire de couleurs de peaux

il n'est donc pas difficile de trouver des faiblesses aux auteurs que Chris Wright critique dans ce texte, mais cela est loin d'épuiser le sujet, et surtout de construire une approche théorique satisfaisante de cette articulation, de la question identitaire et de son possible dépassement

en revanche, cela risque même de réduire l'intérêt, pour les "Blancs", de saisir ce qu'entendent les autres par « le privilège de la blanchité » et ce n'est pas une chose que l'on apprend par les livres. Le texte de Chris Wright manque cruellement de chair, pour ne pas dire de sensibilité par une écoute des autres à partir de leur confrontation directe au racisme, dont aucun "marxisme" ni aucune théorie du rapport classes-races ne rendront jamais compte

à trop vouloir prouver, on prend le risque de passer à côté du sujet...

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Jeu 21 Juil - 10:20


la lutte décoloniale est l'antiracisme anti-capitaliste concret de notre temps

Êtes-vous prêt à admettre que vous aussi, vous êtes raciste ?

Gretchen Palmer Cofondatrice de l’agence [made to order] et de Power to THRIVE
publié à l'origine sur le Huffington Post américain, traduit par Valeriya Macogon pour Fast for Word
13 juillet 2016

Citation :
Suis-je trop faible pour supporter le malaise inspiré par le vécu des autres ?

Si vous m'aviez accusée d'être raciste il y a trois ans, avant la mort de Michael Brown et d'Eric Garner, avant le mouvement Black Lives Matter, j'aurais été scandalisée. Moi, raciste? Jamais de la vie! Comment osez-vous?

Je suis de gauche. J'ai vécu à Los Angeles, exemple parfait de mixité, pendant près de dix ans. Je crois pouvoir dire que j'ai des amis noirs. Mes meilleurs amis, même! J'ai grandi dans une famille sans préjugés raciaux, éduquée avec l'idée que nous sommes tous égaux, quelle que soit notre couleur de peau, nos préférences sexuelles, etc.

Je mentais.


Plus précisément, je me mentais à moi-même.

Je pensais sincèrement que je n'étais pas raciste. A vrai dire, je ne m'étais jamais véritablement penchée sur la question, et j'avais encore moins eu à m'en défendre.

Tout a changé il y a deux ans.

Le déferlement des réactions sur les réseaux sociaux suite à la mort de Michael Brown et les émeutes de Ferguson ont attiré mon attention. J'ai vu mes amis noirs exprimer par écrit une souffrance profonde et des émotions vives. J'ai cliqué sur tous les liens et les articles qu'ils publiaient. Et je me suis retrouvée dans un monde dont j'ignorais tout.

En discutant avec une de mes meilleures amies, j'ai réalisé qu'elle portait en elle une douleur profonde qu'elle m'avait cachée pendant toutes ces années, et ça m'a bouleversée. C'était stupéfiant de l'entendre me parler, pour la première fois, avec une franchise habituellement réservée à sa famille et les amis qui partageaient sa couleur de peau.

J'ai contacté un autre ami proche que je connais depuis près de 20 ans. Il m'a parlé pendant quatre heures, m'exposant une réalité que je n'avais jamais vue ni comprise. Comment avais-je pu ignorer tant de choses?

Une chose en entraînant une autre, j'ai fini par rejoindre un groupe Facebook destiné à mieux faire connaître aux Blancs les Noirs américains et leur vécu.

J'ai appris énormément de choses ces deux dernières années. C'est comme si j'avais découvert un autre monde. Un monde qui ressemble beaucoup au mien, mais situé dans un univers parallèle, sur une orbite qui ne fait que croiser la mienne.

Ce monde m'était inconnu. J'y étais une parfaite étrangère. J'ai vu et entendu des choses choquantes, jusque là insoupçonnées. Je me suis très vite rendu compte que, contrairement à ce que je pensais, je ne connaissais presque rien à la culture afro-américaine. C'est très troublant et vraiment gênant de découvrir qu'on ne sait quasiment rien d'un sujet qui nous semblait pourtant si familier. Pour la première fois peut-être, j'ai vu voler en éclats l'image que j'avais de moi-même.

Mes contradictions intérieures me sont devenues presque insupportables. Je voulais tout laisser tomber, je n'avais plus envie de continuer. Je voulais mettre fin aux sentiments désagréables qui m'assaillaient.

Et puis il y a eu ce cri du cœur d'une femme du groupe: "Si vous êtes incapable d'encaisser la réalité exprimée par des Noirs avec force et honnêteté, c'est que vous n'êtes pas assez fort pour nous aider, et que vous n'avez donc rien à faire ici."

Merde.

Étais-je trop faible pour partager sa réalité ? Trop faible pour gérer le malaise inspiré par le vécu de quelqu'un d'autre ? Je m'étais toujours vue comme une femme forte. L'idée de ne pas être suffisamment solide était insupportable pour mon ego.

Alors je me suis engagée. J'ai commencé à agir, à poser des questions, à écouter. J'ai commencé à accepter mon sentiment d'inconfort. J'ai pris position, et cet "autre" monde s'est ouvert à moi. Cela n'a pas été facile, mais j'ai fait des progrès. Pas à pas, j'ai appris à évoluer en terrain inconnu. Cette expérience ne m'a pas seulement ouvert les yeux; elle m'a réconciliée avec moi-même et m'a permis de m'intégrer.

J'ai pris conscience qu'un bon nombre des choses que je disais et auxquelles je croyais, persuadée qu'elles prouvaient que je n'étais pas raciste, n'étaient que la preuve du contraire.

J'ai appris qu'en affirmant ne faire aucune distinction entre les races, je faisais plus de mal que de bien. J'ai compris qu'en disant cela, je niais l'identité, la vision et le vécu uniques des Noirs.

J'ai appris que je m'attendais à ce qu'on me traite toujours avec respect et sollicitude dans mon travail, mais que toutes les personnes de couleur ne pouvaient pas prétendre à ce privilège de Blancs.

J'ai appris que j'étais susceptible face aux personnes qui m'exprimaient franchement et sans détour l'exaspération que leur inspiraient mes remarques pleines d'ignorance et, sans le savoir, racistes. J'ai appris que c'était ma "fragilité de Blanche" qui s'exprimait. Or, je n'avais aucune envie d'être fragile. Découvrir cette facette de ma personnalité moi a été sans doute l'une des choses les plus désagréables.

J'ai appris que le racisme est différent de l'intolérance ou du préjugé. Ce sont trois mots et trois choses différentes.

J'ai appris que les Américains blancs sont forcément racistes. C'est inévitable. Relisez cette phrase.

I-né-vi-table.


Tout ce qu'on nous a appris -tous nos livres d'Histoire, les publicités, les films, les contes de fées-, tout ce qui nous entoure ne cesse de souligner la supériorité fondamentale des Blancs sur les Noirs.

Et le seul moyen de ne pas être raciste est de choisir, dans chaque circonstance du quotidien, d'essayer d'aller au-delà des apparences et de considérer les choses du point de vue plus large de l'expérience des Afro-Américains, des Amérindiens, des Latinos... et de tous les autres. Quand on est Blanc, il faut se poser des questions, réfléchir, puis faire le choix d'être antiraciste, et pas seulement de ne pas être raciste.

Bien sûr, cela demande des efforts. Et je ne suis pas sûre que l'on puisse éliminer complètement toutes nos influences racistes. Je crois que cela fait partie des réalités désagréables que nous devons apprendre à accepter.

J'ai appris qu'en reconnaissant simplement le racisme latent dans presque tous les aspects de la vie et en choisissant de démanteler activement mon propre système de croyances, inconsciemment ancré en moi, j'intégrais enfin la réalité afro-américaine.

Je peux apporter ma contribution, m'engager et participer pleinement. Je me sens même accueillie avec bienveillance, chose qui me semblait inimaginable au départ, et que trop de Blancs estiment certainement impossible.

Autre constat : les gens de couleur n'attendent pas des excuses. Ils veulent que l'on reconnaisse ce qu'ils vivent. Ils veulent que les Blancs ouvrent les yeux, qu'ils sortent de leur léthargie et fassent le travail d'éducation nécessaire dans la communauté blanche pour abolir le système raciste responsable de leur oppression. Est-ce vraiment trop demander ?

Maintenant que j'ai pris conscience de la situation, je travaille et vis en essayant d'être une alliée. Pas par sentiment de culpabilité, mais parce que c'est juste. Je ne peux pas regarder tranquillement mes frères et sœurs noirs souffrir pendant que je profite de mes privilèges de Blanche. Comme l'a dit Martin Luther King, personne ne sera libre tant que tous ne le seront pas. Il est temps de finir le travail initié par le mouvement des droits civiques.

Si vous n'êtes pas trop faible pour supporter le sentiment d'inconfort, pour vous examiner et mettre à jour vos mensonges inconscients, je vous encourage à vous lancer dans cette aventure. Passées les premières difficultés, c'est une expérience intensément profonde, instructive et enrichissante.

Êtes-vous prêt à admettre que vous aussi, vous êtes raciste ? C'est la première étape incontournable. Pour avancer, il faut commencer par reconnaître le racisme systémique dans lequel nous avons grandi.

Après cette prise de conscience, vous pourrez rejoindre le mouvement pour combler le fossé entre nos deux mondes. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais l'Amérique dans laquelle je veux vivre est une Amérique juste et unie. Certains me taxeront d'optimiste, mais je crois que l'on peut y arriver. Êtes-vous prêt-e à me rejoindre dans ce combat?

témoignage très moraliste certes, peut-être typiquement américain, mais intéressant pour le mouvement, le parcours d'introspection et de remise en cause de cette personne, avec le résultat. Dans cette démarche, il y a un moment où saute un verrou sur l'insconscient pavé de bonnes intentions

à ce moment là, on saisit que le combat décolonial, pour faire court, est l'issue par le haut proposée à ceux qui ne sont pas victimes du racisme (blanc entre autres), et que du point de vue de classe, la balle, si j'ose dire, est au prolétariat blanc, que la lutte décoloniale le concerne autant que les "racisé.e.s", parce que le racisme est l'instrument du capital pour diviser le prolétariat tout entier, la racisation est de son fait et son dépassement l'affaire de tous des deux côtés de la "ligne de couleur"

s'opère là une renversement de perspective qui se pose au présent, non à l'horizon d'une révolution abolissant "race", c'est-à-dire le racisme

autrement dit, la lutte décoloniale est l'antiracisme anti-capitaliste concret de notre temps, le reste est universalisme abstrait de pacotille

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Sam 17 Sep - 17:18


reçu de Unity & Struggle-NYC ‏@UandSNYC


Report on the white nationalist rally in Houston outside the NAACP

White Lives Matter’ Building Armed Force in Texas

September 16, 2016



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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Lun 26 Sep - 0:32


d'un texte critiquable par ailleurs, un extrait que je fais mien


« on peut être eurocentrique sans être blanc,
de même qu’on peut être critique de l’eurocentrisme et décolonial tout en étant blanc.
Je précise ceci pour éviter tout malentendu ou simplification essentialiste et réductionniste de ma terminologie. »


Le virage décolonial dans le monde et les impasses de la gauche blanche
Franz Quintín Shariati Giap, 16 novembre 2009


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Dim 8 Jan - 13:30


White Purity

Asad Haider Viewpoint, January 6, 2017


No Title Required 3 (Robert Ryman, 2013)

« nice to see others also thinking about the symptomatic forgetting/erasure of Noel Ignatiev in liberal race-discourse /
agréable de voir d’autres penser comme Noel Ignatiev au symptomatique oublie/effacement de la race dans le discours libéral »
‏@rogerbellin tweeter

avec des références à W.E.B. Du Bois, Theodore Allen, Noel Ignatiev...

Citation :
Capitalism cannot reform itself,” Du Bois wrote. “It is doomed to self-destruction. No universal selfishness can bring social good to all.” Unlike today’s multiculturalist liberals, DuBois did not merely seek a more diverse ruling class. He recognized that inequality would persist as long as capitalism persevered. There has only ever been one alternative to whiteness and its barbed offerings: the multiracial alliance of the working class against white supremacy and private property.

« Le capitalisme ne peut pas se réformer », a écrit Du Bois. « il est voué à l’autodestruction. Aucun égoïsme universel ne peut apporter bien social à toutes .» Contrairement aux libéraux du multiculturalisme d’aujourd'hui, DuBois ne cherche pas simplement une classe dirigeante plus diversifiée. Il a reconnu que l’inégalité durerait aussi longtemps que le capitalisme. Il y a eu jamais qu'une alternative à la blanchité et ses offres de barbelés : l’alliance multiraciale de la classe ouvrière contre la suprématie blanche et la propriété privée.


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Lun 21 Aoû - 11:22


Les choix faits par les hommes blancs, prêts à abandonner leur humanité par peur des hommes et des femmes noirs, suggèrent l’horreur réelle du statut perdu.

Cet article apparaît dans le cadre d’une caractéristique plus grande,  » Aftermath: Sixteen Writers on Trump’s America « , dans le numéro du 21 novembre 2016. Il apparaît dans d’autres versions du numéro du 21 novembre 2016, avec le titre «Mourning for Whiteness».
Toni Morrison a écrit douze romans. Elle a reçu le Prix Nobel de littérature de 1993.


http://www.newyorker.com/magazine/2016/11/21/making-america-white-again?mbid=social_facebook


Photo de Stan Grossfeld / The Boston Globe via Getty

Citation :
C’est un projet sérieux. Tous les immigrants aux États-Unis savent (et savaient) que s’ils veulent devenir des Amérindiens bien réels et authentiques, ils doivent réduire leur fidélité à leur pays natal et la considérer comme secondaire, subordonnée, pour mieux souligner leur blancheur. Contrairement à toute nation en Europe, les États-Unis font de la blancheur LA force fédératrice. Ici, pour beaucoup de gens, la définition de «l’américanité» est la couleur.

En vertu de l’esclavage, la nécessité de classer à partir des couleurs était évidente, mais dans l’ Amérique d’aujourd’hui, avec la législation post-droits civils, la conviction des Blancs concernant  leur supériorité naturelle est en train d’être perdue. Rapidement,  en train de se perdre. Il y a des «personnes de couleur» partout, ce qui menace d’effacer cette définition basique de l’Amérique. Et alors? Un autre président noir? Un Sénat à prédominance noire? Trois juges noirs de la Cour suprême? La menace est effrayante.

Afin d’arrêter la possibilité de ce changement intenable et de restaurer la blancheur dans son statut antérieur comme marqueur de l’identité nationale, un certain nombre d’Américains blancs sont en train de s’immoler eux-mêmes . Ils ont commencé à faire des choses qu’ils ne souhaitent pas vraiment faire, Et, à cause de cela, ils sont en train d’ abandonner leur sens de la dignité humaine et ils sont prêts à endosser un rôle de lâche. Alors qu’ ils ne peuvent que haïr leurs comportements, et  qu’ils savent très bien ce qu’ils valent, ils sont prêts à tuer les petits enfants qui fréquentent l’église du dimanche et les groupes  joyeux qui invitent un garçon blanc à prier. Embarrassés eux mêmes devant le caractère évident  de leur lâcheté , ils sont disposés à mettre le feu aux églises, et à commencer à tirer dans le tas  de leurs paroissiens  en prière. Et, malgré leur honte face à de telles démonstrations de faiblesse, ils sont prêts à tirer sur des enfants noirs dans la rue.

Pour maintenir la conviction de la supériorité blanche, ces Américains blancs se déguisent sous des chapeaux en forme de cône et derrière des drapeaux américains et ils refusent une confrontation face à face, exerçant leurs armes sur les non armés, les innocents, les terrorisés, sur des individus  qui fuient, exposant leur dos  aux balles. Sûrement, le fait de tirer  dans le dos sur un homme en fuite  a du mal à  étayer la présomption de la supériorité  blanche? La triste situation des hommes blancs croisés, étouffant le meilleur d’eux-mêmes, en train d’abattre l’innocent à un arrêt de la circulation,écrasant les visages des femmes noires dans la boue, menottant les enfants noirs. Seuls des gens apeurés pourraient agir ainsi. Est-ce juste?

Ces sacrifices, exigés des hommes blancs supposés en train de résister, prêts à abandonner leur humanité par peur des hommes et des femmes noirs, dit la véritable horreur du statut perdu.

Il se peut que nous ayons quelques difficultés à éprouver de la pitié par rapport à ceux qui sont prêts à de tels sacrifices bizarres pour affirmer le pouvoir blanc et la suprématie de la race blanche.. L’autocritique  de sa personne n’est pas facile pour les Blancs (en particulier pour les hommes blancs), mais pour conserver la conviction de leur supériorité envers les autres, en particulier par rapport aux Noirs, ils sont disposés à risquer le mépris et à être vilipendés par les personnes mature, sophistiquées et fortes. Si cela ne témoignait pas  d’un caractère ignorant et pitoyable, on pouvait pleurer sur cet effondrement de la dignité au service d’une cause maléfique.

Le confort d’être «naturellement meilleur que», de ne pas avoir à lutter ou à exiger un traitement citoyen, est difficile à abandonner. La confiance que vous ne serez pas surveillé dans un grand magasin, que vous êtes le client privilégié dans les restaurants haut de gamme – ces inflexions sociales, appartenant à la blancheur, sont avidement appréciées.

Les atteintes aux privilèges blancs sont tellement effrayantes que beaucoup d’Américains ont afflué vers une plate-forme politique qui soutient et traduit la violence comme recours. Ces gens ne sont pas tellement en colère que terrifiés, avec le genre de terreur qui fait trembler les genoux.

Le jour du scrutin, combien d’électeurs blancs, à la fois pauvres et conscients, ont choisi la honte et la peur semé par Donald Trump. Le candidat dont la société a été poursuivie par le ministère de la Justice pour ne pas louer des appartements aux Noirs. Le candidat qui a demandé si Barack Obama était né aux États-Unis et qui semblait tolérer les violences contre un manifestant de la Vie noire dans un rassemblement de campagne. Le candidat qui a gardé les travailleurs noirs au plus bas dans  ses casinos. Le candidat qui est aimé par David Duke et approuvé par Ku Klux Klan.

William Faulkner l’a compris mieux que presque tout autre écrivain américain. Dans «Absalom, Absalom», l’inceste est moins tabou pour une famille méridionale de classe supérieure que de reconnaître la seule goutte de sang noir qui salirait la lignée familiale. Plutôt que de perdre sa « blancheur » (encore une fois), la famille choisit le meurtre.

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mer 6 Sep - 14:24

d'hier, complété


couverture provisoire

ce livre de David R. Roediger est la traduction française, annoncée pour février 2018 de The Wage of Whiteness Race and the Making of the American Working Class (PDF) 1991, révisé 2011, dont j'ai parlé plus haut. 25 ans pour qu'il arrive en France en français, c'est dire quelque chose de L'idéologie française...


Présentation de l'éditeur :


Citation :
Après les événements révélateurs de Charlottesville, un livre lumineux pour éclairer la capacité du racisme à façonner la vie politique des États-Unis. Si, comme le soutient l’auteur, la jeune classe ouvrière américaine du 19e siècle a revendiqué une identité blanche, la blanchité, en réponse aux peurs générées par la discipline capitaliste, la résurgence du suprématisme blanc qui saisit les États-Unis d’aujourd’hui n’est-il pas le produit des peurs nées de la spirale infernale de la mondialisation, du déclassement et de l’immigration économique ?

Pour l’auteur, la force de cette idéologie raciale est d’attacher les Blancs pauvres au chariot du système d’exploitation. Quoi qu’il puisse leur arriver – déclassement social, chômage… –, ils ne perdront jamais un avantage : la blanchité.

Mais que signifie « être blanc », « quels avantages les Blancs tirent-ils de la blanchité » ? Sur les pas de Jean Genet, de Frantz Fanon ou d’Aimé Césaire, David Roediger mêle culture de masse, langage et politique, pour éclairer les voies spécifiques par lesquelles ce marqueur racial s’est socialement et historiquement construit. Le constat est cruel. Les travailleurs blancs ont cherché dans leur supériorité raciale une voie d’émancipation et ce sont ces tendances qui travaillent toujours la société américaine.
Le « salaire du Blanc », à la fois système de privilèges réels et illusion dont s’approprient les Blancs pauvres, entretenu par les classes dominantes, continue de structurer la domination raciale et économique aux États-Unis.

L’auteur propose de reconceptualiser la notion de classe afin de prendre en compte la part de la race dans la conscience de classe.

Pour ce faire, l’étude de la construction de la blanchité [Whiteness] démystifie la fiction de la race qui perdure jusqu’à aujourd’hui et éclaire les modes de domination qu’entretient le capitalisme.

je ne reviens pas sur Roediger dont j'ai signalé les livres et importé des textes dans ce sujet. Il creuse cette question en marxiste depuis des décennies, mais est tout sauf un théoricien de la révolution communiste

cette question de la blanchité fait en France des émules dans les milieux décoloniaux, sans toujours faire le lien avec une situation de classe des 'Noirs', ou autres 'Colored People'. Opposer un avatar de la Négritude de Césaire ou du Black is Beautiful des sixties américaines à la marchandise particularisée et individualisée pour s'adapter aux "besoins" d'un marché spécifique noir ou beur qu'il a lui- même créé ne fait pas peur au capitalisme. Il peut à bon compte se restructurer décolonial, et la question du dépassement des identités noires ou de toutes autres couleurs, y compris blanche, ne serait pas poser

pour autant la nécessité de produire des dépassements d'identités ne se pose pas que pour les prolétaires de couleur, ni pour les seuls "petits blancs" racistes. Les pas de Césaire n'ont pas été seulement suivis par Fanon, il en a franchi d'autres, et la question n'est pas ici de peaufiner l'antiracisme politique en « éclairant les modes de domination qu'entretient le capitalisme », c'est-à-dire un combat d'idée, une « lutte idéologique », mais de lui donner un contenu communiste révolutionnaire dans les luttes, y compris contre les capitalistes noirs, jaunes, beurs ou rouges à pois bleus

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mer 6 Sep - 22:11


Tristan Vacances : - Vos tirs contre Roediger, que vous sembliez aduler, sont durs, quelle mouche vous a piqué, cher Patlotch ?

Patlotch : - il est un temps pour tout comme dit par L'Écclésiaste dans la Bible. Il fut un temps où il s'agissait de faire connaître, avec pénétration, en France ces travaux, et, dès lors qu'ils y sont introduits, de les situer de façon critique, sans compromis théorique ou idéologique

AliBlabla : - Opportunisme !

Patlotch : - théorie adéquate à l'époque, en situation

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mar 12 Sep - 4:25


un texte de Asad Haider pour Viewpoint, que j'aurais aussi bien pu placer dans 'RACES' et rapports de CLASSES



dans la mesure où il parle de la situation politique actuelle aux États-Unis, cet article prolonge l'intérête de la prochaine traduction du livre de David R. Roediger, The Wage of Whiteness Race and the Making of the American Working Class (PDF) 1991, révisé 2011

nous manquons cruellement, moi du moins, de traductions rapides, auto-organisées voire spontanées d'où qu'elles viennent, pour tirer la substantifique moelle de tels papiers, surtout quand ils proviennent de groupes théoriques marxistes en prise sur l'actualité



Citation :
Whiteness is not magic. It is also not a psychological disposition or a particular type of body. It is a material social relation, as material as that of class. It is absurd to try to determine in the abstract which of these relations is primary. It is instead necessary to study a very specific concrete history—the history of plantation slavery and the development of capitalism in the United States—to explain both kinds of social relation. Capitalism is a fundamental target of any emancipatory struggle not because of some kind of priority of the “economic” over the “cultural” (whatever these would mean as essential categories), but rather because in actual history, racism has been an integral component of capitalism.

This is why, even when opposing the most reactionary expressions of identity politics, socialists should never make the mistake of thinking Mark Lilla is on their side. If socialists fail to actively oppose white supremacy, they allow capital to wield one of its deadliest weapons. In order to build a mass anti-capitalist movement—in order to foster the kind of solidarity, commitment, and collective action that is required for social transformation—it is necessary to oppose every expression of racial hierarchies and divisions which are visible in our society and reassert themselves in our movements. This is not to make movements “safe spaces,” but to make them expansive and powerful; it is not for white people to act as “allies,” but for them to reject the privileges conferred by whiteness in order to be able to act as comrades. Wherever racial oppression threatens the safety of a portion of the multiracial working class—whether it is an ICE raid, a police killing, or a fascist rally—socialists must be at the front lines in our collective defense.

La blanchitude* n'est pas magique. Elle n'est pas non plus une disposition psychologique ou un type particulier de corps. C'est une relation sociale matérielle, aussi matérielle que celle de la classe. Il est absurde d'essayer de déterminer dans l'abstrait laquelle de ces relations est primordiale. Il est au contraire nécessaire d'étudier une histoire concrète très spécifique - l'histoire de l'esclavage des plantations et le développement du capitalisme aux États-Unis-pour expliquer ces deux types de relations sociales. Le capitalisme fait une cible fondamentale de toute lutte émancipation, non pas en raison d'une sorte de priorité de l'«économie» sur la «culture» (quoi que cela puisse signifier comme catégories essentielles), mais plutôt parce que dans l'histoire réelle, le racisme a été une partie intégrante du capitalisme.

* pour des raisons évidentes dans ce passage, je préfère cette traduction à blanchité ou blancheur

C'est pourquoi, même en s'opposant aux expressions les plus réactionnaires de la politique identitaire, les socialistes ne devraient jamais faire l'erreur de penser que Mark Lilla est de leur côté. Si les socialistes ne s'opposent pas activement à la suprématie blanche, ils permettent au capital de manier l'une de ses armes les plus meurtrières. Afin de construire un mouvement anticapitaliste de masse, afin de favoriser le type de solidarité, d'engagement et d'action collective nécessaire à la transformation sociale, il est nécessaire de s'opposer à toute expression de hiérarchies et de divisions raciales qui sont visibles dans notre société et se réaffirment dans nos mouvements. Il ne s'agit pas de faire des mouvements "espaces protégés", mais de les rendre expansifs et puissants; il ne s'agit pas pour les blancs d'agir comme des «alliés», mais de rejeter les privilèges conférés par la blanchité afin de pouvoir agir en tant que camarades. Partout où l'oppression raciale menace la sécurité d'une partie de la classe ouvrière multiraciale, qu'il s'agisse d'un E RAID, d'un massacre de la police ou d'un rassemblement fasciste, les socialistes doivent être aux premières lignes de notre défense collective.

cet article comporte une critique de l'interclassisme citoyenniste, mais c'est surtout l'occasion de s'interroger sur la spécificité du racisme américain et de se poser une question : cette critique de la blanchitude est-elle transposable en France et à quelles conditions. Il est clair que le PIR, avec son « champ politique blanc » et son « nous et eux » inversé, ne les satisfait pas et pas davantage qu'une critique des Identity Politics comme "politiques identitaires" adressées uniquement, comme par Yves Coleman, aux minorités qui se battent sur la base de leurs propres dominations, et aux catégories racialisées en particulier

la première des "politiques identitaire", en France, est celle de nos suprémacistes blancs, comme le premier communautarisme, qui est celui de l'identité nationale avec sa définition de pays blanc et de religion chrétienne



Citation :
Les Identitaires (anciennement Bloc identitaire – Mouvement social européen) est un mouvement politique, français créé le 6 avril 2003. Il s'agit d'une composante d'un courant dit « identitaire », apparu au cours des années 2000 à la suite de la dissolution par le ministère de l'intérieur français d'Unité radicale.

Les Identitaires se donnent pour objectif de « fédérer les jeunes Français et Européens fiers de leurs racines et de leur héritage ». Il se présente comme étant « né de la rencontre de militants issus de parcours politiques divers mais partageant tous le même rejet du système dominant* »

* on y trouve effectivement des transfuges d'extrême-gauche et de post-ultragauche

- dégoût du matérialisme, du consumérisme et de l'« exploitation des travailleurs par le grand actionnariat international » ;
- dénonciation de la non-représentativité du système électoral français et de la confiscation de la démocratie par les oligarchies (technocratique, syndicale, médiatique et financière) ;
- hostilité à l'hégémonie américaine et à l'impérialisme islamique28 ;
- opposition au métissage ethnique de masse et à la « culpabilisation permanente » des peuples européens ;
- rejet du jacobinisme centralisateur parisien ;
- refus du prêt-à-penser et du « terrorisme intellectuel ».

Le mouvement se positionne de diverses manières dans le corpus idéologique d'extrême droite. Il prend une posture ruraliste en « défendant la ruralité comme alternative à la schizophrénie urbaine » et en s'opposant à l'« horreur mondialiste ». Même s'il défend les « racines et l'héritage » européen, dont fait partie la religion chrétienne, le BI utilise peu les thèmes du traditionalisme catholique. Il introduit aussi le thème de « la conjugaison de la résistance identitaire au féminin ».

Le mouvement qui entend renvoyer les immigrés dans leur pays, fustige de manière radicale les conséquences et le phénomène avec des slogans comme « racaille immigrée » et demande « pas de kärchers, mais des charters ! ». Ses membres affirment défendre les personnes de « souche européenne » et les « petits blancs de banlieue ». De plus, le Bloc entend donner à ses actions une dimension européenne puisque, par exemple, il soutient « nos frères serbes du Kosovo » contre les Albanais musulmans au Kosovo.

Le mouvement ne considère ni l'islam ni les États-Unis comme des « dangers » mais c'est « l'islamisation de l'Europe et l'américanisation de notre culture qui en sont. »

même question quant à l'utilisation importée du terme de "privilèges", qui concerne des différences très relatives face au capital et à l'État. Je serais bien le dernier à les nier dans le rapport à l'emploi, au logement, à la police... mais son emploi n'est pas anodin quand il alimente un discours dans lequel l'antagonisme de classe n'existe plus

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ? BLANCHITUDE ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Dim 24 Sep - 12:20


« si les indigènes sont racisés, les blancs le sont également. »

Qu’est-ce que la lutte des races sociales ?

Selim Nadi, membre du PIR, 22 septembre 2017

Citation :
Le fait que l’on utilise le terme de « racisés » pour désigner uniquement les indigènes prouve d’ailleurs que la race est souvent pensée en dehors de tout rapport social. Or, si les indigènes sont racisés, les blancs le sont également. Ils représentent une race sociale, dotée de privilèges sociaux. Il n’y a donc pas de « racisés », mais plutôt des processus de racialisation qui constituent les indigènes et les blancs.
[...]
Dans The Invention of the White Race, Theodore W. Allen écrit que lorsque le premier Africain posa le pied en Virginie, vers 1619, il n’y avait pas de « blancs » [pour d'autres auteurs, c'est dans les ports antillais...]. La catégorie raciale de « blancs » a été inventée en tant qu’instrument de contrôle de la classe dominante en réponse à la solidarité entre les « esclaves-contractuels » blancs et les esclaves noirs (le débat entre certains historiens – notamment entre Theodor Allen et Noel Ignatiev par exemple – a surtout porté sur le degré de conscience d’instauration de tels privilèges). La mise en place de cette stratification raciale permit donc de couper court à toute volonté d’union entre les esclaves noirs et blancs, afin de conserver le système esclavagiste. Mais cela a également permis aux travailleurs blancs de ne plus défendre leurs intérêts de classes. [...]

il est rare d'avoir, d'un membre du PIR, un texte de cette qualité théorique, et avec celui-ci, on peut commencer à vraiment discuter

en sus de mes nombreuses interventions sur la question depuis 2014, sur mon blog ou ici : 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État..., on peut aussi considérer d'autres éléments de ce débat dans Travaux en cours du groupe TC Théorie Communiste, la soute

j'y reviendrai donc, quitte à en causer avec Selim Nadi, puisque nous nous "suivons" réciproquement sur tweeter. Il a travaillé sur la réception française de Rosa Luxemburg (Master 1), ainsi que sur le mouvement Antideutsch (Master 2). Sa thèse porte sur les échanges politiques et théories entre les gauches radicales françaises et allemandes pendant la période de la décolonisation. Il est l'auteur de deux textes publiés par Période

- Nation, race et impérialisme dans la gauche allemande depuis la réunification
- Antideutsch : sionisme, (anti)fascisme et (anti)nationalisme dans la gauche radicale allemande


autres textes en ligne chez Contretemps

comme on le sent à partir ce texte, certains désaccords pourraient apparaître non proprement sur l'articulation classe-race conduisant à la nécessité de cette « luttes des races sociales », ou alors il faudrait les expliciter, mais sur le plan politico-strétégique, en terme de théorie communiste, et compte tenu de la stratégie du PIR en la matière

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