PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits

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MessageSujet: Diderot... fragments   Mar 21 Juil - 17:08

.

Diderot est toujours, en période contre-révolutionnaire si j'ose dire, cité infiniment plus moins que Voltaire. Lisez ce vrac qui suit, et vous comprendrez pourquoi Diderot était le philosophe français préféré de Marx. Il y suffirait de donner aux mots un sens actuel pour trouver chez lui plus de matérialisme embarqué que chez bien des philosophes d'aujourd'hui

Diderot avait une vision si large du monde, un tel flair, une connaissance de ce qu'est l'art qui annonçait Baudelaire et Nietzsche. Je notais à ce sujet dans esthétique et marxisme les remarques d'Henri Lefebvre reprises par Paul Éluard dans son Anthologie des écrits sur l'art :

Patlotch a écrit:
La dialectique forme-contenu avant Marx

Henri Lefebvre (1901-1992) est philosophe, compagnon des premiers surréalistes, puis, comme marxiste « orthodoxe » - auteur dès l’avant-guerre d’un ouvrage sur la dialectique marxiste - avant de rapprocher Nietzsche et Marx, puis de s’éloigner du PCF pour devenir un des penseurs les plus féconds de la deuxième moitié du siècle. Il est cité par Paul Eluard dans son anthologie des écrits sur l’art (6 , p. 48 ), dans un texte (des années quarante ?) encore marqué par l’orthodoxie du philosophe :

« Diderot peut être considéré comme le créateur de l’esthétique moderne. Il a fondé sa théorie sur son expérience d’écrivain, sur ses études de critique d’art. L’échec de cette théorie n’en est que plus significatif. Diderot a posé des problèmes et n’a pu les résoudre. (...) différence entre l’œuvre et la réalité immédiate (...) Beauté absolue et imperfection du réel, laideur des choses ...) Mais aux questions : que fait l’artiste pour « traiter le sujet (...) Comment... quels sont les passages des choses au sujet, du sujet à l’œuvre ? » Imitation ? soumission ? transformation ? Diderot ne répond pas. « Il « oscille » entre un formalisme (expression de rapport abstrait entre les choses) et un naturalisme (expression du réel immédiat), tout en pressentant le réalisme (expression de l’essentiel).

... Diderot n’en reste pas moins le créateur génial de la critique d’art et de l’Esthétique, le grand maître du réalisme classique et critique. »

et plus que tout, sa passion de la connaissance qui le conduisit avec à entreprendre l'Encyclopédie, qui était tout chez lui sauf une somme plate de connaissances, mais fondait et alimentait en permanence son regard sur le monde à travers la matérialité des êtres naturels ou des créations humaines

Citation :



Page de titre du premier tome, 1751

L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est une encyclopédie française, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et de D’Alembert.

L’Encyclopédie est un ouvrage majeur du XVIIIe siècle et la première encyclopédie française. Par la synthèse des connaissances du temps qu’elle contient, elle représente un travail rédactionnel et éditorial considérable pour l’époque, mené par des encyclopédistes constitués en « société de gens de lettres ». Enfin, au-delà des savoirs qu’elle compile, le travail qu’elle représente et les finalités dont la chargent ses auteurs deviennent un symbole de l’œuvre des Lumières, une arme politique et, à ce titre, l’objet de nombreux rapports de force entre les éditeurs, les rédacteurs, le pouvoir séculier et ecclésiastique.

pour réaliser cette prouesse de "travail collaboratif", sans téléphone, sans voiture, sans les facilités comme aujourd'hui d'échanges à distances entre personnes compétentes, il fallait un esprit dépassant l'individualisme content porc hein !? Le milieu radical est à chier : aucun effort de collaboration ouverte, que de l'égo et des ramassis de sectaires qui se regardent en chiens de faïence et s'attendent au tournant pour vendre leur camelote sur le marché des idées à prétention révolutionnaires : camarades et compagnons ? mon cul ! Ils veulent rester en pondant des livres et des revues sélectes, il n'en restera rien, sauf l'anecdote qu'elle n'ont pas même, comme Debord, et moins encore Diderot, fait leur temps

une fois n'est pas coutume, je me contente ici de copier-coller des citations trouvées sur Internet. je mets en gras mes préférées


Denis Diderot

“Le but d’une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ; d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de les transmettre aux hommes qui viendront après nous.”

“Les choses dont on parle le plus parmi les hommes sont assez ordinairement celles qu’on connaît le moins.” [c'est assez proche d'Héraclite, autre chouchou de Marx : « Ce avec quoi continuellement ils sont le plus en relation, avec cela ils sont en désaccord, et [les choses] qu'ils rencontrent jour après jour, elles leur apparaissent comme étrangères »]

"Celui qui se sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres.”

“Tout s’anéantit, tout périt, tout passe : il n’y a que le monde qui reste, il n’y a que le temps qui dure.”

“Lorsque les haines ont éclaté, toutes les réconciliations sont fausses.”

“Celui qui t’entretient des défauts d’autrui entretient les autres des tiens.”

“L’expérience est la mémoire de beaucoup de choses.”


“Qu’il est facile de faire des contes !”

“Jamais passion ne fut plus justifiée par la raison que la mienne.”

“Si la mer bouillait, il y aurait, comme on dit, bien des poissons de cuits.”

“La passion détruit plus de préjugés que la philosophie.”

“Lorsque le prêtre favorise une innovation, elle est mauvaise : lorsqu’il s’y oppose, elle est bonne.”

“Les erreurs passent, il n’y a que le vrai qui reste.”


“Quelle est la vérité utile à l'homme qui ne soit pas découverte un jour ?”

“Les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes.”


“On ne peut s’intéresser qu’à ce qu’on croit vrai.”


“On doit exiger de moi que je cherche la vérité, mais non que je la trouve. ”

“Le premier pas vers la philosophie, c'est l'incrédulité.”


“Et qu'importe quel nom on imprimera à la tête de ton livre ou l'on gravera sur ta tombe ? Est-ce que tu liras ton épitaphe ?”

“Ce qu'on n'a jamais mis en question n'a point été prouvé.”


“L'homme le plus heureux est celui qui fait le bonheur d'un plus grand nombre d'autres.”

“On ne retient presque rien sans le secours des mots, et les mots ne suffisent presque jamais pour rendre précisément ce que l'on sent.”

“La raison sans les passions serait presque un roi sans sujets.”

“Une danse est un poème.”

“Il est certain qu'il y a des circonstances où l'on est forcé de suppléer à l'ongle du lion, qui nous manque, par la queue du renard.”

“Le consentement des hommes réunis en société est le fondement du pouvoir. Celui qui ne s'est établi que par la force ne peut subsister que par la force.”

“Otez la crainte de l'enfer à un chrétien, et vous lui ôterez sa croyance.”


“La langue du cœur est mille fois plus variée que celle de l'esprit, et il est impossible de donner les règles de sa dialectique.”

“Pourquoi punir un coupable quand il n'y a plus aucun bien à tirer de son châtiment.”

“Se faire tuer ne prouve rien ; sinon qu'on n'est pas le plus fort.”

“Il y a entre l'esprit étendu et l'esprit cultivé la différence de l'homme et de son coffre-fort.”

“La reconnaissance est un fardeau et tout fardeau est fait pour être secoué.”

“L'idée qu'il n'y a pas de Dieu ne fait trembler personne ; on tremble plutôt qu'il y en ait un.”

“Il faut être enthousiaste de son métier pour y exceller.”

“Il faut souvent donner à la sagesse l'air de la folie, afin de lui procurer ses entrées.”


“Je crois que nous avons plus d'idées que de mots ; combien de choses senties qui ne sont pas nommées !”

“Je puis tout pardonner aux hommes, excepté l'injustice, l'ingratitude et l'inhumanité.”

“On est dédommagé de la perte de son innocence par celle de ses préjugés.”

"Qu'est-ce que la vérité ? La conformité de nos jugements avec les êtres.”


“Les beautés ont dans les arts le même fondement que les vérités dans la philosophie.”

“L'ennui de tout ce qui amuse la multitude est la suite du goût réel pour la vertu.”


“Les passions détruisent plus de préjugés que la philosophie. Et comment le mensonge leurs résisterait-il ? Elles ébranlent quelquefois la vérité.”

“Les avantages du mensonge sont d'un moment, et ceux de la vérité sont éternels ; mais les suites fâcheuses de la vérité, quand elle en a, passent vite, et celles du mensonge ne finissent qu'avec lui.”

“La parole est une sorte de tableau dont la pensée est l’original.”

“Le poète a reçu de la nature la qualité qui distingue l’homme de génie : l’imagination.”

“Notre véritable sentiment n’est pas celui dans lequel nous n’avons jamais vacillé, mais celui auquel nous sommes le plus habituellement revenus.”

“L’observation recueille les faits ; la réflexion les combine ; l’expérience vérifie le résultat de la combinaison.”

“Il n’y a plus de patrie ; je ne vois d’un pôle à l’autre que des tyrans et des esclaves.”

“Les passions sobres font les hommes communs.”

“Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point où en sont les philosophes.”

“La condition d'un peuple abruti est pire que celle d'un peuple brute.” [il y a du Cioran là-dedans]

“On dit que le désir naît de la volonté, c'est le contraire, c'est du désir que naît la volonté. Le désir est fils de l'organisation.”

“La perfection évangélique n'est que l'art funeste d'étouffer la nature...”
[vrai aussi pour la perfection théorique]

“C'est le sort de presque tous les hommes de génie ; ils ne sont pas à portée de leur siècle ; ils écrivent pour la génération suivante.” [ce n'est pas sûr]

“Mes idées, ce sont mes catins.” [et mes amantes d'autres idées...]

“La liberté d'écrire et de parler impunément marque ou l'extrême bonté du prince ou l'esclavage du peuple : on ne permet de dire qu'à celui qui ne peut rien.”
[sans quoi ce site n'existerait pas]

“Sous quelque gouvernement que ce soit, la nature a posé des limites au malheur des peuples. Au delà de ces limites, c'est ou la mort, ou la fuite, ou la révolte.” [pas un peu trop optimiste ?]

“Un mot n'est pas la chose, mais un éclair à la lueur duquel on l'aperçoit.” [on peut le dire comme ça, mais ça dépend encore du code : langage commun, théorie, poésie... ça ne fonctionne pas pareil dans la relation à l'autre, et selon qu'il répond ou pas]

“Avoir des esclaves n'est rien ; ce qui est intolérable, c'est d'avoir des esclaves en les appelant citoyens.” [ce n'était pas anti-citoyenniste, mais on peut le lire comme ça aussi]

“Tous les gueux se réconcilient à la gamelle.” [ils s'y battent aussi...]

“Ce qui est aujourd'hui un paradoxe pour nous sera pour la postérité une vérité démontrée.” [paradoxe mériterait d'être éclairé, relativement à opposition, contradictions... le vocabulaire a changé de sens...]

“Je ne sais ce que c'est des principes, sinon des règles qu'on prescrit aux autres pour soi.” [c'est un peu l'impression que j'ai ici]

“Ce qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, c’est qu’il n’admet rien sans preuve, qu’il n’acquiesce point à des notions trompeuses et qu’il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux.
[on appelle plus ça nécessairement un philosophe, tant cela définit aussi le penseur d'après la 11ème thèses de Marx sur Feuerbach]
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MessageSujet: Patlotch : du communisme décolonial comme invention poétique   Mer 22 Juil - 7:48

.
avec communisme décolonial, je me suis montré cette nuit, à personne d'autre que moi, en véritable écrivain et poète, enfin digne de ces maximes de Diderot : « Le poète a reçu de la nature la qualité qui distingue l’homme de génie : l’imagination. » et « C'est le sort de presque tous les hommes de génie ; ils ne sont pas à portée de leur siècle ; ils écrivent pour la génération suivante.»

en effet, j'ai inventé tout à la fois un concept, un mouvement, une stratégie, une position politique pour changer le monde, dont je suis le seul et unique partisan, ayant résolu toutes les questions que se sont posées tous les réformateurs du monde qui m'ont précédés : l'organisation, l'autonomie, l'auto-organisation, l'affirmation et la négation, le parti, les tendances, les scissions, l'unité, etc.

en effet, si deux trostkistes font un parti, trois une tendance, un Patlotch aux multiples identités sous ses masques transparents, est insécable. Pas de segmentation, pas de fragmentation : quelle classe ! L'individu-classe par excellence sans tension avec la communauté ni individualisme capitaliste. Le bonheur est dans le près : la proximité tenue à distance

l'homme nouveau
est arrivé, c'est le communiste décolonial, le pouvoir d'une imagination sans pouvoir, la philosophie réalisée en pratique poétique

l'invention langagière, en matière d'idée communisme est intarissable. Pour mémoire :

Patlotch a écrit:
Concernant l'invention terminologique et son infinimagination, communioniste ne figure pas dans le recensement que fait en 1841 L. Reybaud (Études sur les réformateurs ou socialistes modernes, rééd. 1844, tome 2, p. 267) : « Il serait difficile de dire en quoi consistent les nuances qui les divisent : peut-être n'y faut-il voir qu'une simple différence de noms. On cite toutefois des égalitaires, des fraternitaires, des humanitaires, des communitaires ou icariens, des communistes, des communautistes et des rationalistes cité dans L'humanitaire en discours, Mots, Les langages du politique, n°65, mars 2001.


Études sur les réformateurs ou socialistes modernes
Tom. 2 : La société et le socialisme, les communistes, les chartistes, les utilitaires, les humanitaires

Voir aussi la passionnante thèse d'Andrea LANZA, 2006, La recomposition de l’unité sociale, Étude des tensions démocratiques chez les socialistes fraternitaires (1839-1847)  

ce n'est pas tout
Citation :
« Le terme de “communioniste” qui implique celui de “communionisme” est employé en Angleterre en 1827 pour désigner les partisans de Robert Owen.[...] On se sert à nouveau en France du mot communiste après la Révolution de 1830, plus précisément aux environs de 1834. Les polémiques, les procès, l’agitation le rendirent courant, à tel point que Georges Sand, qui lui préférait du reste le terme de “communionisme”, écrivait en 1841 que le mot “fait fortune”.» Extrait de Le curé Meslier (Athée, communiste et révolutionnaire sous Louis XIV)  par Maurice Dommanget (p. 317-318, éd. Julliard 1965)


tant et si bien que, vivant avec mon temps, je me montrai en 2012 le digne continuateur de ces inventeurs de langage communiste, à défaut, déjà, d'en produire le moindre commencement

Patlotch a écrit:


« Ce qui les ébahit par-dessus tout, c'est que la terre, comme élément, n'existe pas.»
Flaubert, Bouvard et Pécuchet, III Science

« L'ordre le plus beau est comme un amas d'ordures répandues au hasard »
Héraclite, Diels, 124
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DU COMMUNISME EN FLEUR, FAITES FORTUNE, écrit vain

En principe je suis un homme de printemps. Saisonnablement cyclothymique. Raisonnablement syntonique. Sain tonique au soleil, musement asyntone. Symptôme ici, débute un nouveau cycle, au présent que rebute un saint home, je me sens comme un arbre. Du genre abricotier, abrité, coco fier pour deux sous, bourgeonniste et précoce habité, j'ai chopé sans bouger la bourgeotte. C'est ainsi que j'ai mis à la vie, que j'ai fait rose, et blanche, et pentamère, ma première fleur. Je l'ai faite. Comme on le dit de sa première communion. Fête. « Communier est le fait de recevoir et consommer du pain et éventuellement du vin... » en de certaines circonstances, que précise wikipédia. De bonne foi plus que certain des circonstances, c'est l'éventualité du dit vin qui m'a conduit au communionisme. C'est ainsi que m'étant immédiatement converti en communionisationniste, je me promus vite communionisateur. Souhaitant comme tout un chacun valoriser mes capacités d'individu pour satisfaire mes besoins singulièrement poétothentiques, j'ai choisi la branche communionisationnàtartiste, option "le-plus-tôt-sera-le-mieux". Je suis admissible aux épreuves écrites, je passe l'oral en grec à la prochaine émeute.

Bref, pour ceux qui ne peuvent pas attendre, retenez que je suis un arbre, que je reçois et consomme du vin. Ce qui a du corps, ceci est mon fruit. Ce qu'est un écrit vain. En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'au jour où je boirai le vin nouveau. Prenez et buvez en tous. D'un mot gratuit faites fortune.

Pour mon sujet, il importait de ne pas me fourvoyer avec communautisme, qui fait par trop autisme en commun. C'est bien assez de l'être seul, en poésie.

13 mars 2012




« Il faut souvent donner à la sagesse l'air de la folie, afin de lui procurer ses entrées. » Diderot

et pour en revenir à COMMUNISME DÉCOLONIAL :

« Ce qui est aujourd'hui un paradoxe pour nous sera pour la postérité une vérité démontrée. »

Twisted Evil
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MessageSujet: Arthur Schopenhauer, des démonstrations extérieures d'amitié   Ven 24 Juil - 18:40


Arthur Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie Quadridge PUF P.137 Aphorismen zur Lebensweisheit 1851 [c'est l'année du coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte...]

des démonstrations extérieures d'amitié


Arthur Schopenhauer a écrit:
32° L'homme de noble espèce, pendant sa jeunesse, croit que les relations essentielles et décisives, celles qui créent les liens véritables entre les hommes, sont de nature idéale, c'est-à-dire fondées sur la conformité de caractère, de tournure d'esprit, de goût, d'intelligence , etc.; mais il s'aperçoit que ce sont les réelles, celles qui reposent sur quelque intérêt matériel. Ce sont celles qui forment la base de presque tous les rapports, et la majorité des hommes ignore totalement qu'il en existe d'autres. Par conséquent, chacun est choisi en raison de sa fonction, de sa profession, de sa nation ou de sa famille, donc somme toute suivant la position et le rôle attribués par la convention; c'est d'après cela qu'on assortit les gens et qu'on les classe comme articles de fabrique.




Par contre, ce qu'un homme est en soi et pour soi, comme homme, en vertu de ses qualités propres, n'est pris en considération que selon le bon plaisir, par exception; chacun met ces choses de côté dès que cela lui convient mieux, donc la plupart du temps, et l'ignore sans plus de façon. Plus un homme a de valeur personnelle, moins ce classement pourra lui convenir; aussi cherchera-t-il à s'y soustraire. Remarquons cependant que cette manière de procéder est basée sur ce que dans ce monde, où la misère et l'indigence règnent, les ressources qui servent à les écarter sont la chose essentielle et nécessairement prédominante. »



du fait que la suite commence par « 33° De même que le papier-monnaie circule en place d'argent, de même, au lieu d'estime de l'amitié véritable, ce sont leurs démonstrations et leurs allures imitées le plus naturellement qui ont cours dans ce monde. [...]», à suivre, assurément



Evil or Very Mad


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MessageSujet: Paul Thorez, Les enfants modèles   Mar 28 Juil - 22:09


Paul Thorez, Les enfants modèles, Lieu commun, 1982, Folio Gallimard, p. 202-204




Qu'est-il advenu de cette beauté ?
>  Houria Bouteldja

parmi les 8 mai à "commémorer" avec "tristesse", Houria, tu m'excuseras, tu as oublié celui-ci

Citation :
Le 8 mai, Thiers adresse une proclamation aux Parisiens par la voie d’une affiche qui se retrouve assez mystérieusement placardée sur tous les murs de la ville. Il demande leur aide pour mettre fin à l’insurrection et les informe que l’armée régulière va devoir passer à l’action dans la ville elle-même. « Nous avons écouté toutes les délégations qui nous ont été envoyées, et pas une ne nous a offert une condition qui ne fût l'abaissement de la souveraineté nationale devant la révolte. (…) Le gouvernement qui vous parle aurait désiré que vous puissiez vous affranchir vous-mêmes... Puisque vous ne le pouvez pas, il faut bien qu'il s'en charge, et c'est pour cela qu'il a réuni une armée sous vos murs... (…) si vous n'agissez pas, le gouvernement sera obligé de prendre, pour vous délivrer, les moyens les plus prompts et les plus sûrs. Il le doit à vous, mais il le doit surtout à la France.»

je recommande chaudement d'écouter, sinon Houria Bouteldja, le flutiste berbère Said Akhelfi

Paul Thorez a écrit:
Avec les Khroutchtchev, nous vivions comme on vit en voisins à la campagne. Chacun chez soi, mais, de temps à autres, tous à la même grande table. Chez eux, les écrevisses à la nage, les raki, arrosées de bière et de vodka, étaient à l'honneur. Chez nous, ma mère  [Jeannette Vermersch] remplaçait le chef aux cuisines et confectionnait une bouillabaisse avec les poissons de roche que nous pêchions à l'aube. Vine et fromages français nous arrivaient par avion de chez Fauchon, sur commande du P.C.F. Le luxe impersonnel et insupportable de naguère s'était mué en une convivialité des plus simples. Son côté petites-plaisirs-de-milliardaires me paraissait excusable en raison du chambardement dont bénéficiaient au même moment les millions de citoyens de l'U.R.S.S. et du camp socialiste. A Budapest, après quelques mois de répression, Kadar n'avait-il pas inauguré « le socialisme du goulasch » ?

Dans le communiqué glacial qui annonça sa « démission » , il était question, à propos de Khroutchtchev, de « subjectivisme » et d'irresponsabilité. Il est vrai qu'il avait tendance à l'outrance verbale. Malgré toute l'admiration et la tendresse que j'avais pour lui, je fus révolté par la manière dont il agressa les peintre non conformistes, présentés au public au printemps de 1963, pour la première fois depuis quarante ans. Cela dit, sans lui, cette exposition n'eût jamais pu se tenir. Mais les âneries monumentales qu'il proféra à cette occasion, et que mon père [Maurice Thorez] lui reprocha vertement, étaient peu de chose en comparaison des bouffées d'oxygène qui jaillissaient de ses improvisations lorsqu'il parlait politique. C'est cela que le classe au pouvoir ne lui pardonna pas, bien plus que l'irréalisme de ses prévisions et de sa gestion économique. Elle ne l'avait pas porté au poste suprême pour qu'il fit voler en éclat de voix les mythes sur lesquels elle fondait sa légitimité. Elle le démit.

Elle baptisa  « subjectivisme » cette façon qu'il avait de s'exprimer par proverbes, de parler la langue du peuple, d'interpeller les gens er, finalement, de se laisser interpeller par eux. Apprenti sorcier, ou plutôt apprenti libérateur, le petit père Nikola ne soupçonnait pas lui-même qu'il avait déchaîné la tempête. Non pour avoir chassé du Mausolée les restes du tyran [Staline] qui offusquaient la sainte momie du père de la Révolution [Lénine], mais parce qu'il avait trahi la langue de bois. Si ridicule que nous paraisse Brejnev, gâteux, bégayant, chaussant ses lunettes pour bredouiller un texte préparé par le secrétariat du comité central, il sert la cause.

Khroutchtchev, idole des foules de Copenhague à Los Angeles, était une menace mortelle à l'intérieur du système. Sa faconde en réduisait à néant la clef de voûte, l'essence même : le vocabulaire de l'idéologie
.

Citation :
« Paul, seul, sera l’inclassable, lui l’homosexuel – une abomination –, le bon élève perturbé par son patronyme, le passionné d’art non-officiel soviétique, le « salaud », selon sa propre mère, qui devait salir son nom par ses livres autobiographiques des années 1980. Son refus intime de se soumettre au « destin convenu et aux lois du drame que le communisme donne en spectacle au monde » a fait de lui le vilain canard de la tribu Thorez, dans un milieu où le Parti était une affaire de famille. » sourceLa tendresse des Staliniens


Laurent Bloch a écrit:
Paul Thorez, né en 1940 à Moscou, est le troisième des quatre fils de Maurice Thorez, né en 1900 et principal dirigeant du Parti communiste français de 1931 à sa mort en 1964. Il a écrit en 1982, avant l’effondrement de l’Union soviétique donc, ce livre consacré pour l’essentiel à ses souvenirs de vacances enfantines et adolescentes à Artek sur la Riviera de Crimée, luxueux camp de pionniers réservé aux enfants des plus hauts cadres de la Nomenklatura soviétique et des dirigeants des « partis frères ». C’est un regard lucide et mélancolique sur l’éducation communiste, et les séquelles qui en résultent pour ceux qui l’ont subie.


À la lecture de ce récit j’ai été extraordinairement frappé par le nombre de circonstances de ma propre éducation que j’y ai retrouvées pratiquement mot pour mot. La famille Thorez et la mienne n’avaient guère de proximité sociologique, et si mon grand-père a occupé une position assez en vue au PCF (et fréquenté assidûment Maurice Thorez à Moscou pendant la guerre), aucun membre de ma parenté n’a été un dirigeant communiste. Je n’ai pas passé de vacances en Crimée, juste un séjour linguistique en Allemagne de l’Est à la fin de la classe de seconde (1963), qui a surtout provoqué ma rupture avec le communisme soviétique (ce qui ne m’épargnera pas une rechute maoïste trois ou quatre ans plus tard).


Chacun des principes de l’éducation communiste, si on le considère isolément, peut sembler juste, moral, libérateur. On comprendrait difficilement sinon que cette idéologie ait séduit des millions de gens dont tous n’étaient pas abrutis. Ce qui en fait un système aliénant et oppressant, c’est leur combinaison dans le cadre d’une idéologie autoritaire. On assimile souvent le communisme à une religion : c’est calomnier les religions, qui ont toujours, entre beaucoup de traits déplaisants, un fond d’humanisme et de liberté, alors que la doctrine communiste nie absolument la liberté de l’être humain, elle repose absolument sur le meurtre de masse et le mensonge. Quand Paul Thorez découvrira qu’il avait pris part à ce système de mensonge généralisé, qui dissimulait entre autres choses le métier réel des pères de ses camarades d’Artek en poste à Vorkhouta ou sur les berges de la Kolyma, il lui faudra plusieurs années pour s’en remettre.


Selon le discours (mensonger donc), le communisme prône une société égalitaire : mais rien n’était moins égalitaire que le camp de pionniers d’Artek, où les fils de dignitaires menaient une vie de rêve, servis par une domesticité aussi nombreuse et invisible que dans les palaces du monde capitaliste, et se goinfraient à longueur de journée de plats succulents, dans un pays où la pénurie alimentaire régnait en permanence, sinon la famine (jusque dans les années 1950 en Ukraine). Lorsqu’ils partaient en randonnée pour plusieurs jours dans les montagnes de Crimée, chaque soir à l’étape les attendaient de confortables tentes et de délicieux repas installés par des esclaves invisibles. Bien sûr, la position hiérarchique des parents de ces pionniers était telle que la moindre plainte d’un enfant pouvait avoir des conséquences catastrophiques pour les membres du personnel et leurs familles, alors la servilité était garantie.


Un détail significatif m’a rappelé des choses : au lycée Lakanal Paul Thorez était un excellent élève, surtout en latin et en grec, il était parfaitement adapté au système de l’enseignement secondaire, qui demande surtout de bien retenir ce que disent les professeurs et de bien savoir refaire ce qu’ils vous ont montré. À l’arrivée en khâgne, selon ses termes, « la montagne accoucha d’une souris », sans doute parce qu’il lui aurait fallu passer à un mode intellectuel plus autonome, antagonique de l’éducation reçue (et pourtant le système des classes préparatoires n’est pas un modèle d’univers intellectuel libéré, Dieu sait...).


Il n’est pas surprenant que la découverte des coulisses de son enfance ait communiqué à Paul Thorez un besoin de réparation. Il s’efforça avec quelque succès de faire sortir d’URSS les toiles de peintres dissidents pour les exposer à Paris. J’ignore le destin de ces artistes, ainsi que celui de Paul Thorez. La lecture de ce livre m’a laissé une impression de profonde mélancolie, sûrement celle de l’auteur. Mais c’est l’occasion d’un regard unique sur un système sinistre qui avait su se peindre de couleurs séduisantes, dont les conséquences continuent à se faire sentir, et dont les leçons ont été bien comprises par d’autres tyrans.




Maurice Thorez en famille en 1949 : sur les genoux de Thorez, Paul ;
sur les genoux de Jeannette Vermeersch, Pierre : debout Maurice et Jean ;
aux côtés de Jeannette, sa mère



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MessageSujet: Thomas Bernhard, Corrections   Mer 29 Juil - 9:31

Thomas Bernhard, Corrections, Gallimard 1978 p. 309-310, Korrektur 1975

Thomas Bernhard a écrit:
Ainsi les hommes hésitent toujours à une endroit déterminé de leur vie et ils le font à l'endroit déterminé de leur vie qui se rapporte à cette question : doivent-ils aborder l'entreprise de leur vie ou avant de l'avoir abordée se laisser détruire par cette entreprise énorme ? La plupart préfèrent se laisser détruire par cette énormité plutôt que l'aborder parce que leur nature n'est pas telle qu'elle puisse aborder, réaliser et achever l'énormité qu'elle a conçue, elle est une nature qui est détruite par une telle énormité avant qu'ils l'aient abordée. Déjà l'idée, une fois née, détruit la plupart, selon Roithamer. Et une pareille énormité en tant qu'œuvre d'art, en tant qu'œuvre d'une vie, peu importe ce qu'est cette énormité, et tout homme en a la possibilité parce que sa nature elle-même est toujours une telle possibilité - une pareille énormité ne peut-être abordée, réalisée et achevée qu'avec la totalité de ce qu'on est. Alors, quand nous abordons une telle entreprise énorme, nous sommes uniquement dans la condition d'un être sans défense et nous ne sommes plus en nous-mêmes que seuls avec nous-mêmes et avec notre idée considérée comme une énormité. Croyant que nous ne pourrons plus faire autrement, nous voulons sans cesse renoncer, parce que nous ne pouvons pas savoir que notre nature est absolument qualifiée pour une pareille entreprise énorme, ce que nous voyons seulement lorsque nous avons réalisé et achevé cette entreprise énorme en tant qu'idée - tout de même que moi, j'ai ignoré si je serai qualifié pour...

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MessageSujet: i“À bas la France !”   Jeu 30 Juil - 2:00

“À bas la France !”

Le 2 juillet 1925 [mon père naquit le 7], un banquet en l’honneur de Saint-Pol-Roux deviendra le théâtre d’un épisode important de l’histoire du surréalisme, relaté par Maurice Nadeau :

Maurice Nadeau a écrit:
« Au cours du banquet, Rachilde se laisse aller à dire, répétant les termes d’une interview donnée précédemment, et assez fort pour que toute l’assemblée l’entendît, “qu’une Française ne peut pas épouser un Allemand”. Or, les surréalistes étaient à ce moment fort amoureux de l’Allemagne ; d’abord parce que ce pays représentait pour les bourgeois français l’ennemi héréditaire incomplètement vaincu que les chaînes du traité de Versailles n’empêchaient pas de vouloir se relever, le mauvais payeur des Réparations que Poincaré avait exaspéré en occupant la Ruhr, ensuite parce qu’il était, selon Desnos, de ces forces à l’Orient qu’on appelait à détruire la civilisation occidentale, enfin parce que, comme l’avait dit Aragon : “Nous sommes ceux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi.” À la suite de la déclaration de Rachilde, André Breton se lève, très digne, et fait remarquer à Mme Rachilde que le propos qu’elle tient est injurieux pour son ami Max Ernst, justement invité à ce banquet.

 » Soudain un fruit, lancé par on ne sait qui, vola dans les airs et vint s’écraser sur la personne d’un officiel, tandis que des cris : “Vive l’Allemagne !” étaient vociférés. Le tumulte devient bientôt général et tourne à la bagarre. Philippe Soupault suspendu au lustre dont il se sert comme d’une balançoire, renverse du pied plats et bouteilles sur les tables. Au dehors, les badauds s’attroupent. Les coups tombent de droite et de gauche. Rachilde prétendra plus tard qu’elle fut frappée d’un coup de pied au ventre par un grand escogriffe à l’accent tudesque (elle voulait naturellement désigner Max Ernst lui-même) …

» L’occasion est trop bonne de réduire à néant ces “provocateurs surréalistes”. Et comme on n’en peut venir à bout, on a recours aux défenseurs naturels de la poésie bafouée : les policiers, à qui on désigne ceux qu’il faut passer à tabac. Tandis qu’on entend les cris : “Vive l’Allemagne ! Vive la Chine ! Vive les Riffains !”, Michel Leiris, ouvrant une fenêtre qui donne sur le boulevard, crie à pleins poumons : “À bas la France !” Invité par la foule à venir s’expliquer, il ne s’en fait pas faute : la bagarrecontinue sur le boulevard du Montparnasse. Leiris continuant à défier la police et la foule, manque d’être lynché. Emmené au commissariat, il y est copieusement rossé. Le scandale fut énorme. Les journaux, avec ensemble, crièrent haro ! sur les surréalistes …

» Les surréalistes ne s’en tinrent pas là. Ils publiaient en même temps la “Lettre ouverte à Paul Claudel, ambassadeur de France”. Son Excellence, en effet, dans une interview à Comœdia, n’avait rien trouvé de mieux que de traiter l’activité surréaliste de “pédérastique”, ajoutant, détail inattendu dans ce débat, qu’il avait bien mérité de la patrie pour avoir, durant la guerre, permis la vente par l’Amérique de “grosses quantités de lard” à la France en guerre. La réponse fut virulente :

“… Nous saisissons cette occasion pour nous désolidariser publiquement de tout ce qui est français en paroles et en actions. Nous déclarons trouver la trahison et tout ce qui, d’une façon ou d’une autre, peut nuire à la sûreté de l’État plus conciliables avec la poésie que la vente de «grosses quantités de lard» pour le compte d’une nation de porcs et de chiens…”»

[Maurice Nadeau, Histoire du surréalisme, p. 79-812]  



redécouvert par la grâce d'un mien "adversaire" médiapartien, Marc Daniel Levy : Les surréalistes : "Vive l'Allemagne !" "À bas la France !"


Max ERNST, "Au Rendez-vous des amis", 1922

Citation :
De gauche à droite, au premier rang : l'écrivain français René Crevel, surréaliste désespéré et révolté qui se suicida en 1935 ; Max Ernst sur les genoux du romancier russe Dostoïevski, qui mourut dix ans avant la venue au monde de Max Ernst ; l'écrivain et médecin français Théodore Fraenkel ; l'écrivain Jean Paulhan, qui deviendra le directeur de la Nouvelle Revue française, le poète Benjamin Péret, un des plus ardents surréalistes ; l'écrivain et plasticien allemand Johannes Theodor Baargeld, qui fit la joie des dadaïstes avec ses collages ; le poète Robert Desnos qui abandonnera le mouvement surréaliste en 1930.

Au deuxième rang : le poète Philippe Soupault qui participa au mouvement dada, puis fonda avec Breton et Aragon, en 1919, la revue Littérature ; le peintre, sculpteur et poète français Hans Arp, qui associera surréalisme et abstraction ; l'artiste surréaliste français Max Morise, qui tint de tout petits rôles au cinéma ; le peintre et architecte italien Raphaël (1483-1520) ; le poète Paul Éluard, lié au dadaïsme puis au surréalisme ; l'écrivain Louis Aragon, l'un des fondateurs du surréalisme, dont le peintre ceint les hanches d'une couronne de laurier ; l'écrivain André Breton, centre dynamique du surréalisme ; le peintre italien Giorgio De Chirico dont la "peinture métaphysique" fut appréciée par les surréalistes ; enfin, Gala Éluard, une institutrice russe, épouse de Paul Éluard et maîtresse de Max Ernst. Elle deviendra l'épouse de Salvador Dali.







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MessageSujet: Foule sentimentale, Harold Bernat   Dim 2 Aoû - 1:35

ceci n'est pas de la littérature, mais n'est pas moins indiscutable

Foule sentimentale Harold Bernat 13 février 2015


foule sentimentale

Harold Bernat a écrit:
Un sujet sensible, des quartiers sensibles, des croyances sensibles, des idées sensibles, des zones sensibles, pour un monde sans cibles. « J'ai touché le point où la France est sensible, elle qui souffre d'hypertrophie du fait musulman. » (Tariq Ramadan). La France du point G se dévoile.

Il est impossible de préserver une exigence intellectuelle sans blesser la sottise, sans la juger. L'émotion et la critique ne font pas bon ménage. La rentabilité économique de la première condamne la seconde au silence. Guy Debord, que les inconséquents nomment atrabilaire, résume cela très bien : « Les actuels moutons de l’intelligentsia [...] ne connaissent plus que trois crimes inadmissibles, à l’exclusion de tout le reste : racisme, antimodernisme, homophobie. » (Lettre à Michel Bounan du 21 avril 1993). Sur le grand marché du pathos, pour les laineux, le crime le moins admissible est de faire du mal aux autres avec une idée. Celui de ne pas penser a hélas disparu des vitrines. Autrement dit, la valeur des jugements n'est plus qu'une dépendance des expériences émotionnelles de chacun. La défaite de la pensée prend dès lors un tour étrange : l'idée qui ne veut pas du bien à tous doit être fausse et condamnée
.




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MessageSujet: Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, 1899   Dim 2 Aoû - 23:45


Eugène Le Roy, Jacquou le Croquant, 1899, Livre de Poche, 1997, p. 305-306 et 312



Eugène Le Roy a écrit:
Mon dessein était d'attaquer le château  et, après l'avoir pris, d'y mettre le feu, afin de purger le pays de cette famille de brigands. J'espérais bien, dans l'assaut, trouver le comte et le tuer à son corps défendant, car tout le mal qu'il avait fait, rien qu'à moi, méritait la mort; et combien d'autres avaient été ses victimes ! Celui-là, je me le réservais; il me semblait que, de par la haine envenimée que je lui portais, il m'appartenait. Aussi comptais-je faire l'impossible pour l'avoir en face de moi, pour l'abattre à mes pieds dans le feu de la colère, dans la chaleur de la bataille; et ma raison dernière de le désirer tant, c'est qu'en me sondant la volonté, je sentais bien que si on le faisait prisonnier je ne pourrais jamais, de sang-froid, le tuer, ni le laisser tuer, impuissant et désarmé. Et cela même, quoique ma haine protestât, me remplissait de fierté, parce que je me trouvais supérieur au misérable qui avait voulu me faire mourir à petit feu, comme on dit, après m'avoir pris en un lâche guet-apens.




Et, réfléchissant à ça, je me disais que si le comte se tirait en vie de là, son affaire n'en serait guère moins empirée. C'est que depuis quelques temps il courait sur lui des bruits de ruine; on disait qu'il avait mangé toute sa fortune, ce qui était croyable, avec la vie qu'il menait. La chose se savait, parce que, depuis deux ou trois mois, il venait des huissiers au château, qui n'étaient pas trop bien reçus, à telles enseignes que l'un d'eux, ayant parlé de verbaliser, fut obligé de sauter dans les fossés, et de se sauver, ayant de l'eau et de la vase jusqu'aux aisselles. Cela étant, sa ruine serait achevée par l'incendie du château, car les compagnies d'assurances, toutes nouvelles alors, étaient encore inconnues dans nos pays; et ce serait peut-être pour cet homme orgueilleux, pour ce tyran féroce, une punition plus griève* que la mort, d'être ainsi réduit à la pauvreté et à l'impuissance.


* forme ancienne du mot «grave ».



Et je descendis. Dans la cour noire, où brillaient seulement quelques lanternes portées par des paysans, le comte était là, les mains liées, n'ayant sur lui que son pantalon et sa chemise toute en loques. Près de lui, épeurés*, se tenaient les gens du château; et tous ceux des villages, hommes et femmes, les entouraient et leur reprochaient leurs méfaits avec des injures et des gestes menaçants : quelques-uns même commençaient à crier qu'il fallait faire passer le goût du pain au Nansac. Lui, très pâle, tâchait d'assurer sa contenance devant la « paysantaille », comme il avait coutume de dire, mais on voyait tout de même qu'il rageait et tremblait en même temps de se sentir à la merci de cette foule irritée qui grossissait maintenant des vieux et des petits drôles des villages, réveillés par les coups de fusil.


Citation :
« Jacquou le Croquant » raconte l'histoire d'un enfant imaginé par Eugène Le Roy et basée sur des faits et des lieux réels. Publié en 1899, l'action se passe en 1830 dans la forêt Barade et décrit la lutte d'un jeune paysan en révolte contre la misère due à l'oppression du seigneur de l'Herm [entre Périgueux et Brives] : le comte de Nansac.

Commencé en mars 1896, le roman est achevé en mai 1897et publié en 1899. C'est un récit sur la forêt Barade mais il évoluera peu à peu vers la révolte d'un petit paysan orphelin contre les nobles qui accaparent toutes les richesses.  

L'histoire commence en 1815 (Napoléon 1er est alors exilé à Ste Hélène), à Combenègre, pauvre métairie dépendant des terres de l'Herm, où les Ferral sont métayers du comte de Nansac. Suite au meurtre de Laborie, régisseur du château, Martissou, son père, est condamné aux galères où il meurt peu après. Marie, obligée de quitter Combenègre se réfugie dans une masure à Bars, où minée par les trajets et le peu de travail trouvé, meurt à son tour.

Jacquou est seul au monde, orphelin; il a 9 ans. Désormais seul au monde, il s'en va par les chemins glaner un peu de travail çà ou là ; affamé le plus souvent, dormant dans les fossés, il échoue à Fanlac et s'endort au pied du vieux puits sur la place, épuisé.


Le curé du village, Bonal, le recueille et entreprend son éducation ; peu à peu Jacquou se remet mais il n'oubliera jamais l'injustice qui ont fait mourir ses parents. A la mort du bon curé Bonal, Jacquou qui fréquente Lina, prend le métier de charbonnier avec son ami Jean, il braconne aussi quelque fois dans les bois du comte. Un soir il se fait prendre par les gardes du comte qui l'enferment dans les oubliettes du château ; ne voyant plus son ami et le croyant mort, Lina se jette dans le Gour (gouffre prés de Thenon) ; pendant ce temps le chevalier de Galibert, ami de Bonal, délivre Jacquou en menaçant le comte de représailles avec la justice. Jacquou est libéré mais, en apprenant la mort de sa belle, il rassemble autour de lui tous ceux qui ont eu à se plaindre du comte, et Dieu sait s'ils sont nombreux ; un soir ils incendient le château : Nansac est ruiné, Jacquou jugé et libéré. Il revient à l'Herm où il se marie et reprend son métier tranquille de paysan.





PS : mes arrières grands-parents étaient, métayers, des croquantes et des croquants. Avant la Révolution française, pas de traces généalogiques, de mystère non plus
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MessageSujet: Michel Leiris, Frêle bruit, 1976   Mar 4 Aoû - 14:19

.
Michel Leiris, Frêle bruit, 1976, Gallimard l'Imaginaire, p. 305 et 318

Michel Leiris a écrit:
« Poésie », « Révolution » : mots vagues comme tous les grands mots... Mais signes commodes pour figurer elliptiquement ce que visent,

d'une part, ma soif saturée d'instants où la vie - sans cesser d'être ce qu'elle est - m'apparaît transfigurée, soit pas l'effet d'un langage qui peut être le langage parlé ou l'instrument d'un art distinct de celui de la parole, soit en des conjonctures telles qu'un accord semble fugacement s'établir entre le dehors et moi;

d'autre part, mon désir d'un monde fraternel où ne sévirait plus la misère et que ne morcèleraient plus ni barrières de classe ou de race ni cloisons d'aucune sorte - métamorphose trop profonde pour pouvoir s'opérer en douceur

Changer la vie. Transformer le monde.

Trop volontiers nous avons cru, quelques-uns dont j'étais, à la convergence de ces deux formules, l'une de Rimbaud, l'autre de Marx. Certes, la formule du poète et celle de l'économiste ne se contrarient pas, mais il serait absurde de les penser équivalentes. Si la religion a quelque droit, elle n'a pas ce droit où la science se tait, et il en est ainsi de la poésie qui - drogue, et palliatif de la mort comme de tout ce à quoi la révolution ne saurait porter remède - trouve son domaine par excellence au-delà de ce qu'un bouleversement social peut prendre en charge.




Picasso, Portraits de Michel Leiris, 28 avril 1963

Citation :
Plus que le drapeau rouge - sang humain, sang de tous les mammifères et sang de la plupart des êtres grands ou petits dont traite la zoologie - ou le drapeau de l'anarchie paraît l'emblème qui conviendra à notre espèce :

noir, comme la limite qu'en un trait continu l'homme trace autour de lui pour s'opposer au reste;

noir, comme la nuit dont il semble être le seul animal à se savoir enveloppé;

noir comme le non qu'il s'obstine à dire à son destin;

noir, comme la cavité de la bouche d'où les paroles jaillissent;

noir, tranchant comme les signes des écritures en quoi tant de peuples, sortant de la préhistoire, ont tenu à se projeter;

noir qui, selon les peintre impressionnistes, n'existe pas dans la nature et indiquerait donc que l'humanité est ici comme une mouche qui s'agite à la surface du lait;

noir, comme le trou du papier et l'aiguille sur le cadran;

noir, comme la colère dont nulle espèce autre que celle qui inventa le feu n'est capable de faire une pierre angulaire.



Michel Leiris a écrit La règle du jeu entre 1948 et 1976, avec successivement Biffures (1948), Fourbis (1955), Fibrilles (1966), et donc Frêle bruit (1976), chaque tome étant non un journal "intime" (qu'il écrivait parallèlement) mais une sorte de Mémoires de ces presque trente années : plutôt un journal extime...

la lecture m'en a accompagné durant les années où j'écrivais moi-même les 7 livres du poème-roman Livredel, entre le 1er avril 1988 et le 1er avril 1991

Michel Leiris, qui faisait peu de bruit, et de moins en moins avec l'âge, reste un de mes écrivains préférés entre tous, poète et penseur du monde intérieur-extérieur qu'il fut mieux que beaucoup, plus bruyants, et bien souvent plus faux




Michel Leiris, je le sentais proche parce qu'il fut un de ceux qui sentirent le mieux l'importance du jazz comme invention socio-poétique du vingtième siècle qui bouleversait le monde et l'art occidentaux, et l'importance parallèle des écritures noires des colonies françaises. Plusieurs des chapitres de Jazz et Problèmes des hommes font référence aux liens qu'il avait serrés avec les mondes africains et afro-américains

Michel Leiris a écrit:
« Un autre point sur lequel il est indispensable d’attirer l’attention est le suivant. Si l’on regarde l’ethnographie comme une des sciences qui doivent contribuer à l’élaboration d’un véritable humanisme, il est à coup sûr regrettable qu’elle soit restée, en quelque manière, unilatérale. Je veux dire par là que, si il y a bien une ethnographie faite par des Occidentaux étudiant les cultures d’autres peuples, l’inverse n’existe pas ; nul, en effet, de ces autres peuples n’a jamais jusqu’à présent produit de chercheurs en mesure - ou pratiquement en état - de faire l’étude ethnographique de nos propres sociétés. Du point de vue de la connaissance il y a là, si l’on y réfléchit, une sorte de déséquilibre qui fausse la perspective et contribue à nous assurer dans notre orgueil, notre civilisation se trouvant ainsi hors de portée de l’examen de sociétés qu’elle a, elle, à sa portée pour les examiner.» L’ethnographe devant le colonialisme 1950


il se trouve que Michel Leiris est mort alors qu'écrivant Livredel, je le lisais extime. En témoignent de fortes traces dans plusieurs chapitres, y compris de ses obsèques au crématorium du Père Lachaise, auxquelles j'étais allé. Mon écriture s'est nourrie de la sienne aussi : j'ai hérité de sa passion du son des mots dans leur sens, ou réciproquement, qu'il tenait de celui qui lui fut proche et qu'il perdit trop tôt : Robert Desnos

Michel Leiris a écrit:
« Jazz = jase en zigzag »

Souple mantique et simples tics de glotte, 1985



de Leiris à la façon de Desnos dont il citait souvent : « les lois de nos désirs sont des dés sans loisirs »
Patlotch a écrit:
1990 Leiris mérite hérite

AFFAIRES : flaire affres (voir DÉLIT)
CARAVANE : car ça va en âne (sauf Ellington)  
DÉLIT : Dali (rien à voir)  
FUTUR : bouture à l’affût (voir GREVE, TANGO)  
GREVE : grand rêve (voir MER)  
MER : l’amer évaporé (voir la mer, la voir)  
MÉTAPHORE : mets ta fleur (en mer à flot, mets ton phare)  
PASSION : passe si on… n’y pense pas (voir FUTUR… Catherine)  
SMIC : de qui s’moque (voir CARAVANE)  
SOUCI : sans si sou, saoûl si sans (voir SMIC)  
TANGO : tangue ose, the angel go (voir Catherine)  
URBAIN : dur bain (voir demain, au turbin)



on peut le constater à partir de l'index de mon ancien site, à la lettre L :

Patlotch a écrit:
LEIRIS Michel (écrivain, ethnologue)

JAZZ et PROBLÈMES des HOMMES 2002
- aux noms du "jazz" (II4 la fin de l'art occidental)
- la place de l'Autre (I3 les Noirs à l'oeuvre métissée)
- musique noire, discours blanc (I3 les Noirs à l'oeuvre métissée)
- que faire de "Free-jazz Black Power" ? (II3 jazz, art et politique)
- troisième interlude : au-delà du consensus jazzosphérique  (I3 les Noirs à l'oeuvre métissée)
- II1.7 de l’influence des Gospel et Spiritual dans le jazz  (II1 l'éthique africaine -américaine du jazz)
- II5 l'art c'est de vivre (II - BODY AND SOUL : POETIQUE ETHIQUE ET POLITIQUE)
- Littérature et poésie (BIBLIOGRAPHIE DE "JAZZ ET PROBLEMES DES HOMMES")
- Philosophie, sciences humaines, théorie critique... (BIBLIOGRAPHIE DE "JAZZ ET PROBLEMES DES HOMMES")

LIVREDEL 1988-1991
- Chapitre 2 (III LIVRE SANS NOM)
- Chapitre 7 (IV LIVRE DE CORYA)
- V LIVRE DE L'AUTRE (I-VII LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991/2010)
- LIEUX ET LIENS DÉLIVRÉS ET DÉLIÉS (I-VII LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991/2010)

anti-journal : SPATIALS CHANGES avril-juin 2006 (anti-journal)

POÈMES
VIII 4 REBOURS A LA CASSE DES PARTS, janvier 2005 (VIII TRANS'IT, Livre du retour)
VIII 6 SÉRIE BÉE, mars 2005 (VIII TRANS'IT, Livre du retour)
VIII 9 NO SIGRE, mai-juin 2005 (VIII TRANS'IT, Livre du retour

.


Francis Bacon, Portrait de Michel Leiris, 1976


est littérateur quiconque aime penser une plume à la main


L'âge d'homme 1939


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MessageSujet: Heinrich Heine,Lutèce, 1855   Ven 7 Aoû - 0:12


Heinrich Heine, Lutèce, 1855, extrait de Patlotch, le théorisme, maladie sénile du communisme



Marx, Heine  et Jenny Von Westphalen à Paris

Heinrich Heine a écrit:
Cet aveu, que l'avenir appartient aux communistes, je le fis d'un ton d'appréhension et d'angoisse extrêmes, et hélas ! ce n'était nullement un masque !

En effet, ce n'est qu'avec horreur et effroi que je pense à l'époque où ces sombres iconoclastes parviendront à la domination : de leurs mains calleuses ils briseront sans merci toutes les statues de marbre de la beauté, si chères à mon cœur ; ils fracasseront toutes ces babioles et fanfreluches fantastiques de l'art, qu'aimait tant le poète ; ils détruiront mes bois de lauriers et y planteront des pommes de terre ; […] et hélas ! mon Livre des Chants servira à l'épicier pour en faire des cornets où il versera du café ou du tabac à priser pour les vieilles femmes de l'avenir.

Hélas ! je prévois tout cela, et je suis saisi d'une indicible tristesse en pensant à la ruine dont le prolétariat vainqueur menace mes vers, qui périront avec tout l'ancien monde romantique. Et pourtant, je l'avoue avec franchise, ce même communisme, si hostile à tous mes intérêts et mes penchants, exerce sur mon âme un charme dont je ne puis me défendre ; deux voix s'élèvent en sa faveur dans ma poitrine, deux voix qui ne veulent pas se laisser imposer silence […].

Car la première de ces voix est celle de la logique. […] et si je ne puis réfuter cette prémisse : « que les hommes ont tous le droit de manger », je suis forcé de me soumettre aussi à toutes ses conséquences […].

La seconde des deux voix impérieuses qui m'ensorcèlent est plus puissante et plus infernale encore que la première, car c'est celle de la haine, de la haine que je voue à un parti dont le communisme est le plus terrible antagoniste, et qui est pour cette raison notre ennemi commun. Je parle du parti des soi-disant représentants de la nationalité en Allemagne, de ces faux patriotes dont l'amour pour la patrie ne consiste qu'en une aversion idiote contre l'étranger et les peuples voisins, et qui déversent chaque jour leur fiel, notamment contre la France




Cortège des tisserands, Käthe Kollwitz
(série La révolte des tisserands, 1893-1897)

dans un poème de juin 1844, qu'Engels fait traduire en anglais en août, Heine parle de la révolte des tisserands silésiens. Marx en août dans « Gloses critiques en marge de l'article "Le Roi de Prusse et la réforme sociale par un Prussien" » (voir René Merle Marx et la révolte des tisserands silésiens 1844)


Heine regarde Marx travailler... Ah, les poètes !

certains veulent voir dans ce poème une influence de Marx, comme si Heine n'était pas capable d'affect, percept et concept sans l'aide d'un "vrai" philosophe... Quoi qu'il en soit, le poème de Heine est antérieur au texte de Marx

Heinrich Heine a écrit:
Les Tisserands Silésiens

L'œil sombre et sans larmes,
Devant le métier, ils montrent les dents ;
Allemagne, nous tissons ton linceul.
Nous le tissons d'une triple malédiction -
Nous tissons, nous tissons !

Maudit le dieu que nous avons prié
Dans la froideur de l'hiver, dans les jours de famine ;
Nous avons en vain attendu et espéré,
Il nous a moqués, bafoués, ridiculisés -
Nous tissons, nous tissons !

Maudit le roi, le roi des riches,
Que notre misère n'a pu fléchir,
Qui nous a arraché jusqu'au dernier sou
Et nous fait abattre comme des chiens -
Nous tissons, nous tissons !

Maudite l'hypocrite patrie,
Où seuls croissent l'ignominie et la honte,
Où chaque fleur s'affaisse bien tôt,
Et la pourriture, la putréfaction régalent la vermine -
Nous tissons, nous tissons !

La navette vole, le métier craque,
Nous tissons avec ardeur, et le jour, et la nuit -
Vieille Allemagne, nous tissons ton linceul,
Nous le tissons d'une triple malédiction,
Nous tissons, nous tissons ! »




Heinrich Heine malade
(Dessin de Charles Gleyre, 1851)


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MessageSujet: Lorenzo Lunar, Boléro noir à Santa Clara, 2003   Dim 9 Aoû - 23:53


Lorenzo Lunar Boléro noir à Santa Clara, L'atinoir 2009 (Que en vez del infernio encuentres gloria, 2003) The long Goodbye, p. 51-52


Lorenzo Lunar a écrit:
Avant le triomphe de la Révolution, Chago était propriétaire d'un magasin de cuirs. dans le quartier courait une légende, genre intrigue policière à la Agatha Christie : dans les années cinquante, le jeune Chago était parti pour Camagüey avec la ferme intention de se faire du pognon à n'importe quel prix et par tous les moyens, tant que ce n'était pas en coupant de la canne, le lot de la majorité des jeunes qui partaient là-bas. Il voulait pas être un pauvre mec comme son père : un mort de faim de plus dans le quartier, qui acceptait que sa femme lui foute les cornes - la mère de Chago - tant qu'il avait de quoi bouffer et s'en mettre dans le cornet. Apparemment, Chago avait très vite trouvé du travail dans un commerce qui tournait bien et il avait rapidement gagné la confiance du patron. À tel point qu'un soir où le papa s'était pointé sans crier gare, il avait trouvé Chago, après avoir fermé le magasin, en train de chevaucher sa fille, derrière le comptoir.

Selon la rumeur, c'était pas si accidentel que ça et c'est Chago lui-même qui aurait monté le coup monté par Chago lui-même. Le mariage ne s'était pas fait attendre, ni l'infarctus du vieux, deux mois plus tard.

Un an plus tard, Chago était de retour à Santa-Clara, après la disparition de sa femme dans un accident. Un type qui avait de la chance, commentait les gens.

Chago avait vend so affaire à Camagüey pour investir dans son village natal : il avait acheté la moitié de ses parts au propriétaire d'un gros magasin de cuirs rue Independancia - où se trouvaient les magasins les plus importants de la ville - la moitié de ses parts. C'était en mille neuf cent cinquante-sept m'avait dit Ambrosio. C'est lui qui m'avait raconté tous ces commérages .

Ambrosio dit aussi qu'à cette époque-là, le père de Chago avait disparu du quartier et qu'on n'en avait plus jamais entendu parler.

La mère travaillait comme femme de ménage dans un bordel et il paraît que Chago lui faisait porter une pièce de temps en temps, du moins jusqu'à ce qu'un beau jour de décembre on la trouve dans la rue, morte de froid. Elle avait la tuberculose.

Chago qui menait grand train - frime, alcool et putains - n'avait plus mis les pieds au quartier jusqu'en soixante-quatre, lorsque la Révolution lui avait saisi son magasin de cuirs. Faute de mieux, il était revenu travaillé comme cordonnier et il s'était installé dans la maison de Tanganica, un black qui lui servait de garde du corps et de larbin depuis quelques années et qui, à ce moment-là, macérait au gnouf parce qu'il avait tué un type d'un coup de poing dans une baston.

La maison de Tanganica, c'était le bout d'un vieux bâtiment qui avait servi décurie aux espagnols à la fin du XIXe siècle, pendant la guerre, et qu'il partageait avec plus d'une trentaine d'autres blacks tous plus ou moins parents entre eux.

Au départ, Chago avait dans la même son atelier sa réserve et sa piaule. Et puis peu à peu les blacks avaient commencé à s'éparpiller dans tout le quartier et il s'était retrouvé seul maître des lieux.

Et puis il s'était marié avec Iselda, la quarantaine, chairs fermes, cul imposant; une ancienne tapineuse, mais réputée travailleuse et sérieuse en affaire.

Dans les années soixante, les gens trouvaient pas de chaussures à se mettre aux pieds.




Citation :
En vingt-quatre heures et une centaine de pages, s'accumulent des années de souvenirs et d'anecdotes de la vie à El Condado un barrio de Santa Clara, une ville de province à Cuba. Une concentration du temps et de l'espace, impensable pour les romanciers de La Havane où la métropole dilue tout. Mais aussi une sublimation de la marginalité dans le creuset infernal du barrio. L'une et l'autre donnent toute sa profondeur et son authenticité au regard ironique et attendri que porte Lorenzo Lunar sur le processus de banalisation de la marginalité dans la société cubaine et les codes, les comportements et les souffrances qu'il impose.




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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Lun 10 Aoû - 0:25


Friedrich Nietzsche, Humain trop humain
§376. 1879


Friedrich Nietzsche a écrit:
Une bonne fois, considère donc à part toi combien sont divers les sentiments, partagées les opinions, même entre tes relations les plus proches ; combien des opinions même pareilles se trouvent avoir, dans la tête de tes amis, une orientation ou une force tout autres que dans la tienne ; combien il se présente de si différentes occasions de malentendu, de séparation dans une fuite hostile.

Après quoi tu te diras : que le sol est incertain sur lequel reposent toutes nos liaisons et amitiés, que les froides averses sont proches ou les intempéries, que tout homme est solitaire ! Quiconque se rend bien compte de cela, et puis encore que toutes les opinions, que leur genre et leur force sont, chez ses semblables, tout aussi nécessaires et irresponsables que leurs actes, qui arrive à savoir discerner cette nécessité intérieure des opinions dans l'irréductible enchevêtrement du caractère, des occupations, du talent, du milieu,

- celui-là s'affranchira peut-être de cette amertume, de cette âpreté de sentiment avec laquelle le sage fameux s'écriait ; « Amis, il n'y a point d'amis ! » Voici plutôt ce qu'il s'avouera : Oui, il y a des amis, mais c'est l'erreur, c'est l'illusion sur ta personne qui te les a amenés; et il aura fallu qu'ils apprennent à garder le silence pour rester tes amis; car ce qui assied presque toujours pareilles relations humaines, c'est qu'il y a un certain nombre de choses que l'on ne dit, que l'on n'effleure même jamais ; mais ces cailloux se mettent-ils à rouler, l'amitié s'en va derrière eux et se brise. Existe-t-il des hommes capables de n'être pas blessés à mort s'ils venaient à découvrir ce que leurs amis les plus intimes savent d'eux tout au fond ?

- C'est en apprenant à nous connaître nous-mêmes, à considérer notre propre être comme une sphère instable d'opinions et d'humeurs, et ainsi à le mépriser quelque peu, que nous rétablirons l'équilibre avec les autres. Nous avons, c'est vrai, de bonnes raisons de faire peu de cas de chacun de ceux que nous connaissons, quand ce serait le plus grand ; mais de tout aussi bonnes de retourner ce sentiment contre nous-mêmes.

- Et ainsi, supportons-nous les uns les autres, puisque aussi bien nous nous supportons nous-mêmes ; peut-être alors l'heure de joie viendra-t-elle un jour elle aussi où chacun dira :  

« Amis, il n'y a point d'amis ? » s'écriait le sage mourant ;
« Ennemis, il n'y a point d'ennemis ? » s'écrie le fou vivant que je suis. »







poèmes langue aux chats 26 octobre 2014

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MessageSujet: Jean Meckert, Je suis un monstre, 1952   Sam 15 Aoû - 9:25


Jean Meckert / Jean Amila  Je suis un monstre


Jean Meckert a écrit:
C'était un petit bourgeois prétentieux comme vous deux, et je m'en fous ! ... Je suis un travailleur, moi ! Je vis de mon salaire ! je n'ai pas un vieux qui me fait la courte échelle !  


1952

pour l'eau à la bouche, d'autres viendront, faut que je les sorte de la poussière...

Citation :
Jean Amila, de son vrai nom Jean Meckert, est né en 1910 à Paris. Après avoir déserté le foyer familial en compagnie d'une infirmière, son père est fusillé à la fin de la première guerre mondiale ; sa mère ne s'en remettra pas et sera internée durant deux ans. Lui sera alors placé dans un orphelinat où il complètera son éducation en dévorant les livres et en commençant à travailler dès l'âge de treize ans.

En 1939 il est mobilisé mais, après la débâcle, son régiment est immobilisé en Suisse. C'est là qu'il écrira son premier roman, Les Coups, publié par Gallimard en 1942. Il quitte alors son poste de fonctionnaire à la mairie de Paris et se consacre tout entier à la littérature. Le succès ne sera cependant pas au rendez-vous.

Remarqué néanmoins par les surréalistes, comme Raymond Queneau ou André Gide, il entre en 1950, à la demande de Georges Duhamel, à la Série Noire, alors réservée au roman noir américain. Suivront vingt et un romans...

En 1971, après un voyage en Océanie, il dénonce les essais nucléaires français, ce qui lui vaudra (semble-t-il, l'affaire n'a jamais vraiment été élucidée) un tabassage en règle dont il ressortira amnésique.

Après dix années de silence, il revient en 1981 avec Le Boucher des Hurlus.

Il décède en mars 1995 sans avoir connu de véritable reconnaissance au niveau du public mais ses œuvres (son œuvre) ne cessent d'être analysées et présentées. Un manuscrit inédit, datant des années quarante, est même paru cette année sous la signature de Jean Meckert : La Marche du Canon.

Si on a pu dire de Jean-Patrick Manchette qu'il a été l'inventeur du néo-polar, force est de constater de Jean Amila en fut le précurseur. Entré à la Série Noire en 1950 sous le pseudonyme "américanisé" de John Amila (lui avait plutôt choisi Amilanar - ami l'anar - signifiant en espagnol "épouvanté") et comme un des premiers français à y accéder après Serge Arcouët (sous la signature, lui, de Terry Stewart !..), Jean Meckert reste marqué toute sa vie par ses expériences "militaires".

Antimilitariste convaincu à tendance libertaire, il met le plus souvent en scène des personnages solitaires en butte avec la société qui les entoure et dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. Jean Amila égratigne les institutions qui oublient trop vite que leur devoir est le service de l'humain.

Mais Jean Amila c'est aussi un style d'écriture d'une grande clarté où frise souvent l'émotion. Un auteur à découvrir... à défaut d'avoir été reconnu.

En 1996, Didier Daeninckx lui rend un hommage appuyé dans son roman Nazis dans le Métro de la série des Poulpes, où Jean Amila apparaît sous le nom de André Sloga.




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MessageSujet: Yasmina Khadra, Les hirondelles de Kaboul, Julliard 2002   Sam 15 Aoû - 21:20


Yasmina Khadra, Les hirondelles de Kaboul
, Julliard 2002, Pocket, p. 148


Yasmina Khadra a écrit:
Des cris indignés s'élèvent. Il ne les perçoit pas. Ses mains raflent les voiles, les arrachent avec hargne, renversent parfois les femmes piégées. Lorsque certaines lui résistent, il les projette sur le sol, les traîne dans la poussière et ne les relâche qu'après s'être assuré qu'il ne s'agit pas de celle qu'il réclame. Un premier coup de gourdin l'atteint à la nuque. Il n'en fléchit pas. Catapulté par une force surnaturelle, il poursuit sa course déchaînée. Bien tôt une foule scandalisée se déploie pour le contenir. Les femmes se dispersent en hurlant; il parvient à s'emparer de quelques-unes, déchire leur accoutrement, leur relève la tête en les tirant par les cheveux. Au gourdin succèdent les fouets, puis les coups de poings et les coups de pieds. Les hommes «déshonorés» piétinent leurs femmes pour se jeter sur le fou... Incube ! suppôt de Satan !... Atiq a le vague sentiment qu'une avalanche l'emporte. Mille savates dégringolent sur lui, mille bâtons, mille cravaches. Dépravé ! Maudit ! Broyé par le tumulte, il s'effondre. Les meutes furieuses se précipitent sur lui pour le lyncher. Il a juste le temps de remarquer que sa chemise a disparu, déchiquetée par des doigts dévastateurs, que le sang ruisselle dru sur sa poitrine et sur ses bras, que ses sourcils éclatés l'empêchent de mesurer la colère irréversible qui l'assiège. Quelques bribes de vociférations se joignent aux multitudes de coups pour le maintenir au sol... Il faut le pendre; il faut le crucifier, il faut le brûler vif... Subitement, sa tête s'ébranle, et les alentours basculent dans le noir. S'ensuit un silence, grave et intense. En fermant les yeux, Atiq supplie ses ancêtres pour que son sommeil soit aussi impénétrables que les secrets de la nuit.





Citation :
Yasmina Khadra (en arabe : ياسمينة خضراء) est le pseudonyme de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, né le 10 janvier 1955 à Kenadsa, dans le Sahara algérien (alors en Algérie française), d'un père infirmier, membre actif de l'ALN et d'une mère nomade.

Son père, officier de l'ALN blessé en 1958, veut faire de lui un soldat en l'envoyant dès l'âge de neuf ans dans un lycée militaire, où il fait toutes ses études avant de servir comme officier dans l'armée algérienne pendant 36 ans. Durant la période sombre de la guerre civile algérienne dans les années 80-90, il est l'un des principaux responsables de la lutte contre l'AIS puis le GIA, en particulier en Oranie.

Moammed Moulessehoul choisit en 1997, avec le roman Morituri, d'écrire sous pseudonyme. Diverses raisons l'y poussent, mais la première que donne Moulessehoul est la clandestinité. Elle lui permet de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire et de mieux approcher son thème cher: l'intolérance.


en relation Yasmina Khadra : « je n’ai pas le droit d’être Charlie »
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MessageSujet: Robert Musil, Œuvres pré-postumes, années 20   Dim 16 Aoû - 3:06

Robert Musil, Œuvres pré-postumes, Considérations désobligeantes, En Charmante compagnie, fin des années 20, points p. 93-97. Traduit de l'allemand par Philippe Jaccottet

Robert Musil a écrit:
On prétend qu'il n'y a plus, aujourd'hui, d'œuvres de grandes dimensions, et que les écrivains n'ont plus de souffle. N'en disputons pas ; mais si nous essayions une fois de retourner cette phrase et de supposer que les lecteurs allemands ne savent plus lire ? Ne voit-on pas croître selon une progression géométrique, avec la longueur de ce que 'on lit, surtout s'il s'agit de véritables œuvres, une résistance jusqu'ici inexpliquée qui ne se confond pas avec le déplaisir ? Comme si la porte par laquelle une livre doit entrer en nous était coincée, verrouillée. Aujourd'hui, pour beaucoup de gens, la lecture n'est plus un état naturel, mais une activité suspecte.

Si l'on remonte aux sources en épiant les conversations, on apprend que le lecteur -le bon lecteur, celui qui ne laisse pas passer un seul livre important et qui consacre les génies du jour et de l'époque), on apprend que même ce lecteur-là est généralement prêt à se parjurer et à reconnaître, pour peu qu'il se heurte à quelque résistance, que le génie qu'il célèbre, à parler sérieusement, n'en est peut-être pas un, et qu'il n'y a sans doute plus, aujourd'hui, de génies authentiques. Cette expérience n'est nullement particulières aux belles-lettres. que la médecine se dénature, que les mathématiques s'égarent, que la philosophie ait perdu le sens de sa tâche, voilà ce qu'on entend dire à tout bout de champ au profane parlant des spécialistes. Et comme chaque spécialiste est profane en des centaines d'autres spécialités, cela donne un total impressionnant de reproches.

Il est évidemment difficile de définir au centimètre près la grandeur des écrivains, penseurs et chercheurs actuels; aussi bien ne s'agit-il nullement de cela, dans ce phénomène dont le principe ressemble beaucoup, au fond, à celui d'un jeu d'enfant bien connu, Pierre le Noir. Celui que l'écrivain juge décevant, ce n'est pas lui, ce sont toujours les autres : chercheurs, penseurs, techniciens et autres phares (qui, à leur tour, en jugent de même). Bref, le « pessimisme naturel » qui semble peser aujourd'hui sur tout le monde est toujours, par principe, « au compte des autres »; et, pour nous résumer sans ambages : l'homme, comme consommateur de culture, est sourdement mécontent de l'homme comme producteur de culture.

Fait étrangement compatible, néanmoins, avec son contraire : car, si l'on entend souvent déplorer qu'il n'y ait plus de vrais génies, on peut constater tout aussi souvent qu'il n'y a plus que cela. Quand on feuillette pendant quelque temps les pages critiques de nos journaux et revues, on ne peut qu'être stupéfait du nombre de prophètes bouleversants, de grands et profonds maîtres qui surgissent en l'espace de quelques mois; que de fois, en si peu de temps, aura-t-on pu s'écrier : « Enfin un poète authentique ! », que de fois aura-t-on écrit « la plus belle histoire de bêtes » et « le meilleur roman » de ces dix dernières années ! Quelques semaines plus tard, c'est à peine si quelqu'un se souvient encore de cette impression ineffaçable.

On notera également que presque tous ces jugements naissent dans des cercles absolument étanches. Ils sont le fait d'éditeurs, d'auteurs, de critiques, de journaux, de lecteurs et de succès associés qui ne vont pas au-delà du cercle qu'ils constituent; et tous ces cercles, petits ou grands, dont les proportions peuvent être celles d'un caprice ou d'un parti politique, ont leurs génies ou, tout au moins, leur « Unique-en-son-genre ». Il est vrai qu'autour des personnalités les plus en vue, tous ces cercles n'en font plus qu'un : mais cela ne doit pas faire illusion. Il semble que la vraie grandeur ne puisse être méconnue et trouve toujours une nation pour l'accueillir; en réalité, le succès d'une certaine ampleur a des parents fort mal accordés; car on admire moins ce qui apporte quelque chose à tous que ce qui laisse à chacun le sien. Et, de même que la gloire est un mélange, ses favoris sont une société fort mêlée.

Si on ne les limite pas aux belles-lettres, leur portrait de groupe devient tout à fait imposant. Car le cercle, la chapelle, l'école ou même les succès plus amples autour de tel ou tel créateur exerçant une activité intellectuelle reconnue, ne sont rien comparés à l'infinité de sectes qui attendent le salut des régimes à base de cerises, du développement des théâtres en plein-air, de la gymnastique rythmique, de l'eubiotique ou de toute autre extravagance. Le nombre de ces Romes est infini : chacune son pape, parfaitement inconnu des non-initiés, mais de qui tous les initiés se promettent la rédemption du monde. Toute l'Allemagne grouille ainsi de teams intellectuels; et, de toute l'Allemagne, où d'illustres chercheurs ne peuvent vivre sans activité professorale et où les meilleurs écrivains en sont réduits à colporter des feuilletons, de toute cette Allemagne affluent vers ces innombrables demi-fous les subventions et les appuis nécessaires au développement de leurs dadas, à l'impression de leurs livres et au lancement de leurs revues. Ainsi paraissait-il annuellement en Allemagne, avant la crise, plus de mille revues et plus de trente mille livre nouveaux : où l'on a voulu voir la preuve éclatante de sa prospérité intellectuelle.

Il est malheureusement beaucoup plus vraisemblable qu'il s'agissait d'un symptôme, négligé sur le moment, d'un délire d'influence en plein développement. Des milliers de groupuscules, atteints de ce mal, suspendaient la vie, chacun de son côté, à une autre idée fixe, de sorte qu'il ne faudra pas s'étonner si les paranoïaques authentiques n'arrivent bientôt plus à lutter contre la concurrence des amateurs





Citation :
Les Œuvres pré-posthumes sont un recueil de courts articles et de nouvelles que l'écrivain et essayiste autrichien Robert Musil a publié dans divers journaux et revues, entre 1920 et 1929. Musil justifie ainsi le choix d'un titre aussi paradoxal : « Il arrive que l'inédit laissé par un écrivain soit une aubaine pour ses lecteurs ; mais le plus souvent, les œuvres posthumes évoquent de façon suspecte les liquidations et les soldes. ». Le recueil est composé de diverses nouvelles [...] Il est publié pour la première fois en décembre 1935. En octobre 1938 les Œuvres pré-posthumes sont mises à l'Index par les autorités autrichiennes et allemandes1.

Ces nouvelles, se centrent particulièrement autour d'événements vécus comme l'épisode où Musil faillit mourir le 22 septembre 1915. Ces textes constituent, dans l'esthétique littéraire de Robert Musil, une recherche de style, qui culminera dans son œuvre maîtresse, L'Homme sans qualités.


Robert Musil, 1880-1942




Dernière édition par Patlotch le Sam 12 Mar - 19:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Mar 18 Aoû - 0:01


HORS-SUJET

en plein mois d'août, on va pas s'emmerder avec des romans. Allons à l'essentiel, et découvrons la « rentrée littéraire »

Les politiques aussi profitent de la rentrée littéraire 17/08/2015

Citation :
En lice pour la présidentielle de 2017 ou les régionales de décembre, les politiques sont présents en force en librairie pour la rentrée de septembre.

Alain Juppé ouvre le bal avec la sortie du premier d'une série de quatre livres programmatiques : "L'éducation, la mère des réformes" (JC Lattès). Le livre de François Fillon annoncé chez Albin Michel est lui toujours en préparation.

L'ancien président de la République et patron des Républicains, Nicolas Sarkozy, se contente d'une préface, celle de "La France juste" (Fayard) de Daniel Fasquelle. Un livre posthume de Charles Pasqua, écrit avec Pierre Monzani, "Petit manuel de survie pour la droite: les primaires à la française" (Fayard) sera lu avec intérêt par les rivaux de la droite.

Le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan sortira en septembre "Honte à ceux qui se taisent et à ceux qui n'agissent pas" (Fayard). Un autre souverainiste, Philippe de Villiers, publie quant à lui "Le moment est venu de dire ce que j'ai vu" (Albin Michel), un témoignage sur 30 ans de politique française.

A gauche, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, affirme qu'"A gauche, les valeurs décident de tout" (Plon).

Côté essais, le Premier ministre fait l'objet de deux biographies : "Nouvelle Valls !" (L'Aube) de Cyrille Eldin et "Manuel Valls : seul contre la gauche la plus bête du monde" (Flammarion).

Le président de la République est au centre de plusieurs ouvrages : "Les naufragés" (Albin Michel) un premier bilan du quinquennat par Françoise Fressoz, "Et François Hollande enterra le socialisme" (L'Archipel) de Francis Brochet, et "Hollande l'Africain" (La Découverte) de Christophe Boisbouvier. Le chef de l'Etat signe par ailleurs la préface d'un ouvrage collectif : "Le moteur du changement: par le dialogue social et pour un avenir solidaire" (Fondation Jean-Jaurès).

Le chef de "Nouvelle Donne", Pierre Larrouturou, publie "Vivre comme deux frères ou mourir comme des imbéciles" (Fayard). L'ex-candidat à l'élection présidentielle Olivier Besancenot, dirigeant du NPA, sort "Le véritable coût du capital" (Autrement). Et la responsable du Parti de gauche Raquel Garrido publie un "Petit guide de la VIe République" (Fayard).

José Bové
s'entretient avec François Ernenwein dans "Depuis le Larzac" (Elytis), tandis que Cécile Duflot sort "Sécession : manifeste pour l'égalité des territoires" (Les petits matins).

De nombreuses biographies sont annoncées : "Chaban-Delmas" (Documentation française) de Jean Garrigues, "Simone, éternelle et rebelle" sur Simone Veil de Sarah Briand (Fayard), ou "Pierre Mauroy, homme d'État et honnête homme" (Riveneuve) de Raymond Krakovitch.

Vingt ans après sa mort, plusieurs livres sur François Mitterrand sont également programmés pour l'automne.


avec ça je m'inquiète  un peu pour ces grands romanciers que sont BHL et Jacques Attali




car le reste est littérature...



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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Jeu 20 Aoû - 0:04


Aragon, Traité du Style, 1927, L'imaginaire Gallimard, p 63-67


Aragon a écrit:
Ici j'abandonne d'une façon passagère la question style, pour me préoccuper plus précisément des lieux communs essentiels à cette désaffection des questions techniques qui signale les générations présentes plutôt à la pitié qu'à la considération. On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard. Il serait injuste de lui en tenir rigueur. Mais il est intéressant de lui en tenir compte. Ces idées ont pris peu à peu une forme axiomatique, ou thématique, assez différente de leur expression première. Elles deviennent conneries. La mode s'en empare. Tyranniquement. Il est instructif, j'écris ce mot pour la première fois de ma vie, de noter le genre de réussite partielle de certains esprits, d'établir entre la part de leur pensée qui sombre dans l'indifférence et celle qui connaît les grands feux de la mécanique proverbiale une relation forcément humoristique et féconde, de regarder s'épanouir la fleur d'imbécillité dont les racines plongent avant dans le tuf inspirés des cervelles de premiers choix. [...]

Tout le comique réside en une certaine imagination rétinienne de la persistance. L'humanité aime à parler proverbialement. A faire rentrer dans un cas connu l'éventuel, et plus encore à s'en remettre à une expression connue des sentiments qui l'inquiètent. Elle pense par délégation. Des mots qui l'ont frappée lui reviennent. Elle s'en sert comme on fredonne un air inconsciemment retenu. Ses poètes, ses penseurs contribuent aussi à sa crétinisation. On peut mesurer l'influence et la force d'un esprit à la quantité de bêtises qu'il fait éclore.




Wikipédia a écrit:
Traité du style est une œuvre de Louis Aragon, publiée à Paris en 1928, chez Gallimard. Cet essai polémique et provocateur, qui manie l'insolence et l'humour, fut écrit et publié alors qu'Aragon venait d'adhérer au Parti communiste français, en janvier 1927.

Le texte, qui marque par bien des points son adhésion au surréalisme (importance de l’image poétique et du rêve ; attaques contre les romanciers traditionnels, le monde littéraire et les institutions bourgeoises ; pratique de l’injure), est aussi la mise en cause d'une vulgarisation possible du surréalisme vers la mode et le conformisme : « Si vous écrivez, suivant une méthode surréaliste, de tristes imbécillités, ce sont de tristes imbécillités. Sans excuses. Et particulièrement si vous appartenez à cette lamentable espèce de particuliers qui ignore le sens des mots, il est vraisemblable que la pratique du surréalisme ne mettra guère en lumière autre chose que cette ignorance crasse ».

Aragon insiste, en particulier, sur la nécessité impérieuse de la protestation contre le traitement fait aux êtres humains dans le monde contemporain, se référant précisément à Sacco et Vanzetti. Par cela, Traité du style marque le début d'une évolution d'Aragon vers une prise de distance à l'égard d'André Breton, et vers une conception militante du rôle de l'intellectuel, au service de la révolution.


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MessageSujet: Alexandre Zinoviev, L'avenir radieux, 1978   Jeu 20 Aoû - 23:23


Alexandre Zinoviev, L'avenir radieux, 1978, Robert Laffont Bouquins, page 657


Alexandre Zinoviev a écrit:
LE LIVRE

Il est beaucoup plus facile d'écrire un livre quand on est tout seul, que quand on est un collectif de plusieurs personnes. Et lorsque ce collectif dépasse la quarantaine, la rédaction du livre devient un cauchemar. Il fallut six mois uniquement pour faire un plan indicatif et un projet. Et encore nous avons été félicités pour la rapidité avec laquelle nous l'avons fait. Mieux, on nous a fait comprendre à la Section que la hâte ne sied qu'à la chasse aux puces et que nous aurions dû mieux réfléchir au plan.

Au Comité central aussi, on s'est demandé si cette précipitation n'était pas une preuve de légèreté. À l'Académie des sciences sociales on nous a carrément accusés d'aventurisme. Et naturellement, nous avons demandé à la direction deux mois supplémentaires pour perfectionner le plan. Au cours de ce délai, il atteindra un niveau d'idiotie tel que même la Section du communisme scientifique de la faculté de philosophie nous fera des compliments. Le plan sera approuvé et prendra force de loi. Et ensuite, on ne pourra plus sortir de ce cadre, ce sera interdit. Par qui ? Mais par nous-mêmes, évidemment : les auteurs, les participants des séances de discussions, les membres du comité directeur, les chroniqueurs, etc. toute cette immense armée de gens qui ont un intérêt  vital à ce qu'il n'y ait rien de dit qui soit intelligent, talentueux, original ou véridique.




Quatrième de couverture
Citation :
    « Décrire une fourmiliière, non une fourmi isolée... ». Déjà, dans Les Hauteurs béantes, le génie de Zinoviev était peut-être d'avoir été le premier écrivain soviétique à offrir une vision totale d'un monde totalitaire. Dans L'Avenir radieux, il s'attaque au même sphinx, mais si son premier livre évoquait une URSS symbolique, hyperbolique dans son absurdité, le second nous plonge au cœur de Moscou, au début des années 1970, dans une famille soviétique ordinaire, avec un professeur banal comme héros central. Ce régime mystérieux, idéocratie terrifiante et destructrice, le voici maintenant dans son quotidien le plus plat, le moins « romantique » qu'on puisse imaginer, comme le dit un des personnages, car « il faut bien vivre ».

    Ainsi Zinoviev ne cherche-t-il pas à déguiser la réalité de son pays sous les oripeaux idéologiques. Au contraire, il la dénude dans toute sa sécheresse et sa grisaille primitives. Aussi bien on trouvera peu d'événements, rien qui sorte de l'ordinaire dans ce livre : des éléctions à l'académie, la queue pour acheter des pommes de terre, la trahison d'un homme par son meilleur ami, quelques intrigues sordides...

Nous voici loin de l'« avenir radieux » et exaltant. Mais ne nous y trompons pas : le livre de Zinoviev est loin d'être une chronique sociale vériste. Comme dans Les Hauteurs béantes, il arrive un moment où la réalité bascule et nous la découvrons soudain sous un jour nouveau, dans la trajectoire des personnages comme dans les profondes réflexions de l'auteur ( qui se multiplie à l'infini dans les dialogues « socratiques » de ses héros), sur l'histoire de la Russie et de l'URSS, sur la nature du régime soviétique, sur le marxisme, sur la société en général.

A côté de sa vie officielle, qui lui pèse mais qui est devenue pour lui une seconde nature, le héros est tenté de rompre avec sa société, de vivre une vie marginale, souterraine, comme cette vielle chiffonnière qu'il aperçoit au détour d'un immeuble moderne, comme il la devine dans les récits de ses enfants et de ses vrais amis.

Telle est la trame profonde du livre : un dialogue incessant entre le héros et son Double Anton Zimine : en quelque sorte, « celui qui dit oui et celui qui dit non ». Dialogue ou pluôt lutte fondamentale, qui reste toujours ouverte à la fin du livre, malgré la catastrophe qui frappe le héros central. De sorte que le Slogan symbolique ( « Vive le communisme, avenir radieux de l'humanité »), dont les dégradations et les restaurations successives ponctuent le livre comme autant d'allégories burlesques, nous rappelle sans cesse son véritable sujet : question fondamentale, selon l'auteur, pour tout l'avenir de l'humanité.




Alexandre Zinoviev 1922-2006

« De nos jours, la peur de la vérité n'est pas une peur de l'inconnu, mais une peur de quelque chose qu'on connaît très bien.
Les gens ont peur d'eux-mêmes parce qu'ils savent qui ils sont.»

Les Hauteurs béantes (1977)

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MessageSujet: Toni Morrison, délivrances, 2015   Sam 22 Aoû - 16:11


Toni Morrison, délivrances, 2015 Christian Bourgois, p. 132


Toni Morrison a écrit:
Quand la police réagit à leur demande fin de retrouver Adam, elle fouilla immédiatement la maison des Starbern, comme si les parents angoissés avaient pu être fautifs. Elle vérifia si le père avait un casier judiciaire. Il n'en avait pas. « On vous recontactera », dit-elle. Ensuite, elle abandonna l'affaire. Un autre petit garçon noir avait disparu. Et alors ?

Le père de Booker refusait de passer ne fût-ce qu'un seul de ses bien-aimés disques de ragtime, de jazz ou de musique d'autrefois, dont Booker pouvait se dispenser, pour certains, mais pas de Satchmo. C'était une chose que de perdre un frère - cela lui brisait le cœur -, mais un monde sans la trompette de Louis Armstrong réduisait son cœur en miettes.

Puis, au début du printemps, quand les arbres des jardins commencèrent à se faire tout beaux, Adam fut retrouvé. Dans un égout.




Citation :
Auréolée des prix Nobel et Pulitzer, Toni Morrison a bien mérité de pouvoir, à plus de 80 ans, éconduire l’importun qui l’empêcherait d’écrire: interviewée par un de ses amis critiques, elle lui a dit qu’elle venait de faire entrer trois mots dans son vocabulaire : «Non !», «La ferme !», et «Dehors!».

La vieille dame très digne, icône de la littérature afro-américaine, n’a pas viré acariâtre. La preuve avec son onzième roman, «Délivrances , à paraître le 20 août prochain chez Christian Bourgois. Elle y prend fait et cause pour l’enfance martyrisée.

Lula est une petite noire de peau que sa mère, mulâtresse au teint plus clair, ne commence à considérer que le jour où sa fille témoigne à charge contre une institutrice blanche, l’envoyant pour vingt ans derrière les barreaux. Un très beau livre de cruauté, de violence et de rédemption.




Citation :
Dans son onzième roman, qui se déroule à l'époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes.

Au centre du récit, une jeune femme qui se fait appeler Bride. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Au fil des ans et des rencontres, elle connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge - à autrui ou à elle-même - et du fardeau de l'humiliation, elle saura, comme les autres, se reconstruire et envisager l'avenir avec sérénité.

« Rusé, sauvage, et élégant... Toni Morrison distille des éléments de réalisme et d'hyperréalisme dans un chaos magique, tout en maintenant une atmosphère narrative séductrice et poétique, voire toxique... Une fois encore, Toni Morrison déploie une écriture courageuse et sensuelle qui fait d'elle, sans doute, la plus grande romancière contemporaine. » Lisa Shea, Elle

« Toni Morrison ajoute une nouvelle pierre à l'édifice d'une œuvre [...] au sein de laquelle elle ne cesse d'examiner, d'interroger les conflits et les changements culturels de notre époque. Délivrances est incontestablement un nouveau chef-d'œuvre. » Jane Ciabattari, BBC





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MessageSujet: Patlotch, le début, 2015   Dim 30 Aoû - 18:43


Patlotch, le début, nouvelle en sept actes littéraires, 29 août 2015


Patlotch a écrit:

LE DÉBUT


I


Au début, il était écrit que l'histoire n'aurait pas de commencement. L'auteur m'avait confié la mission d'en trouver un

c'était la première fois que je tenais le rôle du personnage principal d'un roman. Jusque-là, j'imaginais que les écrivains se chargeaient eux-mêmes de tout, du début à l fin, de l'intrigue, de l'enquête, de trouver l'assassin. Bref, de tenir la lectrice en haleine

je fus d'abord décontenancé par cette responsabilité. J'en étais accablé, parce que rien, vraiment rien dans la vie ne m'y avait prédestiné, ni préparé

il me faut avouer qu'au début, j'en voulus à l'auteur de se décharger ainsi de ce qui m'apparaissait comme l'essentiel de son propre travail, la substance même de son talent, s'il en avait un, reconnu ou pas.



II


Tout à ces considérations, je ne me préoccupais pas de ce qui aurait dû retenir toute mon attention : trouver à cette histoire un début

il me fallut pourtant m'y résoudre, en prenant conscience que trouver un début serait du même coup tenir une fin, me sortir de cette histoire, sinon vivant, pas mort non plus, puisqu'avant d'y entrer, je n'existais pas

je n'étais malgré moi que le héros par procuration transitoire d'une histoire dont je n'avais rien de bon à attendre : le livre achevé, je retrouverais mon néant, alors que mon auteur, lui, pourrait se prévaloir de m'avoir créé et d'en avoir tiré ce livre

tel une sangsue littéraire, il se serait servi de moi, puisant mon sang afin d'en vivre ou de survivre à sa propre mort par gangrène, s'il devenait célèbre, qui sait...



III


Je me mis donc au travail. Je commençais par recenser les traces éventuelles de quelque piste à remonter jusqu'au début de cette histoire qui n'en avait pas

il me fallut alors bien admettre que, pas plus qu'un commencement, cette histoire n'avait de présent plausible, et par suite aucun dénouement terminal pouvant fournir un indice à partir duquel orienter mes recherches

j'étais perdu, dans un labyrinthe sans entrée ni sortie, une histoire sans queue ni tête, qui n'en était pas moins la mienne.



IV


Il y avait bien une solution, telle qu'on en trouve de nos jours dans les romans du super marché : raconter mon histoire à moi, écrire un roman autobiographique, ce qu'on appelle une autofiction

le problème était, comme je l'ai dit plus haut, que je n'avais pas d'existence en dehors de ce livre, et ne pouvais donc prétendre utiliser la mienne en guise de début de "mon" histoire

je ne pouvais pas davantage romancer la vie de mon auteur, que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam, s'il est en nos contrées une référence incontournable de l'origine du monde.



V


L'auteur, après m'avoir confié cette mission impossible, avait disparu, tel un mauvais sorcier ayant frotté la lampe d'où avait jailli mon désespoir que je ne saurais qualifier de génie

soudain, l'idée me vint que je tenais là un indice réel, et que mieux valait ne pas me soucier qu'il fût bon : je n'en avais pas d'autre

après tout, il y avait bien une histoire, celle d'un type devenu sans rien demander le héros d'un livre sans début, et chargé de lui en trouver un

sans la moindre expérience de la littérature, j'avais néanmoins lu quelques livres et, à bien y réfléchir, certains m'avaient tout l'air de n'avoir pour début pas davantage de matière que celui dont j'étais le héros. Et le nègre.



VI


L'amnésique, suite à quelque accident loin de chez lui et des siens, ses papiers d'identité brûlés, volés ou perdus, ne connaissant personne et réciproquement... ce coup là avait été écrit ou filmé cent fois, et mon auteur n'en eût rien tiré de bien original

au demeurant, cela ne collait pas avec mon scénario personnel. Je disposais d'une excellente mémoire, mais d'aucun passé à oublier, et par suite d'aucun souvenir à retrouver dans un cerveau à réparer, le mien étant en tous points, neurones et connexions, intact :

personne pour rappeler à quiconque quelque chose que je n'avais jamais vécu.



VII


C'est alors que survint l'imprévisible et incroyable insurrection qui vient

un terrain de là peint. Une terrine de lapine. Une tortue marine venue accoucher sur terre, bleue comme une orange, un soir longtemps couché de bonne heure, la mère allée, avec l'éternité, au cimetière de Riorges, au pied des Monts d'une Madeleine sans Proust ni senteur, un verre impair et préférable, un charme noir, un dessous de volcan mexicain sans frontière, un tunnel ouvrant sur le pays de neige, et tout ce que l'on raconte généralement pour commencer quand on n'a jamais appris à écrire...

ce n'était qu'un combat, continue le début




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MessageSujet: Antonio Gramsci, Je hais les indifférents, 1917   Mar 1 Sep - 23:02


Antonio Gramsci, Je hais les indifférents, 11 février 1917, traduit de l’italien par Olivier Favier, source et texte italien


Antonio Gramsci a écrit:
Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire.  C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.

L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter; elle est ce qui bouleverse les programmes, ce qui renverse les plans les mieux établis; elle est la matière brute, rebelle à l’intelligence qu’elle étouffe. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur tous, le possible bien qu’un acte héroïque (de valeur universelle) peut faire naître, n’est pas tant dû à l’initiative de quelques uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup. Ce qui se produit, ne se produit pas tant parce que quelques uns veulent que cela se produise, mais parce que la masse des hommes abdique devant sa volonté, laisse faire, laisse s’accumuler les nœuds que seule l’épée pourra trancher, laisse promulguer des lois que seule la révolte fera abroger, laisse accéder au pouvoir des hommes que seule une mutinerie pourra renverser. La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors  il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien.

La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. Non bien sûr qu’ils ne voient pas clairement les choses, et qu’ils ne soient pas quelquefois capables de présenter de très belles solutions aux problèmes les plus urgents, y compris ceux qui requièrent une vaste préparation et du temps. Mais pour être très belles, ces solutions demeurent tout aussi infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lueur morale; il est le produit d’une curiosité intellectuelle, non d’un sens aigu d’une responsabilité historique qui veut l’activité de tous dans la vie, qui n’admet aucune forme d’agnosticisme et aucune forme d’indifférence.

Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.

Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents.




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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Ven 25 Sep - 1:33


Frédéric Paulin : "La grande peur du petit blanc"


emprunté à jean-claude leroy de son blog Médiapart La guerre des Algériens et des Français, à propos d’un roman presque noir de Frédéric Paulin : "La grande peur du petit blanc" 24 septembre 2015



quatre extraits
Frédéric Paulin a écrit:
Moi, je te le dis, Victor, si tu fais la guerre,
ne t’attends pas à faire une guerre propre.
Ça n’existe pas, les guerres propres.

*

Les deux hommes des DOP (Détachement opérationnels de Protection) tenaient fermement Laïfaoui par le bras et lui envoyaient de temps à autre de coups de crosse de leur PM dans les côtes. Eux n’avaient pas participé aux combats. Ils étaient frais comme des gardons, prêts à interroger le terroriste, et à lui faire raconter même ce qu’il ne savait pas.
Ils croisèrent les restes de la 3ème compagnie.
– C’est celui-là qui a flingué le capitaine, mon lieutenant, dit un première classe, le bras en écharpe. Je l’ai vu.
Gascogne dévisagea le fellagha. Il tremblait encore de tous ses membres. À ses côtés, le sergent Chamouze pointa son fusil sur la poitrine du prisonnier.
– Vous nous en laissez un peu, les gars, dit-il aux deux DOP. Ce salaud-là a flingué notre capitaine et pas mal de nos gars.
– On lui fait cracher deux ou trois trucs pour le PC et on vous appelle dès qu’on en a fini avec lui, promit le maréchal-des-logis. »

*

« Cette peur viscérale de perdre l’Algérie qui pousse Salan, Jouhaud, Godard, Pérez et les autres à tuer ceux qui ne sont pas dans leur camp, explique-t-il (peut-être à lui-même), c’est la grande peur du petit blanc.
Gascogne avait eu un froncement de sourcil :
– La grande peur du petit blanc de quoi, Jim ?
– La grande peur du petit blanc qui lui pend nez d’avoir eu tort aussi longtemps et d’avoir refusé de voir la réalité en face.

*

La hiérarchie des ouvriers sur la chaîne avait été fixée par une main invisible, selon un ordre en tout cas incompréhensible aux petites gens de l’usine. En bas de la grille de classification, les Noirs étaient M1, les Maghrébins M2 ou M3, les Espagnols et Portugais OS1 et les Français, dès leur arrivée, devenaient OS2 puis OS3. Laïfaoui était M2, et parce qu’il avait fait partie du FLN, dix ans auparavant, il savait qu’il ne bougerait jamais du bas de l’échelle. Il touchait 3,50 francs de l’heure et avait l’obligation d’être le meilleur des ouvriers.




noté pour une prochaine lecture
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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Sam 26 Sep - 21:06

Larry Beinhart « Reality Show »



Larry Beinhart a écrit:
Il se prenait pour la réincarnation de Machiavel. Un théoricien de la politique. Un maître ès intrigues. Le mec le plus finaud et le plus impitoyable de l’empire.

Car il s’agissait incontestablement d’un empire. Par bien des côtés, le plus grand que le monde eût jamais connu – bien qu’il eût été de très mauvais goût de l’avouer dans les milieux politicards sélects. Rien à voir avec un petit royaume à la Borgia, un fief riquiqui à la Médicis ou quelque autre minirépublique italienne… Autant comparer un éléphant à une fourmi. Non, la seule échelle de comparaison possible eût été Rome – au temps où Rome était la définition même de l’empire.

Et il était le faiseur de rois – un roi sans couronne, peut-être, mais tout de même numéro un sur son territoire, chef des armées, avec des milliards à claquer et le pouvoir de créer la richesse ou de supprimer la vie. Le rêveur sur son lit était le conseiller du roi – ce que Nicolas Machiavel lui-même, le vrai, n’avait jamais été en réalité.
Bien qu’il fût en plein délire – sous les effets conjugués d’une grave maladie, de puissantes drogues, à la fois violentes et soporifiques, et de la peur, car il savait sa mort imminente -, ses pensées n’avaient rien de déraisonnable. Elles reflétaient la réalité – une réalité en version colorisée, un peu remaniée sans doute, mais néanmoins exacte et vérifiable. Il aurait eu exactement les mêmes pensées s’il avait été chez lui, en bonne santé, entouré de parents, d’amis, de sycophantes, de complices, de quémandeurs, de magouilleurs, de cireurs de pompes, d’imitateurs, d’arrivistes, de marchands de pouvoir et de milliardaires, dans une garden-party à l’américaine, style barbecue du 4 juillet – avec poulet, côtelettes, pastèques, gnôle on-the-rocks et bibine dans le seau à glace. (…)



1993 tr. 1995

Le patient s’appelait Lee Atwater. Il se mourait d’une tumeur au cerveau.

C’était une ironie du sort tellement vicieuse que même ses ennemis s’abstenaient d’en pisser de rire. Et ses ennemis le haïssaient. Il avait pratiqué le sous-entendu, la demi-vérité et la désinformation politique avec un brio dévastateur pour exploiter les vilenies de la société américaine, surtout le racisme. Le racisme avait toujours été efficace mais demandait à être manié avec précaution et doigté. Le moribond pouvait, sans forfanterie excessive, se considérer comme l’artisan de l’élection de Goerge Bush à la présidence en 1988. Avant qu’Atwater ne lançât sa campagne, Bush plafonnait à dix-huit points dans les sondages. Avant qu’Atwater ne concoctât l’événement médiatique qui avait entraîné Dan Rather dans une attaque contre le vice-président d’alors afin que celui-ci pût répliquer, Georgie avait une réputation de ringard. Un gars incapable de prononcer une phrase complète cohérente si elle n’avait été prérédigée, qui était mouillé jusqu’au cou dans l’Irangate et traînait des casseroles plus grosses que lui. Et c’était avec ce tocard – de bonne race peut-être, mais tocard nonobstant – qu’Atwater avait gagné la plus grande course du monde.


« La guerre du Golfe a-t-elle vraiment eu lieu ? Un chef d’œuvre d’humour énorme et de finesse socio-politique » source
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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Lun 2 Nov - 14:54

Aragon Traité du style 1928 Gallimard L'imaginaire p. 58-60


Aragon a écrit:
Pas un ignoble petit rentier, pas un fils d'officier, pas une graine de rond de cuir, pas un imbécile heureux à qui on vient d'offrir une motocyclette le jour de l'an, pas une fausse-couche élevée dans du papier de soie, pour qui Rimbaud ne soit un autre soi-même.

Tout ce qui attend un héritage parle de disparaître un jour. J'ai déjà dit que j'y reviendrai. Pour l'instant ce que j'étudie dans ce phénomène est la grande commodité anti-poétique du rimbaldisme contemporain.

Car l'anti-poésie n'est plus une chimère dialectique. Elle a pris corps, dans un temps sportif, elle est devenue système, elle a même au besoin des fondements métaphysiques.

Le succès de Rimbaud, puisque telle est la saloperie des faits qu'il peut être question du succès de Rimbaud, est en grande partie dû à la curieuse moralité qu'on prête à sa vie. car ils sont si bien arrangé les choses, que la vie de Rimbaud est prise à témoin contre la poésie même. Cette absurdité a cours.

Ainsi, chaperonnés par Rimbaud, nos jeunes industriels, nos magistrats en herbe passent superbement condamnation sur tout ce qui les emmerde de façon congénitale. Enfin plus n'est besoin le lire tous ses vers. L'ignorance est de mise. Les livres peuvent dormir dans la poussière, ça n'est pas fait pour ces mains soignées. A la rigueur, on va au théâtre, avec les femmes. Mais lire. Des poèmes. Nous avons dépassé ce stade, songez donc. Hugo, Nerval, Cros, Nouveau, on ne va pas nous faire marcher avec ces refrains d'autrefois.

Je me suis même laissé dire par un ancien ami que j'avais le goût du bibelot, avec ma façon de m'intéresser à tous les petits romantiques. Il paraît que j'ai de la condescendance pour les poètes mineurs. Et pourtant par là on entend Pétrus Borel, ce colosse.

Oui, je lis. J'ai ce ridicule. J'aime les beaux poèmes, les vers bouleversants, et tout l'au-delà de ces vers. Je suis comme pas un sensible à ces pauvres mots merveilleux laissés dans notre nuit par quelques hommes que je n'ai pas connus. J'aime la poésie. Je suis en mesure de le faire. Pouvez-vous en dire autant ?





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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Mar 3 Nov - 22:52

je ne résiste pas, tant elle semble répondre un siècle avant à certains commentaires d'aujourd'hui, à recopier la suite du Traité du style d'Aragon ci-dessus


Aragon a écrit:
Vous restez confondu devant ces lignes inégales, devant ces pages noires, devant ces échos muets pour vous. Vous croyez qu'on se moque. Vous jetez les yeux sur l'écriture, vous froncez les sourcils, vous vous agitez avec impatience. Vous cherchez à prendre une attitude ironique. Vous essayez de dire : Allons donc.

La gravité de mon visage arrête comme un mur le petit attelage de vos plaisanteries. Vous commencez à vous fâcher. Alors je change les livres étalés sous vos yeux, car je vous sais à jamais fermés aux poètes. J'en mets d'autres, et je ne permets pas qu'on rit enfin.

Voici Vauvenargues. Je veux que vous le lisiez d'un bout à l'autre à haute voix. Voici l'ouvrage sans égal que Benjamin Constant consacra à l'étude des religions. Voici la parole sévère, Alphonse Rabbe. Voici la prose : l'Eve Future et la bataille de Morsang.Voici Francis Poictevin, ce Fantômas. Voici le ton de voix, Jacques Vaché. Voici la Transition, les Pas Perdus. Et me voici avec les livres de mon choix.

Je vous parle en toute autorité. Je sais quand une phrase est belle, et je sais ce qu'elle signifie. je ne m'arrête pas à vos faibles ho ho. Ils sont les fils de l'incapacité. Vous n'êtes pas capables de lire d'une haleine le contenu de ma bibliothèque. Vous ne savez pas apprécier le style et vous prenez ça cela pour une supériorité ! Voilà comment, si, au lieu de tenter de vous intéresser à Charles Cros en disant qu'il et l'inventeur du collodion et de la photographie des couleurs, je vous récite :

Moi dix-huit ans, elle quinze ans
Parmi les chemins amusants
Nous allions sur nos alezans


ces vers admirables vous mettent hors de vous. Vous demandez si l'on se paye votre tête. Vous trouvez cette citation incompréhensible, en tant que citation, et par ailleurs bébête. Minus habentes, cette votre comprenotte qui est gâteuse.



Charles Cros Collage Patlotch 1990

Je me résume : Rimbaud n'est pas une machine à décerveler les poètes. Outre Valmore et Siffert, il aimait beaucoup Théophile Gauthier, dont il s'est parfois démarqué. Je l'approuve. De même Baudelaire a traduit Edgar Poe. Bravo. Le style n'était pas pour eux lettre morte. Osez prétendre le contraire.[...]

Ici j'abandonne d'une façon passagère la question du style, pour me préoccuper plus précisément des lieux communs en vogue essentiels à cette désaffection idote des questions techniques qui signale les générations présentes plutôt à la pitié qu'à la considération.

On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d'années plus tard. Il serait injuste de lui en tenir rigueur. Mais il est intéressant de lui en tenir compte.

Ces idées ont pris peu à peu une forme axiomatique, ou thématique, assez différente de leur expression première. Elles deviennes conneries. La mode s'en empare. Tyranniquement. Il est instructif, j'écris ce mot pour la première fois de ma vie, de noter le genre de réussite partielle de certains esprits, d'établir entre la part de leur pensée qui sombre dans l'indifférence et celle qui connaît les grands feux de la mécanisation proverbiale une relation forcément humoristique et féconde, de regarder s'épanouir la fleur d'imbécillité dont les racines plongent avant dans le tuf inspiré de cervelles de premiers choix.

Filmez au ralenti la continuité d'un sentiment respectable, comme celui qui unissait Madame de Warrens et Rousseau, avec les autocars appliqués qui vont péleriner aux Chramettes. Représentez-vous les étapes de cette floraison, l'organisation dans des bureaux savoyards des caravanes excursionnistes, et la femme de ménage qui balaye pour elles sous le lit duquel tout à l'heure le guide gravement dira : « C'est là qu'ils ont foutu ».

Ceci cependant est un phénomène banal, en rien différent de la germination de la vermine sur la viande, et les sociétés d'anciens amis des morts, les biographes fouille-merdes, les amateurs de reliques, les pucerons migrateurs attirés par la putréfaction de la gloire appartiennent à la vulgaire alchimie de la pourriture universelle.




Patlotch, collages Avec des poètes, écrivains...

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