PATLOTCH / CHANGER DE CIVILISATION / LUTTES, THÉORIE, SEXE et POÉTIQUE

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 les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'

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MessageSujet: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Lun 6 Juil - 10:15


en contrepoint d'un 'billet' de Mediapart, et de commentaires plutôt confus autour du racisme et du concept de race : déshistorisation du racisme, essentialisation des 'races' comme des non-races au nom de l'humain universel incolore, et d'une façon générale impensé des races et du racisme comme structurellement construits dans et par l'histoire de la modernité occidentale depuis cinq siècles (Colomb et la "découverte de l'Amérique", 1472), et du mode de production capitaliste depuis deux siècles

quelques repères...

Le Blanc est raciste Gabrielle Teissier BlogMediapart 04 juillet 2015

... un dossier de mon blog CLASSE et BLANCHITÉ

Horia Kebabza a écrit:
« La blanchité est bien sûr une catégorie fictive, et comme d’autres catégories d’analyse référant à des identités ethnico-raciales, elle n’a aucun fondement biologique. Cependant, elle est un fait social, qui comporte des conséquences réelles en termes de distribution de richesses, de pouvoir et de prestige. L’originalité de ce concept repose sur le changement de perspective qu’elle propose, c’est-à-dire qu’aussi longtemps que les « Blancs » ne seront pas nommés et perçus comme un groupe « racial » (au même titre que tous les autres groupes), alors le « Blanc » sera la norme, le standard, l’universel : « Other people are raced, we (white people) are just people », et les autres groupes, d’éternelles minorités renvoyant au particulier, au spécifique » 'l'universel lave-t-il plus blanc ? "Races", racisme et système de privilèges' PDF



Horia Kebabza a écrit:
sommaire

- Qui sommes-nous ? Le groupe « Race et Genre »
- Un (anti)-racisme sans race est-il possible ?
- Globalisation et racialisation
- Les « whiteness studies » ou la construction de la blanchité
- L’invisibilité des « privilèges blancs »
- Un outil pour la singularité contre l’universel ?
- Présomptions et préjugés : les deux revers d’une même médaille
- Dire, ou ne pas dire ?
- L’impensé des privilèges et le concept d’intersectionnalité

Texte publié initialement dans la revue Les cahiers du CEDREF n°14 « (Ré)articulation des rapports sociaux de sexe, classe et "race" »


1991 1999


2014

- L’actualité des études sur la « blanchité – Whiteness » en France Journée d’étude 23 septembre 2011

- Politique de l’image : les Cultural Studies et la question de la représentation, réflexion sur la « blanchité » Maxime Cervulle PDF p. 46 Colloque Bpi 2009 (Minorités visibles et blanchité / L’hypervisibilité de l’invisible blanchité / Racisme systémique et hégémonie blanche)

- Pour déracialiser, il faut penser la race (et la classe) Elizabeth Esch et David Roediger, The New Socialist Magazine n° 56 (avril-juin 2006) Revue Période

Plus blanc que blanc. Une étude critique des travaux sur la Whiteness Bastien Bosa 14 janvier 2010 Ce texte présente un historique critique des Whiteness Studies depuis les travaux de Toni Morisson(Prix Nobel de littérature) en 1992, Richard Dyer en 1997 (« les Blancs créent les images dominantes du monde sans se rendre compte qu’ils créent ce monde à leur image », et David Roediger, dont le livre de 1991, « The Wages of Whiteness (« Le salaire de la blanchité »), pose la question de l’identification des membres des classes populaires à la catégorie «blanc» au XIX e siècle». Il en souligne le manque de données empiriques et une tendance à la généralisation...


Citation :
sommaire

I Qu’est-ce qu’être blanc ?
1. Réflexions sur le privilège blanc Pierre Tevanian
2. Il n’y a pas de « question blanche »… Gérard Noiriel
3. « Nous ne voulons plus être les tirailleurs sénégalais d’aucune cause ! » Sadri Khiari
4. Pourquoi s’interroger sur les Blancs ? De l’utilité des whiteness studies Sylvie Laurent
5. « Quand je suis devenu blanc… » Magyd Cherfi

II L’héritage colonial
6. La fabrication des Blancs dans les colonies françaises Frédéric Régent
7. La « ligne de couleur ». Esclavage et racisme colonial et postcolonial Françoise Vergès
8. Blanc, couleur de l’empire Alain Ruscio
9. « Le Blanc n’a pas d’amis. » L’Autre européen dans les littératures africaines orales et écrites Mineke Schipper
10. La couleur indiscernable des « Petits-Blancs » de l’île de La Réunion François Hoarau
11. Les « métis franco-indigènes » dans le second Empire colonial Yerri Urban
12. La construction du « Blanc » dans l’iconographie coloniale Pascal Blanchard et Gilles Boëtsch

III Imaginaires
13. Peau blanche, masques blancs. Frantz Fanon et la blancheur Matthieu Renault
14. La blancheur dans la littérature française Clarissa Behar
15. La mise en scène de la blancheur dans le cinéma français Andrew Asibong
16. De la pâleur au bronzage. Les idéaux de la beauté féminine en France Peter Frost
17. L’écran blanc. Les publics et la question de la diversité Maxime Cervulle
18. Les figures de la « Roumia » Naïma Yahi
19. Y a-t-il une « question blanche » dans le rap français ? Karim Hammou

IV Le « blanc », une couleur politique. La République, les « petits Blancs » et le « racisme anti-Blancs »
20. Une constitution « blanche » peut-elle prétendre à l’universel ? Débat entre Dominique Schnapper et Maboula Soumahoro
21. La « race blanche ». Retour sur les tentatives trompeuses de classification et de hiérarchisation de l’espèce humaine Anna Degioanni et Géraud Gourjon
22. Xénophobie et « blanchité » en France dans les années 1880-1910 Laurent Dornel
23. La construction de l’identité nationale et raciale en France, aux XIXe et XXe siècles Carole Reynaud-Paligot
24. Plus blanc que blanc : réflexion sur le monochrome populiste en Europe Ariane Chebel d’Appollonia
25. La rhétorique de la blancheur dans les pays nordiques Cyril Coulet
26. Racisme(s) ? Retour sur la polémique du « racisme anti-Blancs » en France Damien Charrieras
27. Les juifs et la « ligne de couleur » Enzo Traverso
28. La « communauté juive » française, la gauche et le « racisme anti-Blancs » Guillaume Weill-Raynal
29. De la couleur des Tsiganes en France Emmanuel Filhol
30. « Poor white trash » et « chav » : « mauvais pauvre » et construction d’un imaginaire social Sylvie Laurent



Dernière édition par Patlotch le Mar 12 Jan - 6:16, édité 1 fois
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MessageSujet: abolir le racialisme : comment ?   Lun 6 Juil - 10:26

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Patlotch a écrit:
sommaire

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- le monde et le capital, l'Occident et les autres

Patlotch a écrit:
sommaire

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black Marx is back


- Black Feminism et d'autres non "blanches"

« Toutes les femmes sont blanches, toutes les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques-unes à être courageuses »
Sous ce titre magnifique paraissait en 1982 aux États-Unis une anthologie de textes fondateurs des études féministes noires...
Black Feminism Anthologie, ou Le féminisme noir aux États-Unis, Elsa Dorlin, l'Harmattan 2008


- "l'homme blanc" doit écouter ses AutrEs - avec Amiri Baraka-LeRoi Jones et Maya Angelou

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MessageSujet: se déraciser... que des contradictions   Mar 7 Juil - 1:09

(je souligne en gras)
Segesta a écrit:
06/07/2015, 18:10 | Par Segesta3756  

FdeSouche a écrit:

Gabrielle Teissier (Médiapart) : « Le Blanc est raciste de naissance, parce qu’il est Blanc »

Par ailleurs, Gabrielle Teissier ne dit pas "tous les blancs sont racistes (de naissance)", on se demande pourquoi vous avez ajouté le "de naissance" entre parenthèses, elle dit :

Le Blanc est raciste de naissance, parce qu’il est Blanc et qu’on lui a dit, depuis la nuit des temps, qu’il est le meilleur, le plus civilisé, le plus tout. Le Blanc ou la Blanche doit apprendre à ne pas être raciste, à ne pas se sentir supérieur aux autres.

Cette formulation présente son intérêt, la police majuscule précise qu'il s'agit non pas d'une personne en chair et en os, mais d'une figure, je dirais une représentation sociale de soi en tant que Blanc, comme on pourrait dire : le Noir. Bien sûr ces catégories sont discutables, mais je ne crois pas Gabrielle ne sache pas faire la différence entre les deux, en outre elle précise bien la suite, il ne s'agit pas du racisme en tant que caractère propre du Blanc, au sens biologique, mais d'un caractère acquis dès la naissance, et de quelle naissance s'agit-il ? mais de la naissance dans l'environnement linguistique, symbolique, culturel du dit Blanc - nous sommes toujours dans l'univers des représentations sociales - qui le prédispose, bien malgré lui, à devenir raciste par la suite, raison pourquoi c'est de se déraciser dont il a le plus besoin, pour ne pas avoir la fâcheuse tendance à se sentir supérieur, à qui ? et bien aux autres races, celles qu'il identifie comme étant inférieures à lui.

Dans l'universel social il n'y a que des contradictions, c'est bien pourquoi les sciences humaines et sociales existent, pour les faire apparaître en tant que telles et essayer de voir ce qui se cache derrière, n'en déplaise aux sites comme celui de Fds [FrançaisdeSouche]


.
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MessageSujet: L'homme "blanc" n'existe en Europe que depuis 8.000 ans   Mar 7 Juil - 17:27


Segesta a écrit:
07/07/2015, 02:23 | Par Segesta3756 en réponse au commentaire de Segesta3756 le 07/07/2015 à 02:06  

Fort passionnant :

L'homme "blanc" n'existe en Europe que depuis 8.000 ans - 10 avril ...

10 avr. 2015 ... Des travaux anthropologiques montrent que les populations installées en Europe avant l'an - 6000 avaient encore la peau pigmentée. - L'Obs.

seulement 8.000 ans ? mince alors... voilà ce qui ne va pas arranger le narcissisme épidermique, et il va falloir refaire un tas de films d'Hollywood !

Clin d'œil

allez, pour décompresser l'atmosphère ... texte intégral sur le site du musée Branly :

Référence(s) :

Nicolas Menut, L’Homme blanc. Les représentations de l’Occidental dans les arts non européens. Paris, Éditions du Chêne, 2010, 256 p.

https://gradhiva.revues.org/2114


L'homme "blanc" n'existe en Europe que depuis 8.000 ans Timothée Vilars 10 avril

Thimothé Vilars a écrit:
Des travaux anthropologiques montrent que les populations installées en Europe avant l'an - 6000 avaient encore la peau pigmentée.

On savait déjà que l'humanité n'avait migré vers le nord que tardivement, et que les premiers hommes installés en Europe, il y a 40.000 ans, étaient noirs de peau. Mais de nouvelles données présentées fin mars à la réunion annuelle des anthropologues américains montrent que les populations d'Europe du sud et du centre avaient toujours la peau pigmentée il y a 8.500 ans, rapporte "Science Magazine", relayé par "Slate.fr".

Les chercheurs ont comparé les génomes de 83 individus issus de différents sites archéologiques européens, notamment en Espagne, au Luxembourg et en Hongrie. La même équipe avait révélé en février que les Européens modernes avaient principalement pour ancêtres trois populations du Néolithique : des chasseurs-cueilleurs présents depuis le Paléolithique, des fermiers arrivés du Proche-Orient il y a 7.800 ans, et un peuple d'éleveurs de troupeaux, les Yamnaya, arrivé depuis les steppes du nord de la mer Noire il y a 4.500 ans.

Ce sont ces derniers qui pourraient avoir introduit les langues indo-européennes en Europe, avançait l'étude, publiée dans la revue "Nature".

L'émergence de la peau dépigmentée est due à un étonnant mélange entre diverses populations dispersées dans le nord de l'Europe", explique la paléontologue Nina Jablonski. "Ces résultats montrent à quel point ces évolutions sont récentes."

Seulement deux gènes absents

La dépigmentation de la peau est une adaptation génétique qui favorise la synthèse de la vitamine D en milieu faiblement ensoleillé : elle s'explique par un taux de mélanine plus bas, qui permet une pénétration plus profonde des rayons du soleil dans l'épiderme.

Les scientifiques ont identifié que cette mutation était due à l'absence de seulement deux gènes, explique "Science Magazine" : le SLC24A5 et le SLC45A2. Mais la rapidité avec laquelle ces caractères génétiques se sont répandus sur le continent était jusqu'ici sous-estimée par les chercheurs.

Sur le site archéologique de Motala, dans le sud de la Suède, de telles variations génétiques ont été observées chez des chasseurs-cueilleurs qui y vivaient il y a 7.700 ans. Ce qui tend à indiquer que ceux-ci possédaient alors déjà une peau pâle et des yeux bleus.

Timothée Vilars
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MessageSujet: "Race, cultures, identités" Hourya Bentouhami   Sam 18 Juil - 23:07

Race, cultures, identités  Hourya Bentouhami juin 2015


L’auteur : Ancienne élève de l’École normale supérieure (Lyon), Hourya Bentouhami est maître de conférences en philosophie à l’université Toulouse-Jean Jaurès. Ses recherches sur la race et le genre s’inscrivent dans le programme de l’opération Humanités du labex Structuration des mondes sociaux et du laboratoire ERRAPHIS.

Citation :
La race fut longtemps appréhendée dans un sens biologique, approche qui constitua l’une des formes les plus puissantes de l’idéologie raciste. À la suite de la disqualification scientifique et politique de ces catégorisations biologiques, le racisme fut relégué au rang de simple préjugé. Or, qu’en est-il de la production continuée de la race à l’ère prétendument « post-raciale » ?
En mêlant une approche féministe, attentive à une compréhension des rapports sociaux de sexe, et une approche postcoloniale, l’ouvrage analyse les conditions historiques et épistémologiques de la production de la race dans des sociétés qui se sont constituées – politiquement et économiquement – sur l’esclavage et la colonisation. Il montre que le racisme n’a pas disparu et a pris, au gré du renouvellement des formes de l’économie mondialisée, une nouvelle configuration qui oblige à nous interroger sur la supposée opposition entre un racisme biologique et un racisme dit culturel, qui aurait entériné l’inexistence des races biologiques, mais selon lequel il y aurait des différences culturelles irréductibles entre les peuples.

Table des matières

Introduction

1. Une nouvelle géographie des savoirs
Cartographier : géographie majeure, résistances mineures
Géographie et médecine des nations : « l’effet Montesquieu »
« Provincialiser l’Europe » ou comment penser autrement la modernité

2. Perspectives postcoloniales sur le droit
Généalogie postcoloniale du droit
La blanchité comme propriété

3. Philosophie et métaphysiques de la race
« Nègre pour-la-mort » et lutte pour la reconnaissance
Race et philosophie

4. Le postcolonial et l’inquiétude de la psychanalyse
L’archéologie psychanalytique
Soi-même pour un autre

5. Ce que le postcolonial fait à la langue et à la littérature
Nation et narration
Métaphore et littéralité
Créolisme et « cosmopolitisme vernaculaire »

6. Genre et postcolonie
« Pères planteurs » et femmes missionnaires : le racisme culturel en question
Le sauvetage des femmes mineures
Un féminisme décolonial : « Ain’t We Women ? »
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MessageSujet: Les Blancs de France : Production de la blanchité et conséquences sur l'étude des inagalités ethno-raciales   Sam 18 Juil - 23:22


Les Blancs de France : Production de la blanchité et conséquences sur l'étude des inégalités ethno-raciales Claire Cosquer [Projet de thèse]
Directeur de thèse: Philippe Coulangeon

Citation :
D’abord minoritaires au sein des ethnic and racial studies les travaux sur la blanchité (whiteness) aux Etats-Unis ont montré qu’il était impossible de penser les frontières ethno-raciales et leurs conséquences en termes d’inégalités sociales, sans étudier les modes de construction du groupe blanc. Ces travaux montre que la blanchité n’est pas donnée, n’est ni un invariant historique, ni premièrement une catégorie biologique, ni un facteur que l’on peut présupposer bénin dans les mécanismes de domination raciale.

Dès lors, nous défendons que celle-ci peut être appréhendée par hypothèse, et avec l’appui d’une importante littérature empirique (Roediger, 1991 ; Dyer, 1988 ; Frankenberg, 1994), non pas comme la cible, mais comme la condition de pratiques racialement discriminatoires.

Le présent projet de thèse entend tout d’abord rendre visible la blanchité en posant la question de l’existence d’un groupe « blanc » identifiable en France, de ses frontières, de son homogénéité. Dans la continuité des travaux issus des critical whiteness studies, il pose la question de la visibilité de la blanchité en se demandant ensuite comment les mondes politique, médiatique et scientifique parlent des Blancs. Edward Saïd a montré l’opportunité d’une étude conjointe des textes littéraires et des productions scientifiques dans son travail sur l’orientalisme.

Reprenant cette démarche, le présent projet entend jauger ce que fait en retour le point de vue de la blanchité à la théorisation des relations ethno-raciales, en examinant l’économie de la catégorisation et de la nomination ethno-raciales, jusque dans les textes scientifiques eux-mêmes. Si la production de la blanchité comme invisibilité peut être comprise comme troisième niveau de contradiction gnoséologique, alors elle recèle un enjeu épistémologique fort, et rend indispensable l’étude des textes scientifiques.

L’analyse croisée de ces différentes représentations vise à déterminer ce qu’elles révèlent de la position du groupe blanc dans la stratification sociale. Il s’agit alors de problématiser la blanchité comme hiérarchie conditionnelle dans son intrication à d’autres facteurs de stratification (principalement classe, genre, sexualité).
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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Ven 24 Juil - 1:51



La fragilité blanche : pourquoi est-ce si dur de parler aux Blancs de racisme ? Robin DiAngelo État d'exception 18 juin 2015


Robin DiAngelo a écrit:
Je suis Blanche. J’ai passé des années à étudier ce que cela signifie d’être BlancHE dans une société qui proclame l’insignifiance de la race, alors que celle-ci structure profondément la société. Voilà ce que j’ai appris : toute personne blanche vivant aux Etats-Unis va développer des opinions sur la race simplement en baignant dans notre culture. Mais les sources traditionnelles – écoles, manuels scolaires, médias – ne nous fournissent pas les multiples points de vue dont nous avons besoin. Oui, nous allons développer des opinions chargées d’émotion fortes, mais ce ne seront pas des opinions bien informées. Notre socialisation nous rend racialement analphabètes. Lorsque vous y ajoutez un manque d’humilité vis-à-vis de cet analphabétisme (parce que nous ne savons pas ce que nous ne savons pas), vous obtenez la fuite que nous voyons si souvent lorsqu’on essaie d’engager les BlancHEs dans des conversations significatives sur la race.

Les définitions courantes du dictionnaire réduisent le racisme à des préjugés raciaux individuels et aux actions intentionnelles qui en résultent. Les personnes qui commettent ces actes intentionnels sont réputées mauvaises, et celles qui ne les commettent pas sont bonnes. Si nous sommes contre le racisme tout en ignorant commettre des actes racistes, nous ne pouvons pas être racistes ; le racisme et le fait d’être une bonne personne, s’excluent mutuellement. Mais cette définition contribue peu à expliquer comment les hiérarchies raciales sont systématiquement reproduites.

Les sciences sociales comprennent le racisme comme un système multidimensionnel et hautement adaptatif – un système qui assure une répartition inégale des ressources entre les groupes raciaux. Parce que les BlancHEs ont bâti et dominent toutes les institutions importantes (souvent au détriment et sur le travail non rémunéré des autres groupes), leurs intérêts sont intégrés dans la fondation de la société états-unienne. Que des personnes blanches puissent être contre le racisme, elles n’en bénéficient pas moins de la répartition des ressources contrôlées par leur groupe.

Oui, une personne de couleur [person of color ] peut s’asseoir à la table du pouvoir, mais l’écrasante majorité des décideurs seront BlancHEs. Oui, les personnes blanches peuvent rencontrer des problèmes et faire face à des obstacles, mais le racisme systématique ne sera pas l’un d’eux. Cette distinction – entre les préjugés individuels et un système de pouvoir institutionnalisé racialement inégal – est fondamentale. On ne peut comprendre comment fonctionne le racisme aux États-Unis aujourd’hui si l’on ignore les relations de pouvoir entre groupes.

Ce contrôle systémique et institutionnel permet à celles et ceux d’entre nous qui sont BlancHEs en Amérique du Nord de vivre dans un environnement social qui nous protège et nous isole du stress causé par la race. Nous avons organisé la société afin de reproduire et de renforcer nos intérêts et perspectives raciaux. De plus, nous sommes le centre de toutes les questions considérées comme normales, universelles, bénignes, neutres et bonnes. Ainsi, nous nous déplaçons dans un monde entièrement racialisé avec une identité déracialisée (par exemple, les BlancHEs peuvent représenter l’ensemble de l’humanité, les personnes de couleur seulement leurs semblables). Les défis à cette identité deviennent très stressants et même intolérables. Voici des exemples du genre de défis qui déclenchent du stress racial aux BlancHEs :

◦ Suggérer que le point de vue d’une personne blanche provient d’un cadre de référence racialisé (défi à l’objectivité);
◦ Personnes de couleur qui parlent ouvertement de leurs propres perspectives raciales (défi aux tabous blancs à parler ouvertement de race);
◦ Personnes de couleur qui choisissent de ne pas ménager les sentiments raciaux de personnes blanches à propos de la race (défi aux attentes raciales des BlancHEs et au besoin/droit au confort racial);
◦ Personnes de couleur pas prêtes à raconter leurs histoires ou à répondre aux questions sur leurs expériences raciales (défi à la perspective que les personnes de couleur nous serviront);
◦ UnE BlancHE ne consentant pas aux perspectives raciales d’unE autre BlancHE (défi à la solidarité blanche);
◦ Être confrontéE à une réaction sur l’impact raciste de son propre comportement (défi à l’innocence raciale blanche);
◦ Suggérer que l’appartenance au groupe est significative (défi à l’individualisme);
◦ Recevoir une information sur le fait que l’accès est inégal entre les groupes raciaux (défi à la méritocratie);
◦ Être confrontéE à une personne de couleur qui est dans une position de leadership (défi à l’autorité blanche);
◦ Être confrontéE à des informations sur d’autres groupes raciaux, par exemple à travers des films dans lesquels les personnes de couleur mènent l’action mais ne sont pas dans des rôles stéréotypés ou dans l’éducation à la diversité (défi à la centralité blanche).

Dans les rares cas où nos sommes confrontéEs à ces défis, nous nous retirons, nous défendons, pleurons, argumentons, minimisons, ignorons, et par tous les moyens repoussons ces défis pour regagner notre position raciale et l’équilibre. J’appelle cette action précise consistant à repousser, la fragilité blanche.

Ce concept est issu de mon expérience en cours menée à travers des discussions sur la race, le racisme, le privilège blanc et la suprématie blanche avec des auditoires principalement blancs. Il est devenu clair au fil du temps que les personnes blanches ont des seuils de tolérance extrêmement faibles pour endurer tout inconfort vis-à-vis de ce qui défie nos visions du monde raciales. Nous pouvons gérer le premier round de défi en mettant fin à la discussion grâce à des platitudes – généralement quelque chose qui commence par « les gens ont juste besoin de », ou « la race n’a pas vraiment d’importance pour moi », ou « tout le monde est raciste ». Grattez plus loin que ce vernis, cependant, et nous nous écroulons littéralement.

SocialiséEs à travers un sens profondément intériorisé de supériorité et de droit, dont nous ne sommes pas conscientEs et que nous ne pouvons pas admettre, nous devenons très fragiles dans les conversations sur la race. Nous éprouvons tout défi à notre vision du monde raciale comme un défi à nos propres identités comme bonnes et morales. Cela conteste aussi notre sens de la place qui nous revient dans la hiérarchie. Ainsi, nous percevons toute tentative de nous connecter au système du racisme comme une injuste et très inquiétante offense morale.

Les motifs suivants font qu’il est difficile pour les personnes blanches de comprendre le racisme comme un système et ces motifs conduisent à la dynamique de la fragilité blanche. Bien qu’ils ne soient pas applicables à toute personne blanche, ils sont bien connus dans l’ensemble :

Ségrégation
: la plupart des BlancHEs vivent, grandissent, jouent, apprennent, aiment, travaillent et meurent principalement dans une ségrégation raciale, à la fois sociale et géographique. Pourtant, notre société ne nous enseigne pas à voir cela comme un manque. Arrêtons-nous un moment et considérons l’ampleur de ce message : nous ne perdons rien en termes de valeur en n’ayant pas de relations inter-raciales. En fait, plus nos écoles et nos quartiers sont blancs, plus ils sont susceptibles d’être considérés comme « bons ». Le message implicite est qu’il n’y a pas de valeur inhérente à la présence ou aux perspectives des personnes de couleur. Ceci est un exemple des messages incessants de la supériorité blanche qui circulent tout autour de nous, façonnant nos identités et nos visions du monde.

Binarisme bon/mauvais : l’adaptation la plus efficace du racisme dans le temps est l’idée que le racisme consiste en des préjugés conscients tenus par des personnes moyennes. Si nous sommes conscientEs de ne pas avoir de pensées négatives sur les personnes de couleur, de ne pas raconter de blagues racistes, d’être des gens sympas, et même d’avoir des amiEs de couleur, alors nous ne pouvons pas être racistes. Ainsi, une personne est raciste ou ne l’est pas ; si une personne est raciste, cette personne est mauvaise ; si une personne n’est pas raciste, cette personne est bonne. Bien que le racisme se manifeste évidemment à travers des actes particuliers, ces actes font partie d’un système plus vaste auquel nous participons touTEs. L’accent mis sur les incidences individuelles empêche l’analyse qui est nécessaire pour contester ce système plus vaste. La binarité bon/mauvais est le malentendu fondamental qui conduit les BlancHEs à être sur la défensive dès qu’il s’agit de les connecter au racisme. Nous ne comprenons tout simplement pas comment la socialisation et les préjugés implicites fonctionnent.

Individualisme : les BlancHEs ont appris à se voir comme des individus, plutôt que comme partie d’un groupe racial. L’individualisme nous permet de nier que le racisme est structuré dans le tissu de la société. Cela efface notre histoire et cache la manière dont la richesse s’est accumulée au fil des générations et nous profite aujourd’hui, comme groupe. Cela nous permet également de prendre nos distances avec l’histoire et les actions de notre groupe. Ainsi, nous sommes très irritables lorsque nous sommes « accuséEs » de racisme, parce qu’en tant qu’individus, nous sommes « différentEs » des autres personnes blanches et attendons à être vuEs en tant que telLEs ; nous trouvons intolérable toute suggestion que notre comportement ou que nos perspectives soient typiques de notre groupe dans son ensemble.

Droit au confort racial : en position dominante, les BlancHEs sont presque toujours racialement à l’aise et ont donc développé des perspectives infaillibles pour le rester. Nous n’avons pas eu à construire de tolérance à l’inconfort racial et donc lorsque cet inconfort se présente, les BlancHEs répondent généralement comme si quelque chose était « mauvais », et blâment la personne ou l’événement qui a déclenché le malaise (habituellement une personne de couleur). Cette attitude provient d’un déploiement socialement construit de réponses envers la source présumée de l’inconfort, y compris : la pénalisation, les représailles, l’isolement et le refus de poursuivre l’engagement. Vu que le racisme est nécessairement inconfortable en ce qu’il est oppressif, l’insistance blanche sur le confort racial garantit que le racisme ne sera pas contesté, sauf de la plus superficielle des façons.

Arrogance raciale
: la plupart des BlancHEs ont une compréhension très limitée du racisme parce que nous n’avons pas été forméEs à penser de façon complexe à ce sujet et parce que cela bénéficie à la domination blanche de ne pas le faire. Pourtant, nous n’avons aucun scrupule à remettre en question les connaissances de personnes qui ont pensé de façon complexe sur la race. Les BlancHEs se sentent généralement libres de rejeter ces perspectives bien informées plutôt que d’avoir l’humilité de reconnaître qu’ils ne sont pas familiers, doivent réfléchir davantage sur eux-mêmes, ou demander plus d’informations.

Appartenance raciale : les BlancHEs jouissent d’un sens très intériorisé et largement inconscient de l’appartenance raciale dans la société états-unienne. Dans pratiquement chaque situation ou image réputées précieuses dans la société dominante, les BlancHEs sont à leur place. L’interruption de l’appartenance raciale est rare et donc déstabilisante et effrayante pour les BlancHEs et généralement évitée.

Liberté psychique : parce que la race est construite comme inhérente aux personnes de couleur, les BlancHEs ne portent pas le fardeau social de la race. Nous nous déplaçons facilement à travers notre société, sans un sentiment de nous-mêmes comme racialiséEs. C’est aux personnes de couleur de penser à la race – c’est ce qui « leur » arrive – ils peuvent poser le problème sur la place publique si c’est un problème pour eux (même s’ils le font, nous pouvons le rejeter comme un problème personnel, l’éternelle carte raciale, ou la raison de leurs problèmes). Cela donne aux BlancHEs beaucoup plus d’énergie psychologique pour se consacrer à d’autres questions et nous empêche de développer l’endurance nécessaire pour maintenir l’attention sur une question aussi chargée et inconfortable que la race.


Messages constants à propos de notre supériorité : vivant dans un contexte dominant blanc, nous recevons des messages constants que nous sommes meilleurEs et plus importantEs que les personnes de couleur. Par exemple : notre centralité dans les manuels d’histoire, dans les représentations et perspectives historiques ; notre centralité dans les médias et la publicité ; nos enseignantEs, modèles, héros et héroïnes ; le discours quotidien sur les « bons » quartiers et les « bonnes » écoles et qui on y trouve ; les émissions de télévision populaires centrées autour de cercles d’amitié qui sont entièrement blancs ; l’iconographie religieuse qui représente Dieu, Adam et Eve, et d’autres figures clés comme blanches. Si l’on peut rejeter explicitement la notion que l’on est intrinsèquement meilleurE que l’autre, on ne peut pas éviter l’intériorisation du message de la supériorité blanche, car il est omniprésent dans la culture dominante.

Ces privilèges et la fragilité blanche qui en découle, nous empêchent d’écouter ou de comprendre les points de vue des personnes de couleur et de combler les fossés raciaux. L’antidote à la fragilité blanche nécessite constance tout au long de sa vie, et comprend un engagement soutenu, l’humilité et l’éducation. Nous pouvons commencer par :

◦ Être disposéE à tolérer l’inconfort associé à une évaluation et une discussion honnêtes de notre supériorité intériorisée et de notre privilège racial.
◦ Contester notre propre réalité raciale en nous reconnaissant nous-mêmes comme des êtres raciaux dotés d’une perspective particulière et limitée sur la race.
◦ Tenter de comprendre les réalités raciales des personnes de couleur grâce à l’interaction authentique plutôt que par les médias ou les relations inégales.
◦ Prendre des mesures pour aborder notre propre racisme, le racisme des autres BlancHEs, et le racisme intégré dans nos institutions – c’est-à-dire s’instruire et agir.

Faites cela quand la race et le racisme remettent en question nos identités comme étant celles de bonnes personnes blanches. C’est un processus continu et souvent douloureux de chercher à débusquer notre socialisation à ses racines mêmes. Cela nous demande de reconstruire cette identité par des moyens nouveaux et souvent inconfortables. Mais je peux témoigner du fait que c’est aussi le voyage le plus excitant, puissant, stimulant intellectuellement et émotionnellement enrichissant que j’aie pu entreprendre. Cela a touché tous les aspects de ma vie – personnelle et professionnelle.

J’ai une compréhension plus profonde et complexe de la manière dont la société fonctionne. Je peux affronter davantage le racisme dans ma vie quotidienne, et j’ai développé d’épanouissantes et précieuses amitiés inter-raciales, que je n’avais pas auparavant.

Je ne m’attends pas à ce que le racisme disparaisse de mon vivant, et je sais que je continue à avoir des modèles et des perspectives racistes problématiques. Pourtant, je suis également confiante dans le fait que je fais moins de mal aux personnes de couleur qu’avant. Cela n’est pas une progression mineure, quand on pense à son impact sur mon expérience vécue et celle des personnes de couleur qui interagissent avec moi. Si vous êtes BlancHE, je vous exhorte à faire le premier pas : lâchez vos certitudes raciales et tendez vers l’humilité.


Robin DiAngelo est professeure associée à Westfield State University. Son dernier ouvrage (What Does It Mean To Be White? : Developing White Racial Literacy) est paru chez Peter Lang Publishing (2012)



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MessageSujet: An Open Letter to Other White Working People   Lun 27 Juil - 21:28

An Open Letter to Other White Working People November 29, 2007 Land and Freedom via Libcom.com


A polemic against and history of white racism in the US written in the run up to the 2008 presidential election.

John Brown Gun Club a écrit:
To other white skinned working Americans:

As the election season of 2008 approaches, politics and the ramifications of those elections are topics that are on everyone's minds. I know that other white-skinned working class people feel the same way I do: 2008 could make it or break it for us. However, most people reading this may initially disagree with what I mean by that statement. Hopefully by the end of this letter, I can change some minds.

I start with the assumption that white skinned working class people are tired of living in poverty, tired of living paycheck to paycheck, tired of seeing the products of their hard efforts evaporate before their very eyes. The times are tough for many of us, where we don't know how we're going to survive. Politician after politician makes empty promises, and seemingly there's no relief for us, as white skinned working Americans. So we start to look around at who to blame, and it's easy enough... we blame black people, brown people... "illegals". It's simple enough. We're competing with these people for jobs and resources, in some cases it seems like a logical enough conclusion to come to.

Historically, we've always been at odds with immigrants and non-white peoples. We have seen our allegiance become an allegiance to whiteness, to being white. We can relate to other white people, no matter how poor or rich. They're white like us, and that's something we can identify with, come to terms with. So of course, our natural enemies become non-white peoples.

The only problem with this idea is that we've had it wrong for centuries. We've been kept blind to the true nature of what is afoot here, as to what's really going on. Look around us. Who fills the trailer parks with us? Who works in the factories or fast food restaurants with us? Who is beside us working in the fields, picking produce that we'll never really be able to afford? Is it rich people, especially rich white people? Hell no, it isn't. It's brown people, black people, yellow people. It's people who have different shades of skin than us. They are the people that are in similar situations to us, living paycheck to paycheck, suffering like we do. So why then would we view them as our enemy?

Allegiances, traditionally, are made amongst people who have common interests. In an historical sense, white skinned working people have overwhelmingly believed that our interests are based on skin color. We have to work for the betterment of the race, for our culture, for our identity. The truth, however, could never be further away. Whose interests do these beliefs really serve? White workers? In some sense, the answer may be "yes". Working for the advancement of the white race at the cost of other races does buy us relative privileges and even some luxuries. In the end, however, we're still poor, we're still being used to make other people money. And those people aren't non-white working people.

The true interests of white skinned workers lie with other workers, no matter what their race. This idea is simple enough, but will take much time to understand and really internalize. Other workers, of all races, are exploited. We are exploited. We work to barely meet our needs, while bosses and the people in charge profit from that labor. We are born and we die in squalor or relative poverty while the rich and the politicians live in the lap of luxury. Who are these rich people? Who are these politicians? The truth is that 95% of them are white. They are 95% male. They are 95% English speaking. They are 95% Christian (or at least pretend to be so). Tonight when we go to bed tonight in our overcrowded apartments, our small houses, or our tiny trailers, they are the ones who will go to bed in luxury, in comfort, with no worries at all.

The blunt reality is that for the last five hundred years on this continent, white working class people have been used by mostly white rich people to colonize for, kill for, work for, and then better the living standards of those same white rich people, all the while sacrificing our own needs, wants, aspirations, and even lives. It really is as simple as that. No one denies the history of what has happened at working people's expenses. Wars, poverty, homelessness, wage slavery... these are all ills created by someone, and perpetuated by us... the same workers who suffer these ills.

For some five centuries we've been used by the rich among our own race to promote their agenda and suffered because of it. Yet, somehow, we've still been convinced that our allegiance is to our race, to these same rich whites that would just as soon see us die as they would be to help us as racial allies. Let's get real, how often do these white rich racialists actually just give handouts to us poor white skinned folk? When does this actually happen? Do you really think they care at all about our well being? Where's the allegiance from them, the people that put us in the worst situations we face and also spew out the racialist, pro-white speeches at rallies and gun shows?

The heart of the matter is that for these five centuries, we've been too busy fighting the people who should naturally be our allies against these injustices. The rich whites have used our skin color against us, have used our human nature of fearing living beings different than us against us... they've used us against us. They've blinded us with these racialist ideas of "white supremacy" and "white pride" and "white nationalism" into fighting other working people of other races, while they sit on the sideline and laugh.

When you walk into your workplace tomorrow, where are the majority of the blacks? Or brown skinned people? Or women? Are they in positions of power over us? Sure, some might be. But where are the majority of those that are at our workplace? That's right: side by side with us, experiencing the same drudgery and wage slavery as us. So, logic might tell us that they should also be side by side with us in our fight for liberty and an end to oppression. Wouldn't that make more sense than working side by side with the same people that rob our paychecks and swindle us out of the products of our labor?

For far too long, the ignorant stooges of the rich within our race have thrown up a red flag to these ideas... have spewed words like "pinko" and "communist" and "terrorist" at white folks that may have finally started to awaken to the truth of what's really happening here. I'm not a communist. I hate Stalin. I hate Lenin. I hate Mao. I also hate Bush. I also hate Clinton. I also hate Carter. I also hate Paul. These people, all of them, are the ruling elites that I despise... who live in relative luxury while the rest of us work away our very existence to barely eat.

White skinned working people, the time is now to form the real alliances that will actually better our lives. It's time to see who our real allies must be.

For starters, we have to reject the ridiculous notion that mostly brown skinned immigrants from Mexico or other countries are our enemy, that they are somehow stealing our jobs, that they somehow really threaten us. Let's get real. Who's really stealing our jobs? Well, let's see, even a generous estimate of the number of illegal immigrants working in the U.S. is 6 million (notice I said working, not living). This stands in stark contrast to the conservative estimate that nearly 50 million jobs will have been lost to outsourcing by 2015 since NAFTA came into affect in 1994. Well, let's ask ourselves, who's really stealing our jobs? Poor Mexicans? Or Rich White CEOs?

We're fed ridiculous ideas of the "invading" brown hordes, and the rich whites that make up the upper echelons of organizations like the Minutemen and other similar groups salivate over our reactions. If we're busy fighting the Mexicans at the border, and busy trying to round up all the "illegals" then we're too busy to fight that real enemy, that one that keeps eluding us, those rich whites I keep talking about. Most of us that keep falling for these lines initially might mean well. Heck, we only want to defend our families and our communities... but in reality, we're weakening them even more, by fighting our real potential allies and diverting our attention from the real enemy, the "enemy within" (our own race).

And why are all these brown skinned immigrants coming here in the first place? Why is there this sudden rush in the last thirteen years to get into this country? 80% of all illegal immigrants have entered since 1994. Why is that? What happened in 1994 that affected working people in Mexico just as it affected us? The passage of NAFTA, a free trade program that benefits nobody but the rich people on both sides of the border! If the rich people on both sides of the border are united, despite what race they are, why are we still allowed to be divided and conquered?

The evolution of the creation of the identity of whiteness on this continent tells us everything we need to know about the situation we now find ourselves in. I think that David Gilbert explains this the best, in his essay "Looking at the Working Class Historically":

David Gilbert a écrit:
Up until the 1680’s little distinction was made in the status of Blacks and English and other Europeans held in involuntary servitude. Contrary to common belief, the status of Blacks in the first seventy years of the Virginia colony was not that of racial, lifelong, hereditary slavery, and the majority of the whites who came were not "free”. Black and white servants intermarried, escaped together, and rebelled together.

There were a series of servile rebellions that threatened the plantation system in the period preceding the transition to racially designated chattel slavery and white supremacy. In 1661 Black and Irish servants joined in an insurrectionary plot in Bermuda. In 1663, in Virginia, there was an insurrection for the common freedom of Blacks, whites and Indian servants. In the next 20 years, there were no fewer than ten popular and servile revolts and plots in Virginia. Also many Black and white servants successfully escaped (to Indian territories) and established free societies.

The 20 year period of servile rebellions made the issue of social control urgent for the plantation owners, at the same time as they economically needed to move to a system of perpetual slavery. The purpose of creating a basic White/Black division was in order to have one section of labor police and control the other. As Allen says, “The non-slavery of white labor was the indispensable condition for the slavery of black labor”.

A series of laws were passed and practices imposed that forged a qualitative distinction between white and Black labor. In 1661 a Virginia law imposed twice the penalty time for escaped English bond-servants who ran away in the company of an African life-time bond-servant. Heavy penalties were imposed on white women servants who bore children fathered by Africans. One of the very first white slave privileges was the exemption of white servant women from work in the fields and the requirements through taxes to force Black children to go to work at twelve, while white servant children were excused until they were fourteen. In 1680, Negroes were forbidden to carry arms, defensive or offensive. At the same time, it was made legal to kill a Negro fugitive bond-servant who resisted recapture.

What followed 1680 was a 25 year period of laws that systematically drew the color line as the limit on various economic, social, and political rights. By 1705, “the distinction between white servants and Black slavery were fixed: Black slaves were to be held in life long hereditary slavery and whites for five years, with many rights and protections afforded to them by law.”

We can infer from these series of laws that white laborers were not “innately racist” before the material and social distinctions were drawn. This is evidenced by the rulers’ need to impose very harsh penalties against white servants who escaped with Blacks or who bore them children. As historian Philip Bruce observed of this period, many white servants “...had only recently arrived from England, and were therefore comparatively free from... race prejudice.”

The white bond-servants now could achieve freedom after 5 years service: the white women and children, at least, were freed from the most arduous labor. The white bond servant, once freed, had the prospect of the right to vote and to own land (at the Indians’ expense).

These privileges did not come from the kindness of the planters’ hearts nor from some form of racial solidarity. (Scottish coal miners were held in slavery in the same period of time.) Quite simply, the poor whites were needed and used as a force to suppress the main labor force: the African chattel slaves. The poor white men constituted the rank and file of the militias and later (beginning in 1727) the slave patrols. They were given added benefits, such as tax exemptions to do so. By 1705, after Blacks had been stripped of the legal right to self-defense, the white bond servant was given a musket upon completion of servitude. There was such a clear and conscious strategy that by 1698 there were even “deficiency laws” that required the plantation owners to maintain a certain ratio of white to African servants. The English Parliament, in 1717, passed a law making transportation to bond-servitude in the plantation colonies a legal punishment for crime. Another example of this conscious design is revealed in the Council of Trade and Plantation report to the King in 1721 saying that in South Carolina “Black slaves have lately attempted and were very nearly succeeding in a new revolution – and therefore, it may be necessary to propose some new law for encouraging the entertainment of more white servants in the future
.

We can see the evolution of the creation of whiteness, or a racial identity for white skinned peoples in the Americas, that stood in contrast to the identity of non-white skinned peoples. This created the us against them mentality. Once our allegiances stopped being to other impoverished and servile peoples and were instead changed to allegiances to white people of all classes, we lost track of who the real enemy was. We're still there. The rich people among our own race have us so confused that we'd rather be on the border hunting for brown skinned working people (be honest here, if this was about securing our borders, why aren't we talking about illegal immigrants coming from Canada, or even talking about any white skinned illegal immigrants?) than actually fighting those people that create the social conditions that we all collectively suffer in.

Our blind hatred of non-white people will continue to be the nails in our coffins. Other nails in our coffins will be the continued ridiculous attitudes we show toward women, people with different sexual and gender identities, people with disabilities, and people of different religions.

The rich have been very keen on dividing us up as much as they can, by distorting and magnifying existing divisions and differences among those of us that suffer at their hands. We would rather vote somebody in office that stands against abortion and gay marriage that will still steal our money and exploit us economically than someone we perceive to be on the opposite sides of these issues.

We consistently get used and thrown to the side, just to expand the power of those already above us. We'd rather fight against abortion while we and our five kids go hungry at night than actually organize for better pay, or fight back against those that use us.

It's a sick reality, and yes, the stakes are high in 2008. They're high every year. And deep down, we all know that no matter who of these rich assholes wins this election, we're still going to be screwed, and we're still going to be ranting about the "illegals" stealing our jobs, or the blacks being too criminal, or these crazy hippie liberal lesbians being allowed to marry, while ignoring the rich, white, Christians among us that rake in the profits and power. Wake up! We've fallen for this crap for far too long! No Mitt Romney or Pat Buchanan or Ron Paul or John Edwards is going to save us! Only we can do it... together, as people of all races and backgrounds that are sick of living like this!

This is an open call to all pissed off white skinned working people. This is an open call to ignore the baiting of the Minutemen, to ignore the racialist allegiances that the rich whites try to get us to buy into, to ignore the illogical and ridiculous calls among the ignorant among us! This is a call to reject the idea of whiteness, that is, to reject the idea that our allegiance is somehow determined by what skin pigment we have, no matter whether our real life situations are so different. This is an open call to no longer ignore the fact that our real allies are not determined by skin pigment, but by our social conditions. Our real enemies are mostly white English speaking Christians. Our allies are people of all colors who are forced to work for a living.

Until we get these simple ideas into our head, then we're doomed. Doomed to repeat everything that's happened for the last centuries. We'll still be here trying to climb out of the squalor we find ourselves in, and our children will inherit that destiny as well, and their children after them, and so on... until finally, a generation of white skinned working people realizes that we've been tricked. That we've been used. And by people of our own race. That damned "enemy within".

To meet other white skinned working people (and working people of other skin pigmentation too) who really want liberty and a life worth living, you can reach us at: johnbrowngunclub@gmail.com


Hurry. There's no time to lose. We've been losing for too long.


Signed, respectfully and hopefully,


D.J.

John Brown Gun Club



Posted by  .     at  8:57 AM      


Labels: Anti-Minutemen, Class War, Whiteness
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MessageSujet: Défier le racisme et le problème des "alliés Blancs" : une conversation avec David Leonard   Sam 1 Aoû - 10:21

par Suey Park, journaliste indépendante et militante

Suey Park a écrit:
  J’ai rencontré David Leonard, professeur associé à l’université de l’état de Washington dans le département de culture critique, études sur le genre et la race, à travers Twitter peu après ma critique initiale de Tim Wise. J’étais ravie de découvrir qu’il existait un autre homme blanc qui ne s’affichait pas comme anti-raciste mais travaillait auprès de gens de couleur tout en apprenant d’eux et s’inspirant de leurs actions.

Professeur Leonard acceptât gentiment de collaborer avec moi sur cet article lorsque je commençais en tant que Freelance et fut généreux dans son enseignement. J’étais surtout touchée par le geste de Leonard de faire connaître l’affaire Marissa Alexander qui fut ignorée tant par les féministes blanches que par les soi-disant « anti-racistes ».

  SP : Comme vous le savez, le concept de Blanc anti-raciste ou allié blanc a été remis en cause. Pourquoi, à votre avis ? Ces mots sont-ils des oxymores ? Quel terme serait plus approprié ?

  DL : Je n’aime aucun de ces mots pour différentes raisons. (je suis redevable à @prisonculture et Mia McKenzie pour leur façon intéressante et stimulante d’aborder la question des alliés, @FeministGriote a aussi fourni une explication importante).

Avant toute chose, ils présupposent que les luttes contre l’injustice sont la responsabilité de quelqu’un d’autre – de ceux qui sont soumis à la violence du racisme, du sexisme et de l’homophobie—et que les « alliés » aident ou joignent leurs forces avec ceux qui sont au front. L’idée d’alliés blancs réinscrit l’idée que les Blancs ont le choix entre lutter contre le racisme et lutter contre la suprématie blanche. Bien que cela soit vrai, cela transforme toute agitation en un choix digne d’être célébré. En même temps, cela détourne les luttes contre la violence et l'injustice raciales vers un débat autour de « ce que sont les gens » au lieu de ce que font les gens pour s’opposer à la suprématie blanche.

Deuxièmement, le simple fait qu’il n’y ait pas de discussion sur les anti-racistes black, latino, indigènes ou asiatiques, du moins avec ce même écho public, reflète cette idée : les luttes anti-racistes sont considérées comme naturelles au sein des communautés de couleur. Cela matérialise cette logique et efface les risques et les sacrifices nécessaires pour combattre le racisme.

L’idée d’alliés renforce cette dialectique selon laquelle les Blancs font quelque chose de différent, de spécial et nécessaire, élargissant le champ privilégié de l’action blanche.

Troisièmement, j’ai également un problème avec la catégorisation des Blancs avec ces termes exceptionnels. Blanc, cependant anti-raciste –ce sont là les idées émanant de la labellisation. Comme si participer à la lutte ou la prise de conscience chassait la blancheur, le privilège et la position [sociale] dans la hiérarchie suprémaciste blanche. Aucun cumul de travail n’élimine ma blancheur, ma masculinité, mon statut social ou mon hétérosexualité ; aucun cumul d’activisme n’efface le pouvoir et le privilège généré à cause de la suprématie blanche.

Quatrièmement, l’ensemble du concept d’allié blanc ou de Blanc anti-raciste œuvre contre deux valeurs fondamentales pour moi : la responsabilité (je vous renvoie au travail de Jlove Calderon) et le travail. Les labels renvoient à des identités fixes, contrairement au travail. Les labels parlent de différenciation par rapport aux autres et tendent à exonérer les gens de leurs responsabilités – «  Je suis un allié, ne me remettez pas en cause ». La notion d’allié supplante celle de responsabilité. En nous engageant dans la politique, la justice et des œuvres qui défient la suprématie blanche, nous, les Blancs, devons être prêts à rendre des comptes aux mouvements de lutte pour la justice, aux communautés de couleur, aux organisations qui prennent les risques. Et nous devons veiller à faire notre travail. A chaque fois que j’entends quelqu’un revendiquer son statut d’allié à la suite d’une action ou d’une publication, je me demande comment on pourrait lui retirer ce titre. Nous nous attachons à prouver notre exceptionnalité au lieu d’assumer nos responsabilités.

En nous concentrant sur l’apparence et l’être plutôt que sur l’écoute et l’action, nous ne faisons pas avancer le combat. Il ne s’agit donc pas de choisir le mot juste mais de se mettre au service de la justice raciale.

Enfin, l’attention portée aux alliés individuels est propice à l’identification et l’imagination de la blancheur en tant que corps individualisé. Le concept d’alliés blancs renforce l'idée d'une communauté blanche diverse, en opposition aux personnes de couleur toutes identiques, et elle présuppose également que les blancs peuvent s’engager dans ce travail en tant qu’individus,  combattants solitaires de la liberté et non en tant que membres de communautés.

  J’entends souvent que « les personnes de couleur ne devraient pas éduquer les blancs » et en même temps que « les blancs devraient s’inspirer des personnes de couleur ». Est-ce une contradiction ?

  Je ne le pense pas. Le rejet de l'attente d'éducation des Blancs par les personnes de couleur  émane du refus de la centralisation du désir et du besoin du Blanc. La présomption ici est que les Blancs ont besoin/veulent être éduqués à propos du racisme, de l’inégalité ou des différences et que ce désir devrait donc pousser les personnes de couleur à agir. C’est centré sur le désir blanc ; il s’agit de l’agentivité 1(ou agency) du Blanc et son expectative de voir l’Autre l’aider à mûrir, apprendre et s’améliorer.

Pour moi, c’est très différent de demander à ce que les blancs ne dominent plus, ne cooptent plus et ne contrôlent plus les mouvements, les organisations ou les communautés. Chacune de ces demandes revient à dire aux Blancs de mettre de côté leurs propres désirs, besoins et privilèges. Demander aux Blancs investis dans la justice sociale ou le travail anti-raciste de « s’inspirer des personnes de couleur » renvoie à la responsabilité et à la décentralisation des désirs et besoins blancs. Il n’est plus question de ce que veulent les Blancs mais de l’agentivité (agency*), de l’action et des politiques des organisations. Il s’agit d’être redevable plutôt que de demander la reconnaissance, la propriété et le pouvoir.

* Agency en anglais, se réfère à la capacité d’intervention d’un individu ou d’un groupe, en même temps qu’à la conscience que l’individu possède de cette capacité. Agence, agir, puissance, capacité d’agir, agencéité : sa traduction en français est sujet de débats. Les canadiens utilisent volontiers « agentivité ».


 Certains Blancs, Tim Wise inclus, affirment que le racisme doit être combattu non pas pour « aider » les personnes de couleur mais parce que tout le monde est affecté par ce dernier, y compris les Blancs. Pensez-vous que le racisme affecte les Blancs ?

  Bien que je comprenne l’importance de ce travail – et en tant qu’éducateur moi-même, je réalise l’importance d’enseigner le sujet du racisme, la suprématie blanche, le privilège blanc et l’injustice dans un campus à majorité blanc—je pense que notre objectif ne peut se concentrer sur le désir ou le bonheur blanc. Savoir si cela affecte les Blancs ou pas n’est pas la bonne démarche. La centralité de la blancheur, de l’humanité blanche, son désir et son histoire sont au cœur de la suprématie blanche et donc nos conversations et actions ne doivent, ne peuvent, se concentrer sur « comment le racisme affecte » l’Amérique blanche.

Lorsque nous parlons de suprématie blanche, nous devons nous concentrer sur la violence structurelle dirigée contre les communautés de couleur – nous parlons ici de vie et de mort, de l’accès à la santé, de l’insécurité alimentaire, de l’exploitation du travail, des systèmes d’incarcération massive. La ségrégation, la violence de l’état, la guerre, la pauvreté, le racisme—la suprématie blanche opère à travers et au sein de l’injustice globale. Les Blancs ne souffrent dans aucun de ces contextes. Dans le cadre de la justice pénale, la santé, la sécurité économique, la richesse, l’éducation, les Blancs ne sont pas affectés par le racisme. En admettant l’intersectionnalité et les différents niveaux de privilèges, le racisme renforce, privilégie et protège l’Amérique. Affirmer le contraire est inexact et dérangeant.

Je pense pourtant qu’il est important de parler de racisme, de montrer comment les idéologies de la suprématie blanche mènent invariablement à l’injustice et la violence au sein de certaines communautés blanches. Par exemple, tout au long de l’histoire, les Blancs on défendu un système légal raciste qui considérait les hommes noirs comme une menace perpétuelle à la sécurité des femmes blanches. L’idée dominante du Noir violeur efface les racines de la violence sexuelle – patriarcat, culture du viol, misogynie. C’est un exemple de comment la suprématie blanche, les stéréotypes, la catégorisation blanche des races, la criminalisation des corps noirs et leur statut de bouc émissaires affecte les femmes blanches et la société tout entière. La suprématie blanche et la culture du viol entretiennent une relation dialectique. Pourtant, nous devrions nous concentrer sur la mise en cause de la violence du racisme, les conséquences permanentes et quotidiennes de la suprématie blanche.

  Pensez-vous qu’être un homme blanc procure davantage d’agentivité pour réaliser un travail anti-raciste auprès des gens qui ne sont peut-être pas encore prêts à entendre ce discours de la part de personnes de couleur ?

  Je trouve cette discussion fascinante parce que la suprématie blanche codifie le pouvoir et le privilège dans chaque aspect de la société. Pourquoi le travail anti-raciste serait-il différent ? Lorsque j’entre dans une salle de classe, je suis souvent perçu comme objectif, incarnant l’image de l’ « expert » et du « professeur ».  Lorsque je marche dans le campus, que je porte une veste à capuche ou un pull en cachemire, personne ne se sent menacé. On pense que je suis à ma place. La suprématie blanche codifie l’agentivité, le choix et la liberté. Il serait donc ridicule de nier son existence dans les espaces que j’occupe en tant qu’enseignant, écrivain, commentateur et militant.

Nous avons tous de l’agentivité. Les contraintes et limitations de ces choix ne sont qu’une pièce du puzzle. Le fait d’être célébrés ou critiqués en l’exerçant en est une autre.

J’ai un rôle : enseigner. J’ai le rôle de défier le racisme, d’éduquer ceux qui croient qu’il y a une justice égale devant la loi, ceux qui pensent que le racisme appartient au passé et qui perpétuent la culture du viol à travers des blagues et la culture des médias, qui croient que les sports sont anodins et non un lieu de pédagogie raciale.

  Pensez-vous qu’il est important qu’il y ait des espaces uniquement pour les personnes de couleur même si cela signifie que vous n’êtes pas autorisés à entrer ?


  Ce que j’en pense ne devrait pas être le problème. Par contre, quand je m’entends dire directement ou indirectement qu’un espace est dédié à organiser ou bâtir la communauté, ou à des discussions qui, de part ma situation sociale, ne « m’autorisent pas à participer » (ou que ma présence changerait la dynamique) je devrais respecter cela. Je devrais écouter et être responsable face à ces désirs. Donc oui, je pense qu’il y a des espaces où, malgré ma connaissance et ma passion, je ne devrais pas entrer.

  Avez-vous des conseils pour les Blancs qui essayent de s’engager dans le travail anti-raciste ?

  Comme dit précédemment, il est crucial de se concentrer sur l’action et le travail plutôt que s’auto-désigner « bons » Blancs. Cela nécessite des Blancs qu’ils se pensent comme Blancs et non comme alliés ou anti-racistes blancs. Il est important de penser à sa blancheur et ce qu’elle signifie dans la société contemporaine.

Il est essentiel de repousser l’envie de parler du « soi », de dépasser le « je suis un individu anti-raciste », de se voir comme faisant partie d’une communauté anti-raciste. Il est crucial d’aller au-delà du discours et d’écouter. Il est crucial d’aller au-delà du désir d’être vu, célébré et gratifié. De considérer plutôt les moyens de faciliter la justice et l’égalité sans être vu.

Les Blancs anti-racistes tombent de plusieurs façons dans le piège de voir le changement à travers le travail militant plutôt qu’en tant qu’organisateurs, enseignants et membres de communautés placées dans « l’agitation perpétuelle ». Pour ma part, je préfère me focaliser sur des consignes élaborées par @prisonculture, « contente-toi de faire le boulot. N’en parle pas, n’y « réfléchis » pas, ne pontifie pas. Agis. C’est tout. » Et quand tu bosses, assume tes responsabilités.  


Traduit de l'anglais par Souleyma Haddaoui.



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MessageSujet: Les femmes blanches et le privilège de la solidarité   Sam 1 Aoû - 10:58

Les femmes blanches et le privilège de la solidarité Intervention d’Houria Bouteldja au IVème congrès international du féminisme islamique 22 octobre 2010


Houria Bouteldja a écrit:
Je tiens avant tout à remercier la Junta Islamica Catalana d’avoir organisé ce colloque qui est une véritable bouffée d’oxygène dans une Europe qui se recroqueville sur elle-même, qui est agitée par des débats xénophobes et qui de plus en plus rejette l’altérité.

J’espère qu’une telle initiative pourra avoir lieu en France. Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens à me présenter car je pense qu’une parole doit toujours être située.

Je vis en France, je suis une fille d’immigrés algériens. Mon père était ouvrier et ma mère au foyer. Je n’interviens pas en tant que sociologue, chercheuse ou théologienne. En d’autres termes, je ne suis pas une experte. Je suis une militante et je m’exprime à partir d’une expérience militante, politique et j’ajouterais d’une expérience sensible. Je fais toutes ces précisions car je souhaite que ma démarche soit la plus honnête possible. Et en toute sincérité, je n’ai pas vraiment réfléchi à ce jour à partir du cadre problématique posé par le féminisme islamique. Alors pourquoi participer à ce colloque ? Lorsqu’on m’a invitée, j’ai clairement dit que je n’avais aucune compétence pour parler de féminisme islamique mais que je pouvais intervenir sur la notion de féminisme décolonial, une réflexion qui doit à mon sens être intégrée à celle, générale, sur le féminisme islamique. C’est pourquoi, je vous propose de poser un certain nombre de questions qui pourraient être utiles à notre réflexion collective.

- Le féminisme est-il universel ?
- Quel est le rapport entre les féminismes blancs/occidentaux et les féminismes du tiers-monde et entre autres islamiques ?
- Le féminisme est-il compatible avec l’islam ?
- Si, oui comment le légitimer et enfin quelles peuvent être ses priorités ?

Première question : le féminisme est-il universel ?

Pour moi, c’est la question des questions lorsqu’on a une démarche décoloniale et que l’on veut décoloniser le féminisme. Cette interrogation est essentielle, non pas pour sa réponse mais pour nous obliger, nous qui vivons en Occident, à prendre les précautions nécessaires lorsqu’on est confronté à des sociétés Autres. Prenons l’exemple des sociétés dites occidentales qui ont assisté à l’émergence des mouvements féministes et qui sont influencés par eux. Les femmes qui ont lutté contre le patriarcat et pour une égale dignité entre hommes et femmes ont obtenu des droits et fait progresser la condition des femmes, dont je suis, moi, une bénéficiaire. Comparons la situation de ces femmes, c’est à dire, nous, avec celles de sociétés dites « primitives » en Amazonie par exemple. Il existe encore ça et là des sociétés épargnées par l’influence occidentale. Je précise entre parenthèse que je ne considère aucune société comme primitive. Je pense qu’il y a divers espaces/temps sur notre planète, différentes temporalités, qu’aucune civilisation n’est en avance sur d’autres ou en retard, que je ne me situe pas sur l’échelle du progrès et que je ne considère pas non plus le progrès comme une fin en soi ou comme un horizon politique. Ou pour le dire autrement, je ne considère pas forcément le progrès comme du progrès mais parfois ou souvent comme une régression. Et je pense que la question décoloniale s’applique également à notre perception du temps. Je ferme la parenthèse. Pour revenir au sujet, si l’on prend le critère du simple « bien être », qui dans cette salle peut affirmer que les femmes de ces sociétés (qui ne connaissent pas le concept de féminisme tel que conçu par nous) sont plus malheureuses que les femmes européennes qui elles non seulement ont participé aux luttes mais en ont fait bénéficier leurs sociétés par leur inestimables acquis ? Je suis pour ma part, bien incapable de répondre à cette question et bienheureux sera celle ou celui qui le pourra. Mais encore une fois, la réponse n’est pas importante. C’est la question qui l’est ! Car elle nous oblige a plus d’humilité et bride nos tendances impérialistes et nos reflexes d’ingérence. Elle nous force à ne pas considérer nos normes comme universelles et à ne pas plaquer notre réalité sur celle des autres. Bref, elle nous oblige à nous situer dans notre particularité.

Cette question étant posée clairement, je me sens plus libre pour aborder la seconde question relative aux rapports entre les féminismes occidentaux et les féminismes du tiers monde. Ils sont forcément complexes mais une de leur dimension c’est la domination nord/sud. Une approche décoloniale doit remettre en question ce rapport et tenter de le renverser. Un exemple :

En 2007, des femmes appartenant au Mouvement des Indigènes de le République ont participé à la marche annuelle du 8 mars consacrée à la lutte des femmes. A cette période, la campagne étasunienne contre l’Iran avant commencé. Nous avons décidé de défiler derrière une banderole dont le mot d’ordre était « pas de féminisme sans anti-impérialisme ». Nous portions toutes des keffiehs palestiniens et diffusions un tract en solidarité avec trois femmes irakiennes, résistantes, faites prisonnières par les Américains. A l’arrivée, les organisatrices du cortège officiel ont commencé à scander des slogans de solidarité avec les femmes iraniennes. Ces mots d’ordre en pleine offensive idéologique contre l’Iran nous ont extrêmement choquées. Pourquoi les Iraniennes, les Algériennes et pas les Palestiniennes ou les Irakiennes ? Pourquoi ces choix sélectifs ? Pour contrecarrer ces slogans, nous avons de notre côté décidé d’exprimer notre solidarité non pas envers les femmes du tiers monde mais envers les femmes d’occident. C’est ainsi que nous avons crié :

- Solidarité avec les Suédoises !
- Solidarité avec les Italiennes !
- Solidarité avec les Allemandes !
- Solidarité avec les Anglaises !
- Solidarité avec les Françaises !
- Solidarité avec les Américaines !

Ce qui signifiait : pourquoi vous seules, femmes blanches, avez le privilège de la solidarité ? Vous aussi vous êtes battues, violées, vous aussi vous subissez les violences masculines, vous aussi vous êtes sous payées, méprisées, vous aussi votre corps est instrumentalisé…

Je peux vous dire qu’elles nous ont regardées comme si on était des extra terrestres. Ce qu’on disait leur paraissait surréaliste, inconcevable. C’était la 4ème dimension. Ce n’est pas tant leur rappeler leur condition de femmes en occident qui les choquait. C’était le fait que des Africaines et des Arabo-musulmanes s’autorisaient à renverser symboliquement un rapport de domination et s’érigeaient en marraines. En d’autres termes, avec cette pirouette rhétorique, on leur démontrait qu’elles avaient de fait un statut supérieur au nôtre. Devant leur air incrédule, on a bien rigolé.

Un autre exemple : Une amie me racontait à son retour d’un voyage de solidarité en Palestine comment des femmes françaises abordaient des femmes palestiniennes en leur demandant si elles utilisaient des moyens de contraception pour contrôler leurs grossesses. D’après mon amie, les palestiniennes ne comprenaient même pas qu’on puisse leur poser ce genre de questions tellement selon elles l’enjeu démographique en Palestine est important. Leur perspective est tout à fait autre. Pour beaucoup de femmes palestiniennes, faire des enfants est un acte de résistance face au nettoyage ethnique israélien.

Voilà, c’était deux exemples pour illustrer ce qu’est notre condition de femmes racialisées, comprendre les enjeux et envisager un cheminement pour combattre le féminisme colonial et européocentrique.

Dans la foulée de cette question, l’islam est-il compatible avec le féminisme ? Cette question est de la pure provocation de ma part. Je ne la supporte pas. Si je la pose c’est que je me mets dans la peau d’un journaliste français qui croit poser une question super pertinente. Pour ma part, je refuse d’y répondre par principe. D’une part parce qu’elle part d’une position arrogante. Le/la représentante d’une civilisation X somme le/la représentante d’une civilisation Y de prouver quelque chose. Y est ainsi mis sur le banc des accusés et doit fournir les preuves de sa « modernité », se justifier pour plaire à X. D’autre part parce que la réponse n’est pas simple quand on sait que le monde islamique n’est pas monolithique. Le débat peut ainsi s’éterniser jusqu’à l’infini et c’est justement ce qui se passe quand on fait l’erreur de tenter d’y répondre. Moi, j’y coupe court en posant la question suivante à X : La République française est-elle compatible avec le féminisme ? Je peux vous assurer une chose : la victoire idéologique est au bout de cette question. En France, 1 femme meurt tous les 3 jours de violences conjugales. On estime à 48 000 le nombre de viols par an. Les femmes sont sous-payées. Les retraites des femmes sont largement inférieures à celles des hommes. Le pouvoir politique, économique, symbolique reste principalement entre les mains des hommes. Certes, depuis les années 60/70, les hommes participent plus aux travaux ménagers : statistiquement, 3 minutes de plus en 30 ans !! Donc, je repose ma question : y-a-t-il compatibilité entre la république française et le féminisme ? On serait tenté de répondre non ! En fait, la réponse n’est ni oui, ni non. Ce sont les femmes françaises qui ont libéré les femmes françaises et c’est grâce à elles que la république est moins machiste qu’elle ne l’était avant. Il en va de même pour les pays arabo-musulmans, asiatiques ou africains. Ni plus, ni moins. Avec cependant un défi supplémentaire : consolider la dimension décoloniale, la critique de la modernité et de l’européocentrisme dans le combat des femmes.

Et comment légitimer le féminisme islamique ? Pour ma part, il se légitime a priori et pas a postériori. Il n’a pas à passer d’examen de féminisme. Le simple fait que des femmes musulmanes s’en emparent pour revendiquer leur droit et leur dignité suffit pour une pleine reconnaissance. Et je sais de par mon intime connaissance des femmes du Maghreb ou de l’immigration que « lafemmesoumise » n’existe pas. Elle a été inventée. Je connais des femmes dominées. Soumises, beaucoup moins !

Je voudrais terminer sur ce que doivent être selon moi les priorités du féminisme décolonial. Vous avez tous entendu parler de Amina Wadud et de son engagement dans l’élaboration d’un féminisme islamique. Elle s’est rendue célèbre le jour où elle a guidé la prière, rôle qui est d’habitude dévolu aux hommes. Dans l’absolu, hors contexte, je dirai qu’en apparence on pourrait penser qu’il s’agit d’un acte révolutionnaire. Or dans le contexte international depuis la révolution iranienne et surtout depuis le 11 septembre (islamophobie, islam sommé de faire son aggiornamento, injonction à la modernisation…), c’est un message beaucoup plus ambigu qui a été diffusé par cet acte. Répondait-il à une revendication forte, à une urgence, à une attente fondamentale des femmes de la Oumma ? Ou bien à une attente du monde blanc ? Permettez-moi de pencher pour la 2ème hypothèse. Non pas qu’il n’y ait pas de femmes pour trouver injuste le fait que seuls des hommes dirigent la prière mais parce que les priorités et les urgences des femmes sont ailleurs. Que veulent les Afghanes, les Irakiennes ou les Palestiniennes ? La paix, la fin de la guerre et de l’occupation, la reconstruction de leurs infrastructures, des cadres légaux pour assurer leur protection et leurs droits, manger et boire à leur faim, nourrir et éduquer leurs enfants dans de bonnes conditions. Que veulent les femmes musulmanes d’Europe et plus largement celles issues des immigrations et qui vivent pour la plupart dans des quartiers populaires ? Du travail, un logement, des droits qui les protègent tant contre les violences de l’Etat que contre les violences masculines. Elles exigent le respect pour leur religion, leur culture. Pourquoi toutes ces revendications sont-elles tues et pourquoi l’acte de diriger la prière a-t-il fait le tour de la planète quand christianisme et judaïsme ne se sont jamais vraiment illustrer pour leur défense intransigeante de l’égalité des sexes ? Je pense, pour en finir avec cet exemple que l’acte de Amina Wadud est tout le contraire de ce qu’il prétend être. Dans les faits et indépendamment de la volonté propre de cette théologienne, c’est pour moi un acte contre-productif. Il ne pourra prendre son caractère féministe que lorsque l’islam sera traité de manière égalitaire et lorsque la revendication de guider la prière émanera de manière réelle chez les femmes musulmanes. Il est temps de voir les musulmans et musulmanes comme ils sont et non pas comme on souhaiterait qu’ils soient.

Je conclus ici en espérant avoir tracé quelques pistes pour un véritable féminisme décolonial au service des femmes, de toutes les femmes lorsque celles-ci jugent que c’est, là, la voie de leur émancipation.

Houria Bouteldja Madrid, le 22 octobre 2010


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mar 11 Aoû - 18:08

« Sorciers blancs » : une fable de la blanchité 8 août 2015 by Ludo Rossi in Actualités, Afrique

Dans cet article, Claire Cosquer propose une analyse critique de la figure médiatique du « sorcier blanc », qui caractérise les entraîneurs expatriés en Afrique. En croisant sociologie du sport et des relations ethnoraciales, elle propose d’aborder la construction « positive » de l’hégémonie et de la blanchité.


Claire Cosquer prépare une thèse en sociologie à SciencesPo Paris, sur la production de la blanchité et ses conséquences sur l’étude des inégalités ethno-raciales en France



Claire Cosquer a écrit:
Introduction

Le 12 février, Canal + diffusait – puis rediffusait trois jours plus tard – un reportage d’Enquêtes de foot, intitulé « Le pouvoir des sorciers blancs ». Ce reportage s’ouvre sur une scène de liesse collective en Guinée équatoriale, lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, que le pays a organisé en urgence en janvier 20151. Le Maroc, pays organisateur initial, avait renoncé à accueillir la compétition par peur d’une propagation de l’épidémie d’Ebola. Ce renoncement avait également fait perdre au Maroc sa qualification ; en se proposant pour remplacer les organisateurs marocains, la Guinée équatoriale, dont l’équipe nationale n’était pas qualifiée, avait obtenu ce ticket vacant pour les phases finales. Commentant les images d’une foule maquillée et équipée de vuvuzelas, le reportage dépeint alors le football comme une fête populaire permettant d’oublier le quotidien, en particulier le désastre sanitaire causé par Ebola. C’est sur une figure supposément admirée et adulée par ces innombrables supporteurs que porte le reportage : le « sorcier blanc ».

Les sélectionneurs Claude Leroy (à la tête de l’équipe nationale du Congo), Alain Giresse (qui dirigeait le Sénégal, mais a été limogé depuis), Hervé Renard (vainqueur de la CAN avec la Côte d’Ivoire), Michel Dussuyer (entraîneur de la Guinée) sont longuement interviewés au cours du reportage, et opposés à Florent Ibenge, le sélectionneur de la République Démocratique du Congo. Si Ibenge fait figure d’exception, dans ce reportage, c’est qu’il est le seul à ne pas être considéré comme un entraîneur « expatrié », ou encore comme un « sorcier blanc ». Ibenge, pourtant, a longtemps vécu en France – il a passé la plus grande partie de sa vie à Lille. Il possède, de plus, la nationalité française en plus de la nationalité congolaise, a été formé en France, où son diplôme d’entraîneur lui a été délivré. Mais Ibenge se distingue de ses pairs en ce qu’il est phénotypiquement et socialement noir.

J’examine ici la dénomination de « sorcier blanc » dans ce qu’elle connote sportivement, conjointement à une discussion de la présence et des résultats effectifs des entraîneurs « expatriés » à la tête de sélections africaines, en comparaison aux entraîneurs locaux (ou, dans certains cas, issus d’un autre pays africain). Je les confronte aux divers contre-discours démystifiant l’expression « sorcier blanc », ainsi qu’à son histoire, plus spécifiquement dans la mesure où elle est appliquée au football, son intrication avec l’histoire coloniale et postcoloniale de l’Afrique, l’histoire coloniale et postcoloniale du sport et du football en particulier. Il apparaît alors que la genèse et les usages de l’expression « sorcier blanc » révèlent certains des contours de la blanchité, définie comme identité dominante blanche dans les relations ethno-raciales, et comme catégorie culturelle participant à la construction de cette hégémonie blanche. Dans un contexte où les relations ethno-raciales dans le football – et ailleurs – sont préférentiellement analysées par le prisme de la stigmatisation et de l’altérisation des masculinités racisées, l’étude des « sorciers blancs » montre que ces relations peuvent être abordées dans leur construction « positive » de l’hégémonie et de la blanchité. Tâchant d’enrichir la pensée de la minorisation par celle du privilège, ce travail contribue alors non seulement à la sociologie du sport comme objet spécifique, mais aussi à la sociologie du racisme et des relations ethno-raciales comme champ général.

Le fabuleux pouvoirs des « sorciers blancs »

La première partie du reportage dépeint le succès des entraîneurs « expatriés », dans leur opposition aux « locaux », et en particulier de Claude Leroy, présenté comme un « pionnier » de l’expatriation. Le reportage ne précise pas que le premier « sorcier blanc », ou plutôt le premier entraîneur expatrié à se voir qualifié de la sorte, n’aurait pas été Claude Leroy mais Philippe Omar Troussier (né Philippe Troussier, Français ayant obtenu la nationalité ivoirienne en 1990, il a pris comme deuxième prénom Omar à la suite de sa conversion à l’islam en 2006). A la tête de l’ASEC Mimosas d’Abidjan, il parvient à mener son équipe à une série de 105 matchs sans défaire, et à remporter trois fois de suite (entre 1990 et 1992) le championnat national ivoirien. C’est cette réussite miraculeuse, ajoutée à une réputation d’autorité extrême et au fait qu’il était connu pour utiliser des codes dans sa communication en match avec ses joueurs, qui lui aurait alors valu le surnom de « sorcier blanc »2« .

La figure historique du « sorcier blanc »

Mais les premiers « sorciers blancs » ne sont sans doute pas entraîneurs. Si la généalogie précise de cette appellation est difficile à retracer, reste que de nombreuses traces de son utilisation dans d’autres champs que celui du football3sont évidentes. Tout d’abord, l’appellation « sorcier blanc » est utilisée dans un tout autre contexte, pour désigner des populations africaines à la peau très claire, mystérieuses, vivant dans des lieux reculés, et qui seraient détentrices de pouvoirs de sorcellerie au sens le plus strict. Victor Tissot et Constant Améro s’en font l’écho dans Les contrées mystérieuses et les peuples inconnus, publié en 18844. Mais l’expression est également utilisée à l’encontre d’Euro-Américains – c’est probablement exclusivement de la sorte qu’elle subsiste aujourd’hui. Ainsi, le journaliste Vincent Hugueux a d’abord publié en juin 2002 un dossier pourL’Express, portant sur un autre groupe de « sorciers blancs » (qu’il qualifiait lui-même comme tels) : les conseillers en communication et marketing politique monnayant leurs services, souvent douteux, auprès de leaders politiques, hauts responsables et chefs d’Etat africains. Il publie en 2007 un ouvrage intitulé Les sorciers blancs. Enquête sur les faux amis français de l’Afrique, dans lequel il se penche sur deux catégories supplémentaires de « sorciers blancs ». Tout d’abord, il range sous cette appellation les journalistes et autres acteurs médiatiques spécialisés dans les questions africaines, et traitant celles-ci avec une complaisance régulière à l’égard des institutions de pouvoir, voire acceptant de se laisser corrompre par ces dernières. Ensuite, il traite des « sorciers blancs » parmi les acteurs juridiques, désignant par là des « pèlerins constitutionnels » tels que Jacques Vergès, Roland Dumas ou Edmond Jouve, experts du droit délivrant leurs conseils aux chefs d’Etat africains désireux de prolonger leur mandat. Outre ces domaines très liés à l’action politique et politicienne, l’expression « sorcier blanc » apparaît également employée dans un champ plus technique. Joseph Tonda note ainsi que les technologies américano-européennes et leurs produits – voitures, avions, appareils électroménagers… – « traduisent la nature extraordinaire de leur producteur, le « Blanc ». Elles participeraient ainsi à construire le mythe d’un « génie sorcier » des Blancs. Si l’appellation est peut-être d’origine indigène, reste que les coloniaux s’en saisissent volontiers. Paris Soir rapporte ainsi, en 19235, comment l’escadre Vuillemin est accueillie à Banghi : « L’arrivée des « Sorciers blancs » au cœur de l’Afrique avait d’ailleurs provoqué une véritable révolution parmi les indigènes qui, pour la plupart, ne savait pas ce qu’était une « machine volante ». »

Au total, la figure du « sorcier blanc » recouvre des domaines hétéroclites tout en cristallisant des traits spécifiques : en particulier, ceux du détenteur-expert d’un savoir supérieur, voire transcendant, exotique et inexplicable. Ce détenteur et praticien de pouvoirs fabuleux est le plus souvent colonialement situé : il est l’explorateur à l’avant-garde de la conquête coloniale, le conseiller, le communicant, ou encore le metteur en scène du pouvoir local, par là acteur clef du passage du colonialisme au postcolonialisme. La figure du « sorcier blanc » charrie des connotations essentielles quant à sa position de pouvoir au sein des relations coloniales. En cela, il est frappant de la voir circuler de champs très politisés à un champ qui l’est a priori moins, le football. Cette circulation sémantique engage alors à analyser le football postcolonial comme un espace non pas exceptionnel, mais bien comme un espace social. Plus encore, elle nous engage à ne pas simplement appréhender le football comme une caisse de résonance de rapports sociaux qui se joueraient dans d’autres champs – comme ceux de l’expertise politique, où la matérialité des relations postcoloniales transparaît de façon évidente –, mais comme un espace où ces rapports sont aussi produits et reproduits.

Les « sorciers blancs » dans le football postcolonial

La figure dite initiale du « sorcier blanc » en football, celle de Troussier, comporte nombre de similarités avec celle de Leroy, ancien joueur de Ligue 1 reconverti entraîneur depuis 1980. Il entraîne d’abord les modestes équipes d’Amiens (CFA) et de Grenoble (D2). Il effectue sa première pige à l’étranger dans le club d’Al Shabab Dubaï en 1985, mais quitte très vite les Emirats Arabes Unis pour mener l’essentiel de sa carrière sur le continent africain. Il y entraînera les sélections du Cameroun, du Sénégal, de la RD Congo, du Congo, et du Ghana. Cette carrière « africaine » sera simplement entrecoupée de quelques expériences en Malaisie, en Chine, à Oman, en Syrie, et d’une seule expérience d’entraîneur en France, entre 1999 et 2000 à la tête du RC Strasbourg6. Il revient sur le continent africain en 2004, prenant la tête de la sélection nationale de la RD Congo. Il est sélectionneur de l’équipe du Congo depuis décembre 2013.

Claude Leroy voit chantées ses louanges dans le reportage : il apporterait à ses joueurs de la « rigueur » 7 » et la « discipline du haut niveau ». Il jouirait, « depuis 30 ans (…) d’une popularité sans égale sur le continent, de celles qui ouvrent toutes les portes. D’ailleurs ne lui prête-t-on pas le pouvoir de faire et défaire des sélections. » Le reportage décrit en effet une aura telle que Leroy serait le conseiller de plusieurs sélections en même temps. Il serait aussi celui qui aurait placé d’autres entraîneurs « expatriés » à la tête de différentes sélections : Hervé Renard explique ainsi avoir été recruté par la Zambie sur la recommandation de Leroy, alors que Giresse le dépeint comme leur « phare », dans une métaphore exploratoire évidente, c’est-à-dire comme cet éclaireur d’avant-garde balisant un sentier, des terres inconnues – le football africain postcolonial.

Lesdits « sorciers blancs » semblent à présent très recherchés. Treize des seize équipes de la dernière Coupe d’Afrique des Nations (2015) étaient dirigées par des entraîneurs étrangers, souvent européens, souvent français. Le Congolais Florent Ibenge, le Sud-Africain Ephraim Mashaba et le Zambien Honour Janza étaient les seuls à posséder la même nationalité que l’équipe qu’ils entraînaient. Parmi les treize étrangers, on trouvait six Français, deux Portugais, deux Belges, un Allemand, un Argentin et un Israélien. Chez les cinq équipes du continent africain qualifiées aux phases finales de la Coupe du Monde 2014, deux entraîneurs étaient de la même nationalité que leur sélection : le Nigérian Stephen Keshi, et le Ghanéen James Kwesi Appiah. Parmi les trois autres sélectionneurs, on trouvait un Allemand, un Franco-Tunisien (à la tête de la Côte d’Ivoire), et un Franco-Bosnien. A l’entame de la CAN 2013, sept entraîneurs sur seize étaient africains. Cette régularité de marginalisation des locaux à la tête de leur propre sélection nationale est ancienne. Ainsi, de 1970 à 2014, les sélections africaines en phases finales de Coupe du Monde ont été entraînées par vingt-et-un « expatriés », contre dix nationaux.

Des pouvoirs fabuleux : la fable des performances des « sorciers blancs »

La forte présence d’entraîneurs européens dans le football africain ne saurait s’expliquer uniquement par l’embryonnaire réseau éclairé par le « phare » Leroy. Refusant de prendre le terme de « sorcier » au sens propre, le reportage de Canal + s’engage à trouver les raisons de cette expression et du succès des « expatriés ». Dans sa première partie, donnant la voix aux « expatriés » eux-mêmes et à la façon dont ils rationalisent leur propre condition, le reportage soutient la thèse d’un avantage positionnel de ceux-ci relativement aux entraîneurs « locaux ». Cette thèse est avancée tout en dressant le tableau du caractère politique du football africain. Dans un sport en proie aux ingérences profanes, les « expatriés » pourraient plus facilement tenir tête aux politiques. Dans une analogie assez curieuse, Leroy affirme qu’il n’a, à la différence d’un local, « pas peur d’être mis dans un avion pour la France » : les pressions politiques auraient ainsi moins de poids sur lui. Partant du postulat d’une meilleure réussite sportive des « sorciers blancs », Leroy complète l’exposé de ces raisons structurales de leur forte présence par une anecdote : son équipe aurait compté une prépondérance de joueurs appartenant à l’ethnie bassa. La rumeur qui avait alors couru était pour Leroy un moindre mal : elle le disait fiancé secrètement à une femme bassa. Tout en se défendant de tout favoritisme, Leroy estime que son statut de Français blanc l’aurait préservé du pire : si lui-même avait été bassa, il aurait été confronté « à plein de problèmes ». Son ethnicité de Français blanc, extraite des rivalités ethniques locales, lui permettrait ainsi d’acquérir un droit relatif au favoritisme. Tout du moins, elle lui aurait permis de faire face à la suspicion de favoritisme – puisque c’est bien à un supposé favoritisme que la rumeur de fiançailles se voulait une explication –, sans que celui-ci ne soit aussi problématique que s’il était exercé par un membre de l’ethnie concernée, à son propre profit. En somme, sa francité et sa blanchité rendaient ses choix sportifs plus difficilement contestables que ceux d’un entraîneur local. De fait, l’avantage stratégique que décrit Leroy résonne avec la structure des technologies de pouvoir coloniales : la position surplombante du colon, au-dessus de la mêlée ethnique – dont il est par ailleurs largement à l’origine –, est l’un des rouages de l’ingénierie colonialiste. Leroy poursuit, plus loin dans le reportage, expliquant militer pour que la Confédération Africaine de Football (CAF) garantisse l’indépendance des entraîneurs en imposant des contrats aux fédérations nationales. Il s’agirait alors de lutter contre les ingérences politiques auxquels seraient particulièrement exposés les entraîneurs locaux, telles que celle qui consiste à appeler en entraîneur en plein match depuis les tribunes, pour exiger qu’il remplace tel ou tel joueur. Cette indépendance sportive, si elle permettait de meilleurs résultats en compétition, pourrait alors également expliquer les différences de salaire entre entraîneurs « expatriés » et « locaux » – le reportage avance le chiffre de 50 000€ mensuels pour un entraîneur européen, alors que Florent Ibenge déclare toucher 18 000€.

Toutefois, les raisons invoquées, tenant à une meilleure résistance aux ingérences politiques et donc à une meilleure performance sportive, ne semblent pas convaincantes : rien n’indique, en effet, que les entraîneurs « expatriés » soient plus victorieux que les locaux. Les statistiques témoignent même du contraire : en comptant la dernière victoire de la Côte d’Ivoire, entraînée par Hervé Renard, le nombre de victoires de sélections entraînées par des « expatriés » atteint douze, contre quatorze pour les entraîneurs locaux. Les récentes éditions de la CAN ont ainsi vu le triomphe des Egyptiens Mahmoud El-Gohary (1998) et Hassan Shehata (2006, 2008, 2010), du Sud-Africain Clive Barker (1996) et du Nigérian Stephen Keshi (2013).

Les trajectoires individuelles démontrent elles aussi que le prestige des « expatriés » ne s’explique pas systématiquement par des performances sportives supérieures : dans l’histoire du football africain, on trouve plusieurs cas d’entraîneurs africains ayant assuré la direction d’une sélection nationale – avec succès – au cours de phases éliminatoires, pour être remplacés par des « expatriés » lors des phases finales. Ainsi, en 2006, Stephen Keshi parvient à qualifier le Togo à la Coupe du Monde. On considère alors que cette qualification tient de l’exploit sportif : Stephen Keshi n’avait à sa disposition que peu de joueurs de très haut niveau, outre le très renommé Emmanuel Adébayor. Il ne jouera pourtant pas les phases finales du mondial à la tête des Eperviers : il est remplacé d’autorité par l’Allemand Otto Pfister. De la même manière, en 2010, la supposément modeste équipe nigérienne parvient à se qualifier pour les phases finales de la CAN, sous la houlette du local Harouna Doula. Sa fédération décide toutefois de le remercier et de faire appel au Français Roland Courbis pour jouer les phases finales… lors desquelles le Niger perd ses trois matchs.

Enfin, sur l’ensemble de ses matchs en tant qu’entraîneur, les talents de Troussier ne semblent pas vraiment relever de la sorcellerie : il atteint tout juste 35% de victoires au cours de sa carrière (la période avec l’ASEC Mimosas n’est toutefois pas comptabilisée)8. De la même manière, le CV fourni de Leroy coïncide avec des statistiques plutôt moyennes : il remporte 41% de ses matchs au cours de toute sa carrière d’entraîneur9. Les pouvoirs des « sorciers blancs » semblent donc relever de la fable.

Africanisme et antiracisme comme contre-discours à une fable raciale

Un contre-discours, que le reportage de Canal + présente comme « africaniste », met précisément en avant cette moindre efficacité des techniciens européens. Constant Omari, président de la FECOFA (Fédération Congolaise de Football Association) et « africaniste convaincu » d’après les réalisateurs du reportage, défend ainsi l’emploi d’entraîneurs locaux en mobilisant un discours à la fois politique, culturel et sportif sur la forme vers laquelle le football africain doit tendre. Justifiant le choix d’Ibenge à la tête de la sélection nationale, il explique avoir « senti que le football africain commençait à perdre son originalité en s’occidentalisant », et prône donc un retour au « football original africain », c’est-à-dire un football enthousiaste et créatif ». Le choix de s’en remettre à un entraîneur « local », défini par son africanité et sa négritude, s’inscrit dans une conscience oppositionnelle à « l’Occident » et dans une perspective de reconstruction africaine. En ce sens, Donacien Tshimanga, vice-président de la FECOFA, oppose Claude Leroy, « l’ami », à Florent Ibengue, « le frère ». Le reportage montre d’ailleurs ce dernier abandonnant le français au cours d’un discours de motivation adressé à ses joueurs, pour poursuivre en lingala… alors même que la maîtrise langue française est un autre des arguments avancés par les entraîneurs français pour expliquer leur recrutement (Giresse explique ainsi avoir été recruté pour sa francophonie). De plus, la mobilisation de « l’africanité », exprimée culturellement et jusque dans l’appréhension et la pratique tactique du football, met à mal la construction d’une authenticité africaine revendiquée par certains entraîneurs expatriés. Claure Leroy, par exemple, expliquait oublier sa blanchité, et n’être rappelé à elle que par le regard extérieur d’autres Européens : « C’est quelques fois le regard des Européens, quand je suis avec un groupe, qui me fait prendre conscience que je suis la seule petite tache blanche avec trente blacks. »

Le discours d’oubli, voire d’abandon, de la blanchité, s’insère dans une revendication de la condition de sélectionneur « expatrié » comme vocation. Ce discours doit être confronté à une réalité du marché de l’emploi des entraîneurs et de sa structuration : les postes à la tête des sélections africaines ne sont pas particulièrement prisés par les entraîneurs eux-mêmes, voire frappés d’un certain stigmate. Dussuyer avoue ainsi que son arrivée en Guinée en 2002, puis au Bénin en 2008 après un bref passage à la tête de l’AS Cannes, était contrainte : il ne voulait pas « être enfermé dans le schéma d’un entraîneur africain », mais n’est pas parvenu à trouver du travail en France.

Dès lors, d’où viennent les « sorciers blancs », pourquoi sont-ils si nombreux et plus recherchés que les entraîneurs « locaux » ? Au cours du reportage, Florent Ibenge fait état de stéréotypes affectant les entraîneurs locaux auprès de leurs propres fédérations, les obligeant à refaire leurs preuves constamment. Sans s’engager aussi explicitement dans un africanisme sportif, culturel et politique, il avance un contre-discours antiraciste : à performances sportives égales, les entraîneurs « locaux », c’est-à-dire, comme on le verra, les entraîneurs noirs, souffrent de l’assignation de stéréotypes qui nuisent à leur légitimité et à leur reconnaissance. Si les « pouvoirs » des sorciers blancs sont l’objet d’une fable, les ressorts de la fable, partie prenante de l’inexplicable présence de ces entraîneurs à la tête des équipes africaines et leur réputation triomphante, sont en outre directement raciaux.

Ibenge relate ainsi avoir été vertement critiqué lors de sa prise de fonctions, pour son manque d’expérience : « Mais on aurait pas dit ça à … comment… à Hervé Renard. On a pas dit ça à Claude Leroy quand il est venu avec le Cameroun gagner sa première CAN. » Dans une interview accordée pendant la CAN 2015 à France 24, Ibenge rend limpide la base raciale, et non strictement nationale, de ces stéréotypes : « le sorcier blanc il a un peu plus de facilités que, on va dire, le médecin noir ». Deux types (contre-)discursifs coexistent donc : un discours africaniste revendiquant une plus-value culturelle et sportive africaine, caractérisée par l’enthousiasme et la création, et un discours antiraciste très rationaliste, qui retourne les termes de la « raison » colonialiste, « civilisatrice », en opposant au « sorcier » le « médecin ».

La fable du « sorcier blanc » dans la longue histoire coloniale et raciale du football

Ces contre-discours mettent en évidence la constitution raciale de la figure du « sorcier blanc », où s’intriquent étroitement nationalité et position migratoire. Ainsi, dans le reportage de Canal +, Youssouf Mulumbu, capitaine de la sélection de la RD Congo, connaît une hésitation révélatrice. Soutenant le choix d’un entraîneur dit « local », il déclare : « On a souvent l’idée de donner le poste à un entraîneur expatrié… On va dire à un entraîneur étranger. » Cette hésitation rappelle qu’Ibenge, qui a résidé en France pendant la majeure partie de sa vie, pourrait lui-même être techniquement considéré comme un « expatrié »… comme pourrait l’être également Youssouf Mulumbu lui-même, binational franco-congolais résidant en Angleterre. Si l’étiquette d’ »expatrié » ne fonctionne que dans un sens, c’est que celle-ci, tout comme celle de « sorcier blanc » à laquelle elle est accolée, recèle un sous-entendu racial construit par une longue histoire coloniale et maintenu par la configuration contemporaine des relations postcoloniales.

Dans son étude des représentations des joueurs de football africains, Claude Boli (2010) s’est intéressé aux voyages des entraîneurs français sur le continent africain. Ainsi les services coloniaux chargés de l’enseignement de la jeunesse et des sports font-ils appel à Joseph Mercier, entraîneur du Stade français, pour promouvoir le football au Togo. Boli analyse le regard paternaliste de l’entraîneur, à partir des notes qu’il fait paraître dans France Football, par exemple lorsqu’il décrit la réception de ses enseignements tactiques : « Les causeries et séances d’applications sur l’occupation du terrain ont révélé aux joueurs et dirigeants togolais des principes qu’ils ignoraient, mais ces lois simples et néanmoins importantes du football moderne les ont énormément intéressés » (in Boli, 2010 ; France football, 8 juin 1954, n°429). Les récits de voyage d’entraîneur français dans les territoires coloniaux africains sont publiés aussi à l’occasion des confrontations entre l’équipe de France et les sélections locales, notamment lors de la tournée organisée pour fêter le dixième anniversaire de la ligue d’Afrique-Occidentale française. Boli commente :

Claude Boli a écrit:
Comme lors du voyage de Joseph Mercier au Togo, la rédaction de France football livre le récit de voyage de l’entraîneur Georges Boulogne. De minutieux détails exposent les conditions de voyage (avec une fierté de l’aviation, le Super Constellation d’Air France). L’encadrement chargé du sport est majoritairement français, à l’exception du président de la ligue d’AOF, un fonctionnaire du Sénégal. À la fin du récit, l’entraîneur dresse un bilan de ce qui reste à faire. Le constat ne sort guère des sentiers de la perception coloniale, et évoque un état de retard à combler. Le joueur correspond exactement à cette situation. Boulogne écrit : “Le jeune noir est un joueur paradoxal promis à un bel avenir” et ajoute en parlant du style : “Son jeu révèle davantage de l’esprit de cirque que celui du football. Il n’a pas encore accédé à l’échelon sport. » (Boli, 2010 ; France football, 26 juin 1956, n° 536 ; France football, 3 juillet 1956, n° 537 ; France football, 17 juillet 1956, n° 539).

France Football évoque aussi dans plusieurs articles le Nîmois Paul Gevaudan, le Montpelliérain Guy Fabre, l’Autrichien Ignace Tax, qui entraînent respectivement l’Africa, l’ASEC et le Stade, les trois plus grands clubs de la capitale ivoirienne (Boli, 2010 ; France football, 20 septembre 1960, n°758). Gévaudan est d’ailleurs nommé sélectionneur de la sélection ivoirienne en 1968, pour la CAN. Lucien Jasseron, ancien international français, est également interviewé au sujet des fonctions qu’il occupe au Mali.

Lucien Jasseron a écrit:
Mon titre exact est ‘conseiller pédagogique et technique itinérant pour l’Afrique de l’Ouest’ au titre du ministère de la Coopération. Ma vocation principale est de former des cadres pour le football dans cette partie de l’Afrique, avec lieu de résidence à Bamako. Je dirige des stages d’entraîneurs à Gao, Ségou, Mopti, Tombouctou, Sikasso, Kayes. Je participe aussi aux travaux techniques de la fédération malienne et je me mets techniquement à la disposition des clubs participant à la Coupe d’Afrique des champions. (in Boli, 2010 ; France football, 10 février 1976, n°1 557)

Boli conclut, rapprochant la figure de l’entraîneur de celle du missionnaire : « Le football prolonge en quelque sorte la mission civilisatrice. L’entraîneur joue le rôle de guide. » Il ressort également des travaux de Boli que le paternalisme du « technicien », de l’expert, est construit en relation aux stéréotypes de nonchalance et d’arriération tactique des joueurs africains. Le rôle des entraîneurs français est d’optimiser les qualités physiques naturelles, « félines », des joueurs – Boli relève que ceux-ci sont souvent comparés à des panthères, guépards, antilopes ou encore gazelles –, en leur apprenant la discipline, la rigueur, et la science du jeu.

Cette blanchité de l’entraîneur, et la manière dont elle se construit de façon relationnelle à l’altérisation de certains joueurs, a été relativement délaissée des travaux récents sur la constitution raciale du football masculin. Beaud (2011) a ainsi étudié les récents fiascos de la sélection nationale masculine et de ses membres en mettant particulièrement en lumière les ressorts de la stigmatisation raciale. Il ne s’agit pas de prétendre que cette approche par la stigmatisation est caduque, au contraire. La grève des Bleus à Knysna lors du Mondial de 2010, l’affaire « Zahia », la polémique autour du peu d’application à chanter l’hymne national qu’il leur était reproché de démontrer lors des rencontres officielles, les insultes adressées par Samir Nasri à des journalistes, et jusqu’à la « quenelle » effectuée en plein match, le 28 décembre 2013, avec son club de West Bromwich par Nicolas Anelka – l’un des acteurs clef du conflit de Knysna –, ont fracturé le consensus post-colonial « Black, Blanc, Beur » à laquelle la victorieuse et bien-aimée « génération 98″ avait été associée. D’avant-garde de l’unité républicaine, de parangon de la réconciliation postcoloniale et de l’invisibilité de la « race » dans le creuset de la nation, l’équipe de France est devenue l’un des fronts les plus brûlants de la racialisation, et de la mise en avant de l’inassimilabilité de la « génération des banlieues » (Beaud, 2011) au projet national. Le discours médiatique d’inassimilabilité se double de l’engagement intrinsèque de discours racialisés dans le football per se, comme pratique, lesquels peuvent également être décrits comme des instances d’altérisation : des discours sur les corps – celui du sens commun appréhendant les performances et l’anatomie des joueurs, celui de l’anthropométrie utilisée par l’encadrement sportif pour la détection de futurs talents et la surveillance de la santé des joueurs –, des discours sur la discipline, la force morale, l’habileté technique ou sur l’intelligence tactique (Damont et Pégard, à paraître). Ces discours sont racialisés, sous diverses formes et à des degrés divers : par métaphore, image lexicale semi-consciente (« caïd »), ou par des représentations essentialisantes (par exemple, sur les capacités athlétiques des Noirs, « plus physiques », comme le relèvent Damont et Pégard) que leurs auteurs justifient en invoquant une forme de pragmatisme et une constatation générale vaguement statistique (lors de la polémique à propos des joueurs binationaux dans les structures de formation françaises, Fassin, 2011a, 2011b). Ces discours voient d’ailleurs leur importance politique et sociale redoublée par la place centrale que tient le football dans la construction d’une fierté nationale (Beaud, 2011) : le football est ainsi l’un des théâtres du jeu contemporain entre race et nation, ou de la racialisation de l’identité nationale.

Le propos de ce travail, toutefois, est d’avancer qu’altérisation, minorisation, stigmatisation, sont des concepts nécessaires mais pas suffisants pour rendre compte de la racialisation du football. Le football met en mot, produit en actes, la blanchité dans une racialisation relationnelle. Ainsi les discours d’altérisation peuvent être retournés pour être appréhendés comme des productions de l’hégémonie blanche. La blanchité comme catégorie culturelle habite en effet tout discours altérisant, tel le « désespoir » de Laurent Blanc se désolant du manque de culture française, de joueurs vifs et intelligents diamétralement opposés aux « Blacks » de gabarit puissant (Fassin, 2011a, 2011b). Le cas des « sorciers blancs » montre que ces discours s’accompagnent d’une répartition qualitative des rôles selon des logiques raciales. Au-delà du cas des entraîneurs « expatriés », cette division qualitative des tâches dans le football comme champ structuré peut probablement être étendue : les exécutants de terrain, c’est-à-dire les joueurs, sont bien moins souvent blancs que les décideurs de tribune et de couloir, c’est-à-dire les entraîneurs, présidents, directeurs techniques, agents… Ainsi, Antoine Kombouaré était, lors de la diffusion du reportage de Canal +, le seul entraîneur noir dans la Ligue 1 française.

Conclusion

L’expression de « sorcier blanc » est construite pour être mystérieuse. Le mystère, toutefois, ne se loge pas là où on l’attend. Il s’agit en effet moins de résoudre l’énigme d’un incroyable succès sportif, lequel tiendrait de la sorcellerie, que d’expliquer la prépondérance des entraîneurs étrangers et blancs à la tête des sélections africaines, et ce en dépit de performances sportives médiocres, voire régulièrement inférieures à celles des entraîneurs « locaux ». Déplacé de la sorte, le mystère tient alors beaucoup plus de la blanchité que de la sorcellerie. Si la blanchité est ce que la mise en scène d’une « sorcellerie » cache, alors la fable des « sorciers blancs » constitue une mise en récit, et par suite une structuration, de la racialisation. En effet, l’expression de « sorcier blanc » fait suite à une longue histoire de structuration coloniale du football comme champ, dans ses dimensions discursives comme dans la répartition qualitative des tâches qu’il suppose. Elle se déploie, par ailleurs, en parallèle à la racialisation particulièrement explicite du football français depuis la crise dont la grève de Knysna a été présentée comme l’apogée. Il apparaît par là que la racialisation procède non pas uniquement par constitution négative et assignation à des identités raciales subalternes, mais aussi par la narration de la domination dans ses ressorts les plus « positifs ». De façon remarquable, la fable des « sorciers blancs » est l’objet d’une mise en scène à double fond : si tout suggère que la catégorie « sorcier blanc » est prioritairement mobilisée par des non-blancs admiratifs et irrationnels (produisant au passage son lot de représentations altérisantes visant ces derniers), les instances de son usage examinées ici montrent bien plutôt une appropriation par les sujets blancs eux-mêmes, en dépit de contre-discours africaniste et antiraciste. Tout en faisant croire qu’ils n’en sont pas les auteurs, les sujets blancs semblent les premiers acteurs de la circulation du mythe des « sorciers blancs », comme s’ils se narraient à eux-mêmes la fable de leur propre blanchité.

Bibliographie

Beaud, Stéphane. 2011. Traîtres à la nation ? Un autre regard sur la grève des Bleus en Afrique du Sud. Paris: La Découverte.

Boli, Claude. 2010. “La perception des joueurs africains en France.” Hommes et migrations. Revue française de référence sur les dynamiques migratoires, no. 1285 (May): 124–32.

Damont, Nicolas, et Olivier Pégard.  » Le centre de formation au métier de footballeur : un atelier de fabrication d’un masculin « racialisé » ? »A paraître.

Fassin, Eric. 2011a. « Les mots dont souffre le football français ». Mediapart, en ligne.

________. 2011b. « Football; un racisme sans racistes ?. Mediapart, en ligne.


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◾1.Merci à Chris pour sa vigilance, ainsi qu’à Solène pour sa relecture. Ce texte n’engage que son auteure.
◾2.Il dirige ensuite brièvement la sélection ivoirienne, les Eléphants, puis le club sud-africain des Kaizer Chiefs entre 1993 et 1994, avant de prendre la tête du CA Rabat (puis FUS Rabat) la saison suivante. Il entraîne les Super Eagles nigérians pendant les qualifications de la Coupe du Monde 1998, puis le Burkina Faso, mais participe à la phase finale du Mondial à la tête des Bafana Bafana d’Afrique du Sud. Globe-trotter, il passe ensuite par le Japon, le Qatar, le Maroc, le Bénin, la Tunisie, et la Chine.
◾3.Outre les domaines qui suivent, notons que le football n’est pas le seul sport où l’expression a cours : voir le handball, ici http://www.tpmazembe.com/fr/actualite/3932/si-lamine-etait-blanc-on-l-appellerait-le-sorcier-blanc
◾4.http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6546752h/f668.image.r=
◾5.http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76389468/f12.image.r=
◾6.Cette unique expérience en première division française sera un échec sportif – Leroy n’enregistre que 39% de victoires, et quitte le navire pour entraîner le club de Shanghaï Cosco avec Hervé Renard, alors que le club est relégué en D2 au terme de la saison. L’épisode strasbourgeois est aussi marqué par des déboires judiciaires : Leroy est soupçonné d’avoir touché des rétrocommissions sur le transfert de plusieurs joueurs, et est mis en examen pour complicité d’abus de biens sociaux, dans le cadre de la gestion du club de Strasbourg, en septembre 2006. Deux des transferts soupçonnés concernent des joueurs qui évoluaient dans la sélection nationale camerounaise sous sa direction : le transfert de Pierre Njanka et Joseph N’Do ont été conclus en juin 1998, alors que Leroy était à la tête de l’équipe camerounaise, et déjà directeur sportif du RC Strasbourg.
◾7.Chris Malonga, joueur de la RD Congo, déclare : « déjà il nous apporte une certaine rigueur, qui nous manquait ces dernières années pour arriver à cette compétition ». Prince Oniangue lui prête quant à lui une réussite miraculeuse : « tout ce qu’il touche il le réussit ».
◾8.http://www.footballdatabase.eu/football.joueurs.philippe.troussier.5460.fr.html
◾9.http://www.footballdatabase.eu/football.joueurs.claude.le-roy.7741.fr.html




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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Lun 31 Aoû - 15:03

Gérard Noiriel «Un individu ne peut se sentir "blanc" que par opposition au "noir" ou au "jaune"» Sonya FAURE 29 août 2015


Plage de Brighton, en Angleterre, le 18 décembre 2009

Gérard Noiriel, directeur émerite à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, qui a beaucoup travaillé sur l'histoire de l'immigration, se penche sur la pertinence des «études blanches».

Qu’est-ce qu’être blanc ? Faut-il parler sans tabou de la couleur de peau et de la race ? Alors que depuis une poignée d’années, des chercheurs français se sont emparés de la «question blanche» – qu’ils appellent parfois la «blanchité» – à la manière des whiteness studies anglo-saxonnes, l’historien Gérard Noiriel présente les limites de cette catégorie.

Citation :
Dans le débat public, on dit rarement «blanc». On se pense encore plus rarement «blanc». Est-ce un tabou ? Est-il en train de sauter ?

Votre question distingue, à juste titre, le niveau du discours (dire «blanc») et le niveau de l’autoperception (se penser «blanc»). Le premier niveau concerne l’espace public : le langage politique et les pratiques juridico-administratives. Dans le cas français, comme on le sait, la République a toujours refusé de catégoriser les gens à partir de leur religion ou de leur origine ethnico-raciale. C’est l’une des raisons qui explique la faible importance accordée à la couleur de peau pour désigner les individus.

Dans la réalité, nous sommes tous des personnes, c’est-à-dire des combinaisons infiniment variées d’une multitude de critères identitaires. Nous ne mobilisons pas constamment toutes ces références. Elles fonctionnent comme des identités latentes qui doivent être stimulées pour revenir à la surface de notre conscience. Selon les contextes et les moments, tel ou tel critère prendra le dessus sur les autres : la classe sociale, le genre, la nationalité, etc. Les entrepreneurs d’identité sont des professionnels du discours public et, à ce titre, ils peuvent activer telle ou telle référence identitaire au détriment des autres, en fonction de leurs intérêts propres.

Je fais partie des chercheurs en sciences sociales qui pensent que nous devons nous contenter d’étudier la réalité, en mettant en relief la complexité des affiliations identitaires, sans choisir à la place des citoyens. Mais beaucoup de mes collègues travaillant sur ces questions se comportent comme des experts, ou des porte-parole. Au nom de leur science, ils n’hésitent pas à dire aux gens quelle est leur «véritable» identité.

La façon dont les individus se perçoivent est en effet toujours tributaire des références que fabriquent les professionnels du discours public. Néanmoins, une identité se définit toujours aussi par opposition à ce qu’elle n’est pas, dans la logique du «eux» et «nous». Un individu ne peut se sentir «blanc» que par opposition au «noir» ou au «jaune». Ce n’est pas un hasard si la couleur de peau a d’abord été perçue comme un facteur identitaire dans l’espace colonial. Jusqu’en 1914, dans l’Hexagone, les Français ne se sentaient pas blancs, tout simplement parce que le nombre des immigrants issus de l’empire colonial était extrêmement faible.

Est-ce une catégorie pertinente ? L’employez-vous ?

Tout dépend de ce qu’on appelle une «catégorie». Je préfère dire qu’il m’arrive d’utiliser des mots qui renvoient à des couleurs pour désigner des groupes de personnes (comme le mot «blanc») quand les acteurs historiques que j’étudie en font eux-mêmes usage pour se définir et pour justifier leurs intérêts. Je rappelle que l’usage du vocabulaire des couleurs pour désigner des races a aussi une histoire. Jusqu’en 1914, en France, le terme le plus fréquemment employé était celui de «nègre». Il désignait, dans la presse de l’époque, non seulement les «Noirs», mais aussi les représentants des autres peuples colonisés (Arabes, Kanaks, Indiens, etc.).

La couleur de peau jouait déjà un rôle majeur dans la perception de l’autre (la blague la plus fréquente visait les «nègres mal blanchis») mais elle n’était pas encore catégorisée. Ce processus de catégorisation est né au sein d’une toute petite élite d’anthropologues qui ont peu à peu diffusé dans l’opinion la notion de «race noire». A la fin du XIXe siècle, les premiers intellectuels noirs antiracistes ont d’ailleurs repris à leur compte l’expression «race noire» à la place du mot «nègre».

Cette notion permet-elle de mieux cerner certains privilèges dont bénéficient les Blancs ?

Il est certain que dans le contexte de la domination coloniale, le fait de pouvoir se dire «blanc» a servi pour légitimer des privilèges. Mais cet argument a constamment été associé à d’autres critères relevant notamment de l’éducation et de la compétence.

Dire «Blanc», «Noir», «Arabe» ou «Jaune», est-ce alors au contraire, selon vous, une manière d’ajouter une nouvelle catégorie à celles qui «divisent» déjà les citoyens, qui enferment notamment les jeunes des quartiers populaires ?

Il ne faut pas accorder trop d’importance aux polémiques qui divisent le petit milieu des experts. La fragmentation de la société française a surtout des causes économiques. Ceci dit, je pense que le recul du mouvement ouvrier a provoqué un affaiblissement du discours social au profit des logiques identitaires. Celles-ci sont effectivement des facteurs de division car les gens qui pourraient se rassembler sur la base d’un intérêt commun (la misère, le chômage, etc.), se replient sur des particularismes de religion, de couleur de peau, etc.

Qui sont ceux qui emploient le terme «Blanc» et pourquoi ?

Le fait que certaines associations antiracistes aient pu reprendre à leur compte le slogan du «racisme antiblanc» (thème que le FN a mis en circulation dès son premier congrès, en 1973) en dit long sur leur désarroi actuel. Leurs porte-parole ont présenté comme une nouveauté un phénomène aussi vieux que le racisme. Lorsque des groupes stigmatisés occupent localement une position hégémonique, parce qu’ils sont les plus nombreux dans un quartier déshérité, certains de leurs membres peuvent avoir des comportements discriminatoires à l’égard de ceux qui sont issus du groupe majoritaire, mais qui vivent dans ces quartiers. Le problème est de savoir quelle conclusion on peut tirer de ces constats.

Historiquement, le mot racisme est né pour dénoncer des discours et des pratiques politiques visant à exclure, et parfois même à exterminer, des groupes en fonction de leur religion, de leur origine… Il ne s’agit pas, évidemment, d’excuser les discours et les comportements populaires illustrant une intolérance à l’égard des «Blancs», mais utiliser le terme de «racisme» pour les qualifier, c’est vider ce concept (et l’idéal universaliste qu’il véhiculait au départ) de son sens en le banalisant. On voit bien aujourd’hui les effets délétères de cette banalisation. Quand chacun peut accuser son voisin d’être «raciste», c’est que le mot a perdu toute signification politique.

Recueilli par Sonya FAURE




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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Lun 31 Aoû - 15:10

Les Blancs, une majorité invisible Sonya FAURE  28 août 2015

A l’inverse des minorités visibles discriminées selon la couleur de peau, les Blancs jouissent en toute insouciance d’un statut privilégié.

Citation :
Et puis un jour, il s’est senti devenir blanc. Magyd Cherfi, le chanteur de Zebda, le raconte dans une belle interview (1). «Mes parents me sont devenus étrangers quand je suis devenu blanc.» Il explique : «On devient blanc quand on comprend sa situation. C’est un peu comme si on faisait le tri de ce que l’on est. J’ai compris tout cela bien après l’adolescence. Mes parents appartiennent à une autre langue, une autre culture. A partir du moment où j’ai intégré l’idée que j’étais né ici et que j’assumais tous mes traits de francité, je leur suis devenu étranger. Je n’étais plus leur enfant ; je n’étais plus d’Algérie.»

Qu’est-ce qu’être blanc ? Aimer les pains au chocolat, comme le pense Jean-François Copé, «exaspéré» que les enfants de ses «compatriotes» se fassent arracher leur viennoiserie par des «voyous» respectant le ramadan ? Etre «mince» et descendre aux stations de métro de Manhattan (quand les Noirs restent dans le train jusqu’à Brooklyn), comme l’écrit Chimamanda Adichie dans son roman à succès Americanah ? Ou bien, être blanc, est-ce tout simplement avoir la chance de ne jamais avoir à se poser la question ?

Définir la blancheur


«Nommer les groupes minoritaires - Noirs, Arabes… - est en France un tabou républicain. Alors quand il s’agit pour le groupe majoritaire de s’autodéfinir, c’est encore plus compliqué», note la sociologue Mireille Eberhard. Et pourtant, ça craque de partout. Manuel Valls veut des «blancos» à l’image. François Hollande lâche «Français de souche» pour dire que des profanateurs de cimetières juifs ne sont ni arabes ni musulmans. L’écrivain d’extrême droite Richard Millet raconte à la télévision son «cauchemar» d’être le «seul Blanc» à la station Châtelet-les-Halles à 18 heures. «Depuis le milieu des années 2000, on assiste à une "épidermisation" hystérique du débat public», estiment Sylvie Laurent et Thierry Leclère, qui ont dirigé l’ouvrage collectif De quelle couleur sont les Blancs ?

Thierry Leclère a écrit:
«Ça pousse du côté des minorités qui réclament l’application de leurs droits et qui ont désormais leurs élites. En face, la majorité a bien dû prendre conscience qu’elle était blanche. On ne peut pas, depuis vingt ans, évoquer les minorités "visibles" sans devoir parler aujourd’hui de la majorité invisible. Mais cela a fait naître chez certains la peur de perdre leur "paradis blanc"…»

Dans le débat public, le Blanc - pourtant jusqu’ici synonyme de privilégié - devient parfois «petit», banlieusard et adepte du vote FN. On le dit aussi victime de «racisme antiblanc», «un thème que le FN a mis en circulation dès son premier congrès, en 1973», rappelle l’historien Gérard Noiriel. Et qui désormais est parfois repris par les élites. En 2005, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut et Jacques Julliard signaient un appel contre les «ratonnades antiblanc», en marge de manifestations lycéennes. Jean-François Copé utilise le terme dans son Manifeste pour une droite décomplexée et la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) s’est portée partie civile, en 2012, contre un homme qui avait crié «Sale Blanc, sale Français !».

Dans le monde universitaire aussi, mais pour de toutes autres raisons, certains essaient de définir cette «blancheur» qui s’est longtemps dérobée aux regards scientifiques. La preuve : on n’avait pas de mots pour la dire. Dans les années 90, Michèle Tribalat introduit la notion de «Français de souche» dans ses enquêtes. Tollé : le mot sent trop l’extrême droite barrésienne. Aujourd’hui, même Tribalat a abandonné l’expression et parle des «natifs au carré», pour dire les personnes nées en France de deux parents nés en France. D’autres chercheurs utilisent le mot «autochtones», «Français de longue date» ou, plus couramment, «population majoritaire».

«La difficulté de désigner quelqu’un comme Blanc, ou même de se penser comme Blanc, c’est que cette catégorie paraît "naturelle"», souligne Nelly Quemener, maîtresse de conférences en sciences de l’information à Paris-III.

Le premier privilège du Blanc, c’est justement de ne pas avoir à se concevoir comme tel : «La blancheur se pense universelle. Le minoritaire, lui, est enfermé dans ses particularités, précise Mireille Eberhard, chargée de mission à l’Alliance de recherche sur les discriminations (Ardis). Concrètement : le Blanc n’a pas à élaborer une stratégie pour déjouer les stéréotypes lorsqu’il va à un entretien d’embauche.» Dit encore autrement : «Le Blanc, c’est celui à qui on ne demande jamais de quelle origine il est, commente Thierry Leclère. Et les seuls à ne pas savoir qu’ils sont blancs sont les Blancs.»

Une neutralité illusoire

Aux Etats-Unis, depuis les années 90, un domaine d’étude a voulu s’attaquer à ce déni et s’est consacré à la question blanche. Ce sont les whiteness studies, les études de la blancheur - ou de la «blanchité», comme disent certains chercheurs en France, où ce courant a depuis fait des émules. Il y est question de tourner le regard vers celui qu’on n’étudiait pas puisqu’on le considérait comme représentant d’une neutralité… en réalité bien illusoire. Prenez la technologie. «Les appareils photo, les lentilles, la lumière sur les plateaux de cinéma… depuis les années 20, toute la production cinématographique a été conçue pour le visage blanc, explique Nelly Quemener (2). Etudier ces normes blanches permet de comprendre pourquoi les Noirs "ressortent" moins bien à l’écran.» La métaphore de la lentille de cinéma fonctionne aussi pour le monde politique : le patron du parcours politique français a été cousu de fils blancs - témoin, ce Parlement très pâlot. L’origine sociale, le lieu de naissance ou le capital culturel ne suffisent pas à eux seuls à expliquer les disparités : il faut y ajouter une dimension ethnoraciale, assurent les whiteness studies. «La blanchité se pense comme une neutralité. Or, cette neutralité est une illusion», résume la chercheuse.

Une représentation imaginaire

Nelly Quemener a aussi étudié l’humour par le prisme ethnoracial. Elle distingue les vieux sketchs d’Antoine de Caunes et de José Garcia, dans l’émission Nulle part ailleurs, sur Canal +, aux stand-ups du Jamel Comedy Club. Les premiers, qui multipliaient les personnages, seraient typiques de l’humoriste blanc. «Celui qui peut devenir femme, chinois, ouvrier… La blanchité donne la possibilité d’emprunter tout type de positions. Le stand-up, qui a émergé au sein des minorités ethnoraciales, est au contraire un récit de soi très personnalisé, pas un humour de personnages. Etre non-blanc, c’est être hypermarqué : tout peut être réduit au fait que vous soyez arabe, noir ou rom.»

La race n’a rien de biologique, elle n’est que représentation et imaginaire - le passing en est la preuve (lire ci-contre). Et la ligne de couleur fluctue. Le Blanc d’aujourd’hui ne l’était pas forcément hier. Aux Etats-Unis, les juifs, les Irlandais, les Italiens et désormais les Hispaniques ont été blanchis à mesure qu’ils intégraient la classe moyenne. A contrario, «jusqu’en 1914, le "nègre" désignait, dans la presse de l’époque, non seulement les "Noirs", mais aussi les représentants des autres peuples colonisés : Arabes, Kanaks, Indiens», précise Gérard Noiriel.

Mais alors, dire le Blanc et le Noir, n’est-ce pas risquer de figer des catégories qui ne le sont pas ? Certains chercheurs préfèrent travailler sur la religion ou l’islamophobie, concepts selon eux plus adaptés que la couleur de peau au contexte français. L’historien Gérard Noiriel, lui , est sévère sur l’utilisation excessive de catégories ethnoraciales : «Beaucoup de mes collègues travaillant sur ces questions se comportent comme des experts, ou des porte-parole. Au nom de leur science, ils n’hésitent pas à dire aux gens quelle est leur  "véritable" identité.» En plein essor depuis le recul du mouvement ouvrier, ces identités peuvent devenir «des facteurs de division car les gens qui pourraient se rassembler sur la base d’un intérêt commun - la misère, le chômage - se replient sur des particularismes de religion ou de couleur de peau» (3).

En réponse à nos questions, l’écrivaine Léonora Miano, lauréate 2013 du prix Femina pour la Saison de l’ombre (Grasset), a fait passer à Libération un texte, encore inédit, intitulé «La question blanche» :

Léonora Miano a écrit:
«C’est toi qui as dit Noir. […]

C’est toi qui as dit, qui as fini par croire qu’un humain pouvait être Blanc. […]

Un de ces quatre il faudra que tu te poses la question, que tu affrontes la cruciale interrogation, que tu te demandes ce qui t’a pris. Pourquoi inventer cette vision de toi ?»


(1) Dans le livre De quelle couleur sont les Blancs ? (La Découverte, 2013).

(2) Lire à ce sujet le n° 10 de la revue Poli sur les «techno-racismes», qui vient de paraître.

(3) Lire l’intégralité de son interview sur Libération.fr




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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Sam 5 Sep - 20:45

un texte provocateur, comme toujours avec Sadri Khiari qui adore se fait plaisir, voire en rajouter à la manière des gauchistes, dans ses textes comme dans ses dessins (voir en bas)... Est-ce dû à son passé tropskiste ? Qui sait...

... mais texte intéressant, en ce qu'il approche inhabituellement la question des « petits Blancs ». On peut trouver un rien contorsionniste d'entendre parler d'"indigénisation tendancielle" qui définit un champ politique blanc, mais l'idée n'est pas sans me séduire, dans la mesure où le caractère décolonial des luttes est une nécessité qui concerne largement autant les Blancs que les "racisés"


c'est un extrait de son livre



INDIGÉNISATION TENDANCIELLE

Les Blancs indigénisés des cités populaires Sadri Khiari PIR 28 septembre 2013

Sadri Khiari a écrit:
Bien plus que la génération antérieure, les générations blanches nées à partir des années 1980 ont été profondément affectées par les effets de la restructuration libérale et par l’offensive tous azimuts lancée contre les quartiers populaires. Leurs trajectoires historiques et leurs parcours de vie déterminent d’autres tropismes que ceux de leurs aînés. Enracinées dans une même condition sociale, un même sentiment de relégation, un même contrôle institutionnel, notamment policier, une même extériorité par rapport au champ politique et aux mécanismes décisionnels, une conscience commune et des solidarités puissantes se construisent entre jeunes Blancs – ou ceux que la précarité économique maintient durablement dans un entre-deux-âges social – et indigènes.

Ensemble, également, ils subissent les vieux stéréotypes associés aux « classes dangereuses » du XIXe siècle, tellement analogues aux représentations raciales du « sauvage » des colonies. Et si les indigènes sont stigmatisés, en sus, parce qu’ils sont indigènes, les jeunes Blancs des cités pâtissent de leur propre proximité sociale, culturelle, affinitaire, aux « sauvages » proprement dit, ces descendants de colonisés auxquels ils sont souvent assimilés. Leurs privilèges en tant que Français et Blancs s’effacent relativement face à ce que l’on peut appeler une indigénisation tendancielle. Le Noir déteint sur le Blanc – j’aurais pu dire l’Arabe ou le musulman, bien sûr.

A des degrés divers, ce phénomène d’indigénisation tendancielle, partielle, différenciée selon les espaces et les populations affecte, par effet de globalisation, de diffusion, de contagion, de nombreux quartiers populaires indépendamment de la masse effective d’indigènes qui y résident. L’indigénisation est une tache d’huile qui se répand dans la trame du tissu urbain périphérique au fur et à mesure que de nouvelles générations de Blancs sombrent dans le « sous-prolétariat », dans la précarité et la détresse. Ces jeunes Blancs, ostracisés déjà en tant qu’« exclus », le sont désormais en tant que semi-indigènes. On pourrait les appeler des métis politiques. On leur refuse un emploi, un logement, un loisir; la police les assaille; la justice les méprise; des enseignants ont peur d’eux; non pas seulement parce qu’ils appartiennent aux classes subalternes mais aussi, de manière croissante, parce qu’on les identifie à leurs voisins de palier réels ou virtuels qui ont la peau sombre et des mœurs étranges. Comme dans certaines des colonies actuelles, l’indigène par assimilation peut avoir la peau blanche et descendre effectivement d’un quelconque Gaulois. Ce mouvement d’indigénisation relative tend ainsi à élargir la fracture coloniale à l’échelle nationale. Lorsque le Pouvoir blanc fabrique ce qu’il appelle les « territoires perdus de la République », qu’il découpe dans l’espace des zones d’insécurité, qu’il délimite des populations « à risque », qu’il oppose à la « France qui a peur » les « quartiers sensibles », trop indigènes à son goût, il fabrique du même coup une fracture « territoriale » qui recouvre en partie la fracture coloniale. La résistance dans les quartiers populaires contre les dispositifs qui creusent les inégalités « territoriales » ou sociales comporte dès lors une incontestable dimension décoloniale. La puissance politique des Blancs se rebellant ainsi contre la condition indigénale qui, pour une part, les accable comme elle accable les non-Blancs devient elle même, pour une part également, un moment de la Puissance politique indigène.

Il me faut ici nuancer encore, apporter certaines précisions. Je décris là, en effet, une tendance, un processus qui ne se développe ni de façon linéaire ni sans contradictions. La réalité des quartiers est particulièrement hétérogène et les modalités de leurs insertions dans l’espace social et politique national fortement différenciées. Surtout lorsque l’extension de la fracture coloniale par l’indigénisation rampante des quartiers populaires prend la forme, apparente et réelle à la fois, d’une fracture territoriale, elle a pour conséquence paradoxale de brouiller le clivage racial et de camoufler les privilèges, certes très relatifs, dont disposent les jeunes Blancs des cités. La lutte des races sociales n’apparaît pas, immédiatement, en tant que telle. Oh, pas tant dans l’esprit de ceux qui tiennent le pouvoir et savent généralement à quoi s’en tenir! Mais dans la conscience même des « jeunes de banlieue». Les solidarités qui se trament par-delà les origines et les nationalités, l’émergence d’une culture de quartiers, les résistances partagées, la prégnance de l’idéologie républicaine, cristallisée dans les institutions et les politiques publiques, confortent ainsi l’intuition illusoire, y compris parmi les indigènes, selon laquelle rien ne distingue un jeune chômeur blanc d’un jeune chômeur indigène. Le flash-Ball du CRS – « arme à létalité atténuée » ou « sublétale » selon l’expression consacrée du fabricant—semble ne pas faire de différences entre Blancs et indigènes.
La réalité raciale a cependant la tête plus dure que le béton des HLM. Fût-ce de manière minime, occasionnelle, l’indigène, même quand il est français reste l’objet d’un traitement d’exception, de discriminations qui lui sont propres. Et quand bien même un Blanc subirait un traitement similaire à celui d’un indigène, il possède au moins le privilège symbolique d’être français et blanc. Et il le sait. Et il peut éventuellement en jouer. Les multiples dispositifs de marquage, de relégation, de contrôle, de répression, même quand ils le réduisent en partie à la condition d’indigène, même quand ils sont nourris par la mémoire coloniale des institutions bureaucratiques et policières de la République, ne lui ôtent pas complètement son privilège de Français blanc. L’« intégration » des Blancs dans l’indigénat est aussi impossible que l’ « intégration » des indigènes dans la République. Et pour les mêmes raisons. Un Blanc converti à l’islam peut se « déconvertir ». Un Arabe, même parfaitement athée, reste un musulman. Les Algériens harkis qui ont tant fait – et souvent – pour se fondre dans la masse anonyme du « Peuple de France » l’ont bien appris à leurs dépens. Le Noir et l’Arabe sont définitivement, dans l’ordre de la République, de l’autre côté de la barrière raciale. Ils portent cette barrière dans leur corps, dans leurs histoires, dans leurs vécus quotidiens. Non pas seulement parce que la France le leur dit, aujourd’hui comme hier; qu’elle les combat en particulier pour ce qu’ils sont censés avoir de particulier. Mais parce qu’ils sont aussi les héritiers d’une mémoire, d’une culture, transmises bon gré mal gré par les générations indigènes qui les ont précédées, et que la République et l’eurocentrisme dominant s’acharnent à nier, à étouffer, à disqualifier; parce qu’ils héritent également des déchirures de la colonisation, de l’émigration et du rejet, rigidifiés, sédimentés, rendus indissolubles par la persistance de leur condition d’indigène; parce qu’enfin ils gardent en eux les traces des résistances individuelles, des luttes collectives, de la fierté préservée de l’indigène face à l’état d’indignité auquel on a voulu le réduire.

Dans ses œuvres, Franz Fanon a mis en lumière la violence inhérente aux rapports coloniaux. Abdelmalek Sayad, dans un registre autre mais si proche, a poursuivi ce travail, le scalpel du sociologue partial à la main. Il a dévoilé la dialectique colonialisme-néocolonialisme qui s’inscrit dans la chair et l’os de l’« émigré-immigré »; il a décortiqué les mécanismes d’indigénisation permanente produits par l’État et la « pensée d’État »; il a sondé, mieux que personne, l’« âme » de l’indigène en France, de ses enfants et des enfants de ses enfants; il a percé des coffres-forts interdits, il a révélé à ceux qui ne voulaient pas savoir, ou le dire, l’emboîtement douloureux des humiliations coloniales, de l’orgueil retrouvé une fois les indépendances acquises, de l’arrachement dévastateur et honteux à la terre, au pays, à la tradition, de l’émigration-immigration synonyme d’intégration renouvelée à l’indigénat. On ne soulignera jamais assez l’efficace social de cet héritage. Le plus « franchouillard» des Français d’origine coloniale, celui que les médias nous présentent comme un magnifique échantillon d’« intégration », est traversé de part en part par cette histoire dont il pense peut être ignorer tout. Et s’il venait momentanément à oublier qui il est, qui il ne peut pas être, la République et ses « concitoyens » blancs sont là pour le lui rappeler. Il n’est pas un «vrai » Français; sa présence en France est illégitime; les droits qu’il croit posséder ne sont pas ses droits; s’il n’est coupable d’aucun crime, il l’est néanmoins d’être potentiellement coupable; on le tolère; on peut même l’aimer; on ne perd pas nécessairement l’espoir de le « civiliser »… mais il est arabe! Mais il est noir! Mais il est musulman! Un Blanc indigénisé est désindigénisable; un indigène, dans la République, est irréversiblement un indigène. La violence, même quand elle n’a pas le goût de la matraque, est inhérente aussi aux rapports post-coloniaux.

De l’indigénisation tendancielle des jeunes Blancs des quartiers populaires, il ne résulte donc pas une dissolution des distinctions raciales, fussent-elles réduites en apparence à un simple décalage. Elle génère une combinaison complexe et fluide où se croisent, se fondent, s’opposent intérêts communs et enjeux particuliers, voire conflictuels. Souvent, une même « condition de classe » porte la révolte sociale des jeunes habitants des cités populaires comme des moins jeunes; les violences policières, culturelles, symboliques les rapprochent sans les confondre; elles forgent les raisons d’une résistance commune mais elles n’abolissent pas pour autant la violence spécifique dont les Noirs et les Arabes sont l’objet ou qu’ils portent dans leurs mémoires, en tant que descendants de colonisés et d’émigrés-immigrés. Et cette violence particulière détermine des revendications qui n’appartiennent qu’à eux, comme celles relatives aux discriminations raciales, au respect de leurs parents, à l’abrogation de la double peine ou, pour les musulmans, au droit d’avoir des lieux de prière dignes ou de porter le voile. En réalité, même lorsque leurs exigences sont identiques à celles de leurs voisins de blancs, eh bien elles sont différentes. En amont de leurs revendications, même les plus élémentaires, aux travers de leurs résistances, même les plus invisibles, apolitiques en apparence, parfois « réactionnaires » au regard des catégories binaires qui structurent le champ politique blanc, se joue en effet leur statut en tant que race sociale dominée. Ils ne le formulent pas ainsi, ils ne le pensent peut-être pas, mais dans la moindre de leurs protestations est mobilisé l’ensemble des strates accumulées de leur mémoire de colonisé: la « hagra », comme disent les Algériens. Filles et fils de l’émigration-immigration, qu’ils parlent, qu’ils bougent, qu’ils rappellent leur existence, qu’ils deviennent visibles, lèvent la tête, se mêlent a fortiori de politique, ils secouent le carcan colonial qui les somme d’être « polis », de se taire, d’être discrets, de ne pas se montrer, de respecter la maison de l’hôte, d’en accepter traditions, coutumes et « valeurs », de ne pas se mêler de ce qui ne les regarde pas. Et surtout pas de politique, domaine réservé du citoyen blanc, du citoyen parce qu’il est blanc, du Blanc parce qu’il est citoyen. « Estimez-vous heureux et fermez-la! », voilà ce qu’on leur dit entre deux contrôles policiers. Ne pas la fermer est une « impolitesse », une ingratitude, une offense, une « incivilité», un acte caractérisé de délinquance, une « insécurité », une atteinte à l’« identité nationale », oui, ne pas la fermer est un acte de résistance anticoloniale! Quand il vote à droite pour faire payer au PS ou au PC le prix de leur mépris, l’indigène est anticolonial; quand il vote à gauche par peur de la droite, il est anticolonial; quand il ne croit plus à rien, il reste anticolonial; quand il a la « rage », quand il a la « haine », il est toujours anticolonial. L’« émeute » est anticoloniale. L’immense révolte de novembre 2005 est assurément anticoloniale. Et la République le sait!


présentation de l'éditeur
Citation :
« Le racisme n’est pas un dysfonctionnement de la République, comme on a souvent tendance à le penser, mais son fonctionnement normal. La République est le Pouvoir blanc. »

Comme le Capital a produit les classes, le patriarcat les genres, le colonialisme a produit les races. Si le mot fait peur, se chuchote à peine, la chose, elle, n’en finit pas d’exister et de tisser les rapports sociaux. C’est elle qui cimente les discriminations à l’embauche, à l’avancement, au logement, dans l’accès aux loisirs ou aux instances médiatiques et politiques, dans les pratiques policières et judiciaires, etc.

« La preuve des races sociales, c’est qu’elles luttent ! »

Face à cette offensive massive contre tous ceux qui sont définitivement de l’autre côté de la barrière raciale et que la France s’acharne à combattre en particulier pour ce qu’ils sont censés avoir de particulier, Sadri Khiari nous donne à voir les luttes de résistance de ceux dont on tolère à peine l’existence quand on ne la nie pas complètement : des luttes des OS immigrés aux grèves des loyers dans les foyers Sonacotra, des luttes des sans-papiers à la solidarité avec la Palestine, des mobilisations contre les crimes racistes et les violences policières jusqu’aux révoltes des quartiers populaires, ils sont nombreux à défier les promesses non tenues de liberté, d’égalité et de fraternité.

Pouvoir blanc vs Puissance indigène

Derrière les défaites, les « récupérations », les protestations sans lendemain, les émeutes vite réprimées ou les divisions, Sadri Khiari nous révèle l’existence d’une véritable puissance politique, longtemps restée inidentifiable, parfois inconsciente d’elle-même mais bien réelle -tant, dans une logique d’opposition à la domination blanche, elle pèse dans les rapports de forces.

Sadri Khiari est l’un des fondateurs du MIR. Il est l’auteur de Tunisie, le délitement de la cité – Coercition, consentement, résistances (Karthala, 2003) et de Pour une politique de la racaille. Immigré-e-s, indigènes et jeunes de banlieue (Textuel, 2006).

Editions La Fabrique, janvier 2009, 12 euros – 255 pages




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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Ven 18 Déc - 7:56


Appropriation culturelle : j’ai tout compris !
16 décembre 2015 par Malika Salaün, membre du PIR


« De tous les crimes du colonialisme, aucun n’est pire que la tentative de nous faire croire que nous n’avions pas de culture propre ;
ou que celle que nous avions n’avait pas de valeur. »
Julius K. Nyerere

Rachel Dolezal est une femme blanche américaine qui a usurpé l’identité Noire pour se bâtir une carrière d’experte sur les questions de racisme aux Etats-Unis. Elle a fait la une de l’actualité courant 2015, lorsque sa supercherie a été dévoilée. Monter une telle mystification au pays de la One-drop rule[1] et des lois Jim Crow est particulièrement cynique. Pire, en réaction aux critiques formulées par de nombreux Noirs-Américains, la femme a persévéré, se prétendant transraciale et revendiquant la liberté de s’identifier comme elle le souhaitait. Les médias ont pris fait et cause pour elle, lui donnant la parole et la traitant avec empathie.

Certains, bénéficiant du racisme ici, ont regardé l’affaire l’air d’avoir tout compris. Or, prendre position en tant que Blanc sur des questions u.s. ne relève pas de l’engagement ou de l’antiracisme : c’est au mieux de la conversation[2]. Traditionnellement, en France, les voix Noires-Américaines sont utilisées pour réduire au silence la parole antiraciste. Cela permet à ceux qui tirent avantage du racisme ici d’embrasser des questions qui les placent du côté du Bien. Et d’éluder, par la même occasion, la question du pouvoir ici.


Citation :
Non, le seul intérêt de cette sordide affaire américaine, c’est d’offrir l’opportunité de discuter de l’appropriation culturelle en pays assimilationniste et de préparer son éradication. Car c’est principalement d’appropriation qu’il s’agit dans l’affaire Dolezal : une appropriation culturelle, donc identitaire et politique. Chalise Saunder[3] définit l’appropriation culturelle ainsi : « les membres d’un groupe relativement privilégié opèrent un raid sur la culture de groupes marginalisés ou ayant moins de pouvoir, et extraient des pratiques culturelles ou des artefacts de contextes historiquement ou culturellement spécifiques ».

L’Europe a marqué durablement l’histoire du monde. Son palmarès en matière d’extermination et d’exploitation de peuples demeure inégalé. L’ampleur de la traite et de l’esclavage trans-atlantiques et de la mise en esclavage des Africains et de leurs descendants par les Européens en fait un crime unique dans l’histoire de l’Humanité. Le colonialisme européen fut d’une envergure telle que la structure des institutions économiques, politiques, culturelles construites pour supporter cette expansion perdure jusqu’à aujourd’hui. Cela a eu pour conséquence la disparition ou la neutralisation de patrimoines scientifiques, linguistiques, agricoles, spirituels, vestimentaires, architecturaux, etc. Dans le cas de l’esclavage transatlantique, l’entreprise de destruction et d’effacement des cultures des Africains déportés et mis en esclavage dans l’univers concentrationnaire des Amériques fut d’une perversité, d’une ampleur et d’une sophistication insensées. L’empreinte de l’Europe sur le monde est bien celle de la dépossession[4].

Pour nous, indigènes, vivant en France aujourd’hui, la suprématie blanche s’applique à nier et dissimuler nos cultures. Face à cette négation, il faut déployer des efforts gigantesques pour aimer, pratiquer, défendre et donner vie à des cultures que la France persiste à nier. Transmettre dans des conditions si oppressives est un combat quotidien et collectif contre l’effacement ; chaque jour, les indigènes réalisent ce tour de force. Car pour nous, nos cultures, ici dominées, sont nos poumons, indispensables à notre survie et indissociables de nos luttes. Ici, en pays assimilationniste, faire vivre les cultures dont nous avons hérité ou que nous venons d’inventer, est un acte de résistance.

Le pouvoir blanc nous dépeint comme dépourvus de culture. Sauf en deux occasions :

– pour expliquer défavorablement nos comportements ;

– pour l’agrément des Blancs.

Car nous sommes représentés, nous apparaissons, même si nous ne sommes pas présents. L’industrie culturelle est même l’un des champs où nous sommes surexposés. Cette présence/absence se réalise grâce à un procédé de substitution. A nos cultures réelles se substitue un double déprécié : le succédané. Il s’agit d’une production de la culture suprématiste blanche comportant des éléments de nos cultures et constituant le savoir de base sur les indigènes. Afin de masquer son caractère raciste, ce savoir de base est régulièrement actualisé par l’introduction d’extraits récemment prélevés. Le succédané se substitue pour inférioriser, moquer, caricaturer, émasculer, ridiculiser, chosifier. Sa structure n’a pas évolué depuis la période coloniale : sa forme s’est adaptée, il est dynamique.

Les Blancs, eux, sont dépeints comme étant les héritiers de La culture occidentale, ici LA culture française. Celle-ci serait prestigieuse : des penseurs, des philosophes, des héros, des résistants, une Histoire de luttes et de résistances courageuses, unehttp://indigenes-republique.fr/wp-admin/post-new.php littérature, une production cinématographique, une gastronomie riche et sophistiquée, une langue parmi les plus belles au monde. Le souchien en serait l’héritier : légitime, donc, qu’il ait plus de pouvoir dans ce pays. Un bon indigène, bien assimilé, a le devoir d’accepter cette asymétrie arbitraire et de perdre sa vie à la réduire. Si entre Blancs  la culture est mobilisée pour le classement social, vis-à-vis des Indigènes elle signe la vie ou la mort sociale. On a vu pendant la période post-Charlie combien l’idée selon laquelle les indigènes ne seraient bons/humains qu’à condition d’avoir été civilisés par la république est prégnante. Ne pas vouloir ou ne pas pouvoir mobiliser la culture dominante – donc blanche – justifie la disqualification sociale. Face à cela, nous, indigènes négocions, formons des stratégies, résistons et puisons énergie, force et courage dans nos cultures.

Autant l’oppression culturelle peut réduire les cultures des indigènes en des objets descriptibles, autant la culture dominante essaie d’échapper à la prise. C’est pourtant nécessaire de la décrire car la culture blanche est moins belle qu’elle ne se rêve. Tout comme elle s’obstine à nous dépeindre nettement moins beaux que nous ne le sommes en réalité, elle entretient la confusion avec son double sublimé, quitte à se duper elle-même. Ce double, c’est la culture suprématiste blanche. Celle qui nous inonde malgré notre volonté. C’est l’étalon mobilisé pour mesurer-déclasser les autres cultures. C’est le savoir de base sur les Blancs, que tous devons déconstruire mais que tous ne gagnons pas à déconstruire. La culture dominante consacre l’expérience blanche en l’érigeant en standard. Et a le pouvoir d’imposer cela par la violence. En retour, tout individu embrassant la culture blanche peut bénéficier des effets de cette violence tout en cultivant le luxe de ne pas y prendre part individuellement. Ainsi, la blanchitude se définit comme non-violente et qualifie de violence la résistance de ceux que le racisme d’État cible. La culture blanche assure la permanence des institutions générant cette violence par la reconnaissance, la valorisation et la légitimation de celles-ci génération après génération. L’identité blanche puise sa force dans le pouvoir auquel elle s’adosse. Le privilège blanc est par conséquent indissociable de la culture blanche, et des institutions construites par et pour les Blancs.

La culture blanche, c’est ce que partagent les bénéficiaires de la suprématie blanche. Elle assure la perpétuation et la légitimation du racisme. Elle évolue, dans ses détails, mais sa structure profonde ne change pas. Qu’est-ce qui la caractérise ? La domination, le contrôle, la standardisation, la hiérarchisation, la verticalité, l’inhumanité, la contradiction. C’est toute l’histoire de l’Occident : critérier, modéliser, démanteler, catégoriser. Même la beauté est modélisée. L’idéal de beauté blanc est un standard physique qui peut être décrit précisément : la taille d’un nez, l’épaisseur d’une cheville, la carnation de l’épiderme,… En conséquence, les sociétés blanches se caractérisent par une criminalité perverse centrée sur le pouvoir et le contrôle. Ces deux notions constituent le fondement de la culture blanche.

C’est pourquoi l’assimilation nous fait courir un danger : celui de délaisser nos richesses au profit de la verticalité, des hiérarchies, de la rivalité, la compétition, l’individualisme, et l’obsession pour la propriété.

La blanchité prétend aller irrémédiablement vers le mieux, être le progrès ; dans son escalade, elle a besoin de nous pour échapper à ses contradictions. Ainsi, elle fixe des standards spirituels, moraux, éducatifs, intellectuels inatteignables aux indigènes, postulant qu’ils sont atteints par tout Blanc, et exhibe notre incapacité de les atteindre en exultant. Ne nous leurrons pas : le dénigrement de Nabila, F. Ribéry, K. Benzéma, ou F. Pellerin est en réalité un discours sur les indigènes dans leur ensemble.

Quel rapport avec l’appropriation culturelle ? La culture blanche est une culture rigide, qui recherche la permanence et standardise la vie pour mieux la contrôler. Une culture de la répétition qui rabâche à l’infini une image d’elle-même sublimée et qui aborde l’avenir avec terreur. Une culture obsédée par sa splendeur : sa culture historique glorifie des crimes objectifs. Une culture individualiste et sèche incapable de se renouveler. Elle abhorre la faiblesse et rit de ceux qu’elle oppresse et violente. Trop occupée à se mirer dans un passé glorifié, elle répète, à l’identique, et meurt à petit feu de trop de confort. Audre Lorde parlait de haine de la différence. La culture blanche ne reconnaît que ce qui vient flatter son savoir, et ce qu’elle ne sait pas n’existe pas. Ce rapport au monde vicié entraîne un appauvrissement qui la conduit à sa perte. Où trouver de l’illusion de fraîcheur et de nouveauté ? Eh bien, dans nos cultures. Nous avons des cultures qui accueillent la vie, cultivent leur longévité sans être dans la répétition de l’identique, qui protègent leur mémoire et leurs racines avec plasticité. Il s’en dégage une force toujours impressionnante. Cette vitalité attise la convoitise et déclenche la rage blanche[5].


Voici une typologie du regard blanc posé sur nos cultures (ou ce qui en fait figure) : d’abord les indifférents, majoritaires, dont le seul contact avec les indigènes est le succédané. Une frange d’entre eux s’intéresse mais confond les succédanés avec la réalité : d’une part, les indigénophiles, qui vont en général se pencher exclusivement sur les formes culturelles valorisées dans les hiérarchies blanches. C’est à ceux-là que s’adressent les figures d’autorité blanches expertes en formes culturelles dominées. Le produit « Blanc qui surpasse les indigènes dans leur propre culture » s’adresse aussi à eux ; d’autre part, les indigénophobes. Eux, vont moquer le succédané pour flatter leur supériorité supposée[6]. Puis il y a ceux qui s’intéressent car ils connaissent ou envisagent la valeur de nos cultures. Dans cette catégorie, on va rencontrer : les chasseurs de fétiche et ceux qui viennent chercher une position d’autorité.

L’assimilation forcée et notre incapacité toujours pointée de maîtriser complètement la culture blanche, est à mettre en regard avec la liberté de tout Blanc de prétendre connaître/maîtriser nos cultures. C’est ce regard appuyé que se jettent des Blancs en notre présence pour moquer notre supposée méconnaissance de pratiques culturelles blanches érigées en normes. C’est l’indignation de Blancs lorsqu’en leur présence nous parlons une langue qu’ils ne comprennent pas.

Les rares formes culturelles indigènes reconnues par la culture dominante sont minorisées : les Blancs excellent dans les formes majeures, supérieures et concèdent notre compétence uniquement dans les formes mineures. Cette infériorisation constitue l’étape préalable à l’appropriation et masque une convoitise : une fois que notre culture est bien mimisée, le pilleur peut la faire prospérer. C’est là qu’intervient le défricheur, qui « découvre » un élément de culture indigène, comme les Européens « découvraient » des terres habitées. Le processus s’enclenche : de l’invisibilisation on passe à l’intérêt puis vient la décontextualisation, la dépolitisation, la fragmentation, la marchandisation, la polarisation/racialisation. La chose est vidée de sa substance et de sa force, n’en reste plus que l’enveloppe : l’esthétique.

Comme la racialisation introduit une hiérarchisation, l’esthétique devient signe de coolitude portée par un Blanc tout en étant proscrite chez les indigènes, car signe de médiocrité et d’incapacité. Nos cultures réduites à des fétiches : traquées, menacées, tuées, dépecées, démembrées. Le plaisir étant dans l’exercice du pouvoir, le fétiche vient réactiver le plaisir sadique. Ainsi, le moment où les discriminations islamophobes s’étendent et se normalisent coïncide avec celui où la barbe longue devient à la mode dans la culture blanche. Dans les mains des pilleurs, le Gwo-ka devient une gymnastique exotique, chanter le gospel devient une technique vocale, le dancehall devient une danse lascive, le Keffiyeh fabriqué en Chine un accessoire de mode qui promeut la paix entre occupant et occupé[7]. Et tout se mélange, tout s’homogénéise. Le fétiche, une fois sorti de son contexte, coupé de la culture qui l’anime et privé de la vie que lui insufflent ses acteurs, ne représente plus autant d’intérêt. Devenu un produit, il a un temps de vie limité : vient le temps où tout le monde le connaît, il est démodé, il ne vaut plus rien.

Un élément central de nos cultures est passé à la trappe par les pilleurs : les violences. Celles qui accablent simplement d’être dites. Celles qui se perpétuent génération après génération. Nos cultures sont belles parce qu’elles sont résilientes et cela n’est ni réifiable, ni critériable, ni descriptible. Elles n’opposent pas le passé et le présent, elles assimilent toute matière nouvelle sans perdre leur essence. C’est la permanence sans la rigidité : elles célèbrent la vie en en acceptant la fragilité. Cette souplesse vient de ce qu’elles ont appris à se dégager de la prise, en se réinventant pour échapper à la captation.

L’appropriation culturelle et politique, c’est la prétention individuelle à l’universalisme. « Je » – la marque de la blanchité – peut tout faire. Cette démarche-là participe de l’effacement de nos cultures. Les pilleurs de fétiches veulent nos richesses, pas notre condition. D’ailleurs, dès lors qu’ils deviennent représentants d’un genre ou d’une question politique, les pilleurs sont souvent les plus prompts à nier ou minorer le racisme. Ainsi, les amateurs d’esthétique radicale ou féline et de coupe afro sont souvent, sur le terrain, les adversaires les plus féroces et déloyaux des indigènes. L’appropriation culturelle et politique va au-delà de la seule consommation d’esthétique : elle participe du maintien de l’ordre racial en réaffirmant une inégalité de droit. D’une part ceux qui disposent de droits illimités et maîtrisent l’objet, jusqu’à définir les conditions de son existence. De l’autre, ceux constamment jugés dans la maîtrise imparfaite, entre trop peu et trop.

Ainsi fonctionne l’appropriation politique :

1. S’identifier moralement au combat de racisés en lutte contre le colonialisme / le racisme / l’impérialisme ailleurs dans le monde ;

2. Adopter l’esthétique de leur lutte et la plaquer en contexte français, au mépris des luttes existantes de dominés sur le même thème

3. Du fait de la distribution raciale du pouvoir, acquérir une position dominante dans le champs des luttes ;

4. Blanchiser, c’est-à-dire gommer l’impact de la race dans les violences sur lesquelles se focalisent ces luttes, pour y maintenir une position dominante ;

5. Accuser les indigènes qui dénoncent cette blanchisation de racialiser et, par là, les marginaliser.

On peut donc se prétendre anti-colonial, scander « police assassin » ou « Palestine vaincra » tout en défendant ardemment la suprématie blanche. Puisqu’encore une fois, le racisme n’est ni un sentiment, ni une posture, ni un discours, ni une colère mal placée : c’est une question de pouvoir. L’appropriation reflète une culture coloniale[8].

Toulouse, Octobre 2014 : Manifestation contre les violences policières suite à la mort de Rémi Fraisse. Des manifestants s’approprient le geste de Hands Up Don’t Shoot, geste de lutte adopté aux USA en août 2014, suite à l’assassinat de Michael Brown à Ferguson.

Dans une société où les droits sont distribués inégalement entre différentes catégories de populations définies racialement et critériées – et ce n’est pas le dominé qui a accès aux critères, lui il met en place des stratégies pour y échapper – à place différente, droits différents. En effet, dans de nombreux contextes, le face à face interracial est marqué par l’asymétrie de pouvoir : il est souvent tentant de cultiver l’insouciance et de s’attacher à la surface des choses. Cette irresponsabilité est un luxe. Nous, nous sommes scrutés en permanence par des gardiens de l’ordre racial désireux de détecter en nous la raison de notre infériorisation. Nous ne décidons pas de quels aspects de nos cultures nous pouvons nous exprimer librement dans des espaces institutionnels. Lorsqu’un Blanc s’approprie un objet de culture dominée, Il jouit de son privilège sans scrupules, au nez et à la barbe de l’indigène qui :

– soit porte aussi cet objet, pour le sens, pour ce qu’il représente pour lui et ses pairs, et malgré les mesures de rétorsion, il continue de le faire par dignité, fierté et détermination.

– soit y a renoncé parce que, quand on n’a qu’une vie et beaucoup de combats à mener chaque jour pour sa vie et la vie des siens, il faut renoncer à certaines batailles. Ca s’appelle la survie.

Le contact avec nos cultures en vie, c’est le moment où les Blancs sont confrontés à la réalité : lorsque nous sommes libres, nous n’avons pas besoin d’eux et nous sommes libres de ne pas feindre reconnaître leur autorité. Ils ne dominent plus, ils ne sont plus le phare de l’humanité. Ils n’existent plus. Dans leur blanchité. Le contact avec nos cultures en vie est aussi l’instant où le fantasme d’universalisme s’effondre, le moment où une limite se pose. Mais les Blancs, tellement habitués à ce que tout leur soit dû, tellement habitués à être au centre de toutes choses au détriment des indigènes, s’attendent à bénéficier du même traitement dans ces espaces. Et ce sont les seuls espaces où nous pouvons le refuser sans encourir des sanctions. Le mépris manifesté à nos cultures est donc un mépris feint qui masque jalousie et envie. L’appropriation – et le discours de disqualification qu’elle contient – est une stratégie pour dégrader une chose à laquelle il serait possible d’accéder par des rapports égalitaires. Mais ça, c’est trop dur, des rapports égalitaires. Apprendre une culture en faisant preuve de curiosité, de patience, et d’humilité – comme quand ils apprennent la culture britannique –, c’est trop dur. Alors on fait payer les indigènes pour ce désarroi douloureux.

L’appropriation, c’est aussi la décontextualisation et le détournement. Il n’est pas possible de donner individuellement un sens à un objet appartenant à une culture qui ne nous appartient pas. Le pillage de fétiche est aussi une stratégie pour se placer coûte que coûte au centre des choses. Un vieux réflexe inspiré par le roman d’aventures. Quand le héros va dans le village indigène, « la masse indigène » l’accueille comme un roi, il est un demi-dieu et en tire une gratification sociale et sexuelle. Cette figure de la littérature coloniale habite encore les fantasmes Blancs. Exceller dans les cultures d’indigènes permet aussi de nier le caractère structurel du racisme : cela dit, en filigrane, « voyez, nous sommes bien les meilleurs en tout ». Qui a besoin de l’autre ? C’est important de se le rappeler, pour ne pas, par crédulité, croire que le summum de la réalisation de soi, c’est quand les Blancs découvrent nos cultures et les reprennent. La dépendance n’est pas celle qu’on croit : la blanchitude dépend de nous. Nous sommes l’instrument qui valide sa supériorité car, encore une fois, l’identité blanche est relative.

L’appropriation culturelle est une violence symbolique et matérielle qui doit être éradiquée. Ce n’est ni un hommage, ni un clin d’œil, c’est un accaparement. Porter comme un accessoire un objet qui appartient à une culture oppressée, ce n’est pas un échange, ce n’est pas une valorisation, c’est s’inscrire dans le prolongement de l’effacement. C’est le prolongement du pouvoir sur une catégorie d’être humains : cela vise à perpétuer une relation de soumission.


Malika Salaün, membre du PIR


Principales sources :

This is white culture

– Dr. Marimba Ani : Cleansing ourselves of european concepts


Notes

[1] La règle d’une seule goutte : était considéré comme Noire toute personne ayant au moins un ascendant Noir, par opposition à un sang de race blanche pure.

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Art_de_la_conversation

[3] The Bastardization of Black Culture (In America)

[4] Carte des pays qui ont été sous contrôle Européen


[5] Rage blanche : afflux de colère et d’indignation déclenché par nos transgressions de l’ordre racial

[6] C’est l’identité relative : on ne sait pas ce qu’on est, mais on sait qu’on est plus qu’un moricaud

[7] When the keffiyeh turned couture


Yaron Minkowski's models draped in keffiyehs as a symbol of Fashion Week coexistence
Courtesy Idocvm and Mark Oren/TLV Fashion Mall

[8] Udoka OKAFOR : Cultural Appropriation: The Act of Stealing and Corrupting


PS : pour éviter toute ambiguïté quant à mon intérêt pour les cultures afro-américaines, où toute accusation d'allégeance au PIR, mes positions sur ces questions remontent à bien avant sa création. Mes travaux critiques sur le jazz, formulés en 2002, vont dans le sens de cet article, pour la simple raison que le principe en est d'écouter tant la musique que les propos de ceux qui l'ont faite dans les conditions où ils l'ont faite

voir Jazz et problèmes des hommes : l’éthique du jazz, par ses protagonistes, mêmes (et petite philosophie politique)

sommaire

voir par exemple : musique noire, discours blanc extraits :


Leroi Jones a écrit:
En général, la réaction du critique dépendait plus de son appréciation de la musique que de la compréhension de l’attitude qui était à sa source. Cette différence expliquait que le critique de jazz en puissance allait apprécier la musique ou ce qu’il pensait être de la musique, sans comprendre, ni même se soucier, des attitudes dont elle procédait, sauf peut-être d’un point de vue purement sociologique.

Cette dernière idée est sans doute ce qui a produit l’attitude protectrice inverse, connue sous le nom de « Jim CROW ». L’expression péjorative, « Les gars, vous avez le rythme ! », n’est pas moins péjorative sous prétexte qu’elle est formulée comme une appréciation positive. Mais cette attitude Jim Crow n’a pas été une faiblesse aussi menaçante ou évidente dans la critique de jazz qu’une autre manifestation de l’échec des critiques blancs à prendre pour centre d’étude l’esprit des blues du jazz plutôt qu’une appréciation conditionnée de la musique.

La faiblesse essentielle de cette aproche de la musique noire est qu’elle prive la musique trop naïvement de son but socio-culturel. Elle vise à définir le jazz comme un art (ou un folklore) qui ne serait né d’aucun élément raisonné de philosophie socio-culturelle.

Leroi JONES, Le jazz et les critiques blancs, 1963, Musique noire, p. 17-18


Alexandre Pierrepont a écrit:
« En Occident, le groupe (ou l’individu) s’autorise de ce qu’il exclut (c’est la création du lieu propre) et trouve son assurance dans l’aveu qu’il tire d’un dominé (ainsi se constitue le savoir de/sur l’autre, ou science humaine »  , se risquait à intervenir Michel de Certeau (l’Ecriture de l’histoire, 1975). Passe encore que nos bonshommes de neige et de science n’aient pas eu le coeur à s’exprimer dans l’étourdissante langue de l’autre, mais que dire de leur aplomb quand ils se refusent ne serait-ce qu’à considérer l’éventualité d’un pouvoir d’énonciation spécifique et ce qui, dans la vie de ce langage et le système de relations qu’il inaugure est déjà la traduction d’une conception du monde.

Alexandre PIERREPONT, Le champ jazzistique en son temps, L’HOMME 158-9, 2001


Michel Leiris a écrit:
Nos idées sur la culture étant elles-mêmes partie intégrante d’une culture (celle de la société à laquelle nous appartenons), il nous est impossible de prendre la position d’observateurs extérieurs qui, seule, pourrait permettre d’établir une hiérarchie valable entre les diverses cultures : les jugements en cette matière sont nécessairement relatifs, affaire de points de vue, et tel Africain, Indien ou Océanien serait tout aussi fondé à juger sévèrement l’ignorance de la plupart d’entre nous en fait de généalogie que nous sa méconnaissance des lois de l’électricité et du principe d’Archimède.

Michel LEIRIS (1901-1990), Race et civilisation, Paris Unesco, 1951


Cecil Taylor a écrit:
Cecil Taylor : Je ne peux pas dire exactement que mon arrière arrière arrière arrière grand-père était George Washington...

Louis Calabro : Moi non plus... (Rires)

CT : Bien sûr, vous ne pouvez pas parce que probablement vous descendez de quelqu’un qui n’était pas là avant George Washington. Mais certains de mes ancêtres étaient là avant - c’est la différence entre nous. Et dans ce pays, la réalité est que le jazz vient d’une communauté particulière. Le jazz commence dans la communauté noire (...) cette musique a commencé quand les esclaves ont été déportés ici (...)

C’est pourquoi le mouvement pour l’intégration est si curieux - comme si vous ne pouviez me regarder et voir que je ne suis pas intégré... je vis dans une certaine communauté et je suis sujet à certaines choses par lesquelles (vous) n’êtes pas concerné. Et tous ceux qui ont fait le jazz le plus actif (moving) - actif au sens où sans eux, le Lennie Tristano dont parle monsieur n’existerait pas...

Le jazz est une forme d’expression américaine parce que celui qu’on appelle Nègre est américain. Mais c’est son feeling dont on peut suivre la trace... en remontant aux Shouts, aux Work-songs. Et quand ce feeling a rencontré les métropoles industrielles, il les a reflétées. (...) C’est une expression de l’existence nègre et des sentiments relatifs à ce qu’est l’Amérique. Je dis que les Blancs n’ont fait simplement qu’imiter ce feeling... Je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais nous devons comprendre où cela a commencé et d’où cela vient, et c’est l’existence nègre.


Cecil TAYLOR, p/comp/poète/danseur...  avril 1964, Bennington College, concert et débat public avec Louis Calabro (compositeur et enseignant), Hall OVERTON, compositeur et arrangeur...)

traduction Patlotch


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mer 23 Déc - 13:31


Thierry Leclère

De quelle couleur sont les Blancs ?





Citation :
Thierry Leclère vous présente "De quelle couleur sont les Blancs ? des petits Blancs des colonies au racisme anti-Blancs" aux éditions La Découverte. Avec les contributions de Andrew Asibong, Clarissa Behar, Pascal Blanchard ...
Sous la direction de Thierry Leclère et Sylvie Laurent.



Dernière édition par Patlotch le Jeu 7 Jan - 20:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Jeu 7 Jan - 19:35


le slogan « Noirs et Blancs, unissez-vous et luttez est inattaquable en principe,
mais souvent trompeur et parfois même dangereux au regard de la réalité,
infiniment variée, tumultueuse, passionnée, voire meurtrière, des relations raciales »


C.L.R. James

je ne donne ci-dessous qu'un extrait de ce long texte par ailleurs incontournable de David Roediger, où il fait notamment une mise au point quant au fait qu'il aurait été l'initiateur d'une critique marxiste de la blanchité (Whiteness)

Marxisme et théorie de la race : état des lieux David Roediger revue Période


Les théories critiques de la race sont parfois perçues comme un élément étranger au marxisme, importées des Cultural Studies ou participant de la décomposition d’une perspective matérialiste dans la théorie. Contre ce préjugé, David Roediger dresse ici l’histoire longue ainsi que le bilan des études critique de la race : des réflexions pionnières de Du Bois aux recherches menées dans le sillage de la Nouvelle gauche sur l’histoire de la blanchité par Roediger, Ignatiev ou Allen, c’est un marxisme particulièrement original, ouvert sur d’autres formes de savoir telles que la psychanalyse et toujours fondé sur l’expérience des luttes de classe qui se révèle ainsi.


Citation :
Dans son excellent ouvrage, The History of White People, Nell Irvin Painter soutient que « l’étude critique de la blanchité commence avec The Wages of Whiteness : The Making of the American Working Class de David Roediger en 1991, et How the Irish Became White de Noel Ignatiev en 1995 1. » J’ai beaucoup œuvré, au cours des vingt dernières années, pour ne pas être cette référence désignée par Painter. Toutefois, dans cet article, je tiens à reconnaître qu’elle n’a pas tout à fait tort non plus.

Il existe plusieurs bonnes raisons de ne pas vouloir être considéré comme un fondateur (ou cofondateur) de l’étude critique de la blanchité. Une telle filiation tendrait à identifier le moment de publication, dans les années 1990, de travaux par des blancs sur la blanchité comme l’origine d’un nouveau domaine de recherche, alors qu’en fait, des auteurs et militants non-blancs ont longtemps étudié les identités et pratiques blanches, en tant que problèmes à historiciser, analyser, théoriser, et contre lesquelles lutter. Mon objectif dans la longue introduction à l’ouvrage Black on White : Black Writers on What It Means to Be White est précisément d’insister sur la filiation plus ancienne de ces études récentes sur laquelle elles s’appuient. De plus, même au cours des vingt dernières années, les critiques les plus éloquentes de la blanchité ont été l’œuvre d’auteur.e.s de couleur comme Toni Morrison, Cheryl Harris, et maintenant Painter 2.

Il faut donc reconnaître que l’étude critique de la blanchité bénéficie d’une longue tradition, principalement alimentée par ceux pour qui la blanchité est un problème, y compris certains intellectuels blancs radicaux, qui soutiennent la thèse selon laquelle la revendication d’une identité blanche a mené à des actes inhumains et à la poursuite effective d’intérêts de classe parmi les blancs. Adopter cette vision plus large et plus précise du travail accompli me semble la parade la plus efficace contre l’idée que l’étude de la blanchité a constitué une mode, une fantaisie passagère comme l’étude du porno. Dans un article sur l’étude de la blanchité publié dans le New York Times Magazine en 1997, Margaret Talbot a exprimé ce point de vue avec autant de virulence que d’incompréhension. Sous le titre « Se gratifier d’être blanc [Getting Credit for Being White] 3 », elle a choisi de ne prendre en compte que les auteurs blancs de ce courant, en déplorant que cette mode fasse partie d’un ensemble plus large de « livres qui semblent mal équipés pour résister à l’épreuve du temps ».

En faisant de The Wages of Whiteness et How the Irish Became White des textes fondateurs du champ d’études de la blanchité, on l’expose à une série de critiques consistant à y voir un projet ultra-radical créé à des fins révolutionnaires et non à des fins de connaissance. C’est-à-dire qu’Ignatiev et moi-même avons beaucoup de visibilité en tant qu’auteurs de livres qui ont circulé assez largement parmi les jeunes militants ayant maintes fois établi leur désir d’en finir avec la blanchité. Les attaques hystériques du journaliste de droite David Horowitz sur les études sur la blanchité ont joué avec insistance sur l’idée qu’un tel travail n’aurait aucune valeur scientifique mais se réduirait à de l’endoctrinement et de la propagande. Horowitz a déjà tenté, de manière extravagante et implausible, de localiser l’étude critique de la blanchité « au niveau des écrits théoriques de tueurs de masse comme Lénine et Mao, et des dictateurs totalitaires comme Fidel Castro, Ho Chi Minh, Staline, Hitler et Mussolini 4. »

Les essais d’Eric Arnesen sur le sujet, tous trois plus acerbes les uns que les autres, mettent en garde contre l’étude de la blanchité. Ils marquent des points « anti-communistes », affirmant que les conclusions des écrits sur la blanchité sont manipulées par la politique radicale, réservant son plus grand mépris pour mon travail et surtout celui d’Ignatiev comme étant des exemples de « moralisme sectaire ». À propos d’Ignatiev, Arnesen semblerait préférer la purge au débat : « que sa sensibilité politique sectaire puisse trouver une place respectable au sein des départements d’histoire des universités témoigne de la nature œcuménique peut-être trop généreuse de l’université (du moins envers les sujets considérés comme progressistes) ». D’après ce point de vue, l’engagement politique d’Ignatiev aurait laissé une marque indélébile de « sectarisme de gauche » sur son travail historique. Mon propre péché serait d’avancer une politique antiraciste « bizarre » au sein de mes écrits académiques – d’aller au-delà des « barricades discursives » et d’appeler à l’offensive contre la suprématie blanche dans le monde réel 5.

Ceci étant dit, je ne suis plus totalement en désaccord avec Painter, quand elle parle d’un renouveau de l’étude critique de la blanchité au début des années 1990, du moment qu’il est entendu que nous parlons de son émergence dans le contexte de l’histoire américaine comme discipline et que nous reconnaissons que si Ignatiev et moi-même sommes les plus identifiés avec l’audace et l’engagement universitaire de ce renouveau, nous étions loin d’être les seuls engagés ou d’en être les meneurs intellectuels. Énumérer une liste plus complète des auteurs qui ont travaillé sur l’histoire de la blanchité dès les années 1990, en tant que fondateurs de la nouvelle phase de l’évolution de ce domaine d’études, donnerait une vision d’ensemble plus précise et diminuerait la vulnérabilité de ce champ aux attaques, même si d’autres figures importantes développaient en même temps des projets militants et des engagements intellectuels de gauche. Alexander Saxton et Theodore Allen étaient notamment là dès le début, et leurs ouvrages avaient un poids autrement plus considérable que le mien ou celui d’Ignatiev. Et Venus Green, Michael Rogin, George Lipsitz, Bruce Nelson ou Karen Brodkin devaient également bientôt publier d’importantes études6.

Ignatiev et moi avons principalement énoncé les thèses dont on se souvient le plus : l’idée de la blanchité comme « salaire », l’insistance sur le fait que certains immigrés « deviennent blancs », même si ces expressions sont, comme nous le verrons, très redevables des travaux plus anciens d’auteurs socialistes afro-américains comme W.E.B. Du Bois et James Baldwin. La présence de ce groupe plus large d’historiens radicaux hétérodoxes, majoritairement marxistes, travaillant sur la blanchité dans les années 1990 a permis que les petits ouvrages écrits par Ignatiev et moi-même ne soient pas totalement marginalisés, et qu’ils fassent même l’objet de discussions intenses à travers différentes disciplines.

Ce texte s’emploie donc à situer dans les années 1990 les origines d’un nouveau corpus d’études critiques sur la blanchité aux États-Unis, principalement basées sur l’histoire, dans un cercle d’auteurs aux expériences communes et disparates et aux idées marxistes remontant au moins aux années 1960, et pour certains cas aux années 1930. Les auteurs de ces études partageaient souvent les mêmes mentors, les mêmes inspirations et les mêmes moyens de publication. Nous nous connaissions par groupes de deux, trois ou quatre, même si nous n’avons jamais fonctionné en tant que groupe et aurions rechigné à l’idée qu’un champ d’études de la blanchité doive exister en-dehors de l’histoire radicale et des études ethniques.

L’article tente ensuite de décrire un milieu et de revenir sur sa formation, suggérant le rôle clé d’un marxisme fondé sur le militantisme syndical et les idées de C.L.R. James, Baldwin, George Rawick, et surtout Du Bois. Même l’adhésion de certains d’entre nous à la psychanalyse comme moyen de diriger nos recherches est venue de la gauche. La réussite d’intellectuels marxistes à reformuler l’étude de la race à travers l’étude critique de la blanchité mérite d’être soulignée, parce que les succès du matérialisme historique aux États-Unis ont été assez rares au cours des deux dernières décennies. L’émergence de ce champ comme projet historico-matérialiste, en partie dans le contexte spécifique du mouvement de libération noire, mérite aussi d’être explicitée, parce qu’il y a une certaine tendance parmi les critiques universitaires à imaginer que l’étude critique de la blanchité vient du postmodernisme, de Freud et des politiques identitaires, voire d’une opposition au marxisme. Au pire de sa négligence ou de son désir d’opposer certaines traditions marxistes les unes aux autres, cette critique s’est même rabaissée à qualifier l’étude critique de la blanchité de « critique du matérialisme historique », d’expression d’un « anti-matérialisme à la mode », ou même (dans une critique d’Allen, qui plus est) d’ « idéalisme philosophique extrême » 7.

En général, ces critiques citent la position résolument empiriste et non-marxiste d’Arnesen au début d’un essai puis décrètent quels livres sont suffisamment matérialistes et quels livres ne le sont pas. (On peut relever une circonstance atténuante : en l’espace de quelques lignes, Arnesen réussit à reprocher aux spécialistes de la blanchité de n’avoir pas rompu plus catégoriquement avec le marxisme pour les qualifier ensuite de « pseudo-marxistes », ce qui impliquerait peut-être un engagement de sa part envers un marxisme réel, non spécifié. Il a ensuite ridiculisé la psychanalyse, tout en se plaçant sur une hauteur d’où il juge les pratiquants d’une « pseudo-psychanalyse ». Il y avait donc de quoi s’y perdre8) Dans certains cas, ces critiques ont fait surface chez des auteurs qui, durant leur longue carrière, ont à peine reconnu l’existence du marxisme, et se découvraient une volonté soudaine de défendre le marxisme contre l’étude de la blanchité, volonté qui, comme par hasard, s’oppose à des gens qui se revendiquent comme marxistes depuis longtemps 9.
 
[...]

Références

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Article originellement paru dans Wulf D. Hund, Jeremy Krikler, David Roediger (dir.), Wages of Whiteness and Racist Symbolic Capital, Lit Verlag, Londres, 2011, sous le titre « Accounting for the Wages of Whiteness. U.S. Marxism and the Critical History of Race ». Publié ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Traduit de l’anglais par Jennifer Ewing

notes

1.Nell Irvin Painter, The History of White People p. 388 [↩]
2.Cf. David Roediger, Black on White pp. 1-26; Toni Morrison: Playing in the Dark; Cheryl Harris: Whiteness as Property [↩]
3.Margaret Talbot : « Getting Credit for Being White », pp. 116-119. [↩]
4.David Horowitz: Ethnic Studies or Racism ; Chris Weinkopf : Whiteness Studies [↩]
5.Eric Arnesen: Passion and Politics pp.340-f.; Eric Arnesen: Paler Shade of White p. 33 et ssq. [↩]
6.Cf. Alexander Saxton, Rise and Fall of the White Republic; Theodore Allen, The Invention of the White Race; Venus Green, Race on the Line; Michael Rogin, Blackface, White Noise; George Lipsitz, The Possessive Investment in Whiteness; Bruce Nelson, Divided We Stand; Karen Brodkin, How Jews Became White Folks. [↩]
7.Brian Kelly, Introduction, p. xxix, x et x1 (« critique », « anti-materialisme » et « idealisme »). [↩]
8.Andrew Hartman, Rise and Fall, pp. 23, 26 et passim; John Munro, Roots of ‘Whiteness’, pp. 175-192; Eric Arnesen, A Whiter Shade of Pale, pp. 33 ff. (« pseudo »). [↩]
9.Peter Kochlin, Whiteness Studies, pp. 156, 159, 166 et passim. [↩]


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Dim 10 Jan - 15:05

Une publicité raciste vantant la blancheur de la peau fait scandale en Thaïlande Huffington Post AFP  08/01/2016
 
MÉDIAS - "Le blanc fait de vous un gagnant" : ce slogan d'une publicité thaïlandaise pour des pilules pour la peau a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux du pays aboutissant au retrait vendredi de la campagne.


Citation :
Dans ce clip publicitaire pour le web (que vous pouvez voir ci-dessus), créée par la société thaïlandaise Seoul Secret et vu plus de 100.000 fois sur Youtube avant d'être retiré, une actrice thaï attribue clairement sa réussite professionnelle à son teint pâle. Les crèmes blanchissantes et les pilules sont très populaires en Thaïlande, avoir la peau claire étant largement considéré comme un critère de beauté.

"Ce n'est pas facile de rester à ce niveau pendant une longue période", explique dans la vidéo Cris Horwang, âgée de 35 ans et qui est également chanteuse et top modèle. "Si j'avais arrêté de prendre soin de mon corps et de mon teint blanc, tout ce que j'avais investi aurait disparu", continue-t-elle. La peau du modèle devient alors noire, et elle se tourne avec envie vers un second modèle à la peau claire qui apparaît à côté d'elle en souriant.

Synonyme de "classe inférieure"

Devant l'avalanche d'internautes qui ont dénoncé la vidéo comme étant raciste, vendredi matin la section des commentaires avait été fermée sur Youtube avant que la vidéo ne soit retirée. Et vendredi en fin d'après-midi, le groupe Seoul Secret a publié un communiqué d'excuses. "Notre société n'avait pas l'intention de transmettre un message raciste ou discriminatoire", écrit Seoul Secret.

"Je pense que l'agence de publicité savait ce qu'elle faisait", a estimé la blogueuse thaïlandaise Kaewmala, dont le blog thaiwomantalks.com est très suivi dans le pays. "Ils ne vivent pas sur la lune, je suis certaine qu'ils savaient que ce serait controversé... C'était très probablement une stratégie calculée, ce qui est, à mon avis, encore plus inacceptable", a-t-elle ajouté.

Dans les médias, en Thaïlande, une peau sombre reste toujours synonyme de "classe inférieure", estime encore la blogueuse, même si une vraie prise de conscience a eu lieu sur la question du racisme ces dernières années. En témoignent les récentes polémiques : le fabricant américain de donuts Dunkin avait dû en 2013 retirer une publicité en Thaïlande mettant en scène une femme au visage grimé de noir pour vanter les mérites de ses "charcoal donuts" ("donuts charbon"). La même année, une marque de cosmétiques du géant Unilever avait dû présenter des excuses après la polémique créée par un concours en Thaïlande autour d'un produit éclaircissant la peau.


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mar 12 Jan - 8:32


LE COLORISME


Internal Racism : Colorism continues to be a controversial
and painful topic among the African-American community

Colorism : Will such discrimination ever end?
Indianapolis Recorder Newspaper, 11 avril 2013


petite inflexion de ce sujet, un élargissement de l'opposition Blancs - Noirs (et autres), dont on va comprendre la raison par ces quelques lignes de Pap Ndiaye dans son livre déjà évoqué La condition noire, essai sur une minorité française, Calmann Levy 2008, folio actuel 2009


chapitre 2. Gens de couleur. Histoire, idéologie et pratiques du colorisme
Pap Ndiaye a écrit:
« Être noir n’est ni une essence ni une culture, mais le produit d’un rapport social : il y a des Noirs parce qu’on les considère comme tels. Mais il existe, au sein de cette catégorie historiquement construite, des sous-groupes caractérisés par des peaux plus ou moins foncées et qui ont pu faire l’objet de traitements différenciés. La question des nuances de couleur de peau au sein des populations noires est importante du point de vue des hiérarchies sociales. Je propose d'utiliser le terme de «colorisme», traduit de l'anglais américain «colorism», pour référer à ces nuances et à leurs perceptions sociales. Une réflexion sur le colorisme permet alors de nuancer l'opposition «noir»/«blanc», certes fondamentale dans les imaginaires racialisés, mais qui ne rend pas compte, à elle seule, des hiérarchies sociales induites par la racialisation.

Le militant des droits civiques H. Rap Brown écrit que la première chose dont l'homme noir est conscient « est que vous êtes différent des Blancs. L'autre chose que vous apprenez est que vous êtes nés dans un monde à double échelle de valeurs où la couleur est de première importance. Dans notre communauté, il existe une hiérarchie de couleurs qui est semblable à celle des blancs, et qui est donc renforcée de chaque côté. Les Noirs à la peau claire croient qu'ils sont supérieurs et les Noirs à peau peau plus sombre leur permettent d'agir selon cette croyance. » H. Rap Brown, Di Nigger Die !, New York, Dial Press, 1969, p. 4-7

La condition noire, p. 82-83

ce chapitre est divisé dans le livre en quatre parties :

- Esclaves clairs et foncés
- Une ligne de couleur dans la République ?
- la mesure du colorisme
- le mouvement de fierté mélanique


mais l'article de Ndiaye en 2006 dans De la question sociale à la question raciale ? La Découverte, 2006, livre collectif sous la direction de Didier et Éric Fassin, en présente plus précisément le contenu :

- Positions de classe et couleur de peau aux États-Unis
- Aux origines des nuances de couleur : l’esclavage
- Les élites métisses
- La progressive racialisation de l’identité française
- La fonction sociale des produits dépigmentants
- Discrimination mélanique


chemin faisant, c'est l'occasion de souligner les différences de la question en Afrique, aux Antilles, aux États-Unis et en France. Est ainsi évoquée la figure de métis et les nuances très fines faites aux Caraïbes et en Amérique latine (chez les Antillais : Nègres et Négresses *, Mulâtres et Mulâtresses, Chabins et Chabines, Capres et Capresses...) au point que les plus clairs venant en France métropolitaine sont choqués d'être considérés comme des Noirs

* je rappelle ici qu'aux USA, c'est le terme nigger qui est considéré comme péjoratif, Negro étant à l'inverse repris positivement, comme l'écrit Marcus Garvey en 1920 dans sa "Déclaration des droits des peuples nègres» : « Nous désapprouvons l'usage du terme 'nigger' pour parler des 'Negroes' et exigeons que le mot "Negro" soit écrit avec un N majuscule ». Une chose qu'ignorait sans doute Yves Coleman en voyant de ma part du racisme à parler de lui comme « demi-Negro »


« beautiful Blacks brothers ans sisters »...

Pap Ndiaye parle également du mouvement "Black is Beautiful" dans les années 60 aux États-Unis, de James Brown  en 1968 (« Say it loud ! I'm Black and I'm proud », "Dis-le bien fort ! Je suis noir et j'en suis fier"), et à l'inverse de «Michael Jackson, qui tente de gommer ses traits et sa couleur d'origine depuis vingt ans, fait figure, aux yeux de mes interlocuteurs noirs de France [enquête de l'auteur en régions parisienne et lilloise], de personnage pathétique, égaré dans les labyrinthes de la folie. » (p. 117)


1968

mais ce mouvement de fierté noire, s'il accompagne la solidarité du mouvement d'émancipation et participe de son unité face à la suprématie blanche, ne dure pas, et la montée d'une classe moyenne noire grâce à l'affirmative action (discrimination positive) remet bien vite les pendules américaines à l'heure du plus foncé en bas, au plus clair en haut, constante historique : « les observateurs attentifs de la société afro-américaine le savent bien : la bourgeoisie est dans l'ensemble plus claire de peau que le monde populaire afro-américain. Les élites noires sont métisses. Au vrai, le fait que plus la peau est claire, plus la position sociale est relativement élevée, constitue un lieu commun d'une bonne partie de la culture américaine depuis l'époque de l'esclavage. » (p.83)


et la blanchité, là-dedans ?

concernant le lien avec notre sujet initial, Whiteness ou blanchité, Pap Ndiaye fait référence (p. 102) aux « whiteness studies, ou « études sur la blancheur », [qui] ont  pour finalité de remettre en cause la perspective du « blanc » comme une évidence biologique, pour déconstruire historiquement la blancheur de peau, la soumettre aux mêmes outils d'analyse que les peaux non blanches et montrer comment elle a servi de marqueur social. Des historiens comme David Roediger ou Matthew Frye Jacobson ont montré comment les groupes immigrants se sont progressivement pensés comme « blancs », et ont été pensés comme tels par les autres. Du milieu du XIXe siècle aux années 1930, les irlandais et les Italiens n'étaient pas considérés comme des Blancs, mais comme des « Blancs de couleur », une catégorie raciale intermédiaire. » et il ajoute, concernant la France (p. 103, je souligne en gras) :

« L'outre-mer exotique s'appréciait à l'exposition, au zoo ou au cinéma, à bonne distance, et était parfaitement compatible avec une politique d'exclusion des travailleurs africains et asiatiques. En ce sens, la frontière entre la métropole et les colonies était bien pensée comme politique et raciale. La blancheur a été constitutive de l'identité nationale selon des modes propres à la France, mais pas essentiellement différents de la whiteness américaine ou britannique.

Gageons que des travaux futurs sur l'idéologie de la blancheur française comme constitutive de l'identité nationale, en relation avec des facteurs de genre, de classe et d'appartenance régionale, remettront les idées reçues sur le fameuxx universalisme républicain. »


nous voilà bien au cœur même de l'idéologie française et de ses avatars politiques de l'année 2015...


le sujet du colorisme a depuis fait couler un peu d'encre : Google > colorisme racisme, au-delà du sens qu'il avait... en peinture


2010

Citation :
Lequel est arrivé en premier : l’esclavage des Noirs ou les préjugés visant la couleur de la peau ? Ces derniers seraient-ils un legs du premier ? Ou bien est-ce l’inverse ? Le " colorisme " existant déjà, aurait-il déshumanisé l’esclavage à mesure que la peau noire marquait la population asservie ?

Ainsi commence une enquête qui vous mènera à travers le temps et l’espace dans des lieux familiers et pas si familiers. Il en ressort que la couleur de la peau, avant de devenir une marque de race et d’esclavage, possédait un autre sens identitaire… d’ordre sexuel. En premier lieu, la femme est pâle par rapport à l’homme qui, lui, est plutôt brun-rouge en raison d’une présence accrue de mélanine et de sang dans les tissus cutanés. En deuxième lieu, le visage féminin affiche un plus grand contraste lumineux, c’est-à-dire la luminosité du teint relativement à celle des lèvres et des yeux. Ces différences sexuelles se perdent aujourd’hui dans un monde de plus en plus multiethnique, bien qu’on parle toujours du fair sex et de l’homme " grand, foncé et beau ". Autrefois, cela se voyait, se pensait, se vivait.

Puis, avec l’expansion du monde européen des cinq derniers siècles, ainsi que la montée de l’esclavage des Noirs, ce colorisme a été réorienté vers de nouveaux rôles et de nouvelles fins...



Black is profitable...


source

il est clair également que certains groupes féministes revendiquant l'identité noire comme motif de leurs luttes ne sont pas sans ambiguïtés aisément "récupérables" par le marché :

Pap Ndiaye a écrit:
« Autrefois marché ethnique confiné à des boutiques spécialisée, qui importaient des produits de soin pour la peau ou les cheveux d'Afrique et des États-Unis, on trouve désormais des marques installées dans des boutiques Marionnaud ou Séphora. Les grandes marques de cosmétiques s'intéressent ouvertement à une « niche » commerciale tout à fait intéressantes, puisqu'il semble que les femmes d'origine africaine et caribéenne consacrent un budget supérieur à la moyenne à l'achat de produits de beauté. L'Oréal est déjà présente sur ce marché, via sa filiale SoftSheen-Carson. Constituée en 2000 par la fusion de deux firmes achetées par L'Oréal, cette marque développe fortement ses activités en Europe et en Afrique, et prétend devenir la marque de référence de produits de soins et de beauté destinés aux « personnes d'ascendance africaine. Il est désormais clair que les produits pour cheveux, en particulier, sont un secteur lucratif qui a débordé depuis longtemps des boutiques d=u boulevard de Strasbourg et de la rue du Château-d'eau à Paris, pour s'installer dans le grand commerce et les produits de beauté généralistes... »

La condition noire, p. 120

PS : j'ai abordé la question de la dépigmentation et de ses risques dans le sujet 'PROGRÈS', SCIENCES, HUMAIN, SANTÉ et capital... TRANSHUMANISME et dés-humanité, 14 août 2015; et celui de l'afro-féminisme en France dansLUTTES FÉMINISTES et DÉCOLONIALES... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION ! 26 juillet 2015...


collectif afro-féministe MWASI



Marche de la dignité, 31 octobre 2015, photos Patlotch


et la classe dans tout ça ?

inévitablement vient à l'esprit cette question. Entre le colorisme comme témoin de différences sociales et son retournement commercial avec des aspects qui ne sont pas sans entériner les hiérarchies sur une ligne blancheur-noirceur, dont parle Pap Ndiaye dans les pages évoquées, bien peu souvent semble posée la question de son dosage de "prolétarianité"...

une constante des mouvements noirs en France, depuis près d'un siècle, est la difficulté de liens entre associations de défense à base communautariste étudiantes et intellectuelles (René Maran et La dépêche africaine,1928, la Négritude des années 30 à 50, Présence Africaine à la Libération... le CRAN aujourd'hui...) et organisations de travailleurs en syndicats spécifiques d'immigrés africains, de Domiens ou d'associations de luttes des Sans-Papiers, sans parler des nouvelles vagues de migrants et autres réfugiés, pour ceux qui n'ont pas sombrés des nouveaux bateaux négriers en Méditerranée

un point positif est qu'aujourd'hui, ces organisations et associations semblent échapper à l'essentialisme d'un regroupement communautaire selon les origines, et davantage investir leur communauté ou similarité de situations d'assignation racialisée, une base d'intérêts communs en tant que minorités dans un pays « majoritairement de race blanche » comme le dit Morano soulevant l'indignation des antiracistes universels. C'est en soi un des éléments les plus positifs, à mon sens, d'actions telles que la Marche de la dignité, une capacité à fédérer de façon transversale des initiatives sans leur donner une direction de type parti politique, telle que la souhaitait le PIR lors de sa création en 2005
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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mer 27 Jan - 10:33



Dylann Roof’s struggle for true whiteness  Anthony B. Bradley -  @drantbradley    June 22, 2015

The Charleston shooting was about race, class and a wellspring of black flourishing

Citation :
The black church in America remains one of the greatest catalysts of African-American well-being in our nation’s history. Since the formation of black Christian congregations on slave plantations, it has served as a place for spiritual formation, black dignity, training and education, organizing for social justice, sustaining marriage and family, caring for the poor and so much more.

Sadly, African-American flourishing, enabled in part by the black church, was reinterpreted as a threat to the achievement of true whiteness by working-class and lower-class white people. This narrative of race and class may explain why Dylan Roof chose a black church, as opposed to anywhere else, to express his racial animus.

In “Not Quite White: White Trash and the Boundaries of Whiteness,” sociologist Matt Wray argues that, historically speaking, being a white person in America is a class status that someone had to earn, even for lower-class white people. Before the Jim Crow era, as South Carolina Anglican minster the Rev. Charles Woodsman expressed in 1766, people such as Dylann Roof were viewed with disdain by white elites as people who “delight in their present low, lazy, sluttish, heathenish, hellish life, and seem not desirous of changing it.” The so-called white trash, Wray writes, “reveals itself as an expression of fundamental tensions and deep structural antimonies: between the sacred and the profane, purity and impurity, morality and immorality, cleanliness and dirt.”

“To be accepted as white in America,
people must do all they can to prove that they are not black”

Lower-class white people and European immigrant groups, as historian David R. Roediger explains in “Working Toward Whiteness: How America’s Immigrants Became White,” had to work really hard to distinguish themselves from black people in order to be perceived as truly white. Not to live up to the cultural expectations of whiteness, regardless of one’s actual skin color, was to invite utter disdain from educated land-owning elites. Find ways to project the negative attributes that white elites had for “white trash,” “rednecks” and “crackers” became a group-forming mission across America. Roediger notes that one of the first words immigrants learned after they arrived in America was “nigger.” To be accepted as white in America, people must do all they can to prove that they are not black. Jim Crow laws made this acceptance local law.

As long as lower-class white people could have a class of people beneath them who were considered more immoral, violent, lustful and lazy, they could have greater access to the means of acquiring dignity, social standing and the American dream. After all, to be white in America was to be of primarily English stock, educated, a property owner, a participant and shareholder in America’s political and economic power centers. Lower-class white people were told that the one group standing in their way of achieving social true whiteness were “Negroes.” From the formation of the Klu Klux Klan to the introduction of Jim Crow laws to the normalizing of white supremacy, white racism had as much to do with achieving whiteness — with class standing — as with racial animus.

Such racialized class conflict places black flourishing — and white backlashes against it — in perspective. Consider the racist website registered on Feb. 9 in the name of Dylann Roof. “Integration has done nothing but bring Whites down to level of brute animals,” the website says. “Who is fighting for these White people forced by economic circumstances to live among negroes?” it asks. “Too many blacks here, ”it complains, railing against “affirmative action,” the alleged “lower IQs, lower impulse control and higher testosterone levels in generals” of “negroes.” It then issues a call to “drastic action.” In the antebellum and Jim Crow South, such drastic actions took the form of domestic terrorism against black people and their churches.

Over the past few days, unsurprisingly, pictures of Roof with the Confederate battle flag surfaced on the Internet. The Confederate flag to men like Roof is a symbol of achieving a white dignity and respectability that was taken away by the war of “Northern aggression.” Lower-class white people need the Confederate flag as a sacramental sign and seal reminding them that they are not what elites have always believed them to be: lazy, stupid, immoral and dirty. The flag says, “No, we will define our white dignity on Southern terms.” Unfortunately, those Southern terms were forged during a history of black subjugation and violence. The greatest resistance, however, to the evil terms of the Southern states’ right to white supremacy was the black church. “Mother Emmanuel” was at the head of those churches. Dylan Roof murderously revisited the historic Southern, lower-class struggle for true whiteness on June 17, 2015. Hopefully not only will he fail but he also will ignite public resolve to address such animosities and atone for America’s greatest sin.


Anthony B. Bradley is an associate professor of religious studies at The King’s College in New York City.

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Ven 26 Fév - 21:33


dans tout ça, ce qui paraît le plus pertinent,
plutôt que le blanc, c'est le non-blanc


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Mer 2 Mar - 19:11


à propos du commentaire précédent, je retrouve ceci, de Malcolm X


La révolution noire se poursuit en Afrique, en Asie, en Amérique Latine;
lorsque je dis « noir » j’entends non-blanc – noir, marron, rouge, jaune.


Malcolm X, Rejoindre la révolution noire mondiale, 8 avril 1964

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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Ven 29 Avr - 16:15


Le racisme anti-blanc: une expression présente de la domination euro-centrée

20 avr. 2016 Par cathy liminana dembélé Édition : Mémoires du colonialisme

Le racisme antiblanc est centré sur l'homme blanc dans un système social construit à l'échelle de la racialisation, et dans lequel l'homme est dépourvu de sa dimension universelle quand il est noir. Pour se vivre, les noirs n'ont d'autres choix que ceux de se blanchir ou de se retrouver dans une communauté de destin au sein de laquelle leur ostracisme fait le lien social.

Avertissement au lecteur

Citation :
Aucune discrimination ne saurait être lue ici comme imputée à l'usage de catégories ethniques. Je confirme par cet article que la couleur des hommes n'est pas pertinente pour saisir le genre humain.
Citation :


De plus je ne manque pas de proposer un autre paradigme qui abandonne les catégories ethniques actuelles inscrites dans un ordre de la nature, et suggère d'autres catégories fondées sur un ordre de la culture. Ces catégories ethniques sont à saisir comme étant des formations sociales. Je me saisis de ces catégories ethniques seulement pour mon travail d'analyste d'une société dans laquelle les expressions racialisées sévissent toujours, pour problématiser la question post-coloniale  au cœur de laquelle joue la négrophobie; en tous autres cas, elle ne saurait affecter ma perception de l'homme.

En parlant d'homme noir et d'homme blanc, je désigne ceux qui se vivent et/ou sont perçus comme tels, en dehors donc de toute évaluation personnelle de la couleur.

En parlant de blanchitude, je désigne un cadre de pensée qui contient les valeurs de civilisation du monde blanc telles qu'elles s'expriment. Ces valeurs convergent vers la la domination eurocentrée, sa stabilisation et sa récupération en tous lieux ; à ces fins elles tiennent la préexcellence blanche pour postulat. Cette notion sera plus développée dans l'article.

En parlant de blanchité, je désigne le groupe de personnes qui adhèrent à la blanchitude.

En parlant de suprémacisme, je désigne la suprématie blanche érigée en système de la violence négrophobe.

Encore une fois, je me situe en dehors de toute évaluation de la couleur puisque bien que la blanchitude soit composée quasi totalement par des blancs, quelques noirs savent  y adhérer. D'autre part quelques blancs (auxquels j'appartiens) pourfendent la blanchitude, défendent la négritude et se désolidarisent intégralement de la blanchité.

L'intention de ce travail rejoint Albert Camus: « Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur de ce monde. »

Citation :
Bien que la Cour d'Appel de Paris ait confirmé que l'expression «Français blancs dits de souche» ne «recouvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique»(1), le racisme antiblanc  cherche à s'imposer comme un concept. Nous nous attachons ici à déconstruire cette production idéelle qui ne répond à aucun critère scientifique, et qui surgie des profondeurs de la régression anthropologique, se manifeste comme  une  production idéologique  loin d'être  adventice.

La notion de racisme antiblanc désormais déployée de la doxa jusqu'aux militants de gauche, réinscrit les différences entre les hommes dans la couleur de la peau en les désinscrivant de la couleur des idées. Elle déplace les repères de la conscience à ces autres repères que deviennent, par le regard porté sur le corps, les marqueurs ethnicisés. Elle renouvelle par là une fondation du sujet sur ses caractères biologiques comme elle renouvelle sa perception sociale au sein des schèmes morphogenètiques de la personne.

Dans leurs affirmations diverses et variées d'un racisme anti-blanc, certaines voix de la gauche politique tutoient désormais sans ambages le revival du néocolonialisme. Les propos de militants antiracistes aujourd'hui gagnés par l'affirmation du racisme anti-blanc, dans laquelle la LICRA (2), le MRAP(3) et SOS Racisme(4) se sont notamment illustrés, rejoignant là notre présente ministre N.Vallaud-Belkacem (5), commandent l'urgence d'éclaircissements face à cette véritable imposture intellectuelle, pour pallier les nouvelles conquêtes du racisme structurel en France.

Sans procéder à une histoire du racisme antiblanc, passons par quelques repères indispensables pour comprendre de quoi nous parlons. En 1983 Pascal Bruckner introduit le terme de « racisme anti-Blancs » dans son livre Le sanglot de l'homme blanc . Dans les années 2000, des mouvements d'extrême droite vont saisir la question du racisme antiblanc en clamant que « les Européens blancs » connaissent « une immigration invasion », que non seulement ils sont opprimés mais aussi sur-exposés par une justice qui ne prend pas en compte cette oppression. Le but du racisme antiblanc qui vise à protéger la blanchitude, est ici bien formulé : Selon Stéphane François, politologue, « il s'agit, au nom de la résistance au racisme antiblanc de mener une lutte pour la défense de l'identité blanche. Il s'agit enfin de démontrer que toute société multiculturelle est vouée à l'échec »» (6). Puis le 15 mars 2015 l'article de Luc Bronner dans le quotidien Le Monde attribue les violences faites à des lycéens à un fait de racisme antiblanc : « Manifestations de lycéens : le spectre des violences anti-Blancs ».  La LICRA approuvera ici cette reconnaissance du racisme antiblanc à l'instar du MRAP et de N.Vallaud-Belkacem en 2012, de SOS Racisme en 2009 pour d'autres faits.

Le racisme antiblanc occupe aujourd'hui les esprits plus que le racisme antinoir ou la négrophobie, dont les faits sont considérablement plus nombreux et excèdent en types d'agression du sujet les insultes épisodiques subies par les blancs. Une surenchère de ce phénomène le rendant paranoïde se développe tout azimut. P. Bruckner, qui la traduit par sa demande d'une reconnaissance de crime contre l'humanité, comme par sa vision d'une croisade antiblanc, n'en est qu'un échantillon : «  le caractère macabre d’une croisade raciale contre l’homme blanc. Quand l’ONU inscrira-t-elle l’antioccidentalisme et le racisme anti-Blancs au rang des crimes contre l’humanité  » (7)

Nous ne sommes plus qu'une poignée à montrer que les agressions sporadiques des blancs limitées à des injures sont incomparables au racisme structurel qui, à tous les niveaux des droits de l'homme et dans tous les domaines de la vie sociale, spolie, affaiblit, épuise, désintègre, ceux stigmatisés pour avoir la peau noire et en conséquence frappés de toutes les inégalités comme d'ostracisme.

Cette étude de l'INED, janvier 2016, le corrobore en même temps qu'elle corrobore la négrophobie comme facteur central dans le racisme. Elle confirme d'autre part que la population majoritaire, soit les blancs, « ne déclarent pas de discriminations associées aux expériences de racisme »,  que les réactions racistes sont limitées à des insultes, sont peu nombreuses, et ne se traduisent pas « par des préjudices matériels. ».

« Les enfants d’immigrés, maghrébins ou subsahariens, mais aussi les personnes nées en métropole de parents nés dans un DOM sont confrontés à l’hostilité raciste : de 54 % à 60 % d’entre eux. Et ce racisme se répète en de multiples lieux : d’abord les espaces publics, mais aussi l’école, les lieux de travail, les espaces de loisir. Ces propos, explicitement racistes, se cumulent avec des traitements défavorables, comme,dans le cadre du travail, se voir systématiquement confier les «tâches dont personne ne veut» ou les «horaires dont personne ne veut».

Un tel cumul et une telle répétition n’existent pas pour les personnes de la population majoritaire qui, de fait, sont nettement moins souvent confrontées à de telles expériences (15 % d’entre elles) et ne déclarent pas de discriminations associées aux expériences de racisme. Et il faut souligner que certains enquêtés de la population majoritaire ont considéré comme un comportement raciste à leur encontre le fait de se voir traiter de «sales racistes». Ainsi le racisme explicite qui vise les enfants d’immigrés est un racisme qui les discrimine en réduisant leur accès à l’emploi et en dégradant leurs conditions de travail. Au contraire, le racisme qui vise la population majoritaire prend essentiellement la forme d’insultes proférées dans la rue ou les cours d’école et ne se traduit pas par des préjudices matériels. » (Cool 2016, Cris Beauchemin, Christelle Hamel, Patrick Simon, Chercheurs à l'Institut National d'Etudes Démographiques .

Nous en concluons que le racisme antiblanc constitue un déni de la réalité du racisme chez les dominants. A l'heure où la blanchité connaît le ressentiment de ceux qu'elle domine, ou encore un retour de la violence racialisée en amont et faut-il le préciser sous des formes plus symboliques que réelles, elle crie au racisme couverte de l'absolution de ses propres brutalités.  Dans ce système discriminatoire de la blanchité la violence qu'elle exerce est politiquement légitimée, ce qui n'est pas sans consumer la réalité de la souffrance psychique des dominés que le système s'emploie à faire disparaître sous l'outrage de l'insulte.

Le racisme antiblanc n'est qu'un épiphénomène qui le situe hors champ du racisme. Mais jusque chez les intellectuels, les gauchistes, les veilleurs de démocratie, les dominés sont toujours malséants et dangereux pour les dominants, qui en fonction de leur seule couleur, sont protégés par le système qui les place et les classe en situation de supériorité et de prépotence.
Le racisme antiblanc émane du système du privilège de la couleur. Partant de ce principe acquis par la sociologie selon lequel toute conceptualisation du racisme influe sur l'individu, les pratiques sociales et sur les politiques publiques, il réintroduit désormais le privilège de la couleur dans la complexion et le jeu du système social.

Dans ce phénomène de racisme antiblanc, la quête de pouvoir dévore le discernement de l'homme blanc face aux dispositions juridiques stipulant que les Français blancs de souche ne sont pas objectivement considérés comme un groupe social défini. Sur le plan juridique, la Cour d'Appel de Paris a confirmé que l'expression Français blancs dits de souche ne «recouvre aucune réalité légale, historique, biologique ou sociologique». De plus, la justice a estimé que «la blancheur ou la "race blanche"» n'est «en aucune manière une composante juridique de la qualité des Français» et que «les Français blancs dits de souche ne constituent pas un "groupe de personnes"» au sens de la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

Cette décision comme la récente étude de l'INED invalident la notion de victime du racisme pour les blancs, majoritaires et non discriminés dans leur société. Dans l'article «  Accuser de racisme pour masquer les privilèges », Juliette Sméralda indique bien :

Citation :
« En fait de racisme, c’est en réalité une situation ressentie comme injuste qui est interrogée par eux… Deux critères servent en effet à tester l’intégration d’un groupe exogène dans une société : son accès à l’emploi et au logement : qui dira que les métropolitains sont discriminés à la Martinique? » (9)


Cet article s'étançonne sur un postulat  que le raidissement de la majorité Française face au multiculturalisme de notre société ne saura ni refroidir ni supprimer :  

La couleur n'existe que dans le regard de l'observateur, elle n'existe pas dans l'être regardé
.

Ce raidissement n'est pas étranger aux effets toxiques d'une société qui admet sa diversité aux conditions qu'elle se fédère à l'identité républicaine, d'une société qui refoule son multiculturalisme comme ses identités plurielles. Des conflits de légitimité ne surgissent pas seuls de ces oppositions culturelles. Ils régénèrent la suprématie blanche qui se réinvente par de nouveaux signes suprémacistes, tels ceux charriés par l'invention du racisme antiblanc et produits par  les mêmes archaïsmes coloniaux.
Cette construction fumeuse et cafouilleuse que les  esprits colonisés partagent avec les esprits colonisateurs est un non-sens absolu, comme si le racisme qui se définit par la discrimination de la couleur et de la race, pouvait frapper la quasi totalité d'une société. La composante historique déterminante du racisme est absente dans le racisme anti-blanc . Aussi cet essai conceptuel que l'inexistence des Français blancs comme groupe social ne peut transformer, est inconsistant.

Le racisme anti-blanc n'a pas de sens dans notre société où les blancs ne sont pas les victimes d'un racisme institutionnalisé et d'une discrimination sociale à dimension historique. Il confond ce qui relève des préjugés et des réductions simplistes avec le racisme qui se définit par des rapports de force et des inégalités entre  groupes sociaux.

Le racisme anti-blanc émerge comme une réaction ethnocentrée dans laquelle le conflit de « race » prévaut sur le conflit de culture. Si les populations issues du Proche et Moyen-Orient (Françaises parfois depuis plusieurs générations mais toujours épinglées selon leur origine) sont autant visées que les populations noires (idem), ces dernières souffrent à un degré supérieur du colorisme, vecteur majeur d'ethnicité et d'altérisation,  en étant indistinctement renvoyées à une origine Africaine dont l'intensification de la pigmentation épidermique suffit à directement évoquer l'intensification d'un fossé socio-culturel. Les populations issues du Proche et Moyen-Orient elles, souffrent à un degré supérieur d'un racisme fondé d'abord sur l'islamophobie, bien que l'essentialisation croissante des cultures ne permet pas toujours de distinguer strictement une cause. Puis plus leur teint est foncé, plus elles font l'objet de discriminations indexées sur le taux de mélanine comme valeur de référence.

En exprimant l'ethnicisme, le racisme anti-blanc alimente particulièrement la notion de race et avec, la pérennisation de l'homme noir comme mauvais objet, une position marquée par l'infériorité de nature et de culture, même si la valorisation de la diversité semble dire son contraire.

E. Saada, en nous ramenant à l'histoire de la catégorie race en France, fait valoir son intrication toujours actuelle entre nature et culture :

Citation :
« Si le mot « race » était d’usage courant en France, il renvoyait, dans le discours politique, à la « race historique », c’est-à-dire à la continuité des générations enracinées sur un territoire . Sa signification s’infléchira en situation coloniale. Alors qu’en métropole, dans le second xixe siècle, le couple français/étranger est au cœur de la question sociale, aux colonies, le principal clivage passe entre « citoyens et assimilés » (en général, les « Européens ») et « indigènes et assimilés » – appellation qui concerne surtout les immigrants de pays limitrophes de la colonie considérée. Ce partage, cristallisé dans le droit, est racial en son fondement, mais la notion de race en jeu ici est complexe : articulée à celles de « milieu » et de « civilisation », elle mêle indissolublement culture et nature. » (10)


La société coloniale a produit le racisme en s’auto-légitimant au moyen de la science et du progrès. Ce même racisme habite aujourd'hui notre société sur les mêmes schèmes de pensées archaïques.

Mais la blanchité considérant qu'elle est chez elle, tout comme jusqu'aux années des indépendances, elle considérait qu'elle était chez elle quand bien même elle était chez les autres -colonisés-, elle semble n'avoir rien perdu de son introjection d'une mission civilisatrice, qui désormais a pris la forme d'une sommation à l'assimilation républicaine. Cette mission s'est juste déplacée d'un territoire à un autre (de l'Afrique à l'Hexagone, sa métropole, encore ainsi nommée dans les DOM !), et dans cette translation géopolitique, son travail civilisateur objective continûment sa légitimité, tandis qu'assimilation républicaine et blanchitude façonnent les cadres éthérisés dans lequel les noirs doivent se fondre. L'épiphénomène « racisme anti-blanc » traduit dans sa dimension réactionnaire une adhérence à l'entité blanche conçue comme suprématiste, c'est dire une conformité ethnocentrique, sachant que le radical ethnie désigne un groupe d'êtres d'origine ou de condition commune. Sa dominance ne souffre aucunement, ni une simple remise en question  aussitôt vécue comme injure et assaut, ni une brimade aussitôt vécue comme un raid.

Donnons deux faits récents :

En 2015, un homme blanc venant de l'hexagone se baignait avec son chien sur la plage de Caritan en Martinique. Un Martiniquais l'interpelle et lui rappelle la présence d'un panneau d'interdiction de baignade des chiens. Sa réponse fut nette et lapidaire :"nos chiens sont plus propres que vos femmes !" Par ailleurs, la gendarmerie a refusé d'enregistrer le dépôt de plainte de la victime, ce qui constitue en soi une prévarication des agents de la loi. Ce fait fut amplement dénoncé par des associations auprès des autorités, et comme d'habitude celles ci restèrent muettes.

Cette situation illustre bien ce qu'est et comment s'exerce le racisme structurel. S'il émane d'un individu, en écho les institutions agissent dans une optique de conservation de l'ordre que la division raciale établit. Si les actes racistes  sont imputables aux individus qui en sont les auteurs, ils sont aussi imputables à une société qui les autorise. Les faits de racisme anti-noir sont si nombreux, bien que tus par les médias mainstream, que chaque jour nous apporte quantité d'exemples. Voici quelques jours ce fut la Boutique Colorful Black à Paris qui se vit placardé une affiche rédigée par les habitants du quartier, pour demander leur expulsion en raison d'irrespect de ce quartier vu leur  commerce de « cheveux en plastique »
https://blogs.mediapart.fr/cathy-liminana-dembele/blog
Boutique Colorful Black - 7 rue Poissonnière - 75002 PARIS – Janvier 2016
 
Le racisme antiblanc est centré sur l'homme blanc dans un système social construit à l'échelle de la racialisation, et dans lequel l'homme est dépourvu de sa dimension universelle quand il est noir.  Pour se vivre, les noirs n'ont d'autres choix que ceux de se blanchir ou de se retrouver dans une communauté de destin au sein de laquelle leur ostracisme fait le lien social.

Ignorer ces formations sociales reviendrait à dénier les rapports de pouvoir qui modèlent les groupes sociaux. Tandis que la blanchité décrie le communautarisme, notre société post-coloniale a toujours installé les conditions propices à la formation fermée des communautés en vue de les rendre invisibles. La France a toujours procédé selon une logique culturaliste pour ranger les ethnies entre elles, ce qui n'a pas manqué de produire une ghettoïsation et d'empêcher la mixité culturelle. Comme un comble, elle conteste dans le même mouvement que ces populations cloisonnées s'ancrent dans leurs cultures respectives et ne s'assimilent pas. Une vraie psychose travaille dans cette injonction paradoxale (demeurer sagement cloisonné dans les structures de la ségrégation et s'assimiler), et rend les Français d'autres souches en permanence étrangers à eux même.
Eric et Didier Fassin recoupent les dimensions sociale et raciale et s'interrogent sur « comment articuler, plutôt que d’opposer, question sociale et question raciale ? » en constatant l’émergence d’une «question raciale» et plus seulement «raciste» ou «immigrée», qui croise la «question sociale» sans s’y réduire »(11).

Avant de plus creuser notre thématique, éclairons ce que blanchitude et blanchité signifient. Si l'on peut penser que ces termes ressortent aussi de l'ethnicisation, faut il préciser qu'ils se sont forgés comme réplique à la négritude. En nommant la négritude, est désigné un cadre de pensée et « ... l'ensemble des valeurs de civilisation du monde noir, telles qu'elles s'expriment dans la vie et l’œuvre des noirs », selon les mots de Léopold Sedar Senghor(12).

En nommant la blanchitude nous désignons un cadre de pensée qui contient les valeurs de civilisation du monde blanc telles qu'elles s'expriment, pour paraphraser Léopold Sedar Senghor.  Ces valeurs  convergent vers la stabilisation et la récupération en tous lieux de la domination eurocentrée ; à ces fins elles tiennent la préexcellence blanche pour postulat.

Au sommet des valeurs Françaises, l’Universalisme nous est toujours présenté comme une orientation vers l'égalité entre tous qui définirait une conception de l'Homme. Or, ce « modèle » égalitariste a prouvé depuis le 18ème s. qu'il sert la domination hégémonique d'une idéologie dans laquelle siège le monopole de la raison. Matrice des valeurs de la république considérées comme étant universelles, l'Universalisme n'est que la standardisation d'un modèle culturel érigé en dogme dans lequel les singularités n'ont aucune place. Le rationalisme Français s'est auto-dressé au rang d'Universel dans le dessein de détruire toutes les formes de pensées non occidentales. L'universalisme a servi en tous temps et en tous lieux dans le Monde la justification des conquêtes et de l'impérialisme, conduisant à l'application de la domination Française et au génocide colonial.  Au pays des Lumières, la xénophobie a été institutionnalisée, depuis la fin du 19ème s., avec des dispositifs mis en œuvre dans les colonies, qui ont été transférés dans l'hexagone après les indépendances et la départementalisation des territoires d'Outre-mer.

Dans la blanchitude, les politiques de la colonisation et de la néo-colonisation trouvent toujours des justifications intellectuelles, comme est entretenue toute une politique négationniste en matière de mémoire collective du fait esclavagiste et colonial, dans le but d'entretenir l'inconscience collective.

Si la blanchité est composée très majoritairement par des blancs, des noirs ne manquent pas d'y adhérer. Comme jadis l'alliance avec le blanc était pourvoyeuse de gains (ainsi par ce phénomène de collaboration institué et instrumentalisé par les blancs, des noirs se firent suppôts du maître), ces blandices de l'alliance fonctionne encore dans notre société avec leur jeu de rétributions symboliques et matérielles. Fut-ce au prix de l'assimilation sociale grande dévoreuse de cultures vernaculaires, cela offre au dominé une sortie de sa condition, et une augmentation de sa subjectivation dans le champ des rapports sociaux. Faut il ajouter qu'en situation d'oppression l'individu se rapproche de l'oppresseur et non pas de l'opprimé, par effet de subjugation et d'emprise psychique.
   
Il s'agit pour nous de substituer sans relâche au rapport blanc/noir un autre rapport : le rapport colonisé/décolonisé, qui rompt avec la race et situe l'antagonisme là où il sévit, c'est à dire dans le champ de la culture et non pas dans celui de la nature.
Parler de rapport colonisé/décolonisé et non plus de rapport blanc/noir n'est pas une banale commutation qui ménagerait la forme. Cette substitution répond à l'impératif de requalifier ce rapport en assurant son pressant transfert de la nature (blanc/noir) à la culture (colonisé/décolonisé).  Elle évince le contenu essentialiste lié à la couleur qui n'est ni conceptuel ni opérationnel pour analyser la réalité de l'homme, et réorganise des schèmes de pensées en les dégageant d'ethnicisation. Si cette requalification sait nous débarrasser des nuisances plombantes et des lésions du colorisme et du racisme, elle sait aussi dissoudre la division sociale franco-française entre blancs et non-blancs.  Elle rompt des logiques sociales qui participent de l'accréditation des blancs et du discrédit des noirs.

Parler de rapport colonisé/décolonisé avère d'autre part le rapport de force inhérent à la formation des groupes sociaux, tel qu'il s'actualise dans  la présente lutte des places dans le champ mémoriel.

Le racisme antiblanc procède d'un vrai délire obsidional tout comme l'argument du communautarisme, depuis plusieurs années déjà, qui progresse dans une phobie de l'étranger-phagocyte notamment quand il est « de couleur ».

Cette imposture du racisme anti-blanc s'allie avec la supériorité blanche, conditionnée par l'infériorisation des noirs et une paix sociale acquise par procédé de castration. Son projet tient en effet à ce que l'homme noir incorpore le racisme dont il est l'objet jusqu'à ce qu'il se résigne en taisant toute révolte, et dans ce souci de conservation de la blanchitude, passe une véritable attente implicite de la transsubstantation de l'homme noir.

En somme, l'homme noir est mis en demeure d'intérioriser son oppression et son infériorité pour se monter socialement et culturellement adapté. Le racisme antiblanc réactive de la sorte une violence coloniale comme à cette fin, il participe à l'élimination de tout appareil d'émancipation et d'égalité de l'homme noir.

Chez l'homme noir ainsi privé d'expression et de posture légitime, le procédé de castration symbolique se mettra en œuvre et n'omettra pas d'embrayer tout le comportement de soumission à l'autorité attendu là où l'espace vital accordé sera réduit au champ de la névrose ou de la schizophrénie.

Cette soumission à l'autorité ne tarde jamais à installer son mouvement chez l'homme noir qui est alors mis en demeure de prouver sa capacité à dépasser l'infériorité qui lui est prêtée. Il est alors touché au cœur même de sa subjectivité. Stanley Milgram a démontré que ce processus de soumission à l'autorité s'engrène notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet.

Le racisme antiblanc encourage toute une stratégie du renoncement chez l'homme noir propre à le rendre actif de sa désapropriation et de la perte de son Moi. Mais comme le sujet ne disparaît jamais complètement, la faille psychique l'attend fermement dans les lieux du symptôme. Ainsi le racisme antiblanc se présente comme un « effort pour rendre l'autre fou » pour reprendre la formulation d'Harold Searles, montrant ce procédé d'inversion de l'économie du sujet qui fait passer pour actif de la folie le sujet affecté, alors qu'il en est l'élément passif face à cet autre (personne ou entourage) qui en est le réel élément actif, soit le sujet affectant.

Dans un cadre où l'homme noir est toujours tenu à distance par la blanchité qui colle les peaux aux corps, le racisme antiblanc paraît ainsi comme étant encore bien plus que la transgression des normes  définissant le racisme.

Étayé sur les confusions et la conversion de l'objet-racisme avec leur cortège d'injonctions paradoxales, il fait passer l'oppresseur pour l'oppressé et l'oppressé pour l'oppresseur dans un environnement qui cultive le déni de réalité.
Didier Fassin a bien constaté ce déni dont il donne une analyse exhaustive dès 2006 , et relève par exemple l'instrumentalisation de l'égalité des chances à cet effet.


Citation :
« Ainsi, à peine reconnues officiellement, les discriminations raciales se voient-elles écartées de l’espace public : avec le discours sur l’égalité des chances, c’est la réalité des discriminations qui s’estompe ; avec l’institution de dispositifs indifférenciés, c’est leur caractère racial que l’on gomme (…) Ainsi est-on passé en une décennie d’un déni – la réalité était représentée mais non interprétée et les discriminations raciales demeuraient absentes du débat public – à une dénégation – la réalité est énoncée mais pour pouvoir être mieux écartée et les discriminations raciales désormais nommées font l’objet d’une euphémisation. (13)


Il démontre encore que plus les faits sont au centre du racisme, plus ils s'abîment dans le gouffre du déni  par la majorité blanche.

Citation :
« Pour les victimes de discriminations raciales, les enjeux de la mise à distance de ces faits sont bien différents. C’est parmi elles que l’on trouve les manifestations les plus pures du déni de réalité. On ne saurait s’en étonner si l’on considère que cette forme de rejet concerne les événements les plus douloureux, ceux qu’il serait le plus coûteux de reconnaître. » (14)


Dans sa phobie de l'étranger-phagocyte, la blanchité est confrontée à l'angoisse de perdre les avantages procurés par sa posture proactive en matière de souveraineté. C'est alors qu'en son sein  des comportements réactionnels archaïques s'activent à partir de son mécanisme de défense névrotique qu'est le déni de réalité du racisme ordinaire et structurel.

La défense primaire


Le racisme antiblanc est  un moyen simpliste pour ceux qui se revendiquent de la blanchité de se défendre a priori d'être racistes, en montrant qu'ils sont victimes de racisme. Ils se défendent d'être racistes alors qu'alléguer un racisme antiblanc revient à inférer que le vécu et la position sociale des noirs égalent ceux des blancs. Mais réfuter la discrimination des noirs est porteur de discrimination, en ce que cela équivaut à réfuter leur condition de victime de toutes leurs inégalités avec les blancs. Ce simplisme, grand fourvoyeur de vérité comme tous les simplismes, est redoutable pour constituer le socle sur lequel se façonne le racisme.

La conversion de l'objet

Le racisme anti-blanc qui trouve actuellement un bien-fondé dans le politiquement correct, est une expression  qui,  reprise ici de mon précédent article, « manifeste bien plus la pression sociale vécue par certains Français de souche face à une diversité française qu'ils ne supportent pas, que leur objective oppression sociale par cette diversité là. Ce système d'attaque/défense, inhérent au modèle de l'homme blanc conçu dans l'excellence, n'est pas sans traduire une inversion de la pensée en l'absence d'un réel racisme inversé ».

La projection

La projection consiste à attribuer à autrui ses propres motifs, idées ou émotions. Tout comme avec l'argument du communautarisme, le racisme antiblanc ne s'est pas élaboré sans que joue un mécanisme de  projection qui fait attribuer aux noirs une centration sur leur condition sociale, alors que cette autocentration est bien à rapporter au culte de la souveraineté dans la blanchité.

Tandis que le racisme antiblanc est une fiction mise en œuvre par la blanchité dans un but d'auto-conservation, c'est à ceux qu'elle domine par la division raciale qu'elle attribue un comportement raciste. Mais celle ci régnant, point de propriétés communautaristes lui sont prêtées puisque ethnie dominante, elle ordonne à elle seule le monde.

L'hétéro-attribution  


Depuis quelques temps dés que nous bousculons l'eurocentrisme ou la blanchitude, nous nous trouvons taxés d'être raciste antiblanc, dans une France où désormais l'identité républicaine se confond avec  Être Charlie, et cela pour réprouver toute contestation de l'ascendance blanche. Et depuis bien plus longtemps,  un prétendu « communautarisme » vaut d'argument multilatéral dans une forme dégénérée de causalité qui prétend être vraie quelles que soient les situations où se coudoient les paramètres eurocentristes.

Le communautarisme   n'est jamais qu'une locution formée entre le galvaudage et la fiction, pour exprimer plus la résistance des populations « de couleur » à l'assimilation franco-française que cette réalité d'un fonctionnement afrocentré fermé sur sa communauté à laquelle on cherche à nous faire croire. Le communautarisme devenu éculé, la blanchitude se dote maintenant d'un nouveau cheval de bataille avec la production du prétendu racisme antiblanc.

Elle trouve là de quoi se rénover comme de quoi raviver sa rhétorique au sujet de l'identité blanche. Elle y trouve le moyen de réprimer la contestation qui s'élève contre la blanchitude, dans cette stratégie de renoncement propre à faire progresser la norme d'internalité de l'infériorité noire (que nous avons examiné plus haut), en créant de nouveaux clichés.

La couleur blanche n'est pas un indicateur de la blanchitude comme nous l'avons dit, et des blancs savent se souder indéfectiblement à la condition des noirs qu'ils créditent du statut de victime du racisme ordinaire. Faut-il que l'homme blanc saisisse les réalités raciales envers lesquelles sa couleur l'immunise lui, dans un monde où le tissu social est structuré par la distinction ethnique. Il pourra alors s'ouvrir à l'altérité de l'homme noir, qui demeure toujours moins considéré comme individué que comme membre d'un groupe ethnicisé. Si l'homme blanc prend conscience de sa part d'activation à la clôture de ce groupe sur lui-même, il saura alors la rompre. L'homme blanc pourra prendre en considération les faveurs de sa position sociale, qui l'abritent -lui- de tout dommage racialisé. Car être blanc signifie être cuirassé d'une couleur de peau qui à elle seule défend des inégalités, des épreuves et des dépossessions liées à la différence.

Quand le dosage mélanique suffit à cet homme là pour être protégé de l'intolérance et de l'ostracisme, sa réticence à attester des bénéfices qu'il retire de cette protection, et cela dans la totalité des champs sociaux, est arriérée, impitoyable et barbare.  

Comme si cette dénégation courante ne suffit pas, les actes arrogants s'y ajoutent trop souvent dans l'ordinaire non sans permettre à l'homme blanc, comme un comble de l’excès, de consolider sa position de supériorité et d'ascendance en toute licence. Ainsi dans ce bouillonnement attentatoire à la liberté, l'égalité et la fraternité, la blanchité trouve son équilibrage social en se sustentant de ses passages à l'acte envers l'homme noir.

Ainsi, le 23 juillet 2015, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a rendu ses recommandations concernant la France. « Le comité a notamment estimé qu’il  n’y a actuellement en France pas assez de contrôle sur la manière dont les forces de l'ordre font usage de la force, ce qui accroît les risques de violences policières et alimente un climat d’impunité. La dignité des personnes détenues, qu’il s’agisse de nationaux ou de migrants, en métropole et plus gravement encore en Outre-Mer fait l’objet d’une vigilance particulière du  Comité. » (15)

Même si le racisme se mesure à ce que la présence des noirs est un sujet idéologique, le racisme ne procède pas que d'une idéologie mais aussi des rapports de force qui forment les groupes sociaux, ce qui lui confère une dimension collective. Le racisme, le vrai sommes nous tentés de dire, agit en amont et en aval de sa composition ordinaire ou structurelle, et le constat présent relève une tendance prononcée à se décomplexer.

Mais avant de procéder à ce développement, la problématique du racisme antiblanc demande à s'attarder sur un bref exposé de la négrophobie, sans verser dans une digression de notre thématique,  pour comprendre là où le racisme bat et comment la blanchitude s'impose dans les rapports de force sociaux qu'elle initie.

Dès l'enfance, les Français d'autres souches cumulent les expériences du stigmate, et cela au sein des institutions républicaines. Béatrice Mabilon-Bonfils et l'historien François Durpaire dans leur livre Fatima moins bien notée que Marianne, constatent l'absence de mixité sociale dans les écoles où de plus les enfants aux noms sonnant l'immigration sont moins bien notés et plus punis que les autres. De la sorte, l'Éducation nationale au nom de la laïcité pousse à l 'exclusion.

Citons encore le Muséum national d'histoire naturelle de Paris qui expose au sein de ses collections dites «ethniques» des morceaux de corps de résistants algériens à la colonisation, crânes, têtes,  une simple oreille, une touffe de cheveux, soit les restes d´indigènes massacrés au temps des colonies Françaises.

Ces deux exemples indiquent une violence d'état qui s'étale dans toute sa majesté et son rayonnement.

La violence est polymorphe, et passe aussi par les brusqueries (dont les attaques à la banane contre Madame Christiane Taubira font exemple), l'agressivité, les déchaînements, les férocités, les hostilités, les outrances, par l'intempérance dans le langage, par la violence psychologique. La xénophobie  dont les non-blancs sont l'objet attisent toutes ces violences, car ils sont transformés en segment social à défaut de leur accorder l'équité. Quelques échantillons méritent d'être restitués ici pour entendre cette violence psychologique qui va :

- du sarcasme et du blasphème, avec une Élisabeth Lévy ténor de la négrophobie, ayant déclaré que la France a organisé le 16.08.2005 « une cérémonie ridiculement compassionnelle » à propos du deuil des martiniquais décédés dans le crash d'avion (16),
- jusqu'à l'estimation justificatrice du colonialisme avec le «  discours de Dakar » de Nicolas Sarkozy,
- en passant par l'inconséquence et le détachement ignorant avec André Vallini, notre secrétaire en charge de la réforme territoriale, qui inscrivit bien la Corse dans le territoire Français mais pas les cinq autres départements d'Outre-mer ; et quand une journaliste lui fit remarquer qu'il avait oublié deux millions de personnes dans la carte de France, celui ci ne voyait toujours pas ! Il répondit qu'ils étaient trop loin !

Et puis pour mesurer les ravages de l'assimilation Française et de son universalisme, G. Pau-Langevin est exemplaire : « Par définition ceux qui sont allés chercher les esclaves en Afrique pour travailler dans les exploitations ne voulaient pas les exterminer, ils voulaient les faire travailler gratuitement ».

Puis les faits divers coutumiers de la violence physique portée à la diversité Française, dont celui-ci le 14 juillet 2015, côtoie la grande messe républicaine: « tout d’un coup, c’est l’effroi. Amine a à peine le temps de se retourner qu’il est pris pour cible par un des tirs de la police au flashball vraisemblablement à la chasse d’émeutiers. Les émeutiers sont pourtant clairement identifiables et ne se trouvent pas sur le même trottoir que le groupe de familles et d’enfants (…) Comment un petit enfant sortant de la Mosquée portant une djellaba blanche bien distincte peut-il être pris pour cible par les balles des policiers placés en hauteur ? Comment un petit agonisant peut-il être laissé à terre sans réaction par les forces de l’ordre malgré des appels à l’aide répétés ? (17)». Amine risque l'amputation d'un membre. De tels faits sont réguliers parce que les politiques sociales Françaises y conduisent, non sans faire l'impunité  accordée à ses acteurs sociaux.

Pour toutes ces raisons qui nous replacent dans une organisation sociale viciée, le racisme et le suprémacisme de la blanchitude sont pourvoyeurs d'anomie, à laquelle toutes les violences jusqu'à la violence d'état se ressourcent. Car comme l'exprime Nelson Mandela  on ne naît pas raciste, on le devient :

Citation :

« Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s'ils peuvent apprendre à haïr, on peut aussi leur enseigner à aimer, car l'amour naît plus naturellement dans le cœur de l'homme que son contraire.»


Et quand les pâtisseries exposent sans scrupules des gâteaux nommés des « têtes de nègre », les noirs sont sommés de s'emparer de l'humour blanc pour les digérer en oubliant que leurs ascendants eurent la tête coupée et exhibée au bout d'un bâton par les colons blancs. Si une pâtisserie tenue par des noirs exposaient des « têtes de blancs », l'information aurait bien occupée le JT de 20 heures pour dénoncer la propagation du racisme antiblanc sur fond de cannibalisme... De même si une boutique tenue par des blancs avait subit ce qu'a subit la Boutique Colorful Black (voir photo précédente), ou encore Anmary Théophile qui implantée à Locmaria, proche de Qimper ferme en janvier 2016 son commerce suite à des actes de vandalisme et à des scènes d'insultes racistes.
 
Mais quand un juif soit un blanc subit une agression, aussi condamnable soit elle, l'information occupe pendant trois jours les médias mainstream, suivie d'interventions qui, au nom de la République, prônent l'affectation de signes communautaires, déclarent leur ostentation licite, encouragent à ne pas céder. Puis quand nous faisons valoir ces inégalités de traitement, toute la blanchité nous accuse de hiérarchiser la victime dans la mémoire collective au moyen de la victimisation. Ce commentaire en fournit l'illustration  :


Citation :
« C’est que sans s’en rendre compte Cathy Liminana-Dembélé participe des préjugés voire du racisme qu’elle prétend dénoncer, en essentialisant le nègre et en dressant de ce dernier le portrait larmoyant d’un souffre-douleur perpétuel »(18)


Il éclaire encore remarquablement comment intellect, érudition et crédibilité sont systématiquement conférés aux propriétés des blancs et à leur capital symbolique, par la même internaute:


Citation :
« Mais au-delà de ce point, c’est l’article dans son ensemble qui relève d’un « romantisme mélanique », tendant à faire passer le nègre dans sa globalité pour une victime absolue, le tout émaillé cependant de citations de références blanches (Bachelard, Canivez, Schmitt) pour faire savant donc crédible. » (19)

     
Loin de Jean Genet, qui dans Les Nègres posait la question fondamentale: « Au fait, un noir c’est de quelle couleur ? », être blanc réactive aujourd'hui la perception de la couleur et du prestige qui l'enlace en suggérant qu'elle est toujours celle de l'avant-garde et d'un avenir assuré.  

L'individu qui n'ignore pas cette règle sociale voulant que l'on connaît des bénéfices sociaux changeants selon la place occupée au sein des groupes sociaux, est par là exhorté à devenir blanc. Car dans notre société post-coloniale, si la couleur blanche ouvre les portes des rapports sociaux, l'accès à l'émancipation et  aux étages de la promotion sociale, la couleur noire les ferme a priori. Le racisme qui survit au post-colonialisme doit se comprendre comme un système multidimensionnel mordicant et corrupteur, en ce qu'il procède à une répartition inégale des ressources sociales entre les groupes ethniques, répartition assurée par le groupe dominant sur le groupe dominé.

Il pervertit de la sorte les liens sociaux qui procèdent de la répartition des biens communs matériels et immatériels, et alors les loyautés sur lesquels ces liens devraient reposer se dilatent.

Ainsi tel que le racisme anti-blanc l'a montré des glissements de sens commencent par opérer quand la loyauté s'échappe, avant que ne s'ensuive la duperie.  Quand parler de Français de souche devient du racisme anti-blanc ou quand  « Sale blanc est, comme sale noir, une insulte raciste, pas une insulte sexiste ! » (20), ce sont  des inclinaisons captieuses qui s'affichent au moyen d'un objet ne recouvrant aucune réalité biologique, sociologique ou même juridique.

La victime post-colonisée elle, membre des minorités invisibles, genre succédané des races inférieures du passé, appartient à un groupe social déterminé par des pratiques d'exclusion racialisées, et surdéterminé par les oppressions sociales, politiques, juridiques, économiques, et en conséquence psychologiques, exercées par le processus de domination eurocentrée, et cela de façon quotidienne. De la sorte, la victime post-colonisée est sans cesse en position de devoir se débattre dans un système particulièrement désadaptatif. Faut il souligner que cette victime là existe au croisement des rapports ethniques, de genre et de classe.

Elle doit combattre la dévalorisation ambiante, les inégalités dans les espaces sociaux du travail, de l'éducation, du logement, de la santé, des loisirs, les inégalités économiques et les inégalités dans l'occupation de l'espace et de la vie publiques. Elle doit se défendre contre toutes les violences sociales générées par ces discriminations, cornaquées par les préjugés et les stéréotypes ethnicisés, qui constituent autant de passages à l'acte de la blanchitude. L'acuité des violences policières en témoigne ; elles expriment à elles seules la forte tolérance dans notre société de la suprématie blanche, plus que du racisme qui peut être juridiquement condamné.

L'homme noir est une victime, dont les stigmates sont inscrites au couteau des représentations sociales dignes des pires archaïsmes coloniaux, comme en témoignent toujours entre autres signes, des dessins (produits par des gauchistes!) où les noirs sont associés à des singes ou à des esclaves, comme dans Charlie Hebdo à titre d'exemple, et chez qui  le nez épaté, une bouche exagérément arrondie aux lèvres rouges, un teint cirage noir ou des yeux ronds dominent.

La blanchitude campe dans cette obscurité des Lumières qu'a si bien exposé Louis Sala-Molins (21), au regard de tant de ses manifestations actuelles qui côtoient Voltaire: « C’est une grande question, écrit-il encore, parmi [les noirs] s’ils sont descendus du singe ou si les singes sont venus d’eux. Nos sages ont dit que l’homme est l’image de Dieu. Voilà une plaisante image de l’Être éternel qu’un nez noir épaté, avec peu ou point d’intelligence ! » Dictionnaire philosophique-

in http://www.halalbook.fr/actufiche-15-1905.html?Taubira-caricatur%C3%A9e-en-singe-par-Charlie-Hebdo-au-nom-de-la-libert%C3%A9-d%E2%80%99expression 3

in http://africanlinks.net/2015/01/14/focus-14-le-dessin-de-presse-de-charlie-hebdo 3/ 3

   Continuons dans l'interpénétration des signes et des sens avec le langage puisque, selon J. Lacan, les discours indiquent des types de liens sociaux qui établissent leur ordre au moyen du langage pour ensuite disposer les jouissances. La sémantique dégagée par les dessins examinés ou par les mots (que nous examinerons ensuite), converge vers une insuffisance de l'homme noir qui, disposant intrinsèquement à la subordination, induit une relation causale de son infériorité à l'excellence blanche ... Et ce fut précisément cette même relation supposée qui eût établit l'ordre de la servitude sous l'esclavage et la colonisation.

Nous avons vu d'autres occurrences avec la stratégie du renoncement, avec la norme d'internalité de l'infériorité noire et « l'effort pour rendre l'autre fou », qui laissent lire dans la négrophobie une récurrence du rapport maître/esclave dont la blanchité ne se déleste pas, puisque ce rapport  assure le maintien de son omnipotence.

Cet ordre commençant avec l'ordonnancement des corps, nous comprenons que c’est le discours qui nous donne notre corps tel qu'il est perçu, et tel que le sujet peut finir par se l'approprier, avec tous les stéréotypes qui lui sont adjugés par procédés de causalité et de différenciation comme nous l'avons vu.

Le racisme, qui doit s'entendre comme la rémanence de la raciologie scientifique du XIXème s., fait actuellement système comme jadis. En se fondant sur l'identification des traits physiques, il participe comme jadis d'une discrimination édifiée sur des propriétés corporelles et des signes physiques extérieurs. Avec la négrophobie, les noirs sont mis en demeure de toujours démontrer leur légitimité à partir d'un corps qui à lui seul les rend illégitime, dans une société où le sujet est encore réductible à son enveloppe corporelle. Didier Fassin  a forgé le concept de bio-légitimité  pour dire comment le biologique peut devenir l'ultime source de légitimation du politique .

Si le racisme antiblanc trouve une incongruité supplémentaire dans un monde réglé par la survisibilité des blancs et l'invisibilité des noirs (problème de visibilité relevé par d'autres sociologues avant moi), qui forme une dichotomie de l'accomplissement dans la division entre  faiblesse et supériorité, le langage tout exclusif réservé à l'homme noir accentue le fond de cette forme.
Mikhaïl Bakhtine  explique comment le langage procède dans la dynamique sociétale :

« Le mot s’avère, dans la bouche de l’individu, le produit de l’interaction vivante des forces sociales. » (22)

A cela, faut il ajouter que nous sommes dans un monde où les mots prennent toujours plus une valeur performative, avec un retentissement sur le développement et la classification des corps comme  des sujets qu'ils enveloppent.
Examinons le mot noirisme ou négrisme, renvoyant à une focalisation sur l'exploitation des noirs et l'aliénation qu'elle entraîne. Faut il constater que ce terme aussi accoté sur une défense projective, précède la production du racisme antiblanc à l'instar du communautarisme.

« Ce texte est à l’évidence un nouveau délire noiriste » (23).

Encore une nouvelle catégorie, le  noirisme, vient réitérer un ordre de la nature alors que pour exprimer le même propos notre vocabulaire a bien celui d'afrocentrisme. Jamais le lexique académique ou populaire n'a produit un terme équivalent à « noiriste » pour les personnes qui travaillent sur d'autres holocaustes que celui de l'esclavage et de la colonisation. Bien au contraire une grande place et toute la révérence qui conviennent, sont accordées à l'antisémitisme sans que jamais personne n'ait décrié un « juifisme » ou un « arménisme », qui serait l'équivalent de noirisme. Il traduit encore cette forte inclinaison actuelle à utiliser la corporéité et la logique des apparences du corps au service de la légitimation de la distinction sociale et raciale.

Jamais le lexique académique ou populaire, n'a produit un terme équivalent à « négroïde » et « négride » pour désigner le phénotype caucasien ou d'autres phénotypes par ailleurs. Nous ne dresserons pas ici la liste de l'ensemble de ces termes dépréciatifs à l’extrême, depuis si longtemps présents dans le lexique français concernant l'homme noir ( nègre  pour un noir, encore nègre pour un travailleur forcé,  mulâtre  soit mulet pour un métis, etc). Nous nous arrêterons à noter que ces termes exclusifs, eu égard leur péjoration, appartiennent à l'ordinaire et l'agencent depuis des siècles. L'ascendance blanche travaille de la sorte à son ajustement en toutes circonstances en banalisant les barbarismes.

Ces termes parlent de toutes ces différences de l'homme noir estampillées comme autant de marques sociales, qui expriment la sous-altérité procédant de la récurrence du sous-être, toujours assignées à l'homme noir dans notre temps actuel.

Sachant que pour cet être parlant qu'est l'homme c'est le langage qui l'introduit dans le monde (J.Lacan), le langage réservé à l'homme noir par la blanchitude le ferme au monde ou autrement dit, l'introduit non pas dans Le Monde mais dans celui de l'exclusion.

Mais la blanchité ignore tout du stigmate noir, des déséquilibres sociaux qu'elle fabrique, tout occupée à reproduire l'ascendance blanche pour jouir de son usufruit dans le plaisir possessif.

Quant aux noirs, exclus, ils sont soupçonnés d'être acteurs de leur exclusion dans une démocratie égalitaire comme d’être responsables de leur acculturation : les noiristes ou négristes particulièrement. La blanchité oublie qu'en France (comme aux Etats-Unis) les noirs sont acculés à lutter encore  pour l'application de leurs droits, contre la discrimination, contre les stéréotypes ethnicisés,  que depuis la départementalisation dans les DOM (Antilles , Guyane, Réunion) ils luttent encore pour l'égalité territoriale, l'égalité de condition sociale et plus d'autonomie.

Loin d'être de simples différences factuelles de traitement entre les blancs et les non-blancs, ces inégalités  sont générées par la reproduction du racisme structurel qui historiquement s'est toujours imposé par la violence et le coup de force. Le racisme ordinaire quant à lui, va se décomplexant toujours plus sur les fondations des archaïsmes coloniaux où trônent les esprits colonisés et/ou colonisateurs  qui  ne voient aucun mal à s'exalter au Champagne Cuvée Code Noir.

Puis l'occasion venant tel que le dessin publié par Charlie Hebdo le relate, le stéréotype du singe élève la représentation sociale de l'immigré, venue des profondeurs de l'esprit colonial. Ces esprits  savent rebondir à bride abattue en le donnant comme plus bouillonnant au dessous de la ceinture qu'au dessus, et ainsi accentuent son ensauvagement. Le corps est toujours saisi comme le lieu de l'anéantissement pour l'homme noir, à la différence des autres discriminations raciales.


Citation :
« Le racisme colonial aurait investi avant tout la différence physique – en cela, il serait irréductible à la xénophobie, à l’antisémitisme  ou au « racisme de classe » ; de plus, le racisme colonial aurait été purement « négatif », au service d’un projet d’exclusion voire d’extermination; enfin, il aurait nourri un discours explicite et des pratiques manifestes et ne serait pas resté, comme en métropole, marqué du sceau de la dénégation » (24)


Si jamais telles caricatures enveloppaient des blancs, puisqu'en démocratie Française on peut et on doit rire de tout, la bronca du politiquement correct rugirait vite et loin, portée par l'écho des medias. On n'ose tout simplement pas imaginer de telles caricatures de blancs, au pays où les noirs sont des immigrés mais où les blancs sont des expatriés.

Dessin de Riss-Charlie Hebdo-janvier 2016: http://www.20minutes.fr/medias/1767351-20160117-aylan-kurdi-dessin-charlie-hebdo-fait-pleurer-pere-petit-syrien-noy 3e 3

Tout comme jadis sous l'esclavage des noirs et le colonialisme, ce genre de caricature servit l'implémentation de la raison civilisatrice dans les mentalités, il sert aujourd'hui celle de la raison assimilationniste avec la même sémantique décomplexée.
Mais cette raison de la polarité blanche produit de l'inconsidération, illustrée par les deux exemples suivants. Dans notre temps présent comme jadis, l'animal jouit de plus de valeur et d'attention que l'homme noir destiné à la servitude. En 2015, la chasse d'un lion par un riche touriste souleva une bien plus grande  indignation dans le monde entier que la mort d'une femme noire, due aux coups des policiers pour faute de ne pas avoir mis son clignotant en voiture, et cela dans le même temps et sur les mêmes réseaux sociaux.

Frédéric Régent en donne encore un exemple en déclarant que si dans la société esclavagiste certes les libres de couleur avaient moins de droits que les blancs, malgré l'affranchissement qui aurait du les faire égaux en droit,  il faut quand même considérer que des différences existaient aussi entre les blancs, « en raison de leur naissance, de leur sang, selon les nobles et les non nobles » (25). Si ces différences entre les blancs existaient certes, elles n'avaient rien de comparable avec celles entre blancs et noirs qui entretinrent le système de l'esclavage puis ensuite celui de la colonisation. L'intention manifeste de Frédéric Régent d'édulcorer par ce propos l'intensité des oppositions entre les deux catégories blanche et noire et de la sorte l'holocauste auxquelles elles menèrent, atteste d'une protection de la blanchitude par la diminution de sa faute. Et cette diminution de la faute, loin de toute éthique, développe l'inconsidération portée aux noirs.

Cette inconsidération travaille encore à la faveur d'une polarité blanche qui se dénote toujours comme étant en recherche d'existence et d'approbations licites.

C'est dans la faille entre suprémacisme et racisme que les passages à l'acte négrophobes se développent, et tant que  de nouvelles politiques n'éradiquent pas ni les schèmes néo-colonialistes ni le suprémacisme qui lui est corollaire, le racisme ne trouvera pas de régulation sociale .

Le racisme anti-blanc ne répond qu'au souci de liquider sommairement les problèmes posés sur une scène anthropologique où l'homme noir  est toujours mis en situation de refoulement psychique de sa condition. Et dans cette tragédie du post-colonialisme, la scène de la domination originelle créée par l'impérialisme, que l'histoire reproduit jusqu'à nos jours, l’emporte sur les besoins de l'homme noir. Celui-ci s'en trouve condamné à la fatalité de l'inégalité qui interfère négativement dans le développement psychique et social de l'homme comme dans les élaborations du Soi, du Socius et du Conatus.

Les violences de tous ordres, psychologique et physique, qui frappent les non-blancs procèdent plus  du passage à l'acte que de l'acte raciste, venant d'une opposition ainsi qualifiée par Gérard Noiriel : « Un individu ne peut se sentir «blanc» que par opposition au «noir» ou au «jaune» » (26).

Cette opposition découlant de la dichotomie de l'accomplissement dont nous avons parlé,  agite particulièrement la sphère de l'Ego où nichent les pulsions comme une appétence de la prééminence et de la consécration blanche composée par des luttes d'auto-satisfaction.

Aussi la différenciation blanche ourdie par la biolégitimité convoque le sentiment d'individualité produit par ce processus dynamique qu'est l'Ego. L'Ego pour se saisir et se vivre a besoin d'expériences, qui pour l'individu se sentant blanc, se dirigent vers l'expérience de la perception de la blanchité. Son désir d'existence unaire se traduit en pulsions de possession, qui savent provoquer le rejet et l'indifférence de l'Autre -l'homme de « couleur »- systématiquement vécu comme une menace pour son Soi et donc comme un ennemi. La violence de la blanchité s'explique ici comme celle de la négrophobie qui, pour soulever des attitudes passionnelles de répulsion, se déchaîne par des passages à l'acte dont nous avons donné quelques exemples.

Le passage à l'acte désigne un acte transgressif qui obéit à une impulsivité. Il est commandé par un agir qui se fait impérieux, et qui prend les formes de la brusquerie, de l'agression, de la violence.  L'affirmation et la réitération de la domination blanche se traduisent en actes comme nous l'avons vu, mais encore en actes excités, excessifs, démesurés, et cela de la production langagière jusqu'à la banalisation du meurtre.

Le passage à l'acte obéit aux pulsions, à la préservation du Soi, et dans le cas de la blanchité ou encore cet entre-soi, dans ce que le Soi contient de recherche d’affirmation, de reproduction, de défense du territoire, d’emprise sur le monde.

Le racisme antiblanc, dévoilé ici comme une nouvelle expérience de l'accomplissement de la blanchité au moyen de ses passages à l'acte impulsés par la discrimination raciale, est pour l'homme noir une expérience de sa liquidation sociale. Didier Fassin le confirme :


Citation :
« L’expérience de la discrimination raciale, c’est l’anéantissement qui résulte de la négation de soi par l’autre. Probablement est-ce en cela qu’elle ne peut se réduire à aucune autre discrimination : parce qu’elle actualise, dans un geste ou un propos, une histoire séculaire d’infériorisation et d’exclusion. On comprend qu’elle puisse faire l’objet d’un déni particulièrement efficace non seulement public mais aussi privé » (27)


La formation de la blanchité ne se suffit pas à elle même, elle éprouve dans sa raison d'être qu'est la conquête des esprits et de la nation, un dessein d'occupation, d'envahissement, de possession, afin d'assujettir une majorité dont la quantité ne lui suffira jamais.

En elle logent tous les excès, qui loin d'être reconnus déviants, sont normés par une société fermentée par le racisme ordinaire, auquel même des militants antiracistes peuvent souscrire parfois quand de négrophobie il s'agit, comme nous l'avons vu. Les passages à l'acte de la blanchité vont d'actes négrophobes individuels à des phénomènes de groupe qui donnent dans la captation et l’emprise des non-blancs pour toujours renouveler leur soumission et en conséquence leur servitude.

Ces passages à l'acte se présentent comme un des symptômes de cette névrose collective qu'est la colonialité, historiquement située dans une violence institutionnelle.

Si dans la société esclavagiste la tyrannie autorisa le régime de toutes les pulsions, notre présente société post-esclavagiste en reproduit inconsciemment quelque chose sous la forme contemporaine de la blanchitude. De l'entretien des représentations sociales de l'homme noir jusqu'aux passages à l'acte contre lui, l'agressivité, la violence et autres brusqueries surgissent comme ce qu’elle sont, c'est-à-dire comme la résultante de la projection de la pulsion de mort sur le mauvais objet.

Et en contexte de société post-esclavagiste, l'homme noir occupera la place du mauvais objet tant qu’il n’aura pas le statut de victime. Un surmoi collectif ne pourra jamais s'élaborer tant que l'homme noir ne sera pas reconnu comme une victime de notre système social. En conséquence, l'agressivité ne pourra pas être contenue par le nécessaire jeu du surmoi, elle ne pourra pas diminuer sous son contrôle, et l'homme noir, victime illégitime, restera le mauvais objet.

Une conscience collective face à la position sociale de l'homme noir comme mauvais objet ne pourra pas s'élaborer, bien que la valorisation de la diversité semble dire son contraire. Car la valorisation de la diversité, si elle introduit à un nouveau regard, ne pose pas de nouveaux codes sociétaux. Elle n'affirme pas les interdits qui réprouvent la violence, les pulsions et les mises en acte dont elles procèdent, elle ne rompt pas avec un contexte psychogène de la toute-puissance qui est celui de la blanchitude.
 
Les États-Unis, où les violences de toutes sortes abattent toujours les noirs, nous fournissent l'assurance que la valorisation de la diversité et du multiculturalisme ne suffisent pas à éradiquer le mal de la négrophobie.

L'homme noir reste une victime illégitime qui le désigne comme le mauvais objet, et cela même si finissant par s'assimiler, il  souscrit lui aussi à la blanchitude et à ses  asservissements.

Barak Obama et les États-Unis nous en disent quelque chose. Quand les mentalités et les cadres psychiques sont ainsi formatés, leur résistance au changement est telle que leur contenu traversent et disciplinent des générations.
Le racisme antiblanc travaille de la sorte à l'anéantissement de l'homme noir et réinscrit cette finalité dans la continuité historique.

Cathy Liminana Dembélé


notes ci-dessous


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Ven 29 Avr - 16:16


notes de l'article ci-dessus


1. https://francais.rt.com/france/11837-francais-blancs-souche-justice

2. L'association antiraciste la LICRA  adhère au caractère raciste des agressions tel que Le Monde les qualifia en mars 2015 : « Manifestations de lycéens : le spectre des violences anti-Blancs » .

"Pour la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, il n'y a pas là matière à polémique. Les faits parlent d'eux-mêmes: de jeunes lycéens manifestants dans les rues de Paris ont été agressés en raison de leur appartenance réelle ou supposée à une nation et à une race". La Licra demande en conséquence aux pouvoirs publics d'engager l'enquête et les poursuites qui s'imposent". Elle dénonce en outre "avec la plus grande fermeté la cécité répétitive d'organisations qui trouvent de pseudo excuses sociales à des agressions à caractère raciste"   in AFP, 30 mars 2005

3. « Militants du MRAP, nous avons été surpris et choqués de lire dans la motion d'orientation proposée au vote des délégués au Congrès de 2012 une référence au « racisme anti-blanc », thème de propagande de l'extrême-droite. Ce texte était à voter en l'état, sans aucune possibilité d'amendement.

Par la suite, nous avons tenté vainement d'infléchir la ligne politique du MRAP sur cette question. A nos arguments, appuyés par des travaux de chercheurs et militants engagés dans la lutte contre le racisme, la direction du mouvement a opposé avec succès diversions sémantiques et verrouillages d'appareil ».
 http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-munier/181014/propos-de-lorientation-adoptee-par-le-mrap-sur-le-racisme-anti-blancs

4. « SOS Racisme n’a jamais pratiqué l’angélisme sur les formes variées de racisme. Nous voulons éduquer les Français, mais aussi les publics issus de l’immigration.[...]La pédagogie antiraciste ne peut supporter le discours de «victimisation », qui encourage les gens à ne défendre que leur communauté. Il faut défendre tout le monde.[...]

Nous ne pouvons accepter la notion de racisme anti-blanc parce qu’elle est une thèse défendue depuis longtemps par l’extrême droite64. L'association s'est également positionnée en 2009, dans l'affaire de l'agression d'un passager blanc dans un bus de la RATP par une bande de jeunes noirs et maghrébins (et filmée par une caméra de surveillance). L'association qualifie l'agression de « raciste65 » et la condamne fermement65. »


https://fr.wikipedia.org/wiki/SOS_Racisme#Positions_de_SOS_Racisme_vis-.C3.A0-vis_du_racisme_antiblanc

5. Mme Vallaud-Belkacem, Dans "Raison de plus !", Fayard, 2012, écrit : "... comme s'il y avait de cela pour dénoncer le racisme anti-Blanc dont chacun peut convenir sans mal ni complaisance qu'il existe et qu'il est aussi condamnable et stupide que autre."

6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Racisme_antiblanc

7. Pascal Bruckner dans un article publié par le Nouvel Observateur en 2005, « Et comment ne pas avoir la plus grande méfiance, le plus grand dégoût vis-à-vis de tout mouvement, toute révolte qui proclame son anti-occidentalisme a priori et prend le caractère macabre d’une croisade raciale contre l’homme blanc ? Quand l’ONU inscrira-t-elle l’anti-occidentalisme et le racisme anti-Blancs au rang des crimes contre l’humanité ? »

8. http://www.liberation.fr/debats/2016/01/19/les-discriminations-racistes-existent-et-resistent_1427509
9. http://www.tikreol.re/accuser-de-racisme-pour-masquer-les-privileges-metropolitains/
10. E. Saada  Un racisme de l’expansion. Les discriminations raciales au regard des situations coloniales - in De la question sociale à la question raciale ? sous la direction de Didier Fassin et Eric Fassin - Ed . La Découverte-2006
11.https://www.cairn.info/de-la-question-sociale-a-la-question-raciale--9782707158512.htm

12. Léopold S. Senghor - Qu’est-ce que la négritude ? Études françaises, vol. 3, n° 1, 1967, p. 3-20

13. Didier Fassin Du déni à la dénégation. Psychologie politique de la représentation des discriminations  - in De la question sociale à la question raciale ? sous la direction de Didier Fassin et Eric Fassin - Ed . La Découverte-2006
14.ibid. Didier Fassin

15.http://www.acatfrance.fr/communique-de-presse/verdict-du-comite-des-droits-de-lhomme---la-france-nest-pas-le-pays-des-droits-lhomme

16. France culture, le 10 septembre 2005, émission intitulée « Premier pouvoir »

17.http://www.islametinfo.fr/2015/07/17/argenteuil-bavure-amine-ses-amis-et-son-pere-temoignent-exclu-video/

18. Commentateure Chimene, 07/07/2015, Commentaire dans Montray Kreyol suite à l'article: http://www.montraykreyol.org/article/prendre-acte-du-memorial-acte-lhomme-noir-est-nu
... « C’est que sans s’en rendre compte Cathy Liminana-Dembele participe des préjugés voire du racisme qu’elle prétend dénoncer, en essentialisant le nègre et en dressant de ce dernier le portrait larmoyant d’un souffre-douleur perpétuel : « victimes habitées par la souffrance, les Afrodescendants non pas victimes par procuration, mais victimes par transmission de l'anathème de l'homme noir… ».
Or si l’esclave nègre est une victime absolue, il en va différemment du nègre dans son entier, dans sa nature. Et comment pourrait-il en être autrement ? Le nègre, tout comme le blanc, ou je ne sais qui d’autre, est capable du meilleur comme du pire. Des pyramides d’Egypte comme du génocide rwandais. Car c’est dans la nature de l’homme d’accomplir prodiges et excès. Enfin, pour en revenir à la Traite, rappelons ce qu’en disait Tidiane N’Diaye : « Il n’y eut pas seulement que les négriers berbères, égyptiens, européens et autres ramassis et écume des nations. La complicité de certains monarques et leurs auxiliaires africains dans ce commerce criminel est une donnée objective. » Et N’Diaye encore de citer cette demande de pardon des évêques africains en octobre 2003 : « Commençons donc par avouer notre part de responsabilité dans la vente et l’achat de l’homme noir, hier et aujourd’hui... Nos pères ont pris part à l’histoire d’ignominie qu’a été celle de la traite et de l’esclavage noir. Ils ont été vendeurs dans l’ignoble traite atlantique et transsaharienne…»

19. ibid.,  Commentateure Chimene,
« Ce texte est à l’évidence un nouveau délire noiriste. L’ethnologue sénégalais Tidiane N’Diaye a montré avec d’autres le rôle déterminant des royautés africaines dans la traite des noirs et donc leur collaboration avec les négriers blancs. Mais au-delà de ce point, c’est l’article dans son ensemble qui relève d’un « romantisme mélanique », tendant à faire passer le nègre dans sa globalité pour une victime absolue, le tout émaillé cependant de citations de références blanches (Bachelard, Canivez, Schmitt) pour faire savant donc crédible. » ...

20.Christian Delarue , membre du groupe "cultures et société" d'ATTAC France, Ex membre du bureau exécutif et du conseil d'administration du MRAP http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/060314/le-racisme-anti-blanc-est-aussi-raciste-que-les-autres  

21. Louis Sala-Molins Les misères des Lumières, sous la raison l’outrage, Paris, Robert Laffont, 1992

22.Mikhaïl Bakhtine, Le Marxisme et la philosophie du langage. Essai d’application de la méthode sociologique en linguistique, Paris, Éditions de Minuit, 1977 [1929], p. 124.

23 .  op.cit. Commentateure Chimene,

24.  Un racisme de l’expansion. Les discriminations raciales au regard des situations coloniales - Emmanuelle Saada – p.29 – in  De la question sociale à la question raciale ? sous la direction de Didier Fassin et Eric Fassin - Ed . La Découverte-2006

25. http://www.dailymotion.com/video/x2zfo8q_guadeloupe-karukera-le-code-noir_travel

26.http://www.liberation.fr/debats/2015/08/29/un-individu-ne-peut-se-sentir-blanc-que-par-opposition-au-noir-ou-au-jaune_1356908

27. Didier Fassin – op.cit.[/size]


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MessageSujet: Re: les "BLANCS" forment-il une 'race' à part ? Whiteness ? BLANCHITÉ ?... le COLORISME... le 'RACISME ANTI-BLANCS'   Ven 29 Avr - 16:22




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