PATLOTCH / CIVILISATION CHANGE / COMMUNISME, SEXE, et POÉSIE

dans la DOUBLE CRISE du CAPITAL et de l'OCCIDENT, LUTTES COMMUNISTES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGIQUES
 
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 POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ

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MessageSujet: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Sam 27 Juin - 9:58



contre toutes les poétisations
je dis qu'il y a un poème seulement si une forme de vie transforme une forme de
langage
et si réciproquement une forme de langage transforme une forme de
vie


Henri Meschonnic

le concept d'œuvre-sujet est emprunté à Henri Meschonnic, celui de poétique de la relation à Édouard Glissant

poèmes 197?-2012

Listes de mes poèmes, par années et séries, titres, dates, formes

poèmes 2014-2017

f


Dernière édition par Patlotch le Lun 22 Fév - 20:21, édité 7 fois
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MessageSujet: La peau traverse les langages   Dim 28 Juin - 20:26

La peau traverse les langages


L'une
Et l'autre
Anonymes
Corps multitude
Unanimement
Songent où l’étranger                            
Habite leurs solitudes  

Paul Gauguin, D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? 1897

Peuplé de couleurs je suis
Nous la peau la traversée
Des siècles des peurs aux joies
D’être si même à mémoire
Cicatrice transpercée
De haines aux noms de gloires
Aux dieux tors vaines fois


Aux yeux violés des regards
Vides de l'avide d’avoir
Toujours plus de rien qui ne soit vivre
Tessons dardés d’un empire barbare
Bambins sans larmes à têtes de vieillards
Ou babouins mimant la grande personne ivre
Du leurre qui la possède avec l’argent du leurre


Où la raison s’endort en croyant s’éveiller
Aux Lumières que leurs ombres font vaciller
Continent entartré dans sa blancheur de plomb
Salivant seul à seul d’un ridicule aplomb
Sans dénouer son goût désuet d’unité
De part en part gonflé par tant de vanités
Cause qui cause en se mettant le doigt dans l’œil


Et ce pays non plus le mien j’arrive
Trop tard et je le trouve si petit
Si dérisoire d’oublier le temps
Passé à trier son passé ses Vive
La Républiqu’ désarmant l’appétit
D'un peuple souverain déjà vaincu
Dès qu'il entre à l’Église de l’État


Toutes voiles dehors le voile hors
L’école aux enchères des marchands
Du temple de l’égalité mord
La poussière épuisée de ses chants
Au miroir fétiche de ses ors
Chaire sévère de l’irréel
Quand le savoir n’est plus alléchant


Pas de quartier just the ghetto
French colored people en cage
D’escaliers pour tout bateau
De plaisance où le caïd nage
D’aisance et frime sur le dos
De gosses interdits de rage
Et bons pour la fosse commune


Pourtant qu’elle fut d’autant belle que n’étant plus depuis longtemps
À faire Trop bonne à la mise en scène d’un théâtre sans rêves
La révolution en attente la tentation de tant et tant
De croire au printemps de l’histoire Oh mais quelle histoire irait sans trêves
De saison à saisons de raisons à raison et de militants
À gogos vers les urnes ou même dans la rue pour que se lèvent
Le grand matin les désirs de seuls pour tous se sortir du pétrin


Nous n'avons plus de nom nous sommes les sans
Noms nous n'avons plus de dieux nous sommes les
Sans horizon sans illusions et laissant
Les murs désolants les maisons isolées
Aux facteurs de ruines maculées de sang
Nos mains déduisent des lieux la parole et
Vont se fondre en chairs et autres en dansant


Je marche tu marches elle danse nous danse
Quand je nous décentre il vous la valse en transe
La flamme prend le dernier métro
Les papiers au feu et le maître au
Charbon à la mine ravie
Et si c'était ça la vie
Pour en avoir envie


Sur la branche il neige
Mon beau sapin endormi
À pas de loup de fougère
Tam-tam un ami
Blanche oublie l'eau du café
Un silence allège
Le merle en perd ses cerises


Comment fais-tu l'amour toi
Qui n'a pas de nom pour
Dormir sous mon toit
Plantant le jour
Un jardin
Sous la
Lune


FoSoBo, 18 octobre 2003


ce poème fut écrit avant la Loi "sur le voile" de 2004...
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MessageSujet: Jacques Guigou contre Henri Meschonnic...   Mer 15 Juil - 0:08

usant du même procédé que son ami Jacques Wajnsztejn qui réécrit ses textes en effaçant les traces de ses bêtises, quand elles me concernent (pas vu pas pris...) *, Jacques Guigou avance dans son projet concernant les poétiques révolutionnaires. ICI. Il a purement et simplement effacé la note concernant son intention de « faire la critique de la prétention de Patlotch à poétiser la révolution », pour le moins incompréhension dont j'ai fait litière dans l'artiste ? un cadavre ! un renversement poétique et révolutionnaire, avec Guy Debord... et Patlotch

* (cf "dépassement produit' : un concept capital / la dialectique complexe de Patlotch / 'Temps critiques', Jacques Wajnsztejn & Guigou dans l'idéologie française anti-dialectique


parti ailleurs en guerre contre le "dépassement produit" et considérant, devant "la question indigène", alias "la question blanche", circulez ya rien à voir, il s'attaque ici de biais à un autre pilier de mes considérations... hasard, ou nécessité de l'effondrement d'une théorie qui n'en est même plus une, tant elle se délite en pure rhétorique fuyante, haineuse, pour finalement se ranger sous la bannière de l'idéologie française au nom de la révolution à titre humain... Avec les deux Jacques se vérifie la prévision du poète en 1968 : les jeunes gauchistes feront les vieux cons

n'ayant peur de rien, le Jacques en second de Temps Critiques annonce s'en prendre à Meschonnic :

« Sur H.Meschonnic dire mon accord avec sa remarquable théorie du rythme mais critiquer sa notion "d'oeuvre-sujet" appliquée au poème. Il est prisonnier de la vieille philosophie du sujet kanto-hégeliano-marxiste mais aussi de la phénoménologie. La poésie n'a pas de sujet ni d'objet ; un poème est ni sujet ni objet. De plus la notion d'œuvre est inappropriée pour définir le poème car elle relève de l'idéologie de l'art, de l'artiste, de l'industrie culturelle, etc. : un monde duquel la poésie est étrangère

notre philosophiste n'en rate pas une. Il aimerait bien se hisser au niveau des penseurs profonds et féconds, lui qui n'aura inventé que des mots sans prise sur le réel, dont aujourd'hui implose la boursouflure. Alors il ne fait là encore que cracher son venin de raté sur le tard : et voilà en trois mots Meschonnic dans "l'idéologie de l'art" et "l'industrie culturelle", rien de plus étranger à son œuvre, à sa critique de la post-modernité aussi... Guigou prend tout au pied de la lettre, mais ne comprend pas grand chose, il bricole avec ce qu'il connaît, des références usées de la philosophie que Meschonnic a mis par terre par sa poétique. Guigou sépare, dissèque, passe à côté de l'essentiel

dans le concept d'œuvre-sujet, il est évident que ni le sujet ni l'œuvre d'art ne sont à prendre dans le sens où Guigou entend les critiquer. C'est un double dépassement des vieilleries de la philosophie esthétique et particulièrement de celle de Hegel. Mais Guigou ne dispose d'aucune base en esthétique, ni en pratique artistique, lui permettant d'accéder à cette saisie-là, qui n'est pas d'ordre philosophique ni seulement intellectuelle

comment peut-on trouver chez Meschonnic « une remarquable théorie du rythme » mais la séparer du concept d'œuvre-sujet qui en est le cœur battant, même avant qu'il ne soit formulé comme tel ? Sans aller aux gros ouvrages de Meschonnic sur le rythme, voir ci-dessous le texte Manifeste pour un parti du rythme

l'œuvre-sujet de Meschonnic n'est pas sans évoquer, justement, la poétique de la relation d'Edouard Glissant*. Il y a précisément une dialectique et une dynamique dans et par le faire, le performatif... quel rapport avec Kant ou Hegel ? Avec Marx sans doute plus, mais Meschonnic ne s'y refaire pas, ou plus dans ses écrits de la maturité, et quoi qu'il en soit, Guigou, en anti-dialecticien primaire, n'a rien compris à la dialectique de Marx qu'il rabat sur celle de Hegel

* voir par exemple Jean-Luc Tamby, Édouard Glissant et les partis pris du rythme, titre qui fait explicitement référence à Henri Meschonnic, qu'on retrouve dans le texte

je précise que l'usage que je fais personnellement du concept d'œuvre-sujet se démarque de celle de Meschonnic, puisque chez moi s'y ajoute la dimension du temps réel de l'improvisation en situation, et son caractère collectif le cas échéant, qui permet de passer aussi d'une révolution de la poétique à une poétique de la révolution. En ce qui concerne mes poèmes, le concept d'œuvre sujet ne me sert à rien, qu'à poser avec Meschonnic que le poème fait et s'il ne fait n'est pas un poème

Manifeste pour un parti du rythme Henri Meschonnic août/novembre 1999

Henri Meschonnic a écrit:


Aujourd'hui j’ai besoin, pour être un sujet, vivre comme un sujet, de faire une place pour des poèmes. Une place. Ce que je vois autour de moi par la plupart appeler la poésie tend étrangement, insupportablement, à refuser une place, sa place, à ce que j’appelle un poème.
    Il y a, dans une poésie à la française, pour des raisons qui ne sont pas étrangères au mythe du génie de la langue française, l’institutionnalisation d’un culte rendu à la poésie qui produit une absence programmée du poème.
    Des modes, il y en a toujours eu. Mais cette mode exerce une pression, la pression de plusieurs académismes cumulés. Pression atmosphérique : l'air du temps.
    Contre cet étouffement du poème par la poésie, il y a une nécessité de manifester, de manifester le poème, une nécessité que ressentent périodiquement certains, pour faire sortir une parole étouffée par la puissance des conformismes littéraires qui ne font qu’esthétiser des schémas de pensée qui sont des schémas de société.
    Une idolâtrie de la poésie produit des fétiches sans voix qui se donnent et sont pris comme de la poésie.
    Contre toutes les poétisations, je dis qu’il y a un poème seulement si une forme de vie transforme une forme de langage et si réciproquement une forme de langage transforme une forme de vie.
    Je dis que c’est par là seulement que la poésie, comme activité des poèmes, peut vivre dans la société, faire à des gens ce que seul un poème peut faire et qui, sans cela, ne sauront même pas qu’ils se désubjectivent, qu’ils se déshistoricisent pour n’être plus eux-mêmes que des produits du marché des idées, du marché des sentiments, et des comportements.
    Au lieu que l’activité de tout ce qui est poème contribue, comme elle seule peut le faire, à les constituer comme sujets. Pas de sujet sans sujet du poème.
    Car si le sujet du poème manque aux autres sujets dont chacun de nous est la résultante, il y a à la fois un manque spécifique, et l’inconscience de ce manque, et ce manque atteint tous les autres sujets. Les treize à la douzaine des sujets que nous sommes. Et ce n’est pas le sujet freudien qui va vous sauver. Ou qui va sauver le poème.
    Seul le poème peut unir, tenir l’affect et le concept en une seule bouchée de parole qui agit, qui transforme les manières de voir, d’entendre, de sentir, de comprendre, de dire, de lire. De traduire. D'écrire.
    En quoi le poème est radicalement différent du récit, de la description. Qui nomment. Qui restent dans le signe. Et le poème n’est pas du signe.
    Le poème est ce qui nous apprend à ne plus nous servir du langage. Il est seul à nous apprendre que, contrairement aux apparences et aux coutumes de pensée, nous ne nous servons pas du langage.
    Ce qui ne signifie pas, selon une réversibilité mécanique, que le langage se sert de nous. Ce qui, curieusement, aurait davantage de pertinence, à condition de délimiter cette pertinence, de la limiter à des manipulations types, comme y procèdent couramment la publicité, la propagande, le tout-communication, la non-information, et toutes les formes de la censure. Mais alors ce n’est pas le langage qui se sert de nous. C’est les manipulateurs, qui agitent les marionnettes que nous sommes entre leurs mains, c'est eux qui se servent de nous.
    Mais le poème fait de nous une forme-sujet spécifique. Il nous pratique un sujet que nous ne serions pas sans lui. Cela, par le langage. C’est en ce sens qu’il nous apprend que nous ne nous servons pas du langage. Mais nous devenons langage. On ne peut plus se contenter de dire, sinon comme un préalable, mais si vague, que nous sommes langage. Il est plus juste de dire que nous devenons langage. Plus ou moins. Question de sens. De sens du langage.
    Mais seul le poème qui est poème nous l’apprend. Pas celui qui ressemble à la poésie. Toute faite. D’avance. Le poème de la poésie. Lui, il ne rencontre que notre culture. Variable, aussi. Et dans la mesure où il nous trompe, en se faisant passer pour un poème, c’est un nuisible. Car il brouille à la fois notre rapport à nous-mêmes comme sujet et notre rapport à nous-mêmes en train de devenir langage. Et les deux sont inséparables. Ce produit tend à faire et refaire de nous un produit. Au lieu d’une activité.
    C’est pourquoi l’activité critique est vitale. Pas destructrice. Non, constructrice. Constructrice de sujets.
    Un poème transforme. C’est pourquoi nommer, décrire ne valent rien au poème. Et décrire est nommer. C’est pourquoi l’adjectif est révélateur. Révélateur de la confiance au langage, et la confiance au langage nomme, elle ne cesse de nommer. Regardez les adjectifs.
    C’est pourquoi célébrer, qui a tant été pris pour la poésie, est l’ennemi du poème. Parce que célébrer, c’est nommer. Désigner. Égrener des substances selon le chapelet du sacré pris pour la poésie. En même temps qu’accepter. Non seulement accepter le monde comme il est, l’ignoble "je n’ai que du bien à en dire" de Saint-John Perse, mais accepter toutes les notions de la langue à travers lesquelles il est représenté. Le lien impensé entre le génie du lieu et le génie de la langue.
    Un poème ne célèbre pas, il transforme. C’est ainsi que je prends ce que disait Mallarmé: "La Poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence: elle doue ainsi d’authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle". Là où certains croient que c’est du démodé.
    Pour le poème, j’en retiens le rôle majeur du rythme dans la constitution des sujets-langage. Parce que le rythme n’est plus, même si certains délettrés ne s’en sont pas aperçus, l’alternance du pan-pan sur la joue du métricien métronome. Mais le rythme est l’organisation-langage du continu dont nous sommes faits. Avec toute l’altérité qui fonde notre identité. Allez, les métriciens, il vous suffit d’un poème pour perdre pied.
    Parce que le rythme est une forme-sujet. La forme-sujet. Qu’il renouvelle le sens des choses, que c’est par lui que nous accédons au sens que nous avons de nous défaire, que tout autour de nous se fait de se défaire, et que, en approchant cette sensation du mouvement de tout, nous-mêmes sommes une part de ce mouvement.
    Et si le rythme-poème est une forme-sujet, le rythme n’est plus une notion formelle, la forme elle-même n’est plus une notion formelle, celle du signe, mais une forme d’historicisation, une forme d’individuation. À bas le vieux couple de la forme et du sens. Est poème tout ce qui, dans le langage, réalise ce récitatif qu’est une subjectivation maximale du discours. Prose, vers, ou ligne.
    Un poème est un acte de langage qui n’a lieu qu’une fois et qui recommence sans cesse. Parce qu’il fait du sujet. N’arrête pas de faire du sujet. De vous. Quand il est une activité, pas un produit.
    Manière plus rythmique, plus langage, de transposer ce que Mallarmé appelait "authenticité" et "séjour". Séjour, terme encore trop statique pour dire l’instabilité même. Mais "la seule tâche spirituelle", oui, je dirais encore oui, dans ce monde emporté par la vulgarité des conformismes et le marché du signe, ou alors renoncer à être un sujet, une historicité en cours, pour n’être qu’un produit, une valeur d’échange parmi les autres marchandises. Ce que la technicisation du tout-communication ne fait qu’accélérer.
    Non, les mots ne sont pas faits pour désigner les choses. Ils sont là pour nous situer parmi les choses. Si on les voit comme des désignations, on montre qu’on a l’idée la plus pauvre du langage. La plus commune aussi. C’est le combat, mais depuis toujours, du poème contre le signe. David contre Goliath. Goliath, le signe.
    C’est pourquoi aussi je crois qu’on a tort de rattacher encore et toujours, chez Mallarmé, "l’absente de tous bouquets" à la banalité du signe. Le signe absence des choses. Surtout quand on l’oppose à la "vraie vie" de Rimbaud. On reste dans le discontinu du langage opposé au continu de la vie. Mallarmé savait, lui, que sur une pierre "les pages se refermeraient mal".
    C’est ici que le poème peut et doit battre le signe. Dévaster la représentation convenue, enseignée, canonique. Parce que le poème est le moment d’une écoute. Et le signe ne fait que nous donner à voir. Il est sourd, et il rend sourd. Seul le poème peut nous mettre en voix, nous faire passer de voix en voix, faire de nous une écoute. Nous donner tout le langage comme écoute. Et le continu de cette écoute inclut, impose un continu entre les sujets que nous sommes, le langage que nous devenons, l’éthique en acte qu’est cette écoute, d’où une politique du poème. Une politique de la pensée. Le parti du rythme.
    De là le dérisoire dans la reprise indéfiniment par des poètes du poétisme tour d’ivoire, chez Hölderlin, de "l'homme habite [ou vit] poétiquement sur cette terre – dichterisch wohnt der Mensch auf dieser Erde", un Hölderlin passé par l'essentialisation Heidegger, où se situe un pseudo-sublime à la mode. Non, bien sûr. L'homme vit sémiotiquement sur cette terre. Plus que jamais. Et ne pas croire que je m'en prends à Hölderlin. Non, je m'en prends à l'effet Hölderlin, ce n'est pas la même chose. À l'essentialisation en chaîne du langage, du poème (avec le néo-pindarisme qui en sort, et qui est à la mode), et l'essentialisation de l'éthique et du politique.
    Le poétisme est l’alibi et le maintien du signe. Avec sa citation-cliché de rigueur, le moulin à prière de la poétisation : "et pourquoi des poètes en un temps de misère – und wozu Dichter in dürftiger Zeit?".
    C’est – eh oui, c’est comme ça – contre cela qu’il faut du poème, encore du poème, toujours du poème. Du rythme, encore du rythme, toujours du rythme. Contre la sémiotisation généralisée de la société. À quoi quelques poètes ont cru, ou ils font semblant, échapper par le ludique. L’amour de la poésie, au lieu du poème. Creusant leur fosse avec leurs rimes. Misère poétique plus que temps de misère.
    Il y a à penser la clarté du poème. D’où l’enjeu, dans la nécessité de dégager Mallarmé des interprétations qui continuent de le rabattre sur le signe, en isolant depuis quarante ans toujours les mêmes mots, la "disparition élocutoire du poète". Mais jamais "le poème, énonciateur". Mallarmé-symptôme. Réduit seulement à des affaires de sens. Ce qui permet de continuer à le voir comme un poète difficile, le poète du difficile. L’obscur. Aucun changement, ou si peu, depuis Max Nordau. Toujours les imbéciles du présent.
    En rabattant Mallarmé sur son époque. Doublement enfermé, Mallarmé : dans le signe, et dans le symbolisme. Vieillerie, "l’explication orphique de la Terre". Le moyen complaisant de continuer à ne pas penser le poème. Tout en sacralisant la poésie.
    L’enjeu, à faire entendre l’oralité et la clarté de Mallarmé, c’est le poème. Contre la sottise savante du signe.
    L’enjeu du suggérer contre le nommer comme un universel du poème. Donc un universel du langage. On ne peut pas être plus clair, comme il disait : "travailler avec mystère en vue du plus tard ou de jamais".
    Alors, au contraire de ceux qui ne croient plus au mot de Mallarmé sur "l’explication orphique de la Terre", et sans perdre davantage de temps avec quelques descriptivistes énumérateurs de noms de villes, je dirais que le poème, le plus petit poème, une copla espagnole, est la relève du défi reporté, éludé dans la non-réalisation par Mallarmé de son "Livre", en essentialisant la poésie, au lieu d’entendre les formes indéfiniment renouvelées de l’"Odyssée moderne" chez Mallarmé même, dans ce qu’il a écrit plutôt que dans ce qu’il n’a pas écrit, et dans toutes les voix qui ont été leur propre voix.
    Parce que, à chaque voix, Orphée change, et recommence. Une Odyssée recommence. Il faut l’entendre, hommes de peu de voix.
    Avec un poème, ce n’est pas une voyance qui est à l'œuvre, comme toute une tradition poétique d’abord, poétisante ensuite, l’a cru. Mais "le seul devoir du poète", pour repartir de Mallarmé, car d’abord il y en a un, et seul le poème peut nous donner ce qu’il est seul à faire, c’est l’écoute de tout ce qu’on ne sait pas qu’on entend, de tout ce qu’on ne sait pas qu’on dit et de tout ce qu’on ne sait pas dire, parce qu’on croit que le langage est fait de mots.
    Orphée a été un des noms de l’inconnu. Une erreur grossière et commune est de le croire accroché au passé. Au lieu que ce qu’il désigne continue en chacun de nous.
    Et l’Odyssée, l’"Odyssée moderne" dont parle Mallarmé, une autre erreur grossière a été, et est encore, de la confondre avec les voyages et leurs récits, avec la décalcomanie des épopées et de l’idée reçue qu’on en avait. Autant confondre le monumental et le surdimensionné. Le poème montre que l’odyssée est dans la voix. Dans toute voix. L’écoute est son voyage.
    Et si l’écoute est le voyage de la voix, alors s’abolit l’opposition académique entre le lyrisme et l’épopée. Autant que la définition, déjà prise par Poussin à un Italien du XVIème siècle, avant d’être redite par Maurice Denis, de la peinture comme "des couleurs en un certain ordre assemblées" annule d’avance l’opposition entre le figuratif et l’abstrait.
    Reste seulement : c’est de la peinture, ou ce n’est pas de la peinture. Comme Baudelaire disait déjà. C’est un poème, ou ce n’est pas un poème. Ça ressemble. Ça fait tout pour y ressembler. Ressembler à la poésie. Ressembler à de la pensée. Car il y a un poème de la pensée, ou alors il n'y a que du simili. Du maintien de l'ordre.
    Oui, en un sens nouveau, tout poème, s’il est un poème, une aventure de la voix, non une reproduction variable de la poésie du passé, a de l’épopée en lui. Et laisse au musée des arts et traditions du langage la notion de lyrisme que quelques contemporains ont tenté de remettre au goût du jour, en lui faisant dire un chapelet de traditionalismes : les confusions entre le je et le moi, entre la voix et le chant, entre le langage et la musique, dans une commune ignorance du sujet du poème. Confusions, il est vrai, que le passé même de la poésie a contribué à faire naître.
    Mais le poème fait signe de vie. Ce qui lui ressemble, parce qu’il veut avoir la poésie, en avoir l’air sinon en avoir l’être, fait signe de livre.
    Conséquence : cette opposition retrouve celle qu’on fait d’ordinaire entre la vie et la littérature. Et un poème est ce qui s’oppose le plus à la littérature. Au sens du marché du livre. Un poème se fait dans la réversibilité entre une vie devenue langage et un langage devenu de la vie.
    Hors du poème abonde le n’importe quoi des prétentionnismes, ces montages qui continuent de répéter le contresens si répandu sur la phrase de Rimbaud : "Il faut être absolument moderne". Décidément, rien de plus actuel que le "Je rétorquerai devant l’agression que des contemporains ne savent pas lire", de Mallarmé. Encore l’imbécile du présent qui parle, dans ce contresens. Le même qui est l’imbécile du langage.
    Un poème est fait de ce vers quoi on va, qu’on ne connaît pas, et de ce dont on se retire, qu’il est vital de reconnaître.
    Pour un poème, il faut apprendre à refuser, à travailler à toute une liste de refus. La poésie ne change que si on la refuse. Comme le monde ne change que par ceux qui le refusent.
    Dans mes refus je mets : non au signe et à sa société. Non à cette pauvreté boursouflée qui confond le langage et la langue, et ne parle que de la langue sans savoir ce qu’elle dit, d’une mémoire de la langue, comme si la langue était un sujet, et d’un rapport d’essence de l'alexandrin au génie de la langue française. N’oubliez pas de respirer toutes les douze syllabes. Ayez le cœur métrique. Mythologie qui n’est sans doute pas étrangère au retour joué par le ludique à la mode de la versification académique. Et si c’était pour faire rire, c’est raté. Déjà Aristote avait reconnu ceux qui écrivent en vers pour cacher qu'ils n'ont rien à dire.
    Non au consensus-signe, dans la sémiotisation généralisée de la communication-monde.
    Non on ne va pas aux choses. Puisqu’on n’arrête pas de les transformer ou d’être transformé par elles, à travers le langage.
    Non à la phraséologie poétisante qui parle d’un contact avec le réel. À l’opposition entre la poésie et le monde extérieur. Qui ne mène qu’à parler de. Énumérer. Décrire. Nommer encore. Ce n’est pas le monde qui est là, c’est le rapport au monde. Et ce rapport est transformé par un poème. Et l'invention d'une pensée est ce poème de la pensée.
    Non la poésie n’est pas dans le monde, dans les choses. Contrairement à ce que des poètes ont dit. Imprudence de langage. Elle ne peut être que dans le sujet qui est sujet au monde et sujet au langage comme sens de la vie. On avait confondu le sentiment des choses et les choses elles-mêmes. Cette confusion entraîne à nommer, à décrire. Naïveté vite punie. La preuve, s’il en fallait, que la poésie n’est pas dans le monde, c’est que les non-poètes y sont comme les poètes, et n’en font pas un poème. Un cheval fait le tour du monde et reste un cheval.
    Vivre ne suffit pas. Tout le monde vit. Sentir ne suffit pas. Tout le monde est sensible. L'expérience ne suffit pas. Le discours sur l'expérience ne suffit pas. Pour qu’il y ait un poème.
    Non à l’illusion que vivre précède écrire. Que voir le monde modifie le regard. Quand c’est le contraire: l’exigence d’un sens qui n’y est pas, et la transformation du sens par tous les sens qui change notre rapport au monde.
    Si vivre précède écrire, la vie n’est que la vie, l'écriture n’est que littérature. Et ça se voit. Du moins il faut apprendre à le reconnaître. L'enseignement devrait servir à ça.
    Non au voir pris pour entendre. Des poètes ont cru qu’ils parlaient de la poésie en misant tout sur le voir, le regard. Manque de sens du langage. Les révolutions du regard sont des effets, non des causes. Une manière de parler qui masque son propre impensé. L'opposition forte passe entre la pensée par idées reçues, et penser sa voix, avoir la voix dans sa pensée.
    Non au rimbaldisme qui voit Rimbaud-la poésie dans son départ hors du poème.
    Non quand on oppose intérieur et extérieur, l’imaginaire et le réel, cette évidence apparemment indiscutable. Elle empêche de penser que nous ne sommes que leur rapport.
    Non à la métaphore prise pour la pensée des choses, quand elle n’est qu’une façon de tourner autour, le joli, au lieu d’être la seule manière de dire.
    Non à la séparation entre l’affect et le concept, ce cliché du signe. Qui ne fait pas seulement le simili-poème, mais la simili-pensée.
    Non à l'opposition entre individualisme et collectivité, cet effet social du signe, cet impensé du sujet, donc du poème, qui tourne à la littérature, à la poésie comme jeu de société, cette rengaine ringarde du renga – ces prétendus poèmes qu'on fait à plusieurs.
    Non à la confusion entre subjectivité, cette psychologie, où le lyrisme reste pris, ces mètres qu’on fait chanter, et la subjectivation de la forme-sujet qu’est le poème.
    Non, non quand on oppose, si commodément, la transgression à la convention, l’invention à la tradition. Parce qu’il y a, depuis longtemps, un académisme de la transgression comme il y a un académisme de la tradition. Et parce que, dans les deux cas, on oppose le moderne au classique, en mêlant le classique au néo-rétro-, et dans les deux cas on a méconnu le sujet du poème, son invention radicale qui de tout temps a fait le poème, et qui renvoie ces oppositions à leur confusion, à leur impensé, que masque le péremptoire du marché.
    Non aussi à la facilité qui oppose le facile et le difficile, la transparence à l’obscurité, aux clichés sur l’hermétisme. Le signe y est pour beaucoup, qui irrationalise son propre impensé, qu’il rend en effet obscur. C’est sa clarté qui est obscure. Comme la clarté française. Mais le poème, on ne lui refait pas ce vieux coup.
    Non à la poésie comme visée du poème, puisque aussitôt c’est une intention. De poésie. Qui ne peut donc donner que de la littérature. La poésie de poésie n’étant pas plus de la poésie que le sujet philosophique n’est le sujet du poème.
    Manifester n’est pas donner des leçons, ni prédire. Il y a un manifeste quand il y a de l’intolérable. Un manifeste ne peut plus tolérer. C’est pourquoi il est intolérant. Le dogmatisme mou, invisible, du signe, ne passe pas, lui, pour intolérant. Mais si tout en lui était tolérable, il n’y aurait pas besoin de manifeste. Un manifeste est l'expression d’une urgence. Quitte à passer pour incongru. S’il n’y avait pas de risque, il n’y aurait pas non plus de manifeste. Le libéralisme ne montre pas qu'il est l'absence de liberté.
    Et un poème est un risque. Le travail de penser aussi est un risque. Penser ce qu’est un poème. Ce qui fait qu’un poème est un poème. Ce que doit être un poème pour être un poème. Et une pensée pour être de la pensée. Cette nécessité, penser inséparablement la valeur et la définition. Penser cette inséparation comme un universel du poème et de la pensée. Leur historicité, qui est leur nécessité.
    Même si cette pensée est particulière, elle a par principe toujours eu lieu dans une pratique, elle sera nécessairement vraie toujours. Elle n’est donc nullement une leçon pour ce qu’on appelle le siècle à venir. Pas plus que le bilan académique du siècle. Cet effet de langage, l’effet-temporalité du signe. Le discontinu du siéclisme.
    En somme, le poème manifeste et il y a à manifester pour le poème le refus de la séparation entre le langage et la vie. La reconnaître comme une opposition non entre le langage et la vie, mais entre une représentation du langage et une représentation de la vie. Ce qui resitue l’interdit prétendu d’Adorno (qu’il est barbare et impossible d’écrire des poèmes après Auschwitz), que certains pensent inverser en faisant jouer ce rôle d’inverseur à Paul Celan, alors qu’ils demeurent dans le même impensé, que montrait Wittgenstein par l'exemple de la douleur. Elle ne peut pas se dire. Mais justement un poème ne dit pas. Il fait. Et une pensée intervient.
    Ces refus, tous ces refus sont indispensables pour que vienne un poème. À l'écriture. À la lecture. Pour que vivre se transforme en poème. Pour qu’un poème transforme vivre.
    Le comble, dans ce qui prend des airs de paradoxe, c’est qu’il n’y est question que de truismes. Mais méconnus. C’est le comique de la pensée.
    Mais c’est seulement par ces refus, qui sont les battements de la pensée, pour respirer dans l’irrespirable, que toujours il y a eu des poèmes. Et qu'une pensée du poème est nécessaire au langage, à la société.


Dernière édition par Patlotch le Jeu 16 Juil - 8:14, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 29 Juil - 15:07

Jacques Guigou poursuit l'écriture de Sur quelques poétiques révolutionnaires contemporaines et de ce qu'il nomme « Des poétiques révolutionnaires tiers mondistes puis combinatoires »

Jacques Guigou a écrit:
- Sur Édouard Glissant : abondance, fulgurance et rayonnance de ses poèmes du début des années 60 (Le sel noir, La terre inquiète) mais faiblesse et impasse de sa « poétique de la Relation » qui finalement aboutit à une apologie des flux, des connexions, des réseaux et des rhizomes chers aux idéologues de la dynamique du capital que furent Deleuze et Guattari. E.Glissant exalte la combinatoire des particularismes sans percevoir qu'elle constitue un opérateur majeur de la globalisation, une forme-monde de la capitalisation des individus et de l'espèce humaine.  

C- Henri Meschonnic, une poétique néoprogressiste d’un sujet qui s’auto-affirme sujet...
 
Sur H. Meschonnic dire mon accord avec sa remarquable théorie du rythme mais critiquer sa notion « d'œuvre-sujet » appliquée au poème. Il est prisonnier de la vieille philosophie du sujet cartésiano-kanto-hégeliano-marxiste mais aussi de la phénoménologie. La poésie n'a pas de sujet ni d'objet ; pas davantage, un poème est sujet ou objet. Le linguiste et poéticien Meschonnic semble piégé par son idéalisation du langage. Or, la poésie n’est pas un langage c’est une parole au présent dite aux autres dans une langue parlée par l’espèce humaine sur la planète terre. De plus la notion d'œuvre est inappropriée pour définir le poème car elle relève de l'idéologie de l'art, de l'artiste, de l'industrie culturelle, etc. : un monde auquel la poésie est étrangère. L'œuvre est une autonomisation de la vie, son abstraïsation, sa séparation, sa sinistre caricature...

je ne sais pas comment Guigou travaille. Ce que je constate, c'est qu'il délivre sa sanction sans qu'on connaisse son raisonnement, sans aucune citation à l'appui, sans aucun argument : il assène

concernant ces deux penseurs, et comme pour Marx dont il rabat la dialectique sur celle de Hegel, leurs œuvres seraient à prendre ou à jeter, du moins comme "poétique", ce qui est déjà une singulière conception de la poétique, qui est toujours devrait être celle qu'on tire des poèmes, non celle qu'on appliquerait pour faire des poèmes (Victor Hugo vs Paul Valery par exemple)

cela vaut certes plus pour Glissant que pour Meschonnic, qui a laissé plus de traces comme poéticien que poète, mais défend néanmoins ce principe : si le poème fait, ce n'est pas parce qu'il relève d'une théorie poétique

alors Guigou tranche à la serpe, de façon rageuse et condescendante : lui, il sait ce que sont le langage, une œuvre, un sujet, un poème, l'art et son idéologie, bien que nulle part apparaît qu'en réchappent ses poèmes, ou sa façon de les réciter devant un public de touristes aux festivals d'été de son pays où il est un petit notable établi de père en fils. Il n'a pas l'air de considérer son attitude comme relevant de son propre concept, « égo-gérée », alors que partout où il laisse sa trace, c'est ce qui saute aux yeux

ramener Glissant à Deleuze dont certes il s'inspire ici ou là, c'est ne pas l'avoir lu, mais survolé, et réduire Deleuze et Guattari à des « idéologues de la dynamique du capital » est allé vite en besogne, même si leurs thèses servirent aussi à ça. C'est passer complètement à côté du lien insécable entre les concepts Glissant que sont la « créolisation », la « poétique de la relation », de son usage de l'« archipel », entre autres, et de leur fécondité reconnue dans la pensée critique post-coloniale, d'Edward Saïd au Japon (un exemple : Kunio Tsunekawa, La poétique de Glissant et le Japon «archipélique »...

Guigou ne connaît manifestement pas grand chose non plus à la littérature caribéenne et aux débats qui mènent de la Négritude à la Créolisation, en passant par la Créolité, et qui ne se comprennent qu'en se plongeant dans les œuvres elles-mêmes, et les écrits théoriques qui scandent cette évolution depuis les années 30. Ce sont choses qu'on ne peut saisir que de l'intérieur, en s'y confrontant non seulement en théorie, mais par sa propre démarche de création. Celle de Guigou étant à l'opposé, complètement dans la classique posture du "poète" français, on comprend qu'il éprouve le besoin de descendre des poétiques qui lui sont étrangères en essence

quant il met en cause « deux poètes internationalistes impliqués dans la révolution algérienne étatico-nationaliste » (sic), on ne peut que partager sa sanction à partir des exemples qu'il donne, et l'on en trouve des milliers de cette eau, peu ou prou ce que j'ai appelé après Éric Plaisance un « gauchisme esthétique » (La Nouvelle Critique, 1971). Pour moi, il n'y a tout bonnement pas à chercher là-dedans de « poétique révolutionnaire », sans parler de ce que recouvre cette notion, dont on ne peut sortir qu'en interrogeant réciproquement la révolution par la poétique et la poétique par la révolution. À cet égard, je partage en gros la critique que Guigou fait de Debord « La révolution au service de la poésie », détournement de « Le Surréalisme au service de la révolution » revue dirigée par André Breton, et dont on peut considérer que la création correspond aux clivages entre trotskistes et Staliniens au sein des avant-gardes littéraires de l'époque, pour ceux qui s'en réclamaient. Mais cette position trotskiste n'est pas fort éloignée, au pouvoir d'interdire près, de celle du réalisme socialiste soviétique du stalinien Jdanov

je pense au demeurant être plus tranchant que Guigou sur le sujet, car je ne vois pas comment fonder une poétique révolutionnaire en soi, sans retomber, hormis la violence stalinienne ou le tract poétique, dans le même travers. C'est pourquoi je considère aujourd'hui ces controverses comme un peu vaines, donquichogrotesques, en un mot : dépassées

il faut tout de même rappeler que le titre du livre de Kaufmann, Guy Debord. La révolution au service de la poésie. est emprunté à Debord lui-même, de ce passage dans Notes éditoriales, L'avant-garde de la présence dans Internationale situationniste n°8 , janvier 1963

Guy Debord a écrit:
Il ne s'agit pas de mettre la poésie au service de la révolution, mais bien de mettre la révolution au service de la poésie. C'est seulement ainsi que la révolution ne trahit pas son propre projet. Nous ne rééditerons pas l'erreur des surréalistes se plaçant à son service quand précisément il n'y en avait plus. Lié au souvenir d'une révolution partielle vite abattue, le surréalisme est vite devenu un réformisme du spectacle, une critique d'une certaine forme du spectacle régnant, menée à l'intérieur de l'organisation dominante de ce spectacle. Les surréalistes semblent avoir négligé le fait que le pouvoir imposait, pour toute amélioration ou modernisation internes du spectacle, sa propre lecture, un décryptage dont il tient le code.

... Philippe Soupault, inventeur avec Breton, Aragon et Tzara du "surréalisme", avait été exclu du mouvement en 1926, pour « trop de littérature ». Mais il avait sûrement compris une chose, c'est qu'une poétique révolutionnaire n'est pas à chercher nécessairement chez des artistes qui ont des idées sociales ou politiques révolutionnaires. Relisons ce qu'en dit Raymond Williams dans son entretien avec la New Left Revue  :

Raymond Williams a écrit:
je m’opposais à l’idée selon laquelle, dès lors qu’il y a révolution industrielle, il doit y avoir poésie industrielle. De fait, des romans industriels ont existé, comme je l’ai montré. Ce qui n’a pas existé, en revanche, c’est une entité qui serait la « poésie capitaliste », notamment postulée par Caudwell. Pourtant, du point de vue d’un déterminisme économique naïf, il serait tout à fait raisonnable de déduire une poésie capitaliste de l’avènement du capitalisme.
[...]

on peut ajouter du point de vue d’un déterminisme révolutionnaire naïf, il serait tout à fait raisonnable de déduire une poésie révolutionnaire de l’avènement du « mouvement communiste », et c'est bien ce qui s'est produit (cf « Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant »Trosky 1938

poursuivons

Raymond Williams a écrit:
La seule thèse de Culture and Society vraiment choquante pour l’opinion libérale autorisée, y compris pour des gens qui ont aimé le livre pour d’autres raisons, c’est que je n’y ai pas défini la culture de la classe ouvrière à partir de quelques romans prolétariens –  dont beaucoup étaient prêts à faire un genre régional – mais à partir des institutions du mouvement ouvrier. C’est là l’avantage d’identifier la culture à tout un mode de vie. C’était également une avancée par rapport à l’idée qu’on se faisait traditionnellement à gauche de la culture ouvrière, souvent appréhendée à partir des efforts entrepris par les travailleurs pour articuler un corpus poétique et autobiographique, ou à partir d’autres formes d’écriture. De mon point de vue, il était extrêmement important de retrouver et de valoriser ces documents, mais il était faux de les présenter comme une culture alternative, ce qui était la tendance habituelle. Ce que les prolétaires gallois ont réussi à dire à propos de leur expérience extraordinaire du Pays de Galles industriel, par exemple, est du plus grand intérêt, mais ce n’est pas leur faire injure que de dire que cette culture est restée subalterne. Je pense que c’était une position bien plus marxiste que celle alors soutenue.

D’un autre côté, et pour les mêmes raisons, j’ai également rejeté les descriptions des écrits et de la pensée majeurs de l’Angleterre du XVI° au XX° siècle comme d’une culture bourgeoise conventionnellement proposées par la gauche. Et ce, du fait qu’une bonne partie de cette culture a été produite par des gens qui se battaient en fait contre la bourgeoisie, même lorsqu’ils ont échoué, même lorsqu’ils étaient profondément contaminés par les formes bourgeoises. Il était selon moi crucial de revendiquer cette lutte ; sans cela, tout ce corpus essentiels aurait été purement et simplement accaparé par la droite. Dans les années 1950, il était d’usage de dire que si vous considériez George Eliot comme bon romancier, alors vous deviez être contre le socialisme. Il y avait une confiscation directe du passé qui était intolérable. Je ne saurais trop insister sur l’importance que revêtait à mes yeux le fait de contester cette appropriation, ainsi que le concept de culture mobilisé pour l’interpréter et la justifier.

comme je le soutiens depuis des décennies, il n'y a pas de poétique révolutionnaire, pas de poétique qu'on puisse considérer comme révolutionnaire ailleurs que dans le champ de la poésie, en tant que formes nouvelles révolutionnant l'art des poèmes, et c'est bien ce que chacun peut constater dans l'histoire de la poésie

par conséquent, c'est seulement dans le mouvement réciproque révolution <> poétique, ou plus exactement poèmes (ou art) que l'on peut théoriser ce rapport, ce qui suppose de repartir des deux points les plus avancés au 20ème siècle, la poétique selon Debord et la poétique selon les penseurs et poètes ou artistes non occidentaux

c'est ce que j'ai tenté de faire depuis mon texte de 2006 Renverser Debord jusqu'aux considérations de L'ARTISTE ? UN CADAVRE ! un renversement poétique et révolutionnaire, avec Guy Debord... et Patlotch

je n'ai jamais considéré mes créations artistiques comme révolutionnaires, et l'on ne trouvera nulle part chez moi une « poétique révolutionnaire » séparable de la perspective révolutionnaire d'abolition du capitalisme. En ce sens, et sauf ratage, mes poèmes ou peintures qui utilisent des thèmes politiques, ou liés à mon expérience des milieux militants, ne sont pas plus révolutionnaires que d'autres parlant d'amour, des oiseaux... ou de poésie même. En tant que poète, je ne suis pas plus révolutionnaire qu'une grand-mère japonaise peignant ses haïkus à l'encre au pinceau, ou que Guigou lui-même

en ce sens, je le remercie d'avoir peut-être enfin compris que proposer une poétique révolutionnaire de plus n'est pas mon dada, et d'avoir renoncé, puisqu'il en a effacé le projet, à critiquer ce qu'il appelait « la prétention de Patlotch à poétiser la révolution » : il serait hasardeux pour Guigou de me faire subir le traitement de cheval blanc qu'il a réservé à  la dialectique de Marx, à la poétique de Meschonnic ou à Glissant « opérateur de la globalisation »

Jacques Guigou est indubitablement un monsieur dont j'ai envie de dire même immodestement qu'en matière de poétique ou de théorie révolutionnaire, nous ne jouons pas dans la même cour, et surtout que nous n'avons pas élevé les cochons ensemble





lucidité ?


la mer la
falaise la falaise
le ciel le
ciel la mer
(géométrie de l'immensité)

l'oiseau l'
ombre l'ombre
la grève la
grève l'oiseau
(grève n'est plus ce qu'elle était)

la marée la
mort la mort
la panique la
panique la mort
(sans issue)

les rires les
galets les galets
les vagues les
vagues les rires
(elle se marre en se roulant sur les galets)

les rêves les
cris les cris
l'horizon l'
horizon les rêves
les rêves glissent de l'horizon sous la mer



source Patlotch Livredel 1989

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MessageSujet: Guigou au diable Vauvert   Mer 29 Juil - 19:29


Guigou au diable Vauvert


Jacques Guigou poursuit l'écriture de Sur quelques poétiques révolutionnaires contemporaines et de ce qu'il nomme « Des poétiques révolutionnaires tiers mondistes puis combinatoires »

Jacques Guigou a écrit:
- Sur Édouard Glissant : abondance, fulgurance et rayonnance de ses poèmes du début des années 60 (Le sel noir, La terre inquiète) mais faiblesse et impasse de sa « poétique de la Relation » qui finalement aboutit à une apologie des flux, des connexions, des réseaux et des rhizomes chers aux idéologues de la dynamique du capital que furent Deleuze et Guattari. E.Glissant exalte la combinatoire des particularismes sans percevoir qu'elle constitue un opérateur majeur de la globalisation, une forme-monde de la capitalisation des individus et de l'espèce humaine.  

C- Henri Meschonnic, une poétique néoprogressiste d’un sujet qui s’auto-affirme sujet...
 
Sur H. Meschonnic dire mon accord avec sa remarquable théorie du rythme mais critiquer sa notion « d'œuvre-sujet » appliquée au poème. Il est prisonnier de la vieille philosophie du sujet cartésiano-kanto-hégeliano-marxiste mais aussi de la phénoménologie. La poésie n'a pas de sujet ni d'objet ; pas davantage, un poème est sujet ou objet. Le linguiste et poéticien Meschonnic semble piégé par son idéalisation du langage. Or, la poésie n’est pas un langage c’est une parole au présent dite aux autres dans une langue parlée par l’espèce humaine sur la planète terre. De plus la notion d'œuvre est inappropriée pour définir le poème car elle relève de l'idéologie de l'art, de l'artiste, de l'industrie culturelle, etc. : un monde auquel la poésie est étrangère. L'œuvre est une autonomisation de la vie, son abstraïsation, sa séparation, sa sinistre caricature...

je ne sais pas comment Guigou travaille. Ce que je constate, c'est qu'il délivre sa sanction sans qu'on connaisse son raisonnement, sans aucune citation à l'appui, sans aucun argument : il assène

concernant ces deux penseurs, et comme pour Marx dont il rabat la dialectique sur celle de Hegel (voir dépassement produit...), leurs œuvres seraient à prendre ou à jeter, du moins en tant que "poétiques révolutionnaires", qu'ils n'ont jamais revendiquées... C'est non seulement une singulière conception de la poétique, mais de la critique artistique même. La poétique devrait toujours devrait être à tirer des poèmes, non une théorie pour faire des poèmes (Victor Hugo vs Paul Valery par exemple)

cela vaut certes plus pour Glissant que pour Meschonnic, qui a laissé plus de traces comme poéticien que poète, mais défend néanmoins ce principe : si le poème fait, ce n'est pas parce qu'il relève d'une théorie poétique

alors Guigou tranche à la serpe, de façon rageuse et condescendante : lui, il sait ce que sont le langage, une œuvre, un sujet, un poème, l'art et son idéologie, bien que nulle part m'apparaisse qu'en réchappent ses poèmes, ou sa façon de les réciter devant un public de touristes aux festivals d'été de son pays, dont il est un petit notable établi de père en fils. Il n'a pas l'air de considérer son attitude comme relevant de son propre concept, les autres sont « égo-gérés » dit-il, alors que partout où il laisse sa trace, c'est l'impression qu'il me donne

ramener Glissant à Deleuze dont certes il s'inspire ici ou là, c'est ne pas l'avoir lu, ou seulement survolé, et réduire Deleuze et Guattari, même si leurs thèses servirent aussi à ça, à des « idéologues de la dynamique du capital » est allé vite en besogne, surtout de la part de Guigou qui avec Wajnsztejn et Temps Critiques, considère que le capitalisme a fait sa révolution... Plus "post-" qu'eux, tu meurs, c'est pourquoi ils sont morts, théoriquement parlant. Meschonnic aurait réglé leur compte plus sévèrement que moi


en 1996 (20 ans !) on retrouve Meschonnic avec un  penseur japonais : la modernité après le post-moderne Colloque co-organisé par l'Université de Tokyo, sous la présidence de MM. Henri Meschonnic et Hasumi Shigehiko

Guigou passe complètement à côté du lien insécable entre les concepts de Glissant que sont la « créolisation », la « poétique de la relation », de son usage de l'« archipel », entre autres, et de leur fécondité reconnue dans la pensée critique post-coloniale, d'Edward Saïd au Japon (un exemple qui rapproche encore Glissant de Meschonnic : Kunio Tsunekawa, La poétique de Glissant et le Japon «archipélique »...

Guigou ne connaît manifestement pas grand chose non plus à la littérature caribéenne et aux débats qui mènent de la Négritude à la Créolisation, en passant par la Créolité, et qui ne se comprennent qu'en se plongeant dans les œuvres elles-mêmes, et les écrits théoriques qui scandent cette évolution depuis les années 30. Ce sont choses qu'on ne peut saisir que de l'intérieur, par une lecture désintéressée de la poétique, ou de ce point de vue en s'y confrontant non seulement en théorie, mais par sa propre démarche de création. Celle de Guigou étant à l'opposé, complètement dans la classique posture du "poète" français, on comprend qu'il éprouve le besoin de descendre des poétiques qui lui sont étrangères en essence

quant il met en cause « deux poètes internationalistes impliqués dans la révolution algérienne étatico-nationaliste » (sic*), je ne peux que partager son avis, à partir des exemples qu'il donne, et l'on en trouve des milliers de cette eau, peu ou prou ce que j'ai appelé après Éric Plaisance un « gauchisme esthétique » (La Nouvelle Critique, 1971). Pour moi, il n'y a tout bonnement pas à chercher là-dedans de « poétique révolutionnaire », sans parler de ce que recouvre cette notion, dont on ne peut sortir qu'en interrogeant réciproquement la révolution par la poétique et la poétique par la révolution. À cet égard, je suis en gros d'accord avec Guigou à propos de Debord « La révolution au service de la poésie », détournement de « Le Surréalisme au service de la révolution » revue dirigée par André Breton, mais notre Jacques ne retient rien de positif chez Debord, sur quoi au contraire je m'appuie pour aller plus loin...

* Émile Guigou, le père de ce Jacques, viticulteur, médecin et maire de Vauvert, était, en France, résistant : « étatico-nationaliste » ?


discours de Jacques Guigou
pour l'inauguration de la salle Émile Guigou à Vauvert


vive la libération étatico-nationale de Vauvert par le Président docteur Guigou
dont le grand-père avait proclamé le 5 septembre 1870 l'avènement de la 3ème République...!

on peut considérer que ce texte d'André Breton, écrit en 1938 avec la collaboration du poète Benjamin Perret et  du peintre Diego Rivera, accompagne, au sein des avant-gardes artistiques de l'époque, pour ceux qui s'en réclamaient encore (voire Soupault plus bas), le clivage entre trotskistes et staliniens. Mais cette position trotskiste n'est pas fort éloignée, au pouvoir d'interdire près, de celle du réalisme socialiste soviétique du stalinien Jdanov

je pense au demeurant être plus tranchant que Guigou sur le sujet, car je ne vois pas comment fonder une poétique révolutionnaire en soi, sans retomber, hormis la violence stalinienne, le tract poétisé, ou le « chant révolutionnaire », dans le même travers. C'est pourquoi je considère aujourd'hui ces controverses comme un peu vaines, donquichogrotesques, en un mot : dépassées

il faut tout de même rappeler que le titre du livre de Kaufmann, Guy Debord. La révolution au service de la poésie. est emprunté à Debord lui-même, de ce passage dans Notes éditoriales, L'avant-garde de la présence dans Internationale situationniste n°8 , janvier 1963

Guy Debord a écrit:
Il ne s'agit pas de mettre la poésie au service de la révolution, mais bien de mettre la révolution au service de la poésie. C'est seulement ainsi que la révolution ne trahit pas son propre projet. Nous ne rééditerons pas l'erreur des surréalistes se plaçant à son service quand précisément il n'y en avait plus. Lié au souvenir d'une révolution partielle vite abattue, le surréalisme est vite devenu un réformisme du spectacle, une critique d'une certaine forme du spectacle régnant, menée à l'intérieur de l'organisation dominante de ce spectacle. Les surréalistes semblent avoir négligé le fait que le pouvoir imposait, pour toute amélioration ou modernisation internes du spectacle, sa propre lecture, un décryptage dont il tient le code.

... Philippe Soupault, inventeur avec Breton, Aragon et Tzara du "surréalisme", avait été exclu du mouvement en 1926, pour « trop de littérature ». Mais il avait sûrement compris une chose, c'est qu'une poétique révolutionnaire n'est pas à chercher nécessairement chez des artistes qui ont des idées sociales ou politiques révolutionnaires. Relisons ce qu'en dit Raymond Williams dans son entretien avec la New Left Revue  :

Raymond Williams a écrit:
je m’opposais à l’idée selon laquelle, dès lors qu’il y a révolution industrielle, il doit y avoir poésie industrielle. De fait, des romans industriels ont existé, comme je l’ai montré. Ce qui n’a pas existé, en revanche, c’est une entité qui serait la « poésie capitaliste », notamment postulée par Caudwell. Pourtant, du point de vue d’un déterminisme économique naïf, il serait tout à fait raisonnable de déduire une poésie capitaliste de l’avènement du capitalisme.
[...]

on peut ajouter du point de vue d’un déterminisme révolutionnaire naïf, il serait tout à fait raisonnable de déduire une poésie révolutionnaire de l’avènement du « mouvement communiste », et c'est bien ce qui s'est produit (cf « Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant »Trosky 1938

poursuivons

Raymond Williams a écrit:
La seule thèse de Culture and Society vraiment choquante pour l’opinion libérale autorisée, y compris pour des gens qui ont aimé le livre pour d’autres raisons, c’est que je n’y ai pas défini la culture de la classe ouvrière à partir de quelques romans prolétariens –  dont beaucoup étaient prêts à faire un genre régional – mais à partir des institutions du mouvement ouvrier. C’est là l’avantage d’identifier la culture à tout un mode de vie. C’était également une avancée par rapport à l’idée qu’on se faisait traditionnellement à gauche de la culture ouvrière, souvent appréhendée à partir des efforts entrepris par les travailleurs pour articuler un corpus poétique et autobiographique, ou à partir d’autres formes d’écriture. De mon point de vue, il était extrêmement important de retrouver et de valoriser ces documents, mais il était faux de les présenter comme une culture alternative, ce qui était la tendance habituelle. Ce que les prolétaires gallois ont réussi à dire à propos de leur expérience extraordinaire du Pays de Galles industriel, par exemple, est du plus grand intérêt, mais ce n’est pas leur faire injure que de dire que cette culture est restée subalterne. Je pense que c’était une position bien plus marxiste que celle alors soutenue.

D’un autre côté, et pour les mêmes raisons, j’ai également rejeté les descriptions des écrits et de la pensée majeurs de l’Angleterre du XVI° au XX° siècle comme d’une culture bourgeoise conventionnellement proposées par la gauche. Et ce, du fait qu’une bonne partie de cette culture a été produite par des gens qui se battaient en fait contre la bourgeoisie, même lorsqu’ils ont échoué, même lorsqu’ils étaient profondément contaminés par les formes bourgeoises. Il était selon moi crucial de revendiquer cette lutte ; sans cela, tout ce corpus essentiels aurait été purement et simplement accaparé par la droite. Dans les années 1950, il était d’usage de dire que si vous considériez George Eliot comme bon romancier, alors vous deviez être contre le socialisme. Il y avait une confiscation directe du passé qui était intolérable. Je ne saurais trop insister sur l’importance que revêtait à mes yeux le fait de contester cette appropriation, ainsi que le concept de culture mobilisé pour l’interpréter et la justifier.

comme je le soutiens depuis des décennies, il n'y a pas de poétique révolutionnaire, pas de poétique qu'on puisse considérer comme révolutionnaire ailleurs que dans le champ de la poésie, en tant que formes nouvelles révolutionnant l'art des poèmes, et c'est bien ce que chacun peut constater dans l'histoire de la poésie

par conséquent, c'est seulement dans le mouvement réciproque révolution <> poétique, ou plus exactement poèmes (ou art) que l'on peut théoriser ce rapport, ce qui suppose de repartir des deux points les plus avancés au 20ème siècle, la poétique selon Debord et la poétique selon les penseurs et poètes ou artistes non occidentaux

c'est ce que j'ai tenté de faire depuis mon texte de 2006 Renverser Debord jusqu'aux considérations de L'ARTISTE ? UN CADAVRE ! un renversement poétique et révolutionnaire, avec Guy Debord... et Patlotch

ma position peut sembler excessive. C'est affaire de principe, pas de posture pour en rajouter : soit nous sommes dans le capital, et rien ne lui échappe vraiment (Raymond Williams ne soutient rien d'autre), soit l'art serait un monde à part et les artistes des anges de l'au-delà du capital. Ils ne le sont pas davantage que les pompières éteignant un feu ou des infirmiers soignant les cancéreux, voire des ouvrières fabriquant des armes ou des baby-brothers payés comme domestiques

je n'ai jamais considéré mes créations artistiques comme révolutionnaires, et l'on ne trouvera nulle part chez moi une « poétique révolutionnaire » séparable de la perspective révolutionnaire d'abolition du capitalisme. En ce sens, mes poèmes ou peintures qui utilisent des thèmes politiques, ou sont liés à mon expérience dans les milieux militants, ne sont pas plus révolutionnaires que d'autres parlant d'amour, des oiseaux... ou de poésie même. En tant que poète, je ne suis pas plus révolutionnaire qu'une grand-mère japonaise peignant ses haïkus à l'encre au pinceau, ou que Guigou lui-même

en ce sens, je le remercie d'avoir peut-être enfin compris que proposer une poétique révolutionnaire de plus n'est pas mon dada, et d'avoir renoncé, puisqu'il en a effacé le projet, à critiquer ce qu'il appelait « la prétention de Patlotch à poétiser la révolution » : il serait hasardeux pour Guigou de me faire subir le traitement de cheval blanc qu'il a réservé à  la dialectique de Marx, à la poétique de Meschonnic ou à Glissant « opérateur de la globalisation »

Jacques Guigou est indubitablement un monsieur dont j'ai envie de dire même immodestement qu'en matière de poétique ou de théorie révolutionnaire, nous ne jouons pas dans la même cour, et surtout que nous n'avons pas élevé les cochons ensemble



poétique de la lucidité ?




La marée je l'ai dans le cœur qui me remonte comme un signe
Léo Ferré


Exclamation

la mer la
falaise la falaise
le ciel le
ciel la mer
(géométrie de l'immensité)

l'oiseau l'
ombre l'ombre
la grève la
grève l'oiseau
(grève n'est plus ce qu'elle était)

la marée la
mort la mort
la panique la
panique la mort
(sans issue)

les rires les
galets les galets
les vagues les
vagues les rires
(elle se marre en se roulant sur les galets)

les rêves les
cris les cris
l'horizon l'
horizon les rêves
les rêves glissent de l'horizon sous la mer



source Patlotch Livredel 1989



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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Jeu 30 Juil - 22:20


poèmes découpés dans le journal 1990

miroir : roi de la rime

/Livredel/poèmes/I-VII LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991/2010/V LIVRE DE L'AUTRE

Patlotch a écrit:
1990 (J moins 175)

LA VILLE DÉCHIRÉE AU SILENCE DES GRUES
VERS LE PLUS RIEN GÉANT D'ARGILE IMAGINAIRE
GREFFE GHETTO FIEVRE GHETTO GREVE GHETTO
L'ÉCRIVAIN DE RETOUR FAIT UN TROU DANS LE MUR
OU L'ALIBI DES RÉPÉTITIONS EST COUSU
DE FIL ACCABLANT IL A FAIT SON MARCHÉ NOMS
D'OISEAUX NOURRITURE DE LIVRES INTROUVABLES  


La parole est à Frédéric Meyer, cellule Marcel Paul, section d'Avignon, fédération du Vaucluse (L'HUMANITÉ, 9 octobre 1990) : « cette démarche est en elle-même porteuse de réflexion »


J moins 173)

LABORIEUSE PIECE OUVERTURE DE MÉMOIRE
DERRIERE LE MIROIR AILES FRAGILISÉES
LA COLERE PERSISTE ET LE CASQUE DÉBORDE
SECOUEZ SECOUEZ SECOUEZ LES ALARMES
HOMME RÉVOLUTION FEMME HAUTE MER
FIDÉLITÉ D'AMIANTE ET DE PASSION TOUJOURS
REJETTE LA VIOLENCE RETRAIT LE DON TOTAL


La parole est à Jean-François Reille, cellule Lycée Chaptal, section du 8ème ardt; fédération de Paris (L'HUMANITÉ, 11 octobre 1990) : « parfois, nous avons entendu des vérités et nous les avons rejetées d'un revers de main »

La parole est à L [Michel Leiris] : miroir - roi de la rime

(J moins 172)

PARLONS MODERNITÉ DES MOTS PASSONS AUX CHOSES
MAIS VOUS RÊVEZ DES MOTS DES MOTS VOUS RÊVEZ TOUS
AZIMUTS LANGUE CHOSE OUVERTE AUX INGÉRENCES
DÉRAILLE MENT DÉRAILLE MENT DÉRAILLE MENT
PENSEZ PAZ PENSEZ PAZ PASSAGER TRANSVERSAL
OH VIGNE FIDELE DANS LE CIEL ENCOMBRÉ
RESPIRE L'AIR DERNIER AVANT L'HIVER DES CHOSES

La parole est à Maurice Niles, cellule Peri-PTT, section de Drancy, fédération de Seine-Saint-Denis (L'HUMANITÉ, 12 octobre 1990) :  « s'il ne s'agissait que de formules, tout est possible. Et s'il s'agit d'autre chose, discutons-en »

(J moins 169)

TOUT TOURNE TOURNE MAL SORTIES DE MA RÉSERVE  
LES FLECHES DE PARTIR MASSACRENT LES SAISONS
TROP VITE L'HEURE EST BLEUE JAMAIS LE TEMPS NE GREVE  
ET TOUTE LA CITÉ RÊVE AU MAÎTRE PROCHAIN
ET TOUT LE RESTE TOURNE ET TOUT LE RESTE RESTE
UN DÉCLIC C'EST LA MORT LA MORT LES GENS LES GENS
SANS CONDITION VOILA L'ÉCHEC LE RÊVE ÉCHEC


La parole est à Jean-Pierre Kahane, cellule Maurice-Audin, section Orsay-fac, fédération de l'Essonne (L'HUMANITÉ, 15 octobre 1990) :  « comment avait-on pu en arriver là  »

La parole est à L : paradis - pure idée
 



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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Dim 2 Aoû - 12:36

à consulter en relation PENSER-LUTTER-TRANSFORMER, avec Meschonnic

Patlotch a écrit:
nous poursuivons l'interpénétration, le questionnement réciproque des "points de vue" que nous avons posés comme "catégories" de ce forum, dont aucune ne dit le tout sur le tout, mais dont toute contiennent ce tout et en disent autre chose, disent aux autres catégories ce qu'elles ne savent pas d'elles-mêmes. Nous avons commencé de le faire pour les entrées classes-femmes-identités- individus... capital et colonialités... et partout les "actualités", les événements et leur signification. Le plus difficile, à qui n'est pas familier de l'art, est de saisir en quoi de leur pratique, individuelle ou collective, naît une poétique, et en quoi celle-ci a quelque chose à nous dire de la révolution, de toute révolution, c'est-à-dire de tout changement radical

ici, nous allons insuffler de la pensée poétique dans la pensée théorique. Pensée poétique au sens où je l'ai posée dans sa relation réciproque à la pensée révolutionnaire, dans leurs praxis inséparables > RÉVOLUTION de la POÉTIQUE et POÉTIQUE de la RÉVOLUTION de Guy Debord à Patlotch


2009

avec Henri Meschonnic, pour sortir du postmoderne, hourvari, 2009, p.66-70

[...]

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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Dim 2 Aoû - 20:22

continuant avec Jacques Guigou, II. Sur quelques poétiques révolutionnaires contemporaines / A- Les suiveurs de la poétiques révolutionnaire situationniste, ceci à propos de critique de Daniel Blanchard et sa Crise de mots (Sandre, 2012), mais portant sur le caractère performatif ou non de la poésie ("révolutionnaire" ou pas, ce n'est pas le problème)

Jacques Guigou a écrit:
Par ailleurs discuter sa vision performative de la poésie (cf. son chapitre "A propos de ce que fait la poésie") ; la parole de poésie qui n'est pas un langage n'a pas à être ou ne pas être "performative". Ici D.Blanchard se laisse influer par les théories de la performativité du langage formulées par les déconstructivistes (européens et américains).

La performance, qu'elle soit  corporelle ou verbale n'est pas intervention sur le monde, mais un support à la surface des choses, une publicité de l'existant et de son devenir-même, une vaine et illusoire lamentation sur les tentatives par l'espèce humaine de sortie de  son errance...

1) le fait qu'une parole soit ou non performative n'est pas limité au poème;

2) dans la poésie ou les arts, ce caractère n'est pas propre aux seuls « déconstructivistes (européens et américains) »

3) le caractère performatif d'une œuvre d'art n'est pas propre aux arts usant d'un "langage" de mots, tels que la poésie, la littérature, le théâtre. Il vaut pour toutes autres formes : peinture, sculpture, musique, danse, cinéma... et de ce fait :

4) le caractère performatif d'une œuvre d'art ou d'un poème n'est pas à confondre avec la forme artistique de la performance

le caractère performatif de la musique par exemple, et particulièrement du jazz, a été analysé par le théoricien de la littérature et expert en "poétique" Gérard Genette. Or, comme je l'ai montré dans Jazz et problèmes des hommes en 2002, Genette se plante largement, historiquement et culturellement, en comparant le jazz et la performance artistique de l'art occidental de la fin du XXème siècle. Son discours est court et s'essouffle, s'épuisant dans sa vision eurocentrée. Voir dans :

- II2 un art moderne pour la modernité (II - BODY AND SOUL : POETIQUE ETHIQUE ET POLITIQUE)
- de la fabrique poétique du jazz (I5 écouter PARLER ceux qui jouent)
- la place de l'Autre (I3 les Noirs à l'œuvre métissée)
- troisième interlude : au-delà du consensus jazzosphérique (I3 les Noirs à l'œuvre métissée)
- 5ème interlude : éloge du butinage / pour faire un poème jazzaïste (I5 écouter PARLER ceux qui jouent)

naturellement, ce n'est pas une surprise que Guigou comme Genette réduisent la performativité de l'œuvre d'art, en tous temps et qu'elle soit un art en langage de mots, à la notion occidentale de performance, née au XXème siècle en pleine décomposition des arts classiques - et des avants-gardes :

- de Jacques Guigou, rien d'étonnant, il est un grand réducteur de tout ce qui ne vient pas de lui : de la critique du capital des autres, de la pensée des identités et des individualités par les autres, de la dialectique marxienne chez les autres, de dépassement partout..., etc. Guigou est un bourgeois de souche française républicaine de plus en plus réactionnaire et hargneux face à tout ce qui fait bouger les lignes de penser-lutter-transformer

- de Gérard Genette (et de la "philosophie analytique") non plus, il fut la bête noire de... Meschonnic pendant des décennies, en matière de poétique comme de conséquence pour la pensée, la philosophie, le politique, l'éthique, etc.

bref, Jacques Guigou ne comprenant pas davantage ce que signifie performativité d'une œuvre d'art quel que soit son époque et son "langage", que le concept d'œuvre-sujet, ou de "dépassement dialectique produit", tape encore à côté de façon caricaturale : il n'en rate pas une, c'est pas de chance...



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MessageSujet: LIVREDEL V LIVRE DE L'AUTRE   Ven 7 Aoû - 2:34

extrait de

I-VII LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991/2010/V LIVRE DE L'AUTRE Chapitre 2

pour ce "livre" la prescription était la suivante :

Patlotch a écrit:
Dans ce Vième livre :

- extraits de l'Humanité pendant la préparation du 27ème congrès du PCF, en décembre 1990

- POÈMES découpés dans les titres de l'Huma du jour, diminuant d'un chapitre à l'autre de douze à un pied

- textes sous initiale L.  : LANGAGE TANGAGE ou Ce que les mots me disent, de Michel Leiris, paru en 1985 aux éditions Gallimard (on se souvient que le personnage de la Comtesse se proposait de lui offrir, voir la 685ème nuit)

- textes sous initiales K. : L'immortalité, de Milan Kundera, paru chez le même éditeur en 1990 (on se souvient de sa rencontre au Père-Lachaise d'une personne qui lisait ce roman)

« LE MASSACRE DES INNOCENTS Dans les grands cimetières sous la lune peuplés de la mémoire de tant de ses enfants massacrés,
le peuple palestinien s'avance à nouveau derrière les cercueils des innocents...»

Claudes Cabannes, L'HUMANITÉ, 9 octobre 1990

«... aux prises avec la musique pour traiter du domaine qui est le mien : le roman. A partir de là, je peux constituer un livre comme une symphonie avec des règles arithmétiques qui gèrent les chapitres, avec l'ambition de trouver les moyens littéraires d'un opéra, c'est-à-dire l'équivalent de l'orchestre, du soliste, du récitatif, du chant. Du coup, j'utilise le journal, la correspondance, le récit cinématographique, le poème, etc... C'est un peu instinctif mais la réalité pour moi a toujours été inabordable sous un angle linéaire. Je ne peux l'envisager que d'un point de vue contradictoire. »
BAPTISTE-MARREY, cité par G. Noiret, L'HUMANITÉ, 9 octobre 1990

(J moins 164)

NOTRE OPINION EST UNE GROSSE SUSPECTE  
COMMENT ÉVITER DE LA GORGE AU TRAVERS  
LES FUITES DE VÉRITÉ LE CORPS MENTEUR
LE SPECTACLE DES REGARDS AUX POCHES VIDES
ET LES AMIS MENTEURS C'EST UNE AFFAIRE IN
TIME AVEC LE TEMPS LE TEMPS NEUF ET TIMIDE
NOTRE OPINION EST UN GROS BLUES TORTIONNAIRE



La parole est à Guy Pettenati, cellule Louis-Daquin, section Chevilly-Larue-Rungis, fédération du Val-de-Marne (L'HUMANITÉ, 20 octobre 1990) :
« il faut, il est indispensable, que chaque opinion puisse s'exprimer, sans qu'elle soit culpabilisée de je ne sais quoi »

La parole est à L

« curieusement donc, chercher du côté du non-sens ce dont j'ai besoin pour rendre plus sensible le sens, pratique point tellement éloignée, à bien y réfléchir, de ce procédé classique la rime, qui joue la musique mais le plus souvent ne rime à rien sémantiquement parlant »


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 25 Aoû - 7:16



Elle est morte hier soir il pleuvait
elle est tombée par terre
et ne s'est relevée

On a pleuré
on l'a brûlée
sans messe ou mise en bière

Elle était ouvrière, ma mère



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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Lun 7 Sep - 11:50

à propos d'Édouard Glissant, deux rencontres poétiques et politiques, textes et témoignages

sur Médiapart, deux fins connaisseurs du poète, romancier et penseur Edouard Glissant, l'un est poète entre autre, l'autre webmestre du blog Tout-Monde...

le blog de Pierre Carpentier

Une rencontre avec Paule Béville, la «Pasionaria» d'Édouard Glissant 30 août 2015


le blog de Loïc Céry

Les Dossiers de l'ITM : "STRANGE FRUIT : HISTOIRE D'UN CHANT" (Billy Holiday)  06 septembre 2015


Loïc Céry a écrit:
Depuis le début de l'été 2015, une nouvelle rubrique est consultable sur le site de l'Institut du Tout-Monde (http://tout-monde.com) : "Les Dossiers de l'ITM".

Pour le troisième volet de notre série de l'été 2015 inaugurée avec les "Les Dossiers de l'ITM", retrouvez aujourd'hui au sein de la nouvelle rubrique du site, un dossier entièrement consacré à Strange fruit, ce chant de révolte si fameux mais dont l'histoire pourtant passionnante n'est pas toujours bien connue. Un dossier en trois parties ("Le manifeste" ; "Le contexte" ; "La postérité").

On se souvient du regard toujours intense que portait Édouard Glissant sur ce poème. L'occasion d'en explorer les multiples aspects, à la fois historiques et poétiques. Je dois néanmoins avertir les plus sensibles que ce dossier comporte un certain nombre de documents présentant notamment des photos de lynchages et certains récits qui peuvent être difficiles à appréhender.

Lire le dossier : http://tout-monde.com/dossiers3a.html


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Dim 13 Sep - 15:22

découvert par la grâce de Fadela Hebbadj, le poète Hédi Bouraoui et ses concepts de transpoétique, nomatitude, binarité infernale, transculturalité... qui ne sont pas sans m'évoquer Edouard Glissant, et qui viendront enrichir mon propos

Eloge du nomadisme fadela hebbadj 22 septembre 2012





Hédi Bouraoui, Transpoétique. Éloge du nomadisme, Montréal, Mémoire d'encrier, 2005, Essai, 170 pages. ISBN : 2-923153-39-1

Citation :
Hédi Bouraoui vient de publier aux Éditions Mémoire d'encrier Transpoétique. Éloge du nomadisme.

Les questions d'identité, d'immigration, d'altérité et de culture ont été posées au cours de ces cinquante dernières années avec acuité. Les articuler ensemble dans une relation globale et donc plus complexe - et les dépasser au seuil du troisième millénaire - est l'objet du livre de Bouraoui.

La Transpoétique est un nouvel humanisme. Elle invite à une communication et à une communion beaucoup plus larges, qui facilitent la compréhension de l'autre. Elle témoigne de la pluralité de notre être dans un monde de plus en plus ouvert et diversifié, malgré a priori et ressentiments de toutes sortes. L'auteur Bouraoui définit ainsi la notion de transpoétique:

« Par transpoétique, nous voulons surtout signaler le trans/vasement des cultures qui se chevauchent, se croisent, s'entrecroisent, s'attirent et se repoussent dans un travail incessant qui crée un espace particulier du faire poétique. Ce travail symbiotique, qui tisse parfois à notre insu cette nouvelle sensibilité, permet à chaque vecteur culturel d'établir des lignes de communication avec d'autres cultures tout en se transcendant, c'est-à-dire, en s'effaçant pour laisser la trace palimpseste de son processus créateur.»


Transpoétique. Éloge du nomadisme propose une vision d'ensemble et donc non réductrice de la création de valeurs culturelles et poétiques. L'auteur interpelle également la littérature française et francophone du Canada et de divers pays africains et européens, en apportant de précieux éclairages sur les jeux et enjeux de pouvoir qui fondent cet espace littéraire.

Hédi Bouraoui est Canadien, originaire de Tunisie. Il est poète, romancier et essayiste. Il est l'auteur d'une oeuvre importante qui chevauche sur trois continents. Il enseigne à l'université de York en Ontario depuis une trentaine d'années. Ses études ont souvent nourri les réflexions et débats sur l'interculturalité au Canada.


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Jeu 17 Sep - 10:01

lu dans un fil de Médiapart, où j'étais intervenu...

Pierre Carpentier : La "non réponse de Raphaël Confiant à notre Poème-Lettre-ouverte sur son site Montray Kréyol, lien ICI  



Raphaël Confiant a écrit:
VOLER LA MEMOIRE D'EDOUARD GLISSANT ?

Mercredi, 16 Septembre, 2015 - 20:28

"Sur un blog du site MEDIAPART, j'ai fait récemment, avec d'autres dont Patrick Chamoiseau, l'objet d'une interpellation publique de la part de deux Guyanais, Pierre Carpentier et Line Louzé-Donzenac, au sujet du classement des archives d'Edouard Glissant comme "Trésor national" par les institutions françaises.

  "Allez-vous laisser voler la mémoire d'Edouard Glissant ?" nous ont lancé solenellement ces deux personnes.

  Je constate d'abord que les 19 et 20 septembre, c'est au ministère de la Justice et en présence de Mme Taubira, Guyanaise si je ne m'abuse, que sera organisée une exposition des dites archives et que le 20 une présentation officielle en sera faite dans le même lieu. "Uniquement sur invitation" pour ce deuxième événement, précise la Chancellerie. Sera également présente une autre ministre, Mme Pau-Langevin, Guadeloupéenne si je ne m'abuse.

  Pourquoi Glissant au Ministère de la Justice ? Cette même justice qui avait pourchassé les membres du Front Antillo-Guyanais dont Glissant était un membre éminent au début des années 60 du siècle dernier ? Cette même justice qui avait refoulé Edouard Glissant à son arrivée à l'aéroport en Martinique à la même époque ? Cette même justice qui avait absous les commanditaires de l'assassinat d'André Aliker, déporté les 16 de Basse-Pointe, embastillé les membres de l'OJAM, traqué les membres de l'ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe), sans compter cent autres méfaits aux relents colonialistes, voire racistes, avérés.

  Etrange forme de reconnaissance de l'œuvre de Glissant. Donc pourquoi  ne pas exposer et accaparer l'œuvre d'un penseur qui toute sa vie aura combattu l'ignominie coloniale ?

 Je considère donc l'interpellation qui m'est faite comme nulle et non avenue, dépourvue de toute légitimité en tout cas, et me remémore plus que jamais cette forte déclaration d'Aimé Césaire que les mêmes institutions, avec la complicité des mêmes larbins coloniaux, avait tenté de panthéoniser :

  "La Martinique n'a pas besoin de ministres dans le gouvernement français !".

                                                                                 R CONFIANT  
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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Sam 26 Sep - 2:41


Hitoshi OSHIMA, Le développement d'une pensée mythique, Pour comprendre la pensée japonaise, Hokihu Shuppan 1989, éditions Osiris 1994, p 117-118



Citation :

« On dit souvent que le Japon n'a pas de « philosophie », au sens contraire de l'Occident, de l'Inde ou la Chine, et nous sommes d'accord avec cette idée. Un monde de pensée dont la base est constituée d'une pensée mythique ne formera pas une « philosophie », qui commence lorsque la sensibilité est dépassée. Il ne fait pas la différence entre le « sensible » et « l'intelligible », pas plus qu'entre « théorie » et « pratique ».



Exprimer la pensée japonaise à l'aide de concepts abstraits est généralement un travail qui dépasse l'imagination des Japonais. Par contre le Japon recèle des poètes comme Matsuo Bashô, capables de transmettre comme message un contenu étonnamment abstrait à l'aide d'un code donné et limité. En quelques mots




je suis parfois un penseur japonais
.
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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 21 Oct - 2:57

une description que je trouve très juste du processus de création, qui concerne la composition musicale, mais qui vaut aussi pour la peinture, la poésie, du moins dans l'expérience que j'en ai. Je l'avais retenue pour  de la fabrique poétique du jazz 2002

Roger Vigouroux, La fabrique du beau, cerveau et création artistique, 1992





Une étude globale des fondements neurobiologiques de l'art : comment expliquer le don? Quels sont les processus spécifiques de la création littéraire, musicale, picturale

Le point de vue du neuro-psychiatre, ci-dessous, qui porte sur la composition, n’aurait besoin que de quelques retouches pour concerner aussi à l’improvisation (dans certaines formes tout au moins), au point troublant qu’on ne verrait pas en certaines circonstances de différence entre composer instantanément et improviser

Long est le chemin qui mène de l’esquisse à l’œuvre

Roger Vigouroux a écrit:
Quelles sont les différentes étapes qui président à l’élaboration d’un ouvrage artistique ? Chez le musicien, on trouve au départ l’idée perçue de façon intuitive, vague schéma auquel devront s’harmoniser les notes, motifs imposés à la pensée comme un chant intérieur, ou quelques accords, essayés un peu au hasard sur l’instrument, dont le compositeur saisit d’emblée toutes les ressources et les multiples variations possibles (changement de rythme, répétition, réexposition, etc.)

A partir de ce thème primordial, le travail de l’artiste commence. Il provoque le jaillissement d’autres structures mélodiques dans la pensée consciente. Le texte se développe au gré de multiples influences, trop hétéroclites pour qu’il soit possible de les analyser. Elles font référence tout aussi bien aux procédés, aux « ficelles » de fabrication, ou à la théorie, qu’aux élans les plus subtils de l’âme.

Une modification peut dépendre d’un mouvement infinitésimal de l’humeur, du souvenir d’une partition déjà entendue, du besoin de se différencier d’une pensée musicale connue, ou enfin d’un chatouillis d’innovation formelle » introduit pour émouvoir, soutenir l’attention voire choquer l’auditeur potentiel.

Les phrases s’organisent en même temps qu’elles sont soumises à l’épreuve du jugement de l’artiste. Contrôlées, disciplinées, elles s’ordonnent dans un vaste ensemble structuré qui assure l’unité de l’ouvrage. Les thèmes s’articulent les uns aux autres, se succèdent jusqu’à la note finale, donnant à l’auditeur l’impression d’être conduit « par un chemin dont les détours mêmes sont voulus et calculés ».

Toutefois, la démarche suivie n’est en rien rigide. Elle varie suivant le type d’œuvre et surtout suivant le tempérament de l’artiste.

Mozart travaillait très vite (...)


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Ven 23 Oct - 1:01



POÉTIQUE DU DIVERS - ÉDOUARD GLISSANT Film de Guillaume Robillard (2015)Un documentaire soutenu par l'Institut du Tout-Monde

voir la vidéo bande-annonce dans l'original


Citation :
Poète, philosophe et romancier martiniquais, Édouard GLISSANT nourrit généreusement la littérature caribéenne de sa pensée depuis un demi-siècle jusqu’à obtenir un écho considérable au niveau international. De Taïwan au Venezuela, de l’Afrique du Sud aux États-Unis, ses concepts tels que la créolisation des cultures, la Relation comme mode de rencontre des différences, le Tout-Monde comme rempart contre la mondialisation uniformisatrice du Monde rencontrent un auditoire considérable. Son œuvre imposante fait d’Édouard GLISSANT l’un des grands penseurs des métissages culturels à l’échelle mondiale. Ses multiples nominations au Prix Nobel de littérature depuis 1992 ont consacré ses propositions.

Ce documentaire est un « voyage » dans les paysages de la pensée d'Édouard GLISSANT qui s’adresse à nous avec la complicité d’héritiers de sa « parole » :  

les écrivains Patrick CHAMOISEAU, Maryse CONDÉ, Ernest PÉPIN, le journaliste et essayiste Edwy PLENEL, le footballeur Lilian THURAM, des universitaires du Canada, de New-York, du Maghreb…

Accompagnés d’un conteur créole et de la mystérieuse Mycéa, personnage-fétiche d’Édouard GLISSANT, nous sommes invités à une errance dans les paysages antillais et du Monde en quête des paroles d’Édouard GLISSANT…


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Lun 2 Nov - 18:53

Aragon Traité du style 1928 Gallimard L'imaginaire p. 58-60


Aragon a écrit:
Pas un ignoble petit rentier, pas un fils d'officier, pas une graine de rond de cuir, pas un imbécile heureux à qui on vient d'offrir une motocyclette le jour de l'an, pas une fausse-couche élevée dans du papier de soie, pour qui Rimbaud ne soit un autre soi-même.

Tout ce qui attend un héritage parle de disparaître un jour. J'ai déjà dit que j'y reviendrai. Pour l'instant ce que j'étudie dans ce phénomène est la grande commodité anti-poétique du rimbaldisme contemporain.

Car l'anti-poésie n'est plus une chimère dialectique. Elle a pris corps, dans un temps sportif, elle est devenue système, elle a même au besoin des fondements métaphysiques.

Le succès de Rimbaud, puisque telle est la saloperie des faits qu'il peut être question du succès de Rimbaud, est en grande partie dû à la curieuse moralité qu'on prête à sa vie. car ils sont si bien arrangé les choses, que la vie de Rimbaud est prise à témoin contre la poésie même. Cette absurdité a cours.

Ainsi, chaperonnés par Rimbaud, nos jeunes industriels, nos magistrats en herbe passent superbement condamnation sur tout ce qui les emmerde de façon congénitale. Enfin plus n'est besoin le lire tous ses vers. L'ignorance est de mise. Les livres peuvent dormir dans la poussière, ça n'est pas fait pour ces mains soignées. A la rigueur, on va au théâtre, avec les femmes. Mais lire. Des poèmes. Nous avons dépassé ce stade, songez donc. Hugo, Nerval, Cros, Nouveau, on ne va pas nous faire marcher avec ces refrains d'autrefois.

Je me suis même laissé dire par un ancien ami que j'avais le goût du bibelot, avec ma façon de m'intéresser à tous les petits romantiques. Il paraît que j'ai de la condescendance pour les poètes mineurs. Et pourtant par là on entend Pétrus Borel, ce colosse.

Oui, je lis. J'ai ce ridicule. J'aime les beaux poèmes, les vers bouleversants, et tout l'au-delà de ces vers. Je suis comme pas un sensible à ces pauvres mots merveilleux laissés dans notre nuit par quelques hommes que je n'ai pas connus. J'aime la poésie. Je suis en mesure de le faire. Pouvez-vous en dire autant ?





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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 18 Nov - 1:02

il est temps de reprendre les fils de notre théorisation lourde, mais tissés en habits légers pour les temps chauds qui viennent

importé de mon site, notes poétiques 9 juin 2014


rythmes en révolution : philosophies, jazz et poésie, les tambours et le monde

le concept de rythme est central en musique, en poésie... Pour paraphraser Roland Simon, théoricien de la conjoncture pour la communisation, je pourrais dire que

le concept de rythmes est indispensable à la théorie de la révolution

au pluriel, puisqu'il s'agit de poly-rythmie...

la notion de rythme est peut-être celle qui traverse le plus profondément l'ensemble de mes considérations et activités, jazz, poésie, sur la révolution, jusqu'à la conception de ce site entre temps et espaces. Le rythme est tellement partout qu'on ne le voit ni ne l'entend comme élément essentiel du changement dans la vie et donc concept indispensable à la révolution. Quelques-uns, non des moindres, y ont pourtant pensé

Édouard Glissant et les partis pris du rythme Jean-luc Tamby

Jean-luc Tamby a écrit:
« Dans la thèse que j’ai consacrée aux prolongements musicaux de la pensée et de l’œuvre d’Édouard Glissant, la question du rythme a occupé une place centrale. Édouard Glissant propose en effet de rapprocher par le rythme « le style de jazz » de Miles Davis et son propre style. Les praticiens du rythme, poètes, comédiens, musiciens ou danseurs, utilisent les métaphores du rythme comme un vecteur de communication qui réunit les différents arts et surtout comme une source d’inspiration qui les pousse à dépasser les limites inhérentes à leur propre discipline. À l’inverse, certains théoriciens et critiques, musicologues, poéticiens, se méfient des métaphores du rythme qui contredisent l’exigence scientifique de leurs travaux. À la fois producteur et critique, Édouard Glissant nous engage dans une écoute presque métaphysique des rythmes, en même temps qu’il se défie des imprécisions et des idées reçues qui entourent cette notion. C’est donc à la fois l’ampleur du rythme glissantien et son ancrage dans une histoire déterminée et un « lieu incontournable » que cet article propose d’évoquer.»
il y est question de Paul Valéry, de Meschonnic et Démocrite, Deleuze et Aristote... mais aussi de tambours, du rythme comme résistance




tambour bèlè

Max Cilla (flûte des mornes)
et Boris Reine Adelaide (Tambour bèlè Martinique)


Jean-luc Tamby a écrit:
« Édouard Glissant nous invite à penser le rythme dans son « évanescence » et dans sa « précision », dans sa démesure et sa mesure. La totalité et la démesure de la philosophie du rythme d’Édouard Glissant répondent à la négation existentielle et donc rythmique imposée par la traite : alternance cosmique des jours et des nuits remplacée par la nuit sans fin de la cale, balancements de la marche et de la danse entravées par les chaines, danses, chants et paroles dispersés, interdits et condamnés à l’oubli. Face à l’esclavage vécu comme une catalepsie, le rythme devient la possibilité d’une résistance. Le rythme devient la condition de l’existence et la métaphore de l’existence même. Paradoxalement, l’ampleur de cette poétique du rythme s’enracine dans la matérialité première des premiers tambours réinventés, dans des premiers pas de danse qui défièrent les fers et posèrent l’amorce de nouvelles communautés.»


Les rythmes différents du processus révolutionnaire dans les Caraïbes Yves Benot par Jean-Claude Halpern 2005




an Analysis of the Communist Use of Music 1966

en relation Manifeste pour un parti du rythmeHenri Meschonnic août/novembre 1999

1998 1996


avec Henri Lefebvre vient aussi l'idée que le rythme devrait intégrer pleinement l'héritage marxiste de la dialectique du changement, dans la mesure où il peut rendre compte de la dynamique temporelle des contradictions, et de leur complexité polyrhytmique dans une conjoncture

Citation :
« Rythmanalyse fut pour partie un travail de collaboration, le développement de deux textes co-écrits avec sa femme, Catherine Régulier, bien que l’ouvrage ne porte que le nom de Lefebvre sur la page de titre ; il fut édité et introduit par René Lourau.

Tout à la fin de sa vie, Lefebvre revient à plusieurs de ses thèmes plus anciens – la vie quotidienne, le rural et l’urbain – et les repense à travers la notion de rythme. Les rythmes sont « historiques mais aussi quotidiens, “au plus près du vécu” ».

Le point sur lequel il insiste est que le projet rythmanalytique souligne l’importance de concevoir l’espace et le temps ensemble, en dépit de l’habitude de les tenir pour complètement séparés.


Henri Lefebvre a écrit:
Pas de rythme sans répétition dans le temps et dans l’espace, sans reprises, sans retours, en bref, sans mesure



Le travail sur la rythmanalyse, qui examine le changement à travers le temps et l’espace, est à la fois le point culminant du travail sur la vie quotidienne et un retour à l’analyse des paysages urbains. Philosophiquement fondé et politiquement orienté, ce fut une fin appropriée à l’ensemble de son œuvre.
»

Stuart Elden, Certains naissent de façon posthume, la survie d'Henri Lefebvre, Marx au XXIe siècle


sur mon ancien site Tambours / sur le rythme dans le jazz le jazz 'pour les nuls', d'un savoir écouter

LIVRE DE L'AUTRE octobre 1990

C'EST L'EMBARGO SUR LES OREILLES À FOND  
LA CAISSE MAIS NON C'EST UNE ERREUR UN COUP
BAS DE LA SORCIÈRE LE MOUVEMENT CON
TINUE MAIS LE CŒUR NE BAT NE BAT PLUS COMME
AVANT C'était le plus Monk des batteurs TÉ
MOINS LES MAINS AU FOND DU CERCUEIL CONTINUENT
L'ART BAT CHEZ ART C'EST BATH ART BLAKEY BLACK OUT

(ART BLAKEY n'EST pas MORT)


solo 1965 vidéo




en relation :

TEMPS, RYTHMES et IMPROVISATION pour la RÉVOLUTION COMMUNISTE DÉCOLONIALE

JAZZ, IMPROVISATION, RYTHMES et COMMUNISME : une matrice de la poétique révolutionnaire, improvisation collective, temps réel et création relationnelle

UN RENVERSEMENT POÉTIQUE et RÉVOLUTIONNAIRE de Guy Debord à... Patlotch...

des ŒUVRES-SUJETS PERFORMATRICES en ARTS : des usages révolutionnaires ?

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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 25 Nov - 21:19


de la raison d'un cœur dessinateur,

entrez murmures, au pied des murs...

qu'ont des oreilles









Patlotch a écrit:
merci, Fred Sochard, je ne sais pas si ces dessins sont de vous, mais nous ne saurions nous passer des poètes en vers ou en images

j'ai mis ça là : état d'urgence : commentaires interdits, à toutes faims utiles, en attendant la fin...


peau neuve


peau d'âne et de chagrin

peau des fesses et d'efface,

sur le sable,

les pas désormais interdits




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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Jeu 26 Nov - 5:46

nouveau site interactif



Citation :
© Institut du Tout-Monde, 2013. Site établi et réalisé par Loïc Céry, pour l'ITM. Le contenu du site est libre de droits (sauf utilisation commerciale), à condition d'en indiquer clairement la provenance, avec l'url de la page citée.


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Sam 12 Déc - 12:06




Citation :



On the stepping stone of every civilization
there’s a burnt corpse of a woman
and scattered bones of humans,
this corpse is not burnt, but has been burnt,
these bones are not scattered, but have been scattered,
this fire hasn’t caught, but has been made to catch ,
this war has not started by itself, but has been started by someone or something –
but poetry is also not already written,
someone has written it,
and when poetry is written by people
the fire is boosted.
I am asking you people to save me from this fire

Save me, you all
from whose blood the pyramids,
the monuments and the walls have been made,
because saving me is also saving that woman
whose corpse is lying on the last step of the pond in Mohanjodaro.

Poem: Ek Aurat ki Jali Huyi Laash

source : Vidrohi: A Rebel Poet On The Streets Of Delhi August 29, 2015/ Eye Art Collective

A Student Who Never Left Campus And A Revolutionary Poet: A Tribute To JNU’s Vidrohi Abhimanyu Singh Dec 09, 2015

The revolutionary poet Vidrohi is no more.

Citation :
I first met him many years ago, in 2002 or 2003, soon after I became a JNU student. My centre, the School of Languages, Literature and Culture Studies, was close to the Library Canteen where Vidrohi, an ex-student of the Hindi centre, hung out often, seeking some spare change from students on a daily basis for a cup of tea or a small snack. Close to the Library Canteen was a ditch where he slept; he had a blanket for the winters. It is generally believed that Vidrohi was rusticated by the administration in 1983 for participating in a student movement; the other theory is that he could not complete his MA in Hindi and dropped out. I remember him telling me about the theories of Emmanuel Kant in our first meeting which was Greek to the ignorant me but I liked his spirit and we struck up a friendship. He wanted me to be active in student politics but I was soon disenchanted with it and I remember him expressing his regret when I told him that I was not cut out for it. However, he seemed to understand in his own gentle and intuitive way why I wanted out.

It never struck me then but it seems like a great cruelty now on the part of everyone involved to let him sleep in a ditch and beg for his meals and tea. While the rest of us had our warm rooms to retreat at nights and access to regular meals in the mess, Vidrohi’s lifestyle never seemed to be a matter of concern for anyone, least of all the student groups. I am informed that lately, he had the option to sleep in the office of the JNU Students Union and that he could eat regularly from a canteen in the campus but these measures seem like ways to make up for the years of neglect and disdain that came his way.

To make matters worse, Vidrohi was not an easy person. He hated being patronised, as I understood from my association with him – he once chided me for asking him loudly how much money he needed and accused me of publicising my charity – and he also had a very foul tongue when he was in the mood. He would sit at one of the dhabas or canteens and go on cursing everything and everybody around him. Maybe in this way he expressed his disenchantment at a campus that wanted to appropriate his revolutionary credentials without expending much in return. Those who knew him tell me that there were in fact several attempts to drive him out of the campus for his cantankerous ways but he managed to foil them somehow.

I am told by others who knew him that post the publication of his poetry collection, Nayi Kheti, he came into some money and his financial condition eased. Also, he himself told me some time back that his daughter had cleared a competitive exam and that must have helped the matters too.

I saw him the other day outside the UGC, the second last time that I saw him and the last time we spoke to each-other. I told him that I wanted to translate his poems into English and he was fine with that. We were supposed to meet and discuss more but the last time I saw him, I was in a rush and we could only exchange pleasantries.

I hope that following his death, a trust is formed in his name that can assure that his family does not suffer on any account. This is the least we, JNU’s alumni can do for the man whose words gave us the glory we still don’t truly deserve.

Rest In Peace.






Dernière édition par Patlotch le Lun 22 Fév - 16:48, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 16 Déc - 6:59

Decolonial Love Notes to Myself by Jana-Rae Yerxa December 3, 2015






Decolonial Love Notes



I want to be fucking great!
Amazing!
Not in an egotistical way
Where it’s about dominance
No, not like that
This wanting
This desire
This need
Is rooted in love
Only love
A humble, righteous Anishinaabe love

I want to be fucking great!
Amazing!
Where I feel alive and exhilarated
I want to be seen
Surrounded by people that truly see me
I want to be celebrated by others
For the very things that I love and admire
About myself
Where I am appreciated
Because I know I am incredible
And they do too



I want to be fucking great!
Amazing!
I want to invest
In myself
In others
In doing things that help me to thrive and bloom
Where I am constantly evolving
To be
The best version of me

I want to be fucking great!
Amazing!
Where I am honouring my gifts
Those that were given to me
By sharing them with the world
And rather than them coming out
Because I have to push against
They are welcomed and embraced
Because I have found my place of belonging
Home

I want to be fucking great!
Amazing!
Where I am not scared to say this
That I want to be fucking great and amazing
Where it is okay for me
To say this out loud
And not be misinterpreted
Because this is what I strive for
Greatness
You feel me?
Where it is okay to be
Fucking great and amazing!
Because that is what I am
Fucking great and amazing!



Jana-Rae Yerxa is Anishinaabe from Treaty #3 Territory. She belongs to the Sturgeon clan and her home community is Couchiching First Nation. She has a Masters of Social Work degree from Lakehead University and a Masters of Arts degree in Indigenous Governance from the University of Victoria.
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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Sam 2 Jan - 6:44


là boucle la !

mes vœux mais
ni Dieu ni Président

Président donné Dieu damné
damnée boucle d'année

le ridicule ne tue pas le Président ne tue pas le ridicule



rien n'est pardonné
et tu l'as bouclé là :

tue le Président !




FoSoBo
01.01.2016 6:01




peintures de Louis Nicolas Lemasle
"Le bourreau Sanson présentant au peuple la tête de Louis XVI"
"Mahomet ferme les yeux"


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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mer 6 Jan - 20:18



La perte de toute vie
Est la disparition d’un autre moi
Une autre vis s’est desserrée
Un autre frère du travail migrant se jette du bâtiment
Tu meurs à ma place
J’écris des poèmes à ta place

Ces vers sont de Zhou Qizao, ouvrier dans une méga-usine du groupe Foxconn à Shenzhen, en Chine. Zhou les a composés le 1er octobre 2014, après avoir appris le suicide de son jeune collègue Xu Lizhi, lui aussi poète entre deux quarts de travail sur la chaîne d’assemblage.


Les poèmes de la misère 06/01/2016 du journal québecquois Le Devoir via dndf
http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/459027/les-poemes-de-la-misere

Des ouvriers chinois écrivent le drame de l’«atelier électronique du monde»




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MessageSujet: Re: POÈMES et POÉTIQUE de la RÉALITÉ   Mar 2 Fév - 15:28


« Le poète n’est pas ce distrait qui trébuche comme on le pense »

Colette Khalaf




Colette Khalaf a écrit:
Qu'est-ce que la poésie ?

Aujourd'hui, on ne peut plus distinguer les genres littéraires. Le roman est devenu un genre tellement hégémonique qu'il a fédéré les autres. Il n'y a donc plus un type poétique qui se définit par lui-même. Mais s'il faut le faire, la poésie se distinguerait du roman en sorte que ce dernier propose un récit et une intrigue racontés dans la temporalité, alors que la poésie, ou du moins ce qui reste de sa définition traditionnelle, est une expression d'émotions, d'affects donnés dans l'immédiateté, la fulgurance, et que l'on reçoit sans s'installer dans une temporalité. C'est comme ce qui distingue un morceau de musique qu'on écoute dans la durée et un tableau qu'on reçoit d'un coup. Il faut faire la différence entre la grande poésie et celle à l'eau de rose. Elle ne véhicule pas de sentiments, mais donne des émotions. Le poète n'est pas ce « distrait qui trébuche » comme on le pense.


À quoi sert la poésie ?

En fait, elle n'a jamais servi à rien, si on veut la considérer à travers l'angle du commerce ou des échanges matériels. Mais la poésie, comme mode d'expression, liée à la philosophie entre autres, est fondamentale, parce qu'elle aide l'homme à se définir soi-même. Vivre à travers la poésie est une posture face au monde. Car après tout, ce sont les textes littéraires, mystiques et philosophiques, notamment la poésie, qui définissent notre humanité, par leur participation au monde, ainsi que dans nos rapports au divin et à l'autre.


Quand est-ce que la poésie se décidera à se renouveler ?

Mais elle s'est renouvelée ! La poésie actuelle se manifeste de différentes manières et emprunte de nouveaux modes d'expression. Elle peut être régulière, en prose, non narrative, narration rimée, récits de voyage ou épistolaires, ou encore le récit d'une expérience mystique, de célébration du monde. Si le roman est une coupure, c'est-à-dire qu'on s'installe dans une durée pour en ressortir avec un texte quasi fictif, la poésie en appelle à une autre posture, parce qu'elle est « dans » le monde. Mais malheureusement, elle est moins vendable et n'intéresse plus les médias. Le travail des poètes, quoique plus discret, comme dans une niche, s'est renouvelé au fil des années.


Qui peut encore se prétendre être poète... après Rimbaud ?

Les grands poètes d'aujourd'hui sont tous des descendants de Rimbaud, de Claudel, de Verlaine, de Mallarmé... Ceux-là sont encore vivants dans la tradition poétique actuelle. Il n'y a pas eu de rupture, sauf qu'on les entend moins. On retrouve dans leur travail la même qualité et la même exigence formelle de signifiance, mais... moins d'écoute. On les lit moins pour des raisons économiques et de mode de vie. Les mauvais poètes étaient rejetés il y a cent ans. Ils le sont encore aujourd'hui.


La poésie a-t-elle donc sa place dans un monde digitalisé ?

Certainement, et plus que jamais. Le poète pense le monde et l'être. Il faut écouter sa voix, différente de celle qu'on entend dans le monde de la consommation d'aujourd'hui. Pour rester humain, il faut tendre son oreille à la voix de la poésie et de la philosophie. Cela nécessite une posture de lecture que l'école désapprend, de nos jours, aux enfants. Le monde est devenu trop formaté. On apprend à lire un récit, un journal, mais on est perplexe devant un texte qui ne met pas en scène des personnages ou qui en appelle à l'humanité de l'autre.

À travers la poésie on met le doigt sur un problème général lié à la culture, au savoir et à la réflexion. C'est un petit problème qui fait partie d'un plus grand : on est en train d'éloigner les jeunes du savoir et de la réflexion. Cogiter sur soi, sa citoyenneté, son être, son rapport au monde et à l'autre, passe par une poésie qui réfléchit.

Et Charif Majdalani de conclure en martelant : « C'est un problème qui touche au savoir, à la connaissance et à la réflexion : consolider les fondations d'une société qui se pense et se réfléchit. Sans cela, l'homme ne serait plus qu'une marchandise qui boit, mange et achète. »

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