PATLOTCH / NOUVELLE THÉORIE du COMMUNISME et de la RÉVOLUTION

LA CONSTITUTION EN CLASSE CONTRE LE CAPITAL DES LUTTES PROLÉTARIENNES, FÉMINISTES, DÉCOLONIALES et ÉCOLOGISTES
 
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 LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Mar 16 Aoû - 16:31


Jean-Marie Déguignet, Mémoires d'un paysan bas-breton
, An Here, p. 405-407


Jean-Marie Déguignet a écrit:
La fabrique de papier d'Ergué-Gabéric

J'ai lu quelque part que le fameux milliardaire Jay Gould disait un jour à ses ouvriers qui s'étaient mis en grève une fois, de ne pas recommencer deux fois, car aussitôt il les remplacerait tous par des ouvriers en acier qui ne font jamais grève et travaillent jour et nuit sans jamais se plaindre.

Eh bien, tonnerre de Brest, comme disait Mahurec, il y a ici au fond de la Bretagne un industriel qui tend à réaliser le rêve du milliardaire américain*. J'ai déjà parlé de la fabrique de papier d'Ergué-Gabéric, perdue là-bas  au fond du Stang-Odet et que j'ai vu fonder. Cette fabrique occupait autrefois tous les ouvriers des environs, mâles et femelles, jeunes et vieux. Eh bien, aujourd'hui [dans les années 1890] il n'y a presque plus personne, quoiqu'elle fabrique dix fois plus de papier.

Il y a deux ou trois ans un individu, ayant travaillé dans cette fabrique, se trouvait chez le perruquier mon voisin, et disait que la veille on avait encore coupé les bras à dix ouvriers d'un seul coup ! Comment, disait un client qui ne saisissait pas bien l'ironie, dix bras d'un seul coup ? par la même machine ? Oui juste, comme vous dites, par la même machine. Une nouvelle machine arrivée l'autre jour du Creusot, et qui fait à elle seule l'ouvrage de dix ouvriers et par conséquent le patron a mis dix ouvriers dehors. Et ce n'est pas fini, il en viendra encore d'autres, jusqu'à ce que tous les ouvriers soient remplacés par des machines. Et en effet, cela paraît bien près de se réaliser.[je n'ai pas étudié le cas actuel des papiers OCB de Bolloré, mais chacun connaît les menaces de la robotique pour le prolétariat]

J'ai passé par là depuis et, où je voyais autrefois une véritable fourmilière humaine, je ne voyais plus personne. Si je n'avais pas vu fonder cette fabrique, j'aurais pu me croire en présence d'un de ces palais enchantés des contes orientaux. Je voyais des machines tourner partout, en dehors, en haut, en bas, à droite, et à gauche. En haut, je voyais des monceaux de choses informes s'engouffrer dans des auges où ils étaient broyés et mis en pâte, de là ils passaient dans d'autres auges; puis de ces monceaux de pourriture purifiés, et devenus pâte claire, passaient dans des tuyaux qui les déversaient sur un plateau enfin chauffé à la vapeur. Là, la pâte claire se transformait immédiatement en papier, puis ce papier s'enfilait ensuite à travers une quantité de cylindres tournant en sens inverse pour aller sortir à vingt mètres plus loin où il était repris par d'autres machines qui le découpaient en format voulu.

Mais j'avais beau regarder, je ne voyais personne, d'abord parce que la vapeur m'en empêchait. Cependant, quand mes yeux parvinrent à percer la vapeur, j'entrevis trois ou quatre individus, les bras croisés sur la poitrine à la manière des paysans bretons. Ils étaient là comme des fantômes, les yeux fixés sur les machines, ne bougeant, ni parlant. D'abord pour parler il est impossible, au milieu de ces machines.




Enfin je sortis de ce vaste palais enchanté, émerveillé du génie de l'homme, mais aussi attristé en considérant que ce génie va à l'encontre du but vers lequel il devrait tendre, c'est-à-dire à égaliser un peu le bonheur en ce monde entre tous les individus, tandis qu'il tend au contraire à accabler de richesse et de bonheur quelques privilégiés seulement, en en éloignant de plus en plus des millions de malheureux déshérités à qui, comme disait cet ouvrier renvoyé de la fabrique, les machines coupent les bras tous les jours, leur seule fortune en ce monde.

Et ces hommes de génies, ces inventeurs de machines à couper les bras, reçoivent des éloges, des encouragements, des félicitations, des brevets, des croix et des pensions, comme en reçoivent ceux qui font les meilleurs écrits mensongers pour rouler, pour berner, pour abrutir, pour consoler et pour calmer les douleurs des malheureux, qui restent impassibles, paisibles, avachis, le ventre vide en haillons, devant ces machines qui tournent jour et nuit au profit de quelques millionnaires milliardaires et semblent rire en leur mouvement perpétuel et se moquer de ces autres pauvres machines en chair et en os qui restent crever de faim en les regardant tourner.

Et cependant on entend tous ces ouvriers crier après ces machines, lesquelles finiront certainement par les mettre tous sur le pavé. On entend parfois même quelques soi-disant économistes, dont toutes les économies viennent de ces machines, dire du fond de leurs cabinets que ces machines pourraient bien à la fin devenir un danger, mais ils répondent de suite qu'on ne peut pas arrêter l'essor du génie, sous peine de retomber dans la barbarie.

* La famille Bolloré détient le moulin à papier d'Odet depuis 1861. Il employait quelques 200 ouvriers avant la grande guerre.




Citation :
Jean-Marie Déguignet est de ce type d'hommes dont le destin fait immanquablement penser à un roman picaresque. Né en 1834 dans une très modeste famille bretonne, il a grandi dans un milieu "où presque personne ne savait lire ou même parler un mot de français". Mais, dévoré par le désir de s'instruire, le petit vacher misérable apprit d'abord seul à lire et à écrire. Après s'être engagé dans l'armée, il prit part à presque toutes les campagnes de Napoléon III, de l'Italie au Mexique.

De retour en Bretagne, il se fit tour à tour agriculteur – ce qui lui donna l'occasion de rédiger un traité sur l'élevage des abeilles –, assureur, buraliste. Ruiné, il mourut à l'hospice dans le plus grand dénuement peu après avoir achevé la rédaction de ses mémoires, qui seraient restés oubliés sans la ténacité d'un éditeur breton.

L'immense succès de ce livre déjà vendu à plus de 100 000 exemplaires dit assez qu'il n'est pas un simple témoignage sur le passé. Dans un style élégant, drôle et caustique, cet esprit original, – devenu anticlérical après avoir perdu la foi… à Jérusalem ! – brosse un portrait sans concession d'une Bretagne prise entre ses superstitions presque païennes et l'omnipotence de l'Église.

--Thomas Ferrier



par ces temps de quasi-cléricalisme d'État (au nom de la sacro-sainte laïcité !), une bonne dose d'anticléricalisme anarchisant fait moins de mal qu'une douche en burkini sur les plages françaises

on en profitera pour prendre, de la part de ce Breton autodidacte y compris de la lecture et de l'écriture, une leçon anti-identitaire, anti-régionaliste si ce n'est, il était un peu tôt, anti-nationale. C'est peu dire que Jean-Marie Déguignet apprécie aussi peu les Bretons que moi les Français

j'ai trouvé ce livre chez un bouquiniste à Roscoff, et, hasard de lectures de vacances enfilées, l'ai lu à la suite de Famine, de Liam O'Flaherty,[/b], cité dans un commentaire précédent, qui se passe en Irlande à peine plus tôt que les souvenirs de Déguignet, écrits à la fin du 19ème siècle, et publiés seulement en 1998 (quelques Cahiers en 1905). En commun, les patates, leur monoculture et leur maladie, alors radicale et la misère par la racine

c'est un assez gros livre (459 pages), mais comme dit l'expression consacrée, se lit comme un roman, voire un polar

j'ai choisi les pages plus haut pour le plaisir de retrouver notre ami du Cac40 et des Présidents de droite et de gauche, Boloré, ou du moins son ancêtre. Cet extrait pourrait aussi bien figurer dans le matériau de base du Capital, ou le "Fragment sur les machines" (Les Grundrisse, 1957), dans lequel Marx envisage l'automation et ses conséquences sur la production de plus-value relative, le procès de la valeur, la subsomption réelle, etc.



Cette photo aérienne est parlante. L'usine peut encore s'agrandir.
Archives Vincent Mouchel / Ouest-France

sur le même site est lancée en 2004, la Bluecar, qui « devient, en 2011, le pivot du système d'autopartage d'Ile-de-France, Autolib'... »

source : Bolloré. Blue Solutions, une usine porteuse d'espoir

Citation :
L'usine Blue Solutions (Ergué-Gabéric) est inaugurée ce vendredi 20 septembre 2013 par le président de la République. Le pari industriel de Vincent Bolloré, conforté par l'alliance avec Renault, est en passe d'être gagné.

roule, ma poule, entre la voiture et la cigarette, tu as le choix... de Bolloré

images ajoutées
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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Jeu 1 Sep - 19:14


ce n'est pas un livre mais un morceau de littérature de notre ami l'Épistoléro en hommage à Jean Amila(nar), pseudo de Jean Meckert, dont j'ai plus d'une fois parlé, dans cette rubrique ou ailleurs


L'ami anar, le romancier, L'Épistoléro, 1 sept. 2016

Sous divers pseudonymes et sur ses nombreux romans, il écrit son nom Libertaire.


L'Épistoléro a écrit:
Sous divers pseudonymes et sur ses nombreux romans, il écrit son nom Libertaire.
Qu’on l’appelle Jean Meckert, Jean Amila, voire John Amila, il est tout un. Intègre dans son évangile vengeur de Jean ou de John. Hé, Meckert, tape un scandale !

Bien au-dessus du silence, il écrit son nom libertaire.
Les noms d’emprunt n'ont pas donné à cet ami l’anar la gloire d’un Emile Ajar. Il faut lire Les Coups, La Lune d’Omaha, Au balcon d’Hiroshima ou le Boucher des Hurlus. Nous avons les mains rouges, aussi. Il reste surtout connu des initiés. Heureusement, depuis des années, Daeninckx, Pécherot, les éditions Joëlle Losfeld et d'autres s'efforcent de lui donner la place qu'il mérite.

Sur les échos de son enfance, il écrit son nom Libertaire.
Père qu’on dit fusillé en 1917 pour mutineries dans sa tranchée.
Mère devenue folle d’amour et de rage, internée pendant deux ans. Quatre ans d’orphelinat.

Sur les sentiers éveillés, il écrit son nom Libertaire.
Ouvrier, conscrit, divers petits boulots puis il est mobilisé pendant la guerre. Son premier roman parait en 1942. Queneau, Martin du Gard et Gide l’encensent.

Sur les routes déployées, il écrit son nom Libertaire.
De la collection blanche il passe à la série noire. Des romans qui parlent de guerre, de couple sur fond d’autobiographie. Entre social et policier. Cela lui ouvre aussi les portes du cinéma. Petite manne financière que ces dialogues de sous.

Sur les marches de la mort, il écrit son nom Libertaire.
En 1971, il y a ce roman devenu introuvable. Un roman sulfureux qui, à peine sorti, disparait des librairies. Retiré, racheté, R.A.S. Étrange. Pas encensé, une sorte de censure. Meckert y parle des essais nucléaires français en Polynésie. Menaces de mort, agressions, plusieurs jours dans le coma (on parle aussi de crises d’épilepsie). Qui saura ? En tout cas, au contraire du reste de son œuvre, ce roman n'a pas été réédité.

Sur la santé revenue, il écrit son nom Libertaire.
À la sortie du coma et d’un long combat, il reste amnésique. Il réapprend à vivre et à écrire. Il meurt en 1995. Ouvrir ses livres, c'est se souvenir. Peu importe la collection. Blanche (ou Noire), mais pas l'oubli.


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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Sam 10 Sep - 11:10


Édouard Glissant, Tout-monde, FolioPoche pp. 324-325, pp. 461-463



1993

Édouard Glissant a écrit:
On avait commencé, ici aux Antilles, par moquer les fils, ceux qui étaient nés là-bas en France (les sociologues disaient : ceux de la deuxième génération), on racontait à leur propos des histoires de calimordants (leur manière à eux de nommer les crabes et de pérorer le français quand ils revenaient au pays et qu'ils étaient débarqués de ces Boeing 747 où on vous traitait presque comme un bétail ou une cargaison), plus tard on les appela des Négropolitains, ils en revendiquèrent parfois l'appellation, et la question se posa donc, à quoi nul ne porte réponse, de ce qu'ils sont en vérité.

On s'évertuait de partout à les coincer laminairement entre deux impossibles, d'un ici et d'un là-bas, et entre deux identités, aussi frileuses et circonspectes l'une que l'autre, du Français et de l'Antillais. L'idée grossit alors que la seule ressource était l'intégration. Il y eut des leaders nationaux de l'intégration. Il fallait accomplir la citoyenneté irréversible, au lieu même où on vous l'avait accordée, et malgré même la résistance des citoyens patentés, dits français de souche.

Mais ils sont, ceux-là qui naviguent ainsi entre deux impossibles, véritablement le sel de la diversité. Il n'est pas besoin d'intégration, pas plus que de ségrégation, pour vivre ensemble dans le monde et manger tous les mangers du monde dans un pays. Et pour continuer pourtant d'être en relation d'obscurité avec le pays d'où tu viens. L'écartèlement, l'impossible, c'est vous même qui le faites, qui le créez.

Aussi bien, plutôt que de vous déchirer entre ces impossibles (l'être aliéné, l'être libéré, l'être ceci l'être cela), convoquez les paysages, mélangez-les, et si vous n'avez pas la possibilité des avions, des voitures, des trains, des bateaux, ces pauvres moyens des riches et des pourvus, imaginez-les, ces paysages, qui se fondent en plusieurs nouveaux recommencés passages de terres et d'eaux. Ce train qui trace dans la banlieue de Lyon, poussez-le à un autre impossible mais bien plus ardent, la bousculade entre les hauts et les fonds de tant d'environs et de lointains.

[...]

Ces traditions naissantes furent, tout comme le Bal nègre de la rue Blomet, emportées par la vitesse du monde, qui balaya dans Paris et l'alentour. Les énormes cités de banlieue ménagèrent pour cette population nouvelle d'autres points fixes : les matchs de foot-ball du dimanche matin sur les demi-stades battus du vent, les réunions d'Association pour organiser les nouveaux droits des résidents domiens (c'est-à-dire originaires des départements d'Outre-mer). Les baptêmes et les mariages qui devinrent réellement conviviaux et rappelèrent en plein les fêtes du pays.

La souffrance du déracinement s'apaisait dans des morosités calmes ou dans des partis pris rageurs ( "Je suis français, monsieur, depuis 1635 !") où on ne trouvait même plus le plaisir des temps d'antan. Tout ça s'éteignait tout doucinettement dans les blancs embruns.. Et alors on leur suggérait : Vous n'aviez qu'à ne pas venir ici, qu'espérez-vous là ?

Jusqu'au moment où les antillais s'aperçurent qu'ils étaient tellement différents des Portugais, des Sénégalais, des arabes et d'ailleurs qu'ils étaient, eux, et non pas ceux-là, des citoyens français, qui ne risquaient pas d'être refoulés hors des frontières, et qui avaient des droits et des privilèges, et que pourtant, oui pourtant, ils avaient tellement besoin de fréquenter enfin ceux-là, qui n'étaient pas des citoyens.

Ils se rapprochèrent, les jeunes surtout, de ces émigrés. Les anciennes générations ne comprenaient pas ces dévoiements inacceptables : il est vrai qu'elles ne connaissaient ni Linton Kwesi Johnson qui venait régulièrement de Londres et qui disait si sobrement les poèmes de Michael Smith et chatait si bellement les siens, ni le New-Morning, ni les quartiers à marijuana, ni les postes de police où on tabassait à tout-va les jeunes délinquants beurs ou africains.

Ce que nous appellerions un point fixe venant ponctuer un tourbillon, ce n'était pour ces Antillais de France aucun lieu concret, aucune place publique, ni un stade ni un marché ni une cantine ni une salle d'association, mais en vérité une vacance terrible dans les jours qui passaient, un vous ne savez quoi qui pèse et alourdit dans le cœur.

Comme si ç'avait été un serrement de tout le corps, après être ainsi passé de la fixité au tourbillon et du tourbillon à la fixité, sans avoir raclé pas grand-chose dans l'espace du monde.


Note de l'éditeur
Citation :
Les quatre morts du vieil homme Longoué, les fiertés de Rochebrune, la folie de Marie Celat, les résurrections de Stepan Stepanovitch, les Mémoires de guerre de Rigobert Massoul, les prédestinations d'Artémise et de Marie-Annie, et combien d'autres épisodes, avec une multitude de personnages, — les trois Anestor, le dieu du commerce et de l'invention, sans compter les bêtes prédestinées : le cochon fou et la vache consacrée de Monsieur Lomé, le coq sauvage et le matouchatte — précèdent, préparent et accompagnent la dérive de Mathieu Béluse et de Raphaël Targin, dans le Tout-monde.

« Ils sont le sel de la Diversité. Ils ont dépassé les limites et les frontières, ils mélangent les langages, ils déménagent les langues, ils transbahutent, ils tombent dans la folie du monde, on les refoule et les exclut de la puissance du Territoire mais, ils sont la terre elle-même, ils vont au-devant de nous, ils voient, loin devant, ce point fixe qu'il faudra dépasser une fois encore.»

Ce roman est une anthologie de toutes les sortes de voyages possibles, hormis ceux de la conquête.

en relation :

- POÈMES et POÉTIQUE : 'Œuvres-sujets performatrices' (Meschonnic) / 'Poétique de la relation' et 'Créolisation' (Édouard Glissant)...

- autres formulations du Communisme féministe et décolonial (avec E. Glissant...)

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Sam 10 Sep - 14:26


interlude

d'encre et d'alcool


liste, non exhaustive, des écrivains et poètes + ou - alcooliques


Alphonse Allais, Baudelaire, Antoine Blondin, Lucien Bodard, Bukowski, Francis Carco, Raymond Carver, Cioran, Marguerite Duras, James Ellroy, Faulkner, Scott Fitzgerald, Hemingway, Houellebecq, Joyce, Kerouac, Jacques Laurent, Jack London, Malcolm Lowry, Malraux, Musset, Eugène O'Neill, Pessoa, Edgar Poe, Prévert, Racine, Rimbaud, Joseph Roth, Françoise Sagan, William Styron, Tolstoï, Verlaine, Tennessee Williams...


diverses sources dont L'alcool soluble dans l'encre Bernard Morlino Lire  01/10/2001

cet auteur précise :

Citation :
Boire ou écrire? Il faut choisir... Beaucoup d'écrivains ne se posent plus la question tant l'alcool fait partie de leur panoplie. D'ailleurs, il arrive que cesser de boire ou de fumer conduise à déposer le stylo.

Céline ne buvait pas peut-être parce qu'il produisait lui-même sa propre toxicité...


si je n'ai jamais été alcoolique, j'ai parfois trop bu. Je n'en tire pas de règle générale. L'alcool, et ça dépend lequel et la quantité, me fut selon les circonstances, favorable ou non, tous le disent. La drogue, connais pas. Pour moi, l'état d'ivresse créative n'est pas lié à une consommation particulière

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Jeu 24 Nov - 7:42


Stephan Zweig, Le monde d'hier, Souvenirs d’un Européen,



1942

« Cette idée de frontières et de nations me paraît absurde. »
Jorge Luis Borges

Stephan Zweig a écrit:
Et j’étais forcé de me souvenir sans cesse de ce que m’avait dit des années plus tôt un exilé russe : « Autrefois, l’homme n’avait qu’un corps et une âme. Aujourd’hui, il lui faut en plus un passeport, sinon il n’est pas traité comme un homme. »

Et de fait, rien peut-être ne rend plus sensible le formidable recul qu’a subi le monde depuis la Première Guerre mondiale que les restrictions apportées à la liberté de mouvement des hommes et, de façon générale, à leurs droits. Avant 1914, la terre avait appartenu à tous les hommes. Chacun allait où il voulait et y demeurait aussi longtemps qu’il lui plaisait. Il n’y avait point de permissions, d’autorisations, et je m’amuse toujours de l’étonnement des jeunes, quand je leur raconte qu’avant 1914 je voyageais en Inde et en Amérique sans posséder de passeport, sans même en avoir jamais vu un. On montait dans le train, on en descendait sans rien demander, sans que l’on ne vous demandât rien, on n’avait pas à remplir une seule de ces mille formules et déclarations qui sont aujourd’hui exigées. Il n’y avait pas de permis, pas de visas, pas de mesures tracassières ; ces mêmes frontières qui, avec leurs douaniers, leur police, leurs postes de gendarmerie, sont transformées en un système d’obstacles, ne représentaient rien que des lignes symboliques qu’on traversait avec autant d’insouciance que le méridien de Greenwich. C’est seulement après la guerre que le national-socialisme se mit à bouleverser le monde, et le premier phénomène visible par lequel se manifesta cette épidémie morale de notre siècle fut la xénophobie : la haine ou, tout au moins, la crainte de l’autre. Partout on se défendait contre l’étranger, partout on l’écartait. Toutes les humiliations qu’autrefois on n’avait inventées que pour les criminels on les infligeait maintenant à tous les voyageurs, avant et pendant leur voyage. Il fallait se faire photographier de droite et de gauche, de profil et de face, les cheveux coupés assez court pour qu’on pût voir l’oreille, il fallait donner ses empreintes digitales, d’abord celle du pouce seulement, plus tard celles des dix doigts, il fallait en outre présenter des certificats, des certificats de santé, des certificats de vaccination, des certificats de bonnes vie et moeurs, des recommandations, il fallait pouvoir présenter des invitations et les adresses de parents, offrir des garanties morales et financières, remplir des formulaires et les signer en trois ou quatre exemplaires, et s’il manquait une seule pièce de ce tas de paperasses, on était perdu.

Tout cela paraît de petites choses sans importance. Et à première vue il peut sembler mesquin de ma part de les mentionner. Mais, avec toutes ces absurdes "petites choses sans importance", notre génération a perdu absurdement et sans retour un temps précieux : quand je fais le compte de tous les formulaires que j’ai remplis ces dernières années, des déclarations à l’occasion de chaque voyage, déclarations d’impôts, de devises, passages de frontières, permis de séjour, autorisations de quitter le pays, annonces d’arrivée et de départ, puis des heures que j’ai passées dans les salles d’attente des consulats et des administrations, des fonctionnaires que j’ai eus en face de moi, aimables ou désagréables, ennuyés ou surmenés, des fouilles et des interrogatoires qu’on m’a fait subir aux frontières, quand je fais le compte de tout cela, je mesure tout ce qui s’est perdu de dignité humaine dans ce siècle que, dans le rêves de notre jeunesse pleine de foi, nous voyions comme celui de la liberté, comme l’ère prochaine du cosmopolitisme. Quelle part de notre production, de notre travail, de notre pensée nous ont volée ces tracasseries improductives en même temps qu’humiliantes pour l’âme ! Car chacun d’entre nous, au cours de ces années, a étudié plus d’ordonnances administratives que d’ouvrages de l’esprit ; les premiers pas que nous faisions dans une ville étrangère, dans un pays étranger, ne nous menaient plus, comme autrefois, aux musées, aux paysages, mais à un consulat, à un bureau de police, afin de nous procurer un "permis de séjour". Quand nous nous trouvions réunis, nous qui commentions naguère les poèmes de Baudelaire ou discutions des problèmes d’un esprit passionné, nous nous surprenions à parler d’autorisation et d’affidavits, et nous nous demandions s’il fallait solliciter un visa permanent ou un visa touristique ; durant ces dix dernières années, connaître une petite employée d’un consulat, qui abrégeait l’attente, était plus important que l’amitié d’un Toscanini ou d’un Rolland. Constamment, nous étions censés éprouver, de notre âme d’êtres nés libres, que nous étions des objets et non des sujets, que rien ne nous était acquis de droit, mais que tout dépendait de la bonne grâce des autorités. Constamment, nous étions interrogés, enregistrés, numérotés, examinés, estampillés, et pour moi, incorrigible survivant d’une époque plus libre et citoyen d’une république mondiale rêvée, chacun de ces timbres imprimés sur mon passeport reste aujourd’hui encore comme une flétrissure, chacune de ces questions et de ces fouilles comme une humiliation. Ce sont de petites choses, je le sais, de petites choses à une époque où la valeur de la vie humaine s’avilit encore plus rapidement que celle de toute monnaie. Mais c’est seulement si l’on évoque ces petits symptômes qu’une époque à venir pourra déterminer avec exactitude l’état clinique des conditions et des perturbations qu’a imposé à l’esprit notre monde d’entre les deux guerres.

Peut-être avais-je été trop gâté auparavant. Peut-être aussi les trop brusques changements de ces dernières années ont-ils peu à peu surexcité ma sensibilité. Toute forme d’émigration produit déjà par elle-même, inévitablement, une sorte de déséquilibre. Quand on n’a pas sa propre terre sous ses pieds – cela aussi, il faut l’avoir éprouvé pour le comprendre –, on perd quelque chose de sa verticalité, on perd de sa sûreté, on devient plus méfiant à l’égard de soi-même. Et je n’hésite pas à avouer que, depuis le jour où j’ai dû vivre avec des papiers ou des passeports véritablement étrangers, il m’a toujours semblé que je ne m’appartenais plus tout à fait. Quelque chose de l’identité naturelle entre ce que j’étais et mon moi primitif et essentiel demeura à jamais détruit. Je suis devenu plus réservé que ma nature ne l’eût comporté, et moi, le cosmopolite de naguère, j’ai sans cesse le sentiment aujourd’hui que je devrais témoigner une reconnaissance particulière pour chaque bouffée d’air qu’en respirant je soustrais à un peuple étranger. Avec ma pensée lucide, je vois naturellement toute l’absurdité de ces lubies, mais notre raison a-t-elle jamais quelque pouvoir contre notre sentiment propre ? Il ne m’a servi à rien d’avoir exercé près d’un demi-siècle mon coeur à battre comme celui d’un « citoyen du monde [3] ». Non, le jour où mon passeport m’a été retiré, j’ai découvert à cinquante-huit ans, qu’en perdant sa patrie on perd plus qu’un coin de terre délimité par des frontières.


Notes

[2] Stefan Zweig, Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen, traduction nouvelle de Serge Niémetz, éd. Belfond 1982 1993, Livre de poche.

Né à Vienne en 1881, Stefan Zweig s’est donné la mort en 1942, au Brésil, en exil.

[3] En français dans le texte.


université

Citation :
J'avais une certaine méfiance à l'égard de toute étude universitaire, méfiance qui, aujourd'hui encore [1942], n'a pas disparu. Pour moi, l'axiome d'Emerson, que les bons livres remplacent la meilleure université, est resté inébranlablement valable, et je suis toujours persuadé que l'on peut devenir un excellent philosophe, historien philologue, juriste ou tout ce qu'on voudra, ans avoir mis les pieds à l'université, ni même au lycée. D'innombrables fois, je me suis assuré dans la vie pratique que certains bouquinistes sont souvent mieux informés que les professeurs dont c'est le domaine, que les marchands d'art s'y entendent  mieux que les savants historiens de l'art, qu'une grande partie des anticipations et découvertes essentielles dans tous les domaines sont dues à des chercheurs solitaires.

[...]

Les pensées se développent en moi, sans exception, à partir des objets, des événements et des formes sensibles, tout ce qui est purement théorique et métaphysique demeurant inaccessible à mes capacités d'apprentissage.

Stephan Zweig, Le monde d'hier, Souvenirs d'un Européen, 1942, Poche p. 120-121,


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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Mer 28 Déc - 20:52


ce livre n'est pas en soi "de littérature" mais les références y sont nombreuses



Citation :
Qu'est-ce qui rapproche des ouvrages aussi différents que les Essais de Montaigne, les Mémoires de Saint-Simon, les différentes Correspondances de Flaubert et Les Aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll ? Signés par des « écrivains oraux », ils affichent « autant de styles variés pour dire la richesse des tons, des intonations, du souffle de la parole et des différents bruits émis pour se faire comprendre ».

C'est l'idée défendue par le philosophe Ali Benmakhlouf, dans La Conversation comme manière de vivre. La conversation suppose la présence d'un interlocuteur : l'échange des mots devient un échange des corps ; la parole se fait relation à l'autre. Respiration. La « parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l'écoute », synthétisait Montaigne, qui écrivait : « Je parle au papier comme je parle au premier que je rencontre »... Flaubert, de son côté, « gueulait » tout haut ses phrases, jusqu'à s'érailler la voix.

Cheminant avec aisance de la philosophie arabe à la philosophie analytique, Ali Benmakhlouf affiche une liberté qui convient bien à son thème. Si Montaigne (auquel il avait consacré un essai en 2008) lui sert de fil rouge, l'auteur croise aussi la route de Roland Barthes, d'Al-Fârâbî, de Marcel Proust, de Ludwig Wittgenstein ou de Stanley Cavell. Il avance sur la ligne oblique qui relie les massifs de l'écriture et de l'oralité. Pour explorer une voie qui comporte toujours un risque, une déconcertation possible, puisque la conversation ne se réduit jamais au sujet abordé, à la différence de ce qu'impose la « bonne rhétorique ».

Dans la conversation, les « mots sont mouvement et action », note Benmakhlouf. Converser, c'est voyager, écrivait Descartes...

— Juliette Cerf Télérama 14/11/2016


passionnant et dense petit essai de ce philosophes dont j'avais déjà signalé Pourquoi lire les philosophes arabes








« Cette singulière enfant prenait plaisir à faire semblant d'être deux personnes. »
Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles,
cité par Ali Benmaklhouf dans Converser avec soi-même, p. 107


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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Dim 1 Jan - 13:06


Antonio Gramsci, Je hais le nouvel an

1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole »Traduit par Olivier Favier



Antonio Gramsci a écrit:
Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Ven 20 Jan - 11:43

un livre que je n'ai pas lu, mais tous les autres de l'auteur, et je partage essentiellement ce qu'en dit Tristan Leoni, de DDT21, dans

Du spirituel dans l’homme et dans le prolétaire en particulier. Autour de Houellebecq et de « Soumission »

la seule chose que je n'ai pas appréciée est la phrase en exergue : « Les romans, on s’en fiche, surtout ceux d’un auteur à la mode comme Houellebecq, l’art c’est l’aliénation, la religion n’en parlons pas, alors ?! Alors peut-être, mais pas tout à fait.»

Est-ce ironique ? Je ne saisis pas la nécessité de prendre ses distances avec les romans en général, ni de considérer l'art comme aliénation, d'autant que le texte le dément, mais sans doute quelque chose m'aura échappé. Je conseille ce texte, un des meilleurs sur Houellebecq, et l'ai l'ai lu comme ça aussi. Ses poèmes sont très bons

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Ven 10 Mar - 12:04

Citation :
Pepe Carvalho, le détective privé créé par Montalbán en 1972 s'érige contre son auteur, ses idées et celles qu'il lui a prêtées en particulier au niveau politique (socialisme, communisme, anarchisme, capitalisme, fascisme, métissage), le fait de vouloir refaire le monde, l'histoire ou même la science et de pérorer devant les journalistes [...] mais aussi contre la culture qui « ne lui a pas appris à vivre » (il brûle dans la cheminée les livres qu'il a lus et les romans de son créateur)

source http://laculturesepartage.over-blog.com/article-28182801.html

en 2011, j'y faisais référence dans le poème VOUS VERREZ BIEN, le dernier de la série CRISE EN VERS

Ah ! Pepe ! Quand tu brûlais Hegel
Le soir, au fond du foyer
Ah ! quel bel âtre en gueule
De bois. Fin de l'histoire, voyez

Quelle valeur d'usage ont les livres usés
Par l'ennui de les lire
En place d'en sourire et vivre énabusé
Sous la pluie délétère

[...]

je suis depuis quelques temps confronté à un problème redoutable, la place de vivre dans un appartement trop petit, où j'ai (nous) accumulé un tas de choses que je n'utiliserai plus, ni personne ici, notamment des livres. Je souhaite m'en débarrasser mais il est hors de question que je les brûle même les plus mauvais. J'ai songé aux bouquinistes (bof...), à les donner à la bibliothèque (pas vraiment preneuse), à une association en banlieue, à une prison... ces dernières solutions ayant ma préférence, mais j'ai la flemme. En attendant, je vais les disséminer ici ou là à l'occasion de mes balades, ce qui ne m'empêchera pas d'en glisser quelques-uns, à leur juste place, dans les cartons d'un bouquiniste ou sur les rayons de la bibliothèque municipale

ma bibliothèque contient évidemment des livres auxquels je tiens, de toutes sortes, mais ne représente rien, du moins pas celle des livres que j'ai lus, la plupart empruntés, dont les meilleurs

je serai le vieux qui offre ses livres à tous vents, au mieux lisant

PS : enfin, s'il se trouvait, parmi ma lectorate, quelqu'un intéressé, qu'il ou elle me le fasse savoir à Patlotcharobasefreepointfr

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Jeu 30 Mar - 10:37



il est intéressant d'étudier l'évolution du sens du mot littérature

CNRTL a écrit:
I. − Vieilli
A. − Connaissance des lettres, culture générale. Ton père me devina (...) c'était un homme sans grande éducation, sans littérature (...) mais qui avait le coup d'œil juste (Labiche, Cigale chez Fourmis,1876, 1, p. 194).
B. − Corps des gens de lettres. Ah! mais il faut que je vous dise que la littérature voyant ma canne, mes boutons travaillés, a décidé que j'étais le Benjamin d'une vieille anglaise (Balzac, Lettres Étr.,1834, p. 211).
II.
A. − Usage esthétique du langage écrit. La littérature; histoire et littérature; langue et littérature; théorie de la littérature; doctrines, tendances de la littérature. C'est ce que Flaubert exprimait sous cette forme paradoxale : « les bourgeois ont la haine de la littérature ». La preuve que ce n'est pas « l'art » qui a séduit le public dans Madame Bovary, c'est qu'il n'a jamais pu lire Salammbô (Lemaitre, Contemp.,1885, p. 82).Jamais le problème de la littérature n'avait été, jusqu'à Edgar Poe (...), abordé au moyen d'une analyse où la logique et la mécanique des effets étaient délibérément employées (Valéry, Variété II,1929, p. 143):
1. J'ai écrit (...) ceci qui me paraît d'une évidente vérité : « C'est avec les beaux sentiments qu'on fait de la mauvaise littérature. » (...) J'aurais aussi bien pu écrire que les meilleures intentions font souvent les pires œuvres d'art et que l'artiste risque de dégrader son art à le vouloir édifiant. Gide, Journal,1940, p. 52.
B. − Ensemble des productions intellectuelles qui se lisent, qui s'écoutent.
1. [La production est définie par sa matière]
a)
α) Littérature + adj.
− Littérature + adj. précisant l'orig. géogr. des œuvres.Littérature anglaise, chinoise, française. On sait que la littérature britannique pousse la chasteté jusqu'à la pruderie (Baudel., Paradis artif.,1860, p. 402).Boylesve était radicalement clos à tout ce qui était étranger : (...) il avait pour les littératures étrangères en général une antipathie si involontaire qu'elle en prend comme une valeur de trait éthique (Du Bos, Journal,1926, p. 134).
− Littérature + adj. précisant une période.Littérature ancienne, médiévale. Après le collège, on dévore la littérature contemporaine (Lemaitre, Contemp.,1885, p. 289).
− Littérature + adj. ou compl. de nom précisant un genre d'œuvres.Littérature décadente, dramatique, enfantine, engagée, érotique, légère, marginale, pieuse, populaire; littérature de gare, de masse. Les procédés inhérents à la littérature d'observation (Bourget, Nouv. Essais psychol.,1885, p. 213).Les jours de la littérature psychologique à affabulation romanesque sont comptés (Breton, Nadja,1928, p. 17).
β) P. méton., péj. [P. oppos. à la réalité] Ce qui possède un caractère peu authentique, artificiel, superficiel. Et tout le reste est littérature (Verlaine, Œuvres poét. compl., Jadis, Paris, Gallimard, 1962 [1884], p. 327).Elle [Mmede Sévigné] voyait un peu de littérature dans ce désespoir d'être séparée de cette ennuyeuse Mmede Grignan (Proust, J. filles en fleurs,1918, p. 762).
− En emploi interjectif :
2. mme arrow : Quand il ne rançonne pas, il tue. courpière : Littérature! mme arrow : Réalité!... Je le sais, peut-être! Hermant, M. de Courpière,1907, III, 3, p. 23.
b) Bibliographie d'un sujet. P. ext. Ensemble d'ouvrages produits dans une matière, de publications éditées par un groupe social. Littérature médicale, scientifique. Caroline (...) lut d'abord, avec la profonde indifférence qu'on a pour la littérature municipale, ces premières lignes : « Arrêt de la cour d'assises de Poitiers... » (Gozlan, Notaire,1836, p. 127).L'efficacité du sérum antitétanique, pour ceux qui étaient au courant de la littérature de la question, paraissait un fait bien établi (Camus, Gournayds Nouv. Traité Méd. fasc. 2 1928, p. 798).
2. [La production se définit par son moyen d'expression]
a) Littérature orale. Catégorie d'œuvres d'expression orale non écrite. Jusqu'au xixesiècle les peuples balkaniques ont vécu presque exclusivement sur leur fonds de littératures orales : contes surnaturels en prose et chants populaires (Arts et litt.,1936, p. 52-4):
3. ... on s'est souvent demandé pourquoi les mythes, et plus généralement la littérature orale, font un si fréquent usage de la duplication, triplication ou quadruplication d'une même séquence. Lévi-Strauss, Anthropol. struct.,1958, p. 254.
b) MUS. Ensemble d'œuvres musicales relatives à un instrument. Les arpèges sont très usités dans la littérature du piano et dans la musique de chambre (Koechlin, Harm., t. 2, 1930, p. 102).
C. − Travail qui aboutit à cette production :
4. Pourquoi ne travaillez-vous pas davantage? Le seul moyen de supporter l'existence, c'est de s'étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle. Le vin de l'art cause une longue ivresse et il est inépuisable. C'est de penser à soi qui rend malheureux. Flaub., Corresp.,1858, p. 277.
− P. méton. Carrière des lettres. Je sais que la littérature ne nourrit pas son homme. Par bonheur, je n'ai pas très faim (Renard, Journal,1902, p. 724).Tu seras éternellement le petit jeune homme qu'il a lancé dans la littérature et qui lui doit tout (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 141).
D. − Fonctionnement du langage qui constitue cette production. Synon. littérarité :
5. Ce que l'école admire dans l'écriture d'un Maupassant ou d'un Daudet, c'est un signe littéraire enfin détaché de son contenu, posant sans ambiguïté la Littérature comme une catégorie sans aucun rapport avec d'autres langages, et instituant par là une intelligibilité idéale des choses. R. Barthes, Le Degré zéro de l'écriture, Paris, éd. du Seuil, 1972 [1953], p. 50.
E. − Ensemble d'études sur cette production. Cours, professeur de littérature; histoire de la littérature. Le nombre des œuvres littéraires qui survivent autrement que dans les manuels de littérature (...), qui influencent encore les destinées individuelles sont extrêmement rares (Mauriac, Journal 2,1937, p. 161).Des travaux de littérature comparée, des études sur le « préromantisme français » et sur les « sources occultes » communes aux deux pays [l'Allemagne et la France] (Béguin, Âme romant.,1939, p. 327):
6. J'ai bien retrouvé sur sa figure, surtout quand il parle de M. Mairobert, l'âcreté qui fait la seule vie des articles de littérature compris dans le pamphlet rouge. Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 112.
REM. 1.
Littéraillerie, subst. fém.,hapax. En voilà bien assez sur ma littéraillerie et sur tout ce qui n'est pas plaisant (Balzac, Lettres Étr.,1834, p. 162).
2.
Littératuriser, verbe intrans.,hapax. En le flattant sur la littérature, on se rend intime (parce qu'il littératurise avec vous, que vous lui fournissez la jouissance d'amour-propre dont il a besoin) (Stendhal, Journal,1810p. 341).
3.
Littératurisme, subst. masc. Caractère de ce qui appartient à la littérature. Ont peut affirmer que le littératurisme, si l'on appelle ainsi la volonté de la littérature de relever de lois propres et de repousser celles de l'intellectualité, n'eut jamais d'opposants plus effectifs (...) que les classiques français du grand siècle (Benda, Fr. byz.,1945, p. 170).
4.
Littératuriste, adj.,hapax. Aujourd'hui, MM. Alexandre Dumas et Victor Hugo, qui savent mieux que personne à quoi s'en tenir sur la valeur de la spécialité littératuriste, (...) s'en viennent (...) protester contre toute espèce d'organisation (Proudhon, Confess. Révol.,1849, p. 377).
5.
Littératurite, subst. fém.,hapax. Ces commentaires sont des types parfaits de « littératurite » à propos d'art (Bremond, Poés. pure,1926, p. 133).
Prononc. et Orth. : [liteʀaty:ʀ]. [lit(t)-] ds Barbeau-Rodhe 1930. V. littéraire. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1121-34 « ce qui est écrit, le sens littéral (d'un texte) » (Philippe de Thaon, Bestiaire, éd. E. Walberg, 955), seulement au xiies. (v. T.-L. et FEW t. 5, p. 379). B. 1. 1495 « érudition, connaissance (acquise dans l'étude des livres) » (J. de Vignay, Miroir hist. ds DG); ca 1500 (Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, t. 2, p. 340); 2. 1680 « le corps des gens de lettres » (Rich.); 3. 1736-40 « ensemble des productions littéraires » (F. Granet, Réflexions sur les ouvrages de littérature); 4. 1758 « ensemble de ce qui a été écrit sur un sujet donné » (Duhamel du Monceau, La physique des arbres, Dissertation sur les méthodes de bot., t. 1, p. xlvij); 5. 1884 emploi péj. (Verlaine, Jadis et naguère, p. 207 : ... Et tout le reste est littérature). Empr. au latinlitteratura (de litterae « lettres ») « écriture », « ce qui concerne l'étude des lettres » et « production littéraire »; l'a. m. fr. avait lettreüre « érudition » issu du lat. litteratura et attesté du xiieau xives. (v. T.-L. et FEW, loc. cit.). Fréq. abs. littér. : 5 340. Fréq. rel. littér. : xixs. : a) 5 725, b) 6 152; xxes. : a) 10 898, b) 7 972.
DÉR.
Littératurer, verbe intrans.Faire de la littérature. Tâchez d'être seule dimanche prochain dans l'après-midi, afin que nous ayons nos aises pour littératurer à loisir. Il y a moyen, je crois, en huit jours, de faire de ce livre un chef-d'œuvre ou quelque chose d'approchant (Flaub., Corresp.,1861, p. 420).Emploi adj. L'Existentialisme, au théâtre et en philosophie, Sartre et tous ces jeunes littérateurs littératurants qui se trémoussent dans les caves de Saint-Germain-des-Prés (Cendrars, Lotiss. ciel,1949, p. 302).− [liteʀatyʀe], (il) littérature [liteʀaty:ʀ]. − 1reattest. 1861 (Flaub., loc. cit.); de littérature, dés. -er.
BBG. − Escarpit (R.). La Déf. du terme Littérature. In : Congrès de l'Assoc. Internat. de Litt. comp. Bordeaux, 1961, pp. 1-7; In : Congrès de l'Assoc. Internat. de Litt. comp. 3, 1962. Utrecht, 1965, pp. 77-89. - Léonard (A.). La Crise du concept de littérature en France au xxes. Paris, 1974, 270 p.

intéressant car nonobstant quelque adjectif on pourrait y verser tout ce qui s'écrit voire se parle. Depuis le 19è siècle et plus encore aujourd'hui, il s'agit surtout de la littérature qui se vend. Il n'est donc pas anodin que la littérature soit définit davantage par le commerce qui en est fait, de l'édition à l'université en passant par les éditeurs, que par les écrivains eux-mêmes

dans le sens où je parle de la poésie et de la poétique, elles ne sauraient être considérées comme relevant du (seul) champ littéraire. Je soutiens que la poésie n'est pas une partie de la catégorie littérature, précisément pour les raisons évoquées plus haut. On l'y fait rentrer pour la vendre, et des "poètes" s'y rangent aussi en marchands d'eux-mêmes

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Jeu 30 Mar - 21:37


Eugene Izzi, Chicago en flammes, 1997, A Matter of Honor




Pietro a écrit:
Un roman puissant avec une fin au couteau

Eugene Izzi est un auteur américain décédé en 1996 dans des circonstances qui restent mystérieuses. Il faut dire que cet auteur engagé n'y va pas par quatre chemins pour raconter ses histoires criminelles, dont le cadre est systématiquement la ville bouillante de Chicago.

Une fille est assassinée en pleine rue, ce qui ravive les tensions ethniques déjà existantes entre les différentes communautés. Et Chicago finit par s'embraser dans une violence extrême. L'un des deux inspecteurs protagonistes principaux du roman décide de rétablir la vérité sur le meurtre. Une mécanique implacable se met en marche.

Chicago en flammes est une histoire violente, épique, une histoire d'amour et de haine, c'est surtout le roman le plus abouti d'Eugene Izzi. Un roman écrit dans un style simple, percutant, sauvage, et qui dégage une grande puissance. Tous les ingrédients du polar noir sont présents: intrigue policière, personnages fouillés, scènes chocs, rebondissements.

Les cent dernières pages sont de haute volée.
Un roman noir époustouflant et indispensable.

Dans le même genre sur ce blog :
Ville noire ville blanche, Richard Price

extrait Rivages/Noir, chap 21, p.188

Citation :
Les gens, dans l'ensemble, étaient stupides. Généralement, il ne fallait pas longtemps à la plupart des flics pour s'en apercevoir, et Ellis Turner avait mis encore moins de temps que les autres, car il s'en depuis qu'il état petit. Ayant grandi dans la cité Robert Taylor, le plus vaste projet de grands ensembles de tout le pays, il était bien placé pour savoir à quel point les gens pouvaient être stupides.

Ellis avait 13 ans, et il venait d'entrer au lycée, lorsqu'il avait vu pour la première fois un Blanc qui ne portait pas un uniforme de policier. Le pasteur de sa mère affirmait que la radio et la télévision étaient les outils du diable, aucun appareil de ce genre n'avait jamais franchi le seuil de leur appartement. Aucun homme non plus, d'ailleurs, après que le père d'Ellis les avait abandonnés. Ellis appartenait à la catégorie la plus répandue dans toute la cité, chez les jeunes Noirs : c'était un enfer sans père.

À cette époque, tout son univers tournait autour de sa mère, de l'école qui était située au coin de la rue, à l'intérieur même de la cité, et autour de l'église, trois rues plus loin, où sa mère, le tenant par la main, le conduisait non seulement le dimanche, mais aussi le mercredi et le vendredi soir...


pour les curieux, toujours croiser la lecture des romans noirs noirs américains avec leur musique
cf II1.7 de l’influence des Gospel et Spiritual dans le jazz , Patlotch 2002

à part ça, un des meilleurs romans pour comprendre comment, aux USA, surgit une émeute, parole de flic noir, ceci  dit pour faire chier les "camarades", de toutes couleurs, au demeurant


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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Jeu 29 Juin - 14:00


Denis Grozdanovitch, Le petit Grozda, Les merveilles oubliées du Littré, Points Goût des Mots 2008





Citation :
Denis Grozdanovitch est inclassable, mais consigne lui-même tout ce qu'il voit, tout ce qu'il lit. C'est ainsi qu'est né l'idée du Petit Grozda : de ses plongées régulières dans le Petit Littré, l'écrivain a retenu des mots oubliés, comme ces battants-l'oeil, mèches que les jeunes femmes timides laissent avancer sur les tempes pour se dissimuler, ou ce vieux blézimarder, qui signifiait « se couper mutuellement les répliques » et que Grozda verrait bien appliqué aux débats entre intellos pontifiants sur nos plateaux de télévision… De délicieux commentaires, ironiques et subtils, ponctuent ce dictionnaire d'un nouveau genre, qui déterre les trésors enfouis de notre langue !

je retiens en exemple Trompe-conscience, qui est en soi un condensé... La liste avec majuscule en commentaire donne une idée des mots dégotables à goûter dans Le petit Grozda

Citation :
Trompe-conscience

S'il y avait une chose qu'il avait fini par apprendre d'expérience, c'était celle-ci : dès lors qu'au sein de l'esprit le désir venait jouer son rôle de trompe-conscience, il était impossible d'accorder le moindre crédit à nos jugements - même ceux qui se présentaient sous les dehors les plus objectifs.

LITTRÉ. « Ce qui est à la conscience ce qu'un trompe-l'œil est à l'œil », le père Jérôme, dans Feuille d'avis des montagnes, Locle-Chaux-de-Fonds, canton de Neuchâtel, 28 janv. 1875.

COMMENTAIRE. Un philosophe injustement tombé dans l'oubli, Jules de Gaultier, a développé, à la suite de Nietzsche, une brillante théorie de l'esprit en tant que mécanisme trompe-conscience. Selon lui, en effet, notre cerveau n'est qu'une machine à engendrer perpétuellement l'illusion et la meilleure sagesse possible est de savoir s'abandonner aux inéluctables jeux de trompe-l'œil et donc de trompe-conscience dont nous sommes les dupes.

Or, fait rarissime en philosophie, Jules de Gaultier n'ôte pas son épingle du jeu et considère sa propre vision et son propre personnage comme partie intégrante de la comédie humaine; le précepte majeur y demeurant de jouer humblement (sans exclure toutefois de le faire avec brio) le rôle qui nous est imparti sur la scène du monde : que nous soyons Gâte-papier un peu Tartuffe, Battologue toujours mal-venant, Trissotin nettement Trigaud, Jeannot et en même temps Tâte-au-pot, Robien définitivement Tracassier, Gros-jean béatement Hugolâtre, Pousse-au-cul à tendance Rameneur, Nouvelliste bêtement Oblivieux, Trainspotter tristement Soupe-tout-seul, Tapoteur tout-à-fait Pornocrate, Ornitophile un peu Niaisot, Néologue hélas Malflairant, Lakiste et néanmoins Okygraphe, Josse fatalement Empaumeur, Gobe-mouches inévitablement Idémiste, Dugazon sournoisement Cogne-fétu, Bureaumane-Lucubrateur, Bébé-Lunicole, Anecdotier devenu Métromane, Lundiste ardent Observantin, Pédantasse curieusement Octophile, Roger-bontemps inconsciemment Souffre-Bonheur, Matéologue mais Noctivague, Tartouilleur presque obligatoirement Scatophile, à la fois Abstème et fervent Ignorantiste, Scapin horriblement Singeur, Lambertin bien sûr Marotiste, Ardélion et Œstromane sur les bords, Stampomane tourné Atticiste, Luminariste crypto-Séraphin, tout simplement Tafouilleux, ou même, pour finir (et pourquoi pas ?), Paumier-Bricoleur tourné Écrivassier sur le tard !

je retiens (pour me définir ?) Métromanie, manie de faire des vers, avec cet exemple que j'emprunte à CNRTL : « Il avait été pris d'une métromanie subite et intarissable vers l'âge de soixante-cinq ans » (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 14, 1851-62, p.132), manie qui selon Grozdanovitch « ne touche apparemment plus grand monde », et dont l'ère Macron tendrait à me guérir, puisque mon dernier poème remonte au 3 mai...

Littré selon Grozda cite encore une Lettre du roi de Prusse à Voltaire, du 12 juin 1740 : « Vous voyez, mon cher ami, que le changement du sort ne m'a pas tout à fait guéri de la métromanie, et que peut-être je n'en guérirai jamais »

à la bonne heure, j'y retourne immédiatement !

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Sam 8 Juil - 11:45


Michel Houellebecq, Rester vivant, méthode, 1991



ce texte d'une vingtaine de pages est un des premiers publiés par l'auteur. Il parle de la poésie. Il comporte quatre parties : D'abord, la souffrance; Articuler; Survivre; Frapper là où ça compte

voici un extrait de Survivre

Citation :
  Un poète mort n'écrit plus. D'où l'importance de rester vivant.

  Ce raisonnement simple, il vous sera parfois difficile de le tenir. En particulier au cours des périodes de stérilité créatrice prolongée.
  Votre maintien en vie vous apparaîtra, dans ces cas, douloureusement inutile; de toute façon, vous n'écrirez plus.
  À cela, une seule réponse : au fond, vous n'en savez rien. Et si vous vous examinez honnêtement, vous devrez finalement en convenir. On a vu des cas étranges.
 Si vous n'écrivez plus, c'est peut-être le prélude d'un changement de forme. Ou d'un changement de thème. Ou des deux. Ou c'est peut-être, effectivement, le prélude de votre mort créatrice. Mais vous n'en savez rien. Vous ne connaîtrez jamais exactement cette part de vous-même qui vous pousse à écrire. Vous ne la connaîtrez que sous des formes approchées, et contradictoires. Égoïsme ou dévouement ? Cruauté ou compassion ? Tout pourrait se soutenir. Preuve que, finalement, vous ne savez rien; alors ne vous comportez pas comme si vous saviez. Devant votre ignorance, devant cette part mystérieuse de vous-même, restez honnête et humble.

 Non seulement les poètes qui vivent vieux produisent dans l'ensemble davantage, mais la vieillesse est le siège de processus physiques et mentaux particuliers, qu'il serait dommage de méconnaître.

un extrait de Frapper là où ça compte

Citation :
  Ne recherchez pas la connaissance pour elle-même. Tout ce qui ne procède pas directement de l'émotion est, en poésie, de valeur nulle.
 (Il faut bien sûr entendre émotion au sens large; certaines émotions ne sont ni agréables ni désagréables; c'est en général le cas du sentiment d'étrangeté)

 L'émotion abolit la chaîne causale; elle est seule capable de faire percevoir les choses en soi; la transmission de cette perception est l'objet de la poésie.
 Cette identité de buts entre la philosophie et la poésie est la source de la secrète complicité qui les lie. Celle-ci ne se manifeste pas essentiellement par l'écriture de poèmes philosophiques; la poésie doit découvrir la réalité par ses propres voies, purement intuitives, sans passer par le filtre d'une reconstruction intellectuelle du monde. Encore moins par la philosophie exprimée sous forme poétique, qui n'est le plus souvent qu'une misérable duperie. Mais c'est toujours chez les poètes qu'une philosophie neuve trouvera ses lecteurs les plus sérieux, les plus attentifs et féconds. De même, seuls certains philosophes seront capables de discerner, de mettre au jour et d'utiliser les vérités cachées dans la poésie. C'est dans la poésie, presque autant que dans la contemplation directe - et beaucoup plus que dans les philosophies antérieures -, qu'ils trouveront matière à de nouvelles représentations du monde.
[...]
  Croyez à l'identité entre le Vrai, le Beau, et le Bien.
[...]
  La vérité est scandaleuse. Mais, sans elle, il n'y a rien qui vaille. Une vision honnête et naïve du monde est déjà un chef-d' œuvre. En regard de cette exigence, l'originalité pèse peu. Ne vous en préoccupez pas. De toute manière, une originalité se dégagera forcément de la somme de vos défauts. Pour ce qui vous concerne, dites simplement la vérité; dites tout simplement la vérité, ni plus ni moins.

  Vous ne pouvez aimer la vérité et le monde. Mais vous avez déjà choisi. Le problème consiste maintenant à tenir ce choix. Je vous invite à garder courage. Non que vous ayez quoi que ce soit à espérer. Au contraire, sachez que vous serez très seuls. La plupart des gens s'arrangent avec la vie, ou bien ils meurent. Vous êtes des suicidés vivants.

  À mesure que vous approchez de la vérité, votre solitude augmente. Le bâtiment est splendide, mais désert. Vous marchez dans des salles vides, qui vous renvoient l'écho de vos pas. L'atmosphère est limpide et invariable; les objets semblent statufiés. Parfois vous vous mettez à pleurer, tant la netteté de la vision est cruelle. Vous aimeriez retourner en arrière, dans les brumes de l'inconnaissance; mais au fond vous savez qu'il est déjà trop tard.

  Continuez. N'ayez pas peur. Le pire est déjà passé. Bien sûr, la vie vous déchirera encore; mais, de votre côté, vous n'avez plus tellement à faire avec elle. Souvenez-vous-en : fondamentalement, vous êtes déjà mort. Vous êtes maintenant en tête à tête avec l'éternité.

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Mar 11 Juil - 10:47


lire, écrire, choisir


Entretien en 6 parties avec Marc Edouard Nabe à propos de Michel Houellebecq, réalisé le 04 octobre 2010.

1/6 : quand Houellebecq et Nabe étaient voisins
2/6 : Le milieu littéraire a-t-il consacré Houellebecq au détriment de Nabe ?
3/6 : Nabe s'interroge cette fois sur les qualités prophétiques de Houellebecq
4/6 : Houellebecq et l'art contemporain
5/6 : Le Goncourt et l'ambition de Houellebecq
6/6 : la manière dont Houellebecq évoque les people et l'amitié entre Houellebecq et Beigbeder
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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Lun 2 Oct - 18:09


Dostoïevski Les démons (Les possédés), 1871, deuxième partie, chapitre X, Trad. Markowicz, Babel p. 391-394


Dostoïevski, la revendication ouvrière, les activistes,
et l'émeute incendière



Netchaiev, Bakounine, Dostoievski

Citation :
L'aventure qui nous arriva en chemin fut, elle aussi, quelque peu surprenante. Mais il faut tout raconter dans l'odre. Une heure avant que Stéphane Trofimovitch et moi, nous ne sortions, il y avait une foule de gens, qui traversait la ville et ne passait pas inaperçue - des ouvriers des Chpigouline, environ soixante-dix personnes, peut-être plus. On affirma plus tard que ces soixante-dix étaient des représentant élus par tous les ouvriers, qui étaient près de neuf cents chez les Chpigouline, représentants qui devaient aller trouver le gouverneur, et, vu l'absence de leurs patrons, chercher justice auprès de lui contre le gérant de l'usine, lequel, en fermant l'usine et en licenciant les ouvriers, les pillait tous impudemment - un fait qui, aujourd'hui, ne souffre aucune contestation. D'autres réfutent jusqu'à présent cette idée d'élection, affirmant que, soixante-dix personnes, c'était trop pour des représentants, que, tout simplement, la foule était composée des gens les plus pillés, et qu'ils ne venaient donc parler que pour eux-mêmes, en sorte que la "révolte" générale de l'usine, dont on nous a tellement rebattu les oreilles, en fit, elle n'a tout simplement pas existé.

D'autres encore affirment avec passion que ces soixante-dix hommes n'étaient pas de simples révoltés, mais, sans l'ombre d'un doute, des révoltés politiques, c'est-à-dire que, faisant déjà partie des plus violents, ils avaient été excités, en outre, par rien moins que des appels à la révolte. Bref, y avait-il là l'influence de quelqu'un, ou une incitation - jusque-là on ne le sait pas trop. Mon avis personnel, c'est que les ouvriers n'avaient pas lu du tout les appels à la révolte, et que, quand bien même ils les auraient lus, ils n'y auraient pas compris un mot, ne serait-ce que parce que les auteurs de ce genre d'écrits, malgré toute leur violence, ont un style très confus. Mais comme, réellement, les ouvriers vivaient très mal - et que la police, à laquelle ils s'étaient adressés, ne voulait pas écouter leurs plaintes, qu'y aurait-il eu de plus naturel de se rendre tous, en foule, chez "le général lui-même", si cela pouvait se faire, leurs doléances bien en vue, de se disposer bien respectueusement devant son perron, et, sitôt qu'il paraîtrait, de se jeter à genoux, tous ensemble, pour en appeler à lui comme à la providence incarnée ? A mon avis, il n'y a pas à chercher de révolte, ni même de représentants, parce que c'est là un procédé ancien, historique : le peuple russe a toujours aimé parler avec "le général en personne", en fait, déjà pour le plaisir en soi, et quelle que soit l'issue de l'entretien.

C'est pourquoi je suis entièrement persuadé que, même si Piotr Stépanovitch, Lipoutine, et peut-être encore quelqu'un, même, je parie, Fédka, tournoyaient à l'avance parmi les ouvriers (puisqu'il existe réellement des indices assez fiables de cette circonstance), ils n'ont parlé qu'avec deux, trois, pas plus - disons, cinq personnes, et juste pour voir, et cette conversation n'a rien donné. Quant à la révolte, même si les ouvriers ont compris quelque chose à toute leur propagande, ils ont sans doute tout de suite arrêté d'écouter, comme s'il y avait là quelque chose de stupide et hors de propos. Fédka, c'était autre chose; lui, semble-t-il il réussit mieux que Piotr Stépanovitch. Dans l'incendie de la ville qui suivit trois jours plus tard, il s'avère à présent, et sans l'ombre d'un doute, que, de fait, deux ouvriers y ont pris part avec Fédka, sans compter qu'un mois plus tard, on arrêta trois autres anciens ouvriers dans le district, eux aussi pour incendie et pour pillage. Mais, même si Fédka eut bien le temps de les faire tomber dans l'action immédiate et directe, là encore, il ne s'agissait que de cinq hommes, pas plus, car nul ne peut rien dire de semblable au sujet des autres.

Quoi qu'il en soit, les ouvriers finirent par déboucher sur la petite place devant l'hôtel du gouverneur, et ils se disposèrent en ordre et en silence. Puis ils restèrent bouche bée à regarder le perron, et ils attendirent. On me rapporte que, dit-on, ils se découvrirent aussitôt, c'est-à-dire une bonne demi-heure avant l'apparition du patron de la province, lequel, comme par un fait exprès, était absent à ce moment-là. La police se montra tout de suite, d'abord par groupes isolés, puis avec la brigade au grand complet, par un ordre de dispersion. Mais les ouvriers ne bougèrent pas d'un pouce, comme un troupeau de béliers devant une barrière, et répondirent laconiquement qu'ils venaient voir "le général en personne"; on voyait qu'ils étaient fermement décidés. Les cris inhabituels cessèrent; ils furent vite remplacés par une réflexion, par des dispositions secrètes prises en chuchotant, une agitation sévère et soucieuse qui faisait froncer les sourcils de la hiérarchie. Le chef de la police préféra attendre l'arrivée de von Lembke lui-même [...]

[Dans les journaux] La variante la plus probable, je suppose, consitait en ceci que la foule avait été encerclée par tous les policiers disponibles [...]

Mais, je l'avoue, il y a quand même un problème que je n'arrive pas à résoudre : de quelle façon une foule toute bête - je veux dire ordinaire - de porteurs de doléances - certes, de soixante-dix personnes - fut-elle, dès le premier instant, au premier mot, présentée comme une foule en révolte menaçant de renverser l'ordre établi ?

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Ven 6 Oct - 21:23


j'avais réservé ce sujet à des extraits de livres que j'ai lus, que je recopie généralement "à la main". J'ai parlé ou non de Kazuo Ishiguro, dont j'avais lu quatre livres qui m'ont transporté, alors que j'étais réticent devant ce Japonais de langue anglaise : Un artiste du monde flottant, 1987 Les Vestiges du jour, 1990, L'inconsolé, 1997, Quand nous étions orphelins, 2001

si j'ai aimé particulièrement Les Vestiges du jour, c'est en raison des rapports de classes qui y sont finement observés et décrits au plus profond sur le plan psychologique, un peu comme chez Proust pour qui a deux paires de lunettes




Citation :
Majordome méticuleux, Mr Stevens parcourt la campagne anglaise en automobile. Le ton sur lequel il nous livre ses souvenirs et ses réflexions sur la dignité de sa fonction est, à l'image de son attitude vis-à-vis des événements, parfaitement retenu. Au gré des sous-entendus d'une langue délicieusement fluide et subtile, Ishiguro dresse, au-delà du portrait de toute une classe en déclin, le bilan d'une vie apparemment ratée. Dans ce roman mélancolique en demi-teintes, Booker Prize 1989, il révèle les failles d'un homme qui a refusé de reconnaître l'amour en Miss Kenton, ancienne gouvernante à qui il va rendre visite dans un ultime espoir inavoué. Malgré sa résistance aux changements, les choses ont sensiblement évolué. Darlington Hall appartient maintenant à un millionnaire américain, les positions de Lord Darlington durant l'entre-deux-guerres sont désormais vues d'un œil réprobateur et Miss Kenton a acquis une certaine lassitude. Maître du clair-obscur, Ishiguro ne tire pourtant pas de conclusion catégorique et laisse, en suspens, un infime espoir de bonheur à son personnage, enfin capable de pleurer et d'apprécier cette qualité de lumière qu'offre le jour déclinant, pas tout à fait disparu encore, qui traîne ses vestiges dans le ciel marin de la baie de Weymouth. --Sana Tang-Léopold Wauters

une quatrième de couv' :

Les grands majordomes sont grands parce qu'ils ont la capacité d'habiter leur rôle professionnel, et de l'habiter autant que faire se peut ; ils ne se laissent pas ébranler par les événements extérieurs, fussent-ils surprenants, alarmants ou offensants. Ils portent leur professionnalisme comme un homme bien élevé porte son costume. C'est, je l'ai dit, une question de "dignité". "Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant les années 1930 de l'influent Lord Darlington puis d'un riche Américain. Les temps ont changé et il n'est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu'à ce qu'il parte en voyage vers Miss Kenton, l'ancienne gouvernante qu'il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de sa loyauté et de ses choix passés...

Ishiguro Kazuo, puisqu'en japonais le nom vient devant le prénom, a donc été "nominé" Prix Nobel de Littérature, et quoi que je pense de ce prix, j'en suis très heureux pour lui, comme du choix précédent de Bob Dylan, pour toute autre raison, et bien qu'il existe peu de plus mauvais guitariste que lui, du moins de célèbres...


et tant pis pour Murakami... il attendra

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MessageSujet: Re: LITTÉRATURE INDISCUTABLE : bonnes pages et mauvais esprits   Dim 8 Oct - 12:55



Quel est le livre que vous n'avez jamais réussi à terminer ? Nous vous avons posé la question sur les réseaux sociaux, et vous avez été plus de trois mille à nous répondre. Voici le top 10 des livres qui vous sont tombés des mains.




1. "Ulysse", de James Joyce
vrai. Et pire, Finnegans Wake

2. "Les Bienveillantes", de Jonathan Littell
pas essayé

3. "À la Recherche du temps perdu", de Marcel Proust
je l'ai fini, Le temps retrouvé est le meilleur de tout, mais je n'ai pas lu le milieu

4. "Le Seigneur des anneaux", de J. R. R. Tolkien
pas essayé

5. "Belle du Seigneur", d'Albert Cohen
lu jusqu'au bout, deux ou trois fois

6. "L'Homme sans qualités", de Robert Musil
je l'ai achevé, facile, il est inachevé

7. "Le Rouge et le Noir", de Stendhal
lu entièrement, mais oublié

8. "Madame Bovary", de Gustave Flaubert
comment peut-on ne pas le finir ? Je préfère Bouvard et Pécuchet, inachevé mais achevable

9. "Cent ans de solitude", de Gabriel Garcia Marquez
lu quelques chapitres

10. "Voyage au bout de la nuit", de Louis-Ferdinand Céline
vrai. Je n'aime pas l'écriture de Céline, le faux parler populaire, les points de suspension... D'un château l'autre, 1957 (témoignage sur Sigmaringen où il est réfugié avec le gouvernement vichyste en exil et nombreux collaborateurs fuyant l'avancée des troupes du général Leclerc), est toutefois un fameux document

je m'étonne de ne trouver dans cette liste aucun roman de Balzac ou Dostoïevski, mais peut-être ne sont-ils plus lus du tout. J'ajouterais Thomas Pynchon et John Delillo qui a failli devenir Prix Nobel, Marguerite Duras dont je n'ai fini que La douleur, et désolé, Marguerite Yourcenar, juste effeuillée

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