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 ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 18 Juil - 12:29


extrait d'un texte de 2015 concernant la Turquie, intéressant...


sur le rapport actuel entre Islam "modéré", capitalisme et politique

"L’islam : un choix positif : un système de reproduction sociale (valeur de la force de travail)"

extrait de

« Turquie : Erdogan, Gülen et la bourgeoisie pieuse et …l’armée »

RS 2015

RS a écrit:
L’islam n’était pas seulement une idéologie construite et adoptée en réaction, face à un adversaire laïque et « occidentalisé ». Si l’islam a été la sanction morale de ce compromis c’est qu’il était avant tout le couronnement idéologique, le point d’honneur spiritualiste, des modalités d’intégration et de reproduction de la force de travail correspondant au procès de valorisation du capital de cette nouvelle bourgeoisie.

Marx a écrit:
« Les besoins naturels, tels que nourriture, vêtements, chauffage, habitation, etc., différent suivant le climat et les autres particularités physiques d’un pays. D’un autre côté, le nombre même de prétendus besoins naturels, aussi bien que le mode de les satisfaire, est un produit historique, et dépend ainsi, en grande partie du degré de civilisation atteint. Les origines de la classe salariée dans chaque pays, le milieu historique où elle s’est formée, continuent longtemps à exercer la plus grande influence sur les habitudes, les exigences et, par contre-coup, les besoins qu’elle apporte dans la vie. La force de travail renferme donc, au point de vue de la valeur, un élément moral et historique ; ce qui la distingue des autres marchandises. »

(Marx, Le Capital, Ed. Sociales, t.1, p. 174).


Cet « élément moral et historique » se combine parfaitement avec le libéralisme des « tigres anatoliens ». Les valeurs islamiques produisent une étroite symbiose entre d’un côté un certain mode de mobilisation et de reproduction de la force de travail et, de l’autre, la transformation des nécessités de l’accumulation du capital en valeurs éthiques. Pour Dilek Yankaya : « Les militants travaillent pour transformer l’opinion et produire des solutions individuelles aux problèmes de chacun (souligné par nous). Si vous avez besoin de vous marier avec une bonne musulmane, ils vous la présentent. Si vous aves besoin de charbon, ou si vous devez être hospitalisé, vous êtes pris en charge. On donne en fonction des besoins de chacun, et on obtient les votes en retour. » ; André Bank et Roy Karadag (The political economy of regional power : Turkey under the AKP) ajoutent : « L’AKP agit à la fois comme une force motrice pour soustraire le marché à l’intervention de l’Etat et comme un vecteur de réintégration des exclus. Il propage ainsi des valeurs procapitalistes et sociales en même temps. »[8]

« Solutions individuelles » ne signifient pas promotion de l’individualisme, bien au contraire. Contre « l’individualisme occidental », la « solution individuelle » s’adresse à un individu particulier et concret, ancré dans des structures familials et communautaires, dans une petite ville ou dans un quartier d’une mégalopole. Cette politique qui individualise la redistribution ou en fait une affaire familiale est conforme en ce qui concerne la force de travail au libéralisme grâce auquel les entrepreneurs de la Müsiad ont prospéré et, en outre, elle mine les quelques institutions keynésiennes de l’Etat mises en place dans le cadre des très grands groupes privés et des entreprises publiques au profit de la « solidarité musulmane » et des « valeurs familiales ». Sur les 41,98 milliards de dollars rapportés par les privatisations depuis les années 1980 (réformes libérales de la période Ozal), 34 milliards ont été « gagnés » entre 2002 et 2010 (AKP au pouvoir).

Dans son article du Monde diplomatique, Tristan Coloma (op. cit.) commente les citations précédentes : « L’Etat se défait de ses obligations sociales en faveur d’acteurs privés proche du parti, principalement les « tigres anatoliens ». (…) La Müsiad symbolise la revanche de la « Turquie d’en bas » sur l’élite laïque. « Les politiques qu’Erdogan applique – analyse Yankaya – sont la forme idéologisée du système de valeurs de la bourgeoisie anatolienne : travail, famille, religion ; une idéologie bourgeoise conventionnelle » ». La jonction de la mosquée et de l’entreprise n’est pas une idéologie bourgeoise si « conventionnelle », contre les structures keynésiennes elle modifie les conditions de reproduction de la force de travail dans son « élément moral et historique », si bien que le pouvoir d’achat des salaires dans l’industrie a baissé de 15,9 % entre 2002 et 2011. Cette jonction s’est révélée être le vecteur de la flexibilité et de la baisse de la valeur de la force de travail nécessaire à l’insertion du capitalisme turc dans la mondialisation, tout en conférant à la bourgeoisie anatolienne la capacité, au travers de l’AKP, de se présenter comme le « parti du peuple ». Pour cette bourgeoisie, dans les villes anatoliennes, l’entreprise avec les services qui lui sont directement liés est construite comme un facteur de « cohésion sociale », l’islam n’est pas « la solution » (pour reprendre la formule fétiche de l’islam politique), mais une ressource culturelle au service de l’activité économique. Bas salaires et absence de droits sociaux : parodiant Marx, nous pourrions écrire : ces rêveries islamiques ne sont que l’expression imaginaire du monde actuel et, par conséquent, leur « réalité » existe déjà dans les mauvaises conditions du monde tel qu’il est [9].

Entre l’attachement à l’islam et le libéralisme de cette nouvelle bourgeoisie, il n’existe pas une relation instrumentale et, inversement, nous ne sommes plus à l’époque de l’éthique protestante et de la naissance du capitalisme. Les réformes libérales initiées au début des années 1980 sous Turgut Ozal ont absorbé les valeurs islamiques dans une interpénétration par laquelle les petits et moyens entrepreneurs jusque là exclus des principales ressources d’accumulation du capital sont parvenus à s’imposer dans une lutte économique qui devait être idéologique et politique
. La nouvelle bourgeoisie n’est pas par essence pieuse parce que petite ou moyenne, l’islam était son auto-reconnaissance, la prise de conscience d’elle-même dans son combat et l’idéologie sous laquelle opéraient les modalités d’exploitation de la force de travail et les conditions sociales et politiques de son expansion qu’elle amenait avec elle. Dans sa réussite, elle tempère son islamisme et fait de plus en plus alliance avec la grande bourgeoisie traditionnelle, marginalisant les organisations les plus « radicales » et s’éloignant même de toutes références politiques explicites à l’islam.

Même si la période entre 1997 (élimination du Refah et de son chef Erbakan) et 2002 s’est finalement soldée par une victoire durable de l’AKP, les entrepreneurs du Müsiad ont tiré les leçons de l’épisode qui faillit entrainer la disparition de leur organisation et de leurs espoirs d’hégémonie économique et politique. Ils se sont d’abord désolidarisé du Refah et ont lâché Erbakan qui, en représailles, fonde une nouvelle association d’hommes d’affaires, l’Askon, plus conservatrice que le Müsiad, mais qui ne prendra jamais une grande importance. De son côté, le 6 mars 2000, le nouveau président du Müsiad demande aux membres de l’association de ne « plus faire référence à l’islam dans leur business ». Ceux qui violent cette règle reçoivent un avertissement, puis, en cas de récidive, leur appartenance à l’association est officiellement annulée. Le soutien à l’AKP d’Erdogan à partir de 2002 est efficace mais discret et ce dernier e garde bien de reprendre le discours anti-occidental agressif d’Erbakan. D’autant plus que « le commerce avec les pays européens représente 60 % des échanges commerciaux des entreprises du Müsiad, soit 8 % de plus que la moyenne turque (souligné par nous) ». (Marie-Elisabeth Maigre, op. cit. [4]).

Le discours islamiste se dissout dans une simple promotion de valeurs éthiques suffisante pour correspondre à la manière dont ces entrepreneurs gèrent leurs affaires et contrôlent la main-d’œuvre : rigueur morale, modernité, innovation technologique, attitude amicale vis-à-vis des pays occidentaux. L’afflux de nouveaux adhérents sur la base de raisons seulement relatives aux affaires dans une association dont les membres font désormais partie de la classe dirigeante a entrainé, dans une organisation de plus en plus élitiste, le remaniement des valeurs traditionnelles. De plus en plus, des missions communes sont menées avec la Tusiad, les deux organisations partagent les mêmes valeurs économiques et veulent un gouvernement stable, l’entrée dans l’Union européenne  et une Turquie occidentalisée. La même convergence se produit avec les organisations économiques dans l’orbite du mouvement Gulen. C’est l’ordre capitaliste qui s’impose comme une éthique.

« Le mouvement de protestation du parc Taksim Gezi au printemps de 2013 a vu s’affronter les deux principales organisations patronales de Turquie : le Tüsiad et le Müsiad. A la différence du Tüsiad, club de grands patrons stambouliotes et pro-occidentalistes ayant offert son soutien, souvent implicitement mais parfois explicitement, aux activistes contestataires, la Müsiad, qui représente majoritairement les chefs d’entreprise des PME, n’a jamais cessé de supporter – ou au moins de ne pas critiquer – l’attitude austère et intolérante du gouvernement de PJD (Parti de la justice et du développement, AKP) contre les manifestants » (Cem Ozatalay)[10].

Les deux organisations ne se sont pas positionnées de façon identique mais la distinction tranchée que fait l’auteur n’est plus de mise. Même si les leaders du Müsiad persistent dans un certain discours politique et religieux, la base s’en désintéresse, de même qu’elle s’éloigne d’Erdogan. Le radicalisme sociétal de plus en plus agressif d’Erdogan pourrait n’être qu’un appel à la base du parti et de ses sympathisants et un chantage à la moralité islamique contre ce qui est devenu « les élites anatoliennes ». La fin de l’alliance entre Erdogan et Gülen marque un tournant : « Les classes moyennes sont devenues majoritaires (bien que l’on ne sache jamais exactement qui sont ces « classes moyennes », acceptons cette affirmation comme l’expression d’une impression dominante et d’une tendance, nda) et, surtout, l’Anatolie, tout en restant conservatrice, a entamé sa mutation. La société devient plus individualiste – y compris dans le rapport à l’islam – et se sécularise, comme l’a montré le « Mai 68 turc », ainsi qu’on a appelé les manifestations de mai-juin 2013 à Istanbul et dans d’autres grandes villes. (…) le conservatisme et le rapport à l’islam des classes moyennes et des entrepreneurs anatoliens se modifient sous l’effet de la rationalité instrumentale du capitalisme. On peut penser que l’impact de cette rationalité économique et sociale fera progressivement reculer le conservatisme individuel et collectif. Et le mouvement Gülen est partie prenante de ces transformations. » (Ali Kazancigil, « Le mouvement Gülen, une énigme turque », Le Monde diplomatique, mars 2014).

L’émergence et la réussite de la bourgeoisie pieuse, à la suite d’une politique de libéralisation économique tournée vers l’exportation initiée dans les années 1980, a été le facteur déterminant de la modération de l’islam politique en Turquie. Contre le programme jugé trop « socialiste » du Refah, cette bourgeoisie au début des années 2000, préfère la libéralisation des marchés, une intervention réduite de l’Etat, une attitude pro-occidentale, et des relations pacifiées avec l’establishment laïque (bureaucratie civile et grande bourgeoisie) installé dans l’Etat. De même, quand au printemps 2013, les manifestations et occupations se sont étendues aux villes d’Anatolie, la bourgeoisie pieuse s’est peut-être dit qu’il était temps de prendre ses distances avec Erdogan.

[4] Marie-Elisabeth Maigre : L’émergence d’une éthique musulmane dans le monde des affaires turc : réflexions autour du Müsiad et des communautés religieuses, Etudes et Analyses n° 7, mai 2005.

[8] Les deux citations précédentes sont reprises de Tristan Coloma, Pourquoi M. Erdogan espère rebondir, « Le Monde diplomatique », juillet 2013.

[9] « Ces rêveries chrétiennes ne sont que l’expression imaginaire du monde actuel et que, par conséquent, leur « réalité » existe déjà dans les mauvaises conditions du monde tel qu’il est. » (Marx, Circulaire contre Hermann Kriege – 1846 – Ed. Pléiade, œuvres philosophiques, p. 1473).

[10] Cem Ozatalay, « Yankaya Dilek, La nouvelle bourgeoisie islamique. Le modèle turc, PUF, coll. Proche Orient, 2013 » Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 19 Juil - 19:25


Pegida veut se lancer en politique

Le Courrier (Suisse) 19 juillet 2016

Pegida : «Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident»


Citation :
Le mouvement islamophobe  va créer un parti politique.

Le mouvement islamophobe et anti-immigrés allemand Pegida, fer de lance de la protestation contre les réfugiés depuis un an, a annoncé lundi vouloir créer un parti politique. Le groupe ne fera pas concurrence à la droite populiste de l’AfD.

Le futur parti doit s’appeler «Parti populaire pour la liberté et la démocratie directe» (FDDV), a annoncé le chef du mouvement, Lutz Bachmann. Il s’exprimait lors du traditionnel rassemblement organisé par son mouvement dans le centre de Dresde (est) et a indiqué qu’il n’en briguait pas la direction.

Il a justifié la démarche en affirmant que l’association à l’origine de Pegida était menacée d’interdiction par les pouvoirs publics, de plus inquiets de ses dérives extrémistes. M. Bachmann a toutefois assuré que le nouveau parti ne ferait pas d’ombre à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti de droite populiste, flirtant avec l’extrême droite, qui a connu un essor spectaculaire depuis plusieurs mois.

«Nous soutiendrons l’AfD lors des prochaines élections législatives (prévues à l’automne 2017, ndlr) et ne présenterons de candidats que dans un nombre limité de circonscriptions», a-t-il assuré.

Il a affirmé que les relations avec l’AfD étaient bonnes dans la plupart des régions du pays, où le parti de droite populiste a compris que «c’est seulement ensemble» avec Pegida que le succès est garanti. M. Bachmann entend, quant à lui, continuer à s’occuper de Pegida.

Incitation à la haine

Les «Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident» (Pegida) ont lancé leur mouvement à l’automne 2014, par des manifestations anti-immigrés hebdomadaires dans leur fief de Dresde. Mouvement clairement ancré à l’extrême droite, il fait l’objet de plusieurs enquêtes judiciaires pour incitation à la haine.

Il n’a toutefois jamais vraiment réussi à remplir son objectif d’essaimer dans toute l’Allemagne, restant populaire seulement dans l’est du pays. Les responsables de l’AfD sont divisés entre ceux qui assument la proximité avec Pegida et ceux qui veulent s’en dissocier.

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Jeu 21 Juil - 11:48


quel problème avec l'anti-"anti-islamophobie" ?

à la lumière des critiques que m'a adressées Ross Wolfe, je dois revenir sur quelques points qui ont été mal compris. Parmi ceux-ci, la raison pour laquelle je fustige le discours contre l'anti-islamophobie, d'une façon générale parce qu'il est un discours d'État (Manuel Valls, Gilles Clavreul, sionistes et néo-cons'), en particulièrer quand il provient d'anarchistes et de marxistes censés mettre en cause l'État et qui dans ce cas ne le font pas

le premier point est que pour débattre de ces questions, il faut partir des réalités, des faits, non la dénier en la voyant à travers des lunettes dogmatiques, ou des justifications conceptuelles abstraites concernant l'identité, l'essentialisation, etc.

l'idéologie comme religion avec ou sans dieu

le second est que si "islamophobie" n'est pas un concept à retenir pour une approche communiste du problème, et de celui même de religion, il recouvre pour tout un chacun ces faits et acquiert donc une validité pratique, pragmatique, politique. Rappelons que pour Marx, la critique de la religion ("la religion est l'opium du peuple") n'est pas un but en soi ou une condition première chronologique d'une critique de classe, mais la matrice" de toute critique des idéologies, celle qu'il a faite à son époque de l'idéologie de l'État politique, autrement dit contre la religion de l'État (Pierre Legendre)

ce point est important particulièrement en France où l'idéologie de la laïcité est tant revendiquée, sous diverses variantes jusqu'à l'anti-religieux laïcard (et anarchiste) qui devient sa propre religion athée, se suffisant parfois à elle-même ou en tout cas venant devant toute autre considération dans le contexte actuel : c'est une dimension de ce que j'appelle l'idéologie française

un déni de réalités

pour discerner la valeur d'un discours sur cette question, il convient donc de vérifier comment les personnes portant ce discours partent ou non des faits, en l'occurrence le caractère massif du racisme anti-arabo-musulman, à l'encontre de personnes qui sont ou non musulmanes, croyantes ou d'autres religions. Si elles ne le font pas, c'est un déni de cette réalité qui les dérange, soit eux à titre personnel pour diverses raisons, soit leurs idées, leurs dogmes

un anarchisme à géométrie variable contre l'État

cette vérification n'est pas difficile quand il s'agit de groupes ou d'individus s'exprimant par des textes ou sur des blogs, notamment sur la question raciale en général et sur leur conception de la lutte de classe. C'est un travail que j'ai fait, et je ne reviens pas sur la liste de ceux qui portent ce discours dans les mouvances anarchistes et/ou marxistes, étant vérifiable aussi que leurs conceptions de la lutte des classes, hors quelques clauses de style, ne s'embarrasse pas chez les anarchistes anti-marxistes en particulier de critiques concrètes de l'exploitation du prolétariat et de l'économie politique

ils ne s'embarrassent pas non plus, pour de supposés anarchistes, d'une critique du discours d'État en la matière (Gilles Clavreul, Manuel Valls, sionistes et néo-cons), étant entendu que devient de rigueur l'équation anti-islamophobie = antisémitisme = antisionisme

quelle place aux questions raciales en général et en relation avec les luttes de classes en particulier ?

un critère d'appréciation est de voir quelle considération ils portent à la question raciale en relation avec l'exploitation et les dominations capitalistes et étatiques. Dans la plupart des cas, on constate un grand intérêt pour l'antisémitisme et une place très limitée à la critique des autres racismes (Temps Critiques, Critique de la valeur, Mondialisme.org, non-fides, etc.). La disproportion est inversement proportionnelle aux réalités quantitatives du racisme dans le monde, et à partir de là, on flaire une attention à sa propre communauté surprenante chez de tels universalistes "colorblind"

le lien s'établit alors entre vision théorique de la question et "pratique théorique". Pour certains, "théorie" est un bien grand mot, puisque là non plus, ils ne s'embarrassent pas de discussions rigoureuses avec ceux qu'ils mettent en cause ou leurs idées, la règle étant de fuir les confrontations directes et de parler seul ou entre-soi, plus sûrs ainsi d'avoir raison en pratiquant l'amalgame et le campisme (Yves Coleman est un spécialiste de ce procédé très répandu dans la post-ultragauche française)

essentialisation/racialisation : une erreur de cible

on se retrouve par conséquent face à un retournement des causes et conséquences, puisque la critique de la racialisation et de l'assignation à une race ou religion est adressée non plus à son principal pourvoyeur, l'État dans la logique de segmentation du prolétariat, mais à ses "victimes" (le mot devient d'emploi difficile, puisqu'on vous renvoie alors à une "victimisation"...). On reproche aux "racisés" de s'organiser de façon autonome sur la base de cette domination concrète et quotidienne, jusqu'à considérer toute organisation décoloniale comme identitaire et communautarisme, c'est le discours "marxiste" sur les "entrepreneurs en racisation", de Jean-Loup Amselle ("les nouveaux rouges-bruns") à Roland Simon de Théorie Communiste, en passant par Yves Coleman ("Les Indigènes de la République réussissent leur examen d’entrée dans l’extrême droite gauloise")

c'est un aboutisssement logique, puisque cette dimension racialisatrice de l'idéologie dominante n'est pas critiquée, et ne peut l'être sur une base de classe puisque la "race" est considérée comme un épiphénomène "qui se rajoute" sur la structure du capital, et n'en est pas un opérateur historique tout au long de sa genèse et de son évolution

autrement dit la boucle se boucle d'une erreur d'analyse historique et théorique et d'un déni des réalités pour lui conserver quelque improbable efficience contre les faits, qui sont têtus, dit-on

quid du 'décolonial' dans tout ça ?

le pas est franchi par certains quand ils ne se font plus que les relais, naturellement en termes ultragauchistes radicaux, de l'idéologie dominante, ai-je écrit, "comme cinquième colonne "anarchiste" de 'idéologie française", termes dont Ross Wolfe s'est offusqué mais dont j'assume la violence, dans son texte où il commence par écrire :

Ross Wolfe a écrit:
Decolonial criticism is, by contrast, in my opinion a complete waste of time. Reading Ramón Grosfoguel has actually made me dumber. (I know that’s hard to believe). Walter Mignolo, Enrique Dussel, etc. don’t say anything all that earth-shattering or insightful. Achille Mbembe is occasionally great, but I do not think he is even remotely similar to the other figures just named.

La critique décoloniale critique es à mon avis une complète perte de temps. La lecture de Ramón Grosfoguel m’a rendu de fait plus bête. (Je sais c’est difficile à croire). Walter Mignolo, Enrique Dussel, etc. rien de tout ça n'est fracassant ou perspicace. Achille Mbembe est parfois génial, mais je ne pense pas qu’il soit même à la même distance que ceux-là.

source : (Patlotch) Decolonial communization? Deuxième paragraphe


d'emblée la messe est dites, 'circulez ya rien à voir dans le décolonial', c'est pourquoi tous ceux dont j'ai parlé s'attachent tant à taire ou dénigrer toute sa critique concrète du racisme dans le capitalisme contemporain, et l'occidental en particulier. Je redonne ici la conclusion d'un précédent commentaire :

à ce moment là, on saisit que le combat décolonial, pour faire court, est l'issue par le haut proposée à ceux qui ne sont pas victimes du racisme (blanc entre autres), et que du point de vue de classe, la balle, si j'ose dire, est au prolétariat blanc, que la lutte décoloniale le concerne autant que les "racisé.e.s", parce que le racisme est l'instrument du capital pour diviser le prolétariat tout entier, la racisation est de son fait et son dépassement l'affaire de tous des deux côtés de la "ligne de couleur"

s'opère là une renversement de perspective qui se pose au présent, non à l'horizon d'une révolution abolissant "race", c'est-à-dire le racisme

autrement dit, la lutte décoloniale est l'antiracisme anti-capitaliste concret de notre temps, le reste est universalisme abstrait de pacotille

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 16 Aoû - 10:08



Étude : de l'économie à la finance islamique
itinéraire de l'ajustement d'un produit identitaire à la globalisation libérale


Khaled Sor 2012-04-19

«L'économie islamique», notion profondément moderne née dans les années 1940, s'est, au cours des ans, profondément modifiée. Dès les années 1970, elle a cédé la place à la «finance islamique». Celle-ci intègre non seulement les institutions du marché, mais se laisse également infuser par sa «culture», devenant ainsi acceptable également pour des non musulmans. Avec la crise financière de 2008, l'acceptabilité tourne à l'engouement, explique Khaled Sor dans cette étude.


6e World Islamic Economic Forum, Kuala Lumpur, Malaisie, 18 mai 2010
© 2010 Dinictis | Dreamstime.com

Citation :
«L'économie islamique» a d'abord fonctionné dans une perspective identitaire : adossée à une vision de l'islam comme système globalisant, elle se voulait troisième voie, alternative aux autres paradigmes économiques dominants, le capitalisme libéral et le communisme. Pourtant, la réflexion sur l'économie islamique traça moins une troisième voie qu'elle n'oscilla entre les deux paradigmes qu'elle entendait au départ dépasser avant de rallier progressivement les réseaux et les credos de la globalisation libérale.

En effet, si elle se caractérise par son indétermination politique (elle peut s'ancrer à gauche comme à droite), le premier moment « socialisant » de l'économie islamique (dans les années 1950 et 1960), plutôt narratif et théologico-philosophique, va céder la place, dès les années 1970, à la finance islamique, savoir technique et modélisable plus à même de se fondre dans la mondialisation financière. Il est aussi beaucoup plus en phase avec ses nouveaux promoteurs : les institutions de finance sharia compliant qui se développent à cette époque dans les pays du Golfe.

Ces institutions vont arracher l'économie islamique à sa matrice militante initiale et imposer son virage à droite. Ce ne sont plus des idéologues, mais un corps de spécialistes, techniciens et «oulémas de la finance», qui vont contribuer à la diffusion des pratiques bancaires légitimées par la référence à l'islam et assurer leur intégration dans les circuits de la finance internationale.

Pour lire l'intégralité de cette étude de Khaled Sor (17 pages), veuillez télécharger le fichier PDF (270 Ko) en cliquant sur ce lien:
http://religion.info/pdf/2012_04_Sor

 

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 22 Aoû - 23:11


le livre de Sherene Razack est de 2011, sa lecture par Rachid Id Yassine de décembre 2013, mais que ce soit avant la période "attentats en France" peut permettre des rapprochements et de mesurer les évolutions





En l’espace de cinq chapitres organisés en deux parties, Sherene Razack « entend décrire les différentes mesures juridiques et sociales prises en Occident à l’encontre des Musulmans, en suivant le déroulement d’une histoire, celle de la confrontation entre les Occidentaux et les Étrangers, de l’intérieur comme de l’extérieur, qui sont d’une autre race ».

Cette recension est publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur.


Citation :
Dès les premières pages du livre, le lecteur est quelques peu surpris par le langage et l’emploi de certaines notions omniprésentes : race et camps. Ce sont les deux principaux concepts sur lesquels cet essai repose entièrement. En l’espace de cinq chapitres organisés en deux parties, Sherene Razack « entend décrire les différentes mesures juridiques et sociales prises en Occident à l’encontre des Musulmans, en suivant le déroulement d’une histoire, celle de la confrontation entre les Occidentaux et les Étrangers, de l’intérieur comme de l’extérieur, qui sont d’une autre race ». Ces mesures souscrivent à l’idéologie du choc des civilisations qui sous-tend l’actuelle « guerre contre le terrorisme » avec des logiques d’exception, d’expulsion et d’extermination. Celles-ci se matérialisent toutes dans l’idée de camps. Et si le camp peut être un espace physique comme avec Guantanamo par exemple, les corps eux-mêmes deviennent des camps dans la mesure où ils ne bénéficient plus d’aucune protection juridique. Les lois peuvent effectivement aller jusqu’à les priver de leurs droits fondamentaux. Ce serait là l’œuvre d’« une nouvelle pensée raciale [selon laquelle] nous sommes menacés de tous côtés par les Musulmans et nos dirigeants doivent nous protéger contre cette menace ». Et si l’on doit donc protéger les uns des autres, ceux-là ne doivent plus permettre à ceux-ci de pouvoir être protégés. La pensée raciale justifie la mise en suspend des droits dès lors qu’elle dit chercher à assurer la sécurité nationale. Or on ne peut agir ainsi qu’en reconnaissant aux uns une supériorité sur les autres, mais cette hiérarchie pour être légitime ne doit pas apparaître sous la forme d’un racisme notoire.

Parmi les astuces de la pensée raciale selon S. Razack, il y a le déplacement de frontières. Ainsi la frontière séparant « des peuples et des cultures "sans traits distinctifs" [qui] sont déjà dans la modernité [c’est-à-dire] les peuples d’ascendance européenne » et tous les autres dont en particulier les Musulmans comme groupe racialisé [1], se voit substituée par une autre frontière qui cette fois-ci, sépare les hommes des femmes de ladite race. Ainsi ce serait parce que l’on veut aussi protéger les Musulmanes des Musulmans, que l’on se permet de légiférer et d’appliquer des lois d’exception qui ne disent pas leur nom. La pensée raciale peut alors être efficace à l’aide d’un certain droit d’ingérence dans les affaires des Musulmans. Chacun peut se croire permis d’expliquer comment être un « bon » Musulman et ce que l’Islam doit faire pour se réformer.

Á suivre le raisonnement de S. Razack, en gardant cependant bien à l’esprit que le concept moderne de race renvoie strictement aux caractéristiques sociales et ethnicisées d’un groupe donné, on comprend mieux les motivations implicites d’un traitement politique et judiciaire inégalitaire entre les citoyens des pays européens. Et si l’auteure mentionne la situation qui prévaut en France, en évoquant un usage raciste et patriarcal de la laïcité avec l’exclusion de jeunes filles de l’école publique, on peut aussi lui rétorquer que le principe de laïcité peut être bafoué pour répondre différemment aux mêmes aspirations de la pensée raciale qu’elle dénonce. La récente proposition de la Mairie de Paris (XVIIIe) et de la préfecture de Police de mettre à disposition des fidèles musulmans une caserne de pompier désaffectée, propriété du Ministère de la Défense, pour pallier au manque de mosquées qui les contraint à prier dans la rue, en est une patente illustration. Selon le propos de la professeure canadienne, la révision ou la promulgation de lois, leur application ou leur entorse par l’État souverain, ont pour effet de « chasser les Musulmans » [2] de l’espace public commun. Lorsque l’État et les autorités locales envisage de changer la loi ou de l’enfreindre, c’est en affirmant que les Musulmans ne la respectent pas ; ce qui revient à dire selon S. Razack, qu’en définitive ils ne sont pas capables de la respecter et ne méritent donc pas qu’on la « leur » applique égalitairement à « nous ». Cette distinction entre citoyens à part entière et citoyens entièrement à part, est une prérogative exclusive de l’État qui entend ainsi réaffirmer sa souveraineté. La congruence de cette interprétation sociologique peut par exemple s’illustrer avec l’ancien projet d’extension de la déchéance de la nationalité [3].

S. Razack s’appuie sur l’idée que l’actuelle montée du racisme antimusulman [4] a été provoquée par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Depuis lors, trois figures allégoriques sont omniprésentes : le « dangereux » Musulman, la Musulmane « en péril » et l’Européen « civilisé ». Celui-ci est rarement désigné comme tel, mais il sert à la définition des deux autres. C’est probablement une des raisons qui a conduit la sociologue à ne réserver aucun chapitre à ce troisième protagoniste, laissant planer son ombre tout au long du texte. Elle précise par ailleurs – et on le devine à la lecture – que tous les chapitres de ce livre furent rédigés séparément. C’est après s’être rendu compte qu’ils souscrivaient à une même problématique qu’elle décida de les rassembler dans ce livre.

La première partie est composée de deux chapitres où S. Razack décrit le déploiement de la pensée raciale dans le traitement sécuritaire et militaire à l’encontre de « dangereux Musulmans ». La sociologue s’arrête sur les audiences entourant les certificats de sécurité au Canada où les principes de précaution et de prévention servent à justifier l’atteinte à certains droits fondamentaux dont celui de connaître les charges retenues contre soi. Or selon l’auteure qui s’intéresse dans le détail à plusieurs cas de personnes détenues pour être suspectées d’activités terroristes, il s’avère que les mesures et les peines préventives s’appuient sur des arguments d’ordre racial. Elle montre à partir de données factuelles qu’il suffit aux autorités pour détenir une personne que celle-ci ait « un teint basané, une barbe, l’allure […] ou encore des noms arabes ou musulmans ». Dans un second chapitre, elle poursuit son décryptage en s’intéressant aux tortures des prisonniers d’Abou Ghraïb en Irak, présentées comme la mise en œuvre de « la terreur raciale » qu’employaient les régimes coloniaux.

La seconde partie de l’ouvrage poursuit l’analyse en s’intéressant au second personnage emblématique de la femme musulmane en danger. S. Razack entend décoder le discours féministe qui abonde dans le sens « des intérêts de l’impérialisme ». Elle déconstruit l’argumentaire de « certaines féministes en Occident [qui] font le miel de l’empire en prônant cette politique de délivrance des Musulmanes [et] défendent sans hésiter l’idée selon laquelle on peut savoir qui est entré dans la modernité, et qui n’y est pas encore, en évaluant le sort réservé aux femmes ». Á partir de trois ouvrages (Fallaci, Chesler et Manji), elle fait état d’un « choc des cultures » où la haine prétexte des différences culturelles pour promouvoir un racisme virulent ; elle dépeint l’usage impérialiste de la dénonciation de l’antisémitisme ; et elle analyse les appels à l’aide de certaines Musulmanes « depuis l’intérieur du harem ». Dans les deux derniers chapitres, elle expose les effets de cet « impérialisme des femmes modernes ». Á partir de l’analyse de deux ouvrages (Storhaug et Wikan), elle s’intéresse d’abord à l’adoption par la Norvège de lois et règlements racistes destinés officiellement à lutter contre les mariages forcés. Elle décortique ensuite le débat sur la Sharî‘a au terme duquel le Canada a décidé d’interdire les tribunaux d’arbitrage religieux en matière d’affaires familiales.

Le propos de ce livre est bienvenu à maints égards, notamment parce qu’il soulève de nombreuses interrogations sur la place et l’exercice de la sociologie à l’échelle du monde. C’est toute la question de l’engagement citoyen – pour ne pas dire politique – du sociologue qui trouve ici des éléments de réponse. Ils sont notamment discutables dans la mesure où ils se situent à la lisière séparant une œuvre scientifique d’une œuvre militante : encore faut-il refuser que celles-ci puissent se confondre, du fait de la nature différenciée de leurs objectifs respectifs. La remarque s’avère d’autant plus nécessaire que l’islam est depuis plusieurs décennies déjà, au cœur de l’actualité internationale, et qu’il est érigé en un véritable enjeu national dans la vie politique de plusieurs pays occidentaux, notamment au moment d’échéances électorales. Les mécanismes que S. Razack dévoilent en parlant d’« hystérie galopante au cours de ces années », sont excellemment illustrés dans « les mesures prises par un petit village du Québec qui promulgua solennellement que la municipalité […] peuplée de 300 Blancs, où ne vivait aucun Musulman […] interdisait la lapidation des femmes, de même qu’on leur lance de l’acide au visage ». L’anecdote témoigne de la force de persuasion desdits mécanismes qu’expose la sociologue dans ce livre engagé.

S. Razack ne prétend pas avoir « des solutions à fournir pour freiner la marche de l’empire, ni celle du néolibéralisme contemporain », mais elle nous propose de rompre avec une modernité conçue comme une idée. Elle suggère avec force que la modernité est un programme qui se traduit en un « processus identitaire [fondé] sur une structure de sentiments et […] un fantasme collectif, celui d’appartenir à une civilisation supérieure ». Ce projet de la modernité emploie divers concepts dont celui de l’égalité des sexes, et tente de dissimuler les manœuvres économiques, sociales et politiques des gouvernants. Il s’évertue à ce qu’on ne puisse voir que cette égalité des sexes ne dépend pas de la culture mais de facteurs eux-mêmes économiques, sociaux et politiques.

L’auteure précise qu’elle mena cette étude critique sur le rôle du féminisme occidental contemporain, en tant que « féministe laïque, portant un nom musulman ». Elle prend sa propre situation en exemple et explique que selon la pensée raciale, elle est perçue comme Musulmane, ce qui rend aussitôt suspects son militantisme dans le mouvement féministe ainsi que sa condition d’universitaire. Pourtant loin de prendre le parti d’une communauté et de soutenir une logique de victimisation, S. Razack nous renseigne davantage sur les dangers que fait encourir la pensée raciale aux sociétés occidentales elles-mêmes, et à l’humanité toutes races confondues. Les mises en garde sont récurrentes et vont jusqu’à renverser la perspective dominante, estimant par exemple que pour les Musulmanes les subissant, « l’intransigeance d’une surveillance policière serrée » est plus dommageable que « les rigueurs de l’intégrisme ». Et le danger de cette pensée raciale n’atteint pas uniquement les Musulmans, mais la société toute entière comme peut dramatiquement l’illustrer l’attentat à la bombe dans le centre d’Oslo et la fusillade sur l’île d’Utoya du 22 juillet dernier. La pensée raciale va jusqu’à faire en sorte que la communauté musulmane de Norvège se retrouve être à la fois soulagée que ce ne fut pas l’œuvre d’un Musulman, et irritée qu’on y ait pu penser aussi facilement [5]. D’aucuns considèrent que l’auteur présumé est animé de « convictions qui en feraient plutôt le premier "terroriste identitaire européen" » [6]. Stéphane François va même jusqu’à parler « des prémices d’une nouvelle campagne d’attentats identitaires en Europe » [7].

C’est, auréolée de son dévouement reconnu à la cause féministe que l’auteure de ce livre mène à bien une analyse objective, étayée par de nombreuses données factuelles, de « ce qu’elle voyait parfois, et ressentait dans sa chair ». L’exercice, délicat, est remarquablement exécuté, encore faut-il pour s’en rendre compte, avoir la patience de suspendre le sentiment d’un propos réducteur que l’on peut éprouver quand on lit que « cet ouvrage montre que personne n’échappe à l’hégémonie de l’empire ». En allant au bout de la lecture du livre, on remarquera combien les propositions de la sociologue font œuvre de pédagogie afin d’expliquer la complexité de nos sociétés et les maintes contradictions de notre époque.

Retrouver cette recension sur : lectures.revues      

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[1] Et non plus seulement comme une communauté dont l’attribut de reconnaissance exclusif est la fidélité à une tradition religieuse. On distingue ainsi le Musulman comme membre d’un groupe racialisé, du musulman comme membre d’une communauté religieuse, à l’aide de la majuscule.  

[2] La même analyse pourrait se voir faite dans le cas des Roms, autre groupe racialisé et minorisé.  

[3] Ce fut l’une des mesures-phare du projet de loi sur l’immigration qui prévoyait de déchoir de la nationalité française les personnes devenues françaises depuis moins de dix ans qui se seraient rendues coupables de crime contre des personnes dépositaires de l’autorité de l’État. Elle fut abandonnée, continuant de réserver ce traitement aux traitres et aux terroristes.  

[4] Elle ne parle pas d’« islamophobie ».  

[5] François Clauss, « Norvège : la communauté musulmane soulagée », Europe1.fr, le 26 juillet 2011.  

[6] Fabrice Pozzoli-Montenay, « Anders Breivik, premier terroriste ultra-européen ou loup solitaire ? », Slate.fr, le 25 juillet 2011.

[7] Stéphane François, « Norvège : "Anders Breivik peut faire des émules" », Libération.fr, entretien le 25 juillet 2011.




Sherene Razack parle de "racisme antimusulman", pas d'"islamophobie"
(au demeurant comme Yves Coleman)

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 23 Aoû - 19:20


Valls veut une «assimilation» de l'islam

extrait de 2017 : Valls craint une défaite de la gauche «dès le premier tour»
Arthur Berdah Le Figaro 23/08/2016

« Nous devons bâtir un islam français, européen, occidentalisé, avec nos traditions et nos valeurs»

la réforme de l'Islam en France ou la Hic' Cité

montage photo Patlotch 2015

Citation :
«L'élection présidentielle va se jouer sur (...) la place de l'islam». Tandis que l'exécutif s'apprête à relancer l'encadrement du culte musulman en confiant les clés de la Fondation pour l'islam de France à Jean-Pierre Chevènement, Manuel Valls - déjà à la pointe sur les questions identitaires - semble avoir décidé de s'emparer du sujet.

Soucieux d'infliger une «défaite retentissante à l'État islamique (et) au fondamentalisme musulman», en démontrant que «l'islam est compatible avec la démocratie (et) avec nos valeurs», le chef du gouvernement plaide pour «l'assimilation et l'intégration de l'islam». «Oui, j'assume ces mots. Il faut une assimilation», martèle-t-il, brisant ainsi un tabou à gauche, où l'on prône un modèle intégrationniste. Pour justifier ce choix lexical, le chef du gouvernement cite «les autres cultes (qui) se sont sécularisés». «Nous devons bâtir un islam français, européen, occidentalisé, avec nos traditions et nos valeurs», conclut-il.



je ne voulais pas importer ce texte, mais en contrepoint au désir de Valls d'« assimiler l'Islam»...


Il faut en finir avec l’Islam de France

Atman Zerkaoui, membre du PIR, 20 août 2016

Le gouvernement l’a de nouveaux dit, il faut un Islam de France. Bigre ! Encore un énième machin construit par l’état et complètement déconnecté des musulmans vivant en France ? Sans doute. Mais cela apparaît dans un contexte de répression accentuée. Les récentes déclarations de Manuel Valls concernant la fondation de l’Islam de France augurent une accentuation de la répression généralisée à l’ensemble des musulmans et des mouvements indigènes autonomes qui s’opposent au pouvoir.


Citation :
Avant d’aller plus loin, posons le contexte. Qu’est-ce que l’islam de France ?

Si je vous dis « c’est la voiture de Julie » vous comprenez que la voiture appartient à Julie et que cette dernière peut en faire ce que bon lui semble. Ben Islam de France, c’est presque pareil. L’Islam est un objet qui appartient à la France, en l’occurrence l’État français. Parler d’Islam de France, c’est dire que l’Islam n’appartient pas aux musulmans (mais peut-il « appartenir » à quelqu’un ?) mais à l’État et que ce dernier est légitime à en faire ce qu’il veut des musulmans et de l’organisation censée les représenter (nous reviendrons là-dessus plus tard).

Cet Islam de France est donc bâti en l’absence de la quasi-totalité des musulmans et contre eux. Le fait que le chef de l’état et des ministres proposent qui doit en être à la tête en est un signe. François Hollande propose Chevènement (quoi de mieux d’un ancien préfet en Algérie française pour reprendre les recettes de la gestion coloniale de l’Islam et des musulmans ? C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures n’est-ce pas ?) Quand à Rossignol (vous savez la ministre qui dit que les femmes voilées sont comme des esclaves « nègres » avides de leur soumission) elle a fait sa liste de Noël : il faut une femme, d’origine musulmane et laïque puis propose Rachida Dati comme poulaine. Ne vous plaignez pas on a échappé à Chalghoumi. Notons au passage que les afficionados de la laïcité (vous savez ceux qui piquent des crises d’angoisse dès qu’un musulman demande à bénéficier de ses droits) n’ont rien dit sur le fait que l’état choisisse qui doit représenter les musulmans, comme à leur habitude dès qu’il s’agit de mettre au pas de l’état français les musulmans.

Cette fondation de l’Islam de France serait donc bien partie pour être un nouvel échec du gouvernement français et ce pour plusieurs raisons.

D’abord le fait que l’État choisisse avec qui il veut discuter, ce qui est problématique mais le devient encore plus quand il impose des critères qui font que le représentant des musulmans, choisi par la république mais pas les musulmans, dira plus ou moins ce que veut entendre le gouvernement et sera une fois encore totalement déconnecté du peuple musulman de ce pays. En même temps, je crois que les musulmans ont quelques doléances à faire au gouvernement concernant son action à son endroit et que ce dernier ne veut pas les entendre puisqu’il sait que ça ne sera pas forcément gentil-gentil pour lui. Pour le pouvoir, ce représentant des musulmans n’est pas là pour faire valoir ce que veulent les musulmans mais au contraire sera un caïd de la république qui demandera aux musulmans de bien se tenir et de chanter la Marseillaise entre une perquisition et un bombardement français dans un pays musulman.

Ensuite, l’idée même qu’il puisse y avoir un représentant des musulmans vivant en France n’est pas matériellement possible. Le principal problème vient du fait que les dirigeants français s’imaginent que toute religion est comme la religion catholique, avec un clergé, une hiérarchie, une sociologie identique. Or cela n’est pas le cas. Pris dans une vision monolithique et européocentrée du religieux, les dirigeants français proposent de créer une structure pour tenter de faire entrer les structures sociales musulmanes dans un moule qui convient à leur vision. En un mot, les gouvernements français se comportent comme un enfant voulant faire entrer la pièce carrée dans le trou rond d’un jeu pour bébé avec les mêmes résultats : même en tapant fort ça ne rentre pas.

On pourrait se demander si les dirigeants français sont idiots au point de créer un nouveau bidule inutile ? Ne voient-ils pas qu’en se fabriquant une représentation des musulmans à leur convenance, cette dernière n’aura pas la moindre légitimité aux yeux des musulmans et ne sera jamais prise au sérieux par eux ? Mais ce sont à mon avis de mauvaises questions : D’une, car ils ne sont pas idiots, de deux car l’état français se moque de ce que pensent les musulmans (s’en est-il déjà soucié ?). Il est intéressé par ce que pense l’opinion publique blanche rien de plus. Au mieux, avec la fondation de l’Islam de France, il lui donnera l’impression de faire quelque chose, au pire, l’état intégrera cette fondation à son appareil répressif en décrétant des « bulles papales laïques » et justifiant la répression d’état et les violences subies aux musulmans ne les respectant pas. Le « grand pape des musulmans de la république » Chevènement ne vient-il pas de demander aux musulmans de se faire discrets ? Que dira-t-il à une femme voilée venant de subir une agression ? Qu’elle aurait dû se faire plus discrète ?

À dire vrai, les musulmans s’organisent d’eux même à leur manière. Certains organisent la lutte contre l’islamophobie et l’action du CCIF a fait que la ministre Rossignol a dû rendre des comptes sur les politiques islamophobes français à l’ONU. Les médias communautaires musulmans existent aussi et c’est, par exemple, grâce à eux, en 2014 lors des manifestations contre les bombardements de Gaza, que le mensonge d’état concernant l’attaque de la synagogue rue de la roquette a pu être mis à mal. Le rassemblement annuel des musulmans de France est organisé par de nombreuses d’associations formant l’UOIF. Des associations humanitaires musulmanes, telles que BarakaCity, agissent tant au niveau national qu’international. Bon an, mal an, certains s’organisent en tant que citoyens avec l’espoir de pouvoir vivre paisiblement en facilitant leur intégration, d’autres en tant que musulmans afin de pouvoir vivre pleinement leur religion. Alors pas organisés les musulmans ? Si nous le sommes, certes avec des lacunes, mais il y a des organisations musulmanes qui agissent avec plus ou moins d’autonomie vis-à-vis de l’État et ce qu’entend ce dernier quand il parle d’organiser les musulmans, c’est la mise au pas, l’asservissement, la chalghoumisation de tout le florilège d’organisations musulmanes : l’Islam sera perçu comme organisé que lorsqu’il sera un moyen efficace de contrôle de la population musulmane en France par la puissance publique, comme au temps de l’Algérie coloniale.

Je ne sais pas s’il faut une organisation de l’Islam en France – est-ce opportun ? – Mais je sais que sans une autonomie de son agenda politique cette organisation sera une coquille vide. Que si elle cherche à plaire au prince, elle ne pourra le faire que genoux à terre car c’est ce que souhaitent le prince. Que si elle ne représente pas toutes les formes d’islam pratiquées en France elle sera un instrument de division. Que si elle n’a pas le cran et l’audace de froisser l’État français, d’exiger ce qu’exigent les musulmans à savoir la lutte contre l’islamophobie et pour notre dignité, pour la liberté d’organisation et de définition religieuse sans interférence étatique, sans cette base minimale cette organisation, si elle voit le jour, sera un échec. Cette organisation des musulmans en France, si elle voit le jour, pourrait être une réussite si elle offre aux musulmans la possibilité de participer pleinement à la transformation de la société et de proposer des alternatives politiques, pour eux-mêmes et pour les autres. C’est-à-dire qu’elle ne doit pas se contenter de la revendication minimaliste consistant à dire que les musulmans ont le droit de vivre comme ils le souhaitent dans une société dont les règles sont définies sans eux (et souvent contre eux), mais qu’elle doit nous permettre de participer à la définition de ces règles à partir de nos références. Le monde blanc demande souvent aux musulmans s’ils reconnaissent une part de francité en eux, il serait bon de lui demander si lui reconnaît sa part d’islamité que nous avons apporté.


je n'entrerai pas dans la discussion de savoir ce qui est laïque, laïc, ou pas, et respecte ou non l'esprit de la loi de 1905, qui, si on ne la critique pas, demeure un butoir à la compréhension de ce qu'est, ici dans l'idéologie française comme particulière, la généralité de l'idéologie dominante de l'Etat et de la société civile citoyenne

ce qui me semble manquer est l'explication des raisons de faire ainsi de la part de l'État français, qu'elles échappent ou non à certains de ses porte-paroles, qui sont il est vrai loin d'être des lumières

l'explication, on la trouve dans cette citation en exergue de dndf :

TC a écrit:
L’Etat est cet universel abstrait qui se sépare illusoirement de la société civile en idéalisant et séparant l’intérêt général des conflits qui la traversent, par là il n’est en fait que le comité de gestion des affaires bourgeoises.

Extrait de « Soulèvement arabe: classe/genre ». Théorie Communiste


parmi les conflits dont il est question, la religion, et aujourd'hui particulièrement l'Islam. On a vu comment, saisissant le meurtre du prêtre de Saint-Étinne du Rouvray, Hollande et Cazeneuve se sont attaché, à la limite de la laïcité, à retisser les liens entre l'État français et l'Eglise catholique, jusqu'à cette visite "privée" du Président au Pape

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 26 Aoû - 15:48


pour mémoire


sans oublier que ce que l'État fait, Conseil d'État* ou pas, il peut le refaire, le défaire, et ainsi de suite...

cf Conseil d'État et burkini

c'est, disons, affaire de conjoncture...

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 3 Sep - 16:59


de l'inestimable Muslim Show



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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mer 7 Sep - 12:18




Aude Lorriaux a écrit:
@audelorriaux 7 septembre  

Patrick Simon de l'@InedFr  tort le coup à l'idée d'une "réislamisation" de la France (dans @Le1hebdo)

si ces chiffres sont exacts, et même si tous ensembles, "engagés dans la religion" ou "sécularisés", sont considérés comme "Musulmans", c'est un mauvais point pour l'anti-islamophobie à la Plenel & Cie, "Pour les Musulmans" : rien de tel pour renvoyer cette assignation en miroir...

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 18 Sep - 7:48


là encore, c'est l'économie politique, pas la religion, qui mène la danse



Le pèlerinage à La Mecque se tiendra cette année du 10 au 14 septembre. Le 24 septembre 2015, une bousculade durant le pèlerinage avait causé la mort de plusieurs milliers de personnes. Dix jours auparavant, une grue s’était effondrée dans l’enceinte de la Grande Mosquée. En plus de remettre en question la gestion par l’Arabie saoudite de l’organisation du pèlerinage, ces deux événements ont pointé du doigt les excès urbains dans un site pourtant sacré, mais obéissant aux lois du marché de l’immobilier et aux intérêts politiques du régime.



Au fond, la Grande Mosquée de La Mecque.
Citizen59, 12 septembre 2015

Citation :
La guerre du Golfe de 1990-1991 a marqué un tournant dans l’histoire contemporaine du Proche-Orient, modifiant les économies politiques de la région ainsi que les relations entre l’État et la société. En Arabie saoudite, les mobilisations contre le régime qui ont émergé au cours de ce conflit, conjuguées à la récession mondiale de l’époque, ont façonné les moyens par lesquels la monarchie des Al-Saoud a géré son monopole sur le pouvoir et les ressources économiques. D’une part, les dirigeants ont adopté des stratégies à plusieurs volets de coercition et de cooptation afin de pacifier les mouvements d’opposition  ; d’autre part, ils comptaient sur la spéculation foncière, sur le développement de programmes immobiliers en particulier, comme nouveau mode de légitimation politique, avec pour objectif de générer des revenus locaux dans le cadre d’une récession mondiale. Ce «  régime de la propriété  » a ciblé plus particulièrement La Mecque et Riyad, vus comme des objets de réaménagement urbain à travers lesquels de nouvelles visions de l’Arabie saoudite moderne se manifestaient et se faisaient diffuser, assumant par conséquent un rôle central dans la vie tant économique que politique.

Une ville musulmane globalisée du XXIe siècle

La planification urbaine centralisée de la fin du XXe siècle a pris, cependant, différentes formes dans les capitales religieuses et politiques du pays. À La Mecque, les plans de réaménagement se sont centrés sur la refonte complète du paysage physique, culturel, social et économique de la ville. Des projets géants, de plusieurs milliards d’euros, ainsi que des propriétés privées ont remplacé des sites historiques et culturels(1), encerclant peu à peu la Grande Mosquée. Les revenus issus du pétrole ont transformé le centre de La Mecque en une constellation de bâtiments à usage mixte comprenant des hôtels internationaux haut de gamme, des logements pour séjours de courte durée et des résidences permanentes, des centres commerciaux. L’avenir de cette zone sera complètement séparé de son riche passé intellectuel, social et économique.

Le régime saoudien a présenté la refonte de La Mecque comme une nécessité pour améliorer l’infrastructure du pèlerinage et accueillir une très importante population musulmane(2) dans une ville désormais facilement accessible et qui aurait plus à offrir que son patrimoine historique et religieux. En conséquence, le but de la construction (et des destructions) est d’insérer la capitale religieuse de l’islam dans le XXIe siècle et de la transformer en une ville mondiale modèle de développement. Ces projets ont en réalité changé l’expérience religieuse du pèlerinage. Ils ont favorisé une augmentation des inégalités de classe et créé de véritables gated communities(3) où les fidèles fortunés peuvent se séparer de la foule. En effet, les gens capables de s’offrir un appartement à plusieurs millions d’euros ou se payer une chambre d’hôtel à plus de 3 000 euros la nuit n’ont plus besoin de voir, d’entendre, de sentir, de toucher ou d’être près des autres pèlerins(4). Ils prient dans le luxe de leurs maisons ou chambres d’hôtel, une pratique sanctionnée par l’ancien grand mufti d’Arabie saoudite, Abdulaziz Ibn Baz (1910-1999), en 1998. Cette séparation est contraire au but du pèlerinage, au principe de communion spirituelle qui doit générer une érosion des frontières (nationales et de classe). C’est cela que symbolise l’habit blanc que portent les pèlerins.

En plus de créer des inégalités de classe et des distinctions entre fidèles, ces projets urbanistiques ont expulsé des centaines de milliers d’habitants du centre de La Mecque de différentes catégories sociales de leurs maisons et de leurs quartiers. En échange, ils ont reçu de maigres compensations financières et n’ont aucun recours juridique. Certains ont fini dans des bidonvilles situés à moins d’un kilomètre de la Grande Mosquée, cachés des yeux des visiteurs par le complexe de l’Abraj Al-Bait Towers.

Le wahhabisme, responsable  ?

Alors que la première vague de destructions massives dans le centre de La Mecque a commencé à la fin des années 1990, les médias ne s’y sont intéressés que récemment, notamment à partir de 2011. Face à une quasi-absence de travail scientifique sur les transformations urbaines de la ville, la presse a estimé que l’iconoclasme(5) wahhabite, enraciné dans des interprétations littérales du Coran et des traditions prophétiques, était derrière tout cela. Bien que les pratiques de commémoration soient dénoncées par les croyances officielles wahhabites, les considérant comme des formes atténuées d’adoration, une effronterie dans l’association avec Dieu, et assimilent ces actions avec le polythéisme, le régime saoudien a toujours su gérer les désirs des religieux zélés et des plus radicaux, les utilisant à des fins politiques si nécessaire. Ainsi, les sanctuaires chiites de Nadjaf et de Kerbala, en Irak et des lieux de culte soufis dans le Hedjaz saoudien (dans l’ouest du pays), par exemple, constituent des cibles pour les wahhabites depuis le XVIIIe siècle. Historiquement, toutefois, de tels actes de destruction ont été tout aussi motivés par la conquête économique et territoriale.

Blâmer le zèle religieux pour ces phénomènes urbains mondiaux, qui font partie intégrante du développement capitaliste et de la réorganisation du pouvoir moderne, ne permet pas de voir les vraies causes du problème. Ces explications faciles, qui ne voient le Proche-Orient qu’à travers le prisme de la religion, reproduisent les images d’une Arabie saoudite rétrograde et figée dans un temps révolu, au lieu de révéler le raisonnement politique et économique derrière les projets de réaménagement de La Mecque. En effet, pour créer de nouvelles opportunités, le régime a transformé le paysage du pays en un actif générant des rentes, en développant les secteurs de l’immobilier et le tourisme religieux. La spéculation immobilière locale, isolée d’un marché mondial en déclin, est par conséquent devenue partie intégrante du «  pétrocapitalisme  » saoudien, une «  solution spatiale  »(6) pour le régime face à sa crise de légitimité. Alors que les projets de développement à La Mecque transforment les énormes excédents de «  pétrocapital  » en une source de rentes régulières et renforcent l’importance de l’immobilier dans la vie économique nationale, ils ont aussi resserré les liens entre les dirigeants économiques et politiques, et la longévité du régime face à une possible dissidence.

La destruction d’une forme de mémoire historique à La Mecque, que le wahhabisme soutient, a été essentielle pour la consolidation de l’autorité politique du régime. Cette dernière a également été soutenue par la création et la commémoration d’une histoire officielle et laïque à Riyad, basée sur le passé de la famille Al-Saoud, un effort qui demeure largement à l’écart des médias et de la recherche. Le régime, attribuant la dissidence populaire à une perte de sa conception de l’identité et de la culture traditionnelles saoudiennes, estime que cette perte est le résultat des transformations sociales venues avec l’urbanisation effrénée de la capitale. Il a par conséquent dépensé des milliards d’euros dans des plans urbains et culturels pour la restauration du Riyad historique et la création d’une industrie du patrimoine. On peut citer plusieurs initiatives, comme le programme de réaménagement de Diriya(7) ou le Centre historique du roi Abdulaziz à Riyad. Toutes visent à consolider un sentiment d’identité enraciné dans l’allégeance à la monarchie Al-Saoud.

Ironiquement, l’establishment wahhabite a joué un rôle central dans cette matérialisation et cette territorialisation de l’histoire officielle du royaume. Dans la multiplicité de projets contemporains, La Mecque et Riyad sont à l’intersection d’une multitude de forces économiques, politiques, culturelles et idéologiques. Ainsi, dans le cadre d’un même espace social, chacune de ces deux villes est la scène d’un ordre social, d’une échelle de temporalité et d’une densité différentes ayant un objectif idéologique autre. Le réaménagement urbain des deux villes, et les contradictions qu’il comporte, est au cœur de l’habileté politique et des pratiques de gouvernance. L’effacement de tout autre récit de la formation de l’État à travers la restauration de Riyad et de destruction à La Mecque est, au fond, une continuité du projet impérial de la famille Al-Saoud, et le reflet d’une profonde violence spirituelle et temporelle, une violence de tous les jours.

Rosie Bsheer


(1)Les travaux autour de la Grande Mosquée de La Mecque ont conduit à la destruction de nombreux sites historiques et archéologiques, dont la maison natale du prophète Mohammed.

(2)Chaque année, quelque 2,5 millions de personnes se rendent à La Mecque pour le pèlerinage hadj, tandis que le nombre de pèlerins total par an s’élève à environ 20 millions.

(3)NDLR. Zones résidentielles fermées et sécurisées, isolées du tissu urbain environnant.

(4)Le prix au mètre carré à La Mecque est le plus élevé de la planète, pouvant atteindre 100 000 euros.

(5)NDLR. Destruction délibérée de représentations religieuses de type figuratif pour des motifs religieux ou politiques.

(6)David Harvey, Spaces of capital : Towards a Critical Geography, Routledge, 2001.

(7)Située au nord-ouest de Riyad, fondée au XVe siècle, Diriya est le berceau de la dynastie Al-Saoud et fut la capitale de ce que le régime nomme «  premier État  » (1744-1818). Abandonnée puis restaurée, la ville est la capitale du gouvernorat éponyme. L’un de ses districts, Al-Turaïf, fut inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco en 2010.


Article initialement publié dans le numéro 29 du magazine Moyen-Orient, janvier-mars 2016. Reproduit avec l’aimable autorisation du magazine et de l’auteure.

Rosie Bsheer
Professeur d’histoire à l’université Yale (États-Unis), spécialiste de la péninsule Arabique et d’études urbaines.


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 19 Sep - 8:58


L'hegemonie du capital US en Moyen Orient en question


déplacé dans "GUERRE AU TERRORISME" : la grande imposture

.
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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 24 Sep - 8:37


Musulmans en France : combien, de quelle origine, quelle pratique...
10 statistiques de l'institut Montaigne


Axelle Choffat lintern@aute 23/09/16

Laïcité, voile, halal... Une enquête sur le nombre de musulmans en France, leur démographie et leurs pratiques, publiée dans le JDD, a beaucoup fait parler. Mais que disent les statistiques sur le fond ? [un fond pas très profond, mais passons...]

Citation :
Le grand sondage de l' Ifop pour l'Institut Montaigne sur les musulmans de France, publié en Une du JDD dimanche 18 septembre 2016, a beaucoup fait parler cette semaine. Il faut dire qu'en livrant des statistiques très précises sur les musulmans, leur nombre, leurs origines, leur niveau de pratique, leur perception de la religion, de la laïcité, des valeurs de la République, du halal ou encore du voile, il s'engageait sur un terrain très polémique. Inédite, l'étude fournit pourtant des renseignements instructifs sur les musulmans du pays, alors que les statistiques ethniques et religieuses sont strictement encadrées par la loi en France et que les chercheurs ont tendance à s'auto-censurer sur le sujet. Pour consulter les 10 points essentiels du sondage et voir ce qu'ils recouvrent vraiment :


5,6 % de musulmans dans la population

50 % des musulmans nés en France, 14% en Algérie

10 % de musulmans chez les 15-25 ans

38 % de musulmans "inactifs"

71 % des musulmans acceptent la laïcité

31 % des musulmans vont à la mosquée chaque semaine

70 % des musulmans achètent halal

65 % des musulmans favorables au voile

30,6 % à gauche, 30,5 % au centre, 17,5 % à droite

28 % de musulmans "autoritaires"


plus de détails dans l'enquête

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 23 Oct - 13:22




Citation :
Il faut avoir la même organisation que les musulmans : ces derniers ont trois groupes pour schématiser [sic] :

- Ceux qui font les gentils pour arriver au pouvoir par voie démocratique, atteindre les postes important, ceux qui font la taqiya quoi.

- Ceux qui tiennent la rue, participent à la création de zones de non droit, une force brute, racailles de cité, migrants…

- Ceux qui forment la force armée, guerrière, têtes-brûlées, catégorie alimentée par la précédente : les types qui passent à l’acte, qui ne se contentent pas de s’opposer à l’Etat et à la police, mais dont le but est d’éliminer les rivaux, tous les critiques, les blasphémateurs ; pas la peine pour eux d’être actifs tout le temps, la seule nécessité est de sortir de leur état de « dormition » en cas de besoin.

On peut rajouter une quatrième catégorie, ceux qui instruisent, forment les générations,…

L’avantage est que la 1ere catégorie se désolidarise en public des autres catégories., ce qui lui évite de se faire cramer, mais en même temps, il devient presque impossible de critiquer l’islam si on ne veut pas se faire buter. La 2ème catégorie permet d’assurer un maillage territorial et une sorte de milice, protégeant des zones échappant au contrôle de l’Etat.

Quand les patriotes auront une organisation similaire (des élites capables de gouverner, des instructeurs et réinformateurs, une milice capable de protéger les patriotes attaqués (comme à Trégastel) et capable de reprendre la rue aux collabos, quand les collabo chieront dans leur froc à la seule idée de sortir avec une pancarte « peace and love, bienvenue aux migrants » ou « pas d’amalgames »et que les musulmans fermeront leur gueule, alors là, on aura toutes nos chances.

Rien ne s’est fait que par des beaux discours : il faut soit du fric, soit de la force qui les accompagnent. Comme on n’a pas de fric …


en gras, une certaine idée de la république...

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 30 Oct - 11:14


dans la bataille sur l'interprétation de faits incontestables, une analyse qui n'explique pas grand-chose : montrer que l'islamophobie est un racisme la laisse sur le terrain de l'antiracisme sans en situer les causes dans le capital/Occident en crises



Islamophobie : vous avez dit contre-enquête ?

Alain Gresh Le Monde diplomatique 6 janvier 2015

Citation :
Il devient de plus en plus difficile de nier que l’islamophobie se développe en Europe. De l’attaque contre des mosquées en Suède aux manifestations de « bons allemands » tous les lundis contre une prétendue invasion musulmane, chaque jour les preuves s’accumulent. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a consacré l’introduction de son rapport sur l’année 2013 à expliquer pourquoi elle acceptait finalement le terme d’islamophobie, ce que la plupart des grands médias se sont gardés de reprendre. Même l’inénarrable Caroline Fourest a dû finalement concéder, contrairement à ce qu’elle n’a cessé de répéter pendant une décennie, que le terme n’était pas une « invention des mollahs iraniens » pour freiner toute critique de l’islam.

→ Lire « Le mythe de l’invasion arabo-musulmane », par Raphaël Liogier, Le Monde diplomatique, mai 2014. Pourtant, il serait faux de penser que les tenants de ce rejet de l’islam aient renoncé. Ils se battent autrement. Certains, de manière radicale, comme Riposte laïque (les anciens comparses de Caroline Fourest, qui appellent à une manifestation en janvier contre les musulmans et pour la Reconquista). D’autres se veulent plus subtils, mais véhiculent le même message. Ainsi, dans l’introduction à leur livre Islamophobie, la contre-enquête (Plein jour, Paris, 2014), Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau écrivent : « Ce livre n’a pas pour objet de nier cette réalité ou de relativiser la gravité de ces actes (diverses attaques contre des musulmans). Tous sont à proprement parler islamophobes au sens où ils visent des personnes en raison de leur appartenance réelle ou supposée, à la religion musulmane... » Mais — car il y a un « mais » qui constitue le cœur de l’ouvrage : tout cela n’est pas vraiment grave, est largement exagéré, manipulé. Manipulé, au point pour un des auteurs de déclarer, dans une interview au site anticomplotiste, que la lutte contre l’islamophobie est un complot visant à « nous convertir aux vertus politiques du multiculturalisme ».


Un des livres précédents d’Isabelle Kersimon

Isabelle Kersimon s’est surtout fait connaître par des livres sur la lutte contre la cellulite ou le tabac, ou encore sur les meilleures recettes pour rester en forme. Elle collabore au journal Causeur, dirigé par Elisabeth Lévy, dans lequel elle a publié deux articles sur l’islam, ce qui en fait incontestablement une spécialiste de premier plan. Quant à Jean-Christophe Moreau, titulaire d’un Master 2 et préparant actuellement une thèse de droit, il n’a, à notre connaissance, rien produit d’autre. Mais son site Etudes franco-musulmanes, donne un aperçu de son combat idéologique : nul doute qu’il sera fréquemment invité désormais dans les médias, peut-être même pour remplacer Caroline Fourest qui commence à fatiguer son monde.

Mais ces auteurs n’ont pas besoin de lettres de créance pour bénéficier du soutien inconditionnel de Caroline Fourest, laquelle dispose d’une tribune régulière dans « Les Matins de France Culture » — il n’est pas inutile de rappeler que cette émission, comme la « matinale » de France Inter, sont des hauts lieux de l’islamophobie, où circulent des « listes noires » de personnes que l’on ne peut pas inviter. Le 15 décembre, l’éditorialiste encense cet ouvrage, qui est, selon elle, « une réponse implacable, argumentée et chiffrée, à la flopée de livres, bien moins rigoureux, qui sont parus ces derniers mois pour nous annoncer une vague islamophobe en France ». Et il faut dire qu’en matière de rigueur, Caroline Fourest s’y connaît, elle qui a été récemment condamnée pour avoir mis en doute l’agression contre une fille voilée à Argenteuil (Robin Andraca, « Agression Femme voilée : Fourest condamnée », Arrêt sur images, 23 octobre 2014). Et mise en cause par le Conseil supérieur de l’audiovisuel pour son traitement de l’Ukraine.

Lire cette contre-enquête est fastidieux et demande de comparer les attaques dirigées contre de nombreux chercheurs et leurs travaux pour voir si elles correspondent vraiment à la réalité. Les auteurs, à l’instar de Caroline Fourest, s’attaquent en priorité à l’ouvrage de deux sociologues, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman » (La Découverte, Paris, 2013).

Principal reproche : le livre se baserait « presque exclusivement », selon Fourest, sur les éléments fournis par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), présenté comme une « source statistique de référence », alors qu’il s’agit, selon elle, d’une association « extrêmement douteuse ».

Or, que disent Hajjat et Mohammed dans leur ouvrage ? Ils expliquent que « les données du CCIF reposent essentiellement sur les déclarations des victimes (par téléphone, Internet ou courrier) et plus marginalement sur la recension d’affaires rendues publiques par la presse. Elles constituent aujourd’hui une source statistique de référence pour une partie des médias français, mais surtout pour les organisations internationales en charge des droits humains, qui ne manifestent, contrairement à l’Etat français, aucune réticence à reconnaître un mouvement indépendant issu de la communauté musulmane.

Qu’il s’agisse du ministère de l’Intérieur ou du CCIF, l’enregistrement est soumis à de nombreux aléas qui participent à la construction des données finales. L’interprétation du motif de rejet se joue au moment de l’incident, tout de suite après et au moment de l’enregistrement d’un acte islamophobe. À chaque étape, l’incident fait l’objet d’interprétations ou de délibérations. En effet, toutes les interactions marquées par le rejet ou la défiance ne sont pas nécessairement explicites et les motivations des acteurs ne sont pas toujours discernables. L’enregistrement policier ou associatif dépendra ainsi du comportement de la victime et de l’auteur lorsqu’il est connu, des éléments matériels et des témoignages mobilisables, mais également de la sensibilité de l’agent ou du militant à l’égard de la forme de rejet en question. »

La complexité liée au fait de comptabiliser ce type d’actes — qu’ils soient d’ailleurs islamophobes, antisémites ou simplement délictuels — n’est pas une découverte pour un sociologue. Mais Kersimon et Moreau ne sont pas sociologues…

Les deux auteurs n’abordent pas, dans leur « contre-enquête », nombre d’études d’opinion réalisées en France, se bornant à dire que « les sondages réalisés à grande échelle après les attentats du 11-Septembre n’ont montré aucune progression du rejet des musulmans dans les opinions occidentales ». Pourtant, un simple survol rapide de la presse aurait révélé le contraire à nos zélés « contre-enquêteurs ». Ainsi peut-on lire dans le journal Le Monde du 24 janvier 2013 que « La religion musulmane fait l’objet d’un profond rejet de la part des Français » (par Stéphanie Le Bars) :


Citation :
Rarement la défiance envers l’islam aura été aussi clairement exprimée par la population française. 74 % des personnes interrogées par Ipsos estiment que l’islam est une religion “intolérante”, incompatible avec les valeurs de la société française. Chiffre plus radical encore, 8 Français sur 10 jugent que la religion musulmane cherche “à imposer son mode de fonctionnement aux autres”. Enfin, plus de la moitié pensent que les musulmans sont “en majorité” (10 %) ou “en partie” (44 %) “intégristes”, sans que l’on sache ce que recouvre ce qualificatif.


Un autre angle d’attaque de nos « contre-enquêteurs » concerne la notion d’islamophobie en France. « La thèse commune consiste à entériner l’idée d’une islamophobie constitutive de l’ADN français depuis les Lumières », écrivent-ils. Pourtant, là aussi, les propos de Hajjat et Muhammad sont bien différents : « Il est impératif d’éviter les écueils de l’anachronisme et d’une vision anhistorique de l’islamophobie discursive. Il n’existe pas d’islamophobie globale, multiséculaire et intrinsèque à l’identité européenne, une hostilité viscérale et endémique dont la “nature” serait identique du Moyen Age jusqu’au XXIe siècle et qui ne ferait que varier d’intensité d’une période historique à l’autre. Il s’agit au contraire de discours contingents, produits par des acteurs très divers (théologiens, philosophes, érudits, diplomates, gouvernements, scientifiques, journalistes, etc.) et des contextes sociaux et historiques particuliers (réaction aux conquêtes musulmanes, Croisades, déclin de l’Empire ottoman, impérialisme européen et états-unien, immigration provenant de pays musulmans vers l’Europe, etc.). »

Enfin, il faut admirer la manière dont ils analysent le discours médiatique, évoquant quelques émissions audiovisuelles pour « prouver » que les médias ne sont pas islamophobes (alors même que cette liste est tirée du livre de Thomas Deltombe, L’islam imaginaire, La Découverte, qu’ils critiquent vertement). Un peu comme si on se servait de l’émission « Là-bas si j’y suis » de Daniel Mermet (aujourd’hui supprimée) pour prétendre que France Inter combat la mondialisation et s’aligne sur la gauche radicale…

Tout cela pour arriver à cette magnifique conclusion : notre société « tente indéniablement, parfois avec des maladresses (sic), parfois avec des arrière-pensées, d’offrir aux musulmans une place digne de l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes : la place de citoyens libres et égaux en devoirs et en droits ». Il n’existe pas, ajoutent-ils, de « France viscéralement islamophobe ».


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