PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

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 ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 20 Déc - 13:00


L'Islamophobie en France

Marika et Said Bouamama 12 avril 2013




Citation :
Saïd Bouamama, sociologue et militant contre les discriminations, était l'invité de Marika, dans l'émission d'Islam et Spiritualités du 12 avril sur la Web Tv Radio Etoiles du Cœur :

"L'islamophobie : entre critique d'une religion ou racisme à peine voilé ? Comment se décèle le racisme envers les Musulmans/ Y'a-t-il un remède contre l'idéologie islamophobe ?"

Nous voulions donner l'opportunité à Saïd Bouamama de s'exprimer à propos de sa mise en examen conjointe avec le rappeur Saïdou du groupe Z.E.P (Zone d'expression populaire) pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » sur une plainte de l'Agrif. En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, Nique la France. C'était l'occasion pour le sociologue d'expliquer le contexte de cette chanson.




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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 20 Déc - 20:10


musulmans en Europe

Il y a moins de musulmans en Europe que ce que pense la population Marie Gathon Levif.be  21/01/15  

The Economist publie une carte qui montre la différence entre la proportion de musulmans vivants en Europe et l'estimation de leur nombre par la population



© Pew Research; Ipsos Mori / The Economist

Citation :
Les chiffres avancés par The Economist proviennent d'une étude menée par Ipsos Mori qui a été publiée en octobre dernier et qui portait sur les perceptions erronées de 14 pays sur différents sujets.

Suite aux évènements qui ont endeuillé la France et aux mesures de sécurité renforcées prises dans plusieurs pays européens, dont la Belgique, la perception de la population risque d'être encore plus erronée. C'est donc l'occasion de rétablir la vérité.

On constate que la France est le pays qui compte proportionnellement le plus de musulmans (8 %). C'est toutefois bien moins que l'estimation de la population qui pense qu'il y a 31 % de musulmans dans le pays.

La Belgique fait aussi partie des pays où la perception est la plus erronée. On y compte 6 % de musulmans alors que la perception est à 29 %.

Toutefois, si l'on analyse ces chiffres en profondeur, on constate que proportionnellement, c'est la Hongrie qui surévalue le plus le nombre de musulmans au sein de ses frontières. Ainsi, les Hongrois pensent qu'il y a 7 % de musulmans dans leur pays, alors qu'ils ne sont que 0.1 %. Il s'agit de 70 fois plus que la réalité.

Sous cet angle, la Belgique n'arrive qu'en cinquième position parmi les pays européens et la France en septième position. Voici le classement complet, selon les calculs de David Liboy, professeur de mathématiques et gestion à la province de liège :

Citation :
1. La Hongrie 7 % vs 0,1 % (donc 70 fois plus que la réalité)

2. La Pologne 5 % vs 0,1 % (donc 50 fois plus que la réalité)

3. L'Espagne 16 % vs 2 % (donc 8 fois plus que la réalité)

4. L'Italie 20 % vs 4 % (donc 5 fois plus que la réalité)

5. La Belgique 29 % vs 6 % (donc 4,8 fois plus que la réalité)

6. Le Royaume-Uni 21 % vs 5 % (donc 4,2 fois plus que la réalité)

7. La France 31 % vs 8 % (donc 3,87 fois plus que la réalité)

8. La Suède 17 % vs 5 % (donc 3,4 fois plus que la réalité)

9. L'Allemagne 19 % vs 6 % (donc 3,2 fois plus que la réalité)




et en France ?









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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Jeu 24 Déc - 4:43


dis comme ça, pourquoi pas ?...



Turquie : le chef des Affaires Religieuses compare Daesh et les caricatures de Mahomet Direct Matin 23 Décembre 2015


Mehmet Görmez prenait la parole le 21 dernier en marge du Mawlid an-Nabi
FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Selon le chef des affaires religieuses turc, les dégâts causés par Daesh sont à mettre au même niveau que les caricatures de Mahomet


Citation :
Mehmet Görmez prenait la parole le 21 dernier en marge du Mawlid an-Nabi, qui célèbre l’anniversaire islamique de la naissance du prophète Mahomet, fêté le 22 décembre dernier.

«Aujourd’hui les dommages causés par ces réseaux (ndlr : Daesh et les groupes jihadistes), éloignés de toute croyance, raison et sagesse, qui gravent le nom [de Dieu] sur leur prétendu drapeau est à mettre au même plan que ceux causés par les caricatures – intolérables – réalisés par les pionniers de l’islamophobie», explique-t-il.

«Par ailleurs, j’ai le regret de dire que le plus gros problèmes des musulmans d’aujourd’hui est qu’ils ont perdu leur position d’exemple et qu’ils ne peuvent, à juste titre, être des représentants du message sacré et clément de notre prophète», a-t-il également affirmé, souhaitant par ailleurs que ce Mawlid puisse apporté grâce pitié, paix, abondance et santé pour le pays et le monde entier.


... mais rien n'est pardonné

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 9 Jan - 6:59


à propos de voile, d'«islamophobie» et d'«islamo-gauchisme», et de racismes :

petit détour par la traite négrière arabo-musulmane : du VIIème au XXIème siècle




I. l'obsession française anti-arabo-musulmane entretient la confusion :


ni la religion ni le terrorisme intégriste ne s'expliquent par eux-mêmes, l'islamisme et Daesh ne font pas exception


je maintiens le cap, comme je l'ai fait dans les discussions de Médiapart, de considérer que partir de la question religieuse (ou laïque), voire du terrorisme islamiste, pour en comprendre la signification est le meilleur moyen de tout embrouiller et de se retrouver bien vite sur le terrain de l'ennemi de classe, c'est-à-dire avec des arguments indiscernables

à cet égard, il suffit de voir comment, depuis les attentats de janvier à Paris, la montée de EI/Daesh et les attentats de novembre plus encore, la plupart des analyses et débats se focalisent sur l'Islam ou le terrorisme, et ceci dans tout l'arc politique de l'extrême-gauche à la post-ultragauche (de ce côté voir chez DDT21 de Gilles Dauvé Califat et barbarie (première et deuxième partie) de Tristan Leoni, et sur le blog de Temps Critiques la discussion mise en ligne le 4 janvier sous le titre L’islamisme radical n’est pas un nouveau fascisme, avec les ineffables duellistes Yves Coleman et Jacques Wajnsztejn, Dupont et Dupond du sionisme ultragauchiste toujours prêts, en bon supplétifs de l'idéologie française, à taire les crimes impérialistes et à excuser la ligne anti-musulmans des dirigeants français : l'héritage colonial, ça n'existe pas

ces discussions de comptoirs ultragauchistes ne nous concernent que peu, dans la mesure où nos considérations leurs sont inconnues tout comme la pensée décoloniale, ou du moins font-elles comme si... Vrai qu'il est plus facile de reprocher au PIR d'être "islamo-gauchiste" qu'au Porto-Ricain Ramón Grosfoguel dont il s'inspire, ou à des penseurs  décoloniaux tels que l'Argentin Walter Mignolo, le Péruvien Anibal Quijano, le Chilien Alejandro Vallega...


II. que peut-on appeler, ou pas, islamo-gauchisme ?

cela ne signifie pas que l'«islamo-gauchisme» ne signifie rien, mais la notion est si floue qu'à part Yves Coleman, les furieux antifas et les fachouillards de souche, tout le monde y met des guillemets. Voici justement ce qu'en dit Houria Bouteldja dans sa critique de "l'intersectionnalité race, classe et genre" (je souligne en gras):

Houria Bouteldja a écrit:
Pour articuler [, il faudrait que le corps social indigène dans ses tendances lourdes adhère à un projet « progressiste ». Je prétends que ça n’est pas le cas.

– D’abord, parce que depuis trente ans, on assiste à un glissement progressif de l’opinion indigène vers les « valeurs de droite » et à une défiance de plus en plus forte vis-à-vis de la gauche et de la plupart des « valeurs » qu’elle défend sauf peut-être l’égalité sociale bien que celle-ci soit concurrencée par des formes libérales de réussite sociale.

– Ensuite parce que le racisme et la relégation sociale produisent du conservatisme. Les néoconservateurs français qui vont de Fourest à Le Pen en passant par Finkielkraut, c’est-à-dire de la gauche républicaine à l’extrême droite, pensent que les quartiers sont « réactionnaires », et que l’islam l’est tout autant. Cette idée est combattue par la gauche « islamo-gauchiste » avec cette idée selon laquelle il y aurait autant d’islam qu’il y a de Musulmans, que l’adhésion à l’islam est un choix murement réfléchi, individuel, détaché de toute influence communautaire. Bref, on a ici une vision très libérale de l’islam où nous aurions des individus déracinés de leur histoire et de leur milieu, dotés d’un libre arbitre puissant et libéré de toute forme de déterminisme et d’« aliénation ».

Pour ma part, je n’ai jamais adhéré à cette construction – et je dis bien construction – de cet islam libéral et optionnel dont je pense qu’elle est déterminée

1/ par le besoin de la gauche antiraciste de justifier sa solidarité avec les femmes voilées. Et
2/ par une certaine catégorie de musulmans et de musulmanes en particulier sommés de prouver qu’ils méritent le soutien de la gauche et qui adaptent leur discours en fonction des desiderata de gauche
.

Moi, je crois que les formes que prend l’islam dans les banlieues sont effectivement « conservatrices » et je pense que cet islam-là ainsi que l’un de ses principaux symboles, le foulard, sont effectivement des concessions faites au patriarcat indigène. Je m’empresse de dire qu’il n’y a rien de dramatique là-dedans car le compromis permet des améliorations et ouvre même des marges de libertés. Souvent les femmes semblent reculer mais en fait elles prennent leur élan pour mieux sauter. Ainsi les néoconservateurs ont raison sur la forme, mais pas sur le fond. Je m’en explique avec la notion d’espace-temps.

Race, classe et genre : une nouvelle divinité à trois têtes Houria Bouteldja, 14 décembre 2015



remarque : on lira à cet égard les extraits de Franz Fanon, dans Les damnés de la terre, 1961, concernant le voile en Algérie, dans mon commentaire du 4 janvier : Franz Fanon, le genre, le voile, l'amour et la révolution

bref, pour le PIR, les «islamo-gauchistes» sont des militants de l'extrême-gauche blanche voulant afficher leur solidarité avec les femmes voilées, une forme de culpabilité antiraciste universaliste avec ses arrières-pensées de récupération politique : qui ne le verrait pas ?

on peut également considérer comme «islamo-gauchiste» le soutien à certains groupes militaires islamiques au Moyen-Orient, au-delà du Hamas le Hezbollah par exemple, en tant que cet anti-sionisme anti-impérialiste serait un engagement "révolutionnaire". On retrouve ici la faiblesse de leur critique du capital, qui lui n'a qu'une religion, l'économie politique : l'argent, et le sexe, qui vient avec


III. la traite négrière arabo-musulmane


pour tempérer l'ardeur islamo-gauchiste, ou les analyses voyant dans la religion non une dialectique contradictoire (Marx : « La religion est l'opium du peuple »), mais une opposition entre aliénation absolue, oubli des choses terrestres, et une possible positivité révolutionnaire, une antidote : la connaissance de ce que fut durant 13 siècles la traite négrière arabo-musulmane, non encore éradiquée (Darfour, Mauritanie...)

un livre à cet égard utile : Le génocide voilé, Titiane N'Diaye, 2008


Citation :
Les Arabes ont razzié l'Afrique subsaharienne pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d'hommes qu'ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains.

Cette douloureuse page de l'histoire des peuples noirs n'est apparemment pas définitivement tournée. La traite négrière a commencé lorsque l'émir et général arabe Abdallah ben Saïd a imposé aux Soudanais un bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d'esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d'une énorme ponction humaine qui devait s'arrêter officiellement au début du XXe siècle.


Tidiane N'Diaye est anthropologue, économiste et écrivain franco-sénégalais. Chercheur reconnu, il est l'un des grands spécialistes des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Economiste de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et auteur de nombreuses études économiques et sociales sur les départements français d'Outre mer. Il est également Directeur de Recherches à Sup-de-Co Caraïbes.


un texte de Tidiane N'Diaye en ligne : Le crime des pays arabo-musulmans envers l'Afrique noire Étude sur la traite arabo-musulmane des Noirs Africultures, 30 novembre 2012


Maqâma al-Hârith au marché aux esclaves de Zabid au Yémen, XIIIe siècle


marché aux esclaves au Maroc


les raisons pour lesquelles je n'ai pas évoqué jusque-là la traite négrière arabo-musulmane tiennent au fait essentiel que si elle eut une raison marchande, celle-ci ne fut pas capitaliste, ni même pré-capitaliste comme accumulation primitive permettant au Moyen-Orient ou au Maghreb d'aboutir au mode de production capitaliste comme en Angleterre puis en France

mais il faut préciser pour cela souligner quelques points importants, qui permettent peut-être aussi de comprendre certains aspects des événements actuels :

1) l'esclavage proprement dit n'existait pas sauf rare exception en Afrique Noire avant la traite arabo-musulmane. Y sévissait une forme de servage sur la base d'existence de castes, mais les "captifs" étaient relativement bien intégrés à la fie familiale et sociale.

c'est l'esclavage marchand arabo-musulman qui construit un racisme des plus terrifiants à l'encontre des populations noires
, qui persiste encore aujourd'hui en Afrique, et peut sans doute expliquer certains clivages dans les banlieues françaises : la solidarité décoloniale n'est pas gagnée dans le prolétariat racialisé (le PIR n'a d'ailleurs pas atteint son objectif initial de fédérer toutes ces "communautés" racialisées, ce qui n'empêche pas les initiatives communes, mais au niveau d'associations comportant peu de ces (sous-)prolétaires

alors que c'est le colonialisme, par commerce triangulaire et surtout la plantation, qui construit le racisme moderne occidental comme intrinsèquement lié à la genèse du capitalisme, c'est la traite arabo-musulmane qui construit un racisme anti Noirs spécifique et ceci malgré le racisme anti Arabes du colonialisme occidental et de son héritage jusqu'à nos jours

corollaire : parler de traite interne à l'Afrique évite de dire qui en fut à l'origine et s'y livra massivement pendant 13 siècles, et n'est qu'une mauvaise excuse des Occidentaux pour dire « ce n'est pas nous qui avons commencé »

2) la traite intérieure de l'Afrique Sub-saharienne par les Arabo-musulmans ne commença qu'après la pénétration du colonialisme occidental (voir la carte du bas). Auparavant, elle ne dépassa pas les pays limitrophes du désert saharien et les régions côtières de l'Est (d'Oman au Mozambique et Madagascar : rôle de Zanzibar), et de l'Ouest (Empire du Mali sur les territoires actuels sur les actuels des Mali, Burkina Faso, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie et une grande partie de la Côte d'Ivoire) (carte du haut)





3) les marchands d'esclaves arabo-musulmans fournissaient les négriers européens et le commerce triangulaire, ce qui expliquent que ceux-ci fermèrent les yeux durant tout le 19ème siècle et au-delà, pour des intérêts commerciaux évidents mais aussi pour entretenir les conflits tribaux qu'engendrait cette traite, ce qui facilitait le maintien de l'ordre colonial

4) la traite, définie comme un commerce, suppose un acheteur et un vendeur...

il faut donc distinguer les dates d'interdiction de la traite et celles de l'abolition de l'esclavage
, notamment en ce qui concerne le commerce triangulaire par les puissances colonialistes européennes, mais elles furent bien plus tardives en Espagne et en Amérique du Sud (voir Chronologie des abolitions

5) la participation à la traite arabo-musulmane de chefs de tribus, roitelets voire empereurs rois noirs africains est indiscutable et participe avant l'arrivée des Occidentaux au saignage à blanc de l'Afrique noire. Le commerce des esclaves n'a fait que suivre celui de l'or et de l'ivoire, c'est-à-dire de ressources minières, et l'appropriation des femmes est une constante


mais là, peu importe la couleur


Jean-Léon Gérome «Marché d’esclaves» 1866

il y eut, dans une proportion semble-t-il plus forte, des résistances y compris de pays entiers entraînés par leurs dirigeants, ce qu'on retrouve dans la lutte anti-colonialiste avec les bourgeoisies nationales et ceci jusqu'aux compromis capitalistes des Indépendances avec les ex-puissances colonialistes (ce "néo-colonialisme" est anticipé par Franz Fanon dès la fin des années 50)

6) le fait que cette traite soit qualifiée d'arabo-musulmane parce que telle était l'origine des marchands d'esclaves n'empêche que les troupes aient pu comporter ou être constitués de captifs noirs, et l'on en voit encore la trace dans la guerre au Darfour, qui tend à être le génocide de ce début de 21ème siècle. S'il n'est pas nécessaire d'insister sur Al-Qaïda/AQMI au Mali ou Boko-Haram/EI-Daesh au Nigeria et au Cameroun, le conflit en Centrafrique, dans lequel est impliqué la France, hérite également de cette tradition de massacres racistes, et peut comporter des aspects esclavagistes


Une femme centrafricaine prise comme une esclave sexuelle par la Séléka
source, Centrafrique.com. La capitulation honteuse de la France
Centrafrique: un cas modèle pour les terroristes islamistes

Citation :
Entre 1880 et 1900, au Mali actuel, les colonels français Gallieni et Archinard détruisirent les sultanats djihadistes, libérant ainsi les populations noires sédentaires des raids esclavagistes (razzia). Dans le Sud du Tchad et jusqu’au centre de l’actuelle Centrafrique, la traite dura jusqu’en 1911, à la mort du chef esclavagiste Snoussou, tué par les troupes françaises.

Cette traite saharienne est à ce point inscrite dans la mémoire des populations noires qu’elle explique largement la réaction des milices dites anti-balaka de Centrafrique pour lesquelles les musulmans du Séléka sont vus comme les successeurs des esclavagistes d’hier. Elle explique aussi la longue guérilla (un demi siècle !) qui aboutit à l'indépendance du Soudan du Sud en 2012. Selon Malek Chebel dans son livre "L'esclavage en terre d'islam", il existerait encore 3 millions d'esclaves dans le monde musulman.

source Hélène Zanier Esclavagisme, encore un mot...


7) le rôle de l'Islam dans la traite

la religion, avec les « bons côtés » de sa morale, qu'on pourrait qualifier d'humaniste, sert évidemment de bon prétexte aux razzias. En ceci, la traite musulmane rejoint la traite colonialiste avec ses missionnaires dans l'alliance du sabre et du goupillon (les laïcards et autres anars oublient d'ajouter la bourse...)

les lois déduites du Coran interdisaient l'esclavage de croyants ou de convertis, mais elle furent très vite contournées ou adaptées aux besoins sous tous prétextes, puisqu'elles enrayaient le commerce esclavagiste et faisaient du meurtre de croyants des péchés de l'Islam... On peut donc voir dans les pratiques actuelles des groupes intégristes islamistes une certaine continuité historique


conclusion : de l'or à « l'or noir » en passant par le « bois d'ébène »

si la traite arabo-musulmane n'a pas de fonction précapitaliste ou capitaliste directe, elle alimente en « bois d'ébène » le commerce triangulaire du colonialisme occidental, invente un racisme anti-noir spécifique, et préfigure les massacres des groupes terroristes islamistes actuels, dont la fonction ne peut pas davantage être comprise sans prendre en compte les intérêts économiques qui en sont la cause, que ces intérêts soient régionaux (Qatar, Arabie Saoudite...) ou recoupent ceux des puissances occidentales. Ces considérations ne font que se croiser avec des aspects plus régionaux, notamment le conflit entre chiisme et sunnisme et la fonction d'Israël comme « rempart de la démocratie et de nos valeurs universelles »

la religion musulmane est dans tout ça un vecteur idéologique qui n'explique rien par lui-même


(à suivre)


Dernière édition par Patlotch le Sam 9 Jan - 8:38, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 9 Jan - 9:35


la traite négrière arabo-musulmane (suite)

l'exemple du Maroc



Histoire : au royaume des esclaves 6 septembre Jules Crétois

Durant des siècles, appuyé par un racisme assumé et légitimé, l’esclavage a perduré au Maroc. Entre volontés impériales, religion et logique économique, retour sur un douloureux passé.


Nous sommes au milieu du XIXe siècle. Ahmed Khaled Naciri, savant et historien slaoui, publie des diatribes antiesclavagistes. S’il reconnaît la validité religieuse de l’esclavage, il condamne sa pratique et sa légitimation par les différences raciales. À cette époque en effet, des milliers de noirs — entre 50 000 et 300 000 selon les sources — connaissaient toujours les affres de la servitude. Même si l’islam incite à libérer les esclaves, cette pratique était largement répandue dans le monde musulman, et l’empire chérifien ne dérogeait pas à cette règle. C’est ainsi que, depuis l’installation de la dynastie des Almovarides au XIe siècle, des centaines de milliers de noirs — plus de trois millions selon d’autres sources — sont raflés et acheminés à travers le désert jusqu’aux marchés de Sijilmassa, Marrakech, Fès ou Rabat.

Citation :
Des logiques esclavagistes

Le pouvoir politique ainsi que les fouqaha étaient des acteurs principaux de cette pratique. Une complicité qui arrangeait les intérêts de tout le monde. Selon l’historien Roger Botte, le sultan Moulay Abderrahman prélevait une taxe d’un esclave sur vingt aux marchands. Le souverain est allé jusqu’à statuer personnellement sur les vices rédhibitoires, comme la lèpre ou la déficience mentale, qui invalident une vente d’esclave. Mais contrairement aux idées reçues, l’esclavage au Maroc « n’a jamais été absolument nécessaire à l’économie », comme nous l’explique l’historien Mbarek Aït Add. L’esclavage répondait à différentes fonctions au sein de la société marocaine. Dans son ouvrage Black Morocco, l’universitaire Chouki El Hamel remarque en effet que la plupart des esclaves travaillaient surtout comme domestiques dans les foyers. D’autres exemples nous éclairent sur les tâches assignées à ces hommes et femmes tombés en servitude. On peut noter alors que des esclaves soudanais ont bâti une partie des murailles de la ville d’Essaouira, et qu’au XVIe siècle, ce sont des esclaves qui travaillaient dans les raffineries de sucre installées dans le Souss et la région de Chichaoua, permettant le troc de cette denrée contre d’autres biens précieux, comme le marbre d’Italie. Enfin, quelques esclaves étaient « exportés » vers les Amériques ou les îles Canaries depuis le port d’Essaouira et les côtes sahariennes au XVIIIe siècle. « Il y a bien eu des logiques esclavagistes au Maroc », conclut le chercheur Mustapha Naïmi. Des logiques qui mêlent racisme et conquêtes militaires et se trouvent souvent en butte au fait religieux.


Racisme et religion


« Les expéditions militaires en Afrique de l’Ouest ont bien sûr donné un coup de fouet à l’esclavagisme », remarque Naïmi. El Hamel rapporte les propos d’un chroniqueur marocain qui raconte que l’expédition envoyée par le sultan Ahmed Al Mansour en Afrique subsaharienne, en 1598, est revenue au Maroc avec dix-mille captifs hommes et autant de femmes. Ces actions militaires menées contre l’empire songhaï, en partie islamisé, ont choqué de nombreux ouléma qui réprouvaient l’usage de la violence contre des musulmans, pratiquant le rite malékite comme eux qui plus est. La mise aux fers de Ahmed Baba, théologien très réputé de Tombouctou, lors de cette opération, a indigné les ouléma marocains.

Ahmed Al Mansour s’est défendu contre ces critiques en invoquant l’intérêt pour le monde musulman d’une unité pour légitimer son action. Moins d’un siècle plus tard, le sultan alaouite Moulay Ismaïl aura lui aussi recours à des arguments religieux pour justifier la création de son armée noire, la fameuse garde des Abid Al Boukhari, qui comptera jusqu’à 60 000 soldats selon plusieurs sources. Le sultan comptait réduire à l’état d’esclaves même les Haratine, noirs libres et musulmans, pour les intégrer à sa garde. Pour ce faire, il argue qu’il en va de la sécurité de la communauté musulmane, menacée par les chrétiens. Les fqihs proches du pouvoir opinent du chef. Un argumentaire raciste ne tarde pas à être développé pour renforcer la position du sultan. El Hamel cite un alem soussi, soutenant la démarche de Moulay Ismaïl, qui détaille même les tares physiques et mentales des noirs pour légitimer leur asservissement.

Le racisme a bien accompagné cette opération décidée par le sultan alaouite, à tel point que le vocabulaire en a porté les marques. Les termes « Abd »    et « Aswad » ont longtemps été des synonymes interchangeables, rappelle El Hamel. Et en berbère, les Noirs étaient appelés « atig entisent » ( le prix du sel ), terme qui renvoie à l’idée que tout noir était une marchandise. Devant ce racisme éhonté et profondément aux antipodes de l’égalitarisme islamique, de nombreux ouléma se sont opposés à la réduction en esclavage de musulmans, d’autres ont défendu même les droits des esclaves païens, se basant sur divers traités juridiques malékites. Le fameux cheikh de Tétouan, Ahmed Ben Ajiba, reprochait à ses confrères leur racisme, et Abdessalam Guessous, célèbre alem de son temps, a interpellé avec virulence Moulay Ismaïl sur son projet. Irrité par le comportement de ce alem, le sultan ordonne de l’arrêter et de le tuer par strangulation.

Une abolition tardive

À l’époque moderne, les voix sont devenues plus nombreuses à s’élever contre l’esclavagisme. Le protectorat français n’abolit pas cette pratique, mais prend certaines mesures, comme la circulaire de 1922, pour la limiter. C’est dans cette ambiance que le mouvement national rejoint les religieux pour réclamer l’abolition de l’esclavage. L’historienne Rita Aouad remarque qu’au début du XXe siècle, les ouléma prenaient déjà la défense des concubines esclaves et de leurs enfants dans des affaires d’héritage. En 1934, un groupe indépendantiste publie ses revendications, parmi lesquelles figurent des dispositions abolitionnistes. Deux ans plus tard, rappelle Aouad, les Considérations sur l’esclavage au Maroc de Ahmed Khaled Naciri sont republiées, appuyant la lutte contre le servage. Selon l’historienne, la montée en puissance du mouvement nationaliste contribue ainsi à raréfier l’esclavage dans les milieux urbains éduqués.

Petit à petit, l’esclavage disparaît. Restent les stigmates d’un fait trop peu étudié. Pourtant, « l’histoire récente éclaire en partie le rapport particulier des Marocains à l’esclavage et aux noirs », concède Aouad, qui précisait dans une étude consacrée à ce sujet : « Le fait que l’esclavage n’ait pas été aboli permet d’abord de comprendre l’absence de culpabilité ». Naïmi concède lui aussi que cet épisode de notre histoire ne saurait être écarté d’un revers de main. « Pour comprendre les relations entre les pays d’Afrique du Nord et les pays d’Afrique noire, pour mieux appréhender les migrations Sud-Sud, il nous faut avoir cette histoire en tête », argue-t-il. Une longue histoire qui nous permet de mieux saisir le présent, et comprendre quelques réflexes racistes encore présents au Maroc.

Marrakech : scènes de marché


Dans son livre L’esclavage en terre d’Islam, Malek Chebel explique que Marrakech a été le plus important marché d’esclaves au Maroc. Selon l’historien Mohamed Ennaji, à la fin du XIXe siècle, on vendait, sur ce seul marché, entre 7000 et 8000 esclaves par an. Ces hommes et femmes sont soumis à la vente trois fois par semaine, immédiatement après la prière du fajr. Parfois, quelques-uns sont exposés aux marchés réservés aux animaux. Des prières aux saints de la ville et la Fatiha sont prononcées avant la vente. L’acheteur vérifie les dents, s’enquiert de l’état de santé de son « acquisition » et, dans le cas des jeunes femmes, on pratique, selon l’historien Roger Botte, l’istibra’, un rapide examen pour vérifier sa virginité. En effet, si quelques vendeurs assurent la vente d’esclaves de « qualité », parfois initiés à la langue arabe, à une clientèle triée sur le volet, d’autres commerçants moins honnêtes n’hésitent pas à bander ou maquiller les esclaves 
avant la vente pour faire ressortir leurs muscles et cacher leurs cicatrices… Le marché de Marrakech, qui côtoyait la place Jamaâ El Fna, a été fermé par les autorités coloniales en 1912.







Gnaoua : de la servitude à la pop culture

Le monde des Gnaoua est toujours entouré de mystères. L’étymologie du nom même reste incertaine, venant possiblement de « Guinée » ou « Ghana » ou encore de « guinawn », terme berbère mauritanien pour désigner des habitants du Sénégal. Une certitude cependant, l’histoire des Gnaoua est liée à celle de l’esclavage. Comme le prouve leur vocabulaire, ils ont des origines variées : soninké, bambara, haoussa… Plusieurs anthropologues relient d’ailleurs leur art à celui des griots mandingues. Et si leur lila, ou derbeba, sont des cérémonies religieuses, de transe, elles sont aussi des moments où la douloureuse histoire des esclaves du Maroc est retranscrite. Aux côtés des invocations, les paroles laissent d’ailleurs une place de choix aux thématiques de l’asservissement et du déplacement forcé, du souvenir d’une terre lointaine dont les Gnaoua ont été arrachés. Leur pratique religieuse est aussi marquée par des restes de rituels africains préislamiques, aujourd’hui diluées dans l’islam soufi marocain. Longtemps méprisée, la culture musicale gnaouie est, selon de nombreux spécialistes, similaire en plusieurs points aux cultures afro-américaines : elle a créé une identité, suscité une solidarité. Avant de devenir plus mainstream. Du père du maâlem Boubker Gania, esclave kidnappé et amené au Maroc il y a un siècle environ, à Abderrahman Paco de Nass El Ghiwane, qui s’inspira de cette musique, sans oublier le festival d’Essaouira, la musique gnaouie a une longue histoire.





PS : il n'y avait bien sûr pas seulement des esclaves noir.e.s




certaines images, source : MARRAKECH EN 1902, AVANT LE PROTECTORAT
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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 9 Jan - 12:52

Corinne Cerise a écrit:

Quel écœurement...

" Petit à petit, l’esclavage disparaît. Restent les stigmates d’un fait trop peu étudié. Pourtant, « l’histoire récente éclaire en partie le rapport particulier des Marocains à l’esclavage et aux noirs », concède Aouad, qui précisait dans une étude consacrée à ce sujet : « Le fait que l’esclavage n’ait pas été aboli permet d’abord de comprendre l’absence de culpabilité ». "


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Jeu 14 Jan - 14:58



La France a un incroyable talent : l’islamophobie Rafik Chekkat 22 décembre 2015

Comment rendre compte de la fureur raciste qui s’est emparée du pays après les attentats du 13 novembre 2015 ?

Comment expliquer – spécialement à celles et ceux qui continuent à nier l’existence même de l’islamophobie – que la fureur actuelle n’est que la spectaculaire intensification de politiques et pratiques antimusulmanes et sécuritaires préexistantes ?

Le relevé des agressions, mesures, propositions, et déclarations qui visent les musulman-e-s est vertigineux. Nous nous y essayons à travers ce petit lexique, qui nous montre que la France a bel et bien un incroyable talent.

L’islamophobie.

Et son déni.

Citation :
Aubervilliers

Un instituteur de maternelle, qui avait affirmé avoir été victime d’une violente agression à l’arme blanche par un homme se revendiquant de l’Etat islamique (EI) au sein de l’école maternelle Jean Perrin d’Aubervilliers (93) avait en fait tout inventé. (Aubervilliers : l’instituteur reconnaît avoir inventé son agression)

Barbe

Depuis, les attentats, la chasse à la barbe a gagné tout le pays. Un exemple parmi beaucoup d’autres à l’aéroport d’Orly-Ouest, où huit agents de sécurité (tous musulmans) de l’entreprise Securitas à qui on avait demandé de raccourcir leur barbe (et qui avaient refusé de s’exécuter) ont été convoqués par la direction de l’entreprise et licenciés. (Attentats: virés de Securitas à Orly-Ouest en raison de barbes trop longues)

Camps

Une lectrice du site lundimatin a fait parvenir à la rédaction un document du Premier ministre adressé au Conseil d’État afin de recueillir l’avis de ce dernier sur la légalité de certains projets, notamment celui de créer des camps afin d’y retenir préventivement les « Fichés S ». (Des camps pour les Fichés S : Manuel Valls demande l’avis du Conseil d’État)

Déchéance

En dépit de ce qu’avaient laissé entendre certaines rumeurs et déclarations de ministres, l’extension de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français reconnus coupables de faits de terrorisme figure bien dans le « projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation », présenté mercredi 23 décembre au conseil des ministres. Cette disposition avait été annoncée par François Hollande dans son discours de « guerre » prononcé devant le Congrès réuni à Versailles, le 16 novembre. (Réforme constitutionnelle : Hollande maintient l’extension de la déchéance de nationalité)

Etat d’urgence

Moins d’une semaine après les attentats, l’Etat d’urgence est prorogé de trois mois à l’Assemblée à la quasi unanimité des députés. Comme en janvier, c’est l’union sacrée totalitaire qui est de mise. (Attentats : l’état d’urgence prorogé par l’Assemblée à la quasi-unanimité)

Feleaks

Le projet policier de « réforme de l’Islam », façon Félix Marquardt.


« Gangrène islamique »


Honte (Absence de)

Après 3000 perquisitions, des mosquées saccagées, des centaines d’assignations à résidence, des condamnations à de la prison ferme pour « apologie de terrorisme », Manuel Valls se permet cette sortie. (Manuel Valls : il y a nécessité de « protéger » les musulmans)

Islamophobie (ordinaire)


Une jeune musulmane qui porte un hijab a été violemment agressée au cutter à la sortie d’une bouche de métro dans le centre de Marseille, par un homme lui reprochant d’être une « terroriste ». (Islamophobie : une jeune femme voilée agressée à Marseille)

Justice (expéditive)


Un habitant de Savigny-le-Temple, franco-algérien de 28 ans, est arrêté pour conduite sans permis le 18 novembre 2015. Lors de son placement en garde à vue, les policiers affirment qu’il aurait tenu des propos explicites sur la Syrie, version que l’intéressé, sa famille et ses proches contestent absolument. Jugé le lendemain en comparution immédiate sur la base des seules déclarations des policiers, il est condamné pour « apologie du terrorisme » par le tribunal correctionnel de Melun à un an de prison ferme avec mandat de dépôt. (Savigny-le-Temple : un an de prison ferme pour apologie du terrorisme)

Krach

Quand le réalisateur de La Haine « met en garde » la communauté, quelques minutes seulement après les attentats.


Lutteur

Depuis le 26 novembre 2015, Saïd Ahmed Itaev, franco-tchétchène de 33 ans et père de cinq enfants, est comme beaucoup d’autres musulmans dans son cas assigné à résidence pour une durée indéterminée et doit pointer trois fois par jour au commissariat (9 heures, 14 heures et 19 heures). Cette mesure empêche ce lutteur professionnel de disputer la finale des championnats de France par équipes avec son club de Sarreguemines, en Moselle. (Lutteur de l’équipe de France et assigné à résidence)

Médecins


Le Conseil national de l’ordre des médecins a publié début décembre une note qui autorise les praticiens à à s’affranchir du secret médical pour signaler aux autorités certains patients radicalisés. (Radicalisation : les médecins pourront briser le secret médical « au cas par cas »)

Noël

Le jeudi 17 décembre 2015, des mères musulmanes portant le hijab qui accompagnaient leurs enfants en sortie, se sont vues refuser par le proviseur l’accès du lycée Jacques Brel à Vénissieux où se déroulait un spectacle de marionnettes pour enfants. (Interdites de rentrer, les mamans voilées restent 1h30 dans le froid devant le lycée)

OQTF (Obligation de quitter le territoire français)

Blessé par un tir du Raid lors de l’assaut mené mercredi 18 novembre 2015 à Saint-Denis (93), Ahmed, égyptien sans-papiers de 63 ans et locataire d’un appartement de 10 m2, a vécu un véritable cauchemar. Après un interrogatoire particulièrement musclé de la police, il est transféré à l’hôpital où les autorités lui notifient une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Une mesure d’une indécence incroyable qui a finalement été levée par les autorités. (Blessé par balle lors de l’assaut de Saint-Denis, Ahmed l’Egyptien peut rester en France)

Perquisitions


Ce que tout-e musulman-e (sauf Hassan Chalghoumi) ressent pendant l’état d’urgence.


Qibla

Des Corans annotés, des tapis et des horaires de prières retrouvés lors d’une perquisition administrative menée à l’aéroport de Roissy, sont jugés « suspects » par les autorités et une certaine presse. (Roissy: « éléments de prosélytisme » trouvés chez une filiale d’Air France)

Responsabilité (collective)


Saint-Denis

La ville de Saint-Denis (93) aura bénéficié d’une couverture médiatique où les pires clichés sur les « banlieues de l’Islam » seront véhiculés. L’hebdomadaire Marianne s’en est donné à cœur joie. (« Saint-Denis : ma ville à l’heure islamiste »)

Terrasse (#TousEnTerrasse)

Pour le philosophe Vincent Cespedes, « c’est une forme de résistance nouvelle que d’aller dans les cafés. Ce n’est pas résister comme lorsqu’on prend les armes ou le maquis, c’est une néo-résistance, adaptée à un nouveau terrorisme. Elle s’exprime par des actions concrètes, quotidiennes, c’est cela le premier front ». (Tous en terrasse ! Les Français inventent « une nouvelle résistance »[/i])


Ulcère


Vote

Ne pas voter = voter FN.
Ne pas voter FN = voter « Daech ».
Ne pas voter = voter « Daech ».


Une barbe, le teint un peu bronzé, le visionnage d’un film d’action sur son ordinateur dans un wagon du TGV Marseille Rennes… Voilà ce qui a valu à Mickaël d’être dénoncé par des passagers, puis interpellé à l’arrivée du train. Il a passé 4h au commissariat, avant d’être relâché. (TGV évacué à Massy : « Ils m’ont pris pour un terroriste »)

Xénophobie (journalistique ordinaire)


Yé-yé

L’ex idole des jeunes, Johnny Hallyday, a déclaré qu’il aurait surement pris les armes pour aller combattre s’il n’avait été chanteur de variétés. Nul doute que les autorités auraient préféré qu’il témoigne d’autant d’entrain patriotique pour payer ses impôts. (Johnny Hallyday: « Si je n’étais pas chanteur, je prendrais une arme et j’irais combattre »)

Zonzon


« Vous avez crié trois fois ‘Allah akbar’. Ces faits sont constitutifs d’apologie du terrorisme », a déclaré la présidente du tribunal correctionnel au jeune habitant des quartiers nord de Marseille, jugé en comparution immédiate et condamné à un an de prison ferme pour avoir crié « Allah akbar » et mimé un égorgement devant le commissariat de Noailles, au centre-ville de Marseille. (Un an de prison ferme pour avoir crié « Allah akbar » devant un commissariat et mimé un égorgement)


Article mis-à-jour le 23 déc. 2015 à 19h en raison de la volte-face de l’exécutif sur la déchéance de la nationalité.


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Jeu 14 Jan - 15:41

Ecoeurant, il n'y a pas d'autres mots. L'idéologie française dans toute son horreur : Charlie Hebdo

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Jeu 14 Jan - 18:14

.
corinne cerise a écrit:
Ecœurant, il n'y a pas d'autres mots. L'idéologie française dans toute son horreur : Charlie Hebdo

je tiens Riss pour un proto sale type prototype du bobo raciste à tous les degrés : le caniveau de la caricature n'est pas un degré, mais le degré zéro de l'humour



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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 15 Jan - 19:13


La réponse du caricaturiste palestinien de Syrie, Hani Abbas,
au dessin de Riss sur Aylan dans Charlie Hebdo







Dessin de Charlie Hebdo : lettre à Riss, aux bons soins d’Internet
 
Par Daniel Schneidermann Arrêt sur images 14/01/2016

Citation :
Hé, Riss  ! Je peux te parler deux minutes ? On ne se connaît pas, je n’ai pas ton 06, et même pas celui de tes chargés de com’, mais je suis Charlie, alors je me permets de te tutoyer, et de t’envoyer une lettre aux bons soins d’Internet.

Mercredi après-midi, les « rézosociaux » comme on dit, vibrants d’indignation comme d’habitude, ont colporté jusqu’à moi ce dessin, apparemment extrait du dernier Charlie Hebdo, mis en vente le matin même.

On tape sur tout ce qui bouge

Ce dessin ne m’a pas particulièrement ému. Ni fait rire. Il m’a seulement rappelé l’esprit Hara-Kiri, l’esprit de la période Choron-Cavanna-Reiser : on tape sur tout ce qui bouge indifféremment, les flics ET les manifestants, les militaires ET les antimilitaristes, les cons, les fonctionnaires, les fachos, les profs, alors pourquoi pas aussi les migrants, sans trop faire l’effort de se demander si on parle des migrants eux-mêmes, ou des migrants tels que les fachos les désignent, tout est bon dans le crayon, tout ce qui vient sous le crayon.

Oui mais voilà, dans l’équipe, ils ne l’ont pas pris comme ça. Les jeunes membres de l’équipe d’@si (quasi-pléonasme), ceux qui n’ont qu’une connaissance livresque de la grande période Choron-Cavanna-Reiser-on-tape-sur-tout-ce-qui-bouge, tu sais quoi  ? Ils y ont carrément vu un dessin raciste.

Il faut dire que oui, c’est une question de génération. Quelle est leur image de Charlie Hebdo  ? Un ovni éditorial au sujet duquel le débat principal est de savoir s’ils sont islamophobes ou pas. Un journal dont nous avons méticuleusement épluché le contenu, pour y déceler des traces (ou non) d’islamophobie. Et dans la période récente, un journal marqué par le passage de Val et Fourest, moines-soldats de l’islamophobie française, même si, je sais, je sais, ils n’y sont plus depuis un bout de temps.

Vu de ce point de vue-là, rien ne distingue ton dessin, Riss, d’un dessin qui pourrait être publié dans Minute ou Valeurs actuelles. Rien. Pour bien le distinguer d’un dessin de Minute ou Valeurs actuelles, il faudrait avoir une vue d’ensemble de la page, ou du numéro entier, dans lequel il a été publié.

Dieu, Hollande, les flics, Johnny...

Je ne vais pas reproduire tous les dessins de ce numéro. Au-dessus du crobard fatal, un autre croque Valls et Taubira. Au-dessous, un autre se moque des dessinateurs eux-mêmes. Tout aussi férocement, au fil du numéro, sont croqués Bowie, la trilogie imams-curés-rabbins, Dieu, Hollande, les flics, Johnny, Depardieu, le Dakar, Sarkozy, Juppé, Trump, un curé pédophile, etc. Je n’en tire aucune conclusion. Mais c’est un des facteurs qui servent à caractériser le « lieu d’énonciation » du message, lequel est important pour qui veut se faire son propre jugement sur le dessin.

Le problème, c’est que ce dessin, soigneusement propagé par ceux-là même qui veulent le dénoncer, va atteindre des publics qui n’auront jamais accès au numéro entier de Charlie Hebdo. Et pas davantage à cette lettre que je t’envoie avec mes pauvres armes, des mots, moi qui dessine comme une casserole.

C’est un gros problème. On en avait parlé à Luz, de ce risque terrible de malentendu, centuplé par les rézosociaux, quand il était venu nous parler de son si beau livre, « Catharsis » (et qu’il était resté perplexe face à un de tes dessins, mêlant esclaves sexuelles de Boko Haram et allocations familiales).

Initialement publié sur Arretsurimages.net



Charlie Hebdo, organe du Front National ? CAPJPO - EuroPalestine 14 janvier

Citation :
Le nouveau dessin de Charlie Hebdo sur les "migrants violeurs" est à vomir, mais on n’a vu aucun des dirigeants français qui alimentent financièrement ce torchon, s’en offusquer.

Riss, l’auteur du dessin de Charlie Hebdo, est directeur de la publication du magazine qui se veut satirique, mais qui n’est qu’un relais de tous ceux qui s’attaquent préférentiellement aux plus faibles, aux plus stigmatisés.

Non, Charlie Hebdo n’est pas dans la "tradition française" de la satire. Cette dernière est représentée par des artistes comme Molière, Daumier, Bourvil, Coluche ou encore Siné, qui loin de s’attaquer aux plus vulnérables, ont toujours épinglé les puissants, les détenteurs de pouvoir.

CAPJPO-EuroPalestine,



http://www.sinemensuel.com/


Riss et Badinter  source

Elisabeth Badinter : « il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe,
qui a été pendant pas mal d'années le stop absolu,
l'interdiction de parler,
la suspicion sur la laïcité... »




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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 15 Jan - 20:02


une réponse à Riss
qui ne l'emporte pas au paradis



personne ne proteste ?
un peu d'eau de Cologne, peut-être...


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 16 Jan - 13:58


Les USA ont largué 23.144 bombes en 2015 sur des pays à majorité musulmane Adam Johnson 15 janvier 2016

Les évaluations des Think Tanks en 2015 sont un récapitulatif brutal de la quantité de dégâts de toutes sortes et de destructions que les US ont infligées aux pays à majorité musulmane


les frappes aériennes US ont détruit l’hôpital de Médecins Sans Frontières (MSF)
à KUNDUZ - AFGHANISTAN le 3 octobre 2015, tuant au moins 42 personnes

Citation :
Micah Zenco, le sceptique résident du conseil des affaires étrangères a récemment fait l’inventaire du nombre de bombes que les US ont larguées et les résultats sont affolants comme on pouvait s’y attendre.

Zenco a calculé que depuis janvier 2015, les US ont largué environ 23.144 bombes sur L’Irak, la Syrie, l’Afghanistan, le Yémen et la Somalie, tous pays à majorité musulmane.

L’inventaire établi par ce think tank habituellement favorable au département des affaires étrangères reprend en termes bruts la somme des dégâts infligés aux autres pays.

Que l’on estime ces bombardements justifiés ou non, il s’agit d’un récapitulatif brutal des dommages de toutes sortes que les US infligent au monde arabo-musulman :


Et cela sans résultat. En dépit du fait que les US aient largué 947 bombes sur l’Afghanistan en 2015, une analyse récente d’une revue spécialisée en politique étrangère montre que les Talibans contrôlent aujourd’hui plus de territoire qu’à n’importe quel moment de l’année 2001. Les US ont entamé leur seizième année de guerre en Afghanistan en dépit des nombreuses promesses de retrait de l’administration Obama.

En octobre de l’année dernière, le président Obama a revu ses positions et décidé de maintenir des troupes étasuniennes sur place jusque fin 2017

Les quatre derniers présidents, y compris le dernier, ont bombardé l’Iraq puisque les frappes aériennes actuelles ont repris le 7 août 2014, la guerre contre l’ISIS étant définie comme une intervention limitée à caractère humanitaire.

Depuis lors, le secrétaire à la défense, Léon Panetta, a confirmé que ce serait une guerre de 30 ans et la Maison Blanche a vaguement rappelé qu’il s’agirait d’un travail de longue haleine à la fois en Iraq et en Syrie.

Zenko a agité un autre drapeau rouge en relevant l’absence totale de victimes civiles recensées parmi les effets collatéraux de ces 23.144 bombes.

De manière surprenante, on a également relevé que 6 victimes civiles parmi 25.000 morts au combat, morts survenues vraisemblablement au cours du dix septième mois de la campagne aérienne.

Dans le même communiqué, les officiels reconnaissent que le nombre de leurs ennemis au sol estimé à 20 à 31.000 par la CIA reste globalement inchangé.

Mercredi dernier, pourtant, Warren évoquait à nouveau le chiffre de 31.000 combattants. En conclusion, le résultat des bombardements anti-islamiques se résume à 30.000 - 25.000 = 30.000.

En résumé, avec plus de 20.000 bombes, le département de la défense n’aurait à déplorer que la mort de 6 civils. Cette déclaration semble largement admise par les médias qui ne se posent pas la question de savoir qui serait réellement exterminé par les frappes aériennes en Iraq et en Syrie.

En octobre, 30 civils sont morts après le bombardement US de l’hôpital de Kunduz en Afghanistan.

L’enquête est toujours en cours mais il apparait déjà que nombre d’éléments de preuve ont été supprimés ou trafiqués.

Adam Johnson est éditeur associé à AlterNet. Suivez-le sur Twitter à @adamjohnsonnye (https://twitter.com/adamjohnsonnye).

Source : AlterNet

Traduit par Oscar GROSJEAN pour Investig’Action


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 19 Jan - 15:23


main dans la main prise dans le sac eurocentriste
une déviation historique de l'anarchisme à Théorie Communiste



1) une normalisation anarchiste de l'idéologie française

Bibliothèque anarchiste, Paris

Islamophobie : du racket conceptuel au racket politique 26 janvier 2016

Le concept d’islamophobie est un racket sémantique et politique qui se situe au carrefour de deux camps conceptuels, celui du religieux et celui du racisme. Son but est en effet d’enlever toute légitimité à la critique de la religion musulmane (et donc, par glissement, aux religions en général), taxant systématiquement toute critique de racisme envers les croyants (réels ou supposés). De nombreux soi-disant « révolutionnaires » se sont réappropriés ce concept et, par conséquent, l’aveuglement face au rôle autoritaire et pacificateur de toute religion.

Citation :
Alors que nos pieux « révolutionnaires » nous parlent d’« islamophobie » à toutes les sauces, les fachos du printemps français nous parlent, eux, de « cathophobie », d’autres encore de « négrophobie » ou de « judéophobie ». Chacun tente son petit racket politique sur l’antiracisme. Chacun a sa petite oppression et ses petits particularismes à mettre en avant, toujours en concurrence avec ceux des autres, approfondissant les divisions entre exploités. Et surtout, plus personne ne parle de la lutte contre le racisme en tant que tel, et sous toutes ses formes.

Refuser ce raccourci conceptuel est un point de départ pour s’opposer à toutes les religions, y compris l’islam, présenté à tort par les défenseurs du concept d’« islamophobie » comme la religion des opprimés (comme le catholicisme irlandais ou le bouddhisme tibétain à d’autres époques). Il s’agit alors de nous faire passer la religion comme élément d’émancipation dans le pire des cas, et dans le moins pire, de faire passer l’idée que la religion n’est pas, en soi, un outil de domination séculaire au service de l’ordre. Derrière cela se cache l’idée que les rapports de domination, lorsqu’ils sont portés par de supposés « opprimés », deviendraient émancipateurs.

Parce que la religion reste un problème majeur pour ceux et celles qui veulent une transformation radicale de ce monde, sa critique est nécessaire, aujourd’hui plus que jamais. Parce qu’il n’y a pas de « religions des opprimés », seulement des religions qui oppriment.

Suggestions de lecture : [ça tourne en rond, avec les textes les plus mauvais, y compris du point de vue avancé]

• Claude Guillon, Et “Dieu” créa l'”islamophobie”, août 2015 [le grand retour de "l'écrivain anarchiste", voir ANARCHISME IDENTITAIRE COMMUNAUTARISTE : indé-passable ?]

• Jérôme Locura, Chers révolutionnaires, entre le sacré et le profane, il faut choisir, janvier 2016 [non fides, ou la totale "anarchiste" : anti-marxistes, anti-communisation, et anti-décoloniaux primaires]


2) le concept d'Occident n'existe pas pour la théorie de la communisation

un déni permanent depuis 1975 !

bizarrement, le concept tout aussi discutable d'antisémitisme n'a jamais dérangé ces gens-là, au contraire, et le savant de Marseille Roland Simon d'y rajouter sa sacrée couche :

A propos de Charlie : « le citoyen, l’Autre et l’Etat » R.S dndf 16 janvier 2015

R.S a écrit:
A la suite des attaques du mercredi 7 et du vendredi 9, les actes anti arabo-musulmans se sont multipliés, mais considérons plutôt l’autre face de la même pièce, l’attitude ouverte et humaniste (ce qui nous évitera les facilités de la condamnation humaniste du racisme et de « l’islamophobie »).

R.S a écrit:
La distinction est la mise en pratique réelle, empirique, quotidienne de l’universalisme du citoyen. Si l’on abandonne la baudruche d’un « vrai universalisme », l’Occident peut légitimement s’accaparer le monopole de valeurs universelles, si besoin est avec des F16 et des Rafales. L’universalisme est une production idéologique lié au mode de production capitaliste, à l’abstraction du travail, de la valeur et du citoyen. Ce mode de production est le seul universel et à pratiques idéologiques universelles, à condition que les individus correspondent aux critères de l’universalité, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas des femmes ou entretenant des liens communautaires, ethniques, raciaux, familiaux, religieux en concurrence avec l’Etat-nation.


l'effondrement d'une théorie "marxiste" sur elle-même : contre Marx !

le lien n'est pas fait entre « les valeurs universelles » que « l'Occident » n'aurait fait que « s'accaparer », alors qu'il serait « une production idéologique lié au mode de production capitaliste ». Faux ! Les valeurs universalistes occidentales sont produites progressivement depuis 1492 (l'esclavage comme "mode de production capitaliste", pauvre Marx dont R.S est un si grand expert !) jusqu'à leur formalisation philosophique par les Lumières puis politiques par la Révolution française, ceci avant que le capitalisme ne se forme comme "mode de production" à part entière

R.S le sait bien mais il lui faut comprendre cette histoire à l'envers, pour servir sa thèse du capitalisme restructuré en subsomption réelle quasi achevée, totalité globale, écrasant toutes autres contradictions, dont ici celle de "race" ou plus exactement niant les colonialités du capitalisme occidental encore dominant :

bref, le concept d'Occident n'existe pas pour la théorie de la communisation, un déni permanent


ainsi le Maître de Cavaillon met bien en cause « l'universalisme du citoyen »mais renverse bizarrement la distinction "Nous" et les "Autres", que j'avais formulée ainsi avec Amiri Baraka et Maria Angelou :« "l'homme blanc" doit écouter ses AutrEs », ce qui est évidemment un appel des Autres à "Nous", mais que R.S n'aura jamais entendu comme tel, et dont il renverse allégrement le sens, qualifié au passage d'injonction humaniste pour le besoin de sa démonstration (il l'aura asséné contre toute l'ultragauche, l'IS, Temps Critiques, Dauvé &Nesic, Astarian, moi... : Roland Simon, ou l'opium de l'anti-humanisme universel)

R.S a écrit:
L’injonction humaniste à accepter « l’Autre » présuppose l’existence de « l’Autre », sa construction comme tel et donc la hiérarchie vis-à-vis de « l’Un » qui a le pouvoir de dire qui est « l’Autre ». Entre « Nous » et « les Autres », il y a une organisation de la société qui s’impose aux individus et préexiste à chacun d’eux. Ceux qui sont invités à « accepter l’Autre » constituent la société normale, légitime. A l’origine des Uns et des Autres, il y a le pouvoir simple et brut. L’Un est celui qui a le pouvoir de distinguer.

dans tous les textes décoloniaux, de Grosfoguel à Bouamama en passant par tant d'autres, nulle "injonction", un simple constat historique et le caractériser comme "humaniste" relève d'un contre-sens inacceptable, puisque c'est justement l'humanisme universaliste occidental qu'ils mettent en cause, et c'est donc le sens que prend pour eux cette construction par l'Occident de "nous" et les autres", mais R.S ne la comprend qu'à moitié, de son seul point de vue prolétarien universaliste blanc eurocentrique avec lequel il prétend englober la totalité d'un monde dont il ne voit qu'un côté : cela s'appelle en psychanalyse une projection, celle d'un dogmatique incapable de comprendre ce que dit l'Autre, et avec R.S on le sait, point besoin qu'il soit d'une autre couleur de peau...
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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 30 Jan - 23:59



Lettre ouverte à un ami journaliste à propos de "jihad"
Paul Balta, Leila Ghanem, Roland Laffitte, Naïma Lefkir, Michel Masson, Claudine Rulleau, Alain Ruscio et Kamila Sefta
31 janvier 2016


Citation :
Ami journaliste, qu’aurais-tu dit en 1962 si, condamnant la politique de l’OAS comme la grande masse des Français, la presse de l’Algérie nouvellement indépendante avait qualifié les membres de cette organisation criminelle de « résistants » pour cette raison qu’eux-mêmes se proclamaient ainsi ?

S’il est besoin de se rafraîchir la mémoire, songe à ce livre commis par l’inénarrable Patrick Buisson et son compère Pascal Gauchon, OAS : Histoire de la résistance française en Algérie, Bièvres : Jeune Pied-Noir, 1984. Or c’est exactement ce que l’on fait en nommant les gens de l’EI, du front al-Nosra, d’AQMI et autres Boko Haram de « jihadistes », du fait qu’ils se revendiquent eux-mêmes ainsi. Nombre de tes confrères ont saisi comme toi ce mot au vol et le répètent de bonne foi. Ils ne sont pas en effet, dans leur immense majorité, spécialistes de la langue arabe ou de la religion et de la civilisation musulmanes, ni des sociétés qui se prévalent d’elles. La faute en revient aux arabisants et aux islamologues qui ne t’ont pas alerté sur l’utilisation de ce terme et qui l’ont même parfois encouragée.

Ces groupes recouvrent du nom de jihad une action qui pousse aux extrêmes l’intolérance criminelle et ostentatoire. Mais sache que c’est aussi au nom du jihad, auquel a appelé immédiatement après la chute de Mossoul le Grand ayatollah al-Sistani, que combat aujourd’hui contre l’EI l’armée irakienne. Si bien que la France, qui fournit à cette dernière des instructeurs, participe ainsi à un jihad ! C’est encore un jihad spirituel que viennent de lancer publiquement de jeunes imams français contre l’EI après les tueries du 13 novembre. Ceux-ci sont en cela en adéquation avec la tradition musulmane selon laquelle le jihad est, en tant qu’« effort [d’élévation spirituelle] », conduite vertueuse engagée dans tous les domaines de l’activité humaine avant même d’être une action guerrière, et que sachant que cette dernière est généralement comprise par les juristes musulmans comme lutte de défense de leur Communauté.

Sache aussi que le jihad ne saurait se réduire à sa signification religieuse. Il a pris en effet, dans les luttes contre les empires coloniaux, une valeur culturelle marquée d’un grand prestige. La lutte contre l’occupation française en Syrie et au Liban fut qualifiée de jihad, et il en fut de même en Algérie où les combattants furent nommés mujahidin, « ceux qui font le jihad ». Bourguiba ne se proclama-t-il pas le Mujahid al-akbar, le « Combattant suprême » ? Et, au jour de l’Indépendance du Maroc, utilisant un hadith connu, Mohammed V ne déclarait-il pas : « Nous sommes revenus du Petit jihad [dans le contexte : la lutte de libération nationale] pour nous livrer au Grand jihad [dans le contexte : le combat pacifique pour le développement] » ?


mujahidin, image ajoutée

Caractériser comme jihad l’action d’organisations comme EI et al-Qaïda en pensant ainsi les stigmatiser, c’est, sans le vouloir, leur faire trop d’honneur et jeter en même temps dans le public français l’opprobre sur une notion considérée comme une valeur haute par nos concitoyens musulmans ainsi que par nos voisins arabes : à preuve, le prénom Jihad est très répandu dans les pays du Proche-Orient, y compris, il faut le souligner, chez les chrétiens.

N’oublie pas, ami journaliste, que les mots sont des armes effilées et, de grâce, veille à choisir ceux que tu emploies.

Paris, le 11 décembre 2015.

Les signataires :

Paul Balta, spécialiste des mondes arabe et musulman et de la Méditerranée, journaliste à l’agence Associated Press puis à Paris-Presse l’Intransigeant, puis au journal Le Monde (correspondant au Maghreb, en poste à Alger de 1973 à 1978, chef de la rubrique Maghreb), directeur honoraire du Centre d’études de l’Orient contemporain à la Sorbonne ;

Leila Ghanem, directrice de la revue Bada’el/Alternatives à Beyrouth ;

Roland Laffitte, chercheur et essayiste, auteur de travaux sur l’astronomie ancienne et les nomenclatures célestes babylonienne, grecque, araméenne et arabe, auteur de travaux linguistiques : il se consacre à des travaux sur les mots arabes et orientaux dans les langues européennes, et secrétaire de la Société d’Études Lexicographiques & Étymologiques Françaises & Arabes, et il est responsable de la publication du Bulletin de la SELEFA ;

Naïma Lefkir, journaliste, photographe, écrivaine et réalisatrice de films ;

Michel Masson, professeur émérite d’hébreu (Paris III – Sorbonne nouvelle) ;

Claudine Rulleau, écrivaine et journaliste ;

Alain Ruscio, docteur en histoire, a consacré l’essentiel de ses travaux à l’histoire coloniale. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages ;

Kamila Sefta, maître de conférence, enseigne la didactique de langues à Paris III.


moujahida

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MessageSujet: Frantz Fanon et l’islamophobie contemporaine   Lun 1 Fév - 14:13


Frantz Fanon et l’islamophobie contemporaine

Thomas Deltombe
28 janvier 2016

Communication aux rencontres de la Fondation Frantz Fanon, 9 décembre 2015 à l’Institut du Monde arabe

Thomas Deltombe
Journaliste, éditeur et auteur de l’Islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France.

Si l’œuvre de Frantz Fanon (1925-1961) est incontournable pour penser l’islamophobie contemporaine, dans le contexte français en particulier, c’est parce qu’il a mieux que d’autres compris les évolutions historiques de son temps, qui se reflètent aujourd’hui dans le nôtre. S’il n’utilise jamais le terme «   islamophobie », réapparu dans l’actualité dans les années 2000 après un siècle d’éclipse, Frantz Fanon – qui fut médecin, psychiatre, essayiste, militant anticolonialiste – en avait parfaitement compris les logiques de fond. C’est ce que l’on propose d’étudier dans ce texte. [1]


Images de propagande réalisées à la veille de la Première Guerre mondiale. A gauche : « Le général Lyautey s’est rendu à Marrakech en automitrailleuse » (Le Petit Journal, 13 octobre 1912). A droite : « À Marrakech, le caïd El Glaoui et son frère reçoivent la croix de la Légion d’honneur des mains du général Lyautey » (Le Petit Journal, 27 octobre 1912).

Citation :
Racisme, guerre, colonialisme

Pour lire Fanon, il semble utile de se souvenir du contexte historique dans lequel il a écrit et agi, c’est-à-dire une période assez courte : les années 1950. Cette période a été marquée par deux évolutions majeures : le renouvellement formel de la pensée raciste et l’émergence de nouvelles pratiques de guerre.

Racisme

Fanon l’a parfaitement expliqué, et cela est connu : la race n’est pas fondée biologiquement, il s’agit d’une construction sociale – ayant des implications mentales – élaborées dans et par les sociétés racistes. C’est le raciste qui crée le racisé ou, pour reprendre les termes qu’il utilise en 1952 dans Peau noire, masques blancs en s’inspirant explicitement de Jean-Paul Sartre : « c’est le raciste qui crée l’infériorisé [2]. » La réflexion de Fanon sur ce point se poursuit quatre ans plus tard dans sa célèbre intervention devant le Congrès des écrivains et des artistes noirs, en septembre 1956.

La thèse principale de ce texte est, elle aussi, connue : alors que les justifications biologiques du racisme tombent progressivement en désuétude après la Seconde Guerre mondiale, du fait notamment de l’usage qu’en a fait le régime nazi, le racisme utilise de plus en plus des arguments culturels pour continuer d’inférioriser les populations racisées. En d’autres termes, et pour utiliser les mots de Fanon, l’expression formelle du racisme « se renouvelle », « se nuance », « change de physionomie », « se camoufle » et « se farde ». Et c’est par ce mécanisme, cette adaptation, cette mise à jour, que le racisme, loin de disparaître, peut au contraire se perpétuer :

Fanon a écrit:
« Le racisme vulgaire dans sa forme biologique correspond à la période d’exploitation brutale des bras et des jambes de l’homme. La perfection des moyens de production provoque fatalement le camouflage des techniques d’exploitation de l’homme, et donc des formes du racisme. […] Le racisme n’ose plus sortir sans fards. Il se conteste. Le raciste dans un nombre de plus en plus grand de circonstances se cache » [3].

Soulignant ainsi le phénomène de l’encodage du discours raciste, et distinguant au passage ce qu’il appelle le « racisme vulgaire » de ce que l’on pourrait appeler le « racisme distingué », Fanon indique que ce n’est évidemment pas le problème du racisme qui a disparu mais bien l’« aspect du problème » qui a été « profondément modifié » [4]. Fanon note que, ce faisant, et pour justifier leur domination, les sociétés qui se croyaient jusque-là biologiquement  supérieures mettent de plus en plus en avant leur système de valeurs. Et cite un exemple qui, quoique faisant surtout référence à la guerre d’Algérie à l’époque, ne manquera pas de nous rappeler les discours de certains responsables politiques et médiatiques contemporains : « les “valeurs occidentales” rejoignent singulièrement le déjà célèbre appel à la lutte de “la croix contre le croissant” [5] ».

Si les formes  du racisme évoluent, le fond, lui, demeure. Plus encore : c’est même parce que l’aspect du problème évolue que le problème peut se perpétuer. C’est par ce mécanisme d’adaptation que la société française, comme toute société coloniale, est restée une société raciste. Et Fanon insiste bien sur ce point central de la mécanique raciste, qui nous aide à penser l’islamophobie contemporaine : le racisme a pour caractéristique d’être à la fois systémique et total :
Fanon a écrit:

« Le racisme [est] une disposition inscrite dans un système déterminé. […] Une société est raciste ou ne l’est pas. Il n’existe pas de degrés du racisme. Il ne faut pas dire que tel pays est raciste mais qu’on n’y trouve pas de lynchages ou de camps d’extermination. La vérité est que tout cela et autre chose existent en horizon. »

Si cette remarque nous aide à penser l’islamophobie contemporaine, c’est parce que Fanon nous met en garde contre le piège tendu par le renouvellement formel du racisme : ce n’est pas parce qu’il « se camoufle » et « se farde », ce n’est pas parce qu’il deviendra plus « acceptable », que le racisme n’a pas l’horreur en horizon.

Guerre

Le second thème sur lequel il paraît important d’insister est celui de la guerre. Si Fanon est rarement décrit comme un penseur de la guerre, toute son œuvre est parcourue par cette question, notamment en raison de son engagement aux côtés du Front de libération nationale (FLN) et des mouvements de libération africains.

Les années 1940 et 1950 ont été marquées par un renouvellement profond des théories de la guerre. À la faveur de la guerre froide et des guerres de décolonisation, les stratèges militaires du monde entier se sont mis à développer de nouvelles théories en s’émancipant des schémas classiques des conflits opposants, front contre front, des armées institutionnalisées. La guerre moderne, expliquent ces théoriciens, se jouent désormais dans la population civile, y compris dans le cerveau même des citoyens ou des sujets coloniaux. L’idée n’est donc pas seulement d’éliminer l’ennemi mais également de l’éloigner physiquement et mentalement des « populations civiles » de façon à immuniser ces dernières, même préventivement, et qu’elles soient potentiellement considérées comme « amies » ou comme « ennemies », contre toute forme de « virus subversif », qu’il s’agisse du communisme, de l’anticolonialisme ou des deux combinés. Par ce processus, c’est la population civile tout entière qui est considérée comme ennemie – ou a minima comme un ennemi potentiel – par les stratèges militaires.

Psychiatre exerçant en Algérie au milieu des années 1950, Fanon fut un observateur privilégié du déploiement de ces nouvelles formes de guerre (torture, action psychologique, regroupement forcé de populations, etc.), qui étaient également mises en pratique sur bien d’autres théâtres d’opération (Kenya, Cameroun, etc.). Il fut également un grand analyste de la résistance, physique et psychique, face à ces nouvelles pratiques guerrières, généralement qualifiées de « pacification », qui mélangeaient les domaines civils et militaires.

De ses observations directes, en tant que psychiatre d’abord, puis comme combattant, Fanon a tiré des conclusions éclairantes. Bien conscient que les techniques de guerre élaborées dans les années 1940-1950 s’inspirent en fait de théories plus anciennes, comme celles de Gallieni ou de Lyautey au début de la période coloniale, il identifie progressivement le colonialisme lui-même à une guerre perpétuelle : « Le colonialisme français est une force de guerre », écrit-il [6]. « La situation coloniale, c’est d’abord une conquête militaire continuée et renforcée par une administration civile et policière », ajoute-t-il [7].

Colonialisme

Bien que l’intensité de la violence puisse varier dans le temps, le colonialisme – qui n’est rien d’autre qu’une machine de « pacification » permanente – est donc par essence une guerre totale, contre un peuple entier qu’il s’agit d’enfermer à la fois physiquement et mentalement. Il s’agit, en d’autres termes, de le déshumaniser ou de le zombifier. Ce faisant, la lutte contre le colonialisme est une lutte à mort : il n’y a pas, et il n’y aura jamais, de justice dans le colonialisme. « Le régime colonial est un régime instauré par la violence. [...] Je dis qu’un tel système établi par la violence ne peut logiquement qu’être fidèle à lui-même, et sa durée dans le temps est fonction du maintien de la violence », explique-t-il en 1960, ajoutant qu’il s’agit d’une violence physique, qui affecte les « muscles » et le « sang » des colonisés, mais également une violence « psychologique », qui s’attaque à son « âme » même [8].

On voit bien ici comment s’articulent la question du racisme et celle de la guerre, qui ne sont rien d’autre que les deux piliers du colonialisme. Le racisme apparaît à plusieurs reprises, sous sa plume, comme une arme de guerre psychologique. Dans son intervention devant le Congrès des écrivains et artistes noirs en 1956, il évoque d’ailleurs la question de la guerre coloniale, laquelle, dit-il, nécessite « l’asservissement, au sens le plus rigoureux, de la population autochtone […]. Pour cela il faut briser les systèmes de référence  [de la société colonisée]. L’expropriation, la razzia, le meurtre objectif se double d’une mise à sac des schèmes culturels ou du moins conditionne cette mise à sac [9]. » La nouveauté des théories militaires des années 1950 est donc toute relative : ces doctrines de guerre ne sont en réalité qu’une réactivation virulente de la logique profonde du colonialisme même, qui comporte toujours cette double dimension : physique et territoriale d’un côté, psychologique et culturelle de l’autre.

Ce qu’il importe de retenir de tout cela, c’est que les formes du colonialisme, mélange singulier de racisme et de guerre, se renouvellent perpétuellement et se cachent sans cesse pour lui permettre de perdurer. Et c’est cette plasticité du colonialisme, cette capacité à muter, à se camoufler et à étendre son champ d’action, qui a permis à la France de demeurer une société coloniale – donc raciste – bien des décennies après l’indépendance formelle de ses colonies.


Images de propagande réalisées pendant la guerre d’Algérie. A gauche : Affiche réalisée par le cinquième bureau d’action psychologique de l’armée française. A droite : Paris Match du 31 mai 1958, avec cette légende : "Dix millions de français : c’est la devise de l’Algérie nouvelle où fraternisent deux communautés (musulmanes dévoilées)"


La culture comme arme

Dans une société coloniale, la culture est donc une arme et le cerveau des colonisés une cible. L’objectif de la puissance coloniale, selon Fanon, n’est cependant pas tant l’élimination définitive mais la perpétuation de la domination. Ou, pour reprendre ses termes : « Le but recherché est davantage une agonie continuée qu’une disparition totale de la culture préexistante [10]. »

Valorisation, euphémisation, dénégation

C’est dans ce contexte que la culture devient une puissante arme de guerre perpétuelle. Du fait de sa plasticité, la culture n’appartient à personne en propre et peut être instrumentalisée par la société raciste contre les racisés eux-mêmes, dans un but de conquête psychologique (pénétrer au plus profond du cerveau des colonisés) et dans un but de camouflage (masquer les mécanismes de domination racistes aux yeux aussi bien de la société coloniale que de la société colonisée). C’est ce phénomène d’appropriation culturelle qu’observe Fanon quand il évoque ce racisme distingué d’aspect « culturel ». Le système colonial, note-t-il, cherche à « valoriser » la culture indigène, à « célébrer » les coutumes traditionnelles et va même jusqu’à stigmatiser les « racistes » les plus caricaturaux, les plus vulgaires, qui flétrissent trop ostensiblement la culture dominée. La conquête des esprits se poursuit donc, sur le mode sournois de la dénégation : les systèmes de domination sont toujours plus efficaces lorsqu’ils incorporent des mécanismes d’euphémisation et de dénégation.

Manipulée par le système raciste, la culture se transforme également en arme entre les mains des colonisés. Face l’offensive coloniale, de plus en plus subtile, les colonisé.e.s cherchent des parades. Et, après avoir vainement cherché à « s’assimiler », c’est-à-dire à incorporer les « valeurs » promues par le conquérant, que celui-ci respecte d’autant plus rarement lui-même qu’elles ont pour fonction première d’en exclure les dominés, il se rétracte dans sa culture et l’érige en culte. Ainsi risque de se développer, chez le colonisé, ce que Fanon appelle un « esprit sectaire », et que nos contemporains ont plutôt tendance à qualifier de « fanatisme », d’« intégrisme » ou de « fondamentalisme ». De ce point de vue – nous y reviendrons –, la « culture » apparaît certes comme une ressource utile mais peut également s’apparenter à un piège.

Quelle place pour la religion ?

Quelle est la place de la religion dans l’affrontement [11] ? S’il en parle assez rarement, Fanon voit très bien en quoi la religion – décrite comme un élément parmi d’autres de la « culture » – constitue une arme dans l’arsenal des puissances coloniales. Pour ce qui est du christianisme, dont se réclament bien souvent les colonisateurs, les choses sont parfaitement claires, estime Fanon :

Fanon a écrit:
« Il faut mettre sur le même plan le DDT qui détruit les parasites, vecteurs de maladie, et la religion chrétienne qui combat dans l’œuf les hérésies, les instincts, le mal. Le recul de la fièvre jaune et les progrès de l’évangélisation font partie du même bilan. […] Je parle de la religion chrétienne, et personne n’a le droit de s’en étonner. L’Église aux colonies est une Église de Blancs, une église d’étrangers. Elle n’appelle pas l’homme colonisé dans la voie de Dieu mais bien dans la voie du Blanc, dans la voie du maître, dans la voie de l’oppresseur » [12].

Pour ce qui est de l’islam, religion d’une grande partie des colonisés, la situation est plus complexe. Tout à sa tentative de « valoriser » la culture des colonisés, pour mieux la neutraliser, le colonialisme s’immisce dans les affaires musulmanes. « On assiste, écrit Fanon, à la mise en place d’organismes archaïques, inertes, fonctionnant sous la surveillance de l’oppresseur et calqués caricaturalement sur des institutions autrefois fécondes [13]… » Il s’agit ni plus ni moins que d’une entreprise de simulacre et de mystification :
Fanon a écrit:

« Ces organismes traduisent apparemment le respect de la tradition, des spécificités culturelles, de la personnalité du peuple asservi. Ce pseudo-respect s’identifie en fait au mépris le plus conséquent, au sadisme le plus élaboré. La caractéristique d’une culture est d’être ouverte, parcourue de lignes de force spontanées, généreuses, fécondes. L’installation d’“hommes sûrs” chargés d’exécuter certains gestes est une mystification qui ne trompe personne » [14].

La « bataille » du voile

C’est le texte « L’Algérie se dévoile », publié en 1959, qui nous donne le plus d’éléments sur la façon dont Fanon envisage l’« islam » – au sens culturel du terme – comme un instrument d’affrontement entre le système colonial et les colonisé.e.s. Ce texte analyse la « bataille » qui, en pleine guerre d’Algérie, se joue autour du voile des Algériennes : « Ce voile, élément parmi d’autres de l’ensemble vestimentaire algérien, va devenir l’enjeu d’une bataille grandiose, à l’occasion de laquelle les forces d’occupation mobiliseront leurs ressources les plus puissantes et les plus diverses, et où le colonisé déploiera une force étonnante d’inertie [15]. »

Fanon décrit comment l’administration coloniale instrumentalise, à travers la question du voile, la situation féminine dans le but de stigmatiser la société algérienne tout entière :

Fanon a écrit:
« L’administration dominante veut défendre solennellement la femme humiliée, mise à l’écart, cloîtrée… On décrit les possibilités immenses de la femme, malheureusement transformée par l’homme algérien en objet inerte, démonétisé, voire déshumanisé. Le comportement de l’Algérien est dénoncé très fermement et assimilé à des survivances moyenâgeuses et barbares, avec une science infinie. La mise en place d’un réquisitoire-type contre l’Algérien sadique et vampire dans son attitude avec les femmes, est entreprise et menée à bien. L’occupant amasse autour de la vie familiale de l’Algérien tout un ensemble de jugements, d’appréciations, de considérants, multiplie les anecdotes et les exemples édifiants, tentant ainsi d’enfermer l’Algérien dans un cercle de culpabilité » [16].

Par manque de temps, on ne détaillera pas ici les très fines observations de Fanon sur cette offensive généralisée contre le voile, qui sert de support et de prétexte à la mise en avant des « valeurs occidentales ». Disons simplement que cette politique amène inévitablement quelques résultats :

Fanon a écrit:
« Les forces occupantes, en portant sur le voile de la femme algérienne le maximum de leur action psychologique, devaient évidemment récolter quelques résultats. Cà et là, il arrive donc que l’on “sauve” une femme qui, symboliquement, est dévoilée. Ces femmes-épreuves, au visage nu et au corps libre, circulent désormais, comme monnaie forte dans la société européenne d’Algérie. Il règne autour de ces femmes une atmosphère d’initiation. Les Européens surexcités et tout à leur victoire, par l’espèce de transe qui s’empare d’eux évoquent les phénomènes psychologiques de la conversion. […] La femme algérienne est conçue comme support de la pénétration occidentale dans la société autochtone » [17].

Cette guerre psychologique contre voile, que Fanon compare à un viol individuel et collectif, provoque presque mécaniquement une réaction, à la fois individuelle et collective, dans la société colonisée. Se sentant humilié.e.s, les Algérien.ne.s se cramponnent à cette tradition vestimentaire. Même les femmes non voilées, que le colonialisme cherche à enrôler, réagissent : « Spontanément et sans mot d’ordre les femmes algériennes dévoilées depuis longtemps reprennent le haïk, affirmant ainsi qu’il n’est pas vrai que la femme se libère sur l’invitation de la France [18]. » Le voile devient ainsi une arme de résistance :

Fanon a écrit:
« À l’offensive colonialiste autour du voile, le colonisé oppose le culte du voile. Ce qui était élément indifférencié dans un ensemble homogène acquiert un caractère tabou, et l’attitude de telle Algérienne en face du voile sera constamment rapportée à son attitude globale en face de l’occupation étrangère. Le colonisé, devant l’accent mis par le colonialiste sur tel ou tel secteur de ses traditions, réagit de façon très violente. L’intérêt mis à modifier ce secteur, l’affectivité inverse par le conquérant dans son travail pédagogique, ses prières, ses menaces tissent autour de l’élément privilégié un véritable univers de résistances. Tenir tête à l’occupant sur cet élément précis, c’est lui infliger un échec spectaculaire, c’est surtout maintenir à la “coexistence” ses dimensions de conflit et de guerre latente. C’est entretenir l’atmosphère de paix armée » [19].


La statue de Jeanne d’Arc, à Alger, parée d’un voile à l’occasion de l’indépendance de l’Algérie (juillet 1962)


Islamophobie contemporaine


Si les analyses de Fanon sont plus que jamais d’actualité c’est que les évolutions qu’il avait observées dans les années 1950 et à l’orée des années 1960, à commencer par la culturalisation du racisme et l’extension du domaine de la guerre, se sont poursuivies dans les décennies suivantes.

L’« islam » et l’encodage de la race


Depuis l’indépendance de l’Algérie et de la plupart des autres colonies françaises, le racisme s’est perpétué et s’est même régénéré en poursuivant sa mue formelle. De plus en plus discrédité, le discours vulgaire à caractère « biologique », quoique toujours présent, s’efface au profit de nouvelles manières de dire et de marquer la race. Et, dans ce processus de culturalisation progressive, le racisme a pris un aspect de plus en plus « religieux ». C’est notamment ce que l’on a pu observer en France au cours des années 1980, en particulier lorsque les responsables politiques et médiatiques français ont commencé à focaliser leur attention sur ceux et celles qu’ils se sont mis à qualifier d’« immigré.e.s de la deuxième génération ». Refusant de les considérer comme des « Français à part entière », et leur déniant donc l’égalité, la sphère politique et médiatique s’est mise à « islamiser » ce segment de la population : ceux que l’on qualifiait de « Nord-Africains » sont progressivement devenus des « musulmans ».

Ainsi se poursuit le processus d’encodage de la race déjà identifié par Fanon : l’« islam » tel que l’envisagent, le définissent et l’investissent les dominants fonctionne comme un code permettant de maintenir et de réaffirmer la ligne de démarcation entre les Blancs et les non-Blancs. Rompant avec le « racisme vulgaire » d’antan, ce racisme à référent « religieux », apparemment plus distingué, se donne un aspect plus « acceptable ». À la formule « les bougnoules à la mer ! », on préfère dorénavant des expressions apparemment plus tolérables : « Les musulmans doivent respecter les règles républicaines ! ».

Les mécanismes d’encodage et d’euphémisation du racisme s’accompagnent, comme l’avait très bien perçu Fanon, par des dispositifs de dénégation. On ajoutera alors quelques formules rituelles (« Je ne suis pas raciste, je suis laïque ! »). Mais, comme le soulignait à nouveau Fanon, ce n’est pas le problème du racisme qui a disparu, mais simplement l’« aspect du problème » : qu’on « biologise » la race ou qu’on l’« islamise », le processus d’infériorisation – et le déni de l’égalité qui l’accompagne – demeure.

Comme à l’époque de Fanon, l’islam est ainsi instrumentalisé par les secteurs dominants de la société française. Cet islam imaginaire, construit par et pour les privilégiés et imposés aux millions de personnes qui sont estampillées comme « musulmanes » sans qu’on ne leur demande jamais leur avis, permet aux premiers de maintenir les seconds dans une situation de perpétuelle domination et de dépendance (et d’agiter sous les yeux des racisé.e.s les menaces funestes qui, d’après Fanon, « existent en horizon »  dans toute société raciste).

S’érigeant en juges de paix civile, les non-musulmans – c’est-à-dire, en langage décodé : les Blancs – demandent perpétuellement des comptes, des gages, des signes d’allégeances à ceux qu’ils altérisent et infériorisent et qui, à en croire les responsables politiques et les médias dominants, ne sont jamais suffisamment « intégrés » (ou dont ladite intégration, toujours « suspecte » même lorsqu’elle paraît irréprochable, est toujours révocable). En « islamisant » d’autorité une partie de la population, en actualisant les frontières de la race qui protègent leurs privilèges, les dominants ne font que revitaliser le système raciste. La « république » dont il est question dans leur bouche apparaît chaque jour davantage comme une à machine à discipliner les potentiels récalcitrants.

Une guerre « à l’intérieur de l’islam » ?

Comme à l’époque coloniale, et parce qu’il s’agit moins de faire disparaître l’ennemi que de continuer l’agonie, l’« islam » fabriqué par les instances dominantes de la société – à commencer par les cercles politiques et médiatiques – prend soin de distinguer, parmi les « musulmans », les bons et les méchants. Au lieu d’affirmer de but en blanc qu’il y a une guerre à mort entre les « civilisations » occidentales et musulmanes, entre la Croix et le Croissant, on préfère parler de « guerre à l’intérieur de l’islam » (donc, a fortiori, à l’intérieur de la « communauté musulmane » de France).

D’après ce qu’on nous dit, les camps s’identifient aisément. Il y aurait, d’un côté, les « musulmans modérés », nos amis, qu’il faudrait défendre car ils défendent « nos valeurs » ; et, de l’autre, des « islamistes », « intégristes », « fondamentalistes », qu’il faudrait combattre sans relâche. Ces derniers sont nos ennemis, est-il expliqué, car ils veulent nous imposer leurs lois (barbares), voire nous faire purement et simplement disparaître (si ce n’est physiquement, du moins culturellement). Le danger paraît d’autant plus grand que les « musulmans » n’agissent plus seulement de l’extérieur : étant « Français », ils grignotent secrètement notre belle nation de l’intérieur.

Apparue dès le milieu des années 1980, cette mise en scène à la fois floue et binaire, moralisante et guerrière, est démentie par tous les travaux sérieux sur les « communautés musulmanes », qui montrent bien qu’il existe une aussi grande variété idéologique, culturelle et sociologique « dans l’islam » qu’ailleurs. Intégrée dans le système d’encodage et d’euphémisation, la fiction d’une « guerre à l’intérieur de l’islam » a une quadruple fonction :

- Sous un mode paradoxal, elle permet d’abord d’unifier ladite « communauté musulmane » et de la distinguer ainsi du reste de la société : si elle est « divisée », c’est bien que cette « communauté » existe ; et si elle existe, c’est bien qu’elle ne fait pas vraiment partie de « notre » communauté (nationale/culturelle/etc.). La rhétorique de la « guerre à l’intérieur » de l’islam n’est rien d’autre que la version euphémisée de la théorie du choc des civilisations, qui distingue « nous » et « eux » (euphémisée car elle se présente simplement comme un choc des civilisations par procuration).

- Cette mise en scène permet ensuite d’immuniser les metteurs en scène. Tel est le rôle assigné aux « musulmans modérés » : ce sont eux qui certifient la bonne foi de ceux qui les « valorisent » et les invitent sur les plateaux de télévision (selon la logique classique du : « je ne suis pas islamophobe, j’ai des amis musulmans ») et qui justifient l’acharnement collectif contre toute forme d’« intégrisme » (ou de déficiente « intégration »). On constatera au passage que la « modération » prêtée à un musulman est inversement proportionnelle à sa modération à l’égard de ceux qui sont présentés comme « radicaux ».

- Cette fiction binaire a bien sûr pour but – c’est sa troisième fonction – de désigner à la vindicte populaire et de mobiliser, au sens fort du terme, les populations contre ceux qui, à l’intérieur de la soi-disant « communauté musulmane », osent non seulement contester l’ordre établi mais le font en mettant en avant des « valeurs » qui, décrites comme incompatibles avec les « nôtres », sont censées distinguer radicalement cette « communauté » du reste de la société.

- L’idée fondamentale, derrière ce discours sur les « intégristes » et les « modérés », et c’est peut-être sa fonction principale, est de rendre les populations infériorisées responsables de la stigmatisation et de l’exclusion dont elles sont victimes. C’est-à-dire, comme disait Fanon, de les enfermer dans un « cercle de culpabilité [20] ». Le message codé adressé aux musulmans prend la forme d’un chantage, aussi classique que destructeur : « Choisissez la soumission ou nous vous combattrons. » Pour paraphraser Fanon, parlant des Noirs américains : le musulman doit « “assumer” sa propre condamnation [21]  ». Le piège infernal se referme ainsi sur les damné.e.s de la terre.


Images de propagande réalisées respectivement en avril 1979,
janvier 1986, novembre 1989, novembre 1994, novembre 2012 et en mars 2015


La nouvelle bataille du voile


C’est dans le cadre de cette prétendue « guerre à l’intérieur de l’islam » que la question du « voile » est revenue à la surface à la fin des années 1980, pour ne plus jamais quitter la une de l’actualité depuis lors. La réémergence de cette « bataille grandiose », dans le cadre du colonialisme intérieur, n’est pas vraiment une surprise. Ce qui l’est plus c’est la similarité entre les observations qu’a pu faire Fanon en 1959 à propos des opérations d’action psychologique organisée par l’armée française, dans le contexte de la guerre d’Algérie, et celles que l’on peut faire par exemple en étudiant le traitement médiatique l’affaire de Creil en 1989, dans un contexte apparemment très différent. Certes, les acteurs ne sont plus les mêmes, les rédactions de télévision ayant largement remplacé l’armée française en tant que chef de l’orchestre de la propagande, mais le propos est étonnamment similaire (la télévision allant jusqu’à organiser des émissions qui n’avaient rien à envier aux « séances de dévoilement » mises en scène quarante ans plus tôt sur les places publiques d’Alger).

Face à cette offensive sur le voile, les musulmanes réagissent à partir de 1989 à peu près comme le firent les Algériennes en 1959. Certaines tentent de se distancier au maximum des porteuses de foulard, et reproduisent ainsi – à leur corps parfois défendant – le discours ambiant qui décrit le foulard comme le signe incontestable d’« intégrisme » et la preuve de l’existence d’une domination masculine spécifiquement « musulmane ». D’autres, à l’inverse, tentent de réinvestir ce « signe », soit en lui donnant un sens assez proche de celle qu’imposent les médias dominants, mais en le revendiquant, soit – plus fréquemment – en réinventant sa signification pour en faire, selon les cas, un objet permettant de négocier leur identité franco-musulmane ou le symbole de leur insoumission à l’ordre (néo)colonial [22].

Le racisme affleurant en tout cas à chaque nouvelle « polémique », les musulmans paraissent particulièrement conscients des ressorts profonds de cet acharnement collectif contre « le voile » qui, progressant par capillarité, touche un nombre croissant de secteurs de la société (écoles, crèches, hôpitaux, etc.) et ne cesse d’être décliné dans d’autres registres pour toucher d’autres prétendus marqueurs de la « communauté musulmane » (viande halal, pratique du ramadan, horaires de piscine, etc.) [23]. Instrumentalisé par le discours médiatique et politique dominant, et utilisé comme arme de guerre psychologique contre la « communauté musulmane » tout entière, le voile redevient l’objet d’une « bataille grandiose » assez similaire à celle que décrivait Fanon à la fin des années 1950. « Demandez à ceux qui nous écoutent et qui sont de confession musulmane de ne pas mettre le voile à leur enfant à l’école, exigeait en 2003 Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et des Cultes, à Tariq Ramadan sur un plateau de télévision. Si vous le demandez, alors je crois que vous voulez être un modéré. Si vous ne le demandez pas, c’est le double discours [24]. »

« Guerre contre le terrorisme »

Depuis le début des années 1990 et, plus encore depuis 2001, l’offensive identitaire contre les musulmans s’est doublée d’une offensive sécuritaire dans le cadre de ce qui est dorénavant qualifié de « guerre contre le terrorisme » et qui n’est rien d’autres que le développement des doctrines de guerre développées dans les années 1950 et dont Fanon fut l’observateur privilégié pendant la guerre d’Algérie.

La logique identitaire et la logique sécuritaire ayant progressivement fusionné, les très visibles mesures d’exception prises dans le cadre de la lutte contre le « terrorisme », décrites par les commentateurs comme très populaires et absolument nécessaires, permettent de plus en plus de justifier la guerre de basse intensité contre la « communauté musulmane » tout entière. C’est dans ce cadre par exemple que le Livre blanc du gouvernement sur la sécurité intérieure face au terrorisme appelait en 2006 à une nouvelle « bataille des idées », laquelle visait, selon l’expression employée, deux « groupes-cibles » : d’une part, « la population dans son ensemble, y compris les enfants et les adolescents » et, d’autre part, « les populations dont les terroristes se prévalent », c’est-à-dire les musulmans. Ces derniers, décrits comme des subversifs potentiels, doivent donc subir un traitement à part, ayant pour but de les éloigner physiquement et psychologiquement des « milieux terroristes », à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières nationales [25].

On reconnaît ici le schéma-type de la guerre « contre-subversive » qui, prenant ses racines dans l’histoire militaire coloniale et particulièrement dans les conflits qui ont marqué la période de décolonisation, est développée depuis plusieurs décennies dans toutes les armées du monde dans le but de gagner la « bataille des cœurs et des esprits » contre un ennemi aussi global que nébuleux, à la fois identitaire et sécuritaire, intérieur et extérieur. Dans le cadre de cette « guerre globale contre la terreur », et comme le souligne Achille Mbembe dans l’introduction aux œuvres de Fanon, la race – réencodée – « fonctionne à la fois comme idéologie, dispositif de sécurité et technologie de gouvernement des multiplicités. Elle est le moyen le plus efficace d’abolir le droit dans l’acte même par lequel l’on prétend ériger la loi [26]. »

Il faut noter au passage que les groupes identifiés comme « terroristes » ne restent évidemment pas bras croisés. Outre les opérations militaires qu’ils organisent, parfois sur le territoire même de leurs adversaires, ils mettent en place une véritable guerre idéologique qu’ils n’hésitent pas à calquer sur l’offensive de leurs adversaires. C’est par exemple ce que note Pierre-Jean Luizard à propos de Daech, qui souligne ces étonnants jeux de miroir :

Pierre-Jean Luizard a écrit:
« Tout se passe en effet comme si l’État islamique avait consciencieusement “listé” tout ce qui peut révulser les opinions publiques occidentales : atteintes aux droits des minorités, aux droits des femmes, avec notamment le mariage forcé, exécutions d’homosexuels, rétablissement de l’esclavage, sans parler des rumeurs infondées que l’État islamique ne cherche pas vraiment à démentir, comme celle de l’excision obligatoire des femmes. […] Quand on relit "Le Choc des civilisations" de Samuel Huntington, on est frappé du jeu de miroir qui s’instaure avec les conceptions du salafisme djihadiste. L’État islamique reprend parfois mot pour mot les thèses de Huntington afin de mettre en scène un tel “choc des civilisations” » [27].



Une logique implacable : choyer les "gentils", châtier les "méchants"

Sortir du piège ?

On pourrait se demander comment Fanon aurait réagi dans le contexte actuel. D’après tout ce qui précède, la réponse est apparemment évidente : il serait résolument engagé dans la lutte contre l’islamophobie, en aurait souligné les évidentes racines coloniales et en aurait décrypté, avec talent, les mécanismes les plus subtiles.

Les errements de l’« homme de gauche »

Il est assez probable que Fanon se serait également penché sur le rôle crucial de la « gauche » dans le développement de l’islamophobie contemporaine. Car cette dernière porte une lourde responsabilité dans la régénération des mécanismes islamophobes depuis le début des années 1980. Ayant renoncé à son programme socioéconomique dès le début des années 1980, la gauche de gouvernement, toujours travaillée par ses vieux réflexes colonialistes, a cherché à se faire une virginité en réactivant la double thématique, apparemment « progressiste », de la « laïcité » et de l’« intégration ». Sous prétexte de lutter contre la montée de l’extrême droite et de libérer les femmes maghrébines des griffes des « intégristes », elle a remis au goût du jour les schémas coloniaux et joué un rôle moteur dans le réencodage islamique de la race (selon les modalités déjà identifiées par Fanon il y a soixante ans : euphémisation, dénégation, pseudo-respect, etc.).

Ce faisant, la gauche a falsifié les principes dont elle se réclame – la « laïcité » en premier lieu, mais également l’« égalité » ou la « liberté d’expression » – pour en faire des « valeurs civilisationnelles » susceptibles d’être mobilisées dans ce que Fanon appelait la « lutte de “la croix contre le croissant” ». Un processus dont ne peuvent que se féliciter l’extrême droite et les « ultras » de tous poils qui, abandonnant à leur tour le « racisme vulgaire » qui était leur marque de fabrique, adoptent désormais le « racisme distingué  » concocté pour eux par leurs prétendus « adversaires » de gauche.

Nul doute que Fanon, qui n’a cessé de brocarder l’attitude de la gauche pendant la guerre d’Algérie, aurait analysé avec brio le rôle néfaste de cette gauche qu’on doit bien qualifier de blanche, incapable de se penser comme telle et donc de penser les privilèges dont elle jouit et les non-dits qui la rongent. Mais Fanon ne se serait pas contenté de dénoncer cette frange rétrograde, patriote et chauvine de la « gauche » qui, de Guy Mollet à François Hollande, en passant par François Mitterrand, n’a jamais éprouvé le moindre scrupule à faire la guerre aux colonisés et à leurs descendants. Il se serait également intéressé à cette autre gauche qui s’autoproclame « anticolonialiste » et réclame la « justice » à tout bout de champ mais qui, dans le même temps, n’abandonne rien de ses propres pratiques paternalistes et trouve toujours de bonnes raisons pour éviter de s’interroger sur ses propres schémas mentaux.

À cet égard le petit texte consacré à Paul Rivet, publié dans El Moudjahid en 1958 et dont Fanon est vraisemblablement un des auteurs, mérite d’être cité. Cet homme, qui fut anticolonialiste pendant la guerre d’Indochine mais qui collabora avec le gouvernement français pendant la guerre d’Algérie, incarne bien les errements l’« homme de gauche » qui milite pour la « paix » mais oublie qu’aucune paix n’est possible dans le cadre d’un système injuste :

Citation :
« D’aucuns expliquent les positions rétrogrades de ces hommes de gauche en France par une soi-disant ignorance du problème colonial ou par les difficultés rencontrées dans l’action pratique. Le testament de Paul Rivet – et ce cas ne nous intéresse que parce que typique – montre à l’évidence que c’est l’idéologie même de cette gauche qui est en cause. Parce que de « gauche » et « antifascistes » chez eux, des Français s’estiment en droit de diriger les autres peuples, de donner des leçons de démocratie même à coups de bombes. Cette idéologie, pour se distinguer quelque peu de celle des « ultras », ne vise pas moins à la domination et à l’étouffement de notre Nation. Elle appelle donc, de notre part, plus de vigilance et de sévérité » [28].


La presse "de gauche" sur le pied de guerre

Islam et politique

Si les positions de Fanon sur ce qui fait actuellement office de « gauche » seraient assez facile à deviner, on peut s’interroger sur l’analyse qu’il ferait ce que l’on a pris coutume, dans les milieux académiques, d’appeler l’« islam politique ».

On sait que Fanon a toujours fait preuve de scepticisme à l’égard de la politisation de la religion, au sens strict du terme. Les témoignages abondent sur ce point :

Citation :
« Dans sa réflexion politique, profondément athée, il continue de séparer politique et religion, alors qu’il associe culture et politique. Il croit, pense profondément, que la domination coloniale sclérose la culture, que la lutte de libération va réinventer de nouvelles formes culturelles, loin de la crispation sur des traditions qui lui paraissent figées, désuètes et mortifères. [Fanon] était curieux des coutumes, des institutions de la culture et de l’imaginaire en acte, mais pas de l’impact du sacré et du religieux dans le politique (Alice CHERKI) » [29].

Citation :
« Fanon ne pouvait, par situation – il vivait au contact de militants plutôt agnostiques –, mesurer la place dérisoire que la pensée des Lumières occupait dans les espaces culturels algériens. Cette pensée n’était qu’un petit affluent du fleuve qui était à l’origine de l’adhésion au FLN d’une majorité plus sensible à l’influence de la religion (Mohammed HARBI)  » [30].

S’il constate, dans les Damnés de la terre, que « la lutte de libération nationale s’est accompagnée d’un phénomène culturel connu sous le nom de réveil de l’islam [31] », la religion musulmane rime toujours, chez Fanon, avec une sorte de fixité, de fatalisme et de pétrification, et on peut même relever une forme d’essentialisme dans la façon dont il décrit (avec son collègue Azoulay) la « religion musulmane » :
Citation :

« La société musulmane traditionnelle est une société d’esprit théocratique. La religion musulmane est en effet, outre une croyance philosophique, une règle de vie qui régit de façon stricte l’individu et le groupe. En pays musulman, la religion imprègne la vie sociale et ne fait la part d’aucune laïcité. Le droit, la morale, la science, la philosophie se mêlent à elle. À côté de l’impératif proprement religieux, islamique, intervient avec force la tradition, héritée des anciennes coutumes berbères, et c’est ce qui explique la rigidité des cadres sociaux » [32].

Si l’« islam » l’intéresse, et s’il lui reconnaît un certain dynamisme, c’est uniquement dans sa dimension culturelle. Ainsi en va-t-il de son analyse du voile dans « L’Algérie se dévoile » : ce voile est décrit comme un «  élément parmi d’autres de l’ensemble vestimentaire algérien », c’est-à-dire comme un élément culturel et non comme un élément religieux. Et quand il parle de la mobilisation des Algérien.ne.s autour de ce voile, il l’analyse avant tout comme un phénomène tactique, comme une réponse au colonialisme, dans le contexte d’une lutte de libération nationale.



Frantz Fanon et Ali Shariati


Sur ce sujet, il est intéressant de se pencher sur les échanges qu’il a eus avec le penseur iranien Ali Shariati (1933-1977). Si ce dernier affirme avoir convaincu Fanon de l’intérêt politique de la religion [33], la lettre de Fanon à Shariati, publiée dans les Écrits sur l’aliénation et la liberté, témoigne du scepticisme persistant de Fanon. Certes, écrit ce dernier, « l’islam a plus que toutes les autres puissances sociales et alternatives idéologiques, la capacité anticolonialiste et le caractère antioccidental [34]  ». Certes, poursuit-il, « je souhaite que vos intellectuels authentiques puissent exploiter les immenses ressources culturelles et sociales cachées au fond des sociétés et des esprits musulmans, dans la perspective de l’émancipation et pour la fondation d’une autre humanité et d’une autre civilisation, et insuffler cet esprit dans le corps las de l’Orient musulman ». Mais on sent qu’il n’y croit pas et, surtout, qu’il s’inquiète du sectarisme et des divisions que pourrait produire la réactivation politique de l’islam :

Fanon a écrit:
« Je pense que ranimer l’esprit sectaire et religieux entraverait davantage cette unification nécessaire – déjà difficile à atteindre – et éloigne cette nation encore inexistante, qui est au mieux une « nation en devenir », de son avenir idéal, pour la rapprocher de son passé » [35].

« Nos chemins se rejoindront finalement »

S’il est intéressant de creuser cette question, c’est que les problématiques posées par Fanon dans cette lettre sont celles qui se posent à nous depuis une trentaine d’années. Depuis la mort de Fanon, en effet, la situation a changé : les enjeux ne sont plus simplement culturels et la lutte de libération n’est plus strictement nationale. Les musulman.e.s, dans la définition à la fois culturelle et religieuse du terme, se retrouvent piégés par la profusion de discours et de mesures qui les prennent pour cibles (ou les utilisent comme munitions) : les politiques gouvernementales, les discours médiatiques islamophobes, le paternalisme de la « gauche », les radicaux qui se revendiquent de l’islam pour développer un programme mortifère et apocalyptique…

Bien que Fanon ne paraissait pas y croire, la conclusion de sa lettre à Shariati mérite d’être prise au sérieux, car c’est peut-être la seule façon, pour tous ceux qui entendent lutter effectivement contre le racisme, de sortir du piège qui nous est tendu par la grande machinerie guerrière et islamophobe qui se déploie chaque jour plus violemment et depuis déjà bien trop longtemps : « Bien que ma voie se sépare de la tienne, voire s’y oppose, je suis persuadé que nos chemins se rejoindront finalement vers cette destination où l’homme vit bien [36]. »


[1]
Cette contribution a été présentée lors des rencontres de la Fondation Frantz Fanon, 9 décembre 2015 à l’Institut du Monde arabe
[2]
Peau noir masque blanc, in Frantz FANON, Œuvres, La Découverte, Paris, p. 137.
[3]
« Racisme et culture », in Pour la Révolution africaine, in Frantz FANON, Œuvres, op. cit., p. 719.
[4]
Ibid., p. 716.
[5]
Ibid.
[6]
(« La Farce qui change de camp », in Pour la révolution africaine, op. cit., p. 784.)
[7]
« Vers la libération de l’Afrique », in Pour la révolution africaine, ibid., p. 760-761.
[8]
« Pourquoi nous employons la violence », in L’An V de la Révolution algérienne, Œuvres, op. cit., p. 423.
[9]
« Racisme et culture », loc. cit., p. 717.
[10]
Ibid.
[11]
Sur ce point voir Matthieu RENAULT, « Damnation. Des usages de la religion chez Frantz Fanon », ThéoRèmes, vol. 4, 2013
[12]
Les Damnés de la terre, in Œuvres, op. cit., p. 457.
[13]
« Racisme et culture », loc. cit., p. 718.
[14]
Ibid.
[15]
« L’Algérie se dévoile », in L’An V de la Révolution algérienne, op.cit., p. 274.
[16]
Ibid., p. 276.
[17]
Ibid., p. 279-280
[18]
Ibid., p. 297
[19]
Ibid., p. 284
[20]
Ibid., p. 276.
[21]
« Rencontre de la société et de la psychiatrie », in Écrits sur l’aliénation et la liberté, La Découverte, Paris, p. 441.
[22]
Voir Claude MOUTIER-BALMES, « “C’est la première fois qu’on m’écoute” », Les Cahiers du GRIF, n° 43-44, 1990, p. 202-207 ; François GASPARD et Farhad KHOSROKAVAR, Le Foulard et la République, La Découverte, Paris, 1995 ; Saïd BOUAMAMA, L’Affaire du foulard islamique. Production d’un racisme respectable, Le Geai bleu, Roubaix, 2004 ; Ismahane CHOUDER, Malika LATRECHE et Pierre TEVANIAN, Les Filles voilées parlent, La Fabrique, Paris, 2008.
[23]
Abdellali HAJJAT et Marwan MOHAMMED, Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman », La Découverte, Paris, 2013.
[24]
« 100 minutes pour convaincre », France 2, 20 novembre 2003.
[25]
Livre blanc du gouvernement sur la sécurité intérieure face au terrorisme, p. 119-120.
[26]
Achille MBEMBE, « Préface. L’universalité de Frantz Fanon », in Frantz FANON, Œuvres, op. cit., p. 20.
[27]
Pierre-Jean LUIZARD, Le Piège Daech. L’État islamique ou le retour de l’histoire, La Découverte, Paris, p. 168-169.
[28]
« Les testament d’un “homme de gauche” », in Frantz FANON, Écrits sur l’aliénation et la liberté, op. cit., p. 496.
[29]
Alice CHERKI, Frantz Fanon, Portrait, Seuil , Paris, 2000, p. 161.
[30]
Mohammed HARBI, « Postface à l’édition de 2002 » [des Damnés de la terre], in Œuvres, op. cit., p. 678. Voir également le témoignage d’Ali Shariati : « Frantz Fanon, whom I knew personally and whose books I translated into Persian, was pessimistic about the positive contribution of religion to social movement. He had, in fact an anti-religious attitude. »
[31]
« Lettre à Ali Shariati », in Écrits sur l’aliénation et la liberté, op. cit., p. 543
[32]
Frantz FANON et Jacques AZOULAY, « La socialthérapie dans un service d’hommes musulmans : difficultés méthodologiques », in Frantz FANON, Écrits sur l’aliénation et la liberté, op. cit., p. 307.
[33]
« I convinced him that in some societies where religion plays an important role in the culture, religion can, through its resources and psychological effects, help the enlightened person to lead his society toward the same destination toward which Fanon was taking his own through non-religious means. » (« Where Shall We Begin »)
[34]
« Lettre à Ali Shariati », loc. cit., p. 543.
[35]
Ibid.
[36]
Ibid., p. 544.

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mer 10 Fév - 15:25

Québec

Plus de xénophobie selon le Centre des femmes de Verdun Lindsay-Anne Prévost TC Media


Archives / TC Media

«Insultes, crachat dans la figure et agressions physiques», les femmes musulmanes de Montréal seraient de plus en plus en proie à de telles situations, s’apparentant à de la xénophobie, selon le Centre des femmes de Verdun.

Citation :
«Nous sommes de plus en plus confrontés à différents problèmes racistes», constate la travailleuse communautaire du Centre des femmes de Verdun, Nathalie Vigneault.

Le Centre des femmes ne dispose pas de statistiques précises sur le sujet. Toutefois, Mme Vigneault n’hésite pas à parler d’une «bonne augmentation» du nombre de demandes d’aide qui y sont traitées depuis 2013.

Les individus réagissent fortement aux actes terroristes, aux guerres et à l’extrémisme. Ils ont tendance à chercher une cible et se tournent donc vers les femmes musulmanes, qui sont plus facilement identifiables à cause de leur voile», explique-t-elle.

Inquiétudes palpables

Ces propos viennent rejoindre ceux d’Élisabeth Garant, directrice générale du Centre justice et foi qui a pignon sur rue dans Villeray. « Selon les témoignages que j’ai reçus, la violence et les propos inappropriés à l’égard des femmes musulmanes ont augmenté depuis la charte des valeurs et la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables», souligne cette dernière.

«Les groupes consacrés à la violence conjugale se remplissent, mais on commence à retrouver tout autant de cas de xénophobie», témoigne Nathalie Vigneault. Certaines femmes ont rapporté s’être fait arracher leur voile, cracher dans la figure, bousculer et insulter.

Le Centre justice et foi, qui organise des débats critiques sur les choix qui fondent une société juste et démocratique, gagne tout autant en popularité. «On a même été obligé de refuser du monde à assister aux débats tellement il y a une volonté d’exprimer ses inquiétudes et de comprendre comment réagir face aux enjeux liés à l’immigration et à la diversité», lance la directrice générale.

Bien que le nombre de femmes musulmanes ne représente qu’environ 1% de la clientèle du Centre des femmes de Verdun, le regroupement des Centres pour femmes observe la même problématique dans plusieurs installations, notamment au Centre des femmes de Laval où les femmes musulmanes représentent 50% de leur milieu de vie.

Selon le Service de Police la Ville de Montréal (SPVM), il est difficile de quantifier le nombre de femmes victimes de violence ou de crime haineux en raison des multiples cas non déclarés ou de l’absence de dichotomie dans les dossiers de la police.

Selon une enquête nationale effectuée en 2011 par la Ville de Montréal,  on compte 72 310 femmes de religion musulmane (8,8%) dans la métropole pour une population féminine totalisant 825 905.

Toujours selon une enquête menée par la Ville de Montréal en 2011, le plus grand nombre de musulmans habitent l’arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc Extension.

Verdun se classe dans les arrondissements dont la population musulmane est la moins concentrée, avec 3 345 habitants musulmans (5%).

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 29 Fév - 23:56



Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Citation :
Tout a commencé, allais-je écrire, avec les attentats du 11 septembre – par « tout » j’entends ici la représentation caricaturale, infériorisante, diabolisante du monde « islamique » et des immigrés qui en proviennent. Mais cela n’aurait pas été vrai : à cette date, la partition anti-islamique qui depuis accompagne sans cesse nos journées avait déjà été composée. Tout a commencé en 1990-1991, lorsque l’Irak de Saddam Hussein avait osé annexer de nouveau son ancienne province du Koweït et avait été puni par des armes de destruction massive. Non, ce n’est pas cela non plus. Mais alors quand ? Tout a commencé lorsque la « révolution islamique » de 1979 a renversé le Shah de Perse. Toujours pas. Tout a commencé le 1er Juin 1972, quand l’Irak baathiste a nationalisé le pétrole et formulé le blasphème « le pétrole arabe aux Arabes ». Quelle courte mémoire, pourrait-on me reprocher à bon droit. Tout a commencé à Bagdad le 14 juillet 1958, quand une insurrection populaire a détrôné la louche monarchie hachémite, qui avait le soin des intérêts britanniques en Mésopotamie. Mais les renvois ne sauraient s’arrêter ici. Nous devrions en effet remonter bien loin dans l’espace et le temps et dépasser jusqu’aux modes de production. Nous pourrions peut-être nous arrêter définitivement une fois arrivés il y a mille ans, et seulement là, au Haut Moyen Âge, en l’an de grâce 1095, au vibrant appel exterminatoire du béat moine de Châtillon sur Marne, Urbain II, contre les Turcs, les musulmans par antonomase de l’époque :
Citation :

« Je vous exhorte […] non moi, mais le Seigneur, pour qu’en tous, de toute classe sociale, chevaliers ou écuyers, riches ou pauvres […], vous les hérauts du Christ, vous instilliez la persuasion qu’ils œuvrent afin d’exterminer de nos régions [c’est-à-dire la Palestine] cette engeance néfaste. […] À tous ceux qui iront là-bas, s’ils perdent la vie en voyage ou en mer, ou bien en bataille contre les païens, sera accordée la rémission immédiate de leurs péchés : investi par Dieu d’un si grand don, je l’accorde à tous ceux qui s’apprêtent à partir. »

Mais pour autant qu’une telle généalogie des conflits actuels avec la gent musulmane puisse captiver, son piège caché est de passer outre les déterminations historiques spécifiques, de faire une histoire paradoxalement anhistorique, voire anti-historique.

Une fois que nous avons écarté cette hypothèse, et si nous en restons à l’époque moderne et contemporaine, le point de départ d’un dénigrement agressif du monde arabe (et islamique) est sans aucun doute, surtout en ce qui concerne la France, l’occupation d’Alger en 18301. Il suffirait, à cet égard, de rappeler non pas les mots et les gestes du général Bugeaud – trop facile – , mais la glaciale justification de ses méthodes sanguinaires – les massacres, les déportations massives des populations, les rapts des femmes, les vols des récoltes et du bétail, les razzias régulières, la suspension de toutes les libertés politiques – de la part du père de la démocratie libérale, le comte de Tocqueville2, qui les qualifie de « nécessités fâcheuses ». Il le dit avec force dans ses écrits : si l’on veut avoir raison des « musulmans barbares », un état d’exception et une façon d’agir prudente (« une science nouvelle »), mais dure, sont nécessaires. Le tout, évidemment, pour le bien des nations arabes de l’Empire (ou du califat) ottoman, pour les aider à dépasser leur retard. Mais il est intéressant de remarquer que Tocqueville n’attribue pas la faute de ce retard à l’islam en tant que tel ; au contraire, il voit en l’islam, en la religion musulmane, un facteur du processus de civilisation des « barbares ». Voyons pourquoi :

Citation :
« La société musulmane, en Afrique, n’était pas incivilisée ; elle avait seulement une civilisation arriérée et imparfaite. […]

La propriété individuelle, l’industrie, l’habitation sédentaire n’ont rien de contraire à la religion de Mahomet. Des Arabes ont connu ou connaissent ces choses ailleurs ; elles sont appréciées et goûtées par quelques-uns d’entre eux en Algérie même. Pourquoi désespérerions-nous de les rendre familières au plus grand nombre ? On l’a déjà tenté sur quelques points avec succès. L’islamisme n’est pas absolument impénétrable à la lumière ; il a souvent admis dans son sein certaines sciences ou certains arts. Pourquoi ne chercherions-nous pas à faire fleurir ceux-là sous notre empire ? Ne forçons pas les indigènes à venir dans nos écoles, mais aidons-les à relever les leurs, à multiplier ceux qui y enseignent, à former les hommes de loi et les hommes de religion, dont la civilisation musulmane ne peut pas plus se passer que la nôtre 3. »

L’Algérie est un « pays barbare » non en tant que musulman, mais parce qu’il n’en est pas encore arrivé à la propriété privée de la terre – dont il faut considérer l’introduction comme la véritable « question vitale pour notre gouvernement » (exact) ; parce que les germes de l’industrie moderne ne s’y sont pas encore développés ; parce que sa population est seulement en partie sédentarisée. L’accent tombe donc sur l’introduction en Algérie de rapports économiques et sociaux bourgeois et sur le type d’administration du pouvoir propre à atteindre ce but. Et, dans le processus de domination coloniale et de modernisation du pays, l’islam est plus vu comme un allié potentiel que comme un obstacle insurmontable. Une telle position, une telle conviction, était à l’époque plutôt répandue en Europe.

En revanche, cent cinquante ans plus tard – et ici nous nous référons nécessairement à la période suivant le 11 septembre sur laquelle s’axe notre exposition -, dans le pamphlet-ordure le plus célèbre que des mains européennes aient écrit contre le « terrorisme islamique » et contre « les foutus fils d’Allah » en tant que tels, la représentation de l’islam a totalement changé. Il est décrit comme :

Citation :
« [Une] montagne qui depuis 1 400 ans ne bouge pas, ne sort pas des abîmes de sa cécité, n’ouvre pas les portes aux conquêtes de la civilisation, ne veut pas entendre parler de liberté et justice et démocratie et progrès […] qui vit encore dans une misère moyenâgeuse, végète encore dans l’obscurantisme et dans le puritanisme d’une religion qui ne sait produire que de la religion, et les musulmans comme des monsieurs [dans la version italienne, “monsieurs” était barbari] qui au lieu de travailler et de contribuer au progrès de l’humanité passent leur temps avec le derrière en l’air, à prier cinq fois par jour. » (p. 92) 4

Ici, la vie et l’histoire – quatorze siècles d’histoire – des sociétés et des nations arabes et de tradition islamique sont brutalement ravalées au rang de simple religion  : une religion pétrifiée et pétrifiante. Leurs populations apparaissent comme une foule indistincte d’individus aveugles, incivils, obscurantistes, puritains, rétrogrades, illibéraux, indifférents aux injustices, fainéants (cet aspect n’étant pas à sous-estimer). À l’opposé de cette montagne de mort et de ténèbres, un Occident illuminé, dynamique, libre, démocratique, attaché à la justice et au progrès et ayant pour seule faute de croire peu, en Italie et en Europe, à son incommensurable supériorité. Tout ceci peut sembler le fruit de la morbide excitation de néo-croisés. Je me garderai bien de nier cette morbidité – j’en remarque seulement la nature laïque, car telle, avec orgueil, se proclame O. Fallaci. Mais le fait est que son pamphlet n’est que la partie visible de l’iceberg, d’une vaste littérature anti-islamique dont l’impulsion trouve visiblement son origine dans les gouvernements et les États européens. Et le succès de ce texte et de nombreuses autres saletés de ce genre témoigne d’un climat général, institutionnel d’antagonisme envers le « monde islamique », qui a besoin du dénigrement maximal de l’islam en soi et, surtout – je veux le souligner -, des gens qui appartiennent à ce monde et qui en proviennent. En effet, si nous observons d’autres analyses des sociétés et des nations arabes et de tradition musulmane du monde d’aujourd’hui, plus posées, semi-académiques, le résultat final n’est pas si différent.

Prenons l’œuvre de Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, qui a fait école en la matière en Europe aussi. Le tableau que brosse Huntington est sans aucun doute un peu plus polychrome et complexe que la très grossière vignette d’O. Fallaci. Contrairement à cette dernière, le professeur de Harvard révèle un certain degré d’alphabétisation. De même qu’A. de Tocqueville et, sur un autre plan, que M. Rodinson 5, il sait que dans la religion musulmane il n’y a rien d’organiquement antagoniste au capitalisme. Il sait aussi que la renaissance « islamique » ou mieux islamiste des dernières décennies a un caractère politique et culturel, qu’elle exprime « le rejet de l’influence européenne et américaine sur la société autochtone », 6 le rejet de l’Occident, mais pas forcément de la modernité. Çà et là il semble même, à tort ou à raison, avaliser l’opinion d’al-Tourabi, selon laquelle la religion musulmane peut même représenter un moteur pour le développement. Il semblerait, donc, à mille lieues des trivialités d’une certaine presse anti-islamique. Et pourtant lui aussi arrive à une conclusion identique concernant l’antagonisme inévitable entre « notre monde » et celui que l’on définit habituellement comme le « monde islamique ». Il nous renvoie lui aussi à l’islam-religion, encore et toujours égal à lui-même, en tant que générateur de l’inexorable antagonisme envers « notre civilisation » :

Citation :
« Tant que l’islam demeurera l’islam (et il le demeurera) et que l’Occident demeurera l’Occident (chose moins sûre), le conflit de fond opposant ces deux grandes civilisations et modes de vie différents continuera à caractériser leurs rapports futurs, comme il les a caractérisés au cours des quatorze derniers siècles 7. »

Et voilà ! Nous nous retrouvons encore face à un monde « islamique » qui, malgré les siècles, la technologie de pointe dont il se sert, les gratte-ciel babéliens de ses villes, les marchés boursiers, les profonds changements sociaux, les révolutions populaires et anticoloniales qu’il a traversées et les guerres pour le pétrole, est resté et restera encore et toujours égal à lui-même. Un monde capable peut-être de modernité, de se moderniser en surface, mais qui, malgré tout, demeure un monobloc immobile, immuable, anhistorique. Un monde dominé depuis toujours et pour toujours par une religion qui, malgré son immobilité mortuaire – véritable miracle dans l’histoire des civilisations -, est à même d’imprégner la vie tout entière des sociétés de tradition culturelle musulmane, à tel point que ces sociétés peuvent aujourd’hui encore être nommées et identifiées par un seul mot : islam. Des sociétés tout en religion qui ne font que produire de la religion par la religion, un cas tout à fait unique dans l’histoire de l’homme.

Cette représentation abusive et déviante des sociétés arabes et « islamiques » d’hier et d’aujourd’hui engendre un sentiment d’irréductible aliénation entre « eux » et « nous ». Ce sentiment est aiguisé à la puissance, par l’étalage médiatique obsessionnel de pratiques particulières, tout à fait marginales, pouvant être attribuées de façon plus ou moins correcte, plus ou moins abusive, à la religion musulmane : lapidation des adultères, décapitation, polygamie, autodafés de livres et – nous en parlerons plus avant, puisqu’il s’agit d’un thème fort de cette propagande et d’une pratique qui n’est désormais plus marginale – le voile des femmes. Les imprésarios rusés des « zoos humains » à la Hagenback se rendaient sciemment dans les villages africains et asiatiques les plus reculés et les plus primitifs pour chercher leurs « sujets-objets » de couleur à exhiber dans les métropoles européennes. Par une méthode tout à fait semblable, les imprésarios actuels de l’islamophobie visent à susciter auprès du public, et ils y parviennent réellement, un sentiment de distance sidérale d’avec ces gens, de différence organique et infranchissable entre « eux » et « nous ». Tout en socialisant la conviction, à première vue bien argumentée, que nous nous trouvons face à des gens arriérés, fanatiquement réactionnaires, ancrés dans un passé qui ne passe pas, en tout inférieurs à nous, en raison non seulement de leur plus grande pauvreté matérielle, mais aussi de leur plus grande pauvreté d’esprit et de culture. Des gens ainsi faits, heureux de l’être, et qui demeureront tels pour l’éternité.

On emploie trois différentes techniques pour produire, véhiculer et amplifier la diversité et l’opposition entre « eux » et « nous » :

1) refouler, obscurcir 8  tout ce qui est susceptible de rapprocher, voire tout ce qui est commun entre les gens qui vivent de leur travail en Europe et en Occident et les travailleurs du monde « islamique » ;

2) présenter l’islam, le musulman en tant que tel, comme un colonisateur agressif qui attente à notre sécurité, notre tranquillité, nos traditions ;

3) faire du matraquage obsessionnel autour de l’oppression de la femme arabe et « musulmane ».

Je vais par la suite analyser une par une ces trois techniques et montrer de quelle façon toute cette fange islamophobe se transforme en discriminations et racisme à l’égard des immigrés musulmans.

Le premier impératif est donc de faire disparaître avec grand soin toute trace de l’existence réelle des centaines de millions d’individus composant ce que l’on veut nommer, abusivement, le monde « islamique 9». Tout d’abord, leur immense activité de production.

Les pêcheurs arabes et « musulmans » de la Méditerranée ou de la mer Rouge, de la mer Caspienne (les pêcheurs d’esturgeons, des pêcheurs mondialisés par excellence…) ou de l’océan Indien ; les éleveurs de brebis, de vaches, de buffles et de chèvres, qui, rien qu’au Pakistan, prennent soin de 126 millions de têtes de bétail ; la multitude de paysans et de paysannes qui, dans ces pays, cultivent le coton et les agrumes, le blé et le riz (au Bangladesh et ailleurs, on atteint même trois récoltes par an, comme en cycle continu), le soja et le maïs, la vigne et la canne à sucre, les oliviers (les oliviers de Palestine…) et les cédratiers, les pommes de terre, l’orge, le sésame et les pistaches (les délicieuses pistaches d’Iran…), le lin et les légumes, les fragiles plants de thé et de café, les dattes et les arachides, le tabac et le caoutchouc ; ou encore, que sais-je, les travailleurs des mines de phosphates, de fer, de manganèse, de chrome et – pour ne parler que de l’Indonésie – d’étain, de nickel, de cuivre, de bauxite, d’argent et d’or ; dans les représentations islamophobes, il n’y a de ces individus, tout simplement, aucune trace. De même qu’il n’y a, tout simplement, aucune trace des dizaines de millions d’ouvriers du bâtiment qui, d’Alger à Abu Dhabi et jusqu’à Djakarta, sont en train de construire des ports, des aéroports, des réseaux routiers, des écoles et des stades, des quartiers populaires et des supermarchés. Et que dire de leurs centres financiers mirobolants, en pleine compétition avec ceux de l’Occident dans une course délirante – moderne ou postmoderne qu’elle soit – celui qui montera le plus haut, à la gloire de la rente urbaine aconfessionnelle, ou plutôt transconfessionnelle…

Les sociétés « islamiques » ne sont faites que de rentiers du pétrole et d’extrémistes terroristes : ainsi va le refrain de la vulgate islamophobe institutionnelle. Par conséquent, la masse croissante d’ouvriers et d’ouvrières – avec ou sans voile – du textile, du secteur alimentaire, de l’énergie (pétrole, gaz), des raffineries, de la chimie, de la sidérurgie, des cimenteries, des usines de tracteurs, de l’industrie pharmaceutique, de la métallurgie, du montage automobile (Iran Khodro, par exemple, groupe de propriété de l’État iranien en joint-venture avec Renault-Peugeot et Hyundai, la plus grande usine du Moyen-Orient, comptant 37 000 employés) ; les travailleurs spécialisés des chantiers navals (je me réfère à Smyrne et à Istanbul) et des typographies ; ceux de l’industrie électronique – et bien oui, dans ces pays aussi on assemble des composants électroniques ; les ouvriers et les ouvrières des « zones spéciales » – il n’y en a pas qu’en Chine -, notamment celles de Bizerte, Zarzis, Sfax et Gabès, pour ne parler que de la Tunisie ; tous ces gens – dont le travail génère une plus-value qui se déverse à flots dans les coffres-forts de « nos » multinationales sans qu’aucun gardien de « notre civilisation » ne se demande si, par hasard, elle ne provient pas d’une civilisation qui nous est organiquement étrangère -, eux tous et d’autant plus leurs luttes, leurs grèves, leurs efforts d’organisation, leurs révoltes, en particulier si elles sont aussi menées contre des institutions qui nous sont chères, comme le Fond monétaire international (tel a été le cas, par exemple, pour les ouvrières et les ouvriers égyptiens du textile à Mahalla al-Kubra), doivent rester hors de notre champ de vision. Ce qui a lieu presque systématiquement, comme si une régie centralisée passait jour et nuit au crible chaque photogramme et chaque image, en triant ce qu’il est opportun et ce qu’il n’est pas opportun de voir 10. Ce qu’il est opportun ou inopportun – selon les hauts placés – que les travailleurs et les travailleuses de l’Europe voient et sachent à propos des sociétés et des pays « islamiques », là où tous, ou presque tous, au lieu de travailler, « passent leur temps avec le derrière en l’air », selon les mots d’Oriana Fallaci et de ses semblables.

Le monde « islamique » semblerait en effet bien moins distant et étranger, moins menaçant et hostile. En tant que monde du travail « islamique », il serait peut-être vu et même ressenti comme proche du « nôtre » si, au lieu de nous gaver de petits bouts de communiqués d’Al-Qaida et de photos des barbes chenues de ses porte-parole, la police culturelle qui contrôle les médias européens nous permettait de voir et d’en savoir un peu plus sur la vie et les activités, les soucis professionnels, les attentes et les espoirs des vendeuses, des standardistes, des secrétaires, des enseignantes, des infirmières, des femmes médecins (très nombreuses en Syrie et aussi en Irak, avant que notre civilisation ne ramène ce pays à l’« Âge de la pierre », au nom de sa libération), des cuisinières, des serveuses et des travailleuses à domicile maghrébines, moyen-orientales, iraniennes ou « musulmanes » asiatiques, dont les mains, souvent pour le compte de célèbres marques occidentales, ont produit des monticules de chaussures, de pull-overs, de tapis, de broderies, de brochettes de fruits secs, de crevettes pelées et tout ce que l’on peut produire et emballer à coût zéro entre quatre murs 11.

Mais tout ceci est impossible. Sans cela, l’image d’un « islam » monobloc, immobile, immuable, féodal, fainéant, incapable de produire autre chose que de la religion par la religion et, par conséquent, doté d’une « identité culturelle » organiquement différente de la « nôtre » et qui est incompatible avec la nôtre, se désagrégerait. Et il en ressortirait, en revanche, des sociétés différenciées et profondément divisées en classes ; des sociétés de plus en plus empreintes de rapports sociaux modernes, c’est-à-dire capitalistes ; bondées de travailleurs salariés et de travailleuses salariées – les salariés précarisés des secteurs formel et informel constituent déjà la majorité de la force de travail de l’Afrique arabe et du Moyen-Orient ; touchées par d’intenses processus d’urbanisation et industrialisation, quoique de type dépendant, et caractérisées par une forte mobilité du travail et du territoire, se manifestant aussi par les migrations tant d’hommes que de femmes ; et, contre toute attente, des sociétés présentant un taux croissant d’autonomie matérielle et psychologique de la part des femmes et un poids malgré tout décroissant des traditions et des pratiques religieuses traditionnelles. De même faut-il aussi exclure de notre champ de vision la vie quotidienne réelle des peuples « musulmans » qui gagnent leur vie en travaillant. Sans quoi il serait clair que, pour eux non plus, il n’y a pas le temps de la prière au centre du système social des temps, au centre de leur temps de vie ; il y a, comme chez nous, comme dans tout le périmètre de l’économie de marché mondialisée, le temps de travail. Il en ressortirait en outre que le temps social n’est rythmé dans aucun pays, pas même en Iran ou en Arabie Saoudite, par le pur calendrier lunaire de l’islam, mais par la combinaison entre le calendrier lunaire et le calendrier grégorien (celui que l’on utilise en Europe), ou parfois juste par ce dernier, alors que les années grégoriennes sont calculées en suivant l’ère vulgaire (c’est-à-dire depuis la naissance du Christ), le « signe évident d’une nouvelle extraversion du monde islamique et de la croissance de l’intégration économique et politique au niveau planétaire 12 ».

Depuis plusieurs dizaines d’années, ce sont les États, et non les autorités religieuses, qui règlent le temps social et fixent les jours fériés, le repos hebdomadaire, les congés, etc. Le repos hebdomadaire tombe souvent – pas toujours – le vendredi, mais ce n’est pas un fait à attribuer à la tradition religieuse, puisque le vendredi était traditionnellement un jour de marché et de prière publique, pas un jour de congé. La diffusion récente du vendredi comme jour férié est le « fruit de l’adaptation des modèles de droit du travail européens aux pays islamiques 13 » et de l’utilisation, plutôt bien connue chez nous en Occident, des thèmes et des sentiments religieux comme moyens de contrôle et de manipulation des populations. Toutefois, dans des pays comme la Turquie, le Sénégal, la Tunisie et le Liban, le jour de repos est le dimanche, tandis qu’au Maroc il peut aussi tomber le dimanche.

Quant au fractionnement des heures de travail quotidiennes, n’allez pas y chercher cinq pauses pour les cinq prières rituelles : vous ne trouverez aucune trace d’un tel système.

Citation :
« Les sources de droit ne réglementent d’aucune façon l’accomplissement de cet acte religieusement obligatoire par le travailleur [c’est-à-dire qu’elles ne le reconnaissent pas en tant que droit du travailleur croyant]. La seule allusion qui y soit faite se trouve dans un texte saoudien précisant que l’horaire de travail correspond au temps de travail effectif [selon les règles les plus récentes du management global !] et n’inclut pas les pauses consacrées au repos, aux repas et à la prière. Prière, repas et repos sont donc, dans un certain sens, mis sur le même plan : ce sont tous des besoins que le travailleur peut satisfaire, dans le respect des contraintes liées aux exigences de la production 14. »

Il est très difficile d’estimer combien de travailleurs prient au travail et de quelle façon leur nombre varie en fonction des années et des lieux. Cette pratique semble assez répandue uniquement dans les pays du Golfe, mais souvent, en Iran aussi, les moments de prière sont regroupés et coïncident avec les pauses repas. La seule occasion d’irruption institutionnelle évidente des obligations religieuses au sein du temps de travail ordinaire concerne le mois de ramadan, au cours duquel l’horaire hebdomadaire est généralement raccourci, en particulier dans les bureaux publics. Dans de nombreux pays, le maximum légal est réduit à 36 heures au lieu de 48 ; souvent, cependant, ce sont les employeurs qui peuvent décider les modalités de réduction d’horaire et, dans certains pays, les travailleurs sont obligés de récupérer les heures de travail perdues. Durant ce même mois, en revanche, l’horaire hebdomadaire des travailleurs du commerce augmente en général jusqu’à 60 heures, dans le respect des… contraintes liées, dans ce cas, aux exigences de circulation des marchandises.

Ces contraintes capitalistes suprêmes conditionnent aussi en partie le pèlerinage à La Mecque. La situation est très différente d’un pays à l’autre. En Turquie et au Liban, aucun congé spécial n’est accordé : ceux qui veulent accomplir le hajj doivent le faire pendant leurs vacances. Ailleurs, il existe toutefois en général un congé spécial accordé une seule fois dans la vie, d’une durée variable (de 8 à 30 jours), parfois rémunéré, parfois non, dans certains cas reconnu en tant que droit, dans d’autres non ; les employés du secteur public (moins productifs) ont presque partout beaucoup plus de possibilités de bénéficier de ce congé que les travailleurs du secteur privé (dont il est indispensable de préserver la productivité, même en violant les préceptes religieux). Il est donc fondé d’affirmer qu’en général, aussi dans les pays de tradition culturelle et religieuse islamique :

Citation :
« Le quotidien n’est plus rythmé par l’appel à la prière du muezzin, mais par les temps du travail et de la production. Les rythmes de la vie moderne conditionnent même le mysticisme : la confrérie hilâliyya de Alep, par exemple, a renoncé à sa pratique la plus caractéristique, l’isolement, du fait que, si l’on en croit les affirmations de ses maîtres : “de nos jours, les gens n’ont pas le temps ni la possibilité de négliger le travail pour pratiquer cette retraite” 15. »

Ainsi, également dans les pays arabes et « islamiques », le temps social et individuel est aujourd’hui étroitement lié aux préceptes du capitalisme global. De plus, dans ces pays, sans exclure l’Iran ni l’Arabie Saoudite, la présence, la force des nouvelles idoles sacrées et omnirégnantes de l’économie marchande est palpable, de l’idole des idoles – l’argent – aux plus modestes idoles de la télévision (y compris les idoles américaines), qui le sont surtout pour les sans-argent. Les résultats des rares études de terrain concernant la pratique effective des préceptes islamiques fondamentaux sont pour le moins contradictoires16 : ce qui en ressort est, d’une part, une tendance de long terme à la sécularisation de la vie sociale, de l’autre la récente affirmation de l’islamisme politique militant ayant entraîné des phénomènes de retour à la pratique religieuse, même, ou surtout, parmi les jeunes sécularisés. Un retour qui a beaucoup à voir avec « la réinvention politique de la religion » et qui se produit dans un contexte de vie sociale largement laïcisé :

Citation :
« Si l’on observe le vécu religieux à l’écart du tapage des médias, on se rend compte que la religion a certes gagné en ferveur et en intensité, mais qu’elle est toujours plus restreinte dans un espace et un temps bien délimités. Le fait le plus significatif de ces dernières années est la dissociation du temps social et du temps religieux, de l’espace sacré et profane. Pour ce qui est de l’espace, la mosquée n’est plus un lieu de centralité exclusif, aussi bien en ville qu’à la campagne. L’analyse des courbes de fréquentation des mosquées montre que l’effet de foule qui a tant effrayé les “journalistes” [et leurs lecteurs/spectateurs naïfs d’Europe] ne se produit que le vendredi et les jours de fête. Le dualisme du vécu confirme la progression à la fois implacable et discrète de la sécularisation […].

L’accès au temps religieux est de plus en plus ritualisé pour mieux souligner la discontinuité entre l’espace-temps religieux et profane. L’adoption de coutumes et de langages spécifiques permet d’accroître l’intensité religieuse et de séparer les séquences de vie. Le sacré a désormais ses propres affaires, ses marchés et ses objets ; il lui est interdit de séjourner ailleurs 17. »


Ainsi, si on les observe à l’écart du tapage « superficiel, réducteur et vulgairement raciste » des médias européen, les sociétés arabes et « islamiques » nous apparaissent comme des sociétés en mouvement, en transformation, traversées d’élans contradictoires même dans le domaine religieux, au fond analogues – ce qui ne veut pas dire identiques – à ceux que vivent les sociétés occidentales, dans lesquelles a également lieu une réhabilitation institutionnelle du rôle de la religion18, que la grande crise qui est en cours pourrait alimenter. Mais tout ceci ne doit pas se savoir ni – d’autant moins – se voir. Il ne doit y avoir aucun point de contact entre « eux » et « nous ».

Pietro Basso : Le racisme européen, Critique de la rationalité institutionnelle de l’oppression Editions Syllepse
http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_96_iprod_653-le-racisme-europeen.html

Paris 2016, 316 pages, 22 euros

1 L’histoire du colonialisme français commence trois siècle plus tôt, mais ce n’est que « le 14 juillet 1830 sur les sables de la baie de Sidi-Ferruch » que « l’impérialisme français prendra son essor » (cf. X. Yacono, Histoire de la colonisation française, op.cit., p.Cool. Et ce n’est qu’à cette date que commence l’affrontement rapproché et sans merci entre la France colonisatrice et les peuples « musulmans ». Voilà une des raisons pour lesquelles la colonisation de l’Algérie peut-être considérée comme « le banc d’essai » pour l’ensemble du colonialisme français (ibid ., p.34)

2 Cf. A. de Tocqueville, Sur l’Algérie, Flammarion, Paris 2003. O. Lecour Grandmaison (« A. de Tocqueville et la conquête de l’Algérie » dans Le Magazine, hiver 2001) note à point nommé que le même général Bugeaud se distingue en juin 1848 par la férocité avec laquelle il affronte les travailleurs insurgés de Paris. Cette fois aussi, le comte de Tocqueville est de son coté, du coté de la « civilisation » contre les « barbares » de l’intérieur.

3 Ainsi dans son Premier rapport sur l’Algérie (1847) – c’est moi qui souligne.

4 Cf. O. Fallaci, La rage et l’orgueil, Plon. Paris 2012, p. 30-31, 92 – c’est moi qui souligne. Ce genre de prose a son équivalent dans chaque pays européen, et il s’agit presque toujours de « laïques » comme A. Gluckmann ou B.-H. Lévy.

5 Cf. M. Rodinson, Islam et capitalisme, Le Seuil, Paris 1966. Comme on le sait bien, la position de Max Weber était diamétralement opposée, puisqu’il considérait comme fondamental et unique l’apport de la religion protestante pour la naissance et l’affirmation du capitalisme. La réplique du 20e et du début du 21e siècle a été extrêmement dure. Avec plus ou moins d’effort, le mode de production capitaliste a en effet ramené à lui – et à la nouvelle « religion » et « éthique » du profit – toutes les religions et les éthiques pré-bourgeoises qui se présentaient sur son chemin.

6 Cf. M. Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, Simon & Schuster, New-York, 1997, p.101 (notre traduction).

7 Ibid., p.212 (notre traduction) – c’est moi qui souligne. Et plus avant, il écrit : « Le problème sous-jacent pour l’Occident n’est pas l’intégrisme islamique. C’est l’islam, une civilisation différente dont le peuple est convaincu de la supériorité de sa culture et obsédé par l’infériorité de son pouvoir » (ibid., P. 217)

8 Un titre vraiment bien choisi – Covering Islam, Vintage Books, New-York, 1997 – celui qu’E. Said a donné, il y a des années, à l’un de ses ouvrage consacré à la façon dont les médias occidentaux et les spécialistes qui les influencent en tant que conseillers (l’« écran invisible ») déterminent notre vision du monde « islamique ». Il s’agit précisément d’un obscurcissement de la réalité actuelle de ce monde, qui va de pair avec l’obscurcissement et la réécriture de l’histoire de tous les peuples colonisés que met en œuvre l’impérialisme, dont Said a aussi parlé, de façon très compétente et efficace, dans l’ouvrage intitulé Culture and Imperialism, Knopf, New-York, 1993.

9 Je mets souvent entre guillemets le mot « islamique » ou « musulman », car son emploi me semble dans bien des cas impropre. Il l’est en particulier lorsqu’il indique des sociétés et des nations dans leur ensemble, formées de plus en plus souvent non seulement d’individus pratiquant la religion musulmane (lesquels constituent partout une minorité de la population), mais aussi des musulmans non pratiquants et des non-croyants. Il me semblerait d’ailleurs impropre de parler de sociétés européennes d’aujourd’hui comme d’un monde « chrétien », alors que les chrétiens pratiquants appartenant aux diverse confessions représentent presque partout une minorité de la population.

10 J’ai écrit « comme si une régie centralisé… » parce que, formellement, cette régie n’existe pas. Dans la guerre de propagande anti-islamique qui dure depuis des dizaines d’années, il n’y a pas eu et il n’y a pas un seul Goebbels « européen » qui, chaque matin à a même heure, ait convoqué les responsables de la presse, de la radio, du cinéma (plutôt et surtout de la télévision, aujourd’hui) pour leur indiquer les thèmes et les priorités de la propagande, comme le faisait le véritable Goebbels après le 1er septembre 1939 (cf. W.A. Boelcke, Kriegspropaganda 1939-1941, Deutsche Verlags-Ansalt, Stugart, 1966). Et pas non plus un Goebbels dans chaque pays européen. Mais il existe un réseau très vaste de ministres, de parlementaires, d’experts, de dirigeants des médias, d’opérateurs du cinéma, de photographes, d’hommes d’église, de policiers de haut rang, et ainsi de suite jusqu’aux vulgarisateurs et aux caricaturistes, en service de guerre permanent et effectif ; ce réseau a des lieux périodiques de consultation, de rencontre, d’analyse et d’élaboration, d’où il agit – encore que suivant les procédures pluralistes – comme une machine synchronisée qui trie les nouvelles provenant du monde « islamique » et le concernant, avant de le refiler au grand public.

Cette grande machine fonctionnant 24 heures sur 24 s’occupe non seulement du grand public, mais aussi des spécialistes et des universitaires. Ces derniers y puisent, entre autres, leurs réécritures révisionnistes des relations passées entre l’Europe-Occident et l’islam. Avec le livre du médiéviste S. Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel : les racines grecques de l’Europe chrétienne, Le Seuil, Paris 2008, applaudi tant par le Figaro littéraire que Le Monde, ce courant révisionniste en est même arrivé à nier toute contribution de Ibn Rushd (Averroès) à la connaissance d’Aristote. Une négation tellement absurde et indéfendable que même de mollasson de Tahar Ben Jelloun n’a pu s’abstenir de réagir et a accusé son auteur du pire des fanatismes anti-islamiques.

11 Selon une estimation de la Banque mondiale, dix millions de femmes travaillent à domicile, ne serait-ce qu’au Pakistan.

12 Cf. R. Aluffi Beck-Peccoz, Temps, lavaro e culo nei paesi musulmani, Edizioni della Fondazione Giovanni Agnelli, Turin 2000, P. 42.

13 Ibid., P. 5. Différemment du passé, « aujourd’hui le repos hebdomadaire est en revanche répandu dans les pays musulmans. Cela n’est pas dû ni à l’usage de la semaine, ni à la tradition religieuse, le premier ne le rendant pas nécessaire, la seconde s’y opposant même. Le jour de repos hebdomadaire s’est imposé comme conséquence de l’affirmation de standards internationaux en matière de travail » (p. 45).

14 Ibid., p.50 (c’est moi qui souligne).

15 Cf. B. De Poli, I musulmani nel terzo millennio. Laicità e secolarizzazione nel mondo islamico, Carocci, Rome, 2007, p. 209 (c’est moi qui souligne)

16 Cf. A. Akbar et D. Hastings (éds), Islam, Globalization and Post-Modernity, Routlege, Londres/New-York, 2002 ; R. Bourquia et Alii, Les jeunes et les valeurs religieuses, Eddif, Casablanca, 2000 ; M. Chekroun, Jeux et enjeux culturels au Maroc, Rabat, Okad, 1990.

17 Cf ; M. Tozy, Stato islamico, religioni islamiche e referente universale, dans M. Nordio, G. Vercellin (dir.), Islam e diritti umani : un (falso?) problema, Diabasis, Reggio Emilia, 2005, P. 86-87 (c’est moi qui souligne).

18 Certains experts européens voient dans le monde « islamique » les signes précurseurs d’une phase « post-islamique », où la référence à l’islam évolue progressivement d’un fait religieux en fait culturel : cf. R. Schulze, Geschichte des Islamischen Welt im 20. Jahrhundert, Beck’sche Verlagbuchhandlung, Munich, 1994.


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 1 Mar - 10:33


une face cachée du sulfureux Tarik

ou quand le racisme de la colonisation arabo-musulmane de l'Afrique noire remonte à la surface du temps

Le Sénégalais Bakary Sambe sur l'impérialisme arabe et le paternalisme de Tariq Ramadan 03/02/2013 repris de Dakar Actu Occupation du Nord-Mali : L’autre vrai paternalisme occulté par Tariq Ramadan


Le Dr. Bakary Sambe est enseignant chercheur au Centre d’Etudes des Religions (CER), UFR des Civilisations, Religions, Arts et Communication à l'Université Gaston Berger, Saint Louis du Sénégal.


Il publie cet article sous le titre Occupation du Nord-Mali : L’autre vrai paternalisme occulté par Tariq Ramadan, sur le site Dakar Actu. Il dit ses quatre vérités à Ramadan dont il critique avec vigueur le manque de sincérité. Bakary Sambe répond à l'article de Ramadan sur le Mali publié ici.  

__________________

Citation :
A supposer que Tariq Ramadan ait un différend personnel voire politico-idéologique avec la France, cela frôle l’indécence de vouloir régler ses comptes pendant que se déroule sous nos yeux un véritable drame du peuple malien.

Bakary-sambeIl a saisi cette opportunité pour s’attaquer à la politique africaine de la France dont l’armée s’est mobilisée pour libérer le Nord-Mali à une période cruciale. Sans prendre la défense d’un pays qui a ses choix et ses orientations que nous ne partageons pas totalement, il faut tout de même admettre que si la France n’était pas intervenue, il aurait fallu deux jours de plus pour que les troupes d’occupations sous couvert d’«islamisation» arrivent à prendre Bamako et continuer allègrement leur chemin afin d’instaurer, sur une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest, l’émirat «islamique» longtemps rêvé par Mokhtar Belmokhtar.

Pour dire que l’enjeu majeur pour nos pays n’est pas la résurgence de ce discours refuge de Ramadan cherchant habilement à rallier aussi bien la gauche traditionnelle africaine que les néo-islamistes galvanisés par les victoires à demi-teinte des Frères musulmans du Maghreb et de l’Egypte. Peut-être ignorait-il que la nouvelle génération africaine avait dépassé ce débat et se préoccupait plus d’avenir.

L’article de Tariq Ramadan est, certes, intéressant sous plusieurs aspects, y compris, la critique du suivisme intellectuel de nos élites et de la faiblesse de nos Etas et régimes qui ont fait qu’avec tout le poids historico-symbolique, nous ayons encore besoin de la France pour libérer le Nord du Mali. Mais, je reste persuadé que François Hollande, sous le feu des critiques de la presse française et d’une certaine opinion, avait tellement à faire en politique intérieure qu’il se serait bien passé d’une guerre dans un contexte aussi morose.

La réflexion de Tariq Ramadan serait plus complète et crédible s’il avait, avec la même vigueur, dénoncé le processus historique et les constructions idéologiques qui amenèrent Ansar Dine et ses membres à s’attaquer au patrimoine de Tombouctou. Mais, il n’a pas pu ou voulu dénoncer avec la même vigueur cet impérialisme idéologique des pays et organisations du monde arabe qui, sous couvert d’islamisation de l’Afrique, financent et appuient des mouvements et ONG remettant, aujourd’hui, en cause l’existence même de l’Etat malien. Et, on peut légitimement se demander, à qui le tour demain ?

Il faut garder présent à l’esprit que des mouvements comme Ansar Dine et leurs alliés d’AQMI ont pour but déclaré de ré-islamiser le Sahel africain comme si l’islam ne s’y était pas répandu depuis le Moyen-Age dans le cadre d’un long processus constructif et harmonieux attesté par toutes les sources historiques.

C’est cette croyance à une infériorité spirituelle du musulman africain qui est à la base de l’activisme de nombre d’ONG et pays arabes au « secours » de « l’Afrique musulmane ». En d’autres termes, un impérialisme sur le lit d’un paternalisme d’un autre genre que Tariq Ramadan n’a pas voulu dénoncer. Peut-être même ne le perçoit-il pas, certainement emporté par les lieux communs de l’idéologie d’une « internationale musulmane » dont les adeptes africains sont aussi des inféodés d’un autre impérialisme.

L’attaque au patrimoine de Tombouctou par des phalanges venues du Nord du Sahara est un retour de l’Histoire. Elle s’inscrit dans la même logique que celle qui avait animé, le sultan marocain Mansour Al-Dhahabi en 1595 lorsqu’il mobilisa son armée pour disait-il islamiser le Songhaï alors que Tombouctou était le centre d’un bouillonnement intellectuel depuis le 12e siècle.

L’épisode qu’en a retenu l’historiographie arabe est encore plus sinistre et plus révélateur de l’état d’esprit d’infériorisation du nègre : les armées d’Al-Mansour capturèrent comme esclave l’un des plus grands oulémas de son temps Ahmed Baba déporté finalement à Marrakech. Mais au-delà des faits c’est le discours et l’idéologie qui sont tout aussi « impérialistes » et réducteurs.

En réalité dans le subconscient arabe, au Maghreb comme au Machrek, il n’a jamais été considéré que l’Africain puisse être « bon » musulman. La perception « folklorique » qu’avaient donnée à l’islam « noir » certains commis coloniaux devenus « chercheurs » dans l’Afrique de l’entre-deux-guerres perpétuée, ensuite, par des africanistes hexagonaux et certains de leurs disciples africains, a fortement déteint sur la manière qu’ont les Arabes musulmans de regarder leurs « frères » du Sud du Sahara.

Mieux, l’image d’une Afrique « sans civilisation, terre de l’irréligion » (Ad-dîn ‘indahum mafqûd) rejointe par les théories de la tabula rasa, véhiculée par Ibn Khaldoun (Muqaddima) et noircie par l’intellectuel syrien Mahmoud Shâkir, dans son Mawâtin shu’ûb al-islâmiyya, est restée intacte dans certains imaginaires. Ce dernier auteur, à titre d’exemple, présente le Sénégal qu’il n’a peut-être jamais visité comme un pays avec ses « sauvages et cannibales » dépourvu de toute pratique ou pensée islamique «respectables».

Le massacre du patrimoine de Tombouctou par ces bandes armées financées par des pays et organisations arabes me confortent davantage dans l’idée que derrière le bannissement systématique des pratiques religieuses des communautés originaires d’Afrique, il y avait le mépris d’une catégorie de Musulmans qui n’auraient que le choix d’une posture mimétique s’ils voulaient rester « dans la communauté ». L’expression la plus parfaite de la négation de l’apport de l’Afrique à la Civilisation islamique.

On dirait revivre les pires moments de la théorie ayant orienté l’entreprise coloniale dont Tariq Ramadan critique sélectivement les résidus. Mais il ne s’attaque pas à la substance de ce paternalisme arabe sous couvert d’islamisation qui veut arriver à bout des équilibres sociaux comme de l’harmonie longtemps louée des sociétés africaines musulmanes. En fait, il est passé parmi les choses admises qu’il y a une éternelle mission islamisatrice dont les Arabes, cette minorité dominante du monde musulman seraient naturellement investis. Le Qatar a son « croissant rouge » qui appuie Ansar Dine à Gao et le Koweït son Agence des Musulmans d’Afrique comme l’Arabie Saoudite pilote, par milles officines, la World Association of Muslim Youth (WAMY) généreuse donatrice de la célèbre mosquée de Goodge Street à Londres, bastion du Djihadisme européen.

Cette croyance est tellement ancrée qu’elle marque l’attitude de mépris de la part des intellectuels du monde arabe vis-à-vis de l’islam africain et de sa production. J’en fus témoin irrité, c’est dans l’enceinte de la prestigieuse université de Californie à Los Angeles qu’un haut responsable de l’Union des Organisations islamiques de France dont Tariq Ramadan est la star préférée, avait laissé entendre que l’islam « africain » était plus « folklorique » que « spirituel », répondant, ainsi, à un chercheur américain encore intéressé par l’enrichissante diversité de l’islam !

Le plus grave est que ce paternalisme arabe sur les musulmans de « seconde zone » que seraient éternellement les Africains se nourrit d’un vieil imaginaire savamment entretenu. C’est incroyablement, encore Ibn Khaldoun, pourtant esprit éclairé de son temps, qui les traitait de « wahshiyyûn » (sauvages) cannibales « ya’kulu ba(duhum ba’dan » ignorant toute notion de civilisation « tamaddun, hadâra ».

La pensée religieuse n’a pas été en reste lorsque dans la Risâla d’ibn Zayd al-Qayrawânî, faisant encore curieusement référence dans nos pays, il fut mentionné dans un esprit foncièrement esclavagiste qu’il était banni (yuharramu) de commercer avec les habitants du Bilâd Sûdân (pays des Noirs) qui sont des « impies » (Kuffâr).

Comme aujourd’hui, l’Afrique subsaharienne d’alors devait être le dindon de la farce théologico-politique entre le Kharijisme « banni » et un Sunnisme dominant contrôlant les points d’eau sur les routes du commerce caravanier. Dans des relents de pure nostalgie Khalîl al-Nahwî pleure encore l’Afrique musulmane qui ne saurait avoir de personnalité propre que par les « profondes influences » de ce qu’il appelle la « civilisation arabo-musulmane » (cf. Ifrîqiyya-l-Muslima ; Al-Huwiyya-d-dâ’i‘a, l’Afrique Musulmane, l’identité perdue).

C’est cette vision qui accompagne l’entreprise de déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest par la prédication d’une forme de religiosité née des contradictions ayant eu cours dans un monde arabe qui a longtemps valsé entre arabisme et islamisme pour en arriver à sa présente impasse.

Je crois personnellement qu’il était mal venu de la part de Tariq Ramadan de vouloir transposer ses différends avec la France ou l’Occident qu’il dit « meurtri et mourant de ses doutes et des crises économiques, politiques et identitaires qui le traversent ». Soit. Mais le véritable enjeu pour les pays africains, loin des idéologies importées et des modèles qu’on voudrait y plaquer, est une réflexion sur l’avenir des entités politiques aujourd’hui menacées par cet activisme dont ne parle point Tariq Ramadan.

Pouvait-il ignorer ce vieux projet de zone d’influence d’un islam wahhabite radical clairement identifiable aujourd’hui ?
Cette ligne Erythrée-Khartoum encerclant l’Ethiopie « chrétienne » en passant par Ndjaména et traversant, les actuelles provinces du Nord Nigeria appliquant la « Sharî‘a », le Niger et le Mali, sous effervescence islamiste, pour aboutir au Sénégal seul pays d’Afrique noire ayant accueilli par deux fois le Sommet de l’OCI et siège régional de la Ligue islamique mondiale entre autres ?

Ou bien, dans la démarche ramadanienne, la critique et la dénonciation des complots et conspirations sont aussi sélectives ? A moins qu’on accorde à Tariq Ramadan le bénéfice d’un doute sur sa connaissance des réalités subsahariennes ! Mais serait-ce même la seule raison si l’on sait que sur cette question précise de l’intervention française au Mali, Tariq Ramadan adopte la même position que le chef spirituel et idéologue d’Ennahda, le tunisien Rachid Ghannouchi, le Premier Ministre marocain Benkirane, le Président égyptien issu des Frères Musulmans Mohamed Morsi rejoints plus tard par l’emblématique Youssef Qaradâwî le prédicateur sous les ordres du Qatar qui a financé Mokhtar Belmokhtar le nouvel émir autoproclamé de l’Afrique subsaharienne ?

En tout état de cause, dans cette prise de position énigmatique de Ramadan, aussi bien l’occultation du paternalisme arabe savamment drapé du prétexte d’islamisation que la troublante coïnci-concordance avec les déclarations des leaders du panislamisme les plus en vue donnent le tournis aux plus optimistes quant à sa sincérité
.

Source :  Dakar Actu, 22 janvier 2013

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mer 2 Mar - 22:53


dans un débat sous le texte d'Edwy Plenel, Le manifeste de nos causes communes 26 février 2016


à Najmi  ici

je laisse tomber les amalgames coutumiers aux « campistes » « Pour les Musulmans » vs « Contre les Islamistes »

mais quant à « on comprend parfaitement maintenant pourquoi ce n'est pas sur votre identifiant que viennent s'abattre les projectiles de la horde », j'ai eu mon heure, puisque la plupart figuraient dans la liste noire de ceux à qui je reprochais d'abord leur malhonnêteté intellectuelle, quelles que soient leurs convictions

j'ai simplement préféré calmer le jeu avec qui repéré comme ayant le don de me faire sortir de moi-même, et surtout parce que ce n'est pas pour moi le combat essentiel; en quoi je suis logique et conséquent là où vous me taxer en substance de traître à votre cause, que je n'ai jamais embrassée. Preuve que rien ne sert de relancer, ça marche. Parlant d'« expérience délétère » au début de cet échange, c'était de la mienne, mais puisque vous savez tout, avec vos bouquins et parlant comme un livre...

je ne me considère en rien « le grand théoricien de la décolonialité » [ici je laisse tomber vos insultes], je ne suis pas un « Laissé-pour-compte des études post-coloniales ! », mais je les connais bien, et maintenant suffisamment leur critique par les théoriciens décoloniaux pour savoir quoi en faire en communiste. Sur ce terrain, nous ne sommes pas si nombreux que nos idées nous feraient plus grosses que les beaufs, les veaux et les porcs français réunis, dans leur incapacité de longue durée à écouter les autres, quel que soit leur "niveau intellectuel" : c'est pourtant la condition première pour construire un « nous »

comme il est vrai que pour les marxistes eurocentrés, je ne serai jamais qu'un « révisionniste » reléguant la lutte de classe au second plan, pour certains décoloniaux (car rien d'homogène politiquement), je serais encore trop "marxiste", et pour les fachos, les sionistes d'ultragauche et anarchistes qui m'insultent depuis deux ans, ou votre « meute » et vous tous-ensembleu-tous-ensemble : toujours trop près du PIR, Houria étant pour l'idéologie française la sorcière absolue

quand on tente de penser en liberté, il est des solitudes obligées dont on s'honore, car loin des sectes, on ne cherche pas à faire des adeptes. Mon œuvrage en solitaire m'attire bien des lectures de par le monde, quelques amitiés réciproques, des sympathies inconnues, et surtout de l'intérêt de personnes « pensant par elles-mêmes et ayant envie d'apprendre quelque chose de nouveau.» (Marx). Cela suffit à ma peine, comme à ma dignité


quand Najmi nage à mi
entre deux troubles eaux

mi ennemi-ami
du doigt et de la lune

mon soleil est des autres
et des uns et des unes

qui font leurs "je" en "nous"



prolongé d'un autre commentaire, dans "Opium du peuple": une tentative d'y voir (un peu) plus clair 11 févr. 2016 Par Bringuenarilles


Marx, la religion, la lutte de classe, et l'universalisme prolétarien

sans être vous « un grand connaisseur de Marx », ni moi de ces « grognards mediapartiens » qui le prétendent, nous avons des lectures assez proches des considérations de Marx sur la religion, qui certes n'épuisent pas le sujet dans ses formes actuelles, mais offrent une clef pour dépasser les fausses questions, le dialogue de sourds entre « pour les Musulmans » et « contre les Islamistes », en miroir sur le même terrain idéologique trans-classiste

vous avez raison de souligner le mouvement qui va des écrits de jeunesse au Capital et le caractère contradictoire du rôle de la foi religieuse dans les rapports sociaux. La limite de « l'expression de la misère » et de la « protestation contre cette misère » par la religion ne saurait se combattre par l'expression d'un autre foi qui ne dit pas son nom, l'idéologie de la raison, quand elle ne combat pas elle-même la misère sociale par tous les moyens

au fond, quand on dit que « l'Islam est ennemi idéal » pour fabriquer une guerre entre « eux » et « nous », ce n'est pas pour approuver l'Islam, pas plus qu'on approuvait le stalinisme dans le bras de fer de la Guerre froide, mais dire que cette guerre est sociale où les puissants en font une guerre de religion, de « civilisation », disent-ils. C'est aussi le masque blanc d'une guerre de classe dans laquelle le capitalisme occidental tente de sauver sa suprématie

j'ai dit préférer le « nous » selon Plenel à cette mauvaise guerre-là, mais la limite de ce pacifisme, de cette bonne foi (?) humaniste se résoud dans la question : quelle est la nature de classe de ce « nous » et comment pourrait-il détruire le capital en son essence ?

et cela appelle à d'autres questions, concernant Marx lui-même en son temps, et les marxistes depuis [ici renvoie aux citations d'Olivier Le Cours Grandmaison dans MARX entre EUROCENTRISME PROLÉTARIEN UNIVERSEL et OUVERTURE D'AUTRES CHEMINS RÉVOLUTIONNAIRES

je suis par conséquent favorable à un déplacement du centre de gravité de ces débats

.
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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 8 Mar - 0:39



Alain Gresh : « La France a un problème avec Tariq Ramadan » Nikita Imambajev 2 mars  2016

Ancien rédacteur du mensuel « Le Monde diplomatique » et auteur de nombreux livres, Alain Gresh roule sa bosse depuis plus de 30 ans dans le monde du journalisme. Nous avons rencontré le spécialiste du Moyen-Orient pour faire le point sur l’actualité. L’idée d’un islam de France, la relation compliquée qu’entretient la classe politique française avec Tariq Ramadan en passant par la politique étrangère française en Syrie, Alain Gresh nous répond. Rencontre.



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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 8 Mar - 10:42

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mer 16 Mar - 17:34


la critique de l'islamophobie, le PIR, Saïd Bouamama, et moi

mise au point

PRADES & Cie a écrit:
Je suis allé voir votre page, Patlotch, et je ne vois pas bien quelle "distance" vous prenez avec le concept d'islamophobie. Saïd Bouamama ne semble pas avoir de difficulté à l'utiliser, et je n'ai pas vu que vous critiquiez son analyse...

Patlotch a écrit:
merci de votre intérêt, vous n'aurez pas bien lu (c'est un peu touffu), ni ce que je ne cesse de répéter ici, entre autres dans des controverses avec Tertre, ou d'autres. J'ai il y a deux ans dit comprendre l'usage politique que faisait le PIR du concept d'islamophobie, tout en considérant que c'était une erreur. Le cas de Bouamama est différent, car il marie cette critique de l'islamophobie avec une position "marxiste", anticolonialiste, anti-impérialiste

je résume et cela vaudra pour ma position actuelle

je pense que ce concept d'islamophobie n'est pas pertinent, parce qu'il porte l'essentialisation, l'assignation à être "musulman" des Arabes, Orientaux, Africains, Indonésiens... comme d'autres l'ont dit, de même que la posture « Pour les musulmans » de Plenel. La critique de l'islamophobie est piégée sur son propre terrain

dans un premier temps, parce qu'on m'accusait d'« apporter une caution à Houria Bouteldja », j'ai précisé que parlant d'Indigènes, à la différence des approches des partis, je parle non du PIR, mais des populations qu'il se propose de représenter politiquement, comme au demeurant Saïd Bouamama et le FUIQP, Front uni des immigrations et quartiers populaires. J'ai critiqué, du FUIQP, l'usage qu'il fait d'auto-organisation, alors qu'il se constitue en parti politique : c'est une contradiction dans les termes. À une réunion de la région parisienne à laquelle j'avais été invité à Ivry, je suis parti en exprimant ce désaccord : il y avait parmi les présents une moitié d'élus à la municipalité communiste : auto-organisation ?

l'ambiguïté subsistant, j'ai forgé le concept de "prolétaires racialisé.e.s", qui me semble mieux à même de rendre compte des facteurs croisés de classe et d'origine ethniques, "raciales" ou religieuses

concernant le PIR, je ne le soutiens pas politiquement, pas plus qu'aucun parti, mais je considère qu'il participe, avec d'autres mouvements décoloniaux en France et dans le monde, d'une dynamique, traversée de contradictions de classe. C'est à cela que je suis attentif, parce que ça bouge, et ça bougera encore

cela rappelé ne signifie pas qu'il n'y a pas un racisme anti-Arabes et plus généralement anti-autres, anti «eux» de la part d'un «nous» qui produit son propre communautarisme, français, européen, occidental... "Arabe", disais-je, est la figure paradigmatique de cet autre, qui peut n'être pas plus arabe que musulman : l'Arabe a remplacé le Nègre, de façon post-raciale, comme le dit Achille Mbembe dans "Critique de la raison nègre". Même en faire un combat antiraciste est désormais réducteur et problématique

islamophobie en rend compte, mais mal, et si j'insiste aujourd'hui, c'est parce que ça s'enlise, on ne sort pas de ce bras de fer, l'anti-islamophobie est une "voie de garage", n'en déplaise à Marc Tertre

alors pour qui ma prise de distance avec islamophobie n'est pas claire, je ne peux rien


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 27 Mar - 21:09

Didier Daeninckx : après les attentats, « le sentiment d’être pris en étau » Le Monde.fr | 25.03.2016


L'écrivain français Didier Daeninckx en 2007

Je vis, dans mon quartier, avec le sentiment d’être pris en étau  : d’un côté, la menace mortelle des nihilistes ; de l’autre, la faillite des institutions

Didier Daeninckx a écrit:
Dans les jours qui ont suivi le massacre des terrasses et du Bataclan, le chef djihadiste Abdelhamid Abaaoud s’est caché dans un terrain vague, à Aubervilliers, à quelques centaines de mètres de l’endroit où j’habite. Puis il a rejoint la rue du Corbillon, à Saint-Denis, pour y mourir, là où j’ai passé une partie de mon enfance. La proximité avec les tueurs n’est pas que géographique. Pour la première fois dans ma vie, un ami, Tignous, est tombé, fauché par une rafale de kalachnikov.

Nous sommes ainsi une multitude à voir l’ombre portée des fossoyeurs du Néant s’étendre sur nos existences. Les choses les plus insignifiantes sont aujourd’hui gorgées de sens et de sang. Un kiosque où l’on achète le journal du mercredi, une table ronde et deux chaises cannées posées sur un trottoir de Paris, la réservation d’une place pour un concert, le frottement du passe Navigo sur le lecteur avant de descendre dans le labyrinthe du métro.

Les signes avant-coureurs de la catastrophe étaient visibles. En ce qui me concerne, depuis trois ans, ici, j’ai vu les corps s’éloigner, les embrassades se raréfier, les barbes et les voiles pousser, les regards s’aiguiser, les murs s’élever. Il a fallu s’habituer à croiser des imams rétrogrades installés dès le petit matin dans les commerces, pour y faire pression sur les fidèles.

Et ce n’est pas par hasard que l’accélération a coïncidé avec les dernières élections municipales. Par son importance à Aubervilliers, la communauté musulmane a été l’une des clés et l’un des enjeux du scrutin. Le Parti de gauche local n’a pas hésité, par exemple, à placer sur les rangs un futur maire adjoint qui engageait le dialogue avec les troupes d’Alain Soral sur le site conspirationniste MetaTV, la Palestine servant de ciment. Un autre futur maire adjoint, membre du Parti communiste, s’amusait à relayer les messages de La Manif pour tous afin d’inciter les « frères » à se détourner des socialistes, vecteurs de décadence. La réalité n’a pas tardé à leur rendre la monnaie de leur pièce.

La semaine dernière, l’un des principaux agents électoraux du Front de gauche local, promu responsable d’un des services municipaux les plus importants au mépris de toutes les règles administratives, a été condamné à six mois de prison. Il avait menacé de mort un voisin, lui promettant de l’égorger, tout en brandissant un bonnet siglé Daech. Une perquisition à son domicile a permis de trouver des drapeaux de la même organisation djihadiste.

Dans une telle situation, chacun cherche à conjurer le désespoir, se met en quête de solidarités. De plus en plus, l’écriture m’apparaît comme un espace de résistance, de ré-existence. Continuer à interroger l’Histoire au moyen de la fiction, immerger des personnages dans les villes chancelantes, aller à la rencontre des habitants provisoires des décharges de Calais pour y entendre les traumatismes centenaires nés des tracés franco-anglais des frontières… Ramasser les éclats du temps un à un. Une écriture qui ambitionnait de changer le monde et qui peine, aujourd’hui, à simplement le dire.

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 29 Mar - 8:17

une tentative de social-démocratisation par la création d'une "Église islamique" européenne

commentaire d'un billet d'Edwy Plenel à propos de Tarik Ramadan Une question de principe

Danyves a écrit:
Plenel et Ramadan, l’union sacrée

« Tariq Ramadan est comme un serrurier chargé d’ouvrir une porte, il a besoin d’un passe-partout. Naguère pour… mondafrique.com|By Jacques Marie Bourget


Jacques Marie Bourget a écrit:
L’alliance trotskystes/Frères musulmans

Les savants, auxquels j’ai soumis le cas de notre maître, m’ont renvoyé à mon ignorance : la bonne entente entre les Frères musulmans et les disciples de Trotsky est vieille comme Nasser et la création du parti Baas. L’Union Soviétique prenant alors la défense des pays arabes, les enfants de Léon avaient choisi aussi sec le camp d’en face. Et pris au sein du monde musulman la défense des Frères, opprimés par des raïs socialisants et laïques. Voilà donc le temps des retrouvailles et le rêve de Pacs projeté par Plenel. À terme la France a le droit de rêver à un islamisme politique à la Erdogan, où la religion serait soluble dans la démocratie. Situation rarement observée au cours de l’histoire, sauf dans les salons de la reine d’Angleterre.

Pour être juste, et il est important de l’être quand on évoque Edwy, le référent en la matière, nous devons observer que d’autres trotskistes français ont déjà dansé quelques pas avec les Frères. « La question musulmane en France », l’excellent livre de Bernard Godard, vient de sortir chez Fayard pour nous rafraichir la mémoire. En 1983 l’esprit libertaire de la « Marche des beurs » a tellement effrayé le Parti socialiste que celui-ci a sous-traité la reprise en main des égarés à ses amis trotskystes. Alors les beurs sont morts noyés dans le tsunami musicalo-bêbête de SOS Racisme, Juju Dray, Eric Ghebali et leur bande nous intimant de ne pas « toucher à leurs potes ». En évoquant cette période, Godard, qui a tout d’un humaniste et rien d’un islamophobe, écrit : « Dans le gauchisme l’islam a commencé à occuper  une place importante en raison du vivier intéressant que pouvait représenter les jeunes des « banlieues », de plus en plus socialisés par les mouvements islamistes, en particulier « fréristes ». Dans la revue de la Ligue communiste révolutionnaire, trotskiste donc, après une longue digression sur la laïcité on peut quand même lire : « C’est pour cela que c’est une erreur grave… d’exclure par principe toute organisation musulmane de la lutte anti-impérialiste ». Voilà, le sabre de Trotsky est bien compatible avec le goupillon de l’islam. Dans cet esprit la Ligue va prendre parti contre la loi du voile à l’école, au grand dam des militantes féministes elles-mêmes militantes de ce mouvement
.


Patlotch a écrit:
28 mars
« Voilà, le sabre de Trotsky est bien compatible avec le goupillon de l’islam. Dans cet esprit la Ligue va prendre parti contre la loi du voile à l’école, au grand dam des militantes féministes elles-mêmes militantes de ce mouvement. »

tout ça remue quand même pas mal d'histoires anciennes...

Plenel, combien de divisions dans les rangs (post-)trotkystes militants ? Et combien de divisions dans les groupuscules politiques qui restent, NPA compris ? Et quelle implantation dans les quartiers ? Et quels rapports avec les mouvements plus ou moins autonomes tels que le PIR et le FUIQP ? dont je pense que les rapports sont plus d'alliances opportunistes et de concurrence sans convergence de vue, encore moins à terme (enjeu de politique institutionnelle faible)

il est vrai que les islamo-gauchistes, sévèrement critiqués par Houria Bouteldja, ne sont pas au PIR (qui n'est pas un parti à base musulmane religieuse), et si nombre d'ex-trotskistes militent dans ses rangs (Sadri Khiari...), une nouvelle génération monte qui n'a plus ces repères théorico-politiques, ou alors par le biais de communistes "noirs", en rupture avec le trotskisme (exemple de C.L.R. James, voir le billet de Joseph Confavreux, Du cricket au trotskisme: itinéraire d’un «Platon noir»)

bref, il me semble temps de changer de repères et de coordonnées d'analyse, et le débat focalisé sur Ramadan est encore pire que celui focalisé sur l'Islam « Pour les Musulmans » vs « Contre les Islamistes », qui commençait à battre de l'aile :

ceci expliquerait-il la nécessité de cette relance d'un nouveau masque d'ombres, sous la haute direction du maître des lieux et via les amis-ennemis habituels de l'enclube ? En tous cas, ça marche à donf, et comme à chaque attentat, la capacité de recul et de critique fait un pas en arrière : le pouvoir d'État (droite ou gauche qu'importe) se frotte les mains et attend de cueillir les fruits dans les urnes

ce serait effectivement une fonction assez classiquement "trotskiste", dans le sens que rappelle l'article avec les opérations Mitterrand des années 80 (SOS-Racisme, Dray, Harlem Désir, Malek Boutih...), mais quand même assez loin de Trotsky ou des communistes conséquents d'aujourd'hui

mais ce que j'en dis, ou pisser dans une derbouka...

complément


sans prendre parti dans le bras de fer assez débilitant qui partage les eaux des commentaires, je note que le billet d'Edwy Plenel n'aborde, comme souvent, aucune question sociale, économique et politique de fond, qu'il est de la tonalité habituelle, humanisme, démocratie, liberté d'expression... qui passionne une majorité d'abonnés, ce qui leur permet de s'étriper sur qui peut parler et de quoi,

alors que la démocratie politique traverse une telle crise telle qu'il est probable qu'une nouvelle forme d'Etat politique est en train de s'installer en France et dans d'autres "démocraties occidentales". Hurler au fascisme ou au danger FN n'y changera rien, car sauf changement imprévu au prochain soubresaut de la crise économique, nul besoin d'un parti d'extrême-droite pour faire le sale boulot, ce qu'ont démontré non seulement les choix de Hollande et Valls, mais les précédents scrutins d'alliance anti-Le Pen de 2002 ou des régionales de novembre dernier

cf mes commentaires ce soir dans le billet d'Alain Bertho Exception, excuses, laïcité : l’Etat incendiaire

Patlotch a écrit:
29 mars
une social-démocratisation laïciste de l'Islam en France ?


(hypothèses)

j'élargis mon questionnement plus haut (28/03 23:47) suite à l'interprétation de Jacques-Marie Bourget "L’alliance trotskystes/Frères musulmans"

je suis de plus en plus dubitatif sur le sens de toute cette opération plus politique que religieuse même, pour un "Islam de gauche en France et en Europe" : Tariq Ramadan en super Mgr Gaillot de plateaux. On n'est plus dans l'islamo-gauchisme (Edwy Plenel est tout sauf un gauchiste), mais dans une propagande de gauche pour une version dite éclairée de l'Islam

que cherche-t-on par là ? Rien d'autre, qu'en miroir de l'État français avec une représentation bidon de l'Islam, à générer un courant et qu'il produise des infrastructures, un "clergé" allant dans le sens d'un "Islam démocratique"

on cherche une solution politico-religieuse qui soit une nouvelle variante de la laïcité de 1905, modernisée, adaptée à l'Islam comme elle le fut à l'Église catholique et aux cultes chrétiens

c'est un rêve social-démocrate plus que "trotskyste" ou alors dans le sens du trostkysme bien tempéré qui a toujours servi la soupe au réformisme sur le terrain politicien et en coulisses des pouvoirs politiques et médiatiques

en faire comme Plenel une "question de principe" sur le terrain de la démocratie politique et de la "liberté d'expression", c'est jeter de la poudre aux yeux, comme les débats sur la liberté d'expression après l'attentat "Charlie Hebdo"

l'objectif, comme tout débat à Médiapart, n'est pas même de convaincre la population musulmane, car cette propagande s'adresse au "champ blanc" de la politique. 95% des intervenants ne sont pas musulmans et donc pas supposés être concernés eux-mêmes par la question d'une évolution interne de l'Islam religieux : on peut même se demander de quoi ils se mêlent, en "citoyens" supposés laïcs, comme des petits morceaux de l'État légiférant sur des questions religieuses

c'est une tentative d'opposer à une "islamisation de la radicalité" ou à une "radicalisation de l'islam" (Olivier Roy/Alain Bertho...), une tentative de social-démocratisation par la création d'une "Église islamique" européenne, autrement dit d'encadrement socio-politique d'une population et particulièrement de sa jeunesse enragée (les prolétaires racialisé.e.s, nouvelles 'classes dangereuses'). C'est probablement voué à l'échec comme toutes les illusions de la gauche de la gauche d'État dans ce pays, mais en attendant ça occupe les esprits bien plus que le terrain des banlieues et des luttes

de mon point de vue, cela mérite une réponse politique radicale, communiste, bien plus qu'un débat sur ce que cache Tariq Ramadan, car il y a suffisamment à critiquer dans son discours et ceux de qui le soutient, que ce soit Edwy Plenel ou Alain Gresh


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Jeu 31 Mar - 23:07

suite dans la discussion de Médiapart La polémique Ramadan soutenue par Plenel, deux commentaires

"islamophobie" traduit une réalité mais loin d'en dire la cause et l'essence, les masque. Il a une valeur politique parce qu'en gros tout le monde comprend de quoi il s'agit, comme avec antisémitisme, dont l'étymologie n'est pas plus adéquate à son sens commun

y opposer islamistophobie, en wahhabismophobie, ou frèrophobie relève d'une rhétorique à deux balles, ce que signifiait ironiquement ma citation de Bolaño. Islamistophobie, ce mot n'a aucun usage courant : 393 entrées Google, contre 500.000 pour Islamophobie

s'opposer à l'islamisme politique ne relève pas d'une peur, d'une phobie, mais s'intègre légitimement dans un combat contre tout intégrisme religieux

bref, des deux côtés de ce "débat", on triche sur les arguments adverses jusqu'à l'absurdité de n'en entendre aucun autre, c'est la fonction de cette opposition

ce qui est hypostasié, ce n'est pas l'islamophobie ou l'anti-islamophobie comme telles, c'est l'impossibilité, ici, de poser les questions en dehors de leur opposition binaire. On voit jusqu'à l'argument que l'islamophobie serait un racisme anti-arabe mais on y oppose la bonne religion musulmane de gauche laïque que représenterait Ramadan : c'est un tour de passe-passe, une supercherie, et là, certains arguments anti-Ramadan sont tout à fait recevables quand ils sont des faits vérifiables, ce qui n'oblige pas à partager les raisons de ceux qui les apportent

il s'agit d'une opération politique et idéologique, d'une entreprise d'occultation des questions structurelles croisées de classes, de racisme, et de machisme

*

cela dit, je ne vois pas pourquoi vouloir faire changer Edwy Plenel d'opinion, il est un grand garçon et il sait ce qu'il fait : avec Ramadan, ils n'ont n'a pas de pétrole, mais ils sont décidés (bis). Une fois qu'on a compris, c'est complètement vain

je me pose une question, à propos de l'opération plus politique que religieuse que j'y vois. S'il y a recherche d'un gaucho-islamisme politique, c'est avec un objectif politique plus que religieux. Non, pas massivement « islamisation rampante de l'Europe » comme quelqu'un l'a affirmé : sur le plan démographique (10% d'électeurs "musulmans"), ça ne tient pas la route, et Houellebecq n'a pas écrit l'histoire qui vient

c'est donc, de façon pragmatique, un objectif électoral, démocratie oblige, supposant une alliance idéologique à faire porter par une partie de la gauche, les "islamo-gauchiste" de la gauche "radicale" style NPA ne faisant pas le poids

quand on écoute Tarik Ramadan, c'est cela son discours "pour tous" comme il le dit, et pas seulement les "musulmans" qui ne sont pas les seuls à venir à ses conférences (exemple vidéo à Bordeaux). Il insiste sur l'échec social des politiques au pouvoir, depuis les émeutes de 2005, etc.

Citation :
La jauge de la salle a même dû être revue à la hausse. Plus de 600 personnes avaient payé leur ticket d'entrée pour le voir et l'entendre. Des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des plus sages, des musulmans, des catholiques, des athées, le responsable local de l'Union juive française pour la paix, venus « dans un esprit de débat »...

cela me confirme ce que je disais plus haut : il n'est pas nécessaire de chercher derrière les discours le contenu de l'opération politique en cours, parce qu'ils n'en montrent pas le contenu dans la politique française

Ramadan  occupe un créneau assez différent du PIR ou du FUIQP sur le plan politique, parce qu'il participe d'une essentialisation des arabos-musulmans, ce que les alliances décoloniales multi-communautaires ne font pas : on ne peut pas leur reprocher une chose et son contraire
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ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions
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