PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» COMMUNISME : pensées de traverse
Aujourd'hui à 0:39 par Patlotch

» BIDONVILLES : SLUMS : BARRIOS DE TUGURIOS
Hier à 11:27 par Patlotch

» DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE
Jeu 17 Aoû - 18:27 par Patlotch

» LA RÉVOLUTION vers LA COMMUNAUTÉ HUMAINE
Jeu 17 Aoû - 17:02 par Admin

» COMMUNISME(S), RELIGION(S), FOI, et RÉVOLUTION (étude)
Jeu 17 Aoû - 16:59 par Admin

» AUTO-ORGANISATION RÉVOLUTIONNAIRE, une vision renouvelée
Jeu 17 Aoû - 16:37 par Tristan Vacances

» ÉTATS-UNIS, CANADA, QUÉBEC LIBRE
Jeu 17 Aoû - 8:56 par Admin

» POPULISME de GAUCHE : CHANTAL MOUFFE et ERNESTO LACLAU théoriciens trans-classistes / TONI NEGRI, ses ambiguïtés et les limites de l'OPÉRAÏSME, PÉRONISME...
Jeu 17 Aoû - 8:43 par Patlotch

» ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important
Jeu 17 Aoû - 8:10 par Patlotch

» VA-SAVOIR : chronique à la com, la dialectique du quotidien en propotion magique
Jeu 17 Aoû - 7:47 par Patlotch

» PROLÉTARIAT : je t'aime, un peu, beaucoup... à la folie... pas du tout ?
Mer 16 Aoû - 16:41 par Tristan Vacances

» SEXE, GENRE, CLASSES, et CAPITALISME / FÉMINISME, INTERSECTIONNALITÉ et MARXISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James, etc.
Mer 16 Aoû - 13:33 par Admin

» FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !
Mar 15 Aoû - 7:55 par Patlotch

» actualités de la CRITIQUE DÉCOLONIALE
Mar 15 Aoû - 7:32 par Patlotch

» 'RACES' et rapports de CLASSES, racisme structurel ou systémique, racisme d'État... (Black Lives Matter...)
Mar 15 Aoû - 7:07 par Patlotch

» des MOTS que j'aime et d'autres pas
Jeu 10 Aoû - 17:40 par Patlotch

» EXTIMITÉ, les confessions de Patlotch : un rapport aux autres et au monde
Mar 8 Aoû - 13:38 par Patlotch

» ROBOTS contre PROLÉTARIAT ? mais... quelle plus-value ? UBÉRISATION et EXPLOITATION
Mar 1 Aoû - 10:23 par Patlotch

» THÉORISATIONS COMMUNISTES, FÉMINISTES, et DÉCOLONIALES : remises en perspectives révolutionnaires. Cheminement et bouclages de synthèse
Lun 31 Juil - 15:18 par Tristan Vacances

» les visites du forum : provenance, sujets les plus actifs et les plus lus
Dim 30 Juil - 12:17 par Patlotch


Partagez | 
 

 ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
AuteurMessage
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 25 Aoû - 7:45



Islamophobie : une musulmane refusée dans un supermarché pour sa tenue « large », le directeur s’excuse Ajib.fr | Oum Michket    20 août 2015 par

Dans un communiqué, le CCIF nous rapporte un nouveau cas d’acte islamophobe à l’égard d’une musulmane. Les faits se sont déroulés dans un supermarché. Une jeune sœur voilée portant un jilbeb et une jupe longue, s’y rend avec sa sœur. A son entrée, elles demandent renseignement sur la possibilité ou non d’entrer avec un caddie […]

wiki a écrit:
Le jilbab (arabe  : جلباب) est un vêtement en forme de longue robe, couvrant les cheveux et tout le corps hormis les pieds et les mains. Cet habit cache les formes de la femme, il est large et ample. Il existe plusieurs « types » de jilbab. Le jilbab dit « une pièce » est composé uniquement d'une robe qui couvre la tête et le corps. Il y a aussi le jilbab deux pièces, composé d'une robe et une longue jupe ample ou une robe et un sarouel.


Citation :
Dans un communiqué, le CCIF nous rapporte un nouveau cas d’acte islamophobe à l’égard d’une musulmane. Les faits se sont déroulés dans un supermarché. Une jeune sœur voilée portant un jilbeb et une jupe longue, s’y rend avec sa sœur. A son entrée, elles demandent renseignement sur la possibilité ou non d’entrer avec un caddie à roulette.

Interrogée par une employée, la responsable lui affirme qu’il n’y avait aucun souci pour cela, mais, elle l’interpelle sur la tenue de la sœur. « Ah non non déjà, elle, elle ne rentre pas habillée comme ça » s’exclame la responsable. Elle lui explique que sa tenue est trop large.  La soeur demande alors des explications.

« On lui répond que l’interdiction sera bientôt stipulée sur une pancarte à l’entrée du supermarché, et qu’il existe un texte de loi qui le justifie. Devant la volonté de la victime et de sa sœur d’éclaircir la situation, la responsable leur indique qu’elles peuvent entrer, mais que si la sécurité arrive, elle les fera sortir » rapporte le CCIF.

Les deux sœurs décident de quitter le lieu et contactent aussitôt le CCIF.

Le CCIF se charge immédiatement du dossier et contacte le directeur du supermarché.   »Confus et de bonne foi, il a immédiatement transmis ses excuses à la victime via le CCIF.  Il est prêt à la recevoir avec l’employée incriminée. Il a également fait un rappel à la loi à toutes ses équipes«  rapporte le communiqué du Collectif.

Il est indispensable que les musulmans connaissent et fassent valoir leurs droits. Face aux discriminations, à l’ignorance, aux abus, s’informer sur ses droits est crucial. Pour cela, le CCIF a mis à la disposition de tous des guides pratiques soigneusement rédigés par une équipe de juristes :
http://www.islamophobie.net/vos-droits-fiches-pratiques

N’hésitez pas à les consulter, et les partagez massivement. Enfin, le CCIF compte sur nous pour les soutenir. Faire un don au CCIF c’est contribuer à faire reculer l’islamophobie.

Pour soutenir le collectif : http://www.islamophobie.net/adherez


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mer 2 Sep - 7:53

un nouveau site de « lutte contre l'islamophobie »

Pourquoi ce site ?
Citation :
Ce 1er septembre 2015, nous lançons ce site « Contre-attaque(s). Pour en finir avec l’islamophobie ». Il s’agit pour nous de réagir face à une campagne qui ne cesse de s’amplifier, en France comme en Europe.

Le racisme gangrène nos sociétés : contrôles au faciès, destruction de camps roms, agressions de femmes musulmanes, discriminations des personnes portant des noms à « consonance étrangère », projets de loi et circulaires ciblant les femmes voilées, interdiction des repas diversifiés dans les cantines…

Ces attaques s’inscrivent dans un climat idéologique et médiatique qui, au nom de la « guerre contre le terrorisme » ou d’une conception particulièrement cynique de la devise « liberté, égalité, fraternité », entretient la haine contre ceux et surtout celles qui sont décrits comme « étrangers ». Un climat qui s’est encore alourdi depuis les attentats de janvier 2015 contre Charlie-Hebdo et l’Hyper Casher.

Depuis une trentaine d’années, l’islamophobie est devenue le canal privilégié d’expression du racisme contemporain. Car, sous le prétexte fallacieux de « pouvoir critiquer l’islam », ce que personne ne conteste, et derrière le masque trompeur des « valeurs universelles »  (la République, la laïcité, l’égalité des sexes…), le racisme se redéploie et se régénère : un redoutable système d’exclusion se construit jour après jour, en France comme dans les autres pays occidentaux.

Combattre le racisme efficacement nécessite d’en comprendre le fonctionnement et les évolutions. Ignorer la place centrale qu’occupe l’islamophobie aujourd’hui dans le système raciste, sous prétexte que cela « diviserait l’antiracisme », c’est refuser à celles et ceux qui en sont les premières victimes, directes ou indirectes, de faire valoir leurs droits. C’est, en d’autres termes, abandonner l’idéal de justice et s’interdire de combattre ceux qui profitent des inégalités multiples – raciales, sociales et sexuelles – qui se cachent derrière la prétendue « critique de l’islam ».

Illustration parmi tant d’autres de la parenté entre islamophobie et judéophobie, la question juive hier, celle de l’islam aujourd’hui, sont des lieux privilégiés du « délire idéologique ».On ne saurait appréhender la réalité de l’islamophobie sans passer par le détour de l’antisémitisme, dont elle est largement un avatar tardif et une mutation coloniale.

La progression fulgurante de l’extrême droite, qui profite à plein du racisme ambiant, la radicalisation des politiques gouvernementales, toujours plus conservatrices, et les tergiversations de tous ceux qui, se présentant comme « de gauche », hésitent à s’engager dans la lutte contre l’islamophobie sont des phénomènes d’autant plus préoccupants qu’ils se renforcent mutuellement.

Le site « Contre-attaque(s) » entend donc favoriser les mobilisations en publiant des textes d’analyse et de discussion, en dressant une revue de presse de ce que les médias et les politiques disent de l’islam et des musulmans, en relayant toutes les initiatives locales, nationales et internationales contre l’islamophobie. Il vise aussi à offrir à tous des documents et des kits d’information pour aider à ces mobilisations. Il se veut un lieu de large convergence dans un combat qui engage l’avenir de notre pays.




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 8 Sep - 14:14


il est bien sûr désolant que parler des "Arabes" ne puisse se faire, majoritairement, que sous l'angle de l'Islam. Cela fait partie de l'idéologie française, à démonter... Ce livre y participe





Citation :
Depuis des décennies, l’actualité offre l’image d’un monde arabe sombrant dans la violence et le fanatisme. Comme si une malédiction frappait ces peuples, de l’interminable conflit israélo-palestinien aux guerres d’Irak et de Syrie, en passant par l’essor du jihadisme international.

Jean-Pierre Filiu remonte à l’expédition de Bonaparte en Égypte, en 1798, pour nous offrir une autre histoire des Arabes. Une histoire intimement liée à la nôtre, celle de l’Occident, de l’Europe, de la France. Une histoire faite d’expéditions militaires et de colonisations brutales, de promesses trahies et de manœuvres diplomatiques, une histoire de soutien à des dictatures féroces ou à des régimes obscurantistes, mais tous riches en pétrole.

Cette « histoire commune » qui a fait le malheur des Arabes ne doit pas faire oublier une autre histoire, largement méconnue : une histoire d’émancipation intellectuelle, celle des « Lumières arabes » du XIXe siècle, mais aussi une histoire d’ébullition démocratique et de révoltes sociales, souvent écrasées dans le sang. Autant de tentatives pour se libérer du joug occidental et de l’oppression des despotes, afin de pouvoir, enfin, écrire sa propre histoire.

Sous la plume de Jean-Pierre Filiu, les convulsions du présent se prêtent alors à une autre lecture, remplie d’espoir : dans la tragédie, un nouveau monde arabe est en train de naître sous nos yeux.


Jean-Pierre Filiu : "Ce sont les peuples arabes qui pourront défaire Daesh"

Selon l'historien, le totalitarisme de Daesh finira par céder, car son modèle est intenable et conduit à une impasse sociale et économique. Explications Olivia Recasens Le Point.fr 27/08/2015


Jean-Pierre Filiu, professeur en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris, publie Les Arabes, leur destin et le nôtre (La Découverte, 250P., 14 euros). Ce fin connaisseur de l'islam contemporain y lève le voile sur une histoire du monde arabe largement méconnue, celle des contestations démocratiques et des révoltes sociales écrasées dans le sang, bien avant « les Printemps arabes ». Entretien.


Citation :
Le Point : Les sociétés arabes ont fait en quarante ans leur transition démographique, là où l'Europe occidentale avait mis deux siècles. Une mutation accélérée qui, selon vous, a des conséquences explosives ?

Jean-Pierre Filiu : En effet, durant les deux générations qui couvrent la période 1970-2010, le monde arabe a accompli en silence une transition démographique que l'Europe a mis deux longs siècles à réaliser. Cette émergence d'une jeunesse éduquée et critique, parlant la même langue arabe depuis le Maroc jusqu'au Golfe, a permis l'extraordinaire diffusion de la mobilisation démocratique au cours de l'hiver 2010-2011, avec une contagion militante d'un pays à l'autre. J'ai cependant souligné d'emblée qu'il n'y avait aucun « effet domino », mais une dynamique régionale de contestation où les jeunes adultes, de 20 à 35 ans, souvent mères ou pères de famille, tenaient la ligne de front face à une classe politico-militaire discréditée.

Comment expliquez-vous l'exception tunisienne qui résiste, malgré le travail de sape du terrorisme islamiste ?

Là aussi, je reviens au temps long de l'histoire. Le maître mot de l'évolution tunisienne depuis un siècle et demi est « Constitution », en arabe « Destour », le nom même du parti nationaliste mené par Habib Bourguiba. Durant les trois premières années de leur transition démocratique, les Tunisiens n'ont voté qu'une fois, pour élire une Constituante, en octobre 2011. Cette assemblée fondatrice de la Deuxième République tunisienne a adopté en janvier 2014 une nouvelle Constitution qui n'a, fort heureusement, jamais été soumise au référendum. En Égypte, au contraire, trois Constitutions ont été soumises par référendum entre 2011 et 2014, et chaque fois adoptées malgré leurs dispositions contradictoires. La Tunisie a refondé son pacte social, ce qui lui permet d'enraciner dans une légitimité populaire sa résistance à l'horreur djihadiste. L'Égypte, en revanche, est revenue à des niveaux de violence inconnus… depuis l'expédition de Bonaparte en 1798, tandis qu'un demi-million de militaires égyptiens se révèlent incapables de réduire un millier d'insurgés djihadistes.

Au XIXe siècle, la Tunisie et l'Égypte ont été le foyer d'une Renaissance, baptisée « les Lumières arabes ». Pourquoi cette flamme s'est-elle si vite éteinte ?

En Tunisie comme en Égypte, le XIXe siècle voit des dynasties modernisatrices, autonomes de fait envers l'Empire ottoman, mettre en œuvre un ambitieux programme de réformes administratives, éducatives, foncières ou industrielles. La Tunisie abolit l'esclavage deux ans avant la France (en 1846) et elle adopte la première Constitution du monde arabe en 1861. Mais le protectorat imposé par la France en 1881 puis l'occupation britannique de l'Égypte en 1882 brisent ces deux expériences de « modernisation par le haut ». Les « Lumières » poursuivent cependant dans une effervescence intellectuelle et politique qui conduira à la « Révolte arabe » de 1916. Les Arabes entrent alors en guerre contre les Turcs, aux côtés des Français et des Britanniques qui trahiront leurs promesses de « Royaume arabe » indépendant, une fois la défaite de l'Empire ottoman consommée.

Quant à la Syrie, la grande erreur de la France selon vous est d'avoir refusé de reconnaître le CNS, le Conseil national syrien, alors qu'il est « infiniment plus transparent et représentatif que le CNT Libyen » ?

Nicolas Sarkozy n'a effectivement rien compris à la lame de fond qui traverse le monde arabe au début de 2011. Il soutient le dictateur Ben Ali au-delà de la décence, puis, pour se « racheter » de ces errements, s'engage sans réserve aux côtés du Conseil national de transition (CNT) libyen. Mais il s'agit d'un calcul de politique intérieure, afin d'endosser les habits d'un chef de guerre victorieux. L'enlisement de la guerre en Libye et les violences qui accompagnent la chute de Kadhafi d'août à octobre 2011 amènent ce président trop pressé à se détourner des révolutions arabes. C'est d'autant plus regrettable qu'une reconnaissance accordée par la France au Conseil national syrien (CNS), sur le modèle de celle conférée au CNT, aurait assuré à l'opposition syrienne une représentativité alternative et lui aurait permis d'agréger les dissidents et de brider les militaires. Au lieu de cela, Sarkozy a maintenu formellement les relations diplomatiques avec le régime Assad et il a fallu l'élection de François Hollande, en mai 2012, plus d'un an après le début de la révolution syrienne, pour que les ambassades soient fermées entre les deux pays.

Fin juillet, vous étiez au camp de Zaatari en Jordanie, où vous avez enseigné l'histoire arabe à des réfugiés syriens. Que vous a appris cette expérience ?


J'étais très impressionné par la maturité de cette centaine de jeunes adultes, hommes et femmes, qui ont tout perdu dans leur Syrie d'origine et qui, malgré tout, privilégient le débat respectueux sur la polémique accusatrice. Ils participent de cette nouvelle génération qui ne cédera pas avant d'accéder à une émancipation authentique, trop longtemps déniée. Les terribles épreuves auxquels ces étudiants d'un été ont été soumis leur ont aussi ouvert les yeux sur les mythes d'un certain « nationalisme arabe », en fait oppresseur et rapace, qui trouve pourtant encore de nombreux défenseurs en Europe au nom d'un supposé « anti-impérialisme » ou d'une « laïcité » tout aussi factice.

Du conflit israélo-palestinien aux guerres d'Irak et de Syrie, en passant par la gangrène djihadiste, on a parfois le sentiment qu'une malédiction frappe les peuples arabes ?

Mon livre s'efforce justement de démontrer, en retrouvant le temps long de l'histoire, qu'il n'y a aucune « malédiction » dans cette trop longue souffrance des peuples arabes. C'est au contraire la persistance de la volonté de libération, la poursuite envers et contre tout des combats pour l'autodétermination qui est fascinante dans le monde arabe. Ce sont les despotes comme les djihadistes qui veulent rejeter définitivement les populations arabes dans les oubliettes de l'histoire, afin que nous nous détournions d'elles et de leurs luttes, en France et ailleurs.

Malgré tout, vous annoncez que « le totalitarisme de Daesh finira par céder ». D'où vient cet incroyable optimisme ?

Je suis historien, je n'ai donc à être ni optimiste ni pessimiste, mais je replace les évolutions en cours dans les tendances de longue durée. L'émergence de Daesh est directement liée à la dynamique contre-révolutionnaire de régimes prêts à tout, en Syrie, au Yémen ou en Égypte, pour refuser la moindre concession. Or ce processus contre-révolutionnaire aboutit partout à une effroyable impasse en termes humains et financiers, aggravée par la chute spectaculaire des cours du pétrole. Le modèle contre-révolutionnaire n'est pas tenable et Daesh entrera en crise avec lui. Comme tous les groupes totalitaires avant lui, Daesh aura en outre à gérer le choc de la réalité, que lui épargne pour l'heure l'invraisemblable aveuglement des États-Unis. Ce sont les peuples arabes, et eux seuls, qui pourront défaire Daesh. Il est grand temps de le comprendre dans les capitales occidentales et d'apporter le soutien indispensable à ces forces populaires, plutôt qu'à des dictatures condamnées à court ou moyen terme.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 25 Sep - 1:22



Pèlerinage de La Mecque : une bousculade fait au moins 717 morts et 863 blessés 24 septembre 2015


Réunis à La Mecque pour accomplir le hajj, l'un des cinq piliers de l'islam, au moins 717 pèlerins ont trouvé la mort jeudi matin dans une bousculade, ont annoncé les services saoudiens de la défense civile. Au moins 863 autres personnes blessées ont été transportées vers différents hôpitaux, selon le dernier bilan.

Citation :
Réunis à La Mecque pour accomplir le hajj, l'un des cinq piliers de l'islam, au moins 717 pèlerins ont trouvé la mort jeudi matin dans une bousculade, ont annoncé les services saoudiens de la défense civile. Au moins 863 autres personnes blessées ont été transportées vers différents hôpitaux, selon le dernier bilan.

 
Le pèlerinage de La Mecque est à nouveau endeuillé, plus de 10 jours après l’effondrement d’une grue sur la Grande Mosquée de La Mecque qui avait fait 111 morts. Jeudi 24 septembre au matin, au premier jour de la fête de l’Adha, une bousculade survenue à Mina, au niveau d’un croisement entre deux rues, a fait au moins 717 morts et 863 blessés, ont annoncé les services saoudiens de la défense civile. Mais le bilan n’est que provisoire. Le bruit des sirènes et des hélicoptères résonne encore et des corps sont toujours découverts, rapportent plusieurs journalistes sur les lieux.


Les opérations de secours ont été menées par le ministère de la Santé, la défense civile et le Croissant rouge et les blessés de nombreuses nationalités ont été transportés vers différents hôpitaux pour y recevoir les soins nécessaires. Plusieurs blessés seront ensuite transportés vers les hôpitaux d’autres villes, à La Mecque, Jeddah et à Taëf, selon un représentant du ministère de la Santé, qui s’est exprimé en conférence de presse.


Pour l’instant, les nationalités des victimes n’ont pas été divulguées par les autorités, d’autant que les bilans dressés jusque-là ne sont pas définitifs. Il a cependant été établi qu’au moins 89 Iraniens font partie des victimes. Le chef de l’organisation iranienne du hajj s’est d’ailleurs exprimé, imputant l’accident à des erreurs de sécurité. « Pour des raisons qu’on ignore », un chemin a été fermé près de l’endroit où les pèlerins effectuent le rituel de la lapidation symbolique de Satan. « C’est cela qui a causé ce tragique incident », a ajouté Saïd Ohadi, sur la télévision d’État iranienne.

Par ailleurs, au moins six Algériens ont été blessés, d’après le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdelaziz Ben Ali Chérif qui cite un bilan provisoire. D’après la chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya, la plupart des victimes étaient de nationalités africaines.


Les pèlerins se dirigeaient vers la vallée de Mina en ce premier jour de l’Aïd el-Khebir pour procéder au rituel de la lapidation de Satan, qui consiste à jeter sept pierres le premier jour de l’Aïd al-Adha sur une grande stèle représentant Satan, et 21 pierres le lendemain ou le surlendemain sur les trois stèles (grande, moyenne, petite), quand l’accident a eu lieu.

Le prince héritier Mohammed ben Nayef a ordonné l’ouverture d’une enquête. Les représentants du ministère de l’Intérieur et de la Santé, qui se sont exprimés en conférence de presse sont restés flous quant aux raisons de l’accident, mais ont affirmé qu’une enquête était déjà en cours. « La fatigue des pèlerins et la chaleur peuvent être des facteurs explicatifs », a affirmé Mansour al-Turki, le porte-parole du ministère de l’Intérieur du royaume, assurant que les autorités ont fait leur travail et qu’elles ne sont pas à blâmer.

« L’important est désormais de se concentrer sur la sécurité des pèlerins pour que ce genre d’accident ne se reproduise pas », a-t-il ajouté. Auparavant, le ministre de la santé avait attribué la bousculade à un manque de discipline des pèlerins. Le trajet emprunté pour se rendre à Mina a été meurtrier pour ces derniers, à plusieurs reprises par le passé. Le dernier drame remonte à 2006, lorsqu’une bousculade a causé la mort de plus de 300 personnes. C’est le drame le plus meurtrier durant le pèlerinage depuis 1990 où plus de 1 400 personnes sont mortes dans un tunnel à Mina.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 4 Oct - 3:49

un article très intéressant comme l discussion qui suit, pour je suppose qu'il faut être abonné à médiapart pour en bénéficier


L'IDEOLOGIE DE L'ETAT ISLAMIQUE (1 sur 2) 30 août 2015 |  Par CEDRIC MAS



CEDRIC MAS a écrit:
Pour mieux décrypter (et combattre) le projet de l’Etat islamique, il est nécessaire de comprendre l’idéologie qu’il promeut, et qui se répand largement, séduisant bien au-delà des populations à laquelle elle est initialement destinée.

On découvrira même que cette idéologie présente des nouveautés et des différences qui en fond un « objet politique nouveau », posant question au sein des spécialistes.

L’idéologie de l’EI est le fruit de la fusion de 3 sphères idéologiques historiques, selon le schéma suivant :


1)   Le Salafisme jihadiste :

Il s’agit d’une pensée rattachée au Salafisme, qui compte plusieurs courants, et qui met en avant le Jihad défensif.

L’EI se rattache explicitement à ce mode, et les textes dans lesquels les leaders de l’EI appellent au « al-Salafiyya al-Jihadiyya » sont trop nombreux pour être cités ici[1].

Rappelons que le Salafisme est un courant religieux de l’islam, qui milite avant tout pour le retour à un Islam des origines, souvent idéalisé, et qui correspondrait à celui pratiqué par le Prophète, ses compagnons et les deux premières générations de descendants.

Il s’agit de rompre avec les pratiques religieuses plus récentes et complexes qui sont apparues au fur et à mesure de l’extension de la région musulman au-delà de sa zone territoriale d’apparition.

Ce mouvement est ainsi porté par deux réactions :

-       la réaction face aux pratiques dites « modernes » de la religion (revenir aux pratiques d’origine donc en luttant contre tout ce qui est apparu ensuite)

-       la réaction face aux pratiques divergentes de l’Islam, qui par son extension concerne des populations aux cultures, histoire et pratiques très diverses. C’est le concept de « Tawhid », d’unicité de la religion, qui explique que les Salafistes refusent tous les cultes de saints, d’Imam qui fleurissent alors dans les différentes cultures musulmanes.

Concrètement, la pratique de l’islam prônée par le Salafisme repose donc exclusivement sur la Sunna, à l’exclusion de tout autre pratique ou culte.

La Sunna s’entend [2] :

-       du Coran,

-       des hadiths

-       et de la sira.

Le courant salafiste peut aujourd’hui être séparé en 4 « sous-courants » :

-       le salafisme quiétiste : non violent et non politique

-       le salafisme wahabbite : non politique totalement inféodé à la famille Ibn-Saoud

-       le salafisme du réveil (Sahwa) : réaction à l’alliance KSA / USA lors de la guerre du Koweit de 1991, qui milite donc pour un partage du pouvoir entre les religieux et  les politiques pour défendre l’identité musulmane exclusivement

-       le salafisme jihadiste. : avant tout politique et violent.

Seule le dernier nous intéresse donc. Ce courant est porté par plusieurs penseurs célèbres, et qui servent de référence à tous les jihadistes :

-       Sayyid Abul Ala Maududi (1903-1979): théoricien pakistanais, fondateur du parti Jamaat-e-Islami, qui va le premier concevoir le projet de fonder un Etat islamique reposant exclusivement sur la Loi islamique (la Charia).

-       Abdallah Youssouf Moustafa Azzam (1941 – 1989) : palestinien, il est le grand théoricien du Jihad afghan,  compagnon d’Oussama Ben Laden aux débuts d’Al Qaida, il reste le penseur du jihad moderne qui sera pratiqué par les Moujahidines en Afghanistant puis contre les USA.

-       Abu Muhammad al-Maqdisi (1959) : penseur palestinien qui va rencontrer et influencer al-Zarqaoui (d’abord en Afghanistan puis détenu avec lui dans les prisons jordaniennes dans les années 90) et qui va surtout développer la lutte contre les potentats arabes (Arabie Saoudite), qualifiés de takfir, de même que le rejet de toute idée démocratique.

Le courant salafiste jihadiste peut donc se qualifier comme :

-       une idéologie politique théocratique : c’est la suprématie d'une loi religieuse unique sur tous les hommes.

-       une idéologie anti-moderne (et donc progressivement anti-occidentale sans que cette opposition soit affirmée dès le début : rappelons que les Occidentaux ont fortement aidé les jihadistes dans leur combat contre l’URSS en Afghanistan)

-       une idéologie impérialiste : dès Maududi, la soumission de toute la terre et de toute l’humanité à la loi islamique est pensée et souhaitée.

-       Une idéologie révolutionnaire : par son rejet de tous les pouvoirs en place, de remise en cause des ordres établis et son choix de modes d’action violents, le salafisme jihadiste s’inscrit donc pleinement dans les pensées révolutionnaires.

Ce courant constitue le cœur de l’idéologie d’Al Qaida et de tous les mouvements jihadistes des années 2000.

Par son histoire, l’Etat islamique est clairement issu de ce courant, auquel il se réfère. Pour autant, il s’en détache aussi par les deux autres sources d’influences, au point de se fonder sur une idéologie autonome et différente de celle d’Al Qaida.

2)   Les  Frères musulmans :

Il s’agit d’un mouvement politique né en Egypte en réaction contre l’impérialisme britannique.

Là encore, bien que fondé sur certaines conceptions religieuses de l’Islam, il s’agit avant tout d’une pensée et d’une pratique relevant du champ du politique, méritant donc la qualification d’idéologie.

Un des penseurs principaux des Frères musulmans, et qui va beaucoup influencer les jihadistes est Sayyid Qutb (1906 – 1966).

Sayyid Qutb est un penseur qui va être marqué (traumatisé) même par le choc lors d’un séjour de deux ans aux Etats-Unis (1948-1950), financé dans le cadre de programme d’aide aux enseignants égyptiens (ile st alors instituteur). Qutb rejette violemment tout ce qu’il voit aux USA et particulièrement ce qu’il décrit comme une civilisation individualiste, matérialiste, spirituellement vide. Il est également très marqué par la liberté de mœurs des femmes et jeunes filles aux Etats-Unis.

Son combat sera désormais d’éviter que les musulmans ne plongent dans le « gouffre » de vide spirituel, en combattant toute occidentalisation du monde musulman, notamment toute tentative d’améliorer la condition des femmes.

Dès son retour en Egypte, il se rapproche des Frères musulmans, dont il va fortement influencer l’idéologie. Il sera arrêté lors de chaque phase de répression des Frères musulmans, ennemis du régime nassérien, et mourra pendu en 1965.

Ses écrits comportent des éléments idéologiques qui vont durablement influencer l’Etat islamique :

-       la crise de l’Islam, menacé par l’ignorance, la modernité et la perte de sens religieux

-       le retour aux vraies valeurs de l’Islam doit être « guidé » par une avant-garde organisée, une « élite » qui devra mener les masses populaires, et dont le projet confère la légitimité.

-       L’Islam apporte une réponse complète à tous les problèmes politiques, économiques, sociaux des sociétés humaines, et elle s’oppose de facto aussi bien au communisme qu’au capitalisme occidental (nous sommes alors en pleine guerre froide) – ce concept est porté par Hassan el-Banna, fondateur des Frères Musulmans.

-       Le statut de la femme doit être rabaissé, et la lutte contre les juifs est aussi l’une des priorités pour la défense de l’Islam.

S’il y a de nombreux points communs avec le salafisme jihadiste, on relève des éléments qui vont aussi apparaître dans l’idéologie de l’Etat islamique.

3)   L’expérience iraquienne :


La troisième grande influence de l’idéologie de l’Etat islamique se trouve dans la pensée et l’expérience du mouvement originel en Iraq, sous l’égide d’Abu moussab al-Zarqaoui.

Loin d’être seulement le terroriste sanguinaire et barbare que les médias occidentaux vont présenter au monde, al-Zarqaoui, et à sa suite les différents leaders des mouvements jihadistes successifs qui finiront par donner naissance à l’Etat islamique, vont concevoir une pratique et une idéologie spécifique et autonome propre à l’Etat.

Les spécificités propres à l’expérience iraqienne sont donc importantes dans l’origine de l’idéologie de l’Etat islamique.

Rappelons que le groupe Tawhid wal Djihad est créé par Zarqaoui en 2000, soit après sa libération des geôles jordaniennes, lors d’un nouveau passage en Afghanistan. Rapidement chassé d’Afghanistan, il se réfugie d’abord en Iran, dont il recevra un soutien logistique important, puis passera ensuite dans le kurdistan irakien pour rallier le groupe Ansar al-Islam (seule mouvance rattachée à Al-Qaida présente en Iraq avant l’invasion américaine de 2003). Il va ensuite se réfugier en Syrie, où là encore, il recevra un soutien logistique avant de s’établir en Iraq en 2003 en profitant de la fin de la dictature de Saddam Hussein.

Ses actions très violentes attirent rapidement l’attention et il est reconnu comme le relais d’Al Qaida en Iraq par Ben Laden lui-même[3].

Mais son ultraviolence va le desservir puisque ses actions et attentats, dirigées aussi contre des musulmans, lui aliènent al-Maqdisi qui se prononce contre lui dès juillet 2005.

Il est finalement tué en 2006, mais son groupe est alors puissant, et quelques mois plus tard, l’Etat islamique est créé. Il semblerait que sa personnalité abrasive et controversée ait constitué un obstacle à l’unification des courants jihadistes en Iraq, qui ne s’est donc pas faite sous l’égide d’Al Qaida.

Cette unification sous l’étiquette d’une nouvelle organisation, dénommée « Etat islamique en Irak » va s’accompagner d’un premier cycle de succès, avec conquêtes territoriales en 2006 à un échec face à la nouvelle doctrine US en Iraq dès 2007.

Cet échec va être médité et c’est ainsi qu’il est possible de relever des éléments de l’idéologie de l’Etat islamique directement tirés de cette expérience iraquienne qui va durer de 2004 à 2008.

Il est possible de distinguer les éléments suivants :

-       l’ultra-violence non seulement comme mode d’action, mais également comme mode de gouvernement

-       la mobilisation prioritaire contre les ennemis proches (en opposition avec Al Qaida et le jihadisme des années 2000 qui privilégiait les ennemis lointains).

-       Une poussée aux extrêmes des idées du salafisme jihadiste et des Frères musulmans : c’est particulièrement flagrant contre toutes les pratiques religieuses de l’Islam qui ne sont pas strictement conformes avec  celle des sunnites salafistes (chiites, etc.).

-       L’intégration sociale et locale très forte : les structures militaires comme les structures de décision sont fortement décentralisées, et reposent d’abord sur les acteurs locaux, les anciennes élites sunnites, qui se trouvent intégrés dans le régime, dont ils deviennent les complices.

-       La volonté d’instaurer l’Etat islamique concrètement et immédiatement (ce qui là encore distingue l’Etat islamique des autres mouvements jihadistes), et qui va déboucher sur une proclamation très rapide du Califat en 2013

-       Le projet sérieux d’étendre l’Etat islamique sur toute la terre, et d’y soumettre tous les hommes, sans se limiter aux seules terres musulmanes.

Il découle donc de ces éléments que l’idéologie de l’Etat islamique est une idéologique totalitaire, extrémiste et messianique :

Toute la société doit être soumise à leur idée (la Charia telle que prônée par les salafistes), administrée par la violence quotidienne, et organisée autour du combat contre les ennemis qui entourent l’Etat islamique.

Il s’agit donc d’un état totalitaire, organisé autour d’une idée unique qui structure tous les aspects de la vie, recourant au terrorisme d’état (contre ses administrés comme ses ennemis extérieurs) et à la terreur, et soumis à une mobilisation totale pour soutenir les guerres en cours.

L’idéologie de l’Etat islamique n’a à ce stade plus grand chose à voir avec une religion. Il s’agit d’une synthèse assortie d’une évolution de certaines idéologies connues, « souchée » sur la religion musulman, mais dont le lien avec elle devient de plus en plus ténu[4].

La dimension politique de l’idéologie de l’Etat islamique est primordiale.

Cette idéologie est née dans la prison américaine de Camp Bucca, dans le sud de l’Iraq, où la plupart des futurs leaders de l’Etat islamique ont été détenu, et ont pu réfléchir, avec les complices de Zarqaoui, entre 2006 et 2011, aux leçons de l’expérience et aux contours de leur projet commun.

Elle est aujourd’hui autonome des courants religieux, comme des précédentes idéologies jihadistes, et elle présente un grand danger pour le monde. Elle a également des aspects particulièrement séducteurs bien au-delà des jeunes jihadistes iraquiens, mais elle recèle aussi des faiblesses qu’il nous appartient d’exploiter au plus vite pour que le cauchemar vécu au quotidien par les populations qui vivent sous son joug en Iraq, en Syrie, en Libye, au Nigéria, au Yemen, en Afghanistan et ailleurs cesse.

(à suivre)


[1] C’est par exemple le cas des messages dès 2007 d’Abu Umar al-Baghdadi du 8 juillet 2007 ou dans les nombreux messages de Abu Hamza al-Mujahir,, porte-parole de l’EI.

[2] Constatons que les deux derniers éléments n’offrent pas la même certitude historique que le Coran, ce qui ne semble pas gêner les Salafistes.

[3] Le débat pour savoir s’il a fait allégeance à Ben Laden reste entier entre les membres d’Al Qaida et ceux de l’EI.

[4] Au point que certains spécialistes s’interrogent sur le fait de savoir si le jihadisme peut encore être rattaché à l’Islam (cf. débat organisé par l’IREMMMO du 09/11/2013 : Dominique Thomas, Abdelasiem El Difraoui, Marjane Kamal - Origines et manifestations du Djihadisme).

Pour en savoir plus [liens dans l'original]:

Sur le salafisme : cet excellent exposé vidéo :

SALAFISMES AU 20ÈME SIÈCLE - DOMINIQUE THOMAS, Canal U du 06/10/1997

Sur l'idéologie de l'Etat Islamique, une version américaine présentant de nombreuses citations (mais avec laquelle je ne suis pas totalement d'accord) : From Paper State to Caliphate : The Ideology of the Islamic State

Sur l'impact des réunions des jihadistes de Camp Bucca sur le futur Etat Islamique : ISI the Inside Story.


sur son blog, CEDRIC MAS suit par ailleurs de très près la guerre en Syrie, sur le plan militaire, stratégique et géo-stratégique
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 13 Oct - 12:44

:
L’islamophobie et les théories critiques du racisme Benjamin Opratko et Fanny Müller-Uri

Dans cette contribution, Fanny Müller-Uri et Benjamin Opratko se proposent de passer le concept d’islamophobie au crible de la riche tradition d’analyse marxiste de la race. L’islamophobie pose en effet un défi aux interprétations traditionnelles de la race et du racisme. L’islamophobie invite à davantage penser la race et le racisme comme des constructions sociales fortement spécifiées historiquement, ainsi qu’à mieux cerner l’intrication entre leurs dimensions « biologiques » et « culturelles ». Ces précisions permettent de mieux situer la place de la race dans les luttes d’hégémonie et de contre-hégémonie.


Citation :
L’objet de cet article1 est de réfléchir aux implications théoriques et conceptuelles des études et publications les plus récentes sur le phénomène de « l’islamophobie » dans les pays du Nord, c’est-à-dire principalement l’Europe et les États-Unis. Notre propos suivra quatre étapes :

Premièrement, nous donnerons un court aperçu des développements contemporains au sein du champ universitaire émergent que sont les études sur l’Islamophobie (Islamophobia studies). Deuxièmement, nous discuterons des usages du terme « d’islamophobie » dans certaines des contributions les plus importantes de ce champ de recherche. Nous examinerons ainsi les problèmes produits par l’absence systématique de confrontation avec les théories critiques du racisme. Dans une troisième partie, nous traduirons les conséquences théoriques du défi que représente « l’islamophobie » dans un cadre conceptuel alternatif plus à même de rendre compte du racisme anti-musulmans. Nous examinerons la manière dont celui-ci renvoie à un ensemble de principes fondamentaux d’une critique radicale et marxiste du racisme. Nous conclurons enfin par quelques suggestions sur la manière dont ces considérations théoriques peuvent être aujourd’hui mobilisées dans des stratégies anti-racistes.

I. « Un concept parvenu à maturité »

L’état actuel de la recherche sur le sujet a récemment et très justement été résumé par Brian Klug dans un article ayant le statut de revue de la littérature. Selon lui, avec l’émergence d’un nombre significatif de travaux universitaires sur la diversité des formes contemporaines de discriminations envers les musulmans, il est désormais temps « d’enlever les guillemets » lorsque l’on traite d’islamophobie (Klug 2012, 679). La raison en est simple : depuis la première occurrence du terme dans la littérature universitaire à la fin des années 1990 et depuis sa percée publique dans le rapport « Islamophobie : un défi pour nous tous » (« Islamophobia : a challenge for us all »), publié par le Runnymede Trust en 1997, ce concept est « parvenu à maturité ». Non seulement circule-t-il largement au sein des débats dans et en dehors du monde académique, mais il fonctionne en outre et de manière encore plus significative, « comme un principe structurant pour la recherche et le monde universitaire » (Klug 2012, 666). L’impressionnante prolifération d’articles universitaires, d’interventions et de comptes-rendus, d’ouvrages et de volumes publiés dans ce champ au cours des dernières années atteste assurément de ce fait. L’attention à ce phénomène s’est développée dans de nombreuses disciplines universitaires, produisant une grande variété de définitions opératoires, d’hypothèses et de résultats, fondés sur des cadres théoriques, épistémologiques et méthodologiques divers – on peut évoquer la psychologie expérimentale (Echebarria-Echabe/Guede 2007 ; Lee et al. 2009), les enquêtes quantitatives (Bleich 2011 ; Clements 2013 ; Field 2007 ; 2012 ; Zick/Küpper 2009) et l’analyse qualitative des discours et des médias (Joseph/D’Harlingue 2012 ; Richardson 2004 ; Yenigun 2004). En outre, des périodiques entièrement consacrés à l’étude de l’Islamophobie, tels que l’Islamophobia Studies Journal de UC Berkeley, ou la revue en langue allemande Jahrbuch für Islamophobieforschung couvrant la recherche sur l’islamophobie en Allemagne, en Autriche et en Suisse, ont récemment vu le jour.

Ceci ne signifie évidemment pas que le terme « d’islamophobie » ne soit plus contesté. Lors de polémiques politiques, et particulièrement sur des forums en ligne, des blogs ou des commentaires, il reste fréquemment raillé comme une sorte d’écran de fumée ou de slogan prétendument conçu par les islamistes et leurs alliés naïfs, qu’ils soient de gauche ou libéraux, pour discréditer la critique « légitime » de l’Islam. De fait, le déni de l’islamophobie est l’une des préoccupations principales des militants et intellectuels qui travaillent à nourri des sentiments anti-musulmans. Ainsi, les militants et blogueurs anti-musulmans comme Robert Spencer et Pamela Gellar aux États-Unis, les journalistes britanniques comme Kenan Malik et Polly Toynbee ou les politiciens de droite comme Geert Wilders aux Pays-Bas et Heinz-Christian Strache en Autriche partagent tous le point de vue, significativement contradictoire, selon lequel a) l’ islamophobie n’existe pas et b) l’islamophobie est une réaction parfaitement rationnelle face au danger que le jihadisme islamiste fait peser sur la civilisation occidentale (cf. Lean 2012). Il y a donc une multitude de mauvaises raisons de critiquer le concept d’islamophobie et, inversement, de très bonnes raisons d’en défendre l’utilisation face à ceux qui nient l’existence même de discriminations et de dénigrements des musulmans et de l’Islam. En effet, les universitaires explorant le champ des études sur l’islamophobie ont produit, et continuent à produire, une masse extrêmement importante de savoirs, dont la pertinence ne se réduit pas au débat académique mais remplit au contraire une fonction cruciale dans la réfutation empiriquement étayée de tels arguments politiques.

Nous affirmons cependant que l’institutionnalisation du concept d’islamophobie pose un certain nombre de problèmes que les chercheurs et militants critiques et anti-racistes ne devraient pas éluder. La nécessité stratégique de combattre le discours anti-musulmans de ceux qui nient l’existence de l’islamophobie n’est pas un motif suffisant. Si nous prenons l’observation de Brian Klug au sérieux (comme nous le devrions), i.e si le terme « islamophobie » fonctionne effectivement comme un « principe structurant pour la recherche et le monde universitaire », alors la décision d’adopter et d’utiliser ce terme ne saurait être réduite à une simple question de commodité et de convention. Nous soutenons, au contraire, que l’insistance sur l’utilisation du terme «d’islamophobie » a eu, et a toujours, des répercussions sur la manière dont l’on conçoit la recherche et dont l’on mène – ou esquive – les débats. La première question qui guide notre travail est par conséquent la suivante : comment le terme « d’islamophobie » opère-t-il dans les études contemporaines sur ce sujet ?

Dès ses premiers usages universitaires, le terme d’islamophobie a bien sûr fait l’objet de critiques. Trois objections majeures méritent d’être brièvement mentionnées.

Une critique particulièrement influente fut formulée par Fred Halliday dès 1999, lorsqu’il affirma que dans la situation d’alors, ce n’était pas – ou plus – « l’Islam » comme religion qui était la cible de préjugés, mais bien « les musulmans en tant que peuple » (Halliday 1999, 898). Le terme d’islamophobie suggérerait une continuité historique avec les discours pré-modernes de rivalités inter-croyances, alors que nous sommes en réalité confrontés à un phénomène bien plus contemporain et contingent (Halliday 1999, 895). Le terme d’islamophobie induirait donc en erreur et devrait être remplacé par celui d’ « hostilité anti-musulmans » (anti-Muslimism) (Halliday 1999). Cet argument fut récemment mobilisé en Allemagne, où, pour des raisons similaires, la « Deutsche Islam Konferenz », un organisme d’État initié par le ministère fédéral de l’intérieur, rejeta le terme «d’islamophobie » en faveur du néologisme « Muslimfeindlichkeit » (« hostilité envers les Musulmans ») (Deutsche Islam Konferenz 2011 ; cf. Shooman 2011a).

Un second type de critiques se concentra plutôt sur le terme « phobie ». Celui-ci reviendrait à pathologiser et individualiser un phénomène politique et social (Rattansi 2007, 108). L’utilisation du terme « islamophobie » impliquerait ainsi que l’hostilité envers l’Islam et les musulmans constituerait une sorte de maladie mentale qui pourrait – de manière individuelle – être traitée ou soignée. En effet, certaines approches dans le champ des études sur l’islamophobie conceptualisent littéralement l’islamophobie comme « caractérisée par la peur » (Lee et al. 2009, 94 ; Lee et al. 2013 ; cf. Abbas 2004, 29 ; Lean 2012, 13 ; Sokolowsky 2009). Là encore, ce type de critique a été repris dans les débats germanophones, venant à la fois d’auteurs préférant utiliser le terme « Islamfeindlichkeit » (« hostilité contre l’Islam ») (Bühl 2010, 287ff. ; Bielefeldt 2010, 188) et par ceux définissant ce phénomène comme du racisme anti-Musulmans (Attia 2007, 22 ; Eickhof 2010, 42 ; Klammer 2013, 22).

Enfin, et sans surprise, la définition la plus influente de l’islamophobie, développée en 1997 dans le rapport Runnymede, suscita examens et critiques particulièrement scrupuleux. Dans la plupart des cas, ces critiques se concentrent sur les concepts de vision « ouverte » et « fermée » de l’Islam qui soutiennent la définition de l’islamophobie qui y est proposée. La discussion la plus approfondie du « modèle Runnymede » se trouve dans le livre de Chris Allen Islamophobia. Le problème, selon lui, est que qualifier d’islamophobe les « visions fermées » de l’Islam, c’est suggérer qu’il en existe des visions « ouvertes » objectivement correctes sur lesquelles pourrait et devrait se fonder un discours rationnel sur l’Islam et les musulmans. Néanmoins, comme l’écrit Allen (Allen 2010, 79) :


Chris Allen a écrit:
Ce modèle et ses concepteurs (…) renforcent la construction d’un musulman essentialisé, et l’idée selon laquelle un tel fondement idéalisé serait nécessaire au combat contre l’islamophobie.

Ceci fait écho à des critiques antérieures du concept d’islamophobie. Par exemple, Fred Halliday faisait valoir que ce concept était fondé sur :

Fred Halliday a écrit:
l’idée biaisée […] qu’il existerait quelque chose comme un Islam, contre lequel la phobie pourrait être dirigée (Halliday 1999, 898).
Même si l’on voit mal en quoi cet argument concernerait toutes les définitions existantes de l’islamophobie (Klug 2012, 674), il vise juste lorsqu’il est dirigé contre le modèle Runnymede et les définitions élaborées sur la base d’une distinction entre visions ouvertes et visions fermées de l’Islam qui lui sont liées (cf. Abbas 2004; Zuquete 2008).

II. « Deux choses totalement différentes » ?

Ceci étant dit, nous voudrions nous concentrer sur un autre problème concernant la catégorie d’islamophobie. Selon nous le « paradigme de l’islamophobie » a engendré une distance problématique, et un manque de dialogue, entre les études sur l’islamophobie d’un côté et les études et théories critiques du racisme de l’autre. En insistant sur l’importance , en tant qu’objet de savoir déterminé, d’identifier et d’enquêter sur les pratiques discriminatoires dirigées contre les musulmans et l’Islam, diverses contributions procèdent à une distinction entre l’islamophobie et le racisme. Les deux phénomènes, sont ainsi traités comme « deux choses évidemment totalement différentes » (Allen 2010, 110). Ceci résulte selon nous de l’isolement auto-infligé des études sur l’islamophobie à l’égard des débats plus larges sur le racisme ; isolement qui mène à deux problèmes significatifs que nous aimerions à présent discuter.

Certaines définitions et conceptualisations de l’islamophobie ignorent, implicitement ou explicitement, les théories critiques marxistes, ou inspirées du marxisme, du racisme, et retombent en-deçà des intuitions qu’elles ont développé.


Lorsque l’islamophobie est traitée comme un exemple, ou un sous-ensemble, du racisme (culturel ou différentialiste), le défi qu’elle pose aux concepts et théories du racisme eux-mêmes est sérieusement sous-estimé.


Le premier problème peut être illustré par les travaux les plus récents de Nathan Lean et Deepa Kumar. Le livre de Lean Islamophobia Industry et Islamophobia and the Politics of Empire de Kumar figurent parmi les contributions récentes les plus largement discutées dans ce champ de recherche. Ils visent à porter le débat au-delà des cercles universitaires et sont écrits à des fins explicitement politiques, mettant en avant une position fermement anti-raciste (et dans le cas de Kumar : révolutionnaire-socialiste). En soulignant les faiblesses conceptuelles de leurs contributions, nous ne cherchons en aucun cas à en minimiser l’importance dans la discussion contemporaine. Cependant, eu égard au problème soulevé, deux points méritent d’être examinés.

Dans sa description de la production du discours anti-musulmans de droite, Lean réduit largement l’islamophobie à un instrument consciemment déployé et forgé par l’élite en vue de renforcer son pouvoir politique. Kumar présente elle aussi l’islamophobie comme la forme la plus récente de construction d’un ennemi principal de l’Occident, et les islamophobes de droite comme de « nouveaux McCarthistes » producteur d’une « peur verte » [green scare par analogie avec le terme red scare, le communisme érigé en panique moral pendant les années du McCarthisme NDLR] (Kumar 2012, 175ff.). Elle affirme également que l’islamophobie a été :

Kumar a écrit:
consciemment construite et déployée par l’élite au pouvoir à des moments bien particuliers (Kumar 2012, 3)

Et là encore comme Lean, elle retrace la manière dont un réseau de néoconservateurs belliqueux (Neocon-hawks) ont crée, avec la droite pro-israélienne, des chrétiens conservateurs et « d’anciens Musulmans » une atmosphère d’hystérie autour de la « menace islamique » dans le cadre de la stratégie géopolitique post-guerre froide des néoconservateurs (Kumar 2012, 113ff.). Comment l’islamophobie est-elle définie, ou utilisée, dans ces travaux ? On ne trouve pas, dans l’ouvrage de Lean, de définition explicite. Les quelques références théoriques et conceptuelles sont empruntées au paradigme psychologique du racisme comme préjugé et stéréotype qui remonte au positivisme de Fordon Allport élaboré dans les années 1950 (Lean 2012, 82f.). Mais dans le même temps, Lean affirme clairement qu’il voit l’islamophobie comme un phénomène spécifique, bien que recoupant des formes variées de racisme ou de ce qu’il appelle xénophobie. Dès le début de son livre, Kumar introduit quant à elle le concept d’Islamophobie pour désigner toute forme de « peur » (et de haine) face à la « menace musulmane » (Kumar 2012, 3). Elle utilise, de manière quelque peu agaçante, les termes d’ « islamophobie », de « préjugé anti-musulman » et de « racisme anti-musulman » comme des synonymes. Contrairement à Lean, elle se réfère explicitement à l’islamophobie comme à une forme de « racisme culturel contre les Musulmans » – hélas, elle ne revient jamais sur les questions théoriques et conceptuelles qu’implique une telle définition.

Lean et Kumar partagent une perspective totalement agentive et intentionnaliste sur le phénomène. En ce sens, il abordent l’islamophobie comme quelque chose que des agents (relativement puissants) font (construisent, produisent, génèrent) en vue d’atteindre un certain objectif en accord avec leurs intérêts politico-économiques. Cette conception évoque les premières conceptions marxistes du racisme comme instrument au service des classes dominantes afin de diviser les classes subalternes. De fait, Kumar utilise elle-même l’expression « instrument au service de l’élite » pour décrire sa compréhension de l’islamophobie (Kumar 2012, 7).

C’est justement cette vision instrumentaliste qui fut critiquée et dépassée par ceux qui contribuèrent au développement de la théorie critique du racisme dans les années 1980 et au début des années 1990 en Grande-Bretagne et en France. Malgré certaines différences d’accentuations, Robert Miles, Stuart Hall, Étienne Balibar, Colette Guillaumin et d’autres ont tous soutenu qu’il était nécessaire d’aller au-delà des conceptions fonctionnalistes et instrumentalistes du racisme. De manière significative, ils tentèrent d’intégrer le phénomène du racisme – ou plutôt différents types de racismes historiquement spécifiques – dans une théorie plus large de l’idéologie et de l’hégémonie, se fondant largement sur les travaux d’Antonio Gramsci et de Louis Althusser. Ils cherchaient ainsi à intégrer conceptuellement les aspects structurels et discursifs du racisme, c’est-à-dire à théoriser la manière dont les stéréotypes, les images et les métaphores racistes – la totalité du racisme en tant qu’idéologie au sens fort – sont reproduits socialement et institutionnalisés comme faisant partie de la superstructure d’une formation sociale ; ils s’attachaient également à déterminer la manière dont cette superstructure est rétroactivement liée à des pratiques d’exclusion et à comprendre la façon dont le racisme, entendu non comme un instrument mais un rapport social, produit des identités racialisées. S’appuyant sur la théorie althusserienne de l’idéologie, Stuart Hall et ses collègues du Birmingham CCCS soutinrent théoriquement et démontrèrent empiriquement que le racisme fonctionnait comme un système d’interpellations idéologiques produisant ce que Stuart Hall appelait dès 1980 des « modalités [racialisées] à travers lesquelles la classe est vécue » (Hall 1980, 55).

Malheureusement, ces discussions sont largement absentes de la plupart des contributions récentes sur l’islamophobie. Alors même que l’islamophobie est parfois décrite comme une idéologie, elle n’est pas proprement analysée en tant qu’idéologie, ce qui impliquerait de montrer comment les idées de la classe dominante deviennent effectivement les idées dominantes dans le contexte politique et culturel actuel. Si une telle entreprise irait bien au-delà des objectifs du livre de Lean, une marxiste comme Kumar – qui contribue fréquemment à l’International Socialist Review et à la Monthly Review – aurait en revanche dû aborder ce point. Après tout, dans une perspective marxiste, que la classe dirigeante ait recours à diverses formes de racisme pour asseoir sa domination est moins surprenant que l’emprise de cette forme particulière de racisme sur le « sens commun » des subalternes, admise par Kumar elle-même (Kumar 2012, 41f.). Décrire l’islamophobie comme un « instrument au service de l’élite » (Kumar 2012, 3) n’est pas d’une grande aide dans ce contexte.

Le second problème concerne les contributions dans lesquelles l’islamophobie est interprétée comme une variante du racisme, et plus concrètement comme la forme la plus récente et la plus virulente d’un nouveau racisme culturalisé. Ceci inclut, encore une fois, le travail de Deepa Kumar, mais également, par exemple, celui de Liz Fekete et de l’Institute of Race Relations (IRR) en Grande-Bretagne, ainsi que d’importantes contributions au débat germanophone, comme celle proposées par Iman Attia ou Yasemin Shooman. Ici, le problème est que le phénomène du racisme anti-musulmans est bien trop rapidement intégré au cadre conceptuel d’un nouveau racisme différentialiste ou culturel développé dans les années 1980 et au début des années 1990 dans un contexte bien différent de la situation actuelle. Là encore, deux défauts distincts quoique reliés sont à examiner.

Il importe tout d’abord de noter que ces débats sur l’émergence de nouvelles formes de racisme en Europe – qu’on les nomme « nouveau racisme » (Barker 1982), « néo-racisme » (Balibar 1991), « racisme différentialiste » (Taguieff 201), racisme culturel (Hall 2000, 11) ou xéno-racisme (A. Sivanandan, in : Fekete 2009, 20) – ont fait leur apparition dans le contexte historiquement spécifique des nouveaux schémas migratoires de l’ère postcoloniale (Balibar 1991, 21 ; Hall 2000, 12). Ces nouvelles formes de racisme étaient alors dirigées contre les catégories de migrants ou « d’étrangers » qui n’étaient pas principalement marqués par la « race ». Cet « ancien nouveau racisme » (old new racism) des années 1980 et 1990 fut essentiellement analysé comme un élément des stratégies modernisatrices de la droite – du néoconservatisme thatchérien à la nouvelle droite populiste. Ces théories fournissent quelques aperçus cruciaux pour l’étude des formes contemporaines de racisme – en premier lieu, le rappel fait Etienne Balibar que « la culture peut également fonctionner comme une nature, et [qu’] elle peut en particulier fonctionner comme une manière d’enfermer a priori des individus et des groupes dans une généalogie, une détermination originellement immuable et intangible » (Balibar 1991). Toutefois, aborder l’islamophobie comme l’exemple le plus récent d’un racisme culturel, c’est passer à côté de certains aspects extrêmement importants. Le recours aux valeurs des Lumières, la cooptation d’une partie des mouvements féministes et queer, et la manière dont il est partiellement décrit comme une « critique progressiste de la religion », rendent le racisme anti-musulmans irréductible à une stratégie de modernisation droitière. L’islamophobie devrait plutôt être comprise comme une forme de racisme libéral (Encke 2010) ou « post-libéral » (Pieper et al. 2011) soutenant une large alliance inter-classe fondée sur des mécanismes d’exclusion spécifiques. Nous y reviendrons dans les troisième et quatrième sections de cet article.

Par ailleurs, la description de l’islamophobie comme un « racisme culturel » implique souvent une sorte de périodisation historique, localisant l’émergence de cette forme spécifique de racisme dans une séquence temporelle particulière. Elle repose sur un récit de transition allant d’un vieux racisme proprement biologique, socialement discrédité après l’Holocauste et la décolonisation, à un racisme qui substitue la culture à l’ancienne catégorie de « race ». Cependant, le phénomène du racisme anti-Musulmans contemporain va au-delà de cette périodisation et interroge la séquence historique du « d’abord biologique – puis culturel » qu’implique ce type d’argument. Ce qui caractérise le racisme anti-Musulman, c’est la manière dont la quantité prodigieuse de métaphores, de stéréotypes et d’images hérités de la longue histoire de l’orientalisme est réarticulée et politisée, offrant ainsi un cadre idéologique à l’intérieur duquel les sujets contemporains peuvent donner sens à leur présent. Ils peuvent, en d’autres termes, traduire ces archives en modalités à travers lesquelles, pour paraphraser Stuart Hall, la classe et le genre sont expérimentés et vécus.

III. Les théories critiques d’analyse du racisme : la « race » en tant qu’effet du discours raciste.

Parler de racisme anti-Musulmans au lieu d’islamophobie n’est donc pas juste une question de lutte politique. Cela se réfère à la longue durée2 des racismes qui ont opéré dans l’histoire et qui opèrent encore aujourd’hui. Comme l’affirme Wulf D. Hund (2012), ils opèrent avec et sans le concept de « races », avant et après. Mais compte tenu que ce terme n’est pas largement accepté dans ce type de débats, nous devons clarifier les concepts que nous utilisons : ce n’est que lorsque nous aurons une image appropriée de ce que nous entendons par racisme que nous pourrons significativement nous pencher sur le problème du racisme anti-Musulmans, et en tirer des conclusions politiques et pratiques. Comme nous l’avons déjà indiqué, nous affirmons que les élaborations théoriques les plus importantes pour approfondir les recherches critiques sur le racisme autant que pour fonder théoriquement des politiques anti-racistes se trouvent dans les travaux d’auteurs comme Colette Guillaumin, Robert Miles, Stuart Hall ou encore Étienne Balibar.

Il devrait être clair que le concept de « race » n’est pas une catégorie scientifique. C’est pourquoi les recherches critiques sur le racisme posent que le racisme ne se réfère pas à la « race » en tant que fait naturel qui serait ensuite connecté à des valeurs négatives, mais qu’il faudrait plutôt saisir la « race » en tant qu’effet discursif et construction sociale (voir Guillaumin 1995 ; Hall 1994 ; Balibar 1991). Il s’en suit que le racisme ne commence pas uniquement là où il y a :

Citation :
de profondes différences entre divers groupes de personnes (…) qui sont établies de manière absolue (…) et sont utilisées à des fins d’agitation, comme Immanuel Geiss le montre dans sa définition classique du racisme (Geiss 1988 : 20, cit. n. Hund 1999 : 16)

Au lieu de cela, la construction de « profondes différences » doit être elle-même identifiée comme un effet du discours raciste. La « race » est l’objet du discours raciste, en dehors duquel elle n’a aucun sens ; c’est une construction idéologique et non pas une catégorie empirique au sein de la société. En tant que telle, elle pointe une série de caractéristiques imaginaires en lien avec l’héritage génétique, par lesquels les positions de domination sociale et d’infériorité sont perpétuées et légitimées de facto, par la référence à la généalogie des différences au sein des espèces (Cohen 1990 : 97). Frantz Fanon l’a noté de manière poignante en 1952 : « c’est le raciste qui produit l’inférieur » (cit. in Terkessidis 2004 : 96). Si la différence raciste est dès lors imaginaire et construite, cela ne la rend pas pour autant moins réel. En effet, c’est un principe structurant de la société qui a des effets matériels bien réels, qui est inscrit dans les pratiques sociales de la discrimination et qui se mêle à une compréhension de soi-même et du monde orientée vers l’action au moyen de la « connaissance culturelle». En fait, la « race » n’a rien de fictif, comme le remarque justement Colette Guillaumin (1995: 107) :

Colette Guillaumin a écrit:
La race n’existe pas. Mais elle tue tout de même des personnes.

C’est l’argument central des théories critiques du racisme. Comme le relève John Solomos, la « race » est « un produit et un effet du racisme et ne lui préexiste pas. » (Solomos 2002, 160). Deuxièmement, le racisme structure et régule les relations sociales de manière spécifique : en tant que discours idéologique, le racisme utilise des marqueurs symboliques afin de construire des différences entre les groupes sociaux (Hall 1980). Par conséquent, des caractéristiques spécifiques sont attribuées à ces groupes qui s’expriment principalement à travers des dispositions intellectuelles, émotionnelles, sexuelles, etc. Ce processus de production de la différence fut nommé « racialisation » par Robert Miles, bien qu’aujourd’hui on lui préfère le terme postcolonial d’« altérisation». En termes généraux, cela signifie que la construction raciste de la différence, les marqueurs spécifiques de la différence et les catégories, signifiants et attributions racistes varient toujours selon les contextes et l’histoire. Ils amalgament ainsi les éléments sociaux, culturels et les éléments « naturels ». Le point nodal ici est que cet argument sur le caractère construit de la race a une structure spécifique que nous devons expliciter : alors que le discours raciste clame qu’il peut déduire des caractéristiques culturelles de traits naturels, la légitimation de cet argument pointe en réalité exactement dans la direction opposée. Le racisme débute par l’affirmation de différences culturelles qui devraient être exprimées par des traits corporels/naturels/biologiques ou identifiables à travers ceux-ci. Ce n’est pas la différence biologique qui est « culturalisée » mais bien, au contraire, la différence construite culturellement qui est « biologisée », c’est-à-dire inscrite dans les corps – dans la « nature » – des acteurs sociaux. Il s’en suit qu’il y a toujours un pan culturel dans chaque forme de racisme : historiquement, la construction de la différence raciste a toujours tourné autour de l’essentialisation de différences socio-culturelles qui exprimeraient soi-disant en elles-mêmes des caractéristiques biologiques, mais uniquement de manière instable. Cela nous amène à constater que bien que ces différences culturelles doivent de manière tendancielle être liées aux marqueurs corporels, les discriminations ne s’arrêtent pas lorsque cela n’est plus permis. Cela peut être illustré à travers de nombreux exemples historiques et contemporains dans lesquels des stratégies de visibilité artificielle sont nécessaires. Ainsi en va-t-il pour l’étoile jaune de l’antisémitisme. Dès lors, le point nodal du racisme n’est pas plus la notion de race elle-même que la notion de race comme construction sociale (racialisation), mais déploie diverses stratégies de légitimation pour lesquelles la « race » est l’une des options possibles.

Il résulte de ceci que nous pourrions nous demander ce qu’ont en commun les diverses formes d’expression racistes si l’on pense le racisme comme une relation sociale : la manière dont il opère dans une société basée sur les rapports de classes (au-delà d’une perspective fonctionnaliste). Une notion générale de racisme peut être dérivée de ses effets dans le processus de socialisation dans une société de classes. La socialisation désigne le processus d’inclusion et d’exclusion que le sociologue allemand Wulf D. Hund a appelé la « socialisation négative » (Hund 2006, 2010). Celle-ci a deux aspects : d’une part la délimitation (binaire) imaginaire entre NOUS (US) et EUX (THEM) à travers laquelle les divisions sociales sont résolues dans un ENSEMBLE (WE). D’autre part, cela se réfère aux pratiques d’exclusion et d’inclusion à un niveau matériel. C’est cela que nous pointons lorsque nous évoquons le discours idéologique où l’idéologie ne fonctionne pas pour déclarer une « fausse conscience » mais où elle opère au sens où la notion d’idéologie désigne ce qui produit la matérialité du discours de l’appareil, des institutions et des pratiques (répressives) d’État.

Ici, la question de l’intersectionnalité entre en jeu, puisque le racisme ne peut pas simplement être défini comme une fonction des formes de production capitalistes mais doit – dans le même temps – être analysé en tenant compte des spécificités historiques des sociétés capitalistes, de leurs modalités et formes d’articulations spécifiques : quelques unes des caractéristiques/principes structurels particuliers de ce mode de production : l’exploitation capitaliste, l’État-Nation moderne, les nouveaux mouvements migratoires, les systèmes de frontière, les biopolitiques, etc. – en résumé, les traits structurants de la modernité capitaliste et, plus concrètement, le contexte de la crise actuelle du capitalisme.

IV. Le racisme sans races, le racisme sans racistes.

Bien que ces remarques restent très générales, à propos des théories critiques du racisme, elles n’en sont pas moins importantes compte tenu des manques et insuffisances analytiques et théoriques dans les débats sur le racisme anti-Musulman. Mais elles sont également importantes du fait des incertitudes et des hésitations politiques des mouvements antiracistes lorsqu’on en vient à traiter la question du racisme anti-Musulmans.

Nous avons déjà mentionné certains des traits distinctifs du racisme anti-Musulmans. Ceux-ci sont liés aux débats sur l’immigration, l’intégration et l’identité européenne dans laquelle les stratégies culturalistes de démarcations et de calculs concernant l’utilité économique des personnes sont engluées et dans lesquelles les discours racistes et les pratiques discriminatoires s’expriment souvent à travers la langue de l’émancipation et des Lumières. Il est important de rappeler que ce n’est pas seulement un problème de l’extrême-droite. Dans ces discours, les Musulmans servent souvent de code pour désigner « l’immigration non-voulue » et « le refus d’intégration ». Pour ces raisons, nous ne parlons pas seulement de racisme anti-Musulmans comme d’un racisme sans « races » mais également comme d’un racisme sans racistes.

Cela renvoie aux stratégies de défense des racistes eux-mêmes, qui bien-évidemment rejettent en bloc l’accusation de racisme. Écoutons plutôt Thilo Sarrazin 3 :

Thilo Sarrazin a écrit:
Je ne suis pas raciste. Si vous avez bien lu mon livre, vous savez que j’affirme que le problème des immigrés musulmans avec l’intégration est en rapport avec leur origine culturelle islamique (Sarrazin 2010).

Necla Kelek une célèbre « ex-musulmanne » allemande a employé le même registre dans sa défense de Sarrazin :

Necla Kelek a écrit:
« Sarrazin ne peut pas être raciste, car l’Islam n’est pas une race, mais une culture et une religion. » (cit. in Shooman 2011b : 59).

Ces prétextes simplistes clarifient certaines choses à travers l’affirmation explicite que l’Islam n’est pas une « race » – tout comme il n’y a pas d’autres « races ». Ce sont des constructions sociales, comme nous l’avons montré plus haut. Ce qui est le plus important cependant, c’est l’idée que le racisme ne peut pas être réduit à la construction de « races ». Comme nous l’avons montré, le noyau de l’idéologie raciste repose sur la naturalisation d’inégalités sociales, qui s’organisent principalement autour des imaginaires de la différence culturelle. Ainsi, nous pouvons identifier l’explication de Sarrazin du « problème que les immigrés ont avec l’intégration » qui résulterait de leur « origine culturelle islamique » comme une stratégie discursive raciste, dans laquelle une conception essentialiste de la culture sert à dresser une barrière entre nous et eux.

Mais est-ce vraiment aussi simple ? Hélas non, car même certaines recherches critiques actuelles sur le racisme tergiversent encore sur le fait de considérer le racisme anti-Musulmans du racisme. Ainsi Ali Rattansi, dans son texte introductif au « racisme » écrit :
Ali Rattansi a écrit:

Étant donné que les Musulmans recoupent tous types de couleurs de peau, d’ethnicité et de nationalités, il est difficile d’affirmer de manière simpliste que même si l’Islamophobie existe, elle soit une forme de racisme. (Rattansi 2007 : 109)

Robert Miles et Malcom Brown le pense également en termes obscurs et confus :
Citation :

Lorsque les Musulmans deviennent un groupe racialisé, un amalgame de nationalité (« Arabe » ou « Pakistanais » par exemple), de religion (Islam) et de politiques (extrémisme, fondamentalisme, terrorisme) est fréquemment produit dans les discours orientalistes, Islamophobes et racistes. (…) Cependant, comme d’autres religions des Autres, le caractère prétendument distinct des Musulmans n’est pas vu comme biologique ou somatique, ainsi l’Islamophobie ne doit pas être regardée comme une instance du racisme. Quoiqu’il en soit, cela interagit tout de même avec le racisme, et (…) il y a ainsi eu une quasi-racialisation anachronique des Musulmans (comme « Sarrasin », « Turcs » ou « Maure ») au Moyen Âge. (Miles ; Brown 2003 : 164).

Les impasses d’une conception du racisme exclusivement basée sur les formes de racismes prenant leurs sources dans la spécificité historique coloniale ou alors reliées à la couleur obscurcissent ici notre perspective. C’est pour cela que nous répétons encore les conclusions esquissées dans les considérations théoriques du racisme comme nous les avons développées plus haut, les reliant aux exemples concrets du racisme anti-Musulmans : le racisme anti-Musulmans fonctionne par essentialisation de la différence culturelle, c’est-à-dire par la construction de l’ Islam comme une culture statique, homogène et spécifiquement différente. Les Musulmans et les personnes considérées comme telles sont en quelque sorte dés-individualisées, réduites à leur prétendue appartenance à l’Islam. Toutes les autres caractéristiques sociales passent au second plan. L’incarnation de la différence peut d’une certaine manière être marquée comme « musulmane » à travers un habit ou un voile, ou un nom qui enclenchent tout un arsenal d’images ou d’associations que l’on projette sur les individus ou les groupes considérés comme musulmans (Shooman 2020 : 104). C’est pour cela que les personnes affectées par le racisme anti-Musulman sont constamment sommés de prendre position face à tous les événements considérés comme reliés à l’« Islam ». Car c’est « leur culture » : « Chaque Musulman est rendu responsable pour les sourates auxquelles il ne croit même pas, pour le dogmatisme orthodoxe qu’il ne connaît pas, pour les terroristes violents qu’il rejette ou pour le régime brutal qui sévit dans un pays qu’il a lui-même fuit. » (Emcke 2010). L’injonction à constamment se déclarer en faveur de la démocratie ou des droits de l’Homme et de prendre ses distances avec les fondamentalismes prennent une dimension quasi-conspirationniste, particulièrement lorsque cette injonction est pleine de soupçons à l’égard de la supposée doctrine de la taqiyya, qui permettrait aux Musulmans de mentir aux non-Musulmans.

Ce processus d’altérisation, de construction de l’Islam et des Musulmans en tant qu’Autres, contribue comme par un jeu de miroir à la compréhension que le christianisme ou la « culture occidentale » séculaires ont d’elles-mêmes. Ces dernières se décrivent comme le lieu des Lumières, de la démocratie et de l’émancipation. C’est en ce sens que le racisme anti-Musulman sert à la fois à délimiter un en-dehors et à délimiter les effets de l’intégration par rapport à un en-dedans. Dans ce contexte, la « religion » représente la dimension essentialiste de la culture :
Citation :

La lecture souvent sélective et littérale du livre saint des Musulmans, le Coran, entraîne des conclusions systématiques concernant le comportement social de cette communauté religieuse, clamant que leurs actions sont principalement déterminées par leur religion (Shooman 2010 : 108).

Les références à des citations du Coran sont ainsi mobilisées pour « expliquer » les traits et dispositions des « Musulmans » – indépendamment du rôle que joue effectivement la religion pour chaque individu et ce que l’identité musulmane peut signifier individuellement, subjectivement et contextuellement dans chaque cas et indépendamment du fait de savoir si les personnes concernées se définissent elles-mêmes comme musulmanes.

Le racisme anti-Musulmans ne concerne en rien la religiosité personnelle. En ce sens, l’affirmation selon laquelle le racisme n’entrerait pas en jeu puisque la religion est toujours un choix personnel (réversible) et non pas une attribution essentialiste, est fausse. Nasar Meer s’oppose à cette stratégie discursive qui différencie l’essentialisation raciste et la religiosité librement choisie en vue de délégitimer les discriminations envers les Musulmans en tant que Musulmans par l’argument que :

Nasar Meer a écrit:
le terme « Musulman » est utilisé comme un moyen pour catégoriser certains agents et créer des formations et définitions sociales sur lesquelles ces mêmes agents n’ont pas de contrôle. (Meer 2008 : 68)

Meer se réfère notamment aux débats britanniques concernant la loi sur les rapports de race (race relations act) et au fait de savoir jusqu’à quel degré la protection contre les discriminations racistes qu’elle garantie peut s’appliquer aux Musulmans. L’argument central contre son application « était basé sur la dichotomie entre les identités raciales et religieuses : puisque l’ancienne était involontaire ou « naturelle », elle engendrait une certaine protection alors que la nouvelle est volontaire et délégitime donc la protection. » (ibid : 63). Les Musulmans sont ainsi collectivement isolés par des pratiques discursives de signification et des pratiques matérielles d’exclusion à cause de l’attribution d’une islamité (muslimness) présumée. C’est pourquoi Meer et d’autres parlent de « racialisation » de la religion et de la culture dans le racisme anti-Musulmans (voir eg. Meer ; Modood 2009 ; Rana 2007 ; Shooman 2011b). Cette naturalisation de la culture et de la religion devient plus évidente dans le contexte de « guerre contre le terrorisme » et des pratiques de profilage racial qui en résultent, qui :

Citation :
perpétuent une logique exigeant une compétence spécifique pour savoir à quoi ressemble un Musulman grâce à des signes visuels ou physiques. Cela ne se base pas uniquement sur des marqueurs culturels superficiels comme la pratique religieuse, les habits, le langage ou l’identification. La notion de « race » joue un rôle dans le profilage des Musulmans (Rana 2007 : 149).

Nous avons cependant déjà montré que le concept de « racialisation » est problématique en cela qu’il explique les approches qui tentent d’expliquer les racismes contemporains basés sur la culture à travers l’analogie des racismes basées sur la race. La pertinence d’une notion du racisme plus large devient ici manifeste, elle identifie la spécificité des différentes stratégies racistes de légitimation et les catégories de légitimation.

Le racisme anti-Musulmans demeure moins dans la racialisation que dans la culturalisation, la diabolisation, la barbarisation – donc dans l’actualisation de vieux modèles d’exclusion raciste qui sont en effet plus vieux que le concept de « race » lui-même. Il n’en demeure pas moins une forme de racisme, au motif de sa fonction « au sein du processus de sociabilisation spécifiquement classiste. » (Hund 2006). En des temps où les réseaux de solidarité institutionnelle sont démantelés, où l’expérience de la précarité se généralise et où la démocratie parlementaire s’érode, le racisme – et en particulier le racisme anti-Musulmans – représente un mode de stabilisation des rapports sociaux de domination, et une manière autoritaire de faire face à la crise. Il contribue, en effet, à « un détournement de l’attention sur d’autres questions sociales, transformant un ensemble de contradictions en un autre » (Müller-Uri 201 ; vgl. Elfferding 2000).

La démarcation de l’Autre musulman et la construction d’une « culture et de valeurs » communes offrent une opportunité d’identification et de construction d’un « nous » collectif même pour ceux qui font en général figure de « classe sociale subordonnée » dans la société ou sont victimes de la gestion politique de l’État en tant que « classes dangereuses ». Dans le même temps, cela permet un déplacement du désaveu social comme induit par le processus social de transformation en un terrain de « conflit culturel », évacuant ainsi les questions sociales du débat politique : la culturalisation des crises sociales à travers le racisme anti-Musulman entraine leur dépolitisation.

Ceci prend forme à travers la collusion d’intérêts de différentes classes en une alliance fragile : pour les classes subalternes, le racisme anti-Musulman offre une possibilité de transformer les expériences de la précarisation en « certitudes partagées sur la différence culturelle d’avec les Musulmans ». C’est ainsi « qu’ils ne sont pas uniquement certains qu’il s’agit d’eux, mais également que le système politique fonctionne en vue de défendre les biens sociaux auxquels ils ont droit » (Gruppe Soziale Kämpfe 2010). Un tel « capital symbolique raciste » se traduit en réalité en des avantages matériels bien réels – comme lorsque les « personnes qui ne sont pas d’origine immigrée » ont des traitements préférentiels dans leur recherche d’appartements ou d’emplois – alors que dans le même temps celui-ci autorise l’expansion des mesures étatiques de surveillance, de contrôle et de discipline via le consentement populaire, qui s’établit en référence au danger du « terrorisme islamiste ».

Pour les classes moyennes, le racisme anti-Musulman sert à sécuriser leur propre position en temps de crise.

Citation :
L’exemple fréquemment mentionné selon lequel on se moque que la femme de ménage porte le foulard mais que cela devient un « problème » lorsque c’est le médecin, l’avocate, ou l’institutrice qui le porte, peut-être interprété comme un indice quant aux possibilités à l’accès social qui sont négociées ici. (Wagner 2010: 16).

Ainsi, le débat autour du voile et de l’émancipation des femmes peut également être mis en relation avec l’ascension d’une classe moyenne féminine aux dépens de la vague de travailleurs immigrés. Tant que les « immigrés » se cantonnaient au travail précaire dans les secteurs à bas salaire, il n’y avait pas de problème. Ce n’est que lorsque les « luttes de l’immigration » réclamaient le droit à une plus large participation à la société et accédaient à une possible ascension sociale que leur « concurrence » fut formulée en termes racistes. Ce racisme fut complété par les figures argumentatives du racisme et du mépris de classe du discours néolibéral sur l’utilité. Il est dirigé contre ceux qui devraient être exclus de « l’accès à l’aide publique » à cause de leur supposée non-productivité (chômeurs, bénéficiaires d’allocations, etc.).

Les politiques sociales et migratoires peuvent se ressaisir sur ces figures et les utiliser pour gérer la crise. Le discours raciste de classe sur « l’abandon » autorise la construction d’une « communauté de travailleurs » et déplace le discours vers « l’abus de l’aide publique », arguant que la « faiblesse sociale » serait responsable de la crise. Parallèlement à ceci, le racisme anti-immigré et anti-Musulmans permet à ces « sous-classes convenables » de s’intégrer par leur identité, par l’indexation culturelle des problèmes sociaux au « refus d’intégration » des « immigrés ». Ce double mouvement – la délimitation respectueuse vis-à-vis à la fois d’un « extérieur » et d’un « inférieur » – est un trait central du racisme dans la modernité capitaliste.

Ainsi, le champ discursif ouvert à travers ce lien avec les discours économiques de l’utilité et les débats culturels sur l’immigration et l’intégration permet aux stratégies des différentes fractions de la bourgeoisie et à la dialectique inclusion/exclusion de se configurer et de s’ajuster avec une grande flexibilité politique. Cela favorise la distinction entre « l’immigration non-désirée » et celle qui est « désirée » et le recrutement de travailleurs étrangers « hautement qualifiés » et « assimilables ». Dans le même temps, cela traduit les conflits sociaux en « conflits culturels » de « refus d’intégration et d’efforts » qui concerneraient parallèlement les sociétés migratoires. Aucune métropole européenne qui se respecte ne peut se passer d’un quartier « immigré » gentrifié et d’un marketing de la diversité.

La tendance générale semble être au renforcement des politiques d’intégration culturalistes, comme en témoigne le slogan « l’intégration par l’effort » (voir Friedrich 2011). Cela devient particulièrement manifeste à travers la figure de « l’immigré entrepreneur » qui sait comment mobiliser ses ressources humaines en lien avec le sujet néolibéral du « moi entrepreneur». Ainsi, le secrétaire d’État autrichien, Sebastien Kurz, déclarait :

Citation :
L’intégration passe par l’effort. Ce n’est pas l’origine ou la religion d’une personne qui comptent, c’est son caractère et sa volonté à faire des efforts au travail et dans sa vie sociale et ainsi obtenir une certaine reconnaissance (Kurz 2011)

Ceci implique que :
Citation :

la situation sociale de certains immigrés (…) peut passer comme un échec individuel, alliant ainsi des comportements racistes à des interprétations plus classiques. Le postulat est le suivant : si tous les immigrés faisaient des efforts dans la même direction pour « faire de leur mieux », les problèmes disparaitraient. (Friedrich 2011 : 26)

Ce diagnostic individualiste des problèmes est également associé à la culturalisation raciste par l’association de la réticence à réussir par une incapacité culturelle à réussir. Dans ce contexte, une signification particulière est accordée à la construction raciste de l’Autre musulman, renforcé par un marquage culturel de celui-ci comme traditionaliste, prémoderne et anti-individualiste et dans le même temps comme symbole de la non-adaptation et la non-sujétion à la marchandisation du « moi entrepreneur » (entrepreneurial self). La culturalisation de même que l’économisation des phénomènes sociaux se rejoignent dans la figure du « Musulman ». C’est en cela que le racisme anti-Musulmans devrait être analysé comme une dimension centrale de la structure hégémonique des sociétés occidentales, comportant des implications essentielles pour la contre-stratégie antiraciste.

Le défi central pour les mouvements antiracistes consiste à fédérer les luttes autour de l’exclusion raciste et des droits sociaux. De tels pactes et alliances n’apparaissent pas ex-nihilo, ils doivent être politiquement produits – ce qui entraine inévitablement des tensions, des frictions et des conflits, puisque les intérêts, les objectifs, les stratégies et les tactiques ne peuvent pas être déduits de certaines positions sociales « objectives » des concernés (en appeler à la classe ouvrière « en tant que telle », elle qui n’a « pas de patrie », peut difficilement nous aider ici). C’est ici que repose la difficulté, mais également la force de « l’antiracisme politique » – à l’opposé de « l’antiracisme moral » qui n’a plus lieu d’être à partir du moment où l’on accorde un espace à la polémique, à la mésentente, à l’indignation.

Il existe de fortes limites similaires aux stratégies antiracistes qui réduisent le racisme à des attitudes individuelle, des préjugés et des peurs et clament que l’on peut remédier à celles-ci par l’élévation de la conscience. De telles approches pourraient ainsi facilement faire appel à l’État en tant « qu’agent antiraciste ».

Reconnaître le danger d’une « islamisation des débats » est particulièrement important lorsque l’on parle du racisme anti-Musulmans. Ceux qui placent leur argumentation sur le terrain de l’exégèse coranique, pour répondre aux critiques de l’Islam en invoquant d’autres versets du Coran, sont d’emblée perdants. Comme Stuart Hall l’a remarqué, les stratégies qui tentent de remplacer les images négatives par d’autres plus positives échouent car elles « gardent les oppositions intactes » (Hall 2004 : 163). Ce qui est en jeu, ce ne sont pas de « fausses images qui doivent être remplacées par de meilleures, mais un ensemble de rapports hiérarchisants ; ce sont les rapports de pouvoir qui dépendent des intérêts racistes qui sont en jeu. » (Attia 1994 : 221).

Traduit de l’anglais par Selim Nadi.

Bibliographie

Abbas, Tahir (2004) : « After 9/11 : British South Asian Muslims, Islamophobia, Multiculturalism, and the State » In : American Journal of Islamic Social Sciences 21 (3), 26-38.

Allen, Christopher (2010) : Islamophobia. Farnham : Ashgate.

Attia, Iman (1994) : « Antiislamischer Rassismus. Stereotype – Erfahrungen – Machtverhältnisse » In : Jäger, Siegfried (ed.) : Aus der Werkstaat : Anti-rassistische Praxen. Konzepte – Erfahrungen – Forschung. Duisburg : DISS, 210-228.

Attia Iman (2007) : Kulturrassismus und Gesellschaftkritik. In : Attia, Iman (ed.) : Orient- und Islambilder. Interdisziplinäre Beiträge zu Orientalismus und antimuslimischem Rassismus. Münster : Unrast, 5-30.

Balibar, Étienne (1991) : « Is There a ‘Neo-Racism’ ? » In : Balibar, Étienne/Wallerstein, Immanuel : Race, Nation, Class. Ambiguous Identities. London : Verso, 17-28.

Barker, Martin (1982) : The new racism. Conservatives and the ideology of the tribe. Frederick, Md : Aletheia Books.

Bielefeldt, Heiner (2010) : « Das Islambild in Deutschland. Zum öffentlichen Umgang mit der Angst vor dem Islam. » In : Schneiders, Thorsten Gerald (ed.) : Islamfeindlichkeit. Wenn die Grenzen der Kritik verschwimmen. 2., aktualisierte und erweiterte Auflage. Wiesbaden : VS Verlag, 173-206.

Bleich, Erik (2011) : « What is Islamophobia and How uch Is There ? Theorizing and Measuring an Emerging Comparative Concept » In American Behavioral Scientist 55 (12), 1581-1600.

Bühl, Achim (2010) : Islamfeindlichkeit in Deutschland. Ursprünge – Akteure – Stereotype. Hamburg : VSA.

Clements, Ben (2013) : « Explaining Public Attitudes towards the Integration of Muslims in British Society : The “Solidarity of the Religious” ? » In : Journal of Contemporary Religion 28 (1), 49-65.

Cohen, Philip (1990) : « Gefährliche Erbschaften. Studien zur Entstehung einer multirassistischen Kultur in Großbritannien » In : Kalpaka, Annita ; Räthzel, Nora (eds.) : Die Schwierigkeit, nicht rassistisch zu sein. 2., völlig überarb. Aufl. Leer : Mundo, 81-143.

Deutsche Islam Konferenz (2011) : Zwischenbericht über die Arbeit der Arbeitsgruppe, « Präventionsarbeit mit Jugendlichen ». Berlin.

Echebarria-Echabe, Agustin/Guede, Emilia Fernandez (2007) : « A New Measure of Anti-Arab Prejudice : Reliability and Validity Evidence. » In : Journal of Applied Social Psychology 37 (5), 1077-1091.

Eickhof, Ilka (2010) : Antimuslimischer Rassismus in Deutschland : theoretische Überlegungen. Berlin : wvb.

Elfferding, Wieland (2000) : « Funktion und Struktur des Rassismus. » In : Räthzel, Nora (ed.) : Theorien über Rassismus. Hamburg : Argument, 43-54.

Emcke, Carolin (2010b) : « Liberaler Rassismus ». En ligne : http://www.zeit.de/2010/09/Rassismus (Mars 2013)

Fekete, Liz (2009) : A suitable enemy. Racism, Migration and Islamophobia in Europe. London : Pluto.

Field, Clive D. (2007) : « Islamophobia in Contemporary Britain : The Evidence of the Opinion Polls, 1988-2006 » In : Islam and Christian-Muslim Relations 18 (4), 447-477.

Field, Clive D. (2012) : « Revisiting Islamophobia in contemporary Britain, 2007-10 » In : Helbling, Marc (ed.) : Islamophobia in the West. Measuring and explaining individual attitudes. London : Routledge, 147-161.

Friedrich, Sebastian (2011) : « Rassismus in der Leistungsgesellschaft. Einleitung » In : Friedrich, Sebastian (ed.) : Rassismus in der Leistungsgesellschaft. Analysen und kritische Perspektiven zu den rassistischen Normalisierungsprozessen der « Sarrazindebatte ». Münster : edition assemblage, 8-38.

Gruppe Soziale Kämpfe (2010): Die Kulturalisierung von Ungleichheit; in: Kulturrisse. Zeitschrift für radikaldemokratische Kulturpolitik 4/2010. Online : http://kulturrisse.at/ausgaben/042010/oppositionen/die-kulturalisierung-von-ungleichheit (March 2013)

Guillaumin, Colette (1995): Racism, Sexism, Power and Ideology. London: Routledge. Hall, Stuart (1980): Race, articulation and societies structured in dominance. In: UNESCO: Sociological Theories: Race and Colonialism. Paris: UNESCO, 305-345.

Hall, Stuart (2000): Rassismus als ideologischer Diskurs. In: Räthzel, Nora (ed.): Theorien über Rassismus. Hamburg: Argument, 7-16.

Hall, Stuart (2004): Das Spektakel des „Anderen“. In: Hall, Stuart: Ideologie, Identität, Repräsentation. Ausgewählte Schriften Bd. 4. Hamburg: Argument, 108-166.

Halliday, Fred (1999): ‘Islamophobia’ reconsidered. In: Ethnic and Racial Studies 22(5), 892-902.

Hund, Wulf D. (1999): Rassismus. Die soziale Konstruktion natürlicher Ungleichheit. Münster: Westfälisches Dampfboot, 15-38.

Hund, Wulf D. (2006): Negative Vergesellschaftung. Dimensionen der Rassismusanalyse. Münster: Westfälisches Dampfboot.

Hund, Wulf D. (2007): Rassismus. Bielefeld: transcript.

Hund, Wulf D. (2010): Negative Societalization. Racism and the Constitution of Race. In: Hund, Wulf D./Krikler, Jeremy/Roediger, David (eds): Wages of Whiteness & Racist Symbolic Capital. Berlin: Lit, 57-96.

Hund, Wulf D. (2012): Vor, mit, nach und ohne ›Rassen‹. Reichweiten der Rassismusforschung. In: Archiv für Sozialgeschichte (52), 723-761.

Joseph, Suad/D’Harlingue, Benjamin (2012): The Wall Street Journal’s Muslims: Representing Islam in American Print News Media. In: Islamophobia Studies Journal 1(1), 131-162.

Klammer, Carina (2013): Imaginationen des Untergangs. Zur Konstruktion antimuslimischer Framdbilder im Rahmen der Identitätspolitik der FPÖ. Wien: LIT Verlag.

Klug, Brian (2012): Islamophobia: A concept comes of age. In: Ethnicities 12(5), 665-681.

Kumar, Deepa (2012): Islamophobia and the Politics of Empire. Chicago: Haymarket. Kurz, Sebastian (2011): Online: http://www.integration.at/wir_ueber_uns/staatssekretaer/ (March 2013)

Lean, Nathan Chapman (2012): The Islamophobia industry. How the right manufactures fear of Muslims. London: Pluto Press.

Lee, Sherman A./Gibbons, Jeffrey A./Thompson, John M./Timani, Hussam S. (2009): The Islamophobia Scale: Instrument Development and Initial Validation. In: International Journal for the Psychology of Religion 19(2), 92-105.

Lee, Sherman A. et al. (2013): Fear of Muslims: Psychometric evaluation of the Islamophobia Scale. In: Psychology of Religion and Spirituality 5(3), 157-171.

Meer, Nasar (2008): The politics of voluntary and involuntary identities: are Muslims in Britain an ethnic, racial or religious minority? In: Patterns of Prejudice 42:1, 61-81.

Meer, Nasar; Modood, Tariq (2009): Refutations of racism in the „Muslim question“. In: Patterns of Prejudice 43:3-4, 335-354.

Miles, Robert; Brown, Malcolm (2003): Racism. Secon Edition. London, New York: Routledge. Müller-Uri, Fanny (2010): C-A-F-F-E-E … . In: IG Kultur Österreich (Hg.): Antimuslimischer Rassismus: Konjunkturen und Aktualitäten. Kulturrisse. Zeitschrift für radikalpolitische Kulturpolitik. 4/2010, 20-23.

Pieper, Marianne/Panagiotidis, Efthimia/Tsianos, Vassilis (2011): Konjunkturen der egalitären Exklusion: Postliberaler Rassismus und verkörperte Erfahrung in der Prekarität. In: Pieper, Marianne/ Atzert, Thomas/ Karakayali, Serhat/Tsianos, Vasilis (eds.): Biopolitik – in der Debatte. Wiesbaden: VS Verlag, 193-226.

Rana, Junaid (2007): The story of Islamophobia. In: Souls. A Critical Journal of Black Politics, Culture, and Society 9:2, 148-162.

Rattansi, Ali (2007): Racism. A very short introduction. Oxford: Oxford University Press.

Richardson, John E. (2004): (Mis)representing Islam : the racism and rhetoric of British broadsheet newspapers. Amsterdam ; Philadelphia, PA: John Benjamins Pub.

Sarrazin, Thilo (2010): Thilo Sarrazin: „Ich bin kein Rassist“. Im Interview mit Seibel, Andrea;; Fahrun, Joachim; Schumacher, Hajo. Online: http://www.welt.de/regionales/berlin/article9258118/Thilo- Sarrazin-Ich-bin-kein-Rassist.html (March 2013)

Shooman, Yasemin (2010): „…weil ihre Kultur so ist“ – Der neorassistische Blick auf MuslimInnen. In: Sir Peter Ustinov Institut (ed.): „Rasse“ – eine soziale und politische Konstruktion. Strukturen und Phänomene des Vorurteils Rassismus. Wien: Braumüller, 100-111.

Shooman, Yasemin (2011a): Islamophobie, antimuslimischer Rassismus oder Muslimfeindlichkeit? Kommentar zu der Begriffsdebatte der Deutschen Islam Konferenz. http://www.migration- boell.de/web/integration/47_2956.asp (abgerufen am 10.03.2013).

Shooman, Yasemin (2011b): Keine Frage des Glaubens. Zur Rassifizierung von „Kultur“ und „Religion“ im antimuslimischen Rassismus. In: Friedrich, Sebastian (ed.): Rassismus in der Leistungsgesellschaft. Analysen und kritische Perspektiven zu den rassistischen Normalisierungsprozessen der „Sarrazindebatte“. Münster: edition assemblage, 59-76.

Sokolowsky, Kay (2009): Feindbild Moslem. Berlin: Rotbuch. Solomos, John (2002): Making Sense of Racism. Aktuelle Debatten und politische Realitäten. In: Demirović, Alex;; Bojadžijev, Manuela (eds.): Konjunkturen des Rassismus. Münster: Westfälisches Dampfboot, 157-172.

Taguieff, Pierre-André (2001): The Force of Prejudice. On Racism and Its Doubles. Minneapolis: University of Minnesota Press. Terkessidis, Mark (2004): Die Banalität des Rassismus. Migranten zweiter Generation entwickeln eine neue Perspektive. Bielefeld: transcript.

Wagner, Constantin (2010): Wem nutzt antimuslimischer Rassismus? Soziale Funktion des Diskurses über Islam und MuslimInnen. In: ZAG. Antirassistische Zeitschrift 56 (Islambilder. Antimuslimische Ressentiments in Europa), 15-17.

Yenigun, Halil Ibrahim (2004): Muslims and the Media after 9/11: A Muslim Discourse in the American Media? In: American Journal of Islamic Social Sciences 21(3), 39-69. Zick, Andreas/Küpper, Beate (2009): Meinungen zum Islam und Muslimen in Deutschland und Europa. Ausgewählte Ergebnisse der Umfrage Gruppenbezogene Menschenfeindlichkeit in Europe (GFE- Europe). Bielefeld: Universität Bielefeld.

Zúquete, José Pedro (2008): The European extreme-right and Islam: New directions? In: Journal of Political Ideologies 13(3), 321-344.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 17 Oct - 3:54

Intervention de Fatima Khemilat au colloque de Nanterre, du 17 au 18 sept. 14

"racialisation, religion et genre :
quand l'intersectionnalité prend corps, elle vit en banlieue
"





blog Médiapart


Dernière édition par Admin le Jeu 4 Fév - 18:55, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 20 Oct - 19:17

Les actes anti-musulmans cachent-ils une misogynie ? Aude Lorriaux Slate 19.10.2015

Les agressions contre les musulmans concernent beaucoup plus de femmes que d’hommes: elles représentent plus de 81% des victimes et la quasi totalité des agressions violentes. Ce n'est pas un hasard.

Citation :
Le 4 juillet dernier, une jeune femme voilée est agressée. Des insultes fusent, de toutes sortes: «sale arabe», «sale musulmane», et aussi «sale pute». Les agresseurs se seraient, selon le Collectif contre l’islamophobie (CCIF) qui rapporte l’histoire à Slate, jetés sur la jeune femme pour lui arracher son foulard. Racisme, sexisme, ou les deux à la fois?

Selon Elsa Ray, porte-parole du CCIF ( le Collectif contre l'Islamophobie en France), ce type d’agressions visant les femmes voilées et s’accompagnant de commentaires sexistes est courant. De fait, les agressions contre les musulmans concernent beaucoup plus de femmes que d’hommes: elles représentent plus de 81% des victimes et la quasi totalité des agressions violentes, selon le CCIF. Des statistiques du Ministère de l’Intérieur aboutissent à un constat similaire, selon la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), qui s’est inquiétée dans un rapport en avril 2014 que sur les 17 actions violentes à l’encontre des musulmans, 14 concernaient des femmes. «La typologie des faits infractionnels met en lumière un phénomène particulièrement préoccupant, celui d’une recrudescence des agressions à l’encontre des femmes, et particulièrement de celles portant le voile», écrit l’institution. Si bien qu’on peut se demander si ces actes ne cachent pas une forme de misogynie.

De fait, le débat en France autour de l’Islam et des musulmans s’est largement focalisé sur les femmes. A tel point que le commissaire européen aux droits de l’homme, Nils Muiznieks, s’en est alarmé dans un rapport en février dernier, inquiet de cette «stigmatisation». Et dès le début: la loi sur les signes ostentatoires religieux à l’école, votée en 2004, concerne certes tous les signes religieux, mais dans les faits, les femmes voilées sont les principales touchées. Selon un bilan établi un an après la loi par l’inspectrice de l’Education nationale Hanifa Chérifi, sur 639 signes religieux recensés en 2004-2005, 626 concernaient des foulards islamiques.



Une manifestation contre la loi sur le port des signes religieux visibles, en 2004


Le foulard gêne, et pas qu’à l’école


Loin d’avoir apaisé les tensions, le vote de cette loi a ensuite suscité d’autres débats, cette fois autour d’organismes privés. Avec le licenciement d’une salariée de l’association Baby-loup en 2008, des élus se sont demandés s’il fallait autoriser le foulard au sein des crèches associatives, recevant des subventions publiques. Puis c’est la question du voile intégral dans l’espace public qui a fait débat, finalement interdit par les députés en 2010 et officiellement banni depuis 2011.

Un nouveau front a également été ouvert à l’université, notamment par un membre du gouvernement, en mars 2015: «L’université, c’est un lieu où on doit pouvoir parler de tout […] Je ne suis pas sûre que le voile fasse partie de l’enseignement supérieur», déclare Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes. «Je ne vois pas la cohérence d'un système où on interdirait le voile à l'école, au collège, au lycée et où on l'autoriserait à l'université», lui emboîte le pas le patron de feu l’UMP, de concert avec sa Secrétaire nationale en charge des Valeurs de la République et de la Laïcité. A droite, le féminisme est d'ailleurs souvent le cache-sexe d'une islamophobie non-assumée, comme l'avait illustré l'affaire du maillot de bain à Reims, qui a suscité nombre de réactions de responsables politiques d'habitude peu prompts à défendre les droits des femmes.

La loi de 2004 n’a pas réglé les problèmes à l’école

Même au sein de l’école, où l’on aurait pu croire les choses réglées par la loi de 2004, les limites et contours du texte semblent toujours flous, toujours remis en question. Les activités connexes à l’école, comme les sorties scolaires, sont dans le viseur de certains responsables politiques. En novembre 2014, l’actuel président des Républicains s’est ainsi opposé à ce que des mères voilées puissent être présentes lors des sorties scolaires. Là encore, ce sont des femmes qui étaient essentiellement visées. Un député de son parti, Eric Ciotti, a d’ailleurs déposé en février une proposition de loi en ce sens, quelques jours avant que Nicolas Sarkozy affirme:


«Nous ne voulons pas de femmes voilées»


Quelques semaines plus tard, ce sont les filles aux jupes «trop» longues qu’on veut exclure. Sarah K., âgée de 15 ans, est interdite d'entrée au collège Léo-Lagrange de Charleville-Mézières par deux fois en avril. Son vêtement est jugé contraire à la laïcité. Le 6 mai, c’est une autre jeune fille qui explique dans les colonnes de la République du Centre avoir été priée de laisser sa jupe chez elle, suscitant une nuée de tweets sous le hastag #JePorteMaJupeCommeJeVeux.

Cette crispation sur le foulard et les femmes musulmanes n’existe d’ailleurs pas qu’en France. Au Canada le Premier ministre Stephen Harper a récemment déclaré que le voile était «contre les femmes» et s’est opposé à une décision qui les aurait autorisées à porter un niqab durant les cérémonies d’accueil dans la citoyenneté canadienne. Une étude de l’université Teesside au Royaume Uni montre que quatre agressions dans la rue sur cinq visant explicitement des musulmans touchent des femmes.



Femme voilée par l'Europe


Des femmes jugées plus faibles

Pour expliquer ce phénomène, une première raison vient en tête: les femmes avec leur foulard sont tout simplement plus facilement identifiables comme musulmanes que ne le sont les hommes avec leur barbe. Pour Abdallah Zekri, vice-président du Conseil Français du Culte Musulman et président de l'Observatoire de l'islamophobie, ce serait même la seule et unique raison de l'agression des femmes musulmanes, et il n'y aurait derrière ces gestes aucune «misogynie» cachée. «La femme musulmane qui porte le voile se fait agresser, la femme musulmane sans voile ne se fait pas agresser. C'est un attribut uniquement religieux qui est visé. Les agressions sont des agressions cela n’a rien à voir avec le sexisme», juge-t-il, concédant néanmoins que c'est aussi parce que la femme est selon lui plus «vulnérable» qu'elle est visée.

«C’est le seul signe visible sur laquelle la loi pouvait agir. Le débat s’est donc focalisé sur les femmes», estime la militante et journaliste Rokhaya Diallo. A cela s’ajoute, selon la fondatrice de l'association Les Indivisibles, la peur qu’inspirent chez beaucoup de gens «l’homme arabe», qui renvoie dans l’imaginaire collectif une image de violence et d’agressivité. Cette image découragerait les amateurs d’agressions islamophobes: en somme, il serait plus facile de s’en prendre à des femmes, jugées plus faibles. Il est d’ailleurs assez courant que les victimes soient des femmes en position particulière de fragilité, souligne Elsa Ray, comme des femmes enceintes ou des femmes accompagnant des enfants.

Des agressions «connotées sexuellement»

Mais par delà ces explications les plus immédiates, n’y aurait-il pas aussi dans ces agressions une autre cause, moins évidente, et comme masquée par la discrimination la plus visible: le sexisme? Une discrimination pourrait-elle en cacher une autre?


68% La part d'agressions de femmes voilées commises par des hommes en 2014 en France

Regardons d’abord le sexe des agresseurs. Selon le CCIF, qui a procédé pour Slate à un décompte genré des agressions commises en 2014 et 2015, une majorité d’entre eux sont des hommes, mais ils ne sont pas tous des hommes, loin de là. Sur 19 agressions de femmes voilées commises en 2014, 13 l’ont été par des individus de sexe masculin (68%). Pour l’année 2015, du 1er janvier au 20 juillet, ce chiffre est de 58% (15 hommes pour 11 femmes). C’est un premier élément intéressant, mais insuffisant. Si le sexisme ou la misogynie semble être plus souvent une affaire d’hommes envers les femmes, il émane aussi de femmes, et n'est pas exclusivement attaché à un genre: les femmes ont même pu à certaines époques être encore plus «traditionnalistes» et attachées aux rôles genrés que les hommes, votant par exemple massivement moins à gauche que les hommes.

Analysons donc la nature de ces agressions. Nombre de ces actes seraient accompagnés, selon Elsa Ray, d’insultes sexistes, ou seraient «connotés sexuellement». Vêtements arrachés, parfois suivis d’attouchements sexuels: ce n’est pas seulement le voile qui est visé, mais le corps des femmes et ses attributs typiquement féminins, juge la responsable du CCIF.

Le dévoilement de l'indévoilable

«Il s’agit bien sûr d’actes misogynes», commente la chercheuse Christine Delphy, chercheuse au CNRS sur les questions de genre, et leur lien avec les notions de race et de classe. «Les agresseurs expriment le sentiment qu’ils peuvent imposer aux femmes ce qu’ils veulent. On continue de décréter ce que les femmes doivent pouvoir porter. C’est évidemment une mainmise sur la liberté des femmes», estime la chercheuse.


L'idée que les femmes rendent inaccessible leur corps au regard contredit la construction dominante de la féminité selon laquelle les femmes doivent se rendre disponibles

Pour la chercheuse Amélie Le Renard, membre de l'équipe Professions, réseaux, organisations du centre Maurice-Halbwachs et qui a animé l'année dernière un séminaire de recherche sur «classe, race et genre», «l’idée que les femmes rendent inaccessible leur corps au regard contredit la construction dominante de la féminité selon laquelle les femmes doivent se rendre disponibles», et c’est ce qui expliquerait aussi cette réaction de la part d’hommes qui ne supporteraient pas cette indisponibilité.

La figure de la «beurette», très recherchée dans les films pornographiques en France, serait aussi un symptôme de cette «frustration» d’essence machiste, puisqu’elle joue précisément sur le dévoilement de l’indévoilable. Elsa Ray souligne par ailleurs que bon nombre de commentaires désobligeants sur les femmes musulmanes qui fleurissent dans la fachosphère sont souvent accompagnés de contenus pornographiques, ou de commentaires à caractère sexuel. Elle cite en exemple les propos de l’adjoint du maire de Wissous, un élu qui avait refusé des femmes voilées sur la plage de sa commune. Son bras droit avait déclaré, sous un post du compte Facebook de son patron: «S’ils croient qu’on risque de leur piquer leurs laiderons parce qu’elles montreraient leurs cheveux… Il faudrait avoir vraiment faim.»

Plus généralement, au delà de ces agressions, ce sont les attaques et discours contre le voile, ou du moins certaines attaques contre le voile, dont on peut se demander s'ils ne sont pas empreints de «sexisme», comme le relevait dans une tribune il y a deux ans la politologue Virginie Martin et deux co-auteurs:


Virginie Martin a écrit:
«On est bien face à un cumul de sexisme et de racisme car cette guerre déclarée au voile agresse directement les libertés des femmes musulmanes et non celles des hommes musulmans. Toutes les mesures législatives qui depuis 2004 visent l'Islam en France, visent uniquement les femmes musulmanes. Sexisme et racisme sont donc les deux fléaux qui dévastent main dans la main les Droits humains, c'est donc à eux, grâce à un féminisme renouvelé, que la société française doit déclarer la guerre.»


Occultation de la dimension sexiste

Mais bien souvent, quand il existe, le caractère sexiste des agressions contre les femmes musulmanes est passé sous silence. «Quand on couple la question de genre avec un autre critère, il y a quelque chose qui coince, on a du mal à voir de l’intersectionnalité», estime Slimane Laoufi, le chef du pôle «emploi privé» du Défenseur des droits.

Concept sociologique forgé en 1989, l'intersectionnalité désigne la prise en compte des mutiples discriminations qui visent une même personne, en les considérant globalement. Pour la féministe noire Kimberlé Crenshaw, il consistait à prendre en compte à la fois le sexisme et le racisme, pour mieux inclure les femmes noires dans la lutte féministe, et éviter par exemple d'avoir à leur demander de choisir entre différents aspects de leur personnalité, indissociables.

Mais les victimes de sexisme et de racisme peuvent elles-mêmes occulter une de ces dimensions, notamment lorsqu'elles leur semblent entrer en contradiction ou en conflit, comme ce peut être le cas aujourd'hui pour certaines femmes qui portent un foulard et voient d'un mauvais oeil tout ce qui est lié au féminisme, résumé à un mouvement anti-voile. Depuis son poste d'observation, Slimane Laoufi estime par exemple que près des trois quarts des discriminations à caractère religieux dans l’emploi en France concernent les femmes, en grosse majorité pour des raisons liées au foulard. Pourtant, quand ces discriminations ont aussi un aspect sexiste, cette dimension est souvent occultée par les victimes. «Elles n’en ont pas conscience, voire refusent qu’on mette en avant cet aspect, même quand il est manifeste. C’est comme ancré en elles. Elles ont du mal à appréhender ce critère et attachent plus d’importance à la liberté religieuse qu’à l’égalité hommes-femmes», souligne Slimane Laoufi.

D’autres, estime l’expert, vont laisser se développer des remarques sexistes au travail et ne vont en prendre conscience ou commencer à s’en offusquer qu’à partir du moment où ces prétendues «blagues» vont s’accompagner de remarques sur la religion ou l’origine. Comme si le sexisme en lui-même n’était pas suffisant à déclencher leur exaspération.

Une histoire récente

La raison en est d’abord que le sexisme a été mis en lumière de manière plus récente que le racisme ou la xénophobie, et qu’il fait sans doute encore l’objet d’une plus grande acceptation sociale: «La prise en compte de la discrimination sexiste a été très tardive en France au niveau juridique, et sa mise en oeuvre effective est récente», commente le chef du pôle «emploi privé» du Défenseur des droits. L'occultation par les victimes de la dimension sexiste de la discrimination qui les touche «est le prolongement de cette histoire».

Par ailleurs, souligne Amélie Le Renard, il peut aussi être difficile de démêler dans une agression, une injure ou un propos dénigrant ce qui serait simplement «raciste» de ce qui viserait ensuite plus spécifiquement la «religion» et enfin le caractère «sexiste» de l’acte.


On n'est jamais juste une femme

Amélie Le Renard a écrit:
Ces violences sont indistinctement sexistes et islamophobes. La question de savoir si c’est plutôt sexiste ou islamophobe est une impasse. En vrai, on n'est jamais juste une femme. On n’est pas dans la tête des agresseurs non plus: le passage à l’acte est très complexe. Mais ce qu’on peut analyser, ce sont des statistiques. Et on voit des violences sur les femmes qui portent le voile et qui sont spécifiques


Les femmes voilées, «une population d’enfants»

Deux faces d’une seule et même réalité, donc. Et qui se font écho, femmes et immigrés étant deux populations souvent regardées comme simplement inférieures, moins capables de volonté, moins «éduquées» que les blancs non-immigrés, et qui écopent toutes deux de remarques infantilisantes. «Je ne compte plus le nombre de fois où les gens me disent "tu t’es mariée avec un arabe" pour expliquer pourquoi je porte un voile, comme si je n’avais pas la capacité à prendre la décision moi-même», affirme Elsa Ray.

Ce regard sur les femmes des quartiers qui seraient nécessairement sans capacité d’analyse et de décision propres, des «femmes-enfants», a été analysée par Christine Delphy, dans « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme». Il a été révélé et renforcé par les discours sur le foulard qui ont fait irruption en 2004, où les adversaires de la loi sur les signes religieux ont été nombreux à prétendre que les femmes devaient tout simplement fuir leurs quartiers:


Citation :
«Le seul point commun à ces "raisons" diverses, souvent contradictoires entre elles et avec leurs objectifs affichés, réside dans le regard porté sur les Françaises d’origine immigrée, un regard qui les construit comme des êtres incapables de discerner le vrai du faux, le bon du mauvais: une population d’enfants qui ne peuvent que "se tromper". Des enfants à la place desquels on doit décider, pour leur bien; plus: imposer cette décision par la contrainte s’il le faut. Que des politiciens aient cette attitude n’étonne pas. Mais comment des féministes qui dénoncent le paternalisme des hommes peuvent-elles ne pas voir que la même logique est à l’œuvre dans la prétention à "sauver" des femmes malgré elles et contre leur gré?»

Des cérémonies de «dévoilement» forcées

Misogynie et racisme ont souvent fait bon ménage dans l’histoire de l’immigration, estime Rokhaya Diallo, qui cite à titre d’exemple les cérémonies de dévoilement dans l’Algérie des années 50, dont le but était de «normer le corps des femmes indigènes», dans le cadre d’une «guerre contre le voile» menée par les épouses des généraux français et responsable de l’OAS, Jacques Massu et Raoul Salan, comme le raconte le livre Les Féministes blanches et l’empire. Ces cérémonies ont été décrites par Frantz Fanon, dans le livre L’An V de la révolution algérienne, au chapitre «L’Algérie se dévoile». La plus célèbre de ces cérémonies est celle du 13 mai 1958, où selon Frantz Fanon, «des domestiques menacées de renvoi, de pauvres femmes arrachées de leurs foyers, des prostituées, sont conduites sur la place publique et symboliquement dévoilées aux cris de “vive l’Algérie française!”».



Affiche «Dévoilez-vous». Via TV5monde.com
Ces cérémonies étaient à tout le moins des démonstrations de force où les femmes étaient instrumentalisées, la «libération» devant servir à l’armée française d’abord à «déstructurer la culture algérienne», selon Frantz Fanon.

Ainsi cette affiche éditée par le 5ème bureau d’action psychologique de l’armée française proclame ainsi à la fin des années 1950 à l’encontre des femme algériennes: «N’êtes vous pas jolie? Dévoilez vous!», comme le raconte la directrice du Centre des études féminines en Islam Asma Lamrabet dans une intervention à l’université de Grenade qui retrace l’histoire de l’utilisation politique et religieuse du foulard.

Scission au sein du féminisme entre pro et anti-foulard


Cette constante lutte autour des vêtements des femmes et de leur corps est d’autant plus mal vécue par les femmes voilées qu’elle serait encouragée, estiment certaines d’entre elles, par des groupes féministes, censés, pensent-elles, les protéger. La bloggueuse Ndella Paye a résumé ce problème dans un billet symbolique de ce déchirement, où elle décrit selon elles ces «violences sur d'autres femmes»
Ndella Paye a écrit:

Comment des femmes arrivent-elles à reproduire sur d'autres femmes ces mêmes mécanismes qu'elles dénoncent, sans que cela ne les ébranle le moins du monde? (...) C'est tellement infantilisant de se voir expliquer constamment le monde, de se voir traitée d'aliénée, d'éternelle enfant

« Si les féministes françaises regardaient vraiment les musulmanes portant le foulard comme des femmes opprimées, alors elles devraient précisément s’abstenir de les exclure des écoles ou de restreindre leur liberté de mouvement, au contraire, elles devraient essayer de mieux les inclure», affirme quant à elle Christine Delphy dans une tribune au Guardian.

Un déchirement tel qu’il a conduit à une véritable scission au sein du féminisme, entre pro et anti-voile, pour le dire grossièrement, ou plus précisément entre des militantes d’un côté dénonçant le foulard, considéré comme anti-féministe, et refusant en leur sein les féministes qui le portaient et de l’autre des femmes qui s’inquiètent de cette stigmatisation et estiment qu’un grand nombre des critiques qui lui sont adressées sont d’essence xénophobe. Un conflit résumé dans le livre de Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem, Les féministes blanches et l’empire, qui estime que le «féminisme hégémonique» comme il le nomme («regroupant les forces autour du Collectif national pour les droits des femmes, Ni putes ni soumises et Osez le féminisme!») a été incapable de penser les relations entre sexisme et racisme, et aurait même favorisé l’agenda de l’Etat qualifié de «raciste» en excluant les couches sociales invisibilisées ou précaires.

Aude Lorriaux




Dernière édition par Admin le Jeu 4 Fév - 18:50, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 3 Nov - 23:32



Discriminations religieuses à l'embauche : une réalité Marie-Anne Valfort / Économiste

Citation :
Marie-Anne Valfort est économiste à l’Ecole d’économie de Paris et à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Diplômée d’HEC et titulaire d’un doctorat de l’Ecole Polytechnique, elle est spécialiste de la discrimination sur le marché du travail. Elle a consacré de nombreux articles de recherche à la discrimination envers les musulmans dont une synthèse sera publiée en janvier 2016 par Presses Universitaires d’Harvard : Why Muslim integration fails in Christian-heritage societies (avec Claire L. Adida de l’Université de San Diego et David D. Laitin de l’Université Stanford).


Citation :
Esther, Dov, Nathalie, Michel, Samira et Mohammed, ont grandi dans le même quartier de Beyrouth au Liban.


Esther et Dov sont juifs, Nathalie et Michel sont catholiques, Samira et Mohammed sont musulmans. À l’issue du collège, ils ont convaincu leurs parents de les laisser partir en France pour y continuer leurs études. Ils choisissent le même parcours : passer le bac et s’inscrire en BTS comptabilité.


France, 2013 : à 25 ans, ils ont tous les six acquis la nationalité française et ont multiplié les expériences professionnelles en CDD. Pourtant, à l’heure de chercher un nouvel emploi, leurs candidatures ne reçoivent pas le même accueil.

Combien de CV les candidats ont-il besoin d'envoyer
avant de se voir proposer un entretien d'embauche ?

Esther, Dov, Samira et Mohammed sont-ils discriminés ?

44% des Français d’origine extra-européenne déclarent avoir rencontré une situation discriminatoire au moins une fois dans leur vie

Cette différence de traitement des candidatures d’Esther, Dov, Nathalie, Michel, Samira et Mohammed illustre la discrimination à l’embauche qui sévit en France, phénomène répandu mais mal connu en raison d’une absence d’indicateurs permettant une mesure précise de son ampleur – mis à part les 21 critères reconnus par le Code pénal. Les rares informations disponibles soulignent que les Français d'origine extra-européenne sont les plus touchés par la discrimination. Des outils viennent combler cette faille et permettent d’appréhender cette réalité : les testings correspondent à une méthode légale consistant à envoyer des CV de candidats fictifs en réponse à des offres d’emploi réelles, et à mesurer les taux de réponses en fonction des différents profils.  

En 2007, le Conseil constitutionnel a prohibé toute mesure généralisée de la diversité qui reposerait sur l’origine ethnique ou raciale des personnes. Cependant, il est possible de recourir à des données « objectives », telle que la nationalité ou le lieu de naissance d’un individu et de ses parents, mais aussi des mesures subjectives comme le « ressenti d’appartenance ».

Les rares informations disponibles soulignent que les Français d’origine extra-européenne sont les plus touchés. Des testings précédemment menés montrent qu’ils sont systématiquement défavorisés par rapport aux Français d’origine française et qu’il existe une forte corrélation entre la discrimination vécue à l’embauche et au travail, d’une part, et l’origine migratoire – en particulier extra-européenne – des salariés, d’autre part. Ainsi, les injustices vécues dans le cadre du travail par des immigrés d’origine d’Afrique sub-saharienne et du Maghreb notamment s’apparentent à des discriminations ethno-raciales.

Seuls 26% des Français ont une bonne image de la religion musulmane


Mais cette discrimination est-elle basée sur l’origine ou la religion ?

Les résultats du testing montrent une forte discrimination à raison de la religion [voir infographie dans l'original]

Ce testing dresse pour la première fois un état des lieux chiffré de la discrimination religieuse sur le marché du travail. Les résultats révèlent une forte discrimination à l’égard des juifs et des musulmans.

Ces derniers ont deux fois moins de chances d’être contactés par les recruteurs que les catholiques. Les hommes musulmans sont particulièrement discriminés : leur taux de réponse est 4 fois plus faible que celui des hommes catholiques.

Comment peut-on expliquer ces résultats ?

La religion musulmane est associée à deux types de stéréotypes : le premier fait référence à une pratique extrémiste de la religion, le second suppose une inégalité de traitement entre les hommes et les femmes. Dans l’emploi, ces stéréotypes se traduisent par des craintes ressenties par les recruteurs, qui pourraient permettre de rationaliser leur comportement. Le testing Valfort-Institut Montaigne a cherché à vérifier ces intuitions, par l’introduction de profils laïcs et de profils d’excellence.

Le protocole expérimental mis en place pour cette étude a été développé plus spécifiquement pour analyser les ressorts de la discrimination à l’égard des musulmans. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne permet pas d’expliquer la discrimination à l’égard des juifs, certains stéréotypes dont ils souffrent pouvant coïncider avec ceux dont sont victimes les musulmans.

Le schéma ci-dessous synthétise les stéréotypes associés à la religion musulmane et les comportements des recruteurs qui peuvent en découler. Il y ajoute les éléments du protocole expérimental qui ont permis de tester ces intuitions, et les résultats obtenus à l’issue du testing.





Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 7 Nov - 7:43


Islam-Europe: La population en forte augmentation à l’horizon de l’an 2030 5 novembre 2015 René Naba (Publié en partenariat avec le site madaniya.info)


UN ŒIL SUR LE MONDE MUSULMAN


La proportion de Musulmans est à la hausse dans le monde. En France, elle pourrait dépasser 10 % en 2030. Tel est l’un des principaux enseignements d’une étude publiée par l’institut Pew Research Center.

Citation :
Les Musulmans pourraient représenter plus de 10 % de la population française d’ici à 2030. Avec la Belgique, la France serait donc le pays d’Europe où, pour la première fois, la proportion des fidèles de l’islam dépasserait ce pourcentage symbolique. Estimés actuellement à 7,5 % de la population française (4,7 millions) les musulmans de l’Hexagone passeraient ainsi à 6,86 millions, soit 10,3 %. La communauté musulmane française confirmerait ainsi sa première place parmi les pays européens.

L’étude, intitulée « Le futur de la population musulmane globale », porte sur 232 pays et produit une multitude d’études statistiques sur de multiples sujets. Pour chaque pays, trois scénarios intégrant les évolutions de la fécondité féminine, l’espérance de vie, les migrations et moyennes d’âge dans les populations ont été retenues. Les résultats publiés sont ceux du « scénario moyen ».

Brian J. Grim, le coordonnateur de cette recherche, a indiqué que pour la France « la projection basse pour 2030 tourne autour de 9,8 % de population de religion musulmane. Et autour de 10,9 % pour la projection haute. Les variables essentielles étant le taux de fécondité et le rythme de l’immigration ».

Plus largement, l’enquête démontre que la population de religion musulmane va continuer à s’accroître dans le monde. 26,4 % de la population mondiale sera musulmane en 2030 pour 23,4 % aujourd’hui, quand bien même elle a déjà commencé à ralentir sa progression. « C’est le principal résultat de l’étude, explique Brian J. Grim. Cette population a en effet quelques décades de retard dans sa transition vers une fécondité moindre. »

Au sein des pays « à majorité musulmane », la fécondité était en moyenne à 4,3 enfants par femme dans les années 1990. Elle est aujourd’hui à 2,9 enfants par femme et devrait trouver une moyenne de 2,3 enfants par femme en 2030.

Il apparaît notamment que dans les huit pays à majorité musulmane où les filles ne bénéficient que de quelques années de scolarisation, le taux de fécondité par femme (5 enfants) est plus du double que dans les neufs pays où les femmes profitent de la scolarisation la plus longue : elles ont alors 2,3 enfants en moyenne.

La seule exception est celle des Territoires palestiniens où les jeunes filles peuvent suivre quatorze années de scolarisation, mais où le taux de fécondité se maintient à « 4,5 enfants par femme ».
L’enquête précise en outre que 47,8 % des femmes mariées en pays à majorité musulmane utilisent des moyens de contraception alors qu’elles sont 63,3 % dans des pays peu développés.

Une conséquence sur la structure générationnelle

Cette baisse du taux de fécondité va avoir, selon cette étude, une conséquence sur la structure générationnelle des sociétés à majorité musulmane. En 1990, plus des deux tiers des populations de ces pays avaient moins de 30 ans. En 2030, ces jeunes de moins de 30 ans formeront 50 % de leur population. Un « vieillissement » relatif qui n’empêchera pas, sur un plan mondial cette fois, que près d’un tiers de jeunes âgés entre 15 et 29 ans devrait être de religion musulmane en 2030 alors qu’ils sont un quart aujourd’hui.

Dernière approche, régionale, où il apparaît, par exemple, qu’un quart de la population de l’État d’Israël (23,2 %) devrait être de religion musulmane en 2030 (14,10 % en 1990). Ce qui représentera 2,1 millions de personnes. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la plus grande progression pourrait se produire en Irak. Ce pays deviendrait, après l’Égypte, le plus grand pays musulman de cette zone, passant devant l’Algérie et le Maroc.

Mais c’est en Asie que la population musulmane est la plus forte : 60 % des musulmans du monde entier y vivent. Seulement 20 % habitent au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. l’Indonésie est le pays musulman le plus peuplé du monde mais il pourrait être dépassé par le Pakistan.

Si l’Islam devrait confirmer sa progression démographique en Afrique subsaharienne (+ 60 % d’ici à 20 ans), l’étude indique que la proportion avec les populations non musulmanes, elles-mêmes en progression similaire, sera identique.

En Europe, les Musulmans devraient passer de 6 à 8 % en 2030, avec une forte progression en Angleterre, Autriche, Suède et Belgique.

À méditer.

© madaniya.info






Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 8 Nov - 19:53


lettre perçante ?

une petite remarque à propos des innombrables articles, livres, débats et polémiques sur les divers aspects et dangers de la religion musulmane dans un pays où la population musulmane représente quoi, 7 ou 8 % de la population

imagine-t-on, dans un pays à population majoritairement musulmane, en Afrique ou en Orient, en Asie ou en Indonésie, un tel déluge concernant les divers aspects de la chrétienté, de ses différentes religions, qui se sont toutes mises au service du colonialisme et du capitalisme occidental ?

je pense que c'est une bonne manière de s'imaginer ce qu'est la prétention française à traiter de tous les problèmes du monde, et donner les leçons de ses Lumières et valeurs universelles laïques et démocratiques



Dernière édition par Admin le Jeu 4 Fév - 18:50, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 9 Nov - 14:31

La perception de la menace islamique dans la presse européenne : une panique morale française ? 07 novembre 2015 |  Jeanne Prades  Médiapart


Le 28 octobre, alors que l’Hôtel de Ville de Paris accueille la remise du « prix de la laïcité » organisée par le Comité Laïcité République (CLR), une journaliste de l'hebdomadaire franco-turc Zaman France, Suheda Asik, est priée de retirer son voile par une organisatrice. Si la Mairie de Paris s’est désolidarisée de cette initiative, le CLR a évoqué la possibilité d’une « provocation » de la part d’une femme de venir voilée à une manifestation laïque[1]…  



Citation :
D’aucuns y verront un paradoxe ou une bévue, d’autres, au contraire, la plus grande cohérence. Cet incident peut être vu comme un signe, parmi tant d’autres, du glissement symbolique de la laïcité, d’un principe juridique de séparation et de neutralité, vers un discours et une pratique de défense identitaire. La question posée une fois de plus est évidemment celle de la perception de l’islam en France. Mais la différence des réactions dans d'autres pays européens face à ce genre de situation amène à poser une autre question : en quoi cette perception diffère-t-elle chez nos voisins, et comment cela nous permet-il de mieux comprendre notre singularité ?  

L'après 11 septembre : une "panique morale" globalisée ?

« Cet islam sans gêne » (Le Point), « Le mensonge du multiculturalisme » (Focus), « Le cauchemar de l'Eurabia » (The Spectator), ont fait régulièrement la Une des grands hebdomadaires européens en ce début de siècle. Du 11 septembre 2001 aux révolutions arabes, chaque événement touchant de près ou de loin le monde arabo-musulman a été l'occasion d'un véritable déferlement médiatique sur la question de l'islam en Europe.

Aussi le nouveau populisme européen ne se limite-t-il plus aux « extrêmes » mais se recentre, témoignant d’une alliance « contre nature » entre réactionnaires et progressistes sociaux. En Suisse, c’est l’Union Démocratique du Centre qui a fait interdire les minarets. En Norvège, c’est le Parti du Progrès qui combat l’islamisation dans son programme politique. En France, le Front National a changé de thématique : à l’instar des partis de gauche, il fait de la laïcité le fer de lance de sa lutte contre l’islam.

Ce phénomène pourrait s’interpréter comme le symptôme d'une panique morale globalisée au sens de Stanley Cohen[2]. Selon George Morgan et Scott Poynting (Global Islamophobia), celle-ci trouverait son origine dans les attentats du 11 septembre 2001 qui auraient fait apparaître l'islam comme le nouvel ennemi d'après Guerre Froide.

Dans cette période perçue comme apaisée, les attentats de New York ont représenté l’horreur et l’inconcevable. Les cadres de références et d’interprétations du monde ont été bouleversés. Le besoin de combler un vide narratif s’est traduit par une globalisation de la vision huntingtonienne du clash des civilisations[3] à l’échelle mondiale et le déplacement global de l’axe d’opposition Est/Ouest à l’axe Nord/Sud dans la perception de la menace au niveau occidental.

Il semble donc que les attentats du 11 septembre ont constitué une date charnière dans l’appréhension de l’islam et des communautés arabo-musulmanes en Europe occidentale[4]. Par la suite, des événements liés à ces populations ont connu un retentissement médiatique et politique intense et généralisé. Les soulèvements de 2010-2011 ont donné lieu à des interprétations et interrogations variées dans la presse européenne. Ils ont été perçus en France comme un « printemps arabe », mais cette appellation n’a pas été autant utilisée dans les medias britanniques et allemands.

Par ailleurs, les caricatures de Mahomet publiées par un journal danois le 30 septembre 2005 ont déclenché de vifs débats sur la liberté d’expression en Europe, et des contestations violentes dans le monde arabo-musulman. Il n’est pas utile de rappeler avec quelle intensité cette question est revenue dans l’actualité avec l’attentat de janvier 2015 contre Charlie hebdo.

Une panique morale proprement française ?

L'étude de trois grands hebdomadaires européens (Focus, The Spectator, Le Point) sur ces moments médiatico-politiques montre bien les variations dans la perception de la « menace islamique » dans nos pays d’Europe occidentale, du moins dans la période qui a précédé la cristallisation de cette menace dans l’émergence de Daech à partir du chaos syro-irakien.

Si le 11 septembre a réactivé la théorie du choc des civilisations dans les trois magazines, la conception de la menace a traduit des sensibilités spécifiques à chaque société : elle apparaît « terroriste » dans Focus, « civilisationnelle » dans The Spectator et « sociétale »[5] dans Le Point. Seul le cas français semble en effet répondre aux critères développés par Stanley Cohen : volatilité, hostilité, projection, disproportion, consensus.

Par ailleurs, l’« affaire des tchadors » de 1989 suggère que la problématisation et la construction médiatique de l’islam avait déjà commencé bien avant le 11 septembre en France. Cette affaire semble avoir été un premier moment de panique morale. Le caractère volatile du phénomène est à la fois validé et nuancé dans notre étude. L’islam fut déjà construit en Folk Devil à la fin des années 1980 à travers les filles voilées de Creil, si l’on en croit l’analyse détaillée de Thomas Deltombe, puis le phénomène se serait peu à peu essoufflé. Les attentats de 2001 n’ont donc pas déclenché la problématisation de l’islam mais l’ont réactivée, cimentée puis elle s’est banalisée : la panique n’est plus volatile aujourd’hui, la thématique de l’islam et des musulmans de France est devenue récurrente dans la sphère publique.

L’hostilité singulière manifestée dans Le Point témoignerait d'une panique morale proprement française, fondée sur la projection d’une mémoire coloniale conflictuelle sur le cadre interprétatif de l’islam et des musulmans, opposant au musulman modéré, intégré au nous national, le musulman intégriste, symbole de l'Autre, incompatible avec les valeurs de la République.

Une mémoire coloniale conflictuelle

On peut envisager en effet cela comme l’expression d’un ressentiment latent issu de l’expérience coloniale avec les peuples du Maghreb, en particulier le peuple algérien. Perdue politiquement, plus que militairement, la guerre d’indépendance de l’Algérie aurait ouvert une plaie dans l’identité française : le retour des français d’Algérie et la sédentarisation, dans l’hexagone, d’un nombre important d’anciens « colonisés » auraient favorisé une crise identitaire liée à la mémoire[6]. Le ressentiment de la communauté dite « pied noir » se serait diffusé, notamment grâce à son influence médiatique et son poids électoral dans le Sud, comme grille de lecture de l’islam en France. En miroir, le « rejet » perçu de la société française par certains individus issus de cette immigration postcoloniale entretient une dynamique conflictuelle où immigration et mémoire coloniale semblent inextricablement liées dans l’imaginaire collectif.

De son côté, l’Allemagne n’a pas, ou très peu, de passé colonial et la présence de l’Islam sur son territoire découle principalement d’une alliance économique avec la Turquie, qui prolonge elle même une ancienne alliance avec l’Empire ottoman. De même, la continuité politique et économique entre l’Empire colonial et le Commonwealth se traduit sans doute par une expérience plus pacifique et positive dans la mémoire britannique.

Mais, si c’est l’accès à la citoyenneté d’un ensemble d’individus autrefois « sujets » qui a contribué à un processus d’altérisation du musulman en France, un détour par la citoyenneté dans les autres sociétés européennes pourrait être une voie explicative.En Allemagne, le jus sanguinis signifie généralement que les étrangers résidents n’intègrent pas la communauté nationale, même si la législation a beaucoup évolué depuis quelques années. Par ailleurs, au contraire de la France, la présence de la communauté turque découle d’un accord de main d’œuvre passée entre pairs en 1961, et n’est donc pas passée d’une condition de dominée à celle d’égale. Au Royaume-Uni, le statut souple de « citoyen britannique » accordé aux ressortissants des anciennes colonies évoque plus une continuité qu’une « fracture coloniale », au sens que les postcolonial studies ont donné au cas Franco-algérien.

Une "nouvelle  laïcité" comme rempart identitaire

L’un des signes de cette sensibilité spécifique serait la mobilisation systématique et souvent disproportionnée de la « laïcité » en défense de l’identité française. Cette focalisation sur les signes religieux musulmans depuis une vingtaine d’années ferait écho à la question rhétorique mainte fois posée dans le débat public sur la compatibilité de l'islam avec la démocratie.

Il semble que la mobilisation du cadre laïque est à la fois cause et conséquence de la panique morale française. Cause car la tradition laïque spécifiquement française s’est traduite par l’émergence de mouvements qui, soit par anticléricalisme, soit par attachement à une laïcité de tradition catholique, expriment une réticence à la visibilité de l’islam. Et conséquence car le cadrage colonial explique en partie, me semble-t-il, que la laïcité ait changé de contenu et qu’elle soit devenue depuis les années 2000, le recours rhétorico-légal majeur face à l’implantation de populations explicitement musulmanes sur le territoire. En effet, le rapport Baroin pour une Nouvelle Laïcité, commandé par l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin en 2003, a fait pour la première fois référence à l’« identité nationale » dans un contexte de problématisation du foulard islamique. Depuis, le principe laïque n’est plus invoqué comme une simple norme régissant les pouvoirs publics, mais comme un pilier fondateur de l’identité française s’appliquant à la société dans son ensemble, et aux citoyens eux-mêmes. S’est ensuivie l’interdiction, par la loi, du port du foulard à l’école publique en 2004, qui a ouvert une décennie marquée par des débats opposant la laïcité et l’expression de la foi musulmane en France. À « liberté, égalité,... » semble donc s'ajouter aujourd'hui laïcité.

Des luttes pour la reconnaissance dans un pays réticent au pluralisme religieux ?

Une seconde hypothèse fondée sur la sociologie historique et celle des religions pourrait peut-être expliquer la particularité française, de tradition catholique, face à ses voisins plus influencés par la Réforme. Elle permettrait notamment d’éclairer un rapport différent au pluralisme religieux, dont le débat canadien sur une « charte de la laïcité » semblait être l’illustration. Le Québec, majoritairement catholique, y était plutôt favorable alors que les provinces anglophones, majoritairement protestantes, s’opposaient à une éventuelle diffusion de la charte au niveau fédéral.

On pourrait ainsi émettre l’hypothèse que le pluralisme religieux, et par conséquence l’acceptation de l’islam, serait plus en accord avec un contexte d’Eglise réformée en Grande Bretagne ou biconfessionnelle en Allemagne, que dans le cas français où l’Eglise catholique fut très longtemps hégémonique. Je n’affirme pas ici que la réticence au pluralisme religieux serait le propre du catholicisme en tant que religion mais peut être une conséquence de l’hégémonie sociale et culturelle qu’a longtemps exercé l’Eglise catholique en tant qu’institution.

Enfin, dans une perspective analogue à celle des labelling theories, l’hypothèse de la résurgence du religieux dans une société désenchantée développée par Olivier Roy ou Leila Babés, ou celle d’une « lutte pour la reconnaissance » des minorités proposée par Axel Honneth permettraient de mieux saisir ces phénomènes de repli identitaire comme des processus sans doute réciproques.

En effet des éléments comme le port du voile, les attitudes sectaires ou le repli identitaire, seraient autant de modèles de militance proprement occidentale et indépendante des acteurs islamistes : les tensions liées à l’islam seraient aujourd’hui le produit de son occidentalisation mal vécue. Cette hypothèse permettrait de prolonger l’analyse en la menant non plus du point de vue du narrateur mais de celui des protagonistes musulmans. On verrait ainsi que la réalité dont la panique morale rend compte partiellement n’est pas un phénomène unilatéral mais une dynamique complexe et interactive entre stigmatiseurs et stigmatisés dans un processus de repli identitaire qui est peut-être réciproque.

[ Ce billet résume un mémoire présenté en 2013 à l'UFR de Science politique de l'Université Panthéon-Sorbonne :

La perception différentielle de la menace islamique dans trois hebdomadaires d'Europe occidentale : "une panique morale" française ?

La totalité du texte est accessible sur :       http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00987280/document ]

[1] Frantz Durupt, « A la remise du « prix de la laïcité », une journaliste sommée de retirer son voile », Libération, 28 octobre 2015 :

http://www.liberation.fr/france/2015/10/28/a-la-remise-du-prix-de-la-laicite-une-journaliste-sommee-de-retirer-son-voile_1409488

[2] Cohen Stanley, Folk Devils and Moral Panics, Londres, Routledge, 1972. Selon lui, il y a trois processus de symbolisation qui construit un groupe en « démon populaire » : un mot renvoie à un statut ; des objets représentent ce mot ; la référence à ces objets renvoie directement au statut et aux émotions qui s’y rattachent.

[3] Dans son ouvrage célèbre, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, paru en 1996, Samuel Huntington, professeur en sciences politiques et membre de l’administration Carter, explique au contraire que les conflits vont perdurer sous de nouvelles formes. Ils n’opposeront plus des nations ou des idéologies mais des groupes culturels ou religieux qu’il appelle « civilisations ».

[4] Il y avait eu auparavant l’affaire des versets sataniques et celle des foulards à Creil en 1989.

[5] Selon lui, la sécurité sociétale est « la permanence, à l’intérieur de conditions acceptables d’évolution, des schémas traditionnels de langage et de culture ainsi que l’identité et des pratiques nationales et religieuses », in : Buzan Barry, People, States and Fear, Colchester, ECPR Press, 2007, p. 19.

[6] Voir à ce sujet : Stora Benjamin, La guerre des mémoires : la France face à son passé colonial (entretiens avec Thierry Leclere), La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2007.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 10 Nov - 15:22

importé du billet Critique de l'Islam, de l'islamisme et "islamophobie" 08 novembre 2015 | Par Monica M.

lucie couvreur a écrit:
Arriver à faire coexister pacifiquement au sein d'un même cadre juridique plusieurs cultes différents , dans un objectif commun qui est le respect de l'autre

je ne discute pas vos bonnes intentions, mais je pense qu'elles ne sont pas réalistes. L'histoire n'évolue jamais en fonction de considérations telle que "le respect de l'autre" : le droit, la loi, ne font jamais qu'entériner à un moment donné l'état de la société, des rapports sociaux

Lucie Couvreur a écrit:
Conclusion du document sur la charte de la laicité outil pédagogique
« L’objectif de la charte de la laïcité est de montrer que la laïcité doit être comprise comme une valeur positive d’émancipation et non pas comme une contrainte qui viendrait limiter les libertés individuelles. »
c'est vrai en partie au moment de son entrée dans le droit, et c'est à ce titre un compromis entre l'État et l'Église, majoritairement catholique, qui arrange les deux parties, et entérine leurs objectifs communs, y compris dans le soutien papiste aux armées


Citation :
« La laïcité est en réalité le seul outil qui permette d’éviter l’éclatement de la République en segments, en communautés étanches »

cela ne correspond pas à ce qui s'est passé depuis un siècle, si l'on regarde plus largement que les seuls rapports entre les Chrétiens et l'Etat français. Ceux-ci n'ont que très faiblement déterminé le sort de la "République". La période de l'Occupation allemande et de la Collaboration française, par exemple, n'est pas restée dans les annales des historiens comme un sauvetage de la République, ni pour l'entrée de l'Église dans la Résistance

>> l'Eglise et Pétain pendant la seconde guerre mondiale


Citation :
« C’est pour cette raison que la laïcité est un gage de paix.»

où avez-vous trouvé ça ? Donnez des exemples au lieu de prétendre que depuis un siècle, la France connaîtrait « la paix sociale grâce à la laïcité », ou qu'elle serait aujourd'hui utilisée à cette fin par tous ceux qui s'en réclament en la vidant de son sens, le compromis historique dont je parlais plus haut

en vérité, toute cette histoire, depuis la Révolution française, remonte à la surface, et montre ses dessous, qui sont bien plus complexes que ne veut le faire croire cette focalisation outrancière sur la religion musulmane, l'émancipation des femmes voilées, etc.

c'est pourquoi je disais à Monica M. qu'on peut toujours définir comme on veut « la question au centre de son billet », si cette question ne démontre pas sa pertinence. Le problème est dans la question, comme penser que le clivage droite-gauche serait encore déterminant. Autrement dit, je pense que Monica M. commet ici une double erreur d'appréciation : poser le problème comme étant celui de la gauche, et le faire à travers la question religieuse de l'islam

la France est malade de cette obsession, qui est utilisée par le pouvoir pour enfumer les Français, mais les réalités sociales feront un jour exploser cette bulle de spéculations idéologiques : voilà ce qu'ils craignent, à gauche comme à droite



Le monde continue à tourner loin de cette vision de l'esprit et du Saint-Esprit

Amen

Ah là est grand !


Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Jeu 12 Nov - 11:50

SaphirNews :

« Choisissez votre banlieue » : les clichés du FN à l'affiche  Rédigé par La Rédaction | Mardi 10 Novembre 2015


Citation :
Le Front national a dévoilé, lundi 9 novembre, une de ses affiches de campagne dans le cadre de l’opération « Banlieues patriotes » en vue de sensibiliser les quartiers populaires. A la présentation, on retrouvait Wallerand de Saint-Just, candidat aux élections régionales en Ile-de-France, et Aurélien Legrand, son directeur de campagne.

L’affiche polémique représente deux visages pour une même jeune femme : l’une sur la gauche arbore un bonnet rouge, le drapeau français peint sur les joues ; sur la droite, l’autre est vêtue d’un voile intégral (niqab). Au-dessus d’elles, un slogan : « Choisissez votre banlieue. Votez Front ! »

La jeune femme dans l’affiche n’est pas inconnue du paysage de l'extrême droite. Kelly Betesh, responsable FN des 5e et 6e arrondissements de Paris, est candidate sur la liste frontiste en Seine-Saint-Denis.

« Une femme opprimée comme on peut en voir dans nos banlieues face à une jeune femme libre : notre choix est fait ! », a fait savoir sur Twitter Wallerand de Saint-Just. Aurélien Legrand a déclaré pour sa part que la fille en niqab représente la Française de banlieue « rattrapée par la soumission et l’islamisme radicale qui se développe de plus en plus dans ces quartiers difficiles »... Que de clichés dans une seule affiche, qui incarne à elle-seule la vision caricaturale du FN sur les banlieues.

Lire aussi :

- « Banlieues patriotes », quand le FN lorgne sur les banlieues
- Islam et musulmans, une diabolisation permanente au FN (vidéo)


Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Jeu 12 Nov - 12:25

c'est tout à fait significatif de L'idéologie française, qui n'est pas d'abord politique, puisque cette « vision caricaturale sur les banlieues », loin d'être l'apanage du FN, s'exprime dans l'ensemble du champ politique (blanc) français

quant on fait remarquer cette indiscernabilité des arguments à des personnes "de gauche", voire à des "anarchistes" ou à des "partisans de la communisation" (je connais au moins 3 cas), ils s'en offusquent et reprochent de les traiter de « rouges-bruns », ou de racistes...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 14 Nov - 4:08

Un monde sans islam. Et si la religion n’expliquait pas grand chose ?
Publié le 11 novembre 2015 par Trouvailles les7duQuébec


—Combat entre croisés et Sarrasins, 1337. BnF
Guillaume de Tyr, Histoire d’Outremer

Une trouvaille de Adam Mira

Orient XXI  > Magazine  >  Graham E. Fuller   Et si l’islam n’avait pas existé ? Certains pourraient trouver l’hypothèse plaisante : pas de choc des civilisations, pas de guerres saintes, pas de terrorisme, pas de 11-Septembre ? Le Proche-Orient ferait-il figure de phare de la démocratie ? En réalité, sans l’islam, le monde en serait arrivé à peu près au même point qu’aujourd’hui en termes politiques et géopolitiques.

Graham E. Fuller a écrit:
Essayons d’imaginer un monde sans l’islam. Difficile, a priori. Cette religion occupe la une de nos journaux. Attaques-suicides, occupations, résistance, émeutes, fatwas, guérillas, vidéos terrifiantes, sans oublier le 11 septembre 2001 : «  l’islam  » sert de clé aux convulsions de notre époque. Pour certains néo-conservateurs, «  l’islamo-fascisme  » est désormais notre ennemi juré dans une «  troisième guerre mondiale  ». Permettez-moi de poser tout de même une question provocante : et si le prophète Mohammed n’était pas né  ? Et si l’islam ne s’était pas répandu au Proche-Orient, en Afrique et en Asie  ? Sans l’islam, notre monde serait sûrement très différent aujourd’hui… Ou pas.

Commençons par la question ethnique. En l’absence de l’islam, le visage de la région serait le même qu’aujourd’hui : complexe et conflictuel. La vie politique serait toujours dominée par les groupes importants du Proche-Orient, Arabes, Perses, Turcs, Kurdes, juifs, sans oublier les Berbères et les Pachtounes. Prenez les Perses : bien avant l’islam, ils ont frappé aux portes d’Athènes, et ils étaient les ennemis traditionnels des habitants de l’Anatolie. Des peuples sémites ont combattu les Perses dans tout le Croissant fertile, et jusqu’en Irak. Il y eut aussi les tribus et les marchands arabes, envahissant d’autres régions du Proche-Orient, bien avant l’arrivée de l’islam. Les Mongols auraient toujours détruit les civilisations d’Asie centrale et d’une grande partie du Proche-Orient au XIIIe siècle. Les Turcs auraient toujours conquis l’Anatolie, les Balkans jusqu’à Vienne ainsi que la plus grande partie du Proche-Orient. Ces conflits tournaient autour du pouvoir, des territoires, de l’influence et du commerce. Ils existaient bien avant l’arrivée de l’islam.

Mais on ne peut pas exclure arbitrairement la religion de l’équation. Si l’islam n’avait pas émergé, le Proche-Orient serait resté majoritairement chrétien, avec des sectes variées. Aucune autre grande religion n’était présente, à part quelques zoroastriens et un petit nombre de juifs.

Mais dans ce cas, l’harmonie aurait-elle régné entre l’Orient et l’Occident  ? C’est aller un peu vite. Il faudrait présupposer que l’Europe médiévale, impatiente de s’étendre, n’aurait pas projeté sa puissance ni son désir d’hégémonie vers l’Orient voisin. Les croisades n’étaient-elles pas d’abord une aventure occidentale, pour des raisons politiques, sociales et économiques  ? La bannière des croisés servait surtout à bénir les ambitions plus séculières de ces puissants Européens. Dans sa poussée impérialiste autour du Globe, l’Ouest n’a jamais tenu réellement tenu compte de la religion des autochtones. Les paroles vertueuses sur l’«  éducation des autochtones aux valeurs chrétiennes  » cachaient mal la réalité : le but principal était d’établir des avant-postes coloniaux, sources de profit pour la métropole et base de départ pour la projection de la puissance occidentale.

Les chrétiens d’Orient n’auraient sans doute pas réservé un accueil favorable aux flottes occidentales chargées de négociants protégés par les armes européennes. L’impérialisme aurait trouvé dans la complexe mosaïque ethnique de la région la matière première de sa méthode habituelle : diviser pour régner. L’Europe aurait toujours promu les mêmes dirigeants dociles, prêts à répondre à ses besoins.


Colonisation et luttes anti-coloniales

Avançons l’horloge vers l’âge du pétrole. Les États du Proche-Orient, mêmes chrétiens, auraient-ils accepté un protectorat occidental sur leur région  ? Sans doute pas. L’Ouest aurait construit et contrôlé les mêmes points d’étranglement, comme le canal de Suez. Ce n’est pas à cause de l’islam que les pays du Proche-Orient ont résisté de toutes leurs forces au projet colonial, avec ses frontières tracées selon les intérêts géopolitiques des Occidentaux. Des pouvoirs chrétiens d’Orient n’auraient pas mieux accueilli que les musulmans les compagnies pétrolières occidentales, soutenues par un cortège de régents, de diplomates, d’agents de renseignement et d’armées. Voyez la longue histoire du combat de l’Amérique latine contre la domination des États-Unis sur son pétrole, son économie et ses dirigeants politiques. Un Proche-Orient chrétien aurait lutté de la même façon pour le contrôle de ses ressources et de sa liberté, comme l’ont fait l’Inde, hindouiste, la Chine, confucéenne, le Vietnam, bouddhiste et l’Afrique, chrétienne et animiste.

Et les Français auraient tout aussi certainement colonisé l’Algérie et ses riches terres agricoles. Les Italiens, quant à eux, n’ont pas hésité à établir une domination brutale sur l’Éthiopie chrétienne. Bref, il n y’a aucune raison de croire que le Proche-Orient aurait réagi différemment à la colonisation s’il n’avait pas été musulman.

Toutefois, le Proche-Orient chrétien aurait-il été plus démocratique sans l’islam  ? L’histoire des dictatures occidentales n’est pas là pour nous rassurer. L’Espagne et le Portugal ont attendu les années 1970 pour se débarrasser de leurs dictateurs. La Grèce n’est sortie que depuis quelques dizaines d’années d’une dictature soutenue par l’Église. La Russie, chrétienne, n’est pas sortie d’affaire. Jusqu’à une période récente, l’Amérique latine était un nid de tyrans, régnant souvent en partenariat avec l’Église catholique et avec la bénédiction des États-Unis. La plupart des nations chrétiennes africaines n’ont pas fait beaucoup mieux. Pourquoi un Proche-Orient chrétien aurait-il été différent  ?

Et puis il y a la Palestine. Ce sont les chrétiens européens qui ont persécuté sans état d’âme les juifs pendant plus d’un millénaire, jusqu’au génocide de la seconde guerre mondiale. Ces événements épouvantables étaient le résultat d’un antisémitisme profondément enraciné dans la culture de l’Occident chrétien. Les juifs auraient donc toujours cherché à créer une patrie en dehors de l’Europe. Le mouvement sioniste aurait toujours émergé. Et le nouvel État aurait toujours chassé les mêmes 750 000 Arabes de leur pays, même s’ils avaient été chrétiens -– d’ailleurs, un certain nombre d’entre eux l’étaient bel et bien. Ces Palestiniens n’auraient-ils pas combattu pour leur pays  ? Les causes du problème palestinien restent d’abord ethniques, nationales et territoriales, même si on a récemment ajouté des slogans religieux au conflit. Et n’oublions pas que les chrétiens arabes ont joué un rôle essentiel dans l’émergence du mouvement nationaliste arabe. Le fondateur du premier parti Baas, Michel Aflaq, était un chrétien syrien éduqué à la Sorbonne.

Mais tout de même, direz-vous, les chrétiens du Proche-Orient auraient eu une attitude pro-occidentale dans le domaine religieux. Ce serait oublier que l’un des plus graves conflits religieux de l’Histoire a opposé Rome la catholique et Constantinople l’orthodoxe. Son souvenir est toujours vivace. Les chrétiens orientaux n’ont ni oublié ni pardonné le sac de Constantinople par les croisés en 1204. Les frictions entre Églises occidentales et orientales auraient été les mêmes qu’aujourd’hui. Dans un Proche-Orient chrétien, Moscou, dernier centre oriental de l’orthodoxie, exercerait une influence particulière. Les orthodoxes auraient fourni une arène de choix à l’affrontement Est-Ouest pendant la guerre froide.

S’il avait été chrétien, l’Irak n’aurait pas pour autant accueilli les troupes américaines avec des fleurs. Les États-Unis n’ont pas renversé Saddam Hussein, leader nationaliste et laïque, parce qu’il était musulman. Aucun peuple n’accepte l’occupation de troupes étrangères. Et ces peuples trouvent toujours une idéologie pour glorifier leur résistance. La religion en est une.

Dans un monde sans islam, la Palestine serait toujours en ébullition. L’Iran serait toujours férocement nationaliste. Les Palestiniens résisteraient toujours aux Israéliens, les Tchétchènes aux Russes, les Iraniens aux Britanniques et aux Américains, les Cachemiris aux Indiens, les Tamouls aux Cingalais, les Ouïgours et les Tibétains aux Chinois. Le Proche-Orient s’identifierait toujours à un prestigieux modèle historique, culturel et religieux : le grand empire byzantin d’il y a 2 000 ans. La division Est-Ouest perdurerait.


Sous la bannière du Prophète

On ne peut évidemment pas prétendre que l’islam n’a pas eu d’impact sur la région ni sur les relations Orient-Occident. L’islam a été une force unificatrice, il a créé une grande civilisation aux principes élevés, fondée sur une idée commune de la philosophie, des arts et de la société, une vision de la morale, un sens de la justice, de la jurisprudence et de la bonne gouvernance, tout cela ancré dans une culture de haut niveau.

La civilisation islamique a fourni aux peuples un idéal commun qui leur permet de résister aux pressions occidentales. Dans un monde sans islam, l’impérialisme occidental aurait divisé, conquis et dominé beaucoup plus facilement le Proche-Orient et l’Asie. On n’aurait pas, dans une aire aussi vaste, cette mémoire collective de l’humiliation et de la défaite. C’est à cause d’elle que les États-Unis se cassent aujourd’hui les dents sur le monde islamique. Aujourd’hui, grâce à Internet et aux images diffusées par satellites de communication, des millions de personnes ont le sentiment d’appartenir à une culture islamique commune, assiégée par l’impérialisme occidental. Ce siège ne cherche pas à imposer la modernité. Il a plus à voir avec l’éternelle volonté de domination de l’Occident sur l’espace stratégique, les ressources, et même la culture de l’Orient. En bref, avec la volonté de créer un Proche-Orient «  pro-américain  ». Malheureusement, les États-Unis s’imaginent que l’islam constitue le seul obstacle à leur entreprise.

Mais alors, quid du terrorisme  ? Y aurait-il eu un 11-Septembre sans l’islam  ? Quand il identifie le terrorisme avec l’islam, l’Occident a la mémoire courte. Les juifs ont utilisé le terrorisme contre les Britanniques en Palestine. Les Tigres tamouls ont inventé la ceinture d’explosifs. Des terroristes sikhs ont tué Indira Gandhi. Des opérations terroristes ont été menées en Grèce contre des Américains. Sans oublier le terrorisme dans les Balkans à la veille de la première guerre mondiale, les anarchistes européens, l’IRA en Irlande, les Mau-Mau au Kenya contre les Britanniques, etc. La liste est longue. Pas besoin d’être musulman pour pratiquer le terrorisme.

Est-il si difficile, alors, d’imaginer des Arabes chrétiens usant du terrorisme et de la guérilla contre Israël et contre les invasions impérialistes de l’Occident  ? Et même si l’islam comme véhicule de résistance n’avait pas existé, le marxisme était là. Il a alimenté l’idéologie de l’ETA basque, du Sentier lumineux au Pérou et de la Fraction Armée rouge en Allemagne, pour ne nommer que quelques groupes européens. Georges Habash, le fondateur du Front de libération de la Palestine (FPLP) était marxiste et chrétien de confession grecque-orthodoxe, ancien étudiant de l’université américaine de Beyrouth. À une époque de flirt entre le nationalisme arabe et le marxisme, le FPLP a reçu le soutien de nombreux chrétiens palestiniens.

Ceux qui résistent à l’oppression ont toujours besoin de drapeaux pour glorifier leur combat. La lutte des classes internationales pour la justice peut fournir une telle bannière. Le nationalisme, c’est encore mieux. Mais le meilleur drapeau, c’est la religion, car elle invoque les plus hautes instances comme justification. Et la religion peut toujours renforcer le nationalisme et l’ethnicisme tout en les transcendant, surtout si l’ennemi appartient à une religion différente. Dans ces cas-là, la religion n’est plus la source de la confrontation, mais son véhicule.


Et encore…

Mais la question subsiste : un monde sans islam serait-il plus pacifique  ? Certes, l’islam ajoute à la confrontation Est-Ouest un facteur émotionnel et une couche supplémentaire de complications. Mais l’islam n’en est pas la cause. Ceux qui se croient malins en cherchant dans le Coran des passages expliquant «  pourquoi ils nous haïssent  » se trompent complètement sur la nature du phénomène. C’est évidemment plus facile que d’analyser l’impact global de la seule superpuissance mondiale… Sans l’islam, l’Histoire n’aurait pas été tout à fait la même. Mais sur le fond, le conflit entre l’Est et l’Ouest se joue autour des grandes questions historiques et géopolitiques de l’humanité : ethnicité, nationalisme, ambition, avidité, ressources naturelles, leaders, territoires, profit, pouvoir, interventions militaires, ainsi que la haine des envahisseurs et des impérialistes.

Certains peuvent souhaiter un monde sans islam dans lequel tout cela n’aurait pas eu lieu. Mais dans ce monde, les conflits, les rivalités et les crises ne seraient pas très différentes de celles d’aujourd’hui.


Traduit et adapté de «  A world without islam  » paru dans Foreign Policy le 8 octobre 2009 par Pierre Prier.



Graham E. Fuller  Écrivain, analyste politique spécialiste de l’islam radical. Auteur de nombreux livres, dont A World without islam, Little, Brown and Company, 2010. Dernier livre paru : Breaking Faith : A novel of espionage and an American’s crisis of conscience in Pakistan, Bozorg Press, 2015.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 14 Nov - 22:13



« Il n’est pas bon d’être musulman en France » Ram Etwareea Bruxelles 14 novembre 2015

Fayçal Megherbi, avocat à Paris et militant des droits de l'homme, affirme que les attentats de ce week-end vont renforcer la méfiance à l'égard des musulmans


De confession musulmane, Français d’origine algérienne, Fayçal Megherbi se veut rassurant. Selon lui, les terroristes islamistes ne font qu’une infime partie de la population musulmane française

Citation :
Le Temps: Où étiez-vous vendredi soir ?

Fayçal Meghrebi: Avec mon épouse, nous assistions à un spectacle de la Compagnie Jolie Môme au Théâtre de La Belle Etoile à Saint-Denis, tout près du Stade de France. Vers 23h, le directeur des lieux nous a demandé de rester dans la salle. Grâce à nos portables, nous avons rapidement appris qu’il y avait eu plusieurs attentats à Paris et des dizaines de morts.

Quelle a été votre première réaction ?

De la colère. Nous avions commencé l’année avec deux attentats qui nous ont traumatisés toute l’année. Et voilà, on va terminer 2015 dans le même état d’esprit.

Avez-vous eu peur ?

Je vais lutter contre l’angoisse et vivre normalement avec ma famille ainsi que ma profession. Nous allons suivre les consignes du gouvernement de ne pas sortir ce week-end, mais la vie reprendra son cours dès lundi matin.

Avez-vous immédiatement pensé aux terroristes islamistes ?

J’ai eu la présomption que les fous de dieu, les adeptes de l’islam radical et fondamentaliste avaient frappé la France une nouvelle fois. Ce que le président de la République a confirmé par la suite.

Dès lors, peut-on parler de la fin de la cohabitation multiculturelle en France ?

Le vivre-ensemble demeurera. La France a de l’expérience pour gérer ce type d’événements tristes. Mais indéniablement, la cohésion sociale va prendre un coup. Heureusement, je n’ai pas entendu dans le discours du président Hollande un message qui stigmatise une population ou une religion. La France a une Constitution qui promeut le vivre-ensemble et la tolérance.

Mais d’autres discours parlent de l’échec de l’intégration…

Les extrémistes islamophobes sont particulièrement actifs sur les réseaux sociaux. Mais ils ne sont pas très différents des islamistes fondamentalistes. Les deux prônent la division, l’intolérance et la destruction. En tout cas, on ne peut pas assimiler les islamistes avec les musulmans de France. Nous savons qui sont les terroristes: une infime minorité dans la communauté musulmane, des égarés socialement instables. L’Etat doit les combattre.

Etes-vous mal à l’aise par rapport à votre origine ?

Pas du tout même alors que je constate que la stigmatisation des musulmans progresse en France et en Europe. La diabolisation de cette religion a gagné du terrain après les attentats du début de l’année. Je suis, comme la majorité des millions de Français de confession musulmane, complètement étranger au terrorisme islamiste. Je ne suis pas plus protégé parce que je suis musulman. Les terroristes attaquent la France certes, mais ils s’en prennent aussi aux valeurs universelles de la liberté et de la tolérance. Je ne suis pas mal à l’aise mais il est aussi vrai qu’en ce moment, il n’est pas bon d’être musulman en France.

La méfiance envers les musulmans s’est donc bien installée ?

Nous entendons tout le temps que l’islam n’est pas compatible avec les valeurs de la République. Les sondages montrent régulièrement que l’islam est devenu une préoccupation majeure des Français. En tant qu’avocat, je reçois régulièrement des clients qui se plaignent de discriminations et d’hostilité à leur égard. Malheureusement, les attentats de ce week-end ne vont pas aider. Heureusement, le président de la République a annoncé une guerre impitoyable contre des terroristes et non pas contre les Français de confession musulmane. Les journalistes ont aussi le devoir de ne pas mettre tout le monde dans le même sac.

A qui profite le crime sur le plan politique dans le contexte des prochaines élections régionales en France ?

Le discours de Nicolas Sarkozy (Les Républicains) samedi matin a été cohérent. Il s’est rallié derrière le président Hollande qui a appelé à la cohésion nationale pour faire face au terrorisme. Le Front national joue la carte islamophobe, mais les Français ne sont pas dupes.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 16 Nov - 11:51

[Je poste également ici]

Sur le blog de Saïd Bouamama :

Un monde immonde engendre des actes immondes : Ne pas renoncer à penser face à l’horreur

Citation :

Bouamama Saïd

15 novembre 2015

A l’heure où nous écrivons le bilan des tueries parisiennes est de 128 morts et de 300 blessés. L’horreur de cette violence injustifiable est absolue. La condamnation doit l’être tout autant, sans aucune restriction et/ou nuance. Les acteurs et/ou commanditaires de ces meurtres aveugles ne peuvent invoquer aucune raison légitime pour justifier ces actes immondes. La tragédie que nous vivons débouchera sur une prise de conscience collective des dangers qui nous menacent ou au contraire sur un processus de reproduction dramatique, en fonction de notre capacité collective à tirer les leçons de la situation qui engendre un tel résultat. L’émotion est légitime et nécessaire mais ne peut pas être la seule réponse. La réponse uniquement sécuritaire est également impuissante. C’est justement dans ces moments marqués par l’émotion collective que nous ne devons pas renoncer à la compréhension, à la recherche des causes et à la lucidité face aux instrumentalisations de l’horreur.


Les postures face à notre tragédie

En quelques heures toute la panoplie des postures possibles face à la tragédie s’est exprimée. Il n’est pas inutile de s’arrêter sur chacune d’entre elles. La première se contente de dénoncer Daesh et à exiger cette dénonciation de manière pressante de nos concitoyens musulmans réels ou supposés. Le projet politique de Daesh et les actes qui en découlent ont déjà été dénoncés par la très grande partie des habitants de notre pays, populations issues de l’immigration incluses.

Il faut vraiment être coupés de nos concitoyens musulmans réels ou supposés pour en douter. Ces concitoyens français ou étrangers vivant en France sont les premiers à souffrir de cette instrumentalisation de leur foi à des fins politiques, réactionnaires et meurtrières. « Qu’est-ce qu’on va encore prendre » est la réaction la plus fréquente qui suit l’émotion face à ces meurtres, conscients qu’ils sont des instrumentalisations de l’émotion à des fins islamophobes qui ne manquerons pas. Il ne s’agit pas d’une paranoïa mais de l’expérience tirée du passé et en particulier des attentats du début de l’année. Dans ce contexte les injonctions à la dénonciation sont ressenties comme une suspicion de complicité ou d’approbation. Une nouvelle fois ce qui est ressenti c’est une accusation d’illégitimité de présence chez soi. Voici ce qu’en disait Rokhaya Diallo dans une émission radio à la suite des attentats de janvier :

« Quand j’entends dire que l’on somme les musulmans de se désolidariser d’un acte qui n’a rien d’humain, oui, effectivement, je me sens visée. J’ai le sentiment que toute ma famille et tous mes amis musulmans sont mis sur le banc des accusés. Est-ce que vous osez me dire, ici, que je suis solidaire ? Vous avez vraiment besoin que je verbalise ? Donc, moi, je suis la seule autour de la table à devoir dire que je n’ai rien à voir avec ça (1). »

La seconde posture est l’essentialisme et le culturalisme. Les actes barbares que nous vivons auraient une explication simple : ils sont en germe dans la religion musulmane elle-même qui à la différence des autres, porterait une violence congénitale, une barbarie consubstantielle et une irrationalité dans son essence. Cette religion à la différence des autres religions monothéiste serait allergique à la raison et inapte à la vie dans une société démocratique. De cette représentation de la religion découle la représentation de ses adeptes. Les musulmans seraient, contrairement aux autres croyants, une entité homogène partageant tous le même rapport au monde, à la société et aux autres. Une telle posture conduit inévitablement à l’idée d’une éradication, l’islam apparaissant comme incompatible avec la république, la laïcité, le droit des femmes, etc. Résultat de plusieurs décennies de diffusion politique et médiatique de la théorie du « choc des civilisations », cette posture s’exprime dans des formes plus ou moins nuancées mais est malheureusement bien ancrée dans notre société (2).

La troisième posture est celle de la relativisation de la gravité des tueries. Celles-ci ne seraient que le résultat d’une folie individuelle contre laquelle on ne pourrait rien si ce n’est de repérer le plus tôt possible les signes annonciateurs dans les comportements individuels. Nous ne serions qu’en présence d’accidents dans les trajectoires individuelles sans aucune base sociale, matérielle, politique. Une telle posture de « psychologisation » occulte que les individus ne vivent pas hors-sol et que leur mal-être prend telle ou telle forme en rencontrant un contexte social précis. C’est à ce niveau que se rencontre l’individu et sa société, la trajectoire individuelle et son contexte social, la fragilisation et les offres sociales et politiques qui la captent pour l’orienter. Il est évident que les candidats « djihadistes » sont issus de trajectoires fragilisées mais cela ne suffit pas à expliquer le basculement vers cette forme précise qu’est la violence nihiliste (3).

La quatrième posture s’exprime sous la forme de la théorie du complot. Les tueries seraient le fait d’un vaste complot ayant des objectifs précis : complot juif mondial, « illuminati », actes des services secrets, etc. Elle conduit à un aveuglement face au réel et à l’abandon de l’effort de compréhension du monde et des drames qui le secouent. Elle suscite une dépolitisation se masquant derrière une apparente sur-politisation : dépolitisation car il serait vain de rechercher dans l’économique, le social, le politique, etc., les causes de ce que nous vivons et sur-politisation car tout serait issu d’une cause politique occulte portée par un petit groupe secret. Elle est entretenue par la négation dominante de la conflictualité sociale, des oppositions d’intérêts et des stratégies des classes dominantes pour orienter l’opinion dans le sens de ses intérêts matériels. A ce niveau l’accusation de « confusionnisme » de toute dénonciation des stratégies des classes dominantes conduit consciemment ou non à entretenir la théorie du complot. Certains « anti-confusionnistes » de bonne foi ou non entretiennent en effet boomerang le « complotisme ». Ce faisant, certains « anti-confusionnistes » entretiennent la confusion (4).

La cinquième posture est l’explication en terme du « virus externe ». Notre société serait victime d’une contamination venant uniquement de l’extérieur contre laquelle il faudrait désormais se prémunir. Elle débouche sur une logique de guerre à l’externe et sur une logique sécuritaire à l’interne. Elle est créatrice d’une spirale où la peur et le discours sur la menace externe suscite une demande d’interventions militaires à l’extérieur et de limitation des libertés à l’interne. Susciter une demande pour ensuite y répondre est un mécanisme classique des périodes historiques réactionnaires. L’absence de mouvement anti-guerre dans notre société est le signe que cette posture est largement répandue. Or comme la précédente, elle conduit d’une part à l’abandon de la recherche des causes et d’autre part au sentiment d’impuissance (5).

Il reste la posture matérialiste ne renonçant pas à comprendre le monde et encore plus quand il prend des orientations régressives et meurtrières. Minoritaire dans le contexte actuel, cette posture est pourtant la seule susceptible d’une reprise de l’initiative progressiste. Elle suppose de recontextualiser les événements (et encore plus lorsqu’ils prennent des formes dramatiques) dans les enjeux économiques, politiques et sociaux. Elle nécessite la prise en compte des intérêts matériels qui s’affrontent pour orienter notre demande et qui produisent des conséquences précises. Elle inscrit les comportements individuels comme étant des résultats sociaux et non des essences en action. Elle prend l’histoire longue et immédiate comme un des facteurs du présent. Elle peut certes se tromper en occultant par méconnaissance une causalité ou en la sous-estimant, mais elle est la seule à permettre une réelle action sur ce monde.

Dans un monde marqué par la violence croissante sous toutes ses formes, le renoncement à la pensée nous condamne pour le mieux à une posture de l’impuissance et pour le pire à la recherche de boucs-émissaires à sacrifier sur l’autel d’une réassurance aléatoire.

Une offre de « djihadisme » qui rencontre une demande

Il existe une offre de « djihadisme » à l’échelle mondiale et nationale. Elle n’est ni nouvelle, ni inexplicable. Elle a ses espaces de théorisations et ses Etats financeurs. L’Arabie Saoudite et le Qatar entre autres, pourtant alliés des Etats-Unis et de la France, en sont les principaux (6).

Ces pétromonarchies appuient et financent depuis de nombreuses années des déstabilisations régionales dont elles ont besoin pour maintenir et/ou conquérir leur mainmise sur les richesses du sol et du sous-sol du Moyen-Orient. Cette base matérielle est complétée par un besoin idéologique. Elles ont besoin de diffuser une certaine vision de l’Islam pour éviter l’émergence et le développement d’autres visions de l’Islam progressistes et/ou révolutionnaire qui menaceraient l’hégémonie idéologique qu’elles veulent conquérir. Plus largement les pétromonarchies sont menacées par toutes les théorisations politiques qui remettent en cause leur rapport aux grandes puissances qui dominent notre planète : nationalisme, anti-impérialisme, progressisme dans ses différentes variantes, communisme, théologie de la libération, etc.

C’est à ce double niveaux matériel et idéologique que s’opère la jonction avec la « réal-politique » des puissances impérialistes. Elles aussi ont un intérêt matériel à la déstabilisation de régions entières pour s’accaparer les richesses du sol et du sous-sol, pour justifier de nouvelles guerres coloniales en Afrique et au Moyen-Orient, pour supplanter leurs concurrents, pour contrôler les espaces géostratégiques et pour balkaniser des Etats afin de mieux les maîtriser. Elles aussi ont un besoin idéologique de masquer les causes réelles du chaos du monde c’est-à-dire la mondialisation ultralibérale actuelle. Il n’y a aucune amitié particulière entre les classes dominantes occidentales et les pétromonarchies et/ou les « djihadistes », mais une convergence relative d’intérêts matériels et idéologiques. Comme le soulignait De Gaulle pour décrire la réal-politique : « Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». C’est cette réal-politique qui a conduit dans le passé à présenter les « djihadistes » en Afghanistan comme des combattants de la liberté et qui conduit un Fabius à dire aujourd’hui : « El Nosra fait du bon boulot ».

Mais se limiter à l’offre ne permet pas de comprendre l’efficacité actuelle du phénomène. Encore faut-il expliquer le fait que cette offre rencontre une « demande ». Nous disions plus haut que cette offre n’est pas nouvelle. Nous l’avons-nous même rencontrée dans les quartiers populaires, il y a plus de trois décennies. Simplement à l’époque, elle ne rencontrait aucune « demande ». Nous pensions à vivre, à nous amuser, à militer et à aimer et regardions ces prédicateurs comme des allumés. C’est la raison pour laquelle il faut se pencher sur les processus d’émergence et de développement de cette demande « made in France ». A ce niveau force est de faire le lien avec les processus de paupérisation et de précarisation massive qui touchent les classes populaires. L’existence avérée de candidats « djihadistes » non issus de familles musulmanes souligne que c’est bien l’ensemble des classes populaires qui sont concernés par ces processus conduisant les plus fragilisés de leurs membres à sombrer dans des comportements nihilistes. Force également est de faire le lien avec les discriminations racistes systémiques et institutionnelle qui abîment des vies pour nos concitoyens noirs, arabes et musulmans. Force enfin est de prendre en compte dans l’analyse les effets des discours et pratiques islamophobes qui se sont répandus dans la société française et qu’il de bon ton de relativiser, d’euphémiser, voir de nier. Ce sont l’ensemble de ces processus qui conduisent à l’émergence du nihilisme contemporain.

Enfin la vision méprisante des habitants des quartiers populaires comme « sous-prolétariat » incapable de penser politiquement conduit à sous-estimer le besoin du politique dans les classes populaires en général et dans leurs composantes issues de l’immigration post-coloniale en particulier. Ces citoyennes et citoyens observent le monde et tentent de le comprendre avec les grilles disponibles dans une séquence historique donnée. Ils et Elles ne peuvent que constater que des guerres se multiplient et que l’on trouve des financements pour le faire alors qu’on leur serine que les caisses sont vides. Elles et ils ne peuvent qu’interroger la soi-disant nécessité urgente d’intervenir en Irak, en Afghanistan, en Syrie, en Lybie, en Côte d’Ivoire, au Mali, etc. et à l’inverse la soi-disant nécessité urgente à soutenir l’Etat d’Israël en dépit de ses manquements à toutes les résolutions des Nations-Unies. Tous ces facteurs conduisent pour la majorité à une révolte qui cherche un canal d’expression et pour une extrême minorité à l’orientation nihiliste.

A ne pas vouloir comprendre qu’un monde immonde conduit à des actes immondes, on constitue le terreau de la rencontre entre l’offre et la demande de nihilisme.

Notes :

1) http://www.atlasinfo.fr/Charlie-Heb…

2) Voir sur ce sujet : Jocelyne Cesari, l’Islam à l’épreuve de l’Occident, La Découverte, Paris, 2004.

3) Sur la rencontre entre le contexte social et effets fragilisant sur les trajectoires individuelles voir Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Le Seuil, 1952.

4) Luc Boltanski, Enigmes et complots. Une enquête à propos d’enquêtes, Gallimard, Paris, 2012.

5) Voir notre article avec Yvon Fotia « Discrimination systémique » , Dictionnaire des dominations de sexe, de race, de classe, Syllepse, Paris, 2012.

6) David Benichou, Farhad Khosrokhavar, Philippe Migaux, Le jihadisme, comprendre pour mieux combattre, Plon, Paris, 2015. Et Richard Labévière, Les dollars de la terreur, Les Etats-Unis et l’islamisme, Grasset, Paris, 1999.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 16 Nov - 11:59

corinne cerise a écrit:
[Je poste également ici]


vous avez bien fait. Le titre de ce sujet est d'ailleurs, comme indiqué dans les premiers messages, un mélange d'un des textes de Saïd Bouamama

L’instrumentalisation du religieux dans une nouvelle construction du « eux » et du « nous » ou L’Islam comme nouvel ennemi

et du titre du livre



l'islam un ennemi idéal John Bowen 2014

Revenir en haut Aller en bas
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mer 18 Nov - 4:21



Rachid Benzine : « Pour faire face à Daesh, il est temps de nettoyer l’imaginaire islamique »   Nadia Lamlili Jeune Afrique 17 novembre 2015

Pour l'islamologue franco-marocain Rachid Benzine, enseignant à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, le discours politique français suite aux attentats du 13 novembre ne fera qu'attiser la violence. Pour faire face à Daesh, il faut selon lui un contre-discours puisé dans l'histoire et l'anthropologie qui fasse de l'islam un objet de savoir autant que de croyance




à Kobané, en Syrie

Citation :
Jeune Afrique : Comment réagissez-vous au discours officiel français suite aux attentats du 13 novembre ?

Rachid Benzine : Dans les discours de François Hollande et du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, le ton est devenu plus martial. La rhétorique est semblable à celle que nous avions connu au moment de l’invasion de l’Irak. Or, sans la diplomatie, la guerre ne fera qu’augmenter la violence. L’histoire en Afghanistan, au Pakistan et ailleurs nous l’a suffisamment montré.

Je note aussi que le gouvernement français a déjà commencé à pointer quelques « responsables », avec des contradictions dans son discours. Même si je peux comprendre l’émotion suscitée par ces atroces attentats et les discours pour rassurer la population, force est de constater que nous sommes partis dans une surenchère politique qui ne repose pas sur des faits objectifs.

Faites-vous allusion au projet de fermeture de certaines mosquées ?

Exactement. En avril dernier, Bernard Cazeneuve disait que le processus de radicalisation ne passait pas par les mosquées. Aujourd’hui, il nous parle de la « dissolution des mosquées dans lesquelles les acteurs prêchent la haine ». Que s’est-il passé en quelques mois ?

Avec leurs positions jihadistes et franchement anti-humanistes, certains imams donnent quand même du grain à moudre aux autorités françaises…

Je ne connais pas tous les discours au sein des mosquées. Mais il ne me semble pas que les appels au jihad armé y soient proférés. Les mosquées sont suffisamment surveillées par les renseignements généraux pour que ce type de discours n’ait pas lieu. En revanche, elles peuvent contenir un discours « radicalisant » qui peut créer des ruptures dans la société. Le passage à la violence est, lui, plus compliqué.

Il suppose de mettre les victimes potentielles à distance de l’humanité et cela passe par quatre phases. Dans un premier temps, on essaiera de créer une frontière physique ou purement symbolique au sein de la société, entre le « eux » et le « nous », les musulmans et les non-musulmans, effaçant ainsi leur appartenance commune à l’humanité. Dans un second temps, on essaiera de se convaincre que l’autre est méprisable, au point de nier son humanité en utilisant des mots de disqualification takfiristes [excommunication, NDLR] comme « mécréants » ou animaliers comme « porc » ou « singe ». Ensuite, on commencera à concevoir l’autre comme une menace pour soi. Malheureusement, Daesh et les pays arabes jouent là-dessus.


Avec l’intervention américaine dans le Golfe, on a vu émerger un sentiment d’humiliation

Dans quel sens « jouent-ils là-dessus » ?


Le passé colonial a nourri la crainte de l’autre. Les anciens colons sont vus comme ayant construit des frontières qui ne répondaient à aucune réalité physique et culturelle. Ils sont vus comme des pilleurs de ressources, maintenant sous leur joug des potentats locaux. Avec l’intervention américaine dans le Golfe, on a vu émerger un sentiment d’humiliation et de ressentiment qui a ouvert la voie à la 4e étape du processus que j’ai expliqué, l’étape la plus irrationnelle, celle de se dire que l’autre profane notre espace symbolique sacré pour lequel nous sommes prêts à mourir, ouvrant le passage à l’acte jihadiste. Je tiens à préciser que ce type de processus se retrouve partout. Anders Breivik, auteur d’un attentat et d’un massacre en Norvège le 11 juillet 2011 (qui fera 77 morts) en est une illustration.

Et en France, comment se décline ce type de processus de radicalisation vis-à-vis des musulmans ?

Certains groupes identitaires français commencent par rejeter l’autre parce qu’il ne leur ressemble pas. Ensuite, ils le délégitiment, le méprisent, critiquent la relation « femme , islam», disent que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie, qu’il est ontologiquement violent…

Par la suite, ils considèrent que l’autre est une menace physique (attentats en Tunisie et en France). Et en dernier lieu, ils versent dans la menace symbolique, en considérant la catégorie « musulmans » comme une menace pour leur propre territoire, partant du principe que ces derniers veulent remettre en cause ce qu’il y a de plus sacré, à savoir les fondements de la République et de la laïcité. Pour eux, l’Autre profane leur sacré, pour lequel ils sont prêts à mourir.


L’utilisation d’un fragment de ces versets en effaçant tout le contexte pour venir à l’appui d’un massacre du 21e siècle est une véritable trahison du texte du Coran

Ils sont peut-être confortés par la violence du discours religieux. Dans son communiqué de revendication des attentats, Daesh a utilisé un verset appelant à la vengeance divine (verset 2 de la sourate 59), dont les termes sont quand même assez violents…

Ce verset a été sorti de son contexte historique et littéraire. Il faut prendre en compte les trois premiers versets pour avoir une idée claire. Ce verset parle, non pas d’un massacre, mais de l’expulsion d’une tribu juive, où l’action est menée par Dieu et non par les hommes. Or, Daesh l’a utilisé pour agir en son nom. Le texte est sans ambigüité. On est historiquement non face à un massacre mais à l’expulsion d’une tribu juive.

L’utilisation d’un fragment de ces versets en effaçant tout le contexte pour venir à l’appui d’un massacre du 21e siècle est une véritable trahison du texte du Coran et de ses intentions. Dans le Coran, la violence n’est pas musulmane ou coranique. Si violence il y a, elle est d’abord dans le discours. Et quand il y a un passage à l’acte, l’action doit respecter les règles de la société de Muhammad. Attention à ne pas « islamiser » notre regard !


On applique à l’islam des grilles religieuses construites dans des sociétés post-coraniques et dans une tradition musulmane où se mélange l’histoire, le mythe et les légendes

Vous utilisez aussi le terme « désislamisation ». Que signifie ce terme ?

Il faut analyser le texte religieux sous le prisme de l’histoire et de l’anthropologie. Les sciences religieuses musulmanes classiques sont insuffisantes. Pour le moment, on applique à l’islam des grilles religieuses construites dans des sociétés post-coraniques et dans une tradition musulmane où se mélange l’histoire, le mythe et les légendes.

Il est temps d’avoir une histoire critique de la première période de l’islam qui donne lieu à tous les fantasmes, que l’on soit musulman ou non. Il y a là un crime contre l’esprit. Au temps du prophète, le mot « Kafir » ne signifiait pas « mécréant » ou « impie » mais  soit le récusateur, celui qui refuse de reconnaître les signes « âyât » de la Création divine, soit l’ingrat, celui qui ne veut pas reconnaître les bienfaits que la divinité créatrice lui a prodigués.

Le sens de base de la racine arabe « KFR » c’est « recouvrir quelque chose » (ce qui le rend invisible). Cela va du laboureur (appelé kafir, sourate 57 verset 20) qui recouvre de terre la semence à celui qui recouvre quelque chose pour ne pas le voir, soit le double sens coranique. De la même manière, le terme « mu’min » est généralement traduit pas le « croyant ». Mais le « mu’min » coranique n’est pas encore le croyant « musulman ». C’est celui qui se rallie ou qui s’engage pleinement dans des actions. Le « kitab » n’est pas le livre mais l’écrit surnaturel du destin. Les mots et l’imaginaire coranique ont subi une délocalisation et une « islamisation» et  il faudra ramener tous ces mots à leur substrat local.

Nous devons mettre en avant un regard historique critique sur la construction de l’islam

Cette contextualisation n’incombe-t-elle pas aux pays musulmans ?


Le fait religieux est difficile à appliquer dans les sociétés musulmanes car le religieux est subordonné au politique. Mais l’Europe à un rôle à jouer. Nous devons mettre en avant un regard historique critique sur la construction de l’islam. Or, dans les écoles et universités occidentales, l’islam n’est pas suffisamment encore un objet de savoir. Il est enseigné dans les manuels scolaires comme un objet de croyance, notamment à travers des mythes fondateurs qui continuent à peupler l’imaginaire islamique.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 20 Nov - 16:38


Attentats : "La prochaine étape, ce sont des mosquées...", avertit l'imam de Bordeaux 20/11/2015 | AFP


L'imam de Bordeaux Tareq Oubrou à Paris, le 13 mars 2015
© AFP/Archives - JOEL SAGET

L'imam de Bordeaux et théologien Tareq Oubrou a appelé les musulmans à "changer de logiciel" et se défaire d'une "culture d'assiégés", les mettant en garde contre le terrorisme sans limites au nom du jihadisme et considérant que "la prochaine étape, ce sont des mosquées".

Citation :
La "barbarie inqualifiable" à l'oeuvre dans les attentats de Paris "nous interpelle tous, car on n'est pas à l'abri de cette violence. Demain, ou après-demain, il y aura un truc ici, à la mosquée. Parce que je pense que la prochaine étape ce sont des mosquées", a déclaré M. Oubrou dans son sermon du vendredi à la mosquée de Bordeaux.

Dans certains pays au Moyen-Orient "on fait exploser des mosquées" au nom de l'islam, a-t-il relevé. "Incroyants, non-musulmans, chiites, sunnites, pratiquants ou non... Ils (les terroristes) n'ont rien épargné. Même pas les mosquées ! Ils n'ont rien à voir avec l'islam", a ajouté l'imam.

"Le terrorisme n'a pas de pensée, pas de doctrine, pas de projet", a-t-il ajouté, rappelant aux quelque 600 fidèles réunis que "le terrorisme a tué plus de musulmans que de non-musulmans".

Dans un sermon vigoureux d'environ une demi-heure, en arabe puis en français, l'influent imam de Bordeaux, considéré comme le théoricien d'un "islam occidental", a appelé les musulmans de France à "changer leur logiciel" et se défaire d'une "culture d'assiégés" dans laquelle beaucoup ont grandi ou ont été élevés.

"J'ai l'impression que le monde musulman souffre de l'intérieur. Les musulmans n'ont pas le logiciel qui leur permet de vivre normalement avec les autres". La responsabilité, selon Tareq Oubrou, incombe en partie aux "savants de l'islam". C'est à eux qu'il revient de "reformuler un logiciel qui permette aux musulmans d'être en harmonie avec Dieu tout en étant en harmonie avec les autres".

M. Oubrou, figure libérale de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF, proche des Frères musulmans), a refusé de lire un texte transmis par le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) aux mosquées, une "ligne directrice" pour le prêche de vendredi, à la suite des attentats. "Je n'attends de texte d'aucune institution et fais mes sermons sans papier", a-t-il expliqué à l'AFP.

Une marche interreligieuse avait débuté vendredi après-midi à Bordeaux, depuis la mosquée, pour passer ensuite par la synagogue, un temple protestant, la cathédrale, observant à chaque lieu de culte une minute de silence.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 21 Nov - 1:20



Le gouvernement prend pour cible les mosquées radicales Angélique Négroni 20/11/2015


À Brest, Nice ou Aubervilliers, plusieurs lieux de culte en France ont fait l'objet de perquisitions


Rachid Abou Houdeyfa, imam de Brest.

Citation :
La traque contre l'islam radical se fait jusque dans les mosquées et déjà plusieurs d'entre elles sont dans le collimateur des services de l'État. Ainsi, en début de semaine, l'une d'elles à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) a fait l'objet d'une perquisition et le président de l'association qui la gère a été placé en garde à vue puis relâché (lire ci-dessous). Mercredi, dans le Rhône, où plusieurs établissements sont fréquentés par des salafistes, c'est une salle de prière à Vénissieux qui a dû tirer le rideau. Mais, on assure, du côté de la préfecture, que cette fermeture a été décidée parce que le local ne répondait pas aux normes techniques. Enfin, dans la nuit de jeudi à vendredi, c'est l'imam de Brest qui a reçu la visite des forces de l'ordre. Sa mosquée, située dans le quartier de Pontanézen, et son domicile ont été perquisitionnés.

En parallèle, des structures présentées comme des lieux de culte clandestins sont aussi visées. Deux d'entre elles, fréquentées par des individus appartenant à la mouvance islamiste radicale et au fonctionnement opaque, ont été cette semaine perquisitionnées et fermées dans les Alpes-Maritimes.

Ces premières mesures visant ces établissements marquent le début d'une longue série. Au lendemain des attentats, le gouvernement a en effet décidé de passer à l'action. Et c'est donc l'imam salafiste de Brest, Rachid Abou Houdeyfa, qui, parmi les premiers, a été pris pour cible. Celui-ci ne passe pas inaperçu. Sa mosquée située dans un quartier populaire est certes fréquentée par une centaine de fidèles seulement mais sa parole porte bien au-delà de la Bretagne. Ses prêches donnent lieu à des vidéos consultables sur son site, suivi par près de 184.000 personnes.

«Transformés en porcs»


C'est d'ailleurs l'un de ces enregistrements, réalisé en mai 2014, qui a attiré l'attention. Portant barbe, tenue religieuse et adoptant un style délibérément décontracté, on le voit devant un parterre d'enfants évoquer la musique. «Ceux qui l'écoutent, dit-il, écoutent le diable. Ils seront engloutis par la terre et transformés en porcs.» Ces déclarations, qui ont créé un véritable malaise, ne sont pas isolées. «Cet imam pratique un islam peu progressiste et les propos sur les femmes ont pu aussi heurter», indique-t-on en ville. Né à Brest, Rachid Abou Houdeyfa aurait, selon un spécialiste de l'islam, «une posture littéraliste». «À partir d'une approche particulièrement intransigeante des textes, il a l'ambition de normer tous les aspects de la vie quotidienne, de la tenue vestimentaire à l'alimentation», dit-il. Mais cet imam qui se défend d'être salafiste s'est aussi exprimé contre les attentats, et l'extrémisme religieux.

Toutefois, cette pratique rigoriste de l'imam préoccupe. «Tenir de pareils propos devant un si jeune public est dangereux. Ce responsable religieux exerce forcément une influence», signale Bernadette Malgorn responsable de l'opposition dans la ville, en notant aussi: «Dans notre bonne ville de Brest, on voit de plus en plus de femmes porter le niqab.» Le maire socialiste, François Cuillandre, lui aussi s'inquiète de la présence de cet imam qui régulièrement lance des invitations aux élus. «Je leur ai dit de ne pas y répondre», dit-il. Lors de son prêche, vendredi, Rachid Abou Houdeyfa, a indiqué regretter ses propos sur la musique...


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 22 Nov - 18:21



Affrontements lors d'une manifestation d'anti-musulmans en Australie 22/11/2015  Le Point.fr


Citation :
C'est une manifestation qui a violemment dégénéré. Des anti-musulmans ont affronté des défenseurs de l'immigration dimanche dans la banlieue de Melton, à 35 km de Melbourne en Australie.

La police a tenté en vain de séparer les deux groupes, chaque côté rassemblant quelque 500 personnes. Six manifestants ont finalement été arrêtées, dont plusieurs pour des infractions relatives aux armes.

C'est le mouvement d'extrême-droite Reclaim Australia qui avait organisé ce rassemblement pour dénoncer l'immigration musulmane en Australie. Face à eux, des militants venus protester contre le racisme. Ces derniers ont été rejoints par un groupe de personnes portant des masques. Elles se sont présentées comme le Fight Club anti-fascistes.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 23 Nov - 11:07



Des victimes sans valeur : les quatre millions de musulmans tués dans les guerres occidentales depuis 1990 8 avril 2015



un garçon irakien regarde les photos des victimes d'un raid aérien américain
qui a tué 450 hommes, femmes et enfants réfugiés dans l'abri d'al-Ameriyah en 1991
Bagdad (Irak), le 17 juillet 2003. Nafeez Ahmed's picture (AFP)


Des recherches prouvent que la « guerre contre le terrorisme » menée par les Etats-Unis a tué pas moins de 2 millions de personnes ; mais ce chiffre n'est qu'une fraction de l'ensemble des morts dont l'Occident s'est rendu responsable en Irak et en Afghanistan depuis 1990

Citation :
Le mois dernier, Physicians for Social Responsibility (PRS), organisation basée à Washington DC, a publié une étude historique qui conclut que le nombre de morts occasionnées au cours des dix ans de la « guerre contre le terrorisme », lancée suite aux attentats du 11 septembre, s'élève à au moins 1,3 million de personnes et pourrait atteindre 2 millions de personnes.

Produit par un groupe de médecins lauréat du prix Nobel de la paix, ce rapport de quatre-vingt-dix-sept pages est le premier à comptabiliser le nombre total de victimes civiles des interventions antiterroristes des Etats-Unis en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

Le rapport de PSR a été rédigé par une équipe interdisciplinaire d'éminents spécialistes de la santé publique, dont le Dr Robert Gould, directeur de la sensibilisation et de l'éducation des professionnels de la santé au centre médical de l'université de Californie, à San Francisco, ainsi que le Pr Tim Takaro, de la faculté des sciences de la santé de l'université Simon Fraser.

Ce rapport a été presque complètement ignoré par les médias anglophones, bien qu'il s'agisse de la première tentative effectuée par un organisme de santé publique d'importance mondiale de produire un calcul scientifiquement solide du nombre de victimes de la « guerre contre le terrorisme » dirigée par les Etats-Unis et la grande Bretagne.

Attention aux écarts

Le rapport de PSR est décrit par le Dr Hans von Sponeck, ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, comme « une contribution significative visant à réduire l'écart entre les estimations fiables du nombre de victimes de la guerre, en particulier parmi les civils en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, et les chiffres tendancieux, manipulés voire frauduleux ».

Le rapport procède à un examen critique des précédentes estimations du nombre de victimes de la « guerre contre le terrorisme ». Ainsi, le document critique fortement le chiffre le plus fréquemment cité par les médias traditionnels comme faisant autorité, à savoir 110 000 morts, selon les estimations de l'Iraq Body Count (IBC). Ce chiffre est tiré d'un assemblage de reportages des médias sur les massacres de civils ; cependant, le rapport produit par PSR identifie de graves lacunes et des problèmes d'ordre méthodologique liés cette approche.

Par exemple, alors que 40 000 corps avaient été enterrés à Najaf depuis le lancement de la guerre, IBC a enregistré seulement 1 354 victimes à Najaf pour la même période. Cet exemple montre l'ampleur de l'écart entre l'estimation publiée par IBC pour Najaf et le nombre de morts réel, dont le coefficient est de plus de 30 dans ce cas.

La base de données d'IBC est truffée de ce genre de lacunes. Dans un autre exemple, IBC a enregistré seulement trois frappes aériennes au cours d'une période donnée en 2005, alors que le nombre d'attaques aériennes était en fait passé de 25 à 120 pendant cette année. Encore une fois, l'écart atteint un coefficient de 40.

Selon l'étude publiée par PSR, l'étude très controversée de la revue The Lancet, qui a estimé à 655 000 le nombre de victimes en Irak jusqu'en 2006 (et plus d'un million jusqu'à aujourd'hui, par extrapolation), était susceptible d'être beaucoup plus précise que les chiffres avancés par IBC. En effet, le rapport confirme un quasi-consensus parmi les épidémiologistes quant à la fiabilité de l'étude du Lancet.

Malgré certaines critiques légitimes, la méthodologie statistique appliquée dans l’étude est la norme universellement reconnue pour déterminer un nombre de victimes dans des zones de conflit, utilisée par les agences et les gouvernements internationaux.

Un déni politisé

PSR a également examiné la méthodologie et la conception d'autres études présentant un nombre de morts inférieur, tel qu'un article du New England Journal of Medicine, sérieusement imprécis sur tout un ensemble de points.

Cet article a fait l'impasse sur les zones les plus touchées par la violence, à savoir Bagdad, Anbar et Ninive, et s'est appuyé sur les données erronées d'IBC pour extrapoler sur ces régions. Il a également imposé des « restrictions à caractère politique » sur la collecte et l'analyse de données – les interviews ayant été menées par le ministère irakien de la Santé, qui était « totalement dépendant de la puissance occupante » et avait refusé de publier des données sur le nombre de victimes irakiennes enregistré, sous la pression américaine.

En particulier, PSR a évalué les affirmations de Michael Spaget, John Sloboda ainsi que d'autres professionnels qui ont remis en question les méthodes de collecte de données de l'étude du Lancet, les accusant d’être potentiellement frauduleuses. PSR a montré que ces allégations étaient fallacieuses.

Les quelques « critiques justifiées », conclut PSR, « ne permettent pas de remettre en cause dans leur ensemble les résultats des études menées par le Lancet. Ces chiffres représentent toujours les meilleures estimations actuellement disponibles. » Les résultats de l'étude du Lancet sont également corroborés par les données d'une nouvelle étude publiée dans la revue PLOS Medicine, qui est arrivée au chiffre de 500 000 victimes irakiennes causées par la guerre. Dans l'ensemble, PSR conclut que le nombre le plus probable de victimes civiles en Irak de 2003 jusqu'à ce jour s'élève à environ un million.

L'étude de PSR ajoute à ce chiffre au moins 220 000 victimes en Afghanistan et 80 000 au Pakistan, tuées directement ou indirectement à cause de la guerre menée par les Etats-Unis, pour un total « prudent » d'1,3 million de victimes. Le chiffre réel pourrait facilement atteindre « plus de 2 millions ».

Pourtant, même l'étude menée par PSR comporte des limites. Premièrement, la « guerre contre le terrorisme » post-11 septembre n'était pas une nouveauté, mais simplement une extension des politiques interventionnistes antérieures menées en Irak et en Afghanistan.

Deuxièmement, le sérieux manque de données concernant l'Afghanistan a probablement conduit PSR à sous-estimer le nombre de morts en Afghanistan dans son étude.

En Irak


La guerre en Irak n'a pas commencé en 2003, mais en 1991 avec la première guerre du Golfe, qui a été suivie par le régime de sanctions des Nations unies.

Une première étude du PSR, dirigée par Beth Daponte, alors démographe au Bureau du recensement du gouvernement américain, est arrivée au constat que le nombre de morts causées en Irak par l'impact direct et indirect de la première guerre du Golfe s'élève à environ 200 000 Irakiens, principalement des civils. Son étude gouvernementale interne a été supprimée.

Après le retrait des forces dirigées par les Etats-Unis, la guerre en Irak s'est prolongée sous une forme économique, à travers le régime de sanctions des Nations unies imposé par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, sous le prétexte de refuser de fournir à Saddam Hussein les matériaux nécessaires pour fabriquer des armes de destruction massive. Selon cette logique, les articles interdits à l'Irak comprenaient un grand nombre d'articles du quotidien indispensables.

Selon les chiffres incontestés de l'ONU, 1,7 million de civils irakiens, dont la moitié était des enfants, sont morts à cause du régime de sanctions brutal imposé par l'Occident.

Ces morts de masse semblaient délibérées. Parmi les articles interdits par les sanctions de l'ONU figuraient des produits chimiques et des équipements essentiels pour le système de traitement des eaux irakien. Un document secret de la Defence Intelligence Agency (DIA) américaine, découvert par le professeur Thomas Nagy de la School of Business de l'université George Washington, a constitué selon ce dernier « une première ébauche d'un génocide commis contre les Irakiens ».

Dans son article pour l'Association of Genocide Scholars de l'université du Manitoba, le Pr Nagi a expliqué que le document de la DIA révélait « dans les moindres détails une méthode pleinement fonctionnelle visant à "dégrader complètement le système de traitement de l'eau" de toute une nation » sur dix ans. La politique de sanctions créerait « les conditions propices à une large propagation de maladies, y compris d'épidémies à très grande échelle », permettant ainsi de « liquider une partie importante de la population irakienne ».

Cela signifie qu'en Irak uniquement, la guerre menée par les Etats-Unis entre 1991 et 2003 a tué 1,9 million d'Irakiens, auxquels s'ajoutent environ un million de victimes entre 2003 et aujourd'hui, pour un total de presque 3 millions de victimes irakiennes en l'espace de deux décennies.

En Afghanistan

L’estimation par PSR du nombre total de victimes en Afghanistan pourrait également être très prudente. Six mois après la campagne de bombardement de 2001, Jonathan Steele du journal The Guardian a révélé que dans l’ensemble des zones, 1 300 à 8 000 Afghans ont été tués directement, tandis que 50 000 autres morts évitables ont été causées indirectement par la guerre.

Dans son livre Body Count: Global Avoidable Mortality Since 1950 (2007), le Pr Gideon Polya a appliqué la même méthodologie que celle utilisée par The Guardian aux données de mortalité annuelle de la Division de la population des Nations unies afin de calculer des estimations plausibles de la surmortalité. Biochimiste retraité ayant officié à l'université de La Trobe, à Melbourne, Polya conclut que le total des victimes afghanes évitables de la guerre en cours depuis 2001 et des privations imposées par l'occupation s'élève à environ 3 millions de personnes, dont environ 900 000 enfants de moins de cinq ans.

Bien que les conclusions du Pr Polya n’aient pas été publiées dans une revue universitaire, son étude réalisée dans l'ouvrage Body Count a été recommandée par le Pr Jacqueline Carrigan, sociologue à l'université d'Etat de Californie. Dans un compte rendu publié dans Socialism and Democracy, revue diffusée par la maison d'édition Routledge, le Pr Carrigan décrit le travail du Pr Polya comme étant « une description riche en données de la situation globale de la mortalité ».

Comme en Irak, l'intervention américaine en Afghanistan a commencé bien avant le 11 septembre, sous la forme d'un soutien militaire, logistique et financier apporté secrètement aux talibans à partir de 1992 environ. Cette aide américaine a servi d'élan à la conquête violente par les talibans de près de 90 % du territoire afghan.

Dans un rapport publié en 2001 par l'Académie nationale des sciences américaine, « Forced Migration and Mortality », Steven Hansch, épidémiologiste éminent et directeur de Relief International, a noté que la surmortalité en Afghanistan due aux impacts indirects de la guerre à travers les années 1990 pourrait au total se situer entre 200 000 et 2 millions de victimes. Bien entendu, l'Union soviétique a également sa part de responsabilité après avoir contribué à dévaster les infrastructures civiles, ouvrant ainsi la voie à toutes ces morts.

En tout, cela indique que le nombre de morts total en Afghanistan liées aux impacts directs et indirects de l'intervention menée par les Etats-Unis du début des années 1990 jusqu'à aujourd'hui pourrait atteindre 3 à 5 millions de victimes.

Le déni des chiffres

Selon les chiffres explorés ici, le nombre total de victimes des interventions occidentales en Irak et en Afghanistan depuis les années 1990 (directement par des massacres et suite à l'impact à long terme des privations imposées par la guerre) s'élève probablement aux environs de 4 millions (2 millions en Irak de 1991 à 2003, puis 2 millions lors de la « guerre contre le terrorisme ») et pourrait atteindre 6 à 8 millions en prenant en compte les estimations plus élevées du nombre de morts évitables en Afghanistan.

Ces chiffres pourraient être trop élevés, mais on ne le saura jamais avec certitude. Les forces armées américaines et britanniques, dans le cadre de leur politique, refusent de garder une trace du nombre de victimes civiles des opérations militaires, qui constituent un inconvénient superflu.

En raison du sérieux manque de données en Irak, de la quasi-absence complète d'archives en Afghanistan et de l'indifférence des gouvernements occidentaux vis-à-vis des victimes civiles, il est littéralement impossible de déterminer la véritable ampleur des pertes de vies humaines.

En l'absence même de toute possibilité de corroborer les calculs, ces chiffres fournissent des estimations plausibles basées sur l'application des normes de méthodologie statistique aux meilleures données disponibles, même si celles-ci sont rares. Ces chiffres donnent une indication, voire une description précise, de l'ampleur du cataclysme.

Une grande partie de ces morts ont été justifiées dans le contexte de la lutte contre la tyrannie et le terrorisme. Pourtant, grâce au silence des grands médias, la plupart des gens n'ont aucune idée de l'ampleur réelle de la longue vague de terreur provoquée en leur nom par la tyrannie américaine et britannique en Irak et en Afghanistan.



Citation :
Nafeez Ahmed est journaliste d’investigation et auteur à succès. Titulaire d’un doctorat, il s’est spécialisé dans les questions de sécurité internationale, examinant ce qu’il appelle les « crises de civilisation ». Il a obtenu une récompense de la part de l’organisation Project Censored dans la catégorie « Outstanding Investigative Journalism » (« journalisme d’investigation d’exception ») pour un reportage d’investigation, publié par le journal The Guardian, sur l’intersection des crises globales de nature écologique, énergétique et économique et des conflits et géopolitiques régionales. Il a également écrit pour The Independent, Sydney Morning Herald, The Age, The Scotsman, Foreign Policy, The Atlantic, Quartz, Prospect, New Statesman, Le Monde diplomatique et New Internationalist. Son travail sur les causes profondes et les opérations secrètes liées au terrorisme international a officiellement contribué à l’établissement de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis du 11 septembre 2001 et à l’enquête du Coroner sur les attentats du 7 juillet 2005 à Londres.


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.


Traduction de l’anglais. Original http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/des-victimes-sans-valeur-les-quatre-millions-de-musulmans-tu-s-dans-les-guerres#sthash.SCRLf7yD.dpuf


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
Admin
Admin


Messages : 6316
Date d'inscription : 29/04/2015
Localisation : trop loin

MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 23 Nov - 22:46



Bernard Godard : « En France, le discours apocalyptique de Daesh a été d’une étonnante efficacité » 23 novembre 2015




Fin connaisseur de l’Islam, et de l’islam de France en particulier, dont il s’est chargé au ministère de l’Intérieur et des Cultes de 1997 au début de 2015, Bernard Godard est aussi un ancien des Renseignements généraux, l’ex-service chargé de la sécurité de l’État. Il décrypte, pour Jeune Afrique, les dimensions inédites des attentats du 13 novembre

Citation :
Jeune Afrique : Les attentats du vendredi 13 novembre marquent-ils une nouvelle étape du terrorisme international ?

Bernard Godard : Sûrement. Si l’on compare ce terrorisme à celui que l’on connaissait auparavant, celui d’Al Qaïda mais aussi le terrorisme palestinien et iranien des années 1980, ces derniers reposaient sur des structures connues : il y avait une stratégie, une pyramide de commandement et toute une chaîne de responsabilités contrôlée.

Et là, le commanditaire, Abdelhamid Abaaoud, que l’on connait depuis deux ans, était auparavant chargé d’enterrer les morts et de surveiller les prisonniers – un subalterne. Voilà qu’en quelques mois, il est devenu l’organisateur, voire un des principaux décideurs, d’une attaque à l’impact formidable. Le commandement central de Daesh lui a délégué la responsabilité d’une opération et il a réussi à recruter, par des canaux divers, 8-9 personnes. C’est un peu effrayant parce qu’on peut s’imaginer que demain, sur le même mode, une armée de dizaines de personnes pourrait sortir de l’ombre pour mener le même type d’action.


Daesh va jusqu’à rallier nombre de petits truands qui auraient été probablement rejetés par les dirigeants d’Al Qaïda

Autre nouveauté, Daesh organise un vrai recrutement actif de partisans en Occident, ce que l’on n’avait pas connu avec l’organisation de Ben Laden. Celle-ci comptait certes quelques Occidentaux mais ils étaient traités comme de la valetaille et n’avaient pas été activement séduits, comme Daesh le fait à grand renfort de campagnes de communication. Et, on le constate maintenant, Daesh va jusqu’à rallier nombre de petits truands qui auraient été probablement rejetés par les dirigeants d’Al Qaïda.


Une transnationalisation du terrorisme avec nombre d’acteurs intérieurs s’identifiant et servant des causes extérieures…

En effet, on assiste à l’imbrication de phénomènes externes et internes qui peut semer la confusion. La lutte contre le terrorisme en France a recommencé en 2012 avec le démantèlement de la cellule de Cannes-Torcy qui avait tenté de faire sauter une épicerie, on a alors parlé d’ennemi intérieur. Les actions des radicalisés comme Mohamed Merah [assassinats à Toulouse et Montauban en 2012] et Mehdi Nemmouche [tuerie du musée juif de Bruxelles en 2014] n’étaient pas forcément commandités directement par l’extérieur. Mais nombre des terroristes du vendredi 13 sont passés par la Syrie. Le phénomène d’un ennemi intérieur connecté à une guerre extérieure produit une guerre continue, transnationale qui s’invite chez nous et y prend racine.


La politique extérieure de la France est-elle une cause ou un prétexte à ces attentats ?

Dans les années 1990, le soutien affiché aux généraux algériens par le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua nous avait valu les attentats de 1995. En janvier 2013, il y a eu l’intervention au Sahel contre Aqmi et les déclarations sur la « guerre contre le terrorisme » qui se voulaient plus large, alors que les Américains et les Anglais, forts de leur expérience précédente, sont restés très prudents. Je ne dis pas que cette intervention était une erreur mais c’est vrai que cela nous a exposé. De manière concomitante, la France s’engageait dans l’aide à la résistance à Assad, une résistance qui a fini par se retourner contre l’État islamique. Enfin, l’engagement de Paris dans la campagne de bombardements de Daesh en a fait un ennemi très clair et l’État islamique a besoin d’ennemis.


Pourquoi Daesh en Syrie attire tant de Français, contrairement à Aqmi au Mali qui est pourtant directement attaqué au sol par la France ?

Grâce à une formidable communication servie par une mythologie apocalyptique construite par d’autres que Daesh ! En 2011-2012, les groupes jihadistes et salafistes de Syrie ont commencé à parler de l’apocalypse qui arrivait, précédée par le nécessaire combat contre Assad, le taghout (« tyran impie »), auquel est venu s’ajouter celui contre l’ennemi chiite hérétique avec toute une valorisation de la geste mohamédienne, en particulier de ses batailles.

Daesh s’est naturellement et efficacement approprié cette mythologie couronnée par la proclamation du califat. Et le discours apocalyptique a été d’une étonnante efficacité, même les gens de Daesh se sont étonnés au début de voir à quel point cela fonctionnait. Il faut lire la revue de Daesh, Dabiq, du nom du lieu de la bataille finale prophétisée contre l’Occident : les éléments apocalyptiques sont intégrés dans leur communication et plus ça va, plus ils sont récurrents.

Il y a aussi en France, à mes yeux, un contexte particulier de tensions sociales très fortes avec la population musulmane ou désignée comme telle.


Pourquoi les natifs de France et les convertis semblent plus sensibles au discours jihadiste que les migrants de première génération ?

J’y vois plusieurs cercles d’influence, le premier est celui de la laïcité qui est mise en avant de façon très ferme depuis une dizaine d’années, avec la commission Stasi et la loi sur le voile intégral. Il y a aussi en France, à mes yeux, un contexte particulier de tensions sociales très fortes avec la population musulmane ou désignée comme telle. Parfois, cette communauté est ainsi sommée à l’universalisme et à la laïcité, elle est sommée en sa qualité religieuse, de se désolidariser haut et fort des déviances jihadistes.

Et il y a un vrai sentiment d’oppression chez les filles et les garçons de la communauté qui coïncide avec la dénonciation, héritée des discours d’extrême gauche, de ce qui serait une islamophobie d’État par le Comité contre l’islamophobie en France, ce qui n’a pas lieu en Allemagne en Angleterre, en Espagne et ailleurs. Une dénonciation catastrophique qui nourrit le complotisme.

Daesh a bien compris qu’il y a en France un climat qui est favorable à ses prédication et il compte des Français qui connaissent les ressorts sur lesquels ils peuvent agir dans leur propre pays, ce qui est redoutable en termes d’efficacité. Enfin, et il faut le dire, les zones d’origine des terroristes et d’Al Qaïda et de Daesh sont les pays arabes et la population musulmane de France est en grande majorité arabe, contrairement à l’Angleterre où elle est indo-pakistanaise. Cela crée une proximité. Enfin n’oublions pas que la France a une tradition d’attentats terroristes supérieure aux autres pays, qui remonte à 1986-87.


Que préconiseriez-vous ?

À mon sens, il faut absolument que soit constituée une théologie islamique occidentale. Ce qui ne serait pas une refondation mais une fondation : cela a existé en Tunisie par exemple avec le bourguibisme qui est très combattu par les Tunisiens islamistes mais la nouvelle constitution n’a pas remis en cause les droits des femmes et les dispositions matrimoniales. Ces progrès sont acquis. L’islam a su au court des siècles à s’adapter aux situations et aux coutumes, il peut tout à fait le faire en Occident.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://patlotch.com/text/index.html
 
ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 6Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant
 Sujets similaires
-
» Islam et Coran
» Islam en prison: le rapport qui pointe les discriminations
» Petit guide illustré pour comprendre l’islam
» L'amour es la seule force capable de transformer un ennemi, en ami..!
» Le temps qui passe est le pire ennemi de votre retraite

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE :: MONDE ACTUEL, LUTTES, ANALYSES et THÉORISATIONS :: PENSER le MONDE et les LUTTES : refondation d'ensemble :: OPIUMS DU PROLÉTARIAT : RELIGIONS vs ATHÉISME, LAÏCITÉ... IDÉOLOGIES-
Sauter vers: