PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.

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MessageSujet: FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.   Ven 26 Juin - 19:47


il s'agit en fait, mais je ne l'ai appris qu'en 2016, d'un texte de Gilles Dauvé ayant adopté pour la circonstance, en 1974 et 2015, un pseudonyme féminin

Quarante ans plus tard… Conversation avec Constance 1974-2015 éditions Blast & Meor Subversion iconoclaste et déboussolante

Propos recueillis dans un bar de Ménilmontant un soir glacial de janvier 2015

avec cet entretien, on tient peut-être un des meilleurs "textes" quant au féminisme dans la perspective de la communisation, et aux rapports entre domination masculine et contradiction de classe, dans une structure à dominante, et la critique du « fémino-marxisme » (Christine Delphy, Patriarcat, classe des femmes...) qui en découle



Dernière édition par Patlotch le Mer 1 Juil - 19:40, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.   Ven 26 Juin - 19:49

Le Féminisme illustré ou Le Complexe de Diane Florence Chatterley 1974 éditions Blast & Meor Subversion iconoclaste et déboussolante

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MessageSujet: Re: FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.   Ven 26 Juin - 20:02

extraits désordonnés préliminaires

Citation :
⇒ Je vous imagine écrivant et lisant sans cesse, ne sortant que rarement de votre bureau, devant un ordinateur, au milieu piles de vieux livres poussiéreux…

- Non, je me promène, principalement je me promène.

Citation :
⇒ Et depuis l’écriture de cet article, en 1974, qu’avez-vous fait ? Avez-vous continué à militer ?

- Depuis, j’ai fait diverses choses, choisissant une certaine discrétion. Je ne milite pas

⇒ Alors que faites-vous aujourd’hui ?

- En ce moment, j’écris sur le communisme.

⇒ Est-ce bien le moment ?

- Tout autant que dans les années 70, mais autrement.

Citation :
⇒ Justement, comment pensez-vous que cet entretien sera reçu ?

- Comme trop marxiste pour les féministes et trop féministe pour les marxistes.

Citation :
⇒ J’ai encore du mal à vous situer, Constance. Je pense par exemple à ceux qu’on appelle communisateurs dont vous avez l’air proche par certains points, mais aussi en décalage, en particulier sur ce qu’ils ont pu écrire sur le genre. Le concept de communisation est d’ailleurs apparu dans les années 70 dans les milieux que vous fréquentiez. Qu’en pensez-vous ?

- Vous savez qu’aux Etats-Unis, la communisation s’enseigne à la fac ? Je préférerais suivre un cours sur François Villon ou Marceline Desbordes-Valmore.

⇒ Mais encore ?

- La communisation, cela fait une heure que j’en parle. Le processus de la révolution, c’est la communisation. Il se trouve que je n’ai pas employé le mot, et c’est bien ce qui me sera certainement reproché. Mais maintenant c’est fait !
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MessageSujet: Le genre, mot et concept   Ven 26 Juin - 20:23

à propos du "genre"


un essentiel accord, puisque cela fut le fond de mon désaccord avec Théorie Communiste et se double contradiction de classe et de genre, débouchant sur sa perspective d'abolition du genre

je relève à cet égard que,  comme pour communisation et autres, Constance Chatterley attache, comme moi, moins d'importance aux mots qu'aux concepts, et ne manie pas ceux-ci de façon ambiguë, pour ne pas dire racoleuse ou surfant sur la mode pour leur faire dire n'importe quoi et son contraire

Citation :
Le genre, mot et concept

⇒ Vous venez de parler de domination « d’un sexe sur l’autre ». J’avais noté l’absence du genre dans votre article de 1974. C’est logique pour l’époque, et j’ai d’ailleurs l’impression que c’est l’une des rares choses que vous modifieriez dans ce texte, pour l’actualiser en quelque sorte ?

- Je ne crois pas. Il faudrait que le mot – le concept – apporte quelque chose… mais j’avoue ici ma perplexité.

⇒ Comment ça !?

- D’abord, je m’étonne que des féministes si promptes à repérer les signes de sexisme ou de position anti-femme aient accueilli à bras ouverts une notion défendue par la plupart des pouvoirs, masculins compris. Je m’étonne aussi qu’on accorde tant de crédit à ce qui est quand même une production universitaire. Depuis quand les bancs de la fac et les colloques savants sont-ils des foyers de subversion sociale, ou même de féminisme radical ? Je n’ai rien contre les chercheurs et chercheuses, il y a des façons pires de gagner sa vie, mais quand l’Université promeut un concept ou une théorie, c’est forcément pour émousser son tranchant critique.

Comment se fait-il que le genre fasse désormais partie du consensus cultivé et qu’on le lise dans Elle comme dans les manuels scolaires et dans les tracts des partis de gauche ? Même l’OMS, célèbre pour sa persistance à traiter l’homosexualité comme une maladie, a fini par rejoindre le chœur. En une quarantaine d’années, opposer l’identité sociale sexuée (« le genre ») à la différence biologique (« le sexe ») est presque devenu une habitude, sinon une obligation, dans le discours dominant, en politique, dans les médias, à l’université, à l’école, presque dans la rue, et de plus en plus dans les milieux radicaux. Consensus et critique sociale font rarement bon ménage.

⇒ Qu’est-ce que cela prouve ? Le concept de classe a bien été utilisé par Staline, par des universitaires… Cela ne vous empêche pas de le reprendre.

- D’abord, classe et lutte de classes sont des mots et des notions chargées d’ambiguïté. Je vous renvoie à ce que j’en disais au début de notre entretien. Mais je ne mets pas sur le même plan classe et genre. Que Staline se soit revendiqué de la lutte de classe, que la notion de classe serve couramment d’outil sociologique dépouillé de portée révolutionnaire, c’est évident. Cela n’enlève rien à la portée du concept, indispensable à une compréhension du monde.

Est-ce le cas du genre ? Il n’y a pas que moi pour poser la question. Il faut noter que ce concept, le genre, ne s’est imposé que difficilement en France. Il n’est omniprésent que depuis une dizaine d’année. Ce n’est que très progressivement que les gender studies ont remplacé les feminist ou women’s studies, faisant disparaitre le mot « femmes ». Nombre de chercheuses et théoriciennes féministes ont, au minimum, exprimé des réserves quant à son utilisation et sa banalisation. Je pense par exemple à Geneviève Fraisse, Françoise Collin ou Nicole-Claude Mathieu. Certaines féministes y voyaient une façon de dissoudre la question des femmes dans le genre en croyant la fonder et l’élargir, et je serais d’accord avec elles.

⇒ Votre réticence me surprend. Reconnaissez que la différence entre sexe biologique et genre social, que la mise en lumière et en concept de cette distinction est d’importance ! Cela nous permet de penser la possibilité de sortir des rôles imposés. C’est inimaginable dans cette société, mais la question se pose pour la révolution. Quid de cette « abolition des genres » parfois évoquée ? Cela suffit à en faire un concept utile, je dirais même nécessaire.

- Pour en être sûr, il faudrait qu’on nous démontre ce qu’il ajoute d’essentiel à la phrase si forte de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ». Le féminisme radical a longtemps été d’accord avec ça sans pour autant utiliser le mot « genre ». Ce qu’il désigne – le sexe social – a été pensé bien avant l’arrivée du mot. Mais si un mot s’impose, et avec lui une perception du monde, c’est qu’il répond à un besoin. Notre époque a produit le concept de genre pour rationaliser un problème qu’elle est incapable d’affronter. Le patriarcat correspondait à une société où la famille (père + mère + enfants) était la cellule socio-économique de base (paysanne ou artisanale), où l’homme (le père) était chef de famille. L’homme dirigeait la famille par sa position dirigeante à la ferme ou à la boutique.

En moins de deux siècles, le capitalisme industriel a bouleversé tout ça.

La nouveauté n’est pas le travail des femmes (elles travaillent même souvent plus, en tant que salariées puis en tant que ménagères), mais le fait que leur travail ne soit plus lié à l’activité du foyer. Elles tendent aussi à exercer les mêmes métiers que les hommes, ce qui n’était pas le cas des sociétés agricoles, ni à l’usine il y a un siècle. Le salariat crée une société infiniment plus fluide et mobile, avec un droit et une nette tendance à l’égalité entre sexes, jusque dans la police et l’armée
.

Pourtant la division sexuelle du travail perdure. Vous voyez des femmes conduire des autobus, rarement au volant d’un camion. Choix du métier, image, salaire, position de commandement… la hiérarchie sexuée n’est pas morte.

C’est là que la notion de genre trouve une utilité sociale bien peu subversive. Les rôles sexuels du monde préindustriel obéissaient à des normes rigides, souvent tournées, mais connues et reconnues. Ces normes ne fonctionnent plus, ou mal. Beaucoup d’enfants ont un père « naturel » et vivent sous l’autorité d’un homme qui tient lieu de père social, de deuxième père. Une femme haut fonctionnaire a beau commander sur son lieu de travail, y compris commander des hommes, elle se voit traitée en inférieure dans la rue et peut-être à la maison. Cette contradiction crée un dédoublement mental entre un donné biologique indéniable (appelé sexe) et une réalité historico-sociale (appelée genre depuis les années 1970). D’où la distinction entre un sexe naturel et un genre social.

La notion de genre, c’est ce qui aide la société, c’est-à-dire un peu tout le monde, du journaliste à la prof de collège en passant par la mère de famille, à penser les rapports homme/femme quand ils cessent d’apparaître naturels, fixes, allant plus ou moins de soi. Avant on parlait de « nature » pour se résigner à l’inégalité des sexes, maintenant on parle de « genre » pour croire qu’on peut la réduire.

Finalement, ce que dit le concept de genre, c’est qu’il n’y a pas de nature humaine, donc pas de nature masculine ni féminine. Franchement, je le savais déjà, et vous aussi.


⇒ Mais si le « genre » est un argument d’orateur sans contenu, pourquoi vous donner tant de peine pour le démolir ? Au risque de passer pour dangereusement réactionnaire…

- Parce que donner la priorité au genre détourne l’attention de ce qui peut mettre la société en révolution. Est-ce un hasard si la poussée des études de genre a coïncidé avec le déclin des références aux classes ? Il n’est pas neutre de se référer au « genre ». Un concept réunit des éléments en les séparant d’autres inévitablement minorés. Par exemple, parler de classe, c’est attribuer un rôle secondaire à individu, strate, catégorie, ethnie, etc. Parler de genre, c’est considérer en priorité une activité sociale à partir du critère sexuel (imposé ou choisi), et dès lors mettre au second plan les rapports de production.

⇒ Si le genre n’apportait rien, comme vous le prétendez, il ne déchaînerait pas tant d’hostilité.

- Si la notion de genre sert à vivre moins mal le trouble des mœurs contemporaines et en particulier la crise de la famille, cela ne veut pas dire qu’elle résolve tout ni pour tout le monde. Il y en a que ça aide. Il en a aussi que ça perturbe. Bousculer les rôles assignés semble mettre en péril une famille qui apparaît comme un ultime refuge. Bien entendu, ce n’est pas le mariage homo ou la théorie du genre qui ébranle la famille, c’est l’ensemble des conditions de vie, la précarisation, le chômage, « la crise »… Mais s’attaquer aux causes supposerait de s’en prendre au capitalisme, ce qui n’est pas une mince affaire. Il est plus facile de dénoncer la marchandisation de nos existences dans un seul domaine, la famille, et d’inventer un danger imaginaire qui la menacerait, le mariage homo par exemple.

Au fond, les ennemis du concept de genre ont un point commun avec ses défenseurs : l’illusion qu’il y a là de quoi changer la société en profondeur, les réacs pour le refuser, les progressistes pour l’encourager.


⇒ Une force de la théorie du genre, c’est d’intégrer les femmes dans un ensemble.

- En tout cas elle se présente ainsi : comme un moyen de refonder le féminisme en le dépassant. Ce qui explique son succès public. Une solution purement féminine à la question des femmes paraissant absurde, on s’évertue à replacer les femmes parmi d’autres groupes dominés ou infériorisés : le monde du travail bien sûr, également les minorités de couleur, d’âge, d’état (maladie ou handicap), de religion, d’ethnie, d’orientation sexuelle, etc. Comme il s’avère difficile de faire converger des situations si différentes, le genre a l’avantage de faire le lien, car il nous concerne tous. Reste à voir quel ensemble est ainsi réuni. Et là, vous me voyez sceptique. Il y a 40 ans, je refusais de dissoudre le problème des femmes dans celui des salariées. Je crains maintenant qu’on noie les femmes dans le genre en croyant les défendre. C’est une illusion de croire que la reconnaissance publique ou officielle du genre bénéficierait forcément à la cause des femmes. La société indienne n’est pas réputée favorable aux femmes, pourtant on vient de donner un statut légal aux transgenres, qui désormais ne sont ni masculins ni féminins. Un progrès, certainement, pour les personnes concernées, mais parfaitement compatible avec la domination masculine.

en relation, à propos du livre "Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme", de Jacques Wajnsztejn

un transsexuel juif accouchera dès novembre « Le patient est un Américain qui a subi une opération de changement de sexe aux États-Unis… Il a aujourd’hui « tout » d’un homme : sa pilosité et sa masse musculaire…
Mais il a gardé son sexe de femme et ses organes reproducteurs féminins. Ce patient devient aujourd’hui le premier homme ou transgenre à être enceinte dans l’histoire d’Israël. « Marié » avec une femme (une vraie) et travailleur social (il donne des conseils d’éducation sexuelle aux adolescents), il est très connu pour son combat en faveur des homosexuels. En 1998, Dana Internationale devenait la première transgenre à gagner le concours de l’eurovision. À sa naissance, l’Israélienne s’appelait Yaron Cohen.»
Altermedia 2011


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MessageSujet: militant.e.s, anarchistes, féministes et luttes de classes   Sam 27 Juin - 9:15

Constance Chatterley a écrit:
⇒ La critique du militantisme (ici du militantisme féministe) était alors courante dans les milieux les plus radicaux. Le ton que vous employiez était pourtant très différent du reste de l’ultra-gauche. Qu’est-ce qui vous distinguait d’eux ?

- Tout simplement, mon intérêt pour la relation homme/femme comme une question de fond. La plupart des groupes d’ultra-gauche critiquaient le mlf ou le MLF sans prendre au sérieux ce dont s’occupait le féminisme. Sous prétexte de replacer le problème des femmes dans un problème général, de remettre la partie dans le tout, ils dissolvaient la partie dans le tout : or, sans cette partie-là, le tout n’aurait plus de réalité, plus de sens. C’est l’éternelle tendance à réduire les femmes aux salariées. Ils refusaient d’admettre que l’oppression des femmes n’est pas une conséquence de la lutte de classes : or, elle date de bien avant. Mais dans le monde capitaliste où nous vivons, l’oppression des femmes est entretenue par le capitalisme. La difficulté, c’est de tenir les deux aspects à la fois.

⇒ Vous donnez quand même la priorité à la lutte des classes.

- Non ! Elle n’est qu’un moyen, le terrain où nous sommes forcés d’être et d’agir. Mon but (qui est aussi notre problème) n’est pas de repérer ou d’attiser la lutte des classes, mais que la révolution communiste y mette fin. Ce sont les professionnels de la négociation entre les classes à qui il faut une lutte de classes éternelle. Le NPA et la CNT ont besoin de la lutte de classes, ils en vivent, moi pas.

⇒ C’est à nouveau réduire la question des femmes à la question de salariées, comme l’ont fait en général les marxistes…

- C’est vrai que les anarchistes l’ont moins fait, parce que l’anarchie est plus proche de l’immédiat, plus sensible aux conditions de vie, aux oppressions spécifiques, donc à celles des femmes. Cela étant, il y a plus de points communs entre marxisme et anarchisme qu’on le croit : tout irait pour le mieux quand on serait débarrassé du salariat (pour les marxistes) et de l’autorité (pour les anars). Alors, plus de domination ni d’oppression: l’harmonie, entre autres l’harmonie homme/femme.

Chez les révolutionnaires, marxistes ou anarchistes, cet aveuglement mêlé de mépris a seulement commencé à s’estomper à partir des années 1970, quand la question du communisme a commencé à être posée socialement (par des minorités, s’entend), et avec elle la question de la domination masculine.


⇒ A partir des années 70 : pas avant ?

- Personne n’est plus intelligent que son époque. Engels a des mots sur l’homosexualité qu’aucun communiste n’écrirait aujourd’hui. Dans l’épisode adultère de Marx avec sa bonne Helen Demuth, le pire est sans doute que leur fils Frederick n’ait jamais été élevé avec les autres enfants de la famille. Certains surréalistes ne se cachaient pas de fréquenter les bordels. Un tel comportement chez des gens ayant un minimum de prétention radicale est devenu impensable un siècle plus tard. Mais ne nous croyons pas supérieurs à eux. Il est absurde de juger les pratiques d’une époque selon les valeurs devenues consensuelles dans l’époque suivante. Si notre regard a changé sur la sexualité, la famille et la prostitution, cela tient moins à des luttes ou à la maturation des consciences qu’au déclin de la respectabilité familiale, dû lui-même à l’évolution de la famille et de la société. Cela ne veut pas dire qu’autrefois socialistes, communistes et anarchistes ignoraient ces questions. Mais seule une frange, libertaire en général, en comprenait l’importance.


Aujourd’hui


⇒ Ce n’est plus le cas. On ne peut nier une évolution

- Sauf que l’évolution relève surtout du discours. En particulier chez ceux qui vivent de discours. N’importe quel groupe d’extrême-gauche se doit d’inscrire un paragraphe anti-sexiste dans son programme, au même titre que l’anti-racisme, l’anti-homophobie, l’anti-islamophobie, et bien sûr l’écologie. Même la propagande électorale du PS n’oublie pas les femmes, pas plus d’ailleurs que les handicapés ni la forêt amazonienne en péril. La cause des femmes est désormais un thème officiel et gouvernemental.

⇒ Tout n’est pas du discours. L’inégalité homme/femme recule, réellement…

- Vous pensez au salaire ? Si l’on fait confiance aux statistiques, à temps plein, les Français gagnent « seulement » 16 % de plus que les Françaises. Et tous temps de travail confondus, 31 % de plus, parce qu’il y a beaucoup plus de temps partiels chez les femmes. 31%, c’est beaucoup, mais moins qu’il y a quarante ans. Ce sont les chiffres de 2013. Gageons qu’en 2050, si le salariat existe encore, l’écart sera réduit à 15%. Belle conquête !

⇒ Mais ces différences de salaire sont principalement dues aux métiers exercés par les femmes, souvent moins qualifiés et donc moins payés. Aujourd’hui, pour un même poste, la différence est bien moindre. Et puis la lutte paye. Cela me fait penser à We Want Sex Equality, un film que vous connaissez sans doute. Il évoque une grève victorieuses d’ouvrières de chez Ford revendiquant des salaires égaux à ceux des hommes. C’était en 1969. (5)

- Oui, et ce film est inspiré de faits réels. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’en échange de cette augmentation de salaire, les ouvrières ont dû accepter une augmentation des cadences, le travail obligatoire le dimanche, etc. L’ouvrière gagne le droit de subir ce que subit l’ouvrier ! En France, la moitié de la population dite active est féminine. Je veux bien me battre pour l’égalité, mais ce ne sera jamais une avancée pour les femmes d’être aussi mal traitées que les hommes. Le féminisme que j’attaquais en 1974, c’était celui qui donne pour but aux femmes de « rattraper l’écart », d’accéder à la condition masculine dans ce qu’elle a de moins bon. Et le féminisme dominant de 2015 ne fait guère autre chose.

⇒ Ce ne serait déjà pas si mal !

- Pour vous peut-être : «  A travail égal, salaire égal »… Moi je reste pour l’abolition du salariat.

⇒ En tout cas la persistance d’inégalités de salaire ne veut pas dire que rien n’a changé. Il n’y a pas que le monde du travail. Les rôles sexuels ou sexués semblent en crise, vous devez vous en réjouir ?

- En crise, mais qu’est-ce qui en sort ? La société occidentale a beau se flatter de bousculer les barrières du genre, elle est très loin d’une circulation libre ou fluide de celui né avec un pénis et de celle née avec un vagin, entre des activités, des comportements, des images qui cesseraient d’être le privilège forcé de l’un et de l’autre. Nous sommes toujours coincés dans des rôles respectifs obligés qui nous définissent, malgré nous, l’un comme homme, l’autre comme femme.

Parfois je me demande dans quel monde je suis. Si j’écoute la radio, si je lis des magazines, tout est fait pour me persuader que j’ai la chance de vivre une époque de plus en plus éclairée et émancipée, dans un pays en voie de se libérer d’une différenciation sexuelle dont même l’école enseigne qu’il faut s’en déprendre. Je lis dans le manuel scolaire Belin
: « Chacun apprend à devenir homme ou femme selon son environnement et l’éducation reçue. Il existe un autre aspect encore plus personnel de la sexualité : c’est l’orientation sexuelle. Je peux être un homme et être attiré par les femmes. Mais je peux aussi me sentir 100% viril et être attiré par les hommes.»

D’un autre côté, si je regarde autour de moi, la différenciation « traditionnelle » des sexes crève les yeux. Au sortir d’un cours politiquement correct sur le genre, le collégien regarde des filles nues sur son iPhone. Dans la rue, il passe devant des affiches de mannequins déshabillées. Chez lui, il aura à sa disposition une infinité de corps féminins virtuels. En revanche, l’immense majorité des images d’hommes qu’il verra seront des corps en lutte (reportages de guerre, films violents, jeux vidéo) ou en compétition sportive. Pas mort, le stéréotype ! La hiérarchie des sexes est sans cesse mise en avant, tout en étant niée dans le discours public et officiel. Le XXIe siècle dénonce la pédophilie et met en scène (et sur scène lors de concours) des petites filles hyper-sexualisées. On vit en schizophrènes.

⇒ Schizophrénie ? N’est-ce pas plutôt le signe d’un conflit ? Une tendance lourde qui provoque réactions et résistances ? Comme par exemple avec le mariage gay. On ne retient que l’ampleur de la Manif pour tous mais on semble oublier que le mariage homosexuel a bien été voté et qu’une majorité de Français l’acceptent.

Ces mobilisations désolantes témoignent d’un mouvement profond, comme aux Etats-Unis la puissance de la droite morale conservatrice. Elles expriment et exploitent des angoisses sur-jouées mais réelles : la famille, c’est ce qui reste quand la marchandise a tout conquis. Du moins c’est ce qu’ils ont envie de croire : dans les faits, l’argent a toujours pénétré et régi la vie de famille. La mise en scène des peurs n’a pas fini de faire défiler des foules. N’empêche qu’il s’agit d’une résistance, pas davantage, qui n’inversera pas le cours de que vous appelez justement une tendance lourde. Plus de la moitié des Américains ont déjà accès au mariage homo. En France, la Manif Pour Tous s’opposait à une loi finalement votée et qu’un retour de la droite au pouvoir ne remettra pas en cause. Les « réacs » ne triomphent pas là où croit : en 2014, le même jour, les électeurs suisses ont décidé de limiter l’immigration, et refusé de rendre plus difficile l’avortement. Il faut être gauchiste pour voir un « retour de l’ordre moral » en Europe ou aux Etats-Unis. Les élections récentes pour la mairie de New York ont opposé une lesbienne déclarée à un candidat marié à une Noire fière de son passé lesbien. De plus en plus de personnalités politiques et de grands chefs d’entreprise font et feront leur coming out. Ce qui était infâmant autrefois va devenir une preuve d’ouverture, un bon point démocratique. Ce serait évidemment impensable en Russie, en Afrique noire et en pays musulman, et il restera longtemps plus facile d’organiser une Gay Pride à Berlin qu’à Sarajevo. Mais la réaction est à la mesure de l’ampleur des évolutions.

⇒ Mais il ne s’agit pas que de droits ou d’une égalité formelle. Vous ne pouvez pas nier l’énorme différence entre la vie des femmes aujourd’hui et ce qu’elle était par exemple dans les années 1950.

La comparaison n’a guère plus de sens que de se demander si un ouvrier français « vit mieux » en 2015 qu’en 1950. Une meilleure santé, une espérance de vie accrue, la contraception, la possibilité d’avorter… contribuent à améliorer les conditions de vie, certes, mais aussi la productivité de prolétaires mieux « entretenus ». Si l’ouvrier (ou l’ouvrière) français de 2014 produit plus de richesses que celui de 1950, à en croire la mesure de la productivité horaire, c’est dû à l’efficacité des machines, mais également au fait que le travail soit mieux traité. Pour en rester aux femmes, elles se sont trouvées libérées – relativement – des contraintes de la maternité, et c’est très bien, mais cela veut dire libres d’aller travailler hors du foyer. Est-ce que le travail libère ?

⇒ N’allons pas trop vite. Je sais que vous êtes pour une société sans travail, vous venez de le dire, on en parlera. Mais les femmes de 2015 sont quand même moins enfermées dans un rôle qu’en 1950, en France.

- Tout dépend de quoi on parle.

C’était une conquête (relative) du féminisme des années 60-70 de ne plus – ou de moins –   définir les femmes comme mères, au même moment où les femmes acquéraientt une liberté incontestable grâce à la contraception. Cinquante ans après, l’opinion dominante estime qu’il manque quelque chose à une femme sans enfant, tout en faisant comme si ce n’était plus le cas, comme si les femmes étaient libres de leurs choix. L’évolution de la famille, le déclin de la figure paternelle et l’égalisation de principe entre les sexes n’ont pas entamé la place toujours centrale de la maternité. Symboliquement elle prend peut-être même plus d’importance. Cessant d’être obligatoire elle est vécue comme un « choix », et l’enfant en devient d’autant plus précieux, l’objet d’attention qui donne son sens à la famille. C’était d’ailleurs l’objectif des promoteurs officiels de la liberté de la contraception, Planning Familial et gaullistes éclairés comme Lucien Neuwirth. PMA, GPA et volonté d’un grand nombre de lesbiennes (en tout cas d’organisations qui parlent en leur nom) d’avoir aujourd’hui des enfants signifient un retour à la définition de « la femme » par la maternité. Dans les années 70, les lesbiennes féministes s’opposaient – cela va de soi – au fait que la maternité soit imposée aux femmes (en particulier mais pas uniquement par l’interdiction de l’avortement jusqu’en 1975). Mais aussi au fait de considérer (et que les femmes elles-même en viennent à considérer) qu’on n’est vraiment femme qu’en élevant des enfants. Quelle que soit leur origine : conception et naissance « traditionnelles », fécondation in vitro, PMA, GPA, voire adoption… Maintenant le désir d’enfant passe pour évident, chacun devrait avoir le droit de le satisfaire, et le simple fait de s’en étonner vous fait traiter de réac. Politiquement, c’est un recul.




Dernière édition par Patlotch le Sam 27 Juin - 9:25, édité 1 fois
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MessageSujet: critique de la famille, de la tradition et du trans-humanisme... et du concept de "patriarcat"   Sam 27 Juin - 9:23

là encore, profond écho avec mes considérations...

Florence Chatterley a écrit:
⇒ La famille se porte-elle aussi mal que vous l’écriviez en 1974 ?          

- C’est vrai qu’il y a un retour de la famille : mais avait-elle disparu ? Vivre en concubinage ou divorcer n’abolit pas le modèle « papa + maman + deux enfants ». On peut parier qu’une bonne proportion des marcheurs de la Manif pour tous divorceront un jour ou l’autre : cela ne les empêche pas de descendre en masse dans la rue. Ringards mais nombreux. « Travail, famille, patrie » faisait rire en 1974. A voir l’état du monde, et la remontée des religions et des nationalismes, j’en sourirais moins aujourd’hui.

Chez les progressistes, la  tendance dominante n’est pas de supprimer la famille, mais de la vivre autrement, en souplesse, la famille zen. Là-dessus, pas de divergence entre mainstream et radicaux, conformistes et décalés. S’ils repensent aux années 60-70, ces gens-là disent :
« On a gagné ! la famille oppressive hétéro-normée et patriarcale a fait son temps, vive la famille recomposée, homosexuelle, ouverte, etc. »

⇒ D’ailleurs la critique de la famille a aujourd’hui quasiment disparu dans les milieux radicaux. Elle serait même parfois vue par certains penseurs comme l’un des derniers obstacles à la marchandisation du monde. Je pense à des gens comme Jean-Claude Michéa ou Christopher Lasch très en vogue à l’extrême gauche… comme à l’extrême droite.

- Ce qui permet la récupération de Michéa et Lasch, c’est leur ambiguïté sur le rapport entre passé et présent, le tropisme du « C’était quand même mieux avant », ou « moins pire » ! Moi, je ne suis jamais nostalgique des communautés précapitalistes, ne serait-ce que parce qu’elles étaient et sont patriarcales.

Une des raisons de la difficulté d’une critique radicale du monde, c’est qu’elle doit s’en prendre à la fois à ses formes et forces conservatrices (ou réactionnaires) et, en même temps, aux plus progressistes et modernisatrices, car les deux tendances se combinent en s’opposant. Par exemple, notre critique n’a de sens que si elle tient compte autant de la montée (ou de la résurgence) des replis identitaires et ethniques, que de la promotion de l’antiracisme en idéologie dominante, avec un discours officiel de la tolérance et de la diversité.

En matière de mœurs et de sexualité, face au néo-conservatisme, très puissant aux Etats-Unis, et à la poussée religieuse quasi-universelle, se dresse la revendication d’une liberté totale et du droit pour chacun de se construire à sa guise. L’utopie d’une libération sexuelle des années 70 était souvent dérisoire, parfois imbécile, mais elle portait une aspiration collective… rarement assortie d’un début de pratique. Ce qui domine maintenant, c’est le mirage de l’individu souverain capable de vivre ses fantasmes, au moins sur écran, sinon avec des prothèses technologiques, et ce qu’il rêve de réaliser doit être lisse, propre et finalement sans enjeu. Pour ma part, sans regretter les contraintes d’antan (qui n’ont pas disparu, loin de là !), je n’adhère pas à ce qui participe de l’illusion capitaliste d’un individu auto-créé : « rien n’est nature, tout est culture, tout est possible, et tout ce qui bouleverse la tradition est subversif… ». Par exemple, agir sur son corps par la chirurgie ou la chimie suppose des techniques et des savoirs de pointe : comment les concilier avec la critique du pouvoir médical ? Je pose la question.


⇒ La réponse est que malheureusement chacun se consacre à une critique particulière, séparée. On se spécialise dans la dénonciation de la technologie et de la science, les questions de sexualité, de défense des sans-papiers, etc.

- Sachant qu’entre les adeptes d’une trans-humanité et les défenseurs de la tradition, il n’est pas de voie médiane viable : on ne dépasse jamais deux erreurs en prenant un peu de bien dans chacune.

⇒ A propos de marchandisation de la famille, c’est quand même le Manifeste communiste qui la décrivait en évolution vers « de simples rapports d’argent ». En 1848 !

- Dit en ces termes, c’est faux. La famille est bien davantage : un lieu, un lien, et plus encore en période de crise où elle fournit à l’individu une protection, un refuge qu’il trouvera difficilement ailleurs. Paradoxe inévitable, plus on demande à la famille, plus de contradictions on lui impose… pourtant elle persiste.

En 1897, il y avait quelque chose de choquant dans le « Familles, je vous hais » de Gide : il ne serait même pas pris au sérieux en 2015.

Je constate une régression.

En 1970, Barbara Loden réalise son unique film, Wanda, où elle joue le rôle d’une mère de famille mariée à un mineur, qui néglige ses enfants, part sur les routes, rencontre des hommes de hasard. De son passé, de ses motivations, de son point d’arrivée, on ne sait rien, son mari a plutôt l’air d’un brave type désarmé, elle s‘en va, c’est tout, et ce qui lui arrive n’est ni heureux ni triste. Un tel film serait mal reçu aujourd’hui. Le public aime les femmes en lutte, à condition que ce soit pour une bonne cause facilement identifiable : un mari odieux, un père incestueux, un patron exploiteur… Ou alors il faut qu’elle amuse le spectateur : mais Wanda n’est ni tragique ni drôle. Qu’une mère ait simplement et sans raison explicite envie de sortir de ce rôle, de « décrocher », reste une des choses les plus difficiles à admettre.

Louis Malle réaliserait-il en 2015
Le Souffle au cœur [1971], où un adolescent fait l’amour avec sa mère sans qu’ils soient l’un ou l’autre désaxés et malheureux ? Le jour de la Gay Pride, un couple homo est libre de se promener en tenue SM dans Paris, puis d’aller se marier, mais il y a des films qu’il vaut mieux ne pas faire, des idées qu’il est déconseillé de penser…

⇒ Mais est-ce que pour vous capitalisme et patriarcat sont compatibles ? Et d’ailleurs utilisez-vous les termes de « patriarcat » et de « domination masculine » comme synonymes ?

- Le capitalisme sape le patriarcat et entretient la domination masculine.

Il repose sur l’égalité des marchandises, donc aussi des êtres humains dont il marchandise le travail. Il tend à transformer tout (choses et êtres humains) en éléments échangeables et interchangeables du moment qu’est respectée l’égalité entre deux équivalents, dont il est en principe indifférent que les porteurs soient blanc, noir, homme, femme, chrétien, mahométan, athée, vertueux ou libertin. Quand tout doit être produit comme pouvant être échangé contre n’importe quel autre produit (objet ou service, fellation ou coupe de cheveux), n’importe quel acheteur ou acheteuse doit pouvoir traiter librement avec n’importe quel vendeur ou vendeuse.

Si le capitalisme n’était que cela, il pourrait se permettre de ne faire aucune différence entre un salarié et une salariée, entre un bourgeois et une bourgeoise.

Mais le capitalisme n’est pas un modèle « pur », il fonctionne comme une société, dans un monde qu’il transforme sans jamais le réduire à un simple échange marchand ni même à un simple rapport travail salarié/capital. Il tire profit des différences : il arrive à un patron d’embaucher une DRH femme, pas pour la payer moins chère, mais pour bénéficier de ses supposées « qualités naturelles », ou à une entreprise de miser sur la « communauté gay » comme marché et vitrine.

Le capitalisme suppose que toute sa société se reproduise, par la propriété privée, et d’abord celle des moyens de production : ceux qui les détiennent font travailler à leur profit ceux qui ne les détiennent pas. Certains de vos lecteurs diront que ça fait vieux marxisme : c’est pourtant aussi vrai et fondamental en 2015 qu’en 1848. D’où le rôle de la famille. Et qui dit famille, dit appropriation des femmes, à cause de leur rôle dans la reproduction sociale : celle des enfants, celle aussi de la transmission du patrimoine. Bien sûr le propriétaire d’usine privé s’est effacé au profit de la société par actions et du « capitalisme collectif ». On n’est plus au XIXe siècle. Un des aspects de la fin du patriarcat, c’est que le chef d’entreprise ne transmet plus sa filature ou son aciérie à son fils (aîné, de préférence). Le patrimoine légué n’est pas une usine, ni même une entreprise, mais du capital financier, mobile, transnational, qui n’est plus lié à une production particulière.

Pour autant la bourgeoisie n’a pas disparu, ni la nécessité de transmettre le capital aux meilleures conditions pour les bourgeois. Le capital n’est ni hors sol ni virtualisé.

Nous ne vivons pas dans un Meilleur des mondes à la Huxley où la reproduction se déroule en usine-laboratoire, où les enfants sont fabriqués puis conditionnés. Même notre contemporain le plus capitalisé ne vit pas en atome à ce point séparé des autres qu’il entrerait uniquement en relation avec eux par l’échange marchand, l’argent servant de médiateur à tout, y compris les rapports affectifs, amoureux, conjugaux et parentaux. Laissons la science-fiction imaginer un monde de l’individu absolu. Le libéral-libertaire est volontiers favorable à la dépénalisation des drogues, rarement à la suppression de l’héritage. La famille assure la garde et la transmission de la propriété privée. Il n’y rien d’étonnant que le droit à hériter de l’argent et des biens soit un enjeu majeur des contrats d’union civile et des mariages homosexuels. Si le patriarcat chute, le patrimoine est toujours là.


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MessageSujet: reproduction du capital par les femmes, critique de Foucault et de la critique de la domination et du 'pouvoir'   Sam 27 Juin - 9:33

Constance Chatterley a écrit:
⇒ Est-ce que vous ne minimisez pas l’importance de la reproduction de la force de travail ?

- Cette importance n’est pas contradictoire avec ce que je viens de dire. Toute société doit maîtriser la reproduction de ses membres. Jusqu’ici, quasiment toutes l’ont fait en obligeant les femmes à un rôle de soumission. Dans une société régie par le travail au sens moderne, le travail salarié, c’est la reproduction de la force de travail qui organise la domination masculine. Longtemps le mari a été l’instrument de cette appropriation du corps féminin : aujourd’hui, d’individuelle, elle est devenue collective et socialisée dans une large mesure. Une partie des tâches féminines sont effectuées par la crèche, l’école, la cantine, les services sociaux… Le capitalisme ne supprime pas le rôle de la famille, mais le capital, globalement, assure au moins autant qu’elle le renouvellement de la force de travail.

⇒ La famille est-elle, oui ou non, nécessaire au capitalisme ?

- Non. Mais comme elle est là, résultat de millénaires d’histoire humaine, il s’en accommode, en profite, l’entretient et la remodèle à sa façon.


⇒ Le capitalisme n’entraînera donc jamais d’égalité entre les sexes ?

- Non. Pour cela, il faudrait imaginer une société composée de flux de valeurs circulant sans support matériel, qui aurait réduit les humains à des individus uniquement échangistes, un capitalisme impensable aujourd’hui, sinon dans l’abstraction théorique… ou la science-fiction.

Non seulement la multiplication des divorces, la décomposition et recomposition familiales, le PACS, le mariage homo, sans oublier PMA, GPA, etc., n’entament pas la persistance de la « cellule familiale », mais à mon avis tout cela la consolide.


Exit Foucault

⇒ Votre analyse est parfois un peu simpliste, on dirait que pour vous, les travaux de Foucault n’ont jamais existé…

- Au moment où j’écrivais dans Le Fléau Social [1974], naissait la biopolitique : elle part de constats justes et importants, mais qui ne sont nouveaux que par rapport à un marxisme stérilisé, le seul que Foucault et ses amis connaissent.

Les travaux de Foucault montrent qu’à partir du XVIIe siècle, le pouvoir s’exerce par un contrôle sur la population, le corps, le mode de vie. Un des moments-clé, en France, serait ce qu’il théorise comme « le grand renfermement » des délinquants, des fous, des malades, des vagabonds… groupes susceptibles de faire obstacle à l’instauration de l’ordre bourgeois. Depuis, plus l’Etat se fait social, plus il intervient dans notre quotidien, la santé, l’intime. Tout à fait exact. L’ennui, c’est de réécrire deux ou trois siècles de capitalisme à la lumière d’une analyse qui mette le contrôle et ses mécanismes au centre de tout. La vulgate marxiste expliquait la totalité de l’histoire, du Moyen âge au XIXe siècle, par la montée de la bourgeoisie et du capitalisme. Chez Foucault, « le grand renfermement » fonctionne comme une cause dont le capitalisme serait un effet.

Pour lui, ce n’est plus le travail salarié (et sa maîtrise, et les conflits qui en naissent) qui détermine l’évolution sociale, c’est l’ensemble des dispositifs de contrôle. Dans la mesure où ces théories s’intéressent au travail, c’est pour dire qu’il n’est plus exploité essentiellement dans l’entreprise, mais en tous lieux, production et reproduction s’opérant partout, le capitalisme (si le mot convient encore) exploitant désormais moins le travail que l’ensemble de notre vie, notre affectivité, notre énergie. Contre ce conditionnement universel, la solution passerait par une révolte un peu partout : au lieu d’une révolution, des millions de subvertissements.

Ces thèses sont encore à la mode quarante après. L’échec des prolétaires des années 60-70 a favorisé d’un côté un repli sur la sphère privée, la consommation individuelle, le corps, le développement personnel, etc. Et de l’autre la recherche de nouvelles communautés potentiellement à même de changer le monde, graduellement et en douceur. Voilà le terreau des philosophies postmodernes. A tout prendre, je préférais la naïve « révolution sexuelle » de 1970. On fait la fine bouche devant Reich : c’était plus clair, je veux dire : plus visiblement illusoire.


⇒ Exit Foucault… mais il y a quand même des dominants et des dominés, non ?

- Je finis par en avoir assez d’entendre parler de domination.

A part les sadiques, personne ne domine pour le seul plaisir de dominer : encore faut-il que ce plaisir se nourrisse de bénéfices concrets, entre autres matériels. La domination masculine ne s’est instaurée et ne perdure que parce qu’elle produit quelque chose. Et pas seulement des enfants. On ne comprend la division du travail qu’en y incluant la division sexuelle du travail : mais celle-ci ne se comprend que par son rôle dans l’ensemble de la division du travail. La question à poser ici, rarement posée par le féminisme, est celle des rapports de production, étant entendu qu’ils incluent domination et exploitation.

Détachée de la production, la domination semble se créer et se perpétuer toute seule. On la repèrerait dans le couple patron/employé, certes, mais autant dans les couples blanc/noir, orientation sexuelle majoritaire/minoritaire, professeur/élève, médecin/patient, vieux/jeune, Nord/Sud, culture élitiste/populaire, parent/enfant, valide/handicapé, et bien sûr homme/femme, chacun de nous étant amené à occuper successivement plusieurs de ces positions. En une journée, la même personne sera dominée par son mari à la maison, son patron au travail et un flic dans la rue, et dominante face à un subalterne au bureau et à son enfant de retour chez elle. La domination n’a de sens qu’agissante partout, et la force du concept tient à sa dilution.

Les théories de la domination sont venues sur le devant de la scène quand est entrée en crise la critique de l’Etat, y compris la critique « réformiste », qui visait à conquérir des positions dans les institutions. Désormais le problème ne serait plus de prendre le pouvoir central, encore moins de le détruire, mais d’agir sur l’ensemble des comportements quotidiens et des pratiques de contrôle ou de gestion.

⇒ C’était très à la mode il y a quelques années, en particulier avec le livre de John Holloway, " Changer la société sans prendre le pouvoir !"


…mais sans le détruire non plus, selon Holloway. En croyant s’enrichir, la perspective éclate. A voir du capitalisme, du pouvoir et de l’Etat partout et nulle part, on perd de vue leurs centres, donc les foyers de contradictions essentielles. Le réformisme du quotidien qui s’annonçait en 68 s’est aggravé depuis. On commence par dire que le capitalisme est omniprésent et capillaire (théorie de l’usine sociale), et puisqu’il est partout on en déduit qu’aucun domaine ni lieu n’est plus important qu’un autre.


⇒ Et ce « partout » se réduit souvent au quotidien, au privé, à l’immédiat, au corps, à des questions de comportement ou de sexualité, vues comme des choix librement réalisés. On se replie sur une sphère privée où l’on s’imagine avoir prise.

- Comme y autorise la théorie de la domination : si le rapport dominant/dominé est déterminant, il n’y a pas hiérarchie mais continuité et complémentarité entre la domination exercée par un patron sur son employé, et la domination des normes sexuelles sur ma sexualité ou de la discipline scolaire sur le corps de l’élève. Il n’y a qu’un enchevêtrement de rapports de pouvoir étayés les uns par les autres.

Je n’ai rien contre le concept de domination, qui cerne une réalité. Mais la théorie de la domination, c’est autre chose, c’est une vision d’ensemble qui prétend expliquer le monde. Et c’est aussi un programme politique. Lutter « contre la domination » ne peut avoir qu’un sens : enlever du pouvoir ou même tout le pouvoir à ceux qui l’accaparent, afin d’en redonner à celles et ceux qui en sont privés. En ce qui concerne les femmes : créer une égalité homme/femme. Et tant que subsiste la domination masculine, égaliser ne peut qu’être synonyme de légaliser. Par exemple, revendiquer la parité.


⇒ « La femme est le prolétaire du prolétaire », écrivait Engels. Peut-on dire selon vous que le mari exploite sa femme et que, collectivement, tous les hommes profitent de l’exploitation des femmes ?

- En fait Engels a emprunté cette phrase aux Pérégrinations d’une paria de Flora Tristan [merci Constance, Flora à la trappe "marxiste", ça commence à bien faire] . Je suis d’accord pour dire que dans la famille le mari exploite sa femme, à condition de préciser ce que signifie ici le verbe exploiter. Il est abusif de décrire la famille comme lieu d’une exploitation où le chef de famille tiendrait lieu de patron : même s’il « exploite » sa femme, le mari n’est pas un patron. Il en tire un avantage matériel que l’on pourrait évaluer en argent. Mais il ne valorise pas un capital concurrent d’autres capitaux et produisant une marchandise mise en vente sur le marché. En élargissant à ce point-là le concept d’exploitation, on dissout la spécificité du concept de capital. Ainsi procèdent la plupart des théories qui reprennent Marx pour l’évacuer. L’exploitation est absorbée dans la domination. En l’occurrence, d’un sexe sur l’autre. Tout devient travail, tout devient exploitation, tout devient reproduction sociale : résultat, on se sait plus sur quoi repose la société.

Au moment où l’exploitation capitaliste (je dis capitaliste, car c’est le capitalisme qui règne à Tunis comme à Shanghai) s’étend sur la planète comme jamais auparavant, c’est à ce moment-là que son concept est en risque de dissolution. Curieux, non ?



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MessageSujet: Re: FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.   Jeu 2 Juil - 22:07

une amie me fait part de son intérêt pour l'entretien de Constance Chatterley. Bon, je ne vais pas l'obliger à intervenir dans le forum, et j'espère ne pas violer ses confidences, mais ça me semble, plus qu'intéressant, encourageant

extraits

Citation :
j'ai lu avec bcp d'intérêt l'entretien de C. Chatterley. J'ai l'impression d'être d'accord avec tout ce qu'elle raconte, sur la famille, le genre... elle dit à la fin qu'elle avait parlé tout le long de l'entretien de la communisation, ça m'a fait rire, j'avais juste besoin de savoir que ça existait tout ça dans la tête de quelqu'un...

C'est quand même terrible lorsqu'elle dit :

Constance a écrit:
"Mais là où les droits sont ou paraissent acquis, en France, aux Etats-Unis, un mouvement de femmes spécifique semble sans objet : comme si le succès apparent du féminisme l’épuisait. Ce sont ses victoires, ses acquis (comme on dit aujourd’hui), qui causent son affaiblissement. La satisfaction successive de ses revendications lui ôte sa dynamique. D’où sa dépolitisation."

... mais c'est logique, le capitalisme a amplement les moyens d'absorber la puissance révolutionnaire lorsqu'il ne peut pas la nier, finalement CC montre comment s'opère cette captation dans plusieurs contextes. Et ce qui est central, la famille comme lieu de reproduction sociale donc des classes :

Constance a écrit:
"Avec la fin du patriarcat, la contrainte sexuelle devient indirecte et insidieuse. La vraie question n’a jamais été avec qui faire l’amour. C’est de famille qu’il s’agit. "

enfin.. je ne vais pas tout recopier mais ses constats sont on ne peut plus percutants... elle dit aussi quelque chose de Foucault (ou plutôt de ce qu'on en a fait...) qui m'a plu :

Constance a écrit:
"A voir du capitalisme, du pouvoir et de l’Etat partout et nulle part, on perd de vue leurs centres, donc les foyers de contradictions essentielles."

et il me semble que ce qu'il faut chercher dans la structure à dominante est le lieu de la contradiction, cas par cas... c'est pour ça qu'il va falloir que je revienne aux fondamentaux.

En fait, je n'ai pas réussi à trouver d'autres textes de C. Chatterley qui est un pseudo d'ailleurs... mais j'ai pu télécharger la brochure Le féminisme illustré.

voilà un extrait de ma réponse

Patlotch a écrit:
cette Constance est d'une finesse, d'un humour distancié et d'une capacité à dire simplement des choses de grande valeur théorique... qui m'impressionnent

quand elle affirme, ce que vous avez recopié...
Constance a écrit:
:"Mais là où les droits sont ou paraissent acquis, en France, aux Etats-Unis, un mouvement de femmes spécifique semble sans objet : comme si le succès apparent du féminisme l’épuisait. Ce sont ses victoires, ses acquis (comme on dit aujourd’hui), qui causent son affaiblissement. La satisfaction successive de ses revendications lui ôte sa dynamique. D’où sa dépolitisation."

... c'est tout à fait le mouvement même des contradictions portées à leur expression aux limites du possible, jusqu'à ce qu'un certain point puisse être dépassé. C'est au fond en raccourci l'histoire du féminisme, quand il vient à rencontrer, entre autre, le butoir des questions de classes et de "races"

CC, visiblement, se tient parfaitement au courant des formulations théoriques les plus compliquées par leur langage conceptuel, mais elle arrive à en parler, comme ça, dans un café, sans avoir l'air d'y toucher

il me semble que c'est aussi le signe que nous parvenons à une plus grande pertinence, ou plutôt que les temps se prêtent mieux à ce qu'elle soit comprise depuis l'expérience de chacun.e

ben voilà, c'était ma minute de délation... Twisted Evil

mais si toussétoutes ceux qui auraient des choses intéressantes à dire font leurs timides, c'est mal barré pour la causerie des dits là
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MessageSujet: une femme si vraiment prête à tout... Aragon   Dim 5 Juil - 8:58

« Ils cherchent,
ils attendent de ces bosquets perdus sous les feux du risque une femme qui n’y soit pas tombée,
une femme de propos délibérée, une femme ayant de la vie un sens si large,
une femme si vraiment prête à tout, qu’elle vaille enfin la peine de bouleverser l’univers. »


Aragon Le Paysan de Paris 1927

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MessageSujet: amour : un moment d'   Dim 5 Juil - 10:17

amour : un moment d'



la domination masculine

.
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MessageSujet: la communisation à l'Université   Mer 29 Juil - 10:46


la communisation à l'Université ?

et pourquoi pas à la télé ?

je voudrais rectifier cette affirmation de Constance Chatterley : « aux Etats-Unis, la communisation s’enseigne à la fac ? »

Citation :
⇒ J’ai encore du mal à vous situer, Constance. Je pense par exemple à ceux qu’on appelle communisateurs dont vous avez l’air proche par certains points, mais aussi en décalage, en particulier sur ce qu’ils ont pu écrire sur le genre. Le concept de communisation est d’ailleurs apparu dans les années 70 dans les milieux que vous fréquentiez. Qu’en pensez-vous ?

Contance Chatterley - Vous savez qu’aux Etats-Unis, la communisation s’enseigne à la fac ? Je préférerais suivre un cours sur François Villon ou Marceline Desbordes-Valmore.

il n'y a pas d'enseignement universitaire aux États-Unis qui ne laisse une trace sur Internet, et chaque département de faculté a généralement son site, a minima d'informations sur les cours qui y sont dispensés, parfois des textes, et jusqu'à des blogs d'enseignants

or, concernant la communisation (ou communization) je n'en ai trouvé aucun. Cela ne signifie pas que des enseignants la méconnaissent, ou qu'ils n'en parlent pas dans le cadre de théories radicales, mais en tant que telle, il est faux d'affirmer que « qu' aux États-Unis, la communisation s'enseigne à la fac »

j'ai trouvé cette interview, de Benjamin Noys, parce qu'il fut éditeur en 2011 de Communization and its Discontents PDF

je pense que Constance Chatterley a été abusée par le fait qu'il y a un lien vers Articles universitaires correspondant aux termes Communization and its Discontents : on y trouve les quelques textes qui ont circulé alors, dans la controverse entre Théorie Communiste et "les Américaines" ou celui de P. Valentine, diffusé par MetaMute : THE GENDER DISTINCTION IN COMMUNIZATION THEORY, avec le paragraphe ABOLITION OF RACE? affirmant : « The race question has yet to be put on the table for communization theory. Theorists who analyze race and racialization as a fundamental social relation that grounds and reproduces capitalist society », que j'ai utilisée dans ma controverse avec les positions de Théorie Communiste et mon travail sur le rapport race-classe à partir de 2013, qui a déclenché le processus de rupture jusqu'ici


The Main Currents of Communization: Interview With Benjamin Noys by C. Derick Varn on June 28, 2013

il y est question de la théorie de la communisation comme d'un courant né en France après 1968 et de « Théorie Communiste (TC), the group that has given communization a definite expression. » Le recueil comporte un texte de TC écrit pour cette occasion, sur demande. Comme dans la plupart des compréhensions anglo-saxonnes (Aufheben puis Endnotes en Grande-Bretagne), il est fait référence aux controverses entre Théorie Communiste et troploin de Gilles Dauvé et Karl Nesic, avec un rattachement de TC à Althusser, historiquement faux dans la genèse de cette théorie : le structuralisme était dans l'air du temps depuis les années 70 et le théoricisme a envahi l'intellitgensia et le monde littéraire et artistique après 1968. Roland Simon ne les a donc pas repris à Althusser, qu'il précise n'avoir vraiment lu qu'après 2000

la fin de l'interview débouche inévitablement sur les rapports de cette théorie avec Tiqqun et le Comité invisible, ce qui fut à la mode après l'embarquement de Théorie Communiste dans la revue Meeting, avec des interventionnistes (Léon de Mattis...) opposés aux thèses de ces révolutionnaires en lettres et en herbe de province


Citation :
Benjamin Noys (BSc, MA, DPhil) is a Reader in English at the University of Chichester and the author of Georges Bataille: A Critical Introduction (Pluto 2000), The Culture of Death (Berg 2005), The Persistence of the Negative: A Critique of Contemporary Continental Theory (Edinburgh University Press 2010), and editor of Communization and its Discontents (Minor Compositions 2011). He has published widely in contemporary theory, aesthetics, psychoanalysis, film, literature and cultural politics. He directs the interdisciplinary Theory Research Group at the University of Chichester. C. Derick Varn is an international writer and teacher, who has worked and done activism in places as diverse as the Southern U.S.A., South Korea, and Mexico.


au total, il semble que le groupe Théorie Communiste se soit coupé de toute possibilité d'être entendu aux États-Unis, au Canada ou en Grande-Bretagne, depuis sa rupture avec Endnotes, qui comporte une part de critiques injustes. Le livre annoncé pour le 1er août, de Gilles Dauvé, en anglais d'abord, a peut-être pour objectif de rattraper ce fiasco tout en réglant des comptes franco-français, mais sauf surprise, Dauvé, vu son eurocentrisme inévétérant est mal parti pour convaincre nos ami.e.s Américain.e.s et plus encore Canadien.ne.s, Noir.e.s et Latinos encore moins



Gilles Dauvé a écrit:
"Communisation” means something quite straightforward: a revolution that starts to change social relations immediately. It would extend over years, decades probably, but from Day One it would begin to do away with wage-labour, profit, productivity, private property, classes, States, masculine domination, etc. There would be no “transition period” in the Marxist sense, no period when the “associated producers” continue furthering economic growth to create the industrial foundations of a new world. Communisation means a creative insurrection that would bring about communism, not its preconditions.

Thus stated, it sounds simple enough. The questions are what, how, and by whom. That is what this book is about.

Communisation is not the be-all and end-all that solves everything and proves wrong all past critical theory. The concept was born out of a specific period, and we can fully understand it by going back to how people personally and collectively experienced the crises of the 1960s and ’70s. The notion is now developing in the maelstrom of a new crisis, deeper than the Depression of the 1930s, among other reasons because of its ecological dimension, a crisis that has the scope and magnitude of a crisis of civilisation.

This is not a book that glorifies existing struggles as if their present accumulation was enough to result in revolution. Radical theory is meaningful if it addresses this question: how can proletarian resistance to exploitation and dispossession achieve more than aggravate the crisis? How can it reshape the world?

pour l'heure, la "communisation" est rentrée empirée dans son port d'attache français, à Marseille, ville grecque bien connue des Athéniens qui étreignent les mêmes thèses (le site grec communisation relève du même sectarisme idéologique et militant, cf. les textes traduits en rond dans le petit milieu, et les liens "camarades")

le jour où ce forum ne sera plus indexé sous "communisation", mais "communisme décolonial", on comptera sur Internet les références récentes à la théorie de la communisation. Elle ne sera jamais enseignée à l'Université française, non parce que susceptible d'être "dépolitisable", puisque ses théoriciens se sont chargés de la neutraliser sans jamais la politiser : en tant que théorie révolutionnaire, elle a perdu à tort et à raison toute crédibilité, n'intéressera plus personne qu'en tant que curiosité théorique sur le marché des idées du passé dépassables, et moins encore ceux qui comprennent le communisme comme un combat au présent



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MessageSujet: Re: FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.   Jeu 25 Aoû - 14:12

remarque en passant

drôles de mœurs en tous genres

à deux reprises récemment, Gilles Dauvé a fait son Coming Out : Constance Chatterley, c'est lui :

Gilles Dauvé a écrit:
note 1 Certaines questions abordées ici l’ont été, différemment, dans la brochure Du féminisme illustrée en 2015. Elle comprend un article que j’avais publié sous le pseudonyme de Constance Chatterley dans la revue Le Fléau Social ( n° 5-6, 1974) ainsi qu’un entretien réalisé en 2015. On y trouvera abordé d’autres thèmes.

Sur la « question » des « femmes », DDT21 juillet 2016

Gilles Dauvé a écrit:
(7) En Europe, aux Etats-Unis et dans d’autres régions de la modernité capitaliste, l’égalisation (relative mais en progression) des pratiques sexuelles coexiste avec l’inégalité persistante entre les sexes. La subordination féminine continue, avec même une régression de la condition des femmes depuis les années 70, en raison d’un retour de la maternité comme essentielle au « destin » féminin. Sur le devenir du patriarcat, et divers thèmes esquissés ici, voir Du Féminisme illustré, Editions Blast & Meor, 2015. Cette brochure comprend un article que j'avais publié sous de pseudonyme de Constance Chatterley dans la revue Le Fléau Social (n° 5-6, 1974) ainsi qu'un entretien réalisé en 2015 : https://blastemeor.noblogs.org/files/2015/08/brochure-Du-f%C3%A9minisme-...

Pour une proposition de cadre théorique sur le sujet, voir aussi notre Sur la « question » des « femmes » :  https://ddt21.noblogs.org/?page_id=1010

source Le crime comme réalité et comme représentation troploin


je faisais remarquer le 19 août dans REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur le transgenrisme

Patlotch a écrit:
dont acte, car j'ignorais ce versant féminin de la production théorique de Jean Barrot/Gilles Dauvé/Constance Chatterley. S'il est vrai qu'un milieu théorique s'élargit en proportion du nombre de pseudonymes de ses auteurs, le pseudo est en passe de devenir la première force de production théoricienne. C'est à rêver d'un Fernando Pessoa communisateur, bien que l'hétéronymomane portugais n'ait pas à ma connaissance écrit sous pseudonyme féminin !

les femmes apprécieront le procédé consistant pour un homme sous pseudo de femme à parler de "la «question» des «femmes»" : c'est pour moi comme le comble du machisme, de l'indélicatesse, de l'irrespect et la preuve d'un point de vue surplombant opposé à une saine conception des relations entre théorie et auto-organisation

je n'aurais pas été fier de m'être fait avoir si je n'avais eu en tête des passages de l'entretien avec Constance Chatterley dans lesquels Gilles Dauvé avait pris le soin de donner le change. Par exemple :


Chatterley/Dauvé a écrit:
- La communisation, cela fait une heure que j’en parle. Le processus de la révolution, c’est la communisation. Il se trouve que je n’ai pas employé le mot, et c’est bien ce qui me sera certainement reproché. Mais maintenant c’est fait !

on apprécie la question de l'intervieweur (logiquement autre masque de Dauvé fabriquant pour l'occasion ses questions sur mesure, et manière de se faire plaisir en se foutant de notre gueule) :

Citation :
⇒ J’ai encore du mal à vous situer, Constance. Je pense par exemple à ceux qu’on appelle communisateurs dont vous avez l’air proche par certains points, mais aussi en décalage, en particulier sur ce qu’ils ont pu écrire sur le genre. Le concept de communisation est d’ailleurs apparu dans les années 70 dans les milieux que vous fréquentiez. Qu’en pensez-vous ?

Contance Chatterley - Vous savez qu’aux Etats-Unis, la communisation s’enseigne à la fac ?  Je préférerais suivre un cours sur François Villon ou Marceline Desbordes-Valmore.


et la réponse de Chatterley/Dauvé, qui sait pertinemment que c'est faux : la communisation ne s'enseigne à la fac ni aux USA ni ailleurs

cela me rappelle les contorsions de Denis de Meeting n'ayant pas supporté que je parle (sur une liste de discussion) de son autre pseudonyme, Léon de Mattis, au moment où il écrivait "Mort à la démocratie", livre dans lequel il ne parlait pas de communisation. C'était avant qu'il n'en devienne le "globe-trotter", comme disait Roland Simon

il a même voulu me casser la gueule à domicile pour cette "délation"... Plus tard, il tenait conférence au coude à coude avec Gilles Dauvé, qui le trouvait un des plus sympathiques du milieu, cela visait les règlements de compte sournois de Dauvé avec TC, comme par ailleurs ses potes d'Incendo

ces manières, qui visent sans doute à l'efficacité de leur propagande, ne sont que politiciennes et débilitantes, et perso je ne crois nullement à leur efficience, sauf pour les gogos à convertir en adeptes

on appréciera que Gilles Dauvé, un ténor de la théorie de la communisation, ayant passé les 70 ans, ait encore recours à ces gamineries


Ah là là, la maladie sénile de l'ultra-gauchisme...

PS : on comprend mieux que tout ce petit monde me censure de fait : ils n'aiment pas la vérité de la réalité, qu'ils ont besoin toujours soit de présenter à leur convenance, soit de cacher quand elle les dérange

je n'aime pas le dire comme ça, mais vraiment, nous ne jouons pas dans la même cour, ni aujourd'hui car je les trouve dépassés sur le plan théorique, ni pour une saine pratique théorique collective, ou en terme d'honnêteté intellectuelle. Qu'ils emportent donc leurs petites manigances où bon leur semble, elles ne feront pas avancer le communisme d'un pouce

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FÉMINISME et COMMUNISATION, Constance Chatterley janvier 2015 : théorie communiste, femmes et luttes de classes, famille, "théorie du genre", etc.
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