PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions

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MessageSujet: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 3 Juil - 18:32

j'ai hésité à ouvrir un sujet sous l'entrée "religion", ce qui est quelque peu contradictoire avec ce que j'en dis ce matin dans L'idéologie française
Patlotch a écrit:
dans le moment actuel, post-Charlie, que j'ai compris d'emblée comme un tournant et une accélération de l'idéologie française du capitalisme occidental dont la suprématie est menacée, un repère de cette idéologie est la place accordée à la religion, en l'occurrence à l'Islam, et ceci quel que soit la position prise

toutefois, et malgré ses limites théoriques, l'analyse de Saïd Bouamama est d'une telle qualité dans le paysage médiatique, que je pense opportun d'ouvrir un sujet avec ce texte

L’instrumentalisation du religieux dans une nouvelle construction du « eux » et du « nous » ou L’Islam comme nouvel ennemi Saïd Bouamama

Saïd Bouamama a écrit:
La référence à l’Islam est aujourd’hui récurrente dans nombre d’analyses et structure pour une bonne part le paysage idéologique qui est le nôtre. Cette question sensible au vu des réactions qu’elle provoque n’est pas innocente, et, comme les autres intervenants*, je considère qu’il y a très peu de religieux dans tous ces événements auxquels on a affaire en la circonstance.

Pour appréhender le phénomène, le mieux est de faire appel au vieux réflexe de contextualisation, contextualisation historique, économique mais également géostratégique. Je commencerai donc par souligner quelques éléments qui me semblent incontournables et qui vont m’amener à critiquer les explications que l’on nous assène au niveau médiatique et politique et qui se trouvent parfois reprises par le monde à prétention savante.

Disparition du monde bi-polaire et exacerbation des contradictions

En premier lieu, il s’agit de se pencher sérieusement sur cette grande transformation qu’a représentée la disparition du monde bi-polaire après la chute des pays de l’Est et dont on n’a pas fini de saisir les effets systémiques directs ou indirects. Ce monde bi-polaire a structuré et organisé les équilibres régionaux et continentaux. La disparition de cet équilibre vient re-questionner nos approches de ce qui se joue dans le monde actuellement et ce quelle que soit l’analyse que les uns et les autres ont pu faire de cette période de l’humanité. C’est un élément clé.

Un des premiers effets va être l’exacerbation d’une concurrence entre grandes puissances que l’existence d’un ennemi commun avait réussi à contenir jusque là. En un mot cette tension bi-polaire faisait que les contradictions internes aux Etats-Unis et à l’Europe, à l’intérieur même de l’Europe, étaient réfrénées, canalisées. Aujourd’hui, on ne peut comprendre certains conflits sans prendre en compte le jeu de chacune des grandes puissances, de la France, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne… On ne peut rien comprendre par exemple au conflit algérien de la décennie 90 -une guerre prétendument civile- si on ne prend pas en considération les soutiens successifs, apportés à des moments différents, à des groupes qui utilisaient l’Islam à des fins politiques et si l’on n’établit pas de relation avec l’enjeu que représentent le gaz et le pétrole algériens.

Enjeux économiques et déstabilisations

La maîtrise d’espaces bien spécifiques, essentiels à leur développement, représente pour les puissances économiques une véritable nécessité dans le système actuel. Force est de constater que les lieux de tensions, les lieux de conflits, de déstabilisation ne sont pas situés n’importe où géographiquement. Deux espaces peuvent être définis :

En premier ceux liés au pétrole et au gaz. Autour de ces lieux, on assiste à un certain nombre de déstabilisations, d’interventions, de conflits précédés ou accompagnés de discours idéologiques qui les justifient. Les États-Unis ne cachent d’ailleurs pas leur stratégie, puisqu’ils affirment qu’il faut redessiner la carte du Moyen-Orient.

Le livre de Zbigniew Brzezinski, « Le grand échiquier : La suprématie américaine et ses impératifs géostratégiques », fourmille d’informations attestant de la poursuite systématique de cette stratégie au travers des crises successives de la région.

– Le second espace de déstabilisation est l’Afrique. Ce continent joue sur le plan des minerais stratégiques -le lithium, le coltan, l’uranium- le rôle que joue le Moyen-Orient pour ce qui concerne le pétrole et le gaz.

Sans pour autant considérer que l’on est en présence d’un complot mondial, -une vue simpliste, réductionniste et forcément inexacte des situations-, la série de déstabilisations que connaît l’Afrique n’est pas le fruit du hasard. Si l’on considère la stratégie des grandes puissances, leur intérêt se focalise sur des espaces précis riches en matières premières dans lesquels elles n’hésitent pas à déclencher des conflits et des guerres pour s’en assurer le contrôle. Pour ce faire, elles ne vont reculer devant aucun moyen, et souvent de façon cynique, s’appuyer sur des contradictions existantes, des contradictions historiques lointaines mais qui pour la circonstance seront revivifiées, réactualisées, instrumentalisées -la destruction de l’Etat syrien, de l’Etat irakien ou afghan montre à quel point des contradictions, désactivées ou jusqu’à lors neutralisées, peuvent être réveillées et provoquer la décomposition ou le démembrement des structures antérieures.

Ce besoin des grandes puissances de rebattre à leur profit un certain nombre de cartes n’est pas étranger à la survenue de crises et à la déstabilisation que connaissent des pays ou des constructions étatiques qui, sans devoir être idéalisés, avaient réussi à trouver un équilibre et une stabilité leur permettant d’exister et de défendre leurs intérêts nationaux.

L’offensive ultra libérale

Faisant suite à la disparition du monde bi-polaire et à l’exacerbation des conflits, l’offensive ultra libérale est le troisième élément dont il faut tenir compte. Cette offensive que l’on a pu qualifier de monétariste a commencé dans les années 70 et s’est accélérée après la chute des pays de l’Est. Elle a des conséquences très concrètes dans bien des conflits d’aujourd’hui.

– La mise en place de plans d’ajustement structurel a eu pour effet d’appauvrir massivement et même de ruiner des Etats sommés de rembourser indéfiniment une dette illégitime. Les ravages sociaux provoqués par ces plans d’ajustement structurel sont immenses. La contamination par le virus Ebola a révélé l’inexistence de services sanitaires capables d’intervenir, services qui existaient dans les années 70-75 mais qui ont été démantelés au Mali, en Guinée, comme dans d’autres Etats, pour répondre aux exigences des institutions financières internationales. Avec la réapparition d’un certain nombre de pandémies directement liée à ce processus de paupérisation des Etats, le danger existe de voir des raisons humanitaires servir de prétexte à des interventions d’une nature toute différente !

– Le système de la dette et de son remboursement qui exige que l’on fasse des économies dans les services publics, en somme que l’Etat soit soumis à une cure d’amaigrissement, selon l’expression que répètent à l’envi les experts, montre ici son inefficacité et ses conséquences néfastes. Dans des pays déjà pauvres et frappés par les rapports d’inégalité Nord/Sud, ces politiques d’ajustement structurel poussées à l’extrême ont déchiré profondément le tissu social et conduit les sociétés civiles au bord de l’éclatement. Dans de très nombreux endroits, et même en tenant compte de l’hétérogénéité d’un pays à l’autre, ces plans ont fait basculer les populations d’un état de pauvreté relative à la misère la plus insupportable.

L’apparition de gourous, de sectes n’est pas étrangère à ce basculement et à cette déstructuration sociale qui ne fait que s’amplifier. Dans des Etats affaiblis, ces sectes, ces groupements sectaires, souvent vecteurs des intérêts de telle ou telle puissance, ne peuvent que se développer et prendre de l’importance jusqu’à contrôler d’immenses territoires.

Emergence de nouvelles puissances

Le quatrième élément est l’arrivée dans la sphère de l’économie mondiale de nouveaux acteurs -les pays émergents- et particulièrement de la Chine qui offre sur le marché international des conditions de contrats, de commerce, d’investissements plus avantageuses, des conditions qui la rendent plus attractive. Aussi la Chine a-t-elle su attirer à elle les dirigeants de nombreux pays africains (indépendamment de leur hétérogénéité) et même d’Amérique latine et développer avec elles des relations commerciales plus satisfaisantes

La Chine et les autres émergents concurrencent directement les positions acquises antérieurement par les grandes puissances et les remet en cause -celles par exemple de la France dans son pré carré où des contrats léonins très avantageux pour elle, sont signés au mépris des intérêts nationaux des pays africains et de leurs populations.

Suscitée par la pénétration économique de la Chine, la peur des grandes puissances déjà établies de perdre des marchés, est un élément sur lequel on ne peut faire l’impasse. Seule ou conjuguée à d’autres éléments, cette peur est l’une des causes de la déstabilisation de certains pays -c’est le cas du Mali, de la Côte d’Ivoire- après que ces pays ont passé des accords avec les Chinois et les Brésiliens. Certes il faut se méfier de toute analyse mécaniste, de tout automatisme dans l’engrenage des causes et des effets, cependant il est important de ne pas perdre de vue cette donnée.

Un système en crise


Il serait vain de croire que l’on a affaire à une série de crises, l’une ici, l’autre à côté, l’une présente, l’autre passée, la troisième à venir, qui n’auraient rien de commun, chacune indépendante des autres. Ce qui caractérise la période présente, c’est le caractère systémique de ce qui se passe, c’est tout un système qui est en crise.

L’exemple de la Libye est révélateur et on n’a pas fini de mesurer les conséquences de la destruction de ce pays. Depuis, des armes circulent, des groupes interviennent dans le Nord du Mali ou dans le Sud algérien. L’intervention a favorisé le développement d’une sorte de cancer avec la multiplication de métastases qui prolifèrent, ou plutôt que certains groupes diffusent en profitant souvent de l’affaiblissement des Etats.

Preuve s’il en est que la destruction des équilibres historiques, lorsqu’elle ne provient pas d’une dynamique interne à la société mais d’une intervention de forces extérieures ne produit que rarement les résultats escomptés et, disant cela, il n’est pas question de couvrir de vertus l’ancien régime en place.

Tout à l’heure, à propos du Pakistan, il a été dit que ce pays exportait vers l’Irak, mais aussi vers la Syrie, ses « talibans » les plus excités. Des opérations tout aussi tortueuses ne sont pas rares qui amènent souvent à ce que l’on ferme les yeux sur les agissements de ceux que l’on a combattus la veille parce qu’ils peuvent servir nos intérêts maintenant. Avec cynisme, nos ennemis d’hier deviennent nos amis d’aujourd’hui et inversement.

L’Islam, nouvelle frontière

De nos jours, s’il est impossible de comprendre les crises qui secouent des régions entières sans les analyser dans un cadre global, en dehors des interactions qu’elles entretiennent entre elles, il faut cependant remarquer qu’il est un élément commun à bien de ces crises : dans chacune d’elles, il est fait référence à l’Islam, une référence présente dans tous les discours auxquels nous sommes soumis.

Que l’on regarde ce qui se dit sur la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, dans toutes ces situations, on assiste à la construction d’un nouvel ennemi, d’une nouvelle frontière, une frontière religieuse. A cet effet, on va interpréter de manière religieuse des conflits qui sont avant tout économiques, politiques, sociaux, territoriaux -en tout cas qui sont d’un autre type, d’une autre nature, d’un autre ordre.

Sur tous ces conflits, on va plaquer une même grille de lecture, on va en quelque sorte les « religiosiser » ce qui revient à les absolutiser. Instituée en lieu et place des frontières antérieures, cette nouvelle frontière religieuse a une double fonction : celle d’homogénéiser et celle de distinguer à l’intérieur de chacun des peuples ici et là-bas.

Ici, homogénéiser l’essentiel de la population française face à un danger supposé et ce danger, c’est le musulman qui remplace la figure du dangereux communiste.

Comme il faut tout de même impliquer dans cette opération une partie des populations issues de l’immigration, on va inventer une distinction entre le musulman « modéré », -le « bon »- et le musulman « radical », forcément le « mauvais », distinction qui présente l’avantage de ne pas apparaître comme caricatural quand on parle des musulmans. Cette homogénéisation peut se résumer par la formule « Nous sommes tous dans le même bateau ici », ce qui permet de masquer tous les autres clivages et évite que ne soit pris en compte ce qui peut nous distinguer au niveau social, politique, économique.

L’autre avantage de cette opération, c’est que l’on a fabriqué une catégorie nouvelle, celle des musulmans radicaux, une catégorie qui présente l’intérêt d’être à géométrie variable du lundi au vendredi. Le lundi, ce sont ceux qui appellent explicitement au « djihad militaire », et le vendredi ce sera la femme voilée… Avec évidemment toute la confusion nécessaire pour que s’opère l’amalgame entre les deux.

Ce concept de musulmans radicaux s’applique aussi en tout lieu où éclatent les conflits : là-bas, on aura d’un côté les bons musulmans qu’il est de notre devoir de soutenir, et de l’autre les radicaux qui sont irrationnels qu’il faudra aller combattre à tout prix.

Par son simplisme, cette grille d’explication binaire présente un grand intérêt : elle amène à ne plus réfléchir aux causes et aux contradictions qui existent alors que pour n’importe quel autre conflit, on chercherait, à trouver l’enjeu, à comprendre s’il est économique, stratégique, s’il n’est pas lié à une question ethnique. En plaquant une grille religieuse, on rend inaudibles toutes ces autres explications possibles.

Processus de construction de l’image du musulman : le « eux » et le « nous »

Savoir comment cette nouvelle frontière, cette nouvelle image du musulman peuvent être construites permet de mettre en évidence quatre processus idéologiques à l’œuvre en la matière -je vous renvoie à un article que j’ai publié il y a quelques semaines « La fabrication médiatique du djihadiste » et je me permets de les rappeler rapidement.

– Le premier est le processus d’essentialisation de l’Autre et de soi. Le comportement des autres, des musulmans ne va plus être expliqué à partir des contradictions économiques, politiques ou autres mais à partir d’une essence, l’Islam, un Islam qui est forcément comme cela, qui fonctionne forcément comme cela. Ce processus, poussé à son terme, ne peut qu’également mener à l’essentialisation de soi. Ainsi, contrairement à l’Islam qui est utilisé à des fins politiques, nous serions protégés par la religion catholique, qui aurait en elle, par essence, une capacité qui lui permettrait d’éviter la barbarie.

Ainsi se trouvent essentialisés un « eux » et un « nous » et cette essentialisation passe bien entendu par la négation de toutes les différences entre nous ici, et d’autre part par la négation de toutes les différences entre musulmans là-bas. Au mieux, on saura qu’il existe les sunnites et les chiites, mais les différences au sein même des sunnites, au sein même des chiites sont totalement ignorées comme le sont les différences économiques, politiques…

Ce processus d’essentialisation fabrique un « nous » et un « eux » musulman homogénéisé… une réduction inévitablement porteuse d’incompréhensions et de conflits.

Essentialiser ne suffit pas et on va poser le principe d’une différence, d’une frontière absolue entre « eux » et « nous ». C’est l’objet du deuxième processus. Il n’est pas question de « nous » comparer un tant soit peu à « eux », il faut absolutiser la différence. On ne peut être comparés à ces barbus qui égorgent les enfants. La mise en scène médiatique de cette violence va diffuser dans nos imaginaires, dans nos inconscients, dans l’opinion publique l’idée qu’« ils » ne sont pas comme « nous », qu’« ils » ne pensent pas comme « nous » jusqu’à nous faire oublier que tout aussi barbare a été l’histoire européenne d’un passé somme toute récent et que dans « nos » hôpitaux psychiatriques, il est des gens capables de commettre de pareilles atrocités.

Partout, ici, là-bas, ailleurs, des discours politiques, des discours de révolte peuvent conduire à des comportements tout aussi barbares. Cette focalisation sur l’Islam comme porteur d’une différence absolue a besoin d’être interrogée et cette stigmatisation n’est pas sans conséquences ici entre Français en fonction de leur origine, et cela ne concerne pas uniquement les jeunes.

– Le troisième processus vise à présenter les comportements des musulmans comme irrationnels. « Nous », nous sommes du côté de la rationalité, « eux » sont réellement incompréhensibles. L’exclamation « Ah ! Il s’agit encore de djihadistes ! » suffit à expliquer les situations, comme si le phénomène djihadiste ne s’analysait pas par des facteurs économiques, sociaux, politiques, géostratégiques.

La mise en avant de cette grille de lecture selon laquelle « eux » sont irrationnels en découplant cette explication des autres causes, nous empêche d’envisager les situations dans leur complexité. Une démission de la pensée, un renoncement à l’intelligence des choses, d’autant que les émissions de télévision ne nous aident guère à saisir les phénomènes, tout à la fois dans leur globalité et dans leurs spécificités propres.

Tout cela va se trouver amplifié par le processus de production de la peur. Dans les médias, pour traiter des événements d’Afghanistan, du Pakistan, du Moyen-Orient, et pour pallier l’absence d’explications sereines ou de questionnement sur le fonctionnement du monde, seule est proposée une dramatisation dans laquelle le ton employé pour les commentaires ne peut que générer la peur.

Dès lors, il faut s’interroger plus avant sur la fonction sociale de ce nouvel ennemi, le musulman tel que construit par les médias, homogénéisé, essentialisé, irrationnel, ce musulman qui fait peur alors que le musulman réel n’est pas celui-là, il est divers, il est multiple, et porte différents projets politiques.

Au plan extérieur, ce musulman essentialisé, fantasmé, ce mauvais musulman représente une incontestable aubaine pour justifier les interventions que nos intérêts économiques appellent, des interventions décidées bien entendu pour soutenir les « bons » qui, au gré de nos avantages, peuvent être les femmes, les minorités.

Cela permet également de nous autoriser des comportements qui nous apparaîtraient, dans d’autres circonstances, comme illégitimes et provoqueraient immédiatement l’indignation.

Il est assez frappant que lorsque l’on a appris les tortures à Guantanamo, immédiatement à la télévision, tous ces « ogues », « politologues », « islamologues », qui nous expliquent le monde en trente secondes, ces nouveaux experts ont trouvé légitime ce qui se passait à Guantanamo… pour les plus anciens ici, cela doit certainement leur rappeler la guerre d’Algérie ! Il faut relire comment le général Ausaresses justifiait la torture. Quand on installe la peur, quand la peur est là, présente, c’est la déraison qui s’installe.

En Afrique, au Moyen-Orient, c’est à l’ombre de cette peur qu’on redessine tranquillement les cartes géostratégiques, qu’on va s’autoriser à couper des nations en deux, le Soudan par exemple et que penser du démembrement de l’Irak ! Face à un danger tellement irrationnel, tellement incompréhensible, on va accepter que l’on intervienne n’importe où, n’importe comment.

Des conséquences néfastes

La construction du « eux » et du « nous » ne va pas rester sans effets sur la société française. Sur le plan intérieur, trois conséquences méritent d’être soulignées :

En tout premier lieu, c’est le développement de l’islamophobie. On ne peut, pendant trente ans, véhiculer des images qui essentialisent l’Islam, qui homogénéisent le musulman, le présentant comme sauvage, barbare, dangereux et irrationnel et être étonné que le Français moyen développe face à ces images des réactions de peur et de rejet. L’islamophobie n’est pas un virus qu’aurait contracté le peuple français, c’est le résultat de trois décennies de construction médiatique. On ne pourra éradiquer cette forme de racisme que si on arrête de diffuser ce genre de représentations du musulman. Et pour tous ceux qui sont engagés comme moi dans la lutte contre l’islamophobie, il est temps que ce phénomène soit considéré comme la forme contemporaine du racisme.

La deuxième conséquence, c’est la construction qui s’inscrit dans la durée d’une identité essentialiste de la nation française. C’est l’idée que face à ce « eux », « nous », par nature, on est vraiment des démocrates. Les concepts sont brouillés, ce dont profite l’extrême droite pour se dédouaner en quelque sorte. La laïcité qui était à gauche est instrumentalisée…

Extraordinaire pour qui connaît l’histoire de l’extrême droite, qu’elle puisse se revendiquer comme laïque ! De la même façon cette construction du musulman va lui permettre d’apparaître comme le défenseur du droit des femmes, de leur émancipation.

L’essentialisation de l’identité française, et plus largement occidentale, est le résultat de tous les processus que j’ai tenté décrire. Il n’y a rien de pire pour une nation que lorsqu’une identité est essentialisée, parce que cela entraîne nécessairement le rejet de toutes les différences.

Si l’on ne casse pas ce processus, si l’on ne réintroduit pas de l’identité historique, politique, si on ne favorise pas l’interculturel, le multiculturel, toutes ces interactions possibles et fécondes, si cette identité multiple n’est pas revitalisée et que l’on s’obstine à considérer une « essence » française différente des autres essences, on court à la catastrophe. Et tous ceux qui pensent qu’avec le temps le racisme va disparaître se trompent lourdement.

La limitation des droits est la troisième conséquence. Angela Davis a étudié avec soin ce processus aux États-Unis et ses derniers textes nous montrent comment la lutte contre le terrorisme a pu représenter une aubaine pour justifier toutes les lois liberticides. On peut, sous ce prétexte, contrôler n’importe qui, n’importe quand et s’autoriser des perquisitions qui étaient illégales auparavant.

Dans le souci d’être protégés, on a accepté que toute une série de droits se voient réduits, des droits pour l’obtention desquels on s’est battu par le passé, pour lesquels des militants se sont engagés parfois jusqu’au sacrifice. Et ces droits, on est prêt à les abandonner parce que la peur a été installée.

Un ensemble de régressions qui appellent à réagir

L’ensemble de ces processus, de ces stratégies idéologiques ont produit au moins trois résultats principaux.

Le premier est que l’on se retrouve avec un mouvement pacifiste complètement désarmé alors qu’il y a peu encore, il était capable, lorsqu’il y avait une intervention militaire, d’organiser des débats, de produire des idées, de mobiliser pour des manifestations. Pour la première fois depuis des années, les interventions au Mali, en Côte d’Ivoire n’ont donné lieu à aucune réaction. Nous interroger sur la façon dont nous avons été désarmés idéologiquement s’avère indispensable.

En deuxième lieu, l’islamophobie a réussi à diviser les classes populaires non pas à partir d’un vrai problème de divergence idéologique -ceux qui ont un lien familial, culturel, personnel avec l’Islam ne font évidemment pas partie de la grande bourgeoisie française- mais essentiellement sur des présupposés religieux et une construction d’un « eux » fantasmé. Une demande d’autoritarisme qu’il ne faut cependant pas exagérer, mais qui mérite qu’on s’en « pré-occupe ». La crainte d’un danger favorise toujours pareille demande. On ne peut analyser la montée du phénomène Marine Le Pen sans prendre en compte cette déstabilisation globale qui a brouillé bien des repères. En prétendant qu’elle possède « la » solution, elle ne peut qu’attirer à elle tous ceux qui pensent que l’autoritarisme vaut mieux qu’une société « laxiste ». Les enjeux sociaux se définissent de plus en plus au niveau de la planète. La bataille ne se mène pas seulement par des grèves, des affrontements, des luttes, des guérillas, elle se mène de manière aussi importante sur le plan conceptuel, sur le plan des grilles explicatives de lecture qui appellent à bien cerner les problèmes et à réagir sans se tromper d’adversaires.

Il est grand temps de s’interroger sur la façon de redévelopper les vieux réflexes qui consistent non pas à se référer à des explications religieuses ou de type ethnique ou culturaliste mais à rendre intelligibles les situations par leurs véritables causes, qu’elles soient économiques, sociologiques ; géostratégiques. Et en ce domaine toutes les voies méritent d’être explorées plus à fond pour nous préparer à réagir plus efficacement.

Notes :

1- Le titre complet de l’article est celui-ci : « L’instrumentalisation du religieux dans une nouvelle construction du « eux » et du « nous » . L’Islam comme nouvel ennemi. Intervention faite lors d’un colloque ayant pour thème « Pour une lecture profane des conflits et des guerres – En finir avec les interprétations ethnico-religieuses ». Samedi 25 octobre 2014.

2- Saïd Bouamama : Sociologue, militant au FUIQP (Front uni des Immigrations et des Quartiers populaires) il a conduit de nombreux travaux sur les processus idéologiques à l’œuvre dans les conflits, au niveau français comme au niveau international, et plus particulièrement sur les justifications propres aux dominations. Il est l’auteur notamment de « Figures de la révolution africaine de Kenyatta à Sankara (Zones, 2014), « Les Discriminations racistes, une arme de division massive » (l’Harmattan, 2011), « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

* Intervention de Said Bouamama au colloque : Pour une lecture profane des conflits et des guerres - En finir avec les interprétations ethnico-religieuses », le samedi 25 octobre 2014. Transcription Yves Marchi & Alexandrine Vocaturo (Mrap-Mention), animateurs du site repères anti racistes. Intervention revue par l’auteur et publiée avec son autorisation.


voir aussi La construction étatique d’une hiérarchisation « des racismes » et autres textes de Saïd Bouamama


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MessageSujet: Vu d'Algérie. En France, l'islam est perçu comme un ennemi   Ven 3 Juil - 18:37

Vu d'Algérie. En France, l'islam est perçu comme un ennemi Courrier International 1er juillet

Citation :

Des musulmans prient à la mosquée de Villefontaine (Isère) le 28 juin 2015, pour condamner l’attentat dans la ville voisine de Saint-Quentin-Fallavier, survenu deux jours plus tôt. PHOTO ROMAIN LAFABREGUE/AFP

Les propos de Manuel Valls sur “la guerre de civilisation” n’ont rien d’étonnant, estime Abdou Semmar. Il faut que la France assume enfin son cosmopolitisme pour être armée face à l’extrémisme salafiste, explique le rédacteur en chef d’Algérie Focus.

Que pensez-vous des propos de Manuel Valls sur la “guerre de civilisation” ?

Je ne suis pas étonné qu’un Premier ministre français, quelle que soit son appartenance politique, tienne ce genre de discours. La France n’est pas armée intellectuellement pour lutter contre l’extrémisme salafiste. Celui-ci prospère dans des territoires sociaux qui échappent au contrôle de l’Etat. La France est coupée en deux. Un mur la sépare. Il y a la France que connaît Manuel Valls et les banlieues pauvres.

Dans ces dernières, le mythe de l’intégration a échoué et un islam communautariste, celui des caves et des cages d’escalier, s’est développé. Les jeunes se disent musulmans pour embêter le blanc qui les rejette. Ils vivent la religion musulmane comme un moyen de résistance. C’est sur ce terrain là que les salafistes agissent. En l’absence de solution politique, Manuel Valls est finalement obligé d’adopter un discours de droite pour ne pas laisser la place au Front national.
 
Ressentez-vous un sentiment anti-islam en France ?


L’Islam y est perçu comme un ennemi. On ne le regarde pas comme un élément avec lequel vivre en harmonie. La laïcité y est érigée en dogme. Et cette dérive de la laïcité entraîne un gros malaise. Elle pousse les jeunes qui se sentent discriminés à se radicaliser. On regarde par exemple le voile comme une régression de la condition féminine. On refuse de voir les musulmans comme une composante à part entière de la société française. Or on estime à cinq millions le nombre de musulmans en France, soit environ 8 % de la population.

A titre d’exemple, il n’y a pas en France, contrairement à l’Allemagne, de jour férié pour les musulmans. Le jour de l’Aïd, le musulman français est obligé de tricher alors qu’il paie ses impôts comme tout le monde. A mon sens, il faut avant tout que la France accepte son cosmopolitisme. On a Versailles, les beaux quartiers et Barbès de l’autre. Il y a plus de moyens de transports pour aller d’Alger à sa banlieue que pour aller de Marseille aux quartiers nord. Une fois assumé, ce cosmopolitisme doit devenir un outil politique. Et enfin, il faut arrêter le développement de l’islam folklorique, cet islam communautariste des banlieues.

Propos recueillis par Caroline Marcelin
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MessageSujet: l'islam un ennemi idéal, John Bowen   Ven 3 Juil - 18:43



l'islam un ennemi idéal John Bowen 2014


John Bowen : « Les musulmans sont comme les autres, ils s’adaptent ! » La Croix 13 mars 2014

John Bowen a écrit:
Professeur à la Washington University de Saint Louis, John Bowen, anthropologue américain et grand spécialiste de l’islam, déjà auteur en 2011 de «L’Islam à la française», revient sur cette religion si décriée dans son nouvel ouvrage «L’islam, un ennemi idéal» (1)

John Bowen : «Les musulmans ne sont pas contre la laïcité, mais contre une laïcité qui les discri...

Trois quarts des Français estiment que la religion musulmane est intolérante et incompatible avec les valeurs occidentales, selon une étude Ipsos-Cevipof pour Le Monde réalisée en janvier dernier. Pourquoi les musulmans seraient-ils inassimilables ?

John Bowen : Mais que savent les Français de l’islam ? Personne ne se demande comment vivent au quotidien les musulmans en France dans leur famille. Il n’y a quasiment pas d’études scientifiques sur les musulmans ordinaires mais en revanche pléthore d’idées martelées sur l’antinomie supposée entre islam et République. On présume que tous les musulmans pensent d’une certaine façon et qu’ils ne partagent pas avec les Européens les valeurs humanistes universelles. Or les musulmans ne pensent pas islam vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils sont des gens comme les autres, avec la même diversité et les mêmes préoccupations concernant leur travail, leurs enfants, etc. Pour reprendre l’expression de l’anthropologue Dounia Bouzar, «Monsieur islam n’existe pas (2)».

N’y a-t-il pas un regain de la religion ?

J. B. : Certes la fréquentation des mosquées et la pratique du jeûne sont en hausse. Mais il faut faire attention aux conclusions que l’on tire de ce regain de religiosité. La moitié des musulmans étaient favorables à la loi de 2004 proscrivant dans les établissements scolaires le port de signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, alors même que cette loi était souvent présentée comme une loi anti-islam. Les musulmans sont comme tout le monde. Ils s’adaptent ! Ils ne sont pas contre la laïcité, mais contre une laïcité qui les discrimine.

Il est plus facile de s’insurger contre les prières dans les rues plutôt que de reconnaître qu’il manque des lieux de prière. Même des responsables politiques convaincus du bien-fondé des politiques d’intégration et capables d’œuvrer à la construction de mosquées ou d’écoles peuvent jeter à la vindicte les musulmans dans leur discours et ainsi entretenir cette idée que l’autre n’est pas fréquentable. Blâmer l’islam, entretenir la peur de l’autre peut rapporter des voix.

N’y a-t-il pas une tendance au communautarisme ?

J. B. : Quand les musulmans veulent construire des écoles, créer des associations, ils ne font rien de plus que ce qu’ont fait en leur temps les catholiques ou les juifs. Au risque de provoquer, je dirais que la France hostile au communautarisme est particulièrement communautariste si l’on se fie à son système scolaire fortement inégalitaire et son endogamie de classe visant à la reproduction de l’élite.

L’islamisme ne jette-t-il pas la confusion sur l’islam ?

J. B. : Je n’aime pas ce terme fourre-tout d’islamisme qui met dans le même panier des partis politiques comme Ennahda en Tunisie et le mouvement terroriste Boko Haram au Nigeria. En Indonésie, premier pays musulman au monde, l’évolution en faveur de la religiosité et de la «chariatisation» n’empêche pas les citoyens de bouder les partis religieux et de voter en faveur des partis pluralistes. Les Indonésiens sont pour le partage entre la religion et la politique. Dans le même temps la loi islamique est appliquée par des tribunaux. Et les femmes ont les mêmes droits que les hommes en matière de propriété, de garde d’enfants ou de divorce, et quasiment les mêmes en matière d’héritage. Les femmes musulmanes ne sont pas forcément plus soumises que les autres. Certains pays leur ont d’ailleurs accordé le droit de vote et la possibilité d’avorter avant la France.

Le terme de charia fait frémir. Y compris en Tunisie où de larges franges de la population se sont érigées contre son inscription dans la Constitution.

J. B. : La charia, c’est la voie montrée par Dieu que les humains cherchent à comprendre. Par définition, il n’y a pas une seule vérité. Si les débats furent vifs, c’est en raison de la force symbolique. Cela fait écho aux controverses qui eurent lieu en Europe à l’époque où Valéry Giscard d’Estaing défendait l’inscription des valeurs fondatrices judéo-chrétiennes dans la Constitution européenne. Il est vrai qu’il y avait aussi en Tunisie la crainte que la charia puisse être instrumentalisée par les salafistes pour imposer une politique fondamentaliste obligeant au port du voile, interdisant l’alcool, etc.

Le recrutement de djihadistes en France n’aide certainement pas à l’amélioration de l’image des musulmans…

J. B. : C’est un fait, certaines mosquées peuvent contribuer à gonfler les rangs d’Al-Qaida. Mais ces djihadistes ne sont-ils pas de fieffés ignorants ? Il ne faut pas exclure, comme le suggère Marc Sageman (NDLR : spécialiste américain du terrorisme) qu’un surcroît d’éducation religieuse leur aurait été bénéfique. Cela m’évoque les émeutes de 2005 dans les banlieues. Les Renseignements généraux de l’époque avaient non seulement mis hors de cause les associations musulmanes mais aussi évoqué le rôle d’apaisement que certaines d’entre elles avaient pu jouer.

Biographie
Citation :
Anthropologue américain, John Bowen a étudié à l’université de Stanford et de Chicago aux États-Unis ainsi qu’à l’École pratique des hautes études à Paris (en 1973-1974). Spécialisé dans les études comparatives sur l’islam et les processus d’adaptation de l’islam aux sociétés occidentales, il a vécu huit ans en Indonésie (en plusieurs séjours), premier pays musulman du monde, et parle couramment l’indonésien, le gayo (parlé dans le nord de Sumatra) et le français.

Depuis 1995 : professeur au département d’anthropologie à l’université de Washington.
Depuis 2008 : professeur associé au groupe de recherche du CNRS Sociétés religions laïcités.
2003 : publie en anglais L’Islam, le Droit et l’Égalité en Indonésie (Cambridge University Press).
2007 : publie  Why the French don’t Like Headscarves  (« Pourquoi les Français n’aiment pas le foulard », Princeton University Press, non traduit).
2011 : publie  L’Islam à la française  (Steinkis-Flammarion).
Recueilli par Marie verdier

(1) L’islam, un ennemi idéal, Albin Michel, 146 p., 12 €.

(2) Monsieur islam n’existe pas, de Dounia Bouzar, ouvrage paru en 2004 chez
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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 3 Juil - 19:04


ça se complique...


« Yahia Gouasmi, né en 1949 à Sidi Bel Abbès (Algérie), est un homme politique et religieux chiite français. Il est le fondateur du Centre Zahra à Grande-Synthe, de la Fédération chiite de France1 et du Parti antisioniste dont il est le président » wiki




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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 4 Juil - 15:14

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Sam 4 Juil - 22:38

74 enfants exécutés par l’État islamique pour des crimes tels que ne pas avoir jeûné pour le Ramadan Regard Sur l'Afrique 4 juillet 2015  


Regard dur l'Afrique a écrit:
Les barbares couverts de sang de l’état islamique n’ont pas épargné les femmes et les enfants du fait que l’armée djihadiste a établi son califat il y a un an. 74 enfants et bien plus de femmes ont été exécuté pour des pratiques offensives telles que la « magie » et refuser de jeûner pour le Ramadan.

Au total, 3027 personnes ont été exécutées par l’EI après avoir déclaré suivre la loi islamique stricte en Syrie et en Irak en juin dernier, selon un nouveau rapport publié par l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme. au Royaume-Uni,

« La plupart des accusations contre ceux qui ont été exécutés ont été inscrites en tant que blasphème, espionnage, d’autres comprennent la sorcellerie, la sodomie et être un musulman de confession chiite » déclare le rapport.
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MessageSujet: Houellebecq pointe "l'angoisse à l'état pur" de la société française face à l'islam   Sam 4 Juil - 22:46

Houellebecq pointe "l'angoisse à l'état pur" de la société française face à l'islam Sud-Ouest 4 juillet 2015


Houellebecq a écrit:
"Traiter, comme l'a fait Onfray, le Premier ministre "Emmanuel Valls" (sic) de "crétin" était "le mot juste", lance aussi l'écrivain dans une interview très politique

Michel Houellebecq. L'écrivain juge que "l'opinion sur l'islam est à peu près également mauvaise dans l'ensemble des pays européens". "C'est peut-être la seule chose qu'on partage", estime l'écrivain misanthrope.

"Dieu ne veut pas de moi", lance Michel Houellebecq dans la Revue des deux mondes. "Le terrorisme et le militantisme sont des moyens de socialisation", affirme l'écrivain Michel Houellebecq, dans un long entretien, où il revient notamment sur "l'angoisse à l'état pur" de la société française face à l'islam.

A propos de la lutte contre les jihadistes, le Goncourt 2010 affirme que "ce n'est pas une chose facile de combattre une secte religieuse". "Une réponse purement policière à une secte religieuse n'a pas de garantie de l'emporter", avance-t-il avant de souligner que "quand on n'a pas peur de la mort, la police on s'en fout un peu".

"Une action violente quelconque peut effectivement être vue comme un moyen de sortir de l'anomie (désorganisation sociale résultant de l'absence de normes communes) désespérante", estime l'écrivain.

"Le terrorisme et le militantisme sont des moyens de socialisation. Ça doit être très sympa de vivre des moments ensemble, des moments forts contre la police... L'impression d'être ensemble contre tous", argumente l'auteur de "La carte et le territoire". "On est davantage ensemble quand on a beaucoup d'ennemis", souligne-t-il.

"Ça crée de vraies relations, une amitié forte, voire l'amour dans le cas des femmes de jihadistes", développe l'écrivain.

L'auteur qui reconnait vivre de plus en plus en reclus et être inquiet de "l'anomie" qui frappe la société française, estime que son dernier roman "Soumission", récit d'une France soumise à l'islam, exprime une angoisse qu'il a ressentie chez ses contemporains.
Cette hypothétique domination de la société française par la culture musulmane est "une angoisse à l'état pur", insiste-t-il.

"Si je regarde mes livres, je dirais que je constate et après je fais des projections, qui ne sont pas des prophéties", nuance-t-il toutefois.

Revenant sur la tuerie de Charlie Hebdo, survenue le jour de la sortie de son roman, il juge que la grande manifestation du 11 janvier après les attentats était "impressionnante et sincère".

"Cette réaction massive m'a quand même fait plaisir", dit Houellebecq qui était ami de l'économiste Bernard Maris, l'un des tués lors de l'attaque contre Charlie Hebdo.

"Cette manifestation (le 11 janvier)  a plutôt réjoui les commanditaires des attentats. Ils se félicitent du coup médiatique réalisé. Ce que pense la majorité des Français n'est pas leur problème"

Il se félicite en revanche de "la tentation de liberté chez certains intellectuels", comme Michel Onfray qui n'acceptent plus le discours "bien rodé depuis 2001" demandant de ne pas faire d'amalgame entre l'islam et le terrorisme. Traiter, comme l'a fait Onfray, le Premier ministre "Emmanuel Valls" (sic) de "crétin" était "le mot juste", dit-il.

Après les attentats, "la domination totale" de la gauche sur les intellectuels "s'est nettement fissurée", se réjouit-il.
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MessageSujet: Le mythe de l'islamisation : Essai sur une obsession collective   Lun 6 Juil - 9:40


un classique de 2012


Et si les attentats de janvier dernier pouvaient s’expliquer par une islamisation de la société ? Cette question serait pertinente si cette hypothétique islamisation était avérée. Dans le cas contraire, il faudra nécessairement envisager d’autres pistes d’analyse.

Liogier, politiste, décortique et réfute de manière implacable l’hypothèse de l’islamisation dans son dernier ouvrage : le mythe de l’islamisation – essai sur une obsession collective paru au Seuil en 2012 dont voici la description par l’éditeur.

Citation :
Depuis le milieu des années 2000, un mot s’est immiscé dans le débat : islamisation. Les musulmans, dont la population s’accroîtrait dangereusement, chercheraient à submerger numériquement et culturellement l’Europe. L’imaginaire du complot déborde ainsi peu à peu le cadre de l’islamophobie ordinaire. Si cette perception paranoïaque était restée l’apanage d’une poignée d’extrémistes, elle ne ferait pas question, mais elle envahit aujourd’hui l’espace public, imprègne les discours de politiciens écoutés et les analyses d’auteurs réputés sérieux. Cet essai salutaire s’attelle à déconstruire ce qui n’est autre qu’un mythe et interroge l’obsession collective qu’il recèle. Il montre ainsi que la « bombe démographique musulmane » qui serait prête à éclater sur le triple front de la natalité, de l’immigration et de la conversion relève du fantasme. Quant au regain de ferveur spirituelle et au renouveau identitaire des musulmans, ils n’ont pas la signification conquérante ni même politique que suggère l’épouvantail de l’« islamisme ». Cette réfutation en règle permet enfin de comprendre pourquoi l’Europe et la France en particulier ont tant besoin de l’« ennemi musulman ».


La  démonstration de Raphaël Liogier est synthétisée dans cet article du Monde diplomatique en mai 2014

Le mythe de l’invasion arabo-musulmane Raphaël Liogier

Raphaël Liogier a écrit:
La maison du maître d’école « vendue par la mairie et transformée en mosquée »… Ces propos — pour le moins approximatifs — tenus le 11 avril sur Europe 1 par le philosophe Alain Finkielkraut révèlent des fantasmes désormais très répandus. Notamment grâce à « Eurabia », paru en 2005.

A l’automne 1956, la France et le Royaume-Uni, alliés d’Israël, occupent pendant quelques jours le canal de Suez, récemment nationalisé par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Mais, sous la pression soviétique et américaine, ils sont contraints de se retirer. En réaction à cette attaque, Nasser décide d’expulser des milliers de Juifs d’Egypte. Parmi eux se trouve une jeune femme dont le regard sur le monde sera surdéterminé par le traumatisme de l’expatriation : Gisèle Orebi, devenue plus tard célèbre sous le nom de plume de Bat Ye’or (« fille du Nil » en hébreu), mettra au point la version la plus radicale du complot musulman contre l’Occident.

Après avoir « gangrené » le Vieux Continent, affirme-t-elle, la « civilisation arabo-musulmane » en fera la conquête. Cette prédiction apocalyptique constitue la trame du best-seller qu’elle publia aux Etats-Unis en 2005, après plusieurs décennies de maturation : Eurabia, traduit en hébreu, italien, néerlandais et français (Jean-Cyrille Godefroy, Paris, 2006). Le sous-titre, L’axe euro-arabe, renvoie aux « forces de l’Axe » coalisées autour de l’Allemagne nazie durant la seconde guerre mondiale. D’après Bat Ye’or, citée en référence dans le manifeste du tueur norvégien d’extrême droite Anders Behring Breivik, un monde arabo-musulman conquérant serait en passe de submerger une Europe décadente et cynique. Celle-ci aurait marchandé, en échange d’une pluie de pétrodollars, son soutien indéfectible à la Palestine, l’ouverture béante de ses frontières méditerranéennes et l’acceptation, in fine, de l’islamisation.

Ce scénario pour le moins grossier (1) a connu un succès inattendu, au point de devenir un argument majeur de l’extrême droite européenne. En France, la présidente du Front national (FN), Mme Marine Le Pen, ne cesse de fustiger l’« impérialisme islamiste », qui se manifeste selon elle par l’ampleur des investissements saoudiens et qataris à l’étranger, et l’« islamisation de l’Europe », visible à travers le port du foulard (2). Son conseiller aux affaires internationales, le géopolitiste Aymeric Chauprade, déclarait quant à lui, quelques mois après le début du « printemps arabe » : « En favorisant l’effondrement des régimes autoritaires qui formaient le dernier écran protecteur de l’Europe face à la misère africaine, nous avons libéré des énergies qui vont travailler au service de trois buts : davantage d’immigration vers l’Europe, davantage de trafics, davantage d’islamistes. » (Valeurs actuelles, 25 septembre 2011.)

Initialement confinée à quelques groupes extrémistes (en France, le Bloc identitaire, Riposte laïque, l’Observatoire de l’islamisation, etc.), la thèse d’Eurabia s’est diffusée et banalisée. Les partis politiques qui la défendent obtiennent des scores honorables aux élections. En Suisse, elle est portée par l’Union démocratique du centre ; en Norvège, par le Parti du progrès ; en Autriche, par le Parti libéral ; outre-Manche, par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni. Des intellectuels la promeuvent, certains explicitement, comme la journaliste italienne Oriana Fallaci (disparue en 2006), citée dès la première ligne du premier chapitre d’Eurabia, l’économiste allemand Thilo Sarrazin ou le romancier français Renaud Camus (3). Tous rencontrent de vifs succès en librairies.

Mais la vision de Bat Ye’or fait aussi vendre des journaux : on ne compte plus les « unes » de magazines consacrées à la « menace » musulmane. Quand L’Express met en scène le combat de « L’Occident face à l’islam » (6 octobre 2010) ou assène « Les vérités qui dérangent » sur l’islam (11 juin 2008), Le Point répond en agitant « Le spectre islamiste » (3 février 2011), promet de révéler « Ce qu’on ne dit pas sur la burqa » (21 janvier 2011) ou s’emporte face à « Cet islam sans gêne » (1er novembre 2012). Le Figaro Magazine, Valeurs actuelles, mais parfois aussi Marianne ou Le Nouvel Observateur n’ont pas des lignes très différentes (4).

Même des chercheurs sérieux dans leur domaine participent à la diffusion de la thèse d’Eurabia, tel l’historien Egon Flaig (5) en Allemagne. En France, la démographe Michèle Tribalat a signé une préface dithyrambique au livre à succès de Christopher Caldwell qui annonce l’effondrement d’une Europe vaincue par l’islam (6).

Existe-t-il vraiment une « menace arabo-musulmane » justifiant l’emballement médiatico-politique qu’Eurabia a contribué à provoquer ? Bat Ye’or affirme tout d’abord que les pétrodollars du Golfe permettent aux musulmans de « s’acheter » l’Europe — une émission de Canal Plus (20 mai 2013) s’intitulait « Qatar : conquérir le monde en quatre leçons ». Pourtant, si, en 2011, le Proche-Orient réalisait 22 % de ses exportations vers l’Europe et l’Amérique du Nord, il ne représentait que 5 % de celles de ces deux espaces (7). En d’autres termes, c’est l’Occident qui abreuve le Proche-Orient de ses devises, et non l’inverse.

Le volet « relations internationales » du scénario d’Eurabia n’est pas plus réaliste. Loin de se montrer complaisants à l’égard de la Palestine, les Etats européens sont de solides alliés d’Israël. Certes, comme le souligne avec insistance Bat Ye’or, ils ont voté pour la résolution 43/177 de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) en faveur de l’indépendance de la Palestine en 1988. Mais cent quatre nations ont alors fait de même — seuls les Etats-Unis et Israël ont voté contre.

Depuis, l’Union européenne ne s’est guère distinguée par son engagement pour la cause palestinienne, au contraire. Quand, en septembre 2011, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a remis au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon une demande de reconnaissance de la Palestine par le Conseil de sécurité, le Royaume-Uni et la France se sont empressés de déclarer qu’ils s’abstiendraient (Cool.

A défaut d’être achetée par les monarchies du Golfe, l’Europe est-elle menacée par un déferlement de populations musulmanes ? Selon les estimations les plus hautes qui circulent sur Internet, l’Union européenne serait actuellement habitée, secrètement, par cinquante millions de musulmans, et ce nombre devrait doubler dans les vingt ou trente ans à venir. Ces chiffres ne sont pas inventés par des hurluberlus, mais lancés par des gens a priori crédibles, comme le journaliste canadien Mark Steyn, père de l’expression « génocide européen » et l’un des principaux propagateurs du mythe d’Eurabia en Amérique du Nord. Selon lui, les musulmans devraient constituer 40 % de la population européenne en 2020.

Sachant que cette communauté — entendue au sens large — représente actuellement entre 2,4 % et 3,2 % de la population de l’Union européenne (douze à seize millions de personnes), il faudrait, pour voir se réaliser les prédictions de Steyn, que ces pourcentages soient multipliés par quinze en dix ans. Une évolution possible, affirment les adeptes d’Eurabia, car des vagues de musulmans immigrent en Europe, puis s’y « reproduisent » de manière exceptionnelle et appliquent une stratégie de conversions de masse. Sur ces trois points, la réalité des chiffres contredit leurs arguments.

Les sociétés européennes connaissent en effet un taux d’accroissement migratoire stable depuis les années 1980. Il est de 1,1 ‰ en France, de 3 ‰ au Royaume-Uni et de — 0,7 ‰ en Allemagne (chiffres de 2009). Seuls trois pays à majorité musulmane, le Maroc, la Turquie et l’Albanie, figurent parmi les dix premières communautés d’immigrants installés dans l’Union (9). De plus, les musulmans ne procréent pas davantage que les autres. Dans la plupart des pays musulmans, le taux de natalité est très proche de ceux observés dans les Etats occidentaux, et parfois même plus bas, comme en Iran (10). Et le taux de fécondité des femmes musulmanes installées en Europe connaît une baisse continue depuis les années 1970, jusqu’à rejoindre celui de la population générale au début des années 2000 (11).

Restent les conversions. Le 4 janvier 2011, le quotidien The Independent alertait ses lecteurs sur un risque d’« islamisation du Royaume-Uni », car le nombre de convertis avait doublé depuis dix ans, passant de cinquante mille à cent mille personnes entre 2001 et 2011 (pour une population totale de soixante millions d’habitants). Une personne sur six cents serait convertie à l’islam ; à un rythme de cinq mille conversions par an (à peine plus qu’en France ou en Allemagne), il faudrait six mille ans pour que le Royaume-Uni devienne un pays à majorité musulmane.

Une « invasion » très lente, donc, surtout quand on la compare à la croissance étourdissante des conversions au christianisme évangélique et pentecôtiste dans le monde, par exemple en Chine et en Afrique : dix mille par jour (12) ! Il s’agit de la plus rapide progression religieuse de l’histoire — de zéro à cinq cents millions d’adeptes en moins d’un siècle —, mais peu de médias s’alarment de l’« évangélisation du monde »…

En dépit de son caractère fantaisiste, l’influence du scénario d’Eurabia ne cesse de croître. L’ombre du complot musulman alimente une nouvelle logique de défense culturelle : défense des « valeurs » et du « mode de vie » des peuples européens « de souche » menacés par l’ensemble des minorités ethnoculturelles dont les musulmans représentent la quintessence idéale et terrifiante. Grâce au mythe d’Eurabia, des partis européens objectivement situés à l’extrême droite peuvent prétendre dépasser la distinction droite-gauche. Et se présenter, en falsifiant ces valeurs, comme des défenseurs du progrès, de la liberté, de la démocratie, de l’indépendance, de la tolérance, de la laïcité, séduisant ainsi au-delà de leur périmètre électoral habituel.
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MessageSujet: JOURNÉE MONDIALE DES FEMMES SANS VOILES Claude Guillon   Mer 8 Juil - 21:25

.

sur le blog de Claude Guillon
(notre écrivain anarchiste, qui aime les cocardes bleu blanc rouge, défend la loi de l'État français en 2004)



et de Marianne : Les Femmes sans voile accusent

Citation :
>>> Les associations signataires de l'appel du 10 juillet
Association des femmes euro-méditerranéennes contre les intégrismes (Afemci), (Afemci), Africa93, Amel, Conseil européen des fédérations Wizo (CEFW), Cibel, Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal), Du côté des femmes (DCDF), Egale, Encore féministes, Femmes contre les intégristes, Femmes solidaires, Femmes 3000, Coordination française pour le lobby européen des femmes (La Clef), La Ligue du droit international des femmes, Libres Marianne S Nationale, Marguerites sans frontières, Ni putes, ni soumises (Touche pas à ma loi 2004), Regards de femmes, Union des familles laïques (Ufal)
Contact : femmesansvoile@gmail.com



Femmes sans voiles a écrit:

VENDREDI 10 JUILLET: JOURNÉE MONDIALE DES FEMMES SANS VOILES

PARIS : RASSEMBLEMENT PLACE DE LA RÉPUBLIQUE, À PARTIR DE 18H

Aux néo-communautaristes

Marre de votre indifférence, de votre connivence, de votre condescendance !!!

Nous, Françaises de culture musulmane, féministes, sommes contre tous les fanatismes religieux, contre toute forme de discriminations racistes et sexistes. Nous refusons de disparaître sous le voile, ce symbole patriarcal de siècles révolus, devenu le porte-drapeau de l’islamisme radical.

Pour toutes les femmes, nous revendiquons les mêmes droits à l’égalité qui nous libèrent de l’archaïsme religieux et des coutumes contraignantes.

Nous sommes solidaires de nos sœurs en Terres d’Islam qui, elles, n’ont d’autre choix que de s’affubler de burqa ou de niqab… et nous gardons douloureusement en mémoire les jeunes filles, qui par leur refus de se voiler, l’ont parfois payé de leur vie.

Marre de votre indifférence !

Au nom de la liberté, vous nous livrez au patriarcat le plus implacable de notre temps. Vous faites abstraction de la dangerosité de l’islam radical et refusez de voir la réalité économique et sociale de leur propagande. Vous refusez d’entendre leurs objectifs proclamés pourtant haut et fort.

Votre vision complice favorise le prosélytisme de l’idéologie des extrémistes religieux que nous et nos enfants endurons quotidiennement dans nos quartiers.

Au nom de la tolérance, vous nous condamnez à être des citoyennes de seconde zone, alors que nous sommes en droit d’être égales dans une France dont les valeurs universelles — faut-il le rappeler ? — sont combattues par les islamistes.

Vous nous confinez dans un communautarisme réducteur qui a été importé et dans lequel nous ne nous reconnaissons pas. Nous le vivons comme une forme de racisme.

Marre de votre connivence !

Vous définissez notre identité dans son aspect le plus rétrograde et niez sciemment les acquis de nos luttes qui font partie de notre Histoire.

Vous assimilez à une minorité islamiste l’ensemble des musulmans qui pratiquent paisiblement leur religion. Par cet amalgame, vous instrumentalisez cette majorité pour accréditer le fanatisme.

Vous offrez complaisamment vos médias aux femmes voilées qui proclament leur « choix ». Vous négligez l’embrigadement dont une majorité est victime, comme vous refusez de voir la complicité active d’une minorité d’entre elles. Pourtant, vous n’ignorez pas que la première action des « djihadistes » qui s’emparent d’un village de par le monde est de voiler les femmes, quelles que soient leurs croyances.

Marre de votre condescendance !

Vous méprisez le combat des femmes de culture musulmane de nombreux pays qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l’égalité et de la dignité et par la même celui des Françaises d’origine maghrébine qui, pour vous, ne peuvent accéder aux mêmes droits que les autres citoyennes. D’ailleurs vous les appelez les « occidentalisées » pour mieux les marginaliser et disqualifier leur combat.

Vous détournez l’Histoire pour cautionner le voile qui n’est réapparu en nombre croissant qu’avec l’islamisme politique.

Vous négligez les analyses des intellectuels de culture arabo-musulmane qui condamnent la vision dévoyée de l’Islam et « agissent pour créer un esprit incitant à la défense élémentaire des droits humains » (Abdelwahab Meddeb).

Qui tire profit du retour en force du voile ?

le jeu de cette erreur

(elle appelle à la journée des femmes sans voile)

Maryam Rajavi Les Femmes Contre l'Integrisme « Les femmes contre l’intégrisme » paru aux éditions J.C. Gawsewitch
L’injustice et la ségrégation sexuelle prévalent dans tous les domaines économiques, dans l’emploi et dans l’éducation. Le récit inédit du combat des femmes contre les intégristes iraniens par la résistante iranienne Maryam Radjavi


queen
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MessageSujet: Islam et « esclavage » ou l’impossible « négritude » des Africains musulmans   Jeu 9 Juil - 22:10

Islam et « esclavage » ou l’impossible « négritude » des Africains musulmans AfriCultures

L’islamisation de l’Afrique subsaharienne s’est accompagnée d’une entreprise massive d’asservissement des païens. Cet esclavage musulman et la traite « orientale » qu’il a impliquée demeurent refoulés par les Africains comme par les Occidentaux. L’Historien Jean Schmitz revient sur les raisons de ce silence et éclaire sa portée : de l’Afrique de l’Ouest aux banlieues françaises en passant par le Maghreb.


Jean Schmitz a écrit:
On voudrait mettre en rapport la stratégie de visibilité d’une minorité « noire » en France regroupant Africains et Antillais avec la création du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) à la fin 2005 (Ndiaye 2005), construite à partir de la mémoire de l’esclavage, et le relatif silence des immigrés musulmans originaires d’Afrique de l’Ouest à cet endroit.

Symétriquement, on est frappé par l’absence de recours à la rhétorique islamiste par les mêmes jeunes « blacks » des cités durant l’incendie des banlieues de novembre 2005. Nous voudrions montrer que le « grand récit » mettant en continuité l’esclavage, la colonisation, l’émigration et la discrimination à l’embauche permet le retournement de la stigmatisation liée à la couleur de la peau dans la mesure où il se situe à l’intérieur d’une sphère occidentale et chrétienne (non confessionnelle), comme l’ont fait dans les années 1930 Léopold Sédar Senghor (Vaillant 2006) et Aimé Césaire, puis après 1945 Alioune Diop (Jules Rosette 1992) et Frantz Fanon. À l’inverse, nous tentons ici de montrer qu’une telle opération, dont nous ne pouvons développer les conditions, est difficilement possible dans la sphère musulmane, sinon au prix de malentendus débouchant sur des violences et cela pour deux raisons principales.

L’esclave est défini comme non musulman

En Afrique de l’Ouest, au sens large incluant le Sahara et le Sahel, « l’esclavage » et la « négritude » ont moins une valeur « ethnique » ou raciale que morale et religieuse, en l’occurrence islamique car liée à la doctrine du jihâd : l’obligation étant faite à tout croyant de mener la guerre sainte afin d’asservir les païens, l’esclave est défini comme non musulman. À partir du moment où l’Afrique (Côte d’Afrique de l’Est et Afrique subsaharienne) devint la principale zone pourvoyeuse d’esclaves de la traite orientale, la négritude devint synonyme de servitude (Lewis 1993) et corrélativement la noirceur de la peau fut associée à un déni d’islam.

On assiste aujourd’hui à la réactualisation des violences culturelles et sociales induites par ces assimilations, autant au Maghreb qu’en Occident. D’une part, la politique d’externalisation et de délégation aux États du Maghreb du contrôle des migrations des Subsahariens menée par les États européens, met en lumière l’attribution du qualificatif « d’esclaves », ‘abid (sg. ‘abd) à ces derniers (Aouad-Badoual 2004), comme en Libye et ce depuis plusieurs années (Bensaad 2005).

D’autre part le même sobriquet « d’esclave » utilisé à l’endroit des migrants africains musulmans dans les cités et les banlieues de France n’est pas seulement une métaphore puisqu’il légitime la réticence des Maghrébins à voir des mosquées dirigées par des Africains ou à prier derrière un imam noir (Diop et Michalak 1996, Diouf 2002, Soares 2004). C’est un des principaux éléments permettant de comprendre la très faible représentation de l’Islam africain aussi bien au niveau politique du Conseil français des musulmans de France (CFCM) qu’au sein de l’espace public en France (rassemblement religieux, lieux de prière, mosquées...) et plus largement l’impossible identification à une « umma » [1] imaginaire, à la fois gage de moralisation mais aussi terreau de l’islamisme radical et du jihâd d’Al Qa‘ida (Mohammad-Arif et Schmitz 2006).

Islamisation et mise en esclavage des païens

Ce déni d’islam, qui procède de l’impact du réformisme musulman et du nationalisme arabe du XXe siècle au Maghreb, réduit à néant la longue et vénérable entreprise intellectuelle et religieuse des savants musulmans africains qui s’appliquèrent à déconnecter la couleur de la peau de l’islam. Instaurant une distance critique par rapport à « l’ethnographie arabe » dualiste reposant sur le couple bîdân (Blanc) / sûdân (Noir) et assimilant ce dernier à un païen ou idolâtre (kafir), un savant de Tombouctou pris par les Marocains avant d’être libéré, Ahmed Baba (1556-1627), élabora une « ethnographie religieuse » (Robinson 2004) distinguant, à l’intérieur des Noirs, les musulmans des païens, et corrélativement interdisant la capture d’esclaves parmi les premiers mais l’autorisant parmi les seconds.

Cette distinction fut lourde de conséquences puisque près de deux siècles après, elle fut au fondement des jihâd des XVIIIe et XIXe siècles dont les plus importants furent celui de Sokoto (Nord du Nigeria actuel) mené par Uthman dan Fodio vers 1810 et d’al-Hâjj Umar au Mali au milieu du XIXe siècle (Robinson 1988, Schmitz 2006). La création de cet archipel d’États musulmans qui s’égrenèrent du Sénégal à l’Ouest jusqu’au Nigeria et au Cameroun à l’Est fut un phénomène à double face. Car la lutte contre la mise en esclavage et la traite atlantique au nom de l’interdiction de capture d’un musulman fut à la fois le moteur de l’islamisation (Diouf 1998), en créant des États qui étaient autant de zones refuges, et simultanément la légitimation d’une entreprise massive d’asservissement des païens situés plus au sud du Sahel, en Guinée, Mali, Burkina, Cameroun.

En effet, ces guerres saintes inaugurèrent des traites et des mises au travail des esclaves au sein de plantations internes à l’Afrique, (Meillassoux 1986, Lovejoy 2002, 2004, Pétré-Grenouilleau 2004) ainsi que des opérations de colonisation au nom de l’islam, ces dernières se poursuivant sous des formes pacifiques jusqu’à aujourd’hui (Schmitz 2006). Avant de poursuivre, mesurons l’importance de cette reconfiguration comportant deux facettes de l’identification entre la couleur de peau, l’élément médian et l’islam d’une part, la catégorie servile d’autre part.

Des musulmans ouest-africains se qualifient de « Blancs »

Premièrement, le dualisme blanc-noir fut réservé à la sphère religieuse et à celle du caractère de la personne, la blancheur du « cœur », siège de l’intelligence et de la volonté étant opposée à la noirceur de la dissimulation (Taine Cheikh 1986). Aussi les musulmans d’Afrique de l’Ouest (Soninke, Peuls / FulBe / Fulani) se qualifièrent-ils de « Blancs » (du point de vue religieux) au grand étonnement des voyageurs occidentaux du début du XIXe siècle qui pratiquaient une observation de type « sensualiste » assurant le passage du physique au moral. Ces derniers étaient en quête de « races » identifiées et mesurées au nom du paradigme naturaliste de « l’anthropologie » (physique) (Broca). Ne pouvant expliquer la présence de Blancs parmi les Noirs, ils inventèrent des migrations en provenance de l’Orient (Robinson 1988, Botte & Schmitz 1994).

En second lieu se répandit particulièrement au Sahara et au Sahel une ethnographie ou une raciologie non pas dualiste mais comportant trois termes, en ajoutant au couple Blancs / Noirs, celui de Blancs / Rouges (ou d’autres termes de couleur) décliné en arabe ou en Tamasheq (berbère des Twaregs) (Lewis 1993). Les « Rouges » servaient à qualifier les nobles au statut ambigu, comme les Haratîn du Sahara occidental (Mauritanie, Maroc), affranchis ou descendants d’esclaves « noirs » mais musulmans et « arabophones ». Échappe également au dualisme l’appellation des Noirs musulmans de Mauritanie qui ne sont pas désignés en arabe hassaniyya par l’antonyme de Blancs (bidân), sûdân - réservé aux ‘abd et Haratîn - mais par le terme kwâr désignant la couleur vert foncée d’origine tamasheq (Taine Cheikh 1986).

Enfin, le dualisme moral fut affecté à ces catégories ambiguës. En effet, les esclaves ou affranchis compris dans cette zone du Sahara et du Sahel sont moins stigmatisés par rapport à leur couleur de peau que pour leur absence de vergogne ou de sens moral (Klein 2005). Cela renvoie à des codes de l’honneur et de la générosité transmis par la généalogie (Botte 2000), qui sont des lieux communs des sociétés des milieux arides ou désertiques et non des sociétés musulmanes à proprement parler, ces dernières valorisant l’aumône et le don pour recevoir la bénédiction. Aussi l’islamisation de ces catégories qu’on rencontre aussi bien au Nord qu’au Sud du Sahara ne suffit pas à les émanciper.

Une sous-estimation de la traite « arabe »

Cette déconnexion entre couleur de peau, islam et esclavage et le dépassement du dualisme Blanc-Noir par une ethnographie à trois termes n’ont duré qu’un temps et ont été limités à Afrique de l’Ouest, à la fois par la raciologie occidentale et par l’arabisation qui a remis en pratique « l’ethnographie arabe ».

Le dualisme Noirs / Blancs, construit aux États-Unis par des dispositifs à fabriquer de la race (race making institutions) que sont après l’esclavage, l’hyper ghetto et l’incarcération de masse des Afro-américains (Wacquant 2005), a dominé l’interprétation des violences qui opposèrent Sahariens (bîdân donc blancs) et Sahéliens (noirs, négro-mauritaniens...) au cours des années 1990 : « événements sénégalo-mauritaniens » de 1989 jusqu’à 1992 assimilés au conflit du sud Soudan (Bullard 2005) et rébellion puis chasse aux Twaregs au nord du Mali entre de 1990-1996 (Maiga 1997).

Au Proche-Orient comme au Maghreb, cette construction a été recouverte par le nationalisme arabe dont l’islamisme est un héritier et qui pratiqua une « politique du passé » à deux volets. En effet, la mise entre parenthèses de la traite à la fois « orientale » (océan indien et Maghreb) et interne à l’Afrique au profit d’une attention quasi exclusive à la traite atlantique était la condition de la fusion des victimes, « Arabes » et Subsahariens.

La reconnaissance de la traite (principalement atlantique) et de l’esclavage comme crime contre l’humanité a été reconnue par une loi française proposée par Christiane Taubira, députée de la Guyane et promulguée le 21 mai 2001. De même, une telle reconnaissance, quoique moins nette, a été opérée à la conférence de Durban (Afrique du Sud) contre le racisme et la discrimination raciale... en septembre 2001. Dans les deux cas, on a assisté à une sous-estimation de la traite orientale ou « arabe ». Le second événement nous semble le plus révélateur. Précédant le 11 septembre, les conférenciers réunis à Durban ont réussi à faire passer au premier plan des « victimes » contemporaines de l’Occident, non plus les Africains, l’apartheid étant supprimé et l’esclavage étant renvoyé au passé, mais les « Arabes » à travers les figures des Afghans ou des Palestiniens.

Au centre de l’opération, mentionnons l’action menée depuis le début des années 1990 par un groupe de pression, le Group of Eminent Person ayant à sa tête deux historiens, J. F. Ade Ajayi et un politologue américain d’origine kenyane, Ali Mazrui, qui arguèrent de la traite atlantique pour demander des « réparations » en décembre 2002 au colloque de l’African Studies Association (Howard Hassman 2004). Outre l’exclusion de la traite orientale du réquisitoire, les membres du groupe s’appuyaient sur l’absence de caractère racial de la traite musulmane. L’innocence de la traite arabe est un mythe occidental datant du XVIIIe siècle (Lewis 1993 : 50) qui se cristallisa lors de la première abolition de 1792 et de la suppression de la traite. L’euphémisation de l’esclavage, qui prendra le relais, attribue également un caractère bénin à l’esclavage africain alors que l’analyse historique actuelle inverse les termes : au XIXe siècle, le sort des esclaves aux États-Unis est plus enviable que celui de ceux capturés en Afrique mais également des prolétaires en Europe (Botte 2000).

Néanmoins, l’esclavage musulman était différent du chattel slavery occidental - en dehors des « plantations » sahéliennes. Ses deux formes dominantes, l’esclavage domestique et les armées d’esclaves, étant l’occasion d’une réelle mobilité sociale (Robinson 2004). Ce déni de l’esclavage interne sera repris par les Africains proto nationalistes - Senghor, Nyerere, Nkrumah -, mais aussi les ethnologues comme Griaule (Botte 2000) qui construisirent en miroir une civilisation africaine égalitaire et communautaire, en l’absence d’une historiographie consistante sur les jihâd des XVIIIe et XIXe siècles qui n’apparut que dans les années 1970.

Victimes ici, dominants là-bas

Ce déni de l’esclavage africain sera étendu à celui des « Arabes » au nom du nationalisme des indépendances qui récusa l’abolitionnisme chrétien, principal argument de la colonisation. En effet, pour les Occidentaux de la fin du XIXe siècle, le caractère bénin de l’esclavage des musulmans fait place à un abolitionnisme militant véhiculé en Afrique par les missionnaires à travers deux figures dominantes.

David Livingstone, explorateur de l’Afrique du Sud et de l’Est et évangéliste écossais fut le promoteur des « three Cs - Christianity, commerce et civilisation ». Son équivalent français fut Charles Lavigerie, évêque catholique d’Alger et fondateur de l’ordre des Pères Blancs, chargé de mener un combat sans merci contre l’esclavage et le commerce des esclaves de l’Afrique islamique sous forme d’une véritable croisade (1868-1892) à laquelle participa un des fondateurs de l’Africanisme, Maurice Delafosse.

Ainsi, en conclusion, dirions-nous qu’aussi bien en matière d’islam que d’ethnonymie, le qualificatif de couleur fait l’objet de contournements manifestes lorsqu’il est question des Africains de l’Ouest. On parle plus volontiers d’islam africain (D. Robinson 2004) que « d’islam noir » comme dans la première moitié du XXe siècle (Schmitz 1998). Cet évitement signale un ensemble complexe de représentations et de configurations réversibles et formant cascades : les victimes ici sont les dominants là-bas en fonction d’une série de critères également contextuels : maîtrise de la langue arabe, signes visibles de piété musulmane...

Ces phénomènes de « stigmatisation dans la stigmatisation » rendent difficile mais indispensable le « devoir d’histoire » plus que de mémoire (Weil et Dufoix 2005) à l’endroit de ces deux ensembles que l’on a tenté de croiser et qui font l’objet d’une attention renouvelée, surtout dans le monde anglo-saxon : l’islam (Robinson 2004) et l’esclavage (Botte 2000, 2005, Pétré-Grenouilleau 2004, Lovejoy 2004). Afin de rendre justice aux valeurs et à cette économie morale de l’islam qui a permis aux migrants d’Afrique de l’Ouest de garder la tête droite même dans des conditions de vie très difficiles.

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BIBLIOGRAPHIE
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- Id., 2005b, « Les deux visages du ghetto », La Recherche « Figures du ghetto », 160 : 4-21. Weil, Patrick et Dufoix, Stéphane, eds, 2005, L’esclavage, la colonisation et après..., Paris, PUF.


[1] L’umma est la communauté musulmane ou la communauté mondiale des croyants. Elle a un triple sens : communauté mondiale car dispersée de l’Indonésie à l’Afrique de l’Ouest, regroupement unitaire dépassant les divisions sectaires et enfin utopie d’une communauté imaginaire (Anderson) qui dépasse les divisions internes, la guerre civile (la fitna) qui est la grande obsession de l’islam depuis la division chiites / sunnites.
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MessageSujet: Les actes islamophobes et antisémites en nette progression au premier semestre en France   Sam 18 Juil - 1:24

tandis que l'on disserte sur la validité du concept d'islamophobie, certes peu fiable, et que certains s'évertuent à considérer qu'il ne recouvre rien de réel ou si peu, quitte à mettre en avant la recrudescence à leurs yeux plus dangereuse de l'antisémitisme (Yves Coleman, Temps Critiques, Wertkritik, des anarchistes... en phase avec l'idéologie française dominante, cf ANTISÉMITISME, SIONISME, antisionisme, racisme vs antiracisme, et "nous" ? Les points sur les i), les faits sont têtues et quoi qu'on en dise, on ne fait pas dire ce qu'on veut aux chiffres

actualités : Les actes et menaces islamophobes ont presque quadruplé au premier semestre 2015 par rapport à la même période l'an dernier, a annoncé vendredi l'Observatoire national contre l'islamophobie


Le phénomène n'a jamais été aussi élevé, alors même que la réalité des actes antimusulmans reste "sous-estimée",
selon Abdallah Zekri, président de l'Observatoire contre l'islamophobie

Les actes islamophobes et antisémites en nette progression au premier semestre en France Le Monde.fr avec AFP

Le Monde a écrit:
Les organisations communautaires juives et musulmanes de France s’inquiètent d’une flambée des actes (attentats, violences, incendies…) et des « menaces » (propos, gestes, écrits) antisémites et antimusulmans depuis janvier.

La France, où vit la plus grande communauté musulmane d’Europe, avec quelque cinq millions de membres, a ainsi connu 274 actes et menaces antimusulmans au premier semestre 2015, a annoncé l’Observatoire national contre l’islamophobie (ONCI) vendredi 17 juillet. Un chiffre en hausse de 281 % par rapport à la même période l’an dernier, au cours de laquelle 72 actes antimusulmans avaient été répertoriés.

Cette hausse spectaculaire serait, selon l’ONCI, en lien avec les attentats djihadistes de janvier contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher, qui avaient fait 17 victimes et suscité une indignation mondiale.

« Depuis la mise en place de l’Observatoire, en 2011, nous n’avons jamais vu un phénomène aussi élevé. Cette explosion ne peut s’expliquer que par les actes terroristes commis depuis janvier, lesquels ne peuvent justifier la haine à l’égard de musulmans qui ne sont ni responsables ni coupables de tels crimes. »

Toutefois, une nette décélération au second trimestre 2015 est observable, avec 52 actes et menaces recensés, contre 222 au premier trimestre, dans la foulée des attentats de janvier.

Des chiffres qui ne surprennent pas le CRIF

Sur la même période, les actes antisémites ont également fait un bon significatif, de 84 % entre janvier et mai, et de 161 % par rapport à la même période de 2013, avait annoncé le 13 juillet le Service de protection de la communauté juive (SPCJ).

De janvier à mai, 508 actes et menaces antisémites ont ainsi été recensés, précise le SPCJ sur sa page Facebook, sous le titre « 2015 : l’antisémitisme a encore tué en France ». Il y en avait eu 276 en 2014 et 195 en 2013 au cours de la même période. Des chiffres en hausse qui ne surprennent pourtant pas le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) :

« L’antisémitisme de notre pays bénéficie en effet de leviers toujours aussi efficaces, grâce notamment à Internet, principal facteur de propagation des idées antisémites dans l’opinion publique, mais aussi à l’impunité récurrente dont bénéficie un certain nombre d’antisémites notoires. »

Le gouvernement a présenté à la mi-avril un plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, doté de 100 millions d’euros en trois ans, pour faire face à la hausse « insupportable » des actes de haine. Le CRIF a demandé à l’exécutif d’aller plus loin en revoyant « le statut juridique des réseaux sociaux agissant en France (Twitter, YouTube, Facebook, Google) afin de les mettre civilement et pénalement face à leurs responsabilités ».

Comment les actes racistes sont-ils recensés ?

Le SPCJ et l’ONCI travaillent en coopération avec le ministère de l’intérieur pour récolter leurs chiffres. Les actes antisémites, antimusulmans ou les autres actes racistes recensés par ces rapports correspondent à l’ensemble des actes et des menaces qui ont fait l’objet d’une plainte ou d’une main courante auprès de la police.

Lire : Comment compte-t-on les actes antisémites et islamophobes ?

Une méthodologie qui a l’avantage d’être plutôt « rigoureuse », mais l’inconvénient d’écarter tous les actes qui restent en dehors des radars de la police. S’ils sont généralement corroborés par la Commission nationale consultative des droits de l’homme dans ses rapports annuels, ces chiffres seraient donc régulièrement sous-estimés.

Selon le président de l’ONCI, environ 15 % des actes antimusulmans ne feraient l’objet d’aucune démarche auprès des services de police ou de gendarmerie, et seraient donc impossibles à répertorier. Le CRIF, qui se fonde également sur les dépôts de plainte ou de main courante, affirme également que ces chiffres ne représenteraient « que partiellement la réalité de l’antisémitisme sur le terrain ».

A la difficulté d’obtenir des chiffres exacts s’ajoute en outre la complexité d’une définition juridique des actes racistes. Le caractère raciste est ainsi lié à « l’appartenance réelle ou supposée » à une ethnie, une race ou une religion. Un acte manifestement antimusulman peut donc tout à fait être comptabilisé même si la victime n’est en réalité pas musulmane.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/07/17/les-actes-islamophobes-et-antisemites-en-nette-progression-au-premier-semestre-en-france_4687414_1653578.html#KDFBgdHUMoAu0Alu.99
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MessageSujet: Salman Rushdie: "Combattre l'extrémisme n'est pas combattre l'islam"   Ven 24 Juil - 1:05



Salman Rushdie: "Combattre l'extrémisme n'est pas combattre l'islam" Propos recueillis par Philippe Coste, L'Express 22 juillet


Salman Rushdie revient sur le quart de siècle écoulé, explore la nature du néo-islamisme de Daech, dénonce les errances géopolitiques de l'Occident, mais parle aussi littérature, imaginaire, inspiration...



Salman Rushdie a écrit:
La polémique a fait rage aux Etats-Unis après que le prestigieux Pen American Center (Pen Club), société littéraire américaine, eut décidé de décerner à Charlie Hebdo sa plus haute distinction. Refusant d'endosser une ligne critique face à l'islam, environ 200 auteurs ont signé une pétition contre la remise du prix Courage et liberté d'expression à Charlie Hebdo, et l'ont fait circuler lors du gala que vous présidiez le 5 mai. L'événement a-t-il été gâché par cette contestation inattendue?

N'exagérons pas ces protestations : nous parlons de 200 écrivains signataires de la pétition sur les 5 000 que compte le Pen Club. C'est donc un faible nombre. Gérard Biard et Jean-Baptiste Thoret, les deux personnes venues à New York pour représenter la cause de Charlie Hebdo au gala, ont été accueillis avec d'autant plus d'enthousiasme par la majorité des écrivains présents.

J'ai demandé à l'écrivain Alain Mabanckou de leur remettre le prix Courage et liberté d'expression. Pour avoir vécu dans différentes cultures, j'éprouve une connivence personnelle envers ce talentueux auteur franco-congolais installé en Californie, et j'avais été touché par le texte qu'il a publié dans L'Express en ferme réponse à l'annonce du boycott ; c'est pourquoi je lui ai demandé de le répéter en anglais lors du gala. Je suis reconnaissant aussi au président de SOS Racisme, Dominique Sopo, d'avoir tenu à venir à New York pour défendre la mémoire des dessinateurs assassinés et en finir avec les accusations injustes dont ils faisaient l'objet.

L'incident est donc clos?


Il laissera des traces et des dissensions profondes dans le monde littéraire. Pour ma part, j'ai été sincèrement choqué par ces protestations, prononcées par des écrivains qui sont, pour beaucoup d'entre eux, des amis proches. Michael Ondaatje, Peter Carey, Junot Diaz, Michael Cunningham! Des gens dont je n'aurais jamais imaginé qu'ils auraient une telle attitude. J'ai écrit à l'un d'entre eux, principal instigateur de l'incident, Teju Cole, car il avait rédigé l'appel au boycott. Il m'a répondu par une lettre bizarre : "Mon cher Salman, cher grand frère, tout ce que je sais, je l'ai appris à tes pieds"... et d'autres âneries de ce genre. Mais sa réponse contenait surtout des affirmations erronées : Teju m'assurait qu'il n'aurait jamais pris ce parti contre Les Versets sataniques, car, dans mon cas, il s'agissait d'une accusation de blasphème, alors que, dans celui de Charlie Hebdo, le prétendu racisme du magazine envers la minorité musulmane est en cause.

Non, ai-je écrit, ces gens ont été exécutés car leurs propos étaient perçus comme blasphématoires. C'est exactement la même chose. J'ai eu alors la sensation que, si les attaques contre Les Versets sataniques avaient lieu aujourd'hui, ces gens ne prendraient pas ma défense et useraient de ces mêmes arguments contre moi, en m'accusant d'insulter une minorité ethnique et culturelle.

Par ailleurs, je suis choqué que l'on puisse attenter ainsi à la mémoire des morts, en dénaturant leurs propos. Ceux qui ont lu ce magazine, quelle que soit leur opinion sur ses caricatures, ne peuvent que constater qu'il est tout sauf raciste et a pris fermement position contre le Front national.

Quant à leur prétendue "obsession à insulter l'islam", elle ne tient pas : Le Monde a pu observer que 7 seulement de ses Unes, sur 523 en dix ans, étaient consacrées à l'islam. [?] Le reste traitait du pape, d'Israël, du Front national ou - que sais-je ? - de Sarkozy, du racisme français et de l'élite au pouvoir. En vérité, ce point, le contenu même du magazine, est sans importance, car la liberté de parole implique de défendre l'expression d'opinions que vous ne partagez pas. Ces personnes, rappelons-le, ont été assassinées parce qu'elles faisaient des dessins.

Quelque chose a changé dans les mentalités depuis Les Versets sataniques?


Plus de vingt-cinq ans après Les Versets sataniques, il semble qu'on en ait tiré de mauvaises leçons. Au lieu d'en déduire qu'il faut s'opposer à ces attaques contre la liberté de s'exprimer, on a cru qu'il fallait les calmer par des compromis et des renoncements.

Pourquoi?

On peut déplorer un retour du politiquement correct dans les milieux intellectuels. Mais ce dont personne ne parle, c'est la peur. Si on ne tuait pas des gens en ce moment, si les bombes et les kalachnikovs ne parlaient pas aujourd'hui, le débat serait bien différent. La peur se déguise en respect.


Au Liban, en 1989, manifestation contre les Versets.

Certains, en 1989, vous avaient lâché aussi...

Certains ont pu dire que je l'avais cherché, que je n'avais qu'à m'en prendre à moi-même. Mais ces attaques venaient plutôt de la droite, de l'entourage de Margaret Thatcher et des milieux officiels conservateurs. Aujourd'hui, elles viennent de la gauche.

Des auteurs anti-Charlie ont parlé de l'arrogance colonialiste française et de son mauvais traitement de la minorité musulmane.

Il faudrait certes être aveugle pour ne pas percevoir les problèmes socio-économiques, les injustices et le racisme que subit cette minorité en France, mais on doit aussi reconnaître qu'une grande partie de cette communauté opte de plus en plus pour la laïcité. Les musulmans se voient comme des Français laïques plus que comme des croyants.

Alors pourquoi veut-on absolument les décrire dans des termes purement religieux comme les mollahs aiment le faire ? George Packer, du New Yorker, a passé beaucoup de temps dans les banlieues françaises après l'attaque contre Charlie Hebdo, et il m'a dit n'avoir jamais entendu ces jeunes tenir des propos plus radicaux que ceux de la romancière Francine Prose, l'une des protestataires du Pen Club. Ils se fichent, en fait, de cet hebdomadaire qui tirait à 20 000 exemplaires, et ceux qui le critiquent aujourd'hui sont animés par la classique culpabilité des Blancs de gauche.

Que devrait-on dire?

Il y a un refus de comprendre deux choses. D'une part, nous vivons la période la plus sombre que j'aie jamais connue. Ce qui se passe en ce moment avec Daech est d'une importance colossale pour l'avenir du monde. D'autre part, l'extrémisme constitue une attaque contre le monde occidental autant que contre les musulmans eux-mêmes.

C'est d'abord une prise de pouvoir, une tentative d'imposer une dictature fascisante à l'intérieur même du monde islamique. Qui étaient les premières victimes des ayatollahs d'Iran ou des talibans ? Qui fait-on souffrir en Irak aujour - d'hui ? Ce sont avant tout des musulmans qui massacrent d'autres musulmans. On a beau jeu d'incriminer les drones américains, mais pour chacun de ces missiles on dénombre mille attaques et attentats commis contre des individus et des mosquées par des djihadistes.

Lors de l'affaire des Versets sataniques, les partisans des ayatollahs menaçaient d'abord, à Londres ou ailleurs, ceux qui n'approuvaient pas la fatwa lancée contre moi. Ce qui revient à dire qu'attaquer les extrémistes ne signifie pas attaquer la communauté musulmane. Il faut savoir pour quoi on se bat. Combattre l'extrémisme, je le répète, n'est pas combattre l'islam. Au contraire. C'est le défendre.

Comment expliquez-vous l'essor de Daech?

J'observe que ce mouvement n'est plus vraiment arabe. Il rassemble des individus venus de Tchétchénie, d'Australie, du monde entier. J'ai écrit, longtemps avant les événements actuels au Moyen-Orient, que le radicalisme religieux irradiait une sorte de "glamour". Offrez une kalachnikov et un uniforme noir à un jeune sans le sou, sans emploi, désespérant de pouvoir un jour fonder une famille, et soudain vous conférez un pouvoir à celui qui se sent vulnérable et défavorisé. Mais à ce sentiment d'injustice s'ajoutent aussi les discours haineux tenus dans les mosquées radicales. Plus simplement, cette toute-puissance convient aussi aux psychopathes. Beaucoup de ces volontaires ne vont là-bas que pour le plaisir de tuer.

Comment expliquez-vous l'extraordinaire violence, la glorification de l'atrocité?

La différence avec l'époque de la fatwa réside dans l'apparition des réseaux sociaux, dans leur rapidité de transmission de l'information, dans leur utilisation experte, qui attise le glamour et la surexcitation. Surtout, ils engendrent la peur. L'objectif est de démultiplier leur pouvoir par la terreur. Je pense à La Peste, de Camus, ou à Rhinocéros, de Ionesco. Des livres qui parlaient certes d'un autre totalitarisme, mais décrivent la même infection de l'esprit.

Peut-on blâmer l'Occident?

Daech abat des frontières coloniales artificielles, détruit des pays comme l'Irak, dont les factions n'étaient retenues que par le règne brutal d'un tyran. Oui, l'aventure de Bush là-bas - si mal conçue -a contribué à la situation actuelle. Mais la grande erreur historique dont nous payons le prix aujourd'hui reste le soutien occidental à l'Arabie saoudite. Avant que cette dynastie soit consacrée grande maîtresse planétaire du pétrole, le wahhabisme n'était qu'une secte microscopique dénuée de la moindre influence. Mais sa richesse colossale lui a permis de propager pendant des générations et dans le monde entier sa vision de l'islam. Et voici sa croyance fanatique érigée en norme religieuse mondiale.

Quand je vois le président américain interrompre sa visite au Taj Mahal pour rejoindre les leaders occidentaux accourus à Riyad au décès du prince, je voudrais rappeler que ces gens ne sont pas nos amis, ils sont la source du poison.


La fatwa de 1989 annonçait-elle l'extrémisme actuel?

J'ai écrit dans mes Mémoires que l'affaire des Versets sataniques était la première note de cette musique. Et que nous entendons aujourd'hui la symphonie macabre. Je recours aussi à l'image des Oiseaux, de Hitchcock. Quand un seul oiseau se pose sur un rebord de fenêtre, personne n'y prête grande attention. Mais, quand le ciel en est rempli, et qu'ils attaquent, on se souvient enfin de ce premier oiseau, signe prémonitoire. Je vivais aux Etats-Unis le 11 septembre 2001 et, au lendemain des attentats, des intellectuels m'ont dit qu'ils comprenaient enfin ce qu'il m'était arrivé en 1989. Parce qu'ils le vivaient à leur tour. Ah bon? Il fallait en passer par cette calamité terroriste ? !

Personne n'a rien vu venir?

En 1989, on a tenté de marginaliser ce qu'il m'arrivait en décrivant mon sort comme exceptionnel, en refusant de le rendre exemplaire. Mes défenseurs s'écriaient qu'aucun écrivain n'avait jamais été traité de la sorte et qu'il fallait donc me soutenir. Mes détracteurs disaient que mes écrits étaient si affreusement répréhensibles qu'ils ne méritaient pas d'être protégés par la liberté d'expression.

D'un côté comme de l'autre, mon cas était considéré comme "à part". Soit. Aucun écrivain connu de langue anglaise n'avait subi cela en Occident, mais ces violences contre des auteurs ont eu lieu partout, en Iran, en Turquie, en Libye, au Pakistan, au Nigeria, en Arabie saoudite, en Egypte, comme l'a vécu Naguib Mahfouz. Critiquer ces forces, ce n'est donc pas critiquer l'islam. Garder le silence ne rend pas service aux musulmans.

Que faut-il faire?

En finir avec ce tabou de la prétendue "islamophobie". Je le répète. Pourquoi ne pourrait-on débattre de l'islam ? Il est possible de respecter des individus, de les préserver de l'intolérance, tout en affichant son scepticisme envers leurs idées, voire en les critiquant farouchement.

Nous n'avons parlé que de djihadisme, et pas encore de l'auteur Rushdie...

Parce que le cas de Charlie Hebdo s'y prêtait. Mais, franchement, je n'aime pas parler de ces sujets, gloser ainsi sur les bons et les méchants. Vu mon histoire, on me pose souvent ce genre de questions. Or je ne suis pas un analyste politique mais un écrivain de l'imaginaire. Les Versets sataniques ont déformé la vision que l'on peut avoir de moi en tant qu'artiste. Je suis devenu la référence pour les questions d'islam, alors qu'à l'exception des Versets, en l'occurrence une courte partie du livre, je ne me suis jamais vu comme un écrivain du religieux.

J'ai été élevé dans une famille non pratiquante. Ma mère est un petit peu plus croyante, surtout depuis la mort de mon père. Et je vivais à Bombay, une ville à l'époque plus laïque que toute autre en Inde, qui est devenue bien plus sectaire aujourd'hui, à voir les conflits entre musulmans et hindous. A l'époque de leur mariage, mes parents vivaient à Delhi, dont est originaire la famille de mon père, et, après la partition de l'Inde, ils ont décidé, comme 100 millions de musulmans, de ne pas aller au Pakistan, car, faute de foi suffisante, ils se sentaient avant tout indiens. Mais ils ont quitté Delhi, trop dangereuse en raison des affrontements entre communautés, pour s'installer à Bombay, où régnaient une tolérance, une harmonie dont j'ai gardé un souvenir idyllique.

Il est rare aujourd'hui qu'un musulman connu se proclame si ouvertement laïque.

C'était courant dans ma génération, et dans les années 1960 et 1970. Nombre de villes, telles Beyrouth, Téhéran ou Damas, qui sont de nos jours des lieux de conflits majeurs, étaient ouvertes, sophistiquées et multiculturelles. De mon vivant, j'ai vu ces lieux de refermer, et le seul motif d'optimisme qui me reste est celui-là ; si un tel changement a pu se produire au cours de la vie d'un homme, il peut sans doute être inversé aussi rapidement.


Manifestation islamiste à Londres, le 8 février 2015, contre les caricatures de Charlie Hebdo.

Etes-vous aussi optimiste que cela?

Je ne suis pas très porté sur le marxisme, mais j'aime bien ce que disait Gramsci, qu'il faut un pessimisme de l'intellect et un optimisme de la volonté. Qui aurait cru, un an avant qu'il advienne, à la chute du colossal édifice communiste ? Hitler n'était pas invincible, pour peu qu'on accepte les sacrifices gigantesques nécessaires à sa défaite. J'ai étudié l'histoire dans ma jeunesse et découvert sa capacité de surprendre. Rien n'est inévitable, tout peut être effacé à grande vitesse. La sagesse, ce n'est pas d'être pessimiste ou optimiste, mais d'observer, de savoir quelles sont nos valeurs et de ne rien concéder. Car cette culture de liberté n'a pas été bâtie facilement. Les Français le savent bien, pour y avoir contribué considérablement. Sans les Lumières, nous n'aurions pas eu Thomas Paine, ni la Déclaration d'indépendance, ni cette statue dans le port de New York.

L'écrivain porte-t-il ce flambeau de la liberté? Est-ce son rôle?

J'ignore quel est son rôle et je ne suis pas de ceux qui veulent lui en donner un. L'une des joies de la littérature, c'est qu'elle porte en elle-même sa propre justification. Elle n'est pas là pour donner des leçons. Je n'aime pas les livres qui prêchent, les oeuvres d'art qui portent des messages. Le rôle de la fiction est de créer des mondes imaginés, que les lecteurs aiment habiter et qui les poussent à penser leurs propres vies. Le but de l'art est profond. Saul Bellow a dit que l'art mène des affaires sérieuses aux racines de la nature humaine. Notre rôle est d'examiner ce qu'est un être humain, individuellement et collectivement, et comment vivre sur cette terre.

Les hasards de ma vie m'ont permis d'écrire sur des choses qui sont aujourd'hui au coeur de l'humanité : la question de l'immigration, de la collision des cultures, des récits nationaux et des histoires qui, à l'instar de celle des Palestiniens et de celle des Israéliens, revendiquent le même espace terrestre. J'ai vécu pour moitié en Occident, pour l'autre en Orient, et ces accidents de la vie me permettent de placer mes récits dans des lieux aussi différents que San Francisco et Islamabad. J'envie ces autres écrivains qui ont passé leur existence au même endroit, des auteurs profondément enracinés, comme Faulkner, qui a pu tirer une oeuvre monumentale des dix rues que compte Oxford (Mississippi). Mais mon sort a été différent, et j'ai reçu en don ces perspectives multiples.

Aussi, le monde a changé. Jadis, les lieux étaient éloignés les uns des autres. Regardez Jane Austen décrivant, en 1812, son univers dans Orgueil et préjugés sans éprouver un instant le besoin de faire allusion à la guerre en cours contre Napoléon. Les soldats de l'armée anglaise n'apparaissent dans son livre que comme de mignons figurants invités aux réceptions. A la séparation géographique s'en ajoutait une autre, entre les sphères privée et publique. Les écrivains pouvaient narrer une vie personnelle sans avoir à prendre en compte les événements extérieurs et, a fortiori, internationaux, dans la mesure où ils n'affectaient pas le quotidien. Aujourd'hui, tout s'entrechoque, s'entrecroise, et l'écrivain se demande comment écrire sur ce monde nouveau. Pensons au 11 septembre 2001, à New York. Ce jour-là, l'histoire de New York et celle du monde arabe sont devenues... la même chose. On ne peut plus comprendre l'histoire de la ville sans connaître celle qui propulsait ces avions. Ces collisions-là ont maintenant lieu tous les jours.

Les écrivains les ressentent?

La littérature américaine a été souvent influencée par l'immigration, en particulier juive ou italienne. Mais, aux Etats-Unis, une génération d'auteurs australiens apporte maintenant du monde entier des écritures nouvelles, qui régénèrent le roman et le rendent plus cosmopolite. Je pense à Jhumpa Lahiri et sa part d'Inde, à Yiyun Li et ses racines chinoises, à Junot Diaz, d'origine dominicaine. Sans oublier Nam Le, vietnamo-australien, et Khaled Hosseini, né en Afghanistan et élevé ici.

Dans vos Mémoires, sur l'époque des Versets sataniques, vous parlez de vous-même comme d'un homme dont la vision du monde a été détruite. Quelle était-elle et qu'est-elle devenue?

Une vision du monde est constituée de ce tissu de connexions avec les lieux, les cultures, les amis que nous affectionnons. Ces liens distinguent la raison de la folie, où tout devient un patchwork dénué de sens. Le plus douloureux pour moi a été de voir les gens pour qui et sur qui j'écrivais, les musulmans de Londres par exemple, manifester contre moi. Cela a détruit l'image que j'avais de ma place dans le monde et il m'a fallu longtemps pour retrouver mon équilibre. Ce qui m'est arrivé arrive à tout un chacun aujourd'hui.

La planète est devenue un lieu étrange depuis la fin de la guerre froide, en 1989, et la fragmentation qui l'a suivie, source de guerres dans une Europe jusqu'alors stable et de nouveaux mouvements au coeur de l'islam. De plus, le rythme du changement technologique, du monde de l'information a déstabilisé les individus, et les conduit à se replier vers des lieux de certitudes, comme la religion et ses éternelles vérités.

Vous m'interrogez sur ma vision du monde... J'ai vécu les années 1960, une époque où l'on croyait à jamais brisé le pouvoir du religieux, où l'idée même de son éventuel retour au centre de la scène mondiale était ridiculisée. Et j'avoue être toujours sidéré par ce retournement de l'Histoire.

Ce n'est pas le seul. En 1989, j'ai beaucoup souffert d'être condamné à la pénombre et à la clandestinité au moment même où le monde semblait s'éclairer. C'était une année extraordinaire, une charnière de l'Histoire. Malgré le triste sort de Tiananmen, toujours expurgé de la mémoire des Chinois, la chute du communisme ouvrait tous les espoirs de liberté. Et le résultat me trouble : l'empire soviétique a cédé la place à des microfascismes, à l'intolérance islamiste...

Vous avez cru au rapprochement entre l'Inde et le Pakistan?

Ces deux pays se sont toujours écharpés. Je suis en revanche préoccupé et déçu par la dérive sectaire de l'Inde. J'appartiens, là-bas, à la génération méprisée des partisans de la laïcité, celle d'un Nehru, et l'exploitation politicienne des clivages religieux m'inquiète pour les libertés publiques des citoyens de l'Inde. En revanche, il se passe des choses intéressantes du point de vue littéraire.

Un peu grâce à vous. De nouveaux écrivains indiens arrivent dans votre sillage.

Les Enfants de minuit a ouvert la voie. Mais l'étonnant est cette diversité littéraire. On découvre des auteurs érotiques, des écrivains de science-fiction ou de romans de gare et une fiction florissante. La scène littéraire s'est extraordinairement élargie, condition de son éclatante santé. Mais la littérature pakistanaise connaît un mouvement similaire depuis peu, avec de jeunes auteurs trentenaires ou quadragénaires de grand talent, comme Mohammed Hanif, Kamila Shamsie, Nadeem Aslam. Au contraire des écrivains indiens, qui délaissent les questions de société et préfèrent l'intimisme, ceux-ci abordent résolument la sphère publique, car elle est omniprésente, incontournable chez eux, et se confrontent de manière diverse et passionnante aux problèmes de leur pays.

Comment commence une floraison littéraire?

Je ne sais pas, un coup de chance... Dans les années 1970 et 1980, à Londres, nous appartenions à un groupe que l'on décrivait comme un moment extraordinaire de la littérature anglaise, avec Martin Amis, Ian McEwan, Kazuo Ishiguro, Angela Carter, Jeanette Winterson, Bruce Chatwin et Julian Barnes. Mais nous n'avions pas le sentiment de constituer un mouvement. Nous ne disposions pas d'un manifeste, contrairement aux surréalistes, ni d'un projet commun. L'harmonie ne régnait pas forcément entre nous, mais nous répondions au désir des lecteurs pour une écriture nouvelle, radicale et imaginative, qui rompait avec les conventions de la littérature anglaise de l'après-guerre.

Or j'ai le sentiment que nous revenons aujourd'hui à cette littérature naturaliste conventionnelle. Pour ma part, je me sens plus proche du recours à l'imaginaire d'un auteur comme Lazlo Krasznahorkai, lauréat, cette année, du prestigieux prix Man Booker International, que de l'autofiction de Karl Ove Knausgaard, par exemple. Mon prochain roman, qui sort en septembre aux Etats-Unis, déroge à ces normes. Il est extraordinairement surréaliste, il livre New York aux génies. Mais, en quarante ans de vie d'écrivain, j'ai réalisé que la littérature répondait aussi à des modes. Les goûts changent et nous n'y pouvons rien. Autant continuer ce que l'on sait le mieux faire.

Vous apportez une imagination, mais aussi une mixité culturelle. C'est votre spécificité?

Je suis fier d'apporter du plaisir à des lecteurs occidentaux et orientaux, qui en tireront des lectures légèrement différentes. Je ne me vois plus comme un auteur d'un pays en particulier, mais un écrivain de l'urbanité. Je m'identifie plus à des villes, surtout à New York, Londres et Bombay, où j'ai passé ma vie. A l'idée et à l'idéal de la ville.

Les génies s'emparent donc de New York, de Wall Street?

Oui, de tout cela. Je vous dis ce que j'ai raconté à mon éditeur en lui proposant ce nouveau livre, dont le titre, Deux Années, huit mois et vingt-huit nuits, évoque un autre décompte des Mille et Une Nuits : après avoir passé tant d'années à écrire mes Mémoires dans Joseph Anton, à décrire scrupuleusement la vérité, j'en ai eu assez et j'ai choisi le côté complètement opposé, radicalement imaginaire, en hommage aux contes merveilleux que j'entendais dans mon enfance. Leur monde est magique, plein de folie, mais il repose sur le quotidien bien réel et crédible de la ville, des rues et des bazars. Dans le réalisme magique, le réalisme importe autant que la magie.

Le fantastique n'a d'intérêt que parce qu'il surgit du réel et l'enlace. Comme dans mes lectures de jadis, les fables animalières du Panchatantra, Les Mille et Une Nuits, ou cette oeuvre magnifique du Cachemire, Katha Sarit Sagara (The Ocean of the Streams of Story ou L'Océan des courants d'histoire), plein de contes drôles, méchants, sexy, d'où la religion est presque totalement absente. Dans cette comédie humaine, les personnages baignent dans la duplicité, multiplient les faux-semblants et les mauvais coups. Ils couchent avec les femmes des autres et Dieu, dans tout ça, n'est pas vraiment là. Voilà pourquoi on a tenté, comme en Egypte, de bannir Les Mille et Une Nuits à la veille des printemps arabes. Ces contes déplaisent aux puritains, car ils regorgent de vérités sur la nature humaine. Je veux retourner à cette tradition, puiser dans ce patrimoine, pour parler du réel et du présent.

Vous auriez pu, fort de votre expérience de mondes si différents, être tenté, comme beaucoup d'autres intellectuels, par le relativisme culturel, le compromis sur les valeurs. Comment l'avez-vous évité?

C'est le grand danger de notre temps. Nous sommes entrés dans une ère de mixité, de rencontres et de brassages des cultures. Un multiculturalisme que je célèbre dans mes livres et qui est un fait accompli. La planète se mondialise, et rien ne peut la "démondialiser". Rien ne peut "démulticulturiser" nos arts, notre nourriture, notre quotidien. Mais le relativisme culturel est une expression dégradée, le frère jumeau maléfique du multiculturalisme.

Je récuse l'idée qu'au nom des traditions de son pays d'origine on veuille déroger à des valeurs que je juge universelles, admettre les mutilations génitales des femmes, la discrimination ou la mise à mort des homosexuels dans les pays musulmans. Il n'en faudrait pas plus, alors, pour cautionner l'exécution d'écrivains qui déplaisent ici ou là, une dérive à laquelle, vous le savez, je ne suis pas favorable. [Rires.] A cet égard, on est plus ferme sur ces principes en France qu'en Angleterre. Peut-être parce qu'il est plus facile de savoir ce que signifie être français.

Le brassage des cultures, la transplantation peuvent aussi être douloureux. Vous l'avez décrit en tant qu'auteur, et vécu personnellement.

Dans le tintamarre autour des Versets sataniques, on a oublié le point essentiel. Si mes premiers livres traitaient avant tout du monde d'Orient que j'avais quitté, de l'Inde et du Pakistan, Les Versets abordaient la problématique de l'immigrant, de l'identité et de l'assimilation culturelle. La collision entre la vie précédente et l'existence en Occident. A titre personnel, malgré mon milieu privilégié, j'ai connu le sort de l'immigré victime de préjugés racistes, pestiféré pendant mes études dans un pensionnat à Rugby. Au point de détester l'Angleterre et de supplier mon père de me laisser poursuivre mes études supérieures dans l'une des excellentes universités de Bombay plutôt que de suivre ses pas à Cambridge. Mais il m'a convaincu. Heureusement, car mes années de fac furent heureuses. Quel bonheur d'avoir été étudiant pendant les années 1960 ! En plus, les Beatles avaient découvert l'Inde. Mon pays d'origine était soudain très cool.

Vous êtes un auteur réputé et apprécié par la presse, mais ceux qui vous critiquent sont d'une violence sidérante.

Mes Mémoires, Joseph Anton, ont été appréciés par l'immense majorité des journalistes, mais j'ai eu droit à des attaques affreuses, des propos faux et mensongers sur mes idées et sur mon travail. Un critique peut se faire un nom en poignardant un auteur très connu. J'ignore si l'on me reproche ma relative notoriété, mais je ne suis ni Madonna ni Miley Cyrus, et mon nom me permet, au mieux, de réserver une table dans un restaurant.

Peut-être vous reproche-t-on l'apparent glamour de votre existence?

Le fait est que j'ai épousé une femme très belle. Quel culot ! De quel droit ? D'où, dans des tabloïds, de cocasses articles intitulés "La belle et la bête", que seule la jalousie peut expliquer. Mais ma vie est fort simple. Je me promène librement dans New York, où l'on me reconnaît parfois, sans protection particulière depuis de longues années et, quand je ne me déplace pas pour des conférences, je passe le plus clair de mon temps à écrire chez moi.

Souffrez-vous de l'attention portée aux Versets sataniques?

C'est une vieille histoire. Je parle tous les jours à des gens qui étaient des enfants au moment de la sortie de ce roman. C'était mon quatrième livre, et j'en suis aujourd'hui à mon treizième. J'apprécie tout de même qu'avec le temps on ait dépassé tout ce tumulte pour enfin s'intéresser au fond de l'ouvrage, que l'on étudie dans toutes les universités.

En bon connaisseur de l'histoire de l'islam, bien meilleur que les radicaux d'aujourd'hui, je disais que Mohammed avait connu le doute et la tentation, et que cette expérience, commune à tous les prophètes, avait contribué à l'élever. Je suis, depuis lors, passé à d'autres choses. Mon ami Martin Amis a dit un jour que notre seule ambition était de laisser après nous une simple étagère de livres. J'en laisserai une. En attendant, je ne souhaite qu'une chose, continuer à être, le mieux possible, l'artiste que je veux être.

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MessageSujet: Islamo-racailles contre beurettes émancipées : la recette de « Certifiée Halal   Ven 24 Juil - 2:03

Islamo-racailles contre beurettes émancipées : la recette de « Certifiée Halal » Rafik Chekkat Etat d'exception 16 juin 2015


Rafik Chekkat a écrit:
Des banlieusards salafisés, incultes, qui travaillent dans un fast-food et brulent tout au quartier (le Franprix, l’école Jules Ferry et la MJC) mais laissent intacte la mosquée, et qui parlent sans gêne devant un frère de la virginité de sa propre sœur, au point que celui-ci la drogue au GHB et l’emmène au bled pour la marier et laver l’affront…

Des beurettes de quartier instruites, qui militent au sein de « Ni Poules Ni Soumises » et passent à la télé pour parler du fléau en France des mariages forcés et des « certificats de virginité », et qui une fois en Algérie poussent les femmes à retirer leurs hijabs, à se marier par amour et à s’émanciper…

Une Algérie de carte postale, figée dans les années 1980, où les hommes roulent en 304 et négocient les mariages de leurs filles avec des poules et des moutons, et où les femmes sont prêtes à tout pour trouver le « migri » qui leur permettra d’échapper à leur condition…

La recette de Certifiée Halal n’est pas très originale. Sorti le 13 mai 2015 dans une quarantaine de salles seulement (contre plus de 800 par exemple pour le dernier Mad Max), le film n’a pas attiré grand monde, et ne laissera pas un grand souvenir.

Au-delà de la piètre qualité du long-métrage de Mahmoud Zemmouri[1], le problème réside dans la récurrence de tels films. Il reste du jambon ?, Case départ, Le nom des gens, Mohamed Dubois, L’italien, Aïcha, Fatou la malienne, Né quelque part, Rengaine, Intouchables, Kaïras, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?…

Tous ces films ont en commun de centrer leur propos sur la question raciale, l’identité, l’égalité hommes-femmes, l’Islam… Même lorsqu’il s’agit de comédies, le propos politique se veut à chaque fois assumé et même appuyé, ce qui en fait des films à thèse le plus souvent pour vanter les mérites de l’intégration et du vivre-ensemble. En clair, ce type de films est devenu un genre en soi.

Avec son regard malintentionné sur l’ « Islam des banlieues », les femmes maghrébines et la société rurale algérienne, Certifiée Halal joue sur le même registre que les fictions précitées. Dans le contexte actuel, le fait qu’il dénigre en permanence la communauté en fait un film courageux, engagé, où le courage consiste précisément à cracher sur les musulmans :

Citation :
« Certifiée Halal, comédie de l’après Charlie sur le mariage forcé, qui ne semble pas faire rire tout le monde sur Twitter où son point de vue progressiste sur la femme, irrite les points de vue plus conservateurs, est actuellement à l’affiche dans une quarantaine de salles françaises. » (www.avoir-alire.com)

« L’obscurantisme, la superstition et la phallocratie en prennent pour leur grade, dans un esprit qui pourrait être comparé à celui de la comédie italienne ou encore d’un Jean-Pierre Mocky en France. Si une désuétude générale entache, hélas, le film, il n’en faut pas moins saluer son courage et son à-propos. » (Jacques Mandelbaum, Le Monde.fr, 13 mai 2015)

« Avec Certifiée Halal, Mahmoud Zemmouri réussit à nous faire rire tout en abordant le sujet très sérieux des mariages forcés. Une façon pour lui de relancer le débat autour de la question de la place de la femme dans la société maghrébine. » (Aurélia Bécier, Aufeminin.com, 11 mai 2015)

Contrairement à ce que laisse penser la bande-annonce du film, Certifiée Halal n’est pas à proprement parler une comédie. Le film ne consiste pas en une succession de gags ou de vannes. Il s’agit plutôt d’un drame d’une heure et demi, parsemé de quelques moments drôles (même si c’est souvent un humour de mauvais goût).

Mahmoud Zemmouri a écrit:
« J’ai toujours fait des films dramatiques, sauf que je les traite avec de l’humour. C’est beaucoup plus facile d’accepter le film et de le voir jusqu’au bout, que de le faire sur un militantisme plat et sérieux. L’humour est pour moi une façon d’élargir le public et de ne pas ennuyer le spectateur. »

La légèreté de Certifiée Halal est précisément ce qui lui permet de charrier les pires clichés sur la banlieue, les musulman-e-s, et l’Algérie. C’est aussi un moyen pratique pour désamorcer toute critique sérieuse. C’est une comédie, pas un film de propagande, Arrêtez de vous prendre la tête pour rien, wesh.

De là nait le décalage entre le caractère ouvertement comique du film, et la violence du propos qui y est tenu. Un décalage que décrivait bien Edward Said, pour qui

Edward Said a écrit:
« La représentation, plus particulièrement l’acte de représenter (et donc de réduire), implique presque toujours une violence envers le sujet de la représentation : il y a un réel contraste entre la violence de l’acte de représenter et le calme intérieur de la représentation elle-même, l’image (verbale, visuelle, ou autre) du sujet[2]. »

Convoquer Edward Said pour critiquer Certifiée Halal c’est un peu comme casser des œufs avec un marteau. Ce détour par Said est important pour souligner ce décalage entre l’apparente légèreté d’une œuvre (voire même d’une blague ou d’un propos raciste), et notre réaction jugée « disproportionnée » ou « violente ». Comme souvent, le problème viendrait de notre manière de dénoncer le racisme, jamais du racisme même[3].

En confondant autocritique et auto-flagellation, Certifiée Halal n’a pas vocation à « rire de nous-mêmes et de nos défauts pour faire avancer les choses » comme l’affirme son réalisateur, mais bien à contribuer au maintien du statu quo racial et social.

Car pour rire de soi, il faut commencer par s’aimer. Or Mahmoud Zemmour ne critique pas sa communauté, il s’en extrait. Il ne rit pas de nous, mais de l’Autre, des Autres, en prenant une position de surplomb et de dénigrement systématique.

Mahmoud Zemmour a écrit:
« J’espère que la communauté ira le voir. C’est un peu pour eux que je fais les choses, même pour les français, pour qu’ils sachent qu’il existe un cinéma critique et choquant de l’autre côté de la méditerranée. »

En posant un regard dénué de toute bienveillance sur la communauté Certifiée Halal n’est pas un film raté qu’il faudrait vite oublier. Son message joue sur un registre bien particulier et s’inscrit dans un contexte racial précis, celui de l’islamophobie et de la mise en concurrence des hommes et des femmes arabes. C’est ce contexte qui créé l’espace politique pour un tel film, qui est tout sauf une aberration.

Je reprends ici le constat que dressait Manning Marable à propos d’auteurs états-uniens désireux de s’extirper de leur noirceur et prêts, à l’instar de Zemmouri, à dénoncer leur propre peuple afin de faire progresser leurs carrières[4]. On ne doit pas permettre à ces personnes de passer inaperçues ou incontestées, nous avertissait Marable. Avant de conclure que

« Pour déraciner le racisme, nous devons constamment nous rappeler que la première étape consiste à apprécier notre histoire et notre culture. »

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MessageSujet: Il n’y a pas de problème musulman, seulement un problème français : critique d'Edwy Plenel   Ven 24 Juil - 2:13

une critique, limitée mais intéressante, du livre d'Edwy Plenel, Pour les Musulmans

Il n’y a pas de problème musulman, seulement un problème français Rafik Chekkat21 octobre 2014




A Maurice Nadeau lui demandant à son arrivée Gare Saint-Lazare à Paris en 1945, si le problème noir aux Etats-Unis était en voie de règlement, Richard Wright eut cette réponse : « Il n’y a pas de problème noir aux Etats-Unis, seulement un problème blanc[1]. » Pas plus, pourrions-nous dire 70 ans après, qu’il n’y a de problème musulman en France. Seulement un problème français.


Rafik Chekkat a écrit:
Pareille intuition guide Edwy Plenel, tout au long des 130 pages de l’essai qui vient de paraitre aux éditions La Découverte, Pour les musulmans. A lui seul, le titre détone avec le climat délirant sur l’Islam. Un délire que le matraquage politique et médiatique voudrait bien rendre collectif, et contre lequel s’érige le co-fondateur et patron de Mediapart.

Comme toute initiative qui permettrait un reflux de la lame de fond islamophobe qui déferle en continu depuis des années, ce livre est sans nul doute nécessaire. Le style y est enlevé, le verbe particulièrement élégant. Comme pour mieux répondre à ceux qui convoquent en permanence les belles lettres du « génie français » pour justifier leur obsession antimusulmane.

Le livre souffre pourtant de quelques défauts. En plus d’une focalisation excessive sur l’extrême-droite, l’auteur convoque en permanence l’idéal républicain, que le racisme, notamment antimusulman, viendrait trahir, En ce sens, E. Plenel s’en tient le plus souvent à un discours de principe, qui l’empêche de mener une véritable réflexion politique, pourtant nécessaire pour repenser les rapports de domination et lutter efficacement contre l’islamophobie.

« Un cri de colère contre un sale climat »

Pour les musulmans, comme on avait écrit il y a plus d’un siècle Pour les juifs. Si le pamphlet de Zola – et son fameux J’accuse… – sont aujourd’hui célébrés, ils lui valurent en son temps bien des ennuis, et une condamnation à un an de prison et un exil forcé à Londres. Revendiquant pleinement cette filiation, E. Plenel voit dans l’islamophobie actuelle une persistance de l’antisémitisme : le racisme antimusulman occuperait la place laissée vacante par la réprobation qui frappe désormais l’antisémitisme.

Edwy Plenel a écrit:
« Il y a un problème de l’islam en France »… D’avoir, une énième fois, entendu ce refrain qui, sans entrave aucune, met la France en guerre contre une religion, l’acclimatant au préjugé, l’accoutumant à l’indifférence, bref l’habituant au pire, m’a donc décidé à écrire ce livre. A cette banalisation intellectuelle d’un discours semblable à celui qui, avant la catastrophe européenne, affirmait l’existence d’un « problème juif » en France, j’ai voulu répondre en prenant résolument le parti de nos compatriotes d’origine, de culture ou de croyance musulmanes contre ceux qui les érigent en boucs émissaires de nos inquiétudes et de nos incertitudes[2]. (p. 17)

Rappelant la tragédie qui avait présidé à l’acceptation passive de la construction d’une question juive en Europe, E. Plenel se livre à une réfutation passionnée de cette « insidieuse et insistante construction contemporaine d’une question musulmane. » Et pour ce faire, il choisit à l’instar de Zola, de s’adresser « explicitement aux siens » :

Edwy Plenel a écrit:
Zola s’adresse explicitement aux siens, comme sans doute nous le faisons ici tant la question musulmane divise nos propres lecteurs, parfois même nos proches. Il évoque, d’ailleurs, ces « amis à moi » qui « disent qu’ils ne peuvent pas les souffrir ». Comme d’autres, aujourd’hui, autour de nous, ne supportent pas l’affirmation publique d’une foi ou d’une identité musulmanes. Comme d’autres, de nos jours, font de l’islam le « problème » de la France, son enjeu de « civilisation ». (p. 34-35)

Une démarche honnête dénuée de tout paternalisme

Cette honnêteté intellectuelle est à mettre au crédit d’E. Plenel, dont le propos ne verse jamais dans le paternalisme. En tant que Blanc, il parle « aux siens », aux autres Blan-he-s, tout en mobilisant des références bibliographiques elles aussi majoritairement blanches. Il évite ainsi de tomber dans le travers consistant à vouloir s’ériger en porte-parole de la cause musulmane. Pour le dire simplement, le patron de Mediapart ne parle jamais à notre place.

Le fait, d’ailleurs, qu’il soit très peu question dans le livre du mode de vie des populations musulmanes, vient appuyer cette idée simple, que nous partageons totalement : l’islamophobie a plus à voir avec la manière dont l’Europe, et plus particulièrement la France, se définit et définit son « identité », qu’avec un quelconque comportement des musulman-e-s.

Ces dernières ne souffrent donc pas d’un manque d’intégration, qui rendrait leur présence problématique. S’appuyant sur certains passages des Réflexions sur la question juive de Sartre, E. Plenel situe le nœud du blocage français dans « le refus d’admettre l’Autre comme tel, le souci de l’assimilation à soi, cet universel abstrait qui n’admet le juif, le Noir, l’Arabe qu’à condition qu’il se dépouille de son histoire et de sa mémoire » (p. 117). Et, poursuit Plenel (on excusera la longueur de la citation, mais le passage nous semble significatif) :

Edwy Plenel a écrit:
C’est précisément ce que vivent, depuis si longtemps, nos compatriotes musulmans qui, dans le même mouvement, sont assignés à leur origine et empêchés de la revendiquer. A la fois, ethnicisés et stigmatisés. Réduits à une identité univoque, où devraient s’effacer leur propre diversité et la pluralité de leurs appartenances, et rejetés dès qu’ils veulent l’assumer en se revendiquant comme tels.

Nous voici au cœur d’un défi français depuis trop longtemps en souffrance : apprendre enfin à penser à la fois l’universel et le singulier, la solidarité et la diversité, l’unité et la pluralité. Et, par conséquent, refuser résolument l’injonction néocoloniale d’assimilation qui entend contraindre une partie de nos compatriotes (de culture musulmane, d’origine arabe, de peau noire, etc.) à s’effacer pour se dissoudre, à se blanchir en somme. Bref, qui ne les accepte que s’ils disparaissent. (p. 118)

Le racisme : « crime contre la République » ?

C’est sans doute là que se loge la contradiction principale du livre, qui oscille en permanence entre une dénonciation de l’universalisme abstrait, et un éloge continu, presque une exaltation, de la promesse républicaine. Une promesse qui serait fondée sur l’« égalité des humanités, quelles que soient leurs origines, leurs races, leurs croyances, leurs cultures, leurs civilisations. » (p. 49)

En faisant de l’islamophobie une atteinte aux principes de la « grande France », généreuse, résistante et antiraciste, puis en préconisant un retour à l’esprit originel de la République, l’ancien rédacteur en chef du Monde commet selon nous une double méprise.

Car cette « grande France » parée de toutes les vertus, n’a de notre point de vue jamais existé[3]. Quant à la République, profondément façonnée par l’expansion coloniale, elle est loin d’être ce creuset où viendraient se dissoudre toutes les appartenances et les identités, pour ne laisser que des citoyens égaux. Elle a plutôt constitué – à travers la notion d’universalisme – une modalité nouvelle d’appréhension de la question raciale, mais en aucun cas une négation de l’idée de race même. Le ver du racisme, si l’on peut dire, était dans le fruit républicain[4].

Les pages consacrées par E. Plenel aux propos de Claude Guéant sur l’inégalité des civilisations[5], peuvent dès lors apparaitre en contradiction avec le portrait ô combien élogieux qu’il fait de Jean Jaurès, auteur en son temps de sorties antisémites et ouvertement colonialistes, et qui a fait sa carrière politique durant la grande expansion de l’empire colonial français.

Nous disons cela sans esprit polémique. Notre propos n’est pas d’assimiler Guéant à Jaurès, mais de relever simplement que les deux ont en commun d’avoir un jour postulé la supériorité de la civilisation française. De notre point de vue de descendant-e-s de l’immigration coloniale, le personnage de Jaurès a une signification sensiblement différente de celle que lui donne E. Plenel et tant d’autres en France.

Pour autant, se contenter d’enregistrer l’incompatibilité des deux perspectives n’a pas grand intérêt politique. Car celle-ci prend précisément naissance « dans l’espace-qui-est-entre-les-hommes » et « se constitue comme relation », selon l’acception qu’en avait Hannah Arendt[6]. Il s’agit dès lors de déterminer quelle lecture on peut construire aujourd’hui avec ces deux perspectives.

Limites et dangers de l’idéal républicain

Le racisme de l’ère Sarkozy, sur laquelle insiste un peu trop E. Plenel, est érigé en véritable « crime contre la République ». Si son mandat fut bien celui de toutes les outrances, du ministère de l’identité nationale, à la chasse aux Rroms et aux sans-papiers, en passant par le projet de déchéance de la nationalité française, et le « débat » sur l’identité nationale, s’en tenir à cette séquence nous fait retomber dans certains pièges du discours antiraciste.

Celui de l’inversion de la règle et de l’exception, par exemple, où le racisme est vu comme une anomalie du champ social, de la « République », voire de la « démocratie », indépendamment de ses fondements structurels. Celui aussi de l’étonnement et de l’indignation perpétuels, que peut résumer la formule : Comment de telles choses peuvent-elles être aujourd’hui possibles ?
Edwy Plenel a écrit:

Or, nous avertissait W. Benjamin à l’aube de la seconde déflagration mondiale, « s’effarer que les événements que nous vivons soient « encore » possibles […], c’est marquer un étonnement qui n’a rien de philosophique. » Et de poursuivre en affirmant qu’ « un tel étonnement ne mène à aucune connaissance, si ce n’est à comprendre que la conception de l’histoire d’où il découle n’est pas tenable[7]. »

En affirmant cela, il ne s’agit pas pour nous de prêter à E. Plenel de mauvaises intentions. Encore moins de lui reprocher d’écrire en tant que Blanc, et plus ridicule encore, de lui reprocher de l’être. Sur une question aussi importante que celle de l’islamophobie, s’abandonner à cette fâcheuse tendance militante qui consiste à sur-interpréter les divergences, ce narcissisme de la différence, cette passion de la démarcation, est totalement contre-productif.

Mais le discours de Plenel étant clairement situé, nous aurions aimé qu’il le soit du début à la fin du livre. Que le patron de Mediapart ne s’en tienne pas à une position de principe, mais qu’il mène une réflexion politique à partir de la perspective qui est la sienne.

Et pour dire ce qui lui paraitrait pertinent à partir de sa position, un travail critique et réflexif sur ses propres milieux politiques – ceux de gauche – aurait été nécessaire. Car l’effet pervers consistant à s’en tenir à une dénonciation morale du racisme, c’est précisément de faire l’économie d’une véritable réflexion politique, et de prôner in fine un retour à un idéal républicain abstrait, précisément source d’islamophobie[8].

« I don’t have time to dream »

L’exigence d’une véritable réflexion politique est, à notre sens, l’enjeu véritable de la question de l’islamophobie. L’ouvrage d’E. Plenel s’avère certes bienvenu dans le « climat » actuel, et a le mérite incontestable de s’abstenir de toute approche paternaliste. Mais il entretient malgré tout l’illusion d’un retour à un idéal républicain, qui a pourtant été historiquement et demeure une source structurelle de racisme et d’islamophobie.

Nous aurions aimé au contraire que l’auteur évite le piège d’un tel discours libéral, et aille au bout de la logique que lui confère sa position (personne blanche non victime de racisme), pour s’essayer à une véritable réflexion politique de lutte contre l’islamophobie au sein même des partis politiques (de l’extrême gauche à l’extrême droite) et des institutions traversés par ce racisme.


Ce type de réflexion existe par exemple aux Etats-Unis, où des intellectuels blancs s’essayent à des analyses politiques en vue de réformer de l’intérieur les structures racistes des pouvoirs politiques en place, via des mesures combinant redistribution économique et reconnaissance politique des groupes discriminés, mesures susceptibles d’être adoptées directement par les institutions pour lutter contre le racisme structurel [9].

Nous avons donc besoin et en urgence de mesures concrètes, dont l’une des premières est l’abrogation des lois et mesures islamophobes. Quant à l’illusion de la promesse républicaine, elle est précisément l’écueil qu’il nous faut éviter en tant que musulmans. La lutte politique contre l’islamophobie structurelle ne pourra consister que dans notre auto-organisation et la réflexion politique que nous mènerons [10].

Pour reprendre une formule célèbre de Malcolm X sur l’action de Martin Luther King et des libéraux blancs, nous dirons que pour l’heure – et pour l’heure seulement : « Nous n’avons pas le temps de rêver ».

Notes

[1] Maurice Nadeau le raconte dans le numéro de Combat, du 11 mai 1946.

[2] Sauf mention, toutes les citations sont extraites de l’ouvrage d’Edwy Plenel, Pour les musulmans, La Découverte, 2014 .

[3] Sur le mythe des « deux France », voir l’ouvrage du collectif Ancrages, Leur laisser la France, paru en 2012 aux éditions Syllepse, et notamment le chapitre « J’ai été écrasé par le concept de France », consultable ici.

[4] Sur cette question, voir par exemple l’étude de Tyler Stovall, « Universalisme, différence et invisibilité. Essai sur la notion de race dans l’histoire de la France contemporaine », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 96-97 | 2005. On se reportera également avec intérêt aux travaux de Talal Asad (à ce jour jamais traduits en français), notamment Formations of the Secular – Chrisianity, Islam, Modernity, paru en 2003 aux éditions Stanford University Press,  

[5] « Toutes les civilisations ne se valent pas » avait affirmé l’ancien ministre de l’Intérieur début 2012, en pleine campagne présidentielle.

[6] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, Paris, Éditions du Seuil, 1995, p. 42-43.

[7] Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, Œuvres III, Gallimard, 2010, p. 433.

[8] C’est là le cœur du problème. Pour paraphraser Fanon, le racisme est par essence structurel, et une société est raciste ou ne l’est pas.
[9] Voir notamment en langue française, l’ouvrage de Nancy Frazer, Qu’est-ce que la justice sociale ?, paru aux éditions La Découverte en 2011.

[10] Sur la question de la réflexion politique que nous devons mener, voir les discours de Malcolm X, « Educate our people in the science of politics », « I think with my own mind » et « We have to learn how to think », tous publiés dans l’ouvrage Malcolm X : February 1965, the Final Speeches, aux éditions Pathfinder. Voir aussi notre article co-écrit avec Youssef Girard, Du « mouvement beur » à la lutte contre l’islamophobie : la haine de l’autonomie (article en trois parties), Etat d’Exception.

Rafik Chekkat

Animateur du site Etat d'Exception, qu'il a co-fondé en 2012, et initiateur de la Campagne ALI (Abrogation des Lois Islamophobes), il a coordonné avec E. Delgado-Hoch le livre Race rebelle, Lutte dans les quartiers populaires des années 1980 à nos jours (Syllepse, 2011).


« le surgissement de la question raciale »...


Citation :
Jusqu'à aujourd'hui, la plupart des luttes de l'immigration postcoloniale et celles des quartiers populaires ont été totalement ignorées, y compris par les populations au nom desquelles elles étaient menées. Plusieurs raisons, qui se recoupent dans une large mesure, l'expliquent. Le racisme et son déni façonnent la société française, ce qui produit deux types de conséquences. Sur les luttes de celles et ceux qui subissent les effets de ce racisme structurel, d'une part, luttes qui seront elles-mêmes volontairement ignorées.
Sur les non-Blancs qui subissent le racisme, d'autre part, et qui vont eux-mêmes minimiser les dimensions raciales de leurs luttes. Et puis toutes ces luttes ont souvent lieu à des niveaux et selon des modalités que l'on reconnaît rarement comme politiques. Les " débats " au sujet du caractère justement politique ou non du soulèvement de l'automne 2005 l'ont montré. A tous ces facteurs - et en grande partie à cause d'eux - s'ajoute un problème de transmission de l'histoire, pourtant riche, de ces résistances, faute de canaux stables et autonomes pour l'accomplir.

Tout concourt donc à ce qu'à la sujétion des colonisés hier, succède aujourd'hui l'occultation ou la fragmentation de la mémoire des luttes postcoloniales et des quartiers populaires. Mais parce que des luttes existent aujourd'hui et portent en elles la mémoire des luttes passées, il nous est apparu important et utile de réunir des éléments de cette mémoire au sein d'un même ouvrage. Pour participer à l'écriture d'une histoire contemporaine des luttes anticoloniales.

De notre histoire. De la Marche pour l'égalité et contre le racisme, et ses critiques, aux expériences politiques dans la banlieue lyonnaise, des luttes contre l'islamophobie à la question de l'autonomie noire, en passant par les aléas de l'émergence d'une contre-culture rap, la séquence de luttes ouverte dans les années 1980 marque à coup sûr le surgissement de la question raciale.


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MessageSujet: L’Etat islamique, cancer du capitalisme moderne   Sam 25 Juil - 13:44



dis-moi qui te finance, je te dirai qui tu es


L’Etat islamique, cancer du capitalisme moderne Nafeez Ahmed 27 mars 2015

original Islamic State is the cancer of modern capitalism

L’« Etat islamique » est un symptôme brutal de l’aggravation d’une crise de civilisation fondée sur la dépendance aux combustibles fossiles, qui porte atteinte à l’hégémonie occidentale et met à mal le pouvoir des Etats dans le monde musulman

Le débat sur les origines de l’Etat islamique a largement oscillé entre deux points de vue extrêmes. Certains accusent l’Occident : l’Etat islamique n’est rien de plus qu’une réaction prévisible à l’occupation de l’Irak, un autre contrecoup de la politique étrangère occidentale. D’autres attribuent purement et simplement l’émergence de l’Etat islamique à la barbarie historique ou culturelle du monde musulman, dont les croyances et les valeurs médiévales arriérées sont un incubateur naturel de ce type d’extrémisme violent.

Alors que ce débat banal se poursuit d’un ton monotone, la plus grosse évidence que personne ne veut voir concerne les infrastructures matérielles. Tout le monde peut nourrir des pensées mauvaises, horribles ou dégoûtantes. Mais elles restent de simples fantasmes à moins que l’on ne trouve un moyen de les manifester concrètement dans le monde qui nous entoure.

Ainsi, pour comprendre comment l’idéologie qui anime l’Etat islamique a réussi à rassembler les ressources matérielles nécessaires pour conquérir un espace plus grand que le Royaume-Uni, nous devons inspecter de plus près son contexte matériel.



un groupe de combattants de l’Etat islamique

Nafeez Ahmed a écrit:
Suivez l’argent

Les fondements de l’idéologie d’al-Qaïda sont nés dans les années 1970. Abdallah Azzam, mentor palestinien d’Oussama ben Laden, a alors formulé une nouvelle théorie justifiant la poursuite d’une guerre continue et de faible intensité par des cellules moudjahidines déployées en faveur d’un Etat panislamiste. Les doctrines islamistes violentes d’Abdallah Azzam ont été popularisées dans le contexte de l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques.

Comme on le sait, les réseaux moudjahidines afghans ont été formés et financés sous la supervision de la CIA, du MI6 et du Pentagone. Les Etats du Golfe ont apporté des sommes d’argent considérables, tandis que l’Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanais a assuré la liaison sur le terrain avec les réseaux militants coordonnés par Azzam, ben Laden et les autres.

L’administration Reagan a par exemple fourni 2 milliards de dollars aux moudjahidines afghans, complétés par un apport de 2 milliards de dollars de l’Arabie saoudite.

En Afghanistan, l’USAID a investi des millions de dollars pour fournir aux écoliers « des manuels remplis d’images violentes et d’enseignements islamiques militants », d’après le Washington Post. La théologie justifiant le djihad violent était entrecoupée de « dessins de fusils, de balles, de soldats et de mines ». Les manuels vantaient même les récompenses divines offertes aux enfants qui « arracheraient les yeux de l’ennemi soviétique et lui couperaient les jambes ».

Selon la croyance populaire, cette configuration désastreuse d’une collaboration entre l’Occident et le monde musulman dans le financement des extrémistes islamistes aurait pris fin avec l’effondrement de l’Union soviétique. Comme je l’ai expliqué lors d’un témoignage au Congrès un an après la sortie du rapport de la Commission du 11 septembre, cette croyance populaire est erronée.

Le chantage de la protection

Un rapport classifié des services de renseignement américains, révélé par le journaliste Gerald Posner, a confirmé que les Etats-Unis étaient pleinement conscients du fait qu’un accord secret avait été conclu en avril 1991 entre l’Arabie saoudite et ben Laden, alors en résidence surveillée. Selon cet accord, ben Laden était autorisé à quitter le royaume avec ses financements et partisans et à continuer de recevoir un soutien financier de la famille royale saoudienne à la seule condition qu’il s’abstienne de cibler et de déstabiliser le royaume d’Arabie saoudite lui-même.

Loin d’être des observateurs distants de cet accord secret, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne y ont participé activement.

L’approvisionnement massif de pétrole en provenance d’Arabie saoudite est au fondement de la santé et de la croissance de l’économie mondiale. Nous ne pouvions nous permettre d’être déstabilisés, et nous avons donc dû accepter ce compromis : pour protéger le royaume, il fallait le laisser financer ben Laden hors de ses frontières.

Comme l’historien britannique Mark Curtis le décrit minutieusement dans son livre sensationnel, Secret Affairs: Britain’s Collusion with Radical Islam, les gouvernements des Etats-Unis et du Royaume-Uni ont continué de soutenir secrètement des réseaux affiliés à al-Qaïda en Asie centrale et dans les Balkans après la guerre froide, et ce pour les mêmes raisons que précédemment, à savoir la lutte contre l’influence russe, et désormais chinoise, afin d’étendre l’hégémonie américaine sur l’économie capitaliste mondiale. L’Arabie saoudite, première plate-forme pétrolière du monde, est restée l’intermédiaire de cette stratégie anglo-américaine irréfléchie.

En Bosnie

Curtis relate qu’un an après l’attentat du World Trade Center de 1993, Oussama ben Laden a ouvert un bureau dans le quartier de Wembley, à Londres, sous le nom d’« Advice and Reformation Committee », depuis lequel il a coordonné des activités extrémistes dans le monde entier.

Vers la même époque, le Pentagone a acheminé par avion des milliers de moudjahidines d’al-Qaïda de l’Asie centrale vers la Bosnie, violant ainsi l’embargo sur les armes imposé par l’ONU, selon des fichiers des services de renseignement néerlandais. Ces combattants étaient accompagnés par les forces spéciales américaines. Le « cheikh aveugle » qui a été condamné pour l’attentat du World Trade Center était profondément impliqué dans le recrutement et l’envoi de combattants d’al-Qaïda en Bosnie.

En Afghanistan

A partir de 1994 environ et jusqu’au 11 septembre, les services de renseignement militaire américains ainsi que la Grande-Bretagne, l’Arabie saoudite et le Pakistan, ont secrètement fourni des armes et des fonds aux talibans, qui abritaient al-Qaïda.

En 1997, Amnesty International a déploré l’existence de « liens politiques étroits » entre la milice talibane en place, qui venait de conquérir Kaboul, et les Etats-Unis. Le groupe de défense des droits de l’homme a fait référence à des comptes-rendus crédibles « sur les madrasas (écoles religieuses) fréquentées par les talibans au Pakistan », indiquant que « ces liens peuvent avoir été établis au commencement même du mouvement taliban ».

Amnesty a rapporté que ces comptes-rendus provenaient de Benazir Bhutto, alors Première ministre du Pakistan ; cette dernière, aujourd’hui décédée, avait « affirmé que les madrasas avaient été mises en place par la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et le Pakistan au cours du djihad, la résistance islamique contre l’occupation de l’Afghanistan par les Soviétiques ». Sous la tutelle américaine, l’Arabie saoudite continuait de financer ces madrasas.

Les manuels rédigés par le gouvernement américain afin d’endoctriner les enfants afghans avec l’idéologie du djihad violent pendant la guerre froide furent alors approuvés par les talibans. Ils furent intégrés au programme de base du système scolaire afghan et largement utilisés dans les madrasas militantes pakistanaises financées par l’Arabie saoudite et l’ISI pakistanaise avec le soutien des Etats-Unis.

Les administrations Clinton et Bush espéraient se servir des talibans pour établir un régime fantoche dans le pays, à la manière de leur bienfaiteur saoudien. L’espoir vain et manifestement infondé était qu’un gouvernement taliban assure la stabilité nécessaire pour installer un pipeline trans-afghan (TAPI) acheminant le gaz d’Asie centrale vers l’Asie du Sud, tout en longeant la Russie, la Chine et l’Iran.

Ces espoirs ont été anéantis trois mois avant le 11 septembre, lorsque les talibans ont rejeté les propositions américaines. Le projet TAPI a ensuite été bloqué en raison du contrôle intransigeant de Kandahar et Quetta par les talibans ; toutefois, ce projet est désormais en cours de finalisation sous la direction de l’administration Obama.

Au Kosovo

Mark Curtis indique que l’OTAN a continué de parrainer les réseaux affiliés à al-Qaïda au Kosovo à la fin des années 1990, lorsque les forces spéciales américaines et britanniques ont approvisionné en armes et formé les rebelles de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK), parmi lesquels figuraient des recrues moudjahidines. Ces effectifs comptaient une cellule rebelle dirigée par Mohammed al-Zaouahiri, frère du bras droit de ben Laden, Ayman al-Zaouahiri, qui est désormais le leader d’al-Qaïda.

Dans la même période, Oussama ben Laden et Ayman al-Zaouahiri ont coordonné les attentats de 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie depuis le bureau de ben Laden à Londres.

Il y avait toutefois quelques bonnes nouvelles : les interventions de l’OTAN dans les Balkans, conjuguées à la désintégration de la Yougoslavie socialiste, ont ouvert la voie à l’intégration de la région dans l’Europe occidentale, à la privatisation des marchés locaux et à l’établissement de nouveaux régimes en faveur du projet de pipeline trans-Balkans, destiné à transporter le pétrole et le gaz d’Asie centrale vers l’Occident.

Une réorientation de la politique au Moyen-Orient

Même après les attentats du 11 septembre 2001 et du 7 juillet 2005, la dépendance des Américains et des Britanniques aux combustibles fossiles bon marché pour soutenir l’expansion capitaliste mondiale les a poussés à approfondir cette alliance avec les extrémistes.

Vers le milieu de la dernière décennie, les services de renseignement militaire anglo-américains ont commencé à superviser les financements apportés par les Etats du Golfe, menés une fois de plus par l’Arabie saoudite, aux réseaux extrémistes islamistes à travers le Moyen-Orient et l’Asie centrale pour contrer l’influence chiite iranienne dans la région. Parmi les bénéficiaires de cette entreprise figuraient des groupes militants et extrémistes affiliés à al-Qaïda de l’Irak au Liban en passant par la Syrie, soit un véritable arc du terrorisme islamiste.

Une fois de plus, les militants islamistes furent involontairement entretenus en tant qu’agents de l’hégémonie américaine face aux rivaux géopolitiques émergeants.

Comme Seymour Hersh l’a révélé dans le New Yorker en 2007, cette « réorientation » de la politique consistait à affaiblir non seulement l’Iran, mais aussi la Syrie, où les largesses des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite ont contribué à soutenir les Frères musulmans syriens, entre autres groupes d’opposition. Evidemment, l’Iran et la Syrie étaient étroitement alignés avec la Russie et la Chine.

En Libye

En 2011, l’intervention militaire de l’OTAN pour renverser le régime de Kadhafi a emboîté le pas au soutien important apporté à des mercenaires libyens, qui étaient en fait des membres de la branche officielle d’al-Qaïda en Libye. La France se serait vu proposer le contrôle de 35 % des ressources pétrolières de la Libye en échange de son soutien aux insurgés.

Après l’intervention, les géants pétroliers européens, britanniques et américains étaient « parfaitement prêts à tirer profit » des « opportunités commerciales », d’après David Anderson, professeur à l’université d’Oxford. Les contrats juteux signés avec les membres de l’OTAN ont pu « libérer l’Europe occidentale de l’emprise des producteurs russes qui pratiquent des prix élevés et dominent actuellement leur approvisionnement en gaz ».

Des rapports secrets établis par les services de renseignement ont montré que les rebelles soutenus par l’OTAN entretenaient des liens étroits avec al-Qaïda. La CIA s’est également servie des militants islamistes en Libye pour acheminer des armes lourdes aux rebelles du pays.

Un rapport de 2009 des services de renseignement canadiens décrit le bastion rebelle de l’est de la Libye comme un « épicentre de l’extrémisme islamiste », à partir duquel « les cellules extrémistes » ont agi dans la région. Selon David Pugliese, dont les propos sont repris dans l’Ottawa Citizen, c’est cette même région qui était « défendue par une coalition de l’OTAN dirigée par le Canada ». D’après David Pugliese, le rapport des services de renseignement a confirmé que « plusieurs groupes d’insurgés islamistes » étaient basés dans l’est de la Libye et que beaucoup de ces groupes ont également « exhorté leurs partisans à combattre en Irak ». Les pilotes canadiens plaisantaient même en privé, se disant qu’ils faisaient partie de l’armée de l’air d’al-Qaïda « dans la mesure où leurs missions de bombardement ont contribué à ouvrir la voie aux rebelles alignés avec le groupe terroriste ».

Selon Pugliese, les spécialistes des services de renseignement canadiens ont envoyé un rapport prémonitoire à l’attention des officiers supérieurs de l’OTAN en date du 15 mars 2011, quelques jours seulement avant le début de l’intervention. « Il est de plus en plus possible que la situation en Libye se transforme en une guerre tribale/civile à long terme, était-il écrit. Cela est particulièrement probable si les forces d’opposition reçoivent une assistance militaire de la part d’armées étrangères. »

Comme nous le savons, l’intervention a quand même eu lieu.

En Syrie

Au cours des cinq dernières années au moins, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, la Jordanie et la Turquie ont tous apporté un soutien financier et militaire considérable à des réseaux militants islamistes liés à al-Qaïda qui ont engendré l’« Etat islamique » que nous connaissons aujourd’hui. Ce soutien a été apporté dans le cadre d’une campagne anti-Assad de plus en plus intense dirigée par les Etats-Unis.

La concurrence pour dominer les tracés potentiels des pipelines régionaux passant par la Syrie et contrôler les ressources inexploitées en combustibles fossiles en Syrie et en Méditerranée orientale (au détriment de la Russie et de la Chine) a fortement contribué à motiver cette stratégie.

Roland Dumas, ancien ministre français des Affaires étrangères, a révélé qu’en 2009 les responsables du ministère britannique des Affaires étrangères lui avaient indiqué que les forces britanniques étaient déjà actives en Syrie pour tenter de fomenter la rébellion.

L’opération qui se poursuit actuellement a été étroitement contrôlée dans le cadre d’un programme secret toujours en cours, coordonné conjointement par les services de renseignement militaire américains, britanniques, français et israéliens. Des rapports publics confirment qu’à la fin de l’année 2014, le soutien apporté par les Etats-Unis aux combattants luttant contre Assad s’élevait, à lui seul, à environ 2 milliards de dollars.

Ce soutien aux extrémistes islamistes est communément considéré comme une erreur, et les faits parlent d’eux-mêmes. D’après des évaluations classifiées de la CIA, les services de renseignement américains savaient que le soutien apporté aux rebelles anti-Assad dirigé par les Etats-Unis à travers ses alliés au Moyen-Orient a toujours fini entre les mains des extrémistes les plus virulents. Toutefois, il a continué.

L’année précédant le lancement de la campagne de l’Etat islamique pour conquérir l’intérieur de l’Irak, les responsables du Pentagone étaient également conscients que la grande majorité des rebelles « modérés » de l’Armée syrienne libre (ASL) étaient en fait des militants islamistes. Ainsi que l’ont reconnu les responsables, il était de plus en plus impossible d’établir une frontière fixe entre les rebelles dits « modérés » et les extrémistes liés à al-Qaïda ou à l’Etat islamique en raison de la fluidité des interactions existant entre ces deux composantes.

De plus en plus, les combattants frustrés de l’ASL ont rejoint les rangs des militants islamistes en Syrie, non pas pour des raisons idéologiques mais simplement en raison de leur plus grande puissance militaire. Jusqu’à présent, la quasi-totalité des groupes rebelles « modérés » formés et récemment armés par les Etats-Unis sont en cours de dissolution et de défection, et leurs membres n’en finissent plus de passer du côté d’al-Qaïda et de l’Etat islamique dans la lutte contre Assad.

En Turquie


Grâce à un nouvel accord avec la Turquie, les Etats-Unis coordonnent actuellement l’approvisionnement continu en aide militaire aux rebelles « modérés » pour combattre l’Etat islamique. Pourtant, ce n’est un secret pour personne que pendant toute cette période, la Turquie a directement parrainé al-Qaïda et l’Etat islamique dans le cadre d’une manœuvre géopolitique destinée à écraser les groupes d’opposition kurdes et à faire tomber Assad.

On a fait grand cas des efforts « relâchés » de la Turquie pour empêcher la traversée de son territoire par les combattants étrangers souhaitant rejoindre l’Etat islamique en Syrie. Ankara a récemment répondu en annonçant avoir arrêté plusieurs milliers d’entre eux.

Ces affirmations sont imaginaires : la Turquie a délibérément abrité et acheminé le soutien apporté à l’Etat islamique et à al-Qaïda en Syrie.

L’été dernier, le journaliste turc Denis Kahraman a interviewé un combattant de l’Etat islamique recevant un traitement médical en Turquie ; ce dernier lui a dit : « La Turquie nous a ouvert la voie. Si la Turquie n’avait pas fait preuve d’autant de compréhension à notre égard, l’Etat islamique n’en serait pas là où il en est actuellement. Elle [La Turquie] a manifesté de l’affection à notre égard. Un grand nombre de nos moudjahidines [djihadistes] ont reçu un traitement médical en Turquie. »

Plus tôt cette année, des documents officiels de l’armée turque (le Commandement général de la gendarmerie) divulgués en ligne et authentifiés ont révélé que les services de renseignement turcs (MIT) avaient été surpris par des officiers militaires à Adana alors qu’ils étaient en train de transporter par camions des missiles, mortiers et munitions anti-aériennes « à destination de l’organisation terroriste al-Qaïda » en Syrie.

Les rebelles « modérés » de l’ASL sont impliqués dans le réseau de soutien turco-islamiste parrainé par le MIT. L’un d’eux a expliqué au Telegraph qu’il « gère désormais des refuges en Turquie hébergeant des combattants étrangers qui cherchent à rejoindre le Front al-Nosra et [l’Etat islamique] ».

Des responsables politiques ont cherché à attirer l’attention sur ce sujet, en vain. L’année dernière, Claudia Roth, vice-présidente du parlement allemand, a fait part de sa consternation face au fait que l’OTAN autorise la Turquie à abriter un camp de l’Etat islamique à Istanbul, à faciliter les transferts d’armes à destination de militants islamistes à travers ses frontières, et à soutenir tacitement les ventes de pétrole de l’Etat islamique. Rien ne s’est passé.

La coalition menée par les Etats-Unis contre l’Etat islamique finance l’Etat islamique

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne sont pas seulement restés étrangement silencieux face à la complicité de leur partenaire de coalition qui parraine l’ennemi. Au contraire, ils ont renforcé leur partenariat avec la Turquie et coopèrent âprement avec ce même Etat-mécène de l’Etat islamique pour former les rebelles « modérés » afin de lutter contre l’Etat islamique.

Ce n’est pas uniquement la Turquie qui est en cause. L’année dernière, le vice-président américain Joe Biden a indiqué lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche que l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Qatar et la Turquie, entre autres, fournissaient « des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes » aux « éléments djihadistes extrémistes du Front al-Nosra et d’al-Qaïda » dans le cadre d’une « guerre par procuration entre sunnites et chiites ». Biden a ajouté qu’il était impossible, à tous égards, d’identifier les rebelles « modérés » en Syrie.

Rien n’indique que ce financement s’est épuisé. Pas plus tard qu’en septembre 2014, alors même que les Etats-Unis ont commencé à coordonner les frappes aériennes contre l’Etat islamique, les responsables du Pentagone ont révélé qu’ils savaient que leurs propres alliés de la coalition finançaient toujours l’Etat islamique.

Ce même mois, le général Martin Dempsey, chef d’Etat-major des armées des Etats-Unis, a été interrogé par le sénateur Lindsay Graham lors d’une audience du Comité des forces armées du Sénat. Quand ce dernier lui a demandé s’il connaissait « un allié majeur arabe qui embrasse l’idéologie de [l’Etat islamique] », l’intéressé a répondu : « Je connais des alliés arabes majeurs qui les financent. »

Malgré cela, le gouvernement américain n’a pas seulement refusé de sanctionner les alliés en question, mais les a récompensés en les incluant dans la coalition qui est censée combattre cette même entité extrémiste qu’ils financent. Pire encore, ces mêmes alliés continuent de se voir accorder une grande marge de manœuvre dans la sélection des combattants appelés à être formés.

Des membres clés de notre coalition contre l’Etat islamique bombardent l’Etat islamique par la voie aérienne tout en parrainant le groupe en coulisses au vu et au su du Pentagone.

L’arc des Etats musulmans défaillants

En Irak et en Syrie, où l’Etat islamique est né, l’état de dévastation dans lequel la société se trouve suite à une situation de conflit prolongé ne peut être sous-estimé. L’invasion militaire et l’occupation de l’Irak par l’Occident, avec leur lot de torture et de violence aveugle, ont joué un rôle indéniable pour ouvrir la voie à l’émergence d’une politique réactionnaire extrême. Avant l’intervention occidentale, al-Qaïda était totalement absent du pays. En Syrie, la guerre brutale menée par Assad contre son propre peuple continue de justifier la présence de l’Etat islamique et d’attirer des combattants étrangers.

L’apport continu aux réseaux islamistes extrémistes d’importantes sommes d’argent et de ressources matérielles à hauteur de centaines de milliards de dollars (que personne n’a encore été en mesure de quantifier dans leur totalité), coordonné par cette même interconnexion entre gouvernements occidentaux et musulmans, a eu un impact profondément déstabilisant au cours du dernier demi-siècle. L’Etat islamique est l’aboutissement post-moderne surréaliste de cette histoire sordide.

La coalition occidentale contre l’Etat islamique dans le monde musulman se compose de régimes répressifs dont les politiques nationales ont creusé les inégalités, écrasé les dissensions légitimes, torturé des activistes politiques pacifiques et attisé des rancunes profondes. Ce sont ces mêmes alliés qui ont financé l’Etat islamique, et qui continuent de le faire, au vu et au su des services de renseignement occidentaux.

Ce, malgré l’escalade de crises convergentes qui sévissent dans la région depuis une décennie. Le professeur Bernard Haykel, de l’université de Princeton, s’est exprimé à ce sujet : « Je vois l’Etat islamique comme un symptôme d’un ensemble structurel de problèmes beaucoup plus profonds dans le monde arabe sunnite... [C’est] lié à la politique. A l’éducation et notamment au manque d’éducation. A l’autoritarisme. A l’intervention étrangère. Au fléau du pétrole... Je pense que même si l’Etat islamique venait à disparaître, les causes sous-jacentes qui sont à l’origine de l’Etat islamique ne disparaîtraient pas. Et ces causes devraient être abordées par des politiques, des réformes et des changements menés sur plusieurs décennies non seulement par l’Occident, mais aussi par les sociétés arabes. »

Pourtant, comme nous l’avons vu avec le Printemps arabe, ces problèmes structurels ont été exacerbés par une véritable tempête de crises politiques, économiques, énergétiques et environnementales interdépendantes, toutes couvées par l’aggravation de la crise du capitalisme mondial.

Dans une région en proie à des sécheresses prolongées, à une défaillance de l’agriculture, à une chute des revenus pétroliers due au pic pétrolier local, à la corruption et à une mauvaise gestion économique aggravées par l’austérité néolibérale, et ainsi de suite, les Etats locaux ont commencé à s’effondrer. De l’Irak à la Syrie, de l’Egypte au Yémen, c’est cette même interconnexion entre des crises climatiques, énergétiques et économiques qui défait les gouvernements en place.

L’aliénation en Occident

Bien que l’Occident soit beaucoup plus résistant à ces crises mondiales interconnectées, les inégalités persistantes aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Europe de l’Ouest, qui ont un effet disproportionné sur les minorités ethniques, les femmes et les enfants, s’aggravent.

En Grande-Bretagne, près de 70 % des musulmans issus d’ethnies d’Asie du Sud et près de deux tiers de leurs enfants vivent dans la pauvreté. Un peu moins de 30 % des jeunes musulmans britanniques âgés de 16 à 24 ans sont sans emploi. Selon Minority Rights Group International, la situation des musulmans britanniques en termes d’« accès à l’éducation, à l’emploi et au logement » s’est détériorée au cours des dernières années au lieu de s’être améliorée. Cette dégradation a été accompagnée d’une « augmentation inquiétante de l’hostilité ouverte » exprimée par les communautés non-musulmanes et d’une propension croissante des services de police et de sécurité à cibler de manière disproportionnée les musulmans en vertu de l’autorité qui leur est conférée dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Les reportages constamment négatifs diffusés par les médias sur les musulmans, auxquels s’ajoutent les frustrations légitimes provoquées par une politique étrangère agressive et trompeuse dans le monde musulman, créent chez les musulmans britanniques un sentiment d’exclusion sociale associé à leur identité.

C’est l’ensemble de ces facteurs qui a un effet destructeur sur la formation de l’identité, et non chacun de ces facteurs pris séparément. Observés seuls, la pauvreté, la discrimination, les reportages négatifs sur les musulmans, et ainsi de suite, ne permettent pas nécessairement de rendre une personne vulnérable à la radicalisation. Toutefois, conjointement, ces facteurs peuvent forger un attachement à une identité marquée par l’aliénation, la frustration et l’échec.

La persistance de ces problèmes et leur interaction peuvent contribuer à la façon dont les musulmans de Grande-Bretagne issus de divers horizons commencent à se voir en tant que tout. Dans certains cas, cela peut générer un sentiment ancré de séparation, d’aliénation et de désillusion par rapport à la société en général. L’effet de cette identité d’exclusion sur un individu dépendra de l’environnement spécifique, des expériences et des choix de l’individu en question.

Les crises sociales prolongées peuvent jeter les bases du développement d’idéologies destructrices et xénophobes. Ces crises ébranlent les mœurs traditionnelles de certitude et de stabilité enracinées dans les notions établies d’identité et d’appartenance.

Alors que les musulmans vulnérables pourraient se tourner vers la culture des gangs ou, pire, vers l’extrémisme islamiste, les non-musulmans vulnérables pourraient adopter leur propre identité d’exclusion liée à des groupes extrémistes comme la Ligue de défense anglaise, ou d’autres réseaux d’extrême-droite.

Chez les groupes d’élites plus puissants, le sentiment de crise peut enflammer les idéologies néoconservatrices militaristes qui épurent les structures du pouvoir en place, justifient le statu quo, défendent le système déficient qui soutient leur pouvoir, et diabolisent les mouvements progressistes et ceux des minorités.

Dans ce maelström, l’injection de milliards de dollars au sein de réseaux extrémistes islamistes ayant un penchant pour la violence au Moyen-Orient donne du pouvoir à des groupes qui, auparavant, ne disposaient pas de soutiens locaux.

Alors que plusieurs crises convergent et s’intensifient tout en compromettant la stabilité de l’Etat et en attisant de plus grandes frustrations, cet apport massif de ressources dont bénéficient les idéologues islamistes est susceptible d’attirer dans le vortex de l’extrémisme xénophobe les individus en colère, aliénés et vulnérables. Ce processus se conclue par la création de monstres.

Une déshumanisation

Tandis que ces facteurs ont élevé à un niveau critique cette vulnérabilité régionale, le rôle joué par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne après le 11 septembre 2001 dans la coordination du financement secret fourni par les Etats du Golfe aux militants islamistes extrémistes à travers la région a jeté de l’huile sur le feu.

Les liens dont disposent ces réseaux islamistes en Occident signifient que les services de renseignement nationaux ont périodiquement fermé les yeux sur leurs disciples et infiltrés dans leur propre pays, ce qui a permis à ces derniers de croître, recruter et envoyer les candidats au djihad à l’étranger.

C’est pourquoi la composante occidentale de l’Etat islamique, bien que beaucoup plus petite que le contingent de combattants qui rallient le groupe depuis les pays voisins, reste largement imperméable à tout débat théologique significatif. Ils ne sont pas mus par la théologie, mais par l’insécurité d’une identité et d’un psychisme fracturés.

C’est ici, dans les méthodes de recrutement minutieusement calibrées de l’Etat islamique et des réseaux qui soutiennent l’organisation en Occident, que nous pouvons voir que le processus d’endoctrinement psychologique s’est affiné à travers les années grâce aux formations menées sous la tutelle des services de renseignement occidentaux. Ces services de renseignement ont en effet toujours été intimement impliqués dans l’élaboration d’outils violents d’endoctrinement islamiste.

Dans la plupart des cas, le recrutement de l’Etat islamique se fait en exposant les individus à des vidéos de propagande soigneusement élaborées, développées au moyen de méthodes de production avancées, et dont les plus efficaces sont remplies d’images réelles de massacres perpétrés par la puissance de feu occidentale contre les civils irakiens, afghans et palestiniens, ou par Assad contre les civils syriens.

L’exposition constante à ces scènes horribles d’atrocités perpétrées par l’Occident et la Syrie peut souvent avoir un effet similaire à ce qui pourrait arriver si ces scènes avaient été vécues directement, à savoir une forme de traumatisme psychologique qui peut même entraîner un stress post-traumatique.

Ces techniques de propagande sectaire contribuent à attiser des émotions accablantes de choc et de colère, qui à leur tour servent à anéantir la raison et à déshumaniser l’« Autre ». Le processus de déshumanisation est concrétisé à l’aide d’une théologie islamiste pervertie. Ce qui importe, ce n’est pas l’authenticité de cette théologie, mais sa simplicité. Cette théologie peut faire des merveilles sur un psychisme traumatisé par des visions de morts massives et dont la capacité à raisonner est immobilisée par la rage.

C’est pourquoi le recours à une littéralité poussée à l’extrême et à une décontextualisation complète est une caractéristique si commune aux enseignements islamistes extrémistes : en effet, pour un individu crédule ayant une faible connaissance de l’érudition islamique, à première vue tout cela semble vrai sur le plan littéral.

Basées sur des décennies d’interprétation erronée et sélective des textes islamiques par les idéologues militants, les sources sont soigneusement extraites et triées sur le volet pour justifier le programme politique du mouvement : un règne tyrannique, des massacres massifs et arbitraires, l’assujettissement et l’asservissement des femmes, et ainsi de suite ; des éléments qui deviennent tous partie intégrante de la survie et de l’expansion de l’« Etat ».

Etant donné que la fonction principale de l’introduction du raisonnement théologique islamiste extrême est de légitimer la violence et de sanctionner la guerre, celui-ci est conjugué à des vidéos de propagande qui promettent ce dont la recrue vulnérable semble manquer, à savoir la gloire, la fraternité, l’honneur et la promesse du salut éternel, peu importent les crimes ou délits pouvant avoir été commis par le passé.

Si vous ajoutez à cela la promesse du pouvoir (le pouvoir sur leurs ennemis, le pouvoir sur les institutions occidentales censées avoir éliminé leurs frères et sœurs musulmans, le pouvoir sur les femmes), ainsi qu’un habit religieux et des revendications de piété suffisamment convaincants, alors les sirènes de l’Etat islamique peuvent devenir irrésistibles.

Cela signifie que l’idéologie de l’Etat islamique n’est pas le facteur déterminant de son éclosion, de son existence et de son expansion, bien qu’il soit important de la comprendre et de la réfuter. L’idéologie est simplement l’opium du peuple dont il se nourrit et nourrit ses potentiels disciples.

En fin de compte, l’Etat islamique est un cancer du capitalisme industriel moderne en plein effondrement, un sous-produit fatal de notre dépendance inébranlable à l’or noir, un symptôme parasitaire de l’escalade des crises de civilisation qui secouent à la fois le monde musulman et le monde occidental. Tant que l’on ne s’attaque pas aux racines de ces crises, l’Etat islamique et ses semblables ne sont pas prêts de disparaître.


- Nafeez Ahmed est journaliste d’investigation et auteur à succès. Titulaire d’un doctorat, il s’est spécialisé dans les questions de sécurité internationale, examinant ce qu’il appelle les « crises de civilisation ». Il a obtenu une récompense de la part de l’organisation Project Censored dans la catégorie « Outstanding Investigative Journalism » (« journalisme d’investigation d’exception ») pour un reportage d’investigation, publié par le journal The Guardian, sur l’intersection des crises globales de nature écologique, énergétique et économique et des conflits et géopolitiques régionales. Il a également écrit pour The Independent, Sydney Morning Herald, The Age, The Scotsman, Foreign Policy, The Atlantic, Quartz, Prospect, New Statesman, Le Monde diplomatique et New Internationalist. Son travail sur les causes profondes et les opérations secrètes liées au terrorisme international a officiellement contribué à l’établissement de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis du 11 septembre 2001 et à l’enquête du Coroner sur les attentats du 7 juillet 2005 à Londres.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.
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MessageSujet: Les musulmans, menace pour l'identité française ? Le sondage qui fait peur   Sam 25 Juil - 21:55

Les musulmans, menace pour l'identité française ? Le sondage qui fait peur Fabien Dabert L'Internaute.com 24 juillet

La perception de l'islam par les Français est difficile à déterminer de manière simple et définitive, sans nuancer les idées précises qu'on projette sur cette religion. Pour autant, un sondage Ifop réalisé pour Atlantico démontre qu'une large partie de l'opinion craint que les musulmans "menacent l'identité du pays".

Consulter l'ensemble de l'étude : sur le site de l'Ifop

(l'étude donne des comparaisons avec les réponses aux mêmes questions en 2010, 2012 et janvier 2015, et par âge, catégories professionnelles et lieu d'habitation)

Fabien Dabert a écrit:
Voici un sondage qui tend à montrer que les Français sont plutôt peu enclins à considérer la religion musulman comme n'importe quelle autre. Le sondage Ifop effectué pour le site d'informations Atlantico est assez significatif : pour 44 % des Français, la communauté musulmane est "plutôt une menace pour l'identité de notre pays". Seulement 19 % estiment qu'elle est "plutôt un facteur d'enrichissement culturel", 37 % considèrent qu'elle n'est "ni l'un, ni l'autre". En réalité ces chiffres ont peu évolué depuis 2010, comme l'indiquent les données reportées dans le tableau ci-dessous.


La méthodologie employée est des plus classiques pour ce type de sondage : l'étude a été menée du 17 au 21 juillet 2015 sur un échantillon de 1003 individus, "représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus", d'après la méthode des quotas. Dans le détail, on notera de nettes différences de perception de la communauté musulmane selon les obédiences politiques : elle représente ainsi "une menace" pour 23 % des électeurs de gauche, pour 28 % des électeurs du Modem, pour 59 % des électeurs de l'UMP/Les Républicains, et pour 90 % des électeurs du Front national. Par ailleurs, le chiffre est plus faible chez les plus jeunes (39 % pour les 18-24 ans).

Ce sondage doit malgré tout être interprété avec précaution. Que signifie vraiment, dans l'esprit des sondés, "menacer l'identité du pays" ? De quelle "crainte" - puisqu'il s'agit de "menace" - parle-t-on vraiment ? Difficile, par ailleurs, de saisir ce que recoupe selon les sondés "l'identité du pays", dont la définition peut évoluer d'un individu à l'autre. On notera d'ailleurs que les sondeurs ont tenu à ajouter à leur étude une autre question orientée différemment. Lorsqu'on interroge les sondés sur un point plus précis, les choses apparaissent en effet un peu différemment. Ainsi, à la question "avec laquelle des deux opinions suivantes êtes-vous le plus d'accord ?", 63 % des Français interrogés répondent "il ne faut pas faire d’amalgame, les musulmans vivent paisiblement en France et seuls des islamistes radicaux représentent une menace" tandis que 32 % optent pour l'alternative "l'islam représente une menace".

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 31 Juil - 1:20

Sadri Khiari a écrit:
‏@SadriKhiari  · ಜುಲೈ 7  
Une des planches de la bédé que j'ai faite à partir d'un texte de Jean Genet, intitulé "L'ennemi déclaré"



Citation :
Après vous avoir fait brièvement part de mon admiration pour l’œuvre littéraire de Jean Genet, je souhaite partager avec vous un recueil de textes et d’entretiens très instructifs sur ses engagements sociaux et politiques : L’Ennemi déclaré (Folio).

Pour bien comprendre l’écrivain, il faut garder en mémoire que Genet a passé une grande partie de son existence en prison, et que c’est incarcéré, dans la solitude absolue qu’il a écrit ses cinq  œuvres majeures. Après sa libération, il a passé plusieurs années dans le silence puis a composé cinq pièces de théâtre qui remportèrent un vif succès. Malgré l’enthousiasme qu’il rencontre, le soutien d’écrivains comme Cocteau ou Sartre, il s’éloigne de l’écriture pour s’engager dans différents combats politiques. C’est ce parcours militant que l’on découvre dans L’Ennemi déclaré.

Le recueil est une véritable réussite d’un point de vue éditorial. Certes, Genet est mort avant de l’avoir complètement finalisé mais, pour palier cette absence, Albert Dichy propose une introduction, une chronologie détaillée et surtout une présentation, en notes, de tous les articles recueillis. Ainsi, le contexte et les différentes références politiques sont exposés clairement. Ces textes et entretiens ont paru entre 1970 et 1983.

D’emblée, j’ai été surprise par les nombreuses causes auxquelles Jean Genet s’est rallié : bien sûr les Blacks Panthers aux Etats-Unis mais aussi les Palestiniens, la fraction armée rouge (ou bande à Baader), l’immigration…

Même si ces textes sont avant tout argumentatifs et dénoncent la domination des puissants sur les plus faibles (la police contre les citoyens, les Blancs contre les Noirs, les patrons contre les ouvriers, etc.), la littérature est toujours présente. Ainsi, Genet, se ralliant aux Black Panthers, explique :

Jean Genet a écrit:
« j’apporterai dans ma lutte avec eux ma même ténacité, la même rigueur que celles qui étaient les miennes quand j’écrivais, solitairement, dans les prisons. Je suis avec les Black Panthers. Comme Richard Wright [auteur de Black Boy était déjà avec moi quand je suis sorti de prison pour la dernière fois. »


De même, il associe sa recherche littéraire au combat des Black Panthers et demande aux intellectuels blancs d’entrer dans la lutte, une lutte à la fois politique et langagière :


Jean Genet a écrit:
« Je crois que le temps est venu d’user d’un vocabulaire également neuf et d’une syntaxe capable de rendre chacun attentif au double combat, poétique et révolutionnaire, des mouvements qui sont chez les Blancs comparables à ceux des Black Panthers. »


Genet, lors de ses conférences aux Etats-Unis, explique ainsi le quotidien des Noirs, qui sont opprimés se sentant sous le joug du fascisme imposé par les Blancs. Il dénonce non seulement le racisme des Blancs mais aussi l’attitude paternaliste des chefs d’Etat. De Gaulle est visé sans être spécifiquement nommé. Avec virulence, Genet pointe du doigt la civilisation américaine qui repose tout entière sur le mépris. Il liste alors toutes les institutions (les syndicats, la presse, la pub, la télé, les universités, la police, etc.) qui passent leur temps à « mentir », c’est-à-dire à édulcorer la vérité (la haine du riche à l’égard du pauvre, du Blanc à l’égard du Noir), à inculquer des valeurs telles que l’avilissement, le racisme, l’abêtissement…

Les textes concernant la Palestine sont évidemment complexes et nombreux. Il y est question des conditions de vie des Palestiniens (et surtout des femmes), des prisonniers, des camps… Pour avoir une idée plus précise du sujet, Genet a fait un reportage avec un photographe en Palestine. Prenant la défense des plus faibles contre les dominants, l’écrivain explique pourquoi les Juifs se sont emparés de la Palestine au détriment des Arabes :


Jean Genet a écrit:
« Deux mille ans d’humiliations ont permis de comprendre les ressorts – ou les mécanismes – de la psychologie, et leur utilisation à distance. Deux mille ans passés dans les ghettos, ou sous de faux états civils, et les Juifs furent menacés d’extermination. Ils connaissent maintenant les roueries de ceux qui furent les maîtres. […] Et si, selon l’histoire écrite par un idiot mais enseignée aux enfants, les Juifs furent chassés par les Romains, les Arabes vont le payer. »


Le livre offre plusieurs photos issues du reportage ; elles sont toutes commentées par Genet. On y voit des camps, des soldats, des entrainements au combat et des enfants armés. Mais, Genet démontre que ce ne sont pas les Palestiniens les coupables mais les Européens, rappelant :


Jean Genet a écrit:
« Nous venons de fêter en France, avec trop de fastes, le sept centième anniversaire de Louis IX, dit Saint-Louis, pour qu’un léger doute s’empare de nous. D’abord Roland, ensuite Saint-Bernard, Godefroy de Bouillon, Guy de Lusignan, Richard Cœur de Lion, Louis IX et qui encore, avec toutes leurs croisades contre les musulmans, furent à ce point magnifiés durant toute cette période où les Européens écrasaient les peuples arables – je veux dire de 1830 à 1962 – qu’on peut se demander, mais très innocemment, si l’Histoire – de France, entre autres – ne fut pas écrite au 19e siècle afin de former des hommes qui, en toute bonne et mauvaise foi, mépriseraient les colonisés ? »

Un autre sujet suscite une vive polémique : les actions menées par la bande à Baader. Ainsi, un article de Genet, paru dans les colonnes du Monde, suscite de nombreux émois : « Violence et brutalité ». Dans ce texte, l’auteur défend la Fraction armée rouge qui sème le trouble et commet des actes terroristes pour exprimer son opposition à la politique américaine. Pour justifier les actes terroristes de la bande à Baader, Genet explique que nous vivons dans un monde brutal car inégalitaire, il n’est pas d’autre moyen que de se révolter et de se montrer violent. Ce texte a suscité de nombreuses réactions, les lecteurs du Monde n’acceptant pas qu’un quotidien se voulant objectif et sérieux publie un hymne à la violence. Or, ce texte, hors de toute morale, affirme que pour combattre l’inacceptable, il faut parfois recourir aux armes et à la violence. C’est un très beau texte, rhétorique à souhait, qui soulève évidemment moult questions.

L’Ennemi déclaré est un recueil vraiment passionnant, qui, malgré les trente années passées, n’a hélas pas pris une ride. Israël, le racisme, le terrorisme, les conflits au Liban sont malheureusement encore des sujets qui dominent l’actualité. Je n’avais jamais lu les textes politiques et engagés de Genet. Certes, ces articles sont moins écrits que ses romans ou ses pièces de théâtre, mais ils sont remarquables. Les arguments sont parfois douteux, mais ouvrent le débat. Genet expose une même thèse : la violence est acceptable sinon souhaitable si elle permet de lutter contre les oppresseurs, qu’ils soient américains, blancs, patrons, flics… Finalement, Genet poursuit dans ses déclarations son projet littéraire : glorifier le faible, l’exclu et le solitaire.  


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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Ven 31 Juil - 14:18

Conférence

Nous et les autres. Joël Roman et Houria Bouteldja 8 juin 2009 par France-culture

Citation :
Qu’est-ce qu’ont en commun la crise des banlieues, le foulard islamique, la délinquance des mineurs, les retentissements hexagonaux des conflits au Moyen-Orient, les débats sur la mémoire et l’histoire à propos de l’esclavage ou du colonialisme ? En un sens, rien, les occasions sont différentes, voire très éloignées, les problèmes, sans commune mesure, les questions posées ne sont pas du même ordre. Pourtant, une même grille de lecture s’impose, qui organise la présentation des choses, scande le discours médiatique, structure les catégories intellectuelles en reconduisant sans cesse la même polarité :  » eux  » et  » nous « . Entre réprobation et injonctions, les jeunes et moins jeunes issus des immigrations post-coloniales sont ainsi érigés en fauteurs de troubles, voire en ennemis, et convoqués afin de réassurer une identité nationale républicaine. Ce clivage invite ainsi à reposer la question : qu’est-ce qui fonde une communauté politique ?

Avec Joël Roman, philosophe, directeur de la collection  » Pluriel  » (Hachette Littératures) et Houria Bouteldja, porte parole du Mouvement des indigènes de la république.

Citation :
Ce débat sur le « Nous et les Autres » a permis d’aborder le sujet de la communauté politique. C’est à dire sous quelles conditions Nous (les Blancs) et les Autres (les Indigènes) peuvent former un Nous politique selon l’optique décoloniale du MIR.


Citation :
L'opposition eux/nous se retrouve constamment au cœur des événements comme la crise des banlieues, le foulard islamique, l'insécurité, les retentissements des conflits hexagonaux, etc. Cette opposition entre les jeunes issus de l'immigration et les autres qui accompagne le discours médiatique et structure les catégories intellectuelles est ici analysée.
(date de publication : novembre 2006)

LE MONDE | 10.01.2007 Franck Johannès
Le Monde a écrit:
Logique coloniale en banlieue

"Eux", ce sont les jeunes des banlieues, catégorie assez floue dès qu'on cherche à la cerner, mais qui parle au sens commun : "eux", en tout cas, ce n'est pas "nous". Joël Roman, membre du comité de rédaction de la revue Esprit, se risque dans un petit livre vif, courageux et intelligent, sur un terrain où il n'y a que de mauvais coups à prendre, tant la gauche comme la droite ont délégitimé une position aujourd'hui carbonisée en "droits-de-l'hommisme", selon le mot de Nicolas Sarkozy.

Le premier ministre, en instaurant en novembre 2005 un couvre-feu, fait explicitement référence à la guerre d'Algérie, et désigne clairement une catégorie de jeunes comme n'appartenant pas à la communauté nationale. "Un fil rouge", selon l'auteur, court d'ailleurs du discours de Dominique de Villepin à celui du ministre de l'intérieur (de la "racaille" au nettoyage au Kärcher) et aux tracasseries policières : "Celui de la stigmatisation d'une population entière, au nom de ce qu'elle est : les descendants d'une immigration postcoloniale. Le mélange de mépris et de paternalisme, l'injonction contradictoire de s'intégrer et de rester à sa place sont directement hérités de l'attitude coloniale."

Derrière l'éternelle question de l'intégration de ces jeunes, rôde une suspicion : la cinquième colonne du terrorisme pourrait bien être là, dans nos banlieues. "L'intégration", rappelle Joël Roman, fut justement la dernière carte, jouée trop tard, pour garder l'Algérie dans le giron français et sortir du statut colonial sans en sortir. La stigmatisation de ce groupe indéfinissable, qui souffre autant d'un défaut de place reconnue que de perspectives, pose à nouveau la question de l'immigration, qui sous-entend toujours deux choses : "Il y en a trop, et ce n'est pas les bons", ce que dit crûment l'expression "immigration choisie".

"Eux" d'abord, c'est la banlieue, "une territorialisation de la question sociale" qui donne chair aux peurs de notre temps, communautarisme, terrorisme, délinquance, mal-être ou chômage. Joël Roman montre comment la banlieue est d'abord une catégorie politique sans possibilité d'expression spécifique : "La sensation de l'impasse et la conscience du mépris sont toujours à la racine des fureurs banlieusardes." Si certaines cités sont des zones de non-droit, "ce n'est pas parce qu'on ne peut pas y entrer, mais parce qu'on ne peut pas en sortir".

Si on y rajoute un islam souvent fantasmatique ; une violence, à travers les émeutes, d'abord de territoire et tournée contre soi ; et le désordre de la délinquance, c'est bien une culpabilité collective, essentielle et définitive, qui pèse sur "eux", moins en raison de ce que font les uns et les autres, que de ce qu'ils sont.

Les politiques, au nom du refus de "l'angélisme", confortent à leur tour cette vision d'une France assiégée et emboîtent, de près ou de loin, le pas au Front national, au nom même de la lutte contre Le Pen. Les "sauvageons" sont ainsi triplement responsables : des désordres qu'ils engendrent, de la perte de sens civique dont ils témoignent, et de la radicalisation que cela entraîne chez "nous", avec la montée du vote frontiste. Logique circulaire, qui nourrit un social-populisme des élites et leur évite, selon Joël Roman, de se pencher sur les raisons du discrédit des partis de gouvernement.

Derrière "l'Arabe qui cache la forêt", c'est bien sûr la question essentielle de l'identité qui est posée : que veut dire être français ? "C'est parce que chacun est renvoyé à la question de son identité personnelle qu'il lui faut trouver les moyens de l'articuler à une identité collective." Dire "eux", c'est d'abord nous créer un ciment commun étriqué et nous souder contre eux ; c'est mimer une guerre civile et surjouer nos peurs et nos fractures.

« à propos de Charlie le citoyen, l’Autre et l’Etat » Roland Simon 16 janvier 2005

Roland Simon a écrit:
Ce sont ces dangers, ces insécurités qui, de la République à la Nation, se sont fugacement cristallisés dans le mythe de la citoyenneté comme protection. Celle qu’apporte un vrai Etat-nation et une citoyenneté nationale non seulement identitaire mais identitaire parce que protectrice, celle qui a foutu le camp depuis les années 1970. Mais la citoyenneté nationale n’est pas innocente ni dans sa naissance ni dans ses implications. Elle se construit face à « l’Autre » qui la menace et elle implique la suppression de la menace. Aujourd’hui l’islamisme, demain ou en même temps la lutte de classe ou les luttes de femmes. Quatre millions de personnes se rassemblent et ce qui est frappant c’est le vide du discours : il n’y a rien à dire, rien à faire d’autre que de dire « je suis républicain », rien d’autre qu’à comprendre « ce qu’est une nation », rien d’autre qu’à promener une immense représentation de la République menacée par d’anonymes corbeaux noirs que tout le monde identifie sans peine.

La nation ne devient un thème de mobilisation et de combat que si elle est construite comme menacée et les menaces ne peuvent alors être formulées que dans les termes que la nation impose, ceux de ses valeurs et de son authenticité. Le citoyen est une abstraction quant à son rapport à l’individu concret défini dans des rapports de production, des rapports de classes et de genre, mais il n’est pas une abstraction vide de déterminations. L’égalité et l’équivalence des citoyens entre eux qui font leur abstraction supposent un partage de qualités communes historiques et culturelles. Il n’y a pas de citoyenneté sans identité, sans la possibilité de pouvoir dire « nous » et « eux ». Dire « nous » et « eux » n’est pas l’apanage du Front National, des mangeurs de cochonnailles et des buveurs de vin rouge. Cela peut se dire avec le sourire laïque de la « liberté d’expression » et de la défense du « droit des femmes ». Mais cela se dit toujours dans le langage de l’Etat. « Les questions de l’immigration et de l’islam sont clairement posées, on ne peut pas continuer comme ça avec l’immigration qui si elle n’est pas liée au terrorisme complique les choses en générant difficultés d’intégration et communautarisme » (Sarkozy). Du sourire laïque bienveillant à la déclaration de Sarkozy la pente est glissante.

Un bon, un vrai citoyen se doit d’être autant discret que son universalité est suspecte. « Otez donc ce voile » dit le citoyen de gauche qui milite pour l’émancipation féminine, faisant de la domination des femmes l’apanage de quelques cultures archaïques et une chose en voie de disparition chez nous. Car ce citoyen est bien de chez nous. Et c’est parce que bien de chez nous qu’il est universel. Les juifs, quant à eux, dans la manifestation, ont raison de se demander : « S’il y avait seulement eu la prise d’otages à l’Hyper Cacher, vendredi, et pas l’attentat contre Charlie Hebdo mercredi, aurait-on observé un tel sursaut républicain ? ». Bien évidemment non (cf., Toulouse) : la citoyenneté nationale, l’universel, n’est pas menacée quand un particulier s’en prend à un autre particulier même si tous les particuliers ne sont pas subsumés identiquement sous l’universel.
[...]
L’injonction humaniste à accepter « l’Autre » présuppose l’existence de « l’Autre », sa construction comme tel et donc la hiérarchie vis-à-vis de « l’Un » qui a le pouvoir de dire qui est « l’Autre ». Entre « Nous » et « les Autres », il y a une organisation de la société qui s’impose aux individus et préexiste à chacun d’eux. Ceux qui sont invités à « accepter l’Autre » constituent la société normale, légitime. A l’origine des Uns et des Autres, il y a le pouvoir simple et brut. L’Un est celui qui a le pouvoir de distinguer.

La distinction est la mise en pratique réelle, empirique, quotidienne de l’universalisme du citoyen. Si l’on abandonne la baudruche d’un « vrai universalisme »[iv], l’Occident peut légitimement s’accaparer le monopole de valeurs universelles, si besoin est avec des F16 et des Rafales. L’universalisme est une production idéologique lié au mode de production capitaliste, à l’abstraction du travail, de la valeur et du citoyen. Ce mode de production est le seul universel et à pratiques idéologiques universelles, à condition que les individus correspondent aux critères de l’universalité, c’est-à-dire qu’ils ne soient pas des femmes ou entretenant des liens communautaires, ethniques, raciaux, familiaux, religieux en concurrence avec l’Etat-nation. Un État, c’est un État-nation car c’est un État capitaliste, il ne connait pas de communautés intermédiaires, d’identités multiples reconnues en son sein, et démarque comme corps étrangers, communautés particulières, donc nuisibles, tout ce qui nuit ou interfère dans son critère d’homogénéité universelle. Toute médiation entre le pouvoir et l’individu a cessé d’exister. Il faut insister sur ce moyen terme qu’est l’État-nation dans sa structure politique, moyen terme sans lequel on ne ferait que renvoyer grossièrement l’explication de l’homogénéisation au développement de la valeur et du capital, à partir desquels on peut expliquer tout et n’importe quoi dans une totalité indifférenciée. Si seul l’État est censé représenter l’individu abstrait de ses déterminations qu’est le citoyen, individu « émancipé », la seule garantie de son « émancipation » est son appartenance-intégration à la collectivité nationale représentée par l’État.


Roland Simon a écrit:
L’universalisme est une production idéologique lié au mode de production capitaliste, à l’abstraction du travail, de la valeur et du citoyen.

c'est ici que l'universalisme occidental est entièrement rabattu dans le mode de production capitaliste, et c'est précisément ce qui fait problème...

voir Ramón Grosfogel, Vers une décolonisation des Uni-versalismes occidentaux : le Pluri-versalisme décolonial d’Aimé Césaire aux Zapatistes

Ramón Grosfogel a écrit:
Dans cette contribution, je voudrais proposer un exemple de critique décoloniale, en prenant soin de la différencier de la critique postcoloniale, et en centrant mon propos sur les débats autour du concept d’« universalité ». Si la critique décoloniale reconnaît les apports des Postcolonial Studies, elle s’en distingue pourtant dans la mesure où elle s’efforce de décoloniser la critique postcoloniale et de dépasser ses limites en défendant un projet de décolonisation épistémique radicale qui prend au sérieux la pensée critique issue des traditions intellectuelles non-occidentales (Mignolo 2000 ; Grosfoguel 2006).

Il importe de préciser qu’une perspective décoloniale ne saurait être assimilée à une critique anti-européenne, essentialiste et fondamentaliste. Il s’agit d’une perspective doublement critique : tant à l’égard du fondamentalisme eurocentrique que des fondamentalismes tiersmondistes, du colonialisme et du nationalisme. La critique décoloniale ne rejette pas les penseurs critiques européens car cela reviendrait à une inversion fondamentaliste du fondamentalisme eurocentrique. Ce dernier refuse l’égalité et affirme l’infériorité – ce que je qualifierai dorénavant de racisme épistémique – des penseurs non-occidentaux ; les fondamentalismes du Tiers-Monde, quant à eux, inversent cette posture en rejetant les penseurs critiques européens. La critique décoloniale se différencie des Postcolonial studies, du fait qu’elle en appelle à la « diversalité » épistémique, conçue comme la composante centrale d’une décolonisation du monde moderne/colonial, par-delà la modernité eurocentrée, et tendant vers ce que le philosophe de la libération latino-américain Enrique Dussel appelle la transmodernité (Dussel 1992). La pensée frontalière, l’une des perspectives épistémiques qui seront discutées dans cette contribution, constitue précisément une réponse critique aux fondamentalismes, que ceux-ci soient marginaux ou hégémoniques, qui se donne pour horizon la transmodernité entendue comme projet politique de décolonisation. Le dénominateur commun de tous ces fondamentalismes – y compris le fondamentalisme eurocentrique – est le postulat selon lequel il n’existe qu’une seule tradition épistémique permettant d’atteindre la « Vérité » et l’« Universalité ». Néanmoins, les points essentiels que je voudrais évoquer ici sont les suivants :

1) L’eurocentrisme est un fondamentalisme hégémonique. Il est en outre le plus dangereux, puisqu’il possède le pouvoir militaire, financier et culturel lui permettant d’imposer sa domination au sein du système global. En ce sens, une rupture par rapport au racisme épistémique de l’eurocentrisme implique que la perspective épistémique décoloniale puise dans un canon intellectuel qui ne se limite pas au seul canon occidental (y compris son versant critique) ;

2) une perspective décoloniale véritablement universelle ne saurait être fondée sur un universel abstrait (qui constitue en réalité un universel particulier s’érigeant en dessein universel global/impérial), mais devrait être le fruit d’un dialogue critique entre divers
projets/perspectives politiques – divers sur le plan épistémique/éthique/cosmologique – qui visent à construire un monde pluriversel transmoderne, par opposition à un monde universel ;

3) la décolonisation du savoir implique de prendre au sérieux les perspectives/cosmologies/intuitions à l’oeuvre dans les pensées critiques du Sud, élaborées depuis/conjointement à/avec des espaces et des corps racialement/ethniquement/sexuellement subalternes.

Le postmodernisme et le post-structuralisme, en tant que projets épistémiques, font partie intégrante du canon occidental du fait qu’ils reproduisent, dans les domaines de la pensée et de la pratique qui sont les siens, une forme spécifique de colonialité du pouvoir/savoir. Il est regrettable de constater que les Postcolonial studies, en privilégiant Lacan, Gramsci, Foucault
et Derrida (Mallon 1994 ; Rodriguez 2001) se trouvent dans l’incapacité de mener à bien une décolonisation épistémique
. Il ne s’agit pas de nier les apports multiples de ces auteurs ou leur usage possible dans le cadre de projets décoloniaux. Cependant, l’adoption d’une perspective décoloniale requiert, en premier lieu, le dé-centrement des penseurs occidentaux et la diversification des épistémologies dont ils sont porteurs en s’inspirant de pensées incarnant des perspectives/épistémologies non-européennes, afin de ne pas reproduire une hiérarchie coloniale/raciale sur le plan épistémologique (le racisme épistémique). Deuxièmement, cela implique de décoloniser les penseurs occidentaux afin de les rendre opérants dans le cadre de projets de décolonisation du savoir et de l’épistémologie. Il importe de souligner que le plus dangereux et le plus puissant des fondamentalismes au monde est le fondamentalisme eurocentrique. Celui-ci est si puissant que personne ne s’aventure à le qualifier de fondamentalisme. Le fondamentalisme eurocentrique considère que la seule épistémologie à même de produire une pensée critique est la tradition intellectuelle occidentale. Le racisme épistémique consiste dans le fait que les épistémologies non-occidentales sont placées en
position subalterne et tenues pour inférieures à celles élaborées par l’Occident. Les penseurs du Sud qui produisent des savoirs décoloniaux à partir d’épistémologies non-occidentales sont disqualifiés par le fondamentalisme eurocentrique qui y voit des interventions religieuses, folkloriques, mythologiques ou culturelles, mais jamais des perspectives théoriques ou
philosophiques égales à celles produites pas l’Occident. Ce que reproche en partie la critique décoloniale aux Post colonial studies est d’avoir reproduit

[suivent...]

L’Universalisme occidental de Descartes à Marx

Aimé Césaire : un Universalisme « autre »

La Transmodernité comme projet utopique décolonisateur

Post-modernité versus Trans-modernité ?

Parti d’avant-garde versus Mouvement d’arrière-garde


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MessageSujet: Beyond Islamophobia: Decolonial Fights From An Islamic Perspective   Mer 5 Aoû - 11:36

Beyond Islamophobia: Decolonial Fights From An Islamic Perspective  William Barylo  Sociologist, filmmaker, writer, photographer, and spiritual adventurer Huffington Post 30/07/2015

Muslims at the climate march: being vocal, visible and veritable in the public space carves into the marble of collective perception their social legitimacy.

In writing my thesis about Muslim charities in Europe, and in studying the situation of the Bushinengue people in French Guiana (where time has stopped at the colonial era), I came to realise that the ultimate fight is not against racism, hatred, and social inequalities, but beyond. These are symptomatic by-products of many different forms of colonialism. The ultimate matter is people's ego.



William Barylo a écrit:
As an insider in the Muslim community, I've been saddened by minority discourses such as: "Jews have nothing to do in a demo for Palestine," or: "I will never listen to the insights of a non-Muslim on Islamophobia." If we extrapolate this logic, because he was a Muslim man, these discourses would have forbidden Prophet Muhammad from defending the right of Christians and Jews to practice their religion. These discourses would have forbidden him to speak against female infanticide. Islam teaches that every human has a right and a responsibility over the other. Justice and solidarity have no colour, no culture and no religion. Wherever a believer sees oppression, one should do everything in his capacity to stop it. Full stop.

Between Rejection and Self-Rejection

Why people sometimes reject their potentially best allies? The current context makes us walk on a thread between the extremes of "rejection of the other" and "self-rejection."

History shows that people far too damaged and wounded by discrimination, violence and sustained inequalities legitimately feel resentment and sometimes fall into a fundamentalist mindset: "if you're not against them, you're against us." Far right nationalists and some minority movements turn their respective cultures into weapons and as a means to divide. They don't want dialogue. Their success is only possible if their opponents are destroyed. They use the victimisation rhethoric to become oppressors.

Paradoxically, on the other end, there are people tired of fighting, vanquished by the system, and giving up their ethnic, cultural, or religious heritage to fit in with the status quo, and seeking to distance themselves from anything different. Many ultra-secularist French civil servants of North African origin who want to be more French than the French, negate their cultural heritage and reject people who appear to be Muslim. This is also the side of people guilty of colour blindness, which is a willful denial of differences and discrimination. They see oppressors as masters and as a result become slaves.

The problem is either the system wants Muslims to feel weak and victimized, or the system wants to illustrate them as angry individuals. In both cases, the system produces feelings of powerlessness, hopelessness, and fear. Therefore it wins.

I had a very hard time within my own family because of my religion. Should I reject my parents and seek vengeance? No, and I will never do so. Did I give up my religion? No: it grew even stronger. The solution does not lie in rejection or anger. Islam proscribes anger for a simple reason: If I want change, how can I change people if I reject or hurt them?

For an integral decolonisation

The anti-Bulgarian racism in Western Europe (Whites rejecting Whites) or the racism against Bangladeshi workers in Qatar (Muslims rejecting Muslims, following a religion where "An Arab is not superior to a non-Arab") show that the problem goes far beyond race, ethnicity or culture. It's a matter of ego, power, and selfishness which uses race, ethnicity, religion and culture as arguments to divide and rule. We have shifted from an era of geographical, social, physical occupation and colonisation (which is still going on) to an era of mental and psychological colonisation. Racism is only a symptom of a greater illness inducted by modern neo-liberalism, excessive individuality, quantification and rationalisation. These trends are already erasing traditions, spiritualities, emotions, just because it's not "productive." We are living in a time when, in spite of all the technology available, we've never been more disconnected from each other. That is the real danger.

We need independence from imperial, colonial and globalising trends. As Franz Fanon wrote: "I am not prisoner of my history." This liberation goes through three processes. The first is to acknowledge the diversity of humanity and differences between people with no judgement but a comprehensive understanding of cultures, histories, and spiritualities. The second is to identify contexts of oppression, its symptoms and its causes. The third is to address the causes of oppression in a sustainable and constructive way, together. The way Islam transcended class and race issues is through compassion, critical thinking and persistence of dialogue. Just read how the worse enemies of Islam became its best allies like Abu Sufyan, or how Bilal, black Abyssinian slave, forgave Abu Dhar.

We need to see beyond our wounds. Islam teaches that those who suffer are the best ones to show the way to others. Like Bilal, from victims, we can rise and become guides and teachers.
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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Dim 9 Aoû - 20:51

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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 11 Aoû - 15:31


en direct de la porcherie française


et si la crise du porc français était-elle pas la faute des musulmans, qui refusent de manger normalement français ? Si yen avait moins des musulmans chez nous, on serait plus à manger du porc, c'est forcé



Chalon-sur-Saône : le menu sans porc est-il laïque ? AFP  Le Point.fr  11/08/2015

La décision du maire de supprimer dès la rentrée le menu de substitution au porc était devant la justice mardi. Réponse en fin de semaine


Les cantines de la ville de Châlon-sur-Saône pourraient ne plus servir de menu de substitution au porc à la rentrée

Citation :
La Justice rendra en fin de semaine sa décision sur le référé réclamant la suspension de la décision du maire (Les Républicains) de Chalon-sur-Saône Gilles Platret de mettre fin au menu sans porc dans les cantines de la ville. Gilles Platret avait annoncé mi-mars la fin dès la prochaine rentrée du menu de substitution au porc dans les cantines de la ville, déclenchant une vive polémique, y compris dans son propre camp.

Un recours en référé-suspension a été introduit devant le tribunal administratif de Dijon par la Ligue de défense judiciaire des musulmans, présidée par le controversé avocat Karim Achoui, connu pour avoir défendu plusieurs figures du grand banditisme. Selon Me Achoui, "un enfant serait extrêmement traumatisé si une côte de porc lui était servie et qu'il était obligé de la manger alors qu'il lui est répété dès le plus jeune âge que c'est un interdit alimentaire". Son confrère Me Jean-Baptiste Jacquenet-Poillot a pour sa part plaidé que cette décision "violait la laïcité", dont la "conception française est une laïcité d'intégration et non d'assimilation". Il a également estimé que le maire était "incompétent pour prendre cette décision de son propre chef".

L'avocat de la mairie de Chalon, Me Philippe Petit, a rétorqué dans sa plaidoirie que "la laïcité était une abstention et non l'obligation positive de fournir à chacun ce qu'il attend pour l'exercice de son culte en exigeant des prestations différenciées". Me Petit a par ailleurs émis un "doute sur la recevabilité" du recours en raison du dépassement du délai de deux mois. La décision du tribunal administratif doit être rendue "avant la fin de la semaine".

"Les enfants en otage"

Un menu de substitution au porc est servi dans les cantines scolaires depuis 1984 à Chalon, deuxième ville de Bourgogne en termes de population avec ses 44 500 habitants. Selon le maire, "dans les faits, 40 % des enfants qui mangent à la cantine ne mangent pas du tout de viande car elle n'est pas halal. Ils ont donc plus de légumes et d'entrées pour qu'ils sortent de table sans avoir faim." Et de préciser que durant la dernière année scolaire, du porc avait été servi "19 fois" au total.

L'annonce mi-mars de la fin prochaine du menu de substitution avait déclenché une vive polémique, la décision du maire étant contestée au sein du gouvernement mais aussi dans son propre camp. La ministre de l'Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait alors dénoncé une décision qui prend "en otage les enfants".

Plusieurs ténors de droite comme Bruno Le Maire, Christian Estrosi mais aussi le chef de file des députés LR Christian Jacob avaient pris leurs distances avec cette idée, ce dernier affirmant que la ville de Provins dont il est l'édile continuerait à proposer "un menu alternatif". En revanche, le président du parti Les Républicains Nicolas Sarkozy avait soutenu Gille Platret. L'Observatoire de la laïcité avait relevé que, "si aucune obligation ne contraint la commune dans le cadre d'un service facultatif, (...) la laïcité ne saurait être invoquée pour refuser la diversité de menus".

"D'autres collectivités y pensent"

"Le débat a été très fort dans la sphère médiatique et cette question a passionné les Français, qui le plus souvent étaient favorables",
a dit le maire de Chalon, affirmant avoir reçu des "dizaines" de courriers et appels de soutien en mairie. "Il y a aujourd'hui une aspiration profonde de la société à remettre de la laïcité et au retour du principe républicain", a-t-il ajouté. "D'autres collectivités y pensent", a-t-il affirmé.

Avant Chalon, des décisions similaires avaient été prises à Sargé-lès-Le-Mans (Sarthe) en décembre 2014 et à Arveyres (Gironde) en mars 2013. En juin, la ville de Perpignan a également indiqué qu'elle proposerait désormais un menu végétarien aux enfants ne mangeant pas de porc.

Le 2 juillet, le maire (LR) de Toulouse Jean-Luc Moudenc a annoncé la mise en place d'une menu sans viande dans les cantines de ses écoles primaires. La mairie ne proposait pas de menu alternatif auparavant et le maire a indiqué qu'environ "un tiers" des enfants ne consommait pas la viande proposée. Le maire avait précisé que l'instance de concertation créée par la mairie, Toulouse Fraternité - Conseil de la Laïcité, s'était prononcée unanimement pour cette proposition.


en relation crise du porc actus







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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mar 18 Aoû - 0:34


des laïcs moins cons que les autres !?



L’instrumentalisation de l’Islam est une violation de la laïcité 17 août 2015 |  Par Libre Pensée


Il semble évident que l’échec du gouvernement à faire vivre « l’esprit du 11 janvier », c’est-à-dire l’instrumentalisation politique d’une indignation légitime au profit d’une politique d’union nationale  avec le MEDEF et l’Union européenne pour liquider les acquis sociaux et d’union sacrée avec les religions pour développer le communautarisme, conduit à une énième tentative d’instrumentaliser  l’Islam contre la laïcité de  l’Etat et contre la loi de 1905.


Libre Pensée a écrit:
Dans le grand orchestre communautariste, chacun joue de son instrument

D’un côté, on voit Manuel Valls, Premier ministre PS de son état, se dépenser sans compter pour contrôler l’Islam à son profit gouvernemental. Le  ministre s’est donc rendu  le 3 mars 2015 à Strasbourg, en terre concordataire, pour rencontrer les étudiants et les enseignants du diplôme « Droit, société et pluralité des religions » à destination des futurs imams.

Le message est clair : « il faut un Islam DE France, républicain et laïque ». C’est-à-dire une religion musulmane qui correspondrait aux voeux du Pouvoir politique. Une « religion laïque », c’est tenter de nous refaire le coup des « bonnes sœurs communistes », c’est le non-sens absolu. Vouloir la peindre en tricolore, c’est le syndrome des célèbres publicités d’antan pour les peintures Ripolin. L’Islam, comme toute conviction, a sa place EN France. Le vouloir DE France, c’est la nostalgie des colonisateurs qui voulaient une religion à leur mesure, bien de chez eux. C’est la nostalgie des « petits blancs » du Code de l’indigénat et de «l’Algérie Française »…


Dans le même esprit, le Préfet des Yvelines a créé le Conseil des institutions musulmanes des Yvelines (CIMY), le 16 juin en préfecture.  Il s’agit de constituer une « représentation » de l’Islam au goût du Gouvernement et qui dialoguera « utilement » avec les pouvoirs publics. C’est-à-dire une représentation religieuse aux ordres du Pouvoir politique.

Ce n’est pas à l’Etat, ni aux pouvoirs publics, de décréter ce qui relève du « bon »Islam ou du mauvais, du « bon » musulman ou du mauvais, de l’assimilisationnable ou du non-intégrable. Cela relève d’une démarche concordataire et bonapartiste d’ingérence dans le religieux. Ceci est totalement contraire aux principes de Séparation des Eglises et de l’Etat.

L’Etat chez lui, la religion chez elle !

Quand le maire Front National de Mantes-la-Ville dans les Yvelines préempte un local qui a déjà été vendu à une association musulmane pour construire une mosquée, on n’est plus dans la laïcité, on est et demeure dans la xénophobie. Cela n’a qu’un but : empêcher les musulmans d’acquérir à leur frais propres (600 000 euros) un lieu pour leur culte. Dans ce cas précis, c’est l’association cultuelle musulmane qui respecte la loi du 9 décembre 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat, c’est le Maire de Mantes-la-Ville qui la bafoue.

Les religions comme les associations, quelles qu’elles soient, doivent pouvoir s’organiser librement, selon leurs principes, comme le prévoient les lois de 1901 et de 1905. Les ingérences de tout  pouvoir politique dans les religions et les associations sont inacceptables et contraires à la démocratie.

Forcer les convictions de quelqu’un est contraire à la République et à la Démocratie

Autre épisode de quelqu’un qui joue du violon au grand bal du communautarisme : Le Maire de Chalon-sur –Saône qui entend supprimer les repas de substitution quand il y a du porc à la cantine. Ce sont clairement les musulmans qui sont, une nouvelle fois, visés par cette mesure.

Le Tribunal administratif de Dijon a rejeté la demande en référé d’une association musulmane UNIQUEMENT au motif qu’il n’y avait pas urgence à statuer. La mesure d’interdiction n’étant pas encore appliquée. Monsieur Platret, Maire LR-ex-UMP, a bien tort de se réjouir aussi bruyamment de sa prétendue « victoire ».

Dans ses motivations, "la juge concède que la restauration scolaire est un service facultatif, mais elle relève que les collectivités doivent veiller à ne pas priver certaines catégories de familles de la possibilité d'y accéder pour des considérations liées à leurs opinions religieuses ».

Dans ce cas précis aussi, c’est le Maire qui viole un principe fondamental en République : nul ne peut être contraint dans ses opinions. C’est le principe même du respect de la liberté de conscience (Article Premier de la loi de 1905) qui est ainsi bafoué. Forcer des enfants à manger (ou les obliger de s’abstenir de manger) ce qu’ils ne veulent pas est une violation de la laïcité, qui, elle,  permet à chacun de vivre selon ses convictions «  à condition qu’elle ne trouble pas l’ordre public ». Où est le « trouble à l’ordre public » quand un enfant ne veut pas manger de porc ? Notons que les repas avec poisson imposé le vendredi n’ont jamais choqué ces prétendus « laïques » !

De la même manière qu’il est scandaleux de forcer un végétarien à manger de la viande, il est inadmissible de forcer quelqu’un à manger un aliment qui lui contrevient, pour quelles que raisons que cela soit. Ajoutons que l’on ne cesse de nous parler de morale à l’Ecole. Où est la morale quand on s’en prend à des enfants ?

Défendre la laïcité, c’est exiger l’abrogation de la loi Debré !

Il est piquant de constater que tous les ci-devant dont la Libre Pensée a cité les noms dans ce communiqué, sont tous des chauds partisans du financement public des religions et de l’enseignement catholique, légalisé entre autres par la loi Debré du 31 décembre 1959.  Tous partisans aussi de la présence des crèches chrétiennes dans les bâtiments de la République.

Les authentiques partisans de la laïcité et de la défense de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, manifesteront à Paris le 5 décembre 2015 avec la Libre Pensée. Gageons qu’on n’y rencontrera pas les  faux « laïques », mais vrais calotins qui n’ont comme seule préoccupation « laïque » que de stigmatiser toujours plus les musulmans.


Avec la Libre Pensée :

Manifestons ensemble pour la défense de la loi de 1905 !

Paris, place de la République, à 15H, le 5 décembre 2015


Paris, le 17 août 2015




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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Mer 19 Aoû - 20:20


Brève histoire de l'Islam et de l'Europe

Le Bougnoulosophe
Les Indigènes du Royaume (de Belgique)



Le Bougnoulosophe a écrit:
L'histoire de l'islam en Europe commence en fait dès l'apparition de la religion musulmane au VIIe siècle, et se déploie en trois grandes vagues de pénétration territoriale. Ce monothéisme est l'un des trois grands courants religieux issus du foyer proche-oriental qui, depuis le début de notre ère, ont marqué l'Europe de leur empreinte. A l'époque romaine, les Juifs (et les Carthaginois) se dispersent dans tout l'empire, de l'Italie à la France, et au-delà. Le christianisme apparaît peu après, mais ne s'impose véritablement qu'avec la conversion de Constantin en 313, pour ensuite se propager à partir de son berceau romain. Né trois cents ans plus tard, l'islam amorce son expansion au Maghreb dès le VIIIe siècle sous l'impulsion des Arabes, puis poursuit sa percée au XIVe arrivant tour d'abord avec les Turcs ottomans dans les Balkans, puis en Europe septentrionale avec les Mongols récemment convertis. Chacune de ces phases d'expansion contribue à faire évoluer la pensée occidentale, qui prend alors la mesure des connaissances du raffinement de la civilisation musulmane, et surtout de sa puissance militaire. Celle-ci était d'ailleurs perçue par les populations les plus éloignés des lignes de front comme une menace, qui est restée ancrée dans l'usage linguistique: tout comme le nom des Ostrogoths et des Vandales est passé dans le vocabulaire courant pour désigner des brutes épaisses, les conquérants turco-mongols ont laissé leur marque sur la plupart langues européennes. En français, un « Turc» est un personnage dur et fort, tandis qu'en anglais «un petit Tartare » ou « un petit Turc » est un enfant brise-fer. Dans les fêtes villageoises, les envahisseurs d'antan sont encore souvent représentés sous les traits caricaturaux des Maures et des Nègres dans les défilés de chars fleuris. Primo Levi rappelle que, dans le jargon des camps de concentration nazis, les prisonniers qui « renonçaient» étaient appelés des « musulmans ».

L'Occident a souvent passé sous silence ces influences aussi anciennes que massives de l'Islam sur sa culture. Ce sont au premier chef les historiens qui ont forgé cette image tronquée de l'Europe, décrite comme une région farouchement attachée au maintien de ses frontières et comme une culture se réclamant d'une part de la Grèce et de la Rome antiques, et d'autre part du christianisme. L'enseignement de l'histoire et de la géographie dans les écoles européennes est au demeurant tout à fait révélateur, en ceci qu'il privilégie l'Europe, perçue comme entité géographico-culturelle - lorsqu'il ne se limite pas à ses variantes purement anglaise, française ou allemande. Par cette vision exclusive de son histoire et de sa géographie, la «vieille Europe» n' est pas très différente des jeunes nations d'Afrique, par exemple, qui en accédant à l'indépendance ont vu leurs frontières tracées en dépit du bon sens et se sont mises à écrire leur propre histoire et leur propre géographie pour se définir et trouver une légitimité.

Depuis l' Antiquité, l'Europe tend vers l'autarcie et, forte de son éthique catholique ou protestante, de son esprit d'entreprise, de son capitalisme, elle s'est attachée à se démarquer de l'Asie, perçue comme une terre de despotismes, incapable de connaître un développement capitaliste, voire, selon certains, d'être aussi créative que les Européens, bref fondamentalement rétrograde. L'assimilation systématique de l'Europe au christianisme et à la modernité a fait oublier - ou même réfuter - tout ce que l'Islam a pu apporter à la civilisation européenne. Des historiens espagnols ont ainsi pu affirmer sans sourciller que le monde musulman n'avait eu qu'une influence superficielle sur le monde ibérique, et n'avait jamais affecté le «tempérament propre» des Ibères  

L'Orient a en revanche maintenu une vision beaucoup plus floue des frontières entre les continents. Le mot Uruba (Europe) n'est apparu que dans la seconde moitié du XIXe siècle. Auparavant, les Levantins englobaient tous les Européens sous le nom générique de «Francs» (Ifranj), mais à l'époque ottomane ce terme ne s'appliquait plus aux Européens, ce qui prouve qu'il s'agissait davantage d'un concept politique que géographique. La notion d'Occident (Gharb), plus vaste, pouvait recouvrir la Russie, voire les États-Unis.

Il est vrai qu'en soi l'Europe n'est pas à proprement parler une entité géographique: elle n'est séparée de l'Asie que par un petit bras de mer, le détroit du Bosphore; au nord, elle se prolonge vers les vastes étendues terrestres des steppes russes. Cette frontière ténue est, à mon sens, aussi géographique que culturelle et sociale. En réalité, l'Europe n'a jamais été totalement isolée, ni purement chrétienne.

Plus qu'une terre chrétienne, le continent européen est en fait à la croisée des voies de pénétration des trois grandes religions écrites venues du Proche-Orient et issues d'une mythologie ou d'un texte sacré communs: le judaïsme, le christianisme et l'islam, dans l'ordre chronologique. Ces religions ont pris le pas sur un ensemble de croyances et de pratiques morales que nous qualifions de façon aussi expéditive que péjorative de «païennes », mais qui ont pourtant persisté jusqu'au XVe siècle en Lituanie dans les structures de l'État ou des élites et, au niveau populaire. dans une grande partie de l'Europe pendant bien plus longtemps - jusqu'à la fin du Moyen Âge, à en croire certains spécialistes.

En Europe, l'islam n'a pas davantage évincé le christianisme que celui-ci avait éradiqué les pratiques païennes ou éliminé le judaïsme. Toutes ces religions peuvent objectivement se prévaloir d'une présence légitime et, en ce sens, aucune ne saurait être considérée comme un «Autre»; toutes font partie intégrante de l'Europe, de notre patrimoine.

Depuis le VIIIe siècle, l'Europe chrétienne a pourtant toujours vu dans l'islam son concurrent le plus redoutable. Il est vrai que la communauté juive, son autre rivale potentielle, est alors plus proche physiquement, puisqu'elle est en même temps dispersée et intégrée à la société. Qu'ils soient marchands ou réfugiés, les Juifs font certes peser une menace morale, voire commerciale, mars jamais politique, ni militaire. L'Islam, lui, inquiète autant par son altérité que par sa puissance, qui n'a rien à envier à celle de l'Occident. Militairement, d'abord, puisque les musulmans ont conquis l'Espagne, puis franchi les Pyrénées. Culturellement, ensuite, comme en témoignent les magnifiques édifices qu'ils construisent sur le sol européen, dont l'Alhambra de Grenade et l'incomparable mosquée de Cordoue. Ils raniment en outre de nombreux éléments de la culture classique que l'Occident avait négligés, à commencer par la traduction des œuvres d'Aristote. Et ils sont bien plus avancés en matière de sciences et d'hygiène. Sous le christianisme, les systèmes d'adduction d'eau des Romains sont tombés en désuétude, tout comme les bains romains, jugés impies tant ils rappelaient les bains rituels du judaïsme et les ablutions des musulmans.

Depuis les temps les plus reculés, la plupart des flux migratoires terrestres se sont largement - mais pas exclusivement - effectués d'est en ouest. Ainsi, des déplacements des populations indo-européennes, celtes, et des peuples de langue ouraloaltaïque (tels les Finnois et les Hongrois) et, bien entendu, des Huns. Dans un premier temps, les influences culturelles ont généralement suivi le même mouvement, se propageant du Proche-Orient vers l'Europe. La tendance devait par la suite s'inverser à la faveur des conquêtes (avec l'expansion de la Russie de la mer Noire au Pacifique, puis la propagation de la culture européenne - ou de la « modernisation» -, de l'impérialisme et du colonialisme), et en l'absence de déplacements physiques les frontières ont été suffisamment poreuses pour que la culture soit partagée. Mais à l'origine, les influences sont essentiellement venues d'Orient.

 Rien ne l'atteste mieux que la sphère religieuse: c'est à partir de leur foyer proche-oriental que les trois grands monothéismes que sont le judaïsme, le christianisme et l'islam se sont propagés vers l'ouest (et aussi vers l'est), en suivant les deux rives de la Méditerranée. En ce sens, l'islam n'est pas plus exogène à l'Europe que le judaïsme et le christianisme : il y est implanté depuis longtemps et y a exercé une influence non seulement politique mais aussi culturelle. C'est d'ailleurs en partie pour se défendre de ses composantes juives (et avant cela phéniciennes) et musulmanes, que l'Europe s'est définie comme un continent chrétien.

Pour comprendre le rôle de l'islam en Europe, il faut l'envisager au regard des invasions transcontinentales qui ont marqué l'histoire de l'Orient et l'Occident et contribué à définir l'Occident: celles des Huns, présents dans les deux régions, des Mongols, qui ont attaqué en même temps la Chine et l'Occident, et repoussé les Turcs, comme le rappelle Mao Tse-toung dans l'un de ses poèmes de la Longue Marche:

Notre forêt de fusils s'élance
Tel l'antique général Fei Jiang
Surgi des cieux pour chasser les tribus turques de Mongolie.

L'Orient, d'où sont issues les trois grandes religions mondiales, a toujours présenté un intérêt politique pour les Européens. Les Grecs et les Romains y avaient déjà établi d'importants empires, tout comme les Egyptiens et les Perses. Mais avec la montée en puissance du christianisme, l'Orient, la Palestine plus précisément, est devenu le berceau de la religion et une destination de pèlerinage, au même titre que Jérusalem et La Mecque pour les juifs et les musulmans. Outre les fidèles qui entreprenaient le long et périlleux voyage, la Terre sainte a également attiré très tôt des investisseurs. Après l'avènement de l'islam au VIIe siècle, l'accès à la Palestine est devenu plus difficile. Par la suite, la volonté de « libérer» les lieux saints - que les musulmans pensaient avoir déjà « libérés» - fut l'un des principaux moteurs des Croisades, par lesquelles la papauté et le pouvoir ecclésiastique exhortaient les fidèles à s'acquitter de leur devoir en terre étrangère.

Je voudrais ici considérer tout d'abord l'impact historique des différents degrés de présence de l'islam en Europe. Il a toujours constitué un point de référence qui a permis de structurer l'identité chrétienne au sein même de l'Orient. C'est ce qui ressort clairement de l'épisode des Croisades, qui n'étaient rien moins que des invasions des armées européennes en territoire musulman. Je m'efforcerai ensuite de rappeler les grandes contributions sociales, intellectuelles et artistiques de l'Islam à l'Europe chrétienne, en expliquant en quoi elles ont poussé l'Europe à affirmer sa chrétienté, et en insistant sur les points de divergence entre les deux cultures. Enfin, j'aborderai brièvement la place de l'islam dans l'Europe contemporaine, à travers notamment les immigrés d'Afrique du Nord, du Proche-Orient et du sous-continent indien.

Il se pourrait que la fâcheuse habitude d'évacuer le rôle de l'islam en Europe et la volonté de définir la chrétienté par opposition au-Proche-Orient (l' « Orient») constituent un aspect de l'orientalisme. Dans son ouvrage consacré à ce thème, Edward Saïd se démarque de la «tradition universitaire» lorsqu'il définit l'orientalisme comme « un mode de pensée fondé sur une distinction ontologique et épistémologique entre l"'Orient" et (la plupart du temps) l'''Occident''  ». Les Grecs avaient déjà formulé cette conception, en opposant l'Europe à l'Asie, géographiquement bien entendu, mais culturellement aussi, en associant la première à la démocratie et la seconde à l'autocratie. A l'époque moderne, l'Orient (par lequel Saïd désigne en fait le Proche-Orient arabe) s'est vu d'autant plus concrètement distingué de l'Occident, que celui-ci lui a imposé sa domination economique, politique et militaire - inversant ainsi l'ancien équilibre des pouvoirs culturels et politiques.

« L'Orient, poursuit Saïd, n'est pas simplement contigu à l'Europe; c'est également le lieu des colonies les plus grandes, les plus riches et les plus anciennes de l'Europe, la source de ses civilisations et de ses langues, son concurrent culturel, et l'une de ses images les plus profondes et les plus récurrentes de l'Autre . » Qui plus est, souligne-t-il, l'Orient a contribué à définir l'Europe (ou l'Occident). En se scindant selon un axe latéral, la masse terrestre eurasienne a dissocié l'Est de l'Ouest. Mais l'islam n'était pas simplement un attribut de l'Orient géographique : il est arrivé en Europe dès les premiers temps de son existence, et a profondément marqué ce continent à bien des égards. En ce sens, l'Autre était parmi nous, dépassant les frontières au gré de la colonisation européenne, comme le souligne Saïd, mais aussi de la pénétration (ou de la «colonisation ») musulmane en Europe. Loin d'être cantonné à Damas ou Bagdad, l'Islam se manifestait aussi, selon les époques, à Barcelone, à Palerme, à Tirana, à Athènes, à Budapest ou, pour ne citer que quelques exemples plus proches de nous, en Tchétchénie et au Kosovo.

La présence de l'Islam en Europe commence pratiquement dès 622, première année de l'Hégire (« l'émigration », la« rupture des liens de parenté ») : à cette date, les fidèles de l'islam [« la soumission [à la volonté divine] »), c'est-à-dire les musulmans [« ceux qui se sont soumis »), quittent La Mecque avec Mahomet, fuyant les persécutions pour aller s'établir à Médine, où des tribus juives contrôlent l'important trafic caravanier. Là, le Prophète forme une alliance de clans, qu'il envoie attaquer les riches caravanes reliant le Yémen, La Mecque et la Syrie (Damas et Gaza), transportant les marchandises venues d'Inde et d'Éthiopie vers la Méditerranée. La Mecque et Médine sont alors de grands centres commerciaux, où opèrent des marchands juifs et chrétiens. Le cousin de Khadija, riche femme d'affaires qui avait embauché Mahomet et deviendra sa première épouse, était lui-même chrétien. Le Prophète est donc en contact avec les « gens de l'Écriture », dont les réalisations sont reconnues. Mais à mesure que l'islam impose sa loi, il soumet les non-musulmans à un impôt par capitation, le jyzyia, auquel de plus en plus d'« infidèles» se soustraient en choisissant de se convertir à l'islam. Affirmant leur puissance militaire, les musulmans concluent une série d'alliances et unifient l'Arabie. À la veille de sa mort, en 632, Mahomet est l'homme fort du pays. Encouragée par la défaite des Perses Sassanides face à l'Empire byzantin (627-628), la communauté musulmane qui, en 630, a déjà attaqué la Syrie, se lance dans des guerres de conquête.

L'expansion musulmane hors d'Arabie est spectaculaire. Quarante-six ans après le départ de Mahomet de La Mecque, ses adeptes lancent leur premier grand assaut contre Constantinople, capitale des chrétiens d'Orient. Au terme de sept années de siège, les assaillants ont perdu quelque 30 000 hommes et battent en retraite, vaincus par le redoutable feu grégeois de l'adversaire. En 716, ils tentent à nouveau de prendre la ville par le flanc européen, mais sont repoussés par les brûlots grecs (ironie du sort, l'usage de ces vaisseaux incendiaires aurait été inventé au VIIe siècle par un ingénieur syrien). En fait, Constantinople ne tombera que sept siècles plus tard, face aux Turcs.

En réaction à cette poussée de l'islam qui, par le Maghreb, pénètre en Espagne, la Chrétienté organise les Croisades vers l'Orient  pour tenter de reprendre la Terre sainte que les musulmans ont ravie aux Byzantins. Une deuxième grande vague est menée par les Turcs qui attaquent l'Empire byzantin par le nord, pénètrent dans les Balkans, et finissent par s'emparer de Constantinople en 1453. Parallèlement, depuis 1237, les Tatares mongols venus d'Asie septentrionale déferlent sur la Russie et l'Europe centrale, prennent en étau la Pologne et la Hongrie en 1241, mais, deux ans plus tard à peine, la mort du Grand Khan les incite à se retirer pour regagner la Mongolie.

[Jack Goody, L’Islam en Europe. Histoire, échanges, conflits]

Publié par Le Bougnoulosophe  le 17/07/2015




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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 24 Aoû - 9:08


Vladimir Poutine sur les musulmans

Le discours le plus court jamais écrit de Vladimir Poutine



Le 4 Août 2013, Vladimir Poutine, le président de la Russie, s’adressa à la Douma (l’Assemblée Fédérale Russe), et a prononcé un discours sur les tensions avec les minorités en Russie:

Poutine a écrit:
En Russie, vivez comme les Russes. N’importe quelle minorité, de n’importe où, si elle veut vivre en Russie, pour travailler et manger en Russie, elle doit déjà parler le Russe, et doit respecter les lois Russes. Si elles préfèrent la loi de la Charia et vivre comme le font les musulmans alors nous leur conseillons de ne pas se rendre à ces lieux où la loi étatique est en vigueur.

La Russie n’a pas besoin de minorités musulmanes. Les minorités ont besoin de la Russie. Et nous ne leur accorderons aucunes faveurs spéciales, ou ne changerons nos lois pour qu’elles reflètent leurs désirs, peu importe le volume de leurs cris contre la ‘discrimination’. Nous ne tolèrerons aucun manque de respect envers la culture Russe. Nous ferions mieux d’apprendre des suicides de l’Amérique, l’Angleterre, la Hollande et la France, si nous devons survivre en tant que Nation. Les musulmans prennent le contrôle de ces pays et ils n’obtiendront pas la Russie. Les coutumes et traditions russes ne sont pas compatibles avec le manque de culture ou les manières de vivre primitives de la loi de la Charia et des musulmans.

Quand cet honorable corps législatif suggère de créer de nouvelles lois, il faut avoir avant tout l’intérêt national russe à l’esprit, que les minorités musulmanes ne sont pas Russes.

http://www.nouvelordremondial.cc/2014/10/02/vladimir-poutine-sur-les-musulmans/




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MessageSujet: Re: ISLAM, un ennemi idéal : « EUX » et « NOUS »... l'«ISLAMOPHOBIE» en questions   Lun 24 Aoû - 20:29


et pourtant, Dieu n'existe pas

à propos de ET «DIEU» CRÉA L’«ISLAMOPHOBIE»Claude Guillon (pas raciste, puisqu'il fait l'amour même avec des Arabes, dit-il, ce petit colon franchouillanar autochâtré professeur en suicide... pour les autres)

à quoi bon polémiquer sans fin sur l'usage et la pertinence du "concept" d'"islamophobie", si c'est pour ne le voir que depuis son point de vue étroit, toujours le même, sans la moindre distanciation, ni effort de comprendre en quoi il peut recouvrir quelque chose de juste, pour qui en est "victime", musulman ou pas, et même comporter une vertu politique pour résister à l'idéologie française ?

inutile d'essayer d'en convaincre l'enfant de chirurgiens dentistes, élevé dans la dentelle blanche de la petite bourgeoisie parisienne, devenu l'écrivain anarchiste par excellence qu'il se donne à être et paraître, maitronisé* de son vivant, pour dire ce que veau l'anarchisme franchouillard et bobo d'aujourd'hui

* « Le Maitron est le nom d'usage d'un ensemble de dictionnaires biographiques du mouvement ouvrier dirigé (jusqu'à sa mort en 1987) par l'historien Jean Maitron puis par son successeur Claude Pennetier.» Y entrer de son vivant est équivalent, pour un "écrivain anarchiste", à recevoir de l'État français la Légion d'Honneur; il y a ceux qui acceptent et ceux qui refusent : ni maître ni Maitron !

d'où il ressort le classique intemporel du dogme anar, dont on n'a pas grand chose à faire de concret, sauf se regarder le nombril et se glorifier d'être un des der de der à vivoter petitement d'un intellect en voie de disparition dans les coucouches moyennes de sa France intérieure, comme on dit au ministère

relayé naturellement par le chien-chien d'ultra-gauche à ses maîtres sionistes et néo-cons' Yves Coleman Claude Guillon : Et « Dieu » créa « l’islamophobie » , Mondialisme.org

soit, depuis sa posture "communiste libertaire" revendiquée, on fait une critique radicale conséquente et sérieuse du capital et de l'Etat (de l'Etat français concret et de son racisme structurel visant aujourd'hui les non-blanc.he.s en général, pas les Juifs), soit comme Claude Guillon et autre Yves Coleman, on ne fait ni l'un ni l'autre. A partir de là, leur discours sur l'"islamophobie" est aussi creux que leur compréhension générale du monde actuel, tel qu'il apparaît socialement avec les yeux du monde...

Claude Guillon, tel un Galilée des temps post-modernes et des beaux quartiers, nous dit en substance : et pourtant Dieu n'existe pas... Merci, on le savait déjà. Mais en attendant, ce ne sont pas les Guillon qui sont victimes de racisme au faciès ou de chasse au voile au prétexte du "terrorisme Islamqie"

autrement dit, Guillon et Coleman ne sont que des mouches du coche de l'idéologie dominante du capitalisme occidental en général, et de son expression française en particulier, tout ça refourgué au nom d'un "communisme libertaire" introuvable mais ressassé comme une mantra définitive auto-nettoyante

.


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