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dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
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 POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ

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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Jeu 18 Aoû - 9:48


rappel


Citation :

« Qui donc est ce temps, pour que je le serve, de surcroît ?

Qu'est-ce donc que le temps en général, pour qu'on le serve ?

Mon temps passera demain, comme hier celui d'un autre, comme après-demain - le tien, comme tout temps passe toujours, jusqu'à ce que le temps lui-même disparaisse.

Le poète sert le temps - c'est vrai - c'est un service par contrainte, c'est-à-dire une fatalité - je ne peux pas ne pas.[...]

Le mariage du poète avec le temps est un mariage forcé. Un mariage dont, comme de toute contrainte subie, il a honte, et d'où il cherche à s'échapper...

Le mariage du poète avec le temps est un mariage forcé et, en conséquence, peu solide...

Servir le temps, c'est servir le changement - la trahison - la mort. On ne peut le rattraper - ni le servir assez bien. Le présent ? mais existe-t-il ? C'est servir une fraction périodique. Je pensais que je servais le présent, et il est déjà passé et déjà avenir...

Servir son temps est une commande acceptée par désespoir...

Il ne reste plus rien à l'athée que la terre et son organisation. »

Marina Tsvetaeva, Le Poète et le temps, 1932, traduit du russe par Véronique Lossky, Le temps qu'il fait, 1989, p.47 à 50





Marina Ivanovna Tsvetaïeva

Le thème de la Révolution

est une commande du temps.

Le thème de la glorification de la Révolution

est une commande du Parti.


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Ven 19 Aoû - 18:03


complété...

je ne sais pas où loger ces divagations, n'ayant pas créé de sujet portant explicitement sur les processus de la création artistique, littéraire ou autre. Ici plutôt qu'ailleurs car on l'aura compris, il n'y a pas loin pour moi de la poétique à la création, ou à la créativité, qu'elle soit artistique ou autre (la science peut être concernée et au-delà toute activité de recherche, ce que savent fort bien les chercheurs)


rêves et créativité

je n'ai pas sur la question de grandes connaissances, et davantage d'expérience personnelle, bien qu'ayant jusque-là fort peu utilisé mes rêves pour créer

sur la psychanalyse des rêves

je ne suis pas freudien au-delà de considérer que le rêve est indiscutablement une création individuelle, serait-elle inconsciente ou à la limite de l'être dans «le rêve éveillé» cher aux surréalistes, avec quoi la plupart ont énormément triché. Et donc les rêves prouvent, a minima, l'existence de l'inconscient comme création personnelle, ce qui ne suffit pas à les interpréter, et si Freud l'a fait avec plus de fantaisie que de rigueur, je partage par expérience personnelle son idée que le rêve est la « voie royale » pour accéder à l’inconscient, et la pratique artistique l'exige qui le permet sans besoin d'un psychanalyste (cela fut pour moi une respiration vitale, mais à peine plus que pour Michel Leiris un «cachet d'aspirine», écrit-il dans L'âge d'homme en 1939)

l'expérience créatrice par les rêves

comme nombre de témoignages d'écrivains, peintres, scientifiques, j'ai vécu et vis de plus en plus l'expérience de rêves où mon cerveau fonctionne comme automatiquement, produisant jusqu'à des "écrits" entiers, extrêmement élaborés et précis, que ce soit des considérations théoriques ou des poèmes achevés. Le seul problème est alors la mémoire, et pour ma part, si je ne note pas immédiatement cette production, elle m'échappe bientôt, pour autant même que je m'en souvienne au delà des grandes lignes. Je suis fasciné par cette mémoire immédiate dans cette conjoncture dont m'échappent les conditions d'avènement, merveilleuse surprise, alors même que je suis incapable de réciter par cœur un seul de mes poèmes en entier

il ne s'agit donc pas à proprement parler de rêves, puisque cette activité cérébrale est à la frontière d'une production consciente mais non maîtrisée par un travail raisonné de pensée

“L'homme a du génie lorsqu'il rêve.”
Akira Kurosawa

j'en suppute que nombre d'œuvres artistiques, philosophiques ou scientifiques, ont été créées par leurs auteurs, dans leurs plus fulgurantes trouvailles, en utilisant ce processus de création où l'inconscient nourrit consciemment le conscient. Pour peu qu'on soit doué de cette mémoire qui me fait défaut, ou que l'on s'organise pour en garder la trace, cette méthode serait à l'origine de nombre d'œuvres littéraires, musicales, picturales, et même scientifiques. Les témoignages en abondent depuis l'antiquité

il faut alors se poser la question du "génie artistique" puisque ce processus échappe largement à son producteur dans le moment où il est productif. La seule chose que je puisse affirmer du moins me concernant, c'est que sans un travail préalable, une longue concentration et une pratique consciente de tel ou tel art mis sur le métier, ce processus ne se déclenche pas, ce qui semble logique, puisque le cerveau n'est pas nourri du matériau que suppose son passage de l'inconscient à la conscience. Autrement dit, cette forme de "rêve" n'est que la continuation de ce que l'on a fait dans et de sa vie

faire de ses rêves réalité

il y a quelques jours, j'ai rêvé que je jouais du saxophone ténor, mais que j'avais un problème d'anche insurmontable, ne pouvant produire aucun son, jusqu'à ce qu'Ornette Coleman en personne, au demeurant plus connu comme saxophoniste alto*, vienne me sortir de cet embarras. Le sentiment fut si fort que ce rêve traduisait, classique freudien, un «désir refoulé» que je connais d'ailleurs bien concernant cet instrument, que j'ai passé quelques heures au réveil à chercher où me procurer d'urgence un saxophone ténor d'occasion ou en location, et je n'y ai pas depuis renoncé. Quant à m'y lancer à mon âge, cela ne m'effraie pas, disposant des connaissances musicales si ce n'est de la technique, malgré quelques années de clarinette, avant de me consacrer à la guitare puis à la (contre)basse et un peu aux percussions. Il n'est pas très difficile pour un musicien d'être multi-instrumentiste, et s'il dispose des connaissances musicales ce n'est qu'affaire de travail technique, donc d'efforts et de temps. Cela ne suffit pas pour devenir un "génie", mais sans problème un musicien correct, et comme disait Brel


* Ornette Coleman joue néanmoins du saxophone ténor dans un disque qui le dit


1962

Tenor Saxophone – Ornette Coleman
Trumpet [Pocket] – Don Cherry
Bass – Jimmy Garrison
Drums – Ed Blackwell



"Il faut rêver, mais à condition de croire sérieusement en notre rêve,
d'examiner attentivement la vie réelle, de confronter nos observations avec notre rêve,
de réaliser scrupuleusement notre fantaisie"


Lénine


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Sam 20 Aoû - 16:11


cinq à sept

loin

de la coupe aux lèvres
de lièvre à lapine
du rêve à la fièvre

de grève à la mine
de plomb à la trêve
des conflits au crime

de rime à la fin


FoSoBo 20 août 2016 16:09


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 23 Aoû - 20:06


Yves Bonnefoy disait que philosophie et poésie ne s'opposent pas. Édouard Glissant aura porté les deux ensemble à l'incandescence. Mélangez les deux, mais ne vous brûlez pas !


Héraclite et Hegel dans le Tout-Monde

ÉDOUARD GLISSANT, PHILOSOPHE - par Alexandre Leupin

Loïc Céry blog Médiapart ÉDOUARD GLISSANT, UNE PENSÉE ARCHIPÉLIQUE 23 août 2016

À propos de la parution de l'ouvrage capital d'Alexandre Leupin, trois documents à consulter sur Édouard Glissant.fr et sur le site de l'ITM. [Quelle plaie, les sigles ! ITM = Institut du Tout-Monde dont Loïc Céry est le responsable]


Citation :
C'est un ouvrage exceptionnel par l'ampleur de ses analyses, c'est un tournant décisif pour l'éclairage de la pensée d'Édouard Glissant. Trois documents à consulter autour de cette parution capitale :

- le compte rendu critique proposé par Édouard Glissant : Loïc Céry, "L'acmé et le kairos : Édouard Glissant, philosophe, par Alexandre Leupin" http://www.edouardglissant.fr/crleupin2016.pdf

- document inédit : l'entretien de Glissant avec Laure Adler en 2009 autour de la parution de Philosophie de la Relation (site de l'ITM) http://tout-monde.com/tropismes2009.html

- la conférence donnée par Alexande Leupin en 2014 3 à Paris I pour l'ITM (site de l'ITM) http://tout-monde.com/leupin2014.html






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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Ven 26 Aoû - 11:05


jusqu'ici dans ce sujet peu de poètes femmes convoquées, hormis Marina Ivanovna Tsvetaieva, sur les rapports entre poésie, révolution, et parti

Audre Lorde(Harlem, 1934 - Sainte-Croix, Îles Vierges, 1992) est de ces intellectuelles, communistes, féministes, et noires, qui fut de surcroît poète(sse ?). Elle est aujourd'hui une référence incontournable pour qui cherche les origines d'une pensée-action croisant les luttes de classe féministes et décoloniales. Houria Bouteldja s'y réfère (Féministes ou pas ? Penser la possibilité d’un « féminisme décolonial » avec James Baldwin et Audre Lorde, 2014), aussi bien que les Afro-féministes

bien qu'il ne parle pas de la poésie d'Audre Lorde, j'ai retenu ce texte qui donne une grande place à ses propos



ça voir plus

Sister Outsider d’Audre Lorde : la poésie et la colère [1]

par Céline Perrin Nouvelles Questions Féministes 3/2004 (Vol. 23), p. 126-129 via Cairn Info
[/color]

Céline Perrin a écrit:
1
Difficile de rendre compte sans une certaine frustration de ce Sister Outsider, recueil dense et intense des essais et propos d’Audre Lorde entre 1976 et 1983, traduits pour la première fois en français. Frustration de ne pas pouvoir rendre compte de tout, et notamment d’une prose poétique à la musique particulière, à la profondeur bouleversante et, parfois aussi, bousculante dans le miroir qu’elle tend. C’est pourquoi, plutôt que de parler de ou sur ces textes, j’ai souhaité au travers d’extraits donner à entendre, autant que possible, d’abord ses mots à elle.

2
Lesbienne féministe afro-américaine, écrivaine pour qui la poésie a longtemps été la seule manière possible de communiquer et de penser :

3

Audre Lorde a écrit:
Lorsque quelqu’un me demandait : ‹ Comment te sens-tu ? › ou ‹ À quoi penses-tu ? ›, ou posait de but en blanc une autre question, je récitais un poème, et l’émotion, la réponse vitale, se trouvait quelque part dans ce poème. (…) Mon besoin de dire les choses que je ne pouvais pas dire autrement quand je ne trouvais pas d’autres poèmes à utiliser, c’est ce qui m’a motivée à écrire.

(Un entretien : Audre Lorde et Adrienne Rich, 88)

4
Lorde aborde dans ces écrits différentes dimensions structurantes de la vie des femmes – Noires et blanches, lesbiennes et hétérosexuelles – dans une amérique dominée par le sexisme, le racisme et l’homophobie.

5

Audre Lorde a écrit:
Racisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’une race sur toutes les autres et ainsi en son droit à dominer. Sexisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’un sexe et ainsi en son droit à dominer. Hétérosexisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’une forme d’amour et ainsi en son droit à dominer.  

Égratigner la surface : quelques remarques sur les femmes et les obstacles à l’amour », 45)

6
Ce qui frappe peut-être le plus, une fois le recueil refermé, c’est la volonté de Lorde de rester fidèle, en chaque situation, à une identité aux facettes multiples, aux facettes contradictoires aussi, en raison des divers rapports de domination qui ont contribué à façonner cette identité, sans jamais taire l’une ou l’autre de ces facettes en dépit de l’hostilité qu’elles peuvent susciter. Dans « Transformer le silence en paroles et en actes », elle évoque cette nécessité absolue, dont elle a pris conscience avec violence alors qu’elle se croyait atteinte d’un cancer :

7

Audre Lorde a écrit:
Ainsi confrontée de force à l’éventualité de ma mort, à ce que je désirais et voulais de ma vie, aussi courte soit-elle, priorités et omissions me sont apparues violemment, sous une lumière implacable, et ce que j’ai le plus regretté ce sont mes silences. De quoi avais-je donc eu si peur ? (…) J’allais mourir, tôt ou tard, que j’aie pris la parole ou non. Mes silences ne m’avaient pas protégée. Votre silence ne vous protégera pas non plus. Mais à chaque vraie parole exprimée, à chacune de mes tentatives pour dire ces vérités que je ne cesse de poursuivre, je suis entrée en contact avec d’autres femmes, et, ensemble, nous avons recherché des paroles s’accordant au monde auquel nous croyons toutes, construisant un pont entre nos différences.

8
Audre Lorde a écrit:
La raison du silence, ce sont nos propres peurs, peurs derrière lesquelles chacune d’entre nous se cache – peur du mépris, de la censure, d’un jugement quelconque, ou encore peur d’être repérée, peur du défi, de l’anéantissement. Mais par-dessus tout, je crois, nous craignons la visibilité, cette visibilité sans laquelle nous ne pouvons pas vivre pleinement. (…) Or, cette visibilité, qui nous rend tellement vulnérables, est la source de notre plus grande force. Car le système essaiera de vous réduire en poussière de toute façon, que vous parliez ou non. Nous pouvons nous asseoir dans notre coin, muettes comme des tombes, pendant qu’on nous massacre, nous et nos sœurs, pendant qu’on défigure et qu’on détruit nos enfants, qu’on empoisonne notre terre ; nous pouvons nous terrer dans nos abris, muettes comme des carpes, mais nous n’en aurons pas moins peur.

9
C’est ainsi que Lorde n’a cessé de s’exposer, à travers ses prises de paroles et ses écrits, aux multiples systèmes d’oppressions et à ce qu’ils produisent de commun. Lesbienne quelque temps mariée à un homme blanc avec qui elle a eu deux enfants, femme Noire vivant en couple avec une femme blanche, elle confronte le sexisme et l’homophobie de la communauté à laquelle elle appartient (« Sexisme : le visage noir d’une maladie américaine » ; « Les enseignements des années 60 »), tout comme le racisme latent de ses sœurs de lutte, les féministes blanches (« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme »), ou encore dévoile les rapports des femmes Noires entre elles, souvent distordus par ce même racisme intériorisé (« Les yeux dans les yeux : Femmes Noires, haine et colère »).

10
À travers nombre de ces textes, elle en appelle à la reconnaissance des différences entre femmes, malgré la remise en question que cela suppose. Pas la simple tolérance : la reconnaissance, qui implique finalement pour chacune d’entre nous la capacité de se reconnaître aussi comme la dominante d’une autre, et de dépasser la peur de la colère des dominées comme la culpabilité stérile et évitante de qui se découvre dominant·e.

11

Audre Lorde a écrit:
Ma colère est une réponse aux attitudes racistes, aux actes et aux présomptions engendrés par de telles attitudes. Si vos relations avec d’autres femmes reflètent ces attitudes, alors ma colère et les peurs qu’elle fait naître en vous sont des projecteurs qui peuvent être utilisés pour grandir, de la même manière que j’ai appris à exprimer ma colère, pour ma propre croissance.

« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme », 137-138

12
Une exigence qu’elle attend des féministes blanches, mais qu’elle adopte également pour elle-même :

13

Audre Lorde a écrit:
Quand je parle de femmes de Couleur, je ne veux pas uniquement dire femmes Noires. La femme de Couleur qui n’est pas Noire et qui m’accuse de la rendre invisible parce que je présuppose que ses combats contre le racisme sont identiques aux miens, cette femme a quelque chose à me dire, et je ferai bien de l’écouter pour éviter que nous nous épuisions en nous affrontant sur nos vérités respectives. Si je participe, consciemment ou non, à l’oppression de ma sœur et qu’elle m’interpelle là-dessus, répondre à sa colère par la mienne ne fait qu’étouffer la substance de notre échange. C’est du gaspillage d’énergie. Eh oui, il est très difficile de rester tranquille en écoutant la voix d’une autre femme dire précisément une angoisse que je ne partage pas, ou à laquelle j’ai moi-même contribué.


« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme »,
141

14
Ce faisant elle nous confronte à une mise en acte de l’articulation entre différents rapports de domination, avec une puissance que n’aura jamais, me semble-t-il, aucune analyse purement théorique.

15
Le terme de « survie » revient souvent sous la plume de Lorde. Survivre à la haine raciale incompréhensible à une enfant de cinq ans, survivre à la souffrance. Mais en lisant certains de ses écrits – « La poésie n’est pas un luxe » ou « De l’usage de l’érotisme : l’érotisme comme puissance » par exemple, on comprend qu’il s’agit de bien autre chose encore que de la seule survie. À travers ces textes magnifiquement lumineux, Lorde évoque ce pour quoi la lutte est vitale. Ce qui peut mourir en effet, dans les rets du racisme comme du sexisme, en chacune de nous, c’est d’abord la créativité, le monde des émotions, ces moteurs que sont le désir – ou l’érotisme, qu’elle entend dans un sens très large.

16
Sans minimiser, bien au contraire, les aspects matériels de l’oppression :

17

Audre Lorde a écrit:
… nos enfants ne peuvent pas rêver s’ils ne vivent pas, ils ne peuvent pas vivre s’ils ne sont pas nourris, et qui d’autre leur donnera cette précieuse nourriture sans laquelle leurs rêves ressembleront aux nôtres...

18
Lorde en appelle à la force du rêve, de la poésie, tout à la fois buts et combustibles de la lutte, de l’aspiration à faire plus que survivre, justement :

19

Audre Lorde a écrit:
Parce que nous vivons au sein de structures façonnées par le profit, le pouvoir vertical, la déshumanisation institutionnalisée, nos émotions n’étaient pas censées survivre. On attendait des émotions, mises à l’écart tels d’incontournables accessoires ou d’agréables passe-temps, qu’elles s’agenouillent devant la pensée de la même façon que les femmes s’agenouillent devant les hommes. Mais les femmes ont survécu. En poètes. Et il n’y a pas de nouvelles souffrances. Nous les avons déjà toutes endurées. Nous avons enterré cette vérité à l’endroit même où nous avons enterré notre puissance. Elles refont surface dans nos rêves, et ce sont nos rêves qui nous indiquent le chemin de la liberté. Ces rêves deviennent possibles grâce à nos poèmes qui nous donnent la force et le courage de voir, de ressentir, de parler et d’oser.

Et si nous considérons comme un luxe notre besoin de rêver, notre désir d’amener nos esprits au plus profond de notre foi, alors nous renonçons à la source de notre puissance, de notre féminité  [2]


20
De tels propos lui ont parfois valu de virulentes critiques. On lui a reproché de reconduire les classiques oppositions entre rationalité masculine (blanche) et émotions féminines (Noires), ou encore que :

21

Audre Lorde a écrit:
… se servir de l’érotisme comme d’un guide, c’était…

Adrienne : Antiféministe ?

Audre : Que nous en étions réduites, une fois de plus, à l’invisible, à l’inutilisable. Qu’en écrivant cela, je nous cantonnais sur le terrain de l’intuition aveugle.

Adrienne : Mais pourtant, tu parles dans cet essai du travail et du pouvoir, deux des dimensions les plus politiques qui soient.

Audre : (…) j’essaie de dire qu’on a utilisé si souvent l’érotisme à nos dépens, y compris le mot lui-même, que nous avons appris à nous méfier de ce qui est au plus profond de nous, et c’est ainsi que nous avons appris à nous dresser contre nous-mêmes, contre nos émotions. (…) Pousser les gens à se dresser contre eux-mêmes, cela n’a pas les mêmes conséquences que les tactiques policières et les techniques de répression. Vous faites en sorte que les personnes intériorisent ces techniques, de façon à ce qu’elles se méfient de tout ce qui provient de leurs richesses intérieures, qu’elles rejettent la partie en elles la plus créative, si bien que vous n’avez même plus besoin de l’écraser.


Un entretien : Audre Lorde et Adrienne Rich, 110

22
Un recueil d’essais mêlant intimement analyse politique et poésie, un recueil fort et ressourçant à lire de toute urgence, en attendant que les poèmes d’Audre Lorde soient traduits à leur tour avec la même qualité, remarquable, que présente Sister Outsider.


Notes

[1] Sister Outsider. Essais et propos d’Audre Lorde. Sur la poésie, l’érotisme, le racisme, le sexisme… Textes traduits de l’américain par Magali C. Calise ainsi que Grazia Gonik, Marième Hélie-Lucas et Hélène Pour (2003). Éditions Mamélis : Genève, Éditions Trois : Québec, 212 pages.

[2]  Il me semble clair que par féminité Lorde ne désigne surtout pas ce que nos sociétés ont construit comme étant le féminin, mais ce que nous pouvons et voulons.

URL : www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2004-3-page-126.htm.
DOI : 10.3917/nqf.233.0126.



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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 30 Aoû - 16:17


EN TERRASSE

Terrassons
les urgences
Polissons
la patience

Maudissons
les voitures
Polies sont
mes injures

Merde aux cons
de tous bords
mis à mort

en essence,
triste sort
d'être pur



FoSoBo 29 août 2016 15:10

sonnet 266



FEMMES VOILÉES IN WONDERLAND

Je ne hais pas les filles à voiles
je n'ai pas leur sens du divin
mais je hais les cafés sans vin
avec elles il me faut plus que boire

J'aime ou pas notre vie à poil
tout dépend avec qui faut voir
mais je hais les lois des ovins
et leur foi d'ici dans le vain

Nous irons tous au paradis
avec ou sans burkini
la vie commence après l'enfer

Le monde étant une merveille
ne s'use que si l'on s'en sert
où crève à jamais le déni


FoSoBo 29 août 2016 15:19

sonnet 267


écrit de


ici l'on est kurde, turc, et arménien, et l'on sert hallal mais aussi avec de l'alcool

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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 31 Aoû - 19:51


VAGUE RÊVE

Un jour j'ai demandé
à la nuit de rêver
en couleur et musique
à cultiver mnésique

Elle m'a exaucé
et j'en fus abadé,
à l'aubade basique
d'une geste extatique :

Un papillon géant
à l'aube s'est posé
sur un air composé

D'un tigre sur une aile
et sur l'autre d'un fauve,
un Bonnard dans les mauves


Un crime passionnel
au matin révélé
par hasard rationnel


FoSoBo 31 août 2016 19:51

sonnet 268


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Jeu 1 Sep - 21:20


Sur la trace d'Edouard Glissant

BibliObs 03 février 2011 "le Nouvel Observateur" du 02/12/1993

Il était poète, romancier et penseur. L'auteur du «Discours antillais», qui est mort ce 3 février 2011 à l'âge de 82 ans, poursuivait un combat littéraire pour nous libérer de toutes les horreurs identitaires, de tous les faux-semblants de l'ethnie et de la race. A l'occasion de la sortie de «Tout-monde», en 1993, il avait accordé ce grand entretien au «Nouvel Observateur»



Citation :
Le Nouvel Observateur. - Votre nouveau roman «Tout-monde» est un grand voyage dans la langue et la mémoire, voyage dont vous êtes à la fois le chroniqueur, le poète, le déparleur - comme on dit aux Antilles - et l'inventeur. Ce roman fait aussi écho à votre dernier essai «Poétique de la relation». Vous y déployez en écrivain votre propre pensée du monde.

Edouard Glissant. - Le roman est pour moi le lieu idéal où peuvent s'échanger les imaginaires et observer ensuite ce qui se passe. Un des personnages de «Tout-monde» a fait successivement la guerre d'Indochine et d'Algérie mais dans sa mémoire tout se brouille et se mélange. Puis, peu à peu, il commence à distinguer les différences. La forêt indochinoise et la jungle lui apparaissent plus maîtrisables que les sables d'Algérie. On peut concentrer en soi la forêt, mais pas le désert. Le désert, il faut toujours l'étendre et mon personnage n'a pas à sa disposition une poétique de la terre infinie. Mon travail d'écrivain, c'est de mettre en relation les lieux, les cultures et les imaginaires du monde. Bref, brasser le «Tout-monde».

N. O. - Mais vous rythmez aussi en musicien-écrivain les différents temps du «Tout-monde».

E. Glissant. Le temps, pour nous Antillais, est très important. Mais nous n'aurions jamais pu concevoir une Recherche du temps perdu, parce que ce temps perdu, au fond, nous ne l'avons jamais possédé. Notre temps est un temps éperdu. Il est fait de trous et de manques. C'est cela le temps béant des Antilles.

N. O. - Mais vous revendiquez cette part obscure du temps. «On n'élucide pas l'obscur», écrivez-vous, et pourtant vous le chérissez.

E. Glissant. - Bien sûr. Je réclame même hautement le droit à l'obscur, qui n'est pas l'enfermement, l'apartheid, la séparation. L'obscur est simplement le renoncement aux fausses vérités des transparences. On a beaucoup souffert des modèles transparents d'humanité supérieure, de degrés de civilisation qu'il faut sans cesse gravir, des Lumières aveuglantes. C'est la fameuse histoire de Voltaire qui, tandis qu'il défendait Calas, achetait des actions de compagnies négrières. La transparence lumineuse est finalement trompeuse. Il faut réclamer le droit à l'opacité. Il n'est pas nécessaire de comprendre quelqu'un - dans le verbe comprendre il y a prendre - pour désirer vivre avec. Quand deux personnes cessent de s'aimer, elles se disent généralement: «Je ne te comprends plus.» Comme si pour aimer il fallait comprendre, c'est-à-dire réduire l'autre à une transparence.

N. O. - Mais votre éloge de l'obscur pourrait passer aux yeux de beaucoup pour de... l'obscurantisme ?

E. Glissant. - C'est vrai, on me dit toujours : l'obscur, c'est le retour à la barbarie. Mais je ne prône que le retour à la poésie. Lisez un poème. Vous n'avez pas besoin de le comprendre pour l'aimer. Pis, un poème compris est un poème fini.

N. O. - Justement, dans ce grand chaos-roman qu'est «Tout-monde», le lecteur est merveilleusement condamné à ne pas tout comprendre mais à se laisser emporter par le flux romanesque. Il vous suit à la trace, mais souvent vous prenez un malin plaisir à le semer. Votre message au lecteur n'est-il pas «Ne vous affolez pas, poursuivez votre lecture» ?

E. Glissant. - C'est tout à fait ça. J'expérimente la circularité des lieux, des êtres et des situations. Un roman, dans une certaine mesure, relève des sciences physiques, et plus particulièrement des théories du chaos. Les physiciens du chaos affirment qu'on ne peut continuer à mettre le monde en équations rassurantes et linéaires. Il faut reconnaître la globalité circulaire du monde, se mettre délibérément dedans et voir comment ça marche. Le romancier ou le savant ne doivent pas avoir la tentation d'être les démiurges qui, par avance, définissent le monde. J'écris pour inventer des situations et non pour trouver des clés universelles. Un romancier ne doit jamais chercher à maîtriser le chaos. Le chaos, on s'en émeut, on le craint, mais on ne le contrôle jamais. Notre seule ambition est de découvrir les lieux communs qui unissent les cultures et les hommes. Le chaos-monde, c'est le seul espace où les cultures occidentales peuvent rencontrer les cultures qui ne le sont pas. Mais au moins mettons-nous d'accord pour renoncer au fantasme du tout-contrôle.

N. O. - Vous chantez la poétique des «lieux communs» et pourtant dans le langage courant un lieu commun est une idée tellement reçue qu'elle en devient sotte...

E. Glissant. - Le lieu commun en littérature est l'équivalent de l'invariant de la scène du chaos. Il est le contraire de l'universel abstrait. L'invariant me laisse disponible tout en me mettant à disposition. Tout le monde - et je l'ai récemment vérifié lors de la réunion du parlement international des écrivains de Strasbourg - a le pressentiment, le désir et le besoin du «tout-monde». C'est le besoin d'aller à la rencontre de quelque chose d'impalpable qui pourrait nous libérer de toutes les horreurs identitaires, de tous les faux-semblants de l'ethnie ou de la race, de tous les enfermements de l'Histoire, de tous les aveuglements des nationalismes... Tout le monde rêve du «tout-monde». L'idéologie sépare et divise. La seule politique possible est une poétique: celle de l'imaginaire.

N. O. - La défense militante de la créolité n'est pas votre affaire. Vous, au contraire, êtes un ardent héraut de la créolisation.

E. Glissant. - Mes amis Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau se sont un peu trop hâtés dans leur «Eloge de la créolité» : la créolité, ça ne marche pas ailleurs qu'aux Antilles. La créolisation, elle, n'est pas une essence, mais un processus universel. Malheureusement, les Antillais se sont décolonisés avec le modèle identitaire au nom duquel l'Occident les a colonisés. Il est donc indispensable d'inventer une autre trace que la revendication identitaire. Il faut que nous soyons les inventeurs de nous-mêmes. Cela concerne tout le monde. Et que l'Europe ne nous joue pas la comédie de la fatigue du Vieux Monde!

Chacun revient aux mêmes «lieux communs» que nous devons apprendre à partager. Eux seuls peuvent dérégler les vieilles machines identitaires. Il est incroyable de constater combien de personnes appartenant à des lieux différents de la planète pensent la même chose, posent les mêmes questions au même moment. Tout est dans l'air. Notre plus urgente exigence est celle de l'invention. C'est notre seule parade contre les systèmes et les idéologies.

N. O. - Le plus beau laboratoire du «Tout-monde», c'est donc la littérature...

E. Glissant. - Absolument. La littérature et l'art en général sont les instruments du «tout-monde». Matta est bien sûr un grand peintre du «tout-monde». Gilles Deleuze et Félix Guattari - à qui est dédié mon roman - , eux aussi sont des penseurs qui partagent ce goût de la trace.

N. O. - Votre plaisir d'écrivain ou de poète, c'est de pister des traces qui n'existent pas encore ou qui sont en train de se faire ?

E. Glissant. - Les nègres marrons, qui tentaient dans les forêts antillaises de fuir l'esclavage, frayaient une trace qui ne laissait aucune... trace, de peur que le maître ne les rattrape. Les esclaves, appartenant à cent ethnies africaines différentes, n'avaient rien en commun, sinon la mémoire collective de la trace. Tous ont gardé en eux la trace fondamentale des musiques africaines et, grâce à elles, ont inventé, recomposé une matière inédite et imprévisible qui s'appelle le jazz. Pour ce faire, ils ont détourné les instruments des maîtres de leurs fonctions originelles - contrebasse, saxophone. Le jazz émeut la planète entière parce qu'il est principe d'improvisation du «tout-monde». Les langues créoles et les musiques de jazz sont des traces frayées par une Amérique qui s'invente. Toutes les cultures du monde sont invitées à cette fête de la créolisation.

A Strasbourg, des écrivains japonais sont venus me voir. Cela fait longtemps qu'ils s'interrogeaient sur l'origine de leur langue. Finalement, ils ont découvert que le japonais est une langue créole. Ils m'ont donné leur livre. Il s'appelle «Créolismes». C'est incroyable.

N. O. - La créolisation, selon vous, n'a rien à voir avec quelques synthèses plus ou moins habiles. Elle doit avant tout produire de l'inédit.

E. Glissant. - Bien sûr. C'est un dépassement. Le monde entier est métissé, mais il n'en a pas conscience. Prendre véritablement conscience du métissage, c'est la valeur ajoutée de la créolisation. Il y a des métissages sans créolisation, mais pas le contraire. C'est pour cela que je suis hostile à la créolité, qui est une prison, comme la latinité, la francité ou la négritude. Le chaos-monde va à une vitesse telle que nous pouvons à peine le suivre.

N. O. - Dans «Tout-monde» vous décrivez les «pacotilleuses», ces femmes caraïbes qui, d'île en île, dans une pagaille de paquets et de cartons, transportent des monceaux de marchandises. Et vous écrivez: «Disons, ce sera pour me vanter, que je suis le pacotilleur de toutes ces histoires réassemblées.»

E. Glissant. - Il faut remettre en valeur les petits riens dépréciés. Toutes les philosophies de l'Histoire sont insuffisantes car totalisantes. C'est un éclatement permanent. Il faut vivre l'imaginaire de l'éclatement du monde et abandonner l'idée qu'on invente pour soi. On invente avec tous les pacotilleurs du «tout-monde». Eux savent partager l'invention du monde. Ils se servent partout, sans illusion totalisante.

N. O. - Les écrivains antillais aiment à accumuler les énumérations, les listes de mots différents qui désignent pourtant la même chose. D'où vient cette passion créole de «lister» ?

E. Glissant. - Le créole donne spontanément plusieurs noms aux mêmes choses. Les modes de prolifération sont nos modes d'expression. Les listes que l'on retrouve chez notre plus grand écrivain créole, qui s'appelle Saint-John Perse, c'est le refus luxuriant de l'absolu métaphysique. L'art classique avait inventé la perspective, la profondeur de l'absolu. Le baroque, lui, a découvert l'étendue et la prolifération. Le baroque, qui était pourtant une réaction, est, peu à peu, devenu naturel. Notre condition aujourd'hui est baroque et proliférante.

N. O. - Pourtant votre morale ultime est celle du renoncement, ce que vous appelez l'art de la fugue.

E. Glissant. - Oui, je revendique le renoncement poétique. C'est la condition première pour luttter contre les horreurs engendrées par les guerres ethniques et nationales. Au fond, nous sommes tous les ethnologues de nous-mêmes. Aujourd'hui, il n'y a plus d'un côté les ethnologues qui observent le monde, et de l'autre les «ethnologisés». Notre rôle est de fouiller dans l'imaginaire et la langue, provoquer toutes les sortes de voyages possibles, utiliser le poétique, le narratif, le philosophique, le romanesque et dépasser tous les cloisonnements. Notre programme est inédit : il faut mettre en relation la Diversité du monde. Pour moi, écrire un poème, créer des personnages, imaginer des histoires ou exprimer des idées, c'est la même chose.

N. O. - Le lecteur de «Tout-monde» ne sait jamais quelle est la part autobiographique ou inventée du roman.

E. Glissant. - Tout y est volontairement mêlé. Des noms réels et imaginaires, des vivants et des morts, des lieux visités ou imaginés s'y rencontrent, car je cherche à amasser l'imprévisible du monde. J'aime aussi brouiller les pistes, brouiller les traces, car peu importe de savoir exactement qui est qui ou qui fait quoi.

N. O. - Est-ce une créolisation de la mémoire ?

E. Glissant. - On peut dire les choses comme ça. Ce n'est pas un hasard si, à mes yeux, les deux plus grands écrivains créoles ont pour nom William Faulkner et Saint-John Perse.

N. O. - Et Victor Segalen ?

E. Glissant. - Bien sûr, c'est l'un des plus grands. Il a eu l'intuition fondamentale de tout ce qui se passe aujourd'hui. C'est un scandale qu'il soit si peu lu en France. Claudel et Saint-John Perse, qui lui doivent tant, n'ont jamais eu le courage de reconnaître leur dette à son égard. Relisez «Stèles» ou «les Immémoriaux». C'est extraordinaire. Je mets la dernière main à un essai qui aura pour titre «Faulkner, Mississippi». J'en ai testé quelques thèmes devant des auditoires d'étudiants afro-américains. Quand je leur disais que Faulkner est, selon moi, le plus grand écrivain du siècle, c'était à chaque fois des hurlements. Pour eux, il incarnait le sudiste raciste, exécrable par excellence. J'avais beau leur dire que Toni Morrison utilisait à merveille toutes les techniques de construction romanesque à la Faulkner, ils ne voulaient rien entendre. L'afro-centrisme aujourd'hui ne suffit plus. Il serait temps que ces étudiants noirs américains se tournent vers les principes de créolisation.

N. O. - Vous publierez prochainement un recueil de poèmes «les Grands Chaos» et un essai «Traité du Tout-monde». Sont-ils des prolongements de votre roman ?

E. Glissant. - Bien sûr. Je rêve d'ailleurs de créer une revue qui pourrait s'appeler «la Nouvelle Revue du Tout-monde» et serait le champ d'expérimentation de ces nouvelles pratiques mondiales et créoles de la littérature et de la pensée; un lieu commun pour les aventures de la langue. Un lieu de l'imprévisible.

Propos recueillis par Gilles Anquetil

«Tout-monde», par Edouard Glissant,
Gallimard, 522 pages, 24 euros.

Source: "le Nouvel Observateur" du 02/12/1993.


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Jeu 1 Sep - 21:32



Pour l'écrivain Edouard Glissant, la créolisation du monde est "irréversible"

Le Monde.fr | 04.02.2011 |
Propos recueillis par Frédéric Joignot, entretien de 2005

Le grand écrivain antillais Edouard Glissant est mort le 3 février, à Paris, à l'âge de 82 ans. Poète, romancier, essayiste, auteur dramatique et penseur de la "créolisation", il était né à Sainte-Marie (Martinique) le 21 septembre 1928 et avait suivi des études de philosophie et d'ethnologie, à Paris.

Nous republions ici l'intégralité de l'entretien qu'il avait accordé au Monde 2, en 2005. Il venait alors d’achever son dernier ouvrage “La Cohée du lamentin” (Gallimard)


Citation :

Qu'entendez-vous par la nécessité de développer une "pensée du tremblement", à laquelle vous consacrez votre prochain livre ? Selon vous, seule une telle pensée permet de comprendre et de vivre dans notre monde chaotique et cosmopolite ?

Edouard Glissant : Nous vivons dans un bouleversement perpétuel où les civilisations s'entrecroisent, des pans entiers de culture basculent et s'entremêlent, où ceux qui s'effraient du métissage deviennent des extrémistes. C'est ce que j'appelle le "chaos-monde". On ne peut pas diriger le moment d'avant, pour atteindre le moment d'après. Les certitudes du rationalisme n'opèrent plus, la pensée dialectique a échoué, le pragmatisme ne suffit plus, les vieilles pensées de systèmes ne peuvent comprendre le chaos-monde.

Même la science classique a échoué à penser l'instabilité fondamentale des univers physiques et biologiques, encore moins du monde économique, comme l'a montré le prix Nobel de chimie Ilya Prigogine. Je crois que seules des pensées incertaines de leur puissance, des pensées du tremblement où jouent la peur, l'irrésolu, la crainte, le doute, l'ambiguïté saisissent mieux les bouleversements en cours. Des pensées métisses, des pensées ouvertes, des pensées créoles.

Pourriez-vous donner une définition de la "créolisation" ?

L'apparition de langages de rue créolisés chez les gosses de Rio de Janeiro, de Mexico, ou dans la banlieue parisienne, ou chez les gangs de Los Angeles. C'est universel. Il faudrait recenser tous les créoles des banlieues métissées. C'est absolument extraordinaire d'inventivité et de rapidité. Ce ne sont pas tous des langages qui durent, mais ils laissent des traces dans la sensibilité des communautés.

Même histoire en musique. Si on va dans les Amériques, la musique de jazz est un inattendu créolisé. Il était totalement imprévisible qu'en 40 ou 50 ans, des populations réduites à l'état de bêtes, traquées jusqu'à la guerre de cessetion, qu'on pendait et brûlait vives aient eu le talent de créer des musiques joyeuses, métaphysiques, nouvelles, universelles comme le blues, le jazz et tout ce qui a suivi. C'est un inattendu extraordinaire. Beaucoup de musiques caribéennes, ou antillaises comme le merengue, viennent d'un entremêlement de la musique de quadrille européenne et des fondamentaux africains, les percussions, les chants de transe. Quant aux langues créoles de la Caraïbe, elles sont nées de manière tout à fait inattendue, forgée entre maîtres et esclaves, au cœur des plantations.

La créolisation, c'est un métissage d'arts, ou de langages qui produit de l'inattendu. C'est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C'est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l'interférence deviennent créateurs. C'est la création d'une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l'uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. Elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse…

Selon vous, l'Europe se créolise. Vous n'allez pas faire plaisir au courant souverainiste français...

Oui, l'Europe se créolise. Elle devient un archipel. Elle possède plusieurs langues et littératures très riches, qui s'influencent et s'interpénètrent, tous les étudiants les apprennent, en possèdent plusieurs, et pas seulement l'anglais. Et puis l'Europe abrite plusieurs sortes d'îles régionales, de plus en plus vivantes, de plus en plus présentes au monde, comme l'île catalane, ou basque, ou même bretonne. Sans compter la présence de populations venues d'Afrique, du Maghreb, des Caraïbes, chacune riche de cultures centenaires ou millénaires, certaines se refermant sur elles-mêmes, d'autre se créolisant à toute allure comme les jeunes Beurs des banlieues ou les Antillais. Cette présence d'espaces insulaires dans un archipel qui serait l'Europe rend les notions de frontières intra-européennes de plus en plus floues.

Dans votre dernier roman, Ormerod, vous écrivez : "Qu'y a-t-il de commun entre le souffle du conteur, et les bêtes et le vent, un vonvon, un manicou, un colibri, et Flore Gaillard à Sainte Lucie en 1793, et la tragédie de Grenade en l'an 1983, et un taureau exaspéré ? C'est l'archipel des Caraïbes." Votre "archipel européen" semble influencé par l'archipel caraïbe ?

L'archipel caraïbe s'étend jusqu'à la côte colombienne de l'Amérique du Sud et la grande ville de Cartagena, atteint la Floride et la Caroline, et regroupe une quantité d'îles de toute taille. Tout au long de cet archipel, on a assisté à une intense diffusion de la colonisation européenne, puis la colonisation de tous par tous, ce qui a nourrit la créolisation et ses surprises à répétition. En 1902, pendant l'éruption de la Montagne Pelée à Saint-Pierre, sur les 98 bateaux qui étaient dans la rade, 64 venaient de Caroline ou des Etats américains.

Les Américains du sud des Etats-Unis ont vécu là-bas, ils ont adopté le style de vie des îles, ils se sont installés à Porto Rico, aux Bahamas, à Grenade. Ils ont été confrontés à des Noirs, des Espagnols, des Français, des métis, ils se sont créolisés. Ce ne fut pas une américanisation pour autant. Voyez l'incroyable richesse des musiques caraïbes depuis le jazz latino, en passant par le zouk, le reggae, le steel band, la salsa et le "son" cubain, etc, sans compter les nouveaux mélanges salsa-reggae, merengue-jazz.

Voyez la littérature et la poésie caraïbe depuis Aimée Césaire, sans oublier le prix Goncourt de Chamoiseau, ou l'extraordinaire littérature haïtienne, avec par exemple Jacques Stephen Alexis ou Franketienne. L'archipel offre un modèle de diffusion chaotique de l'art et de la pensée du tremblement, sans uniformisation, au contraire à travers la créativité poétique. L'Europe devrait y réfléchir, elle qui offre une telle mosaïque de langues et ne cherche pas à s'uniformiser culturellement…

La notion d'identité nationale, ou ethnique, ou tribale devient beaucoup plus difficile dans un monde-archipel. Il faudrait mieux, selon vous, s'ouvrir et se forger ce que vous appelez dans votre essai Poétique de la relation : une Identité-relation ?

Les identités fixes deviennent préjudiciables à la sensibilité de l'homme contemporain engagé dans un monde-chaos et vivant dans des sociétés créolisées. L'Identité-relation, ou l'"identité-rhizome" comme l'appelait Gilles Deleuze, semble plus adaptée à la situation. C'est difficile à admettre, cela nous remplit de craintes de remettre en cause l'unité de notre identité, le noyau dur et sans faille de notre personne, une identité refermée sur elle-même, craignant l'étrangeté, associée à une langue, une nation, une religion, parfois une ethnie, une race, une tribu, un clan, une entité bien définie à laquelle on s'identifie. Mais nous devons changer notre point de vue sur les identités, comme sur notre relation à l'autre.

Nous devons construire une personnalité instable, mouvante, créatrice, fragile, au carrefour de soi et des autres. Une Identité-relation. C'est une expérience très intéressante, car on se croit généralement autorisé à parler à l'autre du point de vue d'une identité fixe. Bien définie. Pure. Atavique. Maintenant, c'est impossible, même pour les anciens colonisés qui tentent de se raccrocher à leur passé ou leur ethnie. Et cela nous remplit de craintes et de tremblements de parler sans certitude, mais nous enrichit considérablement.

Vous dites regretter que la littérature française ne soit pas du tout "ouverte au mouvement du monde" et encore moins créolisée ?

C'est la même chose à chaque rentrée littéraire. En France, on pratique une espèce de refus fondamental à s'enrichir de la diversité. La littérature française a oublié le mouvement du monde. Elle ne traite plus que des para-problèmes de psychologie, elle est retournée sur elle-même, elle ne nous apprend presque rien de ce qui se passe dans cette société métissée, elle est frileuse de tout, surtout du plaisir et des autres, elle est monotone et monocorde. La littérature française a un gros problème avec le baroque que n'a pas la littérature latino-américaine ou caraïbe. Les Français se sont beaucoup renfermés sur eux-mêmes après la guerre, rejetant les étrangers et la vie qui les bousculait, appelant à l' "intégration " et l'"assimilation " des immigrés, c'est-à-dire à l'érasement de leurs cultures.

Aux Etats-Unis, ils n'ont pas peur des leurs étrangers, ni de ce qu'ils apportent à leur pays. Prenez des Algériens français comme les Harkis, on a essayé de les cacher, de les isoler. La France les a rejetés. La population ne les a pas accueillis, on a vu très peu d'interactions entre la population harki et française. Pourtant, en même temps, la relation se passait dans l'inconscient, les Français savaient qu'il se passait quelque chose de très grave entre eux et les Algériens. L'inconscient de la guerre d'Algérie, le déni, la culpabilité, ont toujours été très puissants, mais très peu d'écrivains en ont parlé. La richesse de la société française, de son histoire, n'a pas la littérature qu'elle mérite. Mais ce sera éphémère, tout cela va changer bientôt…

Propos recueillis par Frédéric Joignot


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 6 Sep - 1:18


déborder

couru ensemble on était plein dans la nuit dévalant des escaliers la multitude de ruelles illuminant les murs de rouge et de noir fracas d'étincelles et de souffles on a couru
et on a pris les ponts
une horde de louves et d'anges crasseux avec le sang monté aux joues avec les mains agrippées aux réverbères et les flics derrière nous
nos corps étaient partout la nuit était partout dans nos bouches et nos yeux et on a pris les ponts
un feu prit soudain quelque part
tes cheveux se couvrirent de roses
éclats de verre, un total abandon, un embrasement
nous nous tenons par la main envahissons l'aube dans cette ville grande vieille grise grelottante solaire et sordide
s'échapper
nous n'irons pas travailler demain

Kimaali 17 avril 2016 à 10:46 PM


je l'ai trouvé ici : poèmes libres sur le blog de l'auteure (Entre fleuve et brouillard), que j'ai rencontrée là : Casseuse modérée @Kimaali

Anarcho-fem diviseuse de travailleurs, padawan matérialiste. Cavernicole bourrue. Violoniste ratée, medievalist wannabe (L3 Histoire). Metal, sarcasme & poésie.

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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 7 Sep - 8:13


il ne s'agit pas ici de poésie, mais de poétique au sens de poétique de la révolution (et non pas poétique révolutionnaire). Je reviens avec quelques citations d'Édouard Glissant précisant son concept de créolisation, et pose quelques questions à ce que pourrait être une créolisation révolutionnaire, c'est-à-dire non le seul constat qu'elle s'empare du "tout-monde" sous nos yeux, mais qu'elle peut participer des dépassements d'identités


Edouard Glissant et la Créolisation du Monde

Olivier Cathus Afro-Sambas.fr février 2011

Édouard Glissant a écrit:
- La pensée unique frappe partout où elle voit ou soupçonne de la diversité. Ce n’est pas pour rien qu’elle a frappé à Sarajevo ou à Beyrouth. La diversité terrifie. Au fond, le raciste, c’est qui ? Quelqu’un qui ne supporte pas le mélange.

- Sapiens est par définition un migrant, émigrant, immigrant. Il a essaimé comme cela, pris le monde comme cela et, comme cela, il a traversé les déserts et les neiges, les monts et les abîmes, quitté les famines pour suivre le boire et le manger. Il n’est frontière qu’on n’outrepasse. Cela se vérifie sur des millions d’années. Ce le sera jusqu’au bout (encore plus dans les bouleversements climatiques qui s’annoncent) et aucun de ces murs qui se dressent tout partout, sous des prétextes divers, hier à Berlin et aujourd’hui en Palestine ou dans le Sud des États-Unis, ou dans la législation des pays riches, ne saurait endiguer cette vérité simple: que le Tout-Monde est la maison de tous – Kay tout moune –, qu’il appartient à tous et que son équilibre passe par l’équilibre de tous…

avec Patrick Chamoiseau Quand les Murs Tombent, L’Identité Nationale Hors-la-loi, 2007



- Le monde se créolise, c’est-à-dire que les cultures du monde mises en contact de manière foudroyante et absolument consciente aujourd’hui les unes avec les autres se changent en s’échangeant à travers les heurts irrémissibles, des guerres sans pitié mais aussi des avancées de conscience et d’espoir.

- La différence que j’établis entre créolisation et métissage est que la créolisation s’applique uniquement aux cultures et que par conséquent, on ne peut absolument pas prévoir ce qu’elle va devenir. On ne peut pas prédire les résultats d’une créolisation tandis que le métissage, on le peut plus ou moins, il a un aspect mécanique alors qu’elle est imprévisible. Les cultures de créolisation ne sont pas forcément des cultures dans lesquelles on retrouve du créole car elle naissent là où des données du monde absolument hétérogène les unes par rapport aux autres, se rencontrent dans un lieu et dans un temps donné et qui, à une vitesse foudroyante, fabriquent une nouvelle donnée culturelle complexe et multiple


interview accordée à Isadora Dartial pour Mondomix

- La créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. Elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse…


autrement dit, sans grande fidélité à Glissant, je reprends son concept de créolisation d'un point de vue révolutionnant par des luttes s'en emparant de façon dynamique orientée dans le sens du communisme décolonial : s'il s'agit de produire des dépassements, nous n'en restons pas au constat que « Le monde se créolise ». C'est vrai, « on ne peut absolument pas prévoir ce qu’elle [la créolisation] va devenir », mais on peut agir pour qu'elle produise ce qu'on veut

autrement dit, nous pouvons envisager  


la communisation comme créolisation révolutionnaire du tout-monde

voir le pendant de ce commentaire en théorie communiste : avec Marx et Édouard Glissant, le communisme féministe et décolonial comme pensées-luttes en archipels

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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 7 Sep - 15:55


pas très "poétique", mais j'ai perdu la main en théories



REALITY SHOW... EFFROI !

Twitter la vie n'est pas
étaler son intimité
jusqu'à franchir le pas
dépassant vos capacités.

Tombé dans la trappe à
votre imprudence illimitée,
Internet fait appât
de toutes vos fragilités.

Twittez frères et sœurs,
mais ne venez verser vos pleurs
où vous aurez servi

Au chœur la soupe à la grimace
éperdu dans la masse
et perdu le temps de la vie


FoSoBo 7 septembre 2016 15:55

sonnet 269


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 7 Sep - 23:35


le tweet éphémère est beau
comme un papillon de nuit debout
sur une machine à en découdre



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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 7 Sep - 23:36


tweet poème

à construire une vie à détruire
une vie à construire une vie
à détruire une vie à construire
une vie à détruire une vie
à construire une vie


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 13 Sep - 17:28


tweet poème en 140 caractères

à Jacques Prévert

PUITS SEC

il ne fait pas un temps
à tomber de la dernière pluie
on serait sec depuis
épuisé du puisard
suant et puis tuant
maquisard ?


FoSoBo 13 septembre 16:00


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Ven 16 Sep - 16:03


Three Theses on the End of the Poem

Aditya Bahl Radical Notes September 16, 2016

“The relation to the new is modelled on a child at the piano searching for a chord never previously heard. This chord, however, was always there; the possible combinations are limited and actually everything that can be played on it is implicitly given in the keyboard. The new is the longing for the new, not the new itself: That is what everything new suffers from.” —T.W. Adorno, Aesthetic Theory

“Languages are imperfect in that although there are many, the supreme one is lacking: thinking is to write without accessories, or whispering, but since the immortal word is still tacit, the diversity of tongues on the earth keeps everyone from uttering the word which would be otherwise in one unique rendering, truth itself in its substance . . . Only, we must realize, poetry would not exist; philosophically, verse makes up for what languages lack, completely superior as it is.” —Stéphane Mallarmé, Crisis in Poetry


Citation :
PROBLEMATIC :

In The End of the Poem Giorgio Agamben argues that the principle which founds poetry is the difference between metrical segmentation and syntactical segmentation, what he calls the non-coincidence of sound and sense. But, as he is quick to clarify, these are no two separate movements at work, rather there is one poetic line which measures and is itself measured by these two movements. It is as if language’s movement towards sense were being traversed by sound, while the simultaneous movement towards music were being traversed by sense (41). With each of these movements being in an asymptotic rapport with the other, this quasi-dialectical tension tries, on the one hand, to “split sound from sense,” while on the other, it tries to make them coincide (36). Poetry, thus, stays alive in and as what Valery articulates as “a prolonged hesitation between sound and sense” (109). But just when one thought that for all this the poem is, indeed, potentially infinite, one finds that the poem, without a word of it, has already ended! Unlike that of Mallarme’s siren, the corpse of the poem invariably washes up on the inaccessible shores of lalangue.

Since the final verse cannot be enjambed anymore, the poem, in ending, renders impossible the very founding opposition between sound and sense. What, therefore, really perturbs the philosopher is that the poem should, time and again, be always-already precipitating its own perdition— without ever giving it a thought! What could be exemplified by the end of the poem if not a failure to think, or why else would the poem inhere in its eschatological stasis to such an irrational extent that it ends up contravening the very principle which founds it? It is for this reason that Agamben regards the end of the poem as “a genuine crise de vers in which the poem’s very identity is at stake” (113). Or why else must the poem manifest by way of a serialized self-surpassing, as warrantied by the difference between sound and sense, and insist, even proudly so, on asseverating this difference till the very end, when this difference is precisely what renders the poem as a katechon forever defering the messianic parousia?

The inconsistency which Agamben speaks of is not so much the inconsistency haunting the poem, the fact that it ends, but the crisis is itself a trace of his own failure to formalize the actual problematic. Finding himself trapped in a metaphysical cul de sac of his own design, the philosopher can resolve the problematic only by making a disingenuous reversal, that of abandoning the conundrum itself and attributing it as peculiarly endemic to the very form of poetry, to its inordinate penchant for ostentations, its compulsive obsession, say, with end-rhymes which only goes to keep it from actually thinking the contradiction it cannot seem to ever resolve. And thus, the philosopher abandons, and not for the first time, the sinking ship of the poem, even going so far as to claim that he had never boarded it to begin with, for he was but a mere distant spectator, who, witnessing the shipwreck unfold, could not help but wonder why had the poem even set sail to begin with!

The veritable swoon of the poem’s obstinate persistence is invariably brought to a halt. And yet the poem, except in exceptional circumstances, say, owing to the greatness of a certain poet, never seems to learn! For Agamben, the poem fails in its messianic vocation because it does not sustain the centripetal insistence of the constitutive torsion it is. It cannot because it does not think! Waxing instructive, Agamben ends his text by calling for a philosophizing of the poem, for a poem which, for a change, will think. For only then will the poem, in its newfound vocation, be finally able to know its situation, and, recuperating itself from its contradictory formal character, it will finally be able to will its release from its perennial formal unfreedom.

Abandoning all modes of theorizing which subject poetry to an extrinsic thought, whether it be that of philosophy, or of politics, I shall hereby strive to formalize the problematic of the end of the poem— that of a poem being at once an instantaneous, concrete process and its simultaneous suspension, a finished artefact which can never, it seems, fulfil its own concept— while demonstrating how the seeming antinomy is itself a symptomatic torsion haunting any and every discourse which tries to organize itself as knowledge of the poem, viz. Agamben’s, “philosophy of meter” (2). To this end of formalizing a certain method of the poem, it will be of founding importance to not resolve the conundrum by simply denying the fatal exigency which heretofore seems to found the poem. This is to say that in the course of this exercise, one shall unconditionally refrain from plotting a farcical poststructuralist escape by positing the poem as a nameless dissemination, a perennial disaggregation of itself. For, as Marx had demonstrated, any denial of the grip of necessity shall only go to strengthen the grip. I must now offer the following three theses:

[...]


deux commentaires en réponse @radicalnotes
Patlotch a écrit:

oui : le tout d'un poème n'est pas plus dans "le dernier vers" que celui d'un tableau en bas et à droite du cadre

le son, le sens, le rythme d'un poème sont inséparables (Meschonnic, Bonnefoy). Un poème n'est pas à comprendre, mais à vivre

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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Lun 19 Sep - 7:37



FIN, MA VIE

Le monde est mort demain d'une overdose de désordre
Je me suis tu et sur le coup je t'ai trouvée plus belle
Il reste encore un peu de temps, il va falloir attendre,
On n'a pas l'habitude, que faire avec une nouvelle

aussi inattendue ? Je n'avais pas prévu de vivre
avec si peu de toi et nous voilà comme deux vieux
devant la délivrance, à ne savoir combler le vide
et la soudaine absence d'avenir. Pourquoi les dieux

ne font-ils pas ce qu'on n'attend plus d'eux depuis des siècles ?
Faut-il encore un jour pour ne plus être qu'un passé ?
Et personne après nous pour oublier qu'il fut assez

longtemps possible d'éviter le pire... Il est trop tard.
Ils ont éteint les lumières des rues. Pas un chat noir
ne traverse. L'aube est là. La peur. J'aime ton sourire


FoSoBo 19 septembre 04:21

sonnet 270
14 x 14


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Jeu 22 Sep - 7:36


IL Y A IL Y A IL Y A CE QUI VIENT

il y a toi qui m'aime, et moi d'autres que j'aime
il y a que je t'aime et tu en aimes d'autres

il y a nous en eux, qui ne sommes que deux
il y a eux en nous qui ne sommes que d'eux

il y a tous les autres, parmi eux les nôtres
il y a tant à faire à casser des œufs même

il y a l'omelette et l'appétit qui vient


Fosobo 21 septembre 14:47

7 x 12

version 2, 22 sept. 07:36
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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 27 Sep - 14:20


COMME

Elle était debout comme
un panneau à l'entrée
et moi sans un mot comme
un poteau là planté

Alors on a fait comme
si ce n'était pas très
grave Une femme un homme
parfois n'ont pas d'attrait

Aujourd'hui c'est l'automne
c'est pas toujours l'été
J'aurais aimé en somme

en rêve une beauté
Faudrait être médium
pour jamais se planter



FoSoBo 27 septembre 14:20

sonnet 271


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 27 Sep - 15:10


COMME

c'est étrange ils se ressemblent tous
et toutes. Ma parole comment
est-ce possible ? Cette frimousse
là ne l'ai-je lue dans un roman ?

Vue sur un trottoir qui se trémousse ?
N'est-ce pas elle qui par moment
se glisse par-dessous mon drap-housse ?
et bien moi qu'elle prend comme amant ?

Ne vienne personne à ma rescousse,
une mémoire est là si je mens,
faut-il encore quelque secousse,

à mon secours un dérèglement
de tous les sens, qu'un rire me pousse
à la place du cœur sans calmant



FoSoBo 27 septembre 15:10

sonnet 272


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 27 Sep - 15:55


COMME

j'aurais aimé les jours où tu venais
t'asseoir sous ma fenêtre avec des fleurs
dans tes cheveux au vent, des yeux rieurs,
ta main qui tenait un livre fané

qu'un bel inconnu avait écorné,
quand mine tu faisais, regard ailleurs,
de pouvoir lire, quand moi le voyeur
tu voyais comme un homme abandonné,

Jules à son rideau, toi Roméette
ou ne pas être assise sur ce banc
comme s'il n'était pas public. Juliette

était le nom d'une autre fantômette
et mon théâtre allait sans Caliban
d'elle à toi, brûlant comme une allumette



FoSoBo 27 septembre 15:55

sonnet 273




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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 27 Sep - 18:52


COMME

si tu n'avais rien vécu,
entendu ni rien su, elle
était là à ton insu,
ainsi, toujours sensuelle

là, en silence et ton cul
te d'elle un air ridicu
le. Oh tu la savais cruelle
assurément, d'un mortel

oubli de ta dignité
au pied de son imitée
ferveur, sans souci, si belle

en ton mensonge et si peu
pris de doute qu'elle peut
être, qui sait, immortelle ?



FoSoBo 27 septembre 18:52

sonnet 274


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 27 Sep - 19:33


COMME

s'ils ne savaient pas, qu'ils mentent
comme des arracheurs de
vérité entre la menthe
et le jasmin dans la de

meure et les jardins en pente
dure... l'avenir, l'attente
où nous allions vers le de
voir sans voir le chemin de

bord en bord, plus loin, trop loin,
disent-ils avec cet air
de savoir où est ton er

reur, celle qu'ils n'ont jamais
commise. Et toi qui te mets
toujours, encore, en colère...



FoSoBo 27 septembre 19:33

sonnet 275


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 27 Sep - 20:59


COMME

il n'y avait plus aucun
espoir, on faisait comme une
grève du temps, avec un
air de se mettre en commune

à l'occasion, pour des prunes,
vertes et bien mûres qu'un
marchand de leurre faquin
vendait moisies sous la lune,

nuit debout, faisant sa thune
où d'autres s'enfilaient qu'im
porte un anneau de saturne

à quelle oreille, Ô fortune
à la barbe d'un flic, un
coquin de républicain



FoSoBo 27 septembre 20:59

sonnet 276

fin de série de 6 sonnets "COMME", en vers de 6, 9, 10, 7




Dernière édition par Admin le Mar 27 Sep - 21:51, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 27 Sep - 21:43

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