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 "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Mer 23 Déc - 14:18



« des HLM à plat »


« Tous propriétaires ! » L’envers du décor pavillonnaire Anne Lambert
 Thomas Chabert Revue du Projet 30 novembre 2015  




en savoir plus



Citation :
Les territoires périurbains ne sont-ils, comme l’avancent certains sociologues et géographes, que des zones résidentielles investies par des classes moyennes à la recherche d’un entre-soi protecteur ? La promotion politique d’un modèle de société fondé sur la petite propriété modifie-t-elle concrètement les conditions d’existence des classes populaires ? Pour répondre à ces questions, Anne Lambert a mené une enquête de terrain de trois ans dans un lotissement périurbain à trente kilomètres de l’est lyonnais, auprès d’une quarantaine de familles devenues propriétaires dans cet ensemble nouvellement construit.

Croisant ses observations de terrain avec des enquêtes statistiques nationales, l’auteure retrace d’abord le « tournant libéral de la politique du logement » amorcé en France à la fin des années 1970, dont découlent les dispositifs actuels d’accession à la propriété (prêts à taux zéro, pass-foncier, etc.). Le premier apport de l’enquête est de nuancer l’image des lotissements périurbains comme un espace socialement homogène, peuplé de « petits blancs » de la classe moyenne.

Elle met en évidence la cohabitation de ménages aux statuts socio-économiques et aux perspectives de mobilité résidentielle bien différents. Ainsi, derrière « l’uniformité des crépis » et la proximité spatiale, l’accession à la propriété n’efface pas les hiérarchies sociales, comme l’illustrent une certaine racialisation des rapports de voisinage ou encore un contrôle étroit de la sociabilité enfantine de la part des ménages de classe moyenne.

Anne Lambert montre par ailleurs comment l’accès à la propriété dans un lotissement périurbain n’a pas le même coût pour les hommes et pour les femmes : l’éloignement des bassins d’emplois tertiaires élève considérablement le coût de la mobilité quotidienne, tendant à dissuader le maintien dans l’emploi des femmes peu qualifiées, qui se recentrent alors sur les tâches domestiques au prix d’un fort isolement.

Le dernier chapitre de l’ouvrage s’interroge sur le lien entre habitat périurbain et attitudes politiques : ici encore, à rebours des thèses sur le supposé individualisme ou conservatisme politique des propriétaires de pavillon, la monographie d’Anne Lambert montre que l’accès à la propriété pavillonnaire ne « gomme » pas les autres déterminants sociaux et ne débouche que rarement sur des formes d’apolitisme.

La thèse principale du livre est que les lotissements pavillonnaires actuels constituent des équivalents des grands ensembles d’habitat social des années 1960 : derrière la catégorie faussement unificatrice des « propriétaires », ils accueillent des individus et des ménages socialement hétérogènes, aux trajectoires résidentielles différenciées.

Très agréable à lire, « Tous propriétaires ! » apporte de précieux éléments empiriques face aux fausses évidences qui dominent parfois les débats sur la « condition périurbaine ».


« Le rêve pavillonnaire est un leurre et un piège pour les classes populaires » Lucie Fougeron Humanité Dimanche 27 Mars 2015

En France, 58 % des ménages sont propriétaires de leur logement, loin des 70 % annoncés par Sarkozy en 2007. En même temps, la géographie de la propriété se redessine face à la montée des inégalités et des tensions foncières. Les acquisitions se font de plus en plus dans les zones « périurbaines». Si discours et analyses dénoncent via ce terme la relégation des « petits Blancs », dans « Tous propriétaires! L’envers du décor pavillonnaire », la sociologue Anne Lambert révèle une réalité bien plus complexe: les classes populaires installées dans ces lotissements voient leurs conditions de vie transformées, jusqu’à se retrouver piégées dans des zones pavillonnaires, sources de nouvelles exclusions. Mettant au jour le visage d’une France qui change, elle donne du grain à moudre, quand est brandi « un apartheid », pour l’élaboration de politiques du logement afin d’améliorer le sort des familles populaires...



Citation :
HD. Le titre de votre livre, « Tous propriétaires! », reprend un slogan phare du candidat Sarkozy en 2007: était-il une nouveauté ?

Anne Lambert :  Ce slogan s’inscrit en fait dans l’histoire de la promotion de la propriété individuelle depuis les années 1970, avec le tour libéral imprimé par Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre, où la propriété devient une assurance sociale, aboutissant à individualiser les mécanismes de celle-ci. Ce qui change, c’est le contexte dans lequel les familles accèdent à la propriété: aujourd’hui, la croissance n’est plus là et ceux qui sont visés par ce mode d’accession populaire, sociale, sont ceux dont les emplois sont de plus en plus instables et dont les salaires n’augmentent pas, et pour qui son coût social et financier est beaucoup plus lourd. La première vague d’accession populaire, qui n’est organisée ni par l’État ni par le patronat, date de l’entre-deux guerres, avec ce que l’on a appelé les « lotissements défectueux »: avec l’afflux de main-d’œuvre vers les sites industriels en Ile-de-France se sont multipliées massivement et anarchiquement des petites maisons souvent insalubres et partiellement construites par les ouvriers. C’est en réaction à cela et à la crise du logement que, dans l’après-Seconde Guerre mondiale, l’État va encourager la construction et organiser le développement des villes, d’abord sous la forme des grands ensembles, puis de zones pavillonnaires.


HD. S’agissant de la notion, abondamment invoquée, de périurbain, qu’apporte l’étude de ces nouveaux lotissements ?

A. L. Il y a plusieurs types d’espaces périurbains, alors qu’on en parle généralement au singulier. L’enquête de terrain a permis de dépasser l’image monolithique de « petits Blancs » déclassés et tentés par le vote FN, largement véhiculée aujourd’hui. Une évolution est en cours, qu’on ne mesure pas bien avec les seules statistiques: la population qui s’installe change. Ce ne sont pas que des ouvriers qualifiés issus de l’industrie, blancs, etc. De nombreuses familles viennent des cités HLM, sont d’origine étrangère – dont des primo-migrants – et s’installent là parce que c’est peu cher et moins compliqué que l’accès au parc HLM.


HD. Que nous apprennent ces parcours d’accession à la propriété du sort fait aux classes populaires ?

A. L. Ces accédants sont à la frontière entre classes populaires établies et petites classes moyennes. Il s’agit plutôt de la frange supérieure des catégories populaires – l’achat d’une maison avec terrain coûte environ 200 000 euros à la fin des années 2000. Et il y a aussi des accédants plus jeunes, petits cadres associatifs, infirmiers, techniciens... On est à la jonction entre ces milieux. S’agissant des catégories populaires, l’étude montre les tensions entre les aspirations à devenir propriétaire – fortement encouragées par les pouvoirs publics – et la nécessité de revenus stables, etc. Elle révèle l’incohérence des politiques publiques sectorielles en matière de logement et d’emploi à leur égard: leur conjonction crée un effet contradictoire car en accédant à la propriété, ces ménages s’éloignent du marché de l’emploi salarié et des centres urbains. Et pour ceux qui ont quitté les cités HLM afin d’améliorer leur cadre de vie, ces lotissements sont une sorte de piège. Pour la moitié de ceux qui se sont installés dans ces lotissements périurbains, du fait d’une accession contrainte par les prix et par les aides longtemps centrées sur le neuf, la campagne n’a pas une image positive: c’est le « trou». En plus, socialement, ils craignent d’être rejetés par les habitants d’origine, en particulier s’agissant des ménages issus de l’immigration, et cela est en partie une réalité.


HD. Vous prêtez une attention particulière à la situation des femmes...

A. L. Pour nombre de ces familles, l’accession à la propriété génère des tensions. L’éloignement du lieu de travail ayant un vrai coût financier, elles renoncent à l’emploi le moins rémunéré du ménage: celui des femmes – peu qualifié, mais qui leur apportait une certaine autonomie et du lien social. Les politiques d’accession à la propriété dans le périurbain favorisent leur retrait du marché du travail et les renvoient à l’espace domestique.


HD. Pourquoi qualifiez-vous ces lieux de « HLM à plat » ?

A. L. Cette formule, utilisée par plusieurs de ces familles, exprime leur sensation d’y retrouver, du point de vue sociologique, urbain et architectural, les mêmes problèmes que dans les grands ensembles dont beaucoup viennent. La promiscuité, la mauvaise qualité de la construction, une zone déshéritée avec des ménages précarisés et/ou d’origine étrangère – ce à quoi elles ne s’attendaient pas, y compris chez celles issues de l’immigration. Là aussi, la faillite des politiques publiques apparaît: ce développement périurbain, qu’elles ont encouragé, se fait sans organisation, et ces petites et moyennes communes sont techniquement et juridiquement démunies face aux promoteurs pour organiser le développement urbain, pénaliser les malfaçons, etc. Les premières victimes sont les ménages qui s’installent.


HD. Vous évoquez aussi une « mixité » sociale conflictuelle, une racialisation des rapports de voisinage ...

A. L. Dans ces lotissements neufs, aux maisons assez uniformes, l’appartenance identitaire qui ressort le plus, ce n’est pas l’activité professionnelle mais ce qui est visible immédiatement: la couleur de peau, l’origine géographique, etc. Si la connotation raciste n’est pas systématique, elle est parfois présente, la frontière est ténue. Au sein du lotissement, les gens s’autoclassent ainsi, de même les enfants à l’école. Beaucoup de ceux qui s’installent ne s’attendaient pas à ce qu’autant de familles immigrées achètent également et, pour certains, cela contribue à déqualifier symboliquement la valeur du lieu d’habitation.


HD. Cette situation influe-t-elle sur les choix politiques des habitants ?

A. L. On n’observe pas d’effet mécanique du statut d’occupation du logement sur l’orientation politique – et notamment pas de « droitisation». Et une partie de ces ménages, issus de l’immigration et/ou appartenant à la classe ouvrière stable et intégrée, ont une conscience claire des enjeux socioéconomiques et ethno-raciaux dans lesquels ils sont pris, qui structurent leur vision politique du monde – loin de certains leitmotivs de la droite.


HD. Au regard de leur bilan, les politiques publiques en faveur de l’accession populaire à la propriété sont-elles finalement un leurre ?

A. L. Oui, car elles ont tendance à négliger le contexte socio-économique de l’accession des ménages modestes à la propriété. Et à opposer les catégories de locataires et de propriétaires alors qu’elles devraient favoriser la circulation des ménages entre les différents segments du parc de logements. Loin d’améliorer les conditions de vie de ces ménages, ces politiques contribuent à créer de nouvelles difficultés financières et sociales.


HD. Difficultés qui ne sont guère prises en compte dans les réformes annoncées par le gouvernement pour lutter contre un « apartheid » territorial ...

A. L. Ces mesures portent principalement sur le parc social – seulement 20 % des logements – et peu ou pas sur le parc privé, où vivent la grande majorité des ménages. Or le risque de « ghettoïsation » passe aussi par la création de ces zones pavillonnaires loin des centres urbains, dans des zones déshéritées ...


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Dim 14 Fév - 17:23


djihadisme français, religions et classes sociales :

67 % des jeunes candidats au djihad issus des classes moyennes

Le profil inattendu des djihadistes français  Eugénie Bastié 18/11/2014

Issus de classes moyennes, de familles athées, souffrant de dépression, le portrait robot que dresse le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam dans un rapport tranche avec les idées reçues

Citation :
Un rapport publié par le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam renverse tous les préjugés sur les candidats au djihad en Syrie et en Irak. Le CPDSI est un organisme privé fondé par la chercheuse et anthropologue Dounia Bouzar qui a pour objectif de lutter contre la radicalisation islamique en France. Le centre a été contacté par plus de 160 familles, dont les témoignages constituent la base de ce rapport long de 90 pages. Dans cette étude, les auteurs (Dounia Bouzar, Christophe Caupenne, Sulayman Valsan) s'interrogent sur le « prêt à croire » du religieux mondialisé, sa cible, et son vecteur privilégié de propagation: internet. Ils mettent en évidence un élargissement des cibles du discours radical

Classes moyennes. Parmi ces jeunes candidats au djihad issus des familles interrogées les classes moyennes sont majoritaires (67%,) les milieux populaires (16%) à égalité avec les catégories socioprofessionnelles supérieures (17%). Le rapport souligne une forte représentation des milieux enseignants et éducatifs. Selon les auteurs, cette catégorie de parents seraient plus attentifs à leur enfant, ce qui expliquerait qu'ils contactent plus facilement le CPDSI qui, pour l'instant, peine à toucher les catégories populaires moins impactées par la sensibilisation.

15-21 ans. C'est la tranche la plus touchée : 63% des candidats au djihad recensés dans ces familles. Parmi eux, seuls 5% ont commis des actes de petite délinquance. En revanche, 40% d'entre eux ont connu la dépression, ce qui conduit les auteurs du rapport à formuler « l'hypothèse que l'endoctrinement fonctionne plus facilement sur des jeunes hyper sensibles, qui se posent des questions sur le sens de leur vie ».

Familles athées. Contrairement à une idée reçue, les recrues de l'islam radical ne se trouvent pas en majorité dans des familles musulmanes très pratiquantes : 80%, des familles ayant affaire au CDPSI se déclarent athées, et seules 10% comportent un grand-parent immigré.



Une «radicalisation en chambre», par internet

Internet est le mode de recrutement privilégié, pour ne pas dire essentiel, des djihadistes, dans près de 91% des cas. Le rapport donne un aperçu instructif et détaillé des moyens mis en œuvre par les recruteurs pour créer un « espace virtuel sacré » où le jeune embrigadé rentre dans un chemin initiatique qui le conduira peut être jusqu'à la frontière turco-syrienne. « Les nouveaux discours terroristes ont affiné leurs techniques d'embrigadement en maîtrisant l'outil internet, à tel point qu'ils arrivent à proposer une individualisation de l'offre qui peut parler à des jeunes tout à fait différents », s'inquiètent les auteurs.

D'après ces derniers, les recruteurs du djihad, notamment pour Daech, ont mis au point « 5 mythes » pour enrôler leurs proies: le modèle du « chevalier héroïque » qui fonctionne auprès des garçons, le départ au nom d'« une cause humanitaire » prisé par les jeunes filles mineures, le «porteur d'eau» désignant ceux qui cherchent un leader, la référence au jeu vidéo de guerre « Call of duty » pour les jeunes gens qui souhaitent combattre, ou encore la quête de toute puissance attirant des personnes « sans limites ». Le rapport pointe du doigt l'utilisation par les radicaux de l'univers des jeux vidéo. La violence virtuelle d'un jeu comme « Assassin's Creed », pratiqué par un jeune sensible, peut favoriser « le départ pour une confrontation réelle », estiment les auteurs.

Ils insistent sur l'impact de vidéos utilisant des images subliminales, postées en particulier par un recruteur comme Omar Omsen lié au front al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaida. Ce dernier utilise notamment des visuels et des vidéos relevant de la théorie du complot, pour fanatiser des jeunes isolés et fragiles, qui regardent pendant des heures des vidéos sur YouTube dans ce qu'on appelle une « radicalisation en chambre ».

Le passage par la mosquée plus automatique

Sur Facebook, sur Twitter, les recruteurs de ce type diffusent en masse des vidéos montrant que le logo «Coca Cola» vu à l'envers dans un miroir, représente l'inscription «No Mecque» en arabe…ou que le billet du dollar américain comprend toutes les symboliques des francs maçons. Diverses thèses complotistes circulent: que les Illuminati ont commandité le 11 septembre, que les sionistes, désignés par le 666 de l'apocalypse, dirigent le monde, que les «satanistes» sont à l'œuvre partout. L'objectif est de «terroriser» le jeune et de le persuader que le Mal l'entoure.

Les nouveaux convertis affichent sans complexes leur radicalisation sur leurs pages Facebook, pour que leur témoignage serve d'exemple.

Un exemple de radicalisation affiché sur Facebook entre le premier profil (1ère image) d'une jeune mineure et son deuxième profil (le reste des images) où son endoctrinement apparaît au grand jour. (Extrait du rapport)

Alors qu'Internet devient le principal mode de radicalisation, le passage par la mosquée n'est plus automatique. « L'islam radical peut faire basculer des jeunes sans qu'ils n'aient participé à aucune prière. Certains sont partis ou voulaient partir en Syrie sans qu'aucune pratique religieuse ne soit décelée la veille » indique le rapport.

même enquête, compte-rendu par Jean-Louis Dell'Oro Challenges 20-11-2015

extrait : Quel est le profil sociologique des djihadistes?

Citation :
Il faut rester prudent sur les motivations des personnes parties en Syrie et en Irak. Elles sont diverses et les informations sur le sujet sont rares. "Il n'y a pas de profil", tranche Samir Amghar. "On retrouve aussi bien des personnes de classes populaires que des classes moyennes. Des anciens du grand banditisme côtoient des ingénieurs", indique-t-il. "C'est un mélange entre des individus qui ont des motivations intégristes et violentes, d'autres qui partent pour des motifs qui se veulent humanitaires, d'autres qui veulent vivre leur foi dans un Etat islamique…", analyse-t-il. Daech axe ainsi une partie de sa propagande sur des images d'enfants ou de civils tués ou blessés dans la guerre menée contre les armées occidentales, les chiites et le président syrien Bachar al-Assad.

"La radicalisation précède l'islamisation",
constate de son côté Farhad Khosrokhavar, sociologue, directeur de recherches à l’EHESS et auteur du livre "Radicalisation" (éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2014). "Les djihadistes sont souvent des incultes sur le plan religieux. Ils ont une lecture du Coran très sélective", avance-t-il.

"Chacun met ce qu'il veut dans cet islamisme radical, avec souvent une sacralisation de la haine dans les banlieues et dans les prisons. En face, le champ idéologique est vide. Il n'y a plus d'utopie communiste. Le djihadisme joue aussi sur l'anti-américanisme et l'anti-impérialisme", insiste-t-il. Souvent, ils passent de non pratiquant à djihadiste sans passer par la case "religieux radical".

Les profils sont en train d'évoluer. "Avant 2013, il s'agissait surtout de jeunes de banlieues pauvres, ayant développé une haine de la France, en rupture avec la société et ayant connu la petite délinquance", développe Farhad Khosrokhavar. Des individus comme Mohammed Merah, Amedy Coulibaly ou les frères Kouachi entrent plutôt dans cette catégorie. "C'est encore le profil dominant de ceux qui passent à l'acte lors d'attentats terroristes", ajoute-t-il.

"Cela pourrait changer à l'avenir car, depuis 2013, les profils des gens radicalisés se sont diversifiés : il y a plus de filles, plus de convertis, davantage de représentants de la classe moyenne". "La moitié de ceux qui partent en Syrie aujourd'hui sont issus de la classe moyenne",
juge le chercheur. Cette évolution correspond aussi à un mouvement impulsé par Daech. Dans l'un des derniers numéros de Dabiq, la revue de l'Etat islamique, Daech poste ainsi des offres d'embauche pour des emplois très variés, comme par exemple… des coachs sportifs. Au-delà de l'anecdote, Daech veut s'ériger en véritable Etat. Il cherche donc des ingénieurs, des logisticiens, des communicants tout autant que des combattants. En arrivant en Syrie, il y a une formation religieuse sommaire puis Daech jauge des qualités des arrivants pour les orienter vers telle ou telle branche de l'organisation.

Fin 2014, le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), un organisme privée créé par Dounia Bouzar, avait publié un rapport sur l'origine sociale des jeunes radicalisés ou en voie de l'être. Cette enquête précieuse a été réalisée à partir des données recueillies auprès de 160 familles qui avaient décidé d'appeler le CPDSI afin de se faire conseiller et accompagner. "80% des familles sont de référence athée, 20% sont de référence bouddhiste, juive, catholique ou musulmane", souligne le rapport. Par ailleurs, toutes ces familles sont de nationalité française et seules 10% d'entre elles ont des grands parents ayant immigré en France depuis les Antilles, l'Allemagne, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc ou encore l'Asie. Autre donnée qui va plutôt à l'encontre de certains clichés : 67% des familles sont issues des classes moyennes, 16% des classes populaires et 17% des classes supérieures. Une grande partie de ces familles viennent des milieux enseignants et éducatifs. Parmi les jeunes attirés par le discours de l'islam radical, seulement 5% ont commis des actes de "petite délinquance" mais près de 40% ont connu "des épisodes de dépression". Cette étude très intéressante n'est cependant pas nécessairement représentative de tous les individus radicalisés ou des candidats au djihad. Notamment du fait de l'âge des jeunes concernés par l'étude : 63% d'entre eux ont entre 15 et 21 ans. Mais également parce que certaines familles détectent plus facilement la radicalisation de leurs enfants et font plus aisément appel à une aide extérieure.

S'agit-il de personnes simplement manipulées ? Les avis divergent. "J'ai du mal à y croire", estime pour sa part Samir Amghar. Le sociologue rappelle que 10 à 30% des Européens qui partent en Syrie et en Irak reviennent ensuite (cf le rapport du ICSR). "Selon moi, une majorité d'entre eux reviennent car ils sont déçus par ce qu'ils ont vu en Syrie", explique Samir Amghar. Ce que semble confirmer un autre rapport du ICSR du Kings College of London sur les "déçus du djihad". Cette enquête, portant sur 58 personnes étant parties en Syrie et ayant ensuite parlé de leur fuite. Dans leurs discours, quatre critiques principales de Daech émergent : la manière dont Daech combat aussi d'autres groupes rebelles sunnites (le régime d'Assad semblant passer au second plan), la brutalité des atrocités commises, la corruption au sein de l'organisation et, enfin, les dures conditions de vie. Ces informations cadrent donc mal avec la vision de jeunes qui ne comprendraient pas les enjeux liés à leur départ en Syrie et qui n'adhéreraient pas au discours global de l'Etat islamique.  

complément

Diffusion du dhihadisme en Occident extrait de wikipédia

Citation :
Si à l'origine, le djihadisme s'adressait à un public arabophone, avec la montée en puissance d'Internet, et des nouvelles technologies de l'information et de la communication que tout le monde connaît, la propagande djihadiste s'effectue à présent également dans des langues étrangères comme le français, l'anglais, l'allemand ou l'espagnol. La puissance argumentative du djihadisme, et sa simplicité redoutable, se développe ainsi à travers une propagande multimédias. Cette démarche s'inscrit dans une volonté de mondialiser le djihadisme.

Cette abondance de lecture djihadiste peut conduire certains jeunes gens manquant d'esprit critique à se faire radicaliser par quelques rencontres ou quelques lectures internet hasardeuses.

Cet endoctrinement s'inscrit dans l'empirisme et l'amateurisme mais il est toujours violent.

Les djihadistes européens ont souvent une très faible connaissance de la langue arabe. Leur endoctrinement se fait alors au travers de traductions approximatives de la propagande disponible sur internet.

Les motivations de cette radicalisation sont variées, elles peuvent notamment se développer pour des raisons sociales, culturelles, individuelles, familiales ou psychologiques.

Entrent notamment en jeu, d'après des études internationales, une surestimation ou une sous-estimation de soi, la double aliénation des jeunes ne se sentant ni appartenir à leur pays de résidence, ni à celui de leurs origines familiales, l'âge, ou encore la victimisation. Entrent aussi en jeu, d'après ces mêmes études, la recherche d'appartenance à une communauté, à une famille, une mauvaise gestion de sa colère, et aussi la dimension psychiatrique.

Les enfants d’immigrés sont intégrés culturellement à la société d’accueil mais ne le sont pas structurellement, car souvent discriminés aux plans de l’emploi et de l’habitat. Cette antinomie entre intégration culturelle et intégration structurelle peut inciter les plus frustrés à la violence.

Le djihadisme bénéficie parfois d'un effet de mode, il peut apparaître romantique à une personne trop candide. La réalité est quelquefois plus sordide, certains sont employés à des taches logistiques (il faut par exemple enterrer les cadavres), d'autres peuvent être tués à l'occasion.

Pour Loïc Lepape, anthropologue et chercheur associé à l'Institut d’ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative (Idemec) AMU-CNRS :

Citation :
Cette forme d’engagement radical ne s’apparente ni à une conversion religieuse classique ni à un militantisme sectaire : elle allie la force du sentiment religieux à l’engagement politique et militaire.

La soudaineté des trajectoires de radicalisation s’explique par la cohérence apparente d’un système de pensée composé de bric et de broc. Si l’Etat islamique tente de mettre en place une lecture théologique de la violence politique, ceux qui s’en revendiquent ne vont pas aussi loin. Les jeunes convertis à l’EI se basent sur une lecture réductrice et violente des préceptes de l’islam et allient des croyances millénaristes et apocalyptiques à une vision conspirationniste (les juifs, l’Occident, les Illuminati) qu’ils combinent à une histoire géopolitique grossière.

Ramener le radicalisme à une simple histoire de religion est donc aussi hasardeux que de considérer que celle-ci n’en constitue pas l’un des déterminismes
.

au temps (autant) pour les chasseurs de djihadistes au faciès dans les quartiers populaires, et pour nos religieux athées de l'anti-religion...

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Dim 14 Fév - 18:18


des deux côtés du miroir aux alouettes*

sous le voile de Daesh et la casquette de Gavroche :

les mêmes profils psycho-sociaux ?

* un cheval d'idéologie capitaliste occidentale, une alouette de rébellion

l'hypothèse apparaîtra osée et sera repoussée d'autant par nos islamo-gauchistes, gaucho-bouffe-religion et anarcho-ultragauchistes de la pureté révolutionnaire qu'ils s'imaginent les derniers sous emprise d'un opium

en reprenant l'idée du commentaire précédent*, nous pourrions tenter de penser la radicalisation à visage islamiste de "chez nous" comme une composante de la décomposition sociétale dans la double crise de l'Occident et du capital. La forte proportion de jeunes de couches moyennes, prolétarisée ou non, n'est pas sans rappeler l'engagement dans la nébuleuse anti-système, qu'il prenne un visage ultragauchiste ou extrême-droitier, mais dans ces deux cas identitaire européen (cette mouvance même anarcho-ultragauche porte l'universalisme prolétarien ou humanisme qui caractérise l'idéologie eurocentriste)

* voir UN DISCOURS "DE CLASSE" (?) EUROPÉISTE et RACISTE ? L'idéologie française en versions anti-système ultra-gauche-droite


il n'est pas jusqu'aux visages de ces jeunes blancs européens, barbus et chevelus, ou crânes rasés au demeurant, pour se ressembler physiquement et psychologiquement. Il conviendrait de comparer, via des enquêtes, ces divers profils socio-psychologiques...

si cette hypothèse était vérifiée, elle serait une confirmation de plus de la pertinence, sur tous les fronts, d'une critique radicale communiste et décoloniale

autant pour qui a pris Patlotch pour un islamo-gauchiste

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Mar 1 Mar - 11:51


prolétarisation des couches moyennes
aux européens la soupe populaire
les belges gardent la frite


La classe moyenne s'érode en Europe... sauf en Belgique Trends Tendances 01/03/16

La classe moyenne est de plus en plus menacée en Europe. Un rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) vient confirmer cette tendance. Elle évoque une "contraction" des revenus intermédiaires (60 à 200% du salaire médian) au cours des dix dernières années. La Belgique fait toutefois exception: grâce à sa sécurité sociale, elle dispose d'une classe moyenne "stable et prospère".



La classe moyenne s'érode en Europe... sauf en Belgique
© istock

Citation :
Dans la plupart des pays européens, la classe moyenne s'est érodée en 10 ans, et entre autres, à cause de la crise financière et économique. "La crise économique et financière a gravement affecté les catégories à revenu intermédiaire", note l'OIT. Par classe moyenne, l'OIT définit les revenus intermédiaires (60 et 200% du salaire médian).

Le nombre de personnes se situant dans cette tranche de salaires a fortement diminué ces dernières années dans toute l'Europe. "Presque tous les pays de l'UE ont connu une diminution de la taille de leur classe moyenne et de la part du revenu total alloué à cette catégorie." Certaines professions, traditionnellement représentatives de la classe moyenne (employés de la fonction publique, notamment), se voient ainsi de plus en plus souvent exclure de la catégorie des revenus intermédiaire.

Avec comme conséquence, comme l'explique Daniel Vaughan-Whitehead, un des auteurs du rapport, qu'"une classe moyenne affaiblie entraîne une baisse de la demande globale, freine la croissance à long terme et peut engendrer de l'instabilité sociale et politique". Autre élément préoccupant soulevé par l'expert de l'OIT : le taux de chômage particulièrement élevé chez les jeunes qui pourrait "amoindrir leurs chances de faire partie de la classe moyenne", et "créer un fossé entre les générations".

Certains pays d'Europe comme la Belgique, la France et les Pays-Bas ou encore la Suède échappent à cette tendance, au contraire de pays en crise comme la Grèce, l'Espagne ou l'Irlande.

La Belgique préservée par son système social

La Belgique est préservée de l'érosion de la classe moyenne grâce à son système social. Notre pays dispose d'une classe moyenne "stable et prospère" commente le rapport de l'OIT. Selon ses chiffres, la classe moyenne représente encore 35% de la population, comparée à 23% pour la Lettonie, 25% en Grèce, et 26% au Royaume-Uni.

Le niveau de vie et la consommation des revenus intermédiaires belges ont en effet été peu touchés par la crise de 2008, grâce notamment à la sécurité sociale, au chômage partiel, à l'indexation des salaires qui ont permis de préserver les conditions de vie malgré le contexte économique difficile. Cette situation est également liée au modèle de concertation sociale. "Les partenaires sociaux jouent un rôle important et stabilisateur", constatent les auteurs du rapport de l'OIT.

Mais le rapport fait aussi état de déséquilibres de nature ethnique. Les foyers de personnes d'origine étrangère sont ainsi moins bien intégrés sur le marché de l'emploi, et disposent de revenus moindres. Plus de deux tiers des personnes d'origine étrangères (68%) se classent dans les revenus inférieurs, contre seulement 25% des natifs.

Pour les auteurs du rapport, il est important de prendre des mesures pour empêcher la disparition des classes moyennes et réduire les inégalités. "Ces initiatives devraient s'adresser au monde du travail, mais également prendre en compte des domaines proches comme la fiscalité, l'éducation et la protection sociale", conclut Heinz Koller, directeur de l'OIT pour l'Europe.




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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Mar 1 Mar - 11:55



Agence Pôle emploi à Tours. En France, l’accroissement de la part des bas revenus
dans la population s’explique par le chômage massif

ALAIN JOCARD / AFP

L’organisme gouvernemental de prospective France Stratégie publie, jeudi 11 février, une étude sur l’évolution, aux Etats-Unis et en France, entre 1996 et 2012, de la « classe moyenne ». Le thème de son déclin annoncé est au cœur du débat électoral outre Atlantique alors que républicains et démocrates sont engagés dans leurs primaires.


Citation :
Le document n’annonce pas, loin de là, la fin de la classe moyenne mais il montre une dégradation sensible des conditions de vie de ceux qui appartiennent à cette catégorie de citoyens. Moins nombreux, ils s’appauvrissent et ont de moins en moins de chances de pouvoir se hisser vers les hauts revenus.

Pour la définir, les auteurs de l’étude retiennent un critère simple : la classe moyenne englobe les ménages percevant entre 66 % et 200 % du revenu médian. Dans ce cadre, elle représentait 67,4 % de la population française, contre 68,9 % en 1996. Un léger rétrécissement, donc, accompagné d’un léger renforcement du poids des revenus les plus bas, dont la part passe, dans la même période, de 21 % à 22 %.

« L’accroissement de la part des bas revenus s’explique par le chômage massif, qui fait basculer certains ménages français vers les classes les plus modestes », explique David Marguerit, chargé de mission au département société, institutions et politiques sociales de France Stratégie, auteur de l’étude.

Aux Etats-Unis, un pays plus inégalitaire, seuls 50,6 % de la population relevait de la classe moyenne, en 2012, contre 54,2 % en 1996, une perte plus significative mais, là, plutôt en faveur des hauts revenus dont la part s’est, dans le même temps, accrue de 18,1 % à 20,3 %. « Alors qu’aux Etats-Unis, le déclin de la classe moyenne est une tendance de long terme, démarrée dans les années 1970, le phénomène est plus récent, en France. Il s’est amorcé en 2009 », observe M. Marguerit.

Les inégalités de revenus augmentent, elles, dans les deux pays et par le haut. Les riches le sont de plus en plus : en 2012, les 10 % de français les plus aisés accaparaient 28,5 % de la richesse nationale française (contre 24,6 % en 1996) et les 20 % des ménages américains avec les plus gros patrimoines possédaient 47,3 % de la richesse nationale (contre 42,3 % en 1996).

Au cours de ces seize années, le revenu médian des Français a progressé de 20 %, mais d’à peine plus de 2 % aux Etats-Unis, car les deux tiers de la croissance des revenus des Américains ont été captés par les 1 % les plus riches.

Les études supérieures de moins en moins « rentables »

Un autre enseignement du document de France Stratégie est qu’entreprendre des études supérieures assure de moins en moins de se hisser vers les hauts revenus. En France, seuls 30 % des titulaires d’un diplôme Bac + 3 se situent dans les classes aisées, contre 40 % en 1996, tandis que cette proportion est restée stable, autour de 40 %, aux Etats-Unis.

Enfin, les inégalités se creusent aussi entre les classes d’âges. Ce sont les jeunes français les moins bien lotis et les plus exposés au risque de se retrouver parmi les pauvres : 27 % des 18-29 ans ont des bas revenus. Aux Etats-Unis, 37 % des plus de 65 ans se situent dans les classes modestes, mais c’est mieux qu’en 1996, où ils étaient 43 %. « Il est trop tôt pour dire si ces phénomènes d’érosion de la classe moyenne française et d’augmentation des inégalités sont temporaires, liés aux effets de la crise économique de 2008, ou s’ils marquent, comme aux Etats-Unis, une rupture durable », conclut M. Marguerit.



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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Mer 20 Avr - 9:57


interlude littéraire

... la « classe moyenne », la « petite-bourgeoisie ».
Tous les vices dont peuvent se libérer les autres classes sont repris par celle-ci.
Et quand ces gens ajoutent à leur condition de petits bourgeois celle d'intellectuels,
ils méritent d'être balayés sans jugement préalable.


Juan Carlos Onetti, 1939

Juan Carlos Onetti, Le puits, 1939, 10/18 pages 52 à 54

Onetti a écrit:
Mais Lazare ne sait pas ce qu'il dit quand il crie « Espèce de raté ». Il n'a pas la moindre idée de ce que l'expression contient pour moi. Le pauvre me dit cela parce qu'une fois, au début de notre relation, il eut l'idée de m'inviter à une réunion avec les camarades. Il essayait de me convaincre avec des arguments que je connaissais depuis vingt ans, et qui m'ont toujours dégoûté depuis. Je jure que je n'y suis allé que par pitié, que seule une pitié profonde, une crainte excessive de le blesser, comme si dans son attitude et sa grosse tête de singe il y avait quelque chose d'indiciblement délicat, me fit l'accompagner à cette fameuse réunion de camarades.

Je fis la connaissance de beaucoup de monde, des ouvriers, des travailleurs des entrepôts frigorifiques, des gens frappés par la vie, impitoyablement poursuivis par le malheur, qui s'élèvent au-dessus de la propre misère de leurs vies pour réfléchir et agir en fonction de tous les pauvres du monde. Certains devaient être motivés par l'ambition, d'autres par la rancœur, ou l'envie, sûrement plusieurs d'entre eux, sans doute la majorité. Mais chez les gens du peuple, ceux qui appartiennent au peuple de façon légitime, les pauvres, les fils de pauvres, les petits-fils de pauvres, on retrouve toujours quelque chose d'essentiel qui n'a jamais été contaminé, quelque chose de pur, d'infantile, de candide, d'impétueux, de loyal, sur lequel on peut toujours se fier dans les circonstances graves de la vie. C'est vrai que je n'ai jamais eu la foi; mais j'aurais été content de continuer avec eux, de bénéficier, sans m'en rendre compte, de leur innocence. Ensuite je dus me mêler à d'autres milieux et rencontrer d'autres gens, des hommes et des femmes qui venaient se joindre au groupe. C'était une véritable avalanche.

Je ne sais si la séparation en classes est exacte et si elle est nécessairement définitive. Mais dans chaque société il y a des gens qui forment la couche peut-être la plus nombreuse de toutes. On les appelle la « classe moyenne », la « petite-bourgeoisie ». Tous les vices dont peuvent se libérer les autres classes sont repris par celle-ci. Il n'y a rien de plus méprisable, de plus inutile. Et quand ces gens ajoutent à leur condition de petits bourgeois celle d'intellectuels, ils méritent d'être balayés sans jugement préalable. Quel que soit le point de vue ou le but recherché, en finir avec eux serait faire œuvre de désinfection. En quelques semaines, j'ai appris à les haïr. Maintenant ils ne me dérangent guère, mais quand je vois par hasard leurs noms dans les journaux, sous quelques propos imbéciles et fallacieux, ma vieille haine revient et augmente.

Il y a un peu de tout dans ce groupe; certains se sont associés au mouvement pour que le prestige de la « lutte révolutionnaire » se reflète un peu dans leurs merveilleux poèmes. D'autres, tout simplement, pour se distraire avec les jeunes étudiantes qui souffraient,, généreusement, de la fièvre antibourgeoise de l'adolescence. Il y a ceux qui ont leur Packard huit cylindres, des chemises à cinq pesos, et qui parlent sans scrupules de la société future et de l'exploitation de l'homme par l'homme. Les partis révolutionnaires doivent croire à l'efficacité de tous ces gens et imaginer qu'ils les utilisent. Au fond, c'est du donnant donnant. Espérons seulement qu'au moment où les choses deviendront sérieuses, ici et partout ailleurs, les ouvriers songeront d'abord à se débarrasser, de façon définitive, de tout ce menu fretin.



wikipédia a écrit:
Juan Carlos Onetti (né le 1er juillet 1909 à Montevideo - décédé le 30 mai 1994 à Madrid) était un écrivain uruguayen, célèbre, entre autres, pour ses romans Ramasse-Vioques (1964) et Le Chantier (1961). Il s'exila en Espagne après avoir été incarcéré, pour sa participation à un jury, par la dictature uruguayenne.

Onetti dirige à partir de 1957 la bibliothèque municipale de Montevideo. Il est surveillé par la police uruguayenne à partir de 19641. En 1974, pendant la dictature militaire de Bordaberry, il est condamné à la prison (Colonia Etchepare), pour avoir participé à un jury organisé par l'hebdomadaire Marcha ayant décoré une nouvelle, El guardaespaldas (Le garde du corps) de Nelson Marras, critique envers la junte (il n'était d'ailleurs pas d'accord avec ce prix). Après sa libération, six mois plus tard, en 1975, il s'exile à Madrid, où il gagne sa vie comme serveur, portier, et vendeur
.

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Jeu 28 Avr - 22:02


un collector universel français Cool
dans Nuit Debout, etc.

la classe de l'encadrement éducatif en action

d'une petite bourge enfarinée, en "prolétaire" de circonstance,
avec "nous" "tous ensemble", sans distinction de classes et races sociales


Christine Bord, Professeur agrégée de Lettres,
docteur en civilisation médiévale,
chercheur en civilisation médiévale méditerranéenne


« Les litanies de tous les idéologues à trois balles qui croient qu'il suffit de décider qui est ou non "prolétaire"
pour se sentir exister commencent sérieusement à m'emmerder »


(le vrai est un moment du faux)

cela ne s'adressait pas à moi, elle s'en est gardée, mais à quelque chose près, c'est tout comme

Christine Bord a écrit:
Vos propos sont une manière d'exclusion. Il faut que les gens rentrent dans une petite case et y restent : prolos, bobos, blancs, pas blancs. J'ai, malheureusement pour vous, des étudiants qui viennent des "quartiers" -ici on appelle ça comme ça- qui ne sont pas blancs qui viennent aux nuits debout et ont les mêmes préoccupations et problèmes que les autres.  

En bref, nous sommes ensemble, pas d'exclusion sociale, ni ethnique.  Et quand je dis "nous", c'est parce que je me joins à eux aussi souvent que possible. Pouvez vous en dire autant ?

Alors laissez moi vous informer que les angles idéologiques ils s' en contrebattent ce dont vous et vos semblables n'avez, semble-t-il, que fort peu le souvenir, assis dans vos fauteuils.  ls veulent une vie meilleure,  et si avec moi "bourgeoise, blanche et intellectuelle (pardon, je vais me flageller, vous êtes quoi vous, Malcolm X ?) le pouvoir peut dormir tranquille, il est clair qu'avec des révolutionnaires de votre sorte, il peut même manger couché.  Les litanies de tous les idéologues à trois balles qui croient qu'il suffit de décider qui est ou non "prolétaire" pour se sentir  exister commencent sérieusement à m'emmerder.

Pour autant que j'ai pu le lire, je loue ma force de travail à l'université française, je le suis donc plus que vous, prolétaire. Je ne vis pas comme vous d'une retraite bien méritée. Puissent-ils, ces jeunes futurs précaires que tant vous méprisez, connaître un jour des conditions de travail telles que celles que vous avez connues, et qui vous permettent aujourd'hui d'avoir le loisir de  prétendre penser à leur place quelles sont leurs priorités.

Et ce d'où qu'ils viennent, c'est leur tour, c'est leur futur, ils n'ont pas besoin de vieux cons pour leur apprendre les luttes qu'ils estiment devoir être menées
.

Christine Bord a écrit:
28 avril
je ne pense pas que majoritairement ces mouvements qui militent en marge représentent les attentes de l'ensemble, lesquelles sont largement plus simples et concrètes,  et oui, rassemblent ou peuvent le faire, parce que tout le monde a besoin d'un salaire qui lui permettent de vivre, de se loger, de s' imaginer dans autre chose que le désespoir, un avenir meilleur pour soi et ses enfants.

Si certains veulent partir de situation excluant au lieu de parler de ce qui est le vrai problème : appelons le "lutte des classes", dommage. Pas de revendications claires, si ce n'est l'expression d'un ras-le -bol généralisé.  Cela peut conduire avec un peu de temps à l'émergence d'une véritable opposition de gauche.  C'est ce qu'on peut en espérer.  Et le reste... est littérature.


Christine Bord a manifesté dans l'ensemble de ses commentaires un rejet total de toute expression séparée  et de toute auto-organisation des populations racialisées, et notamment celles des "quartiers populaires"

mes commentaires suivants ont été dépubliés par la Rédaction de Médiapart


Patlotch a écrit:
22 avril
Christine Bord : « Les propos d'oppositions sur bases éthniques sont à pleurer.»

adorable "propositions sur bases" ethnique", et "Les questions de racisme n'y sont pas absentes, mais ce que "tous" veulent c'est ce changement démocratique, le droit au travail, à la dignité, au logement, aux soins, à l'éducation, à un plus juste partage des richesses."

autrement dit, le seul billet consacré à ce thème (Nuits Debout et question raciale en France, notamment dans les "banlieues"), certes critiquable comme les positions présentées (je l'ai fait) serait de trop, et taisez vous, les "ethniques" nous nous occupons de vous

avec des "debouts" comme vous, les dirigeants capitalistes peuvent dormir tranquille et continuer d'exploiter les prolos, comme de s'occuper gentiment des jeunes des "quartiers populaires"



Patlotch a écrit:
l'insulte ici, a un sens, contre le langage ampoulé et la poésie surfaite de cette demi-mondaine eurocentriste, cad en un mot pour moi : raciste à l'insu de son plein de graisse et de poudre aux yeux

on peut vous reconnaître, Marc Daniel Levy [un sous Finkielkraut-BHL trotskysant du Club Médiapart], sur la 'photo'



Les Femmes savantes

à une réconciliante

il ne s'agit pas ici de connaître Christine Bord plus ou moins mieux que moi ou vous, mais de lire ce qu'elle écrit, et qu'ici vous soutenez, comme vous défendez Marc Daniel Levy

elle s'est révélée odieuse et raciste dans plus d'un billet

"diffamatoire"
? à voire

"odieux", tant pis et tant pis pour vous aussi, de la bande à évacuer tout ce qui vous dérange

petites bourges enfarinées de votre race, au pied de la démocratie capitaliste, jusque dans les quartiers défendant l'Etat qui les fait crever : ils vous jetteront, parce que vous l'aurez mérité



en relation plus haut, hier : la Révolution française à l'envers et la corporation des professeurs de conservatisme dans le même sujet source Nuit Debout, etc.


.
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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Sam 7 Mai - 17:56


une autre façon de dire "prolétarisation" : un triple "déclassement social"

Une société du déclassement en marche ?

Yves Besançon 6 mai 2016

La dimension polysémique du concept de déclassement social nous permet de rendre compte de trois réalités sociologiques importantes qui caractérisent la structure de la société française à l’aube du XXIe siècle.

Citation :
Il y a en sociologie des notions bien trop délicates conceptuellement, comme celle du déclassement social, pour être abordées sérieusement par la langue de bois de notre classe politique, d’autant plus que, en l’occurrence, il n’est secret pour personne que toute situation de déclassement social est « constitutionnellement prohibée » pour et par la caste socio-professionnelle des « (vieux) routiers de la politique » de la Cinquième République.    

La dimension polysémique du concept de déclassement social nous permet de rendre compte de trois réalités sociologiques importantes qui caractérisent la structure de la société française à l’aube du XXIe siècle.

1) On peut tout d’abord l’aborder sous l’angle intergénérationnel en comparant la situation socio-professionnelle des individus à l’instant T avec celle de leurs parents, il s’agit alors de la mobilité sociale intergénérationnelle descendante - la démotion sociale - où les enfants accèdent à des positions sociales au statut moins favorable que celui de leurs parents. A partir des tables de mobilité sociale de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), il est alors possible de repérer un changement important de dynamique sociétale à partir du milieu des années 90 (1).

En effet, après les modestes progrès qu’on avait pu observer depuis le début des années cinquante, en termes de réduction de l’inégalité des chances à la naissance au sein de la société française, plein emploi et démocratisation scolaire aidant durant les Trente Glorieuses (1945-1975), les conséquences de la dégradation structurelle du marché de l’emploi depuis le milieu des années 70 (développement du chômage de masse et précarisation de l’emploi) commencent à se manifester, en termes de déclassement intergénérationnel, avec les résultats des tables de mobilité sociale de 1993 et 2003. La baisse des  flux de démotion sociale ou du « descendeur social » observée jusqu’en 1993, semble bien à l’arrêt depuis, constat confirmé également par les résultats de l’enquête emploi de 2012 de l’Insee. Ainsi, la part des fils dont le père appartient à la catégorie des professions intermédiaires (2), devenant employés ou ouvriers, qui avait poursuivi sa baisse entre 1977 et 1993 en  passant de 30,1 % à 24,9 %, a connu une progression de près de deux points entre 1993 et 2012. Un retournement de tendance que l’on retrouve également en s’intéressant à la destinée sociale des fils dont le père appartient à d’autres catégories socio-professionnelles, y compris chez les cadres (ainsi, en 2012, plus du tiers des fils de cadres appartiennent à une catégorie au statut social inférieur à celui du père). Et qui serait certainement statistiquement amplifié et plus fidèle à la réalité de l’ampleur du phénomène, si l’étude de cette mobilité sociale intergénérationnelle se faisait avec des catégories socio-professionnelles moins agrégées, faisant apparaître plus finement  les trajectoires de mobilité descendante entre les générations pour les catégories les plus défavorisées d‘entre elles, à savoir les employés et les ouvriers.                  
 
2) On peut aussi envisager le déclassement intragénérationnel où l'individu connaît une dégradation de son statut socio-professionnel au cours de sa vie d'actif. Là encore, les statistiques témoignent d'une progression bien réelle du phénomène au cours des dernières décennies : la proportion de "déclassés", selon ce dernier sens, a été multipliée par quatre chez les cadres entre 1980 et 2000. Plus globalement, selon le sociologue Eric Maurin (3), les situations de déclassement intragénérationnel concerneraient  7 % des actifs aujourd'hui. Par ailleurs, comme le montrent la plupart des enquêtes d'opinion, la crainte ressentie de subir un tel déclassement apparaîtrait bien plus aigue que l’étendue de la réalité objective du phénomène lui-même. Une telle observation est bien évidemment à mettre en relation avec le climat d’insécurité sociale devenu maintenant permanent, induit par les assauts répétés d’une « société de marché mondialisé » triomphante, face auxquels l’État a fait depuis longtemps le choix du renoncement à la résistance.

3) Enfin, il existe une troisième et dernière forme de déclassement, c'est le déclassement scolaire, qui peut se définir comme la dévalorisation de la valeur des diplômes au cours du temps. Cette dernière est à l'origine du célèbre paradoxe d'Anderson, bien connu des sociologues, qui correspond à la situation où les enfants, tout en étant plus diplômés que leurs parents, obtiennent des positions sociales moins élevées. On explique en général ce paradoxe par l’insuffisante progression des emplois qualifiés au regard de l’augmentation du nombre de diplômés susceptibles d’occuper ces emplois. Les enquêtes en France attestent également de la réalité de ce paradoxe, même si son importance resterait, selon l’Insee, encore limitée dans la société française. Au-delà même du débat sur l'ampleur de cette dernière forme du déclassement, ainsi défini, il ne faut cependant pas ignorer l’approche intragénérationnelle que l’on peut en faire. Ainsi, selon Eric Maurin, parce que le titre du baccalauréat n'a jamais été aussi discriminant aujourd’hui que par le passé pour s'insérer socialement, sa valeur sociale n‘a donc jamais été autant élevée. En ce sens, il faut en effet rappeler que 80 % des chômeurs (« officiels ») ont un niveau d’études ne dépassant pas le baccalauréat, et que la variable du diplôme apparaît également fortement déterminante de la durée du chômage des demandeurs d’emploi et de la fréquence du chômage récurrent (alternance de périodes de chômage et d‘emplois précaires).

En lien avec plusieurs décennies de détérioration de la situation sur le marché du travail (chômage de masse et précariat de l’emploi) et d’aggravation des inégalités économiques et sociales, faisant par la même table rase, sur son passage, d’une bonne partie des modiques progrès effectués pendant les Trente Glorieuses, en termes de réductions des inégalités scolaires et de fluidité sociale, une société du déclassement est de toute évidence en mouvement en France depuis la fin du siècle dernier.

Nourrie au petit lait par les inégalités, et par la toute première d’entre elles, l’inégalité des chances à la naissance dans l’accès aux différences ressources - matérielles et immatérielles -, elle-même consolidée par un système scolaire toujours fortement reproducteur des privilèges, elle les entretient en retour. Et ce d’autant plus que l’État abandonne progressivement, depuis plusieurs décennies, face à l’idéologie néolibérale, le plein exercice de ses fonctions fondamentales de garant de la cohésion et de la justice sociales, en étant entre les mains  de dirigeants politiques irresponsables qui n‘ont de cesse d’être au service des intérêts de la seule classe dominante. De surcroît, avec des institutions qui verrouillent le régime politique afin que le peuple ne se réveille et s’empare de sa démocratie, et en final, n’impose un déclassement, celui-là pourtant bien légitime, à notre caste politique.
________________________________________

(1)
- Stéphanie Dupays, « En un quart de siècle, la mobilité sociale a peu évolué », in Données sociales, 2006.
Article 3
- Louis-André Vallet, « Quarante années de mobilité sociale en France. L'évolution de la fluidité sociale à la lumière de modèles récents », Revue française de sociologie, n°1, 1999.
- Louis-André Vallet, « Mobilité observée et fluidité sociale en France de 1977 à 2003 », Revue Idées, n°175, mars 2014.
(2) Les tables de mobilité sociale utilisent pour croiser les situations socio-professionnelles entre deux générations le niveau 1 de la nomenclature des Professions et Catégories Socio-professionnelles (PCS).
Ci-joint, une information détaillée sur ces PCS :
Ici nomenclature PCS 3
(3) Eric Maurin, « La peur du déclassement. Une sociologie des récessions », Éditions du Seuil, coll. « La république des idées », 2009.




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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 6:50


Les classes moyennes se sont réduites en vingt ans en Allemagne et aux Etats-Unis

Romaric Godin   12/05/2016


La classe moyenne recule en Allemagne et aux Etats-Unis depuis 1981
Crédits : © Brendan McDermid / Reuters

Une étude de l'institut DIW de Berlin souligne le recul des classes moyennes en Allemagne et aux Etats-Unis. En Allemagne, le déclassement est plus notable, surtout chez les étrangers.

Citation :
Les trente dernières années ont été très dures pour les classes moyennes des deux côtés de l'Atlantique. C'est ce que révèle une étude de l'institut DIW de Berlin parue cette semaine et qui a retraité les statistiques de revenus bruts allemandes et étasuniennes pour pouvoir les comparer. La part de la population adulte disposant d'un revenu compris entre 67 % et 200 % du revenu médian a ainsi reculé fortement en trente ans.

La réduction des classes moyennes

En 1981, cette classe moyenne représentait 59 % des adultes aux Etats-Unis. Cette proportion a reculé à 56 % en 1991, puis à 50 % en 2015. En Allemagne, en 1983, la classe moyenne représentait 69 % des adultes ouest-allemand. En 1991, dans l'Allemagne réunifiée, cette proportion était encore de 66 %. Elle est aujourd'hui de 61 %. Entre 1991 et les derniers chiffres disponibles, le recul de la classe moyenne s'élève à 6 points aux Etats-Unis et à 5 points en Allemagne. Depuis 2000, cette évolution s'accompagne d'un recul du revenu médian lui-même pour les classes moyennes. Aux Etats-Unis, ce revenu s'est abaissé de 4 % entre 2000 et 2014, alors qu'en Allemagne, il a reculé de 1 %.

Où vont ceux qui quittent les classes moyennes ?

Parallèlement, les deux classes extrêmes, les plus pauvres et les plus riches ont donc progressé. Aux Etats-Unis, la proportion des personnes gagnant plus de 200 % que le revenu médian est passé de 15 % en 1981 à 17 % en 1991 et 21 % du total en 2015. Mais parallèlement, ceux gagnant moins de 67 % du revenu médian sont passés d'une proportion de 26 % en 1981 à 27 % en 1991 et 29 % en 2015. La réduction des classes moyennes outre-Atlantique s'explique donc majoritairement par un enrichissement que par un appauvrissement, même si la proportion des classes les plus pauvres demeure très importante.

En Allemagne, la situation est assez différente. Les classes aux revenus plus élevés sont passées de 9 % de l'ensemble des adultes en 1983 à 10 % en 1991, puis à 13 % en 2013. Mais les classes aux revenus les moins élevées sont passées de 23 % en 1983 à 24 % en 1991 et 27 % en 2013. Entre 1991 et 2013, l'abaissement de la classe moyenne allemande s'explique donc autant par un déclassement que par un enrichissement.

Les étrangers très touchés par le déclassement en Allemagne

L'étude met en avant une réalité inquiétante pour l'Allemagne qui va devoir faire face au défi de l'intégration du million de réfugiés venu de Syrie en 2015 : les étrangers outre-Rhin sont les plus menacés par le déclassement de la classe moyenne. Entre 1991 et 2013, les personnes étrangères de classe moyenne sont passées de 71 % à 55 % chez les étrangers en Allemagne, contre un recul de 65 % à 62 % pour les Allemands. Et si la proportion d'Allemands ayant un revenu inférieur à 67 % du revenu médian est restée stable à 24 %, la même proportion pour les étrangers est passée de 22 % à 37 % entre 1991 et 2013.

Défi pour l'intégration des réfugiés outre-Rhin

Ceci pose un défi majeur pour les politiques sociales en Allemagne. La croissance économique du pays profite en effet très nettement aux seuls Allemands au détriment très net des étrangers. La raison en est simple : les étrangers sont, outre-Rhin, les premiers à subir les effets des « réformes », notamment dans le domaine du marché du travail. Comme le souligne l'économiste Markus Grabka, l'amélioration de l'emploi outre-Rhin n'a pas freiné le phénomène. L'intégration des réfugiés devra donc nécessairement inverser cette tendance.


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 6:56


Assongmo Necdem a écrit:
La classe moyenne africaine n’a toujours pas explosé, elle qui a pourtant fait l’objet des prévisions les plus optimistes. Le sujet est à la grande Une du magazine trimestriel « Strategic Marketing Africa », qui vient de livrer son premier numéro de l’année 2016. C’est une publication de la Confédération africaine du marketing (African Marketing Confederation–AMC).

Le traitement accordé aux performances de la classe moyenne africaine montre bien l’inquiétude chez les professionnels du marketing. En effet, à la lumière des préoccupations des experts, le magazine de l’AMC se demande si les projections sur la classe moyenne africaine n’ont pas été surévaluées.

Le journal cite le directeur général de Spar Group, chaîne de supermarchés présente dans 11 pays d’Afrique au sud du Sahara. Graham O'Connor déclare : « J’ai de sérieux doutes sur la croissance miraculeuse de la classe moyenne africaine. » Ces inquiétudes rejoignent les propos du patron de Nestlé dans la région Afrique équatoriale, Cornel Krummenacher. « Nous avions pensé que l’Afrique serait la prochaine Asie, mais nous réalisons que la croissance de la classe moyenne est extrêmement faible et ne croît pas vraiment », avait-il dit, reconnaissant que la croissance n’est pas du tout à la hauteur des estimations faites en 2008. En juin 2015, le groupe Nestlé, géant mondial de l’agroalimentaire, avait déjà émis des préoccupations sur sa propre croissance en Afrique équatoriale, et annonçait une réduction de 15% de ses effectifs, ainsi qu’une diminution de moitié de sa gamme de produits dans cette région.

Pourtant, bon nombre d’investisseurs sont arrivés en Afrique ces dernières années en se fondant sur les bonnes perspectives concernant le pouvoir d’achat et la capacité de consommation d’une classe moyenne en pleine croissance. On se souvient du fameux rapport publié en avril 2010 par la Banque africaine de développement (Bad) intitulée « The Middle of the Pyramid : Dynamics of the Middleclass in Africa ».

L’étude annonçait l’explosion prochaine de la classe moyenne sur le continent. L’étude avait eu un fort retentissement et avait contribué à changer le regard pessimiste que le monde portait sur l’Afrique. Ce revirement était alors résumé dans ces écrits du grand magazine international The Economist en 2011 : « Après des décennies de croissance lente, l’Afrique a une chance réelle de suivre les traces de l’Asie. » Les espoirs étaient un peu trop grands, constate le monde du marketing africain, 5 ans plus tard
.

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 7:01


Tunisie

Disparition progressive de la classe moyenne


ATB Arab Tunisian Bank 29 Avril, 2016


Citation :
L’expert en économie et ancien ministre des finances, Houcine Dimassi, a déclaré ce vendredi 29 avril 2016 lors de son passage dans l’émission Politica de Jawhara FM, que la classe moyenne en Tunisie est en voie de disparition.

Selon ses estimations, le paysage social et économique tunisien sera bientôt monopolisé par les deux classes riche et pauvre, après la disparition de la classe moyenne.

Il a ajouté dans ce sens, que les postes d’emploi en Tunisie sont de moins en moins disponibles, à cause principalement des recrutements « illogiques ».


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 7:08


Le déclin de la classe moyenne aux États-Unis


Aude Lorriaux Slate.fr 14 mai 2016


Middle Class RIP | DonkeyHotey via Flickr CC License by

Elle ne constitue plus que 51% de la population, contre 61% en 1971.

Citation :
Longtemps, on a pensé que la classe moyenne aux États-Unis serait toujours majoritaire. Qu’elle continuerait de dominer fièrement, démocratiquement, avec ses automobiles et ses micro-ondes à foison, sur ses deux concurrentes, la classe la plus riche et la classe la plus pauvre. Mais voilà que cet idéal de normalité pourrait bien se renverser. Petit à petit, la classe moyenne perd du terrain, constate une nouvelle étude du Pew Research Center.

Le think-tank a examiné à la loupe 229 zones métropolitaines, à partir des données les plus récentes du Bureau du recensement des États-Unis. Dans près de 90% de ces zones, soit 203 aires urbaines, la proportion d’habitants disposant d’un revenu entrant dans la catégorie «classe moyenne» a baissé, tandis que les deux autres classes ont progressé.

Par classe moyenne, l’institut de recherche entend les foyers qui gagnent entre les deux-tiers et le double du revenu médian, soit entre 42.000 et 125.000 dollars par an, pour une famille de trois personnes. (Le revenu médian, quant à lui, divise la population en deux parties égales, c'est-à-dire tel que 50 % de la population ait un revenu supérieur et 50 % un revenu inférieur. A ne pas confondre avec le revenu moyen, moyenne de tous les revenus)

Montée des inégalités

La proportion d’Américains de la classe moyenne est ainsi passée de 55% en 2000 à 51% en 2014, et a même chuté de dix points depuis 1971. Les adultes de moindres revenus représentent un tiers des troupes (29% contre 28%) et les plus riches sont désormais 20%, contre 17% auparavant. Résultat: la classe moyenne aux Etats-Unis s’apprête à passer en dessous de la barre fatidique des 50% :




Ce déclin de la classe moyenne est concomitant à un déclin du revenu médian, qui a diminué de 8% depuis 1999. Il témoigne d’une montée des inégalités, comme l’ont montré les travaux de l’économiste Thomas Piketty.

Si pendant longtemps les Etats-Uniens n’ont pas semblé très affectés par cette montée, la donne est peut-être en train de changer. Les bons résultats du candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders, un socialiste sur lequel aucun bookmaker n’aurait parié il y a quelques années, en sont la preuve.



Le secret honteux de la classe moyenne américaine

Audrey Duperron L'Express Business 12 mai 2016


Crowd-in-New-York © Kevin Case

Citation :
Disposez-vous d’une réserve de 400 $ (350 euros) que vous pourriez utiliser immédiatement en cas d’urgence ? Même si une telle somme ne semble pas insurmontable, des chiffres récents de la Réserve fédérale américaine (FED) montrent que plus de 47% des Américains devraient emprunter ou vendre quelque chose pour disposer de cette somme. Cette incertitude financière est évoquée par le journaliste, historien et critique de cinéma Neal Gabler dans un article du magazine The Atlantic intitulé “The secret shame of middle class Americans” (la honte secrète de la classe moyenne américaine). Il sait de quoi il parle : Gabler fait lui-même partie de ces 47%.

Bien qu’il semble être un écrivain à succès qui possède une maison dans les Hamptons, ses finances sont dans un état déplorable, en raison d’une série de mauvais choix faits sur plusieurs années.

Comme beaucoup d’Américains, Gabler a constamment souhaité que des jours meilleurs arrivent : “Je n’ai jamais imaginé que je ne gagnerais pas assez.” Des millions d’Américains sont tombés dans le même piège. Le “rêve américain” voudrait vous faire croire que ceux qui travaillent dur grimperont toujours plus haut. Ajoutez à cela un diplôme d’université et vous avez tout ce qu’il vous faut.

Mais pour une grande partie du pays, cette automaticité ne fonctionne plus. Non pas parce que les Américains n’épargnent plus suffisamment, ou qu’ils dépensent trop (les deux sont souvent le cas), mais tout simplement parce que de moins en moins d’opportunités se présentent.

Presque toute la richesse qui a été créée au cours des dernières années n’a bénéficié qu’à 10% des salariés. Une famille de la classe moyenne gagne aujourd’hui 7% de moins qu’il y a 15 ans, en tenant compte de l’inflation.

Une histoire dévastatrice


Pas étonnant que la reprise économique semble être un mensonge pour de nombreux Américains. Le taux de chômage n’est que d’environ 5%, et il n’y a jamais aussi peu de chômeurs depuis 1973. Mais ces chiffres cachent “une histoire dévastatrice” de perte de salaire et la situation précaire dans laquelle des millions de personnes, qui travaillent moins qu’elles ne le souhaiteraient, sont tombées.

En 2008 67,3% des Américains travaillaient, mais ce chiffre est tombé aujourd’hui à 62,6%. En d’autres mots, des millions de personnes ont renoncé à chercher un emploi, même si elles seraient trop heureuses d’en trouver un. En outre, ce n’est plus le nombre d’emplois qui compte, mais la qualité de ces emplois.

La classe moyenne vulnérable

Le nombre de personnes qui sont entrées dans la “1099 Economy”, c’est à dire les freelances et autres personnes à leur compte, a augmenté depuis 2005 pour passer de 10% à 16% aujourd’hui. Ces gens tombent dans la catégorie des “personnes au travail”, même si la nature de ce travail est extrêmement précaire et imprévisible.

De tous les nouveaux emplois qui ont été créés entre 2008 et 2012, 44% entrent dans la catégorie des emplois peu rémunérés du secteur des services.

Parmi les millions de personnes qui peuvent se revendiquer de ce que l’on appelle “la réussite à l’américaine” très peu se sentent aussi prospères. Elles ne parviennent à conserver leur place sur l’échelle de carrière qu’au prix d’un dur labeur. Et il suffirait de très peu pour les en faire tomber
.

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 7:17


Une nouvelle étude confirme le déclin de la classe moyenne en Europe

Damien Durand  Le Figaro Économie 02/03/2016


La classe moyenne reste encore largement majoritaire en France
Crédits photos: O.Ortelpa/Flickr

La classe moyenne recule en Europe, lentement mais sûrement. La France reste encore bien placée mais souffre des même maux que ses voisins.


Citation :
Plusieurs rapports mettaient déjà en évidence le phénomène, mais l'étude de l'Organisation internationale du travail enfonce un peu plus le clou encore. Selon une analyse publiée le 29 février dernier, l'institution internationale confirme une contraction de plus en plus marquée de la classe moyenne en Europe. Avec quelques rares îlots de résistance.

Recul général, disparités locales

« La crise économique et financière a gravement affecté les catégories à revenu intermédiaire » résume, lapidaire, l'étude, qui prend comme référence pour parler de la classe moyenne, un concept contesté à sens variable, une fourchette entre 60% et 200% du revenu médian. Soit, par exemple, pour la France, entre 1063 euros et 3544 euros (sur la base du revenu médian 2013 de l'Insee à 1772 euros). Et dans sur cet intervalle, le constat est sans appel: dans pratiquement tous les pays européens, la part de population concernée recule, après avoir connu une croissance rapide dans les années 1980 et 1990. L'OIT explique notamment cette hausse par l'arrivée massive des femmes dans les emplois qualifiés permettant de dégager les revenus introduisant dans la classe moyenne.

Cependant, si l'on considère l'intervalle 60%-200% du revenu médian, la classe moyenne reste largement majoritaire. Elle représente encore 74% de la population française, un des plus hauts taux d'Europe. Elle est cependant assez ventilée dans l'Hexagone entre «classe moyenne supérieure» (26%) et «classe moyenne inferieure» (16%). Le pays où la classe moyenne est la plus importante est la Suède (81%), mais c'est au Danemark où elle est la plus égalitaire (78% de classe moyenne dont 40% dans l'intervalle 80%-120% du salaire médial local).

Précarité et stagnation salariale

L'OIT tente quelques explications pour décrypter cette contraction généralisée. Pour l'organisation, l'une des principales causes tient à… l'emploi public. En effet, alors que certains postes de fonctionnaires (enseignants, simples agents) permettaient automatiquement d'entrer dans la classe moyenne, c'est de moins en moins le cas aujourd'hui. En cause selon l'OIT, la stagnation des rémunérations dans le secteur public et le recours de plus en plus massif à des contrats temporaires, minorant les revenus annuels, et sortant les personnes concernées de la classe moyenne.

Autre cause relevée: le chômage des jeunes en Europe. Même si ces derniers ne faisaient pas nécessairement partie de la classe moyenne pendant les années fastes, une période prolongée de chômage retardera d'autant leur entrée dans cette catégorie lorsqu'ils seront plus âgés.

Malgré ces chiffres sombres, quelques pays résistent au mouvement de dépression des classes moyennes. La France, la Suède ou les Pays-Bas parviennent à limiter (un peu) l'érosion de leur classe moyenne qu'ils ne peuvent cependant empêcher. Mais seul un pays se maintient à un niveau «stable et prospère» selon les mots de l'OIT: la Belgique. Le royaume a bien encaissé le choc de la crise de 2008 grâce à son modèle de protection sociale, mais surtout grâce à un dispositif particulier: l'indexation automatique des salaires (et des allocations). L'ensemble des traitements du secteur public et des salaires du privé augmentent en effet automatiquement lorsque le coût de la vie dépasse un indice-pivot calculé par les autorités. Un système que la Belgique est la seule, avec le Luxembourg, à utiliser au niveau européen et qui lui a permis de maintenir sa classe moyenne au coeur du tumulte. Même si les taux d'inflation sont aujourd'hui proches de zéro, ils étaient bien plus élevés au tournant de la décennie. Sans que les Belges, et notamment leur classe moyenne, n'en ressentent trop le choc.

A l'inverse, l'étude montre un effondrement de la classe moyenne en Europe du Sud (Espagne et Grèce), et dans les trois pays baltes, la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie où la classe moyenne ne représente que 62% de la population, tout en ayant la plus haute proportion (14%) de classe supérieure d'Europe.


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 7:31


La classe moyenne privée de ville !

Sudouest.fr  Courrier des lecteurs 11/04/2016

Citation :
Je me suis déjà exprimé sur les difficultés qu'il y a pour la classe moyenne  de vivre en ville en étant propriétaire de son appartement. En effet les constructions proches du centre-ville sont soit réservées à des logements sociaux, soit à des hauts revenus qui peuvent se permettre d'acheter un appartement à des prix proches de 5 000€ le m2. De ce fait la mixité sociale n'existe pas puisque dans l'éventail de la population classée suivant ses revenus, la classe moyenne est absente.

J'ai eu la satisfaction de voir dans l'enquête du journal "Sud Ouest" sur ce sujet que mon appréciation n'était pas ridicule, mais, cette enquête m'a fait découvrir quelque chose que je ne soupçonnais pas. A Bordeaux, les deux pôles de construction de logements neufs se situent soit au nord, près du lac, soit près de la gare. Près du lac la zone d'habitation est créée de toute pièce, et sans être en centre-ville, loin s'en faut, les liaisons avec ce centre sont favorisées par un important choix de moyens de transport en commun.

Et, que remarque-t-on ? Que les logements sont accessibles à des revenus moyens puisque le prix du m2 est de l'ordre de 3000€ et quelquefois moins. Mais la vraie question à laquelle l'enquête a répondu est : qui achète ? Réponse 90% d'investisseurs, ce qui veut dire que celui qui sera propriétaire et occupant de son appartement ne fera partie d'un groupe qui ne représentera que 10% des habitants.

Il n'y a pas de jugement de valeur de ma part entre occuper un logement en en étant propriétaire ou locataire, seulement, où le problème se pose c'est lorsqu'il s'agit de se prononcer sur les frais à engager dans  le cadre de la copropriété. Le propriétaire occupant souhaite conserver un logement en bon état et un environnement agréable, c'est aussi le cas du locataire, mais la décision d'engager les frais ne lui appartient pas, elle est entre les mains du propriétaire investisseur dont le souci principal est le plus souvent de percevoir des loyers que d'engager des frais d'entretien.

Donc, encore une fois, vouloir se rapprocher de la ville quand on habite une banlieue pavillonnaire est à peu près impossible, soit en raison du coût des logements, soit en raison du risque de leur dégradation.

Ainsi, dans ces banlieues pavillonnaires où le renouvellement de population est très lent, car l'accès à la propriété pour les jeunes couples est très difficile, ne restent que des couples de retraités. Le bon côté des choses est que ce ne sont plus des "cités dortoir", mais, en contrepartie il n'y a plus qu'une ou deux classes d'âge, 3° ou 4° âge en attendant le 5° avec les progrès de la médecine. Si on y trouve quelques enfants, c'est parce que les "nounous" viennent s'y promener en raison du calme qui y règne ou que des retraités gardent leurs petits-enfants.

Soyons patient, l'héritage réglera peut-être le problème.

Christian Famechon, Saint-Médard-en-Jalles (33)


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 7:50


Et si 2016 était l’année de la revanche des hommes blancs ? Et des femmes aussi ! Ce bloc électoral détient les clés de la Maison Blanche par sa capacité à faire la différence dans les fameux "Etats décisifs" (swing states). Et c’est justement ce bloc électoral qui est à la source de la popularité de Trump à droite, comme de Sanders à gauche.

Citation :
Le succès de Donald Trump a été largement imputé aux "hommes blancs en colère" ("angry white males" selon la terminologie américaine). Une explication un peu sexiste car elle semble exclure les femmes, alors qu’il suffit d’observer les meetings de Trump pour s’apercevoir qu’elles y sont aussi nombreuses que les hommes, sinon plus…

De son côté, Bernie Sanders continue de remporter des victoires surprenantes face à Hillary Clinton. Mardi 8 mars dans l’Etat du Michigan, il l’a devancée de deux points et dix-huit mille voix, 50% contre 48%.

Depuis le début des primaires, Bernie Sanders a également gagné dans le Colorado, le Minnesota, l’Oklahoma, le Vermont, le Nebraska, le Kansas, et le Maine. Tous ces Etats ont en commun d’avoir une population blanche beaucoup plus importante que la moyenne nationale : 82% ou plus contre 63%.

Par contre, Hillary Clinton a remporté tous les Etats du Sud, là où la proportion d’Afro-américains est largement supérieure à la moyenne nationale, tout particulièrement au sein de l’électorat démocrate. Dès que l’électorat blanc domine, elle se retrouve en difficulté. Dans le Michigan, 60% des électeurs démocrates blancs ont voté Sanders quand Hillary bénéficiait de près de 90% du vote noir. Elle a pour elle les minorités. Sanders a les blancs, surtout les jeunes. Il a aussi une majorité des hommes, 54% contre 44%.

Il ne s’agit pas de parler d’un vote "ethnique" ou racial. Ce n’est pas le cas. Mais le parti démocrate est devenu le parti des minorités, ethniques et sexuelles, et la petite classe moyenne blanche aux idées traditionnelles ne s’y reconnait plus. Sauf quand arrive un Bernie Sanders, qui d’ailleurs jusqu’à peu n’était pas un Démocrate, et qui tient un discours beaucoup moins convenu, et à l’écoute des attentes de cette population désormais délaissée par le parti de l’âne.

La petite classe moyenne blanche est le segment de la société américaine qui a le plus souffert au cours des trente dernières années : une souffrance économique d’abord, face aux avancées de la mondialisation ; et une souffrance sociale et culturelle ensuite, face aux avancées des minorités, du multiculturalisme et à l’émiettement des valeurs dites "traditionnelles". En 2016, ce bloc électoral a décidé de laisser éclater sa colère. Elle se retrouve, chez les Démocrates dans le vote Sanders. Et chez les Républicains dans le vote Trump. Le rejet des élites, qui est au cœur du message de chacun de ces candidats, colle parfaitement à l’état d’esprit quasi-insurrectionnel de ces électeurs.

Reste à savoir si cette frustration et ce bloc électoral sont assez forts pour porter l’un de ces deux candidats à la Maison Blanche en novembre.

La frustration de cet électorat est d’abord économique. Cela a été particulièrement perceptible dans le Michigan. Cet Etat est le berceau de l’industrie automobile américaine. Dans les années 1960, Detroit, sa capitale économique, était le fleuron du "rêve américian". Le paradis de la classe ouvrière, c’était là. Des enfants d’immigrés emménageaient dans des maisons avec trois chambres et deux garages. Ils envoyaient leurs enfants à l’université et passaient leurs week-end dans des petits chalets au bord du lac… A l’époque, un certain George Romney, père de Mitt, était gouverneur. Depuis les années 1970 et le premier choc pétrolier, l’industrie automobile américaine n’a cessé de décliner. Jusqu’à manquer disparaitre lors de la crise de 2008. Des millions d’emplois ont été supprimés ou délocalisés. La crise des " subprimes " fut dévastatrice pour certaines banlieues devenues des villes fantômes.

Une évolution malheureusement à l’image d’un recul économique national. Selon les statistiques fédérales, le nombre d’emplois dans le secteur manufacturier a reculé de sept millions en trente ans, soit une baisse de 36%, alors même que la population augmentait de 90 millions, soit 40%. En termes de capacité de pouvoir d’achat, le revenu de la classe moyenne stagne depuis 1980. Alors que les revenus des plus pauvres ont progressé et ceux des plus riches explosé…

En l’an 2000, un autre changement capital s’est produit : la classe moyenne américaine s’est mise à diminuer en nombre
. Cela était déjà arrivé. Mais jusqu’alors, les ménages quittaient la classe moyenne par le haut. Ils accédaient (en termes de revenus) à la classe supérieure (foyer avec plus de cent mille dollars de revenus par an). Depuis l’an 2000, les foyers quittent la classe moyenne par le bas! Ils se retrouvent avec moins de 35 000 dollars par an.

La raison de ce recul pour les électeurs américains tient à deux choses : l’émergence de la Chine, via son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce, et le passage du NAFTA, l’accord de libre-échange avec le Mexique.

Ces deux changement ont bouleversé le paysage industriel américain, avec à la clé des dizaines de milliers d’emplois parti "au Sud de la frontière".

Dans le Michigan, 60% des électeurs ont indiqué que l’économie était leur premier souci et qu’ils étaient, dans la même proportion, opposés au libre-échange. Or, Sanders comme Trump sont de virulents critiques des accords de libre-échange. Le premier, par principe idéologique; le second, parce qu’il estime que la mondialisation et les manipulations monétaires faussent le jeu.

La frustration de cette petite classe moyenne blanche est aussi culturelle. En 1980, un certain nombre de démocrates s’étaient détournés de Jimmy Carter pour voter Reagan. Ils avaient rallié le conservateur qui prônait une croissance économique forte aux dépens du démocrate épris d’égalitarisme et de justice. Ils l’avaient fait d’autant plus facilement que sur les questions de société et de religion, ils n’étaient pas très loin de Reagan – c’était des religieux pratiquants qui croyaient à la famille traditionnelle et aux valeurs américaines.

Mais les choses n’ont pas évolué dans leur sens. La " famille " d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de leur enfance. Elle s’est décomposée et recomposée, elle est devenue monoparentale, homo-parentale, ou simplement éclatée. Les valeurs de travail, d’économie, d’effort, d’abnégation, et de mérite qui ont fait les Etats-Unis, semblent dérisoires face à l’argent trop vite gagné dans la musique, le spectacle, la télévision, ou les start-ups d’Internet. Le droit ancestral de posséder une arme, symbole d’individualisme et de liberté, est sans cesse battu en brèche. Le pays qui avait guidé le monde libre vers une victoire dans la Guerre froide semble n’être plus respecté à l’étranger. Il a perdu plusieurs milliers de ses enfants dans des combats qui n’ont débouché sur rien, sinon l’horreur de voir des islamistes mettre en ligne des vidéos de décapitations d’Occidentaux …

Leur ressentiment est profond, et Bernie Sanders autant que Donald Trump ont parfaitement su l’exploiter. Face à cette perte de repères, la petite classe moyenne blanche avait besoin d’un ou plusieurs boucs émissaires. C’est humain. On le sait depuis René Girard. Nos deux candidats en avaient justement plusieurs à leur jeter en pâture. Pour Sanders, le bouc émissaire c’est Wall Street, et par extension tous les politiciens qui s’acoquinent avec Wall Street. Dont bien sûr, Hillary Clinton. D’ailleurs, lorsqu’il débat avec elle, il ne dit pas "Wall Street" mais "vos amis"… Pour Trump, le bouc émissaire, ce sont les immigrants clandestins, les Chinois, et les dirigeants américains actuels "qui sont stupides". Il suffirait donc de mettre les clandestins dehors et de changer les dirigeants pour que tout aille mieux…

Il n’est pas dit que les électeurs de Bernie Sanders et de Donald Trump soient naïfs au point de croire béatement à ces différents discours. Contrairement à ce que pensent certains cadres du parti républicain, dont Mitt Romney, ils ne sont pas en train de se laisser bernés. Les électeurs de Donald Trump sont capables de discerner les failles dans la personnalité de leur nouveau champion. Ils passent outre parce qu’ils ont trouvé en lui quelqu’un qui comprend leur désarroi et ose enfin y répondre après des décennies pendant lesquels ils ont été ignorés.

Dans la perspective de l’élection de novembre, cet électorat possède un poids réel et ce poids est nettement à l’avantage des Républicains. Même s’il recule depuis 40 ans, l’électorat "non-hispanique blanc" reste le premier bloc électoral, à 69%. Contre 89% en 1976. Il représente 156 millions d’électeurs, contre 27 millions d'Afro-américains, autant d’Hispaniques, et 9 millions d’Asiatiques.

Au sein de ce groupe, les ménages avec un revenu inférieur à 50 000 dollars par an vote majoritairement républicain. En 2012, 54% d’entre eux avaient voté Romney et seulement 37% Obama. De fait, les dix Etats les plus pauvres de l’Union votent régulièrement républicain aux élections présidentielles. Compte tenu de l’appauvrissement continu d’autres Etats, notamment dans la ceinture de rouille du Nord et Nord-Est, il n’est pas exclu de voir certains Etats "bleus", c’est-à-dire démocrates, devenir "rouges", c’est-à-dire républicains. Une plus forte participation de ces électeurs au scrutin de novembre pourrait faire ainsi basculer l’Ohio, le Wisconsin, l’Illinois ou la Pennsylvanie. Or, le fait le plus marquant des primaires républicaines, en dehors de la popularité de Donald Trump, est justement la très forte hausse de la participation. Et l’on parlera peut-être bientôt des "Trump democrats", comme on a parlé en 1980 des "Reagan democrats"…

En attendant, la Caroline du Nord, la Floride, l’Illinois, l’Ohio et le Missouri tiennent leur primaire ce mardi 15. Donald Trump vise un grand chelem, de quoi être quasi assuré de la nomination, bien qu'il pourrait finir un peu court. Bernie pourrait créer à nouveau la surprise, cette fois dans l’Ohio.

Citation :
Gérald Olivier est journaliste et partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour occuper le poste de rédacteur en chef au mensuel Le Spectacle du Monde. Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 7:55


Citation :
La révolution numérique tient-elle toutes ses promesses ? Pas vraiment, si l'on en croit Daniel Cohen, professeur à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole d'économie de Paris. Dans un entretien accordé à Marianne dans le numéro de cette semaine, il démonte l'idée d'une révolution tant annoncée dont les bienfaits retomberaient sur l'ensemble de la société. Il démontre notamment que la classe moyenne n'en bénéficie pas ou plus. Résultat, "une société qui se polarise socialement, se polarise politiquement", prévient-il.

Espoir douché. Dans son numéro à paraître vendredi, Marianne s'intéresse aux conséquences de cette révolution numérique tant vantée, notamment par les économistes libéraux qui se frottent déjà les mains à l'idée d'une société "libérée" du salariat et d'une économie totalement dérégulée. Dans son dossier "Révolution numérique : La grande arnaque", Marianne publie, entre autres, un entretien fleuve avec l'économiste Daniel Cohen qui décrypte l'impact de la révolution numérique sur la société française.

On y découvre ainsi que, si elle permet bien de créer quelques emplois, cette fameuse révolution numérique ne bénéficie pas ou plus du tout aux classes moyennes. "On pensait, dans le monde d'aujourd'hui, que les années d'études, la compétence, permettaient d'utiliser les outils numériques pour créer d'autres emplois en compensation de ceux qui ont été détruits", explique-t-il. Sauf qu'il n'en est rien. A la surprise des économistes, "on découvre que les emplois qui profitent de la révolution numérique sont aux deux bouts de la chaîne. Ceux qui sont tout en haut, dit "créatifs", et tout en bas, en gros les services à la personne, là où les logiciels ne peuvent pas faire le job", analyse Daniel Cohen.

Résultat, pour tous ceux qui se retouvent entre ces deux "pôles" comme "le milieu de la distribution, les banques, les assurances, les postes d'ouvrier qualifié ou de secrétariat", une partie des troupes silencieuses de la classe moyenne, il y a un "affaissement de l'emploi s'observe". "C'est la théorie de la polarisation", poursuit-il. En conséquence, "la croissance numérique percole mal, ne crée plus de progrès tangible pour la classe moyenne. Ce qui explique aussi le paradoxe sociologique : une société qui se polarise socialement, se polarise politiquement. Nous ne vivons pas dans l'harmonie d'une société post-matérialiste, mais dans une société au sein de laquelle il devient de plus en plus difficile de trouver sa place".

De quoi largement relativiser cette idée d'un numérique comme nouvel Eldorado dont la manne généreuse sera à partager entre tous...


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 8:03


"Le transclasse connaît la lutte des classes à l'intérieur de lui-même"

Cécile Deffontaines L'Obs 07 mai 2016


Jalil Lespert et Jean-Claude Vallod dans "Ressources humaines", de Laurent Cantet, 2000

Selon la philosophe Chantal Jaquet, à l'origine du terme, le "transclasse" doit sans arrêt montrer qu'il est "à la hauteur". Tout en prouvant à son milieu d'origine qu'il est resté du même monde. Interview.

Citation :
Chantal Jaquet est une philosophe française, spécialiste de Spinoza, de l'histoire de la philosophie moderne et de la philosophie du corps. Elle est professeur à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Avec "les Transclasses ou la non-reproduction" (PUF, 2014.), son dernier ouvrage, elle s’est orientée vers la philosophie sociale.

Citation :
Qu’est-ce qu’un transclasse ?

J’ai forgé ce néologisme pour qualifier "celui qui passe de l’autre côté", le préfixe "trans" accentuant cette idée d’un passage d’une classe à l’autre. Ce mot a aussi l’avantage d’être plus neutre que le terme de "transfuge de classe", qui sous-entend l’idée d’une fuite de sa classe d’origine, parce que cette dernière serait jugée néfaste. Dès que l’on aborde le sujet de la mobilité sociale, c’est pour valoriser celui qui change de classe sociale "vers le haut" et pour plaindre celui qui subit un déclassement. Or ce sont des jugements de valeur.

Pourquoi devient-on un transclasse ?

On ne quitte pas un milieu social si on en est parfaitement satisfait. Il y a toujours quelque chose de l’ordre de la souffrance. Mais ces affects tristes peuvent être positifs, en donnant une énergie pour combattre. On peut aussi éprouver une difficulté à exister là où l’on est et chercher sa place ailleurs.

Souvent, on pense trouver des réponses dans la personnalité, la force de l’individu. Comme s’il "s’autocréait". On forge dès lors la fiction du "self-made-man". Mais une personnalité n’existe pas en soi. Nous sommes façonnés par le monde, par nos relations, et nous les façonnons en retour. La place dans la fratrie joue un rôle, tout comme les désirs frustrés des parents. Il faut aussi tenir compte des rencontres et des institutions, qui peuvent donner des moyens matériels (les bourses) ou culturels. Dans les rencontres, certaines paroles peuvent assigner à résidence ou, au contraire, agir comme de bonnes fées.

Pourquoi cette figure du self-made-man est-elle si forte ?

C’est une fiction qui, en rendant l’individu responsable de ce qui lui advient, permet d’exalter l’individu qui réussit… et de culpabiliser ceux qui échouent. Cette figure sert à maintenir l’ordre social. Si des individus peuvent s’en sortir, c’est que cet ordre est juste.

Les pays où la mobilité sociale est la plus faible sont aussi ceux qui valorisent le plus le self-made-man. Statistiquement, elle est la moins élevée aux Etats-Unis ; la plus forte dans les pays scandinaves. En France, elle est moyenne. La loi reste celle de la reproduction sociale : sept enfants d’ouvriers sur dix seront des ouvriers, de même chez les plus aisés.

C’est un sujet politiquement miné : certains vont se servir des transclasses comme de mascottes afin de démontrer, à tort, que la mobilité sociale est possible ; quant à ceux qui veulent changer l’ordre social, ils ont peur qu’on les brandisse pour couper les ailes des mouvements de revendication collective.

Avec la disparition progressive de la classe ouvrière et le sentiment que la classe moyenne a pris une grande importance, beaucoup pensent que les classes sociales n’existent plus vraiment. Or, ce que vivent les transclasses prouve le contraire.

Un certain type de classe ouvrière a bien disparu. Mais l’exclusion s’est développée, avec la cohorte des vacataires, des chômeurs et autres laissés-pour-compte. Les anciennes classes sont remplacées par d’autres avec, toujours, un monde de dominés. Ceux qui considèrent que la lutte des classes est dépassée appartiennent à la classe dominante.

Une jeune femme me racontait qu’elle avait pris conscience de son changement de classe en revêtant un manteau en laine…

C’est à des petits détails qu’il se mesure, en effet. Changer de classe, c’est entrer dans un autre monde d’objets, de vêtements. Dans "le Rouge et le Noir", de Stendhal, Julien Sorel rencontre le marquis de la Mole. Julien est à la fois le précepteur de sa fille et son futur gendre. Le marquis lui propose de porter un habit bleu en tant que futur gendre, et noir dans le rôle du précepteur. Et, selon l’habit qu’il porte, il ne s’adresse pas à lui de la même manière.

Pourquoi les transclasses éprouvent-ils parfois ce sentiment d’être remis à leur place ?

Il y a de la fascination pour le parcours d’un transclasse, mais aussi une forme de gêne. C’est donc qu’au fond, peut-être, cet autre a plus de mérite que soi ? La "distinction", "être distingué", cela signifie "vouloir mettre l’autre à distance". Le "dominant" doit franchir un palier supérieur afin de maintenir la domination.

On donne au transclasse le permis de séjour, mais il lui faut sans arrêt prouver qu’il est à la hauteur. Il y a de la douleur dans son vécu. Il connaît la lutte des classes à l’intérieur de lui-même. Il appartient à deux milieux, vit dans un entre-deux, ce qui suppose une grande flexibilité. Il peut voir comment fonctionnent deux mondes sociaux. Mais il n’a pas l’aisance du bien-né, et, à trop imiter une posture, il peut se trahir. Il est dans un processus de dés-identification par rapport à son milieu d’origine, sans être parfaitement identifié à son milieu d’arrivée. Et en nourrit des complexes.

Voire de la honte ?


Il y a en effet une phase durant laquelle il peut éprouver de la honte, difficile à reconnaître parce qu’il a aussi honte d’avoir honte. Le transclasse sait qu’il a tort mais ne peut s’empêcher de redouter le regard de quelqu’un qui le jugerait comme inférieur. Il a le sentiment d’avoir une tache sur lui, que seul quelque chose de valorisant pourra effacer : un diplôme, un exploit sportif, une performance musicale… D’autres sont fiers d’avoir accompli leur parcours. Mais la fierté n’est-elle pas l’image radieuse de la honte ?

Le transclasse pourra atteindre la sérénité en comprenant qu’il est le fruit de toute une série de causes. Et que nul n’est responsable de sa naissance.

Son parcours peut aussi être une force…

Oui, car il peut faire comprendre à son milieu d’origine comme à son milieu d’arrivée qu’il y a différentes formes d’existence. Qu’il n’est pas inscrit dans le marbre que la politesse doive prendre la forme d’un compliment déguisé. Qu’il ne faut pas forcément masquer une trop grande franchise. Pourquoi le langage ne devrait-il pas être mâtiné d’argot ? Pourquoi maintenir l’entre-soi ? L’être humain n’a-t-il pas tout intérêt à se confronter à l’altérité ? Le transclasse peut injecter de la différence dans un monde uniforme. Sauf, bien sûr, s’il est hyperconformiste et conforte la domination.

Les transclasses les plus intéressants sont ceux qui vont penser leur parcours en relation avec les autres. L’écrivain Annie Ernaux ("La Place", Folio, 1983) dit que l’écriture est le lieu où elle donne à entendre les gens qui n’ont pas les mots pour dire. Elle ne trahit pas son milieu ; elle en porte la revanche.

Le retour dans le milieu d’origine est-il toujours compliqué ?

Oui. Mais si le transclasse a changé de classe sociale parce que toute sa famille lui a donné les moyens de partir, il sera moins difficile. Le milieu d’origine peut être ambivalent : il peut éprouver une grande fierté, tout en testant le transclasse afin de vérifier qu’il est toujours bien du même monde. Ainsi, Frantz Fanon [psychiatre martiniquais, un des fondateurs du courant tiers-mondiste, NDLR] racontait que sa famille l’attendait de pied ferme à l’aéroport de Pointe-à-Pitre pour voir s’il allait parler en créole ou dans un français châtié… Quand on rentre, il faut reprendre son accent, celui-là même qu’on dissimule lorsqu’on change de milieu. La question qui sous-tend ce comportement est : "Est-ce que tu resteras simple ?"

Propos recueillis par Cécile Deffontaines

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 8:12


Au Brésil, la crise met un coup d'arrêt à la mobilité sociale. Selon l'OCDE, le moment est critique pour remettre l'économie sur les rails.

Citation :
Les trois millions de familles pauvres qui ont accédé pour la première fois au grand marché de la consommation pendant les années fastes de l'économie brésilienne apparaissent de nouveau vulnérables. Car cette « nouvelle " classe C (intermédiaire entre les riches et les pauvres) est frappée de plein fouet par la récession, qui menace de gonfler à nouveau les effectifs de ces néo-pauvres. « La mobilité sociale de ces sept années [entre 2006 et 2012] doit être pratiquement annulée en seulement trois ans [2015-2017]. Nous assistons, malheureusement, à l'apparition d'une ex-nouvelle classe C ", soutient l'économiste Adriano Pitoli, du cabinet Tendências à São Paulo.

Ascension sociale sur des bases fragiles

La thèse est polémique car elle remet en cause la solidité des gains enregistrés lors des années Lula et le début du gouvernement de Dilma Rousseff. Une période de forte croissance, facilitée par la hausse des cours des matières premières exportées par le Brésil. Mais l'ascension sociale s'est effectuée sur des bases fragiles, et le boum de la consommation n'a pas été accompagné d'avancées tangibles en matière d'infrastructures ou de services publics.

Aujourd'hui, cette mobilité sociale est remise en cause. « Cette année, le PIB va reculer d'environ 3 %. Ce recul s'accompagne d'un recul du marché de l'emploi et des revenus. C'est un moment d'inflexion et les indicateurs sociaux en ressentent l'impact " explique Marcio Pochmann, président de la Fondation Perseu Abramo, un centre d'études lié au Parti des travailleurs (PT) de Lula. « Il y a incontestablement un retour en arrière sur la question de la pauvreté et des inégalités. " Selon lui, ce sont les plus pauvres qui sont atteints, mais la classe moyenne n'est pas épargnée.

Stagnation des revenus

C'est le Brésil tout entier qui pourrait effectuer un grand retour en arrière, note le chercheur Armando Castelar. Si les années 1980 avaient été baptisées « décennie perdue » en raison de l'hyperinflation, le chercheur de l'Institut brésilien d'économie (Ibre) estime que les années 2010 pourraient être marquées par une stagnation des revenus. En 2020, les Brésiliens auraient, ainsi, un revenu par habitant équivalent à celui qu'ils avaient dix ans plus tôt, estime-t-il.

Quant à l'OCDE, qui prévoit un nouveau recul du PIB de 1,2 % l'an prochain, elle estime que « le moment est critique pour remettre l'économie brésilienne sur les rails ". Mais la cure d'austérité risque, à court terme, de fragiliser encore davantage cette classe moyenne « émergente ".

Les politiques sociales qui ont fait le succès des gouvernements de gauche depuis dix ansne sont plus épargnées par la rigueur. Le programme de logements sociaux a été freiné, tout comme les prêts à taux bonifiés pour les étudiants issus de foyers à revenus modestes. Le rapporteur du Budget veut même raboter les crédits alloués au « Bolsa Família », le programme d'allocations familiales lancé par Lula. Dans ce Brésil en crise, il n'y a plus de vache sacrée
.

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Lun 16 Mai - 8:20


En grimpant l'échelle sociale, la classe moyenne affiche un mode de vie à l'empreinte carbone en forte croissance.



Shanghai, novembre 2015. Chen Jian, 33 ans, fait partie de la classe moyenne chinoise.
AFP/OHANNES EISELE

Citation :
Fils d'arboriculteurs, Chen Jian savoure les fruits de son accession à la classe moyenne, prenant sa voiture pour se rendre au travail ou l'avion pour partir en vacances --illustration d'une empreinte carbone en forte croissance à mesure que les 1,4 milliard de Chinois gagnent en prospérité.

Socialisme de marché

Chen, 33 ans, a grandi sans la télévision dans un village des abords de Shanghai. Il conduit tous les jours sa Chevrolet Lova --une moyenne cylindrée -- pour rejoindre l'entreprise étrangère où il est cadre, en attendant de monter dans l'avion qui l'emmène en vacances dans le sud-est asiatique. «Ma famille vient d'un milieu économique pauvre», dit-il en sirotant une eau gazeuse dans un luxueux hôtel du centre de la capitale économique chinoise.

«Je suis un enfant de la campagne», dit-il. Aujourd'hui encore, il sait tout faire dans le verger familial où s'alignent les pêchers plantés par ses parents. Chen Jian est à lui seul une illustration de la mutation de la Chine, de plus en plus citadine. Le Parti communiste chinois (PCC), parti unique, fonde sa légitimité sur la hausse du niveau de vie de la population la plus nombreuse de monde.

Depuis qu'il a opté pour un «socialisme de marché», le PCC a présidé à un développement économique sans précédent, donnant naissance à une classe moyenne de quelque 300 millions de Chinois, urbains pour la plupart. Premier marché mondial pour les automobiles et les smartphones, la Chine est aussi le premier pollueur de la planète, pour avoir émis entre neuf et 10 milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère en 2013.

La liberté au volant

Le «miracle économique» de la deuxième économie mondiale s'est traduit par une prolifération d'usines fumantes qui en ont fait «l'atelier du monde», créatrices d'emplois mais aussi sources d'inquiétudes qui seront au cœur, le mois prochain, de la conférence de Paris, sur la capacité du pays à réduire ses émissions.

Seuls 18% des Chinois pensent qu'un changement climatique leur poserait «un grave problème», et ils ne sont que 15% à penser que le phénomène les touchera durant leur vie, selon une récente enquête réalisée par le Pew Research Center. Quand Chen Jian prenait le bus pour rendre visite à sa famille depuis chez lui dans le centre de Shanghai, cela lui prenait deux heures et demi. En voiture, c'est maintenant 45 minutes: les transports en commun ne soutiennent pas la comparaison.

Et il compte s'acheter une deuxième voiture. Ses collègues lui suggèrent une Mercedes, «parce que c'est mon style», dit-il. «Si j'allais au travail en vélo, cela me ferait trop loin», et puis, dit-il, «conduire une voiture, c'est une forme de liberté». Cela n'a pas échappé à ses concitoyens : plus de 260 millions de véhicules circulaient l'an dernier sur les routes chinoises, dont 23 millions achetés en 2014.

La voiture électrique demain

Mais la prochaine voiture de M. Chen sera électrique. Car, polluées et saturées, au moins huit grandes villes chinoises, dont Shanghai, ont instauré des restrictions quant au nombre de véhicules. A Shanghai, l'obtention d'une nouvelle plaque d'immatriculation se fait par voie d'enchères, et aux prix fort, tandis que la procédure est désormais gratuite pour les véhicules électriques. Soit une forte incitation à se mettre au «vert».

Car Chen en convient, «si l'air à Shanghai est si mauvais, c'est surtout à cause des usines, mais les voitures sont aussi un gros problème». L'électricité des usines leur est fournie par des centrales, le plus souvent à charbon - un combustible polluant dont le pays est le premier producteur et consommateur.

L'entreprise de fabrication de matelas où Chen travaille, qui dispose de trois sites en Chine, affiche un taux d'émissions polluantes proche de zéro, assure-t-il: «Nos usines sont totalement différentes des usines locales». En attendant, il rêve avec son épouse de reprendre un jour les vergers de ses parents, où les pêchers croulent sous leurs fruits juteux. Quant à la montée du niveau des mers qui menacerait Shanghai comme d'autres métropoles dans le monde, «ça ne sert à rien de s'en inquiéter maintenant, le risque est universel», dit Chen.


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Dim 5 Juin - 0:30

.
« j’aurais dû écrire "de l’ensemble des classes sociales vivant du salaire" »
RS dndf 27/05/2016 à 11:06 #5

la notion de classes moyennes, du moins de classes moyennes inférieures en voie de prolétarisation, est en cours de s'effondrer dans la possibilité de les cerner au sein du prolétariat

c'est somme toute logique dans la compréhension du capitalisme en subsomption réelle et la diffusion de la production de plus-value dans toutes les activités humaines (Marx, Negri...)

il est clair qu'on ne peut plus opposer strictement, comme à l'ancienne à l'époque de Marx et du programmatisme ouvrier, classe ouvrière, voire prolétariat mal compris, et classes moyennes inférieures : ces catégories se défont et refondent en autre chose que nous peinons à saisir, ce qui entrave notre compréhension des luttes actuelles

quant au "parti de la trouille", gage qu'il est partout, c'est pas vraiment affaire de classe

.
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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Jeu 30 Juin - 14:44


clientèle électorale, quand tu les tiens

« C’est toujours la même chose, chaque fois que les socialistes sont au pouvoir,
ils vident les caisses vous avez déjà entendu ce slogan et n’avez pas fini de l’entendre ! »

Guy Mollet, congrès socialiste de mai 1957, après sa mise en minorité au parlement

François Hollande promet une baisse d’impôt pour les classes moyennes

Sarah Belouezzane et Patrick Roger Le Monde 30.06.2016


2012

François Hollande confirme, dans un entretien aux Echos du 30 juin, sa volonté de procéder à une nouvelle baisse de l’impôt sur le revenu en 2017. « Si, malgré le “Brexit”, la croissance était de 1,7 % en 2017, ce geste fiscal, qui ne pourrait être supérieur à 2 milliards d’euros, viendrait s’ajouter aux allégements accordés depuis 2014 et qui ont d’ores et déjà concerné 12 millions de contribuables », indique le président de la République.

Citation :
Alors que, le 3 mai, quand il en avait fait l’annonce à l’occasion d’un colloque sur « la gauche et le pouvoir », il envisageait cette baisse « pour les plus modestes », M. Hollande semble recentrer son objectif :

« Ma préférence irait vers une mesure ciblée pour les classes moyennes », précise-t-il. Il est vrai que celles-ci ont largement pris leur part des hausses d’impôt intervenues entre 2011 et 2014. Les modalités de cet allégement restent à déterminer dans le cadre de la préparation du projet de loi de finances pour 2017 qui sera présenté à l’automne.

Le chef de l’Etat est, en revanche, plus précis sur la dernière tranche du pacte de responsabilité en faveur des entreprises qui doit intervenir en 2017. Celle-ci va être considérablement retouchée par rapport à ce qui était initialement prévu, sans toutefois en modifier le montant : « Le quantum des 41 milliards d’allégements de prélèvements prévus par le pacte de responsabilité sera intégralement respecté », assure-t-il.

Soutien aux PME

C’est sur la répartition de cette tranche que ça va changer. « J’ai décidé, avec le premier ministre, de consacrer les 5 milliards restants au relèvement du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui sera porté à au moins 7 % de la masse salariale, et à la baisse de l’impôt sur les sociétés des PME », annonce M. Hollande. Jusqu’à présent, il était prévu que ces 5 milliards d’euros soient consacrés à la suppression complète de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) et à l’amorce de la réduction de l’impôt sur les sociétés (IS).

Ce sont ainsi 3,5 milliards d’euros qui devaient être théoriquement destinés à la fin de la C3S. En 2015, cette contribution de 0,16 % du chiffre d’affaires, fort décriée par les milieux patronaux, a été supprimée pour les très petites entreprises. En 2016, elle est devenue effective pour les petites et moyennes entreprises. En 2017, elle ne concernera plus qu’environ 20 000 grands groupes. Ce sont donc ces mêmes grands groupes qui auraient mécaniquement bénéficié des deux tiers des allégements prévus en 2017.

Par surcroît, M. Hollande décide de recentrer la baisse de l’IS sur les seules petites et moyennes entreprises. Le choix est politiquement limpide. Le chef de l’Etat a clairement décidé de prioriser le soutien aux PME. Proportionnellement, ce sont aussi elles qui bénéficient plus du CICE, celui-ci ne s’appliquant que sur les salaires inférieurs à 2,5 smic (3 643,79 euros brut par mois). En outre, le président de la République annonce que la prime à l’embauche dans les PME va être prolongée en 2017. Cette aide, décidée dans le cadre du plan d’urgence pour l’emploi, permet aux entreprises de moins de 250 salariés de percevoir 4 000 euros pour toute embauche en CDI, en CDD de plus de six mois ou en contrat de professionnalisation rémunérée jusqu’à 1,3 smic.

Considérations politiques

Le dispositif, pour lequel une enveloppe de 1 milliard d’euros a été prévue – ce qui correspond à 250 000 embauches –, rencontre un vif succès : M. Hollande indique que « le seuil des 500 000 embauches » devrait être franchi « dans quelques jours ». Début juin, 380 000 embauches avaient été enregistrées. La reconduction de cette aide en 2017 aura un coût. En revanche, la hausse du CICE, qui est un crédit d’impôt, présente l’avantage de ne pas peser sur les finances publiques en 2017 puisque l’effort budgétaire sera reporté sur l’année suivante. Le gouvernement préserve ainsi l’objectif de revenir sous les 3 % de déficit.

Le Medef juge les annonces du président de la République « très improvisées » et fustige le bilan fiscal de la semaine où « une nouvelle taxe a été créée, une autre augmentée et finalement celle qui devait disparaître demeure ». « C’est surréaliste, la méthode est floue, on a l’impression que c’est surtout un exercice pour décaler le paiement effectif à 2018 », estime l’entourage de Pierre Gattaz. « Les acteurs du monde économique ont besoin de confiance et de stabilité. Là, le gouvernement change les règles du jeu sans prévenir personne et sans se soucier des conséquences », poursuit cette source.

La décision de M. Hollande n’est pas exempte de considérations politiques : un geste en matière d’impôts pour les classes moyennes, soutien aux PME plutôt qu’un nouveau « cadeau » aux grandes entreprises. Les élections sont dans moins d’un an.



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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Mer 6 Juil - 15:15


la notion marxiste de "classes moyennes" n'est pas un invariant historique

remarque à propos de ces conseils de lectures

RF a écrit:
dndf 04/07/2016 à 21:09 | #3

voici une petite bibliographie utile (j’espère):

Nicos Poulantzas, Les classes sociales dans le capitalisme aujourd’hui, Seuil 1974 (troisième section: « La petite bourgeoisie traditionnelle et la nouvelle petite bourgeoisie »)



Alain Bihr, Entre bourgeoisie et prolétariat. L’encadrement capitaliste, L’Harmattan 1989
Jacques Camatte, Capital et gemeinwesen, Spartacus 1978 (section « Travail productif et improductif » )

Ouvrages très différents et de qualité inégale mais non dénués d’intérêt.

Sous bénéfice d’inventaire, je signale également que le groupe Robin Goodfellow annonce un livre sur les classes moyennes pour 2017 : https://www.robingoodfellow.info/



où est passé le matérialisme historique de Marx ?

ces références sont certes des jalons pour une certaine compréhension de la place des classes moyennes dans les rapports de production comme dans leur rôle entre pôles antagonistes du capital et du prolétariat, d'un point de vue théorique, mais enfin, l'économie politique est quelque chose de vivant et concret qui remodèle en permanence les rapports de classes

cela étant, si l'on excepte le livre annoncé de Robin Goodfellow, un groupe théorique des plus dogmatiques de l'ultragauche programmatiste, ces textes ont entre 27 et 42 ans, c'est-à-dire avant qu'on commence à y voir plus clair dans les effets de la restructuration globale du capital, la prolétarisation des classes moyennes inférieures dans les pays capitalistes développés, et la précarisation pénétrant massivement le salariat en redéfinissant les formes mêmes de l'exploitation ( "le PRÉCARIAT définit le SALARIAT" : 25% des travailleurs du monde ont un emploi stable)

l'histoire, comme son nom l'indique, est mouvement, mouvement au présent entre un passé et un futur, et l'on peut dire que depuis 40 ans, elle n'a pas chômé, les marxistes, ça dépend...

autrement dit, si ces textes ne sont pas "dénués d'intérêt" (lequel ? Ressortir les classiques sur "la petite bourgeoisie" ?), je ne vois pas en quoi ils éclairent la situation actuelle et les évolutions des rapports de classe, tels même qu'ils apparaissent dans le mouvement français de Nuit Debout, puisqu'il s'agit d'un commentaire dans ce contexte

comme souvent dans ce milieu théorique radical, on raisonne à l'envers, on veut faire parler les textes anciens comme des oracles au lieu d'observer ce que nous avons sous les yeux : où est passé le matérialisme de Marx ?

l'ensemble de ce sujet et ses nombreux articles, documents, textes théoriques montrent que nous ne pouvons nous contenter de ces lectures. Un phénomène majeur en Europe est la paupérisation des classes moyennes. Il ne se passe pas une semaine sans que la presse en parle. Exemple :



Les classes moyennes reculent partout en Europe. Pour Véronique Nguyen, rien d'étonnant à ce que celles-ci expriment leur colère car les acteurs publics les ont mutilées sur l'autel du libre-échange, puis asphyxiées.

Véronique Nguyen est professeur affiliée à HEC et associée chez Finexent. Avec Michel Santi, elle a publié Business Model du Low cost en 2012 chez Eyrolles.

Citation :
La paupérisation des classes moyennes, le déclassement de leurs franges inférieures, la précarisation et l'insécurité sociale, la polarisation de la société avec la montée des inégalités, sont des faits établis dans tous les pays occidentaux (cf. les Cahiers Français, Janvier 2014). Entre 1980 et 2010, les Anglais ont ainsi vu le nombre de ménages pauvres augmenter de 60%, les ménages riches progresser de 33%, alors que le nombre de ménages aux revenus moyens diminuait de 27% (The Gardian, 7 mars 2015).

En trente ans, l'Union Européenne a délibérément sabordé son modèle social.

En trente ans, l'Union Européenne a délibérément sabordé son modèle social, sans même avoir la satisfaction de contribuer à la diminution des inégalités sur la planète. Le coefficient de Gini, qui mesure l'inégalité dans le monde sur une échelle de 0 à 1, est resté figé à un niveau élevé de 0,7, et ceci malgré la hausse ininterrompue de la richesse produite. Entre 1988 et 2008, la moitié de la population mondiale a certes vu son revenu moyen progresser (entre +2% et +3% par an) mais une minorité de privilégiés s'est accaparée l'essentiel des bénéfices de la croissance (Banque Mondiale, novembre 2012). Autrement dit, le sacrifice des classes moyennes européennes et nord-américaines n'a pas servi à créer une gigantesque classe moyenne mondiale.


Le sacrifice des classes moyennes européennes et nord-américaines
n'a pas servi à créer une gigantesque classe moyenne mondiale.

En imposant le libre-échange, en généralisant la concurrence à toutes les activités, en refusant de protéger ses industries, même contre les pratiques les plus déloyales, comme nous l'avons montré dans le cas emblématique des téléviseurs (Le Figaro du 3 février 2016), l'Europe a organisé un incroyable transfert de richesses de la moitié de sa population vers la frange des 15% les plus fortunés des pays émergents. Il était illusoire de croire que les bienfaits de la croissance allaient se répandre dans toutes les couches de ces sociétés. Les nantis de ces nouveaux pays riches n'avaient aucun intérêt à laisser monter les salaires de leurs compatriotes, s'ils souhaitaient préserver leur avantage de coûts dans la compétition mondiale.

Quant aux entreprises européennes confrontées à cette hyper-compétition, deux voies s'offraient à elles, afin de ne pas être balayées par leurs concurrents à bas prix. Soit elles cultivaient un avantage de coûts qui leur permettait de résister aux offensives sur les prix, soit elles développaient leur capacité à faire payer un premium pour leur marque, leur qualité ou leur innovation. Dans la course aux prix les plus bas, les entreprises occidentales partaient avec un handicap majeur, lié au coût de leurs employés, à la fiscalité et aux contraintes environnementales. Il leur a donc été très difficile de mettre en œuvre des stratégies de domination par les coûts, sauf à délocaliser leur production…. Restait enfin la voie de la différenciation, pour tous les produits ou services qui n'étaient pas devenus des «commodités». Certaines entreprises, majoritairement implantées en Europe du Nord, sont ainsi parvenues à répercuter leurs surcoûts à leurs clients, à l'image de la machine-outil allemande. Au total, les secteurs pourvoyeurs d'emploi en Europe appartiennent aujourd'hui à deux catégories: les activités non délocalisables (presque tous les services mais aussi le BTP) et celles qui ont réussi à échapper à la guerre des prix grâce à leur différence.

Certains pays européens, au premier rang desquels l'Allemagne, ont clairement réussi leur stratégie de différenciation et ont maintenu la part de l'industrie dans leur PIB à plus de 30% (contrairement à la France ou au Royaume-Uni). Pour les autres, la mondialisation s'est traduite par une désindustrialisation et un appauvrissement. Les tribulations des classes moyennes européennes ne se limitent malheureusement pas à la destruction de l'emploi industriel, au sur-travail qui doit être fourni pour «garder son job», au sous-travail contraint, ou à la pression sur les salaires. Elles ont été aggravées par les politiques monétaires de baisse des taux d'intérêt qui ont fait flamber les prix immobiliers depuis le début des années 2000.

Pour lutter contre les dégâts que les politiques d'intensification de la concurrence avaient volontairement causés (désindustrialisation et baisse des profits pour toutes les entreprises qui ne jouissaient pas d'un avantage compétitif ou d'une rente de situation), la Banque Centrale Européenne a mené des politiques de soutien à l'activité, en baissant les taux d'intérêt, jusqu'à les laisser sombrer en territoire négatif. Comme si le chef Sioux, après que ses valeureux archers ont été décimés par l'artillerie américaine, offraient aux survivants du bois à profusion pour qu'ils reconstituent leur stock de flèches et repartent au combat.

Comme si le chef Sioux, après que ses valeureux archers ont été décimés par l'artillerie américaine, offraient aux survivants du bois à profusion pour qu'ils reconstituent leur stock de flèches et repartent au combat.

Nous ne sommes pas dans Avatar. Ces mesures ont manqué, de façon prévisible, leur objectif initial qui était le financement de l'investissement productif (devenu insuffisamment rentable ou trop risqué), mais alimenté différentes bulles, dont la bulle immobilière. Conséquence: sauf chez les gagnants de la mondialisation, les classes moyennes ont non seulement de plus en plus de mal à trouver un emploi correctement rémunéré, mais elles ont de plus en plus de mal à se loger. Il n'est guère surprenant qu'elles expriment leur colère et leur volonté de stopper la dynamique à l'œuvre avec des votes iconoclastes, qui laissent les élites médusées



ce n'est certes pas de la théorie marxiste, mais pour la continuer dans l'esprit de Marx, il faut partir des faits

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Mer 6 Juil - 15:28


en complément du commentaire précédent


appauvrissement et prolétarisation des classes moyennes européennes

un phénomène majeur, qui, lié à la question migratoire,
a déterminé l'évolution du démocratisme radical vers le populisme radical

Les classes moyennes gagnent moins qu’en 2008

Éric Verhaeghe Contrepoints 3 juillet 2016

L’INSEE a produit une étude qui montre qu’en 2013 les classes moyennes n’avaient toujours pas retrouvé leur niveau de vie de 2008.



Family-Classes moyennes By: Kat Grigg – CC BY 2.0

Citation :
L’INSEE a produit une étude qui montre qu’en 2013 les classes moyennes n’avaient toujours pas retrouvé leur niveau de vie de 2008. Si l’on peut regretter le gloubi-boulga auquel se livre notre institution statistique nationale en plein déclin, ces chiffres éclairent toutefois de façon saisissante la montée du Front National à chaque élection depuis quelques années.

La mesure des classes moyennes

Je n’épiloguerai pas ici sur la notion de classe moyenne, un serpent de mer français à géométrie très variable. Par commodité, je propose de trancher le débat en considérant que les classes moyennes correspondent aux revenus situés autour de la médiane, c’est-à-dire le ventre mou des rémunérations.

Le tableau de l’INSEE reproduit ci-dessus donne une bonne illustration du problème que ces catégories ont rencontré depuis la crise de 2008 :




Depuis 2008, la répartition des revenus en France a très peu bougé. L’indice de Gini s’est à peine dégradé de 2 millièmes sur la période. Cela signifie donc que toutes les catégories de revenus ont partagé l’effort. Toutefois, le tableau suivant montre que cet effort ne s’est pas distribué de la même façon si on l’étudie décile par décile :




Autrement dit, le niveau de vie du premier décile est celui qui a le plus baissé, mais la correction due à la fiscalité a permis de corriger les effets de la crise. Les troisième et quatrième déciles présentent le paradoxe d’avoir vu leur niveau de vie baisser du fait de la fiscalité. Si le revenu médian a connu une quasi-stabilité, les autres déciles sont tous passés sous la barre d’1% de progression annuelle du fait de la fiscalité.

Depuis 2008, l’effort de correction fiscale est donc intense… et probablement mal supporté par la population.

Au passage, on regrettera que l’INSEE rationne les données qu’elle livre au public. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir reçu des injonctions politiques sur le sujet. La bonne vieille Union européenne en a d’ailleurs rajouté une louche en rappelant que les données publiques doivent être librement réutilisables, donc accessibles dans leur totalité sous format numérique. Mais l’INSEE semble ne pas vouloir respecter les règles démocratiques.


les considérations prétendument marxistes sur la petite bourgeoisie et par ailleurs le Lumpen Prolétariat ne sont plus essentiellement valides aujourd'hui. C'est comme ça, ce qui ne signifie pas que le transclassisme ne soit pas d'un poids déterminant l'idéologie des classes moyennes prolétarisées, transclassisme qui est d'ailleurs quasi définitoire du populisme dont les frontières ne s'arrêtent pas au prolétariat (cf le succès grandissant de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon dans les couches moyennes, précisément)

Twisted Evil

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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Dim 4 Sep - 17:50


la faim justifie les moyens


1 Sep 2016 ça voir plus

Citation :
Depuis trente ans, la France a sacrifié sa jeunesse plus que n'importe quelle autre économie développée pour conserver un modèle social que nous serons incapables de transmettre à nos enfants. Ce choix du passé au détriment de l'avenir est à la source d'une spirale de déclassement et d'inégalités nouvelles : en minant la "civilisation de classes moyennes" qui définissait le projet des démocraties modernes, il réduit à néant l'ambition de laisser à la génération suivante un monde meilleur. Pourtant, ces réalités criantes font l'objet d'un formidable déni : les classes moyennes, affirme-t-on, seraient relativement épargnées par la crise ; la paupérisation des jeunes serait quant à elle concentrée sur les moins diplômés et les solidarités familiales compenseraient les difficultés transitoires des autres.

A partir de données et de comparaisons internationales inédites, Louis Chauvel récuse définitivement ces argumentaires convenus et dénonce les illusions qui les sous-tendent. Il ne s'agit pas de substituer aux inégalités de classes la fracture des générations, mais de montrer la complémentarité de leur dynamique : à raison du creusement des inégalités patrimoniales, les écarts au sein des nouvelles générations sont appelés à se radicaliser entre héritiers protégés par leurs "garanties" familiales et détenteurs de diplômes dévalorisés. Dès lors, les dénégations qu'on oppose aux difficultés réelles qu'expriment les classes moyennes et les jeunes ne peuvent qu'aiguiser les frustrations et un ressentiment général dont la traduction politique se fait déjà jour.


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MessageSujet: Re: "CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie   Dim 4 Sep - 18:29


deux articles sur la montée des couches moyennes, en Afrique et en Afrique du Sud


- Une classe moyenne en croissance et optimiste Jean Aubignat 24 août 2016

- Mais qui est donc la nouvelle classe moyenne noire sud-africaine ? Dacqueline Derens 21 août 2016


cette tendance va plutôt dans le sens de l'émergence d'un "capitalisme africain". Reste à voir ce qu'il aurait de différent avec ses formes néo-colonialistes...

autre question : la montée des classes moyennes noires, dans les ex pays colonisés, ou aux États-Unis et même en Europe, contrecarre-t-elle la pertinence d'une approche croisée de classe et de "race" ? C'est ce qu'affirment nombre de textes "marxistes", et c'est par exemple le fond de ceux du WSWS (4ème Internationale trotskiste) sur la question raciale aux USA, qui mettent régulièrement en avant la part grandissante de Noirs riches, tout en évitant de considérer que les Noirs et Latinos sont parmi les plus pauvres dans le prolétariat nord-américain. Autrement dit, les "races sociales" n'existeraient pas...

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"CLASSES MOYENNES" : encadrement, prolétarisation, transclassisme, prolophobie
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